La Torah ne considère pas la question de la subsistance comme une faiblesse de la foi — elle y répond avec précision et bienveillance. Mais derrière cette réponse se cache un enjeu bien plus profond : quelle vision du monde un père transmet-il à son fils ? C’est au cœur de cette Si’ha de Lag Baomer 5740 que le Rabbi dévoile l’un des fondements les plus silencieux — et les plus décisifs — de l’identité juive.
D’après la Si’ha du Rabbi de Lag Baomer 5740
Une question que la Torah reconnaît comme légitime
Il est une interrogation que tout cœur juif porte en lui, une question qui surgit naturellement dès lors que l’on s’engage dans l’observance de la Torah : celle de la parnassa, de la subsistance. La Torah elle-même la formule sans détour, dans le cadre des lois de la Chemita, l’année sabbatique : « Et si vous dites : Que mangerons-nous la septième année, puisque nous ne sèmerons pas et ne récolterons pas notre récolte ? » Ce qui frappe d’emblée, c’est que la Torah ne perçoit pas cette question comme un aveu de faiblesse ou un manque de confiance. Elle l’accueille au contraire comme une interrogation pleinement légitime — si légitime qu’elle y répond aussitôt avec précision et bienveillance.
Rachi le précise : D.ieu promet d’« ordonner Sa bénédiction » sur la sixième année, de sorte que la terre produira en une seule saison de quoi subvenir aux besoins de trois années entières — la sixième, la septième qui est l’année de Chemita, et la huitième, jusqu’à ce que les nouvelles récoltes soient disponibles. Il s’agit là d’un miracle manifeste, clairement attribué à la bénédiction divine, et non à l’ingéniosité humaine.
La bénédiction de D.ieu, source permanente de toute subsistance
Mais le Rabbi invite à dépasser largement le cadre spécifique de l’année de Chemita. Car la bénédiction divine n’est pas un mécanisme exceptionnel auquel D.ieu recourt uniquement lorsque les circonstances empêchent tout travail humain. Elle est la réalité permanente et fondamentale de toute subsistance, en tout temps et en tout lieu. Même pendant les années ordinaires, lorsque le Juif sème, laboure et récolte comme n’importe quel agriculteur, c’est la bénédiction de D.ieu qui féconde l’effort humain et lui confère sa valeur réelle. Sans cette bénédiction, nulle semence ne lèverait, nul travail ne porterait ses fruits.
Ce n’est pas là une vérité abstraite ou une consolation pour les temps difficiles. C’est la réalité concrète et vivante que le peuple juif a vécue pendant quarante années dans le désert, lorsque la manne descendait chaque matin avec une précision miraculeuse. Quand Israël entra en Terre sainte et que la manne cessa, il était essentiel que cette conscience ne s’éteigne pas avec elle — que le Juif continue à savoir, même en cultivant sa terre de ses propres mains, que c’est D.ieu qui nourrit et qui sustente.
L’enjeu véritable : ce que l’on transmet à l’enfant
C’est ici que la portée éducative du passage se révèle dans toute sa profondeur. La question « Que mangerons-nous ? » est certes légitime — la Torah l’a reconnu et y a répondu. Mais il existe une interrogation plus fondamentale encore, que le Rabbi place au cœur de sa Si’ha : à quoi cet enfant sera-t-il reconnu lorsqu’il aura grandi ? Quelle image du monde aura-t-il intériorisée ? Pensera-t-il que sa réussite matérielle est le fruit exclusif de son intelligence, de son labeur ou de la faveur des marchés ? Ou saura-t-il, avec une conviction profonde ancrée dès sa prime enfance, que sa subsistance provient de la bénédiction de D.ieu ?
Car ce n’est pas seulement la réponse à la question de la Chemita qui est en jeu — c’est la vision du monde entière qu’un Juif porte en lui. Un homme qui grandit sans avoir intégré cette vérité risque de passer sa vie à attribuer son succès à la seule force de ses mains — ko’hi ve’otsem yadi — comme le met en garde la Torah elle-même. À l’inverse, celui qui a été élevé dans la conscience que D.ieu bénit son travail traversera épreuves et réussites avec une sérénité et une reconnaissance d’une toute autre nature.
La responsabilité des parents, plus urgente que jamais
Le Rabbi enseigne qu’il revient aux parents de transmettre cette conscience à leurs enfants — non pas comme une notion religieuse vague, mais comme une réalité aussi tangible que le pain posé sur la table. Un père doit montrer à son fils, par ses paroles autant que par sa conduite quotidienne, que la parnassa n’est pas le fruit d’un hasard ou du seul mérite humain, mais la manifestation concrète et personnelle de la bénédiction divine. Il ne s’agit pas de nier la nécessité du travail — la Torah l’exige — mais d’en comprendre la véritable nature : le travail est le canal que D.ieu utilise pour faire parvenir Sa bénédiction, non pas sa source.
Cette transmission est d’autant plus urgente que le monde dans lequel grandissent nos enfants tend à obscurcir cette vérité. Les succès matériels sont si facilement attribués au talent, à l’effort ou à la chance. Le rôle du père et de la mère est précisément de corriger cette perception dès le plus jeune âge, afin que l’enfant grandisse avec une boussole intérieure juste : il vient de D.ieu, il s’adresse à D.ieu, et c’est D.ieu qui, en fin de compte, pourvoit à tous ses besoins.
Ce qui définira l’enfant pour toute sa vie
La Si’ha du Rabbi se referme sur une image saisissante. L’enfant qui grandit avec cette conscience — que sa subsistance vient de la bénédiction de D.ieu — porte en lui quelque chose d’irremplaçable : une identité juive pleinement assumée, une confiance inébranlable en la Providence divine, et une gratitude authentique envers Celui qui donne et qui reprend. Telle est la réponse à la question posée implicitement tout au long de cette Si’ha : à quoi sera-t-il reconnu ? À cela même — qu’il sait que D.ieu bénit sa vie, et qu’il vit en conséquence.
Cette conviction, transmise de père en fils, de mère en fille, depuis les origines du peuple juif jusqu’à ce jour, constitue l’un des fondements les plus solides de la continuité juive. Car un peuple qui sait d’où vient sa subsistance sait aussi qui il est — et ne l’oublie jamais.
Lors d’une leçon dispensée au 770 de Jérusalem, les lois des Téfilines ont été passées en revue avec une précision remarquable, depuis la longueur minimale des lanières jusqu’à l’obligation de ne jamais distraire son esprit de cette mitsva. Des questions pratiques fondamentales — comment enrouler, où poser, comment nouer — révèlent la profondeur d’une mitsva que l’on accomplit quotidiennement sans toujours en mesurer toutes les implications. Ces halakhot, issues du Choulhan Arou’h du Admour Hazaken et enrichies des enseignements du Siddour, offrent un regard neuf sur un geste que les hommes juifs répètent chaque matin depuis des millénaires.
La longueur minimale de la lanière du bras
Le Choulhan Arou’h aborde au paragraphe onze une question d’apparence technique mais aux implications pratiques importantes : quelle est la longueur minimale de la lanière des Téfilines du bras ? La réponse du Rambam est précise : la lanière doit être suffisamment longue pour encercler le biceps, former le nœud, puis s’étirer jusqu’au doigt du milieu pour s’y enrouler trois fois et y être nouée. C’est là l’essentiel de la mitsva — le nœud lui-même est constitué par le fait que les Téfilines reposent sur le bras et qu’une lanière les maintient serrées contre la chair. Tout ce qui vient ensuite — les enroulements autour du bras jusqu’au doigt — relève de l’embellissement et du renforcement de la pose, mais ne change pas la nature fondamentale du nœud premier. La bénédiction doit être prononcée avant que l’on serre ce nœud initial, et non après : telle est la règle pour que le geste et la parole se rejoignent dans le bon ordre.
Les sept enroulements et la façon de nouer au doigt
La tradition veut que la lanière soit enroulée sept fois autour de l’avant-bras, entre le poignet et le coude. Le Choulhan Arou’h précise qu’il s’agit d’un usage, non d’une obligation stricte. Selon la pratique Habad, ces sept enroulements sont réalisés de telle façon qu’ils forment en réalité huit passages distincts, deux des enroulements étant constitués de deux demi-tours comptant chacun pour une moitié : deux passages au début, six au milieu, et deux à la fin qui se partagent la valeur d’un seul, portant ainsi le total réel à sept.
Quant au doigt du milieu, la lanière doit l’entourer deux fois à la phalange inférieure et une fois à la phalange suivante. Le Choulhan Arou’h indique cependant une disposition qui diffère légèrement de la pratique ashkénaze courante, et certains Séfaradim suivent d’ailleurs la lettre du texte tal qual. Le Siddour du Rabbi précise quant à lui que l’on commence par un enroulement à la phalange médiane, puis deux à la phalange inférieure — et c’est ce que l’usage recommande de pratiquer en premier dans les faits, même si l’ordre peut varier selon les poskim.
La lanière et la titoura : une question de sainteté
Une halakha d’un intérêt particulier — et peu appliquée de nos jours — concerne l’interdiction de faire passer la lanière par-dessus la titoura, c’est-à-dire la base du bayit des Téfilines. Certains se contentent de maintenir les Téfilines en place grâce à la lanière sans la passer sur la titoura elle-même, et c’est précisément ce que préconise le Choulhan Arou’h : ne pas enrouler la lanière autour de la titoura ou du bayit. La raison invoquée est significative : la titoura possède un degré de sainteté supérieur à celui de la lanière, et puisque cet enroulement supplémentaire n’est pas requis par la mitsva elle-même — le simple fait que le bayit soit maintenu sur le bras suffit à accomplir l’obligation —, il serait inconvenant de faire reposer un objet de moindre sainteté sur un objet de plus grande sainteté sans nécessité.
Fait notable : le Siddour adopte sur ce point une position exactement inverse, autorisant l’enroulement autour de la titoura pour mieux fixer les Téfilines sur le bras — peut-être parce qu’un tel embellissement contribue à la qualité de la pose. La pratique Habad consiste à enrouler la lanière deux fois autour de la titoura, ce double passage renforçant le maintien du nœud contre le bayit et empêchant qu’il ne glisse. On relève dans cette différence entre le Choulhan Arou’h et le Siddour une des rares occasions où le Siddour adopte une position plus permissive.
Le placement exact des Téfilines de tête
La Torah dit : « Et elles seront entre tes yeux. » Les Karaïtes comprenaient cette expression au sens littéral et posaient leurs Téfilines entre les deux yeux, sur le front. La tradition orale, elle, enseigne que l’expression désigne le sommet du crâne, là où se pratiquait autrefois la tonsure — c’est-à-dire l’endroit où pousse le cheveu. La preuve en est que la Torah utilise la même formule à propos de la tonsure funéraire pratiquée par les nations, qui se faisait précisément au sommet de la tête.
Il en découle une règle pratique capitale : toute la surface du bayit doit reposer dans la zone où croît le cheveu. Il ne suffit pas qu’une partie seulement soit dans cette zone. Le bord inférieur de la titoura doit coïncider avec la naissance du cheveu au front, et le bayit ne doit pas dépasser vers le haut au-delà de l’endroit où la fontanelle du nourrisson — cette zone du crâne encore tendre à la naissance — se termine. Pour des Téfilines de grande taille, il est donc préférable de les positionner dès le début de la ligne des cheveux : si l’on les recule trop, le sommet du bayit risque de dépasser la limite autorisée. Un point qui mérite toute l’attention de celui qui pose ses Téfilines chaque matin.
Le nœud arrière : position, hauteur et centrage
Le nœud des Téfilines de tête doit être placé à l’arrière du crâne, à la hauteur de la nuque, c’est-à-dire là où se termine l’os du crâne — ni plus bas, ni trop haut. La formulation du Choulhan Arou’h est que ce nœud doit être « en face du visage », ce qui signifie qu’il doit se trouver à la même hauteur que le front, à l’opposé. Si le nœud descend trop bas sous la protubérance occipitale, il sort de la zone valide ; s’il monte trop haut, il ne correspond plus à la face arrière du visage. En pratique, le maintien du nœud à la hauteur de la nuque garantit que le bayit reste centré sur le front.
Ce centrage est d’ailleurs une obligation distincte : le bayit des Téfilines de tête doit être au milieu de la largeur du crâne, exactement entre les deux yeux. Un nœud bien positionné à l’arrière contribue à maintenir cette symétrie naturellement. Il faut aussi veiller à ce que le nœud ne glisse pas vers un côté : la pratique courante constate que le nœud latéral peut se déplacer plus facilement que le nœud arrière, car le bayit est maintenu dans la lanière elle-même.
Le côté noir des lanières doit toujours être visible
Les lanières des Téfilines doivent avoir leur côté noir orienté vers l’extérieur — tant pour les Téfilines du bras que pour celles de la tête. Si elles se retournent par mégarde, il existe selon certains décisionnaires une pratique de piété consistant à jeûner en réparation, bien qu’il ne s’agisse pas d’une obligation stricte. Cette précaution ne s’applique pas à l’ensemble des lanières : seule la partie qui encercle la tête ou le bayit une fois est concernée. Les parties pendantes devant soi, par exemple, n’ont pas à être surveillées avec la même rigueur, car elles ne font pas partie de l’essentiel de la mitsva. Certains fabriquants proposent des lanières dont les deux faces sont noires, ce qui résout d’emblée ce problème.
Il convient également de veiller à ce que le nœud lui-même ne se retrouve pas inversé, car il porte une lettre sacrée, et la retourner reviendrait à en modifier le sens symbolique. Lorsqu’on pose les Téfilines à un gaucher, trois options se présentent : retourner entièrement le bayit, déplacer le nœud de l’autre côté, ou retourner le bayit en maintenant le nœud vers l’intérieur du bras. Chacune de ces options présente un inconvénient ; la solution la plus satisfaisante semble être de retourner le bayit en s’assurant que le nœud reste bien dirigé vers le cœur.
Les lanières pendantes devant soi
Les lanières des Téfilines de tête doivent être laissées pendantes devant soi, et non ramenées vers l’arrière. Une tradition reçue des Gueonim — non mentionnée dans le Talmud mais faisant partie de la transmission orale — stipule que ces lanières doivent descendre jusqu’au nombril. Certains décisionnaires, s’appuyant sur des sources différentes, mentionnent même qu’elles pourraient atteindre les pieds. Quoi qu’il en soit, si les lanières ne descendent pas jusqu’au nombril, ce n’est pas invalidant. En revanche, si elles sont si courtes qu’il est impossible d’en laisser pendre la moindre portion devant soi, c’est une invalidité mentionnée dans le Talmud lui-même : il doit toujours y avoir quelque chose qui tombe devant, fût-ce de quelques centimètres, visible sur l’épaule.
La largeur minimale des lanières
La tradition des Gueonim fixe la largeur minimale des lanières — tant pour les Téfilines du bras que pour celles de la tête — à la longueur d’un grain d’orge, soit approximativement un centimètre. En pratique, les lanières que l’on fabrique aujourd’hui sont généralement plus larges que ce minimum, ce qui est une bonne chose : une lanière trop fine peut s’user ou se retourner avec le temps, compromettant ainsi l’obligation que le côté noir soit visible. Si les lanières disponibles ne respectent pas les dimensions requises en longueur ou en largeur, et qu’aucune autre n’est disponible, on peut néanmoins les utiliser telles quelles, car ces mesures ne sont pas explicitement mentionnées dans le Talmud : elles relèvent de la tradition des Gueonim, et si la nécessité l’impose, on ne doit pas rester sans Téfilines.
Les Téfilines de tête doivent rester apparentes
Contrairement aux Téfilines du bras, qui n’ont pas à être visibles et se portent sous la manche, les Téfilines de tête doivent être exposées au regard. La Torah dit : « Et tous les peuples de la terre verront que le Nom de l’Éternel est invoqué sur toi. » Les Sages ont enseigné que ce verset fait allusion aux Téfilines de tête. Celui qui les porte avec conscience — sachant que son cœur et son intellect sont consacrés à D.ieu — rayonne quelque chose qui inspire la crainte et le respect.
Un récit est rapporté à ce propos : on demanda au Rabbi comment il se fait que des gens portent des Téfilines et commettent néanmoins des péchés. Sa réponse distinguait entre ceux qui se contentent de poser mécaniquement l’objet, et ceux qui sont pleinement conscients de la signification de ce geste. C’est cette conscience qui fait toute la différence. Il est donc interdit de couvrir entièrement les Téfilines de tête avec le grand Talith : on veillera toujours à laisser le bayit visible, au moins partiellement.
Une exception s’applique toutefois lorsqu’un disciple se trouve en présence de son maître : il couvrira ses Téfilines de tête par humilité, pour ne pas paraître se comparer à son maître. Cette règle ne concerne que celui qui porte ses Téfilines toute la journée, en dehors de la prière — pratique qui fut courante par le passé et que certains continuent de nos jours.
Ne jamais distraire son esprit des Téfilines
Le Choulhan Arou’h pose une règle d’une grande exigence : il est interdit de distraire son esprit des Téfilines pendant tout le temps où on les porte, ne fût-ce qu’un seul instant. La comparaison est faite avec le Tsits, le diadème d’or que portait le Grand Prêtre sur le front : la Torah dit de lui qu’il devait toujours y avoir « sur son front » — ce qui fut interprété comme l’obligation de n’en jamais détourner son attention. Or les Téfilines, qui contiennent de nombreuses mentions du Nom divin, a fortiori exigent-elles une attention constante.
Mais qu’entend-on par « distraire son esprit » ? Il ne s’agit pas du simple fait d’être occupé à son travail ou à ses affaires. Une personne qui travaille de ses mains tout en gardant une certaine conscience des Téfilines qu’elle porte n’est pas en faute. Ce qui est interdit, c’est de se trouver dans un état de légèreté, de frivolité ou de plaisanterie, ou d’être si totalement absorbé par les réalités matérielles que la crainte du Ciel s’efface entièrement du cœur. Le Siddour ajoute une précision importante : celui qui travaille ou commerce tout en gardant la crainte de D.ieu ancrée en lui n’est pas considéré comme ayant distrait son esprit, même si son attention n’est pas explicitement fixée sur les Téfilines à chaque instant.
La meilleure pratique — le niveau de la mitsva accomplie dans l’excellence — est de ne s’adonner à rien d’autre que l’étude de la Torah pendant tout le temps où l’on porte ses Téfilines. Certains allèrent même jusqu’à ne prononcer aucune parole ordinaire tant qu’ils les portaient.
Toucher les Téfilines pour raviver la mémoire
La halakha établit l’obligation de toucher ses Téfilines à chaque fois qu’on y pense. La formule employée — « à chaque heure et à chaque heure » — ne désigne pas un intervalle horaire fixe, mais signifie : chaque fois que l’on s’en souvient, on est tenu de les toucher. Le Siddour explique la raison de cet usage avec profondeur : ce geste physique de contact avec les Téfilines — celles du bras d’abord, puis celles de la tête — sert à raviver la mémoire et à renforcer dans le cœur les enseignements que symbolisent ces objets sacrés. L’idée est celle d’une assistance divine : lorsqu’une illumination intérieure effleure l’âme, il faut immédiatement accomplir un geste concret pour l’ancrer et l’empêcher de s’évaporer. Toucher ses Téfilines en est le moyen.
On touche d’abord les Téfilines du bras, puis celles de la tête, conformément au principe général de ne pas laisser passer une mitsva qui se présente à portée. Pendant la prière des Dix-Huit Bénédictions, il n’est pas nécessaire de les toucher, car on ne risque pas de tomber dans la légèreté en ce moment de concentration intense. En revanche, un bel usage veut que lors de la récitation du Shema, on touche les Téfilines du bras quand on dit « et tu les attacheras en signe sur ta main », et les Téfilines de la tête quand on dit « et elles seront en frontaux entre tes yeux ».
Comment retirer les Téfilines : l’ordre et la posture
Lorsqu’on retire ses Téfilines, la règle est d’ôter d’abord celles de la tête, puis celles du bras. Si l’on retirait d’abord celles du bras, on se retrouverait dans la situation inconvenante de porter les Téfilines de la tête seules — or la Torah dit « et elles seront », au pluriel, ce qui implique que les deux types de Téfilines doivent être portés simultanément. Les Sages ont déduit de ce pluriel que les deux paires forment un ensemble indissociable, et que porter l’une sans l’autre constitue une situation à éviter.
Selon la Kabbale, les Téfilines de tête doivent être retirées debout, de même qu’elles ont été mises debout. Les enroulements du doigt obéissent à la même règle. Les Téfilines du bras, en revanche, s’étant posées en position assise, se retirent également assis selon la Kabbale — bien que le minhag Habad soit de les mettre comme de les retirer dans les deux cas debout, cette posture témoignant d’un respect accru pour la mitsva accomplie.
Rav Chmouel Azimov n’avait pas ménagé ses efforts pour répandre le Judaïsme en région parisienne. Les chiffres en sont un témoignage: à son actif, le retour aux sources de plusieurs milliers de juifs, des dizaines de centres communautaires et une infrastructure scolaire accueillant près de 2000 enfants. Le Rav Chalom Gary Cohen avait interviewé le Rav Chmouel Azimov en 1996 pour le magazine « Sources Hassidiques ».
Sources Hassidiques: Rav Azimov, vous êtes Chalia’h (délégué) du Rabbi de Loubavitch à Paris depuis une trentaine d’années, vous avez donc une longue expérience derrière vous. Pourriez-vous d’abord nous préciser la définition et le rôle d’un Chalia’h?
Un Chalia’h se doit d’essayer d’apporter le message du Rabbi là où il se trouve. Ce message était et est toujours d’amener l’étude de la Torah et la pratique des commandements à tout le peuple juif.
Si un juif n’a pas eu l’occasion d’étudier ou a certains manques dans sa connaissance du Judaïsme, le Chalia’h est là pour combler ses manques et pour l’aider dans son service de D.ieu. Son rôle ne s’arrête pas à une certaine catégorie de personnes ou à la pratique de certains commandements comme les Téphiline, le Chabbat ou l’éducation des enfants. Son rôle est global. Il doit apporter son aide à chacun et à chacune selon ses moyens.
S’il manque une école juive à l’endroit où il se trouve, il doit chercher à en ouvrir une, s’il manque un centre communautaire, il doit s’efforcer d’en construire un, s’il n’y a pas de bain rituel, il se doit d’en faire un.
Il ne doit pas penser que le lieu où il se trouve est prisonnier de ses habitudes, de ses structures, voire de son assimilation. Il est là pour le transformer grâce à la Torah et à ses commandements. Pour plus de détails on doit se référer aux discours du Rabbi dans lesquels il a longuement expliqué le rôle du Chalia’h, en particulier à travers les Mivtsaïm (campagnes pour la propagation des commandements), actions lancées par le Rabbi à propos notamment de Hanoucca, Pourim etc…
Vos propos laissent à penser qu’un Chalia’h n’aurait sa place que dans un lieu vide de Judaïsme. Or, il existe un certain nombre de communautés (par exemple celles de la région parisienne) où il y a déjà une structure communautaire et un Rabbin. Comment un Chalia’h doitil se positionner par rapport à eux?
Si le Rabbin réalise déjà le travail qui incombe au Chalia’h, ce dernier doit alors amener la flamme du Hassidisme dont le propos est d’apporter une certaine vitalité dans le service de D.ieu. Car les Rabbins ne sont pas toujours des hassidim et ne peuvent donc pas, de ce fait, en dispenser l’enseignement. Mais si le Rabbin est un hassid et apporte déjà ce message à sa communauté, il en est alors le Chalia’h.
Quelles doivent être les relations du Chalia’h avec la communauté déjà établie? Ne pourrait-il pas faire de l’ombre au Rabbin?
Je ne crois pas que, même dans une communauté où le Rabbin est très actif, tous les juifs des environs vont à la synagogue ou sont déjà très religieux. Le Rabbin s’occupe généralement des fidèles de la synagogue mais le Chalia’h doit aller frapper aux portes des autres juifs pour réveiller leur Judaïsme grâce à la chaleur du hassidisme. Ces juifs iront alors à la synagogue et deviendront plus religieux.
En d’autres termes le Chalia’h doit travailler en coopération avec le Rabbin de la communauté.
Absolument. Comme je l’ai déjà dit, si le Rabbin remplit déjà ce rôle et est lui-même un hassid, on aura alors deux Chlou’him (pluriel de Chalia’h) dans la communauté.
Et le second Chalia’h sera en plus…
Cela dépend. Quelquefois, un Rabbin, après réflexion, comprendra qu’il a besoin d’un adjoint. D’autres fois, il pensera qu’il peut tout assumer. Mais un Chalia’h peut toujours apporter son aide dans une communauté.
L’installation d’un Chalia’h dans un lieu doit-elle obligatoirement passer par le consentement du Rabbin local?
Un Chalia’h se doit de coopérer avec la communauté. De ce fait, il n’y a pas de raison que son installation se fasse sans la permission du Rabbin. Et si celui-ci regarde d’abord l’intérêt de la communauté et celui des âmes juives qui sont encore loin du Judaïsme, il n’y a aucune raison pour qu’il s’y oppose. Bien au contraire, les Chlou’him installés aux Etats-Unis ou en Europe sont presque toujours venus à la demande des communautés qui avaient besoin de gens actifs pour les vitaliser.
Quel Rabbi de Loubavitch a envoyé le premier des Chlou’him?
Depuis l’origine du Hassidisme, le besoin de personnes capables de conseiller les autres dans leur service de D.ieu s’est fait ressentir et les Rabbis de Loubavitch ont toujours envoyé des hassidim pour remplir ce rôle. Mais c’est surtout à l’époque du Rabbi Rachab, cinquième Rabbi de Loubavitch, que la notion de Chalia’h est apparue sous sa forme actuelle. En effet, il a été le premier à envoyer des Chlou’him en Russie orientale, vers l’Afghanistan ou à Bouhkhara car le manque de Rabbins se faisait alors fortement sentir dans ces régions.
Je terminerai ces généralités par un détail technique. Quelles sont les moyens de financement d’un Chalia’h? Est-il payé par une organisation centrale?
Il n’existe pas de caisse centrale qui paye les Chlou’him. Chaque Chalia’h doit se prendre en charge à l’aide d’une communauté ou de donateurs. Quelquefois, un Chalia’h installé depuis plusieurs années dans un certain lieu peut amener d’autres Chlou’him qu’il prendra alors en charge entièrement ou partiellement.
Parlons maintenant de votre expérience personnelle dans ce domaine. Depuis quand êtes-vous Chalia’h à Paris et qui vous a nommé?
En 1962, le Rabbi avait envoyé un groupe d’étudiants de la Yéchiva (école talmudique) de New York pendant une année à la Yéchiva de Brunoy où j’étudiais. Leur mission était de réveiller le Judaïsme à Paris.
Après leur retour à New York, en 1963, le Rabbi parla à un de ses proches hassidim, Rav Ben-Tsion Chemtov, qui devint par la suite mon beau-père, des problèmes du Judaïsme à travers le monde.
Au cours de cet entretien de quatre heures qui eut lieu en ‘Hechvane 5524 (1963), il parla de la situation à Paris. Il demanda alors pourquoi l’action amorcée par le groupe d’étudiants qu’il avait envoyé n’avait pas été poursuivi par les étudiants de la Yéchiva de Brunoy. Il affirma que même si ceux-ci étaient encore jeunes, ils pouvaient quand même commencer à agir.
Lorsque ces paroles nous ont été rapportées, nous avons commencé à aller le Chabbat dans des synagogues pour y apporter du Judaïsme, par des discours que nous prononcions le matin dans une synagogue et l’après-midi dans une autre.
Nous nous sommes alors dit qu’il ne fallait pas s’arrêter à ces actions ponctuelles mais qu’il fallait commencer à dispenser des cours de Torah à des jeunes gens. N’oublions pas qu’en 1963, il n’existait pas vraiment des structures ouvertes aux jeunes qui voulaient s’intéresser au Judaïsme.
Peu d’écoles juives existaient et l’immense majorité des jeunes juifs allaient à l’école laïque. Nous avons donc fixé des temps d’étude avec les jeunes et ainsi commença notre rôle de Chalia’h, alors que nous étions encore élèves de la Yéchiva. Au bout d’un certain temps, un groupe de jeunes gens venait étudier tous les dimanches avec nous à la Yéchiva. Puis, nous avons transféré ces cours à Paris afin de les rendre plus accessibles.
Comme vous l’avez dit, vous étiez étudiants à la Yéchiva, agés de 17 ans – 18 ans environ. Comment conciliiez vous vos études talmudiques qui sont en général très prenantes avec les cours que vous dispensiez? Quand trouviez-vous le temps?
Comme je l’ai dit, dans un premier temps, nous étions trois étudiants et nous allions à tour de rôle le Chabbat à Paris. Puis, nous avons institué les cours du dimanche après-midi avec l’accord de la direction de la Yéchiva. Lorsque celle-ci consulta le Rabbi, il répondit que, dans la mesure où la direction donnait son accord, c’était une très bonne chose de prendre de notre temps pour enseigner aux autres.
C’était encore l’époque où vous étiez célibataires…
Absolument. C’était avant que nous soyons mariés et avant que nous partions à New York pour passer notre diplôme rabbinique. Lorsque nous sommes revenus, nous avons continué et développé l’action commencée.
Vous parliez tout à l’heure de trois étudiants. Les deux autres sont-ils revenus à Paris avec vous?
En fait, la première année, nous étions trois, la seconde année, l’un des trois a dû, pour certaines raisons, aller étudier à New York. La troisième année, j’étais tout seul car les deux autres sont restés à New York pour continuer leurs études.
Comment votre retour s’est-il alors passé? Avez-vous demandé au Rabbi de revenir ou c’est lui qui a pris l’initiative de vous en parler?
Avant mon mariage, en 1967, j’ai voulu rester un certain temps chez le Rabbi. Il m’a dit alors qu’il était bon pour moi de rester étudier à New York pendant six mois mais qu’il fallait qu’après cela, je retourne à Paris continuer l’action déjà commencée. Cela, à condition de trouver un remplaçant qui, pendant ces six mois, continuerait à dispenser les cours et les conseils dont les jeunes gens qui étudiaient avec moi avaient besoin.
Donc, une fois marié, vous êtes revenu avec une investiture officielle…
Avant même mon mariage, j’avais l’investiture officielle du Rabbi. Celle-ci s’est d’abord exprimée dans les lettres qu’il m’avait envoyées, puis lors d’entretiens particuliers, appelés Yé’hidout, que j’ai eus avec lui. En particulier, en 1966, lorsque je suis entré dans le bureau du Rabbi, vers six heures du matin, il m’a dit qu’il fallait que je rentre à Paris afin de poursuivre mon action et il a ajouté: « Tu auras une réussite qui dépasse toute imagination ». Depuis ce moment, nous avons vu la bénédiction du Rabbi se réaliser.
Dans votre cas, la Chli’hout a commencé avant votre mariage. Est-ce le cas des autres Chlou’him?
Il est déjà arrivé, même à l’époque du précédent Rabbi de Loubavitch, que des jeunes gens soient envoyés en Chli’hout. Cela peut se passer de nos jours aussi. Cependant, on va habituellement en Chli’hout quelques mois après le mariage. On regarde alors les régions du monde où il n’y a pas de Chalia’h. Il arrive même quelquefois qu’une communauté demande la venue d’un Chalia’h.
Donc, en général, ce n’est pas le Rabbi qui envoie en Chli’hout mais ce sont les hassidim qui se proposent?
Dans les premiers temps, le Rabbi appelait le gens par son secrétaire général et leur désignait lui-même un point de Cheli’hout. Ce n’était jamais un ordre, mais une proposition. Dans un second temps, le Rabbi a demandé qu’on lui soumette d’abord des propositions.
Existait-il des Chlou’him à Paris avant vous?
Après la guerre, des hassidim venant d’U.R.S.S. et qui transitaient par Paris ont pensé s’installer ailleurs, en particulier à New York. Le Rabbi leur dit alors qu’il fallait qu’ils restent à Paris et qu’ils fondent une Yéchiva et différentes institutions telles que le séminaire « Beith Rivka » pour jeunes filles et des Talmud-Torah. Ils étaient donc, de fait, des Chlou’him du Rabbi. Cependant, j’ai eu le mérite d’être le premier Chalia’h qui devait consacrer son action à la jeunesse.
Y avait-ils des Chlou’him avant vous dans d’autres pays du monde?
Absolument. Il y en avait déjà un certain nombre.
Une fois définitivement installé à Paris, comment avez-vous agi?
Eh bien, j’ai poursuivi l’action déjà commencée. J’ai continué à motiver des jeunes à étudier la Torah. Le but était qu’ils puissent, au bout d’un certain temps, étudier par eux-mêmes afin qu’ils transmettent cette étude à d’autres juifs. Ainsi, s’est peu à peu développé un mouvement de retour vers la religion juive à la lumière du Hassidisme, chacun amenant un autre. Tel est le vrai travail d’un Chalia’h.
Il est évident que, lorsque le mouvement a pris de l’ampleur, vous ne suffisiez plus pour dispenser tous les cours. Qui vous a alors aidé dans cette tâche?
Au début, les étudiants de la plus haute classe de la Yéchiva venaient à Paris enseigner. Avec le temps, ce sont ceux qui venaient étudier qui ont assuré les cours car c’est le devoir de tout juif de ne pas penser qu’à lui, mais de dispenser ses connaissances aux autres aussi.
Une notion importante dans la Chli’hout est celle du Beth Habad. Quand cette notion est-elle apparue et comment son développement s’est-il fait à Paris?
La notion de Beth Habad ou Beth Loubavitch est apparue dans les discours du Rabbi déjà en 1958. A Paris, un certain nombre d’institutions Habad existaient déjà mais pas encore de Beth Habad. C’est en 1971 que nous avons acheté le premier centre pour la jeunesse, au 8 rue Lamartine, dans le neuvième arrondis-sement. Nous ne lui avions pas donné de nom, nous l’appelions simplement « le local ». C’est le Rabbi lui-même qui l’a appelé « Beth Loubavitch » à l’occasion de son inauguration. Le Rabbi nous avait alors donné sa bénédiction en disant qu’il nous souhaitait qu’il devienne très vite trop petit. Et, en effet, le besoin d’ouvrir d’autres « Bateï Habad » s’est vite fait sentir et nous en comptons à l’heure actuelle une dizaine environ dans la région parisienne.
Est-ce à dire qu’à part vous, une dizaine d’autres Chlou’him se trouvent dans la région parisienne?
En fait, une trentaine de Chlou’him sont rattachés au Beth Loubavitch mais tous n’ont pas encore fondé un Beth Habad.
Quel est le rôle d’un Beth Habad. Comment se distingue-t-il de celui d’un centre communautaire ou d’une synagogue?
Le rôle d’un Beth Habad est d’entretenir une chaleur spirituelle à l’intérieur de ses locaux. Dans sa lettre à propos de notre premier Beth Habad, le Rabbi expliqua qu’il devait protéger de la froideur ainsi que de la chaleur négative de la rue. Un Beth Habad se doit donc d’être imprégné de Torah, Avoda et Guemilout’Hassadim, c’est à dire de l’étude, de la prière et des bonnes actions véhiculées par les commandements divins. Cela, naturellement, toujours à la lumière de la tradition hassidique. Là est son rôle principal. Si un centre communautaire joue ce rôle, on peut alors le dénommer « Beth Habad ».
Quelles sont, à l’heure actuelle, les principales actions du Beth Loubavitch à Paris?
Depuis trente ans, nous avons développé nos actions dans plusieurs directions. Le premier axe dans le temps et dans l’importance est naturellement l’étude de la Torah.
D’abord, les cours que nous donnions le dimanche après midi ont continué et se sont renforcés puisqu’à l’heure actuelle, près de cent personnes se répartissent dans plusieurs niveaux de cours dispensés de 15h 30 à 19h au Beth Loubavitch de la rue Lamartine pour les garçons et à l’école de la rue Riquet pour les filles.
D’autre part, pendant le mois d’Août, nous organisons deux séminaires d’étude pour les garçons, d’une part et pour les filles, d’autre part. Ces séminaires, situés en général dans des hôtels des Alpes regroupent environ trois cents jeunes auxquels se joignent une centaine de familles qui prennent une location aux environs des hôtels.
Enfin, nous avons ouvert, à la rue Lamartine (Paris 9è) un Beth Hamidrach appelé « Beth Ménahem » qui dispense des cours à qui le désire du matin au soir. De plus, les Chlou’him donnent plus d’une centaine de cours de Judaïsme, chacun là où il se trouve.
Le second axe est celui des Mivtsaïm, campagnes lancées par le Rabbi depuis près de trente ans qui consistent à motiver les juifs à accomplir les commandements tels que les Téphiline, la Mézouza, la Cacherout, etc… Outre le fait que les hassidim vont régulièrement visiter des familles dans cette intention, nous avons un certain nombre d’infrastructures destinées à aider les juifs à accomplir les commandements.
Par exemple, le Centre de Vérification des Téphiline et Mézouzot a permis à des milliers de juifs, chaque année, de vérifier leurs Téphiline et Mézouzot et aussi d’en acquérir de nouvelles.
De même, une équipe de cachérisation se tient à la disposition des juifs qui décident d’appliquer les lois alimentaires du Judaïsme.
Le troisième axe est celui de l’éducation. D’une part, nous organisons chaque mois de Juillet une vingtaine de centres aérés « Gan Israël » avec l’aide de certaines communautés de la région parisienne. Ces centres aérés accueillent chaque année plus d’un millier d’enfants et remportent un grand succès.
D’autre part, nous avons développé une structure scolaire allant de la crêche à la terminale qui regroupe à l’heure actuelle 2000 enfants environ.
Ce chiffre est impressionnant. Comment cette structure s’est-elle développée?
Lorsque les premiers jeunes qui étudiaient ont fondé leur famille, le besoin d’institutions scolaires qui répondraient à l’esprit du Hassidisme s’est fait ressentir.
La toute première structure a été un Gan (jardin d’enfants) ouvert à Orly en 1971 pour quelques enfants.
En 1977, le premier Gan parisien a commencé dans des locaux que la communauté des Lilas a bien voulu nous prêter.
Peu à peu, les enfants ont grandi et l’on a dû développer d’autres écoles. Il existe à l’heure actuelle une crêche, un jardin d’enfants, deux écoles de filles et deux écoles de garçons. La crêche, le jardin d’enfants et les écoles de filles doivent être prochainement regroupées dans le complexe scolaire Haya Mouchka construit à la rue Petit, dans le 19è arrondissement et qui pourra accueillir près de deux mille enfants.
Ces écoles sont-elles réservées aux enfants de hassidim?
Absolument pas. Nos écoles sont ouvertes à tout le monde. D’ailleurs, à l’heure actuelle, près de la moitié de nos effectifs ne proviennent pas de familles hassidiques.
Quelles relations avez-vous eu au cours de votre Chli’hout avec les différentes institutions juives de Paris?
Nous avons toujours eu d’excellentes relations que l’on peut qualifier d’amicales. Les Rabbins parisiens et la communauté en général ont compris que Loubavitch n’était ni une secte ni un mouvement séparatiste, et que son seul but était d’amener la chaleur de la Torah et de ses commandements. Nous avons toujours été respectés, voire aidés par toutes les communautés, sans aucune exception.
De vos trente ans de Chli’hout, quels sont les points positifs et négatifs que vous pouvez établir?
Je ne peux pas dire le mot « négatif » car il n’y a pas de négatif dans une Chli’hout. On peut peut-être dire qu’il ne faut pas se contenter de son acquis, comme l’affirment nos Sages dans les « Maximes des Pères », car un Chalia’h doit toujours vouloir progresser. On aurait peut-être pu dispenser plus de cours, contacter et motiver plus de juifs…
Les points positifs ne peuvent m’être attribués car toute la réussite d’un Chalia’h vient de sa complète soumission au Rabbi. Comme nous le dit le Talmud: « L’envoyé est le prolongement de celui qui l’envoie ». Si un Chalia’h se sent important, il n’aura aucune réussite. On peut simplement dire que la bénédiction du Rabbi s’est réalisée. D’ailleurs, le Rabbi a dit lui-même qu’il était très satisfait du travail qui avait été réalisé à Paris. Ce lieu a mérité cette réussite sans doute grâce au séjour que le Rabbi y a fait. Un jour, le Rabbi a expliqué qu’il avait labouré et semé la terre et que le moment était venu de récolter. On peut donc dire que la Chli’hout était positive mais, comme je l’ai dit, il ne faut pas se contenter des réalisations passées. Il faut au contraire persévérer jusqu’à ce que tous les Juifs soient prêts à la délivrance des temps messianiques.
Une question que beaucoup doivent se poser: le Chalia’h étant essentiellement l’envoyé du Rabbi, cette notion a-telle encore un sens maintenant que le Rabbi n’est plus physiquement là? S’il existe encore des Chlou’him, comment peut-on les définir par rapport au Rabbi?
Comme vous venez de le dire, le Rabbi ne nous a quittés que physiquement. Spirituellement, il est toujours présent, comme avant. Comme l’affirment nos Sages à propos du Temple: « La sainteté ne quitte jamais le lieu où elle se trouve ». Même lorsque le Rabbi était vivant, c’était sa force spirituelle plutôt que matérielle qui nous a accompagnés et guidés. Or, cette force spirituelle existe aussi maintenant. Un Chalia’h est donc toujours un Chalia’h du Rabbi et peut aussi, grâce au Rabbi, nommer un autre Chalia’h et ce, jusqu’à l’avènement des temps messianiques.
Du point de vue administratif, le Rabbi a laissé trois institutions qui sont: Merkaz Leinyaneï ‘Hinoukh, Ma’hané Israël et Agoudat ‘Hassideï Habad. La première institution est celle habilitée à nommer des Chlou’him dans de nouveaux lieux. Quant aux Chlou’him qui veulent s’installer là où se trouve déjà un Chalia’h, ils doivent le faire avec son accord.
Une dernière question: comment voyez-vous l’avenir de la Chli’hout en général et à Paris plus particulièrement?
Je vois que, D.ieu merci, beaucoup de jeunes issus de familles hassidiques sont dans les yéchivot et un certain nombre en sort chaque année avec la volonté de prodiguer leur énergie à la communauté. Nous allons donc multiplier le nombre de Chlou’him en région Parisienne de façon à ce que le plus de Juifs pos-sible retournent au Judaïsme. C’est cette action qui conduira à la délivrance ultime des temps messianiques.
En juillet 1977, à la veille d’entretiens décisifs avec le président américain Jimmy Carter, le Premier ministre israélien Mena’hem Begin choisit de faire halte au siège mondial du mouvement Habad, à Brooklyn, pour solliciter les bénédictions du Rabbi Mena’hem M. Schneerson. Pendant plus d’une heure, les deux hommes s’entretinrent en tête-à-tête dans le bureau du Rabbi, avant qu’une conférence de presse improvisée ne révèle au monde entier la profondeur de leur relation. Ce moment historique, empreint de dignité et de conviction juive, allait marquer durablement la mémoire collective du peuple d’Israël.
Un bouleversement politique sans précédent
C’était une période de tourmente politique en Israël. Le Premier ministre Its’hak Rabin, membre du Parti travailliste, avait démissionné, provoquant de nouvelles élections générales. Le scrutin apporta un changement radical à ce petit pays : le 17 mai 1977, le Likoud, parti de droite, accéda au pouvoir, mettant fin à vingt-neuf années de gouvernance de la gauche.
L’Égypte, l’Arabie saoudite et les États-Unis s’affolèrent, cherchant à anticiper les prochains mouvements du nouveau Premier ministre, Mena’hem Begin. Celui-ci appela les nations arabes à venir s’asseoir à la table des négociations pour trouver une résolution pacifique au conflit du Moyen-Orient. Ce qu’il refusait catégoriquement, en revanche, c’était de céder des territoires en échange de la paix. Selon le rapport du magazine Time du 4 juillet de cette année-là, Begin affirmait qu’agir ainsi mettrait « chaque ville et chaque foyer d’Israël » à portée des canons arabes.
Le même rapport précisait : « À Jérusalem, il est désormais de bon ton de désigner la Cisjordanie sous le nom de « Judée et Samarie » ou de « terre libérée », plutôt que de « territoire occupé ». »
Au début du mois de juillet, le président américain Jimmy Carter fit parvenir un message à Israël : « Les négociations doivent commencer sans aucune condition préalable. Cela signifie qu’aucun territoire, y compris la Cisjordanie, n’est automatiquement exclu des points à négocier. »
Dans un article du 11 juillet intitulé « Un coup de semonce contre Begin », le Time concluait que l’administration Carter avait clairement signifié son impatience envers Jérusalem, ainsi que sa conviction qu’en contrepartie de la paix, Israël devait se retirer de la quasi-totalité des territoires conquis et accepter une forme de foyer national pour les Palestiniens.
Une escale pour recevoir conseils et bénédictions
La pression était intense sur le Premier ministre alors qu’il se préparait à se rendre à Washington pour s’entretenir avec le président Carter. Mais avant de rejoindre la capitale américaine, Begin fit un détour par le siège mondial de Habad. Selon les mots de Yehouda Avner, l’un de ses proches collaborateurs, Begin « entretenait depuis longtemps une relation étroite avec le Rabbi. C’est ainsi qu’il vint lui présenter ses respects et recevoir ses bénédictions avant de poursuivre son voyage vers Washington ».
Le 17 juillet 1977, 2 Av 5737 (1977), le Premier ministre arriva pour une audience privée avec le Rabbi Mena’hem M. Schneerson, de mémoire bénie.
Le Rabbi sortit du siège mondial de Habad par une chaleur de quarante degrés, tandis que des milliers de personnes acclamaient le Premier ministre depuis derrière les barrières de police. Le Rabbi et Begin se serrèrent chaleureusement la main et, côte à côte, se dirigèrent ensemble vers l’entrée de l’immeuble. Le Rabbi s’effaça pour laisser le Premier ministre entrer le premier, mais Begin refusa. La même scène se reproduisit aux deux autres portes par lesquelles ils passèrent. Finalement, les deux hommes pénétrèrent ensemble dans le bureau du Rabbi.
Begin s’assit et, évoquant une maxime de nos Sages, dit au Rabbi que les photographes font partie de ces choses « auxquelles il n’y a pas de mesure ».
« Que la presse soit bonne ou mauvaise, c’est cela la démocratie », répondit le Rabbi.
Le Rabbi et le Premier ministre tinrent ensuite une brève conférence de presse pour les médias internationaux présents. Begin prit la parole en premier, en hébreu, puis le Rabbi s’exprima en yiddish. Par la suite, à la demande des journalistes américains, ils traduisirent une partie de leurs propos en anglais. Le Premier ministre Begin déclara :
« Je suis venu ce soir auprès de notre grand maître et enseignant, le Rabbi, pour lui demander sa bénédiction avant de me rendre à Washington rencontrer le président Carter, en vue des entretiens importants que nous allons tenir sur l’avenir du Moyen-Orient.
Le peuple d’Israël prie pour le succès de ces réunions d’une très grande importance. Je ne les qualifie pas de réunions « fatidiques », car le peuple d’Israël, le peuple juif, est un peuple éternel, et son sort et son avenir ne dépendent pas d’une rencontre politique avec le dirigeant du monde libre.
Toutefois, une telle réunion revêt une grande importance pour notre avenir, et c’est pourquoi j’ai sollicité la bénédiction du Rabbi, de notre grand maître.
Le Rav Schneerson est un homme illustre en Israël. Nous le respectons tous, nous nous en remettons tous à son jugement. Il aime profondément la maison d’Israël. Il a témoigné de son attachement et de son amour profonds pour nos enfants. Ses bénédictions me sont précieuses. J’espère qu’elles me fortifieront dans cette mission très importante que je vais accomplir lors des entretiens avec le président Carter, le président des États-Unis.
Espérons que de ces réunions naîtra une avancée vers la sécurité et la paix, une paix véritable entre Israël et les nations arabes, cette paix que nous appelons de nos vœux et de nos prières, et qui finira par régner au Moyen-Orient. »
Le Rabbi prit ensuite la parole :
« Mon intervention principale était dans la langue des Juifs de Russie, d’où je viens, mais j’ajoute quelques mots pour résumer mes bénédictions pour le grand succès de cette mission très importante du Premier ministre, et pour souligner une seconde fois que j’accepte l’honneur de cette visite non pas en mon nom personnel, mais au nom du mouvement de Loubavitch, qui s’est consacré depuis des siècles à imprégner les Juifs du monde entier d’une foi totale en D.ieu Tout-Puissant, et de la certitude que leurs vœux de bien seront exaucés, en s’attachant à notre tradition de Torah et de Mitsvot, pour aller de force en force en répandant la bonté et la bienfaisance autour de nous. Cela constituera également un vase propice à recevoir les bénédictions de D.ieu Tout-Puissant pour tous leurs besoins, en exil et en Terre Sainte, et pour obtenir une paix véritable, en préparation de la venue du Machia’h, promptement en notre temps.
Et bien entendu, un remerciement tout particulier au Premier ministre, et à travers lui, à tous les Juifs d’Eretz Israël, en notre Terre Sainte, dans son ensemble. »
Un journaliste demanda au Rabbi s’il accordait sa bénédiction au Premier ministre pour son voyage à Washington. « Oui, à plus de cent pour cent », répondit-il.
Le Rabbi se tourna alors vers un journaliste et lui dit : « Ne soyez pas offensé par mon accent. » « C’était très clair, aucun problème », répondit le journaliste. Le Rabbi enchaîna : « Il en va de même pour la Terre Sainte — aucun problème. »
Quand un reporter lui demanda de préciser sa pensée, le Rabbi expliqua : « Qu’il n’y ait aucun problème pour la Terre Sainte. Et pour le Premier ministre aussi, que sa vie soit allégée. » Comme le journaliste indiqua ne pas saisir à quoi le Rabbi faisait allusion, ce dernier lui dit : « Vous pourriez faire quelque chose du côté des médias ? »
« Tout ce que je peux faire, je le ferai. »
« Les médias aux États-Unis ont une très grande importance », conclut le Rabbi.
« Mais vous avez plus d’influence que nous ! » dit le journaliste. Le Rabbi répondit : « Faites de votre mieux, quand même. »
Ce qui se dit dans le bureau du Rabbi
Après les déclarations publiques, le Rabbi et Begin se retirèrent seuls pendant une bonne heure.
Pendant ce temps, les membres de la délégation du Premier ministre eurent droit à un cours accéléré sur la philosophie Habad et les mélodies ‘hassidiques.
« La réunion s’est prolongée jusqu’après minuit à Brooklyn », rapporta Bill Seamans sur ABC Nightly News, « point d’orgue d’une longue journée de rencontres avec des dirigeants juifs américains qui ont apporté au Premier ministre Mena’hem Begin un témoignage de soutien de dernière minute avant sa réunion avec le président Carter. Plusieurs milliers de membres du mouvement Habad de Juifs ‘hassidiques ont accueilli Begin lorsqu’il est arrivé pour rencontrer leur chef, le Rav Mena’hem Schneerson, tard hier soir. Begin a été très ému par cet accueil. »
En attendant que le Rabbi et le Premier ministre sortent de leur entretien privé, le journaliste fut surpris de découvrir que les membres de Habad utilisaient des équipements de haute technologie : les bénédictions du Rabbi pour la réunion de Begin étaient « immédiatement diffusées à des Juifs du monde entier par la salle de communications du mouvement ».
« Le Rabbi s’adresse au public à certaines occasions dans l’année », expliqua le journaliste. Il interviewa l’un des responsables des retransmissions, qui déclara : « Nous diffusons sa parole dans le monde entier, dans tous les pays qui ne sont pas communistes. Il y a Israël, Londres, l’Australie, Chicago, Los Angeles… Nous avons 26 centres répartis en 12 pôles, et à partir de là, les diffusions s’étendent aux autres nations et aux autres pays de leurs continents. Voici la structure de base : de ce téléphone vers 26 endroits dans le monde. De Londres, cela rayonne dans toute l’Europe… »
À 0 h 40, le Rabbi et le Premier ministre firent leur apparition. Begin s’excusa auprès de ses collaborateurs pour le temps qu’il avait passé avec le Rabbi, et le Rabbi dit : « C’est de ma faute. »
Les collaborateurs répondirent qu’il n’y avait aucun problème : « Entre-temps, nous avons appris de la Torah. »
À l’extérieur, la presse demanda au Premier ministre de révéler le sujet de sa conversation avec le Rabbi.
« Tout ce que je dis au Rabbi et ce qu’il me dit reste entre nous », répondit-il. « C’est une vieille coutume entre nous depuis de nombreuses, nombreuses années — ce n’est pas ma première rencontre avec le Rav Schneerson, nous nous sommes rencontrés de nombreuses fois, alors que je servais encore mon peuple dans l’opposition — et davantage encore depuis que je suis Premier ministre.
« Chaque conversation avec le Rabbi est entièrement confidentielle. Vous ne me demanderez donc pas à la télévision ou à la radio de vous dire ce dont nous avons parlé. »
Le Rabbi raccompagna ensuite le Premier ministre jusqu’à sa limousine. En retournant vers sa propre voiture, le Rabbi salua d’un signe de la main tous les policiers qui étaient restés là si tard dans la nuit.
Begin à Washington : la fierté juive en étendard
À Washington, le Premier ministre ne céda pas aux exigences humiliantes de l’administration Carter. Il tint ferme, avec une fierté juive inébranlable.
Le 19 juillet, lors d’un dîner officiel, il fit savoir à tous les convives que la nourriture dans son assiette était cashère. Il coiffa alors une kippa et récita à voix haute la bénédiction traditionnelle remerciant D.ieu pour les aliments. « Parfois, comme je l’ai encore entendu aujourd’hui », déclara Begin, « des journalistes sous-entendent quelque chose lorsqu’ils m’interrogent sur la Bible. Je n’ai pas honte de dire que je crois de tout mon cœur à la Providence divine. Sans la Providence divine, où serions-nous aujourd’hui ou ce soir ? Nous avons tous été condamnés à mort, et la vie de chacun d’entre nous est un cadeau. Nous aurions pu nous trouver là-bas, dans les trains et dans les camps, comme la femme de mon ami et secrétaire, une jeune femme qui a passé trois ans à Auschwitz, regardant chaque jour la fumée s’échapper des cheminées et sachant ce qui s’y passait. »
Cette posture ne suscita aucune hostilité — bien au contraire. Le Premier ministre fut loué pour son courage et ses convictions. Le président déclara aux convives : « Nous avons eu l’occasion de nous connaître personnellement, et il m’est apparu clairement que notre hôte est un dirigeant fort. C’est un homme de profondes convictions et de principes inébranlables. C’est un homme de vérité et de dignité tranquille. C’est un homme courtois et très modeste. »
Begin exprima sans hésiter sa conviction profonde que le gouvernement israélien ne pouvait pas empêcher les Juifs de s’établir dans toutes les parties de la terre d’Israël. « Pourquoi est-il permis à un Juif de s’installer et de vivre à Bethel ou à Shiloh aux États-Unis, des villes portant des noms de lieux en Judée et Samarie, mais lui est-il interdit de construire sa maison à Shiloh ou Beth El, les originaux ? » aurait-il demandé au président lors de leurs entretiens. « Je ne prêterai pas la main à la discrimination contre les Juifs en Terre d’Israël. »
Au dîner, il expliqua : « S’il s’agissait d’un conflit territorial, il n’y aurait aucune raison de ne pas faire la paix avec Israël. C’est un conflit historique. Nous sommes venus là-bas. Nous sommes venus par droit sur la terre de nos ancêtres. Mais cela n’a pas été reconnu, et à maintes reprises des tentatives ont été faites pour nous détruire. Parfois, un agresseur vaincu se présente comme la victime lésée. Mais nous savons ce qui s’est passé. Nous n’avons fait que nous défendre contre des tentatives répétées de détruire notre peuple, notre rêve, notre indépendance et, en fin de compte, nos vies. »
À tel point impressionné par la posture du Premier ministre que le président prit ses distances par rapport à ses déclarations antérieures et à celles de son administration : « Nous avons également exploré aujourd’hui des questions très sensibles, certaines pouvant se révéler embarrassantes en raison de déclarations faites dans la fièvre de la colère, du défi, du désespoir ou des profondeurs de l’insécurité. Avec un nouvel espoir qui se fait jour, nous voyons la nécessité d’une discussion franche de toutes les questions qui, par le passé, semblaient constituer des obstacles insurmontables à la paix. »
Le Premier ministre informa le président qu’il n’était pas venu seul à la Maison-Blanche : les saintes prières et les bénédictions des sages et du peuple juif du monde entier l’accompagnaient. « Permettez-moi de vous informer, monsieur, que notre direction spirituelle, le rabbinat, a demandé avant-hier au peuple de prier chaque jour pour le succès de ma mission. Et il a été décidé qu’il y a un chant particulier à réciter chaque jour, un peuple qui prie pour le succès d’une mission. »
Le président conclut : « Nous estimons tous deux que cette année est un moment propice pour progresser vers une paix véritable et permanente au Moyen-Orient, une reconnaissance par toutes les nations qu’Israël a le droit d’exister, d’exister en tant que nation fière et indépendante, d’exister de façon permanente et dans la paix. »
Le Time résuma la rencontre dans son numéro du 1er août : « Begin a impressionné les conseillers de la Maison-Blanche et du département d’État : spirituel, brillant, fin — et dur comme l’acier. » De fait, selon le même magazine, Washington accepta de fournir 106 millions de dollars pour la production d’un nouveau char israélien, le Merkava, et de livrer à Israël 18 hélicoptères d’attaque ainsi qu’un nombre indéterminé de chasseurs F-16.
La lettre du Rabbi : une fierté juive exemplaire
Dans une lettre datée du 1er août 1977, le Rabbi évoqua la manière dont le Premier ministre s’était conduit à Washington :
« En parlant de l’importance des communautés juives en diaspora, l’accent n’est pas mis seulement sur les chiffres tels qu’ils apparaissent dans un recensement national, mais aussi et surtout sur la qualité de la population et du leadership juifs, c’est-à-dire la mesure dans laquelle les Juifs s’identifient au judaïsme et aux causes juives.
Là encore, comme je l’ai souligné lors de notre discussion, il ne suffit pas de signer un chèque — si indispensable que soit l’aide financière —, mais une identification plus profonde et un engagement personnel s’imposent, touchant chaque Juif au plus intime de lui-même et se reflétant dans sa vie quotidienne en tant que Juif. Cette identification ne se limite pas au foyer, à la synagogue ou lorsqu’on est en société avec d’autres Juifs ; elle doit être manifeste partout, même parmi les non-Juifs, et même à la Maison-Blanche, avec une véritable dignité juive et une confiance déclarée en D.ieu, le Gardien d’Israël, et une fierté dans notre héritage et nos traditions juives — comme l’a si magistralement exprimé en paroles et en actes le Premier ministre Begin. Il est généralement admis que cette conduite digne du représentant juif lors de sa première rencontre avec le président des États-Unis a eu un impact immensément favorable et a établi des liens personnels entre les deux dirigeants, ce qui, espérons-le, aura des retombées bénéfiques considérables, notamment en termes de soutien américain.
J’ai confiance que vous avez suivi de près les temps forts et les détails de cette visite et les avez comparés à ceux de ses prédécesseurs. Voici que, pour la première fois, est venu un Premier ministre juif qui a déclaré à voix haute et claire qu’il arrive fortifié par les prières de ses coreligionnaires du pays et de l’étranger, et qu’il fait confiance en D.ieu et en l’éternité de son peuple pour que sa mission soit couronnée de succès. Et, comme vous le savez certainement, lorsqu’il s’est assis pour rompre le pain avec le président Carter, il a veillé à ce que le repas soit casher, il a coiffé une kippa, a prononcé une bénédiction et en a expliqué la signification au président. Tout cela lui a valu le respect et l’admiration du président et de tous ceux qui l’ont côtoyé. Même d’un point de vue purement pragmatique et diplomatique, cette approche ne peut que porter ses fruits, même si, malheureusement, ses prédécesseurs ne l’avaient pas reconnue. »
L’aide de camp revient rendre compte de Washington
Yehouda Avner rapporte :
« À la fin de l’audience, il fut décidé que je retournerais à New York après les entretiens à la Maison-Blanche pour informer le Rabbi de la façon dont ils s’étaient déroulés.
Lorsque je me présentai chez le Rabbi, comme convenu, nous nous retrouvâmes seuls dans son bureau lambrissé, dont le mobilier si usé par le temps en avait quelque chose d’ascétique. Nous nous exprimâmes en hébreu — le Rabbi dans un hébreu classique, le mien étant moderne. Et tandis qu’il disséquait mon rapport sur Washington, son autorité naturelle sembla s’approfondir. Elle tenait à quelque chose qui dépassait la connaissance. C’était dans son être même, quelque chose qu’il possédait dans son âme et que je serais bien incapable de définir.
Mon exposé et son questionnement durèrent près de quatre heures. »
Les nouvelles de New York : Begin à Kfar Habad
Le journaliste israélien chevronné Michael Sheshar relata un Farbrenguen à Kfar Habad auquel le Premier ministre assista plusieurs mois après son retour de Washington :
L’anticipation électrisée de l’assistance monte d’un cran quand le maître de cérémonie annonce que l’invité de la soirée est quelqu’un qui vient de rentrer d’une visite chez le Rabbi, et qu’il va « révéler quelques fragments de ce que le Rabbi lui a dit ».
Mena’hem Begin prend alors la parole. « J’étais en présence du Rabbi de dix heures moins le quart à minuit moins le quart. Le Rabbi travaille toute la nuit et ne dort pas. Aussi lui ai-je demandé pourquoi. Et il m’a répondu : « La pensée est plus concentrée la nuit. » Mais même le jour, il dort peu, et c’est ainsi qu’il double sa productivité. Ce faisant, il suit les voies de nos grands sages et déploie une force de volonté et une énergie considérables. C’est pourquoi le Rabbi n’a pas besoin de dormir comme une personne ordinaire.
« Ce qu’il a dit ? cela, le Rabbi ne m’a pas permis de le révéler… Cependant, vous laisser sans rien n’est pas possible non plus, alors je vous livrerai mes impressions de la rencontre.
« Ce n’est pas notre première rencontre sur les complots de nos ennemis et les faiblesses internes ; nous avons parlé des sujets les plus importants concernant notre patrie et la diaspora. Je suis sorti de cette réunion avec une grande impression de la familiarité et de la connaissance experte que le Rabbi a manifestées.
« « L’ennemi », a-t-il dit, « veut que nous lui cédions des parties de la Terre d’Israël pour pouvoir nous attaquer ; or notre sécurité repose sur le fait que nous devons assurer notre droit à la Terre d’Israël. » Le Rabbi dit à chaque individu que nous devons défendre notre droit à la terre de nos ancêtres, afin qu’elle soit l’héritage de nos enfants pour de nombreuses générations à venir.
« Nous devons renouveler la foi des Macchabées. Tel est le message de cet homme éminent et illustre »,
déclare le Premier ministre, avant d’ajouter quelques réflexions personnelles : « Je propose que nous montions tous à Jérusalem pour ‘Hanouka, la fête de la liberté, jusqu’au Mur occidental, d’un seul cœur, pour y dire une prière pour le droit permanent à la Terre d’Israël. Que ces prières soient exaucées, et que nous méritions tous des jours meilleurs et plus grands de sécurité et de paix. »
Ses paroles sont accueillies par des applaudissements mesurés, comme si la foule appelait à une suite — mais le temps du Premier ministre est compté. Il doit partir en hâte, tandis que l’orchestre l’accompagne jusqu’à la sortie sur l’air du psaume : « Ils trameront un complot, il sera déjoué, ils conspireront, cela ne se réalisera pas, car D.ieu est avec nous. »
La foule lui crie en partant : « Sois fort et merci ! », et certains vont jusqu’à lui donner une accolade chaleureuse.
La communauté juive de Sarcelles a vécu le mardi 6 mai 2026 (18 Iyar 5786) une journée d’exception avec la 39e Grande Parade de Lag BaOmer, l’une des plus grandes manifestations juives de France. Des milliers d’enfants issus d’une dizaine d’établissements scolaires d’Île-de-France ont défilé dans les rues du quartier de la Petite Jérusalem, portant flambeaux, chants et psoukims dans une atmosphère de joie et d’unité. Organisé par les institutions Loubavitch de Sarcelles et du Val-d’Oise, sous la direction du Rav Yaakov Biton, Chalia’h du Rabbi pour cette région depuis plus de trente ans, l’événement a réuni personnalités politiques, responsables communautaires et représentants religieux autour d’un message commun : la lumière de la Torah ne s’éteint jamais.
Un miracle de plus : la pluie tient sa promesse de ne pas tenir la sienne
Depuis des années, l’échange est devenu rituel entre David, le commentateur du direct, et Chalom Biton, le directeur logistique de l’événement. « Méfie-toi, il risque de pleuvoir », lance l’un. « Non, il ne pleuvra pas », répond l’autre. Et chaque année, Chalom Biton a raison. En ce mardi matin de mai 2026, malgré des prévisions météorologiques défavorables qui avaient contraint l’organisation à déplacer l’après-midi festif au Salon Venise en prévision de la pluie, le ciel s’est dégagé pour laisser défiler les enfants sous une lumière douce et généreuse. « Une fois de plus, miracle, il ne pleut pas », a constaté le commentateur depuis sa régie mobile, tandis que des centaines d’élèves en uniformes colorés prenaient position dans les rues.
Ce souffle protecteur, la communauté ne l’attribue pas au hasard. Depuis 39 ans, l’événement a traversé orages, canicules, confinement et vents contraires sans jamais s’interrompre. Même en période de Covid, la parade avait été maintenue dans une forme adaptée, les familles aux fenêtres saluant le cortège dans le respect des distances. « C’est important pour la ville, c’est important pour la communauté de se retrouver dans des moments comme ça », a résumé le commentateur, et nul n’était en mesure de le contredire.
Le upshernish : premiers cheveux coupés, premières Mitsvot
La journée s’est ouverte par l’une des traditions les plus émouvantes de Lag BaOmer : la cérémonie du upshernish, la première coupe de cheveux des garçons de trois ans. Noam, Nan et un troisième enfant dont le prénom n’a pas été capté par les micros, tous âgés de trois ans, ont pris place sur une chaise devant l’assemblée réunie. Leurs pères ont procédé au geste symbolique sous les applaudissements nourris de la foule, après une courte exhortation de l’animateur rappelant que le Rabbi lui-même, par-delà le temps et l’espace, accompagnait de son regard ces enfants entrant dans la vie des Mitsvot.
« À partir d’aujourd’hui, on va leur mettre un talit katan et ils vont faire la prière », a expliqué l’animateur avec une simplicité chaleureuse, avant de souhaiter aux parents de « couper encore beaucoup d’autres cheveux ». Des bonbons ont été lancés depuis les gradins, perpétuant la tradition de l’ange Michaël, et des pièces d’or symbolisant le poids des cheveux coupés ont été évoquées dans l’émotion générale.
Les psoukims : douze versets pour faire s’écarter les nuages
Vint ensuite la récitation des psoukims, douze versets bibliques que le Rabbi avait demandé aux enfants d’apprendre et de proclamer lors des rassemblements publics. « C’est important parce que le Rabbi l’a demandé, et c’est surtout important parce qu’on sait que ces versets ont une force spirituelle qui peut bouleverser les nuages dans le ciel », a déclaré l’animateur en introduisant cette séquence.
Des élèves de plusieurs établissements — Gan Guivat Israël, collège Otsar HaTorah, écoles Schnor — se sont succédé au micro pour réciter, à deux voix ou en chœur, le Chema Israël, Berechit, Yaagati et les autres versets du programme. L’animateur commentait chacun d’un mot de sagesse : « Quand on fait quelque chose, il faut savoir que Hachem est avec nous, il nous regarde et il nous encourage. Il ne faut avoir peur de personne, de rien. » La séquence s’est conclue sur une prière collective pour la délivrance, récitée face aux ballons que les enfants s’apprêtaient à lâcher vers le ciel.
Les discours des personnalités : unité, transmission et gratitude
Après les psoukims, la parole a été donnée aux responsables institutionnels et politiques. Le Chalia’h du Rabbi, Rav Yaakov Biton, dont la voix porte trente-neuf ans d’histoire dans cette ville, a ouvert le bal en rendant grâce à D.ieu pour le beau temps, en remerciant l’ensemble des donateurs, bénévoles, forces de l’ordre et équipes municipales, et en rappelant la signification du jour : « C’est aujourd’hui le matin de la Torah intérieure que Rabbi Chimon nous a révélé dans les parties les plus cachées, les plus intimes. »
Le Grand Rabbin Chalom Beros, Grand Rabbin de Sarcelles et du Val-d’Oise, a livré un discours centré sur la leçon de vie de Rabbi Chimon bar Yohaï : « L’exigence envers soi et la tolérance envers les autres. C’est ce que Rabbi Chimon nous apprend et en même temps ce que le mouvement Habad nous enseigne exactement. »
Moïse Carloun, président de la communauté juive de Sarcelles, a insisté sur la dimension civique de la fête, en saluant chaleureusement le nouveau maire Bassi Konaté pour son soutien sans faille : « C’est un enfant de Sarcelles qui est aujourd’hui à la tête de cette ville et qui a voulu que rien ne change. »
Le maire en personne a pris le micro avec une sincérité manifeste, déclarant avoir appris dès sa jeunesse à reconnaître les belles illuminations de la parade depuis sa fenêtre. « Le feu de Lag BaOmer, c’est la flamme de la fraternité, de l’unité, de la solidarité et du partage », a-t-il dit en récitant avec application une prière apprise pour l’occasion, sous les applaudissements enthousiastes de la foule.
David Eydia, directeur de l’action scolaire du Fonds Social Juif Unifié, et le Rav Yossef Its’hak Pevsner, directeur général des institutions Sinaï, ont également pris la parole pour souligner que la grandeur de cet événement repose avant tout sur la qualité de l’éducation transmise au quotidien dans les écoles juives d’Île-de-France.
Le défilé des chars : chaque roue porte un message
Puis le cortège s’est élancé. Des dizaines d’écoles et institutions — Schnor, Sinaï (qui regroupe six établissements parisiens), Gan Guivat Israël, l’école de la Gan Colombe de Courbevoie, la Yéchiva de Brunoy, Zaratoura et bien d’autres — ont pris place dans l’avenue Albert Camus puis dans la rue Raymond Lamontagne, constituant un cortège de chars, de clowns, d’échassiers et de petits trains qui a sillonné le quartier de la Petite Jérusalem pendant plusieurs heures.
Le char des institutions Sinaï représentait les Chlou’him du Rabbi envoyés aux quatre coins du monde, avec en son centre une grande photo du rassemblement annuel des émissaires, rappelant que plus de 6 000 Chlou’him sont aujourd’hui présents de Sarcelles à l’Australie, du Maroc à l’Amérique du Sud. Le char de l’école de Courbevoie était dédié à l’étude quotidienne du Maïmonide, illustrant les trois formules d’apprentissage — un chapitre, trois chapitres par jour — que l’application numérique permet désormais de suivre partout. Un autre char évoquait l’histoire du grand maître qui, en plein Yom Kippour, avait interrompu sa prière pour venir en aide à une jeune mère en détresse, incarnant ainsi le principe que le secours prochain prend le pas sur tout.
À travers chaque décoration, chaque banderole, chaque mascotte, le commentateur rappelait inlassablement la dimension spirituelle : « Ce n’est pas du tout juste décoratif. Il y a du sens à travers toutes les décorations qu’on peut y trouver. »
Rav Mendel Biton et David : dialogue en direct sur le sens d’une fête
Depuis leur cabine de régie mobile, le commentateur David et le Rav Mendel Biton ont entretenu tout au long du défilé un échange nourri sur la signification de Lag BaOmer. Rav Mendel a rappelé les deux raisons principales de cette fête : d’une part, la cessation des décès parmi les 24 000 élèves de Rabbi Akiva, qui avaient péri pour n’avoir pas suffisamment honoré leurs compagnons d’étude — une leçon intemporelle sur le respect mutuel ; d’autre part, le hilloula de Rabbi Chimon bar Yohaï, l’élève rescapé qui, après treize ans de refuge dans une grotte, avait émergé pour révéler les secrets de la Torah à travers le Zohar, le grand livre de la kabbale.
« Rabi Chimon avec la lumière du Zohar va nous expliquer la profondeur qu’il y a derrière chaque chose, la positivité et la pensée de D.ieu du pourquoi de toutes ces choses-là. Et quand tu apprends la Torah à la lumière de Rabbi Chimon, toute la Torah brille », a expliqué le Rav Mendel.
Sur le sens de la parade elle-même, il a évoqué le terme hébreu taloua — avancer, prendre l’élan : « Tu ne restes pas statique dans un endroit, tu avances. Il faut toujours progresser. C’est l’idée de l’enfant, l’idée de l’élève. »
L’incubateur, le club ados, la Yéchiva : la relève de Sarcelles
Parmi les chars qui ont suscité le plus de commentaires, celui de la Yéchiva Tiféret Bahourim de Sarcelles mettait à l’honneur deux programmes en plein essor : le club adolescents, qui accueille désormais quelque 80 jeunes sur quatre semaines chaque été, venus de toute l’Île-de-France et au-delà, et l’incubateur technologique dirigé par Dan Benny, dont les effectifs ne cessent de croître et qui permet aux jeunes de concilier compétences numériques et valeurs juives.
« Il y a toujours quelque part dans toute association un peu l’ADN de Sarcelles qui ressurgit », a observé Rav Mendel avec un sourire, rappelant qu’une bonne partie du char des institutions Sinaï avait été construite par des enfants de Sarcelles. La transmission, d’une génération à l’autre, est peut-être le vrai sujet de cette journée.
Les campagnes du Rabbi : un rappel en direct depuis la régie
À l’approche de la clôture du direct, Rav Mendel Biton a tenu à rappeler l’ensemble des campagnes du Rabbi pour enrichir la vie juive au quotidien. Il a évoqué l’importance de poser les Téfilines chaque jour, de placer une Mezouza à chaque porte, d’étudier la Torah au maximum de ses capacités, de glisser une pièce de Tsedaka dans la boîte avant chaque prière — sauf Chabbat et jours de fête —, de remplir sa maison de livres de Torah, d’observer les règles de pureté familiale et de la cacherout, d’allumer les bougies de Chabbat et de Yom Tov, d’étudier le Rambam selon le programme institué par le Rabbi il y a plus de quarante ans, d’acquérir une lettre dans le Sefer Torah des enfants inscrit à Jérusalem sur le site kidsora.org, et de célébrer son anniversaire hébraïque à travers l’étude et le rassemblement familial.
Il a conclu sur la campagne de la rédemption — Machia’h — en soulignant que chaque acte accompli aujourd’hui contribue à précipiter la révélation du roi Machia’h : « Ce qui va précipiter d’une manière exceptionnelle la révélation du Machia’h, c’est de faire des cours de Torah sur la délivrance, comprendre ce qui va se passer, comment le monde va changer. »
39 ans et toujours debout : l’histoire d’une tradition sarcelloise
La première parade a eu lieu il y a trente-neuf ans, dans des conditions rocambolesques : le Rav Yaakov Biton avait organisé l’événement sans autorisation préalable, et Raymond Lamontagne, maire de l’époque, l’avait quelque peu grondé. Depuis, tous ses successeurs — Dominique Soscan, François Pupponi, Patrick Hadad et aujourd’hui Bass Konaté — ont non seulement toléré mais activement soutenu l’événement, renouvelant chaque année les subventions nécessaires à son organisation.
« La mairie de Sarcelles sera toujours au côté de la communauté pour célébrer, pour accompagner tous les événements. C’est la tradition sarcelloise », a déclaré le maire actuel, dont l’implication a été saluée par tous les orateurs. En coulisses, c’est Chalom Biton qui tient les rênes logistiques depuis une dizaine à quinze ans, coordonnant six à sept caméras, des écrans géants dans les rues, des dizaines de bénévoles et des centaines de mètres de barrières pour sécuriser le parcours. Joint en audio depuis sa régie en fin de direct, il a résumé son état d’esprit avec une économie de mots caractéristique : « C’est une question de détermination pour le bien de la communauté, des enfants, de la communauté juive de France en généralité. »
Clôture et rendez-vous au Salon Venise
Lorsque le cortège a bouclé sa boucle et que les trompettes et tambours sont apparus à nouveau devant la tribune, signalant la fin du défilé, le commentateur a pris congé avec une émotion contenue, remerciant l’ensemble de l’équipe technique, les forces de l’ordre, la mairie et, en premier lieu, Chalom Biton et ses équipes pour « un spectacle exceptionnel qui rassemble énormément de monde ». La grande parade 5786 (2025-2026) était officiellement terminée — mais la journée, elle, ne l’était pas encore.
L’après-midi festif s’est poursuivi au Salon Venise, où jeux, spectacles et convivialité attendaient les familles, dans la continuité d’une journée qui, quarante années durant, n’a jamais cessé de prouver que la joie de Lag BaOmer résiste à tout : à la pluie, au vent, au Covid et aux prévisions météorologiques. L’année prochaine, la parade de Sarcelles soufflera sa 40e bougie. Les surprises sont d’ores et déjà annoncées.
Professeur Herman (Yirmiyahou) Branover, physicien de renommée mondiale et pionnier dans le domaine de la magnétohydrodynamique, s’est éteint le lundi 17 Iyar 5786 (2026), à l’âge de 94 ans. Fervent ‘Hassid de Loubavitch, il avait consacré une grande partie de sa vie à ranimer la flamme juive derrière le rideau de fer, au péril de sa liberté. Sa disparition laisse un vide immense dans les mondes de la science et de la Torah.
De Riga à l’académie soviétique : une ascension marquée par la douleur
Né en 1931 à Riga, en Lettonie, Herman Branover grandit dans un milieu juif athée, façonné par les rigueurs du régime soviétique. Son enfance fut marquée par le deuil : son père disparut pendant la Seconde Guerre mondiale, tandis que lui-même fuyait avec sa mère et ses frères et sœurs à travers la Russie pour échapper aux persécutions. De cette jeunesse meurtrie émergea pourtant un esprit d’une rare acuité. Brillant physicien, il gravit les échelons du monde académique soviétique et acquit une reconnaissance internationale comme pionnier de la magnétohydrodynamique, discipline de pointe consacrée à la recherche sur l’énergie.
Une quête secrète : de l’athéisme à la Torah
Au fil de sa carrière scientifique, Branover entreprit une recherche intérieure qui allait tout transformer. Insatisfait des réponses que lui offrait le matérialisme, il commença à questionner les fondements de l’athéisme dans lequel il avait été élevé. Dans la clandestinité la plus absolue, au risque de sa liberté, il se mit à étudier l’hébreu et les textes juifs. C’est ainsi que lui et son épouse Fania découvrirent la ‘Hassidout Habad, à laquelle ils s’attachèrent de tout leur cœur, s’engageant pleinement dans l’observance de la Torah et des Mitsvot. Loin de garder cette lumière pour lui seul, Branover devint un maillon essentiel du mouvement clandestin de renaissance juive en Union soviétique, enseignant la pensée juive à d’autres, au mépris des dangers.
Quinze ans de refus : la résistance d’un « refuznik »
Pendant quinze longues années, le professeur Branover se heurta au mur bureaucratique et répressif du régime soviétique. Dès qu’il eut déposé sa demande de visa de sortie, il fut congédié de son poste universitaire et contraint d’abandonner ses recherches, réduit à subvenir à ses besoins par des travaux subalternes. Arrestations, interrogatoires, harcèlement incessant du KGB : rien ne parvint à briser sa détermination ni à faire taire son engagement pour la renaissance de l’identité juive. Lorsqu’il obtint enfin l’autorisation de quitter l’URSS en 1972, il était déjà devenu un juif pleinement pratiquant.
En Eretz Israël : science et foi, une synthèse lumineuse
Installé en Eretz Israël, Branover reprit ses travaux scientifiques avec une vigueur renouvelée. Rapidement, il s’imposa comme conférencier recherché à l’échelle internationale, abordant non seulement la physique mais aussi l’harmonie profonde entre la science et la Torah. Ses conférences attiraient des auditoires captivés par le témoignage d’un scientifique de premier plan qui réconciliait, dans sa propre vie et dans sa pensée, la rigueur de la recherche moderne et la foi. Sa proximité avec le Rabbi de Loubavitch orienta nombre des moments décisifs de son existence. Dans un épisode célèbre, c’est en suivant le conseil du Rabbi — qui l’encouragea à assister à un congrès scientifique auquel il avait d’abord renoncé — qu’il obtint un soutien décisif, conduisant à la création d’un important laboratoire de recherche à Beer Sheva et à des décennies de travaux novateurs financés par des subventions internationales. Dans une autre circonstance, le Rabbi décela une erreur dans les calculs complexes de Branover — une discordance qu’il fallut plusieurs mois à son équipe pour identifier et corriger.
Au service de la communauté : éducation, immigration et renaissance juive
Au-delà de ses accomplissements scientifiques, le professeur Branover consacra une énergie considérable au renforcement de la vie juive à travers le monde. Il fonda en Eretz Israël des initiatives technologiques, dont SATEC, destinées à offrir des débouchés professionnels aux immigrants hautement qualifiés venus de l’ex-Union soviétique, conformément à la vision du Rabbi sur la grande vague d’Alya à venir. Il dirigea également d’importants projets éditoriaux et éducatifs, notamment la supervision de l’Encyclopédie de la Juiverie russe, et présida l’Association SHAMIR, qui accompagnait les professionnels religieux et les immigrants dans leur insertion professionnelle et leur éducation juive. Sous son impulsion, des institutions et des programmes virent le jour dans toute l’ex-Union soviétique : écoles, conférences, initiatives visant à reconnecter les Juifs russophones à leur héritage.
Messager du Rabbi et témoin de l’Histoire
Le Rabbi lui confia également des missions délicates, notamment la transmission de messages à des militants juifs en Union soviétique à une époque de grande incertitude. Branover rapporta plus tard la prédiction précise du Rabbi concernant les bouleversements qui accompagneraient l’avènement de Mikhaïl Gorbatchev et l’émigration massive des Juifs soviétiques — des événements qui allaient bientôt se dérouler sous les yeux du monde entier.
Un homme de cœur, un père aimant
Tout au long de sa vie, le professeur Branover incarna une synthèse rare entre le génie scientifique et la foi profonde, mettant ses talents au service de ces deux mondes et inspirant d’innombrables personnes à renouer avec le judaïsme. Homme de douceur, de bonté et de tendresse, il fut un père et un grand-père aimant pour ses enfants et petits-enfants.
Il laisse dans le deuil son fils, Rav Daniel Branover, de Crown Heights, ainsi que ses petits-enfants.
Il est précédé dans la mort par son épouse Fania Branover, de mémoire bénie, rappelée à D.ieu le 2 Chevat 5772 (2012).
Sous la menace des missiles et après une nouvelle vague de neige sur la capitale, des milliers de Juifs sont descendus dans les rues des villes ukrainiennes pour les défilés traditionnels de Lag BaOmer. Malgré les explosions retentissant dans les villes bombardées, les Chlou’him du Rabbi ont tenu à maintenir ces manifestations d’unité. Un témoignage photographique saisissant d’une joie que rien ne peut éteindre.
La joie juive, plus forte que la guerre
Bien que la guerre en Ukraine se poursuive jour après jour et que le bruit des explosions soit devenu une part ordinaire du quotidien des habitants, les Chlou’him du Rabbi dans ce pays ont prouvé qu’il est bien difficile d’éteindre la joie. Des milliers d’enfants et leurs parents ont participé à des dizaines de défilés de Lag BaOmer organisés dans toutes les villes du pays martyrisé, dans une démonstration de résilience juive extraordinaire, sous les bombes.
À Kiev, la capitale, où la météo avait joué un tour aux habitants quelques jours seulement auparavant, l’atmosphère était particulièrement festive. « Jeudi dernier, il neigeait encore ici, et aujourd’hui l’été est arrivé d’un coup », raconte le Rav Sim’ha Levanhertz de Kiev. Cette transition brutale du froid glacial à la chaleur ensoleillée a accompagné les cortèges d’enfants qui récitaient des versets de Torah et marchaient avec des pancartes d’unité dans les rues de la ville.
Entre soleil et fracas des obus
Le soleil estival, cependant, ne parvenait pas à dissimuler la réalité sécuritaire complexe. Si Kiev connaissait un calme relatif, les rapports étaient bien plus lourds dans les villes d’Odessa et de Zaporojié, proches du front.
Au cours des festivités, de sourdes détonations causées par des bombardements se firent entendre, rappelant à chaque instant aux participants le danger suspendu au-dessus de leurs têtes. Odessa et Zaporojié essuyèrent des explosions, mais la communauté ne capitula pas. « Même quand la tension est dans l’air, les enfants défilent — comme le veut la tradition, comme chaque année. »
D’un bout à l’autre du pays : « Ensemble, tous les enfants d’Israël »
Les défilés, placés cette année encore sous la bannière fédératrice « Ye’houd kol yaldei Israël » — « Ensemble, tous les enfants d’Israël » — se sont tenus dans presque chaque ville où subsiste une présence juive, de Dnipro jusqu’à Lviv. Les enfants, dont certains sont des réfugiés rentrés chez eux et d’autres n’ont jamais quitté leur ville, ont participé à des rassemblements, assisté à des spectacles éducatifs, récité les 12 versets, entendu des messages sur l’amour du prochain et pris de bonnes résolutions.
« Après la neige et les jours de froid », raconte le Chalia’h de Jitomir, le Rav Chelomo Wilhelm, « le soleil est sorti pour honorer Lag BaOmer, et des centaines de Juifs et des dizaines d’enfants sont sortis du village d’éducation Or Avner, aux abords de la ville, pour célébrer Lag BaOmer avec un défilé, des versets, des récits sur le Rachbi et un repas royal. »
Tchernivtsi, Kharkiv : la fierté sous les bombardements
Le Chalia’h de Tchernivtsi, le Rav Mena’hem Mendel Glitzenshtein, a déclaré : « En ces jours où l’Ukraine subit une attaque intense, des centaines d’enfants de Tchernivtsi, accompagnés de leurs parents, ont défilé avec fierté pour Lag BaOmer et ont puisé forces, lumière et chaleur pour toute l’année. »
Le Rav Moché Moskovitz, Chalia’h du Rabbi à Kharkiv, a pris la parole lors du défilé pour évoquer les miracles manifestes de notre époque et a porté une prière pour la paix. Il a transmis le message du Rabbi — tenir debout avec fierté, investir dans la jeune génération, croire dans la puissance de l’éducation juive — tout en soulignant que tout cela nous rapproche de la venue du Machia’h.
Le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem a vibré au rythme des tambours pour son grand défilé de Lag BaOmer, rassemblant des centaines d’enfants en uniforme dans une marche festive à travers les artères principales du quartier. La procession s’est achevée face au 770 de Jérusalem, où deux grands rassemblements — l’un pour les garçons, l’autre pour les filles — ont réuni la jeunesse du quartier et des environs. Sous la conduite du Rav Yossef Its’hak Hablin, rav de la communauté Habad de Ramat Shlomo, la journée s’est conclue dans la joie avec spectacles et remise de prix.
Un défilé en uniforme sous le signe de la tradition
Des centaines d’enfants ont participé au grand défilé de Lag BaOmer organisé dans le quartier de Ramat Shlomo à Jérusalem. En tête de cortège marchaient les enfants de Tsivot Hachem, en tenue uniforme et tambours battants, suivis par des centaines d’enfants du quartier qui s’étaient joints à la marche festive le long des rues principales. Tout au long du parcours, les participants ont récité à l’unisson les douze versets et les maximes de nos Sages.
Deux rassemblements au pied du 770
La procession s’est achevée face au 770 de Jérusalem, où se sont tenues simultanément deux grandes assemblées : l’une réservée aux garçons, l’autre aux filles, réunissant des centaines d’enfants venus du quartier et de ses alentours. Le Rav Yossef Its’hak Hablin, rav de la communauté Habad de Ramat Shlomo, a pris la parole pour adresser aux jeunes participants des paroles d’encouragement et d’élévation spirituelle, insufflant à la célébration toute la profondeur de sa signification.
Spectacle et remise de prix pour couronner la fête
Les enfants ont savouré un spectacle spécial avant de prendre part à un tirage au sort qui a suscité une vive effervescence dans l’assistance. Les heureux gagnants ont remporté des prix de valeur — parmi lesquels un Chass de prestige, un vélo professionnel et de nombreuses autres récompenses — distribués sous les acclamations enthousiastes du public. Une documentation complète de l’événement, incluant une galerie photos intégrale, est disponible sur le site du 770 de Jérusalem.
À l’occasion de Lag BaOmer, le Beth Habad central de Netanya a organisé un défilé grandiose qui a réuni des milliers d’habitants dans le complexe sportif de Kiryat HaSharon. Placé sous la direction du Rav Mena’hem Valfa, Chalia’h principal et président des institutions, l’événement a bénéficié du soutien actif de la municipalité et de plusieurs associations locales. En parallèle, pas moins de quinze défilés géants ont sillonné les quartiers de la ville, animés par les 43 Beth Habad implantés aux quatre coins de Netanya.
Un défilé central au cœur de Kiryat HaSharon
Des milliers de personnes ont convergé vers le complexe sportif de Kiryat HaSharon à Netanya pour le grand défilé de Lag BaOmer organisé en l’honneur du Rachbi — Rabbi Chimon Bar Yo’haï. L’événement, placé sous la bannière du Beth Habad central de la ville, a transformé le site en un vaste rassemblement populaire mêlant ferveur religieuse et célébration communautaire.
Une organisation portée par les responsables de Habad
Le défilé a été organisé et animé sous la direction du Rav Mena’hem Valfa, Chalia’h principal et président des institutions, ainsi que du Rav Its’hak Tei’htel, directeur général adjoint des institutions et du Beth Habad de Kiryat HaSharon. La coordination opérationnelle a été assurée par le Rav Noa’h Soulich, directeur des activités du Beth Habad central de Netanya, aux côtés du Rav Yigal Far’han, du Rav Chalom Devourskin et du Rav Yehouda Bloy, du Beth Habad de Kiryat HaSharon.
La municipalité au rendez-vous
L’événement a bénéficié d’une participation officielle de haut rang. Le maire de Netanya, M. Avi Salma, a pris la parole, entouré de Mme Shiri Haguël, mairesse adjointe par intérim, de M. Chalom Algali, adjoint au maire, et de Mme Liora Lévy, adjointe au maire. Leurs interventions ont témoigné du soutien résolu de la municipalité à cette célébration devenue un rendez-vous incontournable du calendrier communautaire de la ville.
Des partenaires institutionnels engagés
L’événement a été réalisé en partenariat avec le département des événements de la mairie de Netanya, l’association pour l’éducation non formelle Reguaïm et le Conseil religieux de Netanya. Une mention particulière revient à Mme Merav Laor Makhlouf, directrice du département des événements, à Moran Taranto Meler, ainsi qu’à Mme Sharon Galanter, directrice du département communication. L’association Reguaïm était représentée par son président, M. Moshé Keizler, et le Conseil religieux par son président, le Rav Asher O’hana.
Quinze défilés dans toute la ville
Au-delà du rassemblement central, une immense parade a été organisée spécialement pour les enfants des institutions de Habad de la ville. Au total, quinze défilés géants ont mobilisé des foules considérables à travers Netanya, animés par les 43 Beth Habad répartis dans l’ensemble des quartiers de la ville — témoignage éloquent de l’enracinement du réseau Habad dans le tissu urbain de Netanya.