Rédaction libre d’une lettre écrite par le Rabbi plusieurs mois après le décès de son beau-père et prédécesseur, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn de Loubavitch. Cette lettre fut imprimée en introduction d’un livret de Maamarim du Rabbi précédent.
La réalité du Nassi
Loin d’être une simple abstraction, la notion du Rabbi en tant que Nassi constitue une réalité vivante qui irrigue chaque aspect de notre existence. Source intarissable de notre vitalité spirituelle, il nous guide sur le sentier de la Torah et nous relie à notre essence divine.
Tel un berger vigilant, il veille sur son troupeau avec une tendresse infinie. Chaque âme reçoit de lui la nourriture spirituelle adaptée à sa nature unique. Dans l’obscurité de nos épreuves, il se dresse comme un phare lumineux ; face à notre soif spirituelle, il jaillit comme une source d’eau vive.
Par sa présence, nous transcendons nos limitations. Son dévouement sans faille et sa foi inébranlable en chacun de nous nous inspirent à viser plus haut, à sonder les profondeurs de notre être, à révéler les étincelles divines qui sommeillent en nos âmes.
Un guide universel
Quel que soit notre niveau spirituel ou notre position dans l’existence, nous trouvons en lui un guide, un maître, un ami authentique. Il demeure notre source de sagesse et d’inspiration, notre refuge dans le doute, notre consolation dans la peine. Sa vie même témoigne de la sainteté et du dévouement : preuve éclatante de ce qu’accomplit un cœur qui sert D.ieu dans l’amour pur et inconditionnel.
Chacun de nous est appelé à incarner cette vérité dans sa vie quotidienne. Reconnaître le Rabbi comme notre Nassi, chercher son orientation et sa bénédiction dans tous nos actes : voilà notre vocation. C’est par ce lien privilégié que nous puisons dans les courants profonds de sainteté qui nous traversent, et c’est à travers lui que nous atteignons notre source divine la plus élevée.
Le Rabbi accomplit ainsi sa mission essentielle : nous révéler notre potentiel divin, nous accompagner dans notre voyage spirituel, nous hisser vers des sommets inexplorés. Guide, lumière, source d’inspiration et d’espoir, il incarne véritablement notre Nassi — chef de notre peuple, gardien de notre héritage, berger de nos âmes.
Guimel Tamouz : une date mémorable
Nous nous apprêtons à célébrer cette journée exceptionnelle qu’est Guimel Tamouz. Profondément gravée dans la conscience des Hassidim Loubavitch du monde entier, cette date revêt une importance qui dépasse les frontières du judaïsme pour toucher l’humanité tout entière.
Bien que le Rabbi ne soit plus visible parmi nous depuis Guimel Tamouz, sa présence demeure indéniable dans l’existence de centaines de milliers de ses Hassidim et de millions d’admirateurs. Son engagement se perpétue tangiblement dans les milliers d’institutions qu’il a fondées, ainsi que dans la douzaine d’établissements créés depuis cette date mémorable.
La symbolique du chiffre trois
Guimel Tamouz correspond au troisième jour du mois hébreu de Tamouz. Ce chiffre trois porte une signification profonde dans l’enseignement juif. Nos Sages nous enseignent que le monde repose sur trois piliers fondamentaux : l’étude de la Torah, la prière et les actes de bienfaisance. Ils affirment également que le Tsadik constitue le socle de l’univers entier.
La mission de notre génération
Quelle fut la vision qui anima le Rabbi, ce pilier du monde, tout au long de ses décennies de leadership ? Depuis qu’il accepta le manteau de la direction, il exprima clairement l’objectif de notre génération — la septième génération : apporter la Rédemption au monde.
À travers des centaines de discours publics, le Rabbi détailla comment accomplir cette mission par une démarche tripartite, reprenant les trois piliers du monde : l’étude de la Torah, la prière et les actes de bonté.
L’étude renouvelée de la Torah
Notre étude de la Torah doit s’intensifier dans tous les domaines de la connaissance juive, particulièrement dans la Hassidout. L’accent doit porter sur les enseignements qui, omniprésents dans la tradition juive, traitent du Machia’h et de la Rédemption.
La prière ardente
Nos prières doivent se teinter de supplications sincères adressées à D.ieu pour qu’Il apporte la Rédemption. Nous devons crier « Combien de temps encore ? » et même, comme l’explique le Hafets Haïm, exiger la Rédemption avec une sainte audace.
L’amour en action
Enfin, par l’amour du prochain et même par de simples gestes de bonté, nous nous préparons à la Rédemption tout en en accélérant l’avènement.
Puissions-nous être rapidement réunis avec notre Rabbi et témoigner de l’avènement de la Rédemption complète et éternelle.
Membres de la communauté et Ba’hourim se sont rassemblés jeudi soir au 770 Eastern Parkway pour célébrer l’arrivée d’un nouveau Mitsva Tank en partance pour la Terre sainte. Ce véhicule, vingt-deuxième de la flotte des Centres mobiles Habad en Israël, a marqué une halte devant le 770 avant d’entamer sa mission sur les routes du pays. Plusieurs centaines de personnes ont pris part à un Farbrenguen spontané et levé le Le’haïm à l’intérieur du tank fraîchement aménagé.
Une halte symbolique devant le 770
C’est dans une atmosphère de joie et de ferveur que les membres de la communauté et les Ba’hourim se sont retrouvés jeudi soir, au pied du 770 Eastern Parkway, pour saluer l’arrivée d’un nouveau Mitsva Tank appelé à rejoindre la Terre sainte. Le véhicule, qui porte le numéro 22 de la flotte des Centres mobiles Habad en Israël, a tenu à s’arrêter devant la maison du Rabbi avant de s’élancer sur les routes du pays pour y accomplir sa mission.
Ce passage devant le 770 n’avait rien d’anodin : il s’agissait pour ce nouveau tank de recevoir, en quelque sorte, sa bénédiction de départ à l’endroit même d’où rayonne la Chéli’hout du Rabbi à travers le monde. L’évènement a rassemblé plusieurs centaines de personnes, venues participer à un Farbrenguen improvisé et lever le Le’haïm à l’intérieur de l’habitacle tout juste aménagé.
Un rassemblement chaleureux mené par le Rav David Na’hchon
C’est le Rav David Na’hchon, président des Centres mobiles Habad et de Tsivot Hachem en Terre sainte, qui a accueilli les participants et conduit ce moment d’émotion. Entouré de la foule réunie pour l’occasion, il a célébré cette nouvelle étape dans le développement d’une œuvre à laquelle il a consacré tant d’années, salué par les chants et les Le’haïm de l’assistance.
Une flotte au service de la diffusion du judaïsme
Ce nouveau véhicule vient enrichir la flotte grandissante des Mitsva Tanks qui sillonnent l’ensemble de la Terre sainte. De ville en ville et de localité en localité, ces tanks portent le judaïsme, la ‘Hassidout et les mivtsa’im du Rabbi jusqu’aux communautés les plus diverses, à la rencontre de chaque Juif là où il se trouve.
Pour ceux qui œuvrent au quotidien sur le terrain, chaque nouveau tank représente bien davantage qu’un simple moyen de transport : c’est un foyer mobile de Torah et de Mitsvot, capable d’atteindre des publics que les structures fixes ne touchent pas toujours.
Dans l’attente de la venue de Machia’h
Les participants ont exprimé l’espoir que ce nouveau tank contribue à élargir encore la Chéli’hout du Rabbi et à hâter l’accomplissement de la mission ultime : préparer le monde à accueillir Machia’h. C’est dans cet esprit que le rassemblement s’est achevé, dans la ferveur des chants et des Le’haïm, tandis que le Mitsva Tank s’apprêtait à poursuivre sa route vers la Terre sainte, où il rejoindra bientôt les nombreux véhicules déjà à l’œuvre à travers le pays.
Les États-Unis et Israël ont engrangé des succès militaires éclatants lors des opérations « Chaagat Haari » et « Am Kelavi », qui ont conduit l’Iran à son point le plus bas sur le plan stratégique. Pourtant, en préférant un accord diplomatique fragile à un changement durable sur le terrain, Donald Trump risque de réduire à néant la portée de cette victoire. Sans décision militaire véritable ni pleine liberté d’action, le papier signé ne vaudra rien face à un Iran qui se reconstituera.
Chanael 14
Il y a un an, Israël lançait l’opération « Am Kelavi », une offensive spectaculaire couronnée de succès militaires éclatants. La victoire sur l’Iran semblait à portée de main, et après le coup d’ouverture de « Chaagat Haari », on aurait pu croire le régime iranien au bord de l’effondrement. Aujourd’hui, alors qu’un accord de cessez-le-feu s’apprête à être signé entre les États-Unis et l’Iran, l’inquiétude domine en Israël. L’arrangement qui se dessine pourrait porter atteinte au pays à deux reprises : à court terme comme à long terme.
À court terme, un marché à sens unique
À court terme, l’accord fige une situation pour soixante jours, alors qu’en réalité l’Iran ne concède rien et reçoit en échange un cessez-le-feu, la réouverture du détroit d’Ormuz ainsi que le dégel de dizaines de milliards de dollars. Cette réalité soulève une question préoccupante : la liberté d’action israélienne au cœur de l’Iran est-elle préservée, et quelles sont les conséquences directes de cette démarche sur le théâtre libanais et sur la capacité de manœuvre militaire de Tsahal dans la région ?
À long terme, la question nucléaire demeure ouverte
À long terme, l’accord n’apporte aucune réponse claire quant à l’avenir du projet nucléaire. La clause portant sur l’uranium enrichi est rédigée de manière trop générale et laisse à l’Iran des capacités enfouies sous terre, dans des zones qu’Israël n’a pas frappées. Selon toute vraisemblance, l’Iran gèlera temporairement son programme, mais pourra y revenir dès qu’il le souhaitera. De surcroît, l’accord n’offre aucune réponse à la menace des missiles balistiques ni au financement continu des relais régionaux : les Houthis, le parti de D.ieu et le Hamas.
Un accord gravé sur le papier seulement
Le principal problème tient à ce que l’accord fige une réalité sur le papier, alors que les deux gardiens du seuil, le président Trump et le Premier ministre Netanyahou, ne resteront pas éternellement en poste — et c’est précisément là-dessus que mise l’Iran. Frappés mais non vaincus, les Iraniens cherchent à gagner du temps et à traverser l’ère Trump-Netanyahou, pour ensuite faire ce qu’ils savent faire de mieux : violer méthodiquement l’accord en tirant parti des changements politiques en Occident afin de se reconstituer et de se renforcer à nouveau.
Le défi de préserver la liberté d’action
Cette situation met en péril la sécurité de l’État, car l’accord laisse Israël seul face à la capacité de reconstitution iranienne. Le grand défi de Netanyahou consiste à préserver l’intérêt sécuritaire et la liberté d’action au Proche-Orient. Il lui faut prendre l’immense acquis militaire de cette guerre et le convertir en un résultat tangible sur le terrain, en gardant à l’esprit que, dans le cas de l’Iran, le papier sur lequel l’accord est signé ne vaut tout simplement rien.
Le Rav Chemouel Troubitz, auteur du Maadanei Chemouel, rapportait une histoire bouleversante survenue dans une ville d’Israël. Une veuve russe, immigrante récente et sans enfants, s’était présentée seule pour enterrer son mari selon la loi juive. Ce qu’elle révéla au moment de l’éloge funèbre laissa toute la ‘Hevra Kadicha en larmes.
Une veuve russe à la ‘Hevra Kadicha
Le Rav Chemouel Troubitz, que le souvenir du juste soit une bénédiction, auteur du Maadanei Chemouel, rapportait l’histoire suivante, telle qu’elle s’était réellement déroulée.
Dans l’une des villes d’Israel, une femme russe se présenta aux bureaux de la ‘Hevra Kadicha (société funéraire). Elle leur dit : « Mon mari est décédé. Je vous en prie, occupez-vous de la Tahara (purification rituelle) et de l’inhumation de la meilleure manière qui soit, conformément à la loi juive. »
Au début, ils ne savaient pas si elle était juive ou non juive. Ils échangèrent quelques mots avec elle et constatèrent que non seulement elle était juive, mais qu’elle observait également la Torah et les Mitsvot.
Une salle funéraire déserte
Le cimetière en question était un vaste cimetière où l’on procédait à la Tahara de plusieurs défunts en parallèle, en annonçant au haut-parleur : « Untel se trouve dans telle salle. » Les membres de la ‘Hevra Kadicha accomplirent la Tahara du défunt russe et annoncèrent au micro que son lit funéraire avait été installé dans la salle numéro trois.
Deux membres de la ‘Hevra Kadicha y entrèrent et trouvèrent la salle vide. Seule la femme attendait. Stupéfaits, ils demandèrent : « Où sont donc tous les autres ? » Elle répondit : « Il n’y a personne. » « Et les amis ? » « Nous sommes de nouveaux immigrants, des Olim ‘Hadachim. » « N’avez-vous pas d’enfants ? » « Non, nous n’avons pas d’enfants. »
La ‘Hevra Kadicha fit alors venir huit hommes, afin qu’il y ait au moins de quoi réciter le Kaddich.
« Je ferai l’éloge moi-même »
Ils s’apprêtaient à commencer le Kaddich lorsque la femme dit : « Je voudrais qu’il y ait aussi un éloge funèbre, un Hesped, mais il n’y a personne pour le prononcer. Nul ici ne connaît le défunt. » Et elle ajouta : « S’il n’y a personne pour faire l’éloge, c’est moi qui le ferai. »
Ils lui répondirent : « Cela ne convient pas ; il n’est pas d’usage qu’une femme prononce un Hesped. Mais puisque tu n’as personne, ni fils ni autres membres de la famille, fais donc un éloge de cinq minutes. » La femme dit : « N’ayez crainte, pas cinq minutes. Deux minutes me suffiront. »
Le secret de Sasha
Elle s’approcha du défunt et dit ces mots : « Voilà, nous n’avons pas de fils pour réciter le Kaddich, nous partons sans descendance, mais le mérite du Kaddich ne te manquera pas, Sasha. Seuls toi et moi savons pourquoi nous n’avons pas eu d’enfants : parce que dans notre région, il n’y avait pas de Mikvé (bain rituel). C’est pour cela que nous n’avons personne pour dire le Kaddich sur toi. Mais par cet acte même, « Yitgadal véyitkadach, que Son grand Nom soit magnifié et sanctifié ». »
Toute la ‘Hevra Kadicha éclata en sanglots. « Yitgadal véyitkadach » — et c’était une femme russe dont rien, à première vue, ne laissait paraître qu’elle était juive.
Au lendemain de la frappe de Tsahal dans le quartier du Dahieh à Beyrouth, Israël se prépare à l’éventualité de tirs iraniens dirigés contre son territoire dans les prochaines heures. Le chef d’état-major mène des évaluations de situation continues, tandis que le commandement du front intérieur a durci ses consignes à la population. À Téhéran, les Gardiens de la révolution multiplient les menaces et promettent que « la frappe ne restera pas sans réponse ».
Chanel 14
Tsahal en état d’alerte
Israël se prépare à l’éventualité de tirs iraniens en réponse à la frappe menée dans le Dahieh à Beyrouth. Le porte-parole de Tsahal a confirmé dimanche soir que l’armée se tenait prête à la possibilité de tirs dirigés vers le territoire israélien dès les heures à venir.
Peu après la publication de ces évaluations, le porte-parole de Tsahal a fait savoir que le chef d’état-major, le général Eyal Zamir, menait des évaluations de situation continues avec l’ensemble des commandants concernés, à la suite de la frappe conduite dans le Dahieh, à Beyrouth. Selon le communiqué officiel, et conformément à ces évaluations, Tsahal se prépare à l’éventualité de tirs vers le territoire de l’État d’Israël dans les prochaines heures.
Au sein de l’appareil de défense, on suit de près l’évolution de la situation dans la région, notamment à la lumière des menaces formulées tout au long de la journée par les Gardiens de la révolution et par d’autres hauts responsables à Téhéran. L’évaluation est qu’en cas de décision de riposte, celle-ci pourrait provenir directement du territoire iranien ou par l’intermédiaire de l’une des organisations supplétives de Téhéran dans la région.
Le durcissement des consignes à la population
À l’issue d’une évaluation de situation, le commandement du front intérieur a décidé de durcir ses consignes à compter de 18 h 00 et jusqu’au lendemain 20 h 00. Une activité complète demeure autorisée dans l’ensemble du pays, sous réserve d’une limitation des rassemblements à 5 000 personnes au maximum, tandis que dans la zone de la ligne de confrontation, les consignes restent inchangées.
Parallèlement au dispositif opérationnel, Tsahal a souligné qu’à cette heure il n’y avait pas de changement dans les consignes du front intérieur destinées au public. L’armée a néanmoins appelé les citoyens à faire preuve de vigilance, à agir de manière responsable et à continuer de suivre les communiqués officiels, en précisant que tout changement de la situation sécuritaire ou des consignes serait actualisé immédiatement.
Une journée de tension dans le nord
Ce communiqué intervient après une journée particulièrement tendue dans le secteur nord. Avant même la frappe dans le Dahieh, des alertes avaient été déclenchées pour l’intrusion d’un appareil aérien hostile dans plusieurs localités du nord, puis la chute d’une cible aérienne suspecte avait été identifiée à proximité de la frontière libanaise. En outre, deux drones lancés par les terroristes du parti de D.ieu sont tombés en territoire israélien, au lendemain des alertes déclenchées à Metula à la suite de tirs de roquettes depuis le Liban.
Selon Tsahal, l’ensemble de ces incidents s’est achevé sans faire de victimes, mais les habitants de la région ont critiqué la manière dont la situation était gérée, estimant que les violations répétées du parti de D.ieu ne recevaient pas une réponse suffisante.
Les menaces de Téhéran
Dans ce contexte, les Gardiens de la révolution iraniens ont publié une déclaration particulièrement virulente, menaçant d’une riposte imminente contre Israël. Le communiqué affirme que la banlieue sud de Beyrouth constitue une « ligne rouge » et que Téhéran avait par le passé mis en garde contre toute atteinte à ce secteur. Il y est également affirmé que « l’ère de l’action sans réponse est révolue » et qu’Israël se doit de « préparer ses abris », avec la menace explicite qu’une riposte iranienne débuterait « avant même l’aube de demain ».
Cette déclaration s’ajoute à d’autres propos tenus plus tôt dans la journée en Iran. Le commandant de l’état-major central de Khatam al-Anbiya a affirmé que « les crimes de l’entité sioniste ne resteront pas sans réponse », tandis que le porte-parole de la commission de la sécurité nationale et de la politique étrangère du Parlement iranien a mis en garde contre une « erreur de calcul » de la part d’Israël. Selon lui, même si un accord ou une entente devait être conclu, le chemin qui y mène passe par « le châtiment du régime sioniste ».
La frappe dans le Dahieh
Les menaces venues de Téhéran sont intervenues peu après que Tsahal eut frappé des cibles du parti de D.ieu dans le Dahieh, à Beyrouth, en réaction aux tirs dirigés vers Israël et à la poursuite des violations de l’organisation terroriste. La frappe a été menée environ une semaine après qu’Israël eut clairement signifié que tout tir provenant du territoire libanais en direction d’Israël recevrait une réponse visant des cibles dans la capitale libanaise.
Dans un communiqué conjoint publié au moment de la frappe, le Premier ministre et le ministre de la Défense ont déclaré : « Tsahal a frappé à l’instant, dans le quartier du Dahieh à Beyrouth, des cibles terroristes de l’organisation terroriste du parti de D.ieu, et ce en réponse aux tirs de cette dernière vers le territoire israélien. Israël ne tolérera pas de tirs sur son territoire. » Selon Tsahal, c’est un poste de commandement du parti de D.ieu qui a été frappé, lequel servait à l’organisation pour faire avancer des projets terroristes contre les citoyens israéliens et contre les forces de Tsahal opérant dans le sud du Liban. D’après le ministère libanais de la Santé, la frappe a fait deux morts et quatre blessés.
En toile de fond, un éventuel accord américano-iranien
La frappe dans le Dahieh s’inscrit dans le contexte d’informations parues au Liban et en Iran faisant état d’un accord possible entre les États-Unis et l’Iran. Selon le quotidien libanais Al-Akhbar, les ententes en cours d’élaboration porteraient également sur des mesures concernant la scène libanaise, parmi lesquelles un arrêt total des combats, un retrait israélien du sud du Liban et la libération de prisonniers libanais. Israël n’a pas réagi officiellement à ces informations.
Pour mémoire, le ministre de la Défense Israël Katz avait déclaré la semaine dernière qu’Israël ne se retirerait pas des zones de sécurité au Liban, en Syrie et à Gaza. Selon lui, les forces de Tsahal continueront de protéger les frontières de l’État et ses citoyens face aux différentes menaces dans la région.
Dans le même temps, Tsahal poursuit une activité de grande ampleur dans le sud du Liban. La semaine dernière encore, ses forces ont achevé une opération d’envergure dans le village de Dabin, à une profondeur d’environ douze kilomètres en territoire libanais. Au cours de cette opération, l’aviation a frappé plus de cinquante cibles terroristes, des dizaines d’infrastructures du parti de D.ieu ont été détruites, des dépôts de moyens de combat ont été localisés et plus de trente terroristes ont été éliminés. Tsahal a souligné qu’il continuerait d’agir pour écarter toute menace pesant sur l’État d’Israël.
La réaction de Donald Trump
Le président des États-Unis, Donald Trump, s’est exprimé dimanche soir au sujet de la frappe de Tsahal dans le Dahieh, exprimant une réserve inhabituelle à l’égard de cette opération. Selon lui, « l’attaque contre Beyrouth ce matin n’aurait pas dû avoir lieu », en particulier à un moment où, à l’en croire, les parties sont très proches d’un accord de paix avec l’Iran.
Trump a précisé qu’il reconnaissait le droit d’Israël à se défendre face aux menaces sécuritaires, mais il a estimé que l’incident ayant conduit à la riposte israélienne était « très mineur et insignifiant ». Selon lui, personne n’a été blessé lors de cet incident, et il n’y avait donc pas lieu d’engager une démarche susceptible de compromettre les avancées des pourparlers diplomatiques. « Nous sommes très proches d’un accord qui apportera la paix à la région, y compris au Liban », a-t-il affirmé, appelant l’ensemble des parties à « apaiser la situation ».
Trump a appelé à cesser toute frappe supplémentaire, en provenance du Liban comme d’Israël, et a averti qu’une nouvelle escalade pourrait mettre en péril ce qu’il a qualifié de « début d’une paix longue et magnifique ».
L’avertissement d’un ancien officier de Tsahal
Le colonel de réserve ‘Hézi Na’hama a mis en garde contre un retour à une politique de « rounds et de contention », appelant le gouvernement à mener jusqu’au bout la décision face au Hamas et au parti de D.ieu. Dans un entretien accordé dimanche à Dana Veron, il a adressé un message direct au gouvernement israélien : « Après deux ans et demi durant lesquels nous avons agi de manière remarquable, nous commençons à revenir à des signes de rounds et de contention, et cela ne doit pas se produire ! »
Selon lui, « nous devons, en tant que public, exiger du Premier ministre et du ministre de la Défense qu’ils tiennent les engagements qu’ils ont pris : une décision complète face au parti de D.ieu et au Hamas. C’est le moment d’atteindre ces objectifs. »
Au cours de l’entretien, ‘Hézi Na’hama a également mis en garde contre l’accord en cours d’élaboration avec l’Iran : « Il se peut que des considérations comme l’économie mondiale ou des événements internationaux influent sur la prise de décision. À mon sens, il est interdit de signer un accord sans qu’au minimum l’uranium enrichi sorte d’Iran. Si un accord est signé sans cette clause, ce sera une erreur stratégique. »
Il a enfin abordé la scène libanaise et souligné qu’Israël ne devait pas établir de lien entre les développements face à l’Iran et le combat contre le parti de D.ieu : « De notre point de vue, ce lien ne doit pas exister. »
Une semaine après avoir été oublié durant de longues heures dans une voiture, le petit ‘Haïm ben ‘Haya Mouchka, de Kfar Habad, transporté dans un état critique à l’hôpital, est rentré chez lui par un miracle manifeste. Évacué inconscient et victime d’un grave coup de chaleur, le nourrisson de quatre mois avait mobilisé toute la communauté Habad, appelée à réciter des Tehilim pour son rétablissement. « Merci à tous pour vos prières », ont confié ses parents.
Un drame qui a bouleversé Kfar Habad
Le mercredi 3 juin, en milieu d’après-midi, un événement dramatique a frappé Kfar Habad. Aux alentours de 15 heures, des appels parviennent aux centres d’urgence : un nourrisson de quatre mois a été retrouvé inconscient à l’intérieur d’un véhicule fermé, après y avoir été oublié, selon sa famille, durant un long moment, en pleine chaleur estivale. À 15 h 08, les équipes de secours se précipitent sur les lieux, lui prodiguent les premiers soins vitaux, puis l’évacuent vers le centre médical Chamir-Assaf Harofé tout en poursuivant des manœuvres de réanimation avancées, son état étant alors défini comme critique et instable, avec des signes manifestes de coup de chaleur.
Un appel à déchirer les portes du ciel
Devant la gravité de la situation, la communauté Habad a été appelé à déchirer les portes du ciel et à réciter des chapitres de Tehilim pour le mérite et la guérison du soldat de Tsivot Hachem, ‘Haïm ben ‘Haya Mouchka. Partout, des familles, des écoles et des institutions se sont jointes à cette immense chaîne de prières, unies dans l’espoir d’un dénouement heureux pour le petit garçon dont le nom était sur toutes les lèvres.
Le récit des secouristes
Les paramédicaux de l’unité de motos du Magen David Adom, Chemouel Gelbstein et Moché Gelbstein, ainsi que le secouriste expérimenté Yossi Naboul, ont raconté après avoir pris en charge l’enfant : « À notre arrivée, on nous a conduits jusqu’au nourrisson, dont la conscience était altérée, après qu’il eut passé un long moment dans une voiture fermée. Nous avons procédé à une première évaluation médicale et constaté qu’il était brûlant au toucher. Nous lui avons administré les premiers soins, puis nous l’avons évacué dans une ambulance de soins intensifs du Magen David Adom vers l’hôpital, son état étant défini comme grave et instable. »
‘Haïm Meir Friedman, responsable de l’antenne de Kfar Habad d’I’houd Hatzala, ainsi que les secouristes Eli Turnheim, Itzik Shif et ‘Haïm Rivkin, ont déclaré le même jour : « On nous a indiqué sur place que le bébé avait été oublié dans une voiture et qu’il y était resté un long moment. Nous lui avons prodigué les premiers soins, puis il a été évacué à l’hôpital dans un état critique et sans connaissance. »
Barou’h Hachem, le retour à la maison
Et Barou’h Hachem, les parents ont annoncé à tous ceux qui avaient prié pour la guérison de leur fils que celui-ci rentrait à la maison en bonne santé, sain et sauf. Après des journées d’angoisse et un combat médical de chaque instant, le nourrisson qui avait été admis dans un état désespéré a recouvré toutes ses forces, au terme d’un rétablissement que ses proches n’hésitent pas à qualifier de miraculeux. « Merci à D.ieu pour ces miracles », ont-ils simplement déclaré, le cœur empli de gratitude.
Un appel renouvelé à la vigilance
À I’houd Hatzala, on rappelle avec insistance la nécessité de respecter les règles de sécurité et de prudence, et de ne jamais laisser des enfants ou des tout-petits dans un véhicule sans surveillance, ne serait-ce qu’un instant. Les secouristes recommandent également de garder un œil sur les voitures en stationnement, en particulier durant les chaudes journées d’été, afin de vérifier qu’aucun enfant n’y a été oublié.
Ce drame s’inscrit hélas dans un phénomène récurrent. Selon les données de l’organisation Beterem pour la sécurité de l’enfant, au cours des cinq dernières années (2021-2025), vingt-trois enfants ont perdu la vie après avoir été oubliés ou enfermés dans un véhicule. Les chiffres révèlent en outre que cinquante-trois enfants ont été blessés dans de telles circonstances tout en survivant, tandis que mille cinq cent treize autres, oubliés ou piégés à l’intérieur d’une voiture, ont pu être secourus sains et saufs. « Un enfant oublié ou enfermé dans un véhicule fermé ne peut s’en extraire seul », a souligné Orly Silbinger, directrice générale de l’organisation. Elle rappelle que les journées demeurent chaudes et que la température à l’intérieur d’un habitacle grimpe très rapidement, l’essentiel de la hausse survenant dès les vingt premières minutes, jusqu’à atteindre parfois soixante-dix degrés ; dans une telle situation, la température corporelle de l’enfant s’élève en quelques instants, avec des conséquences qui peuvent être fatales.
Le 28 Sivan 5701 (23 juin 1941), le navire portugais « Serpa Pinto » accosta à Staten Island, transportant le Rabbi et la Rabbanit ‘Haya Mouchka, rescapés des griffes des nazis. Ce qui ressemblait à une audacieuse traversée de sauvetage allait devenir le point de départ d’une révolution juive mondiale. Quatre-vingt-cinq ans plus tard, cette date, connue dans le monde Loubavitch comme le « Yom Habahir », le jour lumineux, demeure le symbole d’un tournant décisif dans l’histoire de la diffusion du judaïsme.
Le départ de Paris
Le drame commença à Paris, où le Rabbi et la Rabbanit vivaient dans un relatif anonymat lorsque éclata la Seconde Guerre mondiale. Avec l’invasion de la France par les nazis au mois d’Iyar 5700 (1940), la ville se transforma en piège. Obtenir des billets de train pour quitter la capitale était devenu presque impossible, mais grâce à des relations avec un officier de l’armée, le couple parvint à se procurer deux billets pour la ville de Vichy. Ils quittèrent Paris par le dernier train, trois jours seulement avant que les Allemands ne défilent dans ses rues.
Durant son séjour en France, le Rabbi s’était inscrit pour l’enrôlement dans l’armée française, une démarche qui lui valut un document lui permettant de se déplacer avec une relative liberté, sans être soupçonné de désertion. Malgré le danger, le Rabbi refusa la proposition de se cacher dans le château d’un général français à l’extérieur de la ville, car il pressentait la puissance de l’occupation nazie et préférait fuir vers le sud.
Le combat bureaucratique
La route vers l’Amérique se heurta à un obstacle de taille au consulat américain. Le Rabbi était enregistré comme « ingénieur », ce qui ne lui donnait pas droit au visa spécial réservé aux hommes de religion. Le Rabbi Rayatz, qui œuvrait sans relâche depuis New York pour leur sauvetage, veilla à envoyer une attestation rabbinique officielle afin d’actualiser la demande de visa.
Après une attente éprouvante pour les nerfs, et après un séjour tendu à Nice dans l’attente des précieux documents, la demande fut transférée du consulat de Nice à celui de Marseille, où le consul se montrait plus favorable envers les réfugiés juifs. Le 20 Nissan 5701 (avril 1941), les visas américains tant attendus furent enfin approuvés, et la Rabbanit annonça la nouvelle à son père dans une lettre codée en russe : « Le consul américain a promis de nous accorder un visa. » Des ‘Hassidim de New York, disposant de relations au sein du gouvernement portugais, obtinrent par ailleurs les visas de transit qui permirent au couple d’entrer légalement au Portugal.
Lisbonne, dernier port de l’espoir
Pays neutre, le Portugal était devenu l’une des dernières portes de sortie de l’Europe en flammes, et Lisbonne le tout dernier port encore ouvert aux réfugiés. Des dizaines de milliers de Juifs et de non-Juifs y trouvèrent un refuge temporaire, en grande partie grâce à Aristides de Sousa Mendes, consul du Portugal à Bordeaux, qui délivra des milliers de visas au mépris des ordres reçus, geste pour lequel il fut plus tard honoré par Yad Vachem comme « Juste parmi les nations ».
C’est dans cette ville que le Rabbi passa ses derniers jours sur le sol européen. Les rares traces de ce séjour comprennent les notes d’un exposé qu’il prononça, semble-t-il, dans une synagogue de la capitale dont le nom, Chaaré Tikva, « les portes de l’espérance », résumait à lui seul ce que représentait Lisbonne pour ceux qui fuyaient. Le Portugal, d’où les Juifs avaient été expulsés en 1497 et où ils n’étaient revenus qu’au dix-neuvième siècle, devenait ainsi un portail inattendu vers la liberté. La traversée elle-même fut rendue possible par l’action d’organisations d’entraide, au premier rang desquelles le Joint, qui réservait à l’avance la quasi-totalité des places à bord de certains paquebots et déposait pour chaque voyage des garanties financières considérables.
La traversée sous la menace des sous-marins
Le 17 Sivan 5701 (12 juin 1941), le Rabbi et la Rabbanit embarquèrent à bord du navire « Serpa Pinto », à Lisbonne, au Portugal. Le départ fut accompagné d’un miracle : le Rabbi Rayatz leur avait ordonné, dans un télégramme urgent, de ne pas monter sur le premier bateau partant ce jour-là, mais uniquement sur le second. On apprit par la suite que les passagers du premier bateau avaient été capturés par les Italiens et étaient demeurés prisonniers jusqu’à la fin de la guerre.
Le navire lui-même avait une histoire singulière. Propriété de la compagnie coloniale de navigation portugaise, baptisé du nom d’un explorateur portugais de l’Afrique orientale du dix-neuvième siècle, il avait d’abord servi durant la Première Guerre mondiale sous pavillon britannique, puis navigué sous pavillon yougoslave, avant d’être racheté en 1940. Durant les années de guerre, le « Serpa Pinto » transporta plus de cent dix mille passagers à travers l’Atlantique, davantage que tout autre navire civil portugais, ce qui lui valut le surnom de navio da amizade, le « navire de l’amitié ». Pour signaler leur neutralité et protéger leurs passagers, les bâtiments portugais affichaient leur nom en lettres immenses sur leurs flancs et étaient illuminés de puissants projecteurs la nuit ; cela n’écartait pas tout péril, puisqu’en mai 1944 un sous-marin allemand arrêta le navire en plein océan et demanda par radio à Berlin s’il fallait le torpiller, avant que les passagers, après plusieurs heures d’angoisse, ne soient autorisés à rembarquer.
Au cours des douze jours de traversée de l’océan Atlantique, sous la menace constante des sous-marins nazis, le Rabbi se consacra à une intense activité d’écriture toranique. Dans ses cahiers de cette époque furent retrouvés des commentaires sur le Tanya, des notes sur les poissons ainsi que des réflexions spirituelles sur la descente vers l’hémisphère inférieur du globe.
L’arrivée sur les côtes américaines
Le lundi 28 Sivan 5701 (23 juin 1941), à 10 h 30 du matin, le navire accosta au quai numéro 8 de Staten Island. Le Rabbi et la Rabbanit descendirent du pont en portant avec eux une unique caisse en bois contenant leurs maigres effets et de précieux manuscrits. Sur la valise figuraient des étiquettes « première classe » du port de Lisbonne ainsi que la signature du Rabbi en anglais : « Mendel Schneerson ». De Staten Island, le couple gagna Manhattan par le ferry, où l’attendait une nombreuse délégation de Ba’hourim et de ‘Hassidim venus l’accueillir.
Une délégation de quatre ‘Hassidim de marque avait pris place sur le quai, sur ordre du Rabbi Rayatz, qui avait décrit son gendre en des termes rares : « Il connaît par cœur le Talmud de Babylone, le Talmud de Jérusalem, le Rambam et le Likoutei Torah… » La rencontre personnelle entre le Rabbi et son beau-père n’eut lieu que le troisième jour suivant son arrivée, le 30 Sivan, conformément à la conduite du « cerveau qui domine le cœur ».
Les débuts de l’activité aux États-Unis
Dès son arrivée, le Rabbi fut nommé à la tête de trois institutions centrales : le Merkos LeInyonei ‘Hinoukh (centre pour les affaires de l’éducation), le Ma’hané Israël et la maison d’édition Kehot. Ces institutions constituèrent le socle de la révolution juive mondiale qui allait jaillir des États-Unis vers le monde entier. Ces responsabilités, assumées du vivant de son beau-père, préparèrent le moment où, en 5711 (1951), le Rabbi accepterait la direction du mouvement Loubavitch pour en devenir le septième Rabbi.
Un secret longtemps gardé
Pendant de nombreuses années, la date de cette arrivée demeura un secret bien gardé. Ce n’est qu’en 5743 (1983), avec la publication du cinquième volume des Igrot Kodech du Rabbi Rayatz, que fut dévoilée la lettre annonçant leur arrivée le 28 Sivan 5701 (1941). Des décennies de recherche menées par une équipe d’érudits, ayant abouti à l’ouvrage « Les premières années du Rabbi » et à ses plus de mille cinq cents documents, ont depuis enrichi notre connaissance de cette période, jusqu’à la redécouverte de la demande de visa américaine établie en 1941.
Détail saisissant de la providence divine : exactement six ans plus tard, le 28 Sivan 5707 (1947), la mère du Rabbi, la Rabbanit ‘Hana, foula pour la première fois le sol américain, comme l’attestent ses propres documents d’entrée sur le territoire.
Yom Habahir, un jour gravé dans le calendrier hassidique
Ce jour devint le symbole du commencement d’une œuvre nouvelle : la diffusion des sources de la ‘Hassidout aux quatre coins du monde. Le Rabbi lui-même évoqua le 28 Sivan comme une date que beaucoup ont instituée pour des Farbrenguen et de bonnes résolutions, afin de renouveler l’engagement dans la mission de répandre le judaïsme et les sources de la ‘Hassidout au-dehors (Si’ha de Chabbat Chela’h, 28 Sivan 5749 / 1989). Aujourd’hui encore, ce « jour lumineux » est célébré dans les Beth Habad du monde entier comme l’instant où l’Amérique cessa d’être perçue comme une terre spirituellement aride pour devenir le point de départ d’un réveil juif planétaire. monde.
En 1947, le futur Rabbi de Loubavitch effectue un séjour mémorable de trois mois à Paris pour accompagner sa mère vers l’Amérique. Cette visite marque un tournant dans l’histoire de la communauté Habad française. Le 28 Sivan, date de l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, demeure gravé dans les mémoires comme l’aboutissement de ce voyage exceptionnel.
De la fin du mois d’Adar au 21 Sivan 1947, le Rabbi effectue un séjour prolongé à Paris pour accompagner sa mère, la Rabbanit Hanna, dans sa préparation au voyage vers les États-Unis. Cette visite de trois mois transforme la petite communauté Habad parisienne par les enseignements prodigués et les liens tissés. Le Rabbi organise de nombreuses réunions, célèbre Pessa’h selon la tradition, et laisse une empreinte durable avant de partir le 21 Sivan, permettant à sa mère d’atteindre l’Amérique le 28 Sivan 1947.
L’exode dramatique de Russie
Après la Seconde Guerre mondiale, la Russie permet discrètement aux citoyens polonais de retourner dans leur pays, fermant les yeux sur la falsification massive de documents d’identité. Les Hassidim de Habad saisissent cette opportunité pour fuir vers les pays libres, avec la bénédiction de l’Admour Rayats.
La Rabbanit Hanna, mère du Rabbi, fait partie de ces fugitifs. Elle s’échappe avec les faux papiers de ‘Mouma Sarah’, l’une des organisatrices de l’évasion qui lui sacrifie sa propre identité falsifiée. Cette femme courageuse reste en Russie, sachant que le KGB la recherche, et y trouve la mort.
Après avoir quitté Lvov, la Rabbanit séjourne dans le camp de réfugiés de Pocking avant d’arriver à Paris à la fin de l’hiver 1947. Elle s’installe chez un parent, le Gaon Rav Shnieur Zalman Schneierson.
La première rencontre après vingt années
Vers Pourim 1947, le Rabbi arrive à Paris par avion – la seule et unique fois qu’il utilisera ce moyen de transport. Les Hassidim de Habad souhaitent l’accueillir à l’aéroport, mais pendant leur attente, ils reçoivent un télégramme de l’Admour Rayats : « Béni sois-tu à ton arrivée ». Ils comprennent que le Rabbi est déjà là.
Effectivement, quelques minutes plus tard, le Rabbi arrive en taxi à la maison où réside sa mère. Celle-ci était sortie faire des courses. Le Rabbi se rend alors à la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson, prie, puis descend retrouver sa mère. Après leur première rencontre en vingt ans, ils s’isolent dans une pièce adjacente.
Plus tard, le Rabbi rejoint les Hassidim pour une réunion. Il évoque alors Yossef qui n’avait pas vu son père pendant vingt-deux années, et fond en larmes devant l’assemblée émue.
Le quotidien parisien du Rabbi
Le Rabbi s’installe dans une chambre d’un hôtel luxueux du centre de Paris, où il passe la majeure partie de ses journées. Rav Yaakov Lipsker s’occupe de lui apporter quotidiennement ses repas.
Chaque jour, le Rabbi rend visite deux fois à sa mère et dîne avec elle le soir. Les Chabatot et jours de fête, il effectue le long trajet à pied pour respecter les prescriptions religieuses.
Les Chabatot, le Rabbi prie dans la synagogue du deuxième étage chez Rav Schneierson. Chaque semaine, on lui fait l’honneur d’une montée à la Torah en troisième ou comme Maftir, et il fait un don de 300 francs.
Les réunions mémorables
Tout au long de son séjour, le Rabbi organise plusieurs réunions avec la communauté Habad locale, principalement les Chabatot et les jours de fête. Ces rassemblements se prolongent souvent jusqu’à l’aube.
Pour le 2 Nissan, le Rabbi tient une réunion chez Rav Schneierson, commençant par un nigoun qu’il présente comme l’une des innovations de l’Admour Rachab. Durant ce séjour, la Rabbanit Hanna révèle aux Hassidim que le 11 Nissan est l’anniversaire de son fils. Les Hassidim demandent au Rabbi une réunion spéciale, organisée cette fois à l’étage supérieur, où il parle de la signification spirituelle des anniversaires.
Le Pessa’h Chéni, le Rabbi organise une réunion plus courte, se terminant à l’heure habituelle de sa visite du soir chez sa mère. Pour Lag BaOmer, il anime deux réunions distinctes : une avec un groupe d’anciens qui ont réussi à quitter la Russie après Pessa’h et séjournent à l’hôtel ‘Prima’, et une autre à la synagogue du ‘Plétzel’ où il exprime avec émotion combien ses prédécesseurs avaient des Hassidim exceptionnels immergés dans l’étude et la prière, tandis que son beau-père doit s’occuper d’enseigner l’alphabet aux jeunes enfants.
Des préparatifs minutieux
Pour Pessa’h, le Rabbi demande à Rav Lipsker de se procurer des raisins frais pour préparer du vin, refusant de se contenter de vin de raisins secs. Il apporte lui-même les matsot de New York.
Le Rabbi exige l’achat de vaisselle neuve pour la fête, un ustensile différent pour chaque aliment, et ordonne à Rav Lipsker de tout faire personnellement sans accepter d’aide. Le Rabbi procède lui-même à l’immersion rituelle de la nouvelle vaisselle.
Les cérémonies de Pessa’h se déroulent chez Rav Schneierson, dans sa grande maison de trois étages : le rez-de-chaussée servant d’entrepôt, l’étage intermédiaire accueillant les réunions – là où se tient le Séder – avec une bibliothèque, le bureau de Rav Schneierson, des salles de classe et une cuisine, et l’étage supérieur comprenant deux appartements et une synagogue.
L’enseignement public
Bien que le Rabbi reste la plupart du temps dans sa chambre d’hôtel, il répond plusieurs fois aux supplications de la communauté locale pour enseigner à la synagogue du quartier du ‘Plétzel’, où il priait durant son séjour parisien de 1933 à 1940.
Lors de sa première intervention, il s’enquiert des habitudes d’étude entre Min’ha et Arvit, puis enseigne pendant deux heures sur la Halakha et le pilpoul autour des paroles de nos Sages dans ‘Ein Yaakov’, suscitant l’émerveillement de tous les auditeurs. L’assemblée demande à l’entendre à nouveau après Arvit, et le Rabbi poursuit son enseignement sur les cours réguliers étudiés après la prière du soir, reliant finalement les trois sujets.
L’action dans la rue
Lors d’une autre occasion, le Rabbi exhorte les membres de la communauté à s’engager dans la diffusion du judaïsme. Face aux objections sur les difficultés, le Rabbi sort dans la rue, monte sur une caisse et agite un mouchoir jusqu’à attirer des Juifs autour de lui. Il commence alors à discuter avec eux de sujets juifs, puis propose d’entrer dans une synagogue proche pour prier Min’ha. Nombreux sont ceux qui suivent le Rabbi dans la synagogue et prient avec émotion.
Des présents chargés de sens
Avant son départ, le Rabbi offre des cadeaux d’adieu aux familles Schneierson et Botman qui l’ont hébergé et servi, lui et sa mère, pendant ces trois mois parisiens.
À Rav Botman, il remet un sidour Torah Or avec le ma’hzor, des fascicules du Hatamim et plusieurs articles et opuscules imprimés en Pologne. Aux femmes, il offre un service luxueux d’assiettes en porcelaine. À la petite Léa Botman, il donne un album de timbres, à l’enfant Shalom Dov Ber Schneierson, cinq Houmachim reliés en un volume et les quatre parties du Choul’han Arouch édition Horev, à l’enfant Shalom Dov Ber Botman, il offre le livre des Ma’amarim en yiddish, à la petite Léa Cohen un album de timbres, au jeune Samuel Men’hem Mendel Botman une bicyclette, et à la petite Myriam Botman une grande toupie.
Plusieurs membres de la communauté reçoivent également des fascicules et opuscules de l’Admour Rayats. À Taïbel Lipsker, le Rabbi envoie par l’intermédiaire de son mari des opuscules de ‘Likoutei Diburim’, et à la petite Ra’hel Donin, il apporte un sidour.
La dernière réunion inoubliable
Le dernier Chabat avant son départ, le Rabbi apporte le journal de détention de l’Admour Rayats, dactylographié sur des pages format folio. Les membres de la communauté se partagent les pages, chacun lisant sa part avant de la transmettre au suivant.
Le dimanche 20 Sivan, dernière nuit avant son voyage avec sa mère par bateau, le Rabbi organise une réunion d’adieu qui dure toute la nuit, plus de onze heures, se terminant vers huit heures du matin. Il sort alors danser avec les enfants de l’école talmudique voisine, venus pour leur nouvelle journée d’étude.
Les moments les plus intenses de cette réunion surviennent quand le Rabbi circule parmi les participants, expliquant à chacun la signification de son prénom selon la dimension révélée et cachée de la Torah, et comment ce nom correspond à ses traits de caractère et à sa mission dans le monde.
Le départ vers l’Amérique : 28 Sivan, une date historique
Le lendemain, lundi 21 Sivan, le Rabbi part à 11h00 du matin en train vers le port. De là, il embarque avec sa mère la Rabbanit sur le navire ‘Mauritania’ en direction des États-Unis.
Le 28 Sivan 1947 marque l’arrivée de la Rabbanit Hanna en Amérique, couronnant ce voyage exceptionnel. Cette date reste gravée dans l’histoire comme l’aboutissement d’un périple qui aura transformé non seulement la vie de la mère du Rabbi, mais aussi celle de la communauté Habad parisienne.
Les transformations profondes
Cette visite de trois mois laisse des traces indélébiles. La petite communauté Habad de Paris sort transformée de cette expérience. Les enseignements prodigués, les liens personnels tissés et l’exemple donné par le Rabbi marquent profondément tous ceux qui ont eu le privilège de le côtoyer.
Les dons en argent collectés, la rédemption d’objets ayant appartenu aux dirigeants précédents du mouvement, l’établissement de branches d’institutions Habad et surtout l’attachement personnel au Rabbi constituent l’héritage durable de ces trois mois parisiens.
Le 28 Sivan demeure ainsi une date charnière, symbolisant non seulement l’arrivée de la Rabbanit Hanna sur le sol américain, mais aussi l’achèvement d’une période fondatrice pour le judaïsme hassidique en France. Cette visite historique de 1947 pose les jalons de ce qui deviendra plus tard un réseau mondial d’institutions et de communautés Habad.
Le 28 sivan demeure gravé dans l’histoire comme l’une des dates les plus significatives du judaïsme moderne. Il y a quatre-vingts ans jour pour jour, le Rabbi de Loubavitch et la Rabbanit Haya Mouschka posaient le pied sur le sol américain après une odyssée périlleuse à travers l’Europe en guerre. Cette arrivée ne constitue pas seulement un sauvetage miraculeux, mais marque véritablement le début d’une révolution spirituelle sans précédent qui continue de rayonner dans le monde entier.
Chapitre I : L’Europe en flammes – Le début de l’exode
De Berlin à Paris : Les premiers signes de l’orage
L’histoire commence dans l’euphorie de l’après-guerre. Après leur union bénie le 14 kislev 5689 (1928), cérémonie qui avait rassemblé l’élite spirituelle de l’époque, le Rabbi et la Rabbanit s’installent à Berlin, capitale intellectuelle de l’Allemagne de Weimar. Le Rabbi y poursuit ses études d’ingénieur tout en approfondissant sa connaissance de la Torah et de la ‘Hassidout.
Mais l’idylle berlinoise tourne court. Dès février 5693 (1933), avec l’ascension d’Hitler au pouvoir, l’atmosphère change radicalement. Les mesures antisémites se multiplient, et en mars de la même année, des pogromes éclatent contre les juifs de Berlin et d’autres villes allemandes.
« Et Mardochée ne s’agenouillera pas et ne se prosternera pas »
Un épisode de cette période révèle toute la grandeur d’âme du futur Rabbi. La Rabbanit raconta plus tard qu’un jour, alors qu’ils marchaient dans les rues de Berlin, ils aperçurent un groupe de nazis en uniforme s’approchant d’eux. Inquiète, la Rabbanit suggéra au Rabbi de se réfugier momentanément dans une boutique. Mais le Rabbi refusa catégoriquement. Il continua son chemin avec une dignité royale, ignorant totalement la présence de ces hommes, comme s’ils n’existaient simplement pas.
Cette attitude rappelle celle de son grand-père, Rabbi Levi Its’hak, père du Rabbi, qui à Yekaterinoslav avait défié les autorités communistes en proclamant publiquement la foi juive lors d’un recensement où beaucoup cachaient leurs convictions religieuses.
Le 11 adar 5693, le Rabbi arrive à Paris. Un mois plus tard, le 10 nissan, la Rabbanit le rejoint. Ils établissent leur nouvelle résidence dans la Ville Lumière, ne se doutant pas que cette étape ne sera qu’une escale dans leur long voyage vers la liberté.
Paris sous l’ombre de la guerre
Les années parisiennes (5693-5700 / 1933-1940) constituent une période d’intense activité intellectuelle pour le Rabbi. Il fréquente les bibliothèques, continue ses recherches en sciences exactes tout en rédigeant des novelles talmudiques remarquables. Parallèlement, il maintient une correspondance soutenue avec son beau-père, le Rabbi précédent, resté en Europe de l’Est.
Ces lettres, d’une richesse spirituelle exceptionnelle, témoignent de la profondeur de sa pensée et de son attachement indéfectible aux valeurs de la Torah. Dans une lettre du 24 nissan, le Rabbi écrit à Rabbi Dov’er ‘Haskind : « J’ai de la peine de ce qu’on économise, dans les lettres qui nous sont adressées, les nouvelles concernant la santé de mon beau-père le Rabbi. Je vous demande instamment de m’écrire à ce sujet en détail, et la situation telle qu’elle est en réalité. »
Cette correspondance révèle également son souci constant pour la diffusion de la ‘Hassidout. Il demande des copies des discours du Rabbi précédent, s’enquiert des activités du mouvement, manifestant déjà cette préoccupation qui caractérisera plus tard sa direction.
Chapitre II : L’engrenage du sauvetage
Les premières démarches américaines
Dès l’hiver 5699 (1939), bien avant l’invasion de la Pologne, le Rabbi précédent fait une demande presciente d’organisation de papiers d’immigration vers les États-Unis. Dans une lettre du 28 nissan 5699, son secrétaire Rabbi Yeh’ezkel Feigin écrit à Rabbi Israël Jacobson, président de l’Agoudat ‘Hassidey ‘Habad en Amérique :
« Concernant la préparation des papiers pour le Rabbi… aujourd’hui le Rabbi m’a dit à ce sujet… que vous devez savoir que l’ensemble de cette affaire constitue une préparation, car selon la situation actuelle et les bouleversements dans ces pays, cela oblige à préparer des préparatifs, afin que si la situation oblige à déménager, il n’y ait pas d’obstacles, que D.ieu nous en préserve. Mais si la situation reste calme dans les pays, il n’y a pas encore de décision ferme de déménagement. »
Cette clairvoyance s’avère prophétique. Le 17 eloul 5699, quelques jours avant l’invasion de la Pologne, Rabbi Jacobson entre en audience privée chez le Rabbi précédent, qui lui déclare : « Quand tu arriveras en Amérique, tu organiseras tout de manière bonne et ordonnée, sur des bases solides, et dans environ six mois, avec l’aide divine, nous arriverons en Amérique. »
Le labyrinthe bureaucratique
Les lois d’immigration américaines de l’époque sont particulièrement restrictives. Établi en 5684 (1924), le système de quotas limite drastiquement l’immigration en provenance d’Europe de l’Est. Cependant, certaines catégories échappent à ces quotas : les femmes et enfants de citoyens américains, les résidents de l’hémisphère occidental, et surtout les hommes de religion et les professionnels académiques.
L’avantage d’un visa « spécial » religieux réside dans le fait que le nombre de bénéficiaires n’est pas limité à l’avance, contrairement aux « immigrants de quota » dont l’obtention du visa n’est pas garantie.
En décembre 5700 (1940), le Rabbi et la Rabbanit déposent leur première demande de visa américain au consulat de Paris en tant que citoyens russes, demandant un visa d’immigration régulier. Dans cette demande, le Rabbi mentionne sa profession d’ingénieur électricien, ce qui facilitera théoriquement son intégration économique en Amérique.
Parallèlement, les efforts se multiplient pour obtenir un visa « spécial » en tant qu’homme de religion. Cette double démarche créera plus tard des complications, les autorités consulaires s’interrogeant sur cette « contradiction » apparente entre ingénieur et rabbin.
Les intermédiaires providentiels
Plusieurs personnalités jouent un rôle crucial dans ces démarches. L’avocat Max Rhoade, chargé du dossier au bureau d’immigration de Washington, reçoit l’instruction de Rabbi Jacobson de déployer des efforts particuliers pour le Rabbi, dans l’espoir que son sauvetage facilitera celui de son beau-père.
Un autre avocat, Asher Rabinowitz, fils du notable ‘hassid Rabbi David Meir de Massachusetts, se joint aux efforts. Le Rabbi précédent témoigne de son efficacité : « Mon ami, son fils Monsieur Asher, mérite les éloges et non les reproches, car il fait et continue de faire son travail avec une fidélité d’artisan. »
Du côté français, Meir B. Hartan, lui-même descendant d’une famille ‘hassidique, fournit un affidavit de soutien financier, attestant que le Rabbi pourra subvenir à ses besoins en Amérique grâce à sa profession d’ingénieur.
Chapitre III : L’exode sous les bombes
La chute de Paris
Juin 5700 (1940) marque un tournant dramatique. L’armée allemande défonce les lignes françaises et se dirige vers Paris. Un général français de haut rang, voisin du Rabbi et de la Rabbanit, propose alors au couple de se réfugier dans son château à l’extérieur de la ville, « le temps que passe la colère ».
Cette proposition, bien intentionnée, révèle l’incompréhension des Français face à la nature véritable du régime nazi. Mais le Rabbi, avec une prescience remarquable, refuse catégoriquement. Il préfère l’exode vers l’inconnu plutôt que cette fausse sécurité. Les événements lui donneront raison : les Allemands arriveront précisément du côté où se trouvait le château.
Le discours d’adieu
Avant de quitter Paris, le Rabbi prononce un discours d’adieu devant son cercle d’auditeurs. Il les encourage et les exhorte à maintenir leur confiance en D.ieu et Son service dans toutes les circonstances. Sa propre conduite personnelle sert déjà d’exemple vivant : depuis son arrivée à Paris, les juifs parisiens racontent sur lui des récits édifiants, témoignant de sa fierté juive sans compromis et de son observance méticuleuse des commandements dans leur moindre détail.
L’odyssée vers Vichy
Quelques jours avant la fête de Chavouot, le Rabbi et la Rabbanit quittent Paris dans l’un des derniers trains à pouvoir sortir de la ville. Le fait que le Rabbi soit enregistré dans l’armée française facilite leur voyage, alors que la gare regorge de personnes tentant de fuir Paris.
Un voisin de leur immeuble, officier de haut rang, utilise son autorité pour faire monter le Rabbi et la Rabbanit dans l’un des trains, malgré leur saturation complète.
Le Rabbi emporte avec lui son Talit et ses Tefilin, ainsi qu’une valise contenant sa collection de livres et de manuscrits, y compris les cahiers de ses « Notes » personnelles. Ce bagage spirituel, préservé à travers tous les dangers, constituera plus tard un trésor inestimable pour les générations futures.
Ils arrivent à Vichy en fin d’après-midi, veille de Chavouot. La Rabbanit voyage en charrette tirée par un cheval, tandis que le Rabbi, après avoir confié la valise à la Rabbanit, marche parallèlement à la charrette après la tombée de la nuit, se dirigeant vers le même hôtel.
« Depuis le début de la guerre en France… »
Avec la guerre en France, toute correspondance cesse entre le Rabbi et son beau-père. Ce n’est que le 9 tamouz que le Rabbi précédent reçoit un télégramme du Rabbi et de la Rabbanit les informant qu’ils se trouvent à Vichy.
Dans une lettre du 25 sivan, le Rabbi précédent écrit à Rabbi Shlomo Yehuda Leib Eliezarov : « J’espère qu’en tout temps de sa présence dans les lieux saints, il mentionne… notre fille du milieu et son époux… car nous avons tous besoin de grande miséricorde pour le renforcement de la santé et la protection de tout mal… »
Et dans une lettre du 19 tamouz à Rabbi David Meir Rabinowitz : « Depuis le début de la guerre en France, je ne savais pas ce qui arrivait à ma fille Madame ‘Haya Mouschka et à mon gendre le Rabbi le Gaon Rabbi Mena’hem Mendel. Et loué soit D.ieu, le 9 de ce mois nous avons reçu un télégramme d’eux qu’ils sont dans la ville de Vichy – France – et qu’ils sont en paix… »
Chapitre IV : L’épreuve de la « fierté juive »
L’incident de l’enregistrement
À Vichy, un épisode révèle toute la grandeur spirituelle du Rabbi. Lorsque les autorités ordonnent à tous les juifs de s’enregistrer en mentionnant leur nom et adresse, les policiers se présentent à l’hôtel où séjourne le couple. Ils demandent à la Rabbanit quelle religion inscrire dans le formulaire.
La Rabbanit répond « orthodoxe », terme qui peut s’interpréter comme appartenant à la religion grecque orthodoxe, ce que comprennent effectivement les policiers. Quand le Rabbi rentre à l’hôtel et que la Rabbanit lui raconte l’incident, sa réaction est immédiate et catégorique : il refuse de se séparer du Saint béni soit-Il, même sur le papier !
Sans hésitation, le Rabbi se rend au poste de police et déclare clairement qu’ils sont « juifs orthodoxes » ! Cette attitude rappelle un épisode similaire impliquant son père, Rabbi Levi Its’hak, à Yekaterinoslav, qui avait publiquement proclamé la foi juive lors d’un recensement où beaucoup dissimulaient leurs convictions religieuses.
Les manuscrits préservés
Les notes du Rabbi de cette période, miraculeusement conservées, témoignent de sa constante activité intellectuelle même dans les circonstances les plus difficiles. Parmi les manuscrits préservés figurent des études sur les portions hebdomadaires : ‘Houkat, Balak, Pin’has, Matot-Massey, Na’hamou, et d’autres encore.
Une note particulièrement émouvante, datée du 16 sivan (veille du départ), porte simplement la mention : « 16 sivan 5701. Lisbonne. » Cette sobriété cache l’intensité dramatique du moment : l’embarquement vers l’inconnu, laissant derrière eux un continent en flammes.
Chapitre V : Nice sous l’occupation italienne
Le transfert vers le sud
Vers la fin du mois de ménah’em av 5700, le Rabbi et la Rabbanit déménagent de Vichy, sous contrôle allemand, vers Nice, sous administration italienne. Cette zone d’occupation italienne offre temporairement de meilleures conditions de vie pour les juifs.
Le 25 ménah’em av, ils déposent une demande d’extension de permis de séjour à Nice. Simultanément, les efforts se poursuivent pour obtenir les précieux visas américains.
La correspondance avec le réseau de sauvetage
Durant cette période, le Rabbi maintient une correspondance codée avec les organisateurs du sauvetage. Le 15 kislev, il écrit à Rabbi Alexander Sender Rein à Marseille, en utilisant un langage voilé :
« Il porte le nom du Tséma’h Tsédek et sa femme porte le nom de l’épouse du Tséma’h Tsédek, et ils doivent venir rejoindre leur associé Erel [Rabbi ‘Haskind], et puisque maintenant c’est très difficile avec les visas, tant ceux qu’il faut pour entrer que ceux qu’il faut pour sortir… l’ami voyage souvent dans le lieu où vit l’ami de Mouschka [Rabbi Gourarie], et cet ami s’efforcera de les aider à pouvoir partir. »
Cette correspondance révèle l’existence d’un véritable réseau clandestin de sauvetage, orchestré depuis New York par le Rabbi précédent et ses émissaires.
L’autorisation consulaire
Le 15 eloul 5700, moment décisif : le consul américain à Nice écrit au Rabbi que sa demande de visa spécial pour lui et la Rabbanit a été acceptée. Dans sa lettre, il précise :
« Votre demande officielle pour recevoir un visa d’immigration vers les États-Unis a été acceptée, ainsi que celle de votre épouse ‘Haya Schneersohn. Le consulat est prêt à vous donner vos visas dès que vous aurez en votre possession les visas de sortie. Vous recevrez également un visa spécial car vous devez voyager vers les États-Unis pour servir en tant que rabbin. »
Mais l’obtention de ces autorisations de sortie françaises s’avère encore plus complexe que celle des visas américains…
Chapitre VI : Les derniers obstacles
Les complications consulaires
En novembre 5700, de nouvelles difficultés surgissent. Le Rabbi écrit aux organisateurs américains qu’il y a eu un changement d’ambassadeur américain à Nice, et que le nouveau représentant refuse d’approuver le visa. Les autorités soulèvent une contradiction apparente : comment peut-il être à la fois ingénieur (comme mentionné dans sa première demande) et rabbin (comme requis pour le visa spécial) ?
Cette « contradiction » illustre parfaitement la complexité de la personnalité du Rabbi : à la fois homme de sciences et génie de la Torah, ingénieur formé dans les meilleures universités et maître incontesté de la ‘Hassidout.
Les dernières démarches
Le 31 décembre 5700 (1er tevet 5701), le Rabbi soumet une demande officielle d’autorisation de sortie au préfet du département des Alpes-Maritimes :
« Monsieur le Préfet du département des Alpes-Maritimes, Nice.
Le soussigné Schneersohn Mendel né le 1.3.1895 à Nikolaiev (Russie) et mon épouse Schneersohn ‘Haya née le 13.8.1901 à Smolensk (Russie), tous deux réfugiés russes, avons l’honneur de demander à Votre Excellence de bien vouloir nous accorder une autorisation de voyage pour l’Espagne, le Portugal et l’Amérique du Nord, ainsi qu’un visa pour notre autorisation de sortie de France…
J’ai été sollicité pour servir comme rabbin pour la communauté de Brooklyn – New York, et pour cette raison, un visa spécial pour l’Amérique m’a été accordé… Tous les documents concernant mon départ ont été complétés, et je n’attends plus qu’un billet de voyage et l’autorisation de sortie de France… »
Le transfert du dossier à Marseille
Vers la fin de kislev 5700, le Rabbi demande le transfert de ses dossiers de Nice à Marseille. Cette demande intrigue d’abord les organisateurs américains, qui ignorent la raison de ce changement. Le motif devient clair plus tard : le consul de Nice était connu pour son attitude antisémite, utilisant toute occasion pour entraver les démarches des juifs, tandis que le consul de Marseille était réputé pour sa bienveillance envers les réfugiés juifs.
Le 17 tevet 5701, l’organisation HICEM informe le Rabbi depuis Marseille que son dossier est finalement arrivé de Nice et qu’elle a reçu pleins pouvoirs pour traiter l’affaire. L’organisation exprime l’opinion qu’obtenir un visa comme réfugié russe sera beaucoup plus facile que d’obtenir un visa spécial de rabbin.
Chapitre VII : L’envoi de matsot et la persistance de la foi
La sollicitude du beau-père du Rabbi
Un épisode touchant illustre la sollicitude constante du Rabbi précédent pour son gendre et sa fille, même dans les circonstances les plus difficiles. Depuis le navire qui l’emmène vers l’Amérique, le Rabbi précédent écrit le 27 adar 5700 à l’un des organisateurs à Jérusalem :
« En votre honneur, 27 adar 5700, navire Drottningholm.
Mon ami et honorable…
Je vous demande immédiatement à la réception de ma lettre de m’envoyer… des matsot surveillées (naturellement de la plus belle qualité avec tous les embellissements)… dix livres à envoyer par avion express à Paris pour mon gendre Rabbi Mena’hem Mendel… »
Simultanément, le Rabbi envoie une demande similaire à Rabbi Mordekhaï ‘Hafets – que son souvenir soit béni – qui séjournait alors à Riga, demandant d’envoyer des matsot au Rabbi.
Cette préoccupation pour l’observance méticuleuse des commandements, même dans les circonstances les plus précaires, témoigne de l’échelle des priorités spirituelles qui anime cette famille exceptionnelle.
« De toutes les grandes promesses… rien n’est encore sorti »
Dans une lettre poignante du 6 kislev 5701, le Rabbi précédent exprime sa frustration face aux lenteurs administratives :
« Malheureusement, de toutes les grandes promesses et des belles paroles qui vous sont dites, rien n’est encore sorti pour l’instant. Je suis très brisé et j’ai une grande peine de cela. »
Cette correspondance révèle l’angoisse terrible de ce père et beau-père, dirigeant spirituel de milliers de ‘hassidim, impuissant face à la bureaucratie qui retient ses proches en Europe occupée.
Chapitre VIII : L’obtention finale et l’embarquement
Le dénouement à Marseille
Après des mois d’attente angoissante, le dénouement arrive enfin. Le 12 adar 5701, l’avocat Butler informe depuis Washington les organisateurs ‘hassidiques :
« Le département d’État vient de me téléphoner pour m’informer qu’il a reçu un télégramme de l’ambassade américaine à Marseille, France, informant que Mendel Schneersohn et sa femme ont été trouvés aptes à recevoir un visa sur quota, qui leur sera donné prochainement. »
Le jour de Pourim, l’organisation HICEM télégraphie au Rabbi précédent : « Mendel Schneersohn recevra un visa le 17 avril [20 nissan]. »
Les derniers préparatifs
Le 20 nissan 5701, le Rabbi et la Rabbanit reçoivent finalement leurs visas d’entrée aux États-Unis à Marseille. Dans une lettre du 4 iyar, le Rabbi précédent écrit :
« Ma fille Madame ‘Haya Mouschka et mon gendre le Rabbi le Gaon Rabbi Mena’hem Mendel sont encore en France dans la ville de Nice, et loué soit D.ieu ils ont déjà reçu l’autorisation d’entrée dans ce pays, que D.ieu leur accorde un voyage facile et réussi dans le matériel et le spirituel. »
Mais il faut encore obtenir les visas de transit portugais et réserver des places sur un navire, ressources devenues extrêmement rares.
Le miracle des billets
Un épisode providentiel permet l’obtention des billets de navigation. Rabbi Mordekhaï Bistritzky possédait deux billets qu’il avait achetés pour son beau-père Rabbi Levi Legovier et sa belle-mère Madame Ra’hama. Ce couple, réfugié d’Anvers à Nice, se voit refuser les visas d’entrée au Portugal.
La veille de l’appareillage depuis le Portugal, les Legovier se trouvent encore en Espagne, incapables d’atteindre le port d’embarquement. Dans la nuit précédant le départ, Rabbi Bistritzky visite le Rabbi précédent et l’informe qu’il possède deux billets de voyage sur le navire partant le matin même du Portugal vers l’Amérique, et qu’il est prêt à les céder pour la fille et le gendre du Rabbi.
L’offre est acceptée avec reconnaissance. Sur instruction appropriée envoyée au Portugal, les noms sur les billets sont changés de « Legovier » à « Schneersohn », et notification en est envoyée au Rabbi. (Plus tard, les époux Legovier périront dans le camp d’extermination d’Auschwitz – que leur souvenir soit béni).
Chapitre IX : La traversée périlleuse
L’embarquement historique
Le 17 sivan 5701, date gravée dans l’histoire, le Rabbi et la Rabbanit montent à bord du navire « Serpa Pinta » qui appareille de Lisbonne, Portugal, en direction des États-Unis. Sur la valise avec laquelle voyagent le Rabbi et la Rabbanit figure un autocollant indiquant que le propriétaire voyage en première classe.
Dans le registre des passagers du navire est inscrit :
« 15) Schneersohn Mendel, âge 46, masculin, marié, rabbin, lit et écrit le français, nationalité : réfugié russe, juif, né à Nikolaiev Russie, visa reçu à Marseille le 17 avril 1941 [20 nissan 5701], dernier lieu de résidence Marseille France, billet payé par son beau-père, destination finale N.Y. chez son beau-père Rabbi Joseph Schneersohn, 770 Eastern Parkway. Signe distinctif : porte une barbe.
Schneersohn ‘Haya Mouschka, âge 40, féminin, mariée, lit et écrit l’anglais, nationalité : réfugiée russe, juive, née à Smolensk Russie, visa reçu à Marseille le 17 avril 1941, billet payé par le père, dernier lieu de résidence Marseille France, destination finale N.Y. chez Rabbi Joseph Schneersohn, 770 Eastern Parkway. »
Les dangers de la traversée
La navigation est extrêmement périlleuse. Ce n’est que par la grâce divine que le navire n’est pas endommagé par les tirs nazis. Pendant la traversée, le navire est arrêté par un navire de reconnaissance britannique pendant trois jours, durant lesquels une fouille est effectuée parmi les passagers à la recherche de citoyens allemands.
Depuis le pont du navire, le Rabbi envoie un télégramme à son beau-père le Rabbi précédent pour l’informer qu’ils ont quitté les eaux territoriales européennes.
« Ils sont arrivés en paix »
Le lundi matin 28 sivan 5701, à 10h30, le navire accoste au port de New York à Staten Island, quai numéro 8. L’état de santé du Rabbi précédent ne lui permet pas d’accueillir personnellement sa fille et son gendre, mais il veille à envoyer à leur rencontre une délégation d’honneur composée des plus vénérables anciens ‘hassidim de ‘Habad : les Rabbanim Jacobson, Kazarnovsky, Simpson et Levitin, ainsi qu’un groupe d’étudiants de la Yechiva.
En plus, naturellement, des membres de la famille du Beit HaRav : la Rabbanit du Rabbi précédent et la famille de son gendre le Rachag.
La joie du Rabbi précédent ne connaît pas de limites en apprenant que les efforts de sauvetage ont porté leurs fruits. Il veille à partager cette joie avec ses proches, leur révélant même un aperçu des qualités exceptionnelles de son gendre : « Mon gendre maîtrise parfaitement le Talmud avec les Tossafot, le Roch et le Ran, et tous les livres de ‘Hassidout imprimés ! »
Chapitre X : L’arrivée historique au 770
« La première fois que le Rabbi entre au 770 ! »
Rabbi Leib Pozner témoigne de ses souvenirs :
« Je me souviens parfaitement, et c’est comme si je voyais encore maintenant la scène émouvante de l’arrivée du Rabbi au 770. J’étais alors élève dans la classe de Rabbi Shnéour Zalman Gourary. La classe se trouvait dans la pièce où se trouve aujourd’hui le secrétariat. Je n’oublierai jamais comment tous les élèves sont sortis accueillir le Rabbi et la Rabbanit.
Et est-ce peu de chose à vos yeux – la première fois que le Rabbi entre au 770 ! »
Vers 11 heures, les voitures arrivent au 770. Immédiatement après leur arrivée, Rav Leibouch Heber arrive sur les lieux. Rav Leibouch avait été à Paris à l’époque où le Rabbi et la Rabbanit y résidaient. Quand il apprend leur arrivée, il se dépêche de venir pour rencontrer le Rabbi.
Lorsqu’il rencontre le Rabbi, il récite immédiatement la bénédiction « Ché-hé’héyanou vé-kiyémanou vé-higi’anou laz’man hazé » (qui nous a fait vivre et exister et arriver à ce temps), embrasse le Rabbi et dit avec émotion : « On ne peut imaginer à quel point ce jour est un jour de joie pour moi », et éclate en larmes de joie.
La Rabbanit, qui se tenait à côté et observait la scène, s’exclame : « Ce sont de vrais bons amis ! »
La première rencontre avec le beau-père
Pendant les premiers jours, le Rabbi et la Rabbanit logent dans le bâtiment du 770, dans la pièce qui devint par la suite le bureau du Rabbi.
Une rencontre particulièrement émouvante a lieu entre le Rabbi précédent et son gendre. Rabbi Gershon Ber Jacobson raconta qu’en une occasion rare, le Rabbi lui confia :
« En chemin, j’ai réfléchi s’il fallait entrer chez mon beau-père le Rabbi avant d’aller au mikvé ou après : car il y a un argument pour entrer immédiatement à cause du principe de ‘saisis et mange’, etc., mais d’un autre côté – on entre tout de même chez le Rabbi.
Chez le beau-père, on ne pouvait tout de même pas entrer ainsi, et c’est pourquoi quand je suis arrivé, j’ai fait savoir cela et j’ai attendu que mon beau-père le Rabbi m’appelle, mais il ne m’a pas appelé.
Entre-temps, j’ai eu le temps d’aller au mikvé, et j’ai aussi prié Min’ha… et il ne m’avait toujours pas appelé.
Le beau-père et aussi les autres membres de la famille étaient là, et nous avons passé toute la nuit ensemble. ‘Une petite chose ?! Les enfants ont été sauvés des nazis !’
Pendant tout ce temps, mon beau-père le Rabbi était assis dans la pièce d’à côté, et malgré cela il ne nous a pas appelés, et même le lendemain il ne nous a pas appelés. Le troisième jour de notre arrivée, vers midi, mon beau-père le Rabbi a envoyé nous appeler pour entrer chez lui, mais séparément.
La raison de cela, puisque mon beau-père était, comme on le sait, une personne très émotive, et on peut imaginer l’ampleur de l’émotion qui l’aurait saisi si nous étions entrés immédiatement et ensemble, etc. Or la ‘Hassidout exige que l’esprit domine le cœur – c’est pourquoi il a attendu quelques jours, sans égard pour l’immense peine – qu’on peut imaginer – qu’il éprouvait du fait d’être obligé d’attendre quelques jours avant de nous voir… »
Cette anecdote révèle la profondeur spirituelle et la maîtrise de soi extraordinaire du Rabbi précédent, capable de dominer ses émotions les plus intenses pour respecter les principes de la ‘Hassidout.
Chapitre XI : Une nouvelle ère commence
le premier Farbrenguen
Le vendredi soir 2 tamouz, soit quelques jours seulement après son arrivée, le Rabbi accède à la demande des ‘hassidim et participe à une assemblée hassidique organisée en l’honneur de sa venue. Pendant plus de six heures, ‘hassidim et étudiants de la Yechiva se pressent autour de lui dans le Beth Hamidrach de « Loubavitch », buvant avec soif chaque parole sortant de sa bouche.
Pour beaucoup d’entre eux, il est évident que ce jour marque la fin, d’un certain point de vue, d’une longue période de repli et de solitude, et que se préparent désormais des jours nouveaux et un changement révolutionnaire dans tout ce qui concerne la diffusion de la ‘Hassidout dans « l’hémisphère inférieur ».
L’assemblée du Rabbi précédent
Le Chabbat suivant – Chabbat Kora’h, 3 tamouz – a lieu le premier Farbrenguen du Rabbi précédent en Amérique à laquelle assiste le Rabbi. Au milieu de l’assemblée, le Rabbi précédent demande si quelqu’un connaît la mélodie du saint Rav Michel de Zlotchov dans la version de Rav Michel Dworkin, et le Rabbi commence à chanter cette mélodie.
Cet épisode illustre parfaitement la transmission vivante de la tradition hassidique : le Rabbi, qui avait appris cette mélodie en Europe, devient le pont entre l’ancien monde et le nouveau, préservant et transmettant les trésors spirituels du passé.
La fondation des institutions centrales
Avec l’arrivée du Rabbi s’amorce une dynamique nouvelle dans la diffusion de la Torah et du judaïsme. Le Rabbi précédent fonde les institutions centrales qui révolutionneront l’approche du judaïsme en Amérique :
« Ma’hané Israël » – dont l’objectif déclaré est « le renforcement du judaïsme et l’observance pratique de la Torah et des commandements ; éveiller les cœurs des enfants d’Israël et les rapprocher du repentir, de la Torah et des bonnes actions », avec également l’aspiration de « proclamer la vérité qu’immédiatement au repentir – immédiatement à la délivrance complète par notre Juste Machia’h ».
« Kehot » (Éditions Kehot) – qui deviendra la maison d’édition hassidique la plus importante au monde, incluant la bibliothèque « Otzar Ha’hassidim Loubavitch ».
« Merkaz LeInyané ‘Hinoukh » (Centre pour les Affaires d’Éducation) – dont la mission est de veiller à éduquer les fils et filles d’Israël dans l’esprit d’Israël ancestral.
La direction de toutes ces institutions est confiée au Rabbi, établissant ainsi les fondations de ce qui deviendra le mouvement hassidique le plus dynamique et le plus étendu de l’histoire moderne.
Chapitre XII : L’impact spirituel immédiat
« Nous sommes déjà en Amérique »
Dans une lettre du 14 tamouz, le Rabbi écrit à Rabbi ‘Haïm Yossef Rosenbloom et à son épouse :
« Vous voyez que nous sommes déjà en Amérique, après beaucoup d’épreuves. Nous avons trouvé tout le monde dans un état relativement bon, si l’on prend en compte ce qu’ils ont traversé ces deux dernières années. »
Cette simple phrase – « nous sommes déjà en Amérique » – résume toute la transformation qui vient de s’opérer. L’Amérique ne sera plus jamais la même après l’arrivée du Rabbi.
La révolution de l’attente messianique
Dès son arrivée, le Rabbi intensifie considérablement l’accent mis sur l’imminence de la venue du Machia’h. Cette préoccupation, qui caractérisera toute son action future, trouve ses racines dans ces premiers jours américains.
Dans une conversation rapportée des années plus tard, le Rabbi explique : « C’est un sujet que ‘nos pères n’ont jamais vu’… Il n’a jamais entendu de son père, et certainement pas de son grand-père, que son père ou son grand-père allaient dans la rue ou se tenaient dans la synagogue au milieu de la journée en criant ‘jusqu’à quand’, ‘est-il possible que le Machia’h notre Juste ne soit pas encore venu’ ?!…
Et d’où est-ce que je sais qu’ils protesteront ainsi ? Car moi non plus je n’ai pas entendu cela de mon père… et certainement pas de mon grand-père… et même de moi-même je n’ai pas entendu cela avant ma venue en Amérique (j’ignore la raison de cela, mais telle est la réalité), et l’essentiel – que dans les faits c’est un sujet qui apporte de bons résultats… »
L’organisation du réseau mondial
Immédiatement après son arrivée, le Rabbi commence à tisser un réseau qui s’étendra progressivement sur tous les continents. Sa vision dépasse largement les frontières américaines : il s’agit de « diffuser les sources vers l’extérieur » dans le monde entier.
Cette vision globale se concrétise rapidement. Dès les premières années, des émissaires sont envoyés en Europe pour aider les survivants de la Shoah, en Afrique du Nord, en Israël, et progressivement dans tous les pays où vivent des juifs.
Chapitre XIII : La reconnaissance progressive du 28 Sivan
Les décennies d’oubli
Paradoxalement, pendant des décennies, la date exacte de l’arrivée du Rabbi et de la Rabbanit reste méconnue du grand public hassidique. Dans la deuxième édition du « Hayom Yom » publiée en 5717 (1957), on mentionne seulement que le Rabbi est arrivé en Amérique « au mois de sivan 5701 », sans préciser le jour.
Ce n’est qu’avec la publication des lettres du Rabbi précédent, particulièrement le volume contenant les années 5700-5701 publié à la fin de 5743 (1983), que la lettre du 28 sivan 5701 est révélée au public, confirmant la date exacte de l’arrivée.
L’émergence d’une nouvelle fête (5745/1985)
La reconnaissance du 28 sivan comme jour de célébration émerge de manière remarquable en 5745 (1985). Le dimanche 27 sivan, avant la prière de Min’ha, un visiteur entre dans le hall du 770 tenant le cinquième volume des lettres du Rabbi précédent, et montre aux présents la lettre du 28 sivan 5701 annonçant l’arrivée du Rabbi et de la Rabbanit.
Plusieurs étudiants commencent à débattre : d’un côté, le Rabbi parle du 9 adar comme jour d’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, donc nous aussi devons suivre son exemple concernant le 28 sivan. D’un autre côté, dans le « Hayom Yom » ne figure que le fait que le Rabbi est arrivé en Amérique au mois de sivan, sans mentionner de date précise.
Finalement, ils décident d’organiser une assemblée hassidique non officielle dans la salle du haut, et de chanter la marche de Roch ‘Hodech Kislev avant l’entrée du Rabbi pour la prière du soir, établissant un parallèle entre le miracle du sauvetage du 28 sivan et celui de Roch ‘Hodech Kislev.
Quand le Rabbi entre pour la prière, il encourage vigoureusement le chant, donnant ainsi son approbation tacite à cette initiative.
L’institutionnalisation progressive (5746-5751)
5746 (1986) : Grande assemblée hassidique organisée pour les 45 ans. Le Rabbi montre clairement son approbation en donnant une bouteille de vin pour la célébration et en prononçant une allocution sur l’importance de la « diffusion des sources vers l’extérieur » depuis « l’hémisphère inférieur ».
5748 (1988) : Publication du premier fascicule spécial « 28 Sivan 5748 » contenant un discours hassidique que le Rabbi corrige spécialement pour l’occasion.
5749 (1989) : Le Rabbi prononce une longue allocution explicitement consacrée au 28 sivan, qualifiant cette date de particulièrement importante et encourageant son observance.
5751 (1991) : Pour le jubilé des cinquante ans, événement exceptionnel : le Rabbi ordonne la publication d’un recueil spécial et le distribue personnellement à des milliers de personnes, événement sans précédent dans l’histoire du mouvement.
Chapitre XIV : Le jubilé mémorable de 5751
Les préparatifs exceptionnels
L’année 5751 marque le cinquantième anniversaire – « Yovel Chanim » – du sauvetage et de l’arrivée en Amérique. Les préparatifs commencent des mois à l’avance. Rabbi Yossef Its’hak Gontnik prépare une annonce publicitaire sur la grandeur de ce jour, qui paraît dans plusieurs journaux juifs.
Un groupe d’étudiants du « Comité des Comptes-rendus » entreprend de préparer un recueil spécial : « 28 Sivan – Jubilé de Cinquante Ans ». Dirigé par Rabbi Simon Jacobson, le groupe rassemble des allocutions et discours relatifs à ce jour, des documents historiques sur le sauvetage, et des témoignages de anciens qui ont vécu l’arrivée du Rabbi.
L’approbation rabbinique
Le 20 sivan, Rabbi Simon Jacobson soumet le projet au Rabbi. Celui-ci répond : « Comme la direction d’Agoudath ‘Hassidei ‘Habad et Tzeirei Agoudath ‘Hassidei ‘Habad, et que ce soit avec un grand succès. »
Mais l’événement le plus extraordinaire se produit le jour même du 28 sivan : le Rabbi annonce qu’il distribuera personnellement le recueil le soir même !
L’événement historique
Le lundi soir 28 sivan 5751, après les prières et deux allocutions spéciales, le Rabbi distribue personnellement le recueil « 28 Sivan – Jubilé de Cinquante Ans » à des milliers de personnes. Chaque exemplaire est accompagné d’un dollar de « mission de mitsva pour la charité ».
La distribution dure plus de trois heures, de 21h20 à minuit et dix. Événement sans précédent : c’est la première fois que le Rabbi distribue un recueil comprenant non seulement des discours hassidiques, mais aussi des récits et des faits historiques.
L’assemblée de toute la nuit
Après la distribution, une grande assemblée hassidique commence au 770, dirigée par Rabbi Meir Harlig. Rabbi Yoel Kahn enseigne le nouveau discours hassidique publié dans le recueil, puis plusieurs orateurs partagent leurs souvenirs des premières années du Rabbi en Amérique.
Malgré l’heure tardive, une foule nombreuse reste à table jusqu’à l’aube, dans une atmosphère particulièrement élevée, comme il convient à ce grand jour.
Chapitre XV : L’héritage transformateur
La révolution éducative
L’arrivée du Rabbi marque une révolution dans l’approche juive de l’éducation. Contrairement à l’attitude défaitiste qui prévalait alors (« l’Amérique n’est pas différente »), le Rabbi proclame que précisément en Amérique, dans cet « hémisphère inférieur », la diffusion du judaïsme peut atteindre sa perfection.
Les institutions éducatives ‘Habad se multiplient : écoles primaires, collèges, Yechivot, séminaires pour jeunes filles. Chaque institution porte l’empreinte de cette vision révolutionnaire : former des juifs fiers de leur identité, maîtrisant à la fois les sciences profanes et les sciences sacrées.
L’expansion mondiale sans précédent
De Brooklyn, le mouvement s’étend progressivement au monde entier. Les émissaires du Rabbi s’établissent d’abord dans les grandes villes américaines, puis au Canada, en Europe, en Israël, en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie, en Océanie.
Aujourd’hui, plus de 5000 émissaires perpétuent cette mission dans plus de 100 pays. Chaque nouvel établissement porte en lui l’étincelle de ce 28 sivan historique.
La transformation de l’Amérique juive
L’Amérique juive d’avant 1941 était largement sécularisée. L’observance religieuse déclinait, l’assimilation progressait. L’arrivée du Rabbi et l’action qui s’ensuit transforment radicalement ce paysage.
Des milliers de juifs redécouvrent leurs racines, des communautés entières retrouvent leur vitalité spirituelle. Le mouvement de retour au judaïsme (« Baalé Techouva ») prend une ampleur inédite.
L’influence sur le judaïsme mondial
L’impact dépasse largement les frontières du mouvement ‘Habad. L’approche pioneère du Rabbi influence l’ensemble du monde juif orthodoxe : importance de l’action communautaire, nécessité de « sortir vers l’autre », utilisation des technologies modernes pour la diffusion du judaïsme.
Des concepts comme les « Maisons ‘Habad », les « Mobiles Mitsva », les campagnes mondiales pour l’observance des commandements, deviennent des modèles repris par d’autres mouvements.
Chapitre XVI : La signification mystique du 28 Sivan
« La force du 28 »
Dans ses enseignements, le Rabbi explique la signification profonde de la date du 28 sivan. Le nombre 28 (כח en hébreu) signifie « force ». Cette force se manifeste dans le troisième mois (sivan), qui lui aussi évoque la force du « triple lien » – référence au peuple d’Israël, à la Torah et à la Terre Promise.
Cette force spirituelle se révèle particulièrement dans le fait que le sauvetage physique devient le prélude à une expansion spirituelle sans précédent.
« Dix exils a connu Loubavitch »
Le Rabbi enseigne que le mouvement ‘Habad a traversé « dix exils » depuis ses origines : Loubavitch, Rostov, Leningrad, la Pologne, et finalement l’Amérique – le dixième et dernier exil. Mais ce dernier exil, dans « l’hémisphère inférieur », permet paradoxalement l’accomplissement le plus complet de la mission de diffusion.
L’Amérique devient ainsi non pas un lieu d’exil, mais le centre à partir duquel rayonne la lumière vers le monde entier.
La dimension messianique
Le Rabbi lie constamment le 28 sivan à la préparation à l’ère messianique. L’établissement du mouvement ‘Habad en Amérique constitue l’étape finale avant la révélation complète, quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent les océans ».
Cette dimension messianique explique l’urgence qui caractérise toute l’action du Rabbi : chaque jour compte, chaque action peut hâter la délivrance finale.
Chapitre XVII : Les leçons pour notre époque
La persévérance face à l’adversité
L’histoire du sauvetage enseigne une leçon fondamentale : aucune situation n’est désespérée. Malgré la guerre, l’occupation, la bureaucratie hostile, la Providence divine ouvre des chemins inattendus.
Cette leçon résonne particulièrement dans notre époque d’incertitudes. Les défis contemporains – assimilation, antisémitisme, crise spirituelle – ne sont pas insurmontables.
L’importance de chaque individu
Le sauvetage d’un homme et d’une femme transforme l’histoire du judaïsme mondial. Cela illustre le principe hassidique selon lequel chaque âme juive porte en elle un potentiel infini.
Cette vision s’oppose radicalement aux idéologies totalitaires qui sacrifient l’individu aux masses. Ici, sauver un individu sauve le monde entier.
La synthèse entre tradition et modernité
Le Rabbi incarne parfaitement cette synthèse : ingénieur formé dans les meilleures universités européennes et maître incontesté de la ‘Hassidout. Cette combinaison devient le modèle pour des générations de disciples.
Le judaïsme authentique n’exige pas le rejet de la modernité, mais sa sanctification au service des valeurs éternelles.
La dimension universelle
Bien que profondément enraciné dans la tradition juive, le message du Rabbi s’adresse à l’humanité entière. Les « Sept Lois Noahides », l’éthique universelle, la préparation du monde à l’ère messianique concernent tous les peuples.
Cette vision universaliste, née de l’expérience particulière du 28 sivan, offre un modèle de leadership spirituel pour le XXIème siècle.
Épilogue : « Et tu t’étendras… »
Le verset prophétique « Ou-faratzta » (et tu perceras) devient le leitmotiv de l’action du Rabbi. Depuis ce 28 sivan historique, la « percée » se poursuit dans toutes les directions : géographique, spirituelle, intellectuelle.
Quatre-vingts ans plus tard, nous mesurons l’ampleur de cette transformation. Un couple de réfugiés, arrivant dans un monde en guerre avec pour tout bagage leur foi inébranlable, a changé la face du judaïsme mondial.
Leur héritage nous interpelle : que faisons-nous de cette liberté qu’ils ont conquise au prix de tant d’épreuves ? Comment perpétuons-nous cette mission de « diffuser les sources vers l’extérieur » ?
Le 28 sivan n’est pas seulement un anniversaire, mais un appel constant à l’action. Il nous rappelle que l’histoire juive continue de s’écrire, et que chacun d’entre nous en est un acteur responsable.
« De même qu’il y a quatre-vingts ans est apparu notre Roi dans la splendeur et la majesté de Sa force sur la surface du monde, ainsi mériterons-nous bientôt de voir vraiment la lumière du visage du Roi vivant, le Roi dans Sa beauté, et ‘au lieu de faire une interruption’ que ‘j’ai caché Ma face de toi’, ‘on fera maintenant une continuation’ que ‘ceci peut certainement… notre dirigeant de génération exiger et accomplir, qu’en tout premier lieu soit révélé ‘le Sanctuaire de D.ieu, Tes mains l’ont établi’ en ce lieu (sept cent soixante-dix)’ immédiatement et véritablement. »
Puissions-nous mériter de voir bientôt la réalisation complète de cette vision, avec la venue du Machia’h, maintenant !
En 1933, fuyant l’Allemagne nazie, le Rabbi s’installe à Paris où il vivra jusqu’en 1940. Son parcours dramatique à travers la France occupée, puis son sauvetage miraculeux vers l’Amérique le 28 Sivan 1941, marquent le début d’une mission spirituelle qui transformera le judaïsme mondial. Cette date historique, célébrée aujourd’hui encore, symbolise la renaissance du mouvement Habad après les persécutions européennes.
De l’installation parisienne en 1933 à l’arrivée providentielle à New York en 1941, le futur Rabbi de Loubavitch traverse une période déterminante de l’Histoire. Son parcours d’exil et de sauvetage illustre la résilience juive face aux persécutions nazies. Le 28 Sivan 1941 demeure une date emblématique pour des millions de fidèles à travers le monde, marquant le début d’une révolution spirituelle sans précédent.
Paris, refuge temporaire face à la montée nazie
En 1933, l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne contraint le Rabbi Menachem Mendel Schneerson et son épouse, la Rebbetzin, à quitter Berlin précipitamment. Ils trouvent refuge à Paris, s’installant initialement rue Blomet dans le 15ème arrondissement, avant de s’établir définitivement à l’Hôtel Max, 9 rue Boulard dans le 14ème.
Cette installation hôtelière n’est pas un choix mais une nécessité : les étrangers non citoyens français rencontrent alors d’immenses difficultés pour obtenir un logement à leur nom. L’Hôtel Max devient ainsi le foyer parisien du futur leader spirituel pendant cinq années cruciales, de 1933 à 1938.
Malgré les conditions précaires, le Rabbi maintient un rythme d’étude intense. Il consacre de longues heures à l’étude de la Torah tout en supervisant les écrits du Rabbi précédent qui lui parviennent pour correction. Ces années parisiennes forgent sa personnalité de leader spirituel, alliant rigueur intellectuelle et proximité humaine.
Une vie spirituelle intense dans la capitale française
Les témoignages de cette époque révèlent un homme d’une générosité exceptionnelle. Dans la cour étroite de l’hôtel, il construit une petite souccah ne pouvant accueillir que deux chaises. Pourtant, il n’hésite pas à céder sa place pour permettre à un fidèle de célébrer la fête dans de meilleures conditions.
Rue des Rosiers, au cœur du Marais juif parisien, il dispense régulièrement des cours de Torah dans les synagogues du 17 et du 25 de la rue. Un épisode particulièrement marquant illustre son dévouement : par une soirée de forte pluie, malgré les conseils de reporter l’enseignement, il déclare fermement : « Je ne serai pas celui qui provoquera une interruption de Torah. » Il brave ainsi les intempéries pour honorer son engagement envers un seul participant.
Cette détermination face aux éléments préfigure sa future résistance face aux épreuves bien plus graves qui l’attendent. Son attachement indéfectible à la transmission du savoir juif devient déjà légendaire parmi la communauté parisienne.
L’occupation allemande bouleverse le destin
Juin 1940 marque un tournant dramatique. L’arrivée des nazis à Paris et le début de l’occupation allemande transforment la capitale française en piège mortel pour les Juifs. Face aux bombardements et à la menace grandissante, le Rabbi prend la décision déchirante de quitter Paris pour rejoindre son beau-père, le Rabbi précédent.
Quelques jours avant Chabbat, accompagné de la Rebbetzin, il abandonne leur appartement du 15ème arrondissement. Leurs biens se résument à quelques affaires personnelles et, surtout, aux précieux cahiers et classeurs contenant les écrits du Rabbi précédent qu’il transporte toujours avec lui.
Cette fuite précipitée s’inscrit dans l’exode massif des populations juives européennes. Mais contrairement à beaucoup d’autres, le Rabbi emporte avec lui un trésor spirituel inestimable qui participera à la renaissance du judaïsme après-guerre.
L’errance en zone libre : de Vichy à Nice
Le périple se poursuit vers Vichy, dans la zone libre contrôlée par le gouvernement de Pétain. Là-bas, il poursuit ses activités religieuses et apporte son soutien aux nombreux réfugiés juifs qui affluent dans la région. Un témoignage émouvant rapporte la rencontre fortuite d’un jeune garçon avec le Rabbi dans les rues de Vichy, frappé par sa simplicité et sa bienveillance naturelle.
En août 1940, le Rabbi et la Rebbetzin gagnent Nice, dans la zone sous domination italienne considérée comme plus sûre. Ils s’installent à l’Hôtel Rochambeau et fréquentent la synagogue locale. Même dans cette situation d’exil et d’incertitude, il continue d’enseigner et d’apporter son aide à la communauté juive locale.
Ces mois d’errance en territoire français révèlent sa capacité extraordinaire à maintenir une vie spirituelle intense malgré l’adversité. Chaque lieu de passage devient une opportunité d’enseignement et de rapprochement avec les fidèles.
La course contre la montre vers l’Amérique
Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, une mobilisation sans précédent s’organise. Le Rabbi précédent, arrivé en Amérique en 1940, et les fidèles (hassidim) déploient des efforts considérables pour obtenir les visas américains nécessaires au sauvetage.
Les démarches administratives s’avèrent complexes et périlleuses. Les papiers transitent entre différents consulats, de Nice à Marseille, nécessitant de nombreux allers-retours bureaucratiques. Chaque jour compte dans cette course contre la montre où la vie du futur leader spirituel se joue dans les méandres administratifs.
Vers le mois de Nissan 1941, les nouvelles tant attendues arrivent enfin : l’autorisation d’entrer en Amérique est accordée. Cette victoire administrative représente bien plus qu’une simple formalité ; elle ouvre la voie au sauvetage et à la future mission spirituelle.
Le voyage périlleux vers la liberté
Un dernier obstacle demeure : trouver une place sur un navire au départ du Portugal vers l’Amérique. Le Rabbi et la Rebbetzin se rendent à Lisbonne mais se heurtent à la pénurie de places disponibles. La situation semble désespérée quand la Providence intervient sous la forme d’une famille juive disposant de billets mais dépourvue des papiers nécessaires.
Cette famille accepte généreusement de céder ses places, permettant ainsi au couple de poursuivre son voyage vers la liberté. Mais un nouvel élément dramatique survient : le Rabbi précédent, par télégramme, demande instamment au Rabbi de ne pas embarquer sur le prochain bateau prévu.
Cette intervention providentielle se révèle salvatrice : le navire en question est effectivement intercepté par les forces ennemies, et ses passagers sont retenus prisonniers sur une île jusqu’à la fin de la guerre. Cette décision de dernière minute illustre la dimension quasi-miraculeuse du sauvetage.
28 Sivan 1941 : l’arrivée historique à New York
Le lundi 28 Sivan 1941, correspondant au 23 juin selon le calendrier grégorien, à 10h30 précises, le bateau Serpa Pinto accoste au port de New York en provenance de Lisbonne. Sur le quai, trois fidèles envoyés par le Rabbi précédent attendent l’arrivée du Rabbi et de la Rebbetzin.
Cette scène d’apparence banale marque en réalité un tournant historique pour le mouvement Loubavitch et, plus largement, pour le judaïsme mondial. Le Rabbi précédent saisit immédiatement la portée de cet événement en écrivant dans une lettre : « Aujourd’hui, 28 Sivan, c’est le jour où le Rabbi et la Rebbetzin sont arrivés ici en Amérique. »
L’émotion de ces retrouvailles après tant d’épreuves et d’incertitudes se mêle à la conscience d’un nouveau chapitre qui s’ouvre. L’Amérique devient le théâtre d’une renaissance spirituelle qui rayonnera bientôt sur le monde entier.
La naissance d’une mission universelle
Cette date du 28 Sivan transcende le simple sauvetage personnel pour devenir le point de départ d’une révolution spirituelle. C’est à partir de ce moment que la vision du Rabbi de transformer le monde en une demeure pour le divin commence à prendre forme concrète.
Les années suivantes voient naître un réseau mondial sans précédent : l’établissement des centres Habad aux quatre coins de la planète permet d’envoyer des milliers d’émissaires (shlou’him) pour toucher chaque Juif, où qu’il se trouve. Cette expansion géographique s’accompagne d’une révolution pédagogique et spirituelle.
Les enseignements du Rabbi, forgés durant les épreuves européennes et mûris en Amérique, touchent progressivement toutes les couches de la société juive. Sa philosophie de proximité et d’ouverture, déjà manifestée dans les rues de Paris et de Vichy, trouve son plein épanouissement sur le continent américain.
Un héritage qui traverse les générations
Aujourd’hui, plus de huit décennies après ces événements dramatiques, le 28 Sivan continue d’être célébré dans le monde entier comme un jour de reconnaissance envers D.ieu pour ce miracle. Cette commémoration dépasse le cadre strictement religieux pour toucher tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de la résistance spirituelle face à l’oppression.
Chaque année, cette date devient l’occasion d’un renouvellement de l’engagement envers les enseignements du Rabbi et d’un redoublement d’efforts dans la diffusion de la Torah et l’accomplissement des mitsvot. Les communautés Habad du monde entier organisent des événements spéciaux, des études approfondies et des moments de recueillement.
Pour les fidèles, le 28 Sivan représente également le jour où commença la mission du Rabbi de préparer le monde à la venue du Machia’h. Cette dimension messianique confère à la date une portée eschatologique qui dépasse le simple cadre historique pour s’inscrire dans une perspective de rédemption universelle.
L’histoire du 28 Sivan 1941 illustre parfaitement comment les épreuves les plus dramatiques peuvent devenir le terreau des plus grandes réalisations spirituelles. Du jeune homme contraint à l’exil dans les rues de Paris au leader mondial qui transformera le judaïsme contemporain, le parcours du Rabbi de Loubavitch témoigne de la capacité humaine à transformer l’adversité en source de lumière pour l’humanité.