Le monde juif est en deuil après la disparition du Rav David Mikhaël Schmidel, président de l’organisation Atra Kadisha, décédé à l’âge de 92 ans à Bené Brak. Pendant plus d’un demi-siècle, il se tint comme un rempart inébranlable contre toute profanation des cimetières juifs, en Israël comme à travers le monde entier. Il laisse derrière lui une descendance nombreuse, une œuvre colossale et une leçon de vie que peu sauront égaler.

 

 

 

Né à Vienne, enraciné en Terre d’Israël

David Mikhaël Schmidel voit le jour à Vienne, en Autriche, lors de la fête de Pessa’h de l’année 1934, fils unique du Rav Pin’has Schmidel. À l’âge de cinq ans, sa famille s’installe en Terre d’Israël, où il grandira et forgera sa personnalité dans les grandes Yéchivot de l’époque. Il étudie à la Yéchiva de Slobodka à Bené Brak, devenant un proche du ‘Hazon Ich zts »l et l’un des disciples éminents du Rav Gedalia Nadel zts »l. Il poursuit ensuite sa formation à la Yéchiva de Be’er Ya’akov, sous la direction du Rav Moché Chemouel Shapira zts »l, consolidant ainsi un socle de savoir et de rigueur qui guidera toute son existence.

Un combat précoce pour l’honneur des morts

Dès 1956, le Rav Schmidel s’engage sous l’égide du Rav de Brisk contre les fouilles archéologiques conduites sur le tombeau du Rambam à Tibériade — signe avant-coureur d’une vocation qui allait définir toute sa vie. Dans les années 1960, il prend une part active à la lutte du monde orthodoxe contre les autopsies systématiquement pratiquées en Israël. Dès le milieu des années 1970, il prend la tête de l’organisation Atra Kadisha, dont la mission est de défendre la sanctité des cimetières juifs contre toute excavation ou profanation, en Israël comme à l’étranger. En 1979, sa détermination lui vaut d’être arrêté lors de manifestations au mont Shnan — une arrestation qu’il portera comme un insigne d’honneur.

Consulté régulièrement par les grandes autorités de sa génération, dont le Rav Shach zts »l, il incarnait une forme de résistance non violente et absolument cohérente. Un proche rapporte la formule lapidaire dans laquelle il résumait lui-même le secret de sa persévérance : « Notre force réside dans le fait de recevoir des coups sans jamais en rendre. Le jour où nous riposterons, nous aurons perdu. »

Kaliningrad : une intervention providentielle au cœur de la Russie

Il y a une vingtaine d’années, le Rav Schmidel se rendit à Kaliningrad, en Russie, pour faire face à une situation d’urgence. Travaillant en étroite collaboration avec le Grand Rabbin Berel Lazar, ils parvinrent ensemble à mettre un terme à la profanation d’un ancien cimetière juif, préservant ainsi le dernier lieu de repos de plusieurs grands maîtres de la Torah. Tout au long de son mandat à la tête d’Atra Kadisha, il demeura une source indispensable de conseil et de soutien concret pour toutes les initiatives de préservation du patrimoine funéraire juif à travers la Russie et au-delà.

Jusqu’en France : le cimetière médiéval d’Ennezat

L’engagement du Rav Schmidel pour la protection des tombes juives ne connut aucune frontière. Lorsque la question de l’identification d’un éventuel cimetière juif à Ennezat, petite commune du Massif Central, fut soulevée par Mme Paulette Abrabanel ע »ה, il n’hésita pas à faire le voyage jusqu’en France. Accompagné de Par Nahon, l’un des grands spécialistes en la matière, il examina sur place les nombreuses pierres tombales hébraïques disséminées dans ce village et conclut, sans ambiguïté, que le site correspondait bien à un cimetière juif médiéval du XIVe siècle. Cette expédition eut une conséquence directe et durable : le site est désormais officiellement protégé.

Érudit et bâtisseur

Parallèlement à son militantisme, le Rav Schmidel consacra des décennies à la direction du Kollel Metivta deRabbi Yo’hanan, qu’il établit successivement à Tibériade puis à Komemiyout. Il fut également membre de la prestigieuse équipe éditoriale des éditions Chabtai Frankel, célèbre pour son édition de référence du Rambam, et publia de nombreux commentaires et ‘hidouché Torah tout au long de sa carrière. Son œuvre institutionnelle et intellectuelle témoigne d’un homme qui sut conjuguer le combat de rue et la profondeur de la salle d’étude.

La fin d’une époque

Le Rav David Mikhaël Schmidel s’est éteint à son domicile de Bené Brak malgré les tentatives de réanimation des volontaires d’Ichoud Hatzalah et du Mada. Il sera inhumé au mont des Oliviers (Har HaZétim), aux côtés de son père. Il laisse derrière lui une nombreuse descendance — huit enfants et de nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants qui marchent dans sa voie — ainsi qu’un héritage de dignité, de persévérance et de fidélité absolue aux valeurs les plus sacrées de notre tradition. Sa disparition marque la fin d’une ère pour un guide qui se tint, sa vie durant, comme le dernier rempart de ceux qui ne peuvent plus parler en leur propre nom.dition.