Le 8 Sivan 5632 (1872) : Le mariage de Devorah Leah, fille du Rabbi Maharach

Le 8 Sivan 5632 (1872) : Le mariage de Devorah Leah, fille du Rabbi Maharach

Le 8 Sivan 5632 (1872), la bourgade de Loubavitch fut le théâtre d’un mariage hors du commun : celui de Devorah Leah, fille du Rabbi Maharach, quatrième Rabbi de Loubavitch. Bien plus qu’une fête familiale, cette union se transforma en un sommet de révélation spirituelle, marqué par une générosité intellectuelle sans précédent. Six Maamarim — discours ‘hassidiques d’une profondeur abyssale — y furent prononcés, ancrant la lumière de Chavouot dans la création d’un nouveau foyer juif.

 

 

La cour du Rabbi Maharach : un flambeau en pleine ardeur

Pour saisir la portée de cet événement, il faut se replonger dans l’atmosphère de Loubavitch en 1872. Le Rabbi Maharach, quatrième Rabbi de Loubavitch, présidait alors aux destinées du mouvement avec une autorité tranquille et une vision pénétrante. Connu pour son approche résolument offensive face aux obstacles de l’existence, illustrée par sa célèbre maxime Le’hat’hila Ariber — « surmonter en passant directement par-dessus » —, il était également un orateur prolifique et un penseur d’une profondeur exceptionnelle.

Le mariage de sa fille Devorah Leah revêtait une charge symbolique particulière : elle portait le prénom de la fille de l’Alter Rabbi, fondateur du mouvement Loubavitch, ce qui faisait de cette union un événement chargé de mémoire dynastique et d’émotion collective. Le marié, Rav Moché Leib Ginzburg — connu sous le nom de Rav Moché Aryé Leib, fils de Rabbi Avraham Zalman, originaire de Vitebsk —, était reconnu pour sa piété et son érudition. Ensemble, ils allaient former un foyer édifié sur les piliers de la Torah et de la ‘Hassidout.

L’invitation du Rabbi Maharach : une lettre empreinte de gratitude

À l’occasion de ce mariage, le Rabbi Maharach adressa à ses ‘Hassidim une invitation dont le texte, conservé dans les Iguerot Kodech (page 10), respire à la fois la reconnaissance et la joie sincère d’un père comblé. Il y écrivit en ces termes : « Le Tout-Puissant m’a accordé le mérite de marier ma fille avec le Rav Moché Aryé Leib, fils d’un homme aisé et bien connu, Rabbi Avraham Zalman. La date du mariage a été fixée, avec l’aide de D.ieu, au vendredi, Issrou ‘Hag de la fête de Chavouot. Que D.ieu réjouisse les mariés et comble tous vos besoins, matériels et spirituels. » Il signa : « Votre ami, qui souhaite votre bien, de tout son cœur et de toute son âme — Chemouel. »

Cette lettre, d’une sobriété touchante, révèle la dimension humaine du Rabbi : derrière le maître spirituel au rayonnement immense se cache un père reconnaissant envers D.ieu, soucieux du bonheur de sa fille et de ses ‘Hassidim.

Un mariage ‘hassidique : bien plus qu’une célébration humaine

Dans la tradition ‘hassidique, un mariage — ‘Hassouna — n’est pas seulement l’union de deux âmes ; c’est un événement cosmique où des flux de bénédictions et de révélations divines descendent dans le monde. Le point culminant de cette révélation est ordinairement le Maamar, discours ‘hassidique prononcé par le Rabbi, qui relie les concepts kabbalistiques de l’union conjugale aux mystères de la Divinité.

Ce qui a rendu le mariage de Devorah Leah immortel dans les annales de Loubavitch, c’est précisément la générosité spirituelle extraordinaire dont fit preuve le Rabbi Maharach lors de ces journées de joie.

Six discours pour sept jours de fête

Habituellement, un Rabbi prononce un, voire deux Maamarim à l’occasion d’un mariage. Or, pour l’union de sa fille bien-aimée, le Rabbi Maharach dévoila six discours ‘hassidiques d’une rare profondeur : le premier lors du repas de noces lui-même, puis cinq autres tout au long des jours de Sheva Bra’hot — les sept jours de bénédictions qui suivent la cérémonie nuptiale.

Ces Maamarim ne se contentaient pas d’apporter des bénédictions aux jeunes époux ; ils constituaient une véritable série d’enseignements explorant les dynamiques mystiques de l’amour divin, de l’union spirituelle — les Yi’houdim — et de la relation entre D.ieu, le Fiancé céleste, et le peuple d’Israël, la Fiancée éternelle.

La symbolique du 8 Sivan : dans le sillage du Sinaï

Il n’est pas anodin que cet événement ait eu lieu le 8 Sivan 5632 (1872). Ce jour se situe immédiatement après la fête de Chavouot, qui célèbre le don de la Torah au peuple d’Israël le 6 Sivan. Dans la pensée juive, Chavouot est considéré comme le « mariage » historique entre D.ieu et Son peuple au pied du Mont Sinaï.

Célébrer une union humaine juste après cette date fondatrice, et l’accompagner d’un torrent d’enseignements toraniques inédits, souligne une continuité magnifique et délibérée. Les six discours du Rabbi Maharach ont agi comme un prolongement direct de la révélation du Sinaï, transposant la lumière de Chavouot dans le quotidien d’un foyer nouveau, inscrivant l’éternel dans le concret.

Une enfance précoce : l’intelligence de Devorah Leah racontée par le Rabbi Rayats

La Rabbanite Devorah Leah ne se distinguait pas seulement par sa naissance illustre. Le Rabbi Rayats — le sixième Rabbi de Loubavitch — a rapporté dans le Sefer Hasi’hot 5700 (page 71) un souvenir d’enfance révélateur de son caractère exceptionnel.

Lors du repas du dernier jour de Pessa’h, alors que la famille était réunie autour de la table du Rabbi Maharach, le jeune Rabbi Rayats posa à son père une question : pourquoi le dernier jour de Pessa’h est-il un jour de fête ? Son père se tourna vers son frère aîné Zalman Aharon pour lui soumettre la question — mais celui-ci admit ne pas pouvoir répondre. C’est alors que Devorah Leah, assise aux côtés de sa mère, se leva et demanda à prendre la parole. Elle expliqua avec une clarté et une maturité saisissantes : « Lorsque les Juifs respectent les sept jours de Pessa’h conformément à la Hala’ha, en se gardant de consommer la moindre parcelle de ‘Hamets, ils font du dernier jour une fête — car ils sont heureux d’avoir traversé ces jours en observant tous les interdits, sans commettre la faute particulièrement grave qu’est celle de consommer du ‘Hamets à Pessa’h. »

Son père l’écouta et, visiblement satisfait, s’exclama : « Devorah Leah, tu es intelligente ! » Après le repas, la famille se rendit chez le grand-père, le Tséma’h Tsédek, qui, à qui l’on rapporta les paroles de la petite-fille, répondit sobrement : « C’est une explication parfaitement logique. »

Une source vivante de la tradition : la visite à Vitebsk

Le Rabbi Rayats rapporte également, dans les Likouteï Dibourim (page 232), le souvenir d’une visite qu’il effectua à Vitebsk le dimanche 16 Mena’hem Av 5656 (1896), où il séjourna dix jours comme hôte de son oncle, le Razah, et de sa tante, la Rabbanite Devorah Leah. Il décrit avec émotion combien cette femme constituait à elle seule un trésor vivant de la mémoire hassidique : elle se souvenait parfaitement de sa grand-mère ‘Haya Moussya, épouse du Tséma’h Tsédek, qui lui avait elle-même transmis de nombreux récits — des témoignages directs, mais aussi des souvenirs hérités de sa propre grand-mère, la Rabbanite Sterna, épouse de l’Admour Hazaken, fondateur de Loubavitch. Le Rabbi Rayats conclut en disant que cette visite lui avait permis de « découvrir une source nouvelle de passionnantes histoires » grâce à sa tante Devorah Leah.

Le courage face au deuil : soixante-douze heures face au mur

À l’occasion du 13 Tichri 5712 (1951), le Rabbi évoqua un autre trait, bouleversant celui-là, du caractère de la Rabbanite Devorah Leah. Lorsqu’elle apprit le décès de son père, le Rabbi Maharach, elle se tourna vers le mur et demeura dans cette position pendant soixante-douze heures consécutives, sans conscience de ce qui se passait autour d’elle, sans entendre aucune voix. Cette prostration totale face à la perte de son père, le Rabbi qu’elle aimait, restera dans les annales hassidiques comme l’un des exemples les plus poignants de l’amour d’une fille pour son père spirituel et charnel.

Un héritage vivant pour les étudiants de la ‘Hassidout

Aujourd’hui encore, l’étude des Maamarim prononcés par le Rabbi Maharach lors de ces journées de joie demeure une tradition précieuse pour les étudiants de la ‘Hassidout à travers le monde. Ils y puisent une compréhension kabbalistique du mariage juif — le rôle du mari et de la femme dans la construction de l’espace sacré du foyer —, ainsi qu’une inspiration intemporelle sur la capacité de transformer une célébration matérielle en un réceptacle pour la plus haute sagesse divine. Ces textes rappellent également le lien profond qui unissait le Rabbi à sa fille et à ses ‘Hassidim, manifesté par ce don inestimable de la sagesse au cœur même de la fête.

Le 8 Sivan 5632 (1872) reste ainsi gravé comme un sommet de lumière dans l’histoire de Loubavitch. Il nous rappelle que dans la ‘Hassidout, la véritable joie — la Sim’ha authentique — est celle qui parvient à unir le ciel et la terre, transformant une fête de famille en un héritage éternel pour l’ensemble du peuple juif.
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Barouh Dayan Haemet : William Zéév Wolf Dahan a quitté ce monde le deuxième jour de Chavouot 5786

Barouh Dayan Haemet : William Zéév Wolf Dahan a quitté ce monde le deuxième jour de Chavouot 5786

 

C’est avec une immense tristesse que nous annonçons le décès de William Zéév Wolf ben Yehochoua, zal, rappelé à D.ieu ce Chabbat, deuxième jour de Yom Tov de Chavouot. Conformément à ses dernières volontés, il sera inhumé en Erets Hakodesh. La famille, dans la douleur de ce deuil, lance un appel à la générosité de la communauté pour couvrir les frais d’inhumation.

Une cagnotte ouverte en soutien à la famille

Afin de pouvoir honorer les souhaits du défunt et procéder à son enterrement en Erets Hakodesh, la famille a ouvert une cagnotte à cet effet. Tous ceux qui souhaitent accomplir cette grande Mitsva et apporter leur aide sont invités à prendre contact directement ou à contribuer via le lien ci-dessous. Un reçu fiscal CERFA pourra également être établi sur demande.

Remerciements sincères

La famille adresse ses remerciements les plus chaleureux à tous ceux qui, par leur aide, leur générosité et leurs marques de soutien, l’accompagnent dans ces moments douloureux. Que nous ne recevions que de bonnes nouvelles.

SOUTENIR

 

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Le Talmud, ce livre sans pareil : voyage au cœur de la pensée juive – Rav Adin Even Israël Steinzaltz

Le Talmud, ce livre sans pareil : voyage au cœur de la pensée juive – Rav Adin Even Israël Steinzaltz

 

Qu’est-ce que le Talmud ? Comment le définir, et pourquoi fascine-t-il autant qu’il intimide ? Dans une conférence d’une rare profondeur, un érudit chevronné lève le voile sur ce monument littéraire et spirituel qui constitue le socle vivant de la civilisation juive depuis près de deux millénaires. De sa genèse historique aux vertiges philosophiques qu’il ouvre, en passant par les persécutions qu’il a suscitées, le Talmud se révèle bien plus qu’un simple recueil de lois : il est une manière d’être au monde, une conversation ininterrompue avec D.ieu et avec soi-même.

 

 

Rav Adin Even Israël Steinzaltz

 

La Michna : fondation et pierre angulaire

Pour comprendre le Talmud, il faut d’abord comprendre la Michna. Formellement, le Talmud est un commentaire de la Michna — un commentaire ample, détaillé, d’une richesse sans fond. La Michna elle-même est un ouvrage de taille modeste, rédigé presque intégralement dans un hébreu classique et ciselé que les spécialistes appellent l’hébreu mishnique. Elle constitue le cœur de ce qu’on nomme la Torah shébealpé — la Torah orale — c’est-à-dire l’ensemble des explications, commentaires, lois et traditions qui gravitent autour du texte écrit de la Torah et en découlent.

La Michna est le socle de la Halakha, la loi juive. Ce qui peut surprendre, c’est que, dans ses grandes lignes, ce cadre juridique n’a guère changé depuis sa rédaction. Les détails se sont multipliés, les nuances ont proliféré au fil des siècles, mais la structure d’ensemble est demeurée. Un Sage sorti de l’époque de la Michna qui se retrouverait soudainement parmi une communauté juive d’aujourd’hui s’y retrouverait en moins de dix minutes : la synagogue, le beth midrach, les pratiques, les rites funéraires — tout cela lui serait familier. Il découvrirait les Achkénazes, une réalité qu’il n’aurait jamais croisée, et quelques différences mineures, mais la charpente profonde serait la même.

La Michna fut compilée et éditée sous l’égide de Rabbi Yehouda HaNassi, que l’on désigne simplement comme « Rabbi ». Personnage historique d’une stature exceptionnelle, il fut peut-être le plus grand des chefs juifs depuis Moïse, au sens où il était le seul depuis lors à réunir en une seule personne l’autorité politique et l’autorité spirituelle. À toutes les autres époques, ces deux fonctions avaient été dissociées : le guide spirituel ne dirigeait pas la nation, et le dirigeant politique n’était pas forcément une figure spirituelle. Rabbi Yehouda HaNassi, lui, incarnait les deux.

Sa décision de mettre par écrit la tradition orale n’était pas seulement un acte éditorial : c’était un acte politique visionnaire. Il pressentait que les temps paisibles dont jouissaient alors les Juifs touchaient à leur fin, et que les épreuves à venir rendraient la transmission orale trop fragile. Il avait vu juste. La persécution allait s’intensifier, siècle après siècle, et sans la fixation écrite de la Michna, une part essentielle de la sagesse juive aurait pu sombrer dans l’oubli.

Talmud, Guemara, Chass : trois noms pour une seule réalité

Une petite mise au point s’impose sur la terminologie, car la confusion est fréquente. Les mots « Talmud », « Guemara » et « Chass » désignent en réalité le même ouvrage, simplement sous des appellations différentes nées de circonstances historiques. Le mot « Talmud » a longtemps été perçu par les non-Juifs comme un terme menaçant, chargé de soupçon. Pour désamorcer la méfiance des autorités, les Juifs ont progressivement adopté d’autres noms : « Guemara », qui signifie en araméen « étude » ou « enseignement », et « Chass », acronyme de chicha sédarim, les six ordres de la Michna. Au fond, il s’agit du même livre, envisagé sous des angles légèrement différents, avec des connotations distinctes selon les contextes — mais d’un seul et même monument intellectuel.

La Michna, rappelons-le, est divisée en six ordres — six grandes sections thématiques — elles-mêmes découpées en soixante tractés portant chacun sur un domaine précis. L’ordre Moèd traite des fêtes du calendrier juif ; l’ordre Kodachim est consacré aux sacrifices et aux rites du Temple ; et ainsi de suite. Le Talmud commente et développe la grande majorité de ces tractés, à l’exception de quelques sections qui n’ont pas reçu de commentaire talmudique complet.

La langue du Talmud : l’araméen, ce voisin méconnu de l’hébreu

Si la Michna est rédigée dans un hébreu élégant et limpide — les lecteurs assidus des Pirké Avot en ont un avant-goût —, le Talmud, lui, est écrit dans ce que l’on pourrait appeler un jargon, au sens noble du terme : une langue hybride, populaire, mêlant araméen et hébreu, avec quelques emprunts à d’autres langues. L’araméen était la langue parlée dans les académies rabbiniques pendant des siècles — cinq cents, six cents, peut-être sept cents ans —, la langue dans laquelle les Sages débattaient au beth midrach, tandis que l’hébreu restait la langue des textes étudiés. Ce mélange organique des deux a donné naissance à la langue du Talmud.

Contrairement aux idées reçues, l’araméen n’est pas une langue impénétrable pour qui connaît l’hébreu. Les deux sont si proches qu’on peut les comparer au danois et au norvégien : différentes, certes, mais cousines au point qu’un locuteur de l’une s’oriente assez vite dans l’autre. Quiconque maîtrise un hébreu solide peut aborder l’araméen talmudique avec une relative aisance, à condition de maîtriser quelques dizaines de racines spécifiques. La langue du Talmud n’est donc pas l’obstacle que certains redoutent — c’est souvent un prétexte commode pour ne pas s’y plonger, mais pas un vrai mur.

Il existe en réalité deux dialectes araméens distincts dans le corpus talmudique : l’araméen de la terre d’Israël et l’araméen babylonien. Cette différence reflète la dualité géographique du Talmud lui-même.

Deux Talmuds : le Babylonien et le Jérusalémite

On l’ignore souvent : il n’existe pas un Talmud, mais deux. Le premier, de loin le plus étudié et le plus connu, est le Talmud de Babylone — le Talmud Bavli —, ainsi nommé parce qu’il fut essentiellement élaboré dans ce qui correspond aujourd’hui à l’Irak. Le second est le Talmud de Jérusalem — le Talmud Yerouchalmi —, rédigé non pas à Jérusalem elle-même mais en terre d’Israël.

Les deux Talmuds partagent la même structure de base — commentaire de la Michna, usage du jargon araméo-hébreu —, mais ils diffèrent par le style, le vocabulaire et le niveau d’élaboration. Les contacts entre les deux communautés étaient constants : des Sages voyageaient de Tibériade à Soura, de Soura à Césarée, portant avec eux les traditions et les débats de chaque académie. Il y eut même une aliyah notable de Sages babyloniens vers la terre d’Israël, qui devinrent d’importants acteurs du Talmud Yerouchalmi malgré leurs origines.

Si le Talmud Bavli est aujourd’hui la référence universelle, c’est en partie parce qu’il est plus tardif et plus élaboré : ses rédacteurs ont bénéficié de davantage de temps et de tranquillité relative pour le peaufiner, jusqu’au Ve ou VIe siècle de l’ère commune, soit peu avant la conquête arabe. Le Talmud Yerouchalmi, lui, est resté quelque peu inachevé : les grandes persécutions qui s’abattirent sur la communauté juive de terre d’Israël interrompirent le travail éditorial avant son terme, lui conférant un caractère plus brut, plus difficile d’accès.

Ce que le Talmud n’est pas : un code de lois

Voilà peut-être la caractéristique la plus surprenante du Talmud, et la plus mal connue : il n’est pas, à proprement parler, un code de lois. Si l’on cherche à savoir ce qu’il faut faire au lever du matin, comment observer le Chabbat ou conduire les affaires commerciales, on se tournera vers le Choul’han Aroukh, le Kitsour Choul’han Aroukh ou d’autres compilations halakhiques. Ces ouvrages disent clairement : dans telle situation, tu agiras ainsi. Le Talmud, lui, ne fonctionne pas de cette manière.

Le Talmud est, pour reprendre un langage contemporain, un livre de dialectique. Il n’énonce pas de conclusions — ou très rarement. Il présente des débats : untel dit ceci, untel dit cela, les deux opinions sont argumentées, des preuves sont avancées de part et d’autre, et la discussion se déploie sur des pages et des pages sans toujours aboutir à un verdict tranchant. C’est là son génie propre et ce qui le rend unique au monde — il n’existe aucun autre livre structuré ainsi dans toute la littérature humaine.

Un prince allemand, dit-on, demanda un jour à voir ce que les Juifs étudiaient dans leurs académies. On lui enseigna le début du tractate Baba Metsia : deux personnes qui se disputent la propriété d’un objet trouvé, chacune avançant ses arguments, des dizaines de pages de débat s’ensuivant. À la fin, le prince remarqua, admiratif mais perplexe : c’est remarquablement intelligent, mais pourquoi passer des semaines à débattre d’une thèse qu’on sait d’avance irrecevable ? Cette question touche au cœur même de la pédagogie talmudique.

Le Talmud et la vérité : une quête comparable aux mathématiques

L’étude du Talmud n’est pas orientée vers l’utilité immédiate. Elle vise la vérité — ce qui la rapproche, dans sa méthode et dans son esprit, des mathématiques pures. Un mathématicien qui consacre sa vie à l’étude des nombres premiers ne cherche pas à construire un pont ou à fabriquer une arme. Il cherche la vérité. Quelle est la racine carrée de moins un ? La question n’a pas de sens dans le monde réel — et pourtant des milliers de livres ont été écrits sur ce sujet, et des générations d’esprits brillants y ont consacré leur vie.

De même, l’étudiant du Talmud ne cherche pas systématiquement une application pratique à la discussion qu’il mène. Il cherche à comprendre avec une précision toujours plus grande, à affiner sa saisie de la réalité, à distinguer des notions que le sens commun confond. La circoncision, par exemple : la Mitsva consiste-t-elle à retirer quelque chose ou à effectuer un acte positif ? La nuance peut sembler infime — et pourtant elle est l’objet d’une littérature abondante, car la comprendre éclaire la structure profonde de l’obligation religieuse.

Le Talmud lui-même affirme que la Torah est infinie — que toutes choses ont des limites sauf elle. C’est parce que les questions qu’elle soulève peuvent se multiplier indéfiniment, que chaque réponse ouvre de nouvelles interrogations, que l’horizon du savoir recule à mesure qu’on s’en approche. Un triangle dans la cinquième dimension : on peut le concevoir intellectuellement, on ne le verra jamais. Et pourtant les professeurs de mathématiques le plus respectés y consacrent leurs travaux. C’est la même logique.

Le Talmud pousse parfois ses spéculations jusqu’aux confins de l’imaginaire. Il débat ainsi du statut juridique d’une tour qui volerait dans les airs — le Migdal HaPore’ach —, ou de la condition d’un être hypothétique à corps humain et tête d’animal. Des questions qui peuvent sembler absurdes de prime abord, mais qui, en les suivant jusqu’à leurs conclusions logiques, permettent d’affiner des principes dont l’application pratique deviendra un jour réelle. Lorsqu’un comité éthique français s’est trouvé incapable de résoudre la question de la maternité de substitution — à qui appartient l’enfant né d’un ovule prélevé chez une femme et implanté chez une autre ? —, c’est précisément dans un seul folio du Talmud que cette question avait déjà été débattue, des siècles avant que la technique médicale ne la rende d’actualité.

La brûlure des Talmuds : une guerre contre l’âme juive

Les ennemis du peuple juif l’ont compris avant beaucoup de Juifs eux-mêmes : le Talmud n’est pas un livre parmi d’autres. C’est la racine. Partout où l’on a voulu briser les Juifs, on a commencé par brûler le Talmud. À Paris, à Madrid, dans les villes d’Allemagne — les autodafés de Talmuds jalonnent l’histoire de la persécution juive comme autant de révélateurs de ce que l’adversaire percevait comme le vrai enjeu. Le Maharam de Rothenburg a composé une kinah — une élégie — sur la brûlure du Talmud à Paris, intégrée depuis lors dans la liturgie de Tich’a BeAv, qui commence par les mots : Chali seroufah baèch — « Toi qui es consumée par le feu ». Cette lamentation n’est pas un deuil abstrait ; c’est le deuil d’un vivant, d’une présence irremplaçable.

Interdire l’étude du Talmud ou le mettre hors de portée d’une communauté, c’est l’équivalent de lui ôter la respiration. L’histoire en atteste : les communautés juives qui, pour diverses raisons, ont perdu la capacité d’étudier le Talmud, ont inexorablement dépéri et fini par disparaître. Les Juifs de Chine en sont l’exemple le plus frappant : non persécutés, non contraints, simplement coupés peu à peu de l’étude, ils se sont assimilés et se sont dissous dans la population environnante. Les individus existent encore, épars, mais la communauté a cessé d’exister en tant que telle.

On se trompe en croyant que ce qui unit les Juifs, c’est la Bible. Lire la Torah sans le Talmud produit une certaine attitude — celle du prophète qui sait ce qui est juste et le proclame. L’étudiant de la Torah seule tend à penser qu’il a les réponses. L’étudiant du Talmud apprend d’abord à poser les bonnes questions.

L’étude du Talmud comme dialogue avec D.ieu

Il est une dimension de l’étude talmudique qui dépasse de loin le domaine intellectuel. Les livres saints enseignent que lorsque l’on étudie la Torah, on s’unit au Saint béni soit-Il. Ce n’est pas une métaphore : c’est une affirmation théologique précise, qui place l’étude au-dessus même de la prière.

Dans la prière, on parle à D.ieu — on exprime ses désirs, ses craintes, ses actions de grâce. Mais c’est un monologue : c’est l’homme qui parle, D.ieu qui écoute. Dans l’étude, en revanche, s’instaure un véritable dialogue : la Torah est la parole de D.ieu, et en y répondant par ses questions, ses objections, ses découvertes, l’homme entre en conversation avec Lui. Le Talmud est, dans cet esprit, la forme la plus haute de cette conversation : deux partenaires qui débattent, qui cherchent ensemble, qui construisent ensemble.

Quelle créature — quel président, quel pape, quel souverain — pourrait se flatter d’un tel interlocuteur ? L’homme assis sur son banc d’étude, son folio ouvert devant lui, est en train de converser avec le Créateur de l’univers. C’est cette conscience qui explique pourquoi des générations d’hommes ont consacré leur vie entière, de la vingtaine à la vieillesse, à cet exercice qui peut sembler de l’extérieur si abstrait, si éloigné du monde réel.

Les commentaires : un édifice qui ne cesse de s’élever

Le Talmud n’a pas arrêté de croître après sa clôture. Il a suscité une littérature de commentaires qui s’est développée comme une ville au fil des siècles, chaque génération ajoutant un étage à l’édifice. Le plus célèbre de ces commentateurs est Rachi, dont le commentaire accompagne le texte talmudique dans toutes les éditions classiques, expliquant les termes difficiles, reconstituant le fil du raisonnement, guidant le lecteur pas à pas.

Mais Rachi n’est qu’un point de départ. Les Tossafot — les auteurs de la grande compilation médiévale du même nom — ont construit un second édifice sur le premier : un Talmud sur le Talmud, qui multiplie les questions, fait surgir les contradictions, les résout ou les laisse ouvertes. Et après eux sont venus d’autres, de Lituanie au Maroc, de Vilna à Salonique, de Mogador à Varsovie — une chaîne de Sages dispersés aux quatre coins du monde juif, chacun dans son style propre, chacun apportant sa pierre à la construction commune. C’est cette universalité géographique et temporelle qui fait du Talmud bien plus qu’un livre : une civilisation.

Le Talmud est l’autorité ultime. Tout livre postérieur — fût-il rédigé hier, il y a cent ans ou il y a trois cents ans — est subordonné à lui. Si une opinion contredit le Talmud, elle est invalidée. Les compilations halakhiques ultérieures, les codes de lois, les responsa, tout cela est le fruit du Talmud, pas son rival. C’est lui seul que le peuple juif, dans sa quasi-totalité, a accepté comme autorité contraignante — ce qui définit aussi, soit dit en passant, la frontière entre les Juifs rabbiniques et les groupes dissidents, comme les Karaïtes ou les Samaritains, qui ont refusé cette autorité.

Voilà, en définitive, ce qu’est le Talmud : un livre qui n’a pas d’équivalent dans la littérature mondiale, un livre qui ne donne pas de réponses toutes faites mais qui apprend à poser les vraies questions, un livre qui est à la fois la mémoire du peuple juif et son avenir — la conversation ininterrompue qu’il mène avec D.ieu depuis deux mille ans.

Iran–États-Unis : un accord en cours de finalisation, Trump tranche dans les prochaines heures

Iran–États-Unis : un accord en cours de finalisation, Trump tranche dans les prochaines heures

Alors que le Pakistan joue les médiateurs entre Washington et Téhéran, des sources diplomatiques de plusieurs pays annoncent que les deux puissances sont à quelques heures d’un accord historique mettant fin au conflit armé. L’Iran a soumis une proposition en quatorze points incluant la réouverture du détroit d’Ormuz, la suspension de l’enrichissement d’uranium et un engagement formel à ne pas développer l’arme nucléaire. Donald Trump, partagé entre la diplomatie et la reprise des frappes, doit trancher d’ici dimanche, avec une probabilité qu’il évalue lui-même à « cinquante-cinquante ».

 

 

 

Un médiateur inattendu : le Pakistan au cœur du jeu diplomatique

C’est depuis Islamabad que se joue une partie décisive de la diplomatie mondiale. Le chef d’état-major de l’armée pakistanaise, le général Asim Munir, s’est rendu à Téhéran où il a tenu deux réunions successives avec le ministre des Affaires étrangères iranien, Abbas Araghchi, avant de repartir pour coordonner avec Washington. Un responsable sécuritaire pakistanais a indiqué que « le mémorandum d’entente se trouve dans ses phases finales de rédaction pour mettre fin à la guerre entre les États-Unis et l’Iran ». L’armée pakistanaise a, de son côté, évoqué une progression « encourageante » vers un accord définitif.

Selon des sources transmises à l’agence Reuters, la feuille de route proposée s’articule en trois phases : un arrêt formel des hostilités, le règlement de la crise du détroit d’Ormuz, puis l’ouverture d’une fenêtre de trente jours pour des négociations sur un accord plus large, avec possibilité de prolongation. Le Qatar, dont le rôle de facilitateur régional n’est plus à démontrer, a également joué un rôle clé dans la rédaction du document, selon plusieurs sources concordantes.

Les propositions iraniennes : enrichissement suspendu, Ormuz rouvert, arme nucléaire exclue

La chaîne saoudienne Al-Arabiya a détaillé les termes de l’offre iranienne. Téhéran propose de rouvrir le détroit d’Ormuz et d’y supprimer temporairement les droits de passage, de suspendre l’enrichissement d’uranium au-delà de 3,67 % pendant dix ans et de diluer sur son territoire l’uranium enrichi à plus de 20 %. L’Iran s’engage en outre à ne pas développer d’arme nucléaire dans le cadre du mémorandum. En contrepartie, Téhéran exige la préservation de droits d’enrichissement limités, la levée totale des sanctions, un mécanisme d’indemnisation financé par Washington et le dégel de ses avoirs gelés à l’étranger, avant même l’ouverture d’éventuelles négociations nucléaires formelles.

Un responsable iranien a précisé à Al-Jazeera que « le mémorandum d’entente ne comprend pas les questions nucléaires, car elles sont complexes et nécessitent du temps ». Selon lui, une fenêtre de trente jours après la signature permettrait d’ouvrir la porte à des discussions nucléaires approfondies. Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Ismaïl Baghaei, a confirmé à la télévision d’État que « nous nous trouvons dans la phase finale de ce mémorandum », ajoutant que le cadre comporte quatorze points et prévoit un délai de trente à soixante jours pour arrêter les détails d’un accord définitif.

Trump entre deux eaux : deal ou reprise des frappes ?

À Washington, le président Donald Trump a reconnu avoir lu une ébauche de l’accord et affirmé sur CBS que « ils se rapprochent beaucoup plus ». Mais il a également confié à Axios qu’il était « à cinquante-cinquante » sur la question de savoir s’il était possible d’obtenir une « bonne affaire » ou s’il fallait « les abattre ». Avant la fin de la journée, il devait se réunir avec ses envoyés Steve Witkoff et Jared Kushner pour examiner la dernière proposition iranienne, avec une décision attendue d’ici dimanche sur l’éventuelle reprise des opérations militaires. Trump a fixé une ligne rouge : il n’acceptera que tout accord incluant la question de l’enrichissement d’uranium et le stock existant. « L’Iran ne possédera jamais l’arme nucléaire. Ils le savent », a-t-il martelé.

Le secrétaire d’État Marco Rubio, en visite officielle en Inde, a tenu à entretenir le suspense tout en laissant poindre un optimisme mesuré : « Il est possible que plus tard aujourd’hui, demain ou dans deux jours, nous ayons quelque chose à annoncer. » Il a néanmoins pris soin d’ajouter qu’il n’en était pas encore certain.

La méfiance iranienne et les contradictions de Washington

L’agence Fars, proche du régime iranien, a rapporté que plusieurs médiateurs et interlocuteurs américains impliqués dans les discussions avaient conseillé à Téhéran d’ignorer les publications de Trump sur les réseaux sociaux, soulignant que « ses déclarations dans les médias sont destinées à la consommation médiatique et interne », et que sa position réelle à la table des négociations serait « totalement différente ». Un élément révélateur d’une atmosphère de méfiance persistante : une source proche de l’équipe de négociation iranienne a exprimé, selon Fars, « un manque de confiance dans les négociations possibles ».

De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères a souligné publiquement que « les différences entre l’Iran et les États-Unis sont profondes et nombreuses », tout en reconnaissant une « tendance vers des positions plus proches » après plusieurs semaines d’échanges. Cette tension entre le discours officiel prudent et les signaux encourageants des médiateurs illustre la complexité d’une négociation dont l’issue demeure suspendue à la volonté d’un seul homme à la Maison-Blanche.

Le blocus d’Ormuz et la pression militaire américaine

Sur le terrain, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé avoir franchi un « cap symbolique » depuis le début du blocus du détroit d’Ormuz, imposé le 13 avril sur instruction du président Trump : plus de cent navires ont été contraints de faire demi-tour ou de regagner leur port d’attache. Plus de quinze mille soldats américains participent à cette opération, soutenue par plus de deux cents avions et navires de guerre. Quatre bâtiments ont été neutralisés, tandis que vingt-six navires d’aide humanitaire ont été autorisés à passer.

Dans ce contexte de pression maximale, Trump n’a pas hésité à publier sur son réseau Truth Social une carte du Moyen-Orient représentant l’Iran aux couleurs du drapeau américain, assortie de la légende « Les États-Unis du Moyen-Orient ? ». Une provocation symbolique qui traduit l’ambivalence d’une administration oscillant entre la solution diplomatique et la tentation d’une victoire militaire.

Israël écarté des discussions, Liban en arrière-plan

Selon le New York Times, Israël aurait été « complètement écarté » par l’administration Trump des négociations de cessez-le-feu entre Washington et Téhéran. Des responsables sécuritaires israéliens auraient confié au quotidien américain que leurs dirigeants « sont contraints d’apprendre ce qu’ils peuvent sur les contacts entre Washington et Téhéran via leurs relations avec des dirigeants et diplomates de la région ». Israël utiliserait également ses propres moyens de renseignement à l’intérieur du régime iranien pour se tenir informé.

Sur le plan régional, le ministre iranien des Affaires étrangères a réaffirmé au secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, que « le lien entre le cessez-le-feu au Liban et tout accord demeure un principe non négociable ». Téhéran entend ainsi préserver ses cartes régionales, y compris son soutien déclaré aux mouvements qu’elle considère comme défendant des droits légitimes — au premier rang desquels le Hezbollah.

À l’heure où ces lignes sont écrites, l’issue des négociations reste suspendue à la décision que Donald Trump doit rendre dans les prochaines quarante-huit heures. Entre un mémorandum en voie de finalisation et la menace d’une reprise des frappes, la région retient son souffle.

Jeudi 21 mai 2026 à 10h30 : Likouté Si’hot volume 28 – Veille de Chavouot – Rav Levi Azimov

Jeudi 21 mai 2026 à 10h30 : Likouté Si’hot volume 28 – Veille de Chavouot – Rav Levi Azimov


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Quand la veille porte déjà la sainteté du lendemain : le secret des préparatifs du Don de la Torah

Le 5 Sivan, veille de Chavouot, n’est pas un simple jour d’attente : il est déjà chargé de la sainteté du lendemain. C’est en ce jour que Moché, seul, érigea un autel de pierres brutes et y offrit un sacrifice — acte fondateur dont la Guemara révèle qu’il porte en lui la définition même du Don de la Torah. À travers l’analyse de la Si’ha du Rabbi tirée des Likoute Si’hot (volume 28), nous découvrons que la préparation à la Torah ne consiste pas à fuir le monde, mais à le transformer en Demeure pour D.ieu.

 

Source : Likoute Si’hot, volume 28, Si’ha sur la veille de Chavouot.

 

Le programme détaillé des préparatifs, tel que le rapporte le Talmud

La Guemara de Chabbat (88a) retrace avec une précision presque clinique le calendrier de Moché durant les jours qui précédèrent le Don de la Torah. Le deuxième de Sivanou, il monta au Sinaï et en redescendit. Le troisième, puis le quatrième, il répéta cette ascension et cette descente. Le 5 Sivan, il construisit un autel au pied de la montagne et y offrit un sacrifice. Le sixième — jour du Don de la Torah lui-même — il n’eut pas un instant de libre, non pas à cause de l’étude, précise le Talmud, mais en raison des préparatifs du Chabbat.

Ce calendrier minutieux n’est pas un simple récit chronologique. Il révèle une structure, une progression, un crescendo spirituel qui culmine dans l’acte du 5 Sivan. Et c’est précisément sur ce jour que la Si’ha du Rabbi s’attarde avec une attention particulière.

Ce que la Torah raconte du 5 Sivan

La portion Michpatim (24, 4) décrit avec un luxe de détails les événements du matin du 5 Sivan. Moché se leva à l’aube, érigea un autel au pied de la montagne, dressa douze stèles pour les douze tribus d’Israël, puis chargea les jeunes gens d’Israël d’offrir des holocaustes et des offrandes de paix. Il partagea le sang en deux : une moitié versée dans des bassins, l’autre aspergée sur l’autel. Puis, après la lecture du Livre de l’Alliance — qui arracha au peuple le célèbre « naassé venichma » (nous ferons, puis nous comprendrons) — il aspergea le peuple du sang restant, scellant ainsi l’Alliance entre D.ieu et Son peuple.

On pourrait croire que ce passage livre l’intégralité du programme du jour. Il n’en est rien.

Un sacrifice silencieux : l’apport inédit de la Guemara

La Guemara (Chabbat 88a) n’évoque pour le 5 Sivan qu’une chose : Moché « construisit un autel et y offrit un sacrifice ». Formulé ainsi, le texte talmudique laisse entendre que c’est Moché lui-même qui offrit ce sacrifice — et non les jeunes gens mentionnés dans le verset de la Torah. Les Likoute Si’hot en tirent une conclusion remarquable : la Guemara fait référence à un sacrifice distinct, non mentionné dans le texte biblique, que Moché offrit en son nom propre. Un sacrifice silencieux, discret, mais chargé d’une signification capitale.

Ce n’est pas un détail anecdotique. C’est, selon le Rabbi, un « fait nouveau majeur » : la Guemara révèle une réalité que le texte de la Torah avait passée sous silence.

Pourquoi Moché devait-il construire l’autel de ses propres mains ?

La question se pose naturellement : pourquoi Moché n’a-t-il pas délégué la construction de l’autel, comme il délégua tant d’autres tâches ? Les Likoute Si’hot répondent que l’apport spécifique du 5 Sivan ou s’exprimait précisément dans cet autel. Ce n’était pas une action parmi d’autres dans la préparation collective — c’était l’acte central du jour, celui qui ne pouvait être accompli que par Moché en personne. Et la finalité de cette construction résidait dans l’offrande du sacrifice qui la parachevait.

Toutes les autres actions de ce jour-là — les lectures, les serments, les aspersions — relevaient des préparatifs. L’autel de Moché, lui, transcendait la catégorie du simple préparatif.

Le sacrifice du Sinaï : une sainteté qui traverse les générations

La Guemara de ‘Haguiga (6b) ouvre une perspective encore plus vertigineuse. Elle cite le verset de la portion Pin’has (28, 6) : « L’Holocauste perpétuel, déjà offert sur le mont Sinaï ». Rabbi Akiva interprète ce verset de façon radicale : ce sacrifice fut bel et bien offert sur le mont Sinaï, et depuis lors il n’a jamais cessé. Les Tossafot précisent : il fut offert le 5 Sivan, sur l’autel construit par Moché avant le Don de la Torah.

Comment un sacrifice offert avant le Don de la Torah peut-il être considéré comme la référence de tous les sacrifices à venir ? Les Likoute Si’hot résolvent cette apparente contradiction : puisque ce sacrifice fut offert le 5 Sivan — au moment où commençait déjà la définition du Don de la Torah — il porte en lui la sainteté du « mont Sinaï », c’est-à-dire la sainteté du Don de la Torah lui-même. La veille porte déjà la réalité du jour.

La sainteté de la veille : trois degrés de rayonnement

Pour comprendre ce mécanisme, le Rabbi développe la notion de « veille » de Chabbat et de fête. La Me’hilta décrit le Chabbat comme un « loup » qui dévore le temps « devant et derrière lui » — métaphore saisissante d’une sainteté qui irradie au-delà de ses propres frontières temporelles.

Cette irradiation se déploie en trois cercles concentriques. Le premier : l’obligation d’« ajouter du profane vers le sacré », c’est-à-dire de faire entrer Chabbat un peu avant le coucher du soleil et de le faire sortir un peu après. Le deuxième : à partir de la mi-journée de la veille, l’interdiction de réciter le Ta’hanoune — prière pénitentielle — du fait que la sainteté de la fête commence déjà à filtrer. Le troisième : la Torah elle-même désigne la journée entière du nom de « veille de Chabbat » ou « veille de Yom Tov » — conférant ainsi à l’ensemble du jour précédent une dignité propre, un avant-goût de la sainteté à venir.

Le 5 Sivan, veille de Chavouot : un cas unique

À la lumière de ce principe, le 5 Sivan révèle sa nature profonde. En tant que veille du Don de la Torah, ce jour portait déjà en lui la définition des sacrifices offerts « après » le Don de la Torah. C’est pourquoi la Guemara ne retient de ce jour que la construction de l’autel : c’est l’acte qui, par sa nature même, appartenait déjà à la catégorie du « Don de la Torah ». Les autres actions — aussi importantes fussent-elles — restaient dans l’ordre des préparatifs.

Le Talmud, en n’évoquant que l’autel, fait un choix éditorial révélateur : il isole ce qui, dans le 5 Sivan, transcendait la préparation pour appartenir à la réalité du Don lui-même.

L’autel de pierres : symbole de la transformation de la matière

Reste une question essentielle : pourquoi l’apport du 5 Sivan s’exprime-t-il spécifiquement dans un autel de pierres ? Le Midrach Tan’houma (Nasso 16) ouvre la réponse : « Lorsque D.ieu créa le monde, Il eut le désir d’avoir une Demeure ici-bas. » Tout le projet de la création tend vers ce but : faire de ce monde une Demeure pour D.ieu.

Or, l’autel et les sacrifices incarnent précisément ce projet. Prendre des pierres brutes — matière inerte, sans aspiration — et en faire un lieu saint pour D.ieu. Saisir un animal ordinaire, matériel par essence, et l’élever jusqu’à la sainteté manifeste. C’est le processus du birour — le raffinement et l’élévation de la matière.

Et c’est pour cette raison que, en ce 5 Sivan, Moché ne monta pas sur la montagne. La journée ne se caractérisait pas par l’ascension vers les hauteurs, mais par la descente vers le bas, vers la matière, vers le monde — pour le transformer de l’intérieur.

Le lien entre la paracha Bamidbar et Chavouot

La tradition veut que la paracha Bamidbar soit toujours lue la veille de Chavouot. Ce lien n’est pas fortuit. La Guemara (Erouvin 54a) interprète le verset « du désert vers Matana (le cadeau) » (Houkat 21, 18) : si l’homme se soumet comme un désert — un lieu que tous « piétinent » — alors son étude se maintiendra en lui.

C’était bien le 5 Sivan que le peuple d’Israël proclama « nous ferons, puis nous comprendrons » — formule d’une soumission totale à D.ieu, précédant toute compréhension intellectuelle. Et ce thème du désert est intimement lié à la construction de l’autel : la Torah fut donnée dans le désert, un lieu « où l’Homme suprême ne s’est pas établi » (Jérémie 2, 6), livré aux forces du Mal — précisément pour que ce « désert du monde » soit transformé en Demeure pour D.ieu.

L’enseignement pour toutes les générations : transformer le monde, pas le fuir

Les Likoute Si’hot concluent par une leçon pratique d’une actualité brûlante. La préparation au Don de la Torah ne doit pas se faire dans un mouvement de retrait du monde, de séparation d’avec la matière. Au contraire : elle doit se manifester dans la transformation de la matière en Demeure pour D.ieu — dans l’action, dans le concret, dans le « bas ».

La force pour accomplir cette mission est puisée dans la dimension de « Moché » qui réside en chaque âme juive, ainsi que l’enseigne le Tanya (chapitre 42). Ce « Moché intérieur » est la capacité de descendre dans la réalité la plus concrète — comme Moché construisant son autel de pierres — pour en faire le point de départ d’une élévation vers la sainteté.

C’est ainsi que se réalisera, à travers chaque génération et chaque individu, le dessein originel de la création : faire de ce monde une Demeure pour D.ieu.

 

Lettre du Rabbi pour la fête de Chavouot : « Chaque jour est un nouveau Don de la Torah »

Lettre du Rabbi pour la fête de Chavouot : « Chaque jour est un nouveau Don de la Torah »

Au nom de D.ieu, les jours de restriction avant notre Don de la Torah, 1983
Brooklyn, N.Y.
Aux fils et filles d’Israël où qu’ils soient
Que la paix et la bénédiction soient sur eux!

Durant ces jours précieux, chaque homme et chaque femme saisiront sûrement ces jours spéciaux pour une préparation supplémentaire à la réception de la Torah, pour se préparer avec une vigueur supplémentaire et une force supplémentaire pour le grand jour – « יום אשר עמדת לפני הוי’ אלקיך בחורב » – « Le jour où tu te tenais devant le Seigneur ton D.ieu à Horeb » – pour recevoir une Torah éternelle qui ne sera pas remplacée.

Sortez et apprenez comment nos ancêtres se sont préparés pour ce jour, commençant par ce jour dans la nouvelle que Moïse a annoncé « בהוציאך את העם ממצרים תעבדון את האלוקים על ההר הזה », « quand tu sortiras le peuple d’Égypte, tu serviras D.ieu sur cette montagne », c’est-à-dire que le Don de la Torah sur le Mont Sinaï était le but de la sortie d’Égypte, de l’esclavage à la liberté, pour être les serviteurs de D.ieu et non les serviteurs des serviteurs, y compris ne pas être des serviteurs du « אל זר (יצר הרע) אשר בקרבך », « l’idole étrangère (le mauvais penchant) qui est en toi » – c’est la vraie et complète liberté.

Et il est bien compris que tous les signes et les miracles qu’ils ont vus en Égypte et sur la mer, qui étaient à la fois une punition pour l’Égypte et une guérison pour Israël, ont émerveillé et orienté leur esprit et leur cœur vers leur Père dans les cieux avec amour et crainte, comme l’eau reflète le visage au visage, comme cela a été étonnamment expliqué par l’Alter Rabbe dans son livre sacré, le Tanya, avec la célèbre parabole d’un grand roi qui Montre son grand et puissant amour pour le simple.

Et dès le lendemain de leur sortie d’Égypte à main levée – ils ont commencé à compter les jours et les semaines avec anticipation et désir et soif pour ce jour spécial, où D.ieu descendit sur le Mont Sinaï devant leurs yeux et leur donna son trésor caché, et ils Montaient en sainteté de jour en jour en préparation à cet événement, et tout cela selon les instructions (et encouragement et diligence et aide) de Moïse, notre berger, le berger fidèle d’Israël, depuis lors jusqu’à aujourd’hui.

Et pendant ce temps, D.ieu a encore montré Sa Grâce et les a nourris de pain descendu du ciel (la manne) et leur a donné (et leur a fait boire) de l’eau d’un rocher (le puits de Miriam),et les a assis et a entouré de nuages de gloire, et les a conduits dans le désert – loin de toutes les vanités de ce monde, etc. – et après toutes ces préparations et plus encore, ce n’était pas suffisant, et quand ils sont arrivés trois jours avant le Don de la Torah, ils avaient encore besoin d’une préparation supplémentaire – durant les trois jours de restriction – pour atteindre le niveau le plus élevé, afin de recevoir la Torah, la Torah de D.ieu, avec joie et sincérité.

Il est donc évident – et encore plus par un raisonnement a fortiori – quels efforts et préparations sont nécessaires pour recevoir la Torah dans notre génération, qui est la même Torah qui a été donnée sur le Mont Sinaï.

Cependant, puisque notre Torah, la Torah de Vérité, dit que D.ieu ne demande que selon la capacité de l’homme (et non au-delà de ses capacités), il a certainement donné (en potentiel) à chaque homme et chaque femme toutes les forces et tout ce qui est nécessaire pour que, quand arrivent les jours de restriction et le moment de notre Don de la Torah, il accomplisse et fasse tout cela (et parfaitement, comme le veut Celui qui a donné la Torah), et il n’incombe à l’homme que de réaliser ce potentiel dans l’action concrète.

Et l’Écriture dit : « ה’ עוז לעמו ייתן » « L’Éternel donnera la force à son peuple » (et aucune Écriture ne sort de son sens littéral), et nos sages de mémoire bénie ont expliqué que עוז « force » signifie Torah – cela signifie que même avant le Don de la Torah, la force et la puissance pour la recevoir et la réaliser dans sa plénitude ont été données à chacun.

Certes, les trois jours de restriction et le temps de notre Don de la Torah n’arrivent qu’une fois par an, mais ce genre de préparation supplémentaire et ce genre de Don de la Torah existent chaque jour, comme on le sait par l’explication précise de la la bénédiction finale de la Torah, dans les bénédictions du matin chaque jour et aussi lors de la montée à la Torah – « נותן התורה » « Il donne la Torah », au présent, signifiant que chaque jour est un nouveau Don de la Torah, et naturellement, cela nécessite une préparation, comme nos sages l’ont dit et commandé – « בכל יום יהיו בעיניך (כ)חדשים ממש ». « chaque jour ils devraient être à vos yeux (comme) complètement nouveaux ».

C’est similaire à « בהוציאך את העם ממצרים », « lorsque tu as sorti le peuple d’Égypte », Pessa’h, le temps de notre liberté, dont le rappel annuel de la sortie d’Égypte se fait à Pessa’h et à son début, et en plus de cela, il y a un devoir de se souvenir de la sortie d’Égypte chaque jour, plusieurs fois par jour (y compris la nuit), et le rappel annuel (comme tout rappel dans la Torah – nous nous souvenons et nous agissons) ajoute vitalité et lumière au souvenir quotidien,

Il en va de même pour le Don de la Torah et l’acceptation de la Torah (et les jours de restriction) annuels (une fois par an) au troisième mois, d’où provient un flux très abondant et qui ajoute vitalité et lumière à l’accomplissement du commandement « יהיו בעיניך (כ)חדשים ממש » « ils devraient être à vos yeux (comme) complètement nouveaux » – chaque jour et chaque instant de la journée.

Puisse-t-il être accordé que chacun et chacune accomplissent toutes les préparations, en particulier pendant les jours de restriction, jusqu’à la fin des sept semaines complètes, et qu’ils reçoivent la Torah avec joie et intérieurement lors de notre Don de la Torah, et de la manière décrite, qui se poursuivra et affectera chaque jour pendant toute l’année, et bientôt se réalisera la promesse : « קומה אלוקים שפטה הארץ (במשפט תורתנו, אשר היא משפט אלוקים – משפט איהו רחמים) כי אתה תנחל בכל הגויים » « D.ieu se lève, juge la terre (avec le jugement de notre Torah, qui est le jugement de D.ieu – un jugement de miséricorde) car tu hériteras de toutes les nations » – comme il est dit « כי אז אהפוך אל עמים שפה ברורה לקרוא כולם בשם ה’ לעבדו שכם אחד », « Car alors je me tournerai vers les peuples avec une langue claire, pour que tous appellent au Nom de l’Éternel, pour Le servir d’une seule épaule », dans la véritable et complète rédemption par notre juste Machia’h.

Avec honneur et bénédiction pour le succès dans tout ce qui précède
Et avec la bénédiction de joyeuse fête de Chavouot
Et pour recevoir la Torah avec joie et sincérité

Menachem Schneerson

Les lois de Chavouot par le Rav Avraham Barou’h Pevzner

Les lois de Chavouot par le Rav Avraham Barou’h Pevzner

Les horaires mentionnés dans le cours ne correspondent pas à cette année

 

0:25 Quand peut-on se couper les cheveux?

1:00 Dans quel cas devons-nous faire le « Erouv Tavchiline »? (Lorsque la Fête tombe Erev Chabbat)

1:37 Peut-on faire la sieste Chabbat dans l’intention de rester en forme pour la veillée de Chavouot? (Lorsque la veillée tombe Motsaei Chabbat)

2:25 Peut-on décongeler des aliments Chabbat pour Yom Tov? (Lorsque la Fête tombe Motsaei Chabbat)

3:00 Kriat Chéma du matin suite à la veillée

4:25 Peut-on compléter le « Tikoun de Chavouot » après la veillée?

5:05 Comment doivent se dérouler le repas de lait et le repas de viande?

8:05 Comment consommer du poisson et du fromage

9:00 Utilisation du feu pendant Yom Tov (allumer)

10:00 Diminuer une flamme ou éteindre un feu

12:10 Qui doit écouter les 10 commandements?

13:22 Est-il permit d’être énervé Yom Tov?

13:50 Comment être joyeux Yom Tov?

Chavouot : un mariage en deux mouvements

Chavouot : un mariage en deux mouvements

 

Ainsi parla D.ieu : Je me rappelle la gentillesse de ta jeunesse, ton amour de jeune mariée, le fait que tu M’as suivi dans le désert sur une terre désolée (Jérémie 2 : 2)

Dans ce monde, [le lien de D.ieu avec Son peuple] fut un engagement- comme il est écrit: «Je te fiancerai à Moi pour toujours» et D.ieu ne leur donna que la lune, comme il est écrit: «cette nouvelle lune sera pour vous…» Mais aux jours de Machia’h il y aura un mariage, comme il est écrit: «Ton mari, ton Créateur» et alors D.ieu leur donnera tout, comme il est écrit: «et les sages brilleront comme la clarté des cieux et ceux qui apportent la droiture à de nombreux hommes comme les étoiles, à tout jamais». (Midrach Rabbah, Chemot 15 :30)

Nous habitons une réalité qui se définit par deux aspects essentiels: l’être et le non-être. Une chose est ou n’est pas, est manifeste ou cachée, en mouvement ou au repos, positive (chargée d’énergie) ou négative (non chargée d’énergie). Les phénomènes les plus complexes eux-mêmes constituent la somme de nombreux degrés de présence ou d’absence. Une fois que tout a été dit et fait, tout se réduit à la convergence d’un certain nombre de «oui» et d’un certain nombre de «non». Les «non» délimitent les paramètres d’une chose, établissant ce qui n’est pas et les « oui » sont l’essence de ce qu’elle est. (Un morceau de bois rouge d’un mètre n’est pas un morceau de bois d’un mètre vingt, n’est pas vert, bleu ni jaune, n’est pas de la pierre du fer etc. Les «non» constituent les limites du morceau de bois, de son être et de ce qui le distingue des autres objets, alors que les «oui» ont un lien avec ce qui se trouve à l’intérieur des limites : la nature et les caractéristiques de ce morceau de bois lui-même).

«D.ieu regarda dans la Torah et créa le monde». C’est pourquoi la nature binaire de la Création reflète la division de la Torah en règnes positif et négatif. «Je suis l’Eternel ton D.ieu », le fondement des commandements positifs (mitsvot asséh) est complété par «tu n’auras pas d’autres dieux que Moi », l’essence de tous les commandements négatifs (mitsvot lo taasséh). «Aime ton prochain comme toi-même » est la contrepartie positive de «tu ne haïras ton frère dans ton cœur» et «rappelle-toi du Chabbat» renvoie à «ne fais aucun travail…le septième jour». La Torah commande de créer la vie et interdit de la détruire ; elle instruit de consommer du pain non levé à Pessa’h et interdit tous les aliments levés pour la durée de la fête, etc.
Les instructions de la Torah concernant le mariage incluent également à la fois une composante «affirmative» et une composante «négative».. Selon la loi de la Torah, un mariage consiste en deux pas distincts. D’abord viennent les kiddouchine («consécration», appelés également éroussine:«engagement»):le jeune homme donne à la jeune fille un objet de valeur et en retour, la jeune fille se consacre à lui, avec l’effet qu’«elle devient interdite au reste du monde». A partir de là, si elle se lie physiquement à un autre homme, cela constitue un adultère et dissoudre les kiddouchine requiert un guet, un acte de divorce, comme pour un mariage déjà célébré. Pourtant, le but du mariage n’est pas d’interdire «au reste du monde» de vivre avec elle mais d’effectuer une union entre deux personnes. C’est là la fonction des nissouine («mariage») effectués sous la ‘ houpah (le dais nuptial), du yi’houd (isolement du couple après le mariage) et des chéva bra’hot (les sept bénédictions du mariage) qui font de l’homme et de sa femme une «seule chair». En d’autres termes, les kiddouchine définissent les paramètres d’une relation, libérant un «espace» dans lequel elle peut exister, alors que les nissouine remplissent cet espace de l’essence de la relation elle-même.

Assurer une permanence aux frontières

Comme nous l’avons dit, les kiddouchine et les nissouine constituent deux phases distinctes dans le processus du mariage. En fait, à l’origine, les kiddouchine avaient lieu à une date antérieure, après quoi la fiancée continuait à vivre chez ses parents pendant que le couple se préparait aux nissouine qui se tenaient généralement un an plus tard.
(Ce n’est qu’au cours des siècles derniers quand les tribulations de l’exil ont ébranlé la stabilité de la vie juive et souvent causé la dispersion soudaine des communautés qu’il a été jugé préférable de ne pas créer un lien de mariage entre un jeune homme et une jeune fille qui ne vivraient pas ensemble. C’est là qu’est née la pratique d’usage de nos jours qui consiste à célébrer les nissouine juste après les kiddouchine, combinant les deux étapes du mariage en une cérémonie unique).

Nos Sages nous disent qu’au Mont Sinaï, lorsque D.ieu Se révéla Lui-Même à nous, et nous donna la Torah, nous nous consacrâmes à Lui comme sa jeune épousée. Néanmoins cela ne constitua que l’étape des kiddouchine de notre mariage. Notre lien avec Lui ne sera complet qu’à la venue du Machia’h, lorsque D.ieu et Israël seront unis par les nissouine.
Cela ne signifie pas pour autant que notre relation avec D.ieu ne prend aujourd’hui que l’aspect négatif, comme on l’a noté ci-dessus, nos engagements à Son encontre incluent à la fois les commandements négatifs et les commandements positifs. Mais aujourd’hui, nous ne somme capables que d’établir les paramètres de notre relation et non d’en réaliser le contenu quintessenciel. Aujourd’hui, notre relation avec D.ieu se définit par notre engagement à Lui et notre aspiration à nous unir à Lui mais sans l’expérience tangible de l’union elle-même. Nous aspirons de nous rapprocher de Lui comme la jeune fiancée mais ces sentiments ne sont qu’un avant-goût de ceux qui viendront après le mariage.

Pendant trente-trois siècles nous avons créé l’«espace» pour notre mariage avec D.ieu, défendant avec zèle ses frontières. Nous sommes restés fidèles à Lui face à toutes les cultures et les «ismes» qui ont tenté de nous séduire. Nous avons affirmé notre identité en tant que Son peuple exclusivement consacré à Lui. Maintenant nous sommes prêts à la chose vraie, à l’expérience réelle du divin comme étant la réalité la plus intime de notre vie.

Loubavitch.fr

Issy-les-Moulineaux : un homme de confession juive victime d’une tentative d’enlèvement

Issy-les-Moulineaux : un homme de confession juive victime d’une tentative d’enlèvement

Un homme de confession juive, actif dans le secteur de la finance, a failli être enlevé de force à son domicile d’Issy-les-Moulineaux lundi soir. Deux individus cagoulés et armés se sont présentés chez lui peu après la livraison d’une commande passée auprès d’un restaurant casher sur l’application Deliveroo. Selon une source proche de l’enquête, la piste antisémite est écartée à ce stade au profit d’un mobile purement crapuleux.

 

 

Un scénario rodé : livraison casher, repérage et attaque à domicile

Les faits se sont produits en fin de journée, ce lundi 19 mai 2026, dans les Hauts-de-Seine. La victime, dont l’identité n’a pas été divulguée, avait commandé un repas casher via la plateforme Deliveroo. Peu après la livraison, deux individus cagoulés se présentent à sa porte. L’un d’eux est porteur d’une arme de poing. Après avoir sonné, ils forcent l’entrée et violentent l’homme avant de tenter de le contraindre à monter dans leur véhicule, une Renault Clio garée à proximité.

C’est l’intervention providentielle d’un voisin, alerté par les cris, qui met fin à l’agression. Mis en fuite, les deux agresseurs abandonnent leur victime sur place et disparaissent. La commande casher sur Deliveroo pourrait avoir servi à identifier l’appartenance religieuse de la victime ou à confirmer son adresse, une hypothèse que les enquêteurs examinent avec attention même si aucune piste n’est formellement confirmée.

La victime hospitalisée, les auteurs toujours en fuite

Présentant des dermabrasions et des douleurs au visage consécutives aux violences subies, la victime a été prise en charge et transportée à l’hôpital Ambroise Paré de Boulogne-Billancourt, où son état n’inspire pas d’inquiétude particulière. Le parquet des Hauts-de-Seine a été avisé et une enquête a été ouverte.

Quant aux deux suspects, ils ont pris la fuite à bord de leur véhicule. La Renault Clio a été retrouvée abandonnée — et vide de tout occupant — aux alentours de 20h50, à Châtenay-Malabry, toujours dans le département des Hauts-de-Seine. Les recherches se poursuivent mais, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les auteurs n’ont pas été interpellés.

La piste crapuleuse privilégiée, l’antisémitisme écarté à ce stade

L’affaire a immédiatement suscité une vive attention en raison de la confession juive de la victime et du contexte national de recrudescence des actes antisémites. Néanmoins, selon une source proche de l’enquête contactée par Europe 1, la piste antisémite n’est pas retenue comme mobile principal à ce stade de la procédure. C’est la piste crapuleuse — soit un enlèvement à visée financière ou d’extorsion — qui est privilégiée par les enquêteurs.

Le profil de la victime, active dans la finance, et le mode opératoire des agresseurs — véhicule banalisé, cagoules, arme de poing, tentative d’enlèvement éclair — s’inscrivent dans un schéma désormais bien documenté en France : celui des rapts à motivation financière, parfois liés à la détention d’actifs numériques ou à des fortunes personnelles supposées.

Une France confrontée à une vague d’enlèvements à mobile financier

Le cas d’Issy-les-Moulineaux survient dans un contexte national particulièrement préoccupant. Selon la Direction nationale de la police judiciaire (DNPJ), la France a comptabilisé 41 cas d’enlèvements et de séquestrations liés aux cryptomonnaies depuis le début de l’année 2026, soit en seulement trois mois et demi un total dépassant celui de toute la période 2023-2025, durant laquelle une vingtaine de cas avaient été recensés. Plus alarmant encore, la France concentrerait désormais 70 % des attaques mondiales de ce type selon la DNPJ.

Le PNACO recense 18 faits en 2024, 67 en 2025 et déjà 47 en 2026 — soit un rythme d’un enlèvement tous les 2,5 jours depuis le début de l’année. La logique criminelle est simple : quand un criminel ne parvient plus à voler un actif numérique derrière un écran, il cherche à contraindre physiquement son détenteur. Si rien ne confirme à ce stade que la victime d’Issy-les-Moulineaux détenait des cryptomonnaies, son profil dans la finance et le caractère organisé de l’attaque laissent envisager une telle hypothèse.

Face à cette criminalité émergente, le gouvernement a annoncé en avril un plan d’urgence incluant notamment une plateforme de prévention en ligne, un dispositif plus complet mobilisant l’ensemble des forces de sécurité intérieure devant suivre dans les prochaines semaines, selon le ministre délégué à l’Intérieur Jean-Didier Berger.

La communauté juive en état de vigilance accrue

Même si la piste antisémite est écartée dans cette affaire, l’incident ne manquera pas de raviver les inquiétudes au sein de la communauté juive de la région parisienne. Depuis plusieurs années, les appels à la vigilance se multiplient de la part des instances représentatives, notamment face aux tentatives d’identifier des membres de la communauté via leurs habitudes de consommation casher, leurs fréquentations de synagogues ou leurs déplacements lors des fêtes religieuses.

La question du ciblage via des applications de livraison — où une commande dans un restaurant casher peut trahir l’identité religieuse du client — est désormais posée publiquement. Elle rejoint les réflexions plus larges sur la sécurité des données personnelles et les risques qu’elles font peser sur des populations déjà vulnérables aux actes malveillants, qu’ils soient idéologiques ou strictement financiers.