La grande parade de Lag BaOmer à Crown Heights : des milliers d’enfants marchent sous le signe des 12 Psoukim

La grande parade de Lag BaOmer à Crown Heights : des milliers d’enfants marchent sous le signe des 12 Psoukim

 

Crown Heights se prépare à accueillir l’une des plus grandes parades de Lag BaOmer au monde, avec des milliers d’enfants issus de plus d’une douzaine d’écoles du quartier attendus dans les rues. Le parcours détaillé vient d’être officiellement rendu public, depuis Eastern Parkway jusqu’à Rutland Road, où un grand rassemblement viendra clôturer l’événement. Cette édition revêt une signification toute particulière, marquant le cinquantième anniversaire de l’introduction des 12 Psoukim par le Rabbi.

 

 

 

Un quartier en fête, une parade très attendue

L’effervescence monte à Crown Heights à l’approche de la parade annuelle de Lag BaOmer. Les rues sont déjà ornées de guirlandes, de drapeaux et de décorations festives tout au long du parcours. Des milliers d’enfants venus de plus d’une douzaine d’écoles du quartier, accompagnés de leurs parents, prendront part à ce défilé qui compte parmi les plus importants de Lag BaOmer à travers le monde.

Le déroulement du défilé, étape par étape

La parade s’élancera à 11h15 depuis l’angle d’Eastern Parkway et de Brooklyn Avenue, devant l’école Oholei Torah. Le cortège descendra ensuite Eastern Parkway, passera devant le 770 Eastern Parkway et poursuivra sa route jusqu’à Albany Avenue. À Albany, le défilé tournera et longera Albany Avenue jusqu’à Lefferts Boulevard, avant d’emprunter Troy Avenue en direction de Rutland Road, où la parade s’achèvera et le grand rassemblement final aura lieu.

Au fil de sa progression à travers Crown Heights, les écoles du quartier rejoindront le cortège à différents points du parcours. Chaque groupe se fondra dans la procession avec ses bannières, ses drapeaux et ses chants, transformant peu à peu le défilé en une grande démonstration d’unité communautaire — des milliers d’enfants marchant ensemble en l’honneur de Rabbi Chimon bar Yo’haï.

Cinquante ans des 12 Psoukim : un thème au cœur de cette édition

La parade de cette année est placée sous un thème d’une portée exceptionnelle : le cinquantième anniversaire de l’introduction des 12 Psoukim et des Maamorei ‘Hazal par le Rabbi. Les six premiers Psoukim avaient été introduits à Roch ‘Hodech Iyar 5736 (1976), et les six suivants lors du Lag BaOmer de cette même année, conférant à cet anniversaire une résonance profondément symbolique.

Douze arches monumentales jalonnent le parcours

Douze arches gonflables monumentales d’environ quatre mètres cinquante de hauteur seront disposées le long du parcours, chacune illustrant l’un des 12 Psoukim. Une treizième arche, dédiée à la Guéoula, viendra compléter l’ensemble. Les enfants pourront littéralement passer sous les Psoukim en marchant — une expérience à la fois visuelle et spirituelle. Ces arches sont déjà arrivées à Crown Heights et ont été récemment testées afin de s’assurer que tout est parfaitement en ordre.

Un grand rassemblement pour conclure la journée

À l’issue du défilé, les milliers de participants se réuniront sur Rutland Road pour un rassemblement solennel et festif. Les enfants y réciteront ensemble les Psoukim, entonneront des Nigounim et écouteront des Divré Torah, le tout accompagné d’animations spécialement préparées pour eux.

Horaires et itinéraire

Eastern Parkway : 11h15 — Brooklyn Avenue : 11h22 — Kingston Avenue : 11h30 — Albany Avenue
Albany Avenue : 11h32 — Union Street : 11h34 — President Street : 11h36 — Carroll Street : 11h38 — Crown Street : 11h40 — Montgomery Street : 11h42 — Empire Boulevard : 11h45 — Lefferts Avenue
Lefferts Avenue / Troy Avenue : 11h52 — Lefferts Avenue : 11h54 — East New York Avenue : 11h56 — Maple Street : 11h59 — Rutland Road

13 Iyar 1952 : Les Chiva secrètes du Rabbi après le décès de son frère

13 Iyar 1952 : Les Chiva secrètes du Rabbi après le décès de son frère

 

À l’aube du 13 Iyar 5712 (1952), la Rebbetzin Haya Mouchka apprenait le décès de Rav Israël Aryeh Leib, frère du Rabbi, survenu à Liverpool en Angleterre. Ce qui suivit fut une semaine de deuil d’une discrétion absolue, menée dans le plus grand secret afin de protéger la Rebbetzin ‘Hanna, de la terrible nouvelle. Un journal intime consigne, jour après jour, le déroulement de ces événements hors du commun.

 

 

 

 

La nouvelle arrive à l’aube

En ce jeudi matin 13 Iyar 5712 (1952), la Rebbetzin Haya Mouchka fit appeler Berel Yunik et le pria de se rendre à son domicile, au 346 New York Avenue, à l’angle de President Street. À son arrivée, elle lui confia qu’elle venait de recevoir des nouvelles alarmantes en provenance de Liverpool, en Angleterre : l’état de santé du frère du Rabbi, Rav Israël Aryeh Leib, était très grave. Elle ajouta qu’elle s’inquiétait pour la Rebbetzin ‘Hanna et pour sa capacité à supporter un tel choc.

Berel Yunik ne saisit pas immédiatement la gravité de la situation et crut qu’il s’agissait d’une crise cardiaque ou d’un incident du même ordre. Quelques minutes plus tard, la Rebbetzin lui demanda de contacter Rav Chemouel Levitin. Lorsque celui-ci arriva, elle s’entretint avec lui pendant environ une demi-heure, et la vérité éclata : le frère du Rabbi était décédé.

Elle expliqua qu’elle avait reçu, tôt ce matin-là, un appel téléphonique de la famille d’Angleterre à la boulangerie de Nostrand Avenue — le foyer ne disposant pas du téléphone —, et c’est là qu’elle avait appris la nouvelle. Au moment où elle rentra chez elle, le Rabbi était déjà parti pour le 770.

La déchirure du vêtement et le début du deuil

Après la prière du matin, Rav Chemouel entra dans la pièce du Rabbi et l’informa du décès. Le Rabbi demanda si d’autres personnes étaient au courant, puis ordonna que tous ceux qui savaient soient convoqués. Rav Leibel Groner fut appelé. Rav Chemouel commença à déchirer le côté droit de son vêtement, et le Rabbi paracheva lui-même la déchirure.

Au moment de la Keriah, le Rabbi demanda à Rav Chemouel et à Rav Leibel Groner de réciter les versets indiqués dans le Siddour. Il s’assit ensuite sur une chaise basse.

L’inhumation devait avoir lieu en Eretz Israël, et il fallait compter environ deux semaines. Le Rabbi s’enquit du moment où le deuil devait débuter, et la décision rabbinique fut que, puisqu’il n’assisterait pas à l’enterrement, il devait commencer le deuil immédiatement, sans attendre l’inhumation.

Le Rabbi rédigea alors une lettre manuscrite adressée à sa belle-sœur en Angleterre et la confia à Berel Yunik pour l’envoi.

Un Minyan discret, cinq bougies et le Kaddich

Un Minyan fut réuni dans la pièce du Rabbi. Rav ‘Haïm Mordekhaï Aïzik Chodakov officia comme ‘Hazzan pour toutes les prières. Le Rabbi ordonna qu’on allume cinq bougies, et cela fut observé chaque jour. Pour sa part, il se limita à réciter le Kaddich. Après le Kaddich suivant Alénou, il récita le chapitre 49 des Téhilim, puis dit à nouveau le Kaddich. Les quatre chapitres de Michna furent lus à voix haute par le ‘Hazzan après chaque prière. Le même ordre fut respecté lors de la prière de Maariv.

Comme c’était un jeudi et que le Rabbi jeûnait dans le cadre du jeûne de Bé’Hav, il ne prit pas de repas. Après Maariv, lorsqu’on lui apporta à manger, il précisa que l’obligation de manger ne s’applique qu’au premier jour de deuil, et que celui qui n’a pas mangé ce jour-là n’est plus tenu de le faire par la suite.

Protéger la mère à tout prix

Le Rabbi veilla avec une attention extrême à ce que sa mère, la Rebbetzin ‘Hanna, n’apprît pas la nouvelle. Avant de lui rendre sa visite quotidienne, il remit à Berel Yunik ses chaussures en caoutchouc afin que les semelles blanches soient noircies et ne trahissent pas le deuil. Il ordonna également qu’aucune lettre de condoléances ne lui fût adressée, et que tout son courrier lui fût d’abord apporté pour vérification, afin qu’aucune lettre portant la nouvelle du décès ne lui parvînt.

Ce soir-là, Berel Yunik accompagna le Rabbi chez sa mère, au 1418 President Street. Le Rabbi s’arrangea pour que la visite fût brève, de sorte qu’elle ne remarquât rien d’inhabituel dans son comportement. Dès son entrée, Berel Yunik appela de l’extérieur depuis un commerce voisin. Lorsque le téléphone sonna, le Rabbi dit à sa mère qu’on la demandait et en profita pour prendre congé discrètement.

En sortant, le Rabbi croisa le fils de Rav Pinye Alhaous. Il le pria d’informer sa famille du décès, mais de n’en rien dire à sa mère, qui n’était pas encore au courant.

Vendredi, Pessa’h Chéni

Lors de la prière du matin, le Rabbi demanda que le passage « Eïzehou Mekoman » fût lu à voix haute par le ‘Hazzan ; il semble qu’il l’ait lui-même récité également. Il en fut de même pour le passage « Pittoum HaKetoreth » avant Alénou.

Après Téhilim, le Rabbi récita le chapitre 49 des Téhilim, puis le Kaddich — et cela après chacune des deux sections.

À Min’ha, il ne dit pas le chapitre 49 des Téhilim, car la veille du Chabbat après midi, on ne récite pas le Tsidouq HaDin. Interrogé sur l’omission de Ta’hanoun tout au long de la semaine, le Rabbi répondit que cela relevait d’une autre raison, afin de ne pas éveiller les jugements sévères. Il indiqua qu’un autre chapitre des Téhilim devait être récité à la place, puis dit le Kaddich.

Le Rabbi se lava les mains et mangea un kazaït de Matsa, selon la coutume de Pessa’h Chéni, et ordonna qu’on lui apportât de la Matsa de la veille de Pessa’h. Il demanda également du vin pour Kiddouch et de la viande.

Chabbat Paracha Emor, 15 Iyar

Le Rabbi pria le Chabbat dans le Beth Hamidrach et récita tous les Kaddichim. À l’issue de la prière, il ne dit pas « Gutt Chabbat », et les ‘Hassidim commencèrent à comprendre qu’il était en deuil, même si cela n’était pas encore officiellement connu.

Il prit ses repas du Chabbat dans sa pièce. Lors de Cha’hrit, il dit également le Kaddich après la lecture de la Torah. Il fut appelé à la Torah pour la Haftara, mais son nom ne fut pas annoncé. À Min’ha, il ne reçut pas de montée à la Torah.

La sortie du Chabbat et les visites de consolation

À Maariv, à la sortie du Chabbat, il retira ses chaussures avant Barekhou, tout en conservant ses habits du Chabbat. Après la prière, il s’assit sur une chaise basse, et les fidèles vinrent lui présenter leurs condoléances. La Havdala fut faite à la maison sur du vin.

Les derniers jours de la Chiva

Lundi 17 Iyar : le Rabbi ne fut pas appelé à la Torah. Après la prière, il récita en privé deux chapitres de Michna.

Mercredi 19 Iyar : la Chiva prit fin ce jour-là. Le Rabbi prononça quelques mots sur le sujet du deuil. Il se rendit au Ohel à l’occasion de Lag BaOmer et parut profondément affecté.

À partir de ce moment, Rav Zalman Dou’hman officia comme ‘Hazzan et récita les Kaddichim.

Une discrétion maintenue jusqu’au bout

Tout au long de cette semaine, le Rabbi continua à rendre visite à sa mère chaque soir, en veillant scrupuleusement à ce qu’elle ne remarquât rien d’anormal. Chaque soir, Berel Yunik devait trouver un prétexte différent pour permettre au Rabbi de s’éclipser rapidement et discrètement.

Un enseignement du Rabbi : juger favorablement et révéler la lumière cachée en chaque être

Un enseignement du Rabbi : juger favorablement et révéler la lumière cachée en chaque être

 

À l’occasion de la lecture de la Paracha Emor, une Si’ha du Rabbi offre une réflexion d’une profondeur exceptionnelle sur le pouvoir de la parole et sur le principe de juger son prochain favorablement. Bien au-delà d’une simple disposition morale, cet enseignement révèle que l’éloge sincère de l’autre possède une force créatrice capable de transformer la réalité. Au cœur des jours du Omer, ce message résonne comme une feuille de route spirituelle pour tout juif désireux de s’élever dans ses relations avec ses semblables.

 

Cours donné au 770 de Jérusalem par le Rav David Bardugo
Parachat Emor du Likoutei Si’hot volume 27, Si’ha 1

 

Juger favorablement : le moteur qui éloigne la médisance

Le ‘Hafets ‘Hayim enseigne que la capacité à juger son prochain favorablement est le véritable moteur qui permet à un homme de se préserver entièrement du lashon hara, la médisance. En effet, celui qui s’entraîne à porter sur autrui un regard positif, à voir uniquement les bonnes parts de chaque être et à ne pas s’arrêter sur ses travers, n’aura jamais de raison de médire. L’on ne parle pas en mal de ce que l’on ne perçoit pas comme mauvais. En cultivant ce regard bienveillant, l’homme se libère de nombreuses fautes commises dans les relations humaines et s’attache à une âme plus pure, plus proche du Saint béni soit-Il qui, Lui aussi, contemple le bien.

Mais dans la Si’ha de cette semaine, le Rabbi va bien plus loin. Il nous offre un regard infiniment plus profond et plus spirituel, montrant que juger favorablement ne se limite pas à se dire en son for intérieur « il est correct » ou « elle avait sans doute une bonne raison ». C’est aussi donner à l’autre les outils pour devenir réellement meilleur. Lorsqu’on regarde quelqu’un avec bonté et qu’on le juge positivement, au-delà du bienfait éducatif considérable, on agit en profondeur sur sa réalité spirituelle.

Le mot « Emor » : une injonction à la parole bonne et sans limites

La Paracha s’appelle Emor — « Dis ». Le Rabbi note que cette appellation n’est pas anodine, car selon la tradition, le nom de chaque Paracha constitue une horaah, un enseignement pratique destiné à chaque juif, en tout temps et en tout lieu. Pourquoi le texte dit-il « Emor » — parle — et non « Daber » — dis — à l’adresse des cohanim ? La distinction est fondamentale : Daber est une expression dure, associée à la rigueur et à la réprimande ; Emor est une expression douce, associée à la douceur, à l’influence bienveillante et au dévoilement du bien.

De plus, nulle limite n’est apposée ici : le texte ne dit pas « Emor meat » — parle peu. Il dit simplement : Emor, Emor, Emor. La parole est présentée ici comme une chose positive, sans restriction. Or, nos Sages enseignent généralement de parler peu. Comment concilier les deux ?

Le Rabbi explique que la concision prescrite par les Sages en matière de Torah ne porte pas sur la quantité des mots de Torah — plus on en dit, mieux c’est — mais sur la méthode pédagogique. Quand on enseigne, il convient de transmettre un contenu riche avec un minimum de mots, afin de ne pas perdre son interlocuteur. Le Rambam le formule ainsi : les paroles d’un sage sont peu nombreuses mais leur contenu est abondant. En revanche, lire, étudier, murmurer des mots de Torah à longueur de journée est une Mitsva en soi, chaque syllabe comptant comme un commandement positif. Le mot Emor représente donc une parole positive, non limitée, que l’on a l’obligation de multiplier — à condition qu’elle soit pure.

Les paroles divines sont pures : et celles de l’homme ?

Le Midrash ouvre une comparaison saisissante. Un roi de chair et de sang entre dans une province ; les habitants le couvrent de louanges, et dans l’ivresse de l’admiration qu’on lui porte, il multiplie les promesses : baisser les impôts, construire des ponts, appeler des médecins, embellir la ville. Mais à l’aube, où est-il ? Il est reparti. Ses promesses n’avaient aucune consistance.

D.ieu, Lui, est la vérité absolue. Car Il est « D.ieu vivant et Roi éternel ». Sa parole ne revient pas à Lui sans avoir accompli ce pour quoi elle a été envoyée. Ses amiroth — Ses paroles — sont des amiroth tehouroth, des paroles pures, qui créent et accomplissent.

Or, parce que les Bnei Israël sont attachés à D.ieu — « Et vous qui êtes attachés à l’Éternel votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd’hui » — leurs paroles peuvent elles aussi revêtir cette pureté. Un juif juste, un tsaddik, dont la bouche est sanctifiée et ne profère aucune médisance, possède une parole qui crée la réalité, tout comme la parole divine. Ce n’est pas une métaphore : le Ari HaKadosh, selon Rabbi ‘Hayim Vital, avait coutume de prononcer ses ‘hidouchim — ses révélations — même quand ses disciples n’avaient pas l’élévation nécessaire pour les comprendre. Pourquoi ? Parce que le fait même de les prononcer les faisait descendre dans le monde et leur donnait une existence. La parole du sage fait advenir.

La médisance tue : l’avertissement du Midrash

Le Midrash apporte une illustration troublante. Les soldats du roi David, bien que véritables géants de la Torah — on dit d’eux que déjà nourrissons ils en connaissaient les 49 faces — tombaient parfois au combat. Comment est-ce possible ? Parce que, dit le Midrash, « il y avait parmi eux des dila’tourin » — des médisants. Leur bouche n’était pas suffisamment purifiée. En conséquence, leurs paroles n’avaient pas la force de créer la réalité du salut qu’ils souhaitaient.

À l’inverse, les soldats d’Akhav — un roi impie — rentraient tous sains et saufs. Pourquoi ? Parce qu’il régnait parmi eux une unité profonde, une fraternité exempte de médisance. Cette unité les protégeait.

La médisance est appelée « le troisième » — lashon telitha’i — car elle tue trois personnes : celui qui la prononce, celui qui l’écoute, et celui sur qui elle est dite. Comment peut-elle nuire à ce dernier, qui n’a commis aucune faute ? Le Midrash explique que la parole a le pouvoir de révéler ce qui était enfoui. Des accusations dormaient peut-être dans les mondes supérieurs contre cet homme, mais tant qu’on n’en parlait pas, elles restaient en puissance. Le moment où la bouche parle en mal, c’est comme si l’on ouvrait un registre céleste, et la mise en lumière des fautes produit un effet réel sur celui qui en est l’objet. D.ieu alors examine le dossier, et le mal advient.

Or, si la médisance peut faire descendre le mal sur autrui, la parole de louange — dont la mesure bonne est supérieure à la mesure du châtiment — peut a fortiori faire rayonner sur lui le bien.

Talmid ‘hacham : celui qui parle en louange et jamais en déshonneur

Le Rabbi soulève une subtile contradiction dans les écrits du Rambam. Au chapitre 5 des Hilkhoth De’oth, il décrit le comportement du talmid ‘hacham — l’érudit — en ces termes : « Il parle des mérites de son prochain et jamais de son déshonneur — kol. » Au chapitre 6, il écrit que tout juif est obligé d’aimer son prochain comme lui-même et donc de parler de ses mérites.

Si tout juif doit parler en bien de l’autre, pourquoi la Torah insiste-t-elle spécialement sur le talmid ‘hacham ? Et que signifie l’ajout « et jamais de son déshonneur » — une formule absente concernant l’homme ordinaire ? N’est-il pas interdit à tout le monde de médire ?

Le Rabbi explique que les deux chapitres traitent de deux niveaux différents. Le chapitre 6 parle de la Mitsva universelle d’aimer son prochain : l’on parle en bien de l’autre pour son bénéfice à lui, comme on protège son bien. C’est un acte orienté vers l’autre. Le chapitre 5, lui, définit ce qu’est un talmid ‘hacham en tant que tel : sa dignité, son élévation propre. C’est la définition même de l’érudit que de ne jamais parler en déshonneur. Celui qui ne s’est pas hissé à ce niveau ne peut prétendre au titre de talmid ‘hacham, avec tous les droits que cela implique.

Mais comment un talmid ‘hacham peut-il ne jamais parler en déshonneur de l’autre — même « kol », même dans les cas où l’autre semble manifestement fautif ? La réponse réside dans la définition même du « jugement favorable » selon le Rabbi.

Trois degrés dans l’éloge : juger, louer, et élever

Le Rambam précise que le talmid ‘hacham ne se contente pas de juger favorablement en son for intérieur. Il va plus loin : il parle de son prochain en bien. Et non seulement cela — mais en l’éloquant ainsi, il fait en sorte qu’il n’y ait plus matière à déshonneur du tout.

Le Rabbi dégage trois degrés distincts. Le premier : juger favorablement — cela vaut pour tout juif. Lorsqu’on voit un acte suspect, on se dit que cet homme a probablement une bonne raison. Le deuxième, propre au talmid ‘hacham : parler de lui en bien, à voix haute, même lorsqu’il s’est comporté de façon discutable. Et le troisième, qui découle du deuxième : en le louant, on l’élève réellement, si bien qu’il n’y a plus de déshonneur sur lequel s’appuyer. La louange n’est pas seulement une façon de voir les choses autrement — elle transforme la réalité de celui qui en est l’objet.

C’est en cela que le talmid ‘hacham se distingue : sa parole, comme celle du Ari HaKadosh qui énonçait ses révélations pour les faire descendre dans le monde, opère une transformation réelle. En révélant le bien de l’autre par ses mots, il fait exister ce bien en acte.

Le vrai sens du jugement favorable : voir les forces spirituelles cachées

L’Admour HaZaken, dans le Tanya, cite l’enseignement des Sages : « Ne juge pas ton prochain avant d’être arrivé à sa place. » Cela signifie : mets-toi à sa place. Si tu avais ses difficultés, sa situation de vie, ses épreuves, ferais-tu vraiment mieux ?

Mais le Rabbi pousse plus loin encore. Juger favorablement ne signifie pas seulement disculper l’autre — « dans sa situation, je n’aurais pas fait mieux non plus ». Car dans ce cas, on l’exonère certes de la faute, mais on ne lui reconnaît aucune vertu positive. Le véritable jugement favorable consiste à découvrir en lui une force spirituelle cachée et élevée.

Voici le raisonnement : le Saint béni soit-Il n’impose à un homme que les épreuves qu’il est capable de surmonter. Si quelqu’un se trouve exposé à des tentations ou des situations périlleuses du point de vue spirituel, c’est précisément parce que son âme a la capacité d’y résister. On ne soumet pas une petite âme à de grandes épreuves. Ainsi, lorsqu’on voit un juif placé dans un contexte difficile, au lieu de le condamner, le regard juste est : « Quelle âme haute doit être la sienne pour que D.ieu lui confie une telle épreuve ! »

C’est ce que signifie « dan l’kaf z’khout » — juger en faveur de la balance du mérite : révéler le mérite réel de l’autre, ses forces spirituelles profondes, ses puissances latentes. Et le mot « havva » dans l’expression talmudique « havva dan » — crée le mérite — indique que cet acte est créateur : en révélant verbalement ces forces, on les fait advenir en acte dans la réalité de cet homme. Il y a une transmission spirituelle qui s’opère d’âme à âme lorsqu’on parle en bien de quelqu’un.

La pédagogie de la lumière : « Emor » et non « Daber »

Le Rabbi revient sur la distinction entre Emor et Daber à la lumière de tout ce qui précède. Daber — la parole dure — représente l’approche qui combat le mal de front, qui brise le négatif par la confrontation, qui « travaille d’en bas ». Emor — la parole douce — représente l’approche qui ajoute de la lumière jusqu’à ce que l’obscurité se dissipe d’elle-même.

C’est la signification du mot lehaz’hir utilisé par le Talmud : « Avertir les grands sur les petits. » Le mot lehaz’hir est de la même racine que zahav, l’or, et zohar, la lumière. Il ne s’agit pas d’imposer des interdits, de corriger avec sévérité, de confronter le mal. Il s’agit de faire rayonner la lumière intérieure de l’enfant, du disciple, du prochain — jusqu’à ce que le mal se dissolve de lui-même, faute d’espace.

Le livre des Proverbes dit : « Ne reprends pas l’insolent, de peur qu’il ne te haïsse ; reprends le sage et il t’aimera. » Psychologiquement, dire à quelqu’un « tu es un insolent, comment peux-tu agir ainsi ? » déclenche immédiatement un mécanisme de défense. Mais lui dire : « Tu es un homme sage et bon — et c’est précisément pourquoi ce comportement ne te convient pas » — le touche au cœur et le transforme.

Le lien avec le Omer : les 24 000 élèves de Rabbi Akiva

La Paracha Emor est lue chaque année durant les jours du Omer. Ce n’est pas un hasard. Entre Pessa’h et Chavouot, nous pleurons la disparition des 24 000 disciples de Rabbi Akiva, morts parce qu’ils ne se respectaient pas les uns les autres. Selon certains avis, ils pratiquaient le lashon hara, parlant en déshonneur de leurs compagnons.

L’enseignement d’Emor — la parole positive, l’éloge de l’autre, le jugement favorable — vient précisément corriger cette faute. L’injonction « Emor » durant le Omer nous rappelle que la Guéoula — la délivrance — ne peut advenir que lorsque les Juifs se parlent en bien les uns des autres, se révèlent mutuellement leurs forces cachées, et font de la parole un instrument de lumière plutôt qu’un vecteur de blessure.

C’est aussi en ce sens que cet enseignement est lié à l’anniversaire du Rabbi MaHaRaSh — le 2 Iyar (5593 / 1833) — dont la devise célèbre était : « Le monde dit que si l’on ne peut pas passer par-dessous, il faut passer par-dessus. Moi, je dis : passer par-dessus, d’emblée. » Lechatechila ariber — d’emblée, en grand, en lumière, en ajoutant du bien, plutôt qu’en combattant le mal. C’est la voie de l’Emor, la voie du talmid ‘hacham, la voie d’Israël vers la Guéoula.

Un œil de lumière sur chaque être humain

En conclusion, le Rabbi décrit concrètement ce que signifie mettre cette vision en pratique. Chaque être humain possède des qualités et des défauts. La question est de savoir sur quoi l’on choisit de braquer son « projecteur ». Le yetser hara — le penchant au mal — pousse à ne voir que les aspects négatifs, à partir de là en médisance. Mais celui qui veut vraiment juger favorablement décide délibérément de ne voir que les bonnes parts.

Tel cet homme agaçant dans une synagogue, bavard et intrusif — mais qui, en réalité, paye toutes les factures d’électricité de la communauté. Lorsque tu le croises, vois en lui « l’homme qui entretient la lumière de notre beth hakkénesseth ». Ne vois que cela. Le projecteur ne doit éclairer que cette réalité. Le reste est dans l’ombre.

Ce regard transformé — sur soi-même d’abord, puis sur l’autre — est, selon le Rabbi, la clé de toute la Torah. Celui qui acquiert cet œil de lumière s’ouvre la voie vers l’accomplissement de tous les commandements. Et celui qui élève son prochain par la parole, qui révèle ses forces cachées, accomplit une œuvre divine : il crée de la réalité, il fait advenir le bien, il rapproche la Guéoula. Que D.ieu nous accorde, en ces jours du Omer, de mériter cette élévation, et de voir venir rapidement la délivrance complète avec Machia’h notre juste, amen.

 

Le Rav Alain Chlomo Sénior, nouveau Grand Rabbin de Paris, accède à la plus haute fonction rabbinique de la capitale

Le Rav Alain Chlomo Sénior, nouveau Grand Rabbin de Paris, accède à la plus haute fonction rabbinique de la capitale

Le 29 avril 2026, le Consistoire de Paris a élu le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior à la tête du Grand Rabbinat de Paris, l’une des fonctions rabbiniques les plus prestigieuses du monde juif francophone. Cette élection couronne un itinéraire de plus de quarante ans au service des communautés juives de France, porté par une double hérédité : celle d’une lignée rabbinique multiséculaire et celle d’un beau-père d’exception, le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe à la demande du Rabbi de Loubavitch. Héritier de deux mondes — l’institution consistoriale et la profondeur spirituelle de Habad-Loubavitch —, le nouveau Grand Rabbin de Paris aborde sa mission avec l’expérience de celui qui a appris, au fil des décennies, que chaque chose arrive en son temps.

 

 

 

Une élection historique au terme d’un long parcours

Le 29 avril 2026, le Consistoire de Paris a élu le Rav Alain Chlomo Sénior au poste de Grand Rabbin de Paris. Cette consécration est l’aboutissement d’un engagement de plus de quarante ans au service de la communauté juive de France, soutenu par une double hérédité : une lignée rabbinique multiséculaire et le legs spirituel de son beau-père, le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe à la demande du Rabbi de Loubavitch.

Origines et formation : l’enfant des synagogues consistoriales

Le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior est né le 22 mars 1958 à Saïda, en Algérie. Père de huit enfants et grand-père de huit petits-enfants, il est issu d’une lignée de Rabbanim remontant à quatre générations. Il a grandi dans les synagogues consistoriales de province animées par son père, successivement à Nancy, Lyon et Marseille.

Après quelques années d’études en Israël, où il obtient ses diplômes de hautes études rabbiniques, il poursuit sa formation au Séminaire israélite de France, dont il sort diplômé Rav. Cette double formation — talmudique israélienne et consistoriale française — a forgé une personnalité à la fois enracinée dans la tradition et ouverte aux réalités contemporaines du judaïsme de la diaspora.

Le beau-père : le Rav David Bouskila, traducteur du Tanya en arabe

Pour comprendre pleinement qui est le Rav Alain Chlomo Sénior, il faut d’abord évoquer la figure qui a profondément marqué sa vie de famille et sa sensibilité spirituelle : le Rav David Bouskila, son beau-père.

Le Rav David Bouskila était directeur du réseau d’écoles Otzar HaTorah – Neve Shalom au Maroc, puis en France. Bien qu’issu d’un milieu séfarade, il entretenait des liens très forts avec les émissaires Habad au Maroc et admirait profondément leur esprit de sacrifice. Sa réputation au Maroc fut telle que le Rabbi de Loubavitch lui adressa un courrier lui demandant de traduire le Tanya en judéo-arabe. Malgré des activités quotidiennes fort exigeantes — gérer de nombreuses écoles —, le Rav Bouskila accepta cette mission et commença par étudier en profondeur le Tanya avec le Rav Yehouda Leib Raskin.

Les deux hommes s’assirent pendant deux ans, apprenant et traduisant, révisant et éditant, jusqu’à ce que la traduction soit achevée. Le 3 Kislev 5737 (1976), ils la terminèrent. En janvier 1980, le Rav Bouskila ayant complété une grande partie du travail, le Rabbi l’invita à New York pour un Farbrenguen. Lors de cette rencontre mémorable, le Rabbi de Loubavitch prononça des mots restés gravés dans la mémoire de la communauté : grâce à la traduction du Tanya en arabe par le Rav Bouskila, la Rédemption finale arriverait bien plus tôt.

Son fils témoigna qu’il partageait les enseignements du Tanya chaque Chabbat avec ses proches, tandis même qu’il travaillait à la traduction. Il dit un jour à ses dix enfants que quiconque n’étudie pas le Tanya ne saura jamais comment servir D.ieu de la bonne manière.

Décédé le 10 Tevet 5780 (2020) à Bayit Vegan, en Israël, il repose au cimetière de Har Haménoukhot à Jérusalem, laissant dans le deuil son épouse Esther et ses enfants, dont Ruth Sénior — Créteil, France.

Ruth Bouskila, devenue Ruth Sénior, est l’épouse du Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior. C’est dans cette atmosphère imprégnée de Tanya, de ‘Hassidout et d’amour pour Habad que s’est construite la vie de famille du nouveau Grand Rabbin de Paris — un foyer où la traduction du livre fondamental du ‘Hassidisme Habad se vivait chaque Chabbat à table.

Les premières années de rabbinat : Montpellier, puis Paris

Nommé en 1983 à son premier poste, à Montpellier, le Rav Sénior redynamise une communauté longtemps privée de chef spirituel : il structure la cacherout, tisse des liens forts avec les étudiants, crée un restaurant universitaire, organise des cours et des Chabbatot complets, impulse l’ouverture d’un jardin d’enfants — embryon de la future école communautaire — et anime des émissions de radio quotidiennes sur la fréquence juive.

Il s’installe ensuite à Paris, où il participe à la création et prend la direction de l’école Ozar Hatorah du 11e arrondissement — un établissement de plus de 400 élèves — et poursuit son activité rabbinique au service des communautés de Magen David et de Toratenou dans le 19e arrondissement.

Quinze ans aux côtés du Grand Rabbin de France

En 1993, il est appelé à collaborer avec le Grand Rabbin de France Yossef Haïm Sitruk au sein de son secrétariat particulier. Il intervient au nom du Grand Rabbin de France auprès du Sénat, de l’Assemblée nationale et de différents ministères. Chargé de multiples missions de représentation dans les milieux universitaires, lors de colloques, symposiums et rencontres interreligieuses, il rédige de nombreux articles de presse et travaille avec le ministère de l’Éducation nationale pour concilier le respect du Chabbat avec le calendrier des examens. Cette collaboration se poursuit jusqu’en 2008.

Grand Rabbin de Créteil : trente ans au service d’une communauté de 20 000 âmes

En 1995, il est nommé à la tête de la communauté de Créteil, forte de plus de 20 000 âmes, regroupant plus d’une vingtaine d’oratoires, deux kollelim, plus de 1 000 élèves du réseau Ozar Hatorah et des dizaines de cours hebdomadaires dispensés à tout public.

C’est là, à Créteil, que Ruth Bouskila-Sénior et lui bâtissent leur foyer. Le nom de leur ville figure d’ailleurs dans les faire-part de deuil du Rav Bouskila, où Ruth Sénior est mentionnée parmi les enfants endeuillés — ancrant ainsi pour toujours le lien entre la famille Bouskila et la communauté de Créteil.

Parmi ses réalisations figure un séminaire fondé à l’intention des femmes, leur permettant l’accès à l’étude des textes de la Tradition, ainsi que l’aumônerie d’établissements hospitaliers importants — Henri-Mondor et l’Intercommunal — et l’aumônerie des Armées depuis plus d’une vingtaine d’années.

Un itinéraire électoral tenace

Le Rav Sénior s’est présenté à trois reprises aux plus hautes fonctions rabbiniques françaises, construisant patiemment sa légitimité à chaque scrutin.

En 2012, candidat au Grand Rabbinat de Paris, il obtient 5 voix au premier tour et 8 au second, avant que ses voix se reportent sur Michel Gugenheim au troisième tour. En 2014, candidat au Grand Rabbinat de France, il recueille 32 voix au premier tour — soit 14,09 % des suffrages — avant que Haïm Korsia soit élu au second. En 2019, à nouveau candidat au Grand Rabbinat de Paris, il obtient 16 voix face à Michel Gugenheim, réélu avec 25 voix au troisième tour.

En 2026, il est enfin élu Grand Rabbin de Paris, au terme d’une campagne conduite avec la sérénité de celui qui a appris, au fil des décennies et d’un foyer imprégné de Tanya, que chaque chose arrive en son temps.

Portrait : l’héritier de deux mondes

Le Rav Alain Chlomo Sénior incarne une synthèse rare dans le paysage rabbinique français. Par son père, il est l’héritier d’une tradition rabbinique consistoriale de quatre générations, enracinée dans le judaïsme séfarade algérien et le service de la République. Par son beau-père, le Rav David Bouskila, il est connecté à l’univers spirituel de Habad-Loubavitch, à la profondeur du Tanya et à la conviction que la Torah peut et doit parler à toutes les âmes — y compris en arabe.

Cette double appartenance — l’institution et la spiritualité, le Consistoire et le Tanya — fait de lui un Grand Rabbin de Paris particulièrement bien armé pour affronter les défis du judaïsme contemporain : antisémitisme croissant, quête de sens des jeunes générations, nécessité de réinventer le lien entre tradition et modernité.

Le nouveau Grand Rabbin de Paris face à l’avenir

La communauté juive de Paris — l’une des plus importantes d’Europe — attend de son nouveau Grand Rabbin une vision, un élan et une présence. Le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior apporte avec lui quarante ans d’expérience communautaire, une connaissance intime des rouages institutionnels français et cette sensibilité particulière, héritée de son beau-père, à la puissance transformatrice de l’étude et de la transmission.

Comme le Rav David Bouskila avait traduit le Tanya pour que les juifs arabophones puissent y accéder, le Grand Rabbin Alain Chlomo Sénior est appelé à trouver les mots justes pour que le judaïsme parisien, dans toute sa diversité, continue de rayonner. Une mission de transmission — familiale, spirituelle, institutionnelle — qui ne fait que commencer.

13 Iyar : Dalia Rotman, la nièce du Rabbi, dévoile ses souvenirs

13 Iyar : Dalia Rotman, la nièce du Rabbi, dévoile ses souvenirs

Mme Dalia Rotman, nièce du Rabbi, partage ses souvenirs touchants sur sa relation privilégiée avec son « Oncle Menahem ». Résidant aujourd’hui à Rehovot, cette fille de Rav Israël Aryeh-Leib, frère du Rabbi, révèle des moments personnels qui témoignent de l’affection particulière que lui portait son oncle. Ces confidences rares nous offrent un aperçu inédit de la vie familiale du Rabbi de Loubavitch, au-delà de son rôle public.

Une relation privilégiée avec « Oncle Menahem »

« Oncle Menahem m’appréciait beaucoup », confie Dalia Rotman en évoquant les liens qui l’unissaient au Rabbi. Ce surnom affectueux était couramment utilisé dans sa famille pour désigner son célèbre oncle. Mme Rotman, qui réside actuellement à Rehovot, est la fille de Rav Israël Aryeh-Leib, dont le 56ème anniversaire de décès est commémoré aujourd’hui (13 Iyar).

« J’admirais profondément mon oncle et toute l’aide qu’il m’a apportée », poursuit-elle. Cette proximité s’est également manifestée par sa mention dans le testament du Rabbi, qui a ordonné qu’une partie de ses biens personnels lui soit remise.

Née le 20 Heshvan 5705 (1944), Dalia est l’unique enfant de Rav Israël Aryeh-Leib et Genia Schneerson. Elle a fait carrière à l’Institut Weizmann et vit toujours à proximité de cette institution scientifique. Le 8 Kislev 5733 (1972), elle a épousé Avner Rotman, spécialiste en développement pharmaceutique. Le Rabbi avait demandé au Rav Ephraïm Wolf de veiller à ce que le mariage soit célébré selon la tradition hassidique. La cérémonie fut accompagnée de chants traditionnels et suivie d’un repas des sept bénédictions.

Le couple a deux fils : l’aîné, Ariel, né le 24 Elul 5735 (1975) à Washington D.C., et le second, Daniel Yehoshua, né le 7 Adar 5738 (1978) en Israël. Pour la circoncision d’Ariel, le Rabbi envoya spécialement un mohel accompagné de quelques hassidim choisis, dont le Rav Shlomo Maidanchik. La Rabbanit Chaya Mushka avait elle-même préparé de la nourriture pour l’événement. Pour le pidyon haben (rachat du premier-né) 30 jours plus tard, le Rabbi envoya le Rav Nahum Raphael Cohen avec l’argent nécessaire pour la cérémonie.

Des attentions particulières qui témoignent d’un lien familial fort

Le lien entre Dalia et son oncle se manifestait par des gestes simples mais révélateurs. Lorsqu’elle rendait visite au couple dans leur résidence de President Street à Brooklyn, le Rabbi sortait personnellement l’aider à porter ses valises. Durant ces visites, elle logeait au troisième étage de la maison, qui était spacieux et confortable. En 1973, alors qu’elle étudiait à Washington, il lui fit parvenir des matsot chemourot par l’intermédiaire de jeunes étudiants du centre Habad.

Une anecdote particulièrement colorée : lors d’une de ses visites, Dalia conduisit le Rabbi jusqu’au 770 Eastern Parkway (siège mondial du mouvement Loubavitch) dans sa Porsche rouge décapotable, créant sans doute une entrée remarquée. À l’approche de Pessah 5732 (1972), le Rabbi confia au Rav Shlomo Maidanchik une Haggadah à remettre à Dalia.

Dans ses contrats de vente du hamets avant Pessah, le Rabbi incluait systématiquement le hamets présent chez sa nièce, témoignant de son attention constante à son égard. Avant Pessah 5741 (1981), pour le troisième anniversaire de Daniel Yehoshua, le Rabbi envoya une lettre à Avner et Dalia détaillant les coutumes liées à la première coupe de cheveux d’un enfant, ajoutant ses bénédictions pour que les deux garçons grandissent dans l’étude de la Torah et les bonnes actions.

Dalia s’est rendue aux funérailles de son oncle, pleurant durant tout le vol vers New York la perte de ce parent tant aimé. Le Rabbi souhaitait préserver sa tranquillité vis-à-vis des hassidim, et seuls quelques intermédiaires comme le Rav Binyamin Klein et le Rav Ephraïm Wolf étaient autorisés à maintenir le contact avec elle. Ces dernières années, c’est le Rav Menahem Lerer qui assure cette liaison en Israël.

« Après le décès du Rabbi, j’ai demandé à recevoir les chandeliers de la Rabbanit, mais ils ont refusé de me les donner », raconte-t-elle. Le Rav Yehouda Krinsky, président du Centre pour l’Éducation et chargé de l’exécution du testament, confirme : « Je n’ai pas l’autorité pour lui remettre les chandeliers du Rabbi ».

L’éducation juive des petits-neveux du Rabbi

« Binyamin, l’ami d’Oncle Menahem » – c’est ainsi que les enfants de Dalia désignaient le Rav Binyamin Klein, secrétaire personnel du Rabbi. En 1985, quand ses fils avaient environ 11 ans, le Rav Naftali Lipsker fut chargé de leur donner un cours hebdomadaire de judaïsme.

« Mme Rotman m’accueillait toujours chaleureusement », se souvient le Rav Lipsker. « Elle tenait beaucoup à ces cours, tout en précisant qu’ils ne devaient pas ‘aller trop loin’. J’étais face à un dilemme : respecter les souhaits de la mère ou approfondir l’enseignement, sachant qu’il s’agissait des neveux du Rabbi. »

Une anecdote significative : « Un jour, après leur avoir raconté une histoire miraculeuse sur le Rabbi, ils m’ont confié avec enthousiasme : ‘Nous aussi, nous avons un oncle qui est un tsadik!’ Ils n’avaient pas fait le rapprochement. Fait intéressant, je n’ai jamais vu de photo du Rabbi chez eux. »

Avant la fête de Hanoucca, les enfants montrèrent fièrement au Rav Lipsker de belles hanoukkiot qu’ils avaient reçues. « C’est Oncle Menahem qui nous les a envoyées », expliquèrent-ils. « Avec Binyamin, l’ami d’Oncle Menahem. »

Début 1990 (5750), Dalia se rendit au 770 Eastern Parkway avec ses fils et fut reçue dans le bureau du Rabbi. Durant cette rencontre, le Rabbi conseilla à l’un des garçons d’étudier la langue russe. Le Rabbi posa également pour une photo avec eux, prise par le Rav Binyamin Klein.

Des souvenirs préservés et un héritage familial discret

Le mari de Dalia, Avner Rotman, spécialiste en développement pharmaceutique, entretenait également des liens avec le Rabbi. « J’ai dormi chez le Rabbi », avait-il confié au Rav Lipsker lors d’un voyage à New York, décrivant comment son oncle travaillait jusqu’aux premières heures du matin, ne dormait que quelques heures et se levait tôt pour une nouvelle journée. Il consultait régulièrement le Rabbi sur des questions professionnelles liées au développement de médicaments.

Le 1er Sivan 5750 (1990), le Rav Binyamin Klein informa le Rabbi que Rav Yossef Its’hak Gutnick avait rendu visite à Dalia et Avner, jouant aux échecs avec leur fils Daniel et leur offrant un magnifique livret sur Hanoucca. Le Rabbi s’enquit de l’issue de la partie d’échecs, et parut satisfait d’apprendre que Rav Gutnick leur avait laissé un livre commémoratif.

Le Rav Menahem Mendel Gloukovski et le Rav Elimelech Shahar, rabbins de la communauté Habad de Rehovot, rendent visite à Mme Rotman deux fois par an, avant Souccot et la veille de Pessah, lui apportant un ensemble des quatre espèces et des matsot chemourot. Le Rav Gloukovski raconte avoir reçu pour consigne de veiller à ce que les membres de la communauté ne la dérangent pas, en raison de son statut de nièce du Rabbi.

Dalia entretenait également des relations amicales avec Mme Pessia Wolf. Après le décès de sa mère, Mme Genia, elle demanda au Rav Gloukovski d’organiser un minyan (quorum de prière) dans sa maison pendant la période de deuil.

Le 3 Tamouz 5754 (1994), Dalia se joignit au voyage organisé par les Jeunes Habad d’Israël pour se rendre à New York. Plusieurs visiteurs ont souligné sa ressemblance frappante avec sa grand-mère, la Rabbanit Hanna, mère du Rabbi.

 

 

13 Iyar : Quelques anecdotes de la vie de Rav Israel Arye Leib, retranscrites par ses parents

13 Iyar : Quelques anecdotes de la vie de Rav Israel Arye Leib, retranscrites par ses parents

Ce 13 Iyar on commémore 70 ans depuis la disparition du fils cadet de Rabbi Levi Ytshak, frère du Rabbi, Reb Israel Arye Leib ע »ה.
Voici quelques anecdotes de sa vie, retranscrites par ses parents.

 

 

Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna eurent trois fils, Rabbi Mena’hem Mendel, le Rabbi de Loubavitch,  Rav Dov Ber, et Rav Israel Arié Leib. Tous trois avaient une ardeur considérable à l’étude et une profonde concentration. Plus d’une fois, leur mère devait les contraindre à s’interrompre pour prendre leur repas.

Rav Israel Arié Leib habita un certain temps à Leningrad et là, il fut le guide de nombreux jeunes ‘hassidim. Dans les années 30, il s’installa à Tel Aviv et se maria. Les dernières années de sa vie, il vécut à Liverpool en Angleterre pour poursuivre des études scientifiques.

Il quitta ce monde le 13 Iyar 5712 – 1952, des suites d’une crise cardiaque et, à la demande du Rabbi, fut enterré à Tsfat (seule ville sainte d’Erets Israel accessible aux juifs à l’époque).

13 Iyar – Documentation spéciale  : La maison où résidait le frère du Rabbi – à Berlin

13 Iyar – Documentation spéciale  : La maison où résidait le frère du Rabbi – à Berlin

Le Rav Mendel Brandwein, un des émissaires du Rabbi à Berlin, a trouvé une lettre du Rabbi Rayatz mentionnant l’adresse du frère du Rabbi à Berlin, dont on commémore aujourd’hui son Yortzeit. Aujourd’hui, l’émissaire Rav Yehouda Teichtel s’est rendu sur place avec celui qui a trouvé la lettre | Tous les détails dans la vidéo

La documentation filmée à Berlin et présentée dans ce reportage spécial raconte une histoire fascinante et émouvante sur le lien du Rabbi avec Berlin et son influence dans cette ville. Avoir trouvé l’adresse de la maison où résidait le frère du Rabbi grâce à une lettre envoyée par le Rabbi lui-même est un événement spécial et émouvant qui relie l’histoire personnelle de la famille du Rabbi au riche passé juif de Berlin.

13 Iyar : Yortsaït du Rav Israel Arié Leib, frère du Rabbi (21 Iyar 1909 – 13 Iyar 1952)

13 Iyar : Yortsaït du Rav Israel Arié Leib, frère du Rabbi (21 Iyar 1909 – 13 Iyar 1952)

Rabbi Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hanna furent les parents de trois fils, Rabbi Mena’hem Mendel, le Rabbi de Loubavitch, Rav Dov Ber et Rav Israel Arié Leib. Tous les trois étaient passionnés par l’étude et faisaient preuve d’une concentration intense. Leur mère devait parfois les obliger à s’interrompre pour manger.  Rav Dov Ber était particulièrement connu pour son désir d’aider ceux qui étaient dans le besoin. Pendant la guerre, il fut assassiné par les nazis à Igrène, avec tous les Juifs de la ville.

TEXTE DES MICHNAYOT

 

Rav Israël Arié Leïb Schneersohn était le troisième fils de Rabbi Lévi Yits’hak et de la Rabbanit ‘Hannah Schneersohn. Né le 21 Iyar 1909 à Nikolaïev, il reçut apparemment les noms de son oncle (frère de sa mère) Israël Leïb Halévi (qui mourut jeune) et du père de son grand-père, Israël Leïb Yanovski, qui avait dirigé la Yechiva de Romanovka, dans la région de ‘Harsone.

Un génie précoce

Dès son plus jeune âge, on comprit qu’il était particulièrement doué : par nature, il était intelligent et même surdoué. Il savait approfondir ce qu’il apprenait ; son esprit analytique et sa force de concentration lui permirent d’apprendre une somme considérable aussi bien dans la Guemara que dans la ‘Hassidout et la Kabbala. Étant le fils du Rav de la ville, il grandissait de façon remarquable dans l’étude et son nom se murmurait avec respect dans toute la région. Il fut aussi connu, lui avec ses frères – le Rabbi et Reb Dov Ber, que D.ieu venge son sang – sous le nom de FRERE car tous les trois avaient donné une certaine somme d’argent pour les élèves de la Yechiva Tom’hé Tmimim.

À l’âge de trois ans, il récitait déjà des Michnayot par cœur. Un jour, en 1912, son père – Rabbi Lévi Yits’hak – invita le Rav Na’houm Goralnik, qui était alors un jeune homme, à la maison en lui disant : « Je vais vous présenter mon fils ! ». Lorsque Rav Na’houm arriva, le fils aîné de Rabbi Lévi Yits’hak était absent. Alors qu’il s’apprêtait à partir, il remarqua de l’autre côté de la table, un jeune enfant qui avait la tête entre les bras et était absorbé par la lecture d’un livre. Pendant toute la durée de la visite, l’enfant n’avait pas bougé de sa position et n’avait prêté aucune attention à ce qui se passait autour de lui. Reb Na’houm fut très impressionné par le sérieux de l’enfant et fit la remarque à Rabbi Lévi Yits’hak en disant que c’était la première fois qu’il voyait un enfant jouer à un jeu aussi étrange.

« Un jeu ? » répondit Rabbi Lévi Yits’hak qui se pencha et prit le livre des mains de l’enfant : c’était un livre de Michnayot.

« Explique-moi ce que tu as appris ! » demanda-t-il à l’enfant. Celui-ci se mit alors à expliquer la Michna avec une grande clarté et une compréhension impressionnante pour son âge.

Son assiduité à l’étude était phénoménale. Sa mère, la Rabbanit ‘Hanna, était contrainte de l’interrompre de force pour le faire manger ou dormir. L’enfant était si absorbé par l’apprentissage et la compréhension des textes sacrés qu’il en oubliait les besoins les plus élémentaires de son corps.

En 1915, le nom de Rav Israël Arié Leïb fut même mentionné à la table du Rabbi Chalom Dov Ber. Son grand-père, le Rabbi Barou’h Chneor, mentionna que Rabbi Lévi Yits’hak avait un jeune fils qui deviendrait un génie, car il connaissait déjà la Guemara et le Midrach, et il les maîtrisait très bien. Rabbi Chalom Dov Ber demanda : « Quel âge a-t-il ? ». Le Rabbi Barou’h Chneor répondit : « Avec l’aide de D.ieu, il aura d’ici Chavouot neuf ans ! »

Une mémoire phénoménale

Il était doté d’une mémoire phénoménale. Dès qu’il voyait quelque chose, ne serait-ce qu’une seule fois, cela restait gravé dans son esprit et il ne l’oubliait pas. Cette capacité extraordinaire lui permettait d’absorber rapidement et de retenir de vastes quantités d’informations, ce qui contribuait à sa réputation de génie et d’érudit exceptionnel. La richesse et la précision de ses connaissances, acquises grâce à cette mémoire prodigieuse, étaient une source d’inspiration et d’émerveillement pour tous ceux qui le côtoyaient.

Par nature, il approfondissait et analysait chaque détail qu’il étudiait, faisant preuve d’une rigueur et d’une perspicacité exceptionnelles. Un jour, son père, le Rav, remarqua à son propos : « Il a le cerveau du Tséma’h Tsédek ! » Cette comparaison avec le Tséma’h Tsédek soulignait l’immense potentiel intellectuel et la capacité d’analyse dont faisait preuve le jeune homme dans ses études.

Au début, il étudiait au Talmud Torah de la ville avec d’autres enfants, suivant le parcours éducatif traditionnel. Cependant, en reconnaissant les talents exceptionnels de ses trois fils, Rabbi Lévi Yits’hak décida d’embaucher un professeur particulier pour leur enseigner. Cette décision permit à ces jeunes prodiges de bénéficier d’une attention individuelle et d’un enseignement adapté à leurs capacités, leur permettant de progresser rapidement dans leurs études et d’atteindre des niveaux de compréhension et d’érudition remarquables.

Il passa la majorité de ses années d’enfance dans la maison de son père, le Rav. C’est dans ce foyer qu’il s’imprégna de l’atmosphère hassidique, un environnement propice à l’épanouissement de son esprit et à l’acquisition d’un savoir profond. Grâce à cette immersion dans la vie et la culture hassidiques, il acquit des connaissances extraordinaires dans tous les domaines de la Torah, des études talmudiques aux enseignements mystiques et ésotériques du judaïsme.

Rav Sim’ha Gorodetski, qui séjourna un certain temps dans cette maison, écrivit :

« J’ai habité chez Rav Lévi Yits’hak pendant la période des Neuf Jours. J’ai vu comment ce jeune homme est resté debout toute la nuit pour terminer l’étude d’un traité de la Guemara. Une nuit, la Rabbanit m’a appelé pour que je constate combien son fils restait assis durant des heures à étudier sans rien remarquer de ce qui se passait autour de lui : elle entra dans sa chambre (chaque enfant avait sa propre chambre) et l’appela par son nom. Leïbl ne répondit pas. Elle l’appela encore deux fois, mais il ne répondait toujours pas. Elle fut obligée de s’approcher de lui, de le tirer par sa manche, mais même alors il ne bougea pas. Il était vraiment plongé dans son étude. Il n’entendait pas et ne ressentait rien : « Vous voyez combien mon Leïbl est plongé dans son étude ! » dit-elle avec une certaine fierté. »

Par la suite, elle raconta : « Un jour, un vif débat éclata entre mon mari, le Rav, mon fils aîné (le Rabbi) et son jeune frère, Leïbl. C’était à propos d’un passage de ‘Hassidout, au sujet de Ma et Bane. Chacun défendait son point de vue, cassait les arguments de l’autre et apportait les preuves de son argument. Le débat dura plusieurs semaines et, à chaque occasion – pendant les repas, etc. – le débat reprenait. Au bout de plusieurs semaines, Leïbl remarqua : « Tout ce dont nous avons parlé jusqu’à présent ne concernait que l’aspect externe de ce sujet. Mais quelle est la définition propre, essentielle de Ma et de Bane ? » La Rabbanit ‘Hanna conclut : « Mon fils aîné avait expliqué selon le système de pensée ‘hassidique tandis que mon fils cadet l’avait exprimé d’après le système de ‘hakira (recherche théologique). » »

« Il faut du discernement ! »

À l’été 1924, Rav Israël Arié Leïb arriva à Léningrad, où le Rabbi précédent venait de s’installer. Il eut l’honneur de manger à la table du Rabbi, d’entrer librement dans sa maison et d’y séjourner pendant un certain temps. Cette proximité avec le Rabbi précédent fut sans doute une source d’inspiration et de développement spirituel pour le jeune Rav Israël Arié Leïb.

Par la suite, il vécut durant une certaine période dans le même appartement que son frère aîné. Cette cohabitation permit aux deux frères de se rapprocher et de partager leurs expériences, leurs connaissances et leurs réflexions sur la Torah et la Hassidout.

Le ‘Hassid, Rav Dov Ber ‘Hène, de mémoire bénie, raconta :

« Plus d’une fois, lorsque j’entrais dans la synagogue attenante à la demeure du Rabbi, j’apercevais Rav Israël Arié Leïb, que le Rabbi affectionnait particulièrement et auquel il manifestait une attention spéciale. Autour de lui se pressaient de nombreux ‘Hassidim remarquables avec lesquels il discutait de Hala’ha ou de ‘Hassidout. On lui posait toutes sortes de questions en Guemara et en ‘Hassidout : il écoutait, répondait, posait des questions, expliquait de façon toute naturelle comme si cela coulait de source. Les étudiants de la Yechiva de la ville avaient coutume de dire qu’il connaissait dans tous les sens « Same’h Vav », c’est-à-dire tous les Maamarim (discours ‘hassidiques) très profonds de l’année 1906. »

Rav Israël Arié Leïb entrait régulièrement chez Rabbi Yossef Yits’hak pour entendre de sa bouche des explications sur les sujets qui lui posaient problème en ‘Hassidout. Un jour, le Rabbi lui dit qu’il ne répondrait pas à l’une de ses questions car Reb Israël Arié Leïb n’était pas « un récipient capable d’absorber cela ». Il en ressortit complètement brisé et pleura. Quelques jours plus tard, il présenta une autre question au Rabbi, qui répondit alors à la question de la fois précédente. Par la suite, Reb Israël Arié Leïb affirma : « Apparemment, le fait que j’ai pleuré toute la nuit a fait de moi un « récipient », m’a rendu apte à comprendre la réponse. » – (d’après une histoire rapportée par un témoin digne de confiance).

À une autre occasion, le Rabbi déclara à propos des deux frères :

« Combien vous devez être tristes que votre père n’a pas le bonheur de vous voir ! »

À cette période, Rav Israël Arié Leïb fut inscrit à l’Université où ses études l’occupèrent un certain temps.

Rav Moché Doubinski raconta cette anecdote :

« Un Chabbat, le Rabbi prononça un Maamar (discours ‘hassidique) entièrement consacré à la connaissance rhétorique pure et profonde de la ‘Hassidout. Tous ceux qui écoutaient étaient stupéfaits et, à vrai dire, ne comprenaient pas grand-chose. Mais le visage de Rav Israël Arié Leïb restait impassible. Le Chabbat suivant, le Rabbi prononça un Maamar « normal » : Rav Israël Arié Leïb en fut si impressionné qu’il déclara qu’après un tel Maamar, « il fallait boire de la vodka ! » Après Chabbat, les ‘Hassidim organisèrent un « Farbrenguene » (réunion ‘hassidique) et Rav Israël Arié Leïb but, pleura et ne dit pas un mot. On l’entendait seulement de temps en temps soupirer et s’exclamer comme pour lui-même : « Et pourtant il faut du discernement ! » »

Un génie discret

Le ‘Hassid, Rav Ouri Ben Cha’har, qui étudia dans la Yechiva « A’heï Tmimim » à Tel Aviv, raconte un épisode qu’il n’oubliera pas :

« C’était le jour où nous fêtions la délivrance de Rabbi (Yossef Yits’hak Schneersohn) en 1939 ou 1940, dans la synagogue Loubavitch de Tel Aviv qui se trouvait à l’époque dans la rue Montéfiore. Après le Farbrenguen officiel, quelques ‘Hassidim restèrent pour une réunion plus intime. Je me souviens de la présence de Rav M. Gourarié, Rav Na’houm Goldschmidt, Rav Pin’hass Althaus et aussi, Rav Israël Arié Leïb. Le Rav Goldschmidt, qui était un ami proche de « Leïbl » était assis à côté de lui. Après que tous les deux aient bu une quantité appréciable de vodka, Rav Goldschmidt exigea quelque chose de « Leïbl » qui lui aussi exigea quelque chose de Na’houm. »

« Certaines choses, ils les demandaient, mais d’autres, apparemment, ils les exigeaient. Mais l’essentiel était le spectacle qu’ils offraient, comment ils se parlaient avec des paroles qui sortaient du cœur et des larmes qui coulaient de leurs yeux comme de l’eau, comme d’une source qui ne tarit pas. »

« Je n’étais alors qu’un jeune garçon et je ne comprenais pas de quoi ils parlaient mais je garde un souvenir ineffaçable de cette rencontre, avec tous ses détails, comme si cela se passait aujourd’hui. »

Les jours de Sim’hat Torah et Youd Teth Kislev (le 19 Kislev, anniversaire de la libération de Rabbi Schnéour Zalman des prisons tsaristes), il avait aussi l’habitude de boire beaucoup de vodka pendant les « Farbrenguens ».

Un jour, Rav Israël Arié Leïb se retrouva dans la Yechiva « Tom’hé Tmimim » en Pologne. Comme il était le fils de Rabbi Lévi Yits’hak, il se retrouva bien vite entouré par les étudiants. Il discutait avec le Rav Yehouda Héber, le Roch Yechiva (directeur) qui se mit à exposer un texte profond et difficile.

Rav Leïbl se taisait, ce qui laissait aux gens présents l’impression qu’il ne comprenait pas de quoi on parlait tant le sujet était ardu. Ce n’est que quand Rav Yehouda eut terminé que, soudain, Reb Leïbl se mit à parler sans s’arrêter, à la grande stupéfaction des participants qui étaient ébahis par la profondeur de ses paroles sur ce passage difficile.

Au cours des années, Reb Leïbl fut obligé de changer de nom et on ne l’appela plus que Gourarié. Même ses amis l’appelaient ainsi.

Aux côtés de son grand frère

En 1930, il fut obligé de s’enfuir de Russie. Il arriva en Europe et s’installa à Berlin.

Dans cette ville habitait déjà son frère, le Rabbi. Ensemble, ils écrivaient régulièrement à leur père avec lequel ils échangeaient des ‘Hidouchim (nouvelles explications de Torah), aussi bien de Guemara que de ‘Hassidout. De temps en temps, alors que le père leur envoyait ses ‘Hidouchim sous forme de fascicules, les fils répondaient avec des annotations et des remarques extraordinaires.

Dans le livre « Likouté Lévi Yits’hak » (p. 258 à 267), nous lisons les lettres que leur envoyait leur père à la date du 24 Tévet 1932, 19 Kislev et 9 Adar Chéni 1932. Voici quelques extraits de ces lettres : la lettre datée du Motsé Chabbat Chemot, 1932, jour de la Hiloula (anniversaire du décès) de Rabbi Schnéour Zalman, que son mérite nous protège, commence ainsi : « Mes fils chéris, mes trésors de valeur, qu’ils vivent… » et se termine : « Selon la volonté de votre père qui espère que la Miséricorde divine lui permettra de vous revoir en vie, en paix et avec tout le bien ».

D’autres lettres : « B.H. Veille du 19 Chevat 1932 Mes (fils) chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre, …Puis-je vous demander, par faveur, de m’envoyer (aussi des remarques sur) les lettres que je vous ai envoyées le 11 Kislev de l’année dernière et du 24 Tévet de cette année…(J’espère que) vous écrirez des remarques sur tous les sujets qui y sont évoqués… Je vous ai envoyé en cadeau un grand fascicule, en express, le jeudi avant Pourim, en guise de Michloa’h Manot (cadeau de Pourim).Vous l’avez certainement reçu. Je vous en prie, confirmez-moi que vous l’avez reçu et consultez-le attentivement… Votre père qui vous aime de tout son cœur et de toute son âme, qui demande et espère de D.ieu, qu’Il aura une grande pitié pour que vous grandissiez et que vous réussissiez dans (l’étude de) la Torah, dévoilée et secrète, de plus en plus haut, pour que vous marchiez dans Ses voies et ses chemins, pour votre bien. Lévi Yits’hak CH. S.

« B.H. Veille du jeudi 9 Adar Chéni, 1932 Mes fils chéris, mes trésors, puissiez-vous vivre de longues années en bonne santé Afin d’accomplir la Mitsva de Pourim d’envoyer des cadeaux l’un à l’autre – (et le sens ici est d’un père à ses fils, ce qui est le secret du concept de père tandis que le « prochain », c’est le secret de « Z.O »). Inclus ici est un fascicule pour vous deux, le grand avec le petit ensemble…et que cette portion vous soit (aussi chère que) si elle était double. Quand vous l’étudierez attentivement et que vous vous fatiguerez à son sujet, je suppose que cela vous sera agréable. Il serait normal que je vous envoie aussi des Michloa’h Manot réelles mais, pour le moment, je suis obligé de me contenter de vous envoyer un cadeau de Torah, par lequel se termine la Meguila (rouleau d’Esther) : « Il parlait de paix pour tous ses descendants ». J’espère qu’avec l’aide de D.ieu, cela vous arrivera à temps pour le repas de Pourim et ce serait vraiment très gentil de votre part de me le confirmer immédiatement. Il serait juste que je vous écrive plus souvent mais – mes trésors – le fait d’écrire m’est très difficile. Cela me prend deux jours pour écrire. Que D.ieu nous aide afin que, l’année prochaine, nous puissions accomplir effectivement la Mitsva de Michloa’h Manot et nous réjouir ensemble durant le repas de Pourim, avec tout le bien révélé, pour nous aussi, Sélah. »

L’immigration en Erets Israël

En été 1933, il ne lui fut plus possible de rester en Allemagne et il décida de monter en Erets Israël. Pour cela, il avait besoin de toute urgence de documents restés en Allemagne nazie et cette démarche était très dangereuse.

Malgré le danger, le Rabbi proposa de prendre le risque lui-même et de voyager depuis Paris – où il s’était installé depuis – en Allemagne, afin d’aider son frère à se sauver.

Mais sa belle-sœur, la Rabbanit ‘Haya Mouchka – que son mérite nous protège – craignant pour la vie de son mari, s’engagea à remplir elle-même cette mission. Ce fut elle qui se rendit dans les bureaux du gouvernement nazi au cœur même de l’Allemagne et qui, grâce à son courage, réussit à mener à bien cette mission.

(De fait, pendant son séjour là-bas, elle dut également répondre à des questions personnelles. Les fonctionnaires allemands qui étaient chargés de remplir les papiers étaient très étonnés que tous les noms de famille – le sien, celui de son mari et les noms de leurs parents et même de la mère de son père – étaient tous des Schneersohn. Ceci éveilla la curiosité de l’administration qui soupçonna l’existence de faux papiers. Même quand les fonctionnaires furent obligés de reconnaître qu’il en était effectivement ainsi, ils lui dirent que quand ils allaient – bientôt – conquérir la France et qu’ils entreraient à Paris, ils sauraient la retrouver, elle et son mari : ils sauraient les interroger et les faire parler ! Mais, D.ieu merci, par des miracles évidents, le Rabbi et la Rabbanit parvinrent à fuir Paris avant leur arrivée…)

En 1934, après que tous les papiers nécessaires eurent été fournis, Rav Israël Arié Leïb put monter en Erets Israël et il s’installa à Tel Aviv. Il travailla comme fonctionnaire-bibliothécaire dans la Bibliothèque municipale de Tel Aviv.

Le mariage

En été 1939, il se fiança avec Melle Génia.

À cette époque, son père était déjà en exil, dans les profondeurs de la Russie, au Kazakhstan, en Asie centrale. Son épouse, la Rabbanit ‘Hanna l’y avait rejoint.

De fait, nulle personne de sa famille ne put participer à ce mariage.

« Un jour », raconta par la suite sa mère dans ses souvenirs de cette période d’exil, « Rabbi Lévi Yits’hak arriva à la maison, le visage éclatant de bonheur : « Nous avons une bonne nouvelle, Mazal Tov ! » Sa bonne humeur et son visage rayonnant m’avaient étonnée car depuis longtemps je ne l’avais vu aussi content. Il me montra une lettre qu’il venait de recevoir de M. Ittkine, de Krivoï-Rog qui annonçait qu’il venait de recevoir une nouvelle en provenance d’Erets Israël : notre fils Leïbl venait de se marier ! » Cette nouvelle était pour nous doublement une bonne nouvelle : c’était le premier signe de vie de notre fils depuis longtemps et, de plus, il se mariait ! Ce fut pour nous une étincelle de lumière qui éclaira l’obscurité de notre exil et cela nous encouragea et nous stimula pour la suite. »

Malgré les difficultés de cette période, Rav Israël Arié Leïb fournit d’énormes efforts pour rester en contact avec le Rabbi et avec les ‘Hassidim qui se trouvaient en Terre Sainte. Il s’installa dans un quartier peuplé de ‘Hassidim et il se rendait souvent dans les « Sim’hot » et les « Farbrenguen » (réunions ‘hassidiques).

Il aimait s’approfondir dans les Maamarim (discours ‘hassidiques) et, en particulier, avec le Rav Na’houm Goldschmidt (que son souvenir soit béni), un ami d’enfance avec lequel il étudiait régulièrement la ‘Hassidout. Il passa de longues nuits avec lui ainsi qu’avec Rav Moché Doubinski à discuter de ‘Hassidout. Il savait expliquer dans des mots simples des concepts profonds, avec une clarté remarquable.

Un jour, Reb Na’houm raconta comment il expliquait la ‘Hassidout : « Il parlait avec des mots très simples et apportait des exemples concrets. Une fois, alors qu’il citait les « mots » de la Kabbala, il soupira et dit : « Le fait que je suis obligé d’employer des mots pareils prouve que je n’ai pas encore vraiment compris ce dont il s’agit ! » J’ai toujours su qu’il avait une intelligence exceptionnelle, mais à ce point ?… »

L’amitié entre Rav Israël Arié Leïb et Reb Na’houm se prolongea bien après qu’ils eurent étudié ensemble au ‘Heder. Leurs relations se transformèrent en une amitié profonde, surtout à partir de l’année 1934, quand Rav Israël Arié Leïb arriva en Erets Israël, suivi de peu par Reb Na’houm.

Ils se rencontraient souvent. Le plus souvent, c’était Reb Na’houm qui lui rendait visite sur son lieu de travail, dans la Bibliothèque municipale de Tel Aviv. C’est là qu’ils discutaient avec passion de ‘Hassidout et d’autres sujets.

En 1941, après que son frère – le Rabbi – fut arrivé aux États-Unis, ils reprirent contact. Très souvent, le Rabbi lui envoyait depuis New York des livres et des fascicules qu’il publiait par l’intermédiaire de la Maison d’Édition Kehot. Plus d’une fois, il fut le premier en Terre sainte qui possédait les dernières parutions et il en faisait profiter les ‘Hassidim autour de lui.

Quand parut pour la première fois le calendrier « Hayom Yom » en 1943, le Rabbi l’envoya à son frère qui, en le recevant, fut enthousiasmé et s’exclama : « Mon frère m’a envoyé son premier manuscrit ! ». Après un certain temps, il se reprit et déclara avec tristesse : « Quel dommage que les gens ne savent pas et ne voient pas ce qui est caché dans ce livre ! »

Par la suite, après avoir lu un certain passage de ce livre, il s’exclama avec stupéfaction : « J’ai toujours su que mon frère avait une bonne tête mais à ce point là, je ne m’en doutais pas ! »

En 1945, le 20 Mar’hechvan, leur première et seule fille naquit. Elle s’appelle Dalia.

Les dernières années de sa vie

À part ses vastes connaissances en Torah, il était très doué pour les langues et pour diverses sciences. En 1948, il reçut une proposition unique de partir compléter ses connaissances en Angleterre. Rav Israël Arié Leïb se tourna vers Rabbi Yossef Yits’hak – de mémoire bénie – et reçut sa bénédiction.

Voici la lettre que lui écrivit Rabbi Yossef Yits’hak : B.H. 17 Kislev 5708 (1948) Brooklyn – Mon ami, qui fait partie de la belle famille, honoré et doué de grandes capacités M. Leïb, qu’il vive longtemps Paix et bénédiction En réponse à la lettre qu’il m’a envoyée le 26 Mar’hechvan dernier, à propos du fait qu’il a décidé de partir en Grande Bretagne pour son travail ; Ce qui m’intéresse, c’est de faire entrer – avec l’aide de D.ieu – la beauté de Chem dans les tentes de Yéfet, de montrer à la jeunesse juive qui admire et aspire à connaître les sciences profanes, qu’elles sont nulles par rapport à la profondeur de la sagesse de la Torah. Je suggère que lors de son voyage, il fasse connaissance avec les grands savants et ceux qui connaissent différentes langues, qu’il s’occupe de faire traduire les livres de la ‘Hassidout ‘HaBaD – en commençant par le livre du Tanya en Anglais, une traduction libre avec des notes fournies qui faciliteront la compréhension des concepts évoqués et leur contenu. Je suis intéressé (à ce qu’il fasse traduire) les biographies des différents Baal Chem, depuis Rabbi Adam jusqu’à notre maître le Baal Chem Tov et ses élèves, le Magguid de Mézéritch avec ses élèves et les livres qu’ils ont édités avec des histoires à leur propos…

En 1950, dans le cadre de son travail et de ses études, il accepta la proposition et partit s’établir en Angleterre, à Liverpool. Il continua là-bas ses études scientifiques, en particulier dans le domaine des mathématiques tout en donnant des cours et en rédigeant plusieurs communications sur ces sujets. Plusieurs de ces articles ont par la suite été publiés. On y découvre de nombreuses innovations en mathématiques.

Son décès

Le 13 Iyar 1952, Rav Israël Arié Leïb mourut. Après la levée de corps à Liverpool, son cercueil fut acheminé à Londres où eut lieu une autre cérémonie. De là, le cercueil fut transporté par bateau vers Paris puis en Israël.

On se demandait si le Rabbi se rendrait à l’enterrement mais, dans un télégramme qu’il envoya à Reb BenTsione ChemTov (qui s’occupa énormément de tout ce qui concernait cette inhumation), le Rabbi écrivit qu’il n’y avait pas assez de temps pour obtenir « un passeport et un visa » et qu’il ne convenait donc pas de retarder l’enterrement.

Selon les directives du Rabbi durant tout le temps du voyage en bateau, le cercueil fut inséré dans un autre cercueil.

Rav Israël Arié Leïb fut enterré dans le cimetière de Tsfat (Safed) et sur sa pierre tombale, on grava une inscription à la mémoire de son frère, Reb Dov Ber – que son sang soit vengé – qui avait été assassiné par les Nazis – que leur nom soit effacé – durant la Shoah et qui fut enterré dans une fosse commune.

Voici le texte inscrit sur la pierre tombale : Ici est enterré Le ‘Hassid doué de qualités Israël Arié Leîb Frère du ‘Hassid doué de qualités, Dov Ber – que son nom soit vengé – Fils du Rav et Gaone, du Rav et ‘Hassid et Kabbaliste, qui agit énormément pour la Torah et les Mitsvot Qui ramena de nombreuses personnes pour qu’elles ne fautent pas Lévi Yits’hak Descendant à la quatrième génération du Rabbi Tséma’h Tsédek Décédé le 13 Iyar 5712 Que son âme soit reliée au fil de la vie.

Le Rabbi se tint informé du bon déroulement du voyage et de l’enterrement, de la façon dont tenait la pierre tombale etc. Après l’enterrement, le Rabbi s’occupa de la nouvelle résidence de sa belle-sœur et de sa fille.

Vingt-cinq ans après le décès, un de ses amis d’enfance entra en Ye’hidout (entrevue privée) chez le Rabbi qui lui dit : « Vous avez bien connu mon frère, racontez-moi quelque chose sur lui ».

L’homme raconta ce qu’il raconta et le Rabbi lui dit :

« Il avait une bonne tête, une bonne mémoire mais il est parti si jeune… Quel dommage ! »

Le deuil

Reb Dov Ber Younik, de mémoire bénie, fidèle de la maison du Rabbi, raconta ce qui se passa alors quand le Rabbi apprit le décès de son frère ainsi que le déroulement de la semaine de deuil :

« Le matin du 13 Iyar 1952, je reçus un coup de téléphone de la regrettée Rabbanit ‘Haya Mouchka : je devais me rendre dans la maison du Rabbi (qui habitait alors au 346 Rue New York, au coin de la Rue Président, au quatrième étage). »

« Elle m’annonça alors que la santé de son beau-frère, Rav Israël Arié Leïb, le frère du Rabbi, n’était pas bonne : « Il ne va pas bien » puis elle ajouta immédiatement qu’elle ne savait pas comment sa belle-mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna accueillerait la nouvelle. Elle craignait qu’elle ne supporte pas la nouvelle. »

« De fait, au début je n’ai pas compris la gravité de la situation et je pensais qu’il s’agissait d’une crise cardiaque ou quelque chose de ce genre. »

« Après quelques minutes de réflexion, la Rabbanit me demanda d’appeler Rav Chmouël Lévitine. Je l’amenais immédiatement. Elle parla avec lui pendant à peu près une demi-heure et ce n’est qu’après cela qu’elle m’informa de la triste vérité. »

« Tôt le matin, la Rabbanit s’était rendue dans le magasin de friandises, Rue Nostrand. C’est là qu’elle téléphona à la famille de son beau-frère à Londres. On lui avait appris qu’il avait rendu l’âme à son Créateur. À son retour à la maison, le Rabbi ne s’y trouvait déjà plus car il était parti au 770. »

« Après la prière, Rav Chmouël Lévitine était entré dans le bureau du Rabbi et lui avait appris la mort de son frère. Il procéda également à la cérémonie de Kria (déchirer le haut du vêtement en signe de deuil) : il commença et le Rabbi continua la déchirure. Rav Leïb Groner l’aida. Puis le Rabbi écrivit une lettre – de sa main – à sa belle-sœur, je suppose que c’était une lettre de consolation et de réconfort et m’a demandé de l’envoyer par la poste. »

« Le Rabbi resta durant la semaine de deuil (« Chiva ») dans son bureau, au 770. Ce fut Rav ‘Hodakov qui fut le ‘Hazane pour chacune des prières qui se déroulaient en présence d’une assemblée volontairement restreinte. À la fin des sept jours de deuil, ce fut le regretté Rav Chnéour Zalman Dou’hman qui assuma le rôle de ‘Hazane (officiant) jusqu’au jour de l’anniversaire de deuil compris. »

« Le fait de ne réunir qu’un Minyane restreint faisait partie du plan préparé par le Rabbi afin que sa mère, la regrettée Rabbanit ‘Hanna ne soit pas mise au courant de la disparition de son fils car cela aurait nui à sa santé. »

Il convient ici de mentionner quelques-uns des moyens employés par le Rabbi pour cacher le triste événement à sa mère :

« Depuis que sa mère était arrivée aux États-Unis en 1947, le Rabbi avait pris l’habitude de lui rendre visite chez elle (elle habitait au 1418 Avenue President) chaque jour, le soir vers 19-20 heures. Afin qu’elle ne se doute de rien, le Rabbi maintint cette coutume même pendant les sept jours de « Chiva ». Pour qu’elle ne lui pose pas de questions sur le fait qu’il portait des chaussures en toile – qu’un trait blanc entourait – j’ai utilisé du cirage noir pour cacher ce fil blanc. »

« Le premier soir, j’ai accompagné le Rabbi jusqu’au coin de l’Avenue Président puis je suis revenu sur mes pas et je suis entré dans un magasin. De là, j’ai appelé la maison de la Rabbanit ‘Hanna. Quand le Rabbi entendit la sonnerie du téléphone, il dit à sa mère qu’elle devait répondre au téléphone et lui souhaita : « Bonne conversation ! » et il sortit de la maison. C’est ainsi que j’ai trouvé toutes sortes d’astuces, en changeant chaque soir de prétexte, tout cela pour que le Rabbi ne soit pas obligé de rester trop longtemps dans sa maison et qu’elle ne remarque pas qu’il respectait les lois du deuil, que D.ieu nous en préserve… »

« De même le Rabbi m’a dit à l’époque qu’il fallait éviter que des gens envoient des lettres de condoléance et me demanda de lui apporter le courrier de sa mère. Il vérifiait puis me demandait d’apporter les lettres qui convenaient dans sa boîte aux lettres. Cela dura plusieurs mois. »

« Sa belle-fille et sa petite-fille lui envoyaient des lettres et écrivaient que leur mari et père était très occupé avec ses études, ce qui faisait qu’il n’avait pas le temps d’écrire. Au bout de quelques mois, la Rabbanit confia à Reb Younik qu’elle s’inquiétait car elle ne recevait plus de lettres de son fils de Londres et que cela lui faisait de la peine. Et elle ajouta : « En parler à mon fils (le Rabbi), je ne le veux pas : il a suffisamment de soucis en dehors de cela. D’ailleurs, en général, j’essaie de ne lui raconter que des choses qui lui feront plaisir. » »

Reb Berel Younik expliqua à la Rabbanit ‘Haya Mouchka que sa belle-mère commençait à se douter que quelque chose, à Londres, ne se passait par comme il convient… Une semaine plus tard, le Rabbi lui confia une lettre que sa belle-sœur adressait à sa belle-mère – la Rabbanit ‘Hanna : dans la marge, le Rabbi avait ajouté quelques lignes, comme si elles avaient été écrites par son frère. Reb Younik la déposa dans la boîte aux lettres.

Ce soir-là, la Rabbanit ‘Hanna annonça, toute joyeuse, à Reb Younik qu’elle avait – enfin ! – reçu une lettre de son fils de Londres…

« Quelques jours avant Chavouot, le Rabbi attira mon attention sur le fait qu’il fallait organiser un système pour que la Rabbanit reçoive un télégramme au nom de son fils et de sa famille en l’honneur de la fête. Apparemment, telle était l’habitude de Rav Israël Arié Leïb : envoyer un télégramme à sa mère avant chaque fête. C’est pourquoi il fallait trouver un moyen d’envoyer un télégramme afin que la Rabbanit ne s’inquiète pas si elle ne recevait pas de télégramme… »

« J’ignorais comment il serait possible de « falsifier » un télégramme – continue Reb Younik – mais la Rabbanit (‘Haya Mouchka) me dit de me rendre au secrétariat du Rabbi, d’en prendre un télégramme quelconque qui serait arrivé ce jour-là et qu’elle me montrerait comment faire. J’ai apporté un télégramme ; elle prit une bouilloire, y fit bouillir de l’eau puis me montra comment utiliser la vapeur. Quand j’eus terminé, Reb Chalom Mendel Simpson écrivit un texte et le même jour, nous avons donc pu envoyer un télégramme à la Rabbanit ‘Hanna… »

« À propos des efforts que j’ai fournis à ce moment-là, le Rabbi m’a dit (il me semble que c’était à la fin de l’année de deuil) : « Je vous ai chargé d’une mission qui semble ne pas correspondre aux recommandations du Choul’hane Arou’h. Que D.ieu fasse que, grâce à cela, vous soyez quitte ! » »

« Nous avons agi ainsi, selon le vœu émis par le Rabbi et la Rabbanit (‘Haya Mouchka) pour chaque fête jusqu’au décès de la Rabbanit en 1964. Ils veillèrent jusqu’au bout à ce que la triste nouvelle ne parvienne pas aux oreilles de la Rabbanit ‘Hanna. »

Le fait est que la Rabbanit ‘Hanna ne sut jamais la vérité comme en atteste l’histoire suivante, rapportée par Reb Yé’hezkel Besser :

« Après le décès du frère du Rabbi, j’ai une fois rendu visite à la Rabbanit ‘Hanna (je lui rendais souvent visite car j’avais été très proche de son fils, Leïbl). La Rabbanit me demanda un jour quand je devais voyager en Europe. Je répondis : « La semaine prochaine ». »

« Elle me demanda si je devais faire une escale à Londres, je répondis que oui. Alors elle me demanda : « Pouvez-vous rendre visite à Leïbl ? » Je compris tout à coup qu’elle n’était pas au courant de la triste vérité… »

Sa famille

Son épouse, Génia de mémoire bénie ; sa fille unique, Dalia, puisse-t-elle vivre longtemps, et les fils de celle-ci : Ariel et Daniel.

La Brit Mila du fils aîné eut lieu à Washington et la Rabbanit envoya non seulement tout le repas de fête mais aussi dix hommes qui participèrent à la cérémonie. Rav Yé’hezkel Besser était le « Sandek » (celui qui tient le bébé sur ses genoux).

Il raconta que Dalia proposa de demander au Rabbi quel nom donner à l’enfant.

Rav Yé’hezkel en discuta avec la Rabbanit et, au bout d’un quart d’heure, celle-ci téléphona et déclara :

« C’est au père et à la mère de décider du nom ! » « Mais ils vous demandent ce que le Rabbi en dit ! » « C’est à eux de décider ! » « C’est le Rabbi qui a dit que c’est à eux de décider ? » Elle rit et dit : « Voulez-vous que je ne vous donne que mon opinion ? » « Non, je suis sûr que vous me rapportez les paroles du Rabbi ! » En riant, elle remarqua : « Cela, ce n’est pas moi qui l’ai dit ! »

Après cela, ils demandèrent aussi conseil quant à l’endroit où effectuer la Brit Mila et, finalement, elle eut lieu à Washington. L’enfant fut appelé Ariel d’après son grand-père, Israël Arié Leïb.

 

 

Londres : vague d’attaques antisémites, deux blessés graves dans un attentat au couteau à Golders Green

Londres : vague d’attaques antisémites, deux blessés graves dans un attentat au couteau à Golders Green

 

Un homme armé d’un couteau a attaqué des passants juifs dans une artère centrale du quartier de Golders Green, dans le nord de Londres, faisant deux blessés graves. L’incident s’inscrit dans une série alarmante d’attentats antisémites qui frappent la capitale britannique depuis plusieurs semaines. Les autorités ont procédé à de nombreuses arrestations, mais la communauté juive exprime une inquiétude croissante face à la montée de la violence.

 

 

Une attaque au couteau dans le cœur de Golders Green

Une attaque au couteau présumée a eu lieu mercredi dans une artère centrale du quartier de Golders Green, dans le nord de Londres. Selon les premiers rapports, un homme a été aperçu courant dans la rue, couteau à la main, tentant de poignarder des passants juifs. Les volontaires de l’organisation Shomrim sont rapidement intervenus sur les lieux, ont maîtrisé le suspect et l’ont retenu jusqu’à l’arrivée des forces de l’ordre.

Les policiers dépêchés sur place ont eu recours à un pistolet à impulsion électrique pour neutraliser l’individu, qui a ensuite été arrêté et conduit en garde à vue. Au cours de l’incident, deux personnes ont été blessées par arme blanche et ont reçu des soins médicaux de la part d’une organisation de secours. À l’heure actuelle, le suspect est toujours en détention et l’enquête se poursuit. Le mobile de l’attaque n’a pas encore été officiellement confirmé, mais les premiers éléments font fortement suspecter un acte à caractère antisémite.

La réaction des responsables politiques

En réaction à l’attentat de Golders Green, la vice-ministre des Affaires étrangères, députée Sharan Haskel, a déclaré : « L’attaque de Golders Green est la conséquence inévitable d’une politique qui offre un terreau fertile et encourage l’action d’éléments islamistes extrémistes. La tolérance envers une incitation effrénée, présentée sous couvert de « critique politique », sape directement la sécurité de la communauté juive et le droit fondamental de toute personne d’apparence juive de se rendre à la synagogue de son quartier en toute sécurité. Le gouvernement britannique doit reconnaître sa responsabilité envers les Juifs vivant dans le Royaume et agir avec fermeté contre l’antisémitisme montant, en comprenant que la rhétorique anti-israélienne se transforme en violence physique, en attentats terroristes dans les rues et en assassinat d’innocents. »

Une série d’arrestations liées à des projets d’attentats

L’antisémitisme à Londres ne cesse de faire des vagues. Quelques jours auparavant, deux hommes âgés de 19 et 26 ans avaient été arrêtés à Watford, ville voisine de Londres, soupçonnés d’avoir planifié de graves attaques antisémites contre la communauté juive de la capitale. Les deux suspects ont été placés en garde à vue par l’unité antiterroriste de la police.

Avec ces arrestations, le nombre total de personnes interpellées dans le cadre de cette affaire a atteint neuf en l’espace de trois jours. Sept autres suspects, arrêtés précédemment pour complot d’incendie criminel, ont été remis en liberté sous caution assortie de conditions restrictives et demeurent sous enquête.

La commissaire adjointe Vicki Evans, coordinatrice nationale de la lutte contre le terrorisme, a indiqué que l’enquête avance à un rythme soutenu : les autorités s’emploient à identifier et à arrêter toutes les personnes impliquées ou ayant participé à la planification de la récente vague d’incendies criminels antisémites dans le nord-ouest de la ville. Elle a précisé qu’une première condamnation avait déjà été prononcée dans cette affaire, et que sept autres suspects avaient été inculpés d’infractions liées à l’incendie volontaire.

Une vague d’incendies criminels contre des cibles juives

Depuis le mois de mars, plusieurs tentatives d’incendie criminel antisémites ont été perpétrées ou déjouées dans la ville, ciblant notamment des ambulances communautaires à Golders Green, ainsi que d’autres objectifs, dont deux synagogues et une organisation caritative juive. Un drone a également été signalé à proximité de l’ambassade d’Israël, une affaire toujours en cours d’investigation. La police a indiqué que depuis l’incident du 23 mars, vingt-cinq personnes ont été arrêtées, dont huit ont été inculpées et une a déjà été condamnée pour incendie criminel.

Peu de temps auparavant, une tentative d’incendie criminel avait visé une synagogue à Kenton, dans le nord de Londres — la troisième du genre contre des lieux de culte juifs en une semaine. La police locale a ouvert une enquête ; l’incident n’a pas fait de blessés.

Un groupe se réclamant d’une idéologie pro-iranienne, dénommé « Ashab al-Yamin », a revendiqué l’acte et publié sur des canaux Telegram une vidéo montrant un individu s’approchant du bâtiment et lançant une bouteille incendiaire en direction de celui-ci.

D’autres incidents dans différents quartiers de la capitale

Cet incident s’ajoute à une série d’événements similaires visant des cibles juives à Londres ces derniers temps. Le vendredi précédent, la police avait été appelée dans le quartier de Hendon après qu’un individu avait déposé un sac contenant des bouteilles de liquide inflammable devant un commerce juif et y avait mis le feu. Le mardi précédent, deux suspects masqués avaient lancé des cocktails Molotov et des briques en direction d’une synagogue réformée dans le quartier de Finchley. Le mois dernier, quatre ambulances de l’organisation Hatzolah avaient été incendiées devant une synagogue du quartier de Golders Green.

L’inquiétude de la communauté juive britannique

La communauté juive de Grande-Bretagne est profondément préoccupée par la situation. Le Grand Rabbin de Grande-Bretagne, sir Ephraïm Mirvis, a déclaré qu’une « campagne soutenue de violence et d’intimidation contre la communauté juive britannique prend de l’ampleur ».

L’organisation « Campaign Against Antisemitism » a vivement critiqué la gestion de cette vague d’attaques par les autorités, la qualifiant d’« échec catastrophique de l’État ». L’organisation a appelé le gouvernement britannique à désigner les Gardiens de la Révolution iraniens comme organisation terroriste, en tant que première mesure pour faire face à ce qu’elle décrit comme une radicalisation et une ingérence étrangère. Le président du Conseil des délégués des communautés juives, Phil Rosenberg, a de son côté souligné que la communauté juive « ne se laissera pas intimider par ces actes de haine ».

Le premier Rabbin Loubavitch d’Amérique : le Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz, génie du droit rabbinique entre Moscou et New York

Le premier Rabbin Loubavitch d’Amérique : le Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz, génie du droit rabbinique entre Moscou et New York

 

Le 12 Iyar  marque le jour du Yahrtzeit de Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz, ‘hassid du Tsema’h Tsedek et du Rabbi Maharach, qui servit comme Rav de Moscou avant de s’établir à New York, où il devint l’une des figures rabbiniques les plus marquantes de son époque. Infatigable défenseur de la vie juive traditionnelle dans une Amérique en pleine effervescence, il consacra ses forces au renforcement de la cacheroute et à la construction des micvaoths. Son génie, son wit légendaire et son influence profonde lui valurent une renommée qui dépassa largement les frontières de sa communauté.

 

 

 

Une jeunesse prodige à l’ombre du Tsema’h Tsedek

Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz naquit à Dobromisla, dans le gouvernorat de Mohilev, le 8 Kislev 5596 (1835). Fils de Reb Binyamin, il maîtrisa très jeune l’ensemble du Talmud et des Poskim, révélant dès l’enfance un génie hors du commun. Issu d’un milieu non ‘hassidique, c’est sur les conseils d’un ami qu’il se rendit à Loubavitch pour rejoindre les yoshvim du Tsema’h Tsedek — ces jeunes hommes studieux qui venaient s’y établir pour de longues périodes d’étude, pris en charge par le Rabbi lui-même.

Après son mariage avec Tamara, il fut nommé Rav dans plusieurs bourgades de Russie Blanche. En 5636 (1876), le Rabbi Maharach l’envoya à Moscou pour y assumer la fonction de Rav ‘hassidique, poste qu’il occupa pendant quinze ans, lui valant le titre de « Moskver Rov ».

Le rayonnement du « Rav de Moscou »

À Moscou, sa réputation de grand Gaon et de Posek éminent se répandit dans tout l’Empire russe et au-delà. Les enfants du Tsema’h Tsedek lui confièrent la mission d’organiser les manuscrits et de préparer l’édition des responsa de leur père — un travail colossal qu’il mena à bien sur deux ans, et sans lequel ces écrits fondamentaux ne nous seraient pas parvenus.

Farouche adversaire des Maskilim qui cherchaient à transformer le mode de vie juif traditionnel, il se battit sans relâche pour préserver l’intégrité de la Halakha. C’est également le Rabbi Rachab qui l’appela à superviser la rénovation de la mikveh de Loubavitch, tombée en désuétude après le décès du Rabbi Maharach.

L’exil américain : un nouveau théâtre d’action

En 5651 (1891), dans le sillage des turbulences politiques qui secouèrent la Russie et de l’attentat contre le tsar, une grande partie des Juifs de Moscou fut expulsée. Rav Vidrevitz décida alors de prendre le chemin des rives américaines. Il fut nommé Rav de la synagogue Loubavitcher-Nyezhiner, sise sur Henry Street, dans le quartier de l’East Side de New York. Quatre ans plus tard, il eut la joie de retrouver l’éminent ‘hassid Reb Avraham ‘Haïm Rosenbaum, qui avait correspondu avec lui avant son départ et reçu l’assurance qu’il l’aiderait à s’établir à son arrivée.

À New York, son étoile brilla d’un éclat nouveau. Il accomplit une œuvre considérable pour renforcer la vie juive dans cette « medineh treyfa », s’attaquant tout particulièrement aux questions de cacheroute et de micvaoths. Il travailla aussi bien de manière indépendante qu’aux côtés du « Rav Hakolel », Rav Yaakov Yossef, pour instaurer un ordre là où régnait le chaos.

L’esprit, le verbe et la célébrité

Malgré un trouble de la parole, les gens venaient de loin pour entendre ses drashot et lui soumettre leurs litiges. Son esprit acéré et son génie juridique lui valurent une renommée dans toute la presse judéo-américaine en langue yiddish.

On raconte qu’un jour, un associé en affaires l’accusa publiquement de malhonnêteté. Sans se démonter, le Rav répondit à son contradicteur : « Moi, je suis un menteur, et toi, tu bégaies ! » L’autre, interloqué, répliqua : « C’est toi qui bégaies ! » — « Oui, dit le Rav, mais si tu m’accuses de tes propres défauts, je t’accuserai des miens ! »

Il porta à diverses reprises le titre de « Grand Rabbin d’Amérique », titre que ses détracteurs lui contestèrent. Lorsqu’on lui demanda qui l’avait nommé à ce poste, il répondit avec humour : « Le peintre en lettres ! »

Les tensions avec l’Agoudas HoRabbanim

Après le décès de Rav Yaakov Yossef — le Rav Hakolel — en 5662 (1902), la plupart des Rabbanim se regroupèrent pour former l’Agoudas HoRabbanim. Pour des raisons qui nous échappent, Rav Vidrevitz refusa d’y adhérer et entra même en opposition avec cette institution.

Lorsque l’Agoudas HoRabbanim déclara que seuls ses propres cacherout et ché’hita méritaient confiance, Rav Vidrevitz rétorqua publiquement que cette déclaration, quoique bien intentionnée, constituait un ‘Hilloul Hachem, car elle discréditait de nombreux Rabbanim pieux et compétents qui n’avaient pas rejoint l’organisation, dont les hechsherim étaient tout aussi fiables, voire supérieurs.

Ses adversaires — principalement des figures du monde lituanien — tentèrent de le dépeindre comme irrespectueux envers le Rav Hakolel et négligent en matière de Halakha. En réalité, c’est tout le contraire : il fut l’un de ceux qui se tint aux côtés de Rav Yossef, tandis que ses principaux opposants étaient deux éminents Rabbanim lituaniens.

Il prit également part au comité chargé de recruter Rav Yaakov Dovid Wilowski de Slutsk — le Ridvaz — pour succéder au Rav Hakolel, témoignant ainsi de son souci profond de l’unité et de la qualité du leadership rabbinique en Amérique.

La polémique Hirshenson

Rav Vidrevitz s’opposa avec vigueur à un Rav controversé récemment arrivé aux États-Unis, établi à Hoboken dans le New Jersey : le Rav ‘Haïm Hirshenson. Celui-ci, alarmé par l’état déplorable de la vie juive en Amérique, avait rédigé avec de bonnes intentions un ouvrage intitulé Halichot Olam, visant à introduire des assouplissements halakhiques pour les masses. Rav Vidrevitz publia de nombreux articles contre lui et ses écrits dans la revue Hamitspah, défendant l’intégrité du droit rabbinique traditionnel.

Une mort soudaine, une ville sous le choc

Rav Vidrevitz, qui résidait au 222 Henry Street, avait été reconnu depuis le décès de Rav Yaakov Yossef comme le Grand Rabbin de la ville. Depuis six mois déjà, sa santé déclinait, mais c’est une semaine avant sa mort que son état devint véritablement alarmant. Il s’éteignit brusquement tôt le matin du 12 Iyar 5671 (1911), et c’est à la demande expresse de sa famille que la levayah fut organisée dès l’après-midi même. La nouvelle de sa disparition se répandit comme une onde de choc dans tout l’East Side, causant une surprise et une douleur immenses. Il avait 75 ans.

Tout au long de ses années new-yorkaises, il avait été l’arbitre incontesté d’innombrables litiges familiaux dans le quartier. Homme de Torah autant qu’homme du monde, il recevait aussi bien les érudits que les simples gens, les industriels et les hommes d’affaires qui venaient soumettre leurs différends à sa sagesse.

Une levayah hors du commun : la ville s’arrête

Le cortège funèbre fut à la mesure de l’homme : long de près d’un kilomètre, il s’étira sur tout le parcours, même après que les piétons eurent finalement abandonné la marche, ne laissant plus que les calèches poursuivre leur route. La foule massée sur les trottoirs était si dense et si émue que des incidents éclatèrent lorsqu’un cocher tenta de forcer le passage à travers le cortège. Des voix s’élevèrent : « Faites-le reculer ! » Les uns frappaient les chevaux, d’autres s’agrippaient à la voiture pour la tirer en arrière, entraînant les bêtes avec elle. Le cocher résista d’abord, mais l’arrivée des policiers, qui lui ordonnèrent de cesser de vouloir s’imposer, finit par rétablir l’ordre.

Le convoi franchit finalement le pont de Williamsburg pour rejoindre le cimetière de Bayside, où Rav Vidrevitz fut inhumé auprès de son fils Yossef Tsvi, qui l’avait précédé dans la mort. Une grande matséva fut érigée sur leurs deux tombes.

Un hommage de la presse et une œuvre impérissable

Le Morgen-Journal, grand quotidien yiddish de l’époque, lui rendit cet hommage : il fut l’un des plus grands géonim de son temps, versé non seulement dans la Torah, mais aussi dans les affaires du monde ; de grands industriels et hommes d’affaires venaient le consulter pour trancher leurs litiges. Ses propres écrits ne furent jamais publiés en recueil, mais son souvenir demeure vivant dans les textes du Tsema’h Tsedek qu’il compila avec tant de soin, ainsi que dans ses contributions éparses à diverses publications et archives rabbiniques.

 

 


Des milliers de fidèles envahissent les rues de New York pour rendre un dernier hommage au Grand Rabbin Weiderowitz

 

Source : The New York Times, 11 mai 1911 

La disparition du Grand Rabbin Yaakov Weiderowitz a plongé l’ensemble de la communauté juive du Lower East Side dans le deuil. Plus de cinq mille fidèles ont suivi le cortège funèbre à travers les artères animées de Manhattan, transformant une simple procession en un témoignage populaire d’une ampleur sans précédent. La cérémonie, marquée par les chants liturgiques des chœurs de six synagogues, restera gravée dans la mémoire collective comme les plus grandes funérailles jamais organisées dans ce quartier depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef.

Un cortège d’un kilomètre traverse le Lower East Side

Le jeudi 11 mai 1911, plus de cinq mille membres des congrégations du Lower East Side ont accompagné la dépouille du Grand Rabbin Yaakov Weiderowitz le long de Henry Street, Pike Street, East Broadway et Hester Street, en direction du pont de Williamsburg. Le cortège a emprunté un itinéraire solennel, longeant six synagogues et trois institutions caritatives juives, devant lesquelles des chœurs stationnés sur le parvis entonnaient des élégies funèbres tandis que des officiants récitaient des prières pour le repos de l’âme du Grand Rabbin. Il s’agissait là des plus grandes funérailles organisées dans ce quartier depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef, neuf ans auparavant.

Afin d’éviter que ne se reproduisent les scènes de désordre et d’émeute qui avaient accompagné ce précédent enterrement, une vingtaine de policiers avaient été dépêchés pour encadrer le convoi, maintenir le calme et empêcher toute interruption de la circulation durant le passage de la procession. Néanmoins, lorsqu’un cocher d’une voiture à cheval tenta de forcer le passage à travers le cortège au moment où les chants funèbres retentissaient devant l’école de Torah de East Broadway, des membres de la foule se précipitèrent sur l’attelage, saisirent les chevaux et repoussèrent le véhicule. Le conducteur résista, mais fut contraint de renoncer sous la pression des émeutiers ; il fallut l’intervention des forces de l’ordre pour le dégager et le mettre à l’abri.

La procession, longue de près d’un kilomètre, a progressé solennellement — même après que ceux qui la suivaient à pied se furent dispersés — et a finalement franchi le pont de Williamsburg en direction du cimetière de Bayside, à Brooklyn.

Biographie d’un grand serviteur de la communauté

Le Grand Rabbin Weiderowitz résidait au 222 Hester Street. Il était devenu la figure religieuse la plus éminente du Lower East Side depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef, dont il avait été reconnu comme le successeur à la tête du rabbinat de la communauté. Son décès est survenu de manière soudaine, tôt dans la matinée du mercredi, alors qu’il avait souffert d’une santé déclinante durant les six derniers mois ; son état s’était considérablement aggravé au cours de la semaine précédente, au point que la nouvelle de sa mort, bien que redoutée, causa une grande consternation dans le quartier.

Né aux environs de Moscou voici soixante-dix ans, il était devenu Rav à l’âge de seize ans, après avoir étudié la loi talmudique. Il exerça ensuite ses fonctions rabbiniques à Moscou pendant vingt ans avant d’immigrer aux États-Unis en 1876, où il s’installa sur le Lower East Side, au cœur de la vie juive new-yorkaise. Son autorité religieuse, sa rigueur halakhique et sa proximité avec les fidèles lui valurent une réputation exceptionnelle, qui transparut dans l’ampleur populaire des funérailles qui lui furent consacrées.

Une erreur de presse concernant la veuve du général Hancock

Une dépêche en provenance de Memphis, Tennessee, publiée dans le Times du 8 mai, avait semblé annoncer le décès de Mme Winfield Scott Hancock, veuve du général et candidat à la présidence contre Garfield en 1880. Cette information était inexacte : c’est en réalité la veuve de Russell Hancock, fils du général, qui venait de mourir. La défunte, qui avait conservé le nom de Mme Hancock après s’être séparée de son second mari, Ellerton Dorr de Boston, résidait depuis vingt ans dans un domaine situé près de Brookdale, dans le Mississippi. Elle est survécue par un fils, le capitaine Winfield Scott Hancock Jr., en poste à Fort Constitution, dans le New Hampshire. C’est Oliver de Bois Roelker, du 303 West First Street, unique frère de la véritable veuve du général, qui a signalé cette erreur à la rédaction du Times. La première Mme Hancock, pour sa part, est décédée dans cette ville il y a plus de dix-sept ans.

Nécrologie : le contre-amiral William Campbell Gibson

Le contre-amiral William Campbell Gibson, officier en retraite de la Marine des États-Unis, est décédé hier à son domicile du 1412 Pacific Street, à Brooklyn. Né à Albany en 1838, il s’engagea dans le service volontaire au début de la guerre de Sécession. Il fut notamment commandant du vapeur affrété City of Peking et de l’Olympia en 1898, navire qui transporta le Premier régiment de volontaires de Californie jusqu’à Manille. En 1900, il prit le commandement du cuirassé Texas ; le 23 juillet de cette même année, jour de son soixante-deuxième anniversaire, il fut promu au rang de contre-amiral. Il avait épousé, à l’été 1875, Aurelia A. Holbrook. Il laisse dans le deuil son épouse et trois enfants.