Une fusillade préméditée a ensanglanté ce lundi matin le quartier Côte-des-Neiges de Montréal, cœur historique de la vie juive organisée au Canada, faisant trois morts dont un policier tombé dans l’exercice de ses fonctions et Michael Moshe Mizrahi, membre bien connu de la communauté juive locale, décédé des suites de ses blessures à l’hôpital. L’identité de la victime civile a été confirmée par l’unité internationale de ZAKA, dont le bénévole montréalais Moishy Blech a décrit l’émotion immense qui étreint la communauté : « Michael était connu et aimé de tous — un homme qui priait avec nous à la synagogue. » Le tireur, retranché dans une chambre du Hilton Garden Inn Midtown à proximité immédiate du Beth Habad-Loubavitch, a ouvert le feu sur les premiers policiers arrivés sur les lieux avant d’être neutralisé, tandis que le Chalia’h Habad de Montréal accueillait dans les locaux du Beth Habad une centaine de civils évacués des hôtels voisins.

 

 

C’est à 11 h 35, heure locale, que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) reçoit les premiers appels signalant des détonations à l’angle de l’avenue Trans Island et de l’avenue de Courtrai, dans l’arrondissement de Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Des témoins rapportent avoir entendu entre vingt et trente coups de feu tirés en rapide succession, semant la panique dans ce quartier résidentiel et commerçant d’ordinaire réputé pour son calme et sa vitalité communautaire.

« Il y a eu environ dix ou douze coups de feu tirés à la suite. Le parc s’est vidé en quelques secondes. Des parents fuyaient avec leurs enfants dans les bras. Nous sommes entourés d’écoles. C’est un quartier très familial. Nous sommes tous complètement sous le choc. »
— Brandon Elkaim, résident du quartier, à CTV News

Un tireur embusqué depuis une chambre d’hôtel, une arme de précision sur trépied

Selon des sources policières citées par La Presse, l’attaque résulte d’une préparation méticuleuse. L’assaillant s’était installé dans une chambre du Hilton Garden Inn Montreal Midtown, hôtel situé en vis-à-vis de l’intersection visée. Depuis cette position élevée, il a ouvert le feu à l’aide d’une carabine de type SKS — une arme longue fixée sur trépied et équipée d’un télescope de visée —, dispositif caractéristique d’un tir de précision planifié. D’autres armes ont en outre été retrouvées sur le corps du suspect après sa neutralisation. Vêtu de tenues de camouflage militaire et portant une ceinture de munitions, l’assaillant avait manifestement anticipé une confrontation prolongée avec les forces de l’ordre.

Fait particulièrement troublant pour les enquêteurs : c’est le suspect lui-même qui aurait composé le numéro d’urgence 911 pour alerter la police, créant délibérément une embuscade contre les premiers agents arrivés sur les lieux. Cette stratégie de piège rappelle des modes opératoires observés dans d’autres attaques terroristes préméditées à travers le monde.

À 12 h 34, le ministère de la Sécurité publique du Québec a émis une alerte Québec En Alerte sur l’ensemble des téléphones cellulaires de l’île de Montréal : « Suspect armé et dangereux dans le secteur de Côte-des-Neiges. Évitez le secteur. Abritez-vous à l’intérieur, verrouillez les portes, éloignez-vous des fenêtres et suivez les directives des autorités locales. »

Trois morts, une policière grièvement blessée, une ville sous le choc

Le bilan humain, confirmé en début d’après-midi par le SPVM, est lourd. Un policier est mort sous les balles dans l’exercice de ses fonctions — perte que la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a qualifiée d’irréparable en présentant ses condoléances à la famille et aux collègues de l’agent tombé. Une policière a été grièvement blessée et hospitalisée d’urgence. Un citoyen civil a également perdu la vie dans des circonstances qui restent à préciser. Le suspect a été neutralisé aux alentours de 13 h 25, portant à trois le nombre total de décès confirmés.

Le porte-parole du SPVM, Jean-Pierre Brabant, a déclaré en direct à la population : « Nous demandons à tout le monde d’éviter le secteur. La situation n’est pas sous contrôle. » L’autoroute Décarie a été fermée dans les deux sens entre les échangeurs Turcot et Décarie tout au long de l’opération, et les lignes bleue et orange du métro de Montréal ont subi d’importantes perturbations. Un périmètre de sécurité étendu a été maintenu pendant plusieurs heures tandis que les équipes judiciaires procédaient aux premières constatations.

Le Beth Habad, refuge pour une centaine de civils évacués

Au cœur du chaos, le Beth Habad-Loubavitch du quartier a joué un rôle inattendu mais emblématique. Le Rav Chaïm Shlomo Cohen, Chalia’h Habad à Montréal, a confié à Ynet que les tirs avaient visé un immeuble attenant au Beth Habad. Alerté par les détonations depuis son bureau, il a vu des agents du SPVM faire irruption dans les locaux pour y évacuer les résidents des hôtels voisins.

« La fusillade visait un bâtiment juste à côté du Beth Habad. Les tirs partaient de l’hôtel en direction de cet immeuble. Nous avons accueilli environ cent personnes — des bénévoles et des gens évacués des hôtels environnants. J’étais dans mon bureau quand des policiers sont entrés en disant que personne ne pouvait sortir. »
— Rav Chaïm Shlomo Cohen, Chalia’h Habad à Montréal, à Ynet

Des images diffusées sur les réseaux sociaux ont montré une unité d’intervention en tenue tactique encerclant une maison appartenant à une famille affiliée à Habad-Loubavitch. Le témoin Tzeigerman, résidente du quartier, a décrit depuis sa fenêtre une mobilisation policière spectaculaire incluant de nombreux hélicoptères, confirmant que « la zone est juive, avec une épicerie cachère et un Beth Habad ».

 

 

Michael Moshe Mizrahi : un nom, un visage, un deuil communautaire

La victime civile de la fusillade a désormais un nom. L’unité internationale de ZAKA a formellement identifié le défunt comme étant Michael Moshe Mizrahi, membre bien connu de la communauté juive de Montréal. Grièvement blessé lors de l’assaut, il avait été transporté d’urgence dans un hôpital de la ville où il a succombé à ses blessures. Les circonstances exactes de son décès — notamment la question de savoir s’il se trouvait à proximité immédiate du lieu des tirs ou s’il a été atteint dans un contexte particulier — font toujours l’objet de l’enquête en cours.

Moishy Blech, résident de Montréal et bénévole de ZAKA présent à proximité de la scène dès les premières heures de l’intervention, a témoigné de la désolation qui s’est emparée de la communauté.

« C’est un incident grave, qui fait encore l’objet d’une enquête de la part des autorités locales. L’émotion dans la communauté est immense. Michael était connu et aimé de tous — un homme qui priait avec nous à la synagogue. Nous partageons tous la douleur de sa famille. »
— Moishy Blech, bénévole ZAKA Montréal

ZAKA a précisé demeurer en contact étroit avec les autorités locales dans l’attente d’une autorisation d’accès au périmètre. « Dès que nous serons autorisés à entrer sur les lieux, nous travaillerons à recueillir les restes et à veiller à ce que le défunt soit traité avec dignité et inhumé conformément à la loi juive », a conclu Moishy Blech — rappelant la vocation première de cette organisation internationale présente sur chaque scène de drame touchant des Juifs à travers le monde.

Un quartier au cœur de la vie juive montréalaise depuis l’après-guerre

Le choix géographique de l’attaque ne peut manquer d’interpeller toute personne familière de la géographie communautaire montréalaise. Côte-des-Neiges est l’un des pôles les plus denses de la vie juive organisée au Canada. Le quartier est devenu un foyer de la communauté juive dans l’après-guerre, lorsque les familles juives en pleine ascension sociale ont quitté les environs de Saint-Urbain pour s’y installer. On y trouve aujourd’hui, à quelques centaines de mètres du lieu du drame, la synagogue espagnole et portugaise — la plus ancienne du pays, fondée en 1768 et installée dans le quartier depuis 1947 —, de nombreuses institutions Habad-Loubavitch dont une communauté florissante dirigée par le Rav Cohen, des écoles juives de renom telles que Beth Rivkah Academy, le Vaad Ha’ir, le MADA, ainsi qu’une multitude de restaurants, épiceries et commerces cachères.

L’ensemble de ces établissements — commerces, écoles, institutions communautaires — a été placé en confinement immédiat dès les premiers échanges de tirs. Le Centre pour Israël et les affaires juives (CIJA) a indiqué suivre la situation de très près, faisant part de « ses pensées pour toutes les personnes touchées par cet événement ainsi que pour l’ensemble des policiers mobilisés pour assurer la sécurité des citoyens ».

Un manifeste rédigé avant l’attaque : la piste idéologique au cœur de l’enquête

Selon plusieurs sources concordantes citées par les médias canadiens et israéliens, le suspect aurait préparé et diffusé un manifeste écrit avant d’ouvrir le feu, transmis à différents organes de presse en amont de l’attaque — une démarche délibérément propagandiste qui oriente d’emblée les enquêteurs vers une dimension idéologique. Les services de renseignement et la division des crimes haineux du SPVM se penchent sur ce document dans l’espoir d’établir les motivations profondes de l’assaillant. À ce stade, aucun mobile officiel n’a été communiqué par les autorités, qui se gardent de toute qualification pénale prématurée.

L’hypothèse d’un acte antisémite n’est pas écartée par les observateurs compte tenu de la localisation de l’attaque, de la proximité immédiate du Beth Habad et des institutions juives, et de la présence d’un manifeste. Mais les enquêteurs soulignent que la dimension idéologique doit être établie sur la base de preuves matérielles et textuelles. Un bénévole de l’organisation ZAKA présent à proximité de la scène a signalé aux médias des informations non confirmées faisant état de prises d’otages à l’intérieur du périmètre — information que les autorités n’ont pas validée.

Une vague d’antisémitisme sans précédent en toile de fond

La fusillade de Côte-des-Neiges ne survient pas dans un vide. Elle s’inscrit dans un contexte de violence antisémite que le Canada n’avait jamais connu à cette intensité depuis la fondation des organismes de surveillance communautaires. B’nai Brith Canada a enregistré 6 800 actes de haine antijuive à l’échelle nationale en 2025 — le chiffre le plus élevé depuis le début de ses relevés statistiques en 1982, représentant en moyenne 18,6 incidents quotidiens et une hausse de 145,6 % par rapport aux niveaux de 2022. En 2026, ce seuil avait déjà été dépassé avant même la fin du mois de mai.

La liste des attaques récentes est édifiante : trois synagogues visées en cinq jours en mars 2026, des tirs répétés contre une école juive de filles à Toronto, deux institutions juives montréalaises touchées par des cocktails Molotov, un homme juif roué de coups devant ses enfants dans les rues de Montréal, et — deux semaines seulement avant cette fusillade — l’arrestation d’un suspect après une tentative d’incendie contre le Temple Emanu-El-Beth Sholom, l’une des plus anciennes synagogues de Montréal. Le premier ministre canadien Mark Carney avait lui-même pris la parole pour qualifier la situation de « crise nationale », reconnaissant que des antisémites avaient tiré des balles contre des écoles juives, lancé des engins incendiaires sur des synagogues et ciblé des commerces et associations communautaires.

La fusillade de ce lundi, avec sa préparation opérationnelle élaborée, son manifeste et la localisation délibérée au cœur du quartier juif le plus dense de Montréal, risque de marquer un seuil supplémentaire dans cette escalade — ou, dans le meilleur des cas, de constituer l’électrochoc politique qui conduira les autorités à passer, selon la formule du Consulat général d’Israël à Toronto exprimée début juin, « des mots aux actes ».

Réactions politiques : condoléances et appels à l’action

Les réactions politiques ont été immédiates. Le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon, s’est dit profondément troublé par le décès d’un agent, tandis que Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec, a déclaré qu’« aucun policier, aucune policière, ne devrait être la cible d’une telle attaque dans l’exercice de ses fonctions ». La mairesse Soraya Martinez Ferrada a présenté ses condoléances personnelles à la famille, aux proches et aux collègues du policier décédé, promettant que la lumière serait faite dans les meilleurs délais sur les circonstances de cette tragédie.

Un point de presse des autorités policières était attendu dans l’après-midi pour fournir un bilan actualisé et les premières orientations de l’enquête criminelle. La mobilisation de la communauté juive, des instances politiques canadiennes et des organisations de défense contre l’antisémitisme se profile déjà comme une réponse collective à un drame dont les ramifications dépassent largement les frontières de la métropole québécoise.

Les enquêtes sont en cours. Cet article sera mis à jour au fil des développements officiels.