L’Iran prépare une campagne de missiles massive en cas de reprise de la guerre

L’Iran prépare une campagne de missiles massive en cas de reprise de la guerre

 

Tandis que le président américain Donald Trump annonce le report d’une frappe imminente contre l’Iran en raison de négociations jugées « sérieuses », Téhéran finalise en parallèle ses préparatifs militaires pour une éventuelle reprise des hostilités. Le New York Times révèle qu’en cas de nouvelle confrontation, l’Iran envisage de lancer des dizaines, voire des centaines de missiles par jour contre les infrastructures énergétiques du Golfe. L’objectif : déstabiliser les marchés mondiaux de l’énergie et exercer une pression maximale sur l’administration Trump.

 

 

Israel Hayom

 

Une stratégie revue à la hausse : de l’endurance à l’intensité

Lors du premier round de la guerre cette année, l’Iran avait planifié une confrontation prolongée d’environ trois mois. C’est ce qu’affirme Hamidreza Azizi, expert des affaires de sécurité iraniennes à l’Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité. Selon lui, cette doctrine avait conduit Téhéran à ménager ses stocks de missiles, afin de pouvoir soutenir des semaines d’attaques contre des cibles américaines, israéliennes et du Golfe.

Mais la donne a changé. Désormais, si la confrontation devait reprendre, l’Iran anticipe un conflit « court et intense », avec des frappes coordonnées ciblant principalement les infrastructures énergétiques. Dans ce scénario, des dizaines à des centaines de missiles pourraient être lancés chaque jour. Les champs pétroliers, les raffineries et les ports des États du Golfe figurent en tête de liste des objectifs potentiels.

Faire plier Trump par l’économie mondiale

L’ambition stratégique iranienne est claire : endommager suffisamment les marchés mondiaux de l’énergie pour accroître la pression sur Washington. Si les destructions s’avèrent particulièrement lourdes, des pays comme l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis et le Koweït pourraient se trouver entraînés dans un conflit que leurs dirigeants cherchent pourtant à tout prix à éviter.

Cette menace est d’autant plus crédible que des révélations récentes ont confirmé que les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite avaient secrètement participé à des attaques contre l’Iran lors de la dernière guerre. Téhéran perçoit notamment Abu Dhabi comme complice des opérations américaines, en raison de la présence massive de forces américaines sur son sol. Les officiels iraniens ont d’ailleurs multiplié les déclarations menaçantes à l’encontre des Émirats ces dernières semaines.

L’alliance irano-saoudienne, un mythe selon les experts

Ali Alfoneh, ancien chercheur principal à l’Arab Gulf States Institute, juge « totalement irréaliste » l’idée d’une alliance irano-saoudienne destinée à prévenir les attaques. Il souligne que la menace iranienne contre les infrastructures pétrolières du Golfe demeure l’une des principales considérations qui limitent l’intensité d’une éventuelle frappe américaine contre l’Iran. Autrement dit, la vulnérabilité énergétique du Golfe constitue, paradoxalement, un bouclier pour Téhéran.

Le détroit de Bab al-Mandab, arme de la dernière chance

L’Iran dispose d’une autre carte maîtresse : le détroit de Bab al-Mandab, qui relie le golfe d’Aden à la mer Rouge et par lequel transite 10 % du commerce mondial. Ce passage stratégique traverse un territoire contrôlé par les Houthis au Yémen, alliés de Téhéran.

Si l’Iran venait à craindre pour le contrôle du détroit d’Ormuz — sa principale voie de pression économique sur le monde —, il pourrait ordonner à ses supplétifs yéménites de bloquer simultanément le détroit de Bab al-Mandab. Une telle manœuvre aurait pour effet de diviser l’effort militaire américain sur deux fronts maritimes distincts, compliquant considérablement toute réponse coordonnée de Washington.

Quand la prière touche le ciel : l’architecture spirituelle du Chema et de l’Amida – Rav Adin Even Israël Steinzaltz

Quand la prière touche le ciel : l’architecture spirituelle du Chema et de l’Amida – Rav Adin Even Israël Steinzaltz

 

Au cœur du service divin quotidien se trouve une distinction fondamentale que l’on tend à oublier : le Chema Israël et l’Amida ne forment pas un tout homogène, mais deux univers spirituels aux finalités radicalement différentes. L’un est déclaration d’appartenance et contemplation de la grandeur divine ; l’autre est supplication, dialogue intime entre l’homme et son Créateur. Comprendre cette différence, c’est transformer en profondeur la façon dont on aborde chaque jour le livre de prières.

 

Rav Adin Even Israël Steinzaltz

 

L’architecture de la prière : un édifice en mouvement

La prière juive n’est pas une simple collection de textes assemblés au fil des siècles. Elle est un édifice vivant, doté d’une structure interne cohérente, d’une progression, d’une tension et d’une résolution. C’est précisément ce qu’exprime le rite séfarade — plus exactement le rite Nossah Ari —, qui est celui de la tradition ‘hassidique. Ce rite n’a pas été adopté par amour des Séfarades ou par rejet du rite achkénaze ; il a été retenu parce que l’Ari zal (Rabbi Its’hak Louria, le grand kabbaliste de Tsefat) a établi qu’il correspondait le plus fidèlement à la structure profonde du service divin.

Cette structure, lorsqu’on la contemple dans son ensemble, révèle une dynamique ascendante puis descendante : la prière monte vers son sommet — l’Amida —, puis redescend selon une architecture symétrique. Chaque section correspond, dans une forme de miroir, à une autre section. Ce n’est pas un hasard ; c’est une intention. La prière est un voyage intérieur qui s’élève et qui revient, transformé.

L’Amida : trois entrées, dix-huit requêtes, trois sorties

L’Amida — les dix-huit bénédictions, ou plus exactement dix-neuf dans leur forme actuelle — est avant tout une prière de supplication. Mais elle est encadrée, par un principe de bienséance divine que les sages ont formulé ainsi : on n’entre pas directement chez le Roi pour lui formuler ses demandes. On commence par le saluer, par reconnaître sa grandeur. C’est le sens des trois premières bénédictions : elles ne sont pas des supplications — elles sont une introduction protocolaire, une mise en présence.

De même, les trois dernières bénédictions constituent une sortie digne. On remercie, on prend congé. La bénédiction Retsé, qui clôture le cœur de la prière avant les remerciements, était à l’origine une bénédiction de clôture : « Que notre prière soit reçue avec bienveillance. » Après la destruction du Temple, elle a subi la plus grande transformation de tout l’ordre des bénédictions. Elle est devenue une supplique pour le rétablissement du Temple et du service sacerdotal — mais son sens originel subsiste : c’est la formule qui conclut l’audience, qui scelle la rencontre.

La bénédiction Sim Chalom — « Accorde la paix » — vient en dernier car la paix est la synthèse de tout. Le Chalom est la parole finale parce qu’il résume l’ensemble des intentions : on part en paix, on laisse la rencontre se fermer sur ce mot-là.

Le Chema : une déclaration, non une supplication

Voici le cœur de la distinction. La lecture du Chema n’est pas une prière au sens où l’Amida l’est. Ce n’est pas l’homme qui parle à D.ieu pour lui demander quelque chose. C’est une déclaration solennelle de foi, une proclamation d’appartenance : Chema Israël, Hachem Elokenou, Hachem E’had — « Écoute, Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un. » C’est ce que l’on appelle la kabbalat ol malkhout chamaïm : l’acceptation du joug de la royauté divine.

Il est frappant de noter que dans le texte du Chema, le « je » individuel est presque absent. Contrairement à l’Amida, où l’orant parle en son nom propre et au nom de tout Israël, le Chema s’adresse à une collectivité et parle d’une réalité qui dépasse l’individu. Ce n’est pas « j’accepte », c’est « Israël proclame ». Ce n’est pas une demande — c’est un acte d’affirmation ontologique.

Et pourtant, le Chema et l’Amida sont intimement liés dans l’ordre de la prière. Comment comprendre ce lien ? Le Talmud lui-même reconnaît que cette relation n’est pas simple. Ce sont deux mitsvot distinctes, avec des sources différentes, des enjeux différents — et pourtant elles se suivent immédiatement, l’une préparant l’autre d’une manière qui dépasse la simple logique chronologique.

Les trois volets du Chema Israël

La lecture du Chema comporte trois paragraphes, et chacun accomplit une fonction spirituelle distincte. Le premier — Chema Israël — est la proclamation de l’unicité divine, la kabbalat ol malkhout chamaïm dans son expression la plus pure et la plus concentrée. Il ne s’agit pas simplement de réciter des mots : il s’agit de s’immerger dans la contemplation de la grandeur de l’Éternel, de laisser cette réalité pénétrer la conscience jusqu’à en devenir l’unique contenu.

Le deuxième paragraphe — Vehaya im chamoa — descend dans le détail des mitsvot, des obligations qui découlent de cette acceptation. L’engagement envers D.ieu n’est pas un sentiment vague ; il se traduit en actes précis, en engagements concrets. Ce paragraphe rappelle aussi que cet engagement n’est pas purement volontaire, au sens où l’on pourrait y souscrire ou non selon l’humeur : il y a des conséquences à l’acceptation comme au refus.

Le troisième paragraphe — Vayomer, celui des Tsitsit — est le plus subtil. Il traite en apparence de la Mitsva des franges rituelles, mais son véritable sujet est la pureté intérieure, la maîtrise des penchants, la kavana du cœur. Si le deuxième paragraphe traite des mitsvot qui s’adressent au corps, le troisième s’adresse à l’âme. Les Tsitsit elles-mêmes sont présentées comme un outil spirituel : elles sont là pour aider l’homme à maintenir cette pureté intérieure dont parle le paragraphe.

Les Psoukei Dezimra : un duo avec les anges

Avant le Chema, avant l’Amida, viennent les Psoukei Dezimra — les versets de louange, les psaumes et cantiques qui ouvrent le service du matin. Leur fonction est souvent mal comprise. On croit qu’ils sont une simple mise en train, une sorte d’échauffement liturgique. Mais leur rôle est beaucoup plus profond : ils sont la préparation à la contemplation.

Le service divin des anges, des séraphins, des ‘haïot hakodech — ces créatures célestes qui entourent le trône divin — est décrit dans la prière de Yotser Or : ils chantent, ils acclament, ils proclament la sainteté de D.ieu dans un immense concert cosmique. Et le texte nous invite à nous joindre à eux. Les Psoukei Dezimra sont en ce sens un duo : l’homme et les anges chantant ensemble la gloire divine.

La section Hodou — « Rendez grâce à l’Éternel, proclamez son Nom » — s’adresse précisément aux anges : nous les appelons à nous rejoindre, nous les convoquons dans notre prière. Ce n’est pas l’homme seul qui monte vers le ciel ; c’est le ciel qui descend rencontrer l’homme dans sa prière. Les anciens passaient parfois une demi-heure sur les Psoukei Dezimra, s’y imprégnant lentement, laissant chaque psaume faire son œuvre. Celui dont l’esprit est particulièrement alourdi par les préoccupations du quotidien devait s’y attarder davantage encore, jusqu’à ce que la conscience commence à percevoir ces réalités spirituelles comme si elles étaient presque visibles.

La prière selon la Torah : l’essentiel avant tout

Qu’est-ce que la tefila deoraïta, la prière au sens biblique strict, celle qui est une obligation d’ordre toranique ? La question a occupé les grands décisionnaires. Le Rambam définit la prière comme un « service du cœur » — avoda chébalev — : une orientation de l’être tout entier vers D.ieu, une prise de conscience de Sa présence.

Dans cette perspective, la prière la plus élémentaire n’est pas une liste de bénédictions récitées à un rythme défini. C’est le moment où l’homme prend conscience qu’il n’est pas seul, qu’il existe une réalité divine qui l’englobe et le dépasse. C’est, pour reprendre une image contemporaine, l’équivalent d’un signal téléphonique passé depuis l’étranger : parfois il suffit de faire sonner une fois pour dire « je suis arrivé, tout va bien. » L’essentiel de la communication est dans ce signal lui-même, pas dans les mots qui suivent.

Cela ne signifie pas que les nossaot — les textes liturgiques fixés — sont secondaires. Mais cela signifie que leur récitation sans conscience de la présence divine est une coquille vide. L’un des enseignements les plus constants de la tradition ‘hassidique est précisément cela : la prière doit être vivante, intérieure, ressentie. Un ‘hassid demanda un jour à son Rabbi, lors d’un Farbrenguen, la permission de formuler une seule requête en un moment favorable. Il demanda : « Permettez-moi de pouvoir réciter Nichmat comme vous le faites. » Non pas de la richesse, non pas de la santé — mais la capacité à prier vraiment.

Le regard des anges et la perception spirituelle

Pourquoi parler d’anges dans une prière du matin ? Parce que la prière suppose une certaine vision du monde. Lorsque les prophètes et les hommes saints voyaient des anges, ce n’était pas une hallucination — c’était une perception de la réalité telle qu’elle est, dans toute sa densité spirituelle. Les enfants voient encore parfois ce que les adultes ne voient plus. Avec l’âge, avec l’accumulation des habitudes et des préoccupations pratiques, le regard se resserre sur l’immédiat, sur le concret, sur ce qui « compte » selon les critères du monde.

Un professeur de parasitologie qui avait travaillé en Afrique racontait son expérience du regard de la science : il voyait dans chaque goutte d’eau, dans chaque centimètre carré de sol, des myriades d’êtres invisibles. Un enfant africain à qui il tentait d’expliquer son travail lui répondit avec candeur : « J’avais cru que vous, les chrétiens modernes, ne croyiez plus à ces choses. » Ce mot dit tout. La modernité nous a appris à ne plus voir ce que nous ne pouvons pas toucher — et ce faisant, elle nous a appauvris.

Pour prier vraiment, il faut retrouver quelque chose de ce regard. Il faut sentir que l’univers est habité, que chaque brindille, chaque feuille, chaque déplacement de nuage parle d’une réalité qui nous dépasse. C’est le sens de la contemplation dans les Psoukei Dezimra : s’arrêter, regarder, s’émerveiller — pour que le Chema, ensuite, soit vécu comme une reconnaissance et non comme une récitation.

La rudesse moderne et l’appel à la contemplation

Le Yehudi Hakadoch (Rabbi Ya’akov Its’hak Rabinowitz de Pshis’ha, zts »l, décédé en 5574 / 1814) — l’une des figures les plus profondes du ‘hassidisme polonais, qui cachait sa grandeur derrière une réputation de pur érudit — formulait une vision prémonitoire des temps à venir : les êtres grossiers se porteraient bien, aussi bien matériellement que spirituellement, tandis que les êtres fins et sensibles auraient du mal dans les deux domaines. Cette prophétie semble s’accomplir sous nos yeux.

Le monde s’est considérablement diversifié sur le plan matériel — les vins, les spécialités culinaires, les technologies se sont multipliés à l’infini — mais notre capacité à être touchés, à ressentir, à nous émerveiller, semble s’être émoussée dans la même proportion. Nous travaillons moins d’heures qu’autrefois sur le plan physique, mais nous avons paradoxalement moins de temps pour penser, pour contempler, pour nous arrêter. Nos ancêtres, qui travaillaient quatorze heures par jour, trouvaient pourtant le temps de réfléchir au sens de leur existence.

La conséquence directe pour la prière est celle-ci : pour ressentir quelque chose, il faut aujourd’hui mettre beaucoup plus d' »épice ». Il faut faire davantage d’efforts pour s’émouvoir, pour s’éveiller. Les Psoukei Dezimra sont cette épice — à condition qu’on veuille bien les laisser agir. La solution n’est pas de supprimer la difficulté, mais de la prendre au sérieux : s’asseoir avec les psaumes, les laisser entrer, laisser les images — les anges, les étoiles, les profondeurs des mers — commencer à vivre en nous. C’est alors seulement que la déclaration du Chema peut être vraiment prononcée, et que l’Amida peut être vraiment habitée.

Cent ados russes et biélorusses célèbrent ensemble leur Bar et Bat Mitsva dans une fête inoubliable

Cent ados russes et biélorusses célèbrent ensemble leur Bar et Bat Mitsva dans une fête inoubliable

 

Après une année entière de préparation, d’apprentissage et de croissance personnelle, cent jeunes issus de communautés juives de Russie et de Biélorussie se sont réunis près de Moscou pour une célébration de Bar et Bat Mitsva exceptionnelle, organisée par EnerJew, le mouvement de jeunesse juive Habad de la Fédération des communautés juives (FJC). Ce séminaire de quatre jours, qui a rassemblé des participants venus de 45 villes différentes, a marqué une étape décisive dans leur entrée dans la vie juive adulte. Véritable aboutissement d’un parcours exigeant, l’événement a témoigné de la vitalité et de la profondeur de l’identité juive dans l’espace post-soviétique.

 

 

 

Un programme d’envergure pour une génération en devenir

Les participants — des garçons de 13 ans et des filles de 12 ans — avaient été sélectionnés parmi un groupe beaucoup plus large de 403 adolescents ayant pris part, tout au long de l’année, au Projet Bar et Bat Mitsva « Upgrade ». Grâce à des séances d’étude hebdomadaires, des ateliers et des activités communautaires animés par les Chlou’him locaux de Habad, le programme a accompagné ces jeunes dans leur préparation à entrer dans la vie adulte juive avec davantage de confiance, de sens des responsabilités et d’attachement aux valeurs et à la tradition juives.

Une cérémonie placée sous le signe de l’émotion

Le temps fort le plus émouvant de ce rassemblement fut sans conteste la grande cérémonie de Bar et Bat Mitsva, à laquelle assistait le Grand Rabbin de Russie, Rav Berel Lazar. Ce dernier a remis personnellement à chaque garçon sa propre paire de Téfilines, et à chaque fille de beaux chandeliers en argent pour l’allumage du Chabbat. Ces cadeaux, offerts par la Fondation Finger Family, symbolisent le lien personnel de chaque jeune avec la vie et la tradition juives à l’orée de cette nouvelle étape. Étaient également présents Rav David Mondshine, directeur général de la FJC, et Rav Mendy Wilansky, directeur de YAHAD.

Des communautés éloignées connectées grâce au numérique

Le programme de cette année s’est distingué par son rayonnement particulièrement large, accueillant plus de cinquante participants issus de petites communautés reculées où les infrastructures d’éducation juive régulière sont limitées. Ces adolescents ont suivi le cursus en ligne, en partenariat avec l’école juive virtuelle Or Ménahem, leur permettant de rester connectés tout au long de l’année malgré les distances. Vingt de ces participants en ligne ont eu la chance de faire le déplacement et de rejoindre en personne le séminaire de clôture.

Quatre jours de fête, de fraternité et d’inspiration

L’atmosphère qui régnait tout au long du rassemblement était à la fois festive et inspirante. Les participants ont bénéficié d’un Chabbaton revigorant, d’ateliers interactifs, de conférences, d’activités créatives, de Farbrenguen, d’excursions, ainsi que d’une croisière mémorable sur la Moskova. Les membres de l’équipe d’EnerJew, les éducateurs, les conférenciers invités et les Rabbanim locaux de Habad ont accompagné les jeunes tout au long de l’événement, renforçant ce sentiment d’unité qui s’était forgé au fil de l’année. Parmi ceux qui ont participé activement figuraient les Chlou’him Rav Mendel Mondshine et Rav Moshé Rochlin de l’administration d’EnerJew, ainsi que Rav Moshé Elkin, Rav Avraham Denisov, Rav Guershon Guershovitz, Rav Chneur Kosenko, Rav Mendel Feldman, la Rebbetzin Dina Deitch de Samara et la Rebbetzin Perel Nechoda de Tomsk.

Un Chabbat gravé dans les mémoires

« Un moment très particulier s’est produit pendant le Chabbat », a confié Rav Yaakov Sominsky, directeur d’EnerJew. « L’un des participants fêtait ce jour-là son véritable treizième anniversaire, devenant en quelque sorte le représentant de tout le groupe. Lorsqu’il a été appelé à la Torah, l’émotion parmi tous les adolescents était extraordinaire. Le sentiment d’appartenir à une seule et même famille était véritablement saisissant. »

Une organisation au service d’une vision communautaire

Le Projet Bar et Bat Mitsva, généreusement soutenu par la Fondation Meromim, a été coordonné par Rav Azarya Chaulov et Mme Kristina Choulman, en collaboration avec Natella Epstein, directrice régionale d’EnerJew, qui a également supervisé la réussite de l’organisation du séminaire et du Chabbaton.






































 

Le 2 Sivan : Yom HaMeyou’has, le jour de la distinction, où tout le peuple répondit « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons. »

Le 2 Sivan : Yom HaMeyou’has, le jour de la distinction, où tout le peuple répondit « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons. »

Le 2 Sivan porte un nom singulier dans le calendrier juif : Yom HaMeyou’has, « le jour de la distinction ». C’est en ce jour que D.ieu adressa à Moshé une parole destinée à toute la maison d’Israël — une proposition qui allait changer le cours de l’histoire. Bien avant la célébration de Chavouot, ce jour discret est, à bien des égards, le moment le plus décisif : celui où tout fut scellé.

 

Un jour qui porte un nom

Le 2 Sivan est un jour qui a son propre nom dans la tradition juive : on l’appelle le Yom HaMeyou’has — le jour de la distinction. Que s’est-il passé en ce jour ? C’est celui où D.ieu dit à Moshé : « Ainsi tu diras à la maison de Jacob et tu annonceras aux enfants d’Israël » — Il leur proposa de devenir un royaume de prêtres, et tout le peuple répondit à l’unisson : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons. »

Moshé aurait dû, selon ce qui est écrit, s’adresser d’abord aux anciens du peuple. Mais lorsqu’il leur annonça la parole du Saint béni soit-Il, tous ensemble, dans un même élan de ferveur, s’enflammèrent et proclamèrent : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons. » Moshé revint alors rapporter les paroles du peuple devant D.ieu, qui lui répondit : « Maintenant, préparez-vous au don de la Torah au mont Sinaï. »

La demande en mariage du Sinaï

Si l’on contemple cet événement sous un autre angle, on peut dire qu’à un certain niveau, le Yom HaMeyou’has est le jour de la demande en mariage. Il est en effet écrit que « le jour de ses noces » fait référence au don de la Torah — Chavouot est ainsi le jour du mariage lui-même. Mais qu’est-ce alors que le Yom HaMeyou’has ? C’est le jour où la proposition fut faite.

Une demande en mariage n’est certes pas au même degré que le jour des noces — et pourtant, à bien des égards, c’est le pas le plus décisif. C’est le jour où le fiancé se tourne vers sa bien-aimée et lui dit : « Viens, marions-nous. »

Le député Zvi Sukkot en réponse à la sanction du soldat ayant porté un patch Machia’h : Israël face à ses fractures internes

Le député Zvi Sukkot en réponse à la sanction du soldat ayant porté un patch Machia’h : Israël face à ses fractures internes

Un soldat d’élite condamné à trente jours de prison pour avoir cousu sur son uniforme un insigne représentant le Machia’h : l’incident, en apparence dérisoire, a déclenché une onde de choc bien au-delà des casernes. Derrière la sanction se profile une crise plus profonde — celle de la confiance fracturée entre les combattants et leur hiérarchie, exacerbée par deux ans d’une guerre qui n’en finit pas. À l’heure où la loi sur la conscription des ultra-orthodoxes agite la société israélienne, la question du sens même du combat revient avec une acuité brûlante.

 

 

L’affaire du patch : trente jours de prison pour un symbole

L’événement qui a mis le feu aux poudres est en apparence anodin : un soldat d’une unité de combat a été sanctionné de trente jours d’incarcération militaire pour avoir cousu sur son uniforme un patch représentant le Machia’h. La nouvelle a immédiatement déclenché une tempête. Pour l’invité, ce qui s’est passé est proprement « hallucinant » et « complètement fou ».

« Cette unité a traversé des épreuves inimaginables, souligne-t-il. Ce sont des gens qui ont vu des choses qu’ils ne peuvent pas raconter. Ce ne sont pas des recrues fraîchement sorties de chez leurs parents. » Lorsque le chef d’état-major leur rend visite et leur tient un discours solennel, un soldat appose sur son uniforme un patch que l’on croise dans pratiquement chaque base militaire du pays — et il se retrouve en prison. « Ce sera une tache éternelle sur l’armée, martèle l’invité. Qu’on ait arrêté un soldat pour un patch et qu’on l’ait jeté en cellule — pour toujours. »

Ce qui aggrave encore le sentiment d’injustice, c’est le contexte humain qui l’entoure. L’invité évoque son propre conseiller parlementaire, actuellement déployé au Liban, qui n’est rentré chez lui qu’une seule journée avant de repartir au front. Des milliers de soldats israeliens vivent cette réalité quotidiennement, avec femmes et enfants qui les attendent, sans savoir quand ils reviendront. « Ces gens attendent un minimum de leur armée : qu’on les laisse respirer. Et alors, qu’est-ce que ça change si quelqu’un porte un patch ? »

La confiance brisée : Tsahal avant et après le 7 octobre

Au-delà de l’incident lui-même, l’affaire du patch révèle une crise plus profonde : la fracture de confiance entre les soldats et leur hiérarchie. « La justice militaire s’est fissurée, reconnaît l’invité, mais pas en raison de l’indiscipline. Elle s’est fissurée parce que la confiance s’est brisée bien avant le 7 octobre 2023. » Pendant des années, des valeurs erronées ont été inculquées aux soldats. Tsahal n’a pas cherché à vaincre. Cette réalité a commencé à changer, mais la confiance, elle, n’est pas revenue.

Dans ce contexte, envoyer un combattant trente jours en prison pour un insigne est la dernière chose susceptible de la restaurer. « Ce n’est pas ainsi qu’on regagne le cœur des hommes », insiste l’invité. Et pourtant, le chef d’état-major a choisi cette voie — une décision que beaucoup, dans les rangs comme en dehors, peinent à comprendre.

Un autre élément joue, selon lui, un rôle essentiel : la motivation. Le soldat qui porte ce patch n’est pas un provocateur — c’est un homme habité par une conviction profonde. « Et la motivation, c’est précisément ce qui manquait avant. »

Gaza : quand l’ennemi sait pourquoi il se bat

C’est en entrant dans les maisons de Gaza que quelque chose a basculé dans la conscience de nombreux soldats. Ils ont découvert dans chaque foyer de grandes affiches glorifiant l’idéologie jihadiste. Face à cela, une question s’est imposée d’elle-même : notre ennemi sait pourquoi il se bat. Et nous ? « Nous, en tant que peuple d’Israël, nous avons une vocation, une direction, une vision, explique l’invité. Ce n’est pas seulement une question de survie. »

C’est précisément ce message que certains ont tenté de brouiller. Des voix se sont élevées pour promouvoir une vision du conflit sans camp du bien ni camp du mal — un simple affrontement régi par des règles de guerre. Pour l’invité, cette lecture est profondément fausse : « Il y a un bon côté et un mauvais côté. Nous sommes le bon côté. Hamas est le mauvais côté. Nous sommes là pour l’anéantir. » C’est cette certitude que le commandement militaire n’a pas encore pleinement intégrée, déplore-t-il, et c’est là l’un des grands chantiers qui restent ouverts.

La loi sur la conscription : un tournant historique possible ?

La loi sur la conscription des ultra-orthodoxes est l’autre grand sujet qui occupe les esprits. Peut-elle véritablement changer la donne ? L’invité, qui se définit comme un homme du milieu — croyant et partisan de l’intégration des Haredim dans Tsahal — le croit sincèrement. Et il s’appuie sur un argument concret : la commission Shakedaï, mise sur pied par le ministre de la Défense Gallant au lendemain immédiat du 7 octobre 2023 pour réfléchir aux moyens d’intégrer les ultra-orthodoxes dans l’armée. Pendant cinq mois, cette commission — sans un seul membre Haredi en son sein — a travaillé et rendu ses recommandations.

Sa conclusion : la voie pour amener les Haredim dans Tsahal passe par le programme des Hasmonéens, par la modification des directives militaires et par un système d’incitations. « Tout cela est inscrit dans la loi actuelle, affirme l’invité. Et cela fonctionnera. » Chaque jour qui passe sans loi est un jour de plus où ces jeunes hommes ne s’enrôlent pas — et où les réservistes mobilisés depuis des mois n’obtiennent aucun relâchement.

Son second frère vient d’apprendre hier soir qu’il ne passera pas les prochaines fêtes chez lui. Sa femme est en crise. « Ces gens ont besoin d’un soutien que la société civile leur doit. La vérité, qu’on l’aime ou non, c’est que sans loi, rien ne bougera. »

Soldats ou agendas : la question qui fâche

Mais la loi sur la conscription porte en elle une clause qui a fait bondir l’invité : un article stipulant que le texte ne pourra en aucun cas nuire à l’intégration des femmes dans Tsahal. Pour lui, la question s’impose d’elle-même : « Voulez-vous des soldats, ou voulez-vous réaliser des agendas ? » Il cite un exemple concret : un programme pilote dans les blindés, où cent soldats ultra-orthodoxes se sont présentés contre cinq candidates dans le cadre de l’intégration féminine. Soudainement, le manque de personnel ne semble plus préoccuper personne.

« Je suis en faveur d’un changement de cette clause, confie-t-il, et j’espère que nous y parviendrons. Il faut comprendre une réalité simple : nous sommes en guerre. »

«Shabbat 250» : Pour la première fois dans l’histoire américaine, un président proclame le Chabbat national

«Shabbat 250» : Pour la première fois dans l’histoire américaine, un président proclame le Chabbat national

Le 15 mai 2026 (17 Iyar 5786), le président Donald Trump a signé une proclamation historique instituant un Chabbat national, baptisé « Chabbat 250 », en l’honneur des 250 ans d’indépendance des États-Unis. Jamais encore un chef d’État américain en exercice n’avait formellement appelé ses concitoyens à observer le jour du repos juif. Du Maryland à la Floride, des communautés Habad de tout le pays se sont mobilisées pour accueillir des centaines de convives, transformant cette nuit de Chabbat en une célébration à la fois patriotique et spirituelle.

 

 

Une proclamation sans précédent

C’est dans le cadre de la proclamation du Mois du Patrimoine Juif Américain, signée le 4 mai 2026, que le président Trump a désigné la période allant du coucher du soleil du vendredi 15 mai jusqu’à la tombée de la nuit du samedi 16 mai comme Chabbat national. Le texte de la proclamation ne laissait aucun doute sur la portée historique du geste : « En l’honneur particulier de 250 glorieuses années d’indépendance américaine et à l’occasion du week-end de Rededicate 250 — jubilé national de prière, de louange et d’action de grâce — les Américains juifs sont encouragés à observer un Chabbat national. » Le président invitait également les Américains de toutes origines à rejoindre cette célébration : « Du coucher du soleil le 15 mai jusqu’à la tombée de la nuit le 16, amis, familles et communautés de tous horizons peuvent se rassembler dans la gratitude envers notre grande Nation. »

Pour ancrer son initiative dans l’histoire fondatrice du pays, Trump évoquait la célèbre lettre de George Washington à la communauté hébraïque de Newport, Rhode Island, ainsi que le rôle de Haym Salomon, financier de la Guerre d’indépendance, dont la proclamation souligne que son héritage « témoigne de la croyance inébranlable en la promesse américaine ». Plus de 7 500 personnes ont affiché sur le site Shabbat250.org leur engagement à observer ce Chabbat historique.

Habad au cœur de la mobilisation

Le mouvement Habad-Loubavitch a été l’un des premiers et des plus enthousiastes à embrasser l’initiative présidentielle. Le Rav Motti Seligson, directeur des relations publiques de Habad, a exprimé sans ambiguïté la vision spirituelle qui sous-tend cette adhésion : « Comme le Rabbi l’a souvent rappelé, les fondateurs de cette nation ont reconnu que son établissement était guidé par la Providence divine — et que les libertés qu’elle garantit sont accordées par le Créateur. C’est une vision que les Juifs ont toujours comprise, et le Chabbat est la manière dont nous l’avons toujours exprimée. »

Cette résonance n’est pas fortuite. Il y a quarante ans exactement, lors du Chabbat Bamidbar 5746 (7 juin 1986), le Rabbi, Ménahem Mendel Schneerson zts »l, avait lui-même proposé que ce Chabbat particulier soit observé comme un Chabbat Ah’dout — un Chabbat de l’unité — à l’échelle mondiale. La coïncidence calendaire entre cette initiative présidentielle et la Parasha Bamidbar, qui précède immédiatement la fête de Chavouot, n’a pas échappé aux commentateurs orthodoxes, qui y ont vu un signe de la Providence.

Des dîners de Chabbat d’un bout à l’autre du pays

À Baltimore, le Rav Chesky Tenenbaum, directeur de JUSA-Habad (Association des Militaires Juifs en Uniforme), a organisé conjointement avec les Vétérans de Guerre Juifs des États-Unis un dîner du Chabbat en l’honneur des soldats américains. L’événement prenait un relief particulier en tombant le jour des Forces Armées, une semaine avant Memorial Day. « Le Chabbat 250 coïncide avec le Jour des Forces Armées, à l’approche de Memorial Day, et précède Chavouot, qui nous rappelle notre unité juive mondiale », a déclaré le Rav Tenenbaum. « Pour notre communauté militaire, c’est le signe qu’un soldat juif n’est jamais seul. »

En Floride, le Beth Habad de Pembroke Pines a accueilli ses convives pour un dîner aux couleurs américaines — drapeaux, décoration patriotique et quiz sur les Juifs qui ont contribué à la fondation de la République. « Les États-Unis ont permis au judaïsme de se relever et de prospérer comme jamais dans toute l’histoire humaine », a déclaré le Rav Mordekhaï Andrusier, dont les grands-parents avaient fui l’Allemagne et la Russie pendant les années de guerre. À Miami, le Rav Eliezer Wolf, du Beit David Highland Lakes Shul, formé dans les Yéchivot de Habad, a confié avoir été « soufflé » par la proclamation présidentielle : « Aucun président n’avait jamais fait cela. C’est quelque chose d’unique, surtout en ce temps où les Juifs, même en Amérique, ressentent tant de haine. » Son Beth Habad a annoncé un dîner de Chabbat célébrant 250 ans de liberté religieuse sur le sol américain.

Un écho du passé, une boussole pour l’avenir

La Parasha de la semaine, Bamidbar, décrit comment le peuple d’Israël, nouvellement libéré d’Égypte, procéda à son dénombrement dans le désert au seuil de sa vie en tant que nation souveraine. Jonathan Feldstein, président de la Genesis 123 Foundation, œuvrant pour les liens judéo-chrétiens, a relevé ce parallèle sur son blog : « Aujourd’hui nous célébrons les chiffres, le 250e anniversaire, mais comme un recensement, cette étape doit aussi être un tremplin pour réfléchir à la direction que prend l’Amérique. »

Si l’initiative a suscité des débats au sein de la communauté juive américaine — certains mouvements progressistes s’interrogeant sur les frontières entre religion et État — le message du mouvement Habad est demeuré fidèle à l’enseignement du Rabbi : le Chabbat n’appartient à aucun camp politique. Il est un don divin, un espace de paix hebdomadaire qui transcende les clivages et rappelle à chaque Juif — qu’il soit soldat, étudiant ou chef d’entreprise — que son âme est reliée à une source plus haute que toutes les vicissitudes de l’histoire.

Une table de Chabbat à la Maison-Blanche

L’événement le plus symbolique du week-end s’est tenu au cœur même du pouvoir américain. À quelques heures de l’entrée du Chabbat, la Maison-Blanche a organisé une réception en l’honneur du Chabbat 250 dans la célèbre Indian Treaty Room, l’une des salles de cérémonie les plus prestigieuses du complexe présidentiel, ordinairement réservée aux grandes réceptions officielles. Des membres de l’administration et du personnel de la Maison-Blanche ont participé à la rencontre, qui s’est tenue en marge du retour d’une délégation officielle de Chine. La réception, d’une durée d’environ une heure, s’est conclue suffisamment tôt pour permettre aux participants observants de rejoindre leur domicile avant l’entrée du Chabbat.

Au centre de la salle avait été dressée une table de Chabbat garnie de tous les objets traditionnels. La personnalité des réseaux sociaux et militante Emily Austin y a réalisé une démonstration symbolique d’allumage des bougies, après avoir été invitée à le faire à la fois par des responsables de la Maison-Blanche et par sa propre mère, qui, pour la première fois depuis vingt-cinq ans, se trouvait dans l’impossibilité d’allumer les bougies elle-même. Les organisateurs ont précisé que cette démonstration s’était déroulée avant le coucher officiel du soleil et avait été conçue comme une représentation publique de la Mitsva. Ce moment a été unanimement décrit comme un grand Kidouch Hachem.

Chaque invité s’est vu remettre un exemplaire commémoratif de la proclamation présidentielle, accompagné d’un guide du Chabbat spécialement édité par le Rohr Jewish Learning Institute pour l’occasion. Ces documents arboraient un logo « Chabbat 250 » créé pour l’événement, intégrant le chiffre 250 dans sa composition.

Le Rav Levi Chemtov et le message du Rabbi

À l’issue de la réception à la Maison-Blanche, les participants se sont retrouvés à la Decatur House, musée historique jouxtant le complexe présidentiel, pour un dîner de Chabbat complet. Viandes et vins glatt cachères étaient servis, et les convives ont été introduits aux coutumes et aux mets traditionnels du Chabbat dans une atmosphère que tous ont décrite comme chaleureuse et respectueuse.

Les discours ont été prononcés par Martin Marks, Conseiller Spécial du Président et représentant de la Maison-Blanche auprès de la communauté juive, qui a souligné la signification de l’intégration de la tradition juive dans les célébrations du 250e anniversaire de la République, et par le Rav Levi Chemtov, Vice-Président Exécutif des Amis Américains de Loubavitch (Habad), qui avait également organisé le dîner faisant suite à la réception.

Le Rav Chemtov a évoqué la portée historique de l’appel du président et rappelé l’enseignement constant du Rabbi, Ménahem Mendel Schneerson zts »l : toute sa vie, le Rabbi avait encouragé le peuple juif à renforcer l’observance du Chabbat et à inciter femmes et filles juives à allumer les bougies. Voir cet idéal se matérialiser entre les murs de la Maison-Blanche, à l’occasion du 250e anniversaire de la nation que le Rabbi avait toujours considérée comme une terre de Providence, représentait pour les participants un moment chargé d’une émotion difficile à contenir.

Chabbat 250 : le repos comme acte de liberté

Pour le mouvement Habad, la proclamation présidentielle est venue confirmer ce que la tradition juive enseigne depuis la nuit des temps : le Chabbat est l’acte fondateur de la liberté. Cesser de travailler une fois par semaine, se rassembler autour d’une table dressée, allumer les bougies et réciter le Kiddouch — ces gestes simples portent en eux une révolution silencieuse. Ils rappellent que l’être humain n’est pas esclave de ses outils, de ses marchés ou de ses angoisses, mais qu’il est, au sens le plus profond, un enfant de D.ieu.

En célébrant Chabbat 250, les communautés juives d’Amérique ont ainsi rendu hommage à deux héritages inséparables : celui du peuple juif, qui observe le Chabbat depuis plus de 3 300 ans, et celui d’une République qui, depuis 250 ans, garantit à chacun le droit de vivre selon sa conscience. Une convergence que le Rabbi avait toujours vue comme la vocation particulière du judaïsme américain.

 

70 ans du Rav Mena’hem Mendel Glou’hovsky : Rehovot célèbre l’un des grands Chlou’him du Rabbi en Terre Sainte

70 ans du Rav Mena’hem Mendel Glou’hovsky : Rehovot célèbre l’un des grands Chlou’him du Rabbi en Terre Sainte

 

Un Farbrenguen d’exception a réuni hier soir, dans la salle du Conseil religieux de Rehovot, des Rabbanim, des Chlou’him et des personnalités publiques venues de tout le pays pour fêter les 70 ans du Rav Mena’hem Mendel Glou’hovsky, chalia’h du Rabbi en Terre Sainte. Figure incontournable de la vie communautaire et religieuse de la ville depuis plus de quatre décennies, le Rav Glou’hovsky cumule les responsabilités avec une discrétion et une constance qui forcent l’admiration. Les convives ont levé leur verre en criant « Le’Haïm ! », souhaitant au Rav de poursuivre son œuvre au service de la Chli’hout dans la santé et la joie.

 

 

 

Une soirée au cœur de la communauté

C’est dans l’atmosphère chaleureuse et fraternelle de la salle du Conseil religieux de Rehovot que s’est tenu hier soir un Farbrenguen hors du commun. Rabbanim de la ville, Chlou’him du Rabbi et dignitaires venus des quatre coins d’Israël s’y sont réunis pour célébrer comme il se doit le soixante-dixième anniversaire du Rav Mena’hem Mendel Glou’hovsky, shli’ta. L’événement avait tout d’un moment de famille élargie, reflet du lien profond que le Rav entretient depuis des décennies avec l’ensemble du tissu communautaire de Rehovot et au-delà.

Les discours se sont succédé, empreints d’affection et de respect. Chacun a tenu à souligner les multiples facettes d’un homme dont l’engagement ne se laisse pas enfermer dans une seule fonction.

De Détroit à Rehovot : une vocation forgée sur trois continents

Né le 29 Iyar 5716 — 10 mai 1956 — à Détroit, dans le Michigan, Mena’hem Mendel Glou’hovsky grandit au Canada, où sa famille s’installe à Toronto alors qu’il n’a que trois ans. Sa formation prend racine dans les grandes Yechivot Tom’hei Temimim : d’abord au 770 Eastern Parkway à Brooklyn, puis à Brunoy, en France. Le Rabbi le délègue ensuite dans le cadre de l’opération « Yavné et ses sages » pour renforcer la Yechiva Tom’hei Temimim de Kfar Habad, avant de lui confier, aux côtés du Rav Zoucha Alperovitch, la fondation de la Yechiva Tom’hei Temimim de Seattle — où il demeurera deux ans. Il parfait également sa formation rabbinique auprès du Rav Meïr Brandsdorfer, l’une des grandes autorités halakhiques de sa génération.

En 5738, le Rabbi l’envoie en Terre Sainte dans le cadre de la première vague organisée de Chlou’him en Israël. Un an plus tard, il épouse Ra’hel Beïla, fille du Rav ‘Haïm Eliyahou Michoulamin, fondant ainsi un foyer qui deviendra lui-même un pilier de la communauté rehovotienne.

Rav de Rehovot : une élection bénie par le Rabbi

L’arrivée du Rav Glou’hovsky à la tête de la communauté Habad de Rehovot ne doit rien au hasard. En 5739, le Rabbi donne instruction à ses Chlou’him en Terre Sainte d’obtenir leur ordination rabbinique et d’accéder à des postes de rabbinat. Deux candidats habadikim se retrouvent alors en lice pour la même communauté : le Rav Glou’hovsky, soutenu par des figures de référence comme le mashpia Rav Mendel Futerfas et R’ Zoucha Vilimovsky, et le Rav Chelomo Giladi, qui revendiquait une ancienne instruction du Rabbi en sa faveur.

Devant cette situation inédite, les deux candidats écrivent d’urgence au Rabbi, qui les oriente vers le Mara D’Atra de la ville, le Rav Sim’ha Kook, Grand Rabbin de Rehovot. Ce dernier tranche en faveur d’élections communautaires. En Tamouz 5741, les membres de la communauté se prononcent : le Rav Glou’hovsky est élu à la majorité des voix. Une décision que le Rabbi avait, en quelque sorte, anticipée : quelques semaines plus tôt, il avait encerclé de sa propre main les mots « mon sentiment intérieur est que cela me convient » dans la lettre du Rav, en y ajoutant : « Qu’il en soit ainsi, en heure favorable et propice. J’évoquerai cela au Ohel. »

Quatre décennies d’un rayonnement sans relâche

Depuis son élection, le Rav Glou’hovsky n’a cessé de développer et de structurer la présence Habad à Rehovot. Sous sa direction, la communauté s’est dotée d’institutions d’éducation, d’un Beth Habad central et d’une synagogue. Mais au-delà des bâtiments, c’est une présence humaine que le Rav incarne au quotidien : nombreux sont ceux qui le consultent, du matin au soir, sur les questions les plus diverses — spirituelles, familiales, professionnelles — faisant de lui un guide autant qu’un décisionnaire en matière de Halakha.

En 5777, il franchit une nouvelle étape en fondant le centre « Or HaBaït » à Rehovot, un espace proposant des dizaines de types de suivis conjugaux et familiaux à tarif subventionné pour les membres de la communauté. Une initiative qui traduit sa conviction profonde que la Chli’hout ne se limite pas à la sphère rituelle, mais embrasse la totalité de la vie humaine.

Vice-secrétaire du Beth Din rabbinique Habad : une bénédiction venue du Rabbi lui-même

Au tournant des années 1990, le Rav Yaroslavsky, secrétaire du Beth Din rabbinique Habad, nomme le Rav Glou’hovsky à ses côtés comme vice-secrétaire. Un poste qu’il assume avec la bénédiction explicite du Rabbi : lors d’une distribution de dollars le 29 Tevet 5752, le Rabbi le rappelle à lui à deux reprises. À la première, il lui déclare : « Qu’il soit accordé de longs jours sur son royaume. » À la seconde, il ajoute : « Tu es l’un des dirigeants du Vaad HaRabbanim — que cela soit couronné de succès. » Des paroles que le Rav Glou’hovsky porte depuis comme une mission.

Les bureaux du Beth Din, d’abord établis à Kiryat Malakhi sur instruction du Rabbi, sont ultérieurement transférés à Rehovot, où le Rav Glou’hovsky en assure la direction opérationnelle avec ses proches collaborateurs, le Rav Zalman Nov et son fils le Rav Its’hak Nov.

L’héritage spirituel du « Partisan »

Derrière la stature publique du Rav Glou’hovsky se dessine une dette spirituelle profonde envers une figure singulière du monde Habad : R’ Zoucha Vilimovsky, surnommé « le Partisan ». Pendant plusieurs années, notamment lors de ses débuts comme rav de communauté, R’ Zoucha fut pour lui un mashpia et un guide indéfectible, dont les conseils illuminèrent chaque aspect de son engagement ‘hassidique.

En 5777, à l’occasion d’un mariage familial, la famille Glou’hovsky a publié un recueil soigneusement composé intitulé Ma che-Sipper Li R’ Zoucha — « Ce que m’a raconté R’ Zoucha » — rassemblant histoires, maximes et tranches de vie transmises par le Partisan. Le Rav y évoque notamment l’influence de R’ Zoucha sur sa foi en la venue du Machia’h : « À chaque occasion, R’ Zoucha avait à la bouche les deux mots Ye’hi HaMelekh — et cela, bien des années avant la sichos du 2 Nissan 5748. »

Une foi inébranlable et l’étude des Igrot Kodech

Le Rav Glou’hovsky est l’une des voix rabbiniques les plus engagées en faveur de la foi en la venue du Machia’h et en la royauté du Rabbi. Il a signé le psak din proclamant le Rabbi Melekh HaMachia’h et participe régulièrement aux rassemblements dédiés à l’approfondissement de cette conviction au sein du mouvement Habad-Loubavitch.

Il est également l’un des premiers à avoir mis en pratique et promu l’étude quotidienne des Igrot Kodech — les lettres sacrées du Rabbi. Dès la parution des premiers volumes, il s’astreint à en lire cinq lettres par jour, y découvrant des réponses saisissantes à ses questionnements. Dans des entretiens accordés aux hebdomadaires Beit Machia’h et Kfar Habad, il a partagé cette pratique avec enthousiasme tout en soulignant ses limites : les Igrot ne remplacent pas la consultation d’un Rav pour les questions halakhiques, d’un médecin pour les questions de santé, ni d’amis éclairés pour les décisions de vie.

« Le’Haïm ! » : un vœu du cœur

Le moment fort de la soirée fut sans conteste le toast collectif qui a clôturé les prises de parole. D’une seule voix, l’assemblée a levé son verre en criant « Le’Haïm ! », souhaitant au Rav de continuer à œuvrer dans l’esprit du Rabbi, entouré de santé et de joie. Un vœu sincère, porté par tous ceux qui, de près ou de loin, ont bénéficié de son soutien, de sa guidance ou de sa présence bienveillante.

Ce Farbrenguen d’anniversaire restera dans les mémoires comme une belle démonstration de l’unité et de la gratitude qui caractérisent le monde Habad-Loubavitch en Terre Sainte — et comme un hommage mérité à l’un de ses artisans les plus dévoués, dont soixante-dix ans de vie n’ont fait qu’amplifier l’élan.

 

 

Israël : 30 jours de prison pour un patch « Machia’h » — l’affaire qui divise Tsahal et la société israélienne

Israël : 30 jours de prison pour un patch « Machia’h » — l’affaire qui divise Tsahal et la société israélienne

Un combattant de la brigade Nahal a été condamné à trente jours de détention militaire après avoir été surpris, lors d’une inspection surprise du chef d’état-major, avec un patch portant le mot « Machia’h » sur son uniforme. La sévérité de la sanction a suscité une onde de choc bien au-delà des casernes, ravivant une controverse vieille de près de deux ans sur l’identité religieuse des soldats israéliens. La mère d’un combattant de l’unité, des officiers et des commentateurs politiques s’interrogent désormais sur la proportionnalité de la punition et sur les priorités réelles de l’état-major.

 

 

L’incident : une inspection, un patch, et trente jours de cellule

Les faits se sont produits lors d’une patrouille de contrôle à laquelle participait le chef d’état-major de Tsahal, le général Eyal Zamiri. Alors que les soldats de la brigade Nahal avaient été explicitement instruits, la veille au soir, de soigner leur tenue et de retirer tout insigne non réglementaire, l’un d’eux s’est présenté en faction avec, bien visible sur son uniforme, un patch arborant le mot Machia’h. Le général Zamiri, qui a également découvert un poste de garde laissé à l’abandon, a ordonné que le soldat soit traduit devant la justice militaire. La sentence est tombée : trente jours de prison ferme.

Le commandant de la brigade Nahal, le colonel Ari Kamol, qui a prononcé la condamnation, a tenu à replacer la décision dans un cadre plus large. Dans un message adressé à ses officiers, il a écrit : « Malheureusement, l’indiscipline se retrouve dans nos incidents opérationnels et dans notre quotidien, au prix de vies humaines. L’histoire n’est pas le patch. L’histoire, ce sont les valeurs que nous enseignons. » Il a conclu par une formule restée gravée : « Tout vaut mieux qu’un soldat tué par manque de discipline. »

La réaction d’une mère : « Ce n’est pas une punition proportionnée »

La mère d’un combattant appartenant à la même compagnie a pris la parole publiquement pour critiquer la sévérité de la peine. « Le chef d’état-major aurait pu se contenter d’interpeller le soldat sur le patch. Mais passer de là à trente jours de prison ferme — ce n’est clairement pas une sanction proportionnée ni équitable pour des combattants. Surtout pas en ce moment, où l’on doit absolument préserver leur moral. Il y avait largement la place pour une punition bien moins sévère », a-t-elle déclaré, exprimant une frustration partagée par de nombreuses familles de soldats.

Car le contexte ne saurait être ignoré : le soldat sanctionné n’avait ni abandonné son poste sous le feu, ni mis en danger la vie de ses camarades, ni divulgué d’informations classifiées. Il avait porté un insigne. Et pour cet insigne, il purge une peine qui, aux yeux de beaucoup, équivaut à celle réservée aux fautes opérationnelles graves.

Deux ans de tensions autour des patches : une querelle qui couve depuis le début de la guerre

L’affaire n’est pas surgit du néant. La prolifération de patches non réglementaires — religieux, politiques ou culturels — accompagne Tsahal depuis le premier jour du conflit, il y a bientôt deux ans. L’ancien chef d’état-major, le général Herzi Halevi, avait tenté de mettre fin à cette pratique, mais ses directives étaient restées lettre morte : les commandants sur le terrain évitaient systématiquement de les faire appliquer.

Le général Zamiri, lui, avait pourtant semblé vouloir adopter un ton mesuré dès sa prise de fonctions. Devant des officiers supérieurs, il avait déclaré : « Je n’ai pas l’intention de m’occuper de ça, et vous non plus ne voulez pas que je m’en occupe. C’est le rôle de la chaîne de commandement. Personne n’interfère avec l’armée sur la manière dont elle applique sa discipline. Mais attention — il ne s’agit pas de s’en prendre à l’idée que le Machia’h viendra pour le peuple d’Israël. Tout Juif dit cela à la synagogue. Nous attendons le Machia’h. Mais toi, tu es un soldat sous les drapeaux, et le chef d’état-major t’a donné l’ordre de ne pas te promener avec des patches. Et toi, tu te présentes avec ce patch à une réunion avec le même chef d’état-major. »

Le débat de fond : l’identité juive a-t-elle sa place dans l’armée israélienne ?

Derrière la querelle disciplinaire se profile une question autrement plus profonde. Le Machia’h — l’avènement du Messie et l’accomplissement de la Rédemption — n’est pas le slogan d’une faction marginale. C’est l’une des convictions les plus universelles et les plus anciennes du monde juif. Depuis des millénaires, le peuple d’Israël récite trois fois par jour des prières appelant à la Délivrance. La profession de foi « Ani Maamin » — « Je crois en la venue du Machia’h » — répétée par des générations de Juifs dans des circonstances parfois tragiques, est aujourd’hui encore fredonnée par des soldats avant d’entrer au combat, dans les ruelles de Gaza comme sur les hauteurs du Liban.

Qualifier cette croyance d’incompatible avec les valeurs de l’État revient, aux yeux de nombreux Israéliens, à amputer l’identité nationale de sa dimension spirituelle la plus intime. « Qui décide des valeurs de l’État d’Israël ? Des commentateurs de plateau qui ont oublié l’héritage de leur propre peuple ? », s’est interrogé un analyste politique, pointant un décalage abyssal entre les studios de télévision et les combattants du terrain. Car pendant que certains débattent de la conformité d’un patch aux valeurs républicaines, d’autres entrent sous les balles en récitant leur foi à voix haute.

On veut le soldat religieux, mais sans sa religion

L’affaire prend un relief particulier dans le contexte du débat permanent sur l’intégration des Juifs observants et ultra-orthodoxes dans les rangs de Tsahal. Depuis des années, des voix s’élèvent pour réclamer une mobilisation plus large des Haredim et des soldats religieux — une armée qui refléterait davantage la diversité du peuple israélien. Mais lorsque la foi se manifeste concrètement, sur un patch ou dans un chant avant l’assaut, la même logique semble se retourner contre elle-même. « On veut le Juif, le traditionnel, le religieux, le Haredi, mais sans le judaïsme, sans la foi — le combattant sans son identité », a résumé le commentateur. Le corps du soldat est le bienvenu dans les tranchées ; son âme devrait rester à la porte des casernes.

Un soldat qui retournera au front — et une question qui demeure sans réponse

À l’issue de sa peine, le combattant de la brigade Nahal est attendu pour reprendre sa place dans les rangs. L’armée, elle, continuera de devoir répondre à une tension que trente jours de prison ne suffiront pas à résoudre : comment concilier l’impératif de discipline opérationnelle avec la réalité d’une armée peuplée de soldats qui portent leur foi comme une armure ? La gestion de cette question, reconnaissent les officiers eux-mêmes, est appelée à occuper les commandants de Tsahal encore longtemps. Et ce souffle — celui qui pousse un homme à marcher vers le danger en chantant « Je crois en la venue du Machia’h » — ne s’efface pas par décret militaire.

 

Le serment vain (Chevouath Bitouy) : ce que la Torah interdit et pourquoi cela nous concerne toujours

Le serment vain (Chevouath Bitouy) : ce que la Torah interdit et pourquoi cela nous concerne toujours

Au cœur de la législation juive se trouve une interdiction souvent méconnue : celle de prononcer un serment que l’on ne tiendra pas. Le commandement négatif n°61 de la Torah encadre avec une précision remarquable la valeur de la parole donnée. Bien au-delà d’une simple formalité rituelle, cette loi interroge notre rapport à l’engagement, à la responsabilité et à la sincérité.

 

 

 

La Torah consacre un commandement entier à l’interdiction de violer le Chevouath Bitouy — littéralement le « serment d’expression » ou serment vain. Le verset fondateur est sans ambiguïté : « Vous ne jurerez point par Mon Nom à l’appui du mensonge » (Vayikra 19:12). Mais que recouvre exactement cette notion, et quelles en sont les implications concrètes dans la pratique hébraïque ?

Qu’est-ce que le Chevouath Bitouy ?

Le Chevouath Bitouy désigne un serment par lequel une personne s’engage à accomplir — ou à s’abstenir d’accomplir — un acte qui n’est ni prescrit ni interdit par la halakha. Il ne s’agit donc pas d’un serment portant sur une obligation religieuse existante, mais d’un engagement personnel et librement consenti. Dès lors que ce serment est prononcé, il lie son auteur : le violer constitue une transgression grave de la Torah. La parole engagée au nom de D.ieu n’est pas une formule creuse — elle est un acte juridique et spirituel à part entière.

Le Talmud précise : quelle différence entre serment vain et serment mensonger ?

Le Traité Chevou’oth opère une distinction fondamentale que les décisionnaires ont longuement commentée. Le Chevouath Chékèr — le serment mensonger — consiste à jurer « autre chose que ce qui s’est produit », autrement dit à attester du faux sur un fait passé. Mais nos Maîtres affinent cette définition : il s’agit surtout de « jurer et ensuite se conduire autrement ». En d’autres termes, prononcer un serment d’engagement et agir à l’opposé de ce que l’on a promis.

La question talmudique qui découle de cette définition est d’une acuité juridique remarquable : peut-on être châtié pour n’avoir pas agi ? Si quelqu’un jure de manger quelque chose et s’en abstient finalement, aucun acte positif de transgression n’a été commis. Le Traité Temoura apporte ici un éclairage précieux : l’obligation légale naît précisément de l’engagement verbal, et l’inaction qui le contredit constitue bien une faute punissable — même en l’absence de tout acte concret.

La bastonnade pour transgression volontaire, le sacrifice pour faute involontaire

La halakha distingue rigoureusement entre le transgresseur volontaire et celui qui faut par inadvertance. Celui qui viole délibérément son serment — en présence de témoins et après avertissement formel — est passible de la bastonnade (malkot). En revanche, celui qui transgresse de manière non intentionnelle est tenu d’apporter un sacrifice à caractère graduel (korban oleh veyored), comme l’explique le commandement positif n°72.

Le Traité Chevou’oth, chapitre 3, formule cette règle en termes explicites : « C’est là le serment d’engagement ; pour l’avoir exprimé volontairement, on est passible de la peine des coups, et pour l’émission involontaire on est passible d’un sacrifice proportionnel. » Cette gradation des sanctions reflète une philosophie juridique fondamentale : la responsabilité pénale pleine et entière suppose la conscience, la liberté et l’acte délibéré.

Un principe général à retenir pour toute la Torah

Le Rambam (Maïmonide), dans son Sefer HaMitsvot, saisit l’occasion de ce commandement pour poser une règle valable pour l’ensemble de la législation juive : la bastonnade, l’exclusion (karet) ou la condamnation à mort ordonnée par le tribunal ne peuvent être prononcées que si la transgression a été commise volontairement, en présence de témoins valides et après avertissement formel. La personne contrainte, celle qui agit par erreur ou par inadvertance n’est, en aucun cas, passible de telles sanctions.

L’avertissement préalable — la hatra’ah — n’est pas une formalité bureaucratique. Il remplit une fonction précise et irremplaçable : distinguer le transgresseur conscient de celui qui pèche sans le savoir. Cette distinction est au cœur de la conception halakhique de la responsabilité humaine, qui refuse de traiter de la même manière l’acte délibéré et la faute involontaire.

La parole, premier acte moral de l’homme

Au-delà de ses implications strictement juridiques, le commandement du Chevouath Bitouy porte un message anthropologique profond : la parole humaine est sacrée. Jurer au nom de D.ieu, c’est mobiliser la source même du langage — car la Torah enseigne que c’est par la parole que le monde a été créé. Violer un serment, c’est donc non seulement manquer à sa promesse personnelle, mais introduire une fissure dans l’ordre de la vérité.

Dans la pensée ‘hassidique, cette dimension prend une résonance supplémentaire. La parole — dibbour — est l’un des trois vêtements de l’âme avec la pensée et l’action. Engager sa parole, c’est engager son âme tout entière. Honorer son serment, même lorsque cela coûte, est ainsi une voie de rectification intérieure et d’élévation spirituelle.

Ce commandement, vieux de plusieurs millénaires, résonne avec une actualité saisissante dans un monde où la dévaluation de la parole donnée est devenue presque banale. La Torah, elle, rappelle sans relâche : les mots engagent, les promesses obligent, et D.ieu est témoin de tout ce que nos lèvres prononcent.

 

Chavouot : Moché face aux anges – qui mérite la Torah ?  – Rav Lévi itshak Fraenkel

Chavouot : Moché face aux anges – qui mérite la Torah ? – Rav Lévi itshak Fraenkel

Lorsque Moïse monta au ciel pour recevoir la Torah, les anges s’insurgèrent : comment un être de chair et de sang pouvait-il prétendre à ce joyau céleste, gardé précieusement depuis 974 générations avant la création du monde ? Ce cours du Rav Lévi itshak Fraenkel, fondé sur un célèbre passage du Talmud (traité Chabbat), retrace le face-à-face saisissant entre Moïse et les Malakhim. À travers une démonstration aussi rigoureuse qu’audacieuse, Moïse révèle pourquoi la Torah n’a de sens que dans le monde d’en bas — et pourquoi le peuple juif en est le dépositaire légitime.

 

 

 

L’argument des anges : la loi du voisin mitoyen

Dès l’arrivée de Moïse dans les cieux, les anges s’offusquent : « Que fait un être de chair et de sang parmi nous ? » Ils réclament à D.ieu que la Torah, trésor céleste par excellence, demeure dans les hauteurs où elle a toujours résidé.

Sur le plan de la loi juive, le Rav explique que l’argument des anges s’appuie sur un principe halakhique précis : la loi du voisin mitoyen (Dina de Bar Metsra). Cette règle stipule que si un terrain est mis en vente, le voisin immédiat bénéficie d’un droit de préemption sur tout acheteur extérieur. Le raisonnement des anges est limpide : la Torah réside dans le ciel, nous habitons le ciel, nous sommes donc ses « voisins » naturels. Elle nous revient de droit — et certainement pas aux humains.

La réponse de Moïse : la Torah n’a aucun sens pour les anges

D.ieu invite alors Moïse à répondre lui-même aux anges. Celui-ci prend les Dix Commandements et les passe en revue un à un, démontrant avec une logique implacable que leurs prescriptions sont dépourvues de tout sens pour des êtres célestes.

« Je suis l’Éternel qui t’a fait sortir d’Égypte » : les anges sont-ils descendus en Égypte ? Ont-ils été esclaves de Pharaon ? « Tu n’auras pas d’autres dieux » : vivent-ils au milieu de nations idolâtres ? « Souviens-toi du Chabbat » : travaillent-ils en semaine, au point d’avoir besoin de repos ? « Honore ton père et ta mère » : ont-ils des parents ? « Tu ne tueras point, tu ne voleras point » : habitent-ils un mauvais penchant, connaissent-ils la jalousie ?

Face à cette démonstration, les anges sont contraints d’admettre leur défaite. La Torah est accordée à Moïse.

L’exception à la loi du voisin : construire une demeure pour D.ieu

Le Rav apporte ensuite une réponse hassidique plus profonde encore, qui permet de contrer l’argument du voisin mitoyen sur le plan juridique lui-même. Il existe en effet une exception notable à cette loi : lorsque l’acheteur projette de construire une habitation sur le terrain, il obtient la priorité sur le voisin qui ne souhaite l’exploiter qu’à des fins agricoles.

Or, quel est le but ultime de la création du monde et du don de la Torah ? Faire de ce monde matériel et inférieur une demeure pour l’Essence même de D.ieu — c’est ce que la pensée ‘hassidique désigne par l’expression Dirah BaTahtonim, littéralement « une demeure dans les mondes d’en bas ».

Les anges, eux, évoluent déjà dans des sphères spirituelles et n’affrontent pas les épreuves de la matérialité. Le peuple juif, en revanche, vit dans un monde d’obscurité, de tentation et de limites — symbolisées par l’Égypte. C’est précisément dans cet univers que l’homme est appelé à utiliser la Torah pour transformer les ténèbres en lumière et bâtir cette demeure divine. Puisque c’est bien une habitation qui est en jeu, et non une simple exploitation du terrain, le droit de l’homme prime sur celui du voisin angélique.

La force infinie de l’homme : sanctifier la matière

Le Rav souligne un dernier point d’une grande portée. Lorsque Moïse demande aux anges s’ils ont des parents — c’est-à-dire la capacité de reproduction —, il pointe une réalité métaphysique fondamentale. La reproduction humaine reflète une puissance infinie : elle est le signe que le peuple juif, relié à l’Essence infinie de D.ieu, possède la capacité unique de traverser les voiles de la matérialité et de transformer le mal en bien.

Les anges, fussent-ils d’essence spirituelle, ne disposent pas de ce pouvoir. Ils ne peuvent conduire l’Essence divine absolue ni dans les mondes inférieurs, ni même dans les mondes supérieurs. Seul le peuple d’Israël, ancré dans la réalité du monde d’en bas, peut accomplir l’objectif ultime de la Torah : sanctifier la matière et faire de ce monde une véritable demeure pour D.ieu.

C’est pourquoi la Torah lui appartient légitimement — non par conquête, mais par vocation.