Igueret HaKodech 19 #1 : Et si tes yeux ne voyaient que la surface d’une réalité infinie cachée

Igueret HaKodech 19 #1 : Et si tes yeux ne voyaient que la surface d’une réalité infinie cachée

Il existe dans la Torah deux dimensions complémentaires et indissociables : celle que l’on voit et applique au quotidien, et celle, infiniment plus profonde, que seule la sagesse intérieure permet de saisir. Un cours magistral explore cette dualité à travers une comparaison saisissante entre la prophétie de Moshé et la compréhension des grands kabbalistes. Au terme de ce voyage entre le visible et l’invisible, une certitude s’impose : les deux dimensions de la Torah sont également nécessaires à la plénitude spirituelle de l’homme.

 

 

 

Moshé et la limite de la vision prophétique

Moshé Rabbénou a atteint le sommet absolu de la prophétie humaine. Aucun être humain avant lui ni après lui n’a contemplé des niveaux divins aussi élevés — ce que la tradition désigne par l’expression « la face postérieure » de D.ieu, c’est-à-dire la dimension du divin que D.ieu lui-même a accepté de dévoiler à son serviteur le plus fidèle. Et pourtant, la vision comporte une limite inhérente : on ne voit que ce qui est montré. L’œil, si aiguisé soit-il, reste tributaire de ce qui lui est présenté. La vision, même prophétique, demeure passive par nature.

C’est là que réside un paradoxe que la tradition hassidique prend le soin de mettre en lumière : Moshé, le plus grand des prophètes, n’a pas nécessairement accédé aux strates les plus secrètes du réel divin. Car voir, même au sommet de la prophétie, n’est pas la même chose que comprendre.

Le sage dépasse le prophète : la primauté de la Hokhmah

Le Talmud avance une affirmation audacieuse en apparence : un sage est supérieur à un prophète. Cette sentence, loin d’être une provocation, exprime une vérité profonde sur la nature de la connaissance spirituelle. Grâce à la Hokhmah — la sagesse —, le sage peut pénétrer des dimensions du divin encore plus élevées que ce que la vision prophétique peut percevoir. Il accède, selon la terminologie mystique, à la « face antérieure » de D.ieu, c’est-à-dire à une intimité encore plus grande avec la source même de toute réalité.

Pour illustrer cette distinction, le cours recourt à une image tirée du monde juridique : le témoin voit le fait, mais c’est le juge qui doit le comprendre dans toute sa profondeur, en démêler les causes, les intentions, les circonstances. Le témoin rapporte ; le juge interprète. Or c’est bien l’interprétation — la compréhension active — qui dévoile la vérité ultime d’un événement.

La Torah dévoilée : la face visible des commandements

La Torah se présente à nous d’abord dans sa dimension exotérique : les lois, les rites, les pratiques quotidiennes. Ce sont les actes concrets que l’on peut accomplir, les commandements que l’on peut toucher de la main — mettre les Téfilines, apposer la Mezouza, observer le Chabbat. Cette dimension correspond à la « face postérieure » : elle est visible, accessible, transmissible de génération en génération. C’est la Halakha, chemin balisé sur lequel le peuple juif marche depuis le Sinaï.

Cette face de la Torah n’est pas inférieure — elle est indispensable. Elle constitue la réalité vivante et incarnée du judaïsme, son ossature, sa respiration quotidienne. Mais elle ne dit pas tout. Elle montre sans toujours expliquer, prescrit sans toujours révéler le pourquoi.

La Torah cachée : le sens invisible derrière les formes

Derrière chaque commandement se cache un univers de sens que la logique ordinaire ne peut atteindre. Pourquoi les Téfilines sont-elles de forme carrée ? Pourquoi certaines lettres de la Torah sont-elles écrites en taille inhabituelle ? Ces questions ne sont pas ornementales : elles pointent vers la dimension ésotérique de la Torah, sa « face antérieure », que seule la Kabbale et la Hassidout permettent d’approcher.

Ces raisons spirituelles échappent souvent à la raison humaine ordinaire. Elles ne relèvent pas de l’irrationnel, mais d’un registre du réel que notre intellect actuel ne peut embrasser qu’imparfaitement. Le mystère n’est pas une lacune — il est un horizon.

Pourquoi étudier ce qui nous dépasse : la promesse de Machi’a’h

On pourrait objecter : à quoi bon étudier des profondeurs que l’on ne peut pleinement saisir ? La réponse du cours est d’une clarté lumineuse. L’étude de la Kabbale et de la Hassidout, même imparfaite, même partielle, prépare l’esprit et l’âme. Elle trace des sillons dans la conscience spirituelle de l’homme, des sillons qui attendent leur heure.

Car à la venue du Machia’h, les mystères seront éclaircis. Ce qui était caché sera révélé, ce qui était obscur deviendra lumineux. Et c’est alors que ceux qui auront étudié, qui auront cheminé patiemment dans les sentiers de la Torah intérieure, pourront s’exclamer avec une joie de reconnaissance : « Ah ! C’est donc ça ! » — non pas la surprise du profane découvrant une vérité étrangère, mais la satisfaction du chercheur qui retrouve enfin ce qu’il avait pressenti depuis longtemps.

Les deux dimensions de la Torah — la dévoilée et la cachée, la Halakha et la Hassidout — ne sont donc pas en concurrence. Elles sont les deux faces d’une même réalité divine, et c’est ensemble qu’elles conduisent l’homme vers sa plénitude.

 

Quand l’Irlande nourrit les rescapés juifs de la Seconde Guerre mondiale

Quand l’Irlande nourrit les rescapés juifs de la Seconde Guerre mondiale

 

Dans les années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement irlandais décida d’offrir aux réfugiés juifs trois tonnes de viande — un geste de solidarité entre deux peuples marqués par la tragédie de la faim. Cette initiative insolite allait se transformer, grâce à la perspicacité du mouvement Habad-Loubavitch, en une vaste opération d’abattage cachère impliquant une vingtaine de familles anach venues s’installer temporairement sur l’île. Derrière la logistique se cachait une ambition bien plus haute : répandre la Torah et le ‘hassidisme jusque dans les contrées les plus reculées de la diaspora.

 

 

Trois tonnes de viande et un quart des exportations irlandaises

En hiver 5708 (1948), le gouvernement irlandais prit la décision d’offrir aux réfugiés juifs trois tonnes de viande, en coordination avec le Joint — l’American Jewish Joint Distribution Committee. L’Irlande, pays aux vastes pâturages verdoyants, possédait une industrie bovine florissante, et connaissait mieux que quiconque les ravages de la famine pour en avoir souffert dans sa propre histoire. Le rapport annuel du ministre irlandais de l’Agriculture pour les années 1948-1949 l’atteste sans ambiguïté : 27 % du bœuf en conserve expédié vers l’Europe était de la « viande cachère en conserve destinée au secours des Juifs dans le besoin ».

Comment plus d’un quart des exportations irlandaises de bœuf en conserve avait-il pu être produit dans le respect des lois de la cacheroute ? La réponse tient à un homme : le Rav Binyamin Gorodetsky. En sa qualité de directeur du bureau d’aide aux réfugiés — la Lichka, un organisme du Rabbi précédent — il avait noué des liens étroits avec les dirigeants du Joint, par l’intermédiaire desquels il œuvrait sans relâche au bénéfice de la communauté Habad.

Une opération ‘hassidique d’envergure

Le Rav Gorodetsky saisit l’occasion sans tarder. Il recruta parmi les membres de la communauté anach des Rabbanim, des cho’htim et des machgui’him capables de mener à bien ce projet colossal. Au total, quelque vingt-cinq familles anach prirent la route de l’Irlande pour y préparer de la viande cachère destinée à leurs frères en Eretz Israël et en Europe. Le Joint rémunérait généreusement, et cette mission représenta une source de revenus considérable pour de nombreuses familles loubavitchiennes.

Le premier groupe à se rendre en Irlande dans le cadre de ce programme — d’Elloul 5708 (1948) jusqu’au milieu de l’hiver 5709 (1949) — comprenait le Rav Chneur Zalman Garelik et le Rav Na’houm Chmarya’hou Sasonkin. Le Rav Garelik avait été l’un des tout premiers élèves de Tomchei Temimim à Loubavitch ; il avait exercé comme Rav en Russie avant de devenir le premier Rav de Kfar Habad. Le Rav Sasonkin — lui aussi un tomim — avait été Rav à Batoumi, en Géorgie, puis à Jérusalem. À la tête du groupe se trouvait le légendaire ‘hassid et machpia Reb Peretz Mo’hkin. D’autres groupes devaient suivre au cours des années à venir.

Les directives du Rabbi précédent : ordre, discipline et rayonnement

Le Rabbi précédent et le Rabbi donnèrent des instructions précises et détaillées à ces membres de la communauté anach. Ils ne cessèrent de souligner l’importance de mettre à profit le séjour irlandais pour répandre la yiddichkeit et le ‘hassidisme au sein de la communauté juive locale.

Le 10 Elloul 5708 (1948), dix jours après l’arrivée du groupe en Irlande, le Rabbi précédent adressa une lettre solennelle « à mes amis, les membres précieux et élevés de l’anach, les ‘hassidim et les craignants D.ieu, les Rabbanim, les cho’htim et les bodkim, les machgui’him ainsi que ceux qui supervisent et dirigent les abattoirs à Dublin, en Irlande. » Il y exprimait sa grande satisfaction quant à l’organisation mise en place pour la supervision de la cacheroute, tout en insistant sur les vertus du seder — l’ordre et la rigueur — et sur la nécessité absolue, dans un domaine aussi sérieux que la cacheroute, que chacun obéisse scrupuleusement aux directives de l’administration.

Le Rabbi précédent demandait également à être informé du déroulement du travail, des conditions de vie du groupe en Irlande, et plus encore :

« De la situation de la yiddichkeit en général, et de l’éducation juive en particulier, dans l’endroit où vous résidez. Vous ferez certes tous vos efforts, durant vos heures de liberté, pour établir des chiourim publics réguliers et la répétition des maâmarim, d’une manière accessible aux auditeurs, dans les synagogues et les batei midrach… »

 


Un groupe de cho’hatim prêt a se rendre en Irlande en 1948

 

« Vous n’êtes pas de simples bouchers » : la mission spirituelle du cho’het

Le 18 Elloul, une semaine plus tard, le Rabbi écrivit à son tour :

« Si le sort vous a conduit à passer un certain temps dans les « contrées extérieures », vous saurez certainement en profiter pour accomplir la promesse selon laquelle [Machia’h viendra lorsque] « yafoutsou maâynosé’ha — vos sources se répandront » dans cet « extérieur » particulier. Vous avez certainement entendu la maxime de mon beau-père, le Rabbi : « Un cho’het n’est pas [simplement] un boucher qui abat du bétail, un homme avec un couteau à la main… » »

Le 8 Mar’hechvan, deux mois plus tard, le Rabbi précédent écrivit à nouveau au groupe : « Il convient, avec l’aide de D.ieu, d’examiner [la possibilité d’ouvrir] une antenne de la Yéchiva Tomchei Temimim de Loubavitch, selon les capacités et les aptitudes des jeunes gens. Vous devrez également vous pencher sur l’enseignement à donner aux jeunes filles — sans excès de rigueur — afin que [l’enseignement] soit reçu par elles, avec l’aide de D.ieu, de manière agréable… »

Un représentant de la réunion conjointe avec les principaux rabbins d’irlande. de droite à gauche : Rav garelik, Rav Mochkin, Rav Sasonkin et Rav Gorodetsky.

 

Influencer un minyan de Juifs : la lettre du 10 Kislev 5711

Le 10 Kislev 5711 (1950), le Rabbi rédigea une lettre circulaire. Sur l’exemplaire adressé à l’un des ‘hassidim alors présents en Irlande, il fit référence à ce qu’il avait dit lors du Farbrenguen de Chabbat Béréchit sur l’importance d’influencer un minyan de Juifs : « Je me demande pourquoi vous n’avez toujours pas répondu au sujet de ce qui était écrit dans les paragraphes 21 et 22 du compte rendu du Farbrenguen de Chabbat Béréchit… »

Le 5 Mar’hechvan 5711 (1950), le Rabbi écrivit à Reb Zalman Chimon Dworkin : « Vous me rapportez les détails concernant votre voyage à Dublin et me demandez mon avis quant à l’opportunité de vous y rendre maintenant, étant donné que vous n’êtes pas en mesure de prendre une décision indépendante, car vous êtes employé par la Yéchiva Tomchei Temimim de Brunoy, en France.

J’ai déjà écrit à de nombreux membres de l’anach et des mekouch’harim que, pour dissiper les doutes qui se présentent à eux en ce moment, il leur suffit de se pencher attentivement sur les lettres que mon beau-père, le Rabbi, que son souvenir soit béni, leur a adressées par le passé. Il en va de même ici, car voici les termes exacts qu’a employés mon beau-père, le Rabbi, dans la lettre que vous avez vous-même copiée et jointe à votre courrier : « Vous devrez acquiescer à la proposition de mon ami et représentant pour les affaires des réfugiés, Reb Binyamin Gorodetsky, et voyager avec les cho’htim et les bodkim en Irlande… » Vous avez là une réponse on ne peut plus claire, et je ne vois aucune raison de douter en la matière.

D’une manière générale, vous et ceux qui voyagent avec vous devez envisager ce séjour en Irlande non seulement comme un moyen de gagner votre vie matérielle, mais aussi comme une occasion de répandre la Torah du ‘hassidisme dans ce pays, dans ses environs, et jusque dans les lieux auxquels parviendra la viande cachère que vous produisez. Vous en avez la capacité. Puissent vos cœurs être pleinement engagés dans ce but, car cela correspond également à la volonté la plus intime de votre Nefech HaÉlokit. »

L’héritage vivant de Dublin

Ces dernières décennies, les émissaires du Rabbi, le Rav Zalman Chimon et Rivkah Lent, perpétuent l’œuvre importante des ‘hassidim à Dublin. La Torah, la yiddichkeit et le ‘hassidisme continuent de fleurir sur l’île d’émeraude, fidèles à la vision que le Rabbi et son prédécesseur avaient tracée, des décennies plus tôt, pour ces pionniers partis abattre des bœufs irlandais avec une Si’ha dans le cœur et une mission à l’âme.

Marche des drapeaux à Jérusalem : Habad installe des stands de Mitsvot pour des milliers de participants

Marche des drapeaux à Jérusalem : Habad installe des stands de Mitsvot pour des milliers de participants

À l’occasion de la Marche des drapeaux de Jérusalem, le Beth Habad de Rehavia et Na’halaot a déployé un stand de Mitsvot au cœur de la fête, accueillant des dizaines de milliers de marcheurs. Sous la conduite du Chalia’h, le Rav Israël Goldberg, le stand a suscité un engouement remarquable parmi les célébrants. Tefilines, prières, fascicules hebdomadaires et kits de bougies de Chabbat : une offre spirituelle complète a été proposée aux participants, à quelques heures du jour de repos.

 

 

Un phare de lumière au milieu de la foule

Jeudi dernier, à l’occasion de la Marche des drapeaux de Jérusalem — l’une des plus grandes manifestations patriotiques et populaires de l’année en Israël —, le Beth Habad de Rehavia et Na’halaot a pris place au milieu des tens de milliers de marcheurs avec un stand de Mitsvot spécialement aménagé. Une initiative portée par le Chalia’h Rav Israël Goldberg, et rendue possible grâce au dévouement de l’activiste communautaire Rav Zohar Ben Ami, qui a assuré le bon fonctionnement du dispositif tout au long de l’événement.

Décrit comme « un phare de lumière et de connexion », le stand s’est rapidement imposé comme un point de ralliement spirituel au cœur d’une foule en fête. Des dizaines de participants ont fait une halte pour poser les Tefilines et réciter une Tefila, dans une atmosphère à la fois recueillie et festive, témoignant de la soif de sens qui anime une large frange de la jeunesse israélienne.

Des centaines de kits de Chabbat distribués avant le coucher du soleil

Outre la pose des Tefilines, des centaines d’exemplaires du fascicule hebdomadaire de la Siha de la semaine ont été remis aux marcheurs, accompagnés de kits de bougies de Chabbat — une attention particulière à l’approche du coucher du soleil. Cet aspect pratique de la démarche a renforcé le lien entre la célébration nationale et la vie juive au quotidien, rappelant que la fête et la Keducha ne sont pas deux univers séparés.

Le Rav Goldberg : « Une unité profonde du peuple »

À l’issue de la journée, le Rav Israël Goldberg a exprimé une profonde satisfaction face à l’accueil chaleureux réservé au stand. « La réponse que nous avons reçue témoigne d’un éveil spirituel réel et d’une unité profonde au sein du peuple juif », a-t-il déclaré, soulignant le lien éternel et singulier qui unit Am Israël à D.ieu. Pour le Chalia’h de Rehavia, cette journée illustre une fois de plus la vocation du mouvement Habad-Loubavitch : être présent là où le peuple se trouve, pour y apporter lumière et action concrète.

 

 

 

Face aux conflits de voisinage : La sagesse et les remèdes du Rabbi

Face aux conflits de voisinage : La sagesse et les remèdes du Rabbi

« Malheur au méchant, malheur à son voisin » — cet adage millénaire de la Torah résonne avec une acuité troublante dans le quotidien de nombreuses familles. Des voisins au comportement hostile, bruyant ou délibérément malveillant peuvent transformer un foyer en un lieu de tension permanente. Face à ces épreuves usantes, le Rabbi a livré à travers sa vaste correspondance des réponses d’une profondeur saisissante qui dépassent de loin les simples conseils de prudence. Ses enseignements tissent un lien indissoluble entre l’action concrète, la psychologie humaine et l’élévation spirituelle, offrant à celui qui souffre non seulement un remède, mais une véritable transformation intérieure.

 

 

Le mauvais voisin intérieur : un miroir spirituel

Lorsque nous souffrons des agissements d’autrui, le premier réflexe — humain, compréhensible — est de regarder vers l’extérieur : c’est lui le coupable, c’est lui qui doit changer. Le Rabbi nous invite pourtant à une démarche autrement plus exigeante et, au fond, autrement plus libératrice : le retour sur soi. Car avant même de chercher à modifier le comportement de l’autre, il nous demande d’identifier la racine spirituelle du problème en nous-mêmes.

Dans sa correspondance, il souligne que les difficultés relationnelles avec l’entourage découlent souvent d’un manque de vigilance dans notre propre service divin. Il écrit : « Au sujet de ce qu’il écrit dans sa lettre concernant de mauvais voisins : dans la plupart des cas, cela provient d’un manque de concentration lors des bénédictions du matin, au moment où l’on prie « préserve-nous… d’un mauvais voisin. » Et surtout, de mauvais voisins est souvent un phénomène dont on souffre quand on ne s’applique pas suffisamment à lutter contre le « mauvais voisin » qui réside dans le cœur de l’homme — c’est-à-dire le mauvais penchant. » Igrot Kodech, tome VIII, lettre 2 450

Cette réponse peut surprendre, voire heurter au premier abord. Pourquoi, en effet, me parler de mes prières lorsque c’est mon voisin qui fait du bruit à trois heures du matin ? Le Rabbi ne cherche pas à minimiser la souffrance réelle que cause la cohabitation difficile. Il pointe vers une vérité plus profonde : notre monde extérieur est souvent le reflet de notre monde intérieur. La prière du matin, et notamment les Birkot Hachakhar — les bénédictions de l’aube —, contient une supplique explicite pour être préservé d’un mauvais voisin. Réciter ces mots avec une attention véritable, en comprenant leur sens et en s’y abandonnant avec foi, constitue déjà un acte protecteur puissant.

Mais le Rabbi va plus loin encore. Il identifie dans le mauvais voisin extérieur le symbole du « mauvais voisin intérieur » — le yetser hara, l’instinct négatif qui habite chacun d’entre nous et qui nous pousse au mal, à la paresse spirituelle, à la colère, à la jalousie. Tant que nous n’engageons pas la bataille contre cet ennemi intérieur, il ne faut pas s’étonner de voir surgir, dans notre environnement immédiat, des manifestations extérieures de cette même réalité. Le Rabbi garantit qu’en redoublant d’efforts dans ces deux domaines — la ferveur des prières matinales et le travail sur nos propres pulsions négatives —, on constate une amélioration tangible vis-à-vis du voisin physique. La réalité extérieure, enseigne la Hassidout, n’est jamais entièrement séparée de celle que nous cultivons au-dedans.

La foi comme bouclier : percevoir la main divine dans l’adversité

Une fois ce premier travail entamé, le Rabbi propose un second déplacement de regard, non plus vers l’intérieur de soi, mais vers la source même de toute réalité : D.ieu. Pour ne pas sombrer dans l’anxiété ou la rancœur, il est nécessaire de changer radicalement de perspective sur celui qui nous cause du tort — et de comprendre qui il est vraiment, au sens métaphysique du terme.

Le Rabbi rappelle ici un principe fondamental de la Hassidout : rien n’existe en dehors de la volonté de D.ieu, pas même l’énergie de celui qui nous nuit. Cette vérité, loin d’être une abstraction théologique, a des conséquences immédiates et pratiques sur la manière dont nous vivons le conflit.

Même à l’instant précis où l’autre commet un acte malveillant, « la puissance de D.ieu et le souffle de Sa bouche bénie s’habillent en lui, lui donnant vie et le soutenant » (Igrot Kodech, tome XXI, lettre 8 299). Ce n’est pas une façon de blanchir le comportement du fauteur — celui-ci demeure pleinement responsable de ses actes devant D.ieu et devant les hommes. Mais pour celui qui subit le tort, cette perspective change tout : l’adversaire n’est, en fin de compte, qu’un instrument. Derrière le masque du voisin hostile se dissimule la main de la Providence, qui œuvre selon des desseins que notre raison ne peut toujours saisir.

Ce principe reçoit un nom précis dans la pensée juive : la Hachga’ha Pratit, la Providence particulière. Il ne s’agit pas d’une surveillance générale et lointaine exercée par D.ieu sur le monde en général, mais d’une attention individuelle, minutieuse, portée sur chaque être humain, à chaque instant de son existence. Le Créateur du monde sait ce que vous traversez. Il connaît votre voisin, votre immeuble, vos nuits sans sommeil et vos journées épuisées. Et puisqu’Il est l’essence même du bien absolu, tout ce qu’Il orchestre — même ce qui nous échappe — est orienté vers notre bien.

Dès lors, face à la protection divine, les attaques d’un homme perdent toute leur substance et leur pouvoir de nous atteindre vraiment (Igrot Kodech, tome XIII, lettre 4 475). La foi n’est pas une fuite hors de la réalité : c’est le bouclier le plus solide qui soit, car elle nous ancre dans une réalité plus grande que celle que nous percevons immédiatement.

L’indifférence : la plus efficace des réponses

Sur le plan purement relationnel et psychologique, le Rabbi préconise une attitude qui peut paraître contre-intuitive mais qui s’avère, à l’usage, d’une redoutable efficacité : le détachement souverain. Face à un voisin qui cherche délibérément le conflit, qui multiplie les provocations et semble se nourrir de la tension qu’il crée, la réaction attendue — et donc souhaitée — est la colère, l’indignation, la riposte. C’est précisément ce piège qu’il faut déjouer.

L’expérience montre que lorsque la personne malveillante réalise que ses actes n’ont aucune prise sur vous, que ses provocations glissent sur vous comme l’eau sur la pierre et qu’on ne leur accorde aucune attention, son envie de continuer s’émousse progressivement jusqu’à disparaître entièrement (Igrot Kodech, tome XIII, lettre 4 475). Le conflit, pour durer, a besoin de deux parties. En refusant d’en être une, on en coupe le combustible.

Mais comment atteindre cette maîtrise intérieure lorsque les nerfs sont mis à rude épreuve ? Le Rabbi ne se contente pas de formuler le conseil — il en fournit le fondement philosophique et spirituel. Il suggère de méditer attentivement sur le chapitre 25 de l’Iggeret HaKodech, incluse dans le Tanya, ouvrage fondateur rédigé par l’Admour Hazaken, Rabbi Chneour Zalman de Lyadi, fondateur du mouvement Habad. Ce texte d’une densité remarquable explique pourquoi la colère équivaut spirituellement à l’idolâtrie — affirmation qui mérite d’être comprise dans toute sa portée.

Le Rabbi cite ce passage central : « Car au moment de sa colère, la foi l’a quitté, car s’il avait vraiment cru que cela lui venait de D.ieu, il ne se serait pas mis en colère du tout. Et bien qu’un être humain doué de libre arbitre le maudisse, le frappe ou lui cause un préjudice matériel, et soit passible devant les tribunaux humains et célestes pour la malveillance de son choix, néanmoins, pour celui qui subit le tort, cela avait déjà été décrété du Ciel, et D.ieu a de nombreux messagers. »

Le raisonnement est d’une logique implacable : si je crois vraiment que tout ce qui m’arrive provient de D.ieu, si ma foi en la Providence particulière est sincère et non simplement intellectuelle, alors la colère devient impossible. Car à qui m’en prendrais-je ? L’instrument n’est pas la cause. Me mettre en colère contre mon voisin revient à méconnaître la vérité profonde de la situation — c’est, en ce sens précis, une forme d’idolâtrie, c’est-à-dire attribuer à une créature un pouvoir autonome qui n’appartient qu’au Créateur. Comprendre cela ne supprime pas la souffrance, mais lui retire sa capacité à nous corroder de l’intérieur.

L’action concrète : médiation humaine et renforcement spirituel

Les enseignements du Rabbi ne sombrent à aucun moment dans un idéalisme désincarné. Le judaïsme ne prône pas un stoïcisme passif qui se contenterait d’endurer en silence. Il s’agit au contraire d’agir — mais d’agir avec intelligence, sur plusieurs fronts simultanément, en articulant les moyens humains et les ressources spirituelles.

Sur le plan humain, il ne faut jamais désespérer du dialogue, même lorsqu’il semble impossible d’établir un contact direct avec la partie adverse. Il est parfois nécessaire de passer par des tiers — des personnes qui connaissent bien les deux parties, qui jouissent d’une autorité morale reconnue ou qui ont accès à des leviers d’influence que nous n’avons pas. L’usage ancien est de rechercher des médiateurs capables de trouver les mots justes, l’approche appropriée, le moment propice pour fléchir la position du voisin indélicat. Même si la situation paraît totalement bloquée, le Rabbi rappelle avec insistance que tout être humain reste influençable — que nul n’est définitivement fermé au changement — lorsque l’on sait s’adresser à lui de la bonne manière, par les bons intermédiaires et dans un esprit de recherche de paix sincère.

Sur le plan spirituel, la logique de la réponse découle directement de la façon dont on comprend l’épreuve elle-même. Si l’on traverse cette situation difficile avec la conviction qu’elle nous est envoyée du Ciel non comme une punition arbitraire, mais comme une occasion de purifier notre âme et de l’élever, alors la réponse naturelle et logique ne peut être que l’action sainte. Tout ajout dans l’étude de la Torah — une page supplémentaire le matin, un chapitre de Michnayot avant la prière du soir — ouvre des canaux de bénédiction que les circonstances difficiles ne peuvent refermer. Tout ajout dans l’accomplissement des Mitsvot — une Mezouza vérifiée avec soin, des Téfilines posées avec davantage de concentration — attire sur l’âme et sur la maisonnée une lumière protectrice supplémentaire. Ces efforts cumulés attirent des bénédictions divines dans tous les aspects de la vie, y compris dans le dénouement du conflit de voisinage (Igrot Kodech, tome XIV, lettre 5 164).

La Tsedaka également, donnée avec intention et générosité, occupe une place particulière dans cette démarche. Les textes enseignent qu’elle a le pouvoir de transformer les décrets célestes — et un voisin difficile n’est jamais, rappelons-le, qu’un décret céleste habillé en homme. Donner à ceux qui sont dans le besoin, même modestement et régulièrement, constitue une réponse spirituelle d’une puissance insoupçonnée face aux épreuves de la vie quotidienne.

Conclusion : quand l’épreuve devient catalyseur

Pris dans leur ensemble, les enseignements du Rabbi accomplissent quelque chose de remarquable : ils transforment une situation subie, épuisante et apparemment stérile en une véritable opportunité de croissance personnelle et spirituelle. Ce qui semblait n’être qu’un obstacle devient un tremplin. Ce qui paraissait n’être qu’une malédiction révèle, sous le regard de la foi, la structure d’une bénédiction voilée.

En combinant la recherche de médiateurs humains compétents, le choix stratégique de l’indifférence, le raffinement patient de notre propre caractère, le travail sur nos prières et le renforcement de notre engagement dans la Torah et les Mitsvot, le « mauvais voisin » cesse d’être une figure de malédiction pour devenir le catalyseur inattendu d’une protection et d’une élévation divines. Il nous aura forcés à prier avec plus de ferveur, à combattre notre propre yetser hara avec plus de vigueur, à croire en la Providence avec plus de profondeur, et à agir avec plus de générosité envers notre prochain.

Ce que l’entourage nous inflige, D.ieu peut le retourner en bénédiction — à condition que nous sachions saisir l’invitation à grandir qu’Il nous y dissimule. Telle est, au fond, la leçon la plus précieuse que le Rabbi tire de la figure du mauvais voisin : non pas une leçon sur l’autre, mais une leçon sur nous-mêmes et sur notre relation avec le Maître du monde.

Harish : rencontre avec le Rav Levi Its’hak Epstein, candidat Habad au poste de Grand Rabbin de la ville

Harish : rencontre avec le Rav Levi Its’hak Epstein, candidat Habad au poste de Grand Rabbin de la ville

 

À la veille de Chavouot, le Rav Levi Its’hak Epstein, Rav de la communauté Habad de Harish et auteur de plus de dix ouvrages, se confie dans un entretien rare sur sa vision de la Torah, de la vie communautaire et de l’unité. Candidat au poste de Grand Rabbin de la ville, cet homme de conviction retrace huit années d’un engagement discret mais décisif au cœur d’une cité en plein essor. Entre Hala’ha et diplomatie, entre Loubavitch et universalisme, il dévoile les principes qui guident aussi bien sa pratique rabbinique que sa candidature.

 

 

S’attacher à la Torah : une affaire personnelle

En cette veille de Chavouot, il est naturel de commencer par la question du lien personnel à la Torah. Comment le cultiver ?

C’est la question des questions, celle que nous adressons à D.ieu chaque matin dans la bénédiction Véha’arev na — que nous méritions de ressentir la douceur de la Torah. Mais la prière ne suffit pas : encore faut-il agir en ce sens. Deux voies s’offrent à nous.

La première consiste à trouver le domaine de la Torah qui parle vraiment à notre cœur, conformément à la maxime de nos Sages : « On n’étudie la Torah qu’à l’endroit où son cœur le désire. » L’un s’épanouit dans le Talmud, l’autre dans la Hala’ha, le troisième dans le mouvement ‘hassidique. Bien sûr, il convient de goûter à toutes les dimensions de la Torah — mais l’essentiel de l’effort doit porter sur ce qui nous rejoint intimement. C’est ainsi que l’étude devient source de joie et d’accomplissement véritable.

La seconde voie est de renouveler la Torah — d’écrire ses propres ‘hidouchim. Lorsqu’une idée surgit, il ne faut pas la laisser s’évaporer : on la couche sur le papier. Cet acte d’écriture crée un lien intérieur avec la Torah et instille le sentiment d’une possession authentique, d’un héritage que l’on s’est approprié.

Écrire ses pensées : le chemin vers la publication

On dit que le Rav a publié plus de dix livres. Avez-vous un conseil pour ceux qui souhaitent mettre en forme leurs ‘hidouchim ?

Le premier conseil, comme je viens de le dire, est d’écrire chaque idée dès qu’elle se présente. Mon premier ouvrage est né d’un cours hebdomadaire sur la paracha que je consignais régulièrement par écrit. Les pages se sont accumulées, semaine après semaine, jusqu’à former la collection Torat ‘Haïm.

Ensuite, il ne faut pas attendre d’avoir des innovations fracassantes à la manière de Rabbi Akiva Eiger. Dans notre génération, la grande majorité des livres sont des œuvres d’explication et de transmission — des ouvrages qui rendent accessibles les écrits des générations précédentes. Ce sont précisément ces commentaires, apparemment modestes dans leur approche, qui enrichissent la bibliothèque Torah de notre époque. La demande va d’ailleurs bien davantage vers ce type d’ouvrage que vers les recueils de ‘hidouchim purs, dont le lectorat reste naturellement restreint.

Après avoir publié de nombreux livres, je puis témoigner que si les ouvrages profonds ont leur importance, le besoin du temps est avant tout celui de livres qui rendent la Torah des Anciens accessible dans une langue simple et vivante.

Concilier travail et étude : la règle des petits pas

Quel conseil donnez-vous à ceux qui travaillent pour subvenir à leurs besoins et cherchent néanmoins à fixer des temps d’étude ?

Comme la question le suggère elle-même, le plus important est la kevi’out — la régularité. L’étude doit être un rendez-vous fixe, non un événement occasionnel. À l’approche de Chavouot, lorsque nous cherchons à prendre de bonnes résolutions pour renforcer notre étude, il vaut mieux commencer par quelque chose de modeste qui tiendra sur la durée, plutôt que par une décision grandiose qui s’effondre au bout de quelques jours.

Tout aussi essentiel : s’assurer que la décision engage socialement. On peut étudier seul, certes, mais lorsqu’on est assis ensemble, on bénéficie d’un soutien extérieur et d’un engagement mutuel. L’ambiance conviviale y contribue également beaucoup. Dans notre synagogue, il existe un cours fixe chaque jeudi depuis sept ans sans interruption, et le nombre de participants ne cesse de croître. L’une des raisons de ce succès est un grand pot de hamim offert aux étudiants, grâce à la généreuse contribution de Reb Moshé Cohen et de sa famille.

Quoi qu’il en soit, voilà la résolution la plus appropriée pour la fête du don de la Torah — une résolution qui attirera à coup sûr toutes les bénédictions : « Longueur de jours dans sa droite, dans sa gauche richesse et honneur. »

Huit ans à Harish : une ville, une mission

Si vous le permettez, Rav, passons aux actualités. Depuis combien d’années êtes-vous présent dans la ville ?

Cet été, nous célébrerons, avec l’aide de D.ieu, huit ans depuis notre arrivée à Harish. À cette époque, la ville ne comptait que quelques milliers d’habitants, et chaque nouveau résident était accueilli chaleureusement par ceux qui étaient là avant lui. L’atmosphère était d’une grande cohésion. Je garde un souvenir ému des assemblées tenues dans un esprit d’amitié sincère pour le renforcement du judaïsme, en compagnie des quelques Rabbanim qui résidaient alors en ville — le Rav Zigdon, le Rav Brand, le Rav Algabich et moi-même.

L’appel de Harish : une Providence bien orchestrée

Qu’est-ce qui vous a amené à Harish ?

Le roi David dit : « C’est de l’Éternel que les pas de l’homme sont affermis. » En pratique, c’est à l’initiative de mon ami le Rav David Cohen, Chalia’h Habad dans la ville, réputé pour son action bénie et estimé par toutes les composantes de la population, que tout a commencé. C’est lui qui m’a invité à servir comme Rav de la synagogue Habad, alors en cours de constitution avec un minyan très restreint. Huit ans plus tard, la communauté Habad rassemble des centaines de familles réparties dans toute la ville. Au total, sept synagogues Habad fonctionnent à Harish — comme les sept branches de la Ménorah, chacune rayonnant à sa manière. À cela s’ajoutent des établissements d’enseignement : jardins d’enfants, Talmud Torah et école pour les filles.

Le secret du succès de Habad à Harish : l’unité avant tout

Beaucoup demandent quel est le secret du succès de la communauté Habad dans la ville. Qu’en pensez-vous ?

D’abord et avant tout, une assistance divine extraordinaire. Mais l’instrument concret, à mon humble avis, est la volonté de toujours agir dans la coopération et l’unité. Toute communauté connaît des divergences d’opinions — et c’est encore plus vrai dans une communauté aussi diverse que Habad. Le fait que la communauté soit répartie en plusieurs synagogues aurait pu naturellement engendrer des tensions et des dissensions.

Le « secret du succès », si l’on peut ainsi le formuler, c’est de marcher dans la voie du Rabbi, avec une vigilance particulière à ne pas se laisser entraîner dans des situations susceptibles de porter atteinte à l’unité et à la paix — même lorsque cela exige des efforts et des concessions. En tant que ‘hassidim du Rabbi, l’amour du peuple d’Israël est toujours en tête de notre agenda. Et nous avons la joie de voir, grâce à D.ieu, les bénédictions que la paix apporte avec elle.

Avec l’expansion de la communauté et l’ouverture de nouvelles synagogues, nous avons eu la grâce de voir rejoindre nos rangs des décisionnaires et des Rabbanim remarquables, comme le Rav Shechter à la synagogue Habad Betsavta et le Rav Israéli à la synagogue Beth Ménahem. Nous agissons tous dans une amitié fructueuse, et aucune décision concernant les sujets en cours n’est prise sans coordination et accord large.

Exporter le modèle à l’échelle de la ville

Ces propos sont importants. Pensez-vous que ce modèle peut être étendu à toute la ville ?

Le soin apporté à l’unité et à la paix, ainsi que l’évitement de tout ce qui pourrait alimenter la discorde, est effectivement la voie qui nous guide aussi à l’échelle municipale. Au fil des années, de nombreuses tentatives ont été faites, de divers horizons, pour enrôler Habad au profit de telle ou telle faction. Il a fallu rester vigilant, aux côtés du Rav David Cohen, pour que Habad demeure le facteur unificateur et rassembleur, travaillant en coopération avec toutes les parties en présence et sanctifiant le Nom du Ciel.

Je peux affirmer avec satisfaction qu’au cours de nos huit années dans la ville, nous avons réussi à nous abstenir de signer le moindre appel de protestation ou de soutien à quelque acteur politique que ce soit, malgré des pressions considérables exercées en ce sens. Au bout du compte, tout le monde a compris qu’il ne s’agissait pas d’une posture politique mais d’une méthode raisonnée, et a appris à la respecter et à l’apprécier.

Dans ce même esprit, il a été profondément émouvant de voir, lors du défilé de Lag BaOmer de cette année organisé par le Rav David Cohen, des enfants de tous les Talmudé Torah défiler aux côtés d’élèves d’écoles publiques — les uns et les autres se sentant chez eux, accueillis avec amour, fidèles à la meilleure tradition ‘hassidique.

Les élections rabbiniques : la paix comme programme

Pour conclure, nous aimerions avoir votre sentiment sur les élections au Grand Rabbinat de la ville qui se tiendront la semaine prochaine.

Par nature, un processus électoral engendre des tensions et des divergences inutiles. Nous espérons tous pouvoir parvenir un jour à une situation idéale qui rende caduque la formule actuelle. Mais en attendant, c’est la réalité à laquelle nous faisons face. Je puis témoigner, avec la grâce de D.ieu, qu’en cette circonstance également, j’ai cherché à prendre des initiatives significatives dans la conviction que la paix est une force. Quoi qu’il en soit, la mission du Rav qui sera élu sera de s’investir dans la promotion de l’unité et de la paix entre toutes les composantes de la ville, et d’être un pont de rapprochement et de concorde.

Ces propos prennent un relief particulier du fait que les élections coïncident avec les jours de préparation au don de la Torah. Le Midrach nous enseigne que les enfants d’Israël se rassemblèrent au désert du Sinaï « comme un seul homme, d’un seul cœur » — et c’est précisément pour cette raison que le Saint béni soit-Il décida de leur remettre la Torah : « Puisque Israël a rejeté la discorde et aimé la paix, et qu’ils ont formé un seul camp — voici venu le moment de leur donner Ma Torah. »

L’appel qui s’en dégage s’adresse à tous les habitants de la ville : renforçons l’unité, évitons tout ce qui pourrait compromettre la paix. Et que le mérite de la paix nous porte vers la bénédiction et le succès en tout ce que nous entreprendrons — comme le conclut la Michnah à la fin des six ordres : « Le Saint béni soit-Il n’a trouvé d’autre vase susceptible de contenir la bénédiction pour Israël que la paix, comme il est dit : L’Éternel donnera la force à Son peuple, l’Éternel bénira Son peuple par la paix. »

 

Mélavé Malka : Ushuaia, bout du monde — début d’une mission

Mélavé Malka : Ushuaia, bout du monde — début d’une mission

 

Un récit sur le Rav Boaz Klein, Chalia’h Habad depuis seize ans dans la ville la plus australe de la planète, Ushuaia, en Argentine, aux portes de l’Antarctique. Entre récits de Chliha’h, miracles discrets et discours de Torah.

 

 

 

Un émissaire au bout du monde

Le Rav Boaz Klein, originaire de Petah Tikva, est Chalia’h depuis seize ans dans la ville qui porte le surnom de « fin du monde » — Ushuaia, en Argentine, à deux pas de l’Antarctique. Après le pôle Sud, il n’y a plus rien : seulement la glace, le vent, et le silence de l’extrême. En hiver, le froid y est proprement insupportable, et la ville se vide de ses visiteurs habituels. Le Rav Klein avait profité de cette période hivernale pour venir quelques mois en Israël, en attendant de pouvoir reprendre son activité sur place au retour de la belle saison.

Les Téfilines de Miki, ou comment un hasard n’en est jamais un

Le Rav Klein avait l’habitude d’organiser des Chabalot à Ushuaia, attirant des touristes israéliens — souvent des randonneurs ou des voyageurs à la recherche d’aventures aux confins du globe. C’est dans ce cadre qu’il avait rencontré un homme prénommé Miki, qui avait d’emblée posé les limites : « Je suis athée, je n’ai rien à faire avec tout ça. » Le Chalia’h n’insista pas.

Puis vint la question anodine : « Comment tu t’appelles ? » L’homme donna son prénom — Amit. Le Rav se rappela alors qu’il y avait justement un Amit dans son groupe, qu’il appela aussitôt. « Amit, tu connais quelqu’un qui s’appelle Miki ? » La réponse fusa : « C’est mon frère. » Un seul coup de téléphone, une connexion improbable au bout du monde, et l’affaire fut jouée : Miki posa les Téfilines pour la première fois de sa vie, et l’on organisa même une cérémonie de Bar-Mitsva symbolique pour cet homme qui avait cru, le matin encore, n’avoir rien à voir avec tout cela.

La plaie et la guérison : un signe impossible à ignorer

Une deuxième histoire avait circulé dans la salle, plus étrange encore. Un autre visiteur souffrait depuis des mois d’une plaie inexpliquée à la main — précisément à l’endroit où l’on pose les Téfilines. Les médecins du monde entier avaient tenté de traiter cette blessure : antibiotiques, soins répétés, rien n’y faisait. L’homme avait résisté longtemps aux invitations du Chalia’h, assistant aux Farbrenguen sans se livrer, écoutant sans participer.

Puis un jour, il se présenta de lui-même : « Je veux poser les Téfilines. » Il rentra ensuite à son hôtel, se lava les mains — et vit quelque chose d’incroyable : sortant de la plaie, une larve. Il s’avéra qu’une mouche parasite l’avait piqué quelque part en route, déposant un œuf sous la peau. L’infection avait évolué pendant des semaines sans que personne ne comprenne ce qui se passait. Le soir de la pose des Téfilines, la guérison était complète. « Tout cela à cause des Téfilines », répétait-il, incrédule et bouleversé.

Yaïr Garbuz et la visite au Ohel : une âme qui cherche son chemin

Quelques semaines plus tard, la femme du Chalia’h publiait un message sur les réseaux sociaux : elle partait pour le Ohel du Rabbi, et proposait à ceux qui le souhaitaient de lui confier des noms à mentionner. L’homme aux Téfilines — devenu entre-temps un habitué — l’appela pour donner son nom. Puis il ajouta, hésitant : il voulait aussi mentionner un certain Yaïr Garbuz — le nom de sa mère en main, comme le veut l’usage. Yaïr Garbuz, figure controversée de la gauche israélienne, avait été connu pour ses propos moqueurs à l’égard des Mezouzot et des figures religieuses. Et pourtant, à cette heure-là, au bout du monde, quelqu’un demandait une bénédiction du Rabbi pour lui. Peu après, Garbuz décéda. « Même les âmes les plus éloignées », conclut le Rav Klein, « portent en elles une étincelle qui cherche à revenir. »

 


Roch Hodech Sivan : l’unité véritable selon le Rabbi

Roch Hodech Sivan est le jour dont il est dit dans la Torah : « Vayichan sham Yisrael neged hahar » — « Et Israël campa là, face à la montagne. » Rachi explique que toutes les étapes précédentes avaient été marquées par des disputes et des divisions, mais que cet arrêt-là fut vécu « ke’ish echad be’lev echad » — comme un seul homme, avec un seul cœur. L’unité ne se limitait pas aux actes extérieurs : elle était intérieure, profonde, totale.

Le Talmud célèbre cette correspondance : la Torah, qui est triple (Torah, Nevi’im, Ketouvim), fut donnée au peuple triple (Cohanim, Léviim, Israélites), dans le troisième mois. Mais qu’est-ce que le chiffre trois a de si particulier ? Le Rabbi expliquait que le premier représente une réalité seule, sans opposition — ce n’est pas encore de l’unité, c’est simplement la solitude. Quand arrive le deuxième, il y a désormais un moi et un autre, une tension. Et c’est précisément le troisième, qui vient trancher, réconcilier et unir les deux premiers, qui incarne la véritable unité — celle qui mérite ce nom, parce qu’elle naît de la différence surmontée.

La vraie unité n’est pas l’absence de divergence

C’est là le cœur du message pour Chavouot : l’unité authentique n’est pas celle d’un groupe où tout le monde pense pareil, sans contradicteur, sans friction. Ce n’est que l’unanimité de la solitude. La vraie unité est celle qui naît quand deux positions opposées se rejoignent librement dans un mouvement commun. C’est pourquoi, disait le Rabbi, c’est au troisième mois — et non au premier ou au second — que la Torah fut donnée : parce que seule une unité forgée à travers la multiplicité est digne de recevoir la Parole divine.

Cette leçon fait écho au troisième jour de la Création, le seul auquel « ki tov » — « c’est bien » — fut prononcé deux fois. Le deuxième jour, la formule fut absente, car ce jour-là fut créée la séparation, la division. Le troisième jour vint refermer cette brèche — et c’est pourquoi il fut doublement béni.

Le compte du Omer et l’achèvement du travail intérieur

On était ce soir-là au quarante-cinquième jour du compte du Omer — Hod shebe’Hod selon le calendrier des Séfirot. Le Rabbi enseignait que les sept semaines du Omer correspondent à l’affinement des sept traits de caractère (Middot), chacun contenant lui-même les sept autres, soit quarante-neuf jours de travail sur soi. Parmi ces traits, les trois premiers — Hessed, Guevoura et Tiferet — sont les fondamentaux, les piliers. Or, au quarante-cinquième jour, on achève précisément la dernière séfira composée de ces trois attributs essentiels. En un sens, le cœur du travail spirituel du Omer est accompli.

La guématria vint compléter la réflexion : 45 est la valeur numérique d’Adam (l’être humain dans sa plénitude), tandis que 44 est celle de Gola — l’exil — privé du Aleph, lettre qui désigne D.ieu. L’exil, c’est l’absence de cette lettre divine au cœur de la réalité. L’ajout de ce Aleph transforme l’exil en Gueoula — la Délivrance.

Le Bitoul de Moché : l’humilité qui porte le monde

La soirée s’acheva sur une méditation autour du concept de Bitoul — l’annulation de soi. Moché Rabbénou disait : « Vena’hnou ma » — « Et nous, qu’est-ce que nous sommes ? » Un rien absolu. Non pas la poussière d’Avraham Avinou, qui disait « Anokhi afar va’efer » — « Je ne suis que poussière et cendres » — car la poussière est encore quelque chose, une réalité minime mais tangible. Moché allait plus loin : il se voyait comme le néant lui-même, sans aucune consistance propre. Et c’est précisément cette dissolution totale du moi qui lui permit d’être le vecteur de la Torah et de l’unité divine dans le monde.

À l’heure où le peuple juif se prépare à recevoir la Torah pour la nouvelle année, le message demeure le même : c’est dans l’unité véritable, forgée à travers nos différences, et dans l’humilité sincère que s’ouvre la voie vers le don de la Torah — et vers la Guéoula complète et véritable, que nous méritons de voir de nos propres yeux, rapidement et de notre vivant.

Bamidbar – Likoutei Si’hot vol. 28 : « Épuisés au désert, unis pour l’éternité »

Bamidbar – Likoutei Si’hot vol. 28 : « Épuisés au désert, unis pour l’éternité »

Dans les jours qui précédèrent le don de la Torah au mont Sinaï, chaque journée fut marquée par une instruction de Moché au peuple d’Israël, selon un ordre précis et progressif rapporté par le Talmud. Une question surgit alors, aussi simple qu’intrigante : pourquoi les enfants d’Israël étaient-ils si épuisés en chemin, eux qui reposaient sous la protection des sept nuées de gloire et n’avaient marché qu’un seul jour après le Chabbat ? La clé de cette énigme réside dans un miracle silencieux — celui d’une unité sans précédent, qui se produisit à la veille de la plus grande révélation de l’histoire.

 

(D’après Le Likoutei Si’hot, vol. 28, p. 10 et suivantes)

 

La semaine au pied du Sinaï

Le Talmud décrit avec précision les événements de la semaine qui précéda le don de la Torah au mont Sinaï. Le premier jour, qui coïncidait avec le premier de Roch Hodech Sivan (mai-juin), Moché ne dit rien au peuple — une pause chargée de sens, prélude au message royal qui allait suivre. Le deuxième jour, il leur transmit la parole divine : « Vous serez pour Moi un royaume de cohanim. » Le troisième jour, il leur annonça les Hagbalot — les limites à observer autour de la montagne sacrée. Le quatrième jour vint la Mitsva de la séparation conjugale, marquant le début des trois jours de pureté qui devaient préparer le peuple à se présenter, dans un état de sainteté totale, devant D.ieu — Lui qui choisit de révéler Sa Torah précisément un Chabbat Qodech.

La question se pose alors avec force : pourquoi les enfants d’Israël s’étaient-ils autant affaiblis en chemin ? Le Chabbat, ils s’étaient bien reposés, et après tout, ils n’avaient marché qu’une seule journée. De surcroît, ils avançaient entourés des sept nuées de gloire, qui aplanissaient les routes et créaient autour d’eux un climat agréable. Quelle faiblesse, quelle excuse pouvait donc retarder l’annonce bouleversante : « Vous serez pour Moi un royaume de cohanim et une nation sainte » ? D.ieu Lui-même les avait choisis pour être Son peuple éternel — et ils seraient trop épuisés pour entendre la Bonne Nouvelle, qui serait ainsi repoussée au lendemain ?!

Alignement des attentes

L’explication tient à un événement extraordinaire survenu ce même jour. La Torah emploie un terme singulier : « Vayichan shâm Israël » — « Israël campa là » — et non le pluriel vayachanu. Les Sages soulignent cette précision linguistique : le peuple était « comme un seul homme, d’un seul cœur. » Mais ils ajoutent aussitôt que toutes les autres étapes avaient été, elles, marquées par des disputes et des tensions.

Un miracle s’était produit lors de cette halte : le prodige de l’unité. Un peuple qui n’arrête pas de se quereller avait, pour une journée entière, posé les armes. Là où le moindre désaccord entre Juifs dégénère en polémique et en divisions, cette étape fut un modèle éclatant d’amour d’Israël.

Lorsque deux Juifs se rencontrent, l’un salue l’autre avec « Chalom Aleikhem », et l’autre lui répond à l’inverse : « Aleikhem Chalom ». Pourquoi cet ordre inversé ? J’ai dit « la paix soit sur vous » et la réponse est la même chose, retournée ? C’est là tout le génie de la rencontre juive : lorsque deux Juifs se croisent, ils commencent par aligner leurs attentes. Je pense le contraire de toi — et maintenant, parlons-en en bons amis.

Cette unité miraculeuse naît précisément de l’épuisement du chemin et du silence instructif de Moché. La fatigue de la route avait effacé, en chacun, le sentiment de sa propre singularité. L’émotion immense de s’apprêter à recevoir la Torah — après avoir compté quarante-neuf jours — les avait élevés au-dessus de leur individualité et avait révélé leur mission commune : fils de D.ieu, debout comme une seule armée, prêts à accomplir la vocation de la création — préparer le monde à la Guéoula complète.

Le silence absolu

La dispute est un phénomène tout à fait naturel. « Toutes les autres étapes étaient dans la discorde » — et c’est bien ainsi. Nous sommes différents, et nos opinions le sont aussi. Les Juifs n’ont jamais dissimulé leurs désaccords ; c’est même cette culture du débat qui a engendré la littérature talmudique, permettant à chacun d’apporter sa propre lecture de la Torah, selon le principe que « ces opinions et celles-là sont les paroles du D.ieu vivant. »

Mais la dispute peut aussi déraper et devenir une guerre de personnes, où l’autre est perçu comme une menace, où celui qui pense différemment perd toute légitimité. C’est pourquoi un silence absolu est d’abord nécessaire — une journée pour revenir au point de départ, pour se réimprégner des fondements qui nous sont communs à tous.

 

À 92 ans, disparition du Rav David Mikhaël Schmidel, gardien légendaire des sépultures juives dans le monde

À 92 ans, disparition du Rav David Mikhaël Schmidel, gardien légendaire des sépultures juives dans le monde

 

Le monde juif est en deuil après la disparition du Rav David Mikhaël Schmidel, président de l’organisation Atra Kadisha, décédé à l’âge de 92 ans à Bené Brak. Pendant plus d’un demi-siècle, il se tint comme un rempart inébranlable contre toute profanation des cimetières juifs, en Israël comme à travers le monde entier. Il laisse derrière lui une descendance nombreuse, une œuvre colossale et une leçon de vie que peu sauront égaler.

 

 

 

Né à Vienne, enraciné en Terre d’Israël

David Mikhaël Schmidel voit le jour à Vienne, en Autriche, lors de la fête de Pessa’h de l’année 1934, fils unique du Rav Pin’has Schmidel. À l’âge de cinq ans, sa famille s’installe en Terre d’Israël, où il grandira et forgera sa personnalité dans les grandes Yéchivot de l’époque. Il étudie à la Yéchiva de Slobodka à Bené Brak, devenant un proche du ‘Hazon Ich zts »l et l’un des disciples éminents du Rav Gedalia Nadel zts »l. Il poursuit ensuite sa formation à la Yéchiva de Be’er Ya’akov, sous la direction du Rav Moché Chemouel Shapira zts »l, consolidant ainsi un socle de savoir et de rigueur qui guidera toute son existence.

Un combat précoce pour l’honneur des morts

Dès 1956, le Rav Schmidel s’engage sous l’égide du Rav de Brisk contre les fouilles archéologiques conduites sur le tombeau du Rambam à Tibériade — signe avant-coureur d’une vocation qui allait définir toute sa vie. Dans les années 1960, il prend une part active à la lutte du monde orthodoxe contre les autopsies systématiquement pratiquées en Israël. Dès le milieu des années 1970, il prend la tête de l’organisation Atra Kadisha, dont la mission est de défendre la sanctité des cimetières juifs contre toute excavation ou profanation, en Israël comme à l’étranger. En 1979, sa détermination lui vaut d’être arrêté lors de manifestations au mont Shnan — une arrestation qu’il portera comme un insigne d’honneur.

Consulté régulièrement par les grandes autorités de sa génération, dont le Rav Shach zts »l, il incarnait une forme de résistance non violente et absolument cohérente. Un proche rapporte la formule lapidaire dans laquelle il résumait lui-même le secret de sa persévérance : « Notre force réside dans le fait de recevoir des coups sans jamais en rendre. Le jour où nous riposterons, nous aurons perdu. »

Kaliningrad : une intervention providentielle au cœur de la Russie

Il y a une vingtaine d’années, le Rav Schmidel se rendit à Kaliningrad, en Russie, pour faire face à une situation d’urgence. Travaillant en étroite collaboration avec le Grand Rabbin Berel Lazar, ils parvinrent ensemble à mettre un terme à la profanation d’un ancien cimetière juif, préservant ainsi le dernier lieu de repos de plusieurs grands maîtres de la Torah. Tout au long de son mandat à la tête d’Atra Kadisha, il demeura une source indispensable de conseil et de soutien concret pour toutes les initiatives de préservation du patrimoine funéraire juif à travers la Russie et au-delà.

Jusqu’en France : le cimetière médiéval d’Ennezat

L’engagement du Rav Schmidel pour la protection des tombes juives ne connut aucune frontière. Lorsque la question de l’identification d’un éventuel cimetière juif à Ennezat, petite commune du Massif Central, fut soulevée par Mme Paulette Abrabanel ע »ה, il n’hésita pas à faire le voyage jusqu’en France. Accompagné de Par Nahon, l’un des grands spécialistes en la matière, il examina sur place les nombreuses pierres tombales hébraïques disséminées dans ce village et conclut, sans ambiguïté, que le site correspondait bien à un cimetière juif médiéval du XIVe siècle. Cette expédition eut une conséquence directe et durable : le site est désormais officiellement protégé.

Érudit et bâtisseur

Parallèlement à son militantisme, le Rav Schmidel consacra des décennies à la direction du Kollel Metivta deRabbi Yo’hanan, qu’il établit successivement à Tibériade puis à Komemiyout. Il fut également membre de la prestigieuse équipe éditoriale des éditions Chabtai Frankel, célèbre pour son édition de référence du Rambam, et publia de nombreux commentaires et ‘hidouché Torah tout au long de sa carrière. Son œuvre institutionnelle et intellectuelle témoigne d’un homme qui sut conjuguer le combat de rue et la profondeur de la salle d’étude.

La fin d’une époque

Le Rav David Mikhaël Schmidel s’est éteint à son domicile de Bené Brak malgré les tentatives de réanimation des volontaires d’Ichoud Hatzalah et du Mada. Il sera inhumé au mont des Oliviers (Har HaZétim), aux côtés de son père. Il laisse derrière lui une nombreuse descendance — huit enfants et de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants qui marchent dans sa voie — ainsi qu’un héritage de dignité, de persévérance et de fidélité absolue aux valeurs les plus sacrées de notre tradition. Sa disparition marque la fin d’une ère pour un guide qui se tint, sa vie durant, comme le dernier rempart de ceux qui ne peuvent plus parler en leur propre nom.dition.

Chabbat 29 Iyar : Yortsaït du Rav ‘Haim Hillel Azimov, directeur des Talmud Torah Loubavitch de Paris (1912-1981)

Chabbat 29 Iyar : Yortsaït du Rav ‘Haim Hillel Azimov, directeur des Talmud Torah Loubavitch de Paris (1912-1981)

Figure discrète mais fondatrice du renouveau juif en France, le Rav ‘Haim Hillel Zyslin-Azimov a consacré trois décennies à reconstruire la vie religieuse d’une communauté brisée par la guerre. Arrivé à Paris en 1949 dans une ville spirituellement dévastée, cet homme de foi originaire de Russie soviétique fit le choix audacieux de s’y enraciner pour toujours. Son œuvre éducative au sein des institutions Loubavitch continue de porter ses fruits bien au-delà de sa disparition le 29 Iyar 5781-1981.

 

 

De la Russie communiste au Paris de l’après-guerre

Né en 1912 en Russie, le Rav ‘Haim Hillel Zyslin-Azimov grandit dans un environnement où la pratique religieuse devient progressivement impossible sous le joug soviétique. En 1949, accompagné de son épouse Reisha et de leurs enfants, il prend la décision courageuse de quitter définitivement son pays natal pour s’installer à Paris. « Pour la plupart des ‘hassidim Habad qui fuyaient le communisme, la France n’était qu’un lieu de transit », témoigne-t-on dans les cercles communautaires. La destination finale était généralement la Terre Sainte ou les États-Unis, terres promises d’un renouveau religieux.

Pourtant, la famille Azimov fit un choix différent et audacieux : s’enraciner durablement en France. Cette décision prend tout son sens lorsqu’on mesure l’état de désolation spirituelle dans lequel se trouvait alors la capitale.

Une capitale dépourvue de vie juive

L’arrivée du Rav ‘Haim Hillel coïncide avec une période particulièrement sombre pour le judaïsme parisien. « En 1949, il ne restait plus beaucoup de Juifs à Paris », attestent les archives communautaires. Les survivants de la Shoah, traumatisés et dispersés, s’étaient pour la plupart éloignés de toute pratique religieuse. La capitale française se trouvait ainsi quasiment dépourvue de toute vie juive organisée.

C’est dans ce contexte de reconstruction que s’inscrit l’action du Rav Azimov. Loin des projecteurs, cet homme d’une très grande discrétion et d’une profonde crainte de D.ieu allait œuvrer méthodiquement à la renaissance spirituelle de sa communauté d’adoption.

Trente années d’engagement éducatif

Le cœur de l’action du Rav ‘Haim Hillel se concentre sur l’éducation religieuse. Pendant trois décennies, il dirigea les Talmud Torah Loubavitch de Paris, institutions fondamentales pour la transmission du savoir juif aux nouvelles générations. Cette longévité à un poste clé témoigne à la fois de ses qualités pédagogiques exceptionnelles et de la confiance indéfectible que lui accordaient les familles.

 

 

Parallèlement à ses responsabilités éducatives, il assume également la fonction de Baal Koré à la synagogue de la rue Pavé, dans le 4ème arrondissement de Paris. Cette charge, qui consiste à effectuer la lecture publique de la Torah, demande une maîtrise parfaite des textes sacrés et une précision rituellique absolue. « Pendant de longues années », il honore cette responsabilité avec le sérieux qui le caractérise.

Le 29 Iyar 5741, soit le 2 juin 1981, le Rav ‘Haim Hillel s’éteint brutalement alors qu’il s’apprête à prendre le train pour la Hollande. Sa disparition marque la fin d’une époque, mais son œuvre lui survit à travers ses enfants, disséminés aux quatre coins du monde.

Ses enfants :
Mme Raizel Raskin au Maroc,
Mme Sara Even-Yisroel (Steinsaltz) à Jérusalem,
Rav Chmouel a’h Azimov, Chalia’h du Rabbi à Paris.
R’ Moshe Nissan Azimov à Jérusalem,
Mme Devora Markowitz en Australie,
Mme Esther Matusof à Toulouse
et Mme Shterna Shanowitz à Los Angeles.

 

 

Hayom Yom du 29 Iyar : « L’élévation de l’âme (de celui qui a quitté ce monde) se fait trois fois par jour, au cours des trois prières.
Ceci est particulièrement vrai pour l’âme des Justes qui « s’élèvent d’un niveau vers l’autre ». Il est certain qu’en tout temps et en tout lieu sacré où ils peuvent se trouver, ils prient et intercèdent en faveur de ceux qui sont liés à eux et à leurs enseignements, qui respectent leurs instructions. Ils prient en particulier pour leurs disciples et les disciples de leurs disciples, afin que D.ieu leur vienne en aide, matériellement et spirituellement. »

 

 

Talmud Torah de Montmartre en 1969, dirigé par le Rav Haim Hillel  Zyslin

 

Correspondance du Rabbi de Loubavitch avec le Rav Haim Hillel Azimov

Quand le Rabbi écrit à Paris : Torah, ‘Hassidout et les profondeurs du Tanya

En 22 Iyar 5711 (mai 1951), le Rabbi adresse une lettre personnelle au Rav ‘Haïm Hillel Azimov, émissaire à Paris, pour saluer son action éducative auprès des élèves des Talmud Torah de la ville. Loin de se limiter aux encouragements, il fixe une exigence plus haute : transmettre non seulement la Torah et la Mitsva, mais la lumière intérieure de la ‘Hassidout. Il répond également à une question de fond sur le second chapitre du Tanya, en dévoilant une réflexion du Tsema’h Tsédek sur la nature de l’âme divine.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 22 Iyar 5711 (mai 1951), Brooklyn.

Au Rav distingué, ‘Hassid craignant D.ieu et entièrement dévoué aux besoins de sa communauté, le Rav ‘Haïm Hillel Azimov,

Je vous salue et vous bénis.

J’ai reçu en son temps votre lettre du 12 Iyar, dans laquelle vous me décrivez le travail que vous menez à travers les Talmud Torah de votre ville et les cours organisés à domicile pour des particuliers. Il serait bon que vous adressiez ici une liste des élèves de ces Talmud Torah et de ces cours, en indiquant également le nom de leur mère, afin que cette liste puisse être lue, en un moment propice, au Ohel de mon beau-père, le Rabbi.

Le devoir de ne jamais s’arrêter

Il est inutile de souligner à quel point ces accomplissements sont importants. Il va de soi que l’effort visant à multiplier le nombre de ces élèves ne connaît pas de limite, et que vous ne pouvez en aucun cas vous contenter des résultats actuels — comme le rappellent nos Sages en commentant le verset : « Au matin, plante tes graines et, le soir, ne reste pas inactif. » Ils enseignent également que « celui qui préserve une âme est considéré comme s’il avait sauvé le monde entier. »

Il ne fait aucun doute que vous faites déjà tout ce qui est en votre pouvoir, mais on ne prodigue le conseil de l’empressement qu’à celui qui, par nature, en possède déjà la disposition. C’est la raison pour laquelle je vous adresse ces quelques lignes.

Vous connaissez certainement l’adage du Rabbi Maha-rach : « Si tout va déjà bien, ne peut-on faire encore mieux ? » Le moment est donc venu de guider vos élèves — en particulier ceux des Talmud Torah — en leur enseignant non seulement la lumière de la Torah et la bougie qu’est la Mitsva, mais aussi le luminaire de la Torah, c’est-à-dire la ‘Hassidout, bien entendu de la manière qui convient à chacun selon son niveau. Vous trouverez à ce sujet la causerie de Lag Baomer, jointe à cette lettre.

Une bénédiction pour tous ceux qui œuvrent

Je vous demanderai de bien vouloir transmettre ma bénédiction — une bénédiction de réussite dans leurs accomplissements — à tous ceux qui apportent leur contribution à ces réalisations. Que s’accomplisse en eux la promesse de nos Sages selon laquelle « on vient en aide à celui qui désire se purifier » : on lui confère les forces nécessaires, de sorte que la Torah et les Mitsvot portent leurs fruits. Vous consulterez à ce propos le Likouteï Torah, dans les commentaires de Chemini Atséret, au discours intitulé « D.ieu sera avec moi pour ceux qui me viennent en aide », au chapitre 5.

À quiconque intensifie son action, on apporte des bénédictions accrues, on multiplie les forces, la vitalité et la lumière — tant dans les affaires communautaires que dans les besoins personnels.

La question sur le Tanya : « d’en haut, véritablement »

Je réponds maintenant à la question que vous posez sur le début du second chapitre du Tanya, qui cite l’expression « d’en haut, véritablement » pour définir l’âme divine comme « une parcelle de Divinité d’en haut, véritablement ».

Premièrement : l’Admour Hazaken employait le mot « en haut » pour désigner le monde spirituel d’Atsilout, comme le souligne le discours ‘hassidique intitulé « Il se revêt de lumière comme d’un vêtement », prononcé en 5672 (1912) par le Rabbi Rachab.

Deuxièmement : les résumés du Tanya, à la page 73, précisent que « en haut » désigne Atika Kadicha — la partie profonde de Kéter, la couronne qui surplombe l’enchaînement des mondes —, qui transcende le monde d’Atsilout. Le terme « véritablement » semble dès lors superflu.

Troisièmement : une lettre de mon beau-père, le Rabbi, datée de 5698 (1938) — que nous publierons, avec l’aide de D.ieu, en temps voulu — raconte longuement de quelle manière le Tsema’h Tsédek méditait sur ces mots. En effet, « d’en haut » désigne la plus haute élévation qui soit : comment donc juxtaposer ce terme avec « véritablement », qui renvoie à ce que l’on peut toucher du doigt ? N’y a-t-il pas là une contradiction ? L’Admour Hazaken répondit que « d’en haut » désigne l’extase, tandis que « véritablement » désigne le retour vers la matière.

La supériorité du retour vers la matière

Voici, à mon sens, comment il convient de comprendre cette réponse. Le retour vers la matière révèle en l’âme deux réalités en apparence opposées : d’une part, l’âme acquiert le caractère de la matérialité — elle peut être, en quelque sorte, touchée du doigt ; d’autre part, elle reçoit par là même une élévation sans commune mesure avec celle que confère la seule extase. Telle est précisément la supériorité du retour vers la matière sur l’extase pure. Vous consulterez également, sur ce point, le commentaire du Tanya par le Rachag — le Rav Chmouel Gronam Estherman, guide spirituel de la Yéchiva à Loubavitch —, disponible en ronéotype, à la page 144.

Avec ma bénédiction de réussite dans votre travail et pour une bonne santé.

 

Le Rav Haim Hillel Azimov et son fils le Rav Chmouel Azimov

 


En ce 10 Iyar 5712 (5 mai 1952), le Rabbi adresse une lettre personnelle au Rav Haïm Hillel, conjuguant bénédictions pour un malade, conseils spirituels concrets et vives exhortations à envoyer des élèves à la Yéchiva. D’une plume à la fois paternelle et rigoureuse, il rappelle que chaque Mitsva accomplie — même une seule fois — s’inscrit à jamais dans les mondes supérieurs. Cette lettre témoigne de la profondeur du Rabbi, capable d’unir dans un même souffle la compassion envers le souffrant et l’exigence de l’action communautaire.

 

Par la grâce de D.ieu, 10 Iyar 5712 (5 mai 1952), Brooklyn.

Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis.

Une bénédiction au Ohel et conseils pour le malade

Je réponds à votre lettre de la veille du dernier Chabbat, qui contenait une demande de bénédiction pour… Lorsque je me trouverai au Ohel de mon beau-père, le Rabbi, j’en donnerai lecture et, à n’en pas douter, il invoquera pour lui la miséricorde divine.

Il serait bon de demander à sa mère — sans, bien sûr, lui causer de peine inutile — si sa naissance a été pure(2). En tout état de cause, il convient de lui demander de placer chez elle de bonnes Mezouzot. Il serait bon également, dans la mesure du possible, que le fils porte un Talith Katan. Si son état de santé évolue favorablement, vous ne manquerez pas de me faire part de cette heureuse nouvelle.

L’ardeur nécessaire pour conduire des élèves à la Yéchiva

J’ai lu avec grand plaisir, dans votre lettre, que vous vous préparez à mettre à profit la période des vacances qui approche pour conduire quelques élèves à la Yéchiva(3). Il faut investir dans cette activité toute l’ardeur et les forces nécessaires, afin de multiplier le nombre de ces élèves.

L’éternité de la Mitsva : ce qu’enseigne le Tanya

D’une part, la fin du vingt-cinquième chapitre du Tanya explique que « cette unité(4), là-haut, est éternelle et immuable ». De même, la Mitsva que ces élèves accompliront, ne serait-ce qu’une seule fois, sera, là-haut, éternelle et immuable.

De plus — et c’est peut-être là le point essentiel —, lorsque ces élèves entendront des explications de la Torah, un mot invitant à la crainte de D.ieu, une idée liée à une Mitsva, ils implanteront en eux la Lumière infinie de D.ieu et recevront une force éternelle qui, en définitive, exercera son effet, y compris ici-bas.

Bénédiction finale

Que D.ieu vous accorde la réussite, ainsi qu’à ceux qui vous prêtent assistance dans votre mission sacrée. Vous accomplirez votre action de manière fructueuse et surnaturelle, de sorte que ses effets se révèlent au sein même de la nature. Et par là, vous connaîtrez également la réussite dans vos préoccupations personnelles.

Avec ma bénédiction,

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son propos, les lettres n°1355 et 1794. (2) Si elle respectait les lois de la pureté familiale, lors de sa conception. (3) De Brunoy. (4) Celle qui est créée entre D.ieu et l’homme qui étudie la Torah.

 

 


Le 27 Mena’hem Av 5712 (1952), le Rabbi adressait une lettre personnelle au Rav ‘Haïm Hillel, un éducateur dévoué, pour saluer ses efforts remarquables en faveur de la circoncision de ses élèves restés, pour diverses raisons, non-circoncis. Au-delà des éloges, le Rabbi saisissait l’occasion pour dévoiler la profondeur spirituelle de la Mila et rappeler la vocation essentielle de tout enseignant juif. Une missive intemporelle qui éclaire le sens véritable du lien entre un éducateur et ses élèves.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 27 Mena’hem Av 5712 (1952), Brooklyn.

Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins de sa communauté, le Rav ‘Haïm Hillel,

Je vous salue et vous bénis.

J’ai appris avec une grande joie les efforts que vous avez déployés pour faire circoncire les enfants de vos élèves qui, pour une raison ou une autre, ne l’avaient pas encore été. Il est d’une importance capitale qu’un Juif entre dans l’alliance de notre père Avraham. Qui plus est, la circoncision revêt un caractère absolument primordial : pas moins de treize alliances furent conclues en lien avec elle.

Le secret du mot Mila : quand les lettres révèlent le divin

Il y a plus encore : le nom hébraïque de la circoncision, Mila, est formé par les initiales des mots du verset « Qui montra pour nous des merveilles dans les cieux ? » — et les lettres finales de ces mêmes mots composent le Nom divin Avaya. Ainsi, jusqu’au cœur de ce mot se cachent des profondeurs insondables, qui relient l’acte de l’alliance à la révélation du divin.

Au-delà de l’enseignement : rapprocher les cœurs de leur Père céleste

Par ailleurs, je suis profondément satisfait de constater que vous ne vous limitez pas à vos seules fonctions d’enseignant. Vous avez su percevoir la dimension essentielle et la plus profonde de cette vocation : rapprocher les cœurs des enfants d’Israël de leur Père qui se trouve dans les cieux. C’est précisément cela — et non la simple transmission du savoir — qui constitue la mission véritable d’un éducateur au sein du peuple juif.

Une bénédiction pour une influence surnaturelle

Puisse D.ieu vous accorder la réussite dans votre mission, une réussite qui dépasse les limites naturelles. Puissiez-vous exercer une influence profonde sur vos élèves et, à travers eux, sur le foyer de leurs parents — en les éclairant selon ce que nos Sages ont enseigné : « La bougie est une Mitsva, et la Torah est une lumière. »

Avec ma bénédiction de réussite dans vos activités communautaires, ainsi que dans votre vie personnelle, de même que pour tous les membres de votre famille.

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son propos, la lettre n°1655. (2) Des Talmud Torah de la région parisienne. (3) Celle de la circoncision. (4) Le Tétragramme.

 

 


Par la  grâce de D.ieu, 4 Adar Richon 5714, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai reçu avec plaisir votre lettre de Roch ‘Hodech. J’ai été particulièrement satisfait que vous organisiez, de la manière qui convient, une réunion ‘hassidique(2) pour les enfants du Talmud Torah. Je suis surpris de ne pas avoir reçu la même nouvelle du Beth Rivka(3). J’ai bon espoir que le manque concerne uniquement le fait d’écrire, mais non l’action concrète.

Je lirai la demande de bénédiction qui figure dans votre lettre, en un moment propice, près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera. Puisse D.ieu faire que vous m’annonciez une amélioration de la santé physique et, dans la mesure du possible, de la santé morale de ceux que vous contactez, dans le cadre de votre mission sacrée(4). Et, il est dit qu’un effort est toujours couronné de succès.

J’ai appris avec satisfaction que l’étude de la ‘Hassidout a été renforcée dans votre implantation(5). Sans doute, les femmes se réunissent-elles également, de temps à autre, de sorte que leurs réunions conduisent à des Mitsvot, en général et à de bons sentiments, en particulier.

Que D.ieu accorde la réussite à chacun d’entre vous.

Avec ma bénédiction,

Notes : (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°1555. (2) A l’occasion de la Hilloula du 10 Chevat. (3) De Yerres, dans la région parisienne. (4) La collecte de fonds pour les institutions Loubavitch. (5) L’une des implantations de la région parisienne, entre lesquelles les ‘Hassidim se répartissaient.


Par la grâce de D.ieu, 21 Iyar 5714, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu votre lettre du jour lumineux de Lag Baomer. Je vous remercie beaucoup pour la bonne nouvelle que vous m’annoncez, celle de la réunion ‘hassidique que vous avez organisée pour les élèves(2), à l’occasion de ce jour.

Sans doute vous efforcerez-vous d’introduire encore de telles initiatives, à l’avenir. Vous connaissez l’affirmation de nos Sages selon laquelle “ grand est le repas partagé, qui rapproche ”, en particulier quand il s’agit de petits garçons et de petites filles, à propos desquels il est dit : “ Il faut que la main droite rapproche…(3) ”.

Vous multipliez sûrement vos efforts, à l’approche des vacances(4). De nombreux élèves sont alors libérés de leurs études dans les écoles publiques et les parents souhaitent les occuper, au moins pendant quelques heures par jour. Le moment est donc propice pour leur faire connaître la Yechiva Loubavitch et le Talmud Torah, pour les persuader d’intégrer l’une de ces institutions.

Si l’on s’occupe d’eux comme il convient, pendant qu’ils seront dans ces institutions, on peut espérer que bon nombre d’entre eux resteront dans les quatre coudées de ‘Habad.

Comme vous me le demandez, je mentionnerai votre nom et celui des membres de votre famille, lorsque je me trouverai près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera, afin que vous soyez en bonne santé.

Que D.ieu vous accorde le succès, en tous ces domaines.

Avec ma bénédiction de réussite,

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°2453. (2) Des Talmud Torah de la région parisienne dirigés par le Rav Azimov. (3) Et que la main gauche repousse. On doit multiplier les actes de bienveillance et n’être sévère que dans la mesure de la nécessité. (4) Voir également la lettre n°2641.

 

Le Rav Haim Hillel et son fils le Rav Chmouel Azimov

 

Par la grâce de D.ieu, 8 Chevat 5715, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu vos lettres des 3 et 5 Chevat, avec les demandes de bénédiction et les listes qui y étaient jointes. Sans en faire le vœu, j’en donnerai lecture près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.

Il est sans doute inutile de rappeler aux ‘Hassidim transmettant de telles demandes de bénédiction qu’ils doivent, pour leur part, rappeler, à ceux qui les leur remettent, l’explication donnée par mon beau-père, le Rabbi, dont nous célébrons la Hilloula, à propos de l’expression “ pluies de bénédiction ”(2).

La bénédiction est, en effet, comparable à la pluie, qui n’apporte une réussite considérable que dans la mesure où l’on laboure et l’on sème. Vous trouverez sûrement les termes pour expliquer tout cela. Et, D.ieu vous accordera la réussite.

On a sans doute expliqué aux élèves des Talmud Torah qui est celui dont on célèbre la Hilloula, ce que fut sa vie et quelques unes de ses actions, selon ce qu’ils peuvent en comprendre. Si on ne l’a pas fait, il faudra s’y employer maintenant, pendant les jours proches de la Hilloula.

Puisse D.ieu faire que ces propos exercent leur effet sur ceux qui les prononcent et sur ceux qui écoutent.

Avec ma bénédiction de réussite dans votre mission sacrée, en bonne santé, physique et morale,

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son propos, la lettre n°2676. (2) Voir, à ce sujet, la lettre n°2290.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 27 Sivan 5715, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 20 Sivan, de même qu’à celles qui la précédaient, avec tout ce qu’elles contenaient.

A) Les demandes de bénédiction qui accompagnaient votre lettre seront lues, en un moment propice, près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera. Pour votre part, vous vous efforcerez d’expliquer à chacun d’entre eux(2) qu’ils doivent intensifier leur engagement en tout ce qui concerne la Torah et les Mitsvot. C’est de cette façon que l’on obtient les bénédictions de D.ieu, en tout ses besoins, matériels et spirituels, de même qu’en ceux des membres de sa famille.

Cette demande de bénédiction sera lue près du tombeau de mon beau-père, le Rabbi, auquel il convient donc de s’attacher, afin de forger le canal et le réceptacle nécessaires pour intégrer les bénédictions que l’on reçoit, quand il invoque la miséricorde divine. Pour cela, une action permettant de se lier à lui est nécessaire.

On fixera donc une étude de son enseignement ou, tout au moins, de la ‘Hassidout, puisqu’il est le successeur de son fondateur. On mettra en pratique ses décisions, en particulier celle de lire des Tehilim, chaque jour, après la prière.

Et, nos Sages disent que “ les paroles émanant du cœur pénètrent dans le cœur ”(3).

B) J’ai été satisfait d’apprendre que vous avez organisé une réunion ‘hassidique pour les élèves(4) et que vous l’avez fait précisément à Brunoy(5), c’est-à-dire loin de Paris, ainsi qu’il est dit : “ Va-t-en, pour toi, de ton pays et de la maison de ton père ”.

Heureux sont ceux qui ont apporté leur concours pour organiser tout cela. Vous voudrez bien leur transmettre mes remerciements, en particulier aux responsables que vous mentionnez dans votre lettre, messieurs Yadlitski, Zilberman, Morde’haï Miller et Pinkas. Que D.ieu augmente Sa bénédiction pour chacun d’eux, en tous leurs besoins, matériels et spirituels.

C) J’espère que la réussite de cette entreprise vous conduira à redoubler d’ardeur pour la renouveler, à plusieurs reprises, pendant l’été. Bien évidemment, vous pouvez également le faire sous une autre forme et avec un autre contenu.

L’essentiel est d’apporter aux élèves ce dont ils ont besoin(6) pour passer l’été.

D) Vous me dites que vous enverrez vos fils passer l’été à la Yechiva. Cela est une bonne initiative.

Puisse D.ieu faire qu’ils raffermissent leur santé, moralement et donc aussi physiquement.

Avec ma bénédiction pour donner de bonnes nouvelles de tout cela,

N. B. : On a sûrement indiqué aux professeurs qu’ils doivent, suffisamment tôt, parler aux élèves du 12 Tamouz.

Je vous joins la suite de la note sur l’emprisonnement(7), qui vient d’être éditée.

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°2676. (2) De ceux qui ont demandé une bénédiction. (3) Ainsi, il sera possible de convaincre ces personnes. (4) Des Talmud Torah. (5) Dans la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch de la région parisienne. (6) Textuellement “ des provisions pour la route ”. (7) Du précédent Rabbi.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 12 Tichri 5716, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu votre demande de bénédiction pour cette personne(2). J’en donnerai lecture, en un moment propice, près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.

Il faudrait lui expliquer, de la manière qui convient, que ce qui lui arrive fait allusion à l’affirmation de nos Sages selon laquelle “ la royauté terrestre est à l’image de la royauté céleste ”. Le sentiment que lui inspire un jugement prononcé par les hommes doit, a fortiori, lui fournir une indication sur l’état d’esprit qui aurait dû prévaloir pendant les dix jours séparant Roch Hachana de Yom Kippour.

D.ieu, dans Sa grande bonté, considérant que le comportement pendant ces dix jours n’a pas été ce qu’il devait être, lui fait une allusion à cela en provoquant un jugement rendu par les hommes. Cette allusion sera donc suffisante, comme le souligne le Ari Zal, commentant le verset “ Il tendra la joue à celui qui le frappe et se rassasiera de honte ”. En l’occurrence, cette honte suffira pour s’acquitter de son obligation.

Puisse D.ieu faire que cette personne donne de bonnes nouvelles de ce qui la concerne, en particulier de son ajout à la Torah, partie révélée et ‘Hassidout, de même que de sa pratique des Mitsvot.

Avec ma bénédiction, à l’occasion de la fête(3),

Notes  (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, les lettres n°3587 et 4180. (2) Vraisemblablement déférée devant un tribunal. (3) De Soukkot.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 25 Adar 5716, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

Vous envisagez de vous rendre au Danemark(2). Puisse D.ieu faire que vous connaissiez la réussite dans la récolte de biens matériels et dans les semailles de spiritualité, conformément au dicton bien connu de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.

Plus vous intensifierez les semailles spirituelles, ce qui est livré au libre arbitre de l’homme, plus vous accroîtrez le premier point(3), qui dépend de D.ieu. Nos Sages disent, en effet, que “ tout est dans les mains de D.ieu, sauf la crainte de D.ieu ”.

Vous m’écrivez que vous envisagez de distribuer de la Matsa Chemoura aux élèves du Beth Rivka et des Talmud Torah, là où cela sera possible. C’est une très bonne initiative. Puisse D.ieu faire que cette Matsa agisse en tant que “ aliment de la guérison ” et “ aliment de la foi ”. Il n’est pas de mots pour expliquer le grand mérite revenant à ceux qui se consacrent à tout cela.

Avec ma bénédiction de réussite en tout ce qui vient d’être dit, pour donner de bonnes nouvelles et pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse,

Notes  (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°3820. (2) Afin de collecter des fonds pour les institutions Loubavitch de la région parisienne. (3) La collecte de fonds.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 4 Sivan 5716, Brooklyn,
Au Rav, distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

Sans doute réfléchissez-vous à un programme pour la période de l’été, qui approche, lorsque les jeunes sont en vacances de l’école et des études profanes. De nombreuses actions peuvent alors être menées, dans le cadre des Talmud Torah. Et, il a été dit que “ le salut est obtenu par les nombreux conseillers ”(2).

Il est sûrement inutile de vous rappeler que vous devez, par la suite, correspondre avec les personnes des endroits que vous visitez(3), afin d’entretenir leur motivation et, avant tout, les conduire à prendre de bonnes décisions, concrètement applicables.

A l’occasion de la fête de Chavouot, qui approche, puissions-nous mériter, au sein de tout Israël, selon l’expression de mon beau-père, le Rabbi, de recevoir la Torah avec joie et d’une manière profonde.

Notes  (1) Le Rav H. H. Azimov, directeur du réseau des Talmud Torah Loubavitch de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°3820. (2) Il convient donc de solliciter le conseil d’autres personnes. (3) Afin de collecter des fonds pour les institutions Loubavitch.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 1er jour de Roch ‘Hodech Elloul 5716, Brooklyn,
Au distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

J’ai reçu votre lettre du 23 Mena’hem Av, qui faisait suite à une interruption particulièrement longue, de même que vos deux demandes de bénédiction, qui seront lues, en un moment propice, près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.

Vous m’expliquez pour quelle raison il est impossible de convaincre ces jeunes gens. Or, quiconque méditerait à l’histoire d’Israël, en général et à celle de la ‘Hassidout, en particulier, en adoptant de tels principes parviendrait à des conclusions dramatiques, ce qu’à D.ieu ne plaise, c’est bien évident.

J’ai, malheureusement, déjà été habitué à de telles “ explications ”, qui ont pour effet de multiplier les doutes sur l’issue fructueuse d’une action. Et, en conséquence, on ne fait rien, bien que nos Sages affirment qu’en situation de danger, on doit agir, même en cas de doute ou de “ doute de doute ”.

En l’occurrence, il s’agit bien de conduire ces jeunes gens au monde futur et, bien souvent également, à ce monde.

Vous décrivez l’action et le comportement adopté envers les élèves(2), à l’occasion du 12 Tamouz(3). J’en suis satisfait. Sans doute poursuivrez-vous tout cela. Ceci peut être comparé à une plantation. On peut vérifier concrètement que celui qui plante des graines sait qu’elles ne germeront pas toutes. Il en plante donc un certain nombre car, s’il se limitait à quelques unes, cela n’aurait pas le même effet.

Or, on peut logiquement s’interroger sur une telle démarche. Pourquoi gâcher plusieurs dizaines de graines dans un champ qui, concrètement, n’en fera germer que quelques unes ? Dans la pratique, si l’on adopte cette position rationnelle, ces quelques graines elles-mêmes ne pousseront pas.

En un moment propice, je mentionnerai tous ceux que vous citez près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera. Puisse D.ieu faire que vous m’annonciez de bonnes nouvelles de tout cela.

Avec ma bénédiction afin d’être inscrit et scellé pour une bonne année,

Pour le Rabbi Chlita,
le secrétaire,

Notes (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°3820. (2) Des Talmud Torah de la région parisienne. (3) Date de la libération du précédent Rabbi des prisons soviétiques.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 12 Tévet 5717, Brooklyn,
Au distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

Après une longue interruption, j’ai reçu votre lettre du 8 Tévet, avec les demandes de bénédictions qui l’accompagnaient et qui seront lues, en un moment propice, près du saint tombeau de mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.

Vous me faites part de vos actions et de votre organisation pour cette année scolaire(2). Vous me dites que quelques études supplémentaires ont été ajoutées et que des réunions ‘hassidiques sont organisées, entre les professeurs et les élèves.

Puisse D.ieu faire que cet ajout soit à la fois quantitatif et qualitatif, que l’on ne se suffise pas de ce qui a été accompli, mais que l’on y fasse un ajout. En effet, on peut constater le succès que l’on obtient grâce à la grande miséricorde invoquée par nos saints maîtres, dont le mérite nous protège.

Néanmoins, on ne se sert pas de tout cela comme il le faudrait, ni même partiellement et, malheureusement, ce n’est pas seulement pour les Talmud Torah qu’il en est ainsi. Je veux dire que l’on devrait utiliser la bénédiction et la réussite que D.ieu accorde également dans les autres institutions des ‘Hassidim, comme le Beth Rivka ou la Yechiva Tom’heï Temimim.

Comme vous le savez(3), mon beau-père, le Rabbi, dans l’une de ses causeries, alors qu’il vivait encore dans ce monde, affirma, faisant allusion à la période qui suivrait la venue de notre juste Machia’h : “ Bientôt viendra une époque où l’on se tapera sur le front en disant : ‘Nous avons vécu un moment si précieux et nous n’en avons même pas profité !’ ”.

Il serait bon de rappeler à cet homme(4) qu’il a observé les miracles que D.ieu a accomplis pour lui, comme il le reconnaît lui-même. Il doit donc attirer ces miracles par l’intermédiaire de la Torah et de ses Mitsvot. C’est de cette façon qu’ils se révèlent ici-bas et qu’ils se perpétuent, pour de longs jours et années.

Puisse D.ieu faire que vous trouviez les mots qui conviennent, afin de lui expliquer tout cela et d’obtenir le résultat escompté.

Avec ma bénédiction pour donner de bonnes nouvelles,

Notes  (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°4416. (2) Du réseau des Talmud Torah de Paris. (3) Voir, à ce sujet, la lettre n°2517. (4) Le Rav Azimov, dans sa lettre, interrogeait vraisemblablement le Rabbi à son sujet.

 

 

Par la grâce de D.ieu, 18 Mena’hem Av 5721, Brooklyn,
Au distingué ‘Hassid qui craint D.ieu et se consacre aux besoins communautaires, le Rav ‘Haïm Hillel(1),

Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 15 Av, avec ce qui y était joint. Vous m’interrogez sur l’heure de la sortie du Chabbat(2). Celle-ci n’est pas identique dans tous les pays et à toutes les périodes de l’année. Il faut donc consulter les Rabbanim, enseignant la Hala’ha, à Paris et dans sa région, qui possèdent des connaissances en la matière.

Pour déterminer concrètement l’heure précise du lever du soleil et de son coucher, il convient de consulter le calendrier qui est publié par l’association astronomique de France, car cet organisme est expert et digne de foi, en la matière. Toutefois, l’heure du coucher du soleil qu’elle indique n’est pas toujours celle du Choul’han Arou’h. En tout état de cause, ce point ne sera pas développé ici. Avec ma bénédiction afin de donner de bonnes nouvelles,

Pour le Rabbi Chlita,

Notes  (1) Le Rav H. H. Azimov, de Paris. Voir, à son sujet, la lettre n°5025. (2) Vraisemblablement dans le but d’établir le calendrier juif pour la nouvelle année.

 


Talmud Torah de Montreuil


Talmud Torah de la rue Doudeauville – Paris 18,  en 1978


1970

Vendredi 15 mai 2026 à 10h30 : Likouté Si’hot volume 33 – Bamidbar Si’ha 1 – Rav Levi Azimov

Vendredi 15 mai 2026 à 10h30 : Likouté Si’hot volume 33 – Bamidbar Si’ha 1 – Rav Levi Azimov


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La paracha Bamidbar s’ouvre sur l’ordre divin de recenser l’ensemble du peuple d’Israël — mais les Lévites, tribu à part entière, échappent à ce dénombrement commun et font l’objet d’un comptage radicalement différent. À travers l’analyse des Likouti Si’hot du Rabbi, cette distinction révèle une philosophie spirituelle d’une remarquable profondeur : trois modes de recensement correspondent à trois modes de service divin. Du dénombrement naturel des tribus jusqu’au silence transcendant du Grand Prêtre, le nombre lui-même devient une fenêtre ouverte sur l’infini.

 

 

Le recensement du peuple d’Israël : 603 550 âmes dénombrées

D.ieu s’adressa à Moshé en ces termes : « Faites le relevé de toute la communauté des enfants d’Israël, selon leurs familles et leurs maisons paternelles, tous les mâles selon leur tête, depuis l’âge de vingt ans et au-delà — vous les compterez selon leurs légions, toi et Aharon » (Bamidbar 1, 1-47). Le total de ces recensés s’éleva à 603 550. Quant aux Lévites, eu égard à leur tribu paternelle, ils ne figurèrent point dans ce dénombrement.

Rachi éclaire la signification profonde de cet acte de comptage : c’est l’amour que D.ieu porte aux enfants d’Israël qui L’incite à les recenser à tout moment. Il les a comptés à la sortie d’Égypte, puis à nouveau lorsqu’Il est venu faire résider Sa Che’hina — Sa Présence divine — au milieu d’eux. Le mode de recensement était précis : chaque homme était compté au moyen d’un Chekel, un demi-Chekel par tête.

Les Lévites mis à l’écart : la légion du Roi

D.ieu dit ensuite à Moshé : « Pour ce qui est de la tribu de Lévi, tu ne la recenseras ni n’en feras le relevé parmi les enfants d’Israël. Mais tu préposeras les Lévites au Tabernacle du Témoignage » (Bamidbar 1, 48). Cette mise à l’écart n’est pas un oubli — elle est le signe d’une distinction majeure.

Rachi en propose deux explications complémentaires. Selon la première, la « légion du Roi » mérite d’être recensée à part, selon un traitement distinct de celui réservé aux autres tribus. Selon la seconde, D.ieu avait prévu que seraient frappés par le décret de mort dans le désert tous ceux qui, lors du recensement, auraient dépassé l’âge de vingt ans — ce décret devait s’accomplir à la suite de la faute des Explorateurs. Il s’est dit alors : « Il ne faut pas que ceux-là soient inclus dans le recensement, car ils M’appartiennent — pour n’avoir pas failli lors du veau d’or. » Le terme employé pour la nomination des Lévites à leur fonction désigne, par ailleurs, l’attribution d’une responsabilité de premier rang.

Un dénombrement céleste : quand la voix divine remplace le recenseur

D.ieu ordonna à Moshé de recenser les Lévites selon leurs maisons paternelles et leurs familles, tous les mâles depuis l’âge d’un mois et au-delà (Bamidbar 3, 14). Moshé s’interrogea alors devant D.ieu : « Comment pourrais-je entrer à l’intérieur de toutes leurs tentes pour savoir le nombre de leurs nourrissons ? » D.ieu lui répondit avec une simplicité souveraine : « Fais ton travail, et Je ferai le Mien. »

Moshé alla donc se tenir à l’entrée de chaque tente, précédé par la Che’hina. Une voix divine sortait de la tente et annonçait : « Il y a dans cette tente-ci tant de nourrissons ! » C’est là le sens de l’expression : « conformément à la parole de D.ieu. » Le dénombrement des Lévites n’était pas l’œuvre des hommes — il relevait d’un ordre d’existence entièrement différent.

La distinction fondamentale entre « recensement » et « relevé »

Les Likouti Si’hot établissent une distinction conceptuelle importante : le terme « tifkod » — recensement — désigne l’acte même du dénombrement individuel, tandis que « faire le relevé » — nesi’at rosh — signifie recevoir la somme globale du nombre, c’est-à-dire connaître le total d’ensemble. Il existe, de manière générale, une différence fondamentale entre la façon de recenser les enfants d’Israël et celle de recenser les Lévites.

C’est là le sens précis du verset : non seulement le nombre des Lévites n’était pas inclus « parmi les enfants d’Israël », mais encore la manière de procéder à leur recensement était totalement différente de celle employée pour l’ensemble du peuple. La différence n’est pas seulement quantitative — elle est qualitative et structurelle.

Deux lectures de la mise à l’écart des Lévites

Les Likouti Si’hot proposent deux approches pour comprendre cette exclusion. Selon la première lecture — celle du sens simple du texte — la conclusion du verset « parmi les enfants d’Israël » se rapporte également à son début : le recensement des Lévites devait être effectué autrement que celui des autres tribus, selon une modalité distincte. Selon la seconde lecture, plus radicale, le recensement des Lévites s’effectuant au moyen d’une voix céleste qui informait Moshé, cela ne relève plus du tout de la catégorie habituelle du « recensement ». En effet, un recensement au sens propre implique deux conditions essentielles : un acte humain de comptage, et un dénombrement individuel, personne par personne.

C’est là la clef de la distinction entre les deux explications de Rachi : selon la première, la tribu de Lévi devait bien être recensée, mais séparément ; selon la seconde, l’accent porte sur le fait qu’ils ne furent pas recensés du tout au sens ordinaire du terme — et ce, précisément en raison de l’affection particulière que D.ieu leur porte. Rachi rappelle par ailleurs, dans son commentaire sur Ki-Tissa (30, 12), qu’un recensement est assujetti au mauvais œil, et que la peste peut en découler — raison supplémentaire pour laquelle les Lévites, bien-aimés de D.ieu, furent soustraits à ce risque.

Trois types de recensement, trois formes du service divin

Les Likouti Si’hot développent une correspondance d’une grande profondeur entre les trois types de dénombrement et les trois axes fondamentaux du service divin. Le service de D.ieu se divise en trois catégories générales : l’accomplissement des Mitsvot, l’étude de la Torah, et l’attachement à D.ieu par la prière — dont l’expression ultime est le service du don de soi, la mesirat nefesh.

Les Mitsvot furent données selon un nombre précis — exactement 613 — car leur fonction essentielle est de faire descendre la sainteté dans la matérialité du monde. Elles s’inscrivent donc naturellement dans l’ordre de la mesure et du nombre. La Torah, en elle-même, est au-dessus de toute mesure ; mais d’un autre côté, le fait même qu’elle est « plus longue que la terre » (Job 11, 9) révèle qu’elle conserve une certaine dimension de mesure — une grandeur définie, fût-elle immense. Quant au don de soi, il transcende totalement toute notion de mesure et de limite : il appartient à un registre que le nombre ne peut atteindre.

Trois catégories d’hommes, trois niveaux de relation à D.ieu

Ces trois modes de service correspondent à trois catégories de personnes au sein du peuple d’Israël. La conduite de la majorité des enfants d’Israël suit le principe du « conduire sa vie selon les voies naturelles du monde » : l’essentiel de leur service consiste dans l’accomplissement des Mitsvot et des bonnes actions — c’est pourquoi leur recensement s’effectuait d’une manière conforme aux voies naturelles, individu par individu.

La tribu de Lévi a pour vocation d’être « mise à part pour servir D.ieu, être à Son service et enseigner Ses voies au grand nombre » (Maïmonide, lois de Chemita et du Yovel, 13, 12). C’est pourquoi les Lévites furent bien recensés, mais non par un recensement matériel et naturel — leur dénombrement relevait d’un ordre supérieur.

Au-dessus de tous se tient le Grand Prêtre, le Cohen Gadol, qui « ne peut pas quitter le Sanctuaire » (Emor 21, 12) et ne quitte jamais Jérusalem. C’est pourquoi Aharon « ne faisait pas partie du recensement des Lévites » (Rachi sur Bamidbar 3, 39) : il représente un attachement à D.ieu au-delà de toute définition de mesure et de nombre — un service qui transcende jusqu’à la notion même de catégorie.

Du Omer à Chavouot : le nombre et ce qui le transcende

Les Likouti Si’hot établissent un lien lumineux entre ces trois niveaux et le service spirituel du Omer, qui conduit jusqu’à la fête de Chavouot. Le compte des 49 jours du Omer correspond au premier niveau : il relève de l’effort humain, du nombre et de la mesure. La cinquantième porte de la Sagesse, attirée d’En-Haut grâce à ce compte, correspond au second niveau : elle demeure dans une dimension de nombre, mais d’une élévation infiniment supérieure à ce que l’homme peut atteindre par ses propres forces — « innombrable comme le sable » (Vayichlah 32, 13).

La cinquantième porte, donnée directement par D.ieu, correspond au troisième niveau : elle se situe totalement au-delà de toute mesure, de tout nombre et de toute capacité de compter. C’est cette dimension profonde et véritable qui se révèle à Chavouot, lors du don de la Torah : non seulement la Torah est redonnée à nouveau, mais D.ieu Se dévoile à Israël « face à face » — une rencontre qui transcende toutes les catégories et que nulle arithmétique ne saurait contenir.

Source : Likouti Si’hot, volume 33, première Si’ha sur Bamidbar