Une jeune pousse israélienne, AppScent, a mis au point un appareil médical capable de traiter l’apnée du sommeil sans le moindre contact avec le corps. Son principe repose sur une découverte réalisée à l’Institut Weizmann des Sciences : confronté à une odeur nouvelle, le cerveau répond par un réflexe immédiat de respiration. Présenté par son fondateur et PDG Yossi Azoulay, le dispositif promet de transformer chaque nuit en véritable laboratoire du sommeil, à domicile et sans aucune gêne.

 

 

 

 

Une start-up née de la recherche israélienne

L’aventure d’AppScent commence dans les laboratoires de l’Institut Weizmann des Sciences, où des chercheurs en neurobiologie se sont penchés sur les liens unissant l’odorat, le cerveau et la respiration. Leurs travaux ont démontré l’existence d’un réflexe respiratoire déclenché par la perception d’une odeur nouvelle, et la publication de ces résultats a ouvert la voie à une application médicale inédite. C’est de cette recherche fondamentale qu’est issu l’appareil conçu par l’entreprise, pensé pour traiter les troubles respiratoires du sommeil. Fabriqué en Israël, à Ra’anana, le dispositif a reçu l’autorisation du ministère israélien de la Santé avant d’être proposé aux dormeurs du pays comme du reste du monde.

Un dôme de fer contre l’apnée du sommeil

Le cœur du système repose sur un capteur radar, à fréquence radio, installé au-dessus du lit à la manière d’une lampe de chevet, à une cinquantaine de centimètres de la tête du dormeur. Sans fil, sans masque, sans tuyau et sans rien à porter sur soi, ce capteur prélève en temps réel des échantillons de la respiration et préserve l’intimité du patient. Couplé à une unité de traitement posée sur la table de nuit, il s’appuie sur l’intelligence artificielle pour anticiper les épisodes d’apnée. Yossi Azoulay résume l’approche d’une image frappante : un véritable dôme de fer dressé contre l’apnée du sommeil, capable de détecter le trouble, voire de le prévoir, avant même qu’il ne survienne. Lorsqu’un rythme respiratoire annonce une apnée ou une pré-apnée, l’ordinateur commande la diffusion d’une odeur en direction du visage, dans un laps de temps très bref, afin de permettre au cerveau de reprendre le contrôle de sa respiration.

Le réflexe olfactif, clé du dispositif

Le mécanisme exploité par AppScent porte un nom : le réflexe de reniflement. Si chacun sait que le nez fait partie de l’appareil respiratoire, on ignore plus souvent que le nerf olfactif est en réalité un prolongement du cerveau, directement relié au centre qui gouverne la respiration. À chaque fois qu’une odeur nouvelle apparaît, le cerveau réagit par une inhalation réflexe, comme pour vérifier s’il se trouve face à un danger ou non. C’est précisément ce réflexe qui permet de surmonter l’apnée. Les odeurs employées étant agréables, le cerveau ne les classe pas parmi les menaces et le dormeur poursuit son sommeil sans être réveillé : l’odeur ne modifie pas l’activité corticale, elle agit comme un bouton virtuel qui relance la respiration sans interrompre la nuit.

Cinq odeurs pour déjouer l’accoutumance du cerveau

Pour rester efficace, le traitement doit éviter que le cerveau ne s’habitue au stimulus olfactif. L’appareil contient donc cinq odeurs différentes, qu’il alterne au fil de la nuit afin de créer à chaque fois une sensation nouvelle et de réactiver le rythme respiratoire. Ces fragrances reposent sur des huiles essentielles naturelles, diffusées sans liquide et sans diffuseur classique : ce sont de simples molécules odorantes qui flottent dans l’air, se succédant les unes aux autres sans jamais saturer l’atmosphère. L’objectif n’est pas de parfumer la chambre, mais d’éveiller en douceur le cerveau à de nouveaux modes de respiration.

Une solution intégrée au corps, à l’inverse du CPAP

Pourquoi le cerveau cesse-t-il, la nuit, de veiller correctement à la respiration ? Parce qu’il devient en quelque sorte paresseux et réduit l’énergie qu’il y consacre, ce qui ouvre la porte au ronflement et aux apnées. L’appareil d’AppScent entraîne au contraire le cerveau à respirer par le nez grâce aux stimulations olfactives, et cet entraînement se renforce nuit après nuit. Comme pour toute discipline sportive, l’arrêt impose de reprendre l’exercice : il s’agit donc d’une solution à vie. Mais à la différence des dispositifs extérieurs au corps, tel le CPAP, ce respirateur aujourd’hui standard, la méthode ne met pas le cerveau de côté : elle l’intègre à son activité naturelle pour l’encourager à mieux respirer et à dormir plus profondément.

De la tension artérielle à la relaxation

Au-delà de l’apnée, l’appareil a été enregistré auprès de la FDA américaine comme dispositif de relaxation et d’amélioration du sommeil. Sur l’écran de l’unité de traitement, un modèle du capteur restitue en temps réel le rythme respiratoire à travers un graphique aux couleurs changeantes, du rouge au bleu : c’est le principe du biofeedback respiratoire. Lors d’une séance de détente accompagnée d’une odeur, le patient apprend à mieux respirer par le nez et à ralentir sa cadence jusqu’à une dizaine de respirations par minute. Quelque quinze minutes de cet exercice par jour suffisent à faire baisser la tension artérielle, tandis que le dispositif aide aussi à entrer dans un état de relaxation, de jour comme de nuit. Il ne s’agit pas d’un médicament, insiste son concepteur, mais d’un appareil qui fournit au corps la bonne odeur au bon moment et le laisse accomplir le reste.

Un laboratoire du sommeil chaque nuit

Validé dans des laboratoires cliniques au sein d’hôpitaux israéliens, l’appareil a montré qu’il pouvait réduire les apnées et leur gravité dès la première nuit de traitement. Pour le patient, l’usage est d’une simplicité extrême : il lui suffit de se coucher, d’appuyer sur la touche de mise en marche et de s’endormir, sans rien relier à son corps ni rien poser sur son visage. Tout le travail est ensuite accompli automatiquement par la machine, dont l’écran s’éteint pour la nuit. Au réveil, un rapport détaille la manière dont s’est déroulé le sommeil et en évalue la qualité. Chaque nuit se transforme ainsi en un véritable laboratoire du sommeil, sans le moindre contact, et le dormeur n’a plus qu’à se lever en pleine forme.