Chavouot : un mariage en deux mouvements

Chavouot : un mariage en deux mouvements

 

Ainsi parla D.ieu : Je me rappelle la gentillesse de ta jeunesse, ton amour de jeune mariée, le fait que tu M’as suivi dans le désert sur une terre désolée (Jérémie 2 : 2)

Dans ce monde, [le lien de D.ieu avec Son peuple] fut un engagement- comme il est écrit: «Je te fiancerai à Moi pour toujours» et D.ieu ne leur donna que la lune, comme il est écrit: «cette nouvelle lune sera pour vous…» Mais aux jours de Machia’h il y aura un mariage, comme il est écrit: «Ton mari, ton Créateur» et alors D.ieu leur donnera tout, comme il est écrit: «et les sages brilleront comme la clarté des cieux et ceux qui apportent la droiture à de nombreux hommes comme les étoiles, à tout jamais». (Midrach Rabbah, Chemot 15 :30)

Nous habitons une réalité qui se définit par deux aspects essentiels: l’être et le non-être. Une chose est ou n’est pas, est manifeste ou cachée, en mouvement ou au repos, positive (chargée d’énergie) ou négative (non chargée d’énergie). Les phénomènes les plus complexes eux-mêmes constituent la somme de nombreux degrés de présence ou d’absence. Une fois que tout a été dit et fait, tout se réduit à la convergence d’un certain nombre de «oui» et d’un certain nombre de «non». Les «non» délimitent les paramètres d’une chose, établissant ce qui n’est pas et les « oui » sont l’essence de ce qu’elle est. (Un morceau de bois rouge d’un mètre n’est pas un morceau de bois d’un mètre vingt, n’est pas vert, bleu ni jaune, n’est pas de la pierre du fer etc. Les «non» constituent les limites du morceau de bois, de son être et de ce qui le distingue des autres objets, alors que les «oui» ont un lien avec ce qui se trouve à l’intérieur des limites : la nature et les caractéristiques de ce morceau de bois lui-même).

«D.ieu regarda dans la Torah et créa le monde». C’est pourquoi la nature binaire de la Création reflète la division de la Torah en règnes positif et négatif. «Je suis l’Eternel ton D.ieu », le fondement des commandements positifs (mitsvot asséh) est complété par «tu n’auras pas d’autres dieux que Moi », l’essence de tous les commandements négatifs (mitsvot lo taasséh). «Aime ton prochain comme toi-même » est la contrepartie positive de «tu ne haïras ton frère dans ton cœur» et «rappelle-toi du Chabbat» renvoie à «ne fais aucun travail…le septième jour». La Torah commande de créer la vie et interdit de la détruire ; elle instruit de consommer du pain non levé à Pessa’h et interdit tous les aliments levés pour la durée de la fête, etc.
Les instructions de la Torah concernant le mariage incluent également à la fois une composante «affirmative» et une composante «négative».. Selon la loi de la Torah, un mariage consiste en deux pas distincts. D’abord viennent les kiddouchine («consécration», appelés également éroussine:«engagement»):le jeune homme donne à la jeune fille un objet de valeur et en retour, la jeune fille se consacre à lui, avec l’effet qu’«elle devient interdite au reste du monde». A partir de là, si elle se lie physiquement à un autre homme, cela constitue un adultère et dissoudre les kiddouchine requiert un guet, un acte de divorce, comme pour un mariage déjà célébré. Pourtant, le but du mariage n’est pas d’interdire «au reste du monde» de vivre avec elle mais d’effectuer une union entre deux personnes. C’est là la fonction des nissouine («mariage») effectués sous la ‘ houpah (le dais nuptial), du yi’houd (isolement du couple après le mariage) et des chéva bra’hot (les sept bénédictions du mariage) qui font de l’homme et de sa femme une «seule chair». En d’autres termes, les kiddouchine définissent les paramètres d’une relation, libérant un «espace» dans lequel elle peut exister, alors que les nissouine remplissent cet espace de l’essence de la relation elle-même.

Assurer une permanence aux frontières

Comme nous l’avons dit, les kiddouchine et les nissouine constituent deux phases distinctes dans le processus du mariage. En fait, à l’origine, les kiddouchine avaient lieu à une date antérieure, après quoi la fiancée continuait à vivre chez ses parents pendant que le couple se préparait aux nissouine qui se tenaient généralement un an plus tard.
(Ce n’est qu’au cours des siècles derniers quand les tribulations de l’exil ont ébranlé la stabilité de la vie juive et souvent causé la dispersion soudaine des communautés qu’il a été jugé préférable de ne pas créer un lien de mariage entre un jeune homme et une jeune fille qui ne vivraient pas ensemble. C’est là qu’est née la pratique d’usage de nos jours qui consiste à célébrer les nissouine juste après les kiddouchine, combinant les deux étapes du mariage en une cérémonie unique).

Nos Sages nous disent qu’au Mont Sinaï, lorsque D.ieu Se révéla Lui-Même à nous, et nous donna la Torah, nous nous consacrâmes à Lui comme sa jeune épousée. Néanmoins cela ne constitua que l’étape des kiddouchine de notre mariage. Notre lien avec Lui ne sera complet qu’à la venue du Machia’h, lorsque D.ieu et Israël seront unis par les nissouine.
Cela ne signifie pas pour autant que notre relation avec D.ieu ne prend aujourd’hui que l’aspect négatif, comme on l’a noté ci-dessus, nos engagements à Son encontre incluent à la fois les commandements négatifs et les commandements positifs. Mais aujourd’hui, nous ne somme capables que d’établir les paramètres de notre relation et non d’en réaliser le contenu quintessenciel. Aujourd’hui, notre relation avec D.ieu se définit par notre engagement à Lui et notre aspiration à nous unir à Lui mais sans l’expérience tangible de l’union elle-même. Nous aspirons de nous rapprocher de Lui comme la jeune fiancée mais ces sentiments ne sont qu’un avant-goût de ceux qui viendront après le mariage.

Pendant trente-trois siècles nous avons créé l’«espace» pour notre mariage avec D.ieu, défendant avec zèle ses frontières. Nous sommes restés fidèles à Lui face à toutes les cultures et les «ismes» qui ont tenté de nous séduire. Nous avons affirmé notre identité en tant que Son peuple exclusivement consacré à Lui. Maintenant nous sommes prêts à la chose vraie, à l’expérience réelle du divin comme étant la réalité la plus intime de notre vie.

Loubavitch.fr

Issy-les-Moulineaux : un homme de confession juive victime d’une tentative d’enlèvement

Issy-les-Moulineaux : un homme de confession juive victime d’une tentative d’enlèvement

Un homme de confession juive, actif dans le secteur de la finance, a failli être enlevé de force à son domicile d’Issy-les-Moulineaux lundi soir. Deux individus cagoulés et armés se sont présentés chez lui peu après la livraison d’une commande passée auprès d’un restaurant casher sur l’application Deliveroo. Selon une source proche de l’enquête, la piste antisémite est écartée à ce stade au profit d’un mobile purement crapuleux.

 

 

Un scénario rodé : livraison casher, repérage et attaque à domicile

Les faits se sont produits en fin de journée, ce lundi 19 mai 2026, dans les Hauts-de-Seine. La victime, dont l’identité n’a pas été divulguée, avait commandé un repas casher via la plateforme Deliveroo. Peu après la livraison, deux individus cagoulés se présentent à sa porte. L’un d’eux est porteur d’une arme de poing. Après avoir sonné, ils forcent l’entrée et violentent l’homme avant de tenter de le contraindre à monter dans leur véhicule, une Renault Clio garée à proximité.

C’est l’intervention providentielle d’un voisin, alerté par les cris, qui met fin à l’agression. Mis en fuite, les deux agresseurs abandonnent leur victime sur place et disparaissent. La commande casher sur Deliveroo pourrait avoir servi à identifier l’appartenance religieuse de la victime ou à confirmer son adresse, une hypothèse que les enquêteurs examinent avec attention même si aucune piste n’est formellement confirmée.

La victime hospitalisée, les auteurs toujours en fuite

Présentant des dermabrasions et des douleurs au visage consécutives aux violences subies, la victime a été prise en charge et transportée à l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt, où son état n’inspire pas d’inquiétude particulière. Le parquet des Hauts-de-Seine a été avisé et une enquête a été ouverte.

Quant aux deux suspects, ils ont pris la fuite à bord de leur véhicule. La Renault Clio a été retrouvée abandonnée — et vide de tout occupant — aux alentours de 20h50, à Châtenay-Malabry, toujours dans le département des Hauts-de-Seine. Les recherches se poursuivent mais, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les auteurs n’ont pas été interpellés.

La piste crapuleuse privilégiée, l’antisémitisme écarté à ce stade

L’affaire a immédiatement suscité une vive attention en raison de la confession juive de la victime et du contexte national de recrudescence des actes antisémites. Néanmoins, selon une source proche de l’enquête contactée par Europe 1, la piste antisémite n’est pas retenue comme mobile principal à ce stade de la procédure. C’est la piste crapuleuse — soit un enlèvement à visée financière ou d’extorsion — qui est privilégiée par les enquêteurs.

Le profil de la victime, active dans la finance, et le mode opératoire des agresseurs — véhicule banalisé, cagoules, arme de poing, tentative d’enlèvement éclair — s’inscrivent dans un schéma désormais bien documenté en France : celui des rapts à motivation financière, parfois liés à la détention d’actifs numériques ou à des fortunes personnelles supposées.

Une France confrontée à une vague d’enlèvements à mobile financier

Le cas d’Issy-les-Moulineaux survient dans un contexte national particulièrement préoccupant. Selon la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), la France a comptabilisé 41 cas d’enlèvements et de séquestrations liés aux cryptomonnaies depuis le début de l’année 2026, soit en seulement trois mois et demi un total dépassant celui de toute la période 2023-2025, durant laquelle une vingtaine de cas avaient été recensés. Plus alarmant encore, la France concentrerait désormais 70 % des attaques mondiales de ce type selon la DNPJ.

Le PNACO recense 18 faits en 2024, 67 en 2025 et déjà 47 en 2026 — soit un rythme d’un enlèvement tous les 2,5 jours depuis le début de l’année. La logique criminelle est simple : quand un criminel ne parvient plus à voler un actif numérique derrière un écran, il cherche à contraindre physiquement son détenteur. Si rien ne confirme à ce stade que la victime d’Issy-les-Moulineaux détenait des cryptomonnaies, son profil dans la finance et le caractère organisé de l’attaque laissent envisager une telle hypothèse.

Face à cette criminalité émergente, le gouvernement a annoncé en avril un plan d’urgence incluant notamment une plateforme de prévention en ligne, un dispositif plus complet mobilisant l’ensemble des forces de sécurité intérieure devant suivre dans les prochaines semaines, selon le ministre délégué à l’Intérieur Jean-Didier Berger.

La communauté juive en état de vigilance accrue

Même si la piste antisémite est écartée dans cette affaire, l’incident ne manquera pas de raviver les inquiétudes au sein de la communauté juive de la région parisienne. Depuis plusieurs années, les appels à la vigilance se multiplient de la part des instances représentatives, notamment face aux tentatives d’identifier des membres de la communauté via leurs habitudes de consommation casher, leurs fréquentations de synagogues ou leurs déplacements lors des fêtes religieuses.

La question du ciblage via des applications de livraison — où une commande dans un restaurant casher peut trahir l’identité religieuse du client — est désormais posée publiquement. Elle rejoint les réflexions plus larges sur la sécurité des données personnelles et les risques qu’elles font peser sur des populations déjà vulnérables aux actes malveillants, qu’ils soient idéologiques ou strictement financiers.

Chavouot : La consommation d’aliments lactés face à la revendication des anges – Rav Yossef Itshak Havlin

Chavouot : La consommation d’aliments lactés face à la revendication des anges – Rav Yossef Itshak Havlin

La fête de Chavouot s’accompagne d’une coutume alimentaire particulière : la consommation de produits laitiers. Cette tradition, bien qu’absente de la littérature talmudique formelle, possède des racines profondes et des explications spirituelles remarquables que développe l’Admour Hazaken dans cet enseignement riche en sagesse traditionnelle.

Rav Yossef Itshak Havlin

La Genèse historique de la coutume

Le Dilemme Pratique au Sinaï

Lorsque le peuple d’Israël reçut la Torah au mont Sinaï, il ne s’agissait pas seulement de recevoir les Dix Commandements, mais l’ensemble du corpus des 613 Mitsvot (commandements). Parmi ces nouvelles obligations figuraient les lois complexes de l’abattage casher (shehita) et de la cacheroute.

Cette révélation créa un dilemme pratique immédiat : comment le peuple pouvait-il continuer à consommer de la viande alors que tous leurs ustensiles, leurs méthodes d’abattage et leurs habitudes alimentaires devenaient soudainement non-conformes aux nouvelles lois divines ?

La solution fut simple et nécessaire : se tourner vers les produits laitiers, seuls aliments dont la consommation restait possible sans modification majeure de leurs pratiques. Ainsi naquit la tradition de consommer des produits laitiers à Chavouot, en commémoration de ce moment historique où le peuple n’eut d’autre choix que de s’alimenter exclusivement de lait et de ses dérivés.

La controverse des anges

Le défi des anges

Selon le Midrash Tehillim, les anges contestèrent régulièrement le choix divin d’offrir la Torah aux humains plutôt qu’à eux-mêmes. Leurs arguments semblaient logiques : pourquoi confier un trésor aussi précieux à des êtres imparfaits, sujets au péché et aux passions, quand les anges, purs et parfaits, pourraient mieux l’honorer ?

Cette contestation atteignit son paroxysme lors de l’épisode du Veau d’or. Les anges se réjouirent secrètement, pensant que cette faute majeure justifierait le retrait de la Torah au peuple d’Israël et son transfert vers eux.

La réponse divine : L’incident d’Abraham

La réponse divine fut aussi inattendue qu’instructive. D.ieu rappela aux anges un épisode apparemment anodin : leur visite chez Abraham, où ils consommèrent viande et lait. Le texte biblique précise l’ordre : « Il prit du beurre et du lait, et le veau qu’il avait préparé. »

À première vue, cette séquence ne semble poser aucun problème halakhique, puisque le lait fut servi avant la viande. Cependant, cette observation même révèle une connaissance intuitive des lois futures, suggérant une sagesse prophétique dans l’hospitalité d’Abraham.

La dimension profonde : Hessed et Guevoura

Les forces spirituelles en présence

La tradition kabbalistique enseigne que l’interdiction de mélanger viande et lait transcende le simple aspect diététique pour toucher aux fondements mêmes de l’ordre spirituel.

Le lait représente le Hessed (la bonté) :

  • Sa couleur blanche symbolise la pureté et la douceur
  • Il nourrit sans violence, expression de l’amour maternel
  • Il représente l’aspect nourricier et bienveillant de la création

La viande symbolise la Guevoura (la rigueur) :

  • Sa couleur rouge évoque le sang et la force
  • Elle nécessite l’abattage, impliquant la mort
  • Elle représente l’aspect strict et limité de l’existence

Le Principe du « Tata’i Gover » (L’Inférieur Domine)

Un principe fondamental de la halakha stipule que lorsque deux éléments de températures différentes se mélangent, l’élément inférieur (celui qui était déjà présent) domine l’élément supérieur (celui qui est ajouté).

Application pratique :

  • Lait d’abord, puis viande : Le Hessed (lait) domine la Guevoura (viande) = Permis après un délai approprié
  • Viande d’abord, puis lait : La Guevoura (viande) dominerait le Hessed (lait) = Strictement interdit pendant six heures

Cette différence explique pourquoi on peut consommer de la viande relativement rapidement après des produits laitiers, mais pourquoi l’inverse nécessite une attente prolongée.

L’argument divin aux anges

D.ieu utilisa ce principe pour répondre aux anges : « Vous invoquez maintenant le principe que ‘l’inférieur domine’ ? Parfait ! Le peuple d’Israël, étant ‘inférieur’ (terrestre) par rapport à vous qui êtes ‘supérieurs’ (célestes), doit donc recevoir la Torah selon ce même principe ! »

Cette réponse révèle une profonde ironie divine : les anges, par leur propre comportement chez Abraham, avaient involontairement démontré le principe qui justifierait l’attribution de la Torah aux humains plutôt qu’à eux.

L’Enseignement du Hidoushei HaRim

Une perspective textuelle

Le Hidushei HaRim (Rabbi Isaac Meir Alter de Ger) propose une explication supplémentaire basée sur l’analyse textuelle. Il note que le verset concernant les premiers fruits se termine par l’interdiction de cuire un chevreau dans le lait de sa mère : « Les premiers fruits de ta terre, tu les apporteras dans la maison de l’Éternel ton D.ieu. Tu ne cuiras point un chevreau dans le lait de sa mère. »

Cette juxtaposition n’est pas fortuite. Chavouot étant la fête des premiers fruits (Hag HaBikurim), l’interdiction mentionnée immédiatement après devient particulièrement pertinente pour cette période.

Application pratique

Selon cette interprétation, consommer des produits laitiers à Chavouot, puis de la viande avec la séparation appropriée, constitue une manière active de respecter et de commémorer cette interdiction fondamentale. En observant scrupuleusement la séparation entre lait et viande, nous actualisons l’enseignement biblique de manière concrète.

L’Enseignement de l’Admour HaZaken

Le fondateur du mouvement Habad, Rabbi Shneur Zalman de Lyadi (l’Admour HaZaken), enrichit cette compréhension en soulignant que la coutume optimale ne consiste pas seulement à consommer des produits laitiers, mais à les faire suivre de viande après l’intervalle requis.

Cette pratique met l’accent sur le principe du « Tata’i Gover » et commémore l’argument divin qui justifia l’attribution de la Torah aux êtres humains. Elle transforme le repas de Chavouot en une leçon vivante .

Implications Spirituelles Contemporaines

Au-delà de la coutume

Ces enseignements transforment la simple coutume alimentaire en méditation profonde sur la nature de l’autorité spirituelle, la hiérarchie cosmique et la sagesse divine. Ils suggèrent que même nos pratiques les plus quotidiennes peuvent porter des significations universelles.

La leçon de humilité

L’histoire des anges enseigne que la perfection apparente peut masquer une incompréhension fondamentale du dessein divin. Les humains, malgré leurs imperfections, reçurent la Torah précisément à cause de leur condition terrestre, non malgré elle.

L’unité des opposés

La séparation entre lait et viande, loin de créer une division absolue, enseigne comment intégrer harmonieusement des forces opposées. Le timing et l’ordre appropriés permettent de bénéficier des deux sans contradiction.

Conclusion : une Fête aux multiples dimensions

Les coutumes alimentaires de Chavouot révèlent la richesse extraordinaire de la tradition juive, où une pratique apparemment simple porte en elle des strates de signification historique, mystique et théologique.

En consommant des produits laitiers suivis de viande à Chavouot, nous ne nous contentons pas de perpétuer une tradition ancestrale. Nous participons à une méditation active sur la nature du don divin, l’ordre cosmique et notre place unique dans la création.

Cette pratique nous rappelle que la spiritualité juive ne sépare jamais le physique du métaphysique, transformant chaque repas en opportunité d’élévation spirituelle et chaque coutume en porte d’entrée vers la sagesse éternelle.

 

Trois Géants d’Israël unis par Chavouot : Moïse, David et le Baal Shem Tov

Trois Géants d’Israël unis par Chavouot : Moïse, David et le Baal Shem Tov

À l’approche de la fête de Chavouot, qui commémore le don de la Torah au mont Sinaï, trois figures emblématiques de l’histoire juive se distinguent par leur lien mystérieux avec cette célébration majeure. Moïse le législateur, David le roi-poète et le Baal Shem Tov, fondateur du hassidisme, partagent bien plus qu’une simple date : ils incarnent les piliers fondamentaux de la spiritualité juive.

Par le Rav Asher Farkash

L’histoire juive révèle une coïncidence troublante : ces trois géants spirituels sont tous liés au jour de Chavouot. Moïse a reçu la Torah au Sinaï lors de cette fête, le roi David y est décédé selon la tradition talmudique, et le Baal Shem Tov s’est éteint le premier jour de Chavouot en 1760. Cette convergence temporelle ne saurait être fortuite dans une vision du monde où la Providence divine orchestre chaque événement.

Moïse : le berger devenu législateur

Jusqu’à l’âge de 80 ans, Moïse menait une vie de berger dans le désert de Midian, gardant les troupeaux de son beau-père Jethro. C’est précisément cette simplicité qui a révélé sa grandeur : lorsqu’il poursuivit un agneau égaré et lui donna à boire avec compassion, Dieu reconnut en lui le futur guide d’Israël.

David : du pâturage au trône

De même, David gardait les moutons dans les champs lorsque le prophète Samuel vint chercher le futur roi parmi les fils de Jessé. Sa attention particulière aux besoins de chaque animal – donnant une herbe différente aux jeunes, aux vieux et aux petits – témoignait déjà de ses qualités de dirigeant.

Le Baal Shem Tov : l’humble assistant

Jusqu’à l’âge de 36 ans, le futur fondateur du hassidisme était un modeste assistant d’école, accompagnant les enfants de leur domicile au « heder » (école religieuse). Cette fonction apparemment insignifiante cachait une âme destinée à révolutionner la spiritualité juive.

Trois piliers de l’existence juive

La Mishna enseigne que « le monde repose sur trois choses : l’étude de la Torah, le service divin et les actes de bonté ». Ces trois géants incarnent respectivement ces fondements :

Moïse : le pilier de la Torah

Recevant la Torah écrite au Sinaï, Moïse demeure l’archétype du maître et transmetteur de la Loi divine. Sa connexion à la dimension révélée de la Torah fait de lui le symbole éternel de l’étude et de l’enseignement.

David : le pilier du service divin

Préparant l’édification du Temple et composant les Psaumes qui forment la base de la liturgie juive, David représente la dimension du service divin. Ses mélodies et prières accompagnent encore aujourd’hui la vie spirituelle d’Israël.

Le Baal Shem Tov : le pilier des actes de bonté

Révélant la dimension mystique de la Torah à travers le hassidisme, le Baal Shem Tov incarnait avant tout l’amour inconditionnel du prochain. Sa doctrine privilégiait l’aide matérielle avant l’élévation spirituelle, faisant de la bonté pratique le fondement de toute recherche mystique.

L’enseignement du désert (Moïse)

Moïse guide le peuple dans un environnement totalement séparé du monde matériel, où la manne divine pourvoit à tous les besoins. Il enseigne le service divin dans la pureté absolue, détaché des préoccupations terrestres.

L’enseignement de la terre (David)

David dirige Israël dans le cadre naturel de la Terre Promise, où il faut travailler six jours pour se nourrir. Il montre comment rester fidèle à Dieu tout en s’engageant pleinement dans la réalité du monde.

L’enseignement de l’exil (Baal Shem Tov)

Le Baal Shem Tov éclaire les périodes sombres de l’histoire, enseignant qu’même dans l’obscurité de l’exil et des épreuves, le Juif peut servir Dieu avec joie et ferveur.

Un message d’espoir messianique

Ces trois figures convergent également vers l’espoir de la rédemption finale. Moïse est le premier rédempteur d’Israël, David fonde la dynastie messianique, et le Baal Shem Tov prépare l’avènement du Messie par la diffusion de la mystique hassidique.

La tradition enseigne que l’acronyme de « immédiatement » (מיד) en hébreu forme les initiales de Moïse, Israël (Baal Shem Tov) et David – suggérant que leur enseignement combiné hâtera la venue de la rédemption finale.

À Chavouot, en recevant à nouveau la Torah, chaque génération peut puiser dans la sagesse de ces trois maîtres pour naviguer entre étude, prière et action, dans l’attente de la délivrance ultime.

 

Le Président Herzog en visite de condoléances chez la famille Glauberman : un souvenir ému sur son illustre grand-père

Le Président Herzog en visite de condoléances chez la famille Glauberman : un souvenir ému sur son illustre grand-père

Le Président de l’État d’Israël, Its’hak Herzog, s’est rendu aujourd’hui au domicile de deuil de la famille Glauberman pour réconforter son ami le Rav Yaakov Glauberman et ses proches. Lors de cette visite empreinte d’émotion, le patriarche de la famille, un ancien de la ‘hassidout Karlin, a partagé avec le Président un souvenir personnel et saisissant concernant son grand-père, le Grand Rabbin d’Israël. Une rencontre entre mémoire collective et histoire vivante, dans la chaleur d’une maison de deuil.

 

 

 

 

Le Président de l’État, Its’hak Herzog, a effectué ce jour une visite de condoléances au domicile de la famille Glauberman, afin de venir en soutien à son ami, le Rav Yaakov Glauberman, et à l’ensemble de sa famille dans cette période difficile.

Des personnalités rabbiniques présentes à ses côtés

La maison de deuil a également accueilli le Rav Yossef Afrati ainsi que le Rav Barou’h Boaz Yorkovich, Rav de la communauté Habad-Loubavitch de Lod. Leur présence témoigne des liens étroits qui unissent les milieux hassidiques à la famille Glauberman, et plus largement, de la place centrale qu’occupe cette famille dans la vie communautaire.

Un souvenir vivace de Mea Shearim

C’est au cours de cet échange que s’est produit un moment particulièrement touchant. Le Président Herzog s’est entretenu avec le père de la famille, le ‘hassid Reb Asher Alter Glauberman, l’un des doyens de la ‘hassidout Karlin. Avec une mémoire et une précision remarquables, ce dernier a relaté au Chef de l’État comment il avait eu le privilège, dans sa jeunesse, d’apercevoir le grand-père du Président, le Rav Its’hak Eizik Halevi Herzog, Grand Rabbin d’Israël — que son souvenir soit béni — se rendant dans le quartier de Mea Shearim, entrant à la synagogue pour y dispenser une leçon de Torah.

Plus frappant encore : Reb Asher Alter Glauberman se souvint avec précision du sujet même de cet enseignement, qui portait sur les Tefilines. Un détail qui n’a pas manqué de saisir et d’émouvoir le Président, confronté soudainement à un fragment vivant de l’histoire familiale qu’il n’avait sans doute jamais entendu formulé avec une telle acuité.

Le Président réconforte aussi les femmes de la famille

Avant de prendre congé, le Président Its’hak Herzog s’est également rendu auprès des femmes de la famille pour leur témoigner sa sympathie et leur exprimer ses sincères condoléances. Un geste qui, au-delà du protocole, reflète la relation personnelle et chaleureuse qui lie le Chef de l’État à la famille Glauberman.

 

 

Le Rav Yaakov Haïm Glauberman (surnommé Yankel’e), né le 2 Iyar 5713 (17 avril 1953), est l’une des grandes figures de l’activisme Habad-Loubavitch en Israël. Il est directeur de l’association humanitaire Yad BeYad et Rav de l’équipe de basket Maccabi Tel-Aviv.

Né dans le quartier Neve Tsvi (Jérusalem) dans une famille affiliée à la ‘hassidout Pinsk-Karlin, il est issu d’une lignée qui remonte au gabbai du Tsema’h Tsedek. Il étudia d’abord à la Yechiva Hevron (courant lithuanien) et fréquenta les milieux Neturei Karta, avant que l’influence de son oncle, le Rav Fishel Henig, ne l’oriente vers la Yechiva Tom’hei Temimim de Lod puis de Kfar Habad.

Encore jeune, il travailla aux côtés du Rav Efraïm Wolf dans la gestion des institutions Habad en Israël. En 1978, il s’engagea dans Tsahal comme Rav militaire et participa en 1982 à la Première Guerre du Liban, faisant partie des premières unités à entrer à Beyrouth.

En 1999, il fut élu adjoint au maire de Lod, chargé du portefeuille social. Un an plus tard, il fonda l’association Yad BeYad, dédiée à l’aide humanitaire aux familles dans le besoin. Il donne régulièrement des cours de Torah à des sportifs et des hommes d’affaires, collabore à des émissions de radio et tient une chronique hebdomadaire dans différents journaux.

 

Le gâteau au fromage parfait pour Chavouot : la recette et tous les secrets de réussite

Le gâteau au fromage parfait pour Chavouot : la recette et tous les secrets de réussite

 

À l’approche de Chavouot, voici la recette tant recherchée du gâteau au fromage classique — haut, aérien, au cœur fondant et à la texture d’une douceur incomparable. Mais une recette ne suffit pas : découvrez aussi tous les conseils secrets qui font la différence entre un gâteau ordinaire et un chef-d’œuvre digne des plus belles photos. À ne pas manquer avant la fête.

 

Par Na’hama Benagou

 

Les ingrédients

Moule rond de 24 cm de diamètre.

Pour le gâteau :

  • 5 œufs + une pincée de sel
  • 750 g de fromage blanc (9 % recommandé, 5 % possible)
  • 1 pot de crème fraîche épaisse (200 ml)
  • 4 cuillères à soupe bombées de pudding à la vanille
  • 4 cuillères à soupe bombées de maïzena
  • 1 tasse de sucre (tasse à mesurer de 240 ml, ou au moins un gobelet chaud — pas un verre froid)

Pour le glaçage :

  • 250 ml de crème à fouetter 38 % ou 42 %
  • 3 cuillères à soupe de sucre vanillé (fait maison de préférence — la recette figure en annexe)
  • Des fraises tranchées ou tout autre fruit de saison

La préparation du gâteau

Travailler avec deux bols distincts.

Première étape : séparer les blancs des jaunes d’œufs. Monter les blancs en neige à vitesse élevée pendant quelques minutes, en incorporant le sucre en trois fois : à chaque fois que la neige commence à se raffermir, ajouter un tiers du sucre. Continuer à fouetter jusqu’à obtenir une neige ferme, brillante et parfaitement lisse.

Deuxième étape : dans le second bol, fouetter les jaunes jusqu’à ce qu’ils blanchissent. Ajouter le pudding et la maïzena, puis mélanger jusqu’à obtenir une préparation homogène. Incorporer ensuite le fromage blanc et la crème fraîche, et mélanger jusqu’à l’obtention d’une texture lisse et uniforme.

Troisième étape : réunir progressivement les deux préparations à l’aide d’une spatule, en effectuant des mouvements enveloppants. Incorporer les blancs en neige à la préparation fromagère en plusieurs fois, par petites cuillerées, en les intégrant avec délicatesse. L’objectif est de ne pas casser la neige — pour préserver le volume du gâteau et sa texture moelleuse et aérienne — tout en obtenant un mélange parfaitement homogène.

Préparation du moule et cuisson

Tapisser le fond du moule de papier cuisson et enduire généreusement les bords de margarine (le beurre est possible, mais ne donne pas toujours le même résultat). Il n’est pas nécessaire de mettre du papier cuisson sur les parois. Cette étape est essentielle pour que le gâteau reste bien haut et ne se déchire pas.

Préchauffer le four à 200 °C.

Placer au bas du four un plat contenant au moins un litre et demi d’eau, afin de créer une atmosphère humide à l’intérieur du four pendant la cuisson.

Verser la pâte dans le moule et le tapoter délicatement sur le plan de travail pour chasser les bulles d’air.

Enfourner en mode chaleur haut-bas, au milieu du four, selon le programme suivant : 10 premières minutes à 200 °C, puis baisser à 150 °C et poursuivre la cuisson pendant une heure (il est conseillé de régler un minuteur pour ne pas oublier).

À la fin de la cuisson, éteindre le four et laisser le gâteau à l’intérieur pendant encore une heure pour un refroidissement progressif.

Important : ne jamais ouvrir le four pendant toute la durée de la cuisson et du refroidissement, sous aucun prétexte.

Préparation du glaçage

Fouetter à vitesse élevée la crème liquide avec le sucre vanillé jusqu’à obtenir une chantilly légèrement ferme. Inutile d’aller jusqu’à une texture trop rigide.

Une fois le gâteau refroidi dans le four pendant une heure, le couvrir et le placer au réfrigérateur. Lorsqu’il est complètement froid, napper généreusement sa surface de chantilly.

Décorer de fraises tranchées, de fruits de saison, de chocolat, ou laisser nature selon les goûts.

Le conseil de Na’hama

Si vous disposez les fraises tranchées la veille du service, la chantilly absorbe leur arôme délicat et fruité au fil de la nuit — ce qui élève le gâteau à un niveau encore supérieur.

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Na’aseh ve’Nishma : le secret des anges révélé au peuple d’Israël

Na’aseh ve’Nishma : le secret des anges révélé au peuple d’Israël

 

À l’approche de Chavouot, la tradition juive nous convie à une préparation singulière, bien au-delà des simples rites festifs. Le peuple d’Israël s’est distingué, au pied du mont Sinaï, par une déclaration qui a stupéfié même les anges célestes : Na’aseh ve’Nishma — « nous ferons, et ensuite nous écouterons ». Ce discours explore la profondeur de ces deux mots, leur signification pour chaque génération, et leur pertinence brûlante pour notre service de D.ieu aujourd’hui.

 

 

Rav Chmouel Rabinovitch

 

Trois formes de préparation à la fête de Chavouot

Nous voici à la veille de Chavouot. Chaque fête possède sa préparation propre, sa manière particulière de se mettre en condition intérieure. Or Chavouot se distingue par une préparation d’une nature tout à fait exceptionnelle. On peut identifier trois éléments fondamentaux à travers lesquels le peuple d’Israël s’est préparé à la réception de la Thora.

Le premier est le compte du Omer. Dès la sortie d’Égypte, le peuple a commencé à compter les jours, un par un. Ce n’était pas une simple computation du temps, mais une préparation intérieure rigoureusement structurée : sept fois sept jours, chaque journée correspondant à l’une des sept midot — les attributs divins allant du Hessed à la Malkhout. Cette préparation de quarante-neuf jours, avec toute sa richesse symbolique, manifestait le soin exceptionnel apporté au cheminement depuis la sortie d’Égypte jusqu’au don de la Thora.

Le deuxième élément est l’unité. Le verset dit : « Israël campa là, en face de la montagne » — au singulier, comme un seul homme, avec un seul cœur. La préparation passait par une unité absolue entre tous les membres du peuple, une fusion des volontés et des consciences.

Le troisième élément, sur lequel ce discours s’attarde longuement, est la déclaration historique : Na’aseh ve’Nishma, « nous ferons et nous écouterons ».

Les anges et les couronnes : ce que dit le Talmud

Le Talmud, dans le traité Chabbat (88a), rapporte l’enseignement de Rav Simai : « Au moment où Israël a fait passer le « nous ferons » avant le « nous écouterons », soixante myriades d’anges ministrants sont descendus et ont attaché deux couronnes à chacun des membres du peuple d’Israël — l’une en face du « nous ferons » et l’autre en face du « nous écouterons ». »

Mais lorsque le peuple faillit, cent vingt myriades d’anges destructeurs descendirent pour reprendre ces couronnes, comme il est écrit : « Et les enfants d’Israël se dépouillèrent de leurs ornements, depuis le mont Horeb. » Rav Hama bar Hanina précise : ce qui avait été donné au Sinaï fut retiré à Horeb — deux noms du même mont sacré, deux moments opposés dans l’histoire spirituelle d’Israël.

La question s’impose d’elle-même : pourquoi deux couronnes et non une seule ? Que représentent ces deux couronnes, et quel est le prodige si extraordinaire que les anges eux-mêmes voulurent le célébrer ?

Le sadducéen et le sage : la leçon de la piqûre du doigt

Le Talmud rapporte une anecdote révélatrice. Un sadducéen aperçut un grand sage tellement absorbé dans son étude qu’il avait posé son pied sur sa propre main — et que du sang coulait de son doigt, sans qu’il s’en rendît compte. Le sadducéen lui dit : « Vous êtes un peuple impulsif ! Vous avez mis la bouche avant l’oreille — vous avez d’abord dit « nous ferons » et seulement ensuite « nous écouterons ». Vous agissez sans réfléchir ! »

Et il ajouta avec ironie : « Cela n’a pas changé depuis le don de la Thora jusqu’à aujourd’hui — vous êtes toujours aussi impétueux, vous ne faites pas attention à ce que vous faites. Vous auriez dû dire d’abord « nous écouterons », et voir ensuite si vous étiez capables de vous y conformer. Si non, vous n’y seriez pas tenus. »

Selon la logique du sadducéen, la démarche normale est la suivante : j’écoute d’abord, j’évalue si je suis capable d’accomplir ce qu’on me demande, et seulement alors je m’engage. L’acte est la conséquence de la compréhension. Promettre d’agir sans avoir préalablement entendu et mesuré ce qu’on allait accomplir relève, à ses yeux, d’une impulsivité irresponsable.

La réponse du sage fut immédiate : « Nous avons marché avec D.ieu dans une sincérité absolue. » Et Rachi commente : « Comme celui qui agit par amour. » Lorsqu’on aime, on n’attend pas de tout calculer avant d’agir — on fait, et c’est dans cet élan spontané et désintéressé que réside la grandeur du geste. Il cite ensuite un verset : « La droiture des hommes droits les guide. » Autrement dit : D.ieu, qui a créé le monde entier et qui connaît parfaitement l’homme, ne lui demandera jamais rien qu’il ne soit capable d’accomplir. La confiance placée en Lui n’est donc pas de l’impulsivité — c’est de la foi.

L’histoire de la Yé’hidout — quand le Rabbi renversa toutes les certitudes

Un homme vint en Yé’hidout — en audience privée — auprès du Rabbi. Avant d’entrer, Rav Leibel Groner lui indiqua qu’il était de coutume d’écrire une lettre préalable. L’homme répondit franchement : « Je n’ai rien à écrire. C’est ma femme qui voulait voir le Rabbi. Moi, personnellement, je n’ai rien à lui demander. » On l’encouragea à noter quand même ce qui lui passait par l’esprit, et il finit par consigner dans sa lettre une question qui le taraudait depuis longtemps : « Je ne comprends pas D.ieu. Qu’est-ce qui L’intéresse vraiment ? Si quelqu’un prend une cuillère à viande et la plonge dans un bol de lait — est-ce vraiment ce qui préoccupe le Maître de l’univers ? Il crée et soutient la totalité du cosmos, et Il se soucierait de si petites choses ? »

À l’intérieur, le Rabbi commença par vérifier les prénoms de chacun — l’homme, sa femme, sa belle-mère — et signala que le prénom de la mère de l’épouse était incomplet dans la lettre. Ce simple détail démontra au visiteur que le Rabbi avait une parfaite maîtrise de la situation. Puis le Rabbi lui dit posément : « Je ne comprends pas ce que tu demandes. D.ieu veut rapprocher un Juif de Lui. Il lui donne de petites choses à accomplir — ne pas mélanger la viande et le lait, poser les Téfilines — non pas parce que ces détails L’intéressent en eux-mêmes, mais parce que ces actes te rapprochent de Lui. »

L’homme fut bouleversé. « Le Rabbi a renversé en un instant toute ma vision. Je croyais que D.ieu s’intéressait à chaque détail pour lui-même — et je comprends soudain qu’Il me donne des instruments pour m’approcher de Lui. C’est exactement l’inverse de ce que je pensais. »

Na’aseh et Nishma — deux façons d’être au monde

Du point de vue humain ordinaire, la démarche rationnelle est claire : j’écoute d’abord, je comprends ce qu’on attend de moi, j’évalue mes capacités, et seulement alors j’agis. L’acte est le résultat de la compréhension. Parfois, on nous demande quelque chose qui dépasse nos forces, et on répond : « Je regrette, ce n’est pas pour moi. »

Mais voilà le grand Hiddouch, la nouveauté absolue qu’Israël a apportée au monde au pied du Sinaï : placer le Na’aseh avant le Nishma. Cette inversion n’était pas un caprice — c’était l’expression d’un état intérieur, d’un Bitul complet, d’une annulation totale de soi devant la volonté divine. Le peuple d’Israël n’a pas simplement dit : « nous essaierons ». Il a dit : « Quoi que Tu nous demandes, nous le ferons — et si Tu nous dis de monter au ciel, nous monterons au ciel. Comment ? C’est une autre question. Mais de notre côté, nous sommes en état d’annulation totale. »

Rachi lui-même souligne que si D.ieu leur avait demandé de s’élever jusqu’aux cieux, ils auraient accepté. Car dès que les questions du « comment » et du « pourquoi » commencent à surgir, on n’est plus dans le Bitul. L’annulation de soi consiste précisément à faire ce que D.ieu demande — et à Lui faire confiance pour le reste.

Un homme qui médite pendant des heures sur la manière de mettre ses Téfilines, qui s’immerge dans toutes les intentions et kavvanot, mais qui finalement ne les pose pas — n’a rien accompli. En revanche, celui qui les pose, même sans avoir tout préparé intérieurement, accomplit la Mitsva. L’intention est certes précieuse, mais c’est l’acte qui est l’essentiel.

Le secret n’appartenait qu’aux anges

C’est pourquoi la Bat Kol — la voix céleste — s’exclama : « Qui a révélé ce secret à Mes enfants ? » Car c’est précisément le mode de fonctionnement des anges célestes : d’abord ils accomplissent, ensuite ils comprennent. Le verset dit : « Bénissez D.ieu, Ses anges, puissants en force, qui accomplissent Sa parole, pour écouter la voix de Sa parole. » Le verbe « accomplir » précède le verbe « écouter » — les anges n’attendent pas de comprendre pour exécuter. Ils font d’abord, ils comprennent ensuite.

Or voici qu’Israël, debout au pied du Sinaï, adopta spontanément cette même posture angélique. D’où leur venait cette connaissance ? Comment ce peuple a-t-il pu accéder à un secret qui semblait réservé aux êtres immatériels du monde supérieur ?

La sortie d’Égypte — Na’aseh en acte, avant même le Sinaï

La réponse se trouve dans l’expérience même de la sortie d’Égypte. Le verset dit : « Je me souviens de ta jeunesse, de ton amour de fiancée, comment tu m’as suivi dans le désert, dans une terre non ensemencée. » Six cent mille hommes — et des millions de femmes et d’enfants — ont quitté l’Égypte sans préparer leurs provisions, sans que la pâte ait eu le temps de lever, sans avoir planifié quoi que ce soit. Ils sont partis en hâte, sans poser de questions, dans une confiance absolue.

Et lorsqu’ils se retrouvèrent face à la mer Rouge, bloqués, sans issue visible, ils crièrent vers D.ieu — et D.ieu répondit : « Pourquoi cries-tu vers Moi ? Avance ! Entre dans la mer ! » Là encore, l’action précédait la compréhension. Ce n’était pas de la témérité — c’était de la foi. Ce n’est pas que ces hommes et ces femmes n’avaient pas peur. Mais ils avaient appris à faire confiance à Celui qui les conduisait.

Cette démarche fondamentale, vécue concrètement dans le feu de l’Exode, est ce qui prépara Israël à la grande déclaration du Sinaï. La grandeur de Na’aseh ve’Nishma n’est pas celle d’un peuple inconscient — c’est celle d’un peuple qui a compris que D.ieu, Créateur de l’univers, sait exactement ce que chacun est capable d’accomplir, et ne demandera jamais rien qui dépasse ses forces. Alors, pourquoi hésiter ? Pourquoi calculer ?

Les émissaires du Rabbi et le Bitul comme condition du départ

Dans les premières années du Rabbi, lorsqu’il envoyait des Chlou’him vers les quatre coins du monde, la procédure était simple. Le Chalia’h écrivait qu’il souhaitait partir en mission, et le Rabbi lui indiquait sa destination. On ne demandait pas à l’avance pour quelle ville, quel pays, quelle région. On partait là où le Rabbi envoyait, au bout du monde s’il le fallait. C’était un état de Bitul absolu — la parole du Rabbi suffisait.

Un jour, un émissaire potentiel écrivit au Rabbi pour lui faire part de sa volonté de partir en Shli’hout. Le Rabbi lui indiqua une destination. Mais dans sa réponse, l’homme demanda : « De quoi vais-je vivre en attendant de m’établir là-bas ? » La réponse du Rabbi fut nette : il n’était pas prêt pour cette mission. Car celui qui part avec toute la force de Celui qui l’envoie ne pose pas ce genre de questions. Il part, et il sait que la Providence pourvoira. Commencer à calculer, c’est déjà sortir du Bitul. C’est passer du Na’aseh au Nishma.

Le Rabbi rapportait aussi l’histoire d’un Chalia’h qui passa par une région sans en avoir le projet délibéré. Il alla demander à l’hôtel s’il y avait des Juifs dans les environs. On lui répondit que non. Puis quelqu’un se souvint : « Il y a bien un Juif à la station-service. » L’émissaire s’y rendit, lui apporta des Matsot et lui dit que le Rabbi l’avait envoyé vers lui. Le Juif fondit en larmes : « Je suis le seul Juif de toute la région. Je m’étais dit : si D.ieu ne m’envoie pas un signe, je vais m’assimiler comme tous les autres. Et te voilà. » Telle est la puissance du Chalia’h qui agit en état de Na’aseh : il ne calcule pas, il part — et D.ieu fait le reste.

Le Baal Shem Tov et la prière collective

On raconte du Baal Shem Tov que ses disciples, un jour, constatèrent qu’il allait s’absorber dans sa prière pendant de longues heures. Ils décidèrent de profiter du temps pour aller manger et revenir, persuadés qu’il ne s’en rendrait même pas compte. Ce qu’ils n’avaient pas réalisé, c’est que leur présence faisait partie intégrante de la prière du Baal Shem Tov. Quand ils revinrent, il avait terminé. « Que s’est-il passé ? » demandèrent-ils. Il répondit : « Ma prière ne se résume pas à ma seule prière — elle vous inclut tous. À l’instant où vous êtes partis, je n’ai plus pu prier. »

Cette histoire éclaire le deuxième élément de la préparation à Chavouot : l’unité. « Israël campa là, en face de la montagne » — comme un seul homme avec un seul cœur. La préparation consiste à comprendre qu’on n’est pas un individu isolé, qu’on fait partie de quelque chose de bien plus grand que soi. C’est cette conscience profonde de l’unité qui permet d’atteindre l’état de Na’aseh — car on ne se bat plus pour ses propres intérêts, on est tout entier au service d’un mouvement collectif et divin.

Le manteau après la Shoah — l’histoire de Chemouel ben Tsion

Une histoire brève, racontée au sujet du grand-père de l’orateur, que son souvenir soit béni, illustre magnifiquement ce principe.

Après la Shoah, en Eretz Israël, on ne mesurait pas encore l’ampleur totale de la catastrophe. On entendait des bribes ici et là, mais on ignorait l’étendue du désastre. On savait simplement que des gens se retrouvaient sans maison, sans rien. Une initiative se mit en place : collecter des vêtements pour les envoyer aux survivants.

Le grand-père, Chemouel ben Tsion — que son souvenir soit béni — se leva et alla acheter un manteau neuf, très beau, très distingué. Pour comprendre la portée du geste, il faut savoir que cet homme vivait dans une grande pauvreté : chaque hiver arrivant, il se disait intérieurement « encore la pluie, encore le froid », mais il ne s’achetait jamais de manteau. Il n’en avait pas eu depuis des années. Et voilà qu’il allait en acheter un, beau et neuf, pour l’envoyer à un inconnu.

On lui demanda : « Rav Chemouel, tu n’en as pas toi-même. Tu vas envoyer celui-là ? Les autres ont donné de vieux manteaux dont ils n’avaient plus besoin. » Il répondit : « Réfléchissez — un Juif qui a survécu à toute la Shoah arrive parmi nous. Vous allez lui envoyer un vieux manteau élimé ? Envoyez-lui le plus beau manteau que vous puissiez trouver. »

C’est cela, le Na’aseh. Faire les choses avec toute leur plénitude, sans d’abord calculer ce qu’on gardera pour soi. Les autres avaient donné — c’était bien, c’était beau, c’était respectable — mais ils avaient d’abord raisonné : « J’ai trois vieux manteaux, je vais en garder deux et envoyer celui-là. » C’est le Nishma qui précède le Na’aseh : on écoute d’abord sa propre logique, on évalue, et on agit en conséquence. Mais quand c’est le Na’aseh qui précède, on part dans l’autre sens : qu’est-ce que je peux faire de mieux, de plus grand, de plus généreux ? Les questions pratiques se résolvent d’elles-mêmes ensuite.

Se préparer à Chavouot — le Ma’assé comme fondement

Telle est la signification profonde de la préparation à Chavouot. Durant les quarante-neuf jours du compte du Omer, on travaille sur chacune de ses midot, attribut par attribut — le Hessed dans le Hessed, la Guevoura dans le Hessed, et ainsi de suite jusqu’à la Malkhout dans la Malkhout. Cette préparation a pour but d’affiner la capacité de Bitul, d’annulation de soi devant la volonté divine. Car c’est seulement dans cet état que le don de la Thora peut réellement pénétrer tous les mondes — ne pas rester une simple bonne pensée, mais se concrétiser dans la réalité tangible.

Le Ma’assé — l’acte — est l’essentiel. D.ieu se joint certes à la bonne intention, mais c’est d’abord par l’acte que le monde est transformé. Ce n’est pas de l’impulsivité, ce n’est pas de l’inconscience — c’est la reconnaissance que nous sommes entre Ses mains, que Celui qui a créé le monde entier sait ce que nous pouvons porter, et que notre rôle est de nous mettre en mouvement avec une confiance absolue.

C’est le message éternel de Na’aseh ve’Nishma : commençons par nous engager à faire — et la compréhension suivra. Comme le Rabbi avait coutume de le dire : l’action prime. Et que ce Chavouot soit pour nous tous une véritable réception de la Thora — non seulement dans l’intellect, mais dans chaque geste, chaque acte, chaque jour de notre vie.

Joie et renaissance : le Rav Liraz Ze’ira, héros blessé de Syrie, célébre la Brit Milah de son fils

Joie et renaissance : le Rav Liraz Ze’ira, héros blessé de Syrie, célébre la Brit Milah de son fils

Quelques mois après avoir perdu ses deux jambes lors d’une opération militaire en Syrie, le Rav Liraz Ze’ira, émissaire du Rabbi et officier de réserve dans Tsahal, célébrait la Brit Milah de son fils au Centre Habad en Campus de Jérusalem. Entouré de Chlou’him venus de tout le pays, d’amis et de proches, la cérémonie a pris la dimension d’un véritable témoignage de foi et de renaissance. La soirée s’est conclue par la conclusion collective du Sefer Kedoucha du Rambam, acte d’étude qui a couronné une simha hors du commun.

 

 

 

Un émissaire du Rabbi sur le front et sur le campus

Le Rav Liraz Ze’ira, 42 ans, est une figure singulière dans le paysage habad-loubavitch de Jérusalem. Établi dans le quartier de Réhavia à la tête du Centre Habad en Campus — un espace dédié à l’accompagnement spirituel et identitaire des étudiants des collèges et universités de la capitale —, il conjugue depuis des années deux vocations qui se nourrissent l’une de l’autre : celle d’émissaire du Rabbi auprès de la jeunesse étudiante, et celle d’officier de réserve dans Tsahal. Marié à Anat, père d’une famille nombreuse, il est connu parmi ses proches et ses étudiants pour sa joie communicative, son goût de la danse et son dévouement sans limite à ceux qu’il rencontre.

Depuis le début de la guerre, il avait effectué de nombreuses périodes de réserve, sans jamais interrompre ses activités d’émissaire. C’est durant cette double mission qu’il avait notamment posé une Mezouza à l’entrée d’un hôpital turc au cœur de la bande de Gaza — un geste de Chli’hout accompli sous les bombes, qui avait ému toute la communauté.

La Syrie, les mines, et le miracle d’une renaissance

À la veille de Yom Kippour 5786, la nouvelle avait frappé la communauté comme un coup de tonnerre : le Rav Ze’ira avait été grièvement blessé lors d’une opération militaire dans le sud de la Syrie, vraisemblablement par l’explosion d’une ancienne mine syrienne. Il avait perdu ses deux jambes. Des milliers de fidèles à travers le monde s’étaient mobilisés en prière pour la guérison du Rav Liraz Tsvi HaLevi ben Sarah Yehoudit.

Lorsqu’il avait repris connaissance, ses premiers mots avaient stupéfié ceux qui l’entouraient : « Je veux me lever et danser. » Une phrase qui, venue d’un homme à qui l’on venait d’amputer les deux membres inférieurs, résumait à elle seule une force de caractère et une foi que ses proches décrivent depuis toujours comme hors du commun. Quelques semaines plus tard, depuis son lit d’hôpital, il célébrerait les Hakafot de Simhat Torah en tenant un Sefer Torah dans les bras, entouré du personnel médical.

 

 

Une simha qui dépasse la famille : la Brit au Centre Habad en Campus

C’est dans ce contexte de résilience et de lumière retrouvée que s’est inscrite la Brit Milah célébrée au Centre Habad en Campus, vaste et lumineux espace placé sous la direction du Rav Ze’ira. Entouré des siens, il a introduit son fils dans l’Alliance d’Abraham notre Père — une cérémonie qui prenait, au regard du chemin parcouru, une résonance particulièrement profonde.

La liste des personnalités présentes témoigne de l’estime dont jouit le Rav Ze’ira au sein du réseau habad-loubavitch de la capitale. Étaient notamment rassemblés le Rav Its’hak Meir Segal, rabbin de la communauté Habad de Réhavia ; le Rav Yaakov Halperin, émissaire du Rabbi et représentant de Habad auprès de la Municipalité de Jérusalem ; le Rav Tsvi Ruderman, émissaire du Rabbi au marché Mahaneh Yehouda ; ainsi que le Rav Israël Goldberg, émissaire du Rabbi à Réhavia. Se joignaient à eux le Rav Noam Roth, directeur général de Tseirei Agudat Habad de Jérusalem ; le Rav Daniel Kalev, émissaire du Rabbi à Kiryat Moshé et Guivat Chaoul ; et le Rav Yossi Sverdlov, émissaire du Rabbi, aux côtés de nombreux autres Chlou’him venus de Jérusalem et de toutes les régions du pays.

Un Siyoum du Rambam pour clore une soirée d’exception

La Seoudat Brit — le repas de fête accompagnant la cérémonie — a été le cadre d’un moment d’étude collectif d’une grande intensité. Le Rav Chalom Ber Marzel, émissaire du Rabbi dans le quartier de Na’halaot, a conduit l’ensemble de l’assemblée à travers la conclusion du Sefer Kedoucha, l’un des grands volumes du code juridique du Rambam. Ce Siyoum, accompli en communauté autour du nouveau-né, a ajouté une dimension de sanctification de l’étude à une soirée déjà marquée par la chaleur des liens fraternels entre Chlou’him.

La cérémonie est venue rappeler, avec une force rare, que la joie juive ne cède pas face à l’épreuve — elle lui répond. En ce soir de Brit Milah, c’est tout un réseau de fidélité et d’amour qui s’est réuni autour d’un homme et de sa famille pour dire, ensemble, que la vie continue, qu’elle grandit, et qu’elle danse.