Il a œuvré pour le renouveau du judaïsme français. Le Rav Pin’has Pachter est décédé le 12 mai dernier, à l’âge de 83 ans.

C’est en présence d’une foule nombreuse, à Paris comme à Jérusalem, que Rav Pin’has Pachter a été escorté vers sa dernière demeure sur le mont des Oliviers. Malgré les restrictions sanitaires et les tensions déjà palpables à Jérusalem, les innombrables personnes qui doivent à Rav Pachter leur attachement au judaïsme avaient tenu à honorer sa mémoire et se souvenaient avec émotion de l’influence déterminante qu’il avait eue sur leurs vies.

Son grand-père, Reb Chabssé, ‘Hassid d’Alexander, portant fièrement le Shtreimel le Chabbat, était arrivé de Pologne au début du 20e siècle et avait transmis à ses enfants et ses petits-enfants un judaïsme traditionnel sans compromis.

Né à Paris en 1938, Pin’has avait gardé de son enfance dans la capitale occupée le sens du dévouement pour les autres Juifs (le petit appartement de ses parents abritait souvent des réfugiés de passage) et la détermination nécessaire pour survivre dans les conditions angoissantes du moment. Nombre de membres de sa famille furent déportés et assassinés, une blessure morale qui le hanta toute sa vie.

Fréquentant la petite synagogue fondée par son grand-père, rue Duc, dans le 18e arrondissement, se posant des questions existentielles comme tout adolescent à cette époque, Pin’has eut la chance d’être mis en contact avec un réfugié russe, M. Léïb Lévine, inoubliable hazzan de la synagogue St Isaure. Celui-ci sut patiemment initier à la ‘Hassidout Loubavitch de nombreux jeunes gens dont il s’occupait comme un père, favorisant d’ailleurs leurs mariages.

Doué d’un charisme intellectuel et d’une force oratoire puissante, Rav Pin’has Pachter devint, à son tour, en 1966, un Chlia’h (envoyé) du Rabbi et transmit le message du judaïsme. Inlassablement, avec l’aide de son épouse, il a pratiqué une hospitalité à toute épreuve (la porte était toujours ouverte, se souvient ‘Hanna, une de ses filles …) et ceux qui ont goûté au chabbat chez lui attestent que ce fut souvent le déclic pour leur retour complet à la tradition juive.

Attaché au Rabbi de Loubavitch de toutes les fibres de son âme, Rav Pachter donnait des cours de ‘Hassidout, suivait attentivement les progrès de ses disciples – même ceux qui choisissaient une autre voie. Il initiait aussi les non-Juifs à la pratique des sept lois des enfants de Noé : à ses funérailles, Marwan, un musulman, attesta, en larmes, qu’impressionné par son dévouement, il l’avait bénévolement conduit toute cette année dans les hôpitaux afin d’apporter aux malades du corona des repas casher.

Jusqu’à son dernier souffle, il édita un feuillet hebdomadaire « Le Courrier de la Gueoula », distribué dans tout Paris. Que son souvenir soit une bénédiction.

Feiga Lubecki

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