La révolution israélienne contre l’apnée du sommeil

La révolution israélienne contre l’apnée du sommeil

 

Une jeune pousse israélienne, AppScent, a mis au point un appareil médical capable de traiter l’apnée du sommeil sans le moindre contact avec le corps. Son principe repose sur une découverte réalisée à l’Institut Weizmann des Sciences : confronté à une odeur nouvelle, le cerveau répond par un réflexe immédiat de respiration. Présenté par son fondateur et PDG Yossi Azoulay, le dispositif promet de transformer chaque nuit en véritable laboratoire du sommeil, à domicile et sans aucune gêne.

 

 

 

 

Une start-up née de la recherche israélienne

L’aventure d’AppScent commence dans les laboratoires de l’Institut Weizmann des Sciences, où des chercheurs en neurobiologie se sont penchés sur les liens unissant l’odorat, le cerveau et la respiration. Leurs travaux ont démontré l’existence d’un réflexe respiratoire déclenché par la perception d’une odeur nouvelle, et la publication de ces résultats a ouvert la voie à une application médicale inédite. C’est de cette recherche fondamentale qu’est issu l’appareil conçu par l’entreprise, pensé pour traiter les troubles respiratoires du sommeil. Fabriqué en Israël, à Ra’anana, le dispositif a reçu l’autorisation du ministère israélien de la Santé avant d’être proposé aux dormeurs du pays comme du reste du monde.

Un dôme de fer contre l’apnée du sommeil

Le cœur du système repose sur un capteur radar, à fréquence radio, installé au-dessus du lit à la manière d’une lampe de chevet, à une cinquantaine de centimètres de la tête du dormeur. Sans fil, sans masque, sans tuyau et sans rien à porter sur soi, ce capteur prélève en temps réel des échantillons de la respiration et préserve l’intimité du patient. Couplé à une unité de traitement posée sur la table de nuit, il s’appuie sur l’intelligence artificielle pour anticiper les épisodes d’apnée. Yossi Azoulay résume l’approche d’une image frappante : un véritable dôme de fer dressé contre l’apnée du sommeil, capable de détecter le trouble, voire de le prévoir, avant même qu’il ne survienne. Lorsqu’un rythme respiratoire annonce une apnée ou une pré-apnée, l’ordinateur commande la diffusion d’une odeur en direction du visage, dans un laps de temps très bref, afin de permettre au cerveau de reprendre le contrôle de sa respiration.

Le réflexe olfactif, clé du dispositif

Le mécanisme exploité par AppScent porte un nom : le réflexe de reniflement. Si chacun sait que le nez fait partie de l’appareil respiratoire, on ignore plus souvent que le nerf olfactif est en réalité un prolongement du cerveau, directement relié au centre qui gouverne la respiration. À chaque fois qu’une odeur nouvelle apparaît, le cerveau réagit par une inhalation réflexe, comme pour vérifier s’il se trouve face à un danger ou non. C’est précisément ce réflexe qui permet de surmonter l’apnée. Les odeurs employées étant agréables, le cerveau ne les classe pas parmi les menaces et le dormeur poursuit son sommeil sans être réveillé : l’odeur ne modifie pas l’activité corticale, elle agit comme un bouton virtuel qui relance la respiration sans interrompre la nuit.

Cinq odeurs pour déjouer l’accoutumance du cerveau

Pour rester efficace, le traitement doit éviter que le cerveau ne s’habitue au stimulus olfactif. L’appareil contient donc cinq odeurs différentes, qu’il alterne au fil de la nuit afin de créer à chaque fois une sensation nouvelle et de réactiver le rythme respiratoire. Ces fragrances reposent sur des huiles essentielles naturelles, diffusées sans liquide et sans diffuseur classique : ce sont de simples molécules odorantes qui flottent dans l’air, se succédant les unes aux autres sans jamais saturer l’atmosphère. L’objectif n’est pas de parfumer la chambre, mais d’éveiller en douceur le cerveau à de nouveaux modes de respiration.

Une solution intégrée au corps, à l’inverse du CPAP

Pourquoi le cerveau cesse-t-il, la nuit, de veiller correctement à la respiration ? Parce qu’il devient en quelque sorte paresseux et réduit l’énergie qu’il y consacre, ce qui ouvre la porte au ronflement et aux apnées. L’appareil d’AppScent entraîne au contraire le cerveau à respirer par le nez grâce aux stimulations olfactives, et cet entraînement se renforce nuit après nuit. Comme pour toute discipline sportive, l’arrêt impose de reprendre l’exercice : il s’agit donc d’une solution à vie. Mais à la différence des dispositifs extérieurs au corps, tel le CPAP, ce respirateur aujourd’hui standard, la méthode ne met pas le cerveau de côté : elle l’intègre à son activité naturelle pour l’encourager à mieux respirer et à dormir plus profondément.

De la tension artérielle à la relaxation

Au-delà de l’apnée, l’appareil a été enregistré auprès de la FDA américaine comme dispositif de relaxation et d’amélioration du sommeil. Sur l’écran de l’unité de traitement, un modèle du capteur restitue en temps réel le rythme respiratoire à travers un graphique aux couleurs changeantes, du rouge au bleu : c’est le principe du biofeedback respiratoire. Lors d’une séance de détente accompagnée d’une odeur, le patient apprend à mieux respirer par le nez et à ralentir sa cadence jusqu’à une dizaine de respirations par minute. Quelque quinze minutes de cet exercice par jour suffisent à faire baisser la tension artérielle, tandis que le dispositif aide aussi à entrer dans un état de relaxation, de jour comme de nuit. Il ne s’agit pas d’un médicament, insiste son concepteur, mais d’un appareil qui fournit au corps la bonne odeur au bon moment et le laisse accomplir le reste.

Un laboratoire du sommeil chaque nuit

Validé dans des laboratoires cliniques au sein d’hôpitaux israéliens, l’appareil a montré qu’il pouvait réduire les apnées et leur gravité dès la première nuit de traitement. Pour le patient, l’usage est d’une simplicité extrême : il lui suffit de se coucher, d’appuyer sur la touche de mise en marche et de s’endormir, sans rien relier à son corps ni rien poser sur son visage. Tout le travail est ensuite accompli automatiquement par la machine, dont l’écran s’éteint pour la nuit. Au réveil, un rapport détaille la manière dont s’est déroulé le sommeil et en évalue la qualité. Chaque nuit se transforme ainsi en un véritable laboratoire du sommeil, sans le moindre contact, et le dormeur n’a plus qu’à se lever en pleine forme.

Au cœur de la guerre en Ukraine  : l’une des plus prestigieuses Yechivot du monde ouvre ses portes

Au cœur de la guerre en Ukraine : l’une des plus prestigieuses Yechivot du monde ouvre ses portes

 

Édifiée dans le village juif d’Anatevka, aux portes de Kiev, la nouvelle Yechiva s’apprête à accueillir ses premiers élèves au début du mois d’Elloul. Son fondateur, le Rav Chemouel Azman, affirme avoir réuni toutes les conditions permettant aux étudiants de se consacrer pleinement à l’étude ainsi qu’à leur épanouissement personnel et spirituel. Un pari audacieux, lancé au plus fort du conflit qui déchire le pays.

 

 

 

C’est au cours d’une cérémonie solennelle, organisée le week-end dernier, que la Yechiva « Tom’hei Temimim – Beth Binyamin » a été inaugurée dans le village juif d’Anatevka, à la périphérie de Kiev, en Ukraine. Des Rabbanim, des donateurs et des invités venus de plusieurs pays ont tenu à être présents pour célébrer l’achèvement de l’un des projets éducatifs juifs les plus importants menés à bien en Ukraine ces dernières années.

Un village né de la guerre

Anatevka, où s’élève désormais la nouvelle Yechiva, a été fondée en 2015 par le Grand Rabbin et Chalia’h du Rabbi en d’Ukraine, le Rav Moshe Azman, afin d’offrir un refuge aux familles juives contraintes de quitter leurs communautés en raison du conflit qui embrasait l’est du pays. Baptisée du nom du célèbre shtetl juif rendu mondialement connu par la comédie musicale « Un violon sur le toit », la localité s’est peu à peu transformée en une communauté juive florissante, dotée de logements, d’institutions éducatives et de synagogues.

Un investissement de plus de huit millions d’euros

La nouvelle Yechiva a été construite pour un coût supérieur à huit millions d’euros, financée par un philanthrope qui a souhaité conserver l’anonymat. Elle doit accueillir ses premiers étudiants au début du mois d’Elloul, et le processus d’admission de la promotion inaugurale en est actuellement à ses dernières étapes.

Selon son fondateur, le Rav Chemouel Azman, le campus a été conçu pour offrir un cadre éducatif moderne et de grande qualité, alliant des infrastructures résidentielles, académiques et de loisirs exceptionnelles. « Nous avons réuni toutes les conditions nécessaires pour permettre aux étudiants de se consacrer à l’étude de la Torah ainsi qu’à leur développement personnel et spirituel, a-t-il déclaré, dans un environnement qui soutient leur épanouissement à toute heure du jour et de la nuit. »

Un campus à la hauteur des ambitions

L’ensemble comprend un grand Beth Midrash, une bibliothèque, des espaces de restauration, des dortoirs pour les étudiants, un Mikvé, des installations sportives ainsi que des espaces ouverts dédiés à l’étude et aux activités éducatives. À cela s’ajoute un vaste bunker, édifié sur le site même, afin de répondre à la réalité sécuritaire complexe que connaît l’Ukraine.

L’un des aspects les plus remarquables de ce projet tient au fait que les travaux ont débuté quelques jours seulement après le déclenchement de la guerre en Ukraine. En dépit de nombreuses difficultés, le chantier s’est poursuivi sans interruption jusqu’à l’achèvement du nouveau campus.

Une inauguration aux résonances internationales

Parmi les personnalités présentes à la cérémonie d’inauguration figuraient le Rav Moshe Azman, Grand Rabbin d’Ukraine, et le Rav Mena’hem Mendel Axelrod, Grand Rabbin de Moldavie, aux côtés de dizaines de Rabbanim et de personnalités publiques venus tout spécialement d’Israël et de toute l’Europe pour l’occasion.

Un nouveau souffle pour la vie juive en Ukraine

La direction de la Yechiva souligne que l’institution s’adresse aux étudiants désireux de se plonger à plein temps dans l’étude de la Torah et de la ‘Hassidout. Sa vocation est d’offrir un cadre éducatif d’excellence, doublé d’un fort sentiment d’appartenance communautaire et d’attachement aux valeurs juives. Aux yeux de ses responsables, l’ouverture de cette Yechiva constitue une nouvelle étape majeure dans le renouveau et le renforcement de la vie juive en Ukraine, et ce en pleine traversée de l’une des périodes les plus éprouvantes de l’histoire du pays.

 

 

Guimel Tamouz 5786: l’hébergement au Ohel ouvre ses inscriptions

Guimel Tamouz 5786: l’hébergement au Ohel ouvre ses inscriptions

 

À l’approche du Guimel Tamouz, le Ohel vient d’ouvrir les inscriptions pour l’hébergement du Chabbat à proximité immédiate. Les places, en nombre limité, seront attribuées selon le principe du premier arrivé, premier servi, et réservées aux seules nuits de Chabbat. Nouveauté cette année : la direction du Ohel exige désormais une pièce d’identité ainsi qu’un billet d’avion pour valider chaque inscription.

 

 

Un hébergement aux portes du Ohel

Le Beth Ohel Habad Loubavitch a ouvert ce mercredi les inscriptions pour l’hébergement durant le Chabbat précédant le jour de la Hilloula, le Guimel Tamouz 5786 (18 juin 2026), à proximité immédiate du Ohel. Cet espace de couchage, aménagé tout près du lieu saint, doit permettre aux nombreux fidèles venus du monde entier de demeurer auprès du Rabbi durant ces journées chargées de signification.

Les modalités d’inscription

L’inscription s’effectue par le biais d’un formulaire Google, joint en bas de l’article. Chacun des hôtes est tenu de s’inscrire individuellement, aucune inscription groupée n’étant acceptée. Le nombre de places de couchage demeurant restreint, l’attribution se fera selon le principe du premier arrivé, premier servi, et concernera uniquement la nuit de Chabbat.

Deux Chabbatot encadrant la Hilloula

Cette année, le Guimel Tamouz tombe un jeudi. Les dispositions de couchage seront donc proposées aussi bien pour le Chabbat qui précède le jour de la Hilloula que pour celui qui le suit. L’aménagement ne vaut toutefois que pour les nuits de Chabbat : une fois celles-ci passées, les lits seront démontés.

Une nouvelle exigence cette année

Autre changement notable pour cette édition : la direction du Ohel réclame désormais une pièce d’identité officielle ainsi qu’un billet d’avion afin de finaliser l’inscription. Une mesure qui vise à mieux encadrer l’affluence et à réserver ces places à ceux qui se rendront effectivement sur place pour les journées du Guimel Tamouz.

 

Réservations : https://ohelchabad.org/reserve

 

Le ba’hour qui contemplait la neige : le secret caché de la « Hitbonenout »

Le ba’hour qui contemplait la neige : le secret caché de la « Hitbonenout »

 

La Michna enseigne que le monde repose sur trois piliers, dont l’Avoda, le service divin qui culmine dans la prière. Mais qu’est-ce que prier réellement ? À travers des images aussi simples qu’un flocon de neige, une toile de maître ou le parfum d’un restaurant, ce texte dévoile que la véritable « Hitbonenout » ne consiste pas à apprendre davantage, mais à s’unir tout entier à l’objet de sa pensée.

 

 

Rav Yossef Itshak Ofen

 

les trois piliers et les deux mouvements de l’âme

La Michna affirme que le monde repose sur trois choses : sur la Torah, sur l’Avoda (le service divin) et sur la Guemilout ‘Hassadim, les actes de bonté. Dans son explication, le Rabbi montre que ces trois piliers se ramènent en réalité à deux mouvements opposés. La Torah et les actes de bonté, qui englobent l’ensemble des Mitsvot, représentent une descente de lumière, un flux qui s’écoule d’en haut vers le bas. L’Avoda, elle, suit le chemin inverse : elle s’élève du bas vers le haut.

Ces deux directions correspondent à ce que les textes appellent le Ratso vaChov, l’élan et le retour. Au sens littéral du verset d’Ézéchiel, « les ‘Hayot vont et reviennent » désigne les créatures célestes du monde sacré. Mais selon l’interprétation de la ‘Hassidout, ce mouvement décrit la vitalité divine, l’âme elle-même, qui se déploie dans cet incessant va-et-vient. Et tout cela n’a qu’un seul but : le service de l’homme, qui doit lui aussi épouser ce rythme de l’élan et du retour.

la prière, ou l’âme qui s’élève vers son Créateur

La prière est précisément cet élan, ce Ratso par lequel l’homme se précipite vers le Saint béni soit-Il. Lorsque l’âme descend dans ce monde, elle s’éloigne de D.ieu. Et pourtant, nos Sages enseignent qu’il s’agit d’une descente en vue d’une élévation : c’est ici-bas, précisément, que l’âme peut atteindre ce qu’elle ne saurait saisir là-haut, dans le Gan Eden. Malgré l’éloignement apparent, l’homme dispose en ce monde de moyens pour se rapprocher du Créateur, de Son Essence même.

Le HaYom Yom l’exprime sans détour : par la prière, l’homme se tient véritablement face à face avec l’Atsmout Ein Sof, l’Essence infinie elle-même.

le Da’at de Moché en chaque Juif

Il importe ici de rappeler ce qui est exposé au chapitre quarante-deux du Tanya, où l’auteur explique que chaque Juif porte en lui une étincelle de Moché Rabbénou. Car l’essence de Moché, c’est le Da’at, la connaissance profonde. Sa mission fut d’enseigner au peuple à connaître la grandeur de D.ieu et à Le servir de tout son cœur, selon le verset : « Connais le D.ieu de ton père et sers-Le d’un cœur entier. » Le service du cœur découle en effet de la connaissance.

Mais le Tanya précise aussitôt que ce Da’at n’est pas un simple savoir, transmis par les livres ou recueilli de la bouche d’autrui. Le véritable Da’at consiste à approfondir sa pensée dans la grandeur divine et, selon l’expression même du texte, à ancrer son esprit dans le Nom divin avec force et fermeté du cœur et de l’esprit, jusqu’à ce que la pensée s’y attache aussi puissamment qu’elle s’attache à un objet matériel que l’œil contemple et où la réflexion se plonge. Car le mot Da’at, comme on le sait, exprime un lien, un attachement.

Ainsi, dans l’âme de chaque enfant d’Israël se trouve enracinée une part de la Néchama de Moché. Il est l’un des sept bergers, la totalité qui englobe tout, celui qui nourrit et soutient les âmes par la Divinité. Le Rabbi de notre génération est le Moché Rabbénou de notre temps : premier libérateur, il est aussi le dernier. Certes, son enseignement, ses Maamarim et ses Si’hot constituent un savoir d’une profondeur inépuisable. Mais l’essentiel du Da’at ne réside pas dans la seule connaissance : il s’agit d’approfondir et d’ancrer la pensée, afin qu’elle s’attache à son objet comme à une chose matérielle que l’on regarde et que l’on contemple intensément.

le ba’hour et la neige qui tombait

Pour comprendre ce qu’est véritablement la « Hitbonenout », la « Hitbonenout », il suffit de l’observer dans la vie la plus ordinaire : que l’on prenne pour exemple une chose matérielle que l’on regarde et où la pensée se plonge, parce qu’elle captive.

On raconte ainsi l’histoire d’un jeune ba’hour, surpris à la fenêtre, fasciné par la neige qui tombait. Les flocons descendaient lentement, et peu à peu tout devenait blanc ; ce spectacle le captivait au plus haut point. Que pouvait-il bien y avoir à contempler ? Qui ignore comment tombe la neige ? Quiconque en a vu une seule fois dans sa vie sait déjà que des flocons légers s’amoncellent jusqu’à recouvrir de blanc toute la surface. Ce n’était donc pas affaire de savoir : il connaissait déjà tout cela avant même de s’approcher de la vitre, et dès les premiers instants il aurait pu l’expliquer parfaitement.

Et pourtant, on le vit demeurer ainsi dix minutes durant, et davantage, absorbé par cette neige qui tombait. Lorsqu’on l’appela, il n’entendit rien, tant son esprit était happé par les flocons. Il fallut l’appeler une fois, puis une seconde, pour qu’il revînt enfin à lui. Voilà l’illustration la plus pure de ce qu’est la « Hitbonenout ». Ce n’est pas acquérir un savoir supplémentaire : à observer ainsi, à fixer sa pensée sur cette chose, il n’a rien appris de nouveau. Ce qui s’est ajouté en lui, en revanche, c’est que la chose s’est unie à lui ; il l’a intériorisée. Au point qu’il pourrait, la nuit venue, en rêver encore. Pourquoi ? Parce que cela n’a pas glissé sur lui de manière superficielle : cela a pénétré jusqu’au plus profond de son être.

le peintre qui s’évanouit devant sa propre toile

Et c’est là encore une chose toute matérielle. Considérons un homme qui regarde un tableau. Il existe une Réchima du Rabbi où il relate une visite dans un musée, et les toiles qu’il y vit. Il évoque notamment un tableau représentant une scène de guerre, peint avec un tel souci du détail que l’on croyait y assister réellement.

Le peintre qui en était l’auteur s’était abîmé tout entier dans cette toile ; il continua de la contempler longtemps après l’avoir achevée. Et il finit par s’évanouir. Les médecins en établirent la cause : à force de contempler son œuvre, qu’il avait rendue si vivante qu’elle semblait sortir de la réalité même, il fut saisi d’une telle frayeur devant cette guerre qu’il perdit connaissance. On mesure ici à quel point la « Hitbonenout » agit sur l’être humain.

le parfum d’un restaurant et le ciment qui fascinait

Prenons un homme qui marche dans la rue et perçoit le fumet d’un restaurant, l’odeur d’un mets savoureux. S’il est pressé, il poursuit son chemin. Mais s’il dispose de temps, il s’arrête, s’attarde, se met à regarder ; l’odeur l’attire, il entre, examine les plats, hésite, puis choisit enfin celui qu’il préfère, et le voilà tout entier absorbé. En apparence, qu’y a-t-il là à contempler ? Ce n’est pas une simple pensée : il veut savourer le bon goût de la chose, et il s’y immerge pleinement. La leçon est claire : la moindre chose, pour peu qu’elle captive, attire l’homme et le porte à la « Hitbonenout ».

On peut en donner un dernier exemple, observé chez des ba’hourim occupés à édifier une partie d’un bâtiment. Il leur fallait préparer du mortier : on prend du sable et un sac de ciment, on y ajoute de l’eau, on verse le tout dans une bétonnière, on mélange, et il en sort cette sorte de boue grise. Cela aussi captivait les jeunes gens. Aussi, avant la prière, les voyait-on debout devant la machine, à observer cinq minutes, puis dix, un quart d’heure, une demi-heure, toute la pause durant. Non qu’ils ignorassent le fonctionnement de la bétonnière ou ce qu’il faut y verser pour obtenir le mortier : cela les captivait, voilà tout. Et c’est pourquoi ils s’y trouvaient plongés tout entiers.

Ainsi la « Hitbonenout » n’est-elle rien d’autre qu’un regard intense porté sur une chose, suivi de son intériorisation, jusqu’à ne plus faire qu’un avec elle. Telle est la définition même de la « Hitbonenout ».

la prière est cette même « Hitbonenout »

Or la prière n’est pas autre chose. Point n’est besoin d’être un grand Maskil, un esprit d’une pénétration exceptionnelle, pour en saisir les concepts. Il suffit de regarder intensément, d’approfondir et d’ancrer sa pensée, jusqu’à ce que la grandeur divine cesse de demeurer un savoir extérieur pour devenir une réalité intériorisée, à laquelle l’âme s’unit tout entière, comme un enfant fasciné par la neige qui tombe.

Obéir, ressentir, disparaître : les trois niveaux d’abnégation devant D.ieu

Obéir, ressentir, disparaître : les trois niveaux d’abnégation devant D.ieu

 

La ‘Hassidout distingue trois manières fondamentalement différentes de se soumettre au Créateur — trois degrés d’effacement du « moi » devant l’infini divin. Du simple accomplissement par discipline jusqu’à l’annulation totale de l’être, chaque niveau engage une couche différente de l’âme humaine. Loin d’être une hiérarchie linéaire, cette gradation réserve une surprise : le degré le plus humble recèle, dans un sens précis, une qualité que les niveaux supérieurs ne peuvent atteindre.

 

 

Rav Yossef Itshak Havlin – 770 Jérusalem
(Maamarim Yissodiiim du Likoutei Torah et Torah Or)

 

Le premier degré : obéir sans ressentir

La forme la plus élémentaire de l’abnégation est la kabbalat ol malkhout shamayim — l’acceptation du joug du Royaume céleste. L’homme accomplit les commandements de D.ieu non par élan du cœur, non par amour ni par crainte ressentie, mais parce qu’Il est Roi et que tout sujet se doit d’obéir à son souverain. C’est une soumission de l’action : le corps se plie, la main agit, la bouche prononce — mais le monde intérieur, les émotions, les désirs, restent en dehors de cette démarche, voire y résistent.

Ce degré est associé dans la structure de l’âme à la faculté de Malkhout — la royauté — qui, à l’image de la Sefira du même nom, n’a rien en propre et se contente de transmettre et d’exécuter. L’acte s’accomplit, mais sans chaleur, sans intériorité. Les maîtres du ‘Hassidisme désignent ce niveau par l’expression itra tata’ah — « l’éveil d’en bas » dans sa forme la plus dépouillée.

Le deuxième degré : ressentir pour se soumettre

Le degré intermédiaire naît de la contemplation — hitbonenut — de la grandeur divine. L’homme s’arrête, médite sur la majesté de D.ieu, et quelque chose s’éveille en lui : un amour, une crainte, un désir de se rapprocher. Ce n’est plus seulement la main qui agit — c’est le cœur qui se soumet. Ses émotions (middot), son amour (‘Hessed) et sa rigueur intérieure (Guevourah) s’orientent vers D.ieu et le servent.

Ce niveau surpasse le premier en profondeur et en intensité. L’homme qui aime D.ieu engage davantage de lui-même que celui qui obéit par seule discipline. Sa vie intérieure est touchée, transformée, habitée par le divin. C’est le degré des middot de l’âme — situé entre la simple exécution et l’effacement total, constituant ainsi le niveau véritablement intermédiaire.

Le troisième degré : ne plus exister

Le degré le plus élevé est celui de l’annulation totale — le bittoul absolu. L’homme ne ressent plus rien de lui-même parce qu’il n’y a plus, en un sens, de « lui-même ». Comme celui qui se prosterne devant un roi en étendant bras et jambes, égalisant tête et pieds — il n’y a plus de hiérarchie interne, plus de « tête » qui pense, plus d’existence propre à organiser. Il ne reste que la réalité de D.ieu.

Ce degré correspond à la Sefira de ‘Hokhmah — la Sagesse — dont l’essence même est le néant, le ko’ah mah : le « pouvoir du rien ». Ici, l’âme ne contemple plus D.ieu de l’extérieur — elle s’y dissout. Ce n’est plus un homme qui se tourne vers le Créateur ; c’est une présence divine qui emplit l’espace que l’homme a libéré en disparaissant.

La parabole des deux serviteurs

Pour illustrer la relation paradoxale entre ces degrés, les anciens ‘Hassidim rapportaient une parabole éloquente : deux serviteurs se tiennent devant le roi.

Le premier est un grand ministre du roi, homme de culture et de sensibilité, qui perçoit avec acuité la grandeur et la majesté royales. En présence du roi, submergé par ce qu’il ressent, il s’effondre — littéralement, il tombe en défaillance. Sa prostration est totale, visible, bouleversante.

Le second est un simple serviteur, sans éducation ni finesse particulière, qui ne ressent guère la grandeur du roi. Quand le roi lui ordonne d’accomplir une tâche, il obéit — tout en pensant intérieurement à la façon dont il pourrait s’en dispenser. Pourtant, par discipline, il exécute l’ordre.

La question se pose : lequel des deux témoigne de la plus grande abnégation ?

La supériorité paradoxale de la simplicité

En termes de quantité et d’intensité, le ministre du roi l’emporte sans discussion. Son être tout entier est submergé, sa conscience est envahie par la grandeur du roi, ses forces l’abandonnent. Mais en termes de qualité de l’abnégation, c’est le simple serviteur qui détient un avantage inattendu.

Car lorsque le ministre du roi s’effondre, c’est encore lui qui ressent. C’est sa sensibilité, son admiration, ses émotions qui le précipitent au sol. Il y a dans sa défaillance une présence de son propre moi — un moi qui admire, qui est touché, qui réagit. L’annulation elle-même lui appartient, en quelque sorte.

Tandis que lorsque le simple serviteur accomplit l’ordre royal sans aucun élan intérieur, il n’y a plus rien de lui dans l’acte. Aucune émotion, aucun désir propre, aucune admiration. Il y a seulement le roi et sa volonté. L’acte est pur : il n’émane pas du serviteur, il émane du souverain qui l’a commandé.

De même dans le service de D.ieu : celui qui obéit par pur joug, sans ressentir d’amour ni de crainte particulière, ne met rien de lui-même dans l’acte. Sa réalité propre est absente. Il y a uniquement D.ieu et Sa volonté. C’est pourquoi la tradition ‘hassidique a toujours accordé une place d’honneur singulière à la kabbalat ol — l’acceptation du joug — même lorsqu’elle n’est pas accompagnée de sentiments élevés.

Trois degrés, trois couches de l’âme

Ces trois niveaux d’abnégation ne sont pas arbitraires : ils correspondent précisément aux trois structures profondes de l’âme humaine telle que la décrit la ‘Hassidout.

La kabbalat ol — le joug extérieur — naît de la Malkhout de l’âme : comme la Sefira éponyme, elle agit sans intériorité propre, elle exécute sans posséder. Le degré intermédiaire — l’amour et la crainte — naît des middot de l’âme, ses attributs émotionnels, situés entre le sommet et la base. Le degré supérieur — l’annulation totale de l’être — naît de la ‘Hokhmah de l’âme, cette faculté qui précède toute forme et toute substance, et dont l’essence est le néant lumineux.

Ainsi, progresser dans l’abnégation devant D.ieu, c’est descendre de plus en plus profondément en soi-même — jusqu’à atteindre la couche de l’âme où il n’y a plus de soi, où seule demeure la présence divine qui a toujours été là, derrière tous les voiles du moi.

Jérusalem avant Chabbat : l’âme ardente du marché Mahane Yehouda

Jérusalem avant Chabbat : l’âme ardente du marché Mahane Yehouda

 

Chaque vendredi après-midi, le marché Mahane Yehouda de Jérusalem se transforme en une scène unique où l’agitation des dernières emplettes se mêle à la ferveur spirituelle de la veille du Chabbat. Le photographe Binyamin Zilberstrom, pour COLlive, a saisi avec maestria ces instants suspendus entre le profane et le sacré. Ses clichés révèlent l’âme d’une ville qui, dans le tumulte même du quotidien, se prépare à entrer dans la paix du jour saint.

 

 

 

Une mosaïque humaine au cœur du Shouk

Un vendredi après-midi à Jérusalem. Le soleil amorce sa descente, et le célèbre marché de Mahane Yehouda — le « Shouk » — se métamorphose sous les yeux du passant. Ce n’est plus un simple marché de quartier : c’est le cœur battant d’une ville entière qui s’apprête à accueillir le Chabbat. Les allées se remplissent d’une mer de chemises blanches, signe visible d’une population qui a déjà, mentalement, franchi le seuil du saint repos hebdomadaire.

Le vendredi, le Shouk est un lieu de rassemblement où se croisent les habitants de tous horizons. Des groupes de jeunes amis se retrouvent au milieu de la foule, échangeant des rires francs et portant des toasts improvisés — le fameux Le’haïm — à même la rue, se versant des verres de liqueur pour célébrer la fin de la semaine. Au sein de cette joie contagieuse, la réalité du pays reste présente dans toute sa complexité : il n’est pas rare de voir des sourires éclatants côtoyer un jeune homme portant son arme en bandoulière, illustrant cette dualité si propre à Israël, cette immense fureur de vivre entremêlée à un sens constant de la responsabilité. D’autres encore profitent des terrasses bondées pour un dernier moment de détente, observant le ballet incessant des passants avant que la frénésie ne cède la place au silence.

Quand la spiritualité s’invite entre les étals

À Jérusalem, et particulièrement à Mahane Yehouda, la frontière entre le profane et le sacré est d’une minceur presque immatérielle. Au beau milieu du brouhaha commercial, la dévotion trouve naturellement sa place. Il n’est pas rare d’apercevoir un homme s’arrêter en pleine rue, les bras chargés d’un sachet de Hallot — les pains traditionnels du Chabbat — fraîchement achetées, pour mettre les Téfilines. Un œil sur son téléphone, l’autre tourné vers la prière, il incarne cette fusion fascinante entre la vie quotidienne trépidante et l’ancrage spirituel profond qui caractérise la vie juive à Jérusalem.

Ce tableau ne relève pas de l’anecdote. Il est l’expression d’une continuité vivante, d’une tradition qui ne se réfugie pas dans les synagogues mais s’exprime au cœur même de l’espace public, entre les étals de légumes et les kiosques à épices. Le marché devient alors bien plus qu’un lieu de commerce : il est le miroir d’une identité collective qui réconcilie, sans effort apparent, la modernité et l’éternité.

Un festin pour les sens à la gloire du Chabbat

Les étals du Shouk débordent de couleurs, de senteurs et de saveurs, tous destinés à honorer la table du Chabbat avec abondance. Les boulangeries et pâtisseries exposent leurs plus belles créations : d’épais et dorés gâteaux au fromage, soigneusement mis en boîte, prêts à couronner le repas festif. Les fleuristes, eux, déploient d’immenses bouquets aux nuances allant du blanc crème au fuchsia intense, des roses éclatantes qui attendent d’être choisies pour embellir les foyers et parfaire la décoration des tables. Pour les acheteurs pressés dont l’appétit est éveillé par les odeurs ambiantes, la fameuse street food du marché offre des encas rapides : de généreux cornets de frites croustillantes servis dans du papier stylisé, synonymes de convivialité et de simplicité joyeuse.

Cette profusion n’est pas un simple spectacle pour touristes. Elle est l’expression d’un commandement intériorisé, celui d’honorer le Chabbat par les meilleurs mets et les plus belles fleurs, de préparer son entrée avec le même soin que l’on apporterait à l’accueil d’un hôte royal. Chaque achat, chaque choix de couleur ou de saveur devient ainsi un acte chargé de sens.

La bande-son d’un vendredi unique au monde

L’expérience de la veille du Chabbat — ne serait pas complète sans sa dimension sonore. Aux cris typiques des vendeurs haranguant la foule pour liquider leurs derniers produits s’ajoutent les mélodies des artistes de rue. Un guitariste, micro devant lui et sourire chaleureux aux lèvres, rythme les pas des passants, ajoutant une touche poétique et joyeuse à cette symphonie urbaine si particulière.

Au fur et à mesure que l’heure de l’allumage des bougies approche, cette intensité atteint son apogée. La tension monte d’un cran, les transactions s’accélèrent, les voix se font plus pressantes. Puis, presque soudainement, comme obéissant à un signal invisible, les rideaux de fer tombent, les rues se vident, et l’effervescence laisse place à un silence majestueux. Le Shouk s’endort, et la Ville Sainte entre, apaisée et recueillie, dans la paix du Chabbat.

 

 






















































L’histoire extraordinaire des juifs de Khaybar en Arabie Saoudite

L’histoire extraordinaire des juifs de Khaybar en Arabie Saoudite

 

Chaque fois que des islamistes scandent « Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra », ils invoquent l’un des massacres fondateurs de l’islam — la destruction de la florissante communauté juive de Khaybar au VIIe siècle. Ce qu’ils omettent soigneusement, c’est la suite : pendant plus de mille ans, les Juifs de Khaybar ont exercé une vengeance implacable, rançonnant sans relâche les caravanes de pèlerins musulmans en route vers La Mecque. Un pan de l’histoire juive que le monde a oublié — et que les descendants de ces héros portent désormais en eux jusqu’en Terre d’Israël.

 

 

Les origines : une royauté juive au cœur de l’Arabie

L’histoire commence en l’an 622 de l’ère chrétienne. Mahomet quitte La Mecque pour Médine, où il découvre une région fertile et prospère — un véritable jardin au milieu du désert. Cette terre est peuplée de centaines de milliers de Juifs pieux, craignant D.ieu, organisés en une royauté indépendante dirigée par un roi d’Israël issu de la lignée de la maison de David. Certains disent que ces Juifs s’y étaient établis lors de la sortie d’Égypte, d’autres lors de la destruction du Premier Temple, d’autres encore lors de la destruction du Second Temple. Personne ne sait avec certitude quand ils arrivèrent là — mais une chose est sûre : il existait en ce lieu une monarchie juive souveraine, avec des centaines de milliers de Juifs vivant selon la Torah et les Mitsvot.

Mahomet et les tribus juives : de la persuasion au massacre

Entre 622 et 624, Mahomet tente d’abord de convaincre les Juifs d’embrasser l’islam. Il découvre rapidement que ce peuple est d’une trempe particulière : les Juifs refusent catégoriquement de renoncer à leur foi, prêts à mourir plutôt que d’apostasier. Alors il décide de les exterminer. Il rassemble sur la place publique les hommes de la tribu juive des Banu Qaynuqa et leur lance : « Ô Juifs, prenez garde — D.ieu fera tomber sur vous sa vengeance. Acceptez l’islam, car vous savez que je suis un prophète envoyé par D.ieu. » Les Banu Qaynuqa refusent avec fierté et répondent : « Mahomet, ne te laisse pas abuser par le fait que tu as vaincu des gens sans expérience militaire. Si tu nous combats, tu sauras qui nous sommes vraiment. » Mahomet ne goûte guère cette réponse. Il les attaque, les vainc et les chasse vers le nord, dans la région appelée Khaybar.

L’année suivante, il s’en prend aux Banu Nadir, une autre tribu juive de la région de Médine. Là encore, il l’emporte et les expulse vers Khaybar. Il s’approprie leurs terres fertiles et y bâtit son empire. Deux ans plus tard, en 627, c’est au tour des Banu Qurayza : un pogrom d’une cruauté extrême — environ neuf cents hommes sont décapités, leurs femmes et leurs enfants réduits en esclavage. Les survivants qui parviennent à fuir rejoignent les Juifs réfugiés à Khaybar, au nord de Médine.

La trahison : le massacre des négociateurs juifs

En 629, les tribus juives qui subsistent à Khaybar envoient une délégation de paix auprès de Mahomet. Leurs émissaires lui disent : « Nous savons que nous sommes les prochains. Plutôt que de nous battre, faisons affaire — quelque accord de paix. » Mahomet leur répond avec enthousiasme : « Envoyez-moi une équipe de négociateurs et nous parlerons. » Ils lui dépêchent trente des notables et chefs de la communauté, qui se présentent sans armes, en signe de bonne foi. Mais en chemin, Mahomet leur tend une embuscade et les tue tous, à l’exception d’un seul, laissé en vie pour témoigner. C’est de cet épisode, rapportent les historiens, que les musulmans tirèrent une règle fondamentale de l’islam : il est permis de mentir lors de négociations de paix, et il est permis de signer des accords de paix pour ne pas les respecter.

La chute de Khaybar et le sort de Safiyya

Ayant liquidé les chefs juifs, Mahomet comprend qu’il peut désormais conquérir le royaume juif de Khaybar. Il part en guerre. Les sources rapportent que la bataille fut rude, car les Juifs de Khaybar étaient des combattants d’élite — chacun d’eux capable, dit-on, de tenir tête à mille guerriers musulmans. Mais après une lutte acharnée, Mahomet l’emporte et perpètre son pogrom habituel : décapitations, pillage, femmes et enfants réduits en esclavage.

À cette époque vivait à Khaybar un sage éminent, Rabbi Chemouel ben Adiya, si saint qu’il était vénéré même par les musulmans, qui étudient encore aujourd’hui ses écrits. Sa fille s’appelait Barra ; elle avait épousé Huyay ben Akhtab, chef d’une tribu juive. De leur union naquit une fille prénommée Safiyya. Au moment de la conquête, Safiyya avait dix-sept ans et était depuis peu mariée à Kinana ben al-Rabi, trésorier de la tribu la plus riche de la région.

Toute la famille fut capturée et conduite devant Mahomet. Mahomet ordonna d’exécuter Huyay ben Akhtab. Quant à Kinana, il connut un sort différent : Mahomet lui demanda où étaient cachés le trésor et l’or de la tribu. Kinana refusa de parler. Mahomet le remit entre les mains d’un de ses serviteurs pour le torturer. Ainsi est-il écrit dans la Sira d’Ibn Hicham, l’un des textes sacrés de l’islam : Mahomet ordonna à Zubayr de le torturer jusqu’à ce qu’il révèle l’emplacement du trésor ; Zubayr prit des tiges de fer, les chauffa et les appuya sur la poitrine de Kinana jusqu’à ce qu’il agonise, puis on l’amena devant Mahomet ibn Maslama, qui lui trancha la tête.

Safiyya, elle, fut donnée à Mahomet comme épouse — la dix-septième de la liste. Elle fut la plus maltraitée, selon les textes sacrés de l’islam eux-mêmes. Pourtant, rapportent les sources, elle s’accommoda de son sort tragique pour pouvoir venir en aide aux Juifs : elle observa le Chabbat, respecta la cacherout toute sa vie et, à chaque occasion, tendit la main aux siens — à l’image d’Esther la reine en son temps.

Le chant de guerre islamique et ce qu’il réclame

Ce chant — « Khaybar, Khaybar, ô Juifs, l’armée de Mahomet reviendra » — est né dans les années cinquante du siècle dernier. Celui qui l’a popularisé n’est autre qu’Ahmed Yassine, fondateur du mouvement Hamas. Depuis lors, le Fatah le reprend à son compte, l’Iran le scande, le Hezbollah — le Parti de D.ieu — le chante, et des missiles tirés vers Israël portent le nom de « forces Khaybar ». Le sens en est limpide : souvenez-vous de ce que Mahomet a fait aux Juifs de Khaybar — nous vous trancherons la tête, nous vous égorgerons, nous jetterons vos corps en l’air, nous prendrons votre argent, nous réduirons vos femmes et vos enfants en esclavage. Comme le souligne le narrateur : il est dommage que nous ne les écoutions pas, que nous refusions de croire qu’ils ont vraiment l’intention de le faire.

La renaissance : un royaume juif secret pendant mille ans

Mais voici ce que le chant omet. Les Juifs survivant aux pogroms de Mahomet se regroupent dans les hauteurs de la région de Khaybar. Ils prennent deux décisions fondatrices : premièrement, vivre en autarcie, sans contact avec le monde extérieur ; deuxièmement, se venger — rançonner et piller sans relâche toutes les caravanes de pèlerins musulmans en route vers La Mecque et Médine, ces terres qui leur appartenaient et qui leur avaient été arrachées de force.

Ils élisent un nouveau roi, issu de la lignée de la maison de David, et proclament : « Nous continuerons à attaquer, pas un an, pas deux, pas trois — jusqu’à ce que le Créateur du monde décide que c’est terminé. » Et pendant mille ans, la vengeance juive se maintint. Pendant mille ans, les Juifs de Khaybar attaquèrent les caravanes à destination de La Mecque et de Médine. Chaque pèlerin devait payer un tribut aux Juifs ou risquer d’être tué ou dépouillé. Pendant mille ans, un royaume juif subsista à Khaybar, avec un roi juif, un Sanhédrin, des hommes justes et craignant D.ieu, enseignant la Torah à un peuple d’Israël qui vivait là dans la clandestinité.

Les témoignages écrits : une documentation millénaire

Les preuves sont nombreuses et s’étalent sur plusieurs siècles. Entre 700 et 850 de l’ère chrétienne, des récits écrits de pèlerins musulmans décrivent des tribus juives redoutables dont chaque guerrier peut défaire mille soldats musulmans, attaquant leurs caravanes sur la route de La Mecque.

Au IXe siècle, un Juif du nom de Rabbi Eldad Hadani publie un texte saisissant sur les Juifs de Khaybar : « La tribu d’Éphraïm et la demi-tribu de Manassé résident en ces lieux, parmi les Ismaélites. Ils sont courageux et intrépides, interceptent les routes et ne font pas quartier à leurs ennemis. Ils vivent du butin. Ce sont des guerriers — l’un d’eux peut mettre en fuite mille hommes. Ils parlent la langue sacrée et le persan, et chaque Chabbat ils commentent la Torah en hébreu et l’expliquent en persan. »

Au Xe siècle arrive une lettre adressée à Rav Hay Gaon et Rav Cherira Gaon, chefs des grandes académies talmudiques de Babylone, envoyée par un Juif de Khaybar demandant comment régler des questions d’héritage liées aux dattes. La longue réponse des deux Géonim, adressée aux Juifs de Khaybar, est imprimée dans les livres et étudiée encore aujourd’hui dans les Yéchivot.

Mais la description la plus saisissante du royaume juif de Khaybar se trouve dans l’ouvrage de Rabbi Binyamin de Tudèle, qui visita les lieux en 1175 (4935) : « Ils possèdent de grandes montagnes fortifiées. Aucun joug étranger ne pèse sur eux. Ils pillent et rançonnent les terres arabes environnantes sur un large rayon. Tous leurs voisins les craignent. Ils sont agriculteurs et éleveurs sur de vastes étendues, et ils versent la dîme de tous leurs biens aux érudits de la Torah. Leur prince s’appelle Chalmone Hanassi et son frère Hanan Hanassi — tous deux de la lignée du roi David, selon leurs registres généalogiques. Il y a là environ deux cents villages et une grande ville, et dans toute cette contrée environ trois cent mille Juifs. Khaybar est une ville immense, avec environ cinquante mille Israélites et de véritables érudits de la Torah — des hommes vaillants, aguerris à la guerre. »

Quatre siècles de témoignages supplémentaires

En 1488 (5248), Rabbi Ovadia de Bertinoro rapporte : « La chose est connue et attestée dans toutes ces contrées : les Ismaélites qui voyagent d’Égypte vers leur lieu de prière à La Mecque traversent un grand et terrible désert et doivent toujours former des caravanes d’au moins quatre mille chameaux — de peur des Juifs. Parfois surgit contre eux dans ce désert un peuple grand et puissant, bâti comme des géants ; un seul homme en pourchasse mille. Les Ismaélites les appellent Banu al-Shadday, car au combat ils invoquent toujours El Shadday. »

En 1524 (5284), un homme nommé David ben Chlomo arrive à Rome et se présente comme le frère du roi d’Israël régnant à Khaybar. Son frère Yossef ben Chlomo est le roi ; leur père, que sa mémoire soit bénie, Chlomo, était roi avant lui. Ils sont de la lignée de la maison de David. David ben Chlomo déclare avoir été mandaté par le Sanhédrin des soixante-dix anciens pour rencontrer le Pape et lui annoncer que son peuple souhaite racheter Israël, rassembler les exilés, retourner en Terre d’Israël et restaurer la royauté de la maison de David en son lieu naturel : Jérusalem. Le Pape, qui n’avait jamais entendu parler du royaume de Khaybar, soumet les documents apportés par David ben Chlomo aux experts les plus qualifiés de Rome. Leur verdict est sans équivoque : David ben Chlomo est bien le frère du roi d’Israël ; la royauté d’Israël à Khaybar est un fait réel ; ils connaissent les tribus, les Juifs, le roi d’Israël.

En 1535 (5295), un document rédigé par un homme nommé David des Édomites atteste : « Il m’a été confirmé par des gens venant de différentes routes qu’en chemin vers La Mecque, dans un désert, vivent de nombreux Juifs nomades qui pillent tous ceux qui passent par là et partagent le butin. Et si un Juif se trouve parmi les voyageurs, ils lui font des cadeaux et l’escortent jusqu’à un lieu sûr. » Ce document a été écrit neuf cents ans après le pogrom de Mahomet contre les Juifs de Khaybar — et les Juifs de Khaybar se vengeaient encore.

En 1832 (5592), un Juif de Jérusalem nommé Rabbi David et Beit Hillel écrit : « Les Juifs de Khaybar imposent un tribut aux caravanes du pèlerinage ; si elles ne paient pas, toute la caravane est pillée. »

Un voyageur anglais du XVIIIe siècle consigne : « Non seulement dans les provinces éloignées se trouvent des Juifs épars vivant sous domination musulmane, mais aussi des tribus entières dans les villes du Hedjaz qui vivent sous leur propre gouvernement autonome. Les habitants de Khaybar sont si redoutés des musulmans du Nord que la pire malédiction qu’un musulman puisse lancer à quelqu’un est de dire qu’il est descendant des Juifs de Khaybar. »

La lettre des disciples du Gaon de Vilna

En 1831 (5591), les disciples du Gaon de Vilna qui montent en Terre d’Israël pour y rebâtir le royaume d’Israël et rassembler les exilés envoient une lettre avec un émissaire nommé Rabbi Baroukh ben Chemouel de Pinsk au royaume de Khaybar — au roi d’Israël — pour lui annoncer que l’heure de la Guéoula est arrivée, que le temps est venu d’élever le peuple d’Israël vers la Terre d’Israël et de restaurer la royauté de la maison de David, qui n’avait jamais cessé — il y avait toujours eu des rois de la maison de David à Khaybar.

Le dernier témoignage connu : 1864

Ce n’est pas si loin — il y a seulement cent soixante ans. Rabbi Yaakov Sapir se rend au Yémen et publie un livre intitulé Masse Teiman. Voici ce qu’il écrit sur les Juifs de Khaybar : « Aux alentours de Khaybar il y a des jardins, des vergers et de bonnes vignes. Les Juifs de Khaybar sont restés aux Arabes musulmans comme une malédiction — chaque fois qu’on veut maudire quelqu’un on s’écrie : « Que tu sois comme Khaybar ! » On dit qu’ils ont longtemps fait la guerre aux prophètes et ont montré à ceux qui combattaient parmi eux qu’ils étaient vaillants sur le champ de bataille et ne se sont jamais soumis à leur autorité. Il est avéré et clair qu’en Terre du Yémen, au nord-est de Tsana, à vingt-cinq jours de marche de La Mecque, vivent de nombreux Juifs parmi les Ismaélites, habitant des villages et des tentes. Ils vivent paisiblement et tranquillement avec leurs voisins ; nul pouvoir ne règne sur eux et nul ne les opprime, car tous sont ceints d’armes, rompus à la guerre et sortent en bataille contre leurs voisins troupe après troupe. Ce sont des Juifs accomplis dans la Torah et les Mitsvot. Les nations qui vont à La Mecque doivent payer un tribut de passage sur ce chemin, et on les appelle les Juifs de Khaybar — avec mépris. » Rabbi Yaakov Sapir a écrit son livre en 1864 (5624) — et les Juifs exerçaient leur vengeance sur Mahomet et les musulmans depuis environ l’an 630 : cela fait environ mille deux cent trente ans de vengeance contre Mahomet et de pillage de toutes les caravanes musulmanes montant à La Mecque.

La fin et le retour en Terre d’Israël

Où sont donc passés les Juifs de Khaybar ? Une grande communauté d’entre eux a réalisé le rêve : elle a fait son alyah en Terre Sainte, en Terre d’Israël. Et c’est précisément là que les Arabes d’Israël ont réussi ce que Mahomet n’avait pas réussi à faire en mille ans : les forcer à se convertir à l’islam contre leur gré. Il existe en Israël des villages entiers d’Arabes qui savent qu’ils sont des Juifs venus de Khaybar et contraints d’embrasser l’islam.

 

 

Peut-on faire un puzzle le Chabbat ? Ce que dit la Hala’ha

Peut-on faire un puzzle le Chabbat ? Ce que dit la Hala’ha

 

La question peut sembler anodine, mais elle touche au cœur même des lois du Chabbat : assembler les pièces d’un puzzle constitue-t-il une transgression de l’interdit d’écrire ou de dessiner ? La Halacha, dans sa précision et sa profondeur, offre une réponse nuancée qui distingue selon l’âge, le type de jeu et le caractère définitif de l’assemblage. Une analyse halakhique qui éclaire aussi le cas du Rubik’s Cube.

 

 

 

L’interdit d’écrire et de dessiner le Chabbat

Parmi les trente-neuf travaux interdits (Mélakhot) le jour du Chabbat figurent l’écriture, l’effacement et le dessin. La question halakhique soulevée par le puzzle est précisément celle-ci : le fait d’assembler des morceaux d’une image ou de reconstituer une lettre est-il assimilable à l’acte de « dessiner » ou d' »écrire » au sens de la Torah ?

Les sources classiques : le débat sur les livres enluminés

La réflexion s’appuie sur les écrits de l’Admour Hazaken, auteur du Baal HaTanya, concernant les livres dont les lettres sont inscrites sur la tranche des pages. Certains décisionnaires interdisent d’ouvrir ou de fermer de tels volumes, au motif que ce geste « efface » ou « écrit » un mot. Toutefois, une opinion permissive — qui est souvent celle retenue en pratique — soutient que puisque les lettres existent déjà et qu’on ne fait que les rapprocher aisément sans créer une entité nouvelle, cela ne saurait être considéré comme un acte d’écriture.

Application aux puzzles : une analogie éclairante

En suivant ce raisonnement, assembler les pièces d’un puzzle ne constitue pas fondamentalement un acte interdit : on ne fait que rapprocher des fragments d’une image préexistante, sans créer quoi que ce soit de nouveau. La logique est identique à celle des livres enluminés : l’image existait avant, aucune création n’intervient.

Ce qui est permis et ce qui ne l’est pas

Pour les enfants — y compris ceux ayant atteint l’âge de l’éducation religieuse — il est tout à fait possible de s’appuyer sur les opinions permissives et de les laisser jouer aux puzzles le Chabbat. Une condition demeure cependant impérative : l’assemblage ne doit pas être définitif. Si les pièces sont collées, encadrées, ou si elles s’emboîtent de façon extrêmement rigide — ou encore grâce à de puissants aimants —, le problème de la permanence et de la solidité de l’action se pose, ce qui rend la chose interdite.

Pour un adulte, en revanche, même si la chose est techniquement permise sous certaines conditions, s’adonner à la construction de puzzles n’est pas du tout approprié au regard de la sainteté et de l’esprit du Chabbat.

Le cas particulier du Rubik’s Cube

Le Rubik’s Cube bénéficie d’un statut différent. Ce jeu ne forme ni image ni texte : il se contente d’aligner des couleurs. N’ayant aucune signification visuelle particulière — ni dessin, ni écriture — il ne tombe pas sous l’interdit examiné ici. Un enfant peut donc tout à fait y jouer le Chabbat sans qu’aucune difficulté halakhique ne se pose.

Le « slogan » avec lequel le Rabbi a débuté son leadership

Le « slogan » avec lequel le Rabbi a débuté son leadership

 

Le 10 Chevat 5711 (1951), le Rabbi acceptait officiellement la direction du mouvement Habad-Loubavitch, un an jour pour jour après le décès de son beau-père, le précédent Rabbi. Pour marquer le début de cette ère nouvelle, il prononça un « mot d’ordre » fondateur qui allait redéfinir le visage du judaïsme contemporain. Ce message, articulé autour d’un triptyque indissociable — l’amour de D.ieu, de la Torah et d’Israël — résonne aujourd’hui encore avec une force intacte dans des milliers de communautés à travers le monde.

 

 

Rav Asher Farkash

 

Une attente longue d’un an, une foule immense dans les rues de New York

L’accession du Rabbi à la tête du mouvement ne s’accomplit pas sans supplications. Durant toute une année — longue, douloureuse, chargée d’incertitude — les ‘Hassidim n’avaient cessé d’écrire, d’implorer, de prier pour qu’il accepte de prendre la relève de son beau-père. Ce n’est que le jour anniversaire de la disparition du précédent Rabbi, face à une synagogue comble où l’émotion le disputait à l’espérance — une foule immense débordant jusque dans les rues glaciales de New York — qu’il consentit enfin à assumer ce rôle de guide.

Pour inaugurer cette nouvelle époque, le Rabbi s’inspira d’une coutume américaine : aux États-Unis, lorsqu’une nouvelle administration entre en fonction, il est d’usage de l’inaugurer par un slogan percutant, une devise résumant la vision à venir. Fidèle à sa capacité unique d’élever les concepts profanes pour en extraire l’étincelle divine, le Rabbi adopta cette pratique. Il allait, lui aussi, doter sa direction spirituelle d’un mot d’ordre — non pas pour gouverner un pays, mais pour transformer les âmes.

Le triptyque du Baal Chem Tov : une révolution spirituelle en trois mots

Ce mot d’ordre n’était pas une simple formule rhétorique. Il constituait la réaffirmation vibrante de la philosophie originelle du Baal Chem Tov, père fondateur du ‘hassidisme. Le Rabbi déclara que toute l’essence de la vie juive et le but ultime de notre génération devaient reposer sur un triptyque fondamental : Ahavat Hachem (l’amour de D.ieu), Ahavat Torah (l’amour de la Torah) et Ahavat Israël (l’amour de son prochain).

La véritable révolution de ce message réside dans l’interdépendance absolue de ces trois amours. Le Rabbi expliqua avec maestria qu’ils ne constituent en réalité qu’une seule et même essence indivisible. Il est utopique de prétendre à la perfection dans l’un de ces domaines si les autres sont relégués au second plan. Un homme qui étudie les textes sacrés avec assiduité et accomplit les commandements divins avec rigueur, mais qui reste de marbre face à la détresse d’un autre Juif, possède un amour de D.ieu intrinsèquement incomplet. Inversement, celui qui déborde d’altruisme et d’amour pour son prochain, mais qui manque de ferveur spirituelle, trouvera dans cet amour fraternel le tremplin naturel pour s’élever, in fine, vers l’amour du Créateur et de Sa sagesse.

L’Admour Hazaken — le premier Rabbi de Habad — l’enseignait déjà avec une clarté lumineuse : l’amour du prochain est l’expression la plus pure et la plus haute de l’amour de D.ieu. Pourquoi ? Parce que le summum de l’amour consiste à chérir ce que l’être aimé chérit par-dessus tout. D.ieu aimant chaque Juif de manière inconditionnelle, aimer un autre être humain revient, dans son essence même, à aimer D.ieu Lui-même.

Le Rabbi, incarnation vivante de son propre enseignement

Il est une chose de formuler un idéal philosophique, c’en est une autre de l’incarner à chaque instant de son existence. Le Rabbi ne s’est pas contenté de prêcher ce triptyque : il en a été l’illustration la plus vivante.

Dans l’Ahavat Hachem, sa dimension verticale, c’est une prière fervente, une dvekout — une fusion spirituelle totale —, une annulation absolue de l’ego devant la grandeur majestueuse du Créateur que l’on percevait chez lui. Dans l’Ahavat Torah, sa dimension intellectuelle, c’est une étude passionnée, une joie palpable dans l’apprentissage, décortiquant chaque lettre comme un joyau inestimable. Et dans l’Ahavat Israël, sa dimension horizontale, c’est une empathie infinie, un refus catégorique du jugement, une volonté inébranlable de soutenir et de rapprocher chaque individu avec chaleur.

Ceux qui ont eu l’immense privilège d’assister à ses Farbrenguen se souviennent de la passion brûlante qui l’animait. Lorsqu’il abordait un texte, il le faisait avec l’enthousiasme d’un enfant retrouvant son père après une longue séparation. Dans la prière, sa concentration était telle qu’elle se manifestait parfois par des larmes de pure ferveur. Et dans ses discours, il cherchait inlassablement, dans chaque recoin de la Torah, une leçon sur la manière de tendre la main à l’autre.

La « ‘Havivouta » du Zohar : quand l’amour devient un paradigme cosmique

Pour approfondir cette dynamique d’amour absolu, l’enseignement s’appuie sur la sagesse mystique du Zohar. Lors de la révélation au mont Sinaï — célébrée à Chavouot — le sentiment prédominant au sein du peuple hébreu était la crainte respectueuse, la yira, face à la puissance inouïe du Divin. Cependant, des siècles plus tard, lorsque Rabbi Chimon Bar Yo’haï rassembla ses disciples pour leur dévoiler les secrets les plus profonds de l’univers — dans la partie du Zohar appelée Idra Rabba — il instaura un paradigme radicalement nouveau. Refusant de se positionner en maître distant, il désigna ses élèves comme des « amis » , créant ainsi une atmosphère de ‘Havivouta : une profonde affection, une intimité et une fraternité indéfectibles.

Ce lien d’amour réciproque est magnifiquement illustré par un Midrach évoquant trois couronnes. Le peuple offre à D.ieu une couronne forgée par son dévouement spirituel — « Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu ». En retour, le Créateur dépose affectueusement deux couronnes sur la tête de Ses enfants : l’une symbolisant l’action (naassé, la pratique de la bonté), l’autre la compréhension (nichma, l’étude de la Torah). Ces échanges célestes illustrent une symbiose parfaite entre le divin et le terrestre, propulsée uniquement par la force motrice de l’amour mutuel.

Un héritage éternel pour des milliers de communautés

Le mot d’ordre prononcé par le Rabbi n’était pas voué à s’estomper sous le poids des années. Il constitue aujourd’hui encore la boussole spirituelle de milliers de communautés à travers le globe. En fusionnant l’amour de D.ieu, de la Torah et d’Israël en un faisceau unique, inextinguible et radieux, le Rabbi a offert au monde une méthode infaillible pour dissiper les ténèbres de l’exil et de la division. C’est par cette triple affection, vécue au quotidien avec authenticité et passion, que l’humanité trace son chemin vers l’harmonie absolue et la rédemption finale.

Dvar-Mal’hout de ‘Nasso’ et ‘Beaalote’ha’ – Rav Yaacov Abergel

Dvar-Mal’hout de ‘Nasso’ et ‘Beaalote’ha’ – Rav Yaacov Abergel

Thèmes principaux abordés :

  • La Torah, le Chabbat et le véritable repos : Le Rav explique que la Torah a été donnée un jour de Chabbat, apportant ainsi le véritable repos (la paix intérieure) au monde. Avant cela, la création n’avait pas d’assise. Sur le plan personnel, trouver le repos ne signifie pas « ne rien faire », mais plutôt prendre conscience de sa mission sur terre (servir Dieu) et l’accomplir [02:03].

  • L’importance du plaisir dans le service divin : Accomplir sa mission par simple devoir ne suffit pas ; il faut y trouver du plaisir (Ta’anoug). Tout comme une œuvre d’art ou l’architecture d’une maison est réussie lorsque le créateur y prend du plaisir, l’étude de la Torah et les Mitsvot doivent être réalisées avec joie pour que le monde devienne pleinement réceptacle de la volonté divine [05:03].

  • Faire de ce monde une demeure pour Dieu : L’un des concepts clés de la Hassidout est de transformer notre monde matériel en une demeure pour le Divin (Dira Bétachtonim). Le Rav illustre cela en expliquant que l’essence d’une personne s’imprègne dans les murs de l’endroit où elle vit [08:32].
    Il raconte l’anecdote d’un appartement parisien où le Rabbi avait vécu, et dont l’influence spirituelle imprégnait encore les lieux des années plus tard [11:06].

  • La relation entre le corps, l’âme et la révélation : Le cours aborde le niveau unique de Moïse (Moché Rabénou) qui pouvait se tenir physiquement devant Dieu, car dans sa racine la plus haute, le corps matériel est paradoxalement plus élevé que l’âme. Le Rav parle également du « baiser divin » qui représente le dévoilement d’une intimité spirituelle et des secrets profonds de la Torah [23:31].

  • La transformation de l’âme animale : S’appuyant sur le Tania, le Rav explique que le but n’est pas seulement que l’âme divine domine l’âme animale (nos instincts matériels et égoïstes). L’élévation suprême se produit lorsque l’on parvient à transformer cette âme animale, en l’habituant d’abord à faire le bien jusqu’à ce que cela devienne une seconde nature [32:36].
    C’est un véritable travail de raffinement (Avoda) où l’âme animale fait elle-même « Téchouva » (repentir/retour), ce qui propulse l’âme divine à un niveau bien plus haut qu’à son origine [39:24].

En conclusion, le message central de ce cours est que l’effort personnel pour élever la matière, transformer nos penchants naturels et accomplir la volonté de Dieu avec un plaisir véritable permet d’illuminer l’ensemble de la création [43:51].