Couverture : La vie des hassidim derrière le rideau de fer, derrière le rideau de fer, Schiff, Betsalel, la série La vie des hassidim, Koselnir, Hazak, Koselnir Morde’haï, Shemir
Morde’haï Koselnir (connu aussi sous le nom de « Motl Koselnir » ou « Reb Motl Chernobyler ») est né en 1911 à Horodok, en Biélorussie. Il était le fils du célèbre Rabbin Hayyim Zalman Koselnir, connu sous le nom de « Hazak ».
Morde’haï a grandi dans l’atmosphère du hassidisme de Habad-Loubavitch. Adolescent, il a étudié à la yechiva de Lubavitch à Otwock, en Pologne. En 1928, il s’installe en Israël et poursuit ses études à la yechiva Achei Temimim de Tel-Aviv.
En 1946, il part en mission (« shlichout ») pour Samarkand en Ouzbékistan avec sa femme Nechama Dina, pour y diffuser le judaïsme et le hassidisme. Ils vivent dans des conditions très difficiles, sous la persécution communiste. En 1953, Nechama Dina est emprisonnée par le régime soviétique.
En 1971, Morde’haï Koselnir obtient l’autorisation d’émigrer en Israël avec sa famille. Il s’installe à Kfar Chabad et poursuit sa mission éducative, transmettant les valeurs du hassidisme aux nouvelles générations.
Il décède en décembre 1994 (23 Kislev 5755) et est enterré au cimetière de Kfar Chabad.
Le 23 Kislev est le yahrzeit du célèbre hassid R’ Motl (Morde’haï) Koselnir, le fils du légendaire « Hazak ».
« R’ Haïm Zalman Koselnir (« Hazak ») était mon professeur à Samarkand. J’étais étudiant à la faculté de droit de l’université de Tachkent. Un beau jour, j’ai tout laissé tomber et je suis allé à Samarkand pour étudier. Je suis venu voir R’ Haïm Zalman et je lui ai demandé de me préparer un lit pliant dans une pièce de sa maison où je pourrais dormir. R’ Haïm Zalman me réveillait tôt le matin. Ensuite, nous étudiions la Hassidout. Sa tante Tsipora, l’épouse de R’ Haïm Zalman, préparait le petit déjeuner. Après quoi, nous priions, étudiions, etc. »
« Les vacances se sont terminées et maman ainsi que mon frère Boria m’ont ramené à Tachkent. À Tachkent vivait R’ Morde’haï, le fils de R’ Haïm Zalman. Il était responsable de moi. »
« Plus tard, déjà en Israël, lorsque je vivais à Jérusalem et que R’ Morde’haï venait à Jérusalem, il logeait chez moi. »
À l’occasion de son yahrzeit (le mois dernier), voici quelques-unes de ses paroles qu’il a dites lors de conversations avec lui. Que son souvenir soit béni.
*Récits du Rabbi Motl Koselnir*
Une fois, un tsadik a réprimandé l’Alter Rebbe pour avoir aidé l’empereur russe dans sa guerre contre Napoléon: « Ponia (le surnom méprisant du roi russe) est un voleur, Ponia est un adultère, Ponia est un meurtrier ! »
L’Alter Rebbe a répondu en parlant mélodieusement :
« Certes, Ponia est un voleur, un adultère et un meurtrier. Mais il n’efface pas le Nom divin. En revanche, Napoléon, par ses libertés et son aristocratisme, efface le Nom divin. »
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Les vieux chevaux, on avait l’habitude de les abattre. Un jour, un noble entendit parler de cela et fut surpris : pourquoi ne donne-t-on pas une retraite et une vieillesse paisible à un animal aussi respectable ? L’ordre a été donné de remettre les vieux chevaux à des Juifs observateurs de la Torah et des commandements, car la loi leur interdit de causer de la détresse aux animaux, c’est-à-dire que les chevaux passeraient le reste de leurs jours dans le calme et l’abondance.
L’un de ces chevaux fut remis à un Juif qui puisait de l’eau. Ce Juif apportait de l’eau de la rivière à la ville tous les jours, utilisant des chevaux à cette fin. Un jour, des soldats chantant une marche militaire sont passés devant lui. Le cheval s’est immédiatement cabré sur ses pattes de derrière, renversant toute l’eau.
Et il doit en être ainsi ! Lorsque l’on entend la chanson du roi, même si l’on est un « vieux cheval », si l’on entend quelque chose qui touche à la gloire de la royauté, nous devons nous tenir immobile ! »
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J’ai une fois demandé à R’ Mendel Futerfass : « Quelle est la différence entre un communiste et un hassid ? »
Il a répondu : « La différence est très petite ! Un communiste déteste les riches et n’aime pas les pauvres. Un hassid aime les pauvres et ne déteste pas les riches ».
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Dans le Tanya, au chapitre 30, il est dit : « De plus, qu’il prenne à cœur de mettre en pratique le dicton de nos Sages : il sera humble de cœur face à tout homme ; il sera absolument vrai en face de tout homme, jusqu’au plus insignifiant. » Et à première vue, ce n’est pas clair pourquoi il est dit « absolument vrai » ? Il aurait suffi de dire « il sera vrai ». L’explication est que l’on doit être humble de cœur en face de tout homme, non pas seulement parce que le Tanya le demande, mais parce que c’est la vérité !
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J’ai entendu de mon père, le Tamim (l’intègre) R’ Haïm Zalman (« Hazak ») qu’une fois il y a eu un grand incendie à Loubavitch. Et tous les érudits et les craignant-Dieu ont couru sauver leurs biens. Et les « postiakes » ont couru sauver les rouleaux de Torah !
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Selon une ancienne rumeur hassidique, avant la venue du Machia’h, les gens ne verront pas le Rabbi…
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B. Kouznetsov : Il y a des histoires qu’il répétait tout le temps. Il les vivait ! Apparemment, elles étaient à la base de l’éducation qu’il a reçue, et il a été éduqué par de nombreuses personnes.
L’un de ceux qui l’ont construit était le Rabbi de Tchernovitz. Et à son époque, il a été éduqué par R’ Tsalke Ozretzer qui appelait R’ Hillel de Paritch « Hilke ».
(Les hassidim du Tsema’h Tsedek étaient appelés « Dor Deah », et en particulier ces quatre : R’ Hillel de Paritch, R’ Yitzhak de Homil, Tsalke Ozretzer et Pessah de Lostovker.)
R’ Motl a une fois demandé au Rabbi de Tchernovitz :
– Vous les avez vus. Qui étaient-ils ?
Le Rabbi de Tchernovitz a répondu :
-Il étaient des « Seriouznia mentchen » (des hommes sérieux).
R’ Motl en a souvent parlé, mais tout tournait autour de la question « qu’est-ce que Seriouznia ? » Ce n’est pas « ernstkeit » en yiddish, ce n’est pas « serious » en anglais, et ce n’est certainement pas « רצינות » en hébreu.
Nous n’avons jamais obtenu la réponse. Peut-être parce que R’ Motl lui-même ne la connaissait pas, mais qu’il l’a cherchée toute sa vie.
Cette mélodie attribuée à l’Admour Hazaken et interprétée par le Rav Menahem Amar est répertoriée comme Nigun #8 dans le Sefer HaNigunim Habad
Le Nigoun Dveikout Habad » pour la prière du Chabbat est une mélodie de dévotion.
Cette mélodie était utilisée avec une intense ferveur et dévotion selon la voie Habad par le Rabbi Rashab et le Rabbi précédent lors de leurs prières individuelles du Chabbat.
Le Rabbi précédent a dit de cette mélodie : « Quand on prie longuement et qu’on est engagé dans le service divin, la mélodie se crée naturellement. » Les mouvements mélodiques montent et descendent selon la méditation profonde et les Kavanot dans la prière, reflétant les états d’âme et les sentiments du Tsadik.
Il est donc difficile d’établir l’ordre précis des strophes de cette mélodie. Parfois une strophe était chantée en premier, parfois une autre. Il arrivait aussi qu’il y ait des pauses entre elles pour réciter les mots de la prière, et parfois seuls des fragments de la mélodie étaient fredonnés.
הסתלקות אדמו’ר הזקן בכפר פיענע במוצאי ש’ק פ’ שמות תקע’ג. ומנוחתו כבוד [=קבורתו] בעיר האדיץ.
אאזמור [מהר’ש] שאל את ה’צמח צדק’: מה ‘רצה’ [=התכוון] הסבא ב’דרכי החסידות’, ומה ‘רצה’ בחסידות? ויענהו ה’צמח צדק’: ‘דרכי החסידות’ הן – שהחסידים כולם יהיו כמשפחה אחת, ע’פ תורה באהבה. ‘חסידות’ היא חיות; – להזרים חיות ולהאיר את הכול, כולל את ה’לא-טוב’; להכיר את מצב הרע בנפשו כדי לתקנו.
Le décès de l’Admour Hazaken survint dans le village de Piena, à l’issue du Chabbat Chemot 5573 (1812). Il fut enterré à Haditz.
Mon grand-père (le Rabbi Maharach) demanda au Tséma’h Tsédek: “Que recherchait notre grand-père (l’Admour Hazaken) en introduisant les voies de la ‘Hassidout? Pourquoi a-t-il enseigné la ‘Hassidout?”
Le Tséma’h Tsédek lui répondit:
“Les voies de la ‘Hassidout impliquent que tous les ‘Hassidim ne constituent qu’une seule et même famille, basée sur la Torah et pétrie d’affection. La ‘Hassidout illumine et vivifie toute chose. Elle peut même éclairer ce qui n’est pas bon. Elle permet de prendre conscience de son propre mal et, de cette manière, de le corriger”.
Un jeune Loubavitch, dont le frère est tombé au combat l’an dernier, a été arrêté à Haïfa alors qu’il tenait un stand de Tefillines en sa mémoire. L’incident, marqué par un déploiement policier disproportionné, a provoqué une vague d’indignation dans tout le pays. Les images de cette interpellation musclée continuent de susciter l’émoi au sein de la communauté juive.
Qui était le sergent Chneour Zalman Cohen ?
Le sergent Chneour Zalman Cohen, que son souvenir soit béni, est tombé au combat dans le nord de la bande de Gaza le Chabbat de la Paracha Noa’h, Roch ‘Hodech ‘Hechvan 5785, en novembre 2024. Il n’avait que vingt ans.
Issu d’une famille Loubavitch parmi les plus anciennes de l’implantation de Yitzhar, en Samarie, Chneour Zalman était le fils de Zeev et Dina Cohen. Il laisse derrière lui ses parents et huit frères et sœurs. Après avoir étudié à la Yechiva de Mitspe Yitzhar, puis à la Yechiva Tomkhei Temimim en Erets Israël, il avait participé au programme Kevoutsa en 5783. Il servait dans le bataillon ‘Haredi Tomer de la brigade Guivati.
Avant même son incorporation dans Tsahal, le jeune homme s’était porté volontaire au sein de l’équipe de défense régionale, démontrant un dévouement exemplaire envers la protection de sa communauté. Lors d’une interview télévisée devenue célèbre après sa mort, il avait déclaré avec conviction : « Oui, ‘Haredi ou non ‘Haredi, peu importe, je suis un ‘Hassid de Habad ! Je suis ici en mission du Rabbi ! »
Yossi Dagan, chef du Conseil régional de Samarie, lui a rendu un vibrant hommage : « Chneour était un être d’une grâce intérieure qui rayonnait vers l’extérieur. Il étudiait la Torah et était également un combattant talentueux. Il a été élevé par une famille de véritables pionniers, Dina et Zeev Cohen, qui ont déménagé au plus fort de la guerre d’Oslo, pendant la Deuxième Intifada, pour renforcer les localités du nord de la Samarie. »
Il fut le vingt-cinquième habitant du Conseil régional de Samarie à tomber dans la guerre des Épées de Fer. En avril 2025, après une longue bataille menée par sa famille, Tsahal a officiellement reconnu sa mort comme une perte de guerre, portant le nombre officiel de victimes de Tsahal depuis le début du conflit à 847 soldats.
Un stand de Tefillines transformé en hommage fraternel
Mena’hem Cohen, originaire de Yitzhar, a été arrêté vendredi dernier à Haïfa, en Erets Israël, dans des circonstances qui ont choqué l’opinion publique. Ce jeune Loubavitch, frère endeuillé d’un soldat de Tsahal tombé au combat, avait installé un stand de Tefillines en mémoire de son frère, le sergent Chneour Zalman Cohen, que son souvenir soit béni.
Accompagné de quelques amis, Mena’hem avait disposé son stand dans une rue de Haïfa, arborant une pancarte ornée de la photo de son frère. Cette initiative personnelle visait à élever l’âme du défunt tout en aidant le jeune homme à surmonter son deuil. L’activité se déroulait dans le calme le plus total, de nombreux passants s’arrêtant pour accomplir la Mitsva des Tefillines.
Un déploiement policier démesuré
La situation a basculé lorsqu’un véhicule des services municipaux s’est présenté sur les lieux. Rapidement, des renforts considérables sont arrivés : pas moins de six voitures de police, donnant l’impression d’une intervention destinée à répondre à un crime grave.
Mena’hem Cohen a été interpellé, le stand de Tefillines et la pancarte commémorative ont été confisqués. Selon les témoignages, le jeune homme aurait même été malmené lors de son arrestation. Ce n’est qu’après une mobilisation massive sur les réseaux sociaux et une pression publique intense qu’il a finalement été relâché.
Une indignation généralisée
L’incident a déclenché une vague de protestations sur les réseaux sociaux. Le fait qu’un frère endeuillé, dont la seule intention était d’honorer la mémoire d’un soldat de Tsahal tombé au combat en aidant ses frères juifs à mettre les Tefillines, soit traité de la sorte a profondément choqué la communauté.
Le Rav Yehouda Ginzburg, émissaire du Rabbi à Haïfa, a réagi avec fermeté : « Depuis plus de cinquante ans, les ‘Hassidim de Habad sillonnent la ville de Haïfa pour aider les Juifs à mettre les Tefillines. Cette activité s’est toujours déroulée dans une atmosphère positive. Malheureusement, certains cherchent à attiser les tensions. »
Et d’ajouter : « Nous sommes profondément peinés par ce qui s’est passé. Nous attendons de la municipalité de Haïfa qu’elle présente ses excuses et qu’elle travaille en coordination avec cette activité si importante. Nous sommes convaincus qu’il s’agit d’une erreur ponctuelle de la ville et non d’une politique délibérée. »
La version de la police
La police israélienne a publié un communiqué contestant une partie du récit relayé dans les médias. « Contrairement à ce qui a été allégué dans des publications susceptibles d’induire le public en erreur, il s’agissait d’une brève interpellation d’un individu suite à une altercation avec des inspecteurs municipaux sur place », précise le communiqué.
« Pour clarifier les choses : la police n’a aucun intérêt à nuire aux stands de Tefillines, et cet incident n’avait aucun lien avec le stand lui-même. Il était question d’une infraction pour nuisance sonore et d’un comportement véhément envers les inspecteurs, qui ont fait appel à la police municipale. L’individu a été libéré après quelques minutes d’enquête policière, et l’affaire sera examinée avec la municipalité. »
Des questions qui demeurent
Malgré les clarifications de la police, les images et les témoignages montrant un frère endeuillé interpellé alors qu’il rendait hommage à un soldat tombé au combat ont profondément marqué les esprits. Cet incident soulève des interrogations plus larges sur l’attitude de la ville envers ceux qui s’engagent dans les Mivtsaïm du Rabbi, ces campagnes de diffusion du judaïsme qui constituent l’essence même de la mission Loubavitch.
En 1979, tandis que la révolution islamique embrasait l’Iran et précipitait des millions de personnes dans l’incertitude, cinquante mille Juifs se retrouvèrent pris au piège d’un pays soudainement devenu hostile. Alors que le monde entier avait les yeux rivés sur les otages américains de l’ambassade de Téhéran, une autre tragédie se jouait dans l’ombre : celle d’une communauté millénaire menacée d’anéantissement. Depuis Brooklyn, un homme allait orchestrer l’une des plus remarquables opérations de sauvetage de l’après-guerre : le Rabbi de Loubavitch.
L’effondrement d’un monde millénaire
L’année 1979 marqua la fin brutale d’une époque. Le gouvernement du Shah d’Iran, qui avait régné sur le pays pendant des décennies, s’effondra comme un château de cartes face à la déferlante révolutionnaire. L’ayatollah Khomeini prit le pouvoir, instaurant une République islamique dont les premières victimes furent les minorités religieuses, au premier rang desquelles figurait la communauté juive.
La panique s’empara des Juifs iraniens. Dans les rues de Téhéran, d’Ispahan et de Chiraz, le chaos régnait en maître. Les magasins tenus par des Juifs furent pillés sans vergogne, leurs vitrines fracassées par des foules en furie. Les voitures appartenant à des familles juives étaient incendiées en plein jour, transformant les quartiers jadis paisibles en véritables zones de guerre. Des siècles de coexistence semblaient s’évanouir en quelques semaines à peine.
La communauté iranienne, l’une des plus anciennes de la diaspora juive dont les racines remontaient à l’exil babylonien, vivait dans une terreur indicible. Ces familles qui avaient traversé les âges, survécu aux persécutions et aux bouleversements de l’histoire, se retrouvaient soudain confrontées à une menace existentielle d’une ampleur inédite.
Une crise dans la crise
Le 4 novembre 1979, l’ambassade américaine à Téhéran fut envahie et occupée par des étudiants islamistes. Les diplomates américains qui s’y trouvaient furent pris en otage, déclenchant une crise internationale qui allait tenir le monde en haleine pendant 444 jours. Les estimations variaient : certains rapports évoquaient jusqu’à quatre-vingt-dix Américains impliqués, d’autres parlaient de trente-cinq seulement. Finalement, cinquante-deux otages resteraient captifs.
Mais derrière cette crise diplomatique qui monopolisait l’attention des médias du monde entier, une autre tragédie se déroulait dans l’indifférence générale. Au-delà des cinquante otages américains dont le sort préoccupait les chancelleries, cinquante mille Juifs se trouvaient piégés en Iran, sans voix, sans défenseurs, sans espoir apparent de fuite.
La voix prophétique du Rabbi
À des milliers de kilomètres de là, dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn, le Rabbi de Loubavitch suivait les événements avec une attention particulière. Sa réaction, empreinte d’une foi inébranlable, résonna comme un appel à l’action.
« Sans aucun doute, personne ne sera blessé », déclara-t-il avec une assurance qui tranchait avec l’angoisse ambiante. « D.ieu les protégera, particulièrement avec les garanties qui ont été données. La seule question est de savoir s’il y a cinquante mille, quarante mille ou trente mille Juifs en Iran. Mais moins de trente mille, certainement pas. »
Puis, avec cette logique implacable qui le caractérisait, il ajouta : « Et s’il n’y en a « que » vingt-neuf mille, on peut aussi réciter un chapitre de Tehilim ! Non seulement on « peut », mais on le doit ! »
Ces paroles n’étaient pas de simples formules de réconfort. Elles annonçaient une mobilisation sans précédent.
Les éclaireurs de Brooklyn
L’histoire avait en réalité commencé quelques mois plus tôt, en 1978, alors que les premiers signes de l’effondrement du régime du Shah se manifestaient. Un jeune homme sollicita alors une audience auprès du Rabbi pour lui demander sa bénédiction en vue d’une mission estivale destinée à aider les Juifs d’Iran.
Le Rabbi accorda sa Berakha, mais pas pour une mission solitaire. Il lui demanda de partir accompagné du Rav Hecht, le Rav de la communauté séfarade et persane du Queens. Cette décision, apparemment anodine, allait s’avérer providentielle.
En août 1978, Hertzel Illulian et le Rav Chalom Ber Hecht embarquèrent sur un vol Pan Am à destination de Téhéran. Illulian présentait un profil idéal pour cette mission : d’origine persane, il parlait couramment le farsi et avait étudié dans les Yechivot Habad. Il connaissait intimement les deux mondes qu’il allait devoir faire communiquer.
Les deux émissaires furent accueillis à bras ouverts par la communauté locale. L’un de leurs hôtes les reçut chez lui, et ensemble, ils parlèrent de tout : de la situation qui se dégradait de jour en jour, des rumeurs inquiétantes qui circulaient, de l’avenir incertain qui se profilait.
Une demande déchirante
Au fil des conversations, une requête émergea, poignante dans sa simplicité : les parents juifs iraniens suppliaient les émissaires d’organiser l’évacuation de leurs enfants. Ils étaient prêts à se séparer de ce qu’ils avaient de plus précieux au monde pour leur assurer un avenir.
« Je demandai aux deux émissaires si, à leur retour en Amérique, ils pouvaient essayer de faire le nécessaire pour obtenir des visas pour nos enfants », se souvient l’un des pères de famille. « Sous forme d’invitations officielles, afin que nous puissions les envoyer en sécurité. »
La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre. Quarante, cinquante, soixante amis et connaissances affluèrent au Royal Garden Hotel où logeaient les émissaires. Tous portaient la même supplique : emmenez nos enfants à New York, à Brooklyn, mettez-les à l’abri.
La décision du « grand patron »
De retour aux États-Unis, le Rav Chalom Ber Hecht se rendit immédiatement chez son père, le Rav J.J. Hecht, figure respectée de la communauté Habad. Il lui raconta en détail ce qu’il avait vu et entendu en Iran, l’angoisse des familles, la détresse des parents, l’urgence de la situation.
Le Rav J.J. Hecht écouta attentivement, puis déclara simplement qu’il en parlerait au « grand patron ». Dans le langage de la communauté Habad, cette expression ne désignait qu’une seule personne : le Rabbi de Loubavitch.
La réponse ne se fit pas attendre. Elle fut claire, ferme, sans appel : créer immédiatement une structure pour amener les étudiants iraniens aux États-Unis. La porte était ouverte, grande ouverte.
La foi contre la raison
Face à cette directive, le Rav J.J. Hecht ne put s’empêcher d’exprimer ses inquiétudes légitimes : « Rav Hecht, savez-vous dans quoi vous vous engagez ? Cela nécessite d’énormes moyens financiers. Nous avons besoin de dortoirs pour loger ces enfants, d’écoles pour les éduquer, de cantines pour les nourrir. Où allons-nous trouver tout cela ? »
La réponse du Rav Hecht restera gravée dans les mémoires comme un exemple de foi absolue : « Sur le plan financier, je n’ai pas deux sous en poche, ça c’est certain. Mais quoi que dise le Rabbi, c’est ce que nous allons faire. »
Cette phrase résumait à elle seule la philosophie qui allait présider à toute l’opération : une confiance totale dans la guidance du Rabbi, une certitude que les moyens suivraient la volonté, que l’impossible deviendrait possible dès lors que la cause était juste.
Une mécanique de sauvetage parfaitement huilée
L’organisation mise en place relevait du génie logistique. Le Rav J.J. Hecht obtint des visas américains en blanc, parfaitement en règle et complets, mais sans noms inscrits. Ces précieux documents étaient envoyés en Iran où les émissaires locaux n’avaient plus qu’à y inscrire les noms des enfants dont les parents souhaitaient les faire partir.
Ce système ingénieux permettait une réactivité maximale. Quiconque le désirait pouvait recevoir un visa immédiatement, sans les délais administratifs habituels qui auraient pu s’avérer fatals dans un contexte aussi volatile. Chaque jour comptait, chaque heure pouvait faire la différence entre la liberté et l’enfermement.
Les enfants commencèrent à affluer, par dizaines, puis par centaines. Mais le problème du financement restait entier. Il n’y avait pas d’argent. Les temps étaient difficiles, les ressources limitées. Comment nourrir, loger, éduquer ces centaines de jeunes réfugiés ?
L’extraordinaire solidarité de Crown Heights
La solution vint de la base, de ces familles Habad de Crown Heights qui, sans qu’on le leur demande formellement, ouvrirent spontanément leurs portes et leurs cœurs. Chaque famille prit en charge deux, trois, parfois quatre enfants. Elles les adoptèrent comme leurs propres enfants, les intégrant pleinement à leur foyer.
Ces familles, souvent modestes, partagèrent leur table, leur espace, leur amour avec ces jeunes Persans déracinés qui ne parlaient pas un mot d’anglais et dont les coutumes différaient sensiblement des leurs. Ashkénazes et Séfarades, ‘Hassidim de Loubavitch et Juifs persans apprirent à vivre ensemble, à se comprendre, à s’aimer.
C’était une leçon vivante d’unité juive, une démonstration éclatante que par-delà les différences de rite, de langue et de culture, le peuple juif formait une seule et même famille.
L’implication personnelle du Rabbi
Ce qui distingua cette opération de tant d’autres initiatives humanitaires, ce fut l’implication directe et quotidienne du Rabbi lui-même. Il fit de ce projet son projet personnel, suivant chaque développement avec une attention minutieuse.
Le Rabbi était en contact avec le Rav Hecht pratiquement tous les jours. Il s’enquérait des installations de dortoirs, du déroulement des études, de l’évolution éducative de chaque groupe d’enfants. Aucun détail n’était trop petit pour retenir son attention, aucune question ne restait sans réponse.
Quand un problème surgissait, quand une décision urgente devait être prise, la réponse du Rabbi arrivait dans l’heure ou dans la demi-journée. Cette réactivité exceptionnelle témoignait de la priorité absolue qu’il accordait à cette mission de sauvetage.
La joie du Farbrenguen
Les enfants iraniens furent pleinement intégrés à la vie de la communauté. Ils participaient aux Farbrenguen, ces rassemblements ‘hassidiques où le Rabbi enseignait et où l’on chantait ensemble. Leur présence remplissait le Rabbi d’une joie visible.
Un jour, lors d’un de ces rassemblements, le Rabbi demanda aux jeunes Persans de chanter une chanson de leur pays, une chanson juive de leur tradition. Puis il lança : « Puisque nous avons ici des personnes récemment arrivées de Perse, qu’elles disent toutes ensemble « Le’haïm », et que tous les autres les accompagnent. Avec un chant joyeux ! »
La salle entière vibra de cette communion entre deux mondes, entre la ‘Hassidout d’Europe de l’Est et la tradition juive millénaire de Perse. Les frontières s’effaçaient dans la joie partagée.
Le premier Pessa’h en terre de liberté
Le premier Pessa’h que les étudiants passèrent en Amérique, au printemps 1979, restera gravé dans toutes les mémoires. Près de mille jeunes, garçons et filles confondus, célébrèrent ensemble la fête de la liberté, eux qui venaient justement de vivre leur propre exode.
Le Rabbi ne se contenta pas d’envoyer ses vœux. Il rendit personnellement visite aux enfants qui participaient au Seder. Cette démarche, extraordinaire pour un dirigeant de son envergure, témoignait de l’importance qu’il accordait à chacun de ces jeunes réfugiés.
Plus remarquable encore : le Rabbi entra dans la cuisine et ouvrit lui-même les marmites pour s’assurer qu’on avait bien cuisiné du riz pour les enfants. Ce geste, apparemment anodin, révélait une attention aux détails et une sensibilité culturelle exceptionnelles.
Le riz de Pessa’h : une leçon de respect
La question du riz pendant Pessa’h illustrait parfaitement l’approche du Rabbi. Selon la coutume ashkénaze et ‘hassidique, on ne consomme pas de riz durant cette fête, le considérant comme faisant partie des « kitniot », ces légumineuses interdites par tradition.
Mais les Juifs orientaux, et particulièrement les Juifs persans, ont une tradition différente. Pour eux, le riz constitue non seulement un aliment permis, mais un véritable mets de fête, indissociable de la célébration de Pessa’h.
Le Rabbi avait expressément demandé qu’on prépare du riz pour les enfants persans. Il ne s’agissait pas de transiger sur les principes, mais de reconnaître et de respecter une tradition juive tout aussi légitime que la sienne. Ce faisant, il enseignait une leçon magistrale de tolérance et d’ouverture au sein même de l’orthodoxie.
« Inshallah » : un moment de grâce
Un épisode particulièrement émouvant se produisit lorsque le Rabbi vint bénir les enfants lors du Seder. Il demanda à l’un des accompagnateurs de traduire ses paroles en farsi. Puis, avec cette curiosité qui le caractérisait, il posa une question inattendue : comment dit-on « Amen » en persan ?
L’accompagnateur réfléchit un instant puis répondit : « Je pense que c’est « Inshallah ». »
Alors, dans un moment de communion extraordinaire, tous les enfants dirent « Inshallah » au Rabbi. Et le Rabbi rayonna. Son sourire illumina la pièce, un sourire que ceux qui étaient présents n’oublieraient jamais.
« Je peux encore voir cette image du sourire du Rabbi en ces jours-là », témoigne l’un des participants, des décennies plus tard. Ce sourire disait tout : la joie de voir ces enfants sauvés, la satisfaction du devoir accompli, l’amour infini pour chaque âme juive.
Un Rabbi qui défiait toutes les catégories
Avec le recul, ceux qui participèrent à cette aventure mesurent l’extraordinaire singularité de ce qu’ils vécurent. On ne s’attend pas à ce qu’un Rabbi qui siège à Brooklyn, dont la fonction première est de diriger sa communauté et d’enseigner la ‘Hassidout, se transforme soudainement en consul américain, en agent d’immigration et en directeur d’agence humanitaire.
Pourtant, c’est exactement ce que fit le Rabbi de Loubavitch. Il organisa l’arrivée des enfants, trouva les financements, supervisa leur placement dans différentes écoles, veilla à leur bien-être quotidien. Il fut à la fois le stratège et le père attentionné, le dirigeant et le serviteur.
« Il était le feu », témoigne l’un des acteurs de cette épopée. « Il était le moteur, il était l’accélérateur pour tous ceux qui travaillaient sous sa direction. Du Rav J.J. Hecht au Rav Chalom Ber Hecht, en passant par moi personnellement et tous les autres bénévoles qui œuvrèrent pour ce formidable projet. »
Un héritage vivant
Ces enfants sauvés d’Iran ont aujourd’hui grandi. Ils sont devenus des pères et des mères de famille, des professionnels accomplis, des membres actifs de leurs communautés. Beaucoup sont restés fidèles à la tradition ‘hassidique qui les a accueillis, tout en préservant fièrement leur héritage persan.
Leur histoire témoigne de ce que peut accomplir un leadership visionnaire allié à une foi inébranlable. Elle rappelle que dans les moments les plus sombres de l’histoire, des lumières peuvent surgir, que des ponts peuvent être jetés par-dessus les abîmes, que l’impossible peut devenir réalité quand la volonté et la foi s’unissent.
Le sauvetage des enfants juifs d’Iran reste l’une des pages les plus glorieuses de l’histoire du mouvement Habad-Loubavitch. Une page écrite avec le sang, les larmes et l’espoir de milliers de familles, et signée de la main d’un homme qui refusa de rester spectateur face à la détresse de son peuple.
Lorsqu’un jeune Chaliah du ghetto romain a invité un rescapé de la Shoah à allumer la Ménorah devant son Beth Habad, il ne pouvait imaginer la portée symbolique de ce geste. Ni l’histoire vieille de huit décennies qui allait se refermer ce soir-là. Une rencontre providentielle sur les lieux mêmes d’un sauvetage miraculeux.
Un Beth Habad au cœur du ghetto historique
Il y a environ un an et demi, le Rav Aharon Mikhaël Canarutto, un ‘Hassid italien issu de la communauté locale, a ouvert un Beth Habad dans l’ancien ghetto romain. Le bâtiment lui-même a plus de 500 ans, imprégné de la longue et douloureuse histoire des Juifs de Rome.
En peu de temps, l’édifice a repris vie. On y prie, on y étudie, des programmes pour la jeunesse et des événements communautaires s’y déroulent. Juifs et touristes traversent constamment le quartier, et la vie juive est revenue au cœur du ghetto.
Le ghetto de Rome : cinq siècles d’histoire douloureuse
Le ghetto de Rome compte parmi les plus anciens d’Europe, après celui de Venise fondé en 1516. Le 14 juillet 1555, le pape Paul IV promulgua la bulle « Cum nimis absurdum », révoquant tous les droits accordés aux Juifs et ordonnant leur regroupement dans un quartier clos du rione Sant’Angelo, situé à proximité du Tibre et du théâtre de Marcellus. Environ 2 000 Juifs, dont la présence à Rome remontait au IIe siècle avant l’ère commune, furent ainsi contraints de s’installer dans l’une des zones les plus insalubres de la ville, régulièrement inondée par le fleuve.
Les conditions de vie y étaient d’une pauvreté écrasante. Les Juifs ne pouvaient exercer que des métiers non qualifiés : chiffonniers, brocanteurs ou poissonniers. Lorsqu’ils sortaient du ghetto, les hommes devaient porter une casquette jaune et les femmes un voile de la même couleur. Chaque année, ils devaient demander la permission de résider dans le quartier et payer une taxe pour ce « privilège ». Le rabbin devait également prêter serment de fidélité au pape devant l’Arc de Titus, monument célébrant la destruction de Jérusalem en l’an 70.
Le ghetto ne fut définitivement aboli qu’en 1870, avec la fin du pouvoir temporel des papes. Les murs furent démolis en 1888, et la Grande Synagogue, reconnaissable à son imposant dôme carré, fut inaugurée en 1904.
Mais l’épreuve la plus terrible restait à venir. Le 16 octobre 1943, à 5h30 du matin, un jour de Chabbat choisi délibérément, 365 soldats de la Gestapo sous les ordres du commandant SS Herbert Kappler envahirent le ghetto. En quelques heures, 1 259 Juifs furent arrêtés, dont 363 hommes, 689 femmes et 207 enfants. Après la libération de quelques personnes issues de mariages mixtes ou de nationalité étrangère, 1 023 d’entre eux furent déportés vers le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau. Seuls seize revinrent : quinze hommes et une femme, Settimia Spizzichino. Aucun des plus de deux cents enfants ne survécut.
Quelques semaines plus tôt, le même Kappler avait pourtant exigé 50 kilos d’or de la communauté juive en échange de leur sécurité. Des milliers de Romains, Juifs et non-Juifs, avaient donné leurs bijoux pour réunir la somme. La promesse fut trahie. C’est dans ce contexte que des héros anonymes, comme le laitier qui sauva Gabriel et sa sœur, risquèrent leur vie pour arracher des innocents à la barbarie.
Aujourd’hui, le quartier juif de Rome témoigne de cette histoire à travers ses « pietre d’inciampo » (pierres d’achoppement), ces petits pavés de laiton portant les noms des déportés qui ne sont jamais revenus, disséminés devant leurs anciens domiciles. Le ghetto est devenu un lieu de mémoire vivante, où la cuisine judéo-romaine perpétue les traditions et où la communauté, bien que décimée, continue de faire rayonner la vie juive.
Deux Bar-Mitsva tardives pour deux rescapés
« Pendant Hanouka, un Juif de 90 ans est entré », raconte le Rav Canarutto à Anash.org. « Naturellement, je lui ai immédiatement demandé : « Avez-vous déjà eu une Bar-Mitsva ? » L’homme a répondu non. Il n’avait jamais mis les Tefilines et n’avait jamais célébré sa Bar-Mitsva. »
Peu après, un autre Juif âgé l’a rejoint. Gabriel, 86 ans. Même histoire. Lui non plus n’avait jamais eu de Bar-Mitsva.
Avec quelques jeunes de Yechiva venus aider pour Hanouka, le Rav Canarutto a réuni un Minyane et sorti le Sefer Torah. Les deux hommes, survivants de la Shoah âgés de plus de 80 et 90 ans, ont mis les Tefilines pour la première fois de leur vie. Tous deux ont reçu des montées à la Torah et ont célébré leur Bar-Mitsva.
Ils ont dansé avec une joie presque surnaturelle, comme des âmes expirant enfin après une vie entière de silence.
L’allumage de la dernière nuit
« Le dernier soir de Hanouka », poursuit le Rav Canarutto, « j’avais prévu un petit allumage public de la Ménorah devant le Beth Habad avant de conduire les jeunes à l’aéroport. Je pensais que seule une poignée de personnes seraient présentes. »
Au lieu de cela, une foule considérable s’est rassemblée, parmi laquelle Gabriel.
Le Rav Canarutto s’est tourné vers l’assemblée et a déclaré : « Nous avons ici un Juif qui vient de célébrer sa Bar-Mitsva pour la première fois. Un survivant de la Shoah. Nous souhaitons lui accorder l’honneur d’allumer la Ménorah. »
Gabriel s’est avancé et a allumé les huit bougies. Le symbolisme n’a échappé à personne. Les flammes brûlaient au cœur du ghetto romain, là où des Juifs avaient autrefois été raflés et envoyés à la mort, désormais allumées par un survivant de cette destruction même.
Une révélation bouleversante
Après l’allumage, Gabriel s’est tourné vers le Rav Canarutto et lui a dit doucement : « Je dois vous raconter quelque chose. »
Et il commence à livrer son incroyable histoire :
Lorsque les nazis sont entrés dans le ghetto romain, Gabriel était un enfant de quatre ans qui y vivait avec sa famille. Sa sœur et lui jouaient dans la rue, trop jeunes pour comprendre le danger. Un soldat nazi les a soudain remarqués, a attrapé les deux enfants et a commencé à les traîner.
En passant devant une crèmerie locale, le propriétaire italien non-juif a vu ce qui se passait. Il s’est précipité dehors et s’est mis à hurler sur les enfants : « Je vous cherche partout ! Votre mère est terrifiée ! » Il a giflé la fillette et a crié comme un père en colère.
Le nazi s’est arrêté. « Ce sont vos enfants ? »
« Oui », a répondu l’homme.
Le nazi s’est excusé et les a laissés partir.
Ce propriétaire de crèmerie leur a sauvé la vie, et Gabriel a finalement survécu à la Shoah.
Le miracle du lieu
Gabriel a levé les yeux vers le Beth Habad et a déclaré : « Il y a quatre-vingt-deux ans, c’est exactement ici que j’ai été sauvé. Ce bâtiment était la crèmerie d’où le laitier s’est précipité. Et ce soir, je me suis tenu à cet endroit précis pour allumer la Ménorah de Hanouka devant le Beth Habad, l’ancienne crèmerie, à l’endroit même où ma sœur et moi avons été secourus. »
De l’exil à la Gueoula
« Rome symbolise l’apogée de l’exil dans l’espace, et la Shoah représente le sommet de l’exil dans le temps », a confié le Rav Canarutto à Anash.org. « Le Rabbi explique que le mot « Rome » vient aussi de « Romemout Kel », l’exaltation de Hachem.
Aujourd’hui, alors que nous nous tenons au seuil de la Gueoula, Rome se transforme en un lieu de louange et de redécouverte de Hachem. En effet, la venue du Machia’h est imminente. »
Le Rav Canarutto a ajouté que depuis l’allumage de la Ménorah, Gabriel vient chaque jour au Beth Habad pour mettre les Tefilines.
Quatre-vingt-deux ans plus tard, un survivant de l’extermination nazie est retourné sur le lieu de son salut pour allumer la flamme éternelle qui ne s’éteint jamais.
À l’approche de la Hilloula de l’Admour Hazakène, un trésor longtemps dissimulé contenant les corrections, notes et commentaires originaux manuscrits du Rabbi en 1954 sur différentes sections du Tanya vient d’être dévoilé après plus de soixante-dix ans. Ces documents exceptionnels offrent un aperçu inédit du travail méticuleux du Rabbi sur l’œuvre fondamentale de la ‘Hassidout Habad. Une découverte qui enrichit considérablement notre compréhension de la transmission de cet ouvrage sacré.
Un trésor caché pendant sept décennies
À l’approche de la Hilloula de l’Admour Hazakène, le 24 Tevet, un important trésor constitué des écrits originaux du Rabbi comportant des corrections, des notes et des commentaires sur les différentes sections du Tanya, dissimulé pendant plus de 70 ans, a été mis au jour.
Ces documents ont été diffusés au public en tant que souvenir à l’occasion des Chéva Bra’hot de Chalom Ber Hacohen et Etyl Rivkin, qui se sont tenues mardi dernier au 770.
L’origine du livret Maftéa’hot LéSefer HaTanya
En l’année 5714 (1954), le Rabbi a préparé et imprimé un livret intitulé « Maftéa’hot LéSefer HaTanya ». Cette année-là, les éditions Kéhot ont imprimé le Tanya en Amérique pour la première fois, et ce livret y a été ajouté en annexe. Depuis lors, il est devenu une partie indissociable du Tanya, figurant dans les plus de 8 000 éditions imprimées à ce jour.
Le livret comprenait un index des sujets et concepts abordés dans le Tanya, un index des noms de Sefarim et de personnalités mentionnées, ainsi qu’un Loua’h HaTikoun (« Liste des corrections ») et des Hé’arot VéTikounim Bédérekh Efchar (« Notes et corrections suggérées »). Il contenait également de nombreux autres éléments, notamment des fac-similés de pages du manuscrit original de l’Admour Hazakène du Tanya, une liste de toutes les impressions et manuscrits antérieurs du Tanya, une bibliographie de l’Admour Hazakène, et bien plus encore.
Les annotations manuscrites du Rabbi
Avant l’impression de l’édition de poche du Tanya plus tard cette année-là, le Rabbi a révisé ce livret et y a ajouté de nombreuses corrections manuscrites, notes, ajouts et commentaires. Ces annotations viennent d’être publiées dans le nouveau document souvenir.
La majeure partie des commentaires du Rabbi identifie les sources des diverses corrections et notes qu’il avait précédemment apportées au Tanya, comme on peut le constater sur les photographies par le marquage de lettres et de chiffres à côté de nombreuses entrées.
Un travail de comparaison inachevé
Il semble que le Rabbi ait transmis ce livret accompagné de deux manuscrits du Tanya et de cinq éditions anciennes, afin que les éditeurs puissent les comparer et consigner l’emplacement et l’étendue des corrections dans le livret. Par la suite, le Rabbi lui-même a révisé le matériel et ajouté des notes de sources supplémentaires. Malheureusement, le travail de comparaison n’a jamais été achevé, et toutes les sources n’ont pas été consignées pour chaque correction.
Le Rabbi avait noté à l’époque que le « Tanya HaChléma » – le Tanya complet avec toutes les explications des Rabéïm – était en cours de préparation pour publication, et que « les sources des corrections y seraient indiquées en détail ».
Vers une édition enrichie du Tanya HaChalem
Le Tanya HaChalem a finalement été imprimé cette année après de nombreuses années de travail. Cependant, comme le notent les éditeurs, « ces sources ne nous étaient pas disponibles » et n’ont donc pas été incluses. On espère qu’avec la publication de ce trésor nouvellement découvert, les sources seront imprimées dans les prochaines éditions du Tanya HaChalem ou dans de futurs volumes.
Dans une maison de Melbourne, un Chabbat, un cadre contenant la photo du Rabbi précédent tomba soudainement et se brisa. Reb Moché Feiglin, celui que le Rabbi appelait « l’Avraham Avinou d’Australie », sentit immédiatement que quelque chose s’était produit. Le récit émouvant d’une connexion spirituelle qui transcendait les distances et le temps.
Un titre honorifique exceptionnel
Il n’était pas dans les habitudes du Rabbi de désigner les personnes par des épithètes poétiques. Une exception remarquable fut sa référence répétée à Reb Moché Feiglin, homme discret qui fut pendant des décennies le seul ‘Hassid Loubavitch de son continent, comme « l’Avraham Avinou d’Australie » – en raison de son impact pionnier sur l’état du judaïsme là-bas.
À l’initiative du Rabbi Rayats, il réussit finalement à faire venir six familles pionnières et idéalistes de ‘Hassidim Loubavitch russes, qui transformèrent littéralement le visage du judaïsme australien.
Une correspondance aimante mais sans rencontre
Depuis son arrivée en 1912, Reb Moché avait maintenu une correspondance empreinte d’amour et de révérence avec le Rabbi Rayats, mais ne l’avait jamais rencontré en personne.
Le passage suivant est tiré de la biographie « Avraham Avinou d’Australie », écrite par Uri Kaploune, petit-fils de Reb Moché Feiglin :
« Après le décès de ma sage et chaleureuse grand-mère, Bobbé Léa, ses enfants ne voulaient pas que leur père, Reb Moché Feiglin, reste seul la nuit. Comme nous habitions juste à côté, je dormais dans sa maison – et continuais à étudier avec lui quotidiennement – pendant les sept années suivantes, d’abord dans la petite communauté rurale d’arboriculteurs juifs qu’il avait fondée il y a plus d’un siècle à Shepparton, puis à Melbourne. »
La nuit où le cadre tomba
« Un vendredi soir, juste avant ma Bar Mitsva, et presque quatre semaines après son veuvage, il se réveilla soudainement. Il se précipita anxieusement dans la salle à manger, où je le suivis, pour découvrir ce qui l’avait réveillé : une photographie encadrée du Rabbi Loubavitch de l’époque, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, qui occupait depuis des années une place d’honneur sur un buffet au bout de la pièce, était tombée au sol.
Pendant des décennies, Zeïdé Moché lui avait été lié de chaque fibre de son âme noble, même si durant leur vie en ce monde, ils ne s’étaient jamais rencontrés.
Maintenant, pointant du doigt le verre brisé, il me dit calmement : « Quelque chose s’est passé ! » »
Des tentatives de réconfort vaines
« Je fis de mon mieux pour le rassurer qu’il devait y avoir eu un courant d’air ou peut-être une secousse, mais en vain. Le Chabbat matin, il partagea son inquiétude avec notre voisin érudit, Rav Betsalel Wilschansky, le premier des ‘Hassidim Loubavitch russes qu’il avait fait venir en Australie. Il était passé comme toujours pour dire « Gut Chabbess » et accompagner mon grand-père et mon père à la synagogue. Lui aussi tenta de rassurer mon grand-père.
Or, Zeïdé Moché était un homme qui n’avait jamais été connu pour être ébranlé dans sa foi tranquille et son équanimité. Ce Chabbat-là, la seule fois dont je me souvienne, il ne put trouver la paix. »
Le télégramme fatidique
« Finalement, quelque temps après Chabbat, le télégramme de mauvais augure arriva de Brooklyn : « Histalkous Admour… » La date de ce Chabbat était le 10 Chevat 5710 (1950), le jour où Rabbi Yossef Its’hak acheva son œuvre de vie en ce monde et s’éleva vers un autre. »
Le défi permanent de la Hitkacheroute
Le défi permanent de maintenir le lien spirituel appelé Hitkacheroute avec un Rabbi que l’on ne peut ni voir ni entendre physiquement est abordé dans une lettre du Rabbi Rayats qui apparaît dans le Hayom Yom à l’entrée du 24 Sivan :
« Vous demandez : en quoi consiste votre lien spirituel avec moi – votre Hitkacheroute – puisque vous ne me connaissez pas de visage… ?
La véritable connexion s’atteint par l’étude de la Torah. Lorsque vous étudiez mes Maamarim, lisez les Si’hot, fréquentez mes amis (les membres de la fraternité ‘hassidique et les Temimim) dans leurs études et leurs Farbrenguen, et accomplissez ma demande en récitant les Tehilim et en maintenant un programme d’étude régulier – voilà ce qui constitue la Hitkacheroute. »