Un manuscrit rare du commentaire du Rachbam sur la Torah, considéré comme perdu depuis plus d’un siècle, vient d’être retrouvé dans les archives de la Bibliothèque d’État de Russie à Moscou. Égaré après avoir servi à la première édition imprimée de 1881, ce trésor avait disparu et était classé à tort comme un commentaire de Rachi. Sa redécouverte suscite une vive émotion parmi les Rabbanim et les Chlou’him de Russie.
Une découverte au cœur des archives de Moscou
C’est en travaillant sur la collection Gintsburg, conservée à la Bibliothèque d’État de Russie, que le chercheur Yisraël Doubitsky a réalisé cette découverte. Le manuscrit contient un commentaire sur la Torah de Rabbeinou Chemouel ben Meïr, connu sous le nom de Rachbam, petit-fils de Rachi et l’un des grands Richonim. Son commentaire est réputé pour son attachement au sens simple des versets, le pchat, ainsi qu’aux règles de la grammaire et de la syntaxe hébraïques.
Un manuscrit disparu depuis 1881
Référencé par les chercheurs sous le nom de Manuscrit n° 103 du Séminaire théologique juif de Breslau, ce document avait servi de base principale à la première édition imprimée du commentaire du Rachbam, en 1881. Après la parution de cette édition, le manuscrit s’était volatilisé et fut considéré pendant des décennies comme définitivement perdu.
Égaré puis dissimulé pendant de longues années
Selon les chercheurs, le manuscrit serait parvenu en territoire soviétique après la Seconde Guerre mondiale, avant d’être absorbé dans les archives. Pendant de nombreuses années, il fut catalogué par erreur comme un commentaire de Rachi, vraisemblablement parce que sa page de titre manquait et que le texte débutait au milieu du Sefer Berechit.
Un petit-fils de Rachi parmi les plus grands Tossafistes
Né aux environs de Troyes vers 1085, Rabbeinou Chemouel ben Meïr était le fils du Rav Meïr ben Chemouel et de Yo’heved, fille de Rachi. Frère aîné de Rabbeinou Tam et d’Its’hak ben Meïr, le Rivam, il compta parmi les plus grands Tossafistes de France et fut, à l’image de son grand-père maternel, à la fois commentateur de la Torah et talmudiste. Il étudia auprès de Rachi lui-même ainsi qu’auprès du Rav Its’hak ben Acher haLévi, le Riva. Réputé pour sa piété et sa modestie — la tradition rapporte qu’il marchait toujours les yeux baissés —, il gagnait sa vie en élevant du bétail et en cultivant la vigne, selon la tradition familiale, et n’hésitait pas à défendre la foi juive lors des disputes publiques organisées par le clergé.
Vers 1150, le Rachbam enseigna à Rouen, dans une Yechiva dont les vestiges furent mis au jour en 1976, et y côtoya vraisemblablement le grand savant espagnol Avraham Ibn Ezra. Aux alentours de 1160, il présida à Troyes un synode tenu dans le cadre des Takanot Choum, aux côtés de son frère Rabbeinou Tam et du Rav Eliézer ben Nathan, le Ra’avan ; plus de deux cent cinquante Rabbanim venus de toute la France y prirent part, et plusieurs décrets communautaires y furent promulgués.
Un commentaire fidèle au sens littéral du texte
À la différence de son grand-père, le Rachbam développa une méthode résolument tournée vers le sens littéral, le pchat, qu’il privilégiait à l’interprétation homilétique et traditionnelle. Cette approche le conduisit parfois à des positions audacieuses : ainsi, sur le premier chapitre du Sefer Berechit, il soutenait que le jour commence à l’aube et non au coucher du soleil de la veille. Le Rachbam rapporte lui-même avoir débattu de sa démarche avec Rachi, son grand-père reconnaissant qu’il aurait révisé ses propres commentaires s’il en avait eu le temps. Ses notes sur le texte biblique se distinguent par leur concision, et l’on conserve également des fragments de son commentaire sur le Talmud, notamment sur les traités Bava Batra et Pessa’him.
Un texte longtemps demeuré dans l’ombre
Plusieurs spécialistes estiment que c’est précisément l’audace de certaines de ses remarques — au sujet du moment où débute le jour — qui explique que son commentaire sur le Sefer Berechit soit demeuré absent durant des siècles et n’ait été pleinement retrouvé qu’à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui encore, toutes les éditions du Mikraot Guedolot ne reproduisent pas un Rachbam complet. À cette lumière, la réapparition du manuscrit de Moscou revêt une dimension d’autant plus saisissante.
Un trésor pour l’étude des Richonim
Cette découverte a suscité un vif intérêt parmi les Rabbanim et les Chlou’him de toute la Russie, où les institutions Habad œuvrent sous la direction du Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar. Le manuscrit est considéré comme une trouvaille majeure pour l’étude du commentaire de la Torah au Moyen Âge et pour la transmission des écrits des Richonim.
L’émotion du Grand Rabbin Berel Lazar
En apprenant la nouvelle, le Rav Lazar a déclaré que « dans une génération comme la nôtre, nous voyons soudain se révéler une telle lumière, une lumière qui enrichit la compréhension de la Torah et nous donne la force de vivre avec elle, une Torah de vie et une Torah de lumière qui illumine notre existence ». « Lo alman Yisraël », Israël n’est pas abandonné, a-t-il ajouté. « D’En Haut, il nous est accordé une lumière particulière pour nous encourager et nous donner la force de poursuivre notre travail et de diffuser la Torah en tout lieu et auprès de chaque Juif. »
La réaction du Rav Barou’h Gorin
Le Rav Barou’h Gorin, président du Musée juif de Moscou et directeur de la maison d’édition Le’haïm, a qualifié cette découverte de révélation spectaculaire pour l’ensemble du peuple juif. « Nous suivons cela avec impatience et curiosité, dans l’attente d’examiner les trouvailles de près », a-t-il confié. « Chaque lettre issue des paroles de nos grands Richonim qui revient à la lumière est une source d’émotion ; nous attendons les détails complets du chercheur afin de mesurer l’ampleur du trésor qui nous est parvenu. »
La Torah n’est jamais oubliée du peuple juif
Dans les communautés juives de Russie, cette découverte est perçue comme un rappel puissant : la Torah n’est jamais oubliée du peuple juif. Même après des décennies passées à l’abri des regards, au fond des archives, les paroles des Richonim continuent de resurgir et d’éclairer le monde de la Torah.
Plus de 70 jeunes venus de toute la France se sont réunis à la Yéchiva Tomchei Tmimim Loubavitch de Brunoy pour un Chabbat Ahdout d’une intensité rare. Né il y a une dizaine d’années avec à peine quelques participants, ce rassemblement est aujourd’hui l’un des rendez-vous les plus attendus de la jeunesse juive francophone. Étude, chants, témoignages bouleversants et un billet pour le Rabbi tiré au sort : retour sur un week-end hors du commun.
C’est devenu au fil des années l’un des rendez-vous les plus attendus de la jeunesse juive francophone. Une nouvelle fois, la Yéchiva Tomchei Tmimim Loubavitch de Brunoy a accueilli son désormais traditionnel Chabbat Ahdout, réunissant cette année plus de 70 jeunes venus de toute la France pour vivre un Chabbat d’inspiration, d’étude, de joie et d’attachement à la Torah et à la Hassidout.
Un projet né dans la discrétion
L’histoire de ce projet est en elle-même remarquable. Il y a un peu plus de dix ans, les premiers Chabbats des jeunes rassemblaient difficilement deux à cinq participants. Il fallait alors redoubler d’efforts pour convaincre quelques-uns de venir découvrir l’atmosphère unique d’un Chabbat au sein de la Yéchiva.
Année après année, grâce à l’investissement des organisateurs, des Chlou’him, des Bahourim et au soutien constant de la Yéchiva, ce projet n’a cessé de grandir.
Une affluence sans précédent
Depuis environ cinq ans, l’événement connaît un développement spectaculaire. Cette année, l’engouement a atteint un niveau sans précédent : à peine 48 heures après l’ouverture des inscriptions, toutes les places disponibles étaient déjà réservées. Malgré les efforts déployés pour accueillir le plus grand nombre, près de 35 jeunes n’ont malheureusement pas pu être acceptés faute de places.
Les participants, âgés de 15 à 24 ans, avaient fait le déplacement depuis de nombreuses régions de France : Paris et l’Île-de-France bien sûr, mais également Strasbourg, Toulouse, Marseille et de nombreuses autres villes, témoignant du rayonnement national de cette initiative.
Ce développement remarquable s’inscrit dans le soutien constant apporté par la direction de la Yéchiva, avec le Rav Mendi Gourevitch, le Rav Its’hak Nemanov et le Roch Yéchiva, le Rav Yehiel Mena’hem Mendel Kalmenson, qui accompagnent et encouragent depuis de nombreuses années cette initiative devenue incontournable pour la jeunesse juive francophone.
Un accueil chaleureux à l’entrée du Chabbat
Dès leur arrivée vendredi après-midi, les participants furent chaleureusement accueillis autour d’une collation avant de découvrir les différents bâtiments de la Yéchiva. Ils purent ensuite se préparer à l’entrée du Chabbat par une immersion au Mikvé, avant de se réunir pour une grande photo de groupe qui immortalisa ce rassemblement exceptionnel.
Un Maamar récité en français
L’un des moments les plus marquants de cette veille de Chabbat fut sans doute le Seder Nigounim organisé autour d’un Maamar de Hassidout. De manière exceptionnelle, afin de permettre à chacun d’en saisir pleinement la profondeur, le Maamar fut récité en français et non en yiddish comme le veut habituellement l’usage. Dans une atmosphère particulièrement intense et émouvante, les jeunes purent ressentir la force des enseignements de la Hassidout d’une manière nouvelle et accessible.
Le Nigoun de Poltova
Comme chaque année, l’un des objectifs de ce Chabbat est également de transmettre un Nigoun hassidique aux participants. Cette année, le choix s’est porté sur le célèbre Nigoun de Poltova.
Tout au long du Chabbat, les jeunes l’ont appris, répété et chanté à maintes reprises. Très rapidement, ce Nigoun est devenu l’un des symboles du week-end, au point d’impressionner de nombreux Bahourim étrangers de la Yéchiva, étonnés de voir des jeunes qui ne sont pas issus de ce milieu reprendre ensemble chaque note avec une telle force et une telle conviction.
Le message porté par ce Nigoun est lui-même particulièrement saisissant. Il exprime la puissance de la Techouva ainsi que le lien indéfectible qui unit chaque âme juive à son Créateur, quelles que soient les circonstances ou la distance apparente qui pourrait exister.
Une Kabalat Chabbat débordante de joie
Cette préparation spirituelle laissa ensuite place à une Kabalat Chabbat d’une joie exceptionnelle. Les chants, l’enthousiasme et l’énergie communicative des participants donnèrent immédiatement le ton de ce Chabbat hors du commun.
Le repas de vendredi soir se prolongea durant plusieurs heures. Entre les Nigounim, les paroles inspirantes prononcées par les Chlou’him, les Rabbanim ainsi que plusieurs jeunes présents depuis de nombreuses années à ce rendez-vous, chacun put ressentir la chaleur particulière qui caractérise ce Chabbat.
Une table de plus de 150 convives
La présence des Bahourim français de la Yéchiva Guedola contribua largement à cette atmosphère unique. Ensemble, Bahourim et étudiants formaient une immense table de Chabbat regroupant plus de 150 personnes, offrant une image saisissante de l’unité de la jeunesse juive autour de la Torah et de la Hassidout.
Étude et Téfila du Chabbat matin
Le lendemain matin, malgré un programme particulièrement chargé, l’ensemble des jeunes se leva pour participer au Seder Hassidout. Certains étudièrent en binômes avec des Bahourim, tandis que d’autres assistèrent au cours dispensé par le Rav Berel Nemanov, membre de l’équipe rabbinique de la classe de Tiferet Mena’hem.
La Téfila de Chabbat se déroula ensuite dans une atmosphère particulièrement inspirante. À cette occasion, le Rav Nahum Pinson prononça une Dracha fondée sur une Si’ha du Rabbi. Les jeunes suivirent chaque mot avec une attention remarquable, dans un silence dont la profondeur était presque palpable.
Comme le veut désormais la tradition de ce Chabbat Ahdout, les montées à la Torah donnèrent lieu à des enchères originales où les participants s’engageaient non pas financièrement, mais à travers des Ahlatot Tovot concrètes pour l’année à venir.
La Séouda de Chabbat qui suivit se prolongea elle aussi durant plusieurs heures. Chants, danses, paroles de Torah et échanges inspirants se succédèrent dans une ambiance extraordinaire, réunissant jeunes participants et Bahourim autour d’une même table et d’un même idéal.
Le témoignage qui a marqué l’assemblée
L’un des moments les plus émouvants fut sans doute le témoignage d’un jeune ayant participé au Chabbat Ahdout l’année précédente.
Prenant la parole devant l’assemblée, il expliqua avec sincérité combien cette expérience avait profondément transformé sa vie quotidienne.
Il raconta qu’à la suite des enchères organisées lors du précédent Chabbat, il avait pris sur lui l’engagement d’étudier le ‘Hitat quotidien durant une année entière. Afin de l’encourager dans cette démarche, un abonnement annuel au Dvar Mal’hout lui avait alors été offert.
Avec émotion, il expliqua comment cette étude quotidienne avait progressivement pris une place centrale dans sa vie. Jour après jour, elle l’avait poussé à grandir davantage dans la Torah et les Mitsvot, à renforcer ses engagements et à développer son attachement au judaïsme.
Il confia qu’aujourd’hui, il se sentait totalement différent de celui qu’il était lors du précédent Chabbat Ahdout. Revenu cette année, il décrivit son sentiment d’être désormais « comme un poisson dans l’eau » parmi les Bahourim de la Yéchiva, alors qu’un an auparavant cet univers lui semblait encore très éloigné.
Une après-midi d’étude intense
L’après-midi fut elle aussi particulièrement riche.
Plus de 70 jeunes étudièrent ensemble, en binômes, une Si’ha du Rabbi de manière approfondie, avec les Maarei Mekomot et les références nécessaires à une étude sérieuse et structurée.
Durant plus d’une heure et demie, le Zal résonna d’un Kol Torah exceptionnel, une atmosphère d’étude intense que l’on ne retrouve généralement qu’au début de l’année, dans les grandes périodes de Zman.
Le Roch Yéchiva lui-même participa à cette étude collective impressionnante, observant des dizaines de binômes plongés dans les mêmes textes et animés par une même volonté de comprendre et d’approfondir les enseignements du Rabbi.
Le Farbrenguen du Rav Berel Lasri
Après la Téfila de Min’ha, les participants assistèrent au traditionnel Farbrenguen du Rav Berel Lasri. Depuis plusieurs années consécutives, celui-ci participe à ce Chabbat Ahdout et marque profondément les jeunes par ses paroles chaleureuses, ses histoires inspirantes et les engagements concrets qu’il suscite. Membre de l’équipe rabbinique de Tiferet Mena’hem, il sut une nouvelle fois entraîner l’assemblée dans un moment d’émotion intense et de réflexion personnelle.
Le Farbrenguen se poursuivit jusqu’à la sortie du Chabbat.
Une grande Havdala fut ensuite célébrée avant que chants et danses n’envahissent à nouveau les lieux, donnant à cette soirée d’après-Chabbat une atmosphère de joie particulièrement forte.
Un billet pour le Rabbi tiré au sort
Mais la surprise n’était pas terminée.
Tout au long du Chabbat, les jeunes qui arrivaient à l’heure aux différents Sedarim recevaient des tickets de tombola. Ceux-ci donnaient accès à un tirage au sort exceptionnel dont le gagnant remporterait un billet pour se rendre chez le Rabbi.
Ce cadeau exceptionnel fut offert par un ami de longue date de la Yéchiva et fidèle soutien de ses activités, Monsieur Dov Ayach.
Au moment du tirage au sort, la tension était à son comble. Lorsque le nom du gagnant fut annoncé, une explosion de joie envahit immédiatement la salle. Le jeune lauréat fut porté sur les épaules de ses camarades tandis que les chants et les danses redoublaient d’intensité, offrant une conclusion mémorable à un Chabbat déjà riche en émotions.
Les artisans de la réussite
La réussite de ce Chabbat Ahdout est également le fruit du travail de nombreux acteurs qui se sont investis pendant des semaines afin d’offrir aux participants une expérience inoubliable.
L’organisation a notamment été assurée par Matia Karalou, qui accompagne et développe ce projet depuis ses débuts il y a plus de dix ans, avec le concours précieux des Talmidé Hachlou’him Chnéor Dahan et Lévi Lashkar.
Les organisateurs tiennent également à souligner l’investissement remarquable des Bahourim de Chiour Aleph et de Chiour Beth de la Yéchiva Guedola, dont la participation active tout au long du Chabbat a largement contribué à l’atmosphère chaleureuse, à l’accueil des jeunes et à la réussite de l’événement.
À travers leur dévouement, c’est toute la Yéchiva qui s’est mobilisée pour faire de ce Chabbat Ahdout une expérience marquante pour chaque participant.
Une véritable institution
Plus qu’un simple week-end, ce Chabbat Ahdout est devenu au fil des années une véritable institution. Les témoignages des participants, l’engouement suscité dès l’ouverture des inscriptions et la croissance constante du projet démontrent l’impact considérable qu’il exerce sur la jeunesse juive francophone.
Alors qu’il y a une dizaine d’années quelques jeunes seulement franchissaient timidement les portes de la Yéchiva pour découvrir l’expérience d’un Chabbat hors du commun, ce sont aujourd’hui plus de 70 jeunes venus de toute la France qui s’y retrouvent chaque année pour vivre ensemble la chaleur de la Torah, de la Hassidout et de l’Ahavat Israël.
À voir l’enthousiasme des participants au moment de se quitter, une chose est certaine : tous attendent déjà avec impatience le prochain Chabbat Ahdout de la Yéchiva de Brunoy.
Il y a quelques mois encore, ces garçons parlaient arabe et se réveillaient chaque matin au son du muezzin, ignorant qu’ils étaient juifs. Aujourd’hui, parés de leurs Téfilines, ils se tenaient devant les pierres du Kotel et lançaient d’une voix tremblante le « Chéma Israël ». Huit enfants, sauvés ces derniers mois avec leurs mères et leurs frères, ont célébré côte à côte leur Bar Mitsva sur le lieu d’où la sainteté ne s’est jamais retirée.
Huit garçons au pied du Mur
Ils se tenaient là, les uns à côté des autres, célébrant ensemble leur entrée dans le monde des Mitsvot. À première vue, un passant aurait pu les prendre pour des camarades de classe venus marquer ensemble un jour particulier. Mais la présence, à leurs côtés, de militants de l’organisation Yad L’Achim, occupés à les aider à ajuster leurs Téfilines, laissait deviner une histoire bien plus bouleversante.
L’un des jeunes célébrant sa Bar Mitsva est monté à la Torah, accompagné du Rav Eliézer Mena’hem Broida, qui a offert les huit paires de Téfilines, et du Rav Yoav Robinson.
Arrachés aux villages arabes
Ces enfants ont été soustraits ces derniers mois à des villages arabes par Yad L’Achim, en même temps que leurs mères et leurs frères. Depuis, ils sont entourés par des travailleurs sociaux et des équipes d’accompagnement désignées par l’organisation, afin de les aider à passer de l’environnement hostile dans lequel ils ont grandi au monde juif.
Peu de temps auparavant, ils avaient reçu un magnifique présent comprenant des Téfilines mehoudar et un Talith. La cérémonie émouvante qui s’est tenue la semaine dernière au Kotel était le fruit d’une collaboration entre Yad L’Achim et le Beth Habad de Netanya.
Il était difficile de croire que quelques mois plus tôt à peine, ces garçons parlaient arabe et se réveillaient au son du muezzin, sans savoir qu’ils étaient juifs. Et les voici désormais devant les pierres du Kotel, ceints de leurs Téfilines, criant de tout leur cœur le « Chéma Israël ».
La lecture de la Torah et les larmes des mères
Le sommet émotionnel de la cérémonie fut la lecture de la Torah. La grande affluence au Kotel permit d’organiser plusieurs lectures, afin que les huit garçons puissent tous recevoir une aliya. Aucun père n’était présent pour réciter la bérakha de Baroukh Chépatrani. À leur place se tenaient les mères, qui observaient depuis l’Ezrat Nachim et versaient des larmes de joie devant un spectacle qu’elles n’avaient jamais imaginé voir un jour.
Une pensée pour ceux qui restent
Un instant particulièrement poignant survint lorsqu’un des garçons demanda que l’on récite un Mi Chébérakh pour ses deux frères aînés, qui n’ont pas encore été sauvés.
Aux côtés des enfants se tenait le Rav Eliézer Mena’hem Broida, qui avait offert les huit paires de Téfilines.
Une visite et un repas de fête
Après l’office, les garçons et leurs mères ont rejoint les responsables de Yad L’Achim, le Rav Yoav Robinson et le Rav ‘Haïm Kahn, pour une visite particulière des tunnels du Kotel. Un repas festif marquant la Bar Mitsva des enfants sera organisé prochainement, a annoncé l’organisation.
Le témoignage d’une mère
« Jusqu’à présent, confia l’une des mères, je pensais que le moment le plus émouvant de ma vie avait été celui où le véhicule du sauvetage avait quitté le village pour s’élancer sur la route 6. Aujourd’hui, après cette Bar Mitsva au Kotel, je crois que ce moment-ci fut plus bouleversant encore. Ici, pour la première fois, j’ai senti que nous commencions véritablement une vie nouvelle. »
Les paroles du Rav Chemouel Lipshitz
Le Rav Chemouel Lipshitz, l’un des dirigeants de Yad L’Achim, déclara à l’issue de la cérémonie : « Des années de séparation d’avec la moindre étincelle de judaïsme, des années de souffrance et de douleur, se sont effacées devant la vue des visages purs de ces enfants célébrant leur Bar Mitsva. »
Évoquant le Mi Chébérakh bouleversant, il ajouta : « N’oublions pas tous ces autres enfants juifs, si nombreux, qui se réveillent encore chaque matin dans des villages hostiles, sans savoir qu’ils sont des fils perdus du peuple juif. Nous continuerons à tout entreprendre pour les sauver et les ramener vers leur Père céleste, vers leur peuple et vers leur terre. »
L’un des jeunes garçons célébrant sa Bar Mitsva s’avance vers la Torah accompagné du Rav Eliezer Menahem Broida, qui a fait don de huit paires de Tefilines, et du Rav Yoav Robinson.
Le Rav Eliezer Menahem Broida, qui a fait don des Tefilines, noue le shel yad de l’un des garçons.
Hospitalisé après une hémorragie cérébrale, le chanteur et compositeur Yonatan Razel montre des signes d’amélioration significatifs. Sa sœur, qui l’accompagne au quotidien, partage sur les réseaux sociaux des images émouvantes filmées dans sa chambre d’hôpital. Au fil des jours, la famille entrevoit l’espoir d’un retour prochain à la musique.
La famille du chanteur et auteur-compositeur Yonatan Razel continue de faire état d’une amélioration progressive de son état. Considéré comme l’un des artistes les plus respectés de la musique israélienne, Yonatan Razel est hospitalisé au centre médical Chaarei Tsédek à Jérusalem, où il reçoit des soins après avoir subi un cathétérisme à la suite d’une hémorragie cérébrale.
Des nouvelles encourageantes depuis la chambre d’hôpital
La sœur de Yonatan Razel, qui veille de près sur lui durant ces journées d’hospitalisation, a partagé ces derniers jours une mise à jour optimiste auprès de ses abonnés sur TikTok. Dans une vidéo publiée aux côtés du chanteur Aharon Razel, depuis la chambre d’hôpital, elle confie : « Chaque jour, il va un peu mieux ; il parle, il chante, il mange. » Et d’ajouter avec émotion : « Bientôt, avec l’aide de D.ieu, vous le reverrez sur les scènes avec de nouveaux succès qu’il a composés au fil des tubulures de perfusion. »
Un élan de soutien venu du pays et du monde entier
Dans une autre vidéo, elle a évoqué avec émotion la vague de soutien populaire. Elle décrit les centaines de messages, de prières et de marques de solidarité parvenus d’Israël et de l’étranger — depuis les visites au tombeau de Rachel jusqu’aux prières au Kotel. Elle souligne combien cette communion confère à la famille une grande force en ces jours difficiles.
Une famille reconnaissante, dans l’attente d’une guérison complète
Âgé de 52 ans, marié à Yaël et père de huit enfants, Yonatan Razel continue de recevoir les soins nécessaires. Son nom pour les prières est Yonatan Adi ben Haya Rahel. La famille remercie le public pour son attention, pour ses prières et pour cette chaleureuse étreinte, et l’invite à continuer d’implorer une guérison pleine et rapide.
La « Waratah Education Foundation » a dévoilé une enveloppe de 12 millions de dollars destinée à l’éducation juive en Nouvelle-Galles du Sud. Ce financement rend hommage aux quinze victimes de l’attentat terroriste perpétré à Bondi Beach pendant Hanouka. Le Chalia’h Habad, le Rav Mendel Kastel, et le conseil d’administration de la fondation se sont mobilisés pour soutenir l’enseignement, la continuité et la vie communautaire juives.
Un engagement sans précédent
Les élèves juifs de Nouvelle-Galles du Sud bénéficieront d’une enveloppe de douze millions de dollars accordée par la Waratah Education Foundation. Le Chalia’h Habad, le Rav Mendel Kastel, et le conseil d’administration de la fondation ont œuvré pour faire de ce soutien un levier majeur en faveur de l’éducation, de la continuité et de l’engagement communautaire juifs.
Annoncé à la suite de l’effroyable attentat terroriste survenu à Bondi Beach durant Hanouka, et à la mémoire des Kedochim dont la vie a été si tragiquement fauchée, ce financement renforcera l’éducation juive dans tout l’État, à travers des bourses, un soutien aux écoles et diverses initiatives pédagogiques. L’engagement de la fondation comprend le soutien à tout un éventail de programmes éducatifs et de programmes pour la jeunesse juive, parmi lesquels CTeen, le Chidon et Habad Youth, ainsi que des bourses qui permettront aux enfants et aux familles juives d’accéder à un enseignement juif de qualité pour les générations à venir.
Une annonce au Kesser Torah College
Le financement a été annoncé mardi, lors d’un petit-déjeuner organisé en présence du Grand Rabbin du Commonwealth, Sir Ephraim Mirvis, au Kesser Torah College (KTC).
L’enveloppe se compose de quatre volets principaux. Le premier est un fonds éducatif destiné à aider les enfants juifs à surmonter les obstacles financiers qui les empêchent de fréquenter les écoles juives. Le deuxième est un fonds de bourses de cinq millions de dollars, échelonné sur treize ans, en faveur du KTC, l’établissement ayant été frappé de façon disproportionnée par l’attentat de Bondi. Le troisième consiste à maintenir le financement des partenaires communautaires juifs existants. Le quatrième est une allocation consacrée à plusieurs nouvelles initiatives pédagogiques, dont un Centre d’expérience juive et des ressources culturelles en ligne destinées aux écoles non juives.
Le fonds éducatif et la subvention au KTC ont été établis en l’honneur des quinze victimes de Bondi.
Des paroles d’espoir et de reconstruction
« Nous avons la chance de soutenir le KTC depuis plusieurs années ; nous tirons profit de ce partenariat, et nous espérons qu’il en va de même pour le collège. Nous sommes par ailleurs engagés de longue date auprès de nombreuses organisations juives locales. C’est donc un immense plaisir de pouvoir prendre cet engagement aujourd’hui », a déclaré Alistair McKeough, président de la Waratah Education Foundation.
Le directeur du Kesser Torah College, le Rav Yaacov Chaiton, a salué un fonds de bourses constituant « un geste profondément significatif pour l’ensemble de notre communauté ». « Il envoie un message puissant : l’éducation juive est la clé de la continuité, de la résilience et de la reconstruction », a-t-il affirmé. « Alors que notre communauté panse encore ses plaies, investir dans l’éducation de la prochaine génération est l’une des manières les plus importantes d’honorer ceux que nous avons perdus et d’aider nos enfants à avancer avec force et espérance. »
Le Grand Rabbin Mirvis s’est dit profondément ému. « Rien n’est plus important que l’éducation juive pour assurer notre avenir, et être présent au moment où l’on annonce l’attribution de douze millions de dollars à divers besoins éducatifs juifs, c’est une véritable source d’inspiration », a-t-il confié. « J’ai la plus haute estime pour la communauté juive de Sydney et pour tout ce qu’elle accomplit ici, dans des circonstances des plus difficiles. »
En 1962, le romancier et critique social américain Harvey Swados rencontra le Rabbi pour l’interroger sur les questions liées à la Choah. Le récit qu’il livra de cet échange, paru dans le New York Times une trentaine d’années plus tard, résonne avec une acuité singulière à l’heure où l’antisémitisme se banalise de nouveau dans les rues des grandes villes et sur les campus. Au fil de la conversation, le Rabbi renversa la question pour mettre en lumière une vérité dérangeante sur les ressorts profonds de la continuité juive.
Par Baila Olidort
Une rencontre autour de la Choah
En 1962, Harvey Swados, romancier et critique social américain, rendit visite au Rabbi de Loubavitch. Il souhaitait recueillir son opinion sur les questions liées à la Choah. Le récit qu’il fit de cet entretien, paru dans le New York Times une trentaine d’années plus tard, revêt aujourd’hui un intérêt particulier, alors que l’antisémitisme se trouve une fois encore banalisé dans les rues des grandes villes et sur les campus du pays.
Swados ouvrit la conversation en interrogeant le Rabbi sur le comportement des masses allemandes. À la grande surprise du romancier, le Rabbi « ne fit aucune référence à des abstractions, qu’elles fussent théologiques ou philosophiques. Il désigna au contraire des réalités politiques ».
Swados demanda alors au Rabbi si, à son sens, « la tragédie n’avait pas été une épreuve unique infligée au peuple juif, et si elle pouvait se reproduire ».
« Morgen in der fruh. Demain matin », répondit-il sans la moindre hésitation. Déclaration peut-être surprenante de la part du Rabbi, réputé pour son optimisme inébranlable.
L’obéissance comme phénomène culturel
Et lorsque Swados voulut savoir d’où lui venait une telle certitude, le Rabbi « ne s’exprima pas de façon mystique et ne s’attarda pas davantage sur le caractère national allemand et son prétendu penchant pour la haine du Juif. Il insista plutôt sur l’obéissance des Allemands à l’autorité et sur l’exécution, sans le moindre questionnement, des ordres reçus — fussent-ils les plus bestiaux —, comme sur un phénomène culturel et historique, fruit de nombreuses générations d’inculcation délibérée ».
La question que le Rabbi posa à son tour
Le Rabbi retourna ensuite les questions vers son visiteur et lui demanda comment il expliquait « la survie du judaïsme sur trois millénaires ». Swados invoqua en réponse « la force négative de la persécution, qui a assurément soudé les hommes les uns aux autres ». Il n’était pas certain, confia-t-il, qu’en l’absence d’une telle persécution notre judéité ne finît pas par se déliter.
Le critique social touchait peut-être juste.
Car les Juifs, de fait, se rassemblent lorsqu’ils se sentent menacés. Sous l’attaque, des Juifs issus de courants divers se serrent les coudes. Des étudiants poussent la porte des Beth Habad et d’autres lieux juifs. Des personnes qui n’avaient jamais cherché auparavant à fréquenter d’espaces communautaires juifs se mettent en quête de moyens de donner et de recevoir du soutien. Et cette solidarité est admirable.
Mais elle invite à s’interroger : qu’adviendrait-il de la continuité juive si nous n’étions pas isolés par une telle haine ? La persécution serait-elle, d’une manière ou d’une autre, indispensable au projet de la continuité juive ?
Tirer notre force de la lumière
Aujourd’hui, alors que les forces négatives se font menaçantes, il est bon de nous rappeler que la vie juive ne naît pas d’une énergie négative, mais des forces fécondes d’une communauté qui partage un attachement à nos valeurs historiques, qui puise force, vitalité et joie véritable dans notre héritage intellectuel et spirituel.
À ce jour, la réponse des Chlou’him de Habad à chaque événement négatif est devenue familière, au point peut-être de sonner comme un cliché. Mais multiplier les actes de bonté souligne réellement notre conviction : nous n’avons pas besoin d’être persécutés pour être juifs ; c’est de la lumière que nous tirons notre force et notre vitalité.
Une force négative, insista le Rabbi au cours de sa conversation avec M. Swados, ne saurait être l’unique réponse à notre continuité.
Perdus dans l’outback australien, deux explorateurs périrent faute d’avoir su préparer une simple galette que les populations locales confectionnaient depuis des millénaires. Ce drame éclaire d’un jour nouveau la puissance de nos propres traditions, ces coutumes transmises de génération en génération dont l’origine se perd parfois dans la nuit des temps. Car derrière le Minhag se cache une intelligence collective — et, selon les maîtres ‘hassidiques, l’expression la plus profonde de l’amour entre D.ieu et Son peuple.
Par Barou’h Werdiger
Perdus dans l’outback australien, les membres de la petite équipe d’explorateurs étaient épuisés, affamés et à des milliers de kilomètres de chez eux.
Robert Burke et William Wills avaient lancé leur funeste expédition depuis Melbourne durant l’hiver 1860, accompagnés de près de vingt hommes, d’un petit troupeau de chevaux et de chameaux, et de deux années de provisions. Ils furent les premiers Européens à traverser l’immense territoire méridional de l’Australie — mais, tragiquement, les deux hommes finirent par se retrouver bloqués et périrent au cœur du vaste arrière-pays du continent.
Et pourtant, d’autres hommes parvenaient à vivre confortablement dans ce paysage en apparence inhospitalier. De fait, alors qu’ils commençaient à manquer de vivres, Burke et Wills avaient brièvement croisé une tribu aborigène locale, les Yandruwandha, qui les approvisionnèrent généreusement en poissons, en haricots et en quelques galettes de « nardoo », confectionnées à partir des spores comparables à des graines d’une fougère semi-aquatique de la région. À l’évidence, les Yandruwandha connaissaient suffisamment la flore et la faune locales pour trouver ou cueillir toute la nourriture dont ils avaient besoin.
Les galettes de nardoo — une sorte de matsa aborigène — semblaient assez simples à préparer. Imitant certaines des femmes autochtones qu’ils avaient observées, les deux explorateurs récoltèrent les graines de nardoo, les réduisirent en farine et en cuisirent suffisamment de galettes pour apaiser leurs estomacs criant famine. Le problème, c’est que, à moins d’être correctement traité, le nardoo cru contient une toxine, la thiaminase, et demeure pour ainsi dire indigeste.
Traditionnellement, la farine de nardoo était lessivée dans l’eau, directement exposée à la cendre durant la chauffe, et consommée avec des coquilles de moules. Comme nous le savons aujourd’hui, toutes ces étapes contribuent à décomposer la thiaminase et à en prévenir les effets nocifs. Mais, hélas, Burke et Wills sautèrent quelques étapes : aussi, quelle que fût la quantité qu’ils avalaient, ils ne cessaient de dépérir.
L’histoire de Burke et Wills est un classique du folklore australien, le récit d’un échec héroïque sur fond de paysage rude et terrifiant. Mais le biologiste de Harvard Joe Henrich met ce récit — au même titre que ceux d’autres explorateurs britanniques, espagnols et portugais à la destinée tout aussi funeste — au service d’un propos quelque peu différent dans son ouvrage The Secret of Our Success. Pour Henrich, ces histoires révèlent les limites des capacités, de l’intelligence et de l’endurance individuelles de l’être humain. Si ces explorateurs étaient sans doute des hommes intelligents, ingénieux et courageux, leur aptitude à survivre en terre étrangère dépendait entièrement de leur capacité à apprendre des autres hommes qui y vivaient déjà.
Ces récits, ainsi que les réflexions de Henrich, ont fait naître en moi une résonance étrange. Imaginer ces femmes Yandruwandha pilant les graines de nardoo, les faisant tremper dans l’eau et les mêlant à la cendre, suivant fidèlement un procédé transmis depuis l’aube de la préhistoire, m’a fait songer à certaines de nos propres traditions : broyer le maror, battre les branches de saule, mélanger le ‘harossèt, plier les hamantaschen, pétrir la ‘halla, et tant d’autres traditions juives qui nous ont été léguées au fil des générations.
Et peut-être la comparaison est-elle moins incongrue qu’il n’y paraît d’abord. Tout comme nous, les juifs, mutatis mutandis, les populations aborigènes d’Australie d’avant le contact avec les Européens ont préservé une culture remarquablement conservatrice durant des millénaires. Qui sait depuis combien de temps ils traitaient méticuleusement ce nardoo, sans avoir jamais entendu parler, on peut le supposer sans risque, de la thiaminase ni de la manière dont elle se décompose ? Quelle puissance insoupçonnée nos propres coutumes pourraient-elles bien receler, elles dont les origines sont parfois obscures et les détails mystérieux ?
Une simple coutume ?
Mais procédons d’abord à un pas en arrière. Dans la loi juive, on pourrait dire qu’il existe trois niveaux d’autorité ; autrement dit, trois sources possibles pour toute pratique donnée. Il y a les lois directement tirées de l’Écriture (« d’oraïta ») ; ce sont les 613 commandements, avec l’ensemble de leurs composantes et subdivisions, depuis la consommation de la matsa lors du Séder jusqu’à l’interdiction de cuisiner pendant le Chabbat. Il y a ensuite les lois édictées par l’autorité rabbinique (« derabanan »), depuis la fête entière de Pourim jusqu’à l’allumage des bougies avant le Chabbat. Et il y a enfin les Minhaggim — les coutumes.
De ces trois catégories, celle de la coutume est la plus indéfinissable. Elle recouvre aussi bien le vêtement de prédilection d’un groupe ‘hassidique donné que le ‘holent mijoté servi au déjeuner du Chabbat, ou encore le rite particulier selon lequel on choisit de prier. Elle englobe des pratiques et des restrictions qui ont fini par revêtir la force contraignante de la loi juive — telles la prière du soir pour les hommes, ou l’interdiction ashkénaze de consommer du riz à Pessa’h — ainsi que bien d’autres coutumes qui demeurent facultatives ou tolèrent d’importantes variations d’une communauté à l’autre, comme le type de chapeau que l’on porte le Chabbat, ou la berceuse que l’on chante pour endormir ses enfants.
Et, plus qu’indéfinissables, les Minhaggim sont également mystérieux. Certes, le fait qu’une multitude de juifs accomplissent quelque chose — disons, savourer leurs bagels avec un peu de saumon fumé — ne suffit pas à ériger une pratique populaire en Minhag légitime. Un véritable Minhag doit au contraire être porteur d’une signification religieuse, et reçoit invariablement l’aval des autorités spirituelles traditionnelles.
Et pourtant, contrairement à toute loi scripturaire ou rabbinique observée de nos jours, un Minhag n’a pas besoin de source textuelle. De fait, il arrive souvent que les origines et les raisons d’une coutume donnée soient enveloppées d’obscurité. Tout un genre littéraire a vu le jour pour expliquer l’existence de coutumes spécifiques, présentant d’abord les Minhaggim avant d’en reconstituer rétrospectivement les sources. Et même là où ces sources nous échappent, ne pas parvenir à découvrir la raison d’être d’un Minhag authentique n’est pas un motif pour l’abandonner. Comme l’affirme une déclaration extraordinaire du grand sage médiéval Rabbi Chlomo ibn Aderet (1235-1310), le Rachba : « Une coutume des grand-mères d’Israël ne saurait être abolie, fût-ce par 600 000 raisons contraires. »
Bien plus, on pourrait croire que les lois bibliques ou rabbiniques, qui nous ont été transmises au Sinaï ou par les sages du Sanhédrin, seraient plus importantes ou auraient davantage de poids que les questions de Minhag. Et pourtant, on constate que ce sont précisément ces domaines de la pratique juive fondés sur de simples traditions qui suscitent la plus grande dévotion — parfois même, comme certains l’ont soutenu, une dévotion excessive.
Si les Minhaggim ne sont que de simples coutumes, pourquoi donc les prend-on tant au sérieux ?
Une question sur les quatre questions
Lors d’une allocution (Si’ha) prononcée en 1957, le Rabbi de Loubavitch nous oriente vers un élément de réponse. Le Rabbi s’interroge sur l’ordre des quatre questions posées lors de la nuit du Séder, et plus particulièrement sur la première d’entre elles : « En quoi cette nuit est-elle différente de toutes les autres nuits ? Toutes les nuits, nous ne trempons pas [nos aliments], mais cette nuit, nous trempons deux fois, d’abord dans l’eau salée, puis dans le ‘harossèt. »
Placer la question du « trempage » avant toute autre semble un peu étrange. Tremper le légume dans l’eau salée n’est pas la première chose insolite que nous accomplissons lors du Séder — ce serait plutôt la manière dont nous nous accoudons en buvant le vin lors du Kiddouch (la quatrième question). Ce ne serait pas non plus la Mitsva la plus importante de la nuit ; ce titre reviendrait assurément à la matsa (deuxième question), que la Torah nous ordonne de consommer, tandis que le « trempage » n’est qu’un simple Minhag.
Le Rabbi suggère au contraire que la question sur le trempage vient en premier précisément parce qu’elle relève du Minhag :
« Certains disent qu’un commandement biblique doit être accompli avec un dévouement total, jusqu’au sacrifice de soi… mais les coutumes — si elles s’accomplissent aisément, à la bonne heure, mais point n’est besoin de consentir le moindre sacrifice pour elles…
L’ordre des questions nous enseigne que… la première chose qu’un enfant remarque, et qui le marque, est… une coutume juive. C’est elle qui attire son regard et exerce sur lui le plus grand effet. » (Likoutei Si’hot, vol. 1, p. 244)
À tant d’égards, comme le poursuit le Rabbi, ce qui rend la vie juive distinctive, ce qui la démarque de la culture environnante, ce qui constitue la trame même du mode de vie de la Torah, ce sont si souvent les Minhaggim. Les obligations formelles tirées de la Torah, du Talmud et du Code de la loi juive sont une chose ; mais pour forger un sentiment d’identité juive solide, il faut une culture juive authentique, organique et vécue, laquelle se définit à son tour par le Minhag — notre façon de nous vêtir, les noms par lesquels nous nous appelons, la nourriture que nous mangeons, les chants que nous entonnons à la table du Chabbat, et ainsi de suite.
« Si le mode de vie et l’environnement d’un enfant ressemblent à ceux de son entourage non juif — même s’il étudie régulièrement la Torah, prie, observe les Mitsvot, etc. —, dès lors qu’il agit [par ailleurs] de la même manière que son entourage, il n’apparaîtra pas qu’il est juif. » (Ibid.)
Le sixième Rabbi de Loubavitch évoqua le Minhag en des termes similaires :
« Dans la génération précédente, les juifs connaissaient bien la notion [de Minhag] et l’observaient méticuleusement… Ils savaient que, outre le fait que les coutumes juives sont enracinées dans la sainteté et qu’elles sont elles-mêmes Torah, les coutumes juives sont la parure du peuple juif… » (Sefer HaSi’hot 5700 [1939-1940], p. 43)
Mais tout cela ne suffit pas encore à comprendre la révérence dont les coutumes juives font l’objet. Selon la formule classique, « un Minhag du peuple juif est lui-même Torah » (voir Tossefot sur le Talmud, Mena’hot 20b). C’est une chose de parler du rôle de la coutume et de la culture dans la formation de l’identité juive ; c’en est une tout autre d’affirmer qu’une coutume fait partie de la sainte Torah, avec tout ce que cela implique.
Là encore, une comparaison entre les trois catégories par lesquelles nous avons commencé est éclairante. Il ne faut pas beaucoup d’efforts pour saisir pourquoi les commandements bibliques sont si importants : D.ieu nous a ordonné au Sinaï de suivre les commandements, et l’on ne saurait faire mieux que cela. La Torah nous enjoint à son tour de respecter l’autorité des Rabbanim, dont la compétence et la finesse spirituelle leur confèrent le pouvoir de légiférer et de déterminer la loi juive. Mais une coutume n’est, fondamentalement, que quelque chose que les juifs font. Qu’est-ce donc qui l’élève au rang de Torah ? Sans révélation explicite ni autorité rabbinique, d’où vient la puissance du Minhag ?
Pour le découvrir, revenons — tel, on se sent contraint de le dire, un boomerang traçant son arc à travers le ciel — aux femmes Yandruwandha.
Le cerveau collectif
La leçon que l’auteur Joe Henrich tire de ses récits d’explorateurs européens égarés est une leçon qu’il applique à toute l’histoire de notre espèce : l’extraordinaire succès de la civilisation humaine repose moins sur l’intelligence individuelle brute que sur notre capacité à accumuler et à partager le savoir à l’échelle du groupe. Pour le dire simplement, les groupes sont plus intelligents que les individus.
Cela peut sembler une affirmation contre-intuitive. La masse ignorante, la foule braillarde et le règne de la populace n’ont jamais eu bonne réputation. Mais, comme l’écrivain James Surowiecki l’explore longuement dans son ouvrage La Sagesse des foules, s’il est vrai que le conformisme et la pensée grégaire peuvent égarer les hommes, les groupes sont en général plus intelligents et plus instruits, et meilleurs pour prédire l’avenir, résoudre les problèmes et bien d’autres choses encore.
Quoi qu’il en soit, le simple fait est qu’il existe des limites rigides à ce qu’une personne peut découvrir par elle-même. Songez à ce pauvre Robert Burke, s’efforçant de mener à bien le processus de préparation du nardoo. Ou songez à quel point nous dépendons, chaque jour, du savoir-faire accumulé d’autrui. Une amusante expérience de pensée illustre ce point : imaginez combien de commodités modernes vous seriez capable de recréer si vous étiez soudain transporté à, disons, l’âge du bronze. Avec des ressources et une main-d’œuvre illimitées, comment vous y prendriez-vous pour fabriquer un iPhone ? Pour construire un moteur à combustion interne ? Pour produire des antibiotiques ? Pour synthétiser des engrais ?
Bien entendu, je n’aurais pas la moindre idée de la manière d’accomplir l’une de ces choses, mais nous, nous le savons. En réalité, personne ne sait faire chacune de ces choses, et pourtant nous parvenons, d’une manière ou d’une autre, à les accomplir chaque jour. Mais qu’est-ce, au juste, que ce « nous » ?
Pour comprendre la façon dont une population donnée conserve et transmet son savoir technique et ses traditions culturelles, Henrich se réfère à son « cerveau collectif » : un savoir qui ne réside ni dans un cerveau unique, ni dans une vaste bibliothèque, ni même dans un centre de données ; il émerge au contraire d’un groupe d’individus capables de transmettre l’information, en fonction de la taille et de l’interconnexion de cette société.
Si nous mettons tout cela au service de nos propres fins, et passons du sociologique au théologique, le « cerveau collectif » rappelle de manière frappante une idée que l’on peut faire remonter aux textes fondateurs de la halakha. Pour prendre un exemple tiré du Talmud de Jérusalem :
« Toute halakha au sujet de laquelle il subsiste quelque incertitude dans les tribunaux, et dont vous ignorez le statut, allez voir comment la communauté a coutume d’agir — et agissez comme elle. » (Talmud de Jérusalem, Maasser Cheni 5:2)
Ce conseil jurisprudentiel — un témoignage de la puissance de la coutume — est répété à de nombreuses reprises tout au long du Talmud : sortez et voyez ce que fait le peuple. Là encore, étant donné que le Talmud est essentiellement le compte rendu des débats internes d’un petit cercle d’élites savantes, cela est extrêmement étrange : si les Rabbanim qui ont consacré leur vie à étudier la Torah et à préserver les traditions de la loi orale ne parviennent pas à déterminer ce qu’est la loi, pourquoi le peuple y parviendrait-il mieux ? Que possèdent les masses que les Rabbanim n’auraient pas ?
Un autre passage, tiré cette fois du Talmud de Babylone, rend explicite l’extraordinaire raisonnement qui sous-tend ce principe. Le Talmud traite des lois de l’agneau pascal, l’offrande sacrificielle que les familles apportaient au Temple de Jérusalem à la veille de chaque Pessa’h. Une année, la veille de Pessa’h tomba un Chabbat. Le sacrifice serait néanmoins accompli de la manière habituelle, mais une question fut posée au grand sage Hillel : que faire si quelqu’un oublie d’apporter le couteau dont il a besoin pour accomplir l’offrande sur le mont du Temple ? D’ordinaire, on ne peut rien porter pendant le Chabbat — cette loi s’applique-t-elle encore ? À cela, Hillel répond :
« J’ai entendu cette halakha [de mes maîtres], mais je l’ai oubliée. Mais laissez faire le peuple juif ; s’ils ne sont pas prophètes, ils sont fils de prophètes. » (Talmud, Pessa’him 66a)
Ce Chabbat-là, Hillel sortit voir ce que faisait le peuple. Et voilà que les gens avaient trouvé une solution ingénieuse pour éviter de transgresser l’interdiction de porter en ce jour saint : ils faisaient porter les couteaux par leurs bêtes !
« Le lendemain, celui dont l’offrande pascale était un agneau planta [le couteau] dans sa laine ; celui dont l’offrande était un chevreau le glissa entre ses cornes. [Hillel] vit la scène, se souvint de la halakha, et dit : « Voilà ce que j’ai reçu de la bouche de [mes maîtres]… » »
Ce récit remarquable répond à notre question précédente. Selon l’interprétation de certains commentateurs, si les Rabbanim du Talmud purent s’en remettre à l’autorité halakhique du peuple, c’est parce que ce peuple est composé de « fils de prophètes ». C’est dire que le peuple juif possède des pouvoirs quasi prophétiques, une sorte de sixième sens halakhique, qui l’aide à pressentir la manière dont D.ieu désire qu’il accomplisse les commandements de la Torah. Songez au « cerveau collectif » de Henrich, mais décuplé, spiritualisé et orienté vers l’observance de la loi juive.
De fait, le Rav et kabbaliste lituanien du XVIIIe siècle Rabbi Eliyahou Ragoler qualifie explicitement cette intuition de roua’h hakodech, l’« esprit saint » de la perception spirituelle que l’on n’associe d’ordinaire qu’aux dirigeants et aux sages les plus pieux et les plus justes :
« …Lorsqu’une coutume fait consensus au sein du peuple juif, c’est le fruit du roua’h hakodech, par lequel D.ieu S’est révélé parmi eux, tout comme Il guiderait un prophète. Car lorsque leur volonté et leurs actes sont dirigés pour l’amour du Ciel, D.ieu illumine pour l’Assemblée d’Israël, par le roua’h hakodech, la juste manière d’agir. Il en existe une preuve dans [le Talmud] : « S’ils ne sont pas prophètes, ils sont fils de prophètes. » » (Yad Eliyahou, Pessakim, sect. 25)
Une coutume comme un baiser
Nous avons parcouru bien du chemin depuis le pilage du nardoo, là-bas en Australie, avec les Yandruwandha. Mais le concept même qui explique comment une tribu de chasseurs-cueilleurs — ou, de fait, n’importe quelle société humaine — peut accéder à un corpus de sagesse transgénérationnelle acquise organiquement peut aussi, par analogie, nous aider à apprécier la capacité de notre propre peuple à puiser dans une intelligence divine transcendante : à travers la pratique populaire de la halakha, et en particulier sous la forme du Minhag.
Nous avons précédemment réparti les sources de la pratique religieuse juive en trois grandes catégories : la loi biblique, la loi rabbinique et la loi coutumière (le Minhag). Nous sommes désormais mieux à même de comprendre en quoi toutes trois font partie de la Torah ; car, comme l’enseigne la tradition ‘hassidique, les Minhaggim eux-mêmes furent donnés au Sinaï, et ne furent simplement révélés que plus tard.
On suppose habituellement, et assez raisonnablement, que la loi biblique — ces 613 Mitsvot qui nous ont été révélées tout droit du Sinaï — est la plus « importante » des trois. Mais la vérité n’est pas tout à fait aussi simple.
Le Minhag est une expression du roua’h hakodech — de la volonté divine — non point telle qu’elle se manifeste dans les débats talmudiques des Rabbanim et les maisons d’étude de l’élite savante, mais telle qu’elle se manifeste dans les traditions séculaires d’un peuple tout entier, dans le cœur et l’esprit collectifs de la nation juive.
Les paroles de la Torah sont la communication explicite de D.ieu avec le peuple juif. Mais les mots ne peuvent dire que jusqu’à un certain point ; nos sentiments les plus vrais, nos désirs les plus profonds, nos passions les plus ardentes sont les plus difficiles à formuler. Parfois, ce que nous laissons tu signifie le plus, l’implicite est plus puissant que l’explicite, le sous-entendu plus profond que le texte.
Les maîtres ‘hassidiques nous enseignent qu’il en va de même de D.ieu. Les messages qu’Il n’a pas inscrits explicitement dans la Torah — les implications qu’Il nous a laissé le soin de déchiffrer, les lois et les coutumes qu’Il a abandonnées à notre propre discernement — sont, en un certain sens, le message le plus profond de tous.
Il est vrai que les coutumes du judaïsme, les Minhaggim, ne sont pas consignées dans les Cinq Livres de Moché. Il est vrai qu’un bon nombre de Minhaggim ne comportent ni obligation ni interdiction, ni aucune sanction en cas de manquement. D.ieu nous les laisse, et c’est là leur puissance.
« Lorsqu’un père aime son fils, offrit un jour le Rabbi en guise d’analogie, il pourvoit à ses nécessités (c’est-à-dire les choses qui sont d’oraïta) ; lorsque l’amour est plus puissant, il lui donne des jouets ou d’autres choses superflues (les choses derabanan) ; mais lorsque son amour le plus profond se révèle, il ne peut s’exprimer par aucune de ces choses, mais seulement en l’étreignant ou en l’embrassant. » (Torat Mena’hem, vol. 24, p. 128)
Un Minhag comme une étreinte. C’est-à-dire que les coutumes et les traditions qui dessinent les contours familiers de la pratique juive, et la remplissent de tant de couleur et de vie, sont cette forme d’affection inexprimée : elles sont la volonté de D.ieu, tue mais révélée au sein d’une nation de prophètes, l’expression de l’amour entre D.ieu et Son peuple, librement réciproque. Telle est la puissance du Minhag.
Au cœur de l’Asie du Sud-Est, là où aucune présence juive n’existait il y a moins de vingt ans, le Rav Bentzion Butman et son épouse Machie ont bâti bien plus qu’un simple Beth Habad : un véritable foyer pour chaque Juif de passage. Installés à Phnom Penh depuis 2009, ils sont aujourd’hui les seuls représentants rabbiniques dans un pays grand de 220 000 kilomètres carrés. Ce que leur mission exige dépasse de loin la logistique de la cacherout ou l’organisation des fêtes — elle les appelle, parfois dans l’urgence absolue, à répondre à la détresse humaine dans toutes ses formes.
Un billet acheté à la dernière minute
C’était la pire semaine possible pour quitter Phnom Penh. Un conteneur en provenance d’Israël était attendu d’un jour à l’autre, chargé de matsot, de vin et de produits cacher. Pessa’h approchait à grands pas. Le Rav Butman, qui dirige le Habad du Cambodge avec son épouse, était submergé par la logistique. C’est alors qu’une famille appela depuis Israël : leur fils, en pleine crise psychologique, se trouvait seul au Cambodge, loin de tout repère. Un vol avait été réservé pour lui rapatrier, mais six heures avant le départ, le jeune homme refusait catégoriquement de monter dans l’avion.
« Il se trouve que je prends ce même vol ce soir, lui dit le Rav Butman. J’ai une réunion en Israël — je rentre demain de toute façon. Pourquoi ne viendrais-tu pas avec moi ? »
Le jeune homme accepta. Quelques heures plus tard, le Rav était dans l’avion — un billet acheté sur-le-champ, sans bagage, avec un conteneur qui arrivait et une fête à préparer. Rien de tout cela ne comptait plus désormais.
Il remit le jeune homme sain et sauf à ses parents, reprit l’avion le lendemain matin et alla directement de l’aéroport régler l’affaire du conteneur.
Voilà ce que signifie être le seul Rav dans 220 000 kilomètres carrés.
Un pays en reconstruction, une communauté à construire
Le Cambodge est niché entre la Thaïlande, le Vietnam et le Laos, au cœur de l’Asie du Sud-Est. Ce pays de 17 millions d’habitants reconstruit encore son identité, des décennies après le génocide des Khmers rouges qui, dans les années 1970, a exterminé près d’un quart de sa population. Aujourd’hui, la capitale, Phnom Penh, attire un mélange éclectique de voyageurs, d’hommes d’affaires, de diplomates et de travailleurs humanitaires. À l’arrivée des Butman en 2009, il n’existait aucune infrastructure juive dans le pays.
Aujourd’hui, le Habad du Cambodge occupe un immeuble de six étages jouxtant le Palais Royal : synagogue, restaurant cacher, mikvé, école maternelle et un dortoir gratuit pouvant accueillir vingt-quatre voyageurs à la fois. Le poulet cacher est importé du Vietnam ; le bœuf et l’agneau arrivent d’Afrique du Sud. Une fois par an, un conteneur en provenance d’Israël apporte le reste.
Une île de paix au milieu du tumulte
Pour Gerald Vineberg, un Canadien installé à Phnom Penh depuis deux ans, le Beth Habad est devenu quelque chose qu’il ne s’attendait pas à trouver en Asie du Sud-Est. « C’est une île de paix dans un monde de tumulte. Un endroit où retrouver des amis pour déjeuner. Un endroit pour s’asseoir et réfléchir simplement. Un endroit pour participer aux prières matinales tranquilles ou aux offices du Chabbat. » C’est, comme le décrit le Rav Butman, « un foyer pour chaque Juif loin de chez lui » — et, ajoute Vineberg, « un phare rayonnant dont toutes les confessions peuvent s’inspirer ».
Le soir, de jeunes routards israéliens se rassemblent sur le toit et s’assoient en cercle. Beaucoup d’entre eux voyagent après leur service militaire, et ils portent bien plus que le poids de leur sac à dos. « Les gens s’ouvrent et laissent sortir, dit le Rav Butman. On pleure ensemble, on rit ensemble, on se serre dans les bras. Et ils repartent dans un état bien meilleur. » Il ne considère pas cela comme quelque chose d’extraordinaire. Pour lui, tout découle d’un principe simple qu’il applique depuis quinze ans : « Soit c’est toi qui le fais, soit ça ne se fait pas. »
Après qu’un Juif a travaillé de toutes ses forces aux champs et qu’il s’apprête à finir son pain, il lui incombe de rappeler que la bénédiction ne vient pas de lui, mais de D.ieu. Le secret de la prospérité n’est pas la chance ou l’habileté — c’est la Bénédiction Divine qui repose sur chaque effort humain. À travers plusieurs récits et enseignements, cet article explore la conception juive du travail, de la réussite et de la gratitude envers le Créateur.
Quand un Juif prépare son pain
Lorsqu’un Juif prépare son pain pour ne pas avoir faim, il sait que la réussite de son labeur dépend uniquement de D.ieu. Toute la peine qu’il investit dans son travail, dans le soin des champs, dans la prévoyance, dans l’organisation et dans la surveillance — tout cela n’a de valeur que si D.ieu y accorde Sa bénédiction. C’est pourquoi il est tenu de rentrer chez lui, de réunir sa famille et de leur faire prendre conscience que tout ce qu’ils reçoivent comme nourriture provient uniquement de D.ieu, et non de leur propre mérite.
Et puisque c’est là le vrai but de l’effort — reconnaître que la bénédiction vient d’en-Haut — il nous faut comprendre précisément la nature du travail non-juif. En effet, ce dernier est totalement différent du travail juif : les nations du monde accomplissent leur labeur avec la conviction que c’est leur propre force qui produit la richesse. Le Juif, lui, travaille tout en sachant pertinemment que son activité professionnelle n’est que la façade extérieure, le klipat nogah, et que la vraie source de la subsistance est D.ieu Lui-même.
Il faut rentrer tôt, le matin
Le travail agricole impose de se lever tôt le matin pour inspecter les champs, de savoir ce qu’il faut faire à chaque parcelle ; et l’on comprend bien pourquoi celui qui travaille la terre ne peut se permettre de tarder, car la journée est longue et les tâches sont nombreuses. Pourtant, là réside l’essentiel : ce n’est pas le labeur seul qui produit l’abondance. C’est le regard de D.ieu posé sur le travail de l’homme.
Ainsi, quand un cultivateur rentre chez lui le soir et voit sa maison remplie de nourriture, il doit immédiatement se souvenir que c’est D.ieu qui a béni ses efforts. Il ne lui est pas permis de dire : « C’est ma force et l’habileté de mes mains qui m’ont procuré cette richesse. » Car cette pensée serait une forme d’ingratitude et d’orgueil qui éloigne la bénédiction Divine.
La parabole du maître de maison
Lorsqu’un Juif accueille chez lui la Tora et les Mitsvot, qu’il remplit sa maison de sainteté — que ce soit par la Mezouza, les livres saints comme la « Maison de Rivka » ou la « Maison de Yaakov », et que dans cette maison se trouve un enfant qui observe les commandements de D.ieu — alors cette maison est véritablement une maison juive dans le monde. Car même si l’on ne sait pas encore si cet enfant sera Chalia’h, ce qui importe, c’est qu’il porte en lui la lumière de D.ieu et qu’il la transmettra au monde.
C’est d’ailleurs le sens profond du commandement : une maison juive est une maison de D.ieu sur terre. Elle n’est pas seulement un foyer pour l’homme — elle est un sanctuaire où réside la Présence Divine.
La véritable richesse
Mais comment un Juif peut-il s’enrichir tout en restant humble ? La réponse est simple : en agissant par amour de D.ieu, sans calcul personnel, sans chercher à s’attribuer le mérite de sa réussite, mais en reconnaissant à chaque instant que tout provient d’En-Haut.
À cet égard, nombreux sont ceux qui admirent les grandes fortunes et se demandent comment certains hommes parviennent à accumuler d’immenses richesses. La Torah enseigne que la véritable réussite n’est pas mesurable en termes matériels : elle se trouve dans l’accomplissement des Mitsvot, dans la Tsedaka donnée de bon cœur et dans la conscience que D.ieu est la source de tout bien.
C’est pourquoi, dans la bénédiction après le repas, on dit : « Pour la terre et pour la nourriture » — afin de rappeler que la terre, avec tous ses fruits, est un don de D.ieu, et que la nourriture qui nous sustente est un témoignage constant de Sa bonté infinie.
La leçon pour chaque Juif
En conclusion, la Torah nous enseigne que le Juif qui possède ce que les autres voient comme une « bonne affaire » — c’est-à-dire une activité professionnelle florissante, une maison bien remplie, une famille en bonne santé — doit toujours garder en mémoire que tout cela n’est que la manifestation de la bénédiction de D.ieu.
Et de même qu’il est loué parmi les nations pour ses succès, qu’il loue D.ieu qui lui a accordé ces succès. Car c’est uniquement par la force de D.ieu qu’il les a obtenus — et non par ses propres mérites. Il suffit d’observer les nations du monde pour comprendre : ce n’est pas la ruse ni la force qui construisent un foyer durable, mais la bénédiction Divine qui repose sur chaque maison où la Torah est respectée et où D.ieu est reconnu comme le maître de toute chose.
Voilà pourquoi un Juif ne dit jamais : « Quelle bonne affaire ! » — mais plutôt : « Béni soit D.ieu qui m’a accordé cette bénédiction. »
Il est courant d’observer un changement radical chez une personne autrefois intègre et de s’exclamer : « On ne l’a pas vu venir ! ». Mais la réalité psychologique et spirituelle est bien différente. Une chute morale ou spirituelle n’est que très rarement le fruit d’un effondrement soudain. Elle est l’aboutissement d’une lente érosion, d’une succession de petits compromis qui, bout à bout, redessinent une trajectoire de vie.
De la transparence à la stratégie : le point de bascule
À l’origine, Moïse sélectionne des hommes d’une grande valeur et d’une intégrité morale irréprochable. Leur mission est claire et transparente : agir en tant que simples « explorateurs » pour constater la bonté de la Terre promise.
Cependant, au lieu de s’en tenir à ce rôle objectif, ces dirigeants opèrent un changement subtil de paradigme. Ils s’arrogent le rôle d’« espions », cherchant les vulnérabilités militaires du terrain. Ce changement de méthode, qui pouvait sembler anodin ou même relever d’une « bonne intention » stratégique, a rompu leur lien de fidélité spirituelle avec Moïse. En déviant de leur mission initiale, ils ont perdu leur protection et ont ouvert la porte au doute, puis à la calomnie, entraînant tout un peuple dans leur chute.
La stratégie du mauvais penchant
Cette dynamique biblique reflète exactement nos combats intérieurs quotidiens. Le Yetzer Hara (le mauvais penchant) n’opère pas en nous poussant brusquement vers une faute grave ou un acte interdit. Sa méthode est bien plus fine :
Le refroidissement : Il commence par atténuer notre enthousiasme pour ce qui est juste et sacré. Il nous suggère de faire les choses avec un peu moins de ferveur ou de rigueur.
La justification : Il brouille ensuite les frontières entre le permis et l’interdit en nous fournissant des excuses parfaitement logiques et rationnelles pour relâcher nos efforts.
La dérive : Une fois la brèche ouverte, un centimètre concédé devient un mètre, puis un kilomètre.
La vigilance comme rempart
Comment se prémunir contre cette lente dérive ? La clé réside dans une auto-évaluation constante et honnête. À chaque jonction importante, il est vital de scruter non seulement nos actions, mais surtout nos motivations profondes.
Parfois, notre propre jugement est biaisé par nos envies du moment. C’est pourquoi s’entourer d’un mentor, d’un maître ou d’un ami objectif est indispensable pour garder un regard clair sur sa propre route. Enfin, comme l’enseignent les sages, le fait de tourner son regard vers l’autre, d’aider son prochain avec générosité et désintéressement, attire une protection divine infaillible.
La vérité ne souffre d’aucun compromis, car c’est précisément dans le détail le plus « innocent » que se joue notre intégrité.