D.ieu est partout — mais pourquoi ne Le voyons-nous pas ? Le Tanya dévoile le secret de la présence divine – Rav Haim Mellul

 D.ieu est partout — mais pourquoi ne Le voyons-nous pas ? Le Tanya dévoile le secret de la présence divine – Rav Haim Mellul

 

Depuis la synagogue jusqu’aux confins du monde matériel, D.ieu est présent de manière strictement identique en chaque lieu et en chaque instant — telle est la grande leçon que délivre le Tanya dans ses derniers chapitres. Ce n’est pas la présence divine qui varie d’un endroit à l’autre, mais uniquement notre capacité à la percevoir, conditionnée par notre effort intérieur et notre Émouna. Comprendre cette vérité, c’est transformer radicalement notre regard sur la création et sur notre rôle en son sein.

 

Rav Haim Mellul
Tanya Likoutei Amarim – fin du chapitre 52 (fin de la page 146) et début du chapitre 53

 

 

La Sefirat HaMalkhout, moteur de la création

Le cours s’ouvre sur une présentation synthétique du chemin parcouru lors de la leçon précédente, consacré à la Sefirat HaMalkhout — la sefira de la Royauté. Toute la création repose sur ce principe fondamental : la Malkhout descend jusqu’au monde matériel, y recueille l’ensemble de ce qui a été accompli par les hommes, puis remonte vers D.ieu en lui rapportant les fruits de l’activité humaine. Ce mouvement de va-et-vient permanent constitue le souffle même de l’existence du monde.

Ce mécanisme s’exprime de façon particulièrement saisissante à l’occasion de Roch Hachana, où la Sefirat HaMalkhout est reconstruite. En fin d’année, la sefira se contracte jusqu’à n’être plus qu’un point. Le but de Roch Hachana est précisément de la reconstituer, d’y instiller la lumière nouvelle de l’année qui commence. Car chaque année reçoit une lumière différente de celle des années précédentes : au moment de la création, D.ieu a prévu autant de lumières distinctes qu’il y a d’années dans l’existence du monde. À la veille de Roch Hachana, la lumière de l’année écoulée se retire et une lumière nouvelle est introduite dans la Malkhout reconstituée. C’est elle qui traversera ensuite l’ensemble des mondes pour parvenir jusqu’à notre réalité matérielle.

La Torah elle-même reflète cette vérité en affirmant que les yeux de D.ieu sont tournés vers Israël « depuis le début de l’année jusqu’à la fin de l’année » — une formulation qui, loin d’être redondante, indique que le regard divin est permanent et continu, sans interruption entre la fin d’une année et le commencement de la suivante.

Les Juifs, associés de D.ieu dans la création

Le Tanya enseigne que les Juifs sont les associés de D.ieu dans l’œuvre de la création. Cette notion d’association mérite qu’on s’y arrête : dans toute association, chaque partenaire apporte ce que l’autre est incapable d’apporter. D.ieu, pour sa part, a contribué la lumière initiale — celle qui a fait surgir le monde du néant au premier instant. Mais le monde n’est pas créé une fois pour toutes : il est recréé à chaque instant. Et c’est précisément là qu’intervient la contribution des Juifs, qui apportent la lumière de continuité.

À partir du deuxième instant de la création, la lumière se dévoile en fonction des actes des hommes. Plus les actions sont grandes, plus la lumière dévoilée est intense ; moins elles sont significatives, moins le dévoilement est puissant. Le monde visible — ce que D.ieu révèle de lui-même dans la création — dépend donc directement des actes de l’homme, et ce jusqu’au moment où un niveau suffisant d’accomplissement permettra à la lumière du Machiah de se révéler pleinement.

Beth HaMikdash : résidence de D.ieu ou lieu des sacrifices ?

Une question centrale traverse ce passage du Tanya : peut-on affirmer que D.ieu est plus présent au Beth HaMikdash qu’en tout autre endroit du monde ? Pour y répondre, le Tanya confronte deux grandes définitions du Temple.

Le Rambam définit le Beth HaMikdash comme le lieu désigné pour l’offrande des korbanot. Avant sa construction, les sacrifices pouvaient être offerts en tout endroit ; une fois le Beth HaMikdash bâti, il est devenu l’unique lieu valide pour les korbanot. Selon cette approche, le Temple est essentiellement un lieu fonctionnel : D.ieu n’y est pas plus présent qu’ailleurs, mais c’est là et nulle part ailleurs que le sacrifice doit être offert.

Le Ramban, quant à lui, définit le Beth HaMikdash comme la résidence de D.ieu dans le monde, s’appuyant sur le verset : « Je résiderai parmi vous. » Mais le Tanya s’empresse de préciser que, même selon cette définition, la résidence de D.ieu au Beth HaMikdash n’implique nullement qu’Il serait absent des autres lieux. Un homme a sa demeure, mais il n’est pas pour autant absent de son lieu de travail ou de la rue. Sa présence est la même partout — seul son mode de résidence diffère. De la même façon, D.ieu réside au Beth HaMikdash sans pour autant être moins présent dans le reste du monde.

Cette conclusion est frappante : D.ieu est présent dans le monde entier de manière strictement identique. Le Beth HaMikdash, et en particulier le Kodesh HaKodashim, ne constituait pas un lieu de présence divine accrue, mais un lieu où cette présence était plus révélée — ce qui est fondamentalement différent.

Or et Chiyut : les deux modalités du dévoilement divin

Pour éclairer cette distinction, le Tanya introduit une différenciation capitale entre deux formes de l’émanation divine : l’Or (la lumière) et la ‘Hayout (la vitalité).

La lumière — l’Or — est identique pour toutes les créatures et en tous les points de la création. Elle se répand uniformément à travers tous les mondes, d’Atsilout jusqu’à notre monde matériel, de la même façon que les rayons du soleil touchent indistinctement chaque recoin de la création. La lumière ne change pas en elle-même ; c’est son voile qui s’épaissit au fur et à mesure que l’on descend dans l’enchaînement des mondes.

La ‘Hayout — la vitalité — fonctionne différemment : il s’adapte au niveau de chaque monde et de chaque créature. Le corps humain en offre une illustration parfaite. La vitalité du cerveau n’est pas celle du pied ; la vitalité de la main n’est pas celle du talon. Et plus on descend vers les extrémités, plus la ‘Hayout se réduit : celui qui innerve les ongles et les cheveux est si ténu que leur coupure ne provoque aucune douleur. C’est l’ange de la mort lui-même — dit le texte — qui se loge dans le talon, là où la vitalité est la plus voilée.

Ainsi, ce qui voile la présence de D.ieu dans le monde, ce n’est pas l’Or lui-même, mais l’amincissement progressif du Chiyut à mesure que l’on s’approche du monde matériel. Ce monde est le plus bas de tous : la ‘Hayout qui y parvient est totalement contracté, à l’image du rayon solaire qui peine à pénétrer une maison aux rideaux épais.

Le monde recréé à chaque instant

Le Tanya formule alors une thèse vertigineuse : le monde matériel est, par nature, contraire à l’existence. L’existence spirituelle est naturelle ; l’existence matérielle, elle, va à l’encontre de l’ordre naturel des choses. Et ce qui va contre nature doit être constamment renouvelé pour persister.

Une image saisissante illustre cela : imaginez un soufflet que l’on actionne sur un feu. Les étincelles que ce souffle fait jaillir vont à l’encontre de leur nature propre, qui est de demeurer à l’intérieur du feu. Dès l’instant où l’on cesse de souffler, les étincelles retournent immédiatement au feu. Tel est le monde matériel : D.ieu le fait surgir du néant à chaque instant. Si, ne serait-ce qu’un instant, D.ieu cessait de prononcer sa parole créatrice, le monde retournerait instantanément au néant — non pas qu’il serait détruit, car la destruction implique une transformation (du bois en cendres, par exemple), mais il disparaîtrait purement et simplement, comme l’étincelle qui s’éteint.

Cette permanence de la parole créatrice explique aussi la coutume d’ajouter un second prénom à un malade en danger : si la maladie menace sa vie, c’est peut-être que le lien entre son prénom originel et les lettres correspondantes dans les dix paroles de la création s’est affaibli. Un nouveau prénom vient alors mobiliser une nouvelle source de vitalité divine pour le soutenir.

Les dix paroles de la création et le nom des choses

Au cœur de l’enseignement se trouve la notion des dix paroles par lesquelles D.ieu a créé le monde. Ces dix paroles ne sont pas un événement passé et achevé : elles sont constamment reprononcées, à chaque instant, maintenant le monde en existence. Il existe une relation permanente entre chaque parole divine et chaque créature qu’elle fait exister.

Un enfant qui reçoit le nom de Chimon, par exemple, entretient un lien permanent entre ce nom et les lettres correspondantes dispersées dans les dix paroles de la création. Une table — dont le nom hébreu est Shoul’han — existe parce que le Chin, le Lamed et le Noun de ce mot se trouvent dans les paroles créatrices et y puisent leur vitalité.

Si D.ieu venait à ne prononcer que neuf des dix paroles, toutes les créatures rattachées à la dixième disparaîtraient dans l’instant — non pas transformées, mais retournées au néant. Tel est le sens profond du lien indissoluble qui unit D.ieu à Sa création : il ne s’agit pas d’un lien passé, mais d’une relation vivante, ininterrompue, pulsant à chaque fraction de seconde.

Ce principe éclaire aussi les deux conceptions de l’existence : le monde a-t-il une existence réelle, ou n’est-il qu’une illusion ? Les deux sont vrais simultanément. Tant que la parole de D.ieu le soutient, le monde a une existence authentique. Mais si cette parole venait à se retirer, on constaterait rétrospectivement que le monde n’a jamais eu d’existence propre. Deux vérités coexistent.

Mes Malé Kol Almin, Sovev Kol Almin et l’Émouna

Le Tanya distingue deux modes de présence divine résumés par deux expressions : Memale Kol Almin (Il remplit tous les mondes) et Sovev Kol Almin (Il entoure tous les mondes). La première désigne la lumière qui pénètre l’intérieur de chaque créature à la manière dont l’âme imprègne chaque membre du corps ; la seconde désigne la lumière qui enveloppe la création de l’extérieur, sans se laisser absorber par elle.

La croyance en Memale Kol Almin — que D.ieu règle et vivifie le monde — n’est pas à proprement parler une question d’Émouna (foi), mais une évidence logique. Car aucun système ne peut être autorégulé sans régulateur : même une usine entièrement automatisée requiert une supervision. Le fait que le monde fonctionne de façon ordonnée prouve nécessairement l’existence d’un régulateur.

L’Émouna commence là où la logique s’arrête, au niveau du principe Koula Kamé Ke’lo ‘Hachiv — « Tout est insignifiant devant Lui ». Cette vérité-là n’est pas perceptible naturellement : nous avons l’impression d’exister de manière indépendante, de prendre nos décisions librement, d’être entourés d’un monde réel. Affirmer que tout cela n’est qu’apparence, que la seule existence véritable est la parole divine qui nous maintient en vie — voilà ce qui exige l’Émouna. Et l’Émouna, comme l’indique sa racine hébraïque (imoun, entraînement), est une discipline qui se cultive : à force de réflexion et d’approfondissement, on peut en arriver à percevoir la présence de D.ieu avec la même certitude que si on la voyait de ses propres yeux. C’est cela le Da’at : la vision par les yeux de l’esprit.

Le Rav Maharach illustre cela par une image : un coffre-fort fermé à clé contient un trésor invisible. Si l’on remet à quelqu’un la clé de ce coffre, rien n’a changé en apparence — le coffre est toujours fermé. Pourtant, le simple fait de tenir la clé dans sa poche et de savoir qu’il suffit d’un geste pour ouvrir le coffre transforme radicalement la perception. Chaque Mitsva accomplie est une telle clé : elle dévoile la lumière de D.ieu dans le monde, même si nous ne la voyons pas directement. Et l’accumulation de ces lumières prépare le dévoilement du Machiah.

Les influences astrales et la liberté d’Israël

Le Tanya aborde alors une apparente contradiction : d’un côté, la Guemara affirme qu’Israël n’est pas soumis aux influences astrales (Ein Mazal Le’Israël) ; de l’autre, il est dit que tout ce qui se passe dans le monde dépend du Mazal. Comment concilier ces deux affirmations ?

La réponse est subtile : les influences astrales ne sont pas des forces indépendantes de D.ieu, mais des écrans que D.ieu interpose entre Lui et l’homme afin que la lumière divine prenne une apparence naturelle. Celui qui a développé son Émouna peut s’élever au-dessus de ces écrans : il perçoit les événements du monde à la lumière de sa foi et reçoit la lumière divine directement, sans l’intermédiaire du voile astral. Celui qui ne possède pas cette Émouna reçoit la même lumière divine — identique dans sa source — mais filtrée et déguisée en événements naturels, de sorte qu’il n’en perçoit pas l’origine divine. La lumière est la même ; seule diffère la perception.

Le dernier chapitre : la Chekhinah dans le premier Beth HaMikdash

Le cours aborde ensuite le dernier chapitre, qui s’ouvre sur l’évocation du premier Beth HaMikdash. Dans le Kodesh HaKodashim du premier Temple se trouvaient l’Aron HaKodesh, les premières et secondes Louchot (Tables de la Loi), les débris des premières Tables, et le Sefer Torah écrit de la main de Mochè Rabenou. Tout cela constituait un dévoilement sans précédent de la présence divine dans le monde matériel.

Le Admour HaZaken, auteur du Tanya, note un détail extraordinaire : l’Aron HaKodesh se trouvait exactement au centre du Kodesh HaKodashim — à trois mètres de chaque mur. Or, si l’on mesurait l’espace depuis les murs jusqu’à l’Aron, puis depuis l’Aron jusqu’aux murs opposés, la somme des deux distances égalait la longueur totale de la salle — comme si l’Aron n’occupait aucun espace. C’est l’un des miracles permanents du Beth HaMikdash, manifeste expression de la présence de D.ieu dans le monde matériel.

Dans le second Beth HaMikdash, en revanche, l’Aron HaKodesh, les Louchot et le Sefer Torah de Mochè avaient été cachés dans les souterrains du Temple. Le Kodesh HaKodashim était vide lorsque le Kohen Gadol y pénétrait à Yom Kippour. Le dévoilement de la présence divine y était donc bien moins intense.

Ce contraste entre les deux Temples illustre la différence entre présence et révélation : D.ieu n’était pas plus présent dans le premier Temple que dans le second, ni davantage dans le Temple que dans la rue. Mais Il était davantage révélé — et cette révélation dans un lieu physique, matériel, représente quelque chose d’infiniment plus frappant que la révélation dans les mondes spirituels supérieurs. Car dans les mondes spirituels, la présence divine est évidente par nature : les anges et les âmes non incarnées n’ont pas besoin de l’Émouna pour la percevoir. Que D.ieu se dévoile dans la matière — voilà ce qui est extraordinaire.

Le Admour HaZaken illustre cela par une analogie : lorsqu’un perroquet parle, tout le monde s’émerveille, même s’il parle bien moins bien qu’un homme. Car la parole est, pour l’homme, quelque chose de naturel qui ne suscite aucun étonnement, tandis que chez un animal, elle est contre-nature et donc prodigieuse. De même, le dévoilement de D.ieu dans les mondes spirituels est « naturel » — il ne suscite pas le même émerveillement que son dévoilement dans notre monde physique.

Le Matan Torah : quand l’essence divine se révèle directement

Le Tanya conclut avec une réflexion sur le Matan Torah — le don de la Torah au mont Sinaï. Si la lumière divine avait suivi le chemin ordinaire de la création, traversant successivement les mondes d’Atsilout, de Bria, de Yetsira et d’Assia, elle serait arrivée dans notre monde sous la forme d’un événement parfaitement naturel, imperceptible comme dévoilement divin. D.ieu n’a donc pas emprunté ce chemin.

Au moment du Matan Torah, D.ieu a dévoilé directement Son Essence dans le monde matériel, court-circuitant l’enchaînement ordinaire des mondes. C’est ce dévoilement direct qui a abouti à la gravure des dix paroles — les dix commandements — sur deux pierres. Ces deux pierres, placées dans le Kodesh HaKodashim, réalisaient un lien permanent entre l’Essence de D.ieu et le monde matériel.

Mais pourquoi ce dévoilement direct ne s’est-il pas ancré plus profondément dans le peuple qui en était témoin ? Parce qu’un homme ne peut vraiment intérioriser que ce qui résulte d’un effort personnel. Le dévoilement du Sinaï venait de l’initiative divine ; il dépassait les capacités humaines. Il a posé les fondations, mais l’intégration véritable requiert le travail de l’homme. C’est ce travail qui mènera, au temps du Machiah, à un dévoilement que nous serons cette fois capables de supporter et d’intérioriser pleinement.

Les Lottes du Sinaï contenaient les dix commandements, qui eux-mêmes incluent, comme le démontre Rav Saadia Gaon dans son célèbre ouvrage, la totalité de la Torah. Ainsi, le premier Beth HaMikdash abritait en permanence, sous forme matérielle, la totalité de la sagesse de D.ieu — la distance entre l’Essence divine et deux pierres de pierre, aussi vertigineuse soit-elle, avait été comblée.

La conclusion : D.ieu est partout, la seule différence réside en nous

La grande conclusion qui se dégage de l’ensemble de ces chapitres du Tanya est à la fois simple et bouleversante : il n’y a pas, dans toute la création, de différence dans le dévoilement de D.ieu. D.ieu est présent à la synagogue exactement comme Il est présent dans la rue, dans la maison, ou partout ailleurs. La Kedoucha d’une synagogue ne tient pas à une présence divine accrue, mais à la destination de ce lieu — un endroit consacré à la prière et à l’étude de la Torah.

La seule différence réside dans la perception de l’homme. Et c’est précisément pour cela que l’Émouna est centrale : elle est la discipline intérieure qui permet à un homme de traverser le voile naturel du monde et de percevoir, même là où rien ne l’y invite, la présence constante et immuable de D.ieu. Comme l’aveugle qui ne voit pas la rue n’en annule pas l’existence, notre incapacité à percevoir D.ieu ne diminue en rien Sa présence.

C’est là l’objectif ultime du service divin : s’entraîner à percevoir ce que la nature nous cache, élever notre regard au-dessus des écrans du monde, et retrouver, en chaque lieu et en chaque instant, la lumière qui n’a jamais cessé de briller.

 

 

Washington et Téhéran à l’heure des concessions : ce que révèle le document préliminaire des négociations

Washington et Téhéran à l’heure des concessions : ce que révèle le document préliminaire des négociations

La Maison-Blanche a catégoriquement démenti les informations diffusées par les médias d’État iraniens concernant un prétendu mémorandum d’entente avec Washington, qualifiant ces révélations de pure invention. Téhéran avait pourtant publié un document détaillant des engagements mutuels, incluant la levée du blocus naval et le retrait des forces américaines de la région. Pendant ce temps, le chef d’état-major israélien dresse un bilan accablant du régime des ayatollahs, dont il annonce le déclin inexorable.

 

Chanel 14

 

Un accord encore provisoire, mais aux implications considérables

C’est par la voie de la radio-télévision d’État iranienne qu’a été rendu public, ce mercredi, un document préliminaire d’entente entre l’Iran et les États-Unis. Sans valeur officielle ni caractère définitif, ce texte n’en révèle pas moins la nature des concessions envisagées de part et d’autre, dessinant les contours d’un possible dégel diplomatique entre les deux puissances.

Aux termes de ce document, Washington se serait engagé à lever le blocus naval qu’il impose à l’Iran. En contrepartie, Téhéran s’obligerait à ramener, dans un délai d’un mois, le volume de navires commerciaux transitant par les voies maritimes concernées au niveau qui prévalait avant la période de tensions. Il est précisé que les bâtiments militaires ne sont pas inclus dans cet accord. La gestion des flux de navigation serait assurée conjointement avec l’Iran et en coordination avec Oman, ce qui témoigne d’une volonté d’ancrage régional dans la mise en œuvre des ententes.

Le retrait militaire américain, point d’achoppement des négociations

L’un des volets les plus sensibles du document concerne l’engagement américain à retirer ses forces militaires du périmètre proche de l’Iran. Cependant, le texte lui-même reconnaît la nécessité de poursuivre les négociations afin de clarifier si cet engagement porte sur les troupes déployées dans la région à titre conjoncturel ou sur celles stationnées de façon permanente dans des bases militaires. Cette ambiguïté illustre toute la complexité que représente la régulation d’une présence militaire aussi étendue que celle des États-Unis au Moyen-Orient.

En ce qui concerne la procédure de validation, le document prévoit que tout accord définitif conclu dans un délai de soixante jours ferait l’objet d’une résolution contraignante du Conseil de sécurité des Nations unies, lui conférant ainsi une portée juridique internationale.

Téhéran exige des garanties concrètes avant tout engagement

Le document insiste néanmoins sur le fait que le cadre dit d’Islamabad demeure non finalisé. L’Iran a clairement posé ses conditions : aucune mesure ne sera prise de sa part sans une « vérification tangible » des engagements américains. Cette exigence traduit la méfiance persistante de Téhéran à l’égard de Washington, et sa volonté d’obtenir des preuves concrètes d’exécution avant de s’engager à son tour.

Aux États-Unis, aucune confirmation officielle des détails publiés n’a été apportée. Les précédents diplomatiques entre les deux pays invitent à la prudence : il est fort probable qu’une partie des dispositions mentionnées sera officiellement démentie dans les jours à venir.

La Maison-Blanche brise le récit iranien : « une invention pure et simple »

Le démenti américain ne s’est pas fait attendre. La Maison-Blanche a rejeté avec une vigueur inhabituelle l’ensemble des informations relayées par la télévision d’État iranienne, dénonçant une manipulation délibérée. « Le rapport des médias iraniens sur le mémorandum d’entente qu’ils ont « publié » est une invention pure et simple », a-t-elle déclaré sans ambages. Washington a tenu à ajouter qu’il ne fallait accorder aucune foi aux publications de la presse d’État iranienne, rappelant que « les faits ont leur importance » — formule lapidaire qui résume à elle seule la défiance totale qui règne entre les deux capitales.

Israël entend conserver sa liberté d’action

Qu’un tel accord voie finalement le jour ou non, la question de ses répercussions sur Israël se pose avec acuité. La probabilité qu’il lie l’État hébreu reste toutefois limitée. C’est dans ce contexte que le ministre de l’Énergie Eli Cohen, membre du cabinet de sécurité, a pris la parole lors de la conférence sur l’énergie et les infrastructures de la chaîne 14, affirmant avec fermeté que la sécurité d’Israël prime sur tout accord diplomatique, quel qu’il soit.

« Un accord avec l’Iran ne doit pas lier l’État d’Israël », a tranché Eli Cohen. Le ministre a tenu à souligner qu’Israël entendait conserver une totale liberté d’action et n’hésiterait pas à agir militairement si une rupture dans les programmes prohibés de Téhéran venait à être détectée : « Si l’Iran tente de relancer son programme nucléaire ou ses missiles balistiques, nous serons là pour le frapper. »

Accord ou guerre : où en est réellement le rapport de force ?

À l’examen de la situation actuelle, il apparaît que les deux parties privilégient la voie diplomatique à un affrontement militaire ouvert. Trump souhaite afficher un succès politique sans pertes américaines, tandis que les Iraniens voient dans ce moment une occasion unique de se défaire du blocus économique et de reprendre la vente de leur pétrole en toute liberté. En dépit des menaces fracassantes d’« ouvrir les portes de l’enfer », c’est bien un accord qui se dessine en coulisses, offrant à chacun une porte de sortie honorable — ce qui écarte, pour l’heure, le spectre d’une guerre régionale généralisée.

Les milliards gelés, levier de pression iranien sur Washington

La stratégie de Téhéran repose sur une exigence de déblocage immédiat de dizaines de milliards de dollars, dont une grande partie est immobilisée sur des comptes au Qatar. Là où l’administration Obama avait autrefois acheminé des liquidités par avion, Trump tente d’imposer un rapport de force en conditionnant la libération de ces fonds à des concessions nucléaires iraniennes. Mais un risque sérieux se profile : celui de voir Téhéran se satisfaire de promesses creuses pour obtenir l’oxygène économique dont il a désespérément besoin, finançant ainsi, en toute impunité, la poursuite de son réarmement.

Le Liban dans la balance : jusqu’où Israël pourra-t-il agir contre le Hezbollah ?

L’accord en gestation inclut une tentative iranienne de lier les différents fronts entre eux. Israël, de son côté, a tout intérêt à maintenir le dossier libanais hors de l’équation afin de préserver sa liberté d’action. Quant aux engagements iraniens à cesser le transfert d’armes au Hezbollah, nul n’ignore que le régime de Téhéran a élevé le mensonge et la dissimulation au rang de doctrine. Conscient de cela, Israël met à profit le temps qui lui reste avant la signature pour intensifier la pression militaire au sol, sachant pertinemment qu’une fois l’accord entériné, sa capacité à opérer sans contrainte américaine sera considérablement réduite.

Pourquoi Israël n’agit-il pas seul contre les installations nucléaires iraniennes ?

La réalité du terrain impose ses limites. Israël est un partenaire stratégique des États-Unis et dépend de Washington pour certains équipements militaires indispensables, notamment les bombes anti-bunkers capables de détruire des sites enfouis comme celui de Fordow. Mener seul une telle opération contre une puissance de l’envergure de l’Iran, sans soutien logistique ni couverture diplomatique de la Maison-Blanche, relèverait d’un pari extrêmement risqué. En définitive, même en se définissant comme une puissance régionale à part entière, Israël ne peut s’affranchir de la nécessité d’agir en coordination avec la première puissance mondiale pour garantir le succès de la mission et la sécurité de l’État.

La crise économique intérieure peut-elle emporter le régime iranien de l’intérieur ?

Le peuple iranien touche le fond : des salaires de misère avoisinant les cent dollars par mois alimentent une grogne sociale permanente, qui couve sous la surface comme un brasier. Le régime, qui redoute par-dessus tout un soulèvement populaire, use de la tactique du relâchement des restrictions d’accès à Internet pour calmer les esprits lors des périodes de négociation avec l’Occident. Le problème est que tout nouvel accord injecterait des ressources considérables dans les caisses du régime, offrant aux ayatollahs une véritable bouée de sauvetage pour continuer à écraser leur peuple et repousser indéfiniment l’horizon d’une révolution venue de l’intérieur.

Le chef d’état-major israélien : « l’édifice du mal s’est lézardé »

Dans ce contexte de haute tension diplomatique, Israël maintient une vigilance opérationnelle totale, prêt à reprendre les combats à tout moment. C’est dans cet esprit que le chef d’état-major Eyal Zamir a pris la parole lors de la cérémonie d’intégration du nouvel escadron de ravitaillement en vol « Guidéon » (46e escadron), livrant une évaluation sans concession de l’état du régime iranien. « L’édifice du mal bâti par le régime des ayatollahs s’est lézardé de manière significative, et son avenir comme sa stabilité sont enveloppés de brume », a-t-il déclaré. Avant de poursuivre : « Ses dirigeants sont traqués, la majeure partie de ses capacités militaires a été détruite, son programme nucléaire a été repoussé de plusieurs années ; son économie s’effondre, et ses propres citoyens n’ont pas encore pris la pleine mesure du désastre dans lequel leurs dirigeants extrémistes les ont entraînés. »pper. »

Cinquante ans après, les 12 Psoukim résonnent comme jamais : Yehoudl’e Kimiyagarov signe un projet musical hors du commun

Cinquante ans après, les 12 Psoukim résonnent comme jamais : Yehoudl’e Kimiyagarov signe un projet musical hors du commun

 

À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’institution des 12 Psoukim par le Rabbi, le claviériste ‘Habad Yehoudl’e Kimiyagarov présente une médley musicale inédite, énergique et profondément ‘Hassidique. Ce projet ambitieux réunit les chanteurs Elazar Biton, Chemouel Batash et Chmoulik Sofer dans un arrangement à la fois contemporain et ancré dans la tradition Loubavitch. Une œuvre longuement attendue par les amateurs de musique ‘Hassidique, conjuguant exigence artistique et élévation spirituelle.

 

 

Un demi-siècle de tradition mis en musique

Le claviériste ‘Habad Yehoudl’e Kimiyagarov lance un projet unique en son genre : une médley musicale consacrée aux 12 Psoukim, ces versets et maximes des Sages institués par le Rabbi et récités depuis lors lors des rassemblements d’enfants et autres occasions. La sortie de cette œuvre coïncide avec le cinquantième anniversaire de l’institution des Psoukim — un anniversaire qui donne à ce projet une résonance particulière et une dimension commémorative chargée de sens.

Une médley portée par des voix d’exception

Interprétée avec fougue par Yehoudl’e et son orchestre, la médley accueille les voix des chanteurs ‘Habad Elazar Biton, Chemouel Batash et Chmoulik Sofer. L’œuvre marie mélodies originales et arrangements musicaux inédits dans une forme à la fois qualitative et résolument actuelle — celle que le public ‘Hassidique attendait depuis longtemps. Le tout baigne dans une atmosphère ‘Hassidique élevée et singulière, fidèle à l’esprit des Psoukim que le Rabbi avait voulu insuffler au cœur de chaque enfant juif.

Polémique autour du patch du Machia’h : quand l’état-major part en guerre contre l’âme juive de Tsahal

Polémique autour du patch du Machia’h : quand l’état-major part en guerre contre l’âme juive de Tsahal

 

Derrière la polémique autour du patch du Machia’h et les tentatives de bannir les symboles juifs au sein de Tsahal, le fossé entre le commandement supérieur et l’esprit des combattants sur le terrain se creuse dangereusement. L’ordre intimé aux soldats de retirer de leurs uniformes ce signe d’espoir et de foi n’est rien de moins qu’un ordre indigne — et peut-être même illégal. Le commandement, à commencer par le chef d’état-major, doit comprendre une fois pour toutes : Tsahal est, avant tout, une armée juive.

 

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L’héritage de Yair Golan au cœur de l’état-major

Dans une interview accordée il y a quelques années, l’ancien chef d’état-major adjoint, aujourd’hui chef de parti, Yair Golan, s’était plaint que des commandants avaient commencé à introduire dans leurs ordres de bataille et leurs lettres officielles des expressions issues du monde juif, telles que Bézrat Hachem (avec l’aide de D.ieu) ou Chema Israël. « Il n’y a pas de place pour de telles expressions à Tsahal », avait-il déclaré. « Il s’agit des Forces de défense d’Israël, non d’une armée divine. » L’esprit de Golan, bien qu’il ait quitté l’armée depuis longtemps, semble encore hanter certains membres du commandement supérieur. En tête de file : les deux derniers chefs d’état-major, Herzi Halevi et Eyal Zamir, qui se sont attaqués, chacun à son tour, au patch du Machia’h arboré sur les épaules de dizaines de milliers de soldats au cours de la récente guerre.

L’âme juive ne se décrète pas

Quiconque a suivi de près ces soldats héroïques — réguliers ou réservistes — qui risquent véritablement leur vie à Gaza, au Liban et ailleurs, n’a pu qu’être saisi par la puissance de l’esprit juif qui souffle dans leurs rangs : la fierté affichée d’appartenir au peuple dont ils font partie, et l’attachement à la Torah, qui constitue en définitive la seule force capable de justifier l’enracinement du peuple d’Israël sur la terre qu’il habite. Avec tout le respect dû aux « valeurs de Tsahal » ou à d’autres considérations secondaires au nom desquelles soldats et peuple puisent leur détermination et leur vigueur face aux ennemis qui cherchent à les anéantir, c’est bien l’identité et la tradition juives qui représentent la force authentique et la valeur fondamentale unissant le peuple à lui-même — jusqu’au sacrifice suprême. Qui ne voit pas cela ne reconnaît pas la réalité.

Des Tsitsit dans l’enfer du combat

Ce n’est pas un hasard si des centaines de milliers de Tsitsit ont été distribuées aux soldats avant les opérations, à des hommes qui ne savaient pas avec certitude s’ils en reviendraient vivants et entiers — et pour la plupart, à des soldats qui ne portent pas habituellement de Tsitsit. Il en va de même pour les kipot, les livres de Psaumes glissés dans les gilets tactiques, et les Téfilines pour les premières heures du matin. Ce n’est pas du folklore ni une façon d’augmenter sa chance. C’est l’âme qui vibre en chacun. Telle est la nature de la Nechama juive, même lorsqu’elle s’est déployée dans un corps qui a grandi dans un environnement ou une éducation où ces réalités n’étaient pas au cœur du quotidien. Car c’est ainsi à la guerre, face au danger de mort : l’âme s’élève à la hauteur de l’heure et s’exprime parfois avec une intensité et une extériorisation particulières. Cela ne change rien au fait que la racine en est profonde et essentielle.

Le patch du Machia’h n’est pas un slogan politique

C’est pourquoi la comparaison entre ce patch — qui exprime l’aspiration juive millénaire à la rédemption et à la reconstruction du Temple — et d’autres slogans politiques ou anecdotiques est déplacée. C’est pourquoi aussi la volonté de le séparer des soldats qui sont prêts à donner leur vie n’est ni réaliste ni viable. Car la vérité est plus forte que tout ordre ou directive militaire.

L’injonction faite aux soldats de Tsahal de retirer de leurs uniformes ce symbole d’espoir et de foi n’est rien de moins qu’un ordre indigne, dérisoire, et peut-être même illégal — ouvertement illégal, même. Elle revient à exiger que l’on arrache le cœur qui bat, ou que l’on retire la kippa de la tête. Pas moins.

La peur du symbole, aveu d’une appartenance

Il est des personnes que cela effraie. L’expression juive extérieure les inquiète, peut-être même les irrite. Mais il s’agit là d’une manifestation d’éducation et d’environnement — rien de plus. À l’inverse, plus la résistance est grande, plus elle témoigne que l’on touche à la racine de l’âme de celui qui s’indigne. Car lui aussi est juif, avec une âme qui frémit en lui. S’il n’en avait pas conscience, il ne s’emporterait pas.

Tsahal est une armée juive

Les commandants de Tsahal, chef d’état-major compris, doivent intégrer — surtout après une période de combat aussi longue et éprouvante, et face à des manifestations aussi éclatantes de judaïsme et de tradition parmi les soldats — que cette armée est, avant tout et par essence, une armée juive. Non une armée qui protège seulement une population. Mais une armée qui défend une terre, un peuple, et aussi la Torah.

La voix du Rabbi en français – Un interview du Rav Haïm Mellul

La voix du Rabbi en français – Un interview du Rav Haïm Mellul

 

Le Rav Haïm Mellul est le Chalia’h du Rabbi à Créteil, en France, et directeur de «Si’hot en français», à travers lequel il a personnellement traduit de vastes quantités de la Torah du Rabbi en langue française. Dans cette fascinante interview, il partage l’histoire de ses premières années comme l’un des tout premiers mekouravim de Reb Moulé Azimov, ainsi que son cheminement vers le Rabbi et vers Loubavitch.

 

 

Par le Rav Mendy Greenberg (Twinsburg, Ohio)
Une interview avec le Rav Haïm Mellul dans le magazine Derher de Adar 5786

 

Tout a commencé par un abonnement au mensuel ‘Conversation avec les jeunes’

J’ai fait partie des tout premiers talmidim de Reb Moulé, connus collectivement sous le nom de «le groupe».

Je suis né dans une famille séfarade traditionnelle qui avait immigré en France depuis le Maroc lorsque j’avais deux ans. Nous observions le Chabbat et les lois de la cacherout dans la mesure de nos connaissances, je fréquentais une école juive, et notre synagogue locale tenait une certaine place dans notre vie.

Adolescent, je commençai à me sentir attiré par les ‘Hassidim de Paris. Le ‘hazan de notre synagogue, un Juif ‘hassidique chaleureux du nom de Reb Leibke Levin, m’introduisit au quartier d’Aubervilliers — là où vivaient les ‘Hassidim. J’y passais parfois le Chabbat et j’étudiais avec deux Ba’hourim de mon âge, Yossef Its’hak et Zalman Wilschansky, qui deviendraient plus tard Roshei Yéchiva à Tsefat et à Morristown.

Mais le véritable tournant vint grâce à un cadeau reçu pour ma bar-mitsva. On m’avait offert un livre de Merkos L’Inyonei ‘Hinukh, que je trouvai fascinant. En remarquant une annonce au dos pour la revue ‘Conversation avec les jeunes¹, je m’y abonnai immédiatement et en devins un lecteur mensuel enthousiaste. Lorsque mon abonnement arriva à échéance, je décidai de le renouveler en personne et me rendis au bureau de la rue Meslay.

J’y rencontrai le vieux Rav Wilschansky, et nous engageâmes la conversation. Il me fit part d’une nouvelle excitante : le Rabbi venait d’envoyer un nouveau Chalia’h à Paris — le Rav Moulé Azimov — qui proposait des cours pour les adolescents comme moi. J’avais seize ans à l’époque. «Tu devrais aller voir», me conseilla-t-il.

Cela me parut intéressant… alors j’y allai. Pour faire court, je finis par devenir Loubavitch.

 


Photo : Le jeune Haïm Mellul. Rav Chmouel Azimov est assis à sa droite.

 

Brunoy : la ville russe en France

Après quelque temps passé à suivre ses chiourim, Reb Moulé estima que nous étions prêts pour l’étape suivante. Pendant nos vacances d’été, il nous emmena à Tomkheï Temimim de Brunoy.

C’était comme pénétrer dans un autre univers. La Yéchiva ne comptait guère plus de cinquante Ba’hourim, complètement coupés de leur environnement ; on aurait dit qu’ils ne vivaient pas en France du tout. On me mit en binôme avec Fitche Labkovsky — aujourd’hui le Chalia’h à Marseille. Il avait dix-huit ans, né et élevé en France, et pourtant il ne parlait pas un seul mot de français !

Dans la direction, nous rencontrâmes des personnages véritablement exceptionnels. Le machpia, Reb Nissan Nemanov, et le Roch Yéchiva, Reb Yossef Goldberg, nous firent une impression profonde. C’étaient de vrais ovdei Hachem — une vraie prière, un vrai apprentissage ; tout était d’une authenticité absolue.

Nous aimions plaisanter en disant que Brunoy était une ville russe. Même le comptable était un Tomim de Loubavitch, le machpia Reb Israël Noach Belinitzky, qui avait fait sa formation comptable en Union soviétique et tenait la comptabilité comme activité secondaire. Ses feuilles de comptes mentionnaient les «kopeks». Il n’avait pas la moindre idée de ce qu’était la gashmioute.

Le cuisinier me raconta un jour l’histoire suivante à propos de Reb Israël Noach. À l’approche du Youd-Beit Tamouz (12 Tamouz), Reb Israël Noach lui dit qu’il voulait que chaque Ba’hour ressente la fête. «Au Farbrenguen», dit-il, «chaque table devra avoir une bouteille de soda» — un luxe considérable à cette époque à Brunoy — «et chaque Ba’hour devra avoir un petit pain et un morceau de gefilte fish. De cette façon, tout le monde ressentira la sainteté du jour.» Et il lui tendit un billet de cinq dollars.

Malgré le niveau très modeste de vie matérielle, nous aimions cela profondément. Nous chérissions la pureté et la sainteté de l’atmosphère de la Yéchiva.

Je me souviens encore du premier Chabbat à Brunoy. Au Farbrenguen, Reb Nissan annonça qu’un groupe de Ba’hourim français était arrivé et que nous devions savoir que nous étions des Ba’hourim à part entière — attendus pour nous lever à l’heure pour le séder Chassidout et pour tout ce que cela impliquait — et rien de moins ne serait acceptable. C’était très gratifiant pour nous ; cela nous donnait le sentiment d’appartenir pleinement au mouvement.

Chaque fois que nous avions des vacances scolaires — deux mois et demi en été, et encore des vacances autour d’Hanouka — nous rentrions immédiatement à la Yéchiva.

Un été, un nouveau groupe de Ba’hourim anglais arriva, et soudain il n’y avait plus assez de lits pour nous. Reb Moulé écrivit au Rabbi pour lui proposer de louer un appartement à proximité, mais le Rabbi rejeta l’idée. Un Ba’hour appartient à la Yéchiva elle-même. En fin de compte, Reb Moulé loua quelques bungalows pour nous et les installa dans la cour de la Yéchiva.

 


Photo : Le Rav Haïm Mellul (debout à l’extrême droite) écoutant Rav Bentsion Chemtov (au centre) au Farbrenguen de Paris en 5733 (1973). Rav Nissan Nemanov est assis deuxième en partant de la droite.

 

Une clarté que nous n’avions jamais connue

Reb Israël Noach nous expliqua un jour combien les choses étaient différentes pour sa génération, qui avait étudié à Loubavitch, par rapport à la génération actuelle.

À Loubavitch, dit-il, ils étudiaient un maâmar dans le Likouteï Torah, et à la fin ils se demandaient : quel est donc le bi’hein — l’enseignement pratique — de ce maâmar ? Aujourd’hui, lorsqu’une Si’ha émane du Rabbi, le Rabbi conclut toujours avec le hamourom mikol hanal — la leçon est telle et telle. «Il existe un niveau de clarté que nous n’avions jamais connu auparavant.»

Il fit également observer une deuxième distinction. Pendant la Première Guerre mondiale, d’innombrables réfugiés affluèrent en Russie sans avoir rien emporté, et il régnait une grave pénurie de Téfilines et de Mezouzot. Un Chabbat, le Rabbi Rachab donna une directive : les Ba’hourim devaient apprendre la safrout pour pallier cette pénurie et aider les réfugiés.

Que se passa-t-il le dimanche matin ? Personne n’apprit la safrout. Non pas parce que — ‘has véchalom — ils ne se souciaient pas des paroles du Rabbi. Mais chacun avait une raison pour laquelle la tâche ne lui convenait pas : «Je n’ai pas une belle écriture…» «Je suis plutôt fait pour le rabbinat…» «Ce n’est pas mon genre…» Et ainsi de suite. Avec les meilleures explications du monde, rien ne se fit.

«Mais aujourd’hui», dit Reb Israël Noach, «si le Rabbi déclarait lors d’un Farbrenguen du Chabbat que tout le monde devait apprendre la safrout — dès le dimanche matin, le monde entier serait assis à son bureau, prêt à apprendre.»


Photo : Reb Israël Noach Belinitzky.

 

Le plan ingénieux pour rater le baccalauréat

À l’approche de ma terminale, je savais déjà exactement ce que je voulais faire ensuite. Je voulais m’inscrire à la Yéchiva à plein temps. Mais je savais aussi comment mes parents réagiraient : ils insisteraient pour que je poursuive jusqu’à l’université.

Aussi conçus-je ce qui me semblait être un plan brillant. J’allais rater ma dernière année. Sans diplôme, je pourrais dire à mes parents : «Vous voyez ? Les études générales ne sont tout simplement pas faites pour moi — ma place est à la Yéchiva.»

Et ainsi, pendant toute ma classe de terminale, j’ignorai plus ou moins mes études laïques. Un ami et moi séchions les cours et nous cachions dans une salle vide, étudiant à la place les Likouteï Si’hot. Tout se passait selon le plan — jusqu’à un mois avant la fin de l’année, lorsque Reb Moulé découvrit ce que nous faisions.

«Quoi ?!» s’exclama-t-il. «Tu as traversé tout un lycée et tu ne veux même pas obtenir ton diplôme ?» Il expliqua que le Rabbi était fermement opposé à ce genre de comportement. Si l’on commençait quelque chose, il fallait le terminer. «Obtiens ton diplôme», dit Reb Moulé avec fermeté, «et nous trouverons un moyen de convaincre tes parents de te laisser aller à la Yéchiva.»

Chose intéressante, le Rabbi me dit exactement la même chose des années plus tard. Après avoir passé plusieurs années à l’université — comme je l’expliquerai bientôt — j’en arrivai au stade de la rédaction de ma thèse de doctorat, une entreprise titanesque. Je demandai au Rabbi si je pouvais simplement mettre fin à mes études à ce stade et en être quitte.

Le Rabbi dit : «Vibald s’iz gebliben nor a teze — puisqu’il ne reste plus qu’une thèse» — le Rabbi l’appela «seulement une thèse», comme s’il s’agissait d’une tâche mineure… — «m’darf zen dos endiken, vos dernoch vet dos zein a gantze zach, vos m’vet konen nitzen. Tu dois la terminer, et après cela tu auras quelque chose de complet qui pourra te servir.»

Revenons au lycée : nous comprîmes qu’il fallait rattraper rapidement notre retard. Nous passâmes un mois entier à nous préparer intensivement à nos examens, et, grâce à D.ieu, nous réussîmes.

L’autorisation de manquer les cours à l’université

Nous étions certains qu’après le lycée, nous irions directement à la Yéchiva. Mais le Rabbi nous réservait encore une surprise.

Un ami et moi avions écrit au Rabbi pour lui demander si nous devions étudier à Brunoy — près de chez nous — ou à Kfar Habad, où la langue nous serait plus facile. On nous avait dit que, lorsqu’on écrivait au Rabbi, toutes les options devaient être mentionnées ; aussi ajoutâmes-nous, presque par formalité, une troisième option : l’université. Dans notre esprit, cela n’entrait même pas en ligne de compte.

À notre grand étonnement, la réponse arriva : «Dans l’endroit où l’observance du Chabbat et des Jours saints est plus facile.» Reb Moulé nous expliqua que l’observance du Chabbat à la Yéchiva allait de soi. Si le Rabbi le mentionnait spécifiquement, c’est parce qu’il voulait dire que nous devions aller à l’université — à condition que cela ne rentre pas en conflit avec le Chabbat ou les Jours saints.

Nous reçûmes la réponse à Brunoy un jeudi. L’inscription à l’université fermait le lendemain après-midi. Nous retournâmes en courant à Paris et parvînmes à passer la porte dix minutes avant la fermeture.

Tout au long de mes années universitaires, le Rabbi me guida à chaque étape. Chaque Tichreï, en yéchidout — et parfois par lettres — je présentais au Rabbi la liste des cours disponibles pour le semestre à venir. Le Rabbi les parcourait et me disait exactement lesquels choisir.

En général, le Rabbi choisissait systématiquement les matières les plus pratiques. Je me spécialisais en économie, mais chaque fois que l’économie théorique apparaissait dans la liste, le Rabbi l’écartait immédiatement et choisissait à la place quelque chose de plus concret.

Nous commençâmes nos études à l’université, et je remarquai quelque chose d’intéressant. Chaque fois que j’écrivais une lettre au Rabbi, la réponse arrivait toujours à la Yéchiva de Brunoy — où je retournais chaque fois que possible. Cela se reproduisit encore et encore. C’était comme si le Rabbi me disait : «Ta chlikhout actuelle t’amène à suivre des cours à l’université, mais ton identité est celle d’un Ba’hour de Tomkheï Temimim.»

Un autre rappel vint lorsque j’écrivis pour demander la permission de venir chez le Rabbi pour Tichreï pour la première fois. Chaque fois que nous demandions la permission de venir, le Rabbi répondait avec une liste de conditions, la première étant toujours : birchout hahanhala. Cette fois encore, je reçus la même réponse : birchout hahanhala.

Ce fut une expérience singulière. Je devais demander à Reb Nissan la permission de manquer des cours universitaires — mais je n’étais pas tout à fait sûr qu’il sache même ce qu’était une université.

Je m’approchai de lui et lui montrai la réponse du Rabbi ; il me surprit encore davantage en demandant des détails. Je m’attendais à un «oui» facile — après tout, pourquoi se soucierait-il que je manque des cours universitaires ? — mais il voulut en savoir plus : «Et tous les cours que tu vas manquer ? Comment vas-tu maintenir ton niveau dans tes études ?»

Il dit que le Rabbi m’avait envoyé à l’université, et que je ne pouvais donc pas le prendre à la légère. Ce n’est qu’après avoir été convaincu que passer Tichreï chez le Rabbi n’interférerait pas avec mes études qu’il me donna la permission d’y aller.

[Photo : La réponse du Rabbi concernant Haïm et un ami au sujet de leurs études universitaires.]
[Photo : Haïm (à gauche) et des amis lors d’une visite chez le Rabbi au début des années 5730 (années 1970).]

Nulle part pour prendre un thé

J’arrivai au 770 pour la première fois pour Tichreï 5731 (1970).

Ce Tichreï fut une expérience inoubliable. Voir le Rabbi en personne pour la toute première fois était quelque chose qui changeait une vie. Nous avions vu des photos, bien sûr — mais soudain, le Rabbi était là, marchant à quelques pas devant nous. C’était bouleversant, inspirant d’une crainte révérencielle, et contrairement à tout ce que nous aurions pu imaginer.

En même temps, nous ressentîmes immédiatement un sentiment de kirouv. Nous savions que le Rabbi avait vécu neuf ans en France ; le Rabbi nous adressait même la parole en français. Dès le début, nous sentîmes que le Rabbi veillait sur nous.

Cette première année, nous voyageâmes seuls. Reb Moulé ne nous accompagna pas — il n’avait quitté la France qu’un an auparavant, et les Chlou’him de l’époque n’avaient le droit de venir chez le Rabbi qu’une fois tous les deux ans. Avant notre départ, il nous dit que dès notre arrivée, nous devions nous rendre directement au bureau du Mazkiroute et y déposer la liste de tout notre groupe.

Nous apprîmes plus tard que lorsque le Rabbi reçut la liste, il appela le Rav Hodakov et dit : «Quelques Ba’hourim sont arrivés de France. S’ils veulent une tasse de thé au milieu de la journée, où peuvent-ils aller pour en trouver une ?» En ces temps-là, le 770 n’avait même pas de coin café, et si l’on n’avait pas d’argent pour acheter une tasse de thé, on n’avait vraiment nulle part où aller. Le Rabbi veillait sur nous.

Sept orphelinats, un seul enseignement de Torah

Le Rabbi envoyait parfois des personnes faire un Farbrenguen avec nous.

Notre première année, le Rabbi dit au Professeur Rosenblum du Minnesota : «On dit que vous parlez français ; il y a ici un groupe venu de France — faites un Farbrenguen avec eux.»

Le Professeur Rosenblum nous raconta comment le Rabbi l’avait rapproché du judaïsme, et décrivit l’extraordinaire Kidouch Hachem qu’il accomplissait sur le campus universitaire : en hiver, lorsque ses cours commençaient parfois avant le lever du soleil, il interrompait sa conférence devant deux mille étudiants, mettait ses Téfilines et récitait le Kriath Chéma. Il nous raconta aussi que chaque année lorsqu’il venait pour Soukkot, le Rabbi lui demandait d’apporter «une nouveauté en mathématiques».

Ce Farbrenguen eut lieu pendant le ‘Hol Hamoëd Soukkot. Le jour de Simhat Torah, lorsque le Rabbi entra au Farbrenguen, nous le vîmes marquer une pause et échanger quelques mots avec le professeur. Après coup, nous demandâmes ce qui s’était dit. Le professeur sourit et dit : «Le Rabbi m’a dit que la nouveauté de cette année… n’était pas une nouveauté du tout.»²

Une autre année, nous fîmes un Farbrenguen avec le Rav Aharon Mordekhaï Zilberchtrom d’Eretz Israël. Il avait vu le Rabbi pour la dernière fois à Paris en 5707 (1947), lorsque le Rabbi était arrivé pour retrouver la Rabbanite Hana après avoir quitté la Russie.³ Bien que le Rabbi parlât couramment le français, il choisit délibérément de ne pas le parler lors de cette visite, et le Rav Zilberchtrom lui servit de traducteur. Maintenant, des décennies plus tard, à son arrivée pour Tichreï, le Rabbi lui dit : «Vous vous souvenez probablement encore du français — faites un Farbrenguen avec les Ba’hourim français.»

Une nuit, pendant les Asseret Yemeï Téchouva, il resta avec nous toute la nuit, nous faisant partager de nombreuses histoires de ces jours passés à Paris. Deux en particulier sont restées gravées dans ma mémoire.

La première concernait le Kiboud Eim du Rabbi. La Rabbanite Hana dit un jour au Rabbi qu’elle souhaitait faire des emplettes dans un grand magasin bien connu de Paris. Le Rav Zilberchtrom les accompagna, mais dès leur arrivée, le Rabbi lui dit : «Je m’occuperai de tout moi-même.» Le Rabbi insista pour prendre personnellement en charge chaque détail — parler en français quand il le fallait, l’assister tout au long de la sortie. C’était sa Mitsva personnelle de Kiboud Eim, et il n’était pas prêt d’en céder la moindre parcelle.

La seconde concernait l’hiskachrous du Rabbi. Le Rav Zalman Schneersohn de Paris⁴ demanda au Rabbi de rendre visite aux enfants des orphelinats qu’il avait fondés et de leur adresser la parole. Le Rav Zilberchtrom accompagna le Rabbi dans sept endroits différents, et à sa grande surprise, le Rabbi dit exactement la même chose à chaque fois !

Finalement, le Rav Zilberchtrom lui demanda, à moitié en plaisantant : «On dit que vous êtes un grand talmid ‘hakham — n’avez-vous qu’un seul enseignement de Torah à partager ?»

Le visage du Rabbi devint très grave.

«Lorsque j’ai pris congé du Chver», dit le Rabbi, «j’ai entendu cet enseignement de lui. Alors, ich leb mit dem vort biz ich vel zen dem Shver nochamol — je vis avec cet enseignement jusqu’au jour où je reverrai mon beau-père.»

Reb Bentche m’a oublié

Avant Soukkot, on nous informa que le Rabbi inclurait un représentant du groupe français parmi ceux qui avaient le privilège de recevoir le daled minim directement des mains du Rabbi. En ces temps-là, la distribution avait lieu dans la chambre même du Rabbi.

Nous tirâmes au sort et ce fut moi.

Je savais que ce serait accablant : je devais choisir le daled minim, aux côtés des anciens ‘Hassidim, tout cela dans la chambre du Rabbi… Comment allais-je m’en sortir ?

Je m’approchai de Reb Bentche Chemtov⁵ — le beau-père de Reb Moulé — et lui demandai s’il voulait bien choisir un set pour moi. Je l’accompagnerais à l’intérieur, mais c’est lui qui gérerait la sélection.

Nous pénétrâmes tous dans la chambre du Rabbi… et Reb Bentche m’oublia purement et simplement.

L’un après l’autre, tous les ‘Hassidim choisirent leur set, reçurent une brakha et ressortirent à reculons. Soudain, je réalisai que j’étais le seul à rester — juste moi, le Rav Groner et le Rabbi.

Le Rabbi regarda mes mains vides et demanda : «Pourquoi ne prenez-vous pas le daled minim ?»

Déstabilisé, je saisis un tas de hadasim sur la table.

«Combien en avez-vous pris ?» demanda le Rabbi. Je n’en savais rien. D’une façon ou d’une autre, le Rav Groner comprit notre conversation — qui se déroulait en français — et prit le bouquet de mes mains pour les compter. Pendant ce temps, le Rabbi demanda combien de Ba’hourim il y avait dans notre groupe. Nous étions dix-sept, mais dans ma confusion, je dis seize. Immédiatement, l’expression du Rabbi fit comprendre que quelque chose clochait.

Il se tourna vers le Rav Groner, qui dit correctement que nous étions dix-sept. Le Rabbi me regarda à nouveau — je répétai «seize». Alors le Rav Groner sortit la liste des yéchidout qu’il avait dans sa poche et confirma : dix-sept.

Le nombre enfin établi, le Rabbi me donna dix-sept hadasim et m’ordonna d’en distribuer un à chaque Ba’hour après Soukkot, «et vous aurez vésamakhta béhagékha toutes ces années».

Au moment où je me tournai pour partir, le Rabbi tendit la main, prit un hadas supplémentaire et me le tendit.

J’étais perplexe — après tout cet accent mis sur le nombre exact, pourquoi m’en donner un de plus ? Bien sûr, je ne posai pas de question et sortis de la pièce.

La réponse ne tarda pas. De façon extraordinaire, à peine sorti du 770, un taxi s’arrêta et en descendit le dix-huitième Ba’hour — tout juste arrivé de France.

[Photo : Le Rav Haïm Mellul recevant le kos chel brakha du Rabbi, Motzeï Simhat Torah 5735 (1974).]

Je crois être le Machia’h

L’une des choses les plus étonnantes que j’observai chez le Rabbi était la façon dont il comprenait chaque personne et savait exactement comment lui parler.

Il y avait un jeune homme de France qui était venu pour Tichreï. Il était très fortuné, mais nous n’étions pas tout à fait sûrs qu’il fût pleinement équilibré. Le Rav Groner n’était pas certain de lui accorder une yéchidout. En fin de compte, il décida de le laisser entrer, mais maintint la porte légèrement entrouverte et me demanda d’observer et d’écouter depuis le couloir.

Je le regardai entrer dans la chambre du Rabbi. Il se planta devant le Rabbi et attendit simplement. Il n’avait pas de tzetl. Habituellement, lors de la yéchidout, le Rabbi regardait le tzetl vers le bas et ne levait les yeux qu’à la fin — c’était le signe que la yéchidout était terminée. Mais ici, le Rabbi leva immédiatement les yeux et lui demanda : «Pourquoi êtes-vous venu me voir ?»

«Je suis venu vous voir», dit-il, «parce que je crois être le Machia’h.»

L’expression du Rabbi ne changea pas. Calmement et sérieusement, il dit : «J’ai quelques questions à vous poser.»

«Respectez-vous la cacherout ?» — «Non.» «Observez-vous le Chabbat ?» — «Non.» «Mettez-vous les Téfilines ?» — «Non.»

«Je vous suggère d’observer ces trois points», dit le Rabbi, «et lorsque vous vous y serez affermi, revenez — et nous trouverons d’autres Mitsvot pour vous aider à devenir le Machia’h.»

Il sortit de la chambre du Rabbi avec un grand sourire et me dit : «Le Rabbi m’a compris.»⁶

À une autre occasion, nous emmenâmes avec nous un photographe juif. Il nous photographiait à Brunoy pour un projet journalistique, et comme nous voyagions à New York pour Tichreï, nous lui suggérâmes de se joindre à nous. Lorsque tous les or’him recevaient leur yéchidout, nous lui dîmes d’y aller aussi.

«Non», dit-il. «Je suis un observateur. La yéchidout n’est pas pour moi.»

Nous insistâmes. Nous le menaçâmes que s’il ne venait pas à la yéchidout, nous ne coopérerions pas avec son projet, et son reportage serait mort… Finalement, il céda.

Lors de sa yéchidout, il dit au Rabbi qu’il était venu prendre des photographies. «Que ferez-vous avec ces photos ?» demanda le Rabbi. «Je les publierai dans un magazine.» «Ce n’est pas suffisant», répondit le Rabbi. «Ce doit être un livre. Un beau livre — avec une belle couverture et un beau papier.» Son nom était Mayofis, aussi le Rabbi ajouta-t-il : «Il y a un possouq : Mah yafis oumah na’amt ahava baataougim. Le livre doit être beau.»

À notre grande surprise, il sortit furieux. «Le Rabbi ne m’a pas parlé une seule fois du judaïsme !» À nous tous, le Rabbi avait parlé de Torah et de Mitsvot. Mais à lui, le Rabbi n’avait parlé que d’un livre. «Il me prend pour un non-juif !»

Dans sa frustration — pour prouver sa judéité — il insista sur le fait qu’il avait besoin d’acheter une paire de Téfilines. Nous l’emmenâmes le lendemain matin dans un magasin, il acheta une nouvelle paire de Téfilines et commença à les mettre quotidiennement. Lorsque son père décéda peu après, il venait à la synagogue chaque matin pour mettre les Téfilines et réciter le Kadich. Il croyait agir en opposition au Rabbi — tout cela à cause de cette yéchidout.

[Photos : Pages de l’article sur Loubavitch en France, avec certaines photographies originales du Rabbi prises par le journaliste. / Dans une lettre au Rav Mellul, le Rabbi accuse réception de trois volumes des Likouteï Si’hot traduits en français. Comme il le faisait dans de nombreuses lettres au Rav Mellul, le Rabbi ajoutait à la fin, de sa sainte écriture : «Et pour le succès dans le travail sacré».]

La parole du Rabbi en français

La première année où nous vînmes chez le Rabbi, nous comprenions à peine ce qui se passait. Nous décidâmes que l’année suivante, nous apprendrions le yiddish couramment. Grâce à D.ieu, nous y parvînmes, et au Tichreï suivant, j’étais déjà capable de comprendre les Si’hot du Rabbi au fur et à mesure qu’elles étaient prononcées.

Lorsque les retransmissions en direct arrivèrent en France, de nombreuses personnes qui venaient écouter le Rabbi ne comprenaient pas, alors je commençai à traduire les Farbrengouenim sur le vif. Bientôt, des personnes commencèrent à me demander de préparer également des hana’hot françaises écrites. En peu de temps, je devins le traducteur non officiel — puis officiel — de la Torah du Rabbi pour l’ensemble de la communauté francophone.

Lorsque j’envoyai au Rabbi un rapport à ce sujet, le Rabbi exprima sa satisfaction et m’encouragea à poursuivre le travail.

Au fil du temps, nous décidâmes de traduire l’intégralité de la Torah du Rabbi en français. Aujourd’hui, grâce à cet effort, le monde francophone a accès à l’intégralité des Likouteï Si’hot, des Igrot, des Réchimot, du Tanya et de la plupart des maâmarim du Rabbi en français.

Au fil des années, quelque chose d’intéressant se produisit. À mon époque, de nombreuses personnes avaient besoin de mes traductions parce qu’elles ne comprenaient pas le lachon hakodech ; le français était leur seule langue. Mais aujourd’hui, leurs enfants ont été éduqués dans des institutions Habad al taharath hakodech. Maintenant, c’est eux qui maîtrisent l’hébreu et qui peinent avec le français — et ils utilisent mes traductions pour savoir comment dire les choses en français !

Au fil des années, je reçus du Rabbi plusieurs directives concernant ma traduction. Une fois, lors d’une yéchidout, le Rabbi dit : «Lorsque tu apprends une Si’ha, farges meine verter un shreib deine verter» (oublie mes mots et écris tes propres mots). Chaque langue a son propre rythme et ses propres nuances. Une traduction mot à mot est rarement lisible. C’est seulement lorsqu’on comprend profondément le contenu et qu’on exprime l’idée dans le style naturel de la nouvelle langue que la traduction réussit.

Le Rabbi m’ordonna également de toujours avoir un second correcteur — mais de ne pas laisser les délais de correction retarder l’impression. Si un séfer était prêt, il devait être publié. Les erreurs pourraient toujours être corrigées dans les éditions futures.

Le monde à travers les yeux du Rabbi

Pour moi, la plus grande jouissance réside dans les maâmarim du Rabbi. Les maâmarim du Rabbi vous transportent dans un monde entièrement différent. On commence à voir la réalité avec d’autres yeux. À chaque chiour, les gens disent : «Comment n’ai-je jamais vu les choses ainsi auparavant ? Je ne regarderai plus jamais cette idée de la même façon.»

Dans notre Beth Habad, nous étudions les maâmarim du Rabbi chaque lundi, jeudi et le matin du Chabbat. Le Chabbat, nous étudions l’inyana deyoma ; en semaine, nous étudions les maâmarim de 5712 (1952). Parfois le contenu est difficile, mais lorsque c’est difficile, on peut l’expliquer ; cela vaut la peine de relever le défi pour pouvoir enseigner directement les paroles du Rabbi.

De nombreuses fois, des gens me racontent qu’ils ont vécu des événements dans lesquels ils auraient choisi d’exprimer de la colère ou quelque chose de similaire, «mais les paroles du Rabbi m’ont aidé à me maîtriser». Les paroles du Rabbi sont très, très puissantes.

Il y a deux ou trois ans, j’emmenai un groupe de mon Beth Habad chez le Rabbi. Un jeune homme me dit qu’il voulait aller au Ohel et demander une brakha pour se fiancer. Il fréquentait quelqu’un, il était prêt, et il voulait la brakha du Rabbi.

À notre retour à Paris, il reçut un appel téléphonique de sa future fiancée — et elle rompit complètement la relation. Elle ne voulait pas continuer.

Il me dit plus tard que le Ohel lui avait sauvé la vie. S’il n’y était pas allé, la rupture l’aurait anéanti ; il dit qu’il aurait eu des pensées suicidaires. Mais parce qu’il était allé au Ohel, il ressentit de la joie. «C’était la réponse du Rabbi», me dit-il. «Le Rabbi m’a montré qu’elle n’était pas faite pour moi.»

Le Rabbi ne se trompe pas

Les ‘Hassidim ont toujours dit : der Rebe’s a vort vert nisht farfalen — une parole du Rabbi ne se perd jamais. Ce qui suit est une histoire dont j’ai été personnellement témoin et qui illustre précisément cette idée.

Un certain Juif venait de temps à autre dans notre Beth Habad lorsqu’il rendait visite à de la famille dans notre secteur. Un jour, j’appris qu’il planifiait des vacances à New York, alors je l’encourageai à passer un Chabbat chez le Rabbi. Il accepta immédiatement. Je pris toutes les dispositions nécessaires, et il passa ce Chabbat au 770.

En ces années-là, lors du Farbrenguen du Chabbat, le Rabbi distribuait du machké à des personnes qui marquaient des événements ou des simhot particuliers. C’était généralement organisé à l’avance : on apportait une bouteille de machké avant le Chabbat au Mazkiroute, et lors du Farbrenguen on s’approchait pour la recevoir du Rabbi avec une brakha, et l’on disait l’haïm.

Lorsque cet homme vit tout le monde s’approcher pour recevoir du machké, il décida d’y aller lui aussi. Personne ne l’arrêta, et le Rabbi lui tendit une bouteille de machké, et — à sa grande surprise — le Rabbi dit : «Pour le mariage.» Le Rabbi le dit même en français !

À son retour en France, il me dit que le Rabbi avait dû se tromper. «Après tout, je suis déjà marié.» Je lui dis fermement que le Rabbi ne se trompe pas. Mais rien de plus ne se produisit, et la bouteille resta sur une étagère.

Avant Pessa’h, je mentionnai que les ‘Hassidim ne vendent pas le machké du Rabbi à un non-juif ; on le finit avant Pessa’h. En entendant cela, il décida d’organiser une fête chez lui et de partager le machké avec tous ses amis.

Quelques jours avant l’événement, sa femme ne se sentait pas bien, alors il déplaça la fête dans une salle louée dans la synagogue locale. Il fit appel à un traiteur, invita tous ses amis, et tout était prêt. Le jour de l’événement, tout le monde se rassembla dans la salle. Soudain, le Rav de la synagogue entra.

«Nous avons besoin d’un minyan pour une ‘houpa», dit-il. Les convives furent plus que ravis d’aider, et ils se rendirent tous dans la salle principale. Là, ils trouvèrent toute la noce : la mariée, le marié et le Rav — sans famille, sans amis, sans invités.

Après la ‘houpa, on demanda au couple s’il avait prévu une réception. «Non», répondit le couple — il n’avait rien préparé.

«Eh bien», dit mon ami, «votre repas de mariage est juste là dans la pièce d’à côté…»

Lorsque tout le monde se retrouva dans la salle, mon ami demanda le silence et raconta toute l’histoire du machké. «Je croyais que le Rabbi s’était trompé», dit-il. «Mais maintenant je sais — le Rabbi ne se trompe pas.»

En entendant ses paroles, la kala se leva et ajouta les siennes.

«Mon premier mariage s’est terminé dans un chaos terrible. Toute ma famille m’a tourné le dos. Mon nouveau mari est un guer tsédek sans famille non plus. En entrant dans ce mariage, j’étais remplie de crainte, et j’avais écrit au Rabbi pour lui demander un signe — quelque chose pour me montrer si je faisais le bon choix… Je crois», dit-elle, «que je viens de recevoir mon signe.»

 

Nasso: Comment retrouver le goût de ce qui nous faisait vibrer ? Comment avoir du plaisir ?

Nasso: Comment retrouver le goût de ce qui nous faisait vibrer ? Comment avoir du plaisir ?

Il existe une frontière invisible entre une vie bien ordonnée et une vie figée dans la répétition mécanique. Le Rav Amar explore cette zone dangereuse où la pratique religieuse, la vie de famille et le travail perdent leur éclat, transformant l’être humain en simple exécutant de lui-même. À travers une leçon de ‘Hassidout d’une rare profondeur, il nous invite à redécouvrir le visage caché de chaque action — celui qui donne à la vie son goût véritable.

 

 

 

Entre stabilité et enfermement : la question que l’on n’ose pas poser

Où s’arrête la vie stable et où commence la vie morte ? C’est par cette interrogation inconfortable que le Rav Amar ouvre son cours. La répétition, qu’elle soit dans les gestes du quotidien ou dans l’accomplissement des Mitsvot, finit par user l’émotion et vider le sens. On continue d’agir, mais quelque chose s’est éteint. On fait ce qu’il faut faire — mais on ne sait plus pourquoi cela comptait.

L’Arche Sainte et la faute du roi David

La Torah est formelle : l’Arche Sainte devait être portée sur les épaules des Lévites, et non transportée sur une charrette. Le roi David, dans un élan de ferveur sincère, oublia cette loi — et cet oubli coûta la vie à l’un de ses compagnons. Le Talmud ne voit pas là une simple distraction. Il y décèle une punition divine, dont la cause remonte à une parole imprudente : David avait un jour qualifié les lois de la Torah de zemirot — des chansons. Ce mot, en apparence bienveillant, révèle une incompréhension fondamentale. Traiter la Torah comme une mélodie qui se répète à l’identique, c’est la réduire à sa surface, lui ôter sa profondeur vivante.

Désir et plaisir : les deux dimensions de l’âme selon la ‘Hassidout

C’est ici que le cours plonge dans les eaux de la Kabbale et de la ‘Hassidout, distinguant deux forces fondamentales de la vie intérieure.

Le premier niveau est le Ratson — le Désir. C’est la volonté d’agir, l’élan qui nous pousse à faire ce qui doit être fait. Force réelle, mais extérieure, le Désir est fonctionnel : il nous met en mouvement sans nécessairement nous habiter. On accomplit, on coche, on avance.

Le second niveau est le Taanoug — le Plaisir. Il n’a rien à voir avec la satisfaction superficielle. C’est une joie profonde et intérieure, celle que l’on ressent lorsque l’on est pleinement présent à ce que l’on fait, lorsque l’action touche quelque chose d’essentiel en nous. Le Plaisir révèle qui nous sommes vraiment. Il ne se répète pas — il se renouvelle. Chaque instant de Taanoug véritable est unique.

Pourquoi comparer la Torah à des chansons était une erreur

En utilisant le mot zemirot, le roi David percevait la Torah comme une mélodie cyclique — belle, certes, mais répétitive par nature. Il n’apercevait que la dimension du Désir : l’exécution fidèle de la volonté de D.ieu. Ce faisant, il manquait l’essentiel : la dimension du Plaisir infini et toujours renouvelé qui se dissimule derrière chaque commandement. Chaque Mitsva n’est pas la répétition d’un geste — elle est une rencontre unique avec l’infini. La réduire à une chanson que l’on fredonnerait machinalement, c’est passer à côté de sa véritable nature.

La métaphore du dos et du visage

Pour rendre cette distinction tangible, le Rav Amar recourt à une image d’une grande force évocatrice. Observez une foule de dos : tous se ressemblent. Les silhouettes s’uniformisent, les individualités s’effacent. C’est l’image de la dimension extérieure — l’accomplissement automatique, la routine accomplie sans conscience, où tout se ressemble parce que l’intérieur est absent.

Tournez-vous maintenant face à cette même foule : chaque visage est unique. Les expressions, les regards, la vie qui transparaît — rien n’est identique. C’est la dimension intérieure, celle du Taanoug, qui donne à chaque personne — et à chaque action — son caractère irremplaçable.

Les Lévites ne portaient pas l’Arche derrière eux, de dos. Ils devaient lui faire face, être pleinement tournés vers elle. Ce positionnement n’était pas un détail rituel : il symbolisait l’alliance nécessaire entre l’acte accompli et la conscience profonde qui l’habite.

Ne pas vivre en automate : la leçon pour aujourd’hui

Le message central de cette leçon est d’une clarté lumineuse : la vie spirituelle, la vie familiale, la vie professionnelle ne doivent pas être vécues comme des checklists à remplir. Prier parce qu’il est l’heure de prier. Aimer parce qu’il le faut. Travailler parce qu’on n’a pas le choix. Cette façon d’exister n’est pas une vie — c’est une imitation de la vie.

Le véritable enjeu est de réinventer et de redécouvrir le plaisir dans nos actions quotidiennes. De se lever chaque matin avec la même fraîcheur, le même émerveillement, la même gratitude, comme si c’était la toute première fois. Chaque Mitsva, chaque geste d’amour, chaque journée de travail honnête mérite d’être vécu de l’intérieur — du côté du visage, jamais du dos.

C’est cela, dit le Rav Amar, la différence entre une vie qui s’use et une vie qui s’approfondit.

Barouh Dayan Haemet : Haim Berdah a’h, 63 ans,  a quitté ce monde le 9 Sivan 5786

Barouh Dayan Haemet : Haim Berdah a’h, 63 ans, a quitté ce monde le 9 Sivan 5786

 

La communauté Habad de St Ouen en particulier et de Paris est endeuillée par la disparition de notre cher Haim Berdah a’h, le 9 Sivan 5786. Ses enfants et proches, éplorés, font part de cette douloureuse nouvelle à tous ceux qui l’ont connu et aimé. La Lévaya aura lieu cet après-midi même à l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris.

 

La levée du corps se tiendra à l’hôpital de la Salpêtrière, côté morgue, 32 rue Bruant, 75013 Paris,

13h30 — Recueillement
13h50 — Fermeture du cercueil
14h00 — Départ du convoi pour CDG puis Jérusalem

Que l’âme de Haim Berda z »l soit liée au faisceau des vivants, et que D.ieu console sa famille parmi tous les endeuillés de Sion et de Jérusalem.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 À la veille de Chavouot, toute la ville s’est donné rendez-vous au Beth Habad de Bné Brak

 À la veille de Chavouot, toute la ville s’est donné rendez-vous au Beth Habad de Bné Brak

 

À la veille de Chavouot, le Beth Habad de Bné Brak a vécu une soirée d’exception : l’entrée solennelle d’un nouveau et magnifique Sefer Torah, offert par le généreux donateur Rav Asher Aloni en l’honneur de sa famille. Rabbanim et Dayanim de tous les courants et communautés, Chlou’him, personnalités publiques et fidèles habituels se sont retrouvés dans une atmosphère de fraternité et de joie intense. Une procession haute en couleurs, des danses entraînantes et un fastueux repas de Mitsva ont couronné cette nuit mémorable à la veille du don de la Torah.

 

 

Un don du cœur pour la ville de la Torah et de la ‘Hassidout

C’est dans un éclat de splendeur et une solennité toute particulière que s’est déroulée, à la veille de la fête de Chavouot, la cérémonie d’entrée d’un nouveau Sefer Torah au Beth Habad Loubavitch de Bné Brak, « la ville de la Torah et de la ‘Hassidout ». Ce Sefer Torah somptueux a été offert par le généreux et infatigable Rav Asher Aloni, écrit en son honneur et en celui de toute sa famille.

La cérémonie, d’une grande élévation, s’est ouverte par la rédaction des dernières lettres dans la demeure du Chalia’h Rav Mena’hem Mendel Kastel, directeur de Tseirei Agudat Habad à Bné Brak, en présence de Rabbanim et de Dayanim représentant l’ensemble des courants et des communautés de la ville, d’invités, de Chlou’him, de Maspi’im, de personnalités publiques, ainsi que des fidèles habituels du Beth Habad, ce lieu de prière, d’étude et de Farbrenguen fraternels et réguliers. Les participants se sont succédé l’un après l’autre pour tracer les dernières lettres du nouveau Sefer Torah, sous la direction experte du sofer Rav Yossef Its’hak Pinkovitch.

Une procession grandiose à travers les rues de Bné Brak

À l’issue de la rédaction, une procession bigarrée et foisonnante a pris forme en direction du Beth Habad, baptisé « Na’halat Asher » en hommage au généreux donateur, le Rav Asher Aloni. Des centaines de membres de la communauté et d’habitants de la ville ont accompagné le nouveau et magnifique Sefer Torah dans une atmosphère de chants et de danses entraînantes, dans l’honneur et la gloire de la Torah.

À l’arrivée du Sefer Torah au Beth Habad et après la récitation des versets de Ata Horéta, des Hakkafot prolongées et de joyeuses danses ont animé la salle avec une vigueur et une ferveur intenses. Toutes les étapes de la cérémonie ont été menées avec doigté et élégance par le Chalia’h Rav Na’houm Goldschmid.

Un festin de Mitsva couronné de paroles touchantes

À l’issue des Hakkafot, un fastueux repas de Mitsva a réuni les membres et les habitués du Beth Habad, les Rabbanim et de nombreux invités. Au cours du festin, le Chalia’h Rav Kastel a remis au généreux donateur un cadeau spécial, au nom de l’ensemble des participants.

Des paroles émouvantes ont été prononcées par les Rabbanim présents, saluant le mérite insigne du Rav Aloni pour l’édification de cette maison d’étude et l’entrée de ce nouveau Sefer Torah à la veille de la fête du don de la Torah, au sein d’un Beth Habad qui rayonne comme un phare pour la diffusion des sources de la ‘Hassidout, répandant sa lumière sur l’ensemble de la ville de la Torah et de la ‘Hassidout.

Les personnalités présentes à cette soirée d’exception

Parmi les Rabbanim qui ont honoré de leur présence cette cérémonie fastueuse, on a notamment distingué :

Le Rav Yossef Its’hak Blinov, Rav du centre-ville de Bnei Brak – le Rav Its’hak ‘Haïm Hager, fils de l’Admour de Vizhnitz – le Rav Yaakov Grünwald, parmi les Rabbanim et Dayanim de la ‘Hassidout de Belz – le Dayan Rav Mena’hem Mendel Shafran – le Rav Chlomo Ma’hpoud – le Rav Its’hak Yechaya Weiss, Av Beit Din de Nové A’hiézer – le Rav Ye’hezkel Darbermadiker – le Dayan Rav Yechaya Feldman – le Rav Yehocha Hakohen Gross – l’Admour de Kolshitz – le Rav Aharon Shapira, Av Beit Din de Pardès Katz – le Rav Yehocha Fink – le Rav Aharon Toisig – le Rav Israël Daytel – le Rav Chemouel Boyer – le Dayan Rav Meïr Heisler – le Rav Chlomo Giléadi – le Rav Chalom Eliezer Moskowitz – le Rav Yehocha Hakohen Grünfeld – les Chlou’him du Rabbi de Bné Brak – le Chalia’h Rav Avraham Mordekhaï Kastel de Rehovot – le Chalia’h Rav ‘Haïm Greenberg de Beitar – le Chalia’h Rav Na’houm Goldschmid de Netanya – le Chalia’h Rav Yehouda Botman de Ramat Hacharone – le maire Rav ‘Hanokh Zeibert – le député Rav Mochè Gafni – M. Eliezer Mizra’hi – le maire adjoint Rav Chlomo El’harar, ainsi que les conseillers municipaux Rav Avraham Levin et Rav Yossef Its’hak Yakovobitz.

 

 

Avraham Fried : « Ma musique, c’est une mission — et je n’ai pas le droit d’y renoncer »

Avraham Fried : « Ma musique, c’est une mission — et je n’ai pas le droit d’y renoncer »

 

Il est la voix la plus reconnaissable de la musique ‘hassidique depuis plus de quarante ans, et pourtant Avraham Fried n’a rien perdu de sa flamme ni de sa rigueur. Dans ce premier épisode d’un nouveau podcast hebdomadaire diffusé sur COL, il se confie avec une franchise désarmante sur les secrets de sa longévité, ses lignes rouges et la mission que le Rabbi lui a confiée en personne. Un entretien rare, entre humilité et profondeur, avec celui que ses fans appellent simplement « Avrum ».

 

 

D’après une nterview de Binyamin Lifkin / col

 

Un nouveau rendez-vous hebdomadaire sur COL

C’est avec une musique entraînante que s’ouvre ce tout premier épisode d’un podcast hebdomadaire inédit sur COL. L’animateur accueille chaleureusement son invité de marque : Avraham Fried, le géant de la chanson ‘hassidique. « Nous nous sommes rencontrés il y a bien des années, et nous voilà à nouveau réunis sur cette nouvelle plateforme », lance l’animateur. « Exactement — et que du chemin parcouru ! » répond Avraham Fried dans un sourire.

Le secret d’une longévité au sommet

La question que tout le monde se pose, l’animateur la formule sans détour : comment, après tant d’années, Avraham Fried demeure-t-il le cœur battant de la musique ‘hassidique, sans jamais quitter le sommet ? « Honnêtement, je n’y avais jamais réfléchi ainsi », répond l’artiste dans un éclat de rire. « On travaille dur. On prie beaucoup. On cherche le bon matériau. Et il y a cette étincelle — celle qui allume le feu — qui relève de la mission, de la cheli’hout. Tant qu’il y a une occasion, le Créateur donne la force, la voix, l’énergie. Alors on se doit de faire quelque chose. »

L’entretien quotidien de la voix

Chanter au niveau d’Avraham Fried ne s’improvise pas : c’est un travail de tous les instants. « Il faut s’occuper du corps, et notamment de la voix, au quotidien », précise-t-il. L’échauffement n’est pas nécessairement long — « une demi-heure par-ci, vingt minutes par-là » — mais il est incontournable. Il se pratique le plus souvent à la maison, dans la cuisine, parfois dans une chambre d’hôtel dont il cherche à ne pas importuner les voisins. La veille encore, il se trouvait sur scène pour un grand concert Tachat Kipat HaShamayim (sous le ciel étoilé), aux côtés de ‘Haïm ‘Haïm. L’animateur se souvient d’un épisode révélateur, survenu il y a près de trente ans lors d’une prestation à Safed : arrivé deux heures à l’avance, il avait entendu des sons étranges monter depuis les coulisses — des vocalises qui s’amplifiaient, toujours plus puissantes, toujours plus étranges. Interpellant Eli Yisraël, il avait appris avec stupeur que c’était Avraham Fried lui-même qui s’échauffait. « Rien ne ressemblait à ce que j’avais entendu auparavant. Depuis ce jour-là, je n’ai plus manqué une de ses prestations. » Avraham Fried confirme avec sourire : « C’est une obligation absolue avant chaque concert. Et quand c’est une session d’enregistrement en studio, il faut que la base soit encore plus solide — ce qui sort du studio est éternel. »

De nouveaux enregistrements en préparation

Cela fait plusieurs années qu’aucun album complet n’est sorti. Pourtant, Avraham Fried n’est pas resté inactif : il fréquente le studio presque chaque semaine. « J’ai énormément de chansons spirituelles nouvelles prêtes, ou presque. Il m’en reste une ou deux à finaliser, et ça sortira, avec l’aide de D.ieu. » Pas de date annoncée, pas de délai fixé — il assume pleinement de ne pas fonctionner avec des deadlines. « Le Rabbi ne disait pas deadline », dit-il avec conviction. Le projet n’a pas encore de concept arrêté — « de bonnes chansons, par la grâce de D.ieu » —, mais il promet d’être à la hauteur de l’attente.

Fidèle à son style, ouvert au renouveau

Au fil du temps, de nombreux styles ont émergé dans la musique juive. Comment Avraham Fried s’y positionne-t-il ? Il reconnaît la tension entre deux injonctions contradictoires : certains lui disent de suivre l’époque, d’autres de ne jamais trahir ce qui l’a rendu célèbre. « J’essaie de naviguer entre les deux. » Il n’a pas peur d’enregistrer une chanson de six minutes si elle est belle et bien construite. Mais il est attentif à ne pas franchir la « ligne rouge » — garder une chaleur juive authentique dans chaque note. Concernant la musique actuelle et ses rythmes parfois très enlevés, il est nuancé : « Ceux qui le font et réussissent, c’est que le public le demande. Mais moi, je dois faire ce que je sens être ma mission, mon rôle. »

Les chansons israéliennes et les collaborations

L’une des évolutions les plus remarquées de la carrière d’Avraham Fried est son ouverture à la chanson israélienne. Tout a commencé avec un titre — Shaim Elokim — qu’on lui avait proposé et qui l’a accompagné depuis lors dans d’innombrables concerts. Les demandes se sont multipliées, au point qu’il a enregistré un album entier de chansons israéliennes, intitulé Shelanu. « J’aime sincèrement les chansons israéliennes. Étant enfant à New York, j’écoutais Yaram Gaon à la radio. » Il a même eu l’honneur de partager la scène avec lui. Cela dit, Avraham Fried met en garde contre un glissement trop marqué : il est mal à l’aise de voir des chanteurs ‘hassidiques adopter entièrement l’accent et la prononciation israéliens pour « ressembler » à des artistes laïcs. « Un ou deux titres en hébreu israélien, pourquoi pas. Mais il faut savoir qui on est et où cela nous mène. »

Les concerts mixtes et les lignes rouges

Avraham Fried a évolué sur la question des concerts devant un public mixte. Au départ, il posait des conditions strictes. Progressivement, il a assoupli sa position, se rendant à l’évidence qu’atteindre le monde entier impliquait une certaine souplesse. « Si un jour on me demande des comptes sur cela là-haut, je l’accepterai par amour. » Mais ses lignes rouges demeurent fermes : il ne chantera jamais en duo avec une femme. Et s’il se produit parfois devant des publics non séparés, c’est parce que les organisateurs eux-mêmes ont choisi ce format — « ce sont leurs vies, leurs règles ». Il rappelle que dans la tradition, même le fait de chanter devant hommes et femmes a été discuté. Aujourd’hui certains vont jusqu’à interdire aux femmes de venir aux fêtes de mariage — « alors franchement, par comparaison… »

La controverse autour de Machia’h Now

Il y a de nombreuses années, un organisateur avait demandé à Avraham Fried de ne pas interpréter Machia’h Now lors d’une soirée. L’artiste en sourit encore. À l’époque, cette chanson était source de polémique dans certains milieux. Aujourd’hui, la situation a bien changé. « Il n’y a plus vraiment d’endroit où l’on ne peut pas chanter Machia’h Now. »

Zamah et les nigounim de Habad

Le groupe Zamah a révolutionné la façon de présenter les nigounim de Habad sur scène, avec des écrans géants, des effets lumineux et une mise en scène spectaculaire. Avraham Fried reconnaît que les critiques ne manquent pas — certains estiment que l’authenticité des mélodies est parfois sacrifiée. Mais il ne peut qu’être impressionné par le résultat : « Ce que Zamah accomplit est une véritable révolution. L’an dernier, ils ont donné vingt concerts — c’est incroyable. Plus de deux mille personnes à chaque fois, jeunes et moins jeunes, tous portés par une expérience spirituelle intense. Qui n’a pas vu Zamah n’a pas vu de vrai concert. » Il ajoute que les nigounim sont entièrement de Habad — et pour cela, au sein du mouvement, les critiques se font plus discrètes.

Au-dessus des factions — l’artiste de tout Habad

Chose remarquable : Avraham Fried est l’un des rares artistes invités par tous les courants et sensibilités au sein du monde ‘hassidique de Habad-Loubavitch, sans jamais être associé à un camp particulier. « Je n’essaie pas de faire quoi que ce soit de calculé. Je fais simplement ce que j’ai à faire. » Il a parfois été confronté à des conditions posées par certains organisateurs — « ne chante pas telle chose, ou chante telle autre » — mais il sait naviguer avec discernement. Il se souvient d’avoir été choqué, il y a bien des années, qu’on lui demande de ne pas interpréter Machia’h Now. Aujourd’hui, de telles restrictions semblent appartenir à un autre temps.

Ce que lui dit le public non-‘hassidique

Parmi les phrases qui lui font le plus chaud au cœur, il en est une qui revient souvent, prononcée par des personnes qui ne sont pas de Habad : « Avraham, ce n’est pas seulement ta musique que nous aimons — c’est ton message, c’est ton cœur. On sent que tu accomplis une mission. » Il cite un exemple frappant : après un concert de ‘Hanouka en Floride, quelqu’un lui a envoyé une vidéo d’un enfant qui demandait à son père, en entendant la musique en fond sonore : « Papa, qui c’est, le Saint Béni soit-Il ? » « Quand on me dit que je suis perçu comme un chalia’h, cela signifie tout. Je n’ai rien à ajouter. »

Sa relation avec le Rabbi

Avraham Fried entretient un lien profond et personnel avec le Rabbi de Loubavitch. Jeune homme encore, il se trouvait dans les rangs lors de la distribution de dollars. Le Rabbi lui a tendu une bouteille de mashké en lui disant quelques mots — et à cet instant, il a su. « J’ai su que c’était ma cheli’hout. » Le moment fut bref, mais fondateur.

La peur de l’avion et la réponse du Rabbi

Pendant des années, Avraham Fried souffrait d’une peur intense de l’avion. Les turbulences le plongeaient dans une angoisse profonde — il récitait l’intégralité des Tehilim et faisait des promesses en tout genre au Créateur. Il a fini par écrire au Rabbi pour lui exposer sa situation : son métier l’oblige à voler, c’est une partie essentielle de sa vie professionnelle. La réponse du Rabbi fut une segula précise — la récitation de la Téfilat HaDéré’h avec dévotion, accompagnée d’un petit pain casher. « Depuis lors, par la grâce de D.ieu, je prends l’avion souvent, et la peur a disparu. »

La Tsedaka avant chaque concert

Lors des dollars, le Rabbi lui a remis un dollar en lui disant : « Regarde avant de partir — ou regarde derrière toi — comme remerciement au Saint Béni soit-Il pour ton succès. » Avraham Fried a pris sur lui de ne jamais se contenter d’une seule fois. Il a élargi la pratique : non seulement dans sa chambre, mais publiquement, sur scène, devant la foule. Avant chaque concert, il monte sur scène avec sa pouchkè (boîte de Tsedaka) et invite l’assistance à contribuer. « Si c’est bon une fois, pourquoi pas à chaque fois ? Et si c’est bon en privé, pourquoi pas en public ? »

La visite au Ohel et la révélation des Chirei Érets

Lors d’une visite au Ohel, Avraham Fried a prié pour le succès de son travail artistique et pour pouvoir continuer à se produire. À sa sortie, il est entré dans une salle de visionnage des vidéos du Rabbi. Et là, il est tombé sur un extrait où le Rabbi évoque l’antique coutume d’Israël de chanter des Chirei Érets — des chansons de la terre d’Israël — aux enfants. « J’ai tout de suite compris que le Rabbi me parlait directement. J’ai décidé à cet instant de préparer un album de chansons israéliennes pour les enfants. » Un projet qu’il porte désormais comme une décision du Rabbi lui-même.

Le pouvoir du nigoun — et le livre à venir

Au fil de ses quarante années de carrière, Avraham Fried a accumulé des centaines de témoignages sur le pouvoir transformateur de la musique. Des gens qui ont été consolés dans leur deuil, aidés à traverser une maladie, retrouvé une raison de se lever le matin. Il pense souvent à Motty Zisser — compositeur prolifique —, chez qui il s’était rendu peu avant sa disparition, pour lui chanter quelques mélodies. « Cela ne ressemble à rien d’autre. Ce n’est pas une prestation. C’est un don qu’on utilise au service de ceux qui souffrent. » Ce matériau est si riche, si dense, qu’il songe sérieusement à en faire un livre — non pas sur lui-même, mais sur le nigoun : comment une mélodie peut sauver une vie.

La chanson Binyamin et un célèbre homme politique

C’était peu avant la première victoire électorale de Binyamin Netanyahou, en 1996 (5756). La chanson Binyamin avait été composée et diffusée en lien avec le Mateh Binyamin — et non directement pour Netanyahou, contrairement à ce que beaucoup ont cru. Lorsque Bibi a surgi sur la scène politique et remporté les élections, la chanson lui est restée associée dans l’imaginaire collectif. La semaine précédente encore, lors d’une rencontre avec l’homme politique en question, celui-ci a répété son nom Avraham « Farid » de manière erronée à plusieurs reprises. « J’ai eu envie de me lever sur ma chaise et de lui dire comment on prononce mon nom ! »

Se produire pour les malades — une priorité du cœur

Avraham Fried reçoit régulièrement des appels de proches de personnes gravement malades qui lui demandent de venir chanter à leur chevet. Il ne peut pas répondre à toutes les sollicitations — il le ferait sinon chaque jour. Mais quand il dit oui, c’est sans réserve. Il a notamment chanté pour son beau-frère — compositeur lui aussi — quelques jours seulement avant son décès. « Ce sont des moments qui demandent des ressources intérieures hors du commun. Mais c’est cela, le vrai sens de la mission. »

Un miracle à Jérusalem

Un souvenir précis lui revient : il était à Jérusalem pour les fêtes de Souccot, invité à se produire lors d’un grand gala de l’organisation Ichoud HaHatsala. Il avait passé le Chabbat dans un hôtel mais s’était senti mal — sa voix n’était plus là. Il ne savait pas ce qui allait se passer à la sortie du Chabbat. Il a quand même pris la scène — et sa voix est sortie claire, pure, nette. « Personne dans le public n’a su ce qui s’était passé une heure avant. C’était un vrai miracle, ici même à Jérusalem. » Il remercie D.ieu de lui avoir accordé ce Chabbat — et ce miracle.

La climatisation et la voix — une règle de fer

L’animateur rappelle une anecdote savoureuse : un Chabbat chez Motty Zisser, les hôtes avaient oublié de laisser la climatisation allumée. Incapable d’éteindre lui-même l’appareil (c’était Chabbat), Avraham Fried a pris sa couverture et son oreiller, et est allé dormir… dans la salle de bains ! Car, depuis des décennies, il ne dort jamais avec la climatisation allumée — une règle absolue pour préserver sa voix. « Ma femme s’y est résignée depuis longtemps. » Quand il est à l’hôtel, il demande systématiquement une chambre où ses exercices vocaux nocturnes ne dérangeront pas les voisins.

Ce qu’il regrette

À la question de savoir s’il changerait quelque chose dans son parcours, il répond sans hésiter : « Oui — je n’ai pas sorti assez de choses. J’ai trop attendu. » Il est conscient que l’époque actuelle complique la mise sur le marché des albums — la piraterie, les formats qui évoluent — mais il reste convaincu qu’il faut produire et que le Saint Béni soit-Il rétribue ceux qui partagent généreusement. « Je vais corriger cela, avec l’aide de D.ieu. »

Mordechai et le conseil du rav

Un autre artiste — Mordechai — avait traversé une période de profonde lassitude au faîte de sa carrière. Il pensait tout abandonner. Il s’en est ouvert au Rav Moché Mordechaï Hamelburg, non pour lui demander conseil, mais simplement pour partager son ressenti. La réponse du rav fut lapidaire : « Tu n’as pas le droit de faire cela. Et si tu veux vraiment qu’on te sollicite moins, augmente tes cachets — ainsi on ne te prendra pas trop souvent, mais tu accompliras quand même ta mission. » Avraham Fried connaît ce sentiment. Après quarante ans de scène, une part de lui aspire à un peu de repos. « Ce n’est pas une vraie vie », dit-il dans un sourire las.

La famille et le Chabbat

Pendant de longues années, Avraham Fried a fait de son retour à la maison pour le Chabbat une priorité absolue, pour ses enfants. Aujourd’hui que ses enfants sont grands, mariés pour la plupart, et qu’ils sont eux-mêmes Chlou’him accomplis dans leurs communautés, cette contrainte s’est allégée. « Il m’arrive maintenant de passer le Chabbat loin de chez moi. » Il avait toujours espéré que ses enfants ne cherchent pas à reproduire son parcours artistique — pas de « Fried Junior ». Ce vœu a été exaucé. En revanche, à la table du Chabbat, la tradition est immuable : on y chante les Zmirot de papa. « Et parfois quelques nouveaux titres s’y glissent aussi. »

Israël — son territoire le plus cher

En Israël, Avraham Fried est partout. Il peut se produire chaque jour dans une ville différente et attirer des milliers de spectateurs sans le moindre effort de promotion. « Ici, c’est là que je travaille le plus. Le public israélien est le plus chaleureux, le plus fort. » À l’opposé, aux États-Unis, il donne un ou deux grands concerts par an, avec une logistique bien différente. Sa relation avec le public israélien, religieux-sioniste inclus — au-delà du monde ‘hassidique —, est l’une des grandes fiertés de sa carrière. « Ils sentent l’âme dans la musique. Ils aiment l’âme, le cœur, la joie. C’est comme ça qu’on s’est trouvés. »

Un message pour finir

En guise de conclusion, Avraham Fried adresse ses remerciements à son public : « Je veux remercier toutes celles et tous ceux qui me donnent cette opportunité — de sentir le don que le Créateur m’a accordé. Ils viennent aux concerts, ils écoutent, ils achètent les albums, ils se réjouissent. Sans eux, où serait Avraham Fried ? Je leur appartiens. Et j’espère, par la grâce de D.ieu, continuer à leur donner ce qu’on attend de moi. »

L’animateur remercie chaleureusement l’artiste pour le temps accordé, ainsi que l’équipe de production — Yossef Trabelsi, Yossef David Souissa — et Yossi Rivkin, directeur général de COL. Rendez-vous est pris pour le prochain épisode du podcast.

Netanyahou lève le voile sur sa conversation secrète avec Trump au sujet de l’accord avec l’Iran

Netanyahou lève le voile sur sa conversation secrète avec Trump au sujet de l’accord avec l’Iran

 

Alors que la controverse enfle autour de l’accord nucléaire en gestation, le Premier ministre israélien a révélé pour la première fois des pans entiers de son échange avec le président américain. Netanyahou a déclaré que Trump et lui s’étaient mis d’accord sur le fait que tout accord final avec l’Iran devrait éliminer le danger nucléaire — ce qui implique le démantèlement des installations d’enrichissement et l’évacuation du territoire iranien de toute matière fissile enrichie. Quelques instants auparavant, Trump avait lui-même pris la parole pour affirmer qu’il avait donné instruction à ses représentants de ne pas se précipiter, et que le blocus resterait pleinement en vigueur jusqu’à la signature d’un accord.

 

 

 

 

Netanyahou brise le silence : les détails de l’entretien avec Trump

Le Premier ministre Binyamin Netanyahou s’est exprimé ce dimanche au sujet de l’accord en cours de négociation entre les États-Unis et l’Iran, dont la signature est attendue dans les prochains jours. Sa prise de parole intervient dans un contexte de vive agitation provoquée par des fuites et des révélations sur le contenu du texte, notamment l’ouverture du détroit d’Ormuz et les modalités des discussions sur le nucléaire.

« J’ai eu hier soir une conversation avec le président Trump au sujet du mémorandum d’entente portant sur l’ouverture du détroit d’Ormuz, et sur les prochaines négociations en vue d’un accord définitif concernant le programme nucléaire iranien », a-t-il écrit dans sa déclaration. « J’ai exprimé au président Trump ma profonde gratitude pour son engagement indéfectible en faveur de la sécurité d’Israël, notamment lors des opérations « Rugissement du lion » et « Colère ardente », au cours desquelles les forces américaines et israéliennes ont combattu côte à côte face à la menace iranienne. »

Netanyahou a ensuite précisé les termes de l’accord tel qu’il le comprend : « Le président Trump et moi sommes convenus que tout accord final avec l’Iran doit éliminer le danger nucléaire. Cela signifie le démantèlement des installations d’enrichissement nucléaire de l’Iran et l’évacuation de toute matière nucléaire enrichie de son territoire. » Il a également indiqué que Trump avait réaffirmé le droit d’Israël à se défendre contre toute menace, sur tous les fronts, y compris au Liban.

Le Premier ministre a conclu ses propos sur une note de fermeté : « Le partenariat entre nos deux peuples et nos deux nations s’est forgé sur le champ de bataille, et il n’a jamais été aussi solide. Ma politique, comme celle du président Trump, demeure inchangée : l’Iran n’aura pas d’arme nucléaire. »

Trump : « Le blocus restera en vigueur jusqu’à la signature »

Le président américain avait réagi peu avant les déclarations de Netanyahou, affichant une sérénité calculée. Dans un long message publié sur ses réseaux sociaux, Trump a commencé par s’en prendre avec virulence à l’accord conclu sous l’administration Obama, le qualifiant d’« une des pires ententes jamais conclues par notre pays, rédigée et signée par Barack Hussein Obama et sa bande d’amateurs inexpérimentés ». Il a affirmé que cet accord constituait un « chemin direct vers l’acquisition par l’Iran d’une arme nucléaire » — à l’opposé exact, selon lui, du texte actuellement sur la table.

Trump a ensuite décrit l’état des négociations en cours : « Les discussions progressent de manière ordonnée et constructive. J’ai donné instruction à mes représentants de ne pas se précipiter, car le temps joue en notre faveur. Le blocus restera pleinement en vigueur jusqu’à ce qu’un accord soit obtenu, approuvé et signé. Les deux parties doivent prendre le temps de faire les choses correctement. Il ne doit pas y avoir d’erreurs ! » Il a précisé que la relation avec l’Iran devenait « bien plus professionnelle et productive », tout en martelant une ligne rouge absolue : « Ils doivent comprendre qu’ils n’ont pas le droit de développer ou d’acquérir une arme nucléaire ou une bombe nucléaire. »

En clôture de son message, Trump a remercié les pays du Moyen-Orient pour leur soutien et leur coopération, exprimant l’espoir que d’autres nations rejoignent les accords d’Abraham. Il a même ouvert une perspective surprenante : « Et qui sait — peut-être que la République islamique d’Iran voudra elle aussi les rejoindre, un jour ! »

Rubio défend la ligne dure de l’administration

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a également pris la parole pour tenter d’apaiser les tensions et dissiper les craintes d’un compromis dangereux. « L’idée que le président accepterait un accord qui renforcerait l’Iran dans ses ambitions nucléaires est absurde. Cela n’arrivera tout simplement pas. Il n’existe pas d’homme qui ait été plus intransigeant sur les ambitions nucléaires de l’Iran que le président Trump. Beaucoup de dirigeants politiques ont déclaré que l’Iran ne devait pas posséder d’arme nucléaire, mais le seul qui ait réellement agi en ce sens, c’est le président. »

Rubio a par ailleurs lancé une attaque en règle contre le régime iranien : « L’Iran préfère investir dans les tortionnaires et les assassins du Hamas plutôt que dans ses propres citoyens. La BBC et les autres médias devraient couvrir la perversité de ces dirigeants iraniens et les ravages qu’ils ont causés aux populations du monde entier. »

La première réaction de Netanyahou : une image générée par intelligence artificielle

Avant même sa déclaration officielle, le Premier ministre avait rompu le silence de Jérusalem d’une manière pour le moins inhabituelle : en publiant sur le réseau X une image générée par intelligence artificielle. On y voit Netanyahou debout aux côtés du président Trump, épaule contre épaule, les drapeaux des deux nations déployés en arrière-plan, avec en légende en caractères gras : « L’Iran n’aura jamais d’arme nucléaire! » Cette publication constituait la toute première réaction officielle du chef du gouvernement israélien à l’accord en cours de négociation — un geste symbolique fort, qui semble être intervenu en réponse aux déclarations de responsables israéliens faisant état d’une véritable déception à Jérusalem face aux orientations prises par Washington.

Il faut dire que Jérusalem avait jusqu’alors observé un silence pesant. Trump avait pourtant confirmé dès la veille avoir eu une conversation avec le Premier ministre, la qualifiant de « très bonne ». Durant les heures qui ont suivi l’annonce américaine, de nombreux détails de l’accord ont filtré dans les médias, mais le texte complet n’avait pas encore été rendu public officiellement. Interrogé sur le sujet, Trump a reconnu « ne pas pouvoir parler des détails de l’accord », tout en se voulant rassurant : « C’est entièrement entre mes mains. S’il y a des nouvelles, il n’y aura que de bonnes nouvelles — je ne fais pas de mauvaises affaires. »