Aaron Ouanounou, francophone Habad habitant Ashdod, se rend au Ohel chaque année depuis trente-six ans pour y déposer les lettres que lui confient hommes et femmes de son entourage. Un Guimel Tamouz, une amie de sa femme lui remet une enveloppe assortie d’une consigne inhabituelle : ne surtout pas la lire. Ce qu’il se passa ensuite au Ohel dépasse toute coïncidence humaine et rappelle que le Rabbi continue d’agir.
Trente-six ans de voyages au Ohel
Je m’appelle Aaron Ouanounou, j’habite à Achdod, et je suis là pour vous raconter une histoire particulière qui m’est arrivée au Ohel, après Guimel Tamouz. Voilà : ma femme et moi avons nos habitudes bien établies. Moi, je voyage au Ohel depuis trente-six ans. Ma femme, elle, se rend au Kinous. Cette année-là, cependant, elle ne pouvait pas voyager. Une amie à elle m’a alors remis une lettre, comme cela se fait souvent — car, chaque année, je reçois les lettres d’hommes et de femmes qui souhaitent écrire au Rabbi, qui veulent lui demander une brakha.
Seulement, cette lettre-là avait quelque chose de particulier : l’amie de ma femme m’avait demandé de ne surtout pas la lire. Vous savez que nous avons l’habitude — comme le Rabbi lui-même le faisait lorsqu’il se rendait au Ohel du Rabbi précédent, le Rabbi Rayatz — de prendre les lettres et de les lire mot à mot. Mais cette dame, elle, ne voulait pas que je lise la sienne.
Une lettre à remettre sans la lire
Je prends donc toutes les lettres, j’arrive au Ohel, j’entre et je commence à réciter mes prières. Arrivé au moment où il convient de lire les lettres, je les prends une par une. Et lorsque je parviens à celle de l’amie de ma femme, je me rappelle soudain qu’elle m’avait demandé de ne pas la lire.
Je cherche à droite, à gauche. Et je remarque qu’il y a derrière moi un grand monsieur qui parlait français avec un accent canadien. Je me dis qu’il pourrait certainement lire cette lettre à ma place. Je me retourne et je lui tends l’enveloppe en lui demandant : « Est-ce que tu peux lire la lettre ? » Lui, ne connaissant pas le minhag, me demande : « Ça veut dire quoi ? » Je lui explique simplement : « Tu lis la lettre — chez nous, on a l’habitude de lire à voix haute les lettres que l’on nous confie. Si tu peux le faire, je t’en serais reconnaissant. » Il accepte.
Je lui donne la lettre, je me retourne et je continue mes prières.
Un inconnu visiblement bouleversé
Brusquement, une fois qu’il a fini de lire, il me rappelle. Il me dit : « J’ai fini, j’ai fini » — mais d’un air très, très touché. Je déchire la lettre, comme il est d’usage au Ohel, et je poursuis mes prières. Une fois terminé, je sors — et je vois ce grand monsieur adossé contre le mur, en train de m’attendre.
Quand j’arrive vers lui, il me demande : « Pourquoi tu m’as donné cette lettre à lire ? » Je lui explique : une amie de ma femme ne voulait pas que je la lise moi-même, et tout. Il répond : « Non, ce n’est pas ça la question. La question, c’est : pourquoi tu me l’as donnée à moi ? »
Je lui dis : « Écoute, je t’ai donné la lettre parce que tu étais le seul, à côté de moi, qui parlait français avec un accent. Je me suis dit que tu pouvais la lire. »
Il insiste : « Ce n’est pas ça la question. Mais pourquoi à moi ? Je vais te dire ce qu’il y avait écrit dans cette lettre. »
Je lui réponds : « Non, justement — je ne dois pas savoir ce qu’il y avait d’écrit dans cette lettre. »
« Si, je vais te le dire. »
Quand quelqu’un fait presque deux mètres et qu’il vous dit avec insistance qu’il va vous parler, vous lui dites : « Bon, d’accord. »
Le message qui n’était pas pour moi
Alors il me dit : « Cette lettre, c’est une dame qui demande une bénédiction au Rabbi — la bénédiction de pouvoir retrouver son frère, qu’elle n’a pas vu depuis des années. »
Il marque un silence, puis il poursuit : « Cette dame porte le même prénom que ma sœur. Et le prénom de sa mère, c’est le prénom de ma mère. »
Et il me dit : « Tu savais que j’étais fâché avec ma sœur depuis des années ? »
Je le regarde. Je change de couleur. Et lui commence à pleurer.
Nous avons compris, lui et moi, que le Rabbi avait fait le nécessaire pour que le message lui parvienne — et pour qu’il puisse se réconcilier avec sa sœur.
















