En 5709 (1949), le Rabbi précédent, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, adressait une lettre personnelle au Rav ‘Haïm Hillel Azimov, directeur des Talmud Torah Loubavitch de Paris, pour saluer l’essor des cours publics instaurés à Bezons. Dans cette missive d’une rare profondeur, il rappelait que l’étude de la Torah et du Hassidisme ne trouve son véritable accomplissement que dans la pratique quotidienne et dans la transmission vivante au sein du foyer familial. Un document exceptionnel qui éclaire, dans toute son intensité humaine, les premières années du mouvement Habad en région parisienne.
Le Rav ‘Haïm Hillel Azimov, un pilier silencieux de l’éducation loubavitch
Le Rav ‘Haïm Hillel Zyslin ben Tsvi Hirsh Azimov a consacré trente années de sa vie à la direction des Talmud Torah Loubavitch de Paris, posant avec discrétion et constance les fondations d’une éducation juive authentique dans la capitale française. Il a quitté ce monde le 29 Iyar 5741 (3 juin 1981), laissant derrière lui un héritage éducatif que son fils, le Rav Chmouel Azimov — Chalia’h du Rabbi en Île-de-France durant cinquante ans — allait perpétuer et amplifier avec une ardeur toute loubavitch.
Une lettre de bénédiction pour les cours de Bezons
Avec l’aide de D.ieu, Roch Hodech Nissan 5709 (23 mars 1949)
Mon ami, ancien et hassid, homme craignant D.ieu, notre maître le Rav ‘Haïm Hillel Azimov, ainsi que tous ses amis, chefs de famille et étudiants des YéchivotTom’heï Tmimim qui participent aux cours dispensés dans la maison de Bezons — que D.ieu leur prête longue vie.
Paix et bénédiction,
En réponse à son courrier du 22 Adar dernier, dans lequel il me fait part des cours publics qui ont été mis en place et qui, grâce à D.ieu, voient leur nombre de participants croître régulièrement — tant pour les cours de Talmud que pour ceux de Hassidisme — j’ai éprouvé une grande satisfaction à cette nouvelle, et je les remercie chaleureusement de cette annonce qui a procuré à mon âme une joie profonde.
L’étude au service de la vie : le message du Rabbi précédent
Il convient toutefois de garder à l’esprit que toute la finalité de l’étude réside dans son application pratique, laquelle ne s’exprime pas seulement à travers de bonnes qualités morales, mais aussi à travers des qualités aimables et une conduite agréable dans les relations humaines.
La demeure de chacun des étudiants et des chefs de famille doit devenir une maison d’étude et d’éducation dans les voies du Hassidisme. Cela signifie concrètement que, lors des repas en général — et en particulier lors des repas du Chabbat — ceux-ci doivent expliquer aux membres de leur famille les chemins et les coutumes hassidiques, dans un esprit d’amour du prochain et selon une conduite véritablement hassidique.
Récits des saints maîtres : les canaux de la sainteté
Ils éveilleront les cœurs par des récits sur nos saints maîtres hassidiques, de mémoire bénie, et sur les éminents hassidim qui les ont précédés, qu’ils reposent en paix — car ces évocations saintes sont les canaux qui font affluer en abondance une sainteté à la fois spirituelle et matérielle.
Que le Saint, béni soit-Il, les comble de Sa bénédiction et de Sa réussite dans tous leurs domaines, chacun selon ses besoins et ceux de sa famille, sur le plan matériel comme sur le plan spirituel.
Celui qui les bénit
[passage manuscrit] matériellement et spirituellement — Yossef Its’hak
45e Yortzeit du Rav Haïm Hillel Zyslin-Azimov : portrait d’un soldat silencieux de D.ieu
Rescapé du Rideau de Fer, serrurier de métier et ‘hassid jusqu’au bout de l’âme, le Rav Haïm Hillel Zyslin-Azimov fut l’une de ces figures rares qui font l’unanimité partout où elles passent — et c’est là, déjà, un fait exceptionnel. Dans le Paris des années 1970, au fil des Talmudé Torah de banlieue et des prières déchirantes du Yom Kippour, il marqua à jamais des générations de Juifs français par la force tranquille et lumineuse de sa foi. Ce portrait, tissé de scènes inoubliables et de souvenirs du cœur, rend hommage à un homme dont la vie entière fut un acte d’amour pour la Torah et le peuple juif.
Témoigner, c’est faire revivre
Témoigner, c’est avant tout faire revivre, ressusciter un événement, un être cher — pour soi-même autant que pour les autres. Il y a quelque chose de fascinant dans le fait de recréer, de faire surgir du passé des souvenirs, des gestes, des mots, des attitudes d’une personne que l’on aime, qu’elle soit proche ou loin de nous.
Mais quelle douloureuse expérience que d’évoquer un être disparu. Il est regrettable — injuste, même — d’attendre que quelqu’un passe dans l’autre monde pour en parler. On devrait dire du bien de ceux qui le méritent, de leur vivant. En matière de témoignage, le rapport entre subjectivité et objectivité est certes inégal : un homme peut plaire à certains et déplaire à d’autres, et il est bien rare de réunir l’unanimité d’opinions sur un même individu. Les Pirké Avot l’affirment pourtant : «Celui qui est agréable aux hommes est agréable à D.ieu.»
Reb Hillel Azimov-Zyslin, ce serrurier de métier, rescapé de derrière le Rideau de Fer, plaisait à tout le monde. Et c’est là un fait exceptionnel. Tenter de cerner son caractère, sa personnalité, peut paraître vain — car c’était un homme qui parlait peu. Le témoignage qui suit, nécessairement incomplet, procède par clichés et par petites scènes : c’est une description modeste d’un ‘hassid non moins modeste, vénéré, respecté et aimé de tous.
Paris, 1970 : un foyer au cœur du renouveau
Le mouvement Loubavitch était alors naissant. Rue des Francs-Bourgeois, son domicile fut le havre accueillant et chaleureux de nombreux Juifs en chemin vers un retour aux sources.
À la sortie du Chabbat, nous avions l’habitude d’aller écouter la Havdalah chez Reb Hillel. C’était aussi l’occasion pour lui de nous remettre des Talit Katan — ces vêtements à franges — pour les enfants du Talmud Torah, de nous rappeler la vertu cardinale d’un professeur, la ponctualité, ou encore d’emporter des Mavo Lakriah (livres de lecture pour enfants) et des Michloa’h Manot pour Pourim. Et c’était surtout l’occasion de nous écouter des histoires ‘hassidiques. Avec quelle chaleur, quelle sincérité il nous replongeait dans leur contexte ! Chaque mot, chaque parole étaient choisis, pesés, réfléchis. On en ressortait transformé, rempli d’une inspiration nouvelle pour la semaine qui s’ouvrait.
Les Talmudé Torah : une mission sacrée
Les Lilas, dix heures du matin. Les professeurs sont à leur place et enseignent le Houmach ou l’instruction religieuse. Dans certaines classes règne le chahut ; dans d’autres, le jeune auditoire est captivé.
Reb Hillel, directeur des Talmudé Torah Loubavitch, arrive, son cartable à la main. Les enfants se lèvent. Ils avaient pour ce directeur un profond respect — et pourtant, il ne parlait pas un mot de français, du moins à l’époque. Sa seule expression favorite, qui m’avait fait forte impression, était lancée à l’élève un peu turbulent : «Assis la place !»
Reb Hillel entamait alors sa tournée d’inspection. Ce qu’il aimait demander aux enfants, c’était : «Quelle bénédiction fait-on sur un fruit de l’arbre ? De la terre ?» Il faisait déjà comprendre aux plus jeunes qu’il n’y avait pas deux Juifs en eux — le Juif du Talmud Torah et le Juif de la maison. C’était là tout le sens de sa question : «Et à la maison, tu récites tes bénédictions ? Tu portes ton Talit Katan ?»
L’inspection consistait à faire lire quelques versets du Houmach avec leur traduction. Inlassablement, chaque dimanche ou mercredi matin, il vérifiait que chaque enfant portait son Talit Katan et sa Kipah. Il était aussi prodigue en conseils pour les professeurs, tenant à ce que les enfants prononcent correctement chaque mot de la Tefilah.
Qu’il est bon de se rappeler avec quel amour, quel Ahavat Israël, Reb Hillel posait son doux regard sur un enfant juif ! Tantôt une caresse sur la tête, tantôt une exclamation de satisfaction. De temps à autre, de « gros yeux » — mais toujours remplis d’affection et de délectation pour une jeune âme juive, à propos de laquelle il aimait répéter la sentence du Talmud : «On n’interrompt pas l’étude des jeunes enfants, même pour la construction du Temple !»
Le dimanche matin, c’était souvent la tournée des Talmudé Torah : aux Lilas, à Alfortville, à Montreuil — la marche, les longues distances ne lui faisaient pas peur. Sa seule présence, son intérêt sans cesse renouvelé, son amour infini pour les enfants et son souci pointilleux du moindre détail touchant au judaïsme et à l’avenir des générations futures suffisaient à nous stimuler et à nous revigorer d’une énergie constante.
Reb Hillel aimait à raconter : «C’était après la guerre. Lorsque je réussis à réunir pour la première fois quelques enfants au 17 de la rue des Rosiers, mon cœur fut tellement empli de joie que je me dispensai de réciter le Ta’hanoune. Un véritable Yom Tov pour moi, ce jour-là !»
Un jour, des travaux au Talmud Torah de Montreuil avaient fermé les portes. Les enfants étaient pourtant venus. Reb Hillel aussi était là. Par son entêtement bienveillant, il obtint la permission de faire cours normalement, et d’évoquer avec une pointe d’indignation : «En Russie, on étudiait, on priait en cachette. Les synagogues étaient fermées. Un jour, à nos risques et périls, nous décidâmes de prier à la synagogue et nous réussîmes à en obtenir les clés. Ici, en France, pour des « bêtises » de travaux, on voudrait empêcher des enfants juifs d’étudier la Torah !»
Yom Kippour au 17, rue des Rosiers
Imaginez un petit Chtibele — un modeste lieu de culte — rempli d’hommes, de femmes et d’enfants vêtus de blanc. L’atmosphère est lourde, solennelle. Les derniers arrivants se hâtent de mettre leur Talit ou de terminer les Tehilim. D’autres récitent le Al ‘Het de Min’ha.
Le Kol Nidré commence. La voix de Reb Hillel fend le silence religieux de la petite Choule. Par l’accent sincère de ses prières, il pouvait briser le cœur le plus insensible. Nous étions convaincus que Reb Hillel à l’Amoud, toutes nos fautes seraient pardonnées. Le gage de notre pardon ? Ses larmes. Son appel à D.ieu, lancé du tréfonds de son âme et de son cœur.
Reb Hillel, le Baal Koré
Reb Hillel, Baal Koré — lecteur de la Torah — voilà encore une scène inoubliable. Que ce fût le sacrifice d’Its’hak, la prière de Hannah ou la Meguilah de Pourim, Reb Hillel et la Torah ne faisaient qu’un seul corps au moment de la lecture. On eût dit qu’Its’hak, Morde’haï ou Esther revivaient devant nous — car c’est toute son âme qu’il mettait dans ces mots. Il lisait avec circonspection, émotion et inspiration. Le Sefer Torah était l’autel sur lequel les larmes de Reb Hillel se déversaient comme des perles, à l’instar des larmes des anges tombant sur l’autel du sacrifice d’Its’hak.
Reb Hillel en prière, Reb Hillel Baal Koré — lui seul était une incitation à la Téchouva, à l’introspection, à l’humilité, à la Hitbonenout : cette méditation profonde sur D.ieu, et enfin aux bonnes actions.
La douceur d’un maître
Ses remarques étaient comme un baume pour le cœur et l’esprit de celui qui savait en tenir compte. Pendant le Kaddich, il veillait scrupuleusement à ce que chacun — et en particulier les enfants — réponde «Amen — Yéhé Chmé Raba…», autant de fois que nécessaire. À l’un, il recommandait de faire suivre ses enfants sur le Houmach pendant la lecture de la Torah. À l’autre, de ne pas parler pendant la répétition de l’Amidah.
Il fallait voir comment il récitait une bénédiction. On sentait qu’il avait compris, ressenti, fait sienne la parole que le Tséma’h Tsédeh adressa un jour au ‘hassid Rabbi David Tsvi ‘Hein, alors âgé de onze ans : «Écoute-moi et commence à savoir, dès ton jeune âge, que lorsque tu dois réciter une bénédiction avant de manger ou de boire, sache à Qui tu adresses ton « Barou’h Ata ».»
Reb Hillel savait prier et donnait envie de prier. L’observer les yeux fermés suffisait à nous remplir d’ardeur, de joie et de zèle dans le service divin pour toute la journée.
À de rares occasions, nous réussîmes à le faire asseoir parmi nous et à le faire parler. Il ne faisait pas de grands discours interminables. Son principe était d’enseigner, de transmettre un message par l’histoire, par l’anecdote ‘hassidique du temps jadis. Il nous faisait découvrir et revivre l’époque des bons vieux ‘hassidim, et aimait évoquer son maître, Reb David Horodoker, de qui il tenait ses histoires.
Si l’on voulait définir qui était Reb Hillel en un seul mot, on dirait : le Messirout Nefech — l’abnégation et le sacrifice de soi — incarnés.
Reb Hillel, le soldat
Reb Hillel est parti de ce monde dans le feu de l’action, en pleine activité, en plein travail pour l’amour et la propagation de la Torah et des Mitsvot. On comprend dès lors pourquoi le Rabbi lui a conféré le titre de «soldat» — soldat de D.ieu.
Le jour où il nous a quittés, le 29 Iyar 5741 (3 juin 1981), Reb Hillel partait collecter des fonds aux Pays-Bas — de l’argent pour la Yéchiva Tom’hé Tmimim. Il partait à l’étranger pour subvenir aux besoins de la Yéchiva et du Talmud Torah. Ce jour-là, les siens tentèrent de le dissuader, car il était fatigué. Il répliqua simplement : «Je ne pars pas pour moi. Je pars pour Tom’hé Tmimim !»
Le chapitre huit du Shaar Hayi’houd Véhaémouna du Tanya aborde l’une des vérités les plus profondes de la philosophie juive : l’unité absolue et sans composition de D.ieu, dans laquelle Son essence, Sa volonté, Sa sagesse et Ses attributs ne forment qu’un seul et même être. Cette réalité, connue sous le nom d’a’hdout peshuta — unité simple —, est fondamentalement inaccessible à l’entendement humain, non par manque d’effort intellectuel, mais en raison de la structure même de notre âme. La leçon déploie, avec une rigueur remarquable, comment les facultés de la nechama humaine — depuis la sagesse jusqu’à l’action — s’enchaînent selon un ordre précis, tout en demeurant infiniment éloignées de la réalité divine.
Rav Yossef Itshak Ofen
Chapitre huit du Shaar Hayi’houd Véhaémouna du Tanya
L’unité simple de D.ieu : quand l’essence et la connaissance ne font qu’un
Le chapitre s’ouvre sur une notion fondamentale empruntée à Maïmonide : contrairement à l’être humain, dont les facultés et les attributs constituent des ajouts à son être propre, D.ieu, béni soit-Il, est une a’hdout peshuta — une unité absolument simple. Chez l’homme, l’intelligence, la volonté, la bonté ou la miséricorde sont des réalités distinctes qui se combinent et se superposent à la personne elle-même. Chez D.ieu, il n’en est rien : Son essence, Sa volonté, Sa sagesse (Cho’hma), Son intelligence (Bina), Sa connaissance (Da’at), Sa bienveillance (Hessed), Sa force (Guevoura) et Sa compassion — tout cela constitue une seule et même réalité indivisible.
Cette idée rejoint ce que Maïmonide enseigne sur les noms et les attributs divins : les noms de D.ieu — comme Hanoun (miséricordieux) ou Ra’houm (compatissant) — ne reflètent aucune multiplicité en Lui. Ils expriment simplement, depuis notre perspective humaine limitée, des facettes d’une réalité qui, en elle-même, est rigoureusement une. Le Créateur est « saint et séparé » de toute les catégories que les créatures peuvent concevoir.
Pourquoi l’être humain ne peut comprendre l’unité divine
La raison pour laquelle nous ne pouvons appréhender cette unité est simple mais profonde : lorsqu’un être humain veut se représenter un concept, il puise nécessairement en lui-même. Quand je cherche à comprendre comment un autre désire quelque chose, je m’imagine d’abord comment moi je désire — et je suppose que l’autre ressentira quelque chose de semblable, « plus fort ou plus faible, mais de même nature ». C’est ainsi que nous nous représentons toutes les facultés : par analogie à notre propre intériorité.
Or cette méthode révèle une limite constitutive : chez l’être humain, l’intelligence, la volonté et la bonté sont des réalités composées, distinctes les unes des autres. Il est donc incapable de se figurer ce que serait une unité véritable, car il ne la trouve pas en lui-même. L’unité simple n’a pas de correspondant dans la structure de l’âme humaine. D.ieu, en revanche, est infiniment élevé au-dessus de tout ce que la créature peut imaginer ou saisir par l’intellect — « infiniment éloigné », au sens littéral : aucun nombre, si grand soit-il, ne peut exprimer cette distance, car même l’infini reste hors de portée de notre représentation. Nous disons « sans limite » précisément parce que nous n’avons aucun concept adéquat pour le désigner.
La hiérarchie des facultés de l’âme humaine
Pour mieux faire saisir l’écart entre la réalité divine et la réalité humaine, le cours déploie l’organisation interne des facultés de l’âme. Chez l’être humain, les forces de la nechama s’enchaînent selon un ordre précis et hiérarchisé en cinq niveaux.
Le premier est la Cho’hma — la sagesse —, définie comme le pouvoir d’invention de l’être humain, l’éclair initial de l’idée, avant toute élaboration. De la Cho’hma découlent la Bina (l’intelligence, qui approfondit et développe l’idée) et la Da’at (la connaissance, qui intériorise et s’unit profondément à l’objet compris). Il existe entre ces trois facultés un rapport de dépendance strict : sans Cho’hma, il ne peut y avoir de Bina ; sans Bina, il ne peut y avoir de Da’at. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les Sages ont institué la Havdala — la séparation rituelle de la fin du Chabbat — en lien avec la Da’at : celui qui possède une vraie connaissance d’un sujet peut trancher et décider ; celui qui n’en a que la compréhension intellectuelle hésitera entre plusieurs positions sans pouvoir se déterminer.
Du Sé’hel — l’intellect dans son ensemble — découlent ensuite les Middot, les attributs émotionnels de l’âme : l’amour, la crainte, la compassion. L’enfant en est l’illustration vivante : sans Da’at, il est cruel sans le vouloir, incapable d’éprouver de la compassion pour la souffrance d’autrui, et n’aime que ce que son intelligence immature lui permet d’apprécier — des jouets, des sucreries. En grandissant, la Da’at s’affine, et avec elle les Middot : il comprend ce qui mérite vraiment d’être aimé, et ses sentiments s’élèvent en proportion.
De la pensée à l’action : l’enchaînement complet
Les Middot — une fois éveillées — donnent naissance à la pensée : l’être humain commence à réfléchir à la manière de réaliser ce qu’il désire. Lorsque, par exemple, il ressent l’élan de faire une bonne action, il se met à penser comment l’accomplir concrètement : que donner, comment agir. Les Middot fournissent ainsi la « vitalité » de la pensée — elles en sont le moteur. La pensée, à son tour, nourrit la parole : on ne peut dire que ce qu’on a d’abord pensé, sauf dans le cas de formules répétées si souvent qu’elles laissent une empreinte suffisante pour être prononcées sans effort conscient. Enfin, de la parole naît l’action — ou directement de la pensée lorsque l’on agit soi-même, sans intermédiaire.
La hiérarchie spirituelle entre ces niveaux est également soulignée : l’action est comme le corps ; la parole est comme l’âme de l’action — plus spirituelle, donc dotée d’une vitalité incomparablement plus grande. De même, la pensée est comme l’âme par rapport à la parole ; et les Middot sont comme l’âme par rapport à la pensée, car c’est le désir qui donne vie à la réflexion. Quant à l’intellect — Cho’hma, Bina, Da’at —, il est l’âme par rapport aux Middot, puisque c’est lui qui les engendre.
En résumé : l’âme humaine possède cinq grands niveaux — intellect, attributs émotionnels, pensée, parole, action — qui s’enchaînent et se conditionnent mutuellement dans un ordre immuable.
La même structure dans tous les mondes spirituels
Cette organisation n’est pas propre à l’être humain. Elle se retrouve, affirme le cours, dans la totalité des créatures et des mondes — depuis les Olamot Elionim (mondes supérieurs) jusqu’aux mondes inférieurs, dans les quatre mondes d’Atsilout, de Bria, de Yetsira et d’Assiya. Les anges eux-mêmes possèdent une Cho’hma, de la Bina, des Middot — amour de D.ieu, crainte de D.ieu — et même de la pensée et de la parole, bien qu’ils soient dépourvus de corps physique et donc d’action matérielle. Dans tous les mondes, la sagesse est le commencement, la source de toute vitalité, et tout s’enchaîne à partir d’elle.
Pour D.ieu, la sagesse et l’action sont équivalentes
C’est ici que la leçon atteint son point culminant. Si, pour la créature, la Cho’hma représente le sommet absolu — la faculté première, la source de toute vie — il n’en est pas de même pour D.ieu. Vis-à-vis du Créateur infini, la sagesse — aussi élevée qu’elle soit — est comparable à l’action, le niveau le plus « bas » de la créature. La distance entre la Cho’hma et l’action chez la créature est infinie ; mais pour D.ieu, qui est véritablement sans limite, un million et un sont identiques — la différence entre le plus élevé et le plus bas n’a aucune signification absolue.
C’est précisément ce qu’enseigne le verset : Koulam beChochma assita — « Tu as tout fait avec sagesse » (Psaumes 104:24). Le terme assita — « tu as fait » — renvoie à l’action (Assiya), le niveau le plus bas. La Torah ne dit pas « Tu as tout compris avec sagesse » ou « Tu as tout contemplé avec sagesse » : elle dit « Tu as fait ». Ce rapprochement entre sagesse et action n’est pas anodin — il enseigne que pour D.ieu, les deux sont équivalents. Cela confirme, une fois encore, l’impossibilité fondamentale pour nous de comprendre comment D.ieu et Sa sagesse, Sa volonté et Ses attributs, forment une réalité absolument une. Notre entendement, enfermé dans les cinq niveaux de l’âme créée, ne peut tout simplement pas saisir ce qui transcende toute structure et toute hiérarchie.
Dans les années 1960, le Rabbi lança la création du réseau scolaire Rechèt en Erets Israël, mobilisant des Hassidim dévoués pour arracher des dizaines de milliers d’enfants juifs à l’assimilation spirituelle. Cherchant à atteindre les jeunes en marge, le Rav Aharon Mordekhaï Zilberstrom organisa un programme du Chabbat intégrant des jeux — dont le ping-pong. La réponse du Rabbi, rédigée de sa main sainte, fut sans appel : une telle activité n’avait absolument aucune place le jour du Chabbat Kodech.
Un réseau scolaire pour sauver une génération
Lorsque le Rabbi lança l’appel pour l’établissement du réseau scolaire Rechèt en Eretz Israël, le Rav Aharon Mordekhaï Zilberstrom abandonna sans hésiter une profession respectée et un revenu confortable. Avec plusieurs autres Hassidim, il se consacra corps et âme à l’ouverture de dizaines d’établissements scolaires à travers tout le pays — recrutant des enseignants, organisant des journées de formation et des séminaires, et bâtissant autour de ces écoles de véritables communautés qui arrachèrent des dizaines de milliers d’enfants juifs à la destruction spirituelle.
À la recherche des jeunes perdus
Au-delà du cadre scolaire ordinaire, les responsables du réseau cherchaient constamment de nouvelles façons d’atteindre les garçons qui étaient passés entre les mailles du filet. Le Rav Zilberstrom raconte :
« Un an, nous avons ouvert un programme spécial du Chabbat dans la ville de Ganim, après avoir appris que des jeunes garçons y passaient le Chabbat dans des lieux impliquant une profanation de ce jour sacré. Pour les attirer, nous avons intégré au programme le ping-pong et d’autres jeux. »
La réponse du Rabbi : la sainteté du Chabbat est intouchable
Lorsqu’ils firent part de cette initiative au Rabbi, la réponse ne tarda pas à arriver, rédigée de sa main sainte : « Du ping-pong le Chabbat Kodech — il va de soi que cela n’a absolument aucune place. »
(Lettre du 11 Nissan 5720 [1960])
Rav Aharon Mordekhaï Zilberstrom zal
Né à Leipzig, en Allemagne, le Rav Zilberstrom fut envoyé dans la célèbre Yéchiva de Heide, une ville située juste au nord d’Anvers, où il se lia d’amitié avec celui qui allait devenir le Grand Rabbin d’Anvers, le Rav Dovid Moshé Lieberman.
Dans les forêts de France : la découverte de Loubavitch
Durant la Seconde Guerre mondiale, il rejoignit un groupe de bou’hourim qui se cachaient et étudiaient dans les forêts de France, sous la supervision du Rav Zalman Schneerson, un cousin du Rabbi. C’est là qu’il découvrit l’univers de Loubavitch, et il ne tarda pas à rejoindre les efforts du Rav Schneerson pour établir un réseau d’écoles à travers la France, destinées aux orphelins juifs.
Une mission confiée par le Rabbi
Lorsque le Rabbi se rendit à Paris pour rendre visite à sa mère, la Rabbanite Chana Schneerson, il invita le Rav Zilberstrom dans son hôtel pour discuter des orientations pédagogiques des écoles. Au cours d’un Farbrenguen, le Rabbi lui confia que sa mission de vie était de donner des chiourim, d’écrire des livres et de diriger des institutions éducatives.
Installation en Israël et engagement au service de la jeunesse
Après s’être installé en Israël et avoir épousé Miriam Shpigel — dont l’anniversaire tombe le 17 Tamouz —, il intégra l’administration de la célèbre école ‘haredite « Shilo », dont les anciens élèves comptent notamment l’actuel Rabbi de Gour, le Rav Yaakov Alter. À la fondation du Réchet, le réseau Habad de jardins d’enfants et d’écoles à travers Israël, Zilberstrom quitta son poste et se porta volontaire pour ouvrir des écoles destinées aux enfants de foyers non religieux.
Un témoignage du Rabbi : « entièrement craignant D.ieu »
C’est sur l’un des rapports qu’il adressa au Rabbi que ce dernier nota, à côté de son nom, qu’il était « entièrement craignant D.ieu » — une reconnaissance rare et précieuse, qui témoigne de la profondeur de son engagement.
Un enseignant et érudit au rayonnement durable
Habitant Jérusalem et priant à la synagogue du Baal Hatanya à Méa Shéarim, il poursuivit sa carrière d’enseignant et de conférencier auprès de milliers de personnes. Il se consacre depuis lors à la rédaction de hidouchin sur le Rambam, publiés dans la brochure « Min Hamaayan ».
Le Rav explique que le monde a été créé à la fois par une parole unique et par dix paroles :
Une seule parole : Représente la création ex nihilo (à partir du néant). C’est l’essence même de Dieu qui crée la matière première, identique pour tout ce qui existe [02:32].
Dix paroles : Représentent la diversification de la création (formes, couleurs, détails). L’accent est mis ici sur le monde lui-même et sa multiplicité [03:32].
Le Rav définit le véritable repos non pas comme une absence d’activité physique, mais comme un état spirituel :
Le repos est lié à la Torah donnée un Chabbat. Le monde était « suspendu » et agité jusqu’à ce que le peuple juif accepte la Torah, révélant ainsi le but de l’existence [13:39].
Le sens de la vie : Le repos vient de la conscience que « je n’ai été créé que pour servir mon Créateur ». Sans ce but, même l’homme le plus riche ne peut connaître la paix intérieure [14:15].
Un point central du cours est le travail sur l’âme animale :
L’âme divine aspire naturellement à Dieu comme une flamme. Cependant, le but n’est pas de s’évader du monde, mais d’élever l’âme animale (les désirs physiques) [23:32].
C’est précisément en allant contre sa nature matérielle pour servir Dieu que l’homme permet à l’essence divine de résider ici-bas.
4. Faire du Monde une « Demeure pour Dieu » [15:56]
Le Rav utilise plusieurs métaphores pour illustrer notre mission :
Le Palais : Nous devons transformer chaque élément matériel en un palais pour Dieu [16:40].
Le Point et le Palais : La soumission à la volonté de Dieu (le point) doit illuminer tous les détails de notre vie (le palais) [39:38].
Le Reflet dans l’eau : Si notre esprit est au repos (calme comme une eau paisible), la volonté divine d’en haut peut se refléter parfaitement dans nos actions d’en bas [44:39].
Le cours conclut sur la Paracha Bamidbar (dans le désert) :
Le désert représente un lieu spirituellement aride ou impur. Notre rôle est de transformer ce « désert » en une terre fertile [47:00].
Il rend hommage aux Chlouhim (émissaires) qui quittent leur confort pour aller dans des « déserts spirituels » afin d’aider des Juifs qui ignorent parfois ce qui leur manque [47:39].
La Paracha Bamidbar dépeint un peuple organisé en douze tribus distinctes, chacune arborant son propre drapeau et ses propres symboles. Loin d’être une source de division, cette singularité est, selon le Rabbi de Loubavitch, le reflet de douze voies complémentaires dans le service de D.ieu. Et c’est précisément cette diversité assumée que le roi Machia’h viendra célébrer et restaurer pour l’éternité.
Rav Schneor Ashkenazi
La tribalité et la vie en camp : un phénomène béni
Notre peuple est né sous le signe des douze tribus, et c’est dans cet esprit que, selon nos sources, la division en tribus sera de nouveau révélée à l’ère future. Mais pourquoi donc ? Nous rêvons d’unité, de fraternité et de coopération entre toutes les composantes du peuple juif. Nous aspirons à ce matin de grâce où nous nous élèverons au-dessus des rivalités communautaires, des clivages sectoriels et des querelles politiques, pour nous comporter « comme un seul homme au cœur uni », à l’image du peuple d’Israël rassemblé au pied du mont Sinaï.
Or, la Paracha Bamidbar dépeint une réalité tout autre. Elle se distingue par la division du peuple en quatre camps, douze tribus avec douze Nassiim à leur tête, et l’attribution d’un drapeau singulier à chacune d’elles.
La Paracha s’ouvre sur les noms des douze Nassiim qui présidaient à chaque tribu. Les versets poursuivent avec le recensement du peuple campant dans le désert, et la Torah présente les résultats tribu par tribu : « La tribu de Reouven : quarante-six mille cinq cents hommes ; la tribu de Chimon : cinquante-neuf mille trois cents ; la tribu de Gad : quarante-cinq mille six cent cinquante », et ainsi de suite.
Vient ensuite la description de l’ordre du campement dans le désert : au centre se dressait le Michkan, et autour de lui le peuple campait en quatre groupes, répartis selon les quatre points cardinaux. Chaque camp comprenait trois tribus, et chaque tribu occupait un emplacement précis et distinct, sans se mêler aux autres. Au-dessus de chaque tribu flottait un drapeau aux couleurs et aux emblèmes qui lui étaient propres, comme il est écrit : « Chacun sous son drapeau, selon les signes de leurs familles ancestrales, les enfants d’Israël camperont. »
À chaque tribu sa mission
Si cette division pourrait s’expliquer comme un dispositif provisoire lié à l’organisation dans le désert, ou comme une structure militaire en prévision de la conquête du pays, le Rambam tranche en pratique que, lors de la Délivrance future, nous nous diviserons de nouveau en douze tribus. Le roi Machia’h sera doté de la capacité prophétique d’identifier chaque individu selon la racine de son âme et de l’attribuer à la tribu qui lui correspond. En ses termes (Hilkhot Mela’him 12:3) : « Aux jours du roi Machia’h, quand son règne sera établi et que tout Israël se sera rassemblé auprès de lui, il attribuera à chacun sa lignée tribale par l’esprit de sainteté… il fera connaître que tel est de telle tribu et tel est de telle autre tribu. »
Ce fondement repose sur la prophétie d’Ézéchiel (48:31) : « Les portes de la ville [Jérusalem] porteront les noms des tribus d’Israël : trois portes au nord — la porte de Reouven, la porte de Yehouda, la porte de Lévi… » À l’ère future, Jérusalem comptera douze portes, et chaque tribu y entrera avec fierté par le portail qui lui est réservé.
Toute âme éprise de paix se demandera alors : en quoi la division en camps et en tribus est-elle bénéfique ? N’est-ce pas là un phénomène de l’exil dont il faudrait chercher à se débarrasser ?
Le Rabbi de Loubavitch y perçoit un message exaltant (Likkoutei Si’hot, vol. 23, p. 54 ; vol. 25, p. 309) : nous sommes différents les uns des autres, et il nous appartient de cultiver la singularité de chacun. Les douze tribus représentent douze voies dans le service de D.ieu, et chaque être humain est appelé à trouver sa contribution unique à la sanctification du monde.
Les drapeaux et leurs emblèmes symbolisaient la « force » propre aux fils de chaque tribu. Sur le drapeau de Reouven étaient représentées les mandragores qu’il avait apportées à sa mère comme porte-bonheur de fertilité, perpétuant ainsi la vertu de responsabilité qui caractérisait Reouven en tant que premier-né de la famille.
Sur le drapeau de Chimon était représentée la ville de Che’hem, évoquant la vertu de la rigueur et de l’aspiration à la perfection propre aux fils de cette tribu — une qualité précieuse lorsqu’elle s’exerce dans l’équilibre et dans des limites appropriées. Le drapeau de Lévi symbolisait le dévouement au service du Temple ; celui de Yehouda rappelait la direction royale du peuple ; celui d’Issa’har, la persévérance inébranlable dans l’étude de la Torah ; et celui de Zevouloun, l’art du commerce maritime.
La « force » personnelle : non seulement un droit, mais un devoir
La « force » personnelle n’est pas seulement un privilège — c’est une obligation. C’est le moment où le Saint Béni Soit-Il a assigné à l’âme qui descend en ce monde une mission précise dans le Tikkoun Olam, la réparation du monde. Les traits de caractère individuels constituent la « boîte à outils » que nous avons reçue pour accomplir cette mission avec succès.
C’est pourquoi il est interdit à l’homme de négliger ses talents, son environnement et sa place dans le monde, au profit d’une voie différente qui ne lui garantirait qu’un confort matériel ou une vie plus aisée. Lorsque nos qualités personnelles rencontrent un besoin local auquel nous seuls sommes en mesure de répondre convenablement — c’est cela notre Cheli’hout, notre mission de vie.
Parmi les nombreuses fonctions du roi Machia’h, il nous rappellera notre vocation personnelle en ce monde — et c’est là une raison supplémentaire de l’attendre avec une ardente impatience.
Aaron Ouanounou, francophone Habad habitant Ashdod, se rend au Ohel chaque année depuis trente-six ans pour y déposer les lettres que lui confient hommes et femmes de son entourage. Un Guimel Tamouz, une amie de sa femme lui remet une enveloppe assortie d’une consigne inhabituelle : ne surtout pas la lire. Ce qu’il se passa ensuite au Ohel dépasse toute coïncidence humaine et rappelle que le Rabbi continue d’agir.
Trente-six ans de voyages au Ohel
Je m’appelle Aaron Ouanounou, j’habite à Achdod, et je suis là pour vous raconter une histoire particulière qui m’est arrivée au Ohel, après Guimel Tamouz. Voilà : ma femme et moi avons nos habitudes bien établies. Moi, je voyage au Ohel depuis trente-six ans. Ma femme, elle, se rend au Kinous. Cette année-là, cependant, elle ne pouvait pas voyager. Une amie à elle m’a alors remis une lettre, comme cela se fait souvent — car, chaque année, je reçois les lettres d’hommes et de femmes qui souhaitent écrire au Rabbi, qui veulent lui demander une brakha.
Seulement, cette lettre-là avait quelque chose de particulier : l’amie de ma femme m’avait demandé de ne surtout pas la lire. Vous savez que nous avons l’habitude — comme le Rabbi lui-même le faisait lorsqu’il se rendait au Ohel du Rabbi précédent, le Rabbi Rayatz — de prendre les lettres et de les lire mot à mot. Mais cette dame, elle, ne voulait pas que je lise la sienne.
Une lettre à remettre sans la lire
Je prends donc toutes les lettres, j’arrive au Ohel, j’entre et je commence à réciter mes prières. Arrivé au moment où il convient de lire les lettres, je les prends une par une. Et lorsque je parviens à celle de l’amie de ma femme, je me rappelle soudain qu’elle m’avait demandé de ne pas la lire.
Je cherche à droite, à gauche. Et je remarque qu’il y a derrière moi un grand monsieur qui parlait français avec un accent canadien. Je me dis qu’il pourrait certainement lire cette lettre à ma place. Je me retourne et je lui tends l’enveloppe en lui demandant : « Est-ce que tu peux lire la lettre ? » Lui, ne connaissant pas le minhag, me demande : « Ça veut dire quoi ? » Je lui explique simplement : « Tu lis la lettre — chez nous, on a l’habitude de lire à voix haute les lettres que l’on nous confie. Si tu peux le faire, je t’en serais reconnaissant. » Il accepte.
Je lui donne la lettre, je me retourne et je continue mes prières.
Un inconnu visiblement bouleversé
Brusquement, une fois qu’il a fini de lire, il me rappelle. Il me dit : « J’ai fini, j’ai fini » — mais d’un air très, très touché. Je déchire la lettre, comme il est d’usage au Ohel, et je poursuis mes prières. Une fois terminé, je sors — et je vois ce grand monsieur adossé contre le mur, en train de m’attendre.
Quand j’arrive vers lui, il me demande : « Pourquoi tu m’as donné cette lettre à lire ? » Je lui explique : une amie de ma femme ne voulait pas que je la lise moi-même, et tout. Il répond : « Non, ce n’est pas ça la question. La question, c’est : pourquoi tu me l’as donnée à moi ? »
Je lui dis : « Écoute, je t’ai donné la lettre parce que tu étais le seul, à côté de moi, qui parlait français avec un accent. Je me suis dit que tu pouvais la lire. »
Il insiste : « Ce n’est pas ça la question. Mais pourquoi à moi ? Je vais te dire ce qu’il y avait écrit dans cette lettre. »
Je lui réponds : « Non, justement — je ne dois pas savoir ce qu’il y avait d’écrit dans cette lettre. »
« Si, je vais te le dire. »
Quand quelqu’un fait presque deux mètres et qu’il vous dit avec insistance qu’il va vous parler, vous lui dites : « Bon, d’accord. »
Le message qui n’était pas pour moi
Alors il me dit : « Cette lettre, c’est une dame qui demande une bénédiction au Rabbi — la bénédiction de pouvoir retrouver son frère, qu’elle n’a pas vu depuis des années. »
Il marque un silence, puis il poursuit : « Cette dame porte le même prénom que ma sœur. Et le prénom de sa mère, c’est le prénom de ma mère. »
Et il me dit : « Tu savais que j’étais fâché avec ma sœur depuis des années ? »
Je le regarde. Je change de couleur. Et lui commence à pleurer.
Nous avons compris, lui et moi, que le Rabbi avait fait le nécessaire pour que le message lui parvienne — et pour qu’il puisse se réconcilier avec sa sœur.
Le jour de Lag BaOmer, un Chalia’h fit le choix de mettre de côté ses propres besoins pour venir en aide à un collègue dans la difficulté — un geste qui allait déclencher une chaîne d’événements extraordinaire. L’histoire, rapportée par le Rav Chmuly Rothman, coach en collecte de fonds pour les Chlou’him, illustre avec éclat la force du don désintéressé. Ce récit, entendu directement du Chalia’h concerné, est devenu l’une des histoires les plus touchantes de l’année.
Une visite au Ohel chargée d’intentions
Ce Lag BaOmer, un Chalia’h se rendit au Ohel en compagnie d’un généreux baalabos qu’il y emmenait pour la première fois. Comme à chaque visite, il portait en lui de nombreuses requêtes personnelles et des besoins financiers pressants à présenter en prière, afin de soutenir et de renforcer son activité de Chalia’h.
Alors qu’il se trouvait sur place, il aperçut l’épouse d’un Chalia’h voisin. Il savait que ce dernier était en train de finaliser un achat important pour sa mission, et il savait également qu’il ne bénéficiait d’aucun soutien financier réel et n’avait personne vers qui se tourner.
Le choix du cœur
À cet instant précis, le Chalia’h prit une décision. Il se dit : je suis sur le point d’entrer au Ohel pour demander des bénédictions pour moi-même, et j’ai plusieurs personnes auxquelles je peux m’adresser pour obtenir de l’aide. Mais voilà un autre Chalia’h dans un besoin réel, sans personne vers qui se tourner.
Il décida sur-le-champ d’agir pour eux.
Après avoir prié au Ohel, le Chalia’h conduisit son visiteur vers la Chlouh’a voisine et la lui présenta, lui demandant s’il serait prêt à l’aider. L’homme accepta volontiers et promit de reprendre contact.
Le Rabbi parle de Tsedaka
Ils se rendirent ensuite visionner une vidéo — et à leur grande surprise, le Rabbi y parlait avec force de l’importance et de la valeur inestimable de la Tsedaka. Le message semblait résonner comme une réponse directe à ce qui venait de se passer.
Sur le chemin du retour depuis le Ohel, la conversation se poursuivit dans la voiture. Le Chalia’h expliqua plus en détail la situation de son collègue : celui-ci était en cours d’acquisition d’un bien immobilier et faisait face à un besoin urgent.
Un chiffre qui ne trompe pas
Le donateur demanda : « De combien ont-ils besoin ? » Le Chalia’h lui répondit en citant un montant précis.
« Et combien me demandez-vous ? » poursuivit l’homme.
« La totalité », répondit le Chalia’h.
« Marché conclu », dit l’homme sans la moindre hésitation. « Je vais virer l’argent. »
Le donateur partagea alors sa propre version des faits. « Lorsque j’étais au Ohel, dit-il, j’ai fait la promesse au Rabbi de consacrer une certaine somme importante à la Tsedaka. Ce chiffre exact est précisément celui que vous venez de me demander ! »
La nouvelle parvient au Rabbi
Trois jours plus tard, le virement complet arriva sur le compte des Chlou’him voisins, et le Chalia’h put partager la bonne nouvelle avec le Rabbi.
Quant à ses propres besoins financiers, ceux pour lesquels il était allé prier ? Il conclut avec une sérénité absolue : « Je n’en doute pas un seul instant — nous aurons ce qu’il nous faut. »
En 1970, un jeune étudiant de yéchiva sans aucune connaissance technique se retrouve, par la Providence divine, au cœur d’une révolution médiatique qui allait transformer le mouvement Habad-Loubavitch pour toujours. De quelques fils téléphoniques bricolés dans une chambre du 770, naît le Centre mondial de communication Loubavitch — un réseau de 420 lignes capable d’atteindre 600 points de diffusion aux quatre coins du globe. C’est l’histoire extraordinaire de Rav ‘Haïm Barou’h Halberstam, l’homme qui a donné au Rabbi une voix universelle.
Un étudiant de yéchiva au bon endroit au bon moment
J’étais un jeune étudiant de yéchiva, j’avais tout juste vingt et un ans, et je ne savais rien à l’électronique — je ne comprenais même pas le fonctionnement d’un téléphone. Tout ce que je savais faire, c’était composer un numéro, et mes connaissances s’arrêtaient là. Mais, par la Providence divine, je me trouvai être la bonne personne, au bon endroit, au bon moment, et je devins un rouage essentiel d’une machine qui allait finalement donner naissance au Centre mondial de communication Loubavitch.
Tout commença en 1970, lorsque Habad commémorait le vingtième anniversaire du décès du Rabbi précédent, le dixième jour du mois hébraïque de Chevat — ce qui correspondait également au vingtième anniversaire de l’entrée en fonction du Rabbi. Les ‘hassidim d’Israël avaient fait une demande : retransmettre en direct depuis Brooklyn les cérémonies qui se dérouleraient là-bas.
En ce temps-là, pour diffuser un événement en direct, trois éléments étaient indispensables : premièrement, une ligne téléphonique ; deuxièmement, un local depuis lequel opérer ; et troisièmement, une pièce donnant vue sur la synagogue où se tiendraient les cérémonies.
Or, par une heureuse coïncidence, je disposais de ces trois éléments à la fois. En tant qu’étudiant à la yéchiva Habad, on m’avait attribué une chambre au 770 qui était disponible à l’époque. Cette pièce avait été le bureau de l’un des secrétaires du Rabbi — Rav Mochè Leib Rodshtein — mais elle était restée vide depuis son décès en 1967. Elle était bien entendu équipée d’un téléphone, et possédait également une fenêtre donnant sur la grande synagogue du rez-de-chaussée, fenêtre qui avait été aménagée à l’époque pour permettre à son occupant de participer aux offices pendant sa maladie. De cet endroit, il était possible d’observer et d’enregistrer l’intégralité de l’événement.
Les premières diffusions en direct depuis le 770
Cette première retransmission — qui, malheureusement, en raison du décalage horaire, ne parvint pas en Israël, car le Chabbat y avait déjà commencé — fut néanmoins un succès, puisque les ‘hassidim de Chicago et de Los Angeles purent l’écouter en direct. Par ailleurs, après la fin du Chabbat, le Rabbi tint un autre Farbrenguen, et cette fois les ‘hassidim d’Israël purent l’entendre en temps réel.
Nous apprîmes ensuite que le Rabbi était satisfait de cette diffusion, et qu’il avait même mentionné à l’un de ses secrétaires qu’il se demandait pourquoi cela n’avait pas été fait auparavant. Nous décidâmes donc d’organiser ces retransmissions en direct de manière régulière.
Le dispositif initial était très simple. Un étudiant israélien du nom de Chemouel (Mulik) Rivkin, qui possédait quelques notions d’ingénierie, avait ouvert le combiné téléphonique et relié les fils aux écouteurs d’un magnétophone, ce qui nous donnait la capacité de diffuser.
La fois suivante où le Rabbi tint un Farbrenguen, nous tirâmes des fils depuis tous les bureaux du bâtiment voisin afin de disposer non pas d’une seule ligne, mais de quatre ou cinq lignes téléphoniques. Là encore, nous branchâmes les fils des téléphones au magnétophone et diffusâmes simultanément vers plusieurs lieux.
Nous pensions avoir trouvé notre système. Mais lorsque nous tentâmes de connecter dix lignes téléphoniques au magnétophone, celui-ci prit feu. C’est ainsi que nous apprîmes ce qui était faisable et ce qui ne l’était pas.
De quelques fils à 420 lignes téléphoniques
Comme je l’ai mentionné, j’étais impliqué uniquement parce que tout se passait dans ma chambre, mais je n’étais qu’un étudiant de yéchiva sans aucune connaissance technologique. Pourtant, tout comme D.ieu avait accordé à Betsalel les compétences techniques nécessaires pour construire le Michkan pendant que les Israélites erraient dans le désert, Il me donna à moi aussi les moyens de faire avancer ce projet.
Après le départ de Mulik, je commençai à étudier le fonctionnement d’un téléphone, et j’appris énormément, principalement par tâtonnements. Peu à peu — avec l’aide de plusieurs personnes, notamment Yonason Hackner, Yossel Kazen, Eli Winsbacher et Chemouel Goldman — je pus développer un système extrêmement sophistiqué, introuvable ailleurs ; on n’aurait pu l’acheter nulle part. Des représentants de nombreuses entreprises vinrent le voir et n’en revenaient pas qu’il soit fait maison. Il comportait 420 lignes téléphoniques et nous donnait la capacité de diffuser vers 600 points de réception à travers le monde. À l’origine, nous l’appelions LCC, pour Lubavitch Communication Center, puis nous y ajoutâmes le W officiel — à l’image des stations de radio — pour devenir le WLCC, le Centre mondial de communication Loubavitch.
Après chaque diffusion, nous envoyions un rapport au Rabbi lui indiquant les lieux que nous avions atteints, et au bout d’un certain temps, le Rabbi réclamait le rapport avant même que nous ayons eu l’occasion de le lui remettre. On vit même le Rabbi parcourir des yeux une collection de ces rapports lorsqu’il se recueillait sur la sépulture du Rabbi précédent avant Roch Hachana, ce qui témoignait de l’importance que ce projet revêtait à ses yeux.
La voix du Rabbi, de Brooklyn aux cinq continents
Lors des Farbrenguen suivants, le Rabbi mentionna à plusieurs reprises que l’événement était retransmis en direct et unissait des personnes à travers le monde entier ; nous savions donc qu’il était satisfait de nos efforts. Je me souviens qu’il dit une fois que, tout comme l’or — qui a de nombreuses applications — avait en réalité été créé pour le service du Temple, de même la technologie de diffusion possède de nombreux usages, mais a en réalité été créée pour répandre la Torah.
Les retours provenant des endroits les plus reculés étaient très positifs. Les gens nous demandaient d’ajouter davantage de lignes, et le Rabbi indiqua qu’ils devaient contribuer financièrement, car l’extension du système et les frais de diffusion étaient considérables.
Retransmettre un seul Farbrenguen vers Israël coûtait à l’époque plus de mille dollars, ce qui équivaudrait aujourd’hui à près de sept mille dollars. Chaque diffusion mobilisait au minimum une demi-douzaine de personnes. L’une était chargée du microphone en bas, s’assurant qu’il captait clairement les propos du Rabbi. Une autre s’occupait du système de sonorisation. Une autre encore gérait l’enregistrement audio, car chacune des allocutions du Rabbi était également enregistrée — et même selon les normes actuelles, ces enregistrements sont de bonne qualité et sont encore écoutés aujourd’hui. Lorsque nous ajoutâmes par la suite la vidéo, il fallut prévoir du personnel pour s’en occuper. L’opération était donc très exigeante en main-d’œuvre.
Nous avons également diffusé le Rabbi à la radio à New York, car de nombreux ‘hassidim souhaitaient l’entendre sans pouvoir assister aux Farbrenguen — notamment les mères de jeunes enfants. Les diffusions radiophoniques se révélèrent particulièrement précieuses après l’attaque cardiaque que subit le Rabbi en 1977. Le soir suivant, il souhaitait s’adresser à tous pour les rassurer, et l’on me demanda d’installer un microphone depuis sa chambre jusqu’au système de sonorisation. Par la suite, le Rabbi prit l’habitude de parler depuis sa chambre via la radio chaque semaine après le Chabbat, jusqu’à ce que ses médecins l’autorisent à reprendre son programme habituel de Farbrenguen depuis la synagogue.
Un réseau mondial au service de la présence Habad
Au départ, nous ne diffusions qu’à destination des grands centres Habad et des yéchivot, mais le réseau finit par couvrir le monde entier. Ainsi, nous diffusions à Londres, et Londres retransmettait à son tour vers toute l’Europe, d’Amsterdam à Zurich. Nous diffusions vers le Venezuela, et de là nous atteignions le Brésil et l’Argentine. Finalement, nous rejoignîmes chaque endroit où une présence Habad existait.
Le Rabbi avait envoyé ses émissaires dans tous les recoins du globe pour transformer le monde, mais il souhaitait également les soutenir, les maintenir proches de lui et les unir entre eux. Les retransmissions en direct de ses allocutions lors des Farbrenguen l’aidaient à accomplir cela.
Entre 1970 et 1994, Rav ‘Haïm Barou’h Halberstam diffusa et enregistra des milliers d’heures d’allocutions et d’échanges du Rabbi avec des individus, tout en dirigeant le Centre mondial de communication Loubavitch. Aujourd’hui, les locaux du WLCC servent de centre d’accueil et de Beth Habad, accueillant les visiteurs du 770. Il fut interviewé en mars 2019.
La tradition chassidique enseigne que la victoire sur le mauvais penchant ne passe pas par son anéantissement, mais par sa transformation et son élévation vers le domaine de la sainteté. À l’instar des cinq lois qui régissent l’abattage rituel, cinq obstacles guettent l’homme dans son service divin et peuvent ruiner tous ses efforts. Ce discours, tiré de la Torat Mena’hem (vol. 8, p. 230), dévoile avec une précision saisissante les pièges spirituels à éviter pour réussir cette grande transformation intérieure.
(D’après la Torat Mena’hem, vol. 8, p. 230)
Nos Sages de mémoire bénie ont enseigné (traité Soukka 52a) que dans les temps à venir, le Saint béni soit-Il abattra le mauvais penchant (yetser hara — יצר הרע). Bien que cette affirmation vise l’ère messianique future, il convient de savoir que tous les événements futurs ont déjà été accomplis, en substance, lors du don de la Torah — comme l’exprime le célèbre adage : le don de la Torah n’aura plus lieu une seconde fois, mais dans les temps à venir, il se manifestera au grand jour. Cela signifie que la réalité de l’abattage du mauvais penchant est également pertinente dans le service divin de l’homme, ici et maintenant.
Le sens de cette métaphore réside dans la nature même de l’acte d’abattage (che’hita — שחיטה) : il ne supprime pas la substance physique de l’être abattu, qui demeure intact, mais en extrait le sang et la vitalité. Puis l’on offre sur l’autel la graisse (‘helev — חלב), qui symbolise le plaisir et la délectation.
C’est également le sens de l’enseignement de nos Sages : il n’y a pas d’acte de che’hita sans mechikha (משיכה — traction) — car par la traction, l’objet acquis ne subit aucune transformation en lui-même ; on le prend tel qu’il est et on le tire dans sa propre sphère de domination. Cela signifie que l’on transfère la chose matérielle — telle quelle — d’un domaine à un autre : du domaine public (réchout harabbim — רשות הרבים), les montagnes de séparation (tourei depiroda — טורי דפרודא), vers le domaine privé (réchout haya’hid — רשות היחיד) — car la traction doit s’effectuer précisément dans un domaine privé — celui de l’Unique du monde.
Tel est le sens de l’abattage du mauvais penchant : il ne s’agit pas d’annuler son existence, mais bien au contraire, de l’élever et de l’introduire dans le domaine de la sainteté.
Dans ce service de l’abattage du mauvais penchant, il convient de se garder des cinq choses qui invalident la che’hita :
La shehiya (שהייה) — la pause qui invalide
Lorsqu’on s’arrête en cours de route pour faire des calculs — cela en vaut-il vraiment la peine ? Serai-je réellement capable de réussir ? Est-ce que j’y parviendrai vraiment ? — cette délibération au milieu de l’action constitue la she’hiya qui invalide l’abattage. En d’autres termes, le service divin doit s’accomplir sans calculs, dans un élan de saut (diloug — דילוג), sans jamais s’arrêter à mi-chemin.
La ‘halda (חלדה) — comme une taupe enfouie dans ses terriers
Il en est parmi nous dont le service divin s’effectue dans la dissimulation, afin de ne pas être reconnus. À titre d’exemple : lorsqu’il s’agit d’embellir une Mitsva (hiddour mitsva — הידור מצוה), on ne veut pas que cela se remarque — de peur qu’on ne dise « le voilà qui fait son pieux » — et l’on agit donc en secret. Dès lors, pour les pratiques qui ne peuvent s’accomplir discrètement, comme le port de la barbe, on ne les accomplit tout simplement pas. Or il faut savoir que la ‘halda invalide la che’hita ; le service divin doit s’accomplir au grand jour, sans honte face aux moqueurs, comme l’explique le premier paragraphe du Choul’han Arou’h (שולחן ערוך — Ora’h ‘Haïm — אורח חיים).
Quant à l’argument avancé — « je ne veux pas le faire par crainte de la youhra (יוהרא — orgueil spirituel), afin de ne pas en venir à un sentiment d’égo (yéchoute — ישות) » — il convient de préciser qu’il ne s’agit pas ici de pratiques à propos desquelles il aurait été explicitement mentionné qu’on ne doit pas les accomplir en raison de la youhra. L’on doit donc reconnaître que cet argument n’est qu’une forme d’autotromperie ; la vraie raison est que l’on ne veut pas sortir de soi-même — « er vil nit aroysgayn fun zikh », il ne veut pas s’arracher à son propre moi !
D’ailleurs, en termes plus fondamentaux : en quoi son existence lui importe-t-elle à ce point qu’il redoute d’y ajouter de la yéchoute ? Bien au contraire — le fait même de penser à soi est déjà en soi une manifestation de la yéchoute ! Lorsqu’on peut accomplir quelque chose qui correspond à la volonté du Maître de la volonté, on doit le faire sans penser à soi.
La hagramma (הגרמה) — la déviation qui détruit
Lorsque l’acte d’abattage est effectué de manière à extirper les signes anatomiques (simanim — סימנים) eux-mêmes — ce qui correspond à l’annulation totale de l’existence — c’est là le contraire de l’intention visée. Car, comme il a été dit plus haut, l’intention profonde est que le mauvais penchant lui-même se transforme en amour de D.ieu.
La derassa (דרסה) — la pression du couteau sur la chair
Il s’agit de celui qui s’inflige des mortifications corporelles, des jeûnes et autres pratiques similaires : cela invalide la che’hita. En effet, on ne demande pas à l’homme de jeûner de Chabbat en Chabbat, ni même les lundis et les jeudis. Bien au contraire — conformément à l’enseignement du Baal Chem Tov sur le verset « azov ta’azov imo » (tu aideras vraiment avec lui), le service divin doit s’accomplir avec le corps et non contre lui.
L’ikour (עיקור) — l’arrachement qui rompt tout
Tel est également le sens de l’ikour : tout comme l’arrachement brusque invalide l’abattage rituel, vouloir s’extirper violemment de sa nature propre, en la détruisant plutôt qu’en la transformant, va à l’encontre de la démarche voulue. Le service divin authentique n’est pas une rupture, mais une élévation.