Enfant d’émissaires au Brésil, Miki Halperine a grandi dans l’isolement, entre insécurité et brimades, avec un seul rêve : rejoindre le Rabbi à New York. Arrivé à Crown Heights à 14 ans, il découvre avec amertume que la solitude l’a suivi jusque-là. Jusqu’au soir où, au milieu de la foule, le Rabbi a posé son regard sur lui et a tout changé.
Une enfance au Brésil marquée par la solitude et l’adversité
Mon nom est Miki Halperine. Je suis né au Brésil, où le Rabbi a envoyé mes parents il y a plus de soixante ans. Ils furent les premiers Chlouhim et sont aujourd’hui les émissaires principaux du Brésil. São Paulo, la ville où j’ai grandi, compte plus de vingt millions d’habitants. C’est le centre du commerce, mais aussi une ville gangrenée par la criminalité.
Nous ne pouvions pas circuler librement dans les rues à cause des risques de vols et d’enlèvements. De plus, l’un de nos voisins était profondément antisémite ; son fils, bien plus grand que nous, prenait plaisir à nous frapper. Le seul endroit où nous pouvions jouer était à l’intérieur de l’immeuble. À l’époque, nous fréquentions l’école de la communauté Satmar qui, en ce temps-là, était en conflit ouvert avec Habad. Nous étions les seuls enfants Habad et nous subissions des brimades constantes : pour eux, puisque notre famille adressait la parole à des Juifs non pratiquants, nous étions considérés comme des « Goyim ». Mon enfance a été terriblement difficile, tant sur le plan social que sécuritaire et émotionnel.
Le départ vers New York : entre espoir immense et cruelle désillusion
Ce qui nous faisait tenir, c’est que nos parents nous promettaient qu’après notre Bar Mitsva, nous irions étudier auprès du Rabbi à New York, où nous nous sentirions enfin à notre place. J’ai attendu ce moment avec une impatience dévorante. À quatorze ans, je suis enfin parti. J’étais tellement excité que je n’en dormais plus les nuits précédant le départ.
Mais une fois arrivé, le rêve s’est brisé. À l’école Habad près du Rabbi, les autres enfants me traitaient comme un étranger bizarre. Je ne parlais pas la langue et je n’avais aucune compétence sociale, car je n’avais jamais vraiment eu d’amis au Brésil. C’était un sentiment terrible. En y repensant aujourd’hui, quarante ans plus tard, j’en ai encore les larmes aux yeux. Je pensais être arrivé au paradis, mais tout s’est effondré.
À cette époque, il n’y avait plus d’audiences privées (Ye’hidout) et la distribution de dollars n’avait pas encore commencé. Je ne pouvais pas parler au Rabbi. J’avais l’impression qu’il ne savait même pas que j’existais. Je me demandais comment l’homme qui était censé m’aimer le plus au monde pouvait me laisser traverser une telle épreuve sans le moindre signe de reconnaissance. Je courais à toutes les prières, à tous les Farbrenguen, et j’essayais de communiquer avec lui par la pensée. Je le regardais et je lui disais en silence : « Rabbi, s’il te plaît, donne-moi un signe que tu sais que je suis là, un signe que tu comprends ma douleur. »
Le miracle de la bénédiction de la lune
Environ deux semaines après mon arrivée, c’était le moment de la sanctification de la lune (Kiddouch Levana). Le Rabbi sortait dehors. La foule était dense, les secrétaires étaient collés à lui, et il était quasiment impossible de s’approcher. Moi, l’adolescent de quatorze ans, je me tenais loin derrière.
Le Rabbi a prononcé « Chalom Ale’hem » une première fois vers sa droite, une deuxième fois vers sa gauche, puis il a pivoté de cent quatre-vingts degrés vers l’arrière. Il n’a pas adressé la troisième salutation à ceux qui l’entouraient de près. Ses yeux cherchaient quelqu’un. La foule des Hassidim s’est littéralement ouverte, rangée après rangée, créant un couloir. Tout au bout se tenait un jeune garçon au cœur brisé : moi. Le Rabbi m’a regardé intensément dans les yeux et m’a dit : « Chalom Ale’hem. »
Une force pour toute la vie
Je me suis demandé : « Qu’est-ce qui vient de se passer ? Le Rabbi m’a entendu ? » Parmi tous ces grands Hassidim, il m’avait cherché, moi, un petit garçon de quatorze ans. Cela m’a donné une force incroyable. J’ai senti que quelqu’un se souciait de moi et m’écoutait. Les autres garçons m’ont alors soulevé sur leurs épaules et ont commencé à danser avec moi.
Le mois suivant, la même scène s’est reproduite. Le Rabbi s’est de nouveau retourné vers l’arrière, la foule s’est ouverte, et il a attendu de me trouver pour me dire son troisième « Chalom Ale’hem ». À la troisième reprise, les autres élèves m’ont dit de venir me tenir plus près afin de ne pas faire perdre de temps au Rabbi. Pendant toute cette année, chaque mois, le Rabbi m’a ainsi « soulevé » jusqu’à ce que j’apprenne à m’adapter et à tisser des liens avec les autres.
Aujourd’hui, ceux qui me connaissent voient en moi un homme très fort, et ils ont du mal à croire que j’ai été cet enfant vulnérable. Cette expérience a transformé ma vie. Le Rabbi m’a enseigné que nous portons en nous la force de nous élever et de nous transformer. Savoir que le Rabbi m’entendait et me comprenait m’a donné des forces pour toute ma vie, jusqu’à ce jour.
Dans la symphonie du temps juif, chaque mois joue sa propre partition. Mais lorsque le calendrier affiche Adar, la mélodie change radicalement et devient exubérante, profonde, presque paradoxale. À la lumière de la ‘Hassidout, la joie de ce mois n’est pas une simple émotion passagère, mais une véritable technologie spirituelle capable de redéfinir la réalité elle-même.
L’adage talmudique résonne comme un impératif cosmique : « Michéni’hnas Adar Marbim BéSim’ha » – « Dès que le mois d’Adar entre, on augmente la joie. »
Tichri nous invite à la crainte révérencielle et au couronnement du Roi ; Nissan souffle le vent de la liberté et de la naissance d’un peuple. Mais lorsque Adar fait son entrée, tout bascule. La joie d’Adar n’est pas une réaction à des événements heureux. Elle est un outil de transformation, une force capable de bouleverser l’ordre établi.
La joie qui brise les murailles
Pourquoi la joie ? La ‘Hassidout nous enseigne le principe de « Sim’ha Poretzet Gueder » : « La joie brise les barrières. »
L’homme, par nature, est un être fini, limité par ses habitudes, ses craintes et sa logique. Ses problèmes lui semblent souvent insurmontables car il les aborde avec les outils restreints de son intellect. C’est ici qu’intervient la joie d’Adar. Elle n’est pas rationnelle ; elle est supra-rationnelle. En cultivant une joie sans bornes, l’âme dépasse ses propres limites et accède à une dimension où les obstacles naturels se dissolvent.
Le Rabbi expliquait souvent que la tristesse, même lorsqu’elle se déguise en piété ou en sérieux, contracte l’âme et ferme les canaux de l’abondance. La joie, à l’inverse, dilate le cœur et l’esprit, permettant à la lumière divine de s’y déverser sans entrave. En Adar, être joyeux n’est pas un luxe, c’est une stratégie de victoire.
Vénafo’h Hou : l’art de la métamorphose
Le miracle de Pourim, cœur battant du mois d’Adar, se distingue radicalement de celui de ‘Hanouka. À ‘Hanouka, la lumière repousse l’obscurité. À Pourim, nous atteignons un sommet vertigineux : l’obscurité elle-même est transformée en lumière. C’est le secret de « Vénafo’h Hou » (« Et cela s’est inversé »).
Haman, dans sa vision étriquée, pensait que la « nature » et le « destin » condamnaient le peuple juif. Il avait tiré au sort (Pour) une date, persuadé que le hasard aveugle régissait le monde. Ce qu’il ignorait, c’est qu’Adar est sous le signe du « Mazal Bari » – un destin sain et robuste, qui puise sa source bien au-delà des astres, directement dans la volonté divine.
La ‘Hassidout nous révèle que le mal n’a pas d’existence autonome ; il n’est qu’une écorce (Klipa) masquant une étincelle divine captive. Le travail d’Adar consiste à déchirer ce masque. C’est pourquoi nous portons des déguisements à Pourim : pour rappeler que le « naturel » n’est qu’un costume que D.ieu revêt pour agir dans le monde. En Adar, nous ne fuyons pas le monde matériel ; nous le sanctifions, révélant que même dans l’ivresse du festin, la Présence Divine est là.
L’alphabet de la rédemption : Aleph et Dar
La structure même du nom Adar (אדר) contient le programme spirituel du mois. Les maîtres de la Kabbale décomposent ce mot en deux entités : Aleph (א) et Dar (דר).
La lettre Aleph représente le Aloufo Chel Olam, le Maître du Monde, l’Unité absolue de D.ieu. Le mot Dar signifie « habiter ». Ainsi, le mois d’Adar est le temps propice pour réaliser le but ultime de la Création : faire résider le Divin (le Aleph) dans notre réalité quotidienne (Dar).
Ce n’est pas un D.ieu lointain que nous célébrons, mais un D.ieu qui « habite » parmi nous, dans nos maisons, dans nos défis et dans nos réussites. C’est l’essence de la mission juive : faire de ce monde une demeure pour D.ieu.
Au-delà de la logique : l’essence de l’âme juive
Le Rabbi souligne souvent une nuance cruciale dans la Méguila : le peuple y est appelé Yéhoudim et non Bnei Israël. Le terme Yéhoudi vient de la racine de la reconnaissance et de la soumission (Hodaa).
Face au décret d’anéantissement, la logique aurait dicté l’assimilation pour survivre. Pourtant, tout le peuple, du plus sage au plus simple, est resté uni autour de Mordé’haï. Pourquoi ? Parce qu’en Adar, ce qui se réveille n’est pas l’intellect, mais l’essence même de l’âme (Yé’hida), cette étincelle indestructible qui ne peut être séparée de sa Source.
Haman voyait un peuple « dispersé et éparpillé ». Il ne voyait que la surface. Adar révèle l’unité profonde qui lie chaque âme juive. C’est pourquoi les Mitsvot du jour – l’échange de mets (Michloa’h Manot) et les dons aux pauvres (Matanot Laévionim) – sont tournées vers l’autre. Elles sont la réponse physique à l’accusation de dispersion : nous sommes un seul corps.
Lâcher le « paquet »
Pour vivre cette joie au quotidien, le Rabbi utilisait une parabole frappante : celle du voyageur en train qui s’obstine à garder son lourd bagage sur les épaules. Pourquoi porter le poids de nos soucis, alors que D.ieu porte déjà le monde entier, nous y compris ?
La véritable joie d’Adar naît de ce lâcher-prise. C’est la confiance absolue (Bita’hon) que nous sommes portés par un courant de bienveillance. Comme les poissons (Daguim), signe du mois, qui vivent immergés dans l’eau et dont les yeux restent toujours ouverts, nous sommes baignés dans la Providence Divine, sous un regard qui ne dort jamais (Eina Pki’ha).
Une joie pour l’année entière
La joie d’Adar n’est pas destinée à s’évaporer une fois les masques rangés. Elle est un réservoir d’énergie vitale pour l’année entière. Elle nous apprend que l’obscurité n’est qu’un prélude à une plus grande lumière, que nos limites ne sont que des défis à relever, et que sous l’apparence parfois chaotique du monde, bat le cœur d’une Providence aimante.
En ce mois d’Adar, notre mission est simple mais grandiose : laisser entrer le Aleph. Laisser la joie briser nos murs. Et transformer, par un sourire empreint de foi, l’exil intérieur en une rédemption personnelle et collective.
Comment le Rabbi réagissait-il à l’annonce de l’étude de cent pages de Guemara ? À l’avenir, Hachem enseignera de nouveau la Torah à Israël comme un père instruit son fils. Quand un homme mérite-t-il la « couronne de la Torah » et comment se mesure véritablement son engagement dans l’étude ?
Par le Rav Mordekhaï Menaché Laufer
Jusqu’à cent et un
Lorsque l’on informa le Rabbi que des jeunes gens avaient appris par cœur cent pages de Guemara (conformément à sa directive de l’été 5729/1969), le Rabbi nota (Likouté Si’hot, volume 18, p. 440), à la suite des mots « environ cent pages » :
« Et un, comme il est expliqué dans le Likouté Torah, Réé (22, 3), qu’aujourd’hui encore il y a une qualité supérieure dans le cent-et-un. »
Le Likouté Torah explique à cet endroit que le nombre « cent » désigne la plénitude de l’enchaînement des mondes (Hichtaltchelout), qui se divise généralement selon le nombre dix : dix Sefirot, dix facultés de l’âme, etc. Leur plénitude, lorsque chacune d’elles comprend elle-même dix subdivisions, correspond au nombre cent. Il cite les ‘Hidouchéi Agadot du Maharcha dans son commentaire sur la parole de nos Sages (Haguiga 9b) : « Celui qui révise son chapitre cent fois n’est pas comparable à celui qui le révise cent une fois. » En effet, « le nombre cent atteint jusqu’aux niveaux de Nefech, Roua’h et Nechama, qui correspondent aux unités, dizaines et centaines, etc., mais celui qui étudie un chapitre de plus accède à la part divine d’En-Haut. »
(On trouvera un développement approfondi dans les enseignements ‘hassidiques et les paroles de nos maîtres rassemblés dans le Tanya, édition ‘Hitrik, chap. 15 (p. 267-271 ; 276-277), ainsi que dans les notes et références des Halakhot Talmoud Torah (du Rav M. Ch. Achkenazi), chapitre 2, paragraphe 3, notes 52/d à 57/b (p. 252-255).)
Ce que le Rabbi souligne par les mots « qu’aujourd’hui encore il y a une qualité supérieure dans le cent-et-un » mérite explication. L’Admour Hazakène écrit en effet dans son Choul’hane Aroukh, Hilkhot Talmoud Torah : « De nos jours, où la Torah orale est écrite devant nous, il n’est pas nécessaire de réviser cent-et-une fois, etc. » Cependant, d’après ce qui est expliqué dans le Likouté Torah (ibid.) — et d’après ce qui ressort des Si’hot du Rabbi, selon lesquelles le « un » ajouté aux cent permet d’atteindre le niveau de Ye’hida dans l’âme, qui correspond en Haut à la dimension du Keter (Tanya, édition ‘Hitrik, ibid. p. 269) —, il apparaît clairement qu’aujourd’hui encore, il y a une qualité supérieure dans le cent-et-un.
Il convient également de citer les propos du Chakh dans son introduction au Yoré Déa, sur l’effort dans l’étude de la Halakha :
« Combien de peines ai-je endurées ! Je ne me suis occupé d’aucune autre affaire, je n’ai accordé ni sommeil à mes yeux ni assoupissement à mes paupières pendant de nombreuses années, jusqu’à ce que j’aie concrétisé ma pensée. J’ai clarifié et pesé chaque chose dans la balance de la justice, et j’ai examiné tous les aspects et sous-aspects, non pas une ou deux fois, mais cent-et-une fois, en compagnie de collègues estimés, chers et agréables, qui prêtaient l’oreille à ma voix. Et quiconque n’était pas à mes côtés ne croirait pas, si on le lui racontait, la grandeur de l’épreuve que j’ai traversée en fouillant l’océan du Talmud et des décisionnaires, jusqu’à ce que j’aie tout établi avec certitude. »
D.ieu enseignera la Torah à Israël
À plusieurs occasions, le Rabbi a déclaré qu’à l’avenir, le Saint béni soit-Il enseignera la Torah aux enfants d’Israël. C’est ce qui est rapporté dans la Si’ha du 25 Tamouz 5750/1990 (note 33, Hitvaadouyot 5750, vol. 4, p. 74 ; et il en est aussi fait mention dans la Si’ha du 16 Tamouz de la même année, ibid. p. 34) :
« Il faut aussi noter l’allusion contenue dans le nom « Israël » — acronyme de « Yech Chichim Ribo Otiyot Latorah » (Il y a six cent mille lettres dans la Torah) (Mégalé Amoukot, Ofane 186), y compris « Une Torah nouvelle sortira de Moi » (Vayikra Rabba, section 13, 3), car le Saint béni soit-Il Lui-même étudie avec chacun des enfants d’Israël, du plus petit au plus grand. »
Dans le même esprit, dans la Si’ha de la veille du 2 Elloul 5749/1989 (Hitvaadouyot 5749, vol. 4, p. 230) :
« L’enseignement lui-même (et pas seulement la Torah) sera « de Moi » (« Une Torah nouvelle sortira de Moi »), du Saint béni soit-Il Lui-même, qui étudiera avec chacun des enfants d’Israël. »
Et de manière plus détaillée, dans la Si’ha du 28 Mar’hechvane 5752/1991 (Hitvaadouyot 5752, vol. 1, p. 302-303 ; voir aussi Si’hot Kodech 5752, p. 344) :
« Le Saint béni soit-Il Lui-même enseignera à chacun des enfants d’Israël : a) la dimension intérieure de la Torah (Pnimiyout Hatorah) ; b) la dimension intérieure de la Torah telle qu’elle se rapporte à la partie révélée de la Torah (Niglé) ; c) et aussi la partie révélée de la Torah elle-même. »
Dans l’une des Si’hot citées ci-dessus, le Rabbi a ajouté que cela découle de l’obligation du père d’enseigner la Torah à son fils, car puisque « Il annonce Sa parole à Yaakov, Ses statuts et Ses jugements à Israël » (Tehilim 147, 19), selon l’interprétation de nos Sages : « Ce qu’Il fait Lui-même, Il dit à Israël de le faire. »
« Or, concernant la qualité supérieure de l’enseignement de la Torah par le père, le Tsema’h Tsedek explique (Or Hatorah, Vayera 89, 2) : « Dans l’enseignement à son fils, il y a un lien et un désir plus grands de lui faire comprendre la Torah que dans l’enseignement à toute autre personne. Et ce désir provoque l’épanchement de l’essence de la Sagesse ; c’est pourquoi il fait que le fils puisse recevoir davantage. Et cela éveille en Haut la dimension du Yessod, qui est l’aspect du lien et du désir… pour faire couler l’abondance de l’essence de la Sagesse suprême vers la Communauté d’Israël… « Et tous tes enfants seront instruits par Hachem. » C’est ce qui est écrit dans Isaïe : « Un père fera connaître à ses fils Ta vérité », et Rachi commente : le père oriente et dirige la compréhension de son fils vers Ta vérité, pour croire en Toi. En termes simples, le fils reçoit du père une foi plus grande, car il sait que par amour du père pour son fils, ce qu’il lui enseigne est assurément ce qui a été vérifié par lui comme étant la vérité absolue, comme cela est expliqué dans les ouvrages de philosophie… »
« Cette idée fondamentale est d’ailleurs explicitement formulée dans le Tour, Ora’h ‘Haïm, chapitre 115 : « La raison pour laquelle on a institué de dire « Notre Père » dans la bénédiction « Ramène-nous », contrairement aux autres bénédictions, c’est parce que nous rappelons devant Lui que le père est tenu d’enseigner la Torah à son fils ; c’est pourquoi nous disons : « Ramène-nous, notre Père, vers Ta Torah. » »
Ces propos sont explicites et se retrouvent dans plusieurs versets ainsi que dans les formulations de la prière, comme dans le commentaire de Rachi sur Yirmiyahou (31, 19) :
« « Chaque fois que Je parle de lui » — chaque fois que Je m’exprime à son sujet. Et le Midrach Vayikra Rabba (interprète) : C’est Ma parole que J’ai déposée en lui, car Je lui ai enseigné Ma Torah, pour avoir pitié de lui. »
Et dans la formulation de la prière de Moussaf de Roch Hachana : « Lorsque Tu T’es révélé, notre Roi, sur le mont Sinaï pour enseigner à Ton peuple la Torah et les Mitsvot. » De même dans la bénédiction « Sim Chalom » : « Bénis-nous, notre Père, tous ensemble, par la lumière de Ta face, car c’est par la lumière de Ta face que Tu nous as donné, Hachem notre D.ieu, la Torah de vie, etc. »
Et dans le Sifri sur Vaet’hanane : « « Tu les enseigneras » — ce sont tes disciples ; et de même tu trouves partout que les disciples sont appelés fils, comme il est dit : « Vous êtes des fils pour Hachem votre D.ieu. » »
Il en résulte que le fait que le Saint béni soit-Il soit « notre Père » s’exprime (principalement) dans l’enseignement de la Torah qu’Il dispense à Israël avec la lumière de Sa face. C’est pourquoi il est compréhensible qu’à l’avenir, Il reviendra leur enseigner avec une intensité encore plus grande.
L’épreuve de l’étude se mesure dans le temps libre
En 5731/1971, le Rabbi demanda que soient organisés des rassemblements d’étude de Torah pendant les jours de ‘Hol Hamoëd. Cela faisait suite à l’appel lancé lors du Farbrenguen du 15 Chevat, visant à conquérir le monde par l’étude de la Torah. Un accent particulier fut mis sur les « rassemblements de Torah » pendant ‘Hol Hamoëd en particulier, comme il est explicitement formulé dans la Si’ha de Chabbat Hagadol de cette même année (Likouté Si’hot, vol. 7, p. 266-267) :
« Durant les jours de ‘Hol Hamoëd, où ne s’appliquent pas les raisons qui dispensent ceux qui s’occupent de leur gagne-pain de leurs travaux, il reste donc sur chacun l’obligation pleine et entière de « s’engager dans la Torah jour et nuit au sens propre ». Cela constitue un enseignement sur la force de l’obligation de l’étude de la Torah, avec un avantage particulier en ces jours-là. »
On trouve des paroles incisives à ce sujet chez le Pelé Yoëts, à l’entrée « ‘Hol Hamoëd » :
« On connaît la parole de nos Sages (Talmud de Jérusalem, Chabbat, fin du chapitre 15) selon laquelle les Chabbatot et les jours de fête n’ont été donnés à Israël que pour s’adonner à l’étude de la Torah. Et l’on connaît l’interprétation des Anciens sur le verset (Tehilim 75, 3) : « Quand Je saisirai le moment fixé, c’est avec droiture que Je jugerai. » Ceux qui prétendent ne pas pouvoir étudier la Torah à cause de leurs préoccupations de subsistance, le ‘Hol Hamoëd vient réfuter leur argument et les rend redevables même pour le temps où ils étaient occupés » (Rav Y. Ben Naïm, cité dans le Yossef Tehilot du ‘Hida). »
« Car le ‘Hol Hamoëd est un témoin rapide que ce n’est pas l’occupation professionnelle qui est la cause [du manque d’étude]. Si durant le ‘Hol Hamoëd, et de même à chaque moment de liberté, l’homme ne s’adonne pas à l’oisiveté mais s’engage dans la Torah, il reçoit une récompense aussi pour le temps où il est absorbé par ses affaires, comme s’il avait étudié la Torah. »
Le Pelé Yoëts poursuit : « L’homme qui craint D.ieu sera saisi de tremblement tous ses jours et veillera à ne pas outrager la Torah, car quiconque ne s’adonne pas à la Torah est considéré comme réprimandé. Et à plus forte raison doit-il frémir et craindre durant le ‘Hol Hamoëd, qui sont des jours de jugement : à Pessa’h, le monde est jugé pour les récoltes, à Souccot pour les eaux, et le verdict final est scellé à Hochaana Rabba… Et il convient de rassembler ses forces et d’ajouter une Mitsva supplémentaire… »
Dans le même esprit, le Gaone Rav Yossef Engel cite une déduction précise dans ses Guilyoné Hachas (Baba Batra 3b) : « Si quelqu’un s’est levé et a clôturé le quatrième côté, on lui attribue la responsabilité de l’ensemble » : « J’ai vu dans un livre une déduction à partir de ce passage : si quelqu’un s’est levé et a clôturé, etc., révélant ainsi son intention, on lui attribue la responsabilité de l’ensemble. De même, celui qui néglige l’étude de la Torah au moment où il a du temps libre devra rendre des comptes aussi pour le temps où il n’avait pas de temps libre » (et l’auteur des Guilyoné Hachas apporte une preuve du Talmud de Jérusalem, Ketoubot, chap. 5, halakha 8).
Mais le Rabbi, qui aimait profondément chaque Juif, n’a formulé les choses que de manière positive, dans un esprit de lumière, sans insister sur l’aspect négatif, et cela est compréhensible.
La « couronne de la Torah » et le gaspillage du temps
Le Rambam écrit dans les Halakhot Talmoud Torah (début du chapitre 3) : « Israël a été couronné de trois couronnes : la couronne de la Torah… La couronne de la Torah est posée, prête et accessible à tout Israël. »
Et au paragraphe 13 : « Celui qui désire mériter la couronne de la Torah doit veiller à ne gaspiller aucune de ses nuits dans le sommeil, etc., mais les consacrer à l’étude de la Torah et aux paroles de sagesse. »
Le Rabbi explique dans son Hadranne sur le Rambam de l’année 5745/1985 (Hadranim al HaRambam véChas, p. 91 et suivantes) qu’il s’agit ici d’un homme si profondément immergé dans l’étude de la Torah que celle-ci est devenue toute sa réalité. Autrement dit, il ne s’agit pas d’un simple érudit, ni même de quelqu’un dont « l’étude se maintient en lui », mais chez qui il est encore possible de séparer l’être de l’homme de la Torah qu’il étudie. Un tel homme est une entité indépendante qui possède un « bien », car il a « acquis » des paroles de Torah (jusqu’à ce que « la Torah soit la sienne »). Il s’agit plutôt de quelqu’un qui est couronné (et enveloppé) par les paroles de Torah de telle manière que cela devient sa réalité et son essence même. Et le fait qu’il veille sur toutes ses nuits sans en gaspiller aucune témoigne que la Torah a déjà pénétré toute sa réalité et qu’il est incapable de perdre une seule nuit, car rien au monde ne peut repousser ce qui touche à l’essence même de son être.
Cet état sera accessible à tout Israël à l’époque où l’étude de la Torah ne visera que « la connaissance de D.ieu uniquement », une union totale avec la Torah, etc. Telle est, en substance, la teneur des propos du Rabbi.
Or le Taz, dans Evène Haézer, chapitre 25, écrit : « Celui qui dort beaucoup afin de fortifier son esprit pour l’étude de la Torah, le Saint béni soit-Il lui accorde sa part dans la Torah comme à celui qui réduit son sommeil et s’inflige des souffrances, car tout dépend de l’intention. »
C’est ainsi qu’il interprète le verset : « En vain vous levez-vous tôt… le sommeil » (Tehilim 127, 2), expliquant que les érudits en Torah qui dorment beaucoup afin d’avoir la force et la vivacité d’esprit pour étudier la Torah n’ont pas lieu de s’affliger. Les A’haronim ont cependant soulevé une objection contre ses propos à partir des paroles du Rambam citées ci-dessus : « Celui qui veut mériter… ne gaspillera aucune de ses nuits dans le sommeil. »
Mais selon l’explication du Rabbi, cette objection ne tient pas, apparemment, car il ne s’agit pas d’un simple érudit, ni de quelqu’un qui désire simplement « une part dans la Torah » (selon l’expression du Taz), mais d’un homme qui se trouve au niveau (proche de) la couronne de la Torah, où tout son être et son corps sont dans un état d’effacement total devant la Torah.
En vérité, à partir du paragraphe précédent du Rambam (paragraphe 12), il y aurait tout de même apparemment matière à soulever une objection : « Les paroles de Torah ne se maintiennent pas chez celui qui se relâche dans leur étude, ni chez ceux qui étudient dans le confort, dans l’abondance de nourriture et de boisson, mais chez celui qui se sacrifie pour elles et fait souffrir son corps en permanence, et qui ne donne ni sommeil à ses yeux ni assoupissement à ses paupières, etc. » — et là il est question de celui qui veut que « son étude se maintienne en lui ».
Mais à cela, le Taz pourrait répondre que puisqu’en fin de compte la réalité du corps exige le sommeil, c’est dans l’esprit de ce que dit le Rambam dans les Hilkhot Déot (fin du chapitre 3) : « Même au moment où il dort, s’il dort avec l’intention que son esprit se repose et que son corps récupère, afin de ne pas tomber malade et de ne pas être empêché de servir D.ieu lorsqu’il est souffrant, alors son sommeil lui-même est un service de D.ieu, béni soit-Il. » Par conséquent, il n’y a pas de contradiction avec la volonté divine, et D.ieu lui accorde la compensation, etc. Il y aurait encore long à développer, mais ce n’est pas ici le lieu.
Figure majeure du judaïsme du XVIIIe siècle, Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulay, universellement connu sous le nom de ‘Hida, fut à la fois décisionnaire halakhique, kabbaliste, émissaire et bibliographe d’une envergure exceptionnelle. Auteur de dizaines d’ouvrages couvrant la Halakha, les commentaires de la Torah, le Talmud et la Kabbala, il s’est illustré dans toutes les communautés d’Israël par sa sagacité et sa bonté de cœur. Voici le portrait d’un géant de la Torah dont l’enseignement continue de résonner jusque dans les discours du Rabbi de Loubavitch.
Les années de formation à Jérusalem
Rabbi ‘Haïm Yossef David Azoulay, surnommé le ‘Hida (5484 – 11 Adar 5566), naquit à Jérusalem de Rabbi Raphaël Its’hak Zera’hia Azoulay, lui-même fils de Rabbi Avraham Azoulay, auteur du célèbre ouvrage « ‘Hessed LeAvraham ». Il étudia dans les Yechivot « Yifaer Anavim », « Beth Yaakov » et à la « Yechiva des Kabbalistes de Beth El ». Il épousa Ra’hel, fille du Rav Nissim Brakha de Jérusalem.
Il servit en tant que Chaddar (émissaire rabbinique) pour les pauvres de ‘Hévron et de Jérusalem, parcourant le monde entier dans ce but. Il consigna ses voyages dans son ouvrage « Maagal Tov ».
L’installation à Livourne et la fin de sa vie
En 5538 (1778), après avoir achevé sa mission à Livourne, en Italie, il resta sur place à la demande des habitants de la ville et y résida jusqu’à la fin de ses jours. Il s’éteignit le 11 Adar 5566 (1806) et fut inhumé à Livourne. En 5716 (1956), à l’initiative du Rav Its’hak Nissim, ses restes furent transférés en Terre d’Israël et il fut enterré au mont des Oliviers (Har Hamenou’hot) à Jérusalem.
Le ‘Hida dans l’enseignement de nos Rabbeim
L’enseignement du ‘Hida fut accepté sans contestation dans toutes les communautés juives à travers le monde. Il est donc naturel que ses décisions halakhiques, ses homélies et ses commentaires soient également cités par nos Rabbeim, les dirigeants du mouvement Habad-Loubavitch.
Le Rabbi cite abondamment les paroles du ‘Hida dans ses discours (Si’hot) et ses lettres (Iguerot), tant à partir de ses ouvrages sur la partie révélée de la Torah (Nigla) que de ses écrits sur le Drach (homilétique) et la Kabbala. Dans la Haggada de Pessa’h accompagnée des « Likoutei Taamim OuMinhaguim », le Rabbi rapporte le commentaire du ‘Hida sur la Haggada.
L’enseignement sur l’espérance en la Délivrance
Lors du discours (Si’ha) de la nuit du 7 Mar’hechvan 5746 (1985), le Rabbi déclara : « Un érudit m’a fait remarquer (selon l’expression habituelle dans plusieurs ouvrages) les paroles du ‘Hida, de mémoire bénie, [décisionnaire en Israël, au point que l’on cite de nombreuses Halakhot en son nom, tirées de son responsa « ‘Haïm Chaal » et autres ouvrages similaires, et de même l’on rapporte en son nom des enseignements relevant de la dimension intérieure de la Torah, les secrets de la Torah], dans son livre « Midbar Kedemot », à l’entrée « Kivoui » (espérance). »
Le ‘Hida y écrit, citant le Yalkout Tehilim : « Même si Israël ne possède que l’espérance, ils sont dignes de la Délivrance en récompense de cette espérance. » Il explique ainsi la formulation de la bénédiction « Et Tsema’h David » : « Fais germer rapidement le rejeton de David et élève sa puissance par Ton salut, car en Ton salut nous espérons tout le jour. » La question se pose : quelle justification apporte l’expression « car en Ton salut » ? Mais à la lumière de ce qui précède, tout s’éclaire : même si nous n’avons aucun mérite, néanmoins « fais germer », car « en Ton salut nous espérons », et nous possédons cette espérance, et en récompense de l’espérance, il est juste que Tu nous délivres.
Le Rabbi revint de nombreuses fois sur ces paroles du ‘Hida dans ses discours, et donna même l’instruction de les diffuser de manière spéciale : envoyer une lettre à dix personnes, en leur demandant d’en transmettre à leur tour le contenu à dix autres personnes, et ainsi de suite.
La grandeur du ‘Hida selon le Rabbi
Dans ce contexte, le Rabbi souligna également la grandeur du ‘Hida en ces termes : « Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur la grandeur du ‘Hida, décisionnaire dans la partie révélée de la Torah, comme on le constate dans ses recueils de responsa (« ‘Haïm Chaal » et d’autres), et décisionnaire également dans la partie cachée de la Torah, comme on le trouve dans ses ouvrages où il rapporte plusieurs enseignements de la dimension ésotérique de la Torah et y tranche. »
Le Rabbi souligna aussi le fait que le ‘Hida servit en tant que Chaddar (émissaire), et qu’à ce titre, il transformait les fonds qu’il recevait en diaspora en « argent de Terre d’Israël », à l’image de la parole de l’Admour le Tsema’h Tsedek : « Fais d’ici la Terre d’Israël. »
Le ‘Hida et les sept lois noa’hides
Le Rabbi mentionne également la conduite du ‘Hida concernant les sept Mitsvot des Bné Noa’h (fils de Noé) envers les nations du monde, et qualifie la conduite du ‘Hida de « Maassé Rav » (un acte qui fait autorité, un précédent halakhique majeur).
Un verset cher au Rabbi
Le Rabbi cite en de très nombreux endroits le commentaire sur le verset « Et ces jours sont rappelés et accomplis » (VeHayamim Haélé Nizkarim VeNaassim), en précisant : « Rapporté et expliqué dans le livre Lev David du ‘Hida, chapitre 29. »
Les Tehilim du ‘Hida entre les mains du Rabbi
Un jour, le Rabbi récita les Tehilim (Psaumes) à partir de l’édition annotée par le ‘Hida, intitulée « Yossef Tehilot ». Cela se produisit le 23 Kislev 5740 (1979). Le Rabbi entra pour la lecture de la Torah en tenant ce livre de Tehilim « Yossef Tehilot ». Après la lecture de la Torah, le Rabbi récita le chapitre de Tehilim correspondant à son âge à partir de cet ouvrage.
Le ‘Hida vu par le Rabbi Rachab
Le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber, le cinquième Rabbi de Loubavitch) écrit : « Plusieurs grands maîtres, de mémoire bénie, depuis les temps anciens, quittèrent Jérusalem pour ‘Hévron. L’un de nos proches m’écrit et recense plusieurs grands maîtres qui quittèrent Jérusalem pour ‘Hévron, comme Rabbi Yossef Konki, Rabbi Yossef HaLévi HaNazir, Rabbi Moché Hamon qui quitta Jérusalem pour Tsfat, et le ‘Hida, de mémoire bénie, qui partit pour ‘Hévron. Et assurément, c’est parce qu’il y trouva un surcroît d’élévation et une sainteté supplémentaire. »
Les œuvres du ‘Hida : un héritage monumental de Torah et de sagesse
Halakha, exégèse et homélies
Avodat Hakodech — Ouvrage consacré au service sacré.
‘Hadré Bétène — Homélies de Moussar suivant l’ordre des Parachiot, publié à partir d’un manuscrit à Jérusalem en 5703 (1943).
Zikhrone Moché — Deux volumes sur la Guemara et les décisionnaires, publié par son petit-fils le Rav Moché Azoulaï, d’où son nom « Zikhrone Moché » (Mémoire de Moché).
Devach Lefi — Ouvrage de structure encyclopédique, organisé par entrées selon l’ordre alphabétique (deuxième partie de son livre Midbar Kedémot).
Ahavat David — Recueil de Derachot (homélies).
Safa A’hat — Commentaire sur la Haggada de Pessa’h.
Péta’h Einayim — Commentaire sur les Aggadot du Talmud, annexé dans certaines anciennes éditions du Ein Yaakov.
A’horé Tar’a — Commentaire sur le traité Horiyot.
Beth Menou’ha — Ordre d’étude pour le Yortsaït (anniversaire de décès).
Ma’hazik Berakha — Ouvrage de Halakha sur la partie Ora’h ‘Haïm du Choul’hane Aroukh, en particulier sur les lois de la prière selon les coutumes des Mekoubalim (kabbalistes).
Kissé David — Ouvrage de Torah.
Kissé Ra’hamim — Sur les petits traités talmudiques (Massekhtot Ketanot).
Marit Haayine — ‘Hidouchim (novellae) et commentaires sur le Chass (Talmud).
Kikar Laadane — Ouvrage de Torah.
Chiyouré Berakha — Compléments à l’ouvrage Ma’hazik Berakha.
Sim’hat Haréguel — Sur la Haggada de Pessa’h.
Zeroa Yamine — Commentaire sur le traité Avot (Maximes des Pères).
Birkéi Yossef — Commentaire sur le Choul’hane Aroukh, compilé à partir des écrits des Richonim (premiers décisionnaires) et des premiers A’haronim (décisionnaires tardifs), dont les manuscrits n’avaient pas encore été imprimés. Le ‘Hida les découvrit au cours de ses voyages dans d’anciens manuscrits et les fit publier.
Moré Beétsba — Conduites générales, conduites pour les Chabbatot, les fêtes et les mois de l’année.
Tsiporène Chamir — Ouvrage de Moussar (morale), conduites et prières.
Kécher Goudel — Résumé de Halakhot tirées des ouvrages des A’haronim (y compris des propres ouvrages du ‘Hida). Seule la décision halakhique finale y figure, sans la discussion talmudique ni les sources, contrairement à ses Responsa ou à son Birkéi Yossef.
Kaf A’hat — Ouvrage de Torah.
Yaïr Ozène — Sur les règles méthodologiques du Chass (Talmud).
Yossef Basséder — Ouvrage de Torah.
Sansane Leyaïr — Ouvrage de Torah.
Chomère Israël — Ouvrage de Torah.
Lev David — Chapitres de Moussar (morale). Les cinq premiers chapitres sont un opuscule traitant de la Techouva (repentir), que le ‘Hida a copié à partir d’un manuscrit de Rabbi ‘Haïm Vital.
Responsa (Chéélot Outchouvot)
Tov Ayin — Recueil de Responsa.
‘Haïm Chaal — Responsa en deux volumes.
Yossef Omets — Réponses à des questions halakhiques envoyées du monde entier, principalement d’Afrique du Nord et de Terre Sainte.
Histoire
Chem Haguedolim — Ouvrage bio-bibliographique monumental recensant les grands maîtres d’Israël et leurs œuvres.
Zeïr Chem — Compléments au Chem Haguedolim, incluant également un commentaire sur le Midrach Rabba.
Maagal Tov — Journal de voyage en trois parties.
Commentaires sur le Tana’h
Lé’hèm Mine Hachamayim — Commentaires sur la Torah.
Ohel Yossef — Commentaire sur les Tehilim (Psaumes).
Yossef Tehilot — Commentaire sur les Tehilim.
‘Homat Anakh — (Publié en 5564 / 1804) Commentaire sur la Torah, les Neviim (Prophètes) et les Ketouvim (Hagiographes), soit l’ensemble du Tanakh.
Ouvrages compilés à partir de ses écrits
De notre époque, plusieurs anthologies ont été publiées à partir de ses écrits sur divers sujets. Par exemple, le « Siddour du ‘Hida » : le ‘Hida n’a pas lui-même rédigé de Siddour, mais des auteurs ont imprimé des Siddourim dans différents rites, enrichis de commentaires, notes, décisions halakhiques, etc., compilés à partir de ses ouvrages. Parmi ceux-ci :
Siddour Ha’hida — Compilation de Halakhot et commentaires sur la prière tirés des ouvrages du ‘Hida.
Pardess Ha’hida — Anthologie des enseignements du ‘Hida sur le Chabbat et les fêtes, éditée par le Rav Chimone Goutmane.
Torat Ha’hida — Commentaires, allusions et homélies sur la Paracha de la semaine, compilés à partir des ouvrages du ‘Hida, en 5 volumes.
Iguerot Vehaskamot Rabbénou ‘Hida — Lettres et approbations du ‘Hida, accompagnées de sa biographie et de la liste de ses ouvrages, publié par l’Institut Rabbénou ‘Hida, Bné Brak, 5766 (2006).
Tehilim Ha’hida — Selon la méthode qu’il a instituée, consistant à réciter tous les versets des Tehilim commençant par les lettres du nom d’une personne, pour sa guérison. Imprimé de nombreuses fois.
Un Farbrenguen dramatique à l’issue de la Chiv’a de la Rabbanite, animé par le Machpia Reb Yoël Kahn, a donné lieu à de rares réprimandes. Le Machpia y a guidé les Ba’hourim vers la sensibilité et la « Mentchli’hkeit » qui précèdent la ‘Hassidout. Une vidéo de trois heures a immortalisé ce moment intense.
Définition du mot Yiddish « Mentch »
La « Mentchli’hkeit » (ou Menschlichkeit) est l’un de ces mots yiddish magnifiques qui portent en eux toute une philosophie de vie. Bien qu’on le traduise souvent par « humanité », ce terme va bien au-delà. Être un Mentch, c’est incarner une forme d’intégrité noble, de décence et de raffinement du caractère. C’est l’art d’être une personne « de valeur », non pas par ses diplômes ou sa fortune, mais par sa conduite.
Voici les piliers qui définissent la « Mentchli’hkeit » :
1. L’Intégrité et la Droiture Un Mentch fait ce qui est juste, surtout quand personne ne regarde. Cela implique : La parole donnée : Tenir ses promesses et être fiable. L’honnêteté : Agir avec transparence, sans chercher à manipuler ou à tromper. La responsabilité : Assumer ses actes sans chercher d’excuses.
2. Le Raffinement des Midot (Traits de caractère) Dans la pensée juive et particulièrement dans la Hassidout, la « Mentchli’hkeit » est la base indispensable avant toute élévation spirituelle. La sensibilité : Être attentif aux besoins des autres, parfois avant même qu’ils ne s’expriment. Le tact : Savoir parler avec douceur et éviter de faire honte à autrui, même en privé. L’humilité : Ne pas écraser les autres de son ego, mais laisser de la place à l’autre.
3. La maîtrise de soi : C’est ce que la Hassidout appelle la victoire de l’esprit sur les émotions instinctives (Moach Chal Al HaLev). Un Mentch ne se laisse pas emporter par la colère ou l’impulsivité ; il agit avec réflexion et calme.
Une règle d’or: Il existe un principe célèbre qui dit : « Derech Eretz Kadma LaTorah » (Le savoir-vivre précède la Torah). Cela signifie que pour être un érudit ou une personne spirituelle, il faut d’abord être un « humain » accompli. Sans cette base de politesse, de respect et de bonté élémentaire, la spiritualité reste superficielle. C’est une quête quotidienne : être un Mentch dans les petites choses (tenir une porte, dire merci, écouter avec empathie) définit notre valeur réelle dans les grandes.
Farbrengen du 29 Chevat 5748 (février 1988), marquant la fin des Shiva (les 7 jours de deuil) pour la Rabbanit Haya Moushka
Un Farbrenguen organisé à la demande du Rabbi
La vidéo de trois heures enregistre un Farbrenguen qui s’est tenu au 770 à l’issue de la Chiv’a de la Rabbanite, le 29 Chevat 5748. Ce Farbrenguen a servi de prolongement à une réunion plus formelle qui avait été organisée à la demande du Rabbi.
La veille au soir, après la fin de la Chiv’a, le Rabbi avait remis un billet de cent dollars aux Gabbaïm du 770, leur demandant d’organiser un Farbrenguen à la mémoire de la Rabbanite, comme le veut la coutume. Après la prière de Maariv, le Gabbaï Reb Zev Katz annonça le Farbrenguen au 770, mais le Rabbi fit discrètement comprendre qu’il souhaitait que celui-ci se tienne dans la maison. En effet, après que le Rabbi eut quitté la salle, le Rav Leibel Groner revint avec un message indiquant que le Rabbi voulait que le Farbrenguen ait lieu dans la maison.
Des tables furent rapidement installées et un Farbrenguen spontané débuta, des centaines de personnes s’y pressant tandis que divers Rabbanim et Machpiim prenaient la parole. À la fin de ce Farbrenguen, Reb Zev annonça que la réunion se poursuivrait le lendemain au 770.
Le soir suivant, à la suite d’un Farbrenguen formel, Reb Yoël Kahn anima un Farbrenguen qui dura de nombreuses heures.
La « Mentchli’hkeit » élémentaire attendue d’un ‘Hassid
L’un des sujets sur lesquels Reb Yoël s’exprima avec force lors de ce Farbrenguen fut la « Mentchli’hkeit » élémentaire que l’on est en droit d’attendre d’un ‘Hassid.
Reb Yoël expliqua que la première chose que nous demandons à Hachem dans la Amida est le Daat (le discernement), car c’est la qualité la plus essentielle dont une personne a besoin, influençant chaque aspect de la vie. « Quand une personne est dépourvue de Daas, elle manquera de la « Mentchli’hkeit » élémentaire pour les choses les plus évidentes », déclara Reb Yoël.
Reb Yoël appliqua ensuite ce principe à des événements récents :
« Je ne cherche pas à faire du Moussar, mais je veux montrer ce que signifie un manque de Daas. Je donnerai deux exemples :
Debout sur les chaises dans la maison du Rabbi
« Je suis entré dans la maison du Rabbi vendredi matin, et j’ai vu avec stupeur des Ba’hourim debout sur des chaises. Avez-vous oublié où vous êtes ?! Je ne vais pas m’attarder sur le fait de monter sur des bancs dans la Choul, car cela dépend des circonstances. Mais il s’agit d’une maison privée, et qui plus est, du palais du Roi !
« Par simple politesse et Dere’h Erets, on ne monte pas sur les chaises chez quelqu’un ! Non pas parce que vous allez les salir, simplement parce que ce n’est pas Mentchlich de monter sur une chaise. Vous ne pourrez pas voir ? Eh bien, vous ne verrez pas ! »
Un comportement indigne à Motsaei Chabbat
Reb Yoël partagea ensuite un second incident :
« Si cela ne suffisait pas, à Motsaei Chabbat, j’ai vu des Ba’hourim debout sur les gradins (comme s’il s’agissait de Hakafot), fixant du regard le Rabbi qui s’asseyait sur une chaise basse [après Maariv pour Ni’houm Avelim]. C’est tout simplement un manque de « Mentchli’hkeit » !
« Lors de la Levaya, le Rabbi marche, et les Ba’hourim courent à ses côtés comme dans une sorte de défilé auquel il ne manque qu’un chant…
« Les gens restent là à regarder le Rabbi sortir de sa pièce. Imaginez simplement une personne ordinaire dans une telle situation ; c’est tout simplement un manque de « Mentchli’hkeit » !
Un symptôme d’un problème plus profond
« À quoi bon en parler après coup ? Cet incident particulier est passé, mais c’est le symptôme de quelque chose : un manque de réflexion.
« Et si vous ne prenez pas cette dimension au sérieux, alors ce que le Rabbi a dit [l’aspect positif] concernant le début d’une nouvelle Tekoufah ne sera pas non plus pris au sérieux. »
Ne pas causer d’inconfort au Rabbi
Reb Yoël étendit sa réflexion au comportement général autour du Rabbi :
« Il en va de même pour ceux qui restent dehors à regarder le Rabbi chaque fois qu’il revient du Ohel. Le Rabbi a dit à plusieurs reprises que cela le dérange, que cela le met mal à l’aise. De même, le Rabbi a dit plusieurs fois qu’il ne supporte pas que les gens le regardent pendant la Tefila.
« Je ne soupçonne personne ici de vouloir mettre le Rabbi mal à l’aise. Au contraire, ils veulent se rapprocher du Rabbi.
« Vous êtes un grand ‘Hassid ? Alors vous devriez tout faire pour ne pas mettre le Rabbi mal à l’aise. Je ne comprends pas comment la ‘Hassidichkeit de quelqu’un puisse consister à courir après le Rabbi d’une manière qui le met mal à l’aise… Cela ne nécessite aucune explication profonde, c’est du bon sens ! »
Un lien avec la Pnimiyout
Cherchant à comprendre comment de telles situations pouvaient se produire, Reb Yoël expliqua (en se basant sur le Kountrass OuMaayan) que les ‘Hassidim qui ont un lien avec la Pnimiyout peuvent perdre la « Mentchli’hkeit » élémentaire en l’absence d’un lien approprié avec la ‘Hassidout.
Reb Yoël conclut sur ce sujet : « Il n’est certes pas très agréable de parler de choses aussi terre-à-terre lors d’un rassemblement ‘hassidique, mais il est encore moins agréable que l’on doive en parler… »
Contexte de la vidéo
Événement : Farbrengen marquant la fin des Shiva (les 7 jours de deuil) pour la Rabbanit Chaya Mushka (épouse du Rabbi de Loubavitch).
Date : 29 Chevat 5748 (février 1988).
Orateur principal : Le Rav Yoel Kahn (célèbre Mashpia, répétiteur des discours du Rabbi).
Autres intervenants : Rav Moshe Morozov.
Déroulé et Contenu (Traduction des thèmes)
[00:00:00] Ouverture : « Atah ‘honen le’adam da’at » Discussion sur la prière et le concept de la connaissance divine accordée à l’homme.
[00:01:30] Chant (Niggun) : 12-13 Tamouz Mélodie associée à la libération du Rabbi précédent, chantée pour élever l’esprit.
[00:04:20] Thème : « Mentschlichkeit » (L’humanité / Le savoir-vivre) Le Rav Yoel Kahn développe l’idée d’être un « Mensch » (un homme intègre) avant même d’aborder la spiritualité.
[00:14:22] Chant : Niggun de Farbrengen Un air traditionnel pour unir les participants.
[00:15:10] Thème : « Hipech haratzon » dans la ‘Hassidout Discussion profonde sur le concept de « briser sa propre volonté » ou de transformer sa volonté pour servir Dieu, selon la perspective chassidique.
[00:24:13] Chant : « Taka’ou ba’hodesh » Mélodie joyeuse (chantée ici sans les mots).
[00:24:39] Histoires sur R’ Alter Simchovitch Évocation de la figure hassidique de R’ Alter, probablement pour illustrer les points précédents.
[00:33:28] Chant : Suite du Niggun précédent
[00:37:50] Intervention du Rav Moshe Morozov Le Rav Morozov prend la parole (sujets divers liés au deuil et à la consolation).
[00:48:05] Thème : « Tête des renards ou queue des lions ? » Analyse de la maxime des Pirké Avot : « Sois la queue des lions plutôt que la tête des renards ». Discussion sur l’humilité et la place de chacun.
[01:07:55] Chant : Niggun de Shavuot
[01:12:40] Intervention du Rav Moshe Morozov
[01:20:32] Chant : Niggun de Farbrengen
[01:24:00] Thème : Le Libre Arbitre (Be’hira) Questionnement philosophique sur l’existence et la nature du libre arbitre.
[01:31:51] Intervention du Rav Moshe Morozov
[01:38:15] Thème : « Tzadik Gozer » (Le Juste décrète) Explication du concept talmudique selon lequel « Le Juste décrète et le Saint Béni soit-Il exécute », lié à la puissance de la prière des Tsadikim (comme le Rabbi).
[01:44:48] Intervention du Rav Moshe Morozov
[01:55:17] Thème central : « Atzmout ou’mahout meloubash be’gouf » Sujet très profond de la ‘Hassidout : comment l’Essence même de Dieu (Atzmout) peut se revêtir dans un corps physique (Gouf). C’est un sujet souvent lié à la nature du Rabbi.
[02:11:45] Chants finaux (Niggunim) Une suite de chants pour clore l’événement, incluant un « vieux niggun traditionnel », un « niggun de joie » (Simcha) et un autre niggun de Shavuot.
LE MESSAGE DU FARBRENGEN
Contexte et Atmosphère Ce rassemblement (Farbrengen) se tient à un moment charnière de l’histoire du mouvement Loubavitch : le 29 Chevat 5748 (février 1988), au sortir immédiat de la semaine de deuil (Shiva) pour la Rabbanit Chaya Mushka, épouse du Rabbi. L’atmosphère est lourde, chargée d’une tristesse tangible, mais aussi d’une tension spirituelle extrême. Les ‘Hassidim cherchent une direction, une consolation et un sens à ce vide soudain. Le Rav Yoel Kahn, le « Chozer » (répétiteur) et penseur profond du mouvement, prend la parole pour transformer ce deuil en une construction intellectuelle et spirituelle majeure. Son message, étalé sur plus de trois heures, est un voyage qui part de la simple humanité pour atteindre les sommets de la théologie mystique.
I. LE FONDEMENT : « MENTSCHLICHKEIT » (L’HUMANITÉ AVANT TOUT)
Le premier tiers du discours pose une base surprenante mais essentielle : avant de parler de Dieu, de mysticisme ou de mission, il faut parler de l’homme. Le Rav Yoel introduit le concept de « Mentschlichkeit » (le savoir-vivre, l’intégrité humaine). Il rend hommage à la Rabbanit non pas en listant des miracles, mais en décrivant sa noblesse aristocratique, sa discrétion et son extrême dignité. Le message est clair : la Torah ne peut résider que dans un « récipient » propre. Un ‘Hassid ne peut prétendre à l’élévation spirituelle s’il n’est pas d’abord un être humain raffiné, respectueux et humble. C’est l’application du principe Derech Eretz Kadma L’Torah (le savoir-vivre précède la Torah). Dans ce moment de douleur, la première réaction doit être la dignité et la retenue, à l’image de celle que l’on pleure.
II. LA BATAILLE INTÉRIEURE : TRANSFORMER LA VOLONTÉ (« HIPECH HARATZON »)
Le cœur émotionnel du message aborde la difficulté de servir Dieu dans la souffrance. Comment prier, comment étudier, quand le cœur est brisé et que l’envie n’y est pas ? Le Rav Yoel développe ici le concept hassidique de « Hipech Haratzon » (l’inversion de la volonté). Il explique que le véritable service divin ne consiste pas à servir Dieu quand tout va bien et que le cœur est inspiré. La vraie grandeur du ‘Hassid se révèle quand il y a une résistance. Il ne s’agit pas seulement de « briser » son ego (Iskafia), mais de le transformer (Is’hafcha). Le deuil crée un vide. Le ‘Hassid doit prendre ce vide, cette douleur brute, et forcer sa propre nature pour continuer à agir. C’est dans cet effort, contre sa propre volonté paralysée par la tristesse, que se révèle l’essence de l’âme. La douleur ne doit pas mener à l’inaction, mais devenir le carburant d’une soumission plus profonde à la volonté divine.
III. LE SOMMET THÉOLOGIQUE : LA NATURE DU RABBI ET L’ÉTERNITÉ
C’est la partie la plus audacieuse et la plus dense du Farbrengen (dernière heure). Pour consoler l’assemblée qui sent la finitude de la vie (la mort de la Rabbanit rappelant la mortalité du corps), le Rav Yoel s’attaque à la question de la connexion entre le Rabbi (le Tsadik) et ses disciples.
Il déploie le concept de « Atzmout u’mahout melubash be’gouf » (L’Essence et la Substance divines revêtues dans un corps). Son argumentation est la suivante :
L’Annulation Totale (Bittul) : Un être humain ordinaire est constitué d’un ego et d’une âme. L’ego fait écran à la lumière divine. Le Tsadik, lui, est totalement « annulé ». Il n’a pas de « Moi » séparé. Il est comme une vitre parfaitement transparente.
Le Véhicule Divin : Parce qu’il n’y a pas d’ego pour faire obstacle, le Rabbi devient le lieu où l’Essence même de Dieu (Atzmout) — qui est au-delà de toute définition, au-delà de la vie et de la mort — peut résider physiquement.
La Consolation Ultime : Le message sous-jacent est puissant. Si le Rabbi est le véhicule de l’Essence Divine, alors il est au-delà des limites de la nature. La mort physique (celle de la Rabbanit, ou la peur de celle du Rabbi) ne peut briser le lien, car ce lien n’est pas « physique » au sens humain, mais « essentiel ». Le berger ne quitte jamais son troupeau. La connexion avec le Rabbi est une connexion directe avec la volonté de Dieu, et cette volonté est éternelle.
IV. L’HUMILITÉ ET L’ACTION CONCRÈTE
Le Rav Yoel utilise l’image des Pirké Avot (« Sois la queue des lions plutôt que la tête des renards ») pour recadrer la communauté. Il vaut mieux être un simple ‘Hassid, « en queue de peloton », mais attaché au « Lion » (le Rabbi/Dieu), que d’être un intellectuel arrogant (« tête de renard ») qui pense comprendre le monde par lui-même. Cette humilité est la clé de la consolation. Ce n’est pas par notre propre intelligence que nous surmonterons cette épreuve, mais par notre attachement (Hitchakrout) au chef de la génération.
En conclusion, le message global se cristallise autour de l’action. Les chants (Niggunim) qui ponctuent les discours servent à faire descendre ces idées intellectuelles dans le cœur. Le Farbrengen se termine sur une note non pas de désespoir, mais de détermination joyeuse. La mort a frappé, mais la réponse hassidique est la vie.
La réponse émotionnelle : Transformer la douleur en ferveur.
La réponse intellectuelle : Comprendre que le lien avec le Juste est indestructible.
La réponse pratique : Construire, étudier et agir avec plus de vigueur qu’avant. « Veha’chaï yiten el libo » : Le vivant doit prendre la leçon à cœur et construire la suite.
Le droit civil juif ne se résume pas aux obligations rituelles : il encadre avec une précision remarquable les relations financières entre individus. Le Hoshen Michpat, section du Choul’han Aroukh consacrée au droit civil, édicte des règles strictes en matière de prêt, de recouvrement et de protection du débiteur. Voici un exposé approfondi de ces lois, essentielles à la conduite quotidienne de tout Juif pratiquant.
Rav Yekutiel Farkash
La place du droit civil dans la pratique religieuse
Le corpus juridique du judaïsme ne se limite pas aux obligations rituelles ; il englobe une vaste section de droit civil et pénal connue sous le nom de Hoshen Michpat. Bien que le code de lois faisant autorité, le Choul’han Aroukh, consacre une section entière à ces règles, l’Admour Hazakène (l’Alter Rabbi) a opéré une distinction méthodologique majeure dans sa propre codification. Contrairement à la section Ora’h Haïm (vie quotidienne) qu’il a traitée de manière exhaustive, il a sélectionné pour le Hoshen Michpat uniquement les lois indispensables à la conduite de tout un chacun (Hilkhot Tsarikhot). Parmi ces impératifs figurent les lois du prêt, souvent méconnues, mais dont la maîtrise est requise pour éviter les transgressions graves dans les interactions sociales et financières.
L’impératif catégorique du prêt (Mitsvat Assé)
L’acte de prêter ne relève pas de la simple bienfaisance facultative, mais constitue un commandement positif de la Torah (Mitsvat Assé). L’injonction divine transcende les inclinations personnelles : le refus de prêter à une personne dans le besoin, alors que l’on dispose des fonds, contrevient directement à la volonté divine.
L’application de ce commandement est régie par une stricte hiérarchie de priorités, déduite de l’exégèse du verset (Chémot 22:24) : « Si tu prêtes de l’argent à mon peuple, au pauvre qui est avec toi ».
Le critère économique est le suivant : bien que prêter à un riche en manque temporaire de liquidités soit une Mitsva, l’indigent bénéficie d’une priorité absolue. Quant au critère de proximité (Imakh), le terme hébraïque Imakh (« avec toi ») établit un principe de responsabilité concentrique. L’obligation est plus forte envers la famille proche qu’envers l’étranger, et plus forte envers les pauvres de sa propre ville qu’envers ceux d’une autre cité. La solidarité commence par le cercle le plus intime avant de s’étendre.
La jurisprudence halakhique établit par ailleurs que le prêt est une forme de charité supérieure au don pur (Tsedaka). Cette supériorité réside dans la préservation de la dignité humaine : le prêt permet au bénéficiaire de surmonter une difficulté sans ressentir la honte de la mendicité. Il s’agit d’une aide active visant à rétablir l’autonomie économique de l’individu, contrairement au don qui ne répond qu’à une urgence immédiate.
Procédures et sécurisation juridique de la transaction
Il existe une prohibition formelle de prêter de l’argent sans formalisme probatoire. La règle stipule : « Celui qui prête à son prochain ne doit le faire qu’en présence de témoins. »
Cette exigence s’applique universellement, y compris lors de transactions entre érudits (Talmidei ‘Hakhamim). L’argumentation repose sur la nature humaine : un érudit, absorbé par ses études, est sujet à l’oubli. Prêter sans témoin expose donc l’emprunteur à nier la dette de bonne foi (par oubli), et le prêteur à transgresser l’interdit de « placer un obstacle devant un aveugle » (Lifnei Iver) en créant les conditions de cette faute.
Si la présence de témoins est le seuil minimal de validité, la rédaction d’un contrat (Chtar) est hautement recommandée. Le document écrit, signé par l’emprunteur et stipulant le montant exact ainsi que l’échéance, offre une sécurité supérieure au gage (Machkone). En effet, la possession d’un gage ne prouve pas le montant de la dette initiale, source potentielle de litiges que le contrat écrit permet d’éviter intégralement.
Déontologie de l’emprunteur et insolvabilité
L’emprunt n’est pas un acte anodin. Il est interdit de contracter une dette sans avoir une perspective raisonnable de remboursement. Celui qui emprunte pour la consommation courante sans source de revenus, ou qui dilapide les fonds empruntés sans garantir leur restitution, est qualifié par les textes de Racha (impie), conformément au Psaume (37:21) : « Le méchant emprunte et ne paie pas ». Cette qualification souligne la gravité spirituelle de la négligence financière.
Une distinction est toutefois opérée pour l’emprunteur de bonne foi frappé par un revers de fortune imprévisible. Juridiquement considéré comme contraint (Anouss), il n’est pas tenu de s’asservir ou de se louer comme ouvrier pour rembourser. Toutefois, tant que la dette subsiste, l’étiquette morale de Racha persiste. Il lui incombe donc, dès le retour à meilleure fortune, de prioriser le remboursement de ses créanciers.
Restrictions imposées au créancier : l’interdit de pression
La protection du débiteur insolvable est un principe cardinal. Si le créancier sait pertinemment que l’emprunteur est dépourvu de moyens (ni liquidités ni biens mobiliers saisissables), il lui est strictement interdit de réclamer son dû. Cette action, qualifiée de « pression » (Neguissia), est une violation d’un commandement négatif.
L’interdit s’étend au-delà de la réclamation verbale. Il est défendu au créancier de se trouver physiquement en présence du débiteur ou de passer devant lui, sachant que ce dernier ne peut payer. Cette simple présence génère chez le débiteur une honte (Boucha) et une détresse psychologique. La Torah interdit d’infliger cette souffrance morale, exigeant du créancier une discrétion absolue pour ne pas être « comme un exacteur ».
La gestion des fonds publics (Gma’h) : un dilemme éthique
Un dilemme éthique et juridique se pose pour les gestionnaires de caisses de prêt communautaires (Gma’h). Ils ont l’obligation de prêter les fonds disponibles, mais sont parfois confrontés à des solliciteurs notoirement insolvables. Prêter à ces derniers exposerait le gestionnaire au risque de ne jamais être remboursé (perte des fonds publics) ou de devoir enfreindre l’interdit de réclamer la dette.
Une approche jurisprudentielle, illustrée par la pratique du ‘Hafets ‘Haïm, consiste à utiliser un mécanisme légal de transfert de propriété. Le gestionnaire transfère formellement la propriété des fonds de la caisse à un tiers (un proche). Dès lors, face à un emprunteur à risque, il peut affirmer en toute vérité juridique : « Je n’ai pas de fonds à prêter » (puisque les fonds ne lui appartiennent plus techniquement). Ce subterfuge légal permet de préserver les fonds communautaires sans mentir et sans violer l’obligation de prêter.
Le gage et la clause de rétroactivité (Mé’akhchav)
Lorsqu’un prêt est garanti par un gage (Machkone), la simple remise de l’objet ne suffit pas à transférer sa propriété au prêteur en cas de défaut de paiement. Pour que le prêteur puisse légitimement s’approprier le gage à l’échéance, une clause spécifique est requise pour éviter le problème de l’Asmakhta (promesse conditionnelle sur laquelle on ne peut compter totalement).
Les parties doivent stipuler que si la dette n’est pas réglée à la date convenue, le gage appartiendra au prêteur « dès à présent » (Mé’akhchav). Cette formulation permet de valider le transfert de propriété rétroactivement, levant ainsi les obstacles juridiques à la saisie du bien.
C’était un de ces jours où rien ne laissait présager l’extraordinaire. Le soleil de midi tombait sur Versailles, les passants pressaient le pas vers leurs restaurants habituels, et le téléphone du Beth Habad durrigé par le Rav Eizer Cohen, aurait très bien pu rester silencieux. Mais ce jour-là, il a sonné. Et ce qui semblait n’être qu’une question banale allait se révéler être le fil invisible tendu entre une âme en errance et son chemin de retour.
Rav Eizer Cohen, Chalia’h à Versailles
Un appel anodin, un midi comme les autres
Il y a des appels qui paraissent ordinaires. Des appels que l’on pourrait laisser filer, entre la fin d’un cours et le début d’un repas, dans cette parenthèse molle du début d’après-midi où le monde semble tourner au ralenti. On regarde l’écran, on hésite, on se dit qu’on rappellera plus tard.
Cette semaine, entre midi et deux, mon téléphone a sonné. Un numéro inconnu. De l’autre côté, une voix de jeune fille, un peu hésitante, comme quelqu’un qui retient son souffle avant de se jeter à l’eau.
« Est-ce que vous êtes ouverts ? »
Depuis quelques années, nous avons mis en place un service de repas Casher au Beth Habad de Versailles. Des gens passent, s’arrêtent, mangent. Certains reviennent. D’autres, on ne les revoit jamais. La question n’avait donc rien d’inhabituel.
« Bien sûr, venez, il n’y a aucun souci. »
J’ai raccroché sans y penser davantage. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait.
Le visage derrière la voix
Quelques minutes plus tard, j’arrive au Beth Habad. Elle est déjà là. Debout, légèrement en retrait, comme si elle n’était pas tout à fait certaine d’avoir le droit d’être là. Son regard oscille entre la timidité et quelque chose de plus profond — une gravité qui ne correspond pas à son âge.
Nous échangeons quelques mots. Puis, très vite, les digues cèdent. Sa voix se met à trembler, et les mots sortent comme s’ils avaient attendu trop longtemps derrière une porte close :
« Rav, j’ai traversé une période très difficile dans ma vie. J’ai rejeté beaucoup de choses — la Torah, les Mitsvot… tout ça, je l’ai mis de côté. Aujourd’hui, j’essaie de revenir. Mais ce n’est pas simple. J’ai encore du mal. Je ne suis pas encore à un niveau où je peux m’abstenir totalement si je ne trouve pas de Casher. En général, surtout quand je suis avec des amis pratiquants, je mange Casher. Mais parfois… je craque. »
Un silence. Puis elle reprend, et c’est là que tout bascule :
« J’étais à Versailles. Je devais aller manger dans un restaurant italien, totalement non Casher. C’était décidé. J’ai pris mon téléphone, j’ai tapé l’adresse sur Google… et le Beth Habad est apparu dans les résultats. »
Elle marque une pause. Ses yeux se lèvent vers moi.
« Alors je me suis fait une promesse : si le Rav décroche, je mange Casher. S’il ne décroche pas… je vais à l’italien. »
Ce jour-là, Baroukh Hachem, j’ai décroché.
Le poids d’un silence
En l’écoutant, j’ai senti quelque chose se nouer en moi. Pas seulement de l’émotion — une prise de conscience, brutale et lumineuse à la fois. Cette jeune fille avait posé sa décision sur un fil. Un fil aussi fragile qu’une sonnerie de téléphone. Si j’avais laissé sonner dans le vide, si j’avais repoussé l’appel à plus tard, si j’avais simplement été occupé ailleurs… elle serait entrée dans ce restaurant italien, et quelque chose de sacré se serait éteint sans bruit.
Et depuis, cette question ne me quitte plus : combien d’histoires semblables se jouent chaque jour, sans que nous le sachions ? Combien de Néchamot hésitent au bord d’un chemin, attendant un signe, un geste, une voix ? Combien de personnes sont à un appel près d’une décision — à un appel près d’un pas vers la Torah ?
Parfois, ce n’est pas un Farbrenguen enflammé qui fait basculer un destin. Ce n’est pas un Chiour magistral ni un discours inspirant devant des centaines de personnes. C’est simplement un téléphone décroché entre midi et deux, par un Chalia’h qui ne savait même pas qu’il était en train de sauver quelque chose.
Ne jamais laisser un appel sans réponse
Cette histoire m’oblige à réfléchir. Elle nous oblige tous à réfléchir. Aujourd’hui, nous devons nous organiser — avec méthode, avec rigueur — pour qu’aucun appel ne reste sans réponse. Pour qu’aucun message WhatsApp ne soit ignoré. Pour qu’aucune demande, aussi timide soit-elle, ne soit laissée en suspens.
Peut-être faut-il envisager la mise en place d’un système structuré capable de prendre le relais lorsque nous ne pouvons pas répondre. Parce que derrière un simple « Allô ? », il peut y avoir une Néchama en chemin. Une âme qui a rassemblé tout son courage pour composer un numéro, et qui n’appellera peut-être pas une seconde fois.
Ne jamais rater un coup de téléphone. Car parfois, c’est toute une vie juive qui se joue au bout du fil.du fil.
Des conseils pratiques sur les vacances, les voitures et les examens en Yechiva, aux directives incisives sur la Cheli’hout, les exigences dans le ‘Hinoukh, et même les paroles d’un chant sur le Machia’h : le nouveau recueil Likout Ma’anot Kodech, riche de centaines de réponses inédites, révèle la clarté du Rabbi dans chaque domaine de la vie.
À l’occasion du 22 Chevat, un nouveau volume monumental contenant 762 pages de réponses et de directives du Rabbi a été publié. Ce recueil comprend des centaines de réponses inédites, désormais accessibles au public gratuitement.
Il s’agit du 27e volume du Likout Ma’anot Kodech et du cinquième volume supplémentaire de la collection, qui documente chronologiquement les dizaines de milliers de réponses du Rabbi aux ‘Hassidim sur plus de 40 ans, rendant ainsi les directives du Rabbi accessibles à chaque ‘Hassid.
Malgré l’immense quantité de Torah du Rabbi disponible pour le public — publiée à de nombreuses reprises et sous divers formats, incluant les Si’hot, les Maamarim, les Farbrenguen, les lettres, et même des journaux documentant l’emploi du temps du Rabbi — les « Ma’anot », ces réponses manuscrites émises par le Rabbi, en particulier lorsque la demande croissante sur son emploi du temps ne laissait plus de place aux lettres formelles, n’ont malheureusement reçu que peu ou presque aucune attention et demeurent, dans une certaine mesure, largement méconnues.
Les dizaines de milliers de Ma’anot ont été rassemblées par un groupe de Bo’hourim dévoués, qui ont parcouru des centaines de Sefarim et de Techourot, tout en sollicitant de nombreux ‘Hassidim, Chle’him et Askanim du monde entier ayant eu le mérite de recevoir des réponses du Rabbi durant ces années et qui ont eu la générosité de les partager pour le bien du public.
Voici une petite sélection de Ma’anot publiées dans ce dernier volume :
Où dépenser l’argent de vos vacances
En réponse à une personne qui avait écrit au sujet des projets d’été de sa famille, le Rabbi a d’abord reconnu qu’ils avaient besoin de bien se reposer, puis a écrit (5 Av 5714) :
« L’argent qu’ils dépenseraient en vacances devrait plutôt servir à organiser des vacances à la maison (en ajoutant de l’aide ménagère et autres). De manière générale, il est très discutable que cela vaille la peine de se déplacer pendant deux semaines pour… Ils devraient passer l’été joyeusement ici. »
Un Chalia’h a un autre type de Semikha…
À Reb Na’hman Sudak, qui avait écrit au sujet de son collègue Chalia’h Reb Faivish Vogel — lequel envisageait de prendre une pause dans ses activités Loubavitch en Angleterre pour étudier et recevoir la Semikha, car il était gêné de ne jamais l’avoir reçue avant de quitter la Yechiva — le Rabbi écrivit (21 Sivan 5742) :
« Sa Semikha, c’est le fait qu’une institution du Rabbi précédent s’appuie — est Somekh — sur lui. Et [en s’impliquant dans ses activités], son esprit et son cœur se purifient dix mille fois plus [qu’à travers l’étude]. »
Être distrait et acheter une voiture
En réponse à un membre de Anash qui souhaitait acheter une voiture mais s’inquiétait de sa tendance fréquente à être contemplatif et à ne pas prêter attention à son environnement, le Rabbi écrivit (5 Chevat 5740) :
« S’il peut changer cela, alors qu’il achète ; sinon, non. »
Quittez Brooklyn et partez en Cheli’hout
À Reb Zalman Abelsky, qui rapportait ce qu’il avait partagé avec les ‘Hassidim lors de son séjour à New York — à savoir que la plupart des membres de Anash à Brooklyn devraient partir en Cheli’hout — le Rabbi écrivit (‘Hol Hamoed Soukot 5724) :
« Ce qu’il dit est très, très vrai. Halevai que quelqu’un réussisse enfin dans cette affaire importante, bien que (jusqu’à présent) mes paroles n’aient rien accompli. »
Un club mixte pour adolescents afin d’attirer plus de Juifs
À Reb Na’hman Sudak, qui avait écrit au sujet d’une initiative visant à créer un club mixte pour adolescents afin d’en attirer davantage, et qui mentionnait qu’un Rav aurait donné son accord, le Rabbi écrivit (début de Adar Chéni 5749) :
«La mixité mentionnée ci-dessus est contraire au Choul’han Aroukh. Comment un Rav peut-il permettre cela ?! Et en quoi une telle approbation aidera-t-elle si c’est contraire au Choul’han Aroukh ?!»
J’ai échoué à mon examen en Yechiva…
En réponse à Yaakov Israël Muskal, un Bo’hour à la Yechiva Guevoha — Heikhal Hatorah, qui se sentait mécontent de lui-même pour ne pas avoir bien réussi un examen pour lequel il avait beaucoup travaillé, bien qu’il ait obtenu 80 dans une matière où il estimait ne pas avoir fourni assez d’efforts, le Rabbi écrivit (été 5718) :
« Étant donné que l’une des notes était de 80, c’est un signe et une preuve que lorsque tu le veux, tu peux réussir (bien que la réussite dans les différents domaines d’étude ne soit pas la même pour tout le monde). Tu devrais donc accroître ta diligence, et le succès grandira, bien que, comme d’habitude, pas tout d’un coup mais étape par étape.
Quand tu trouves difficile de te concentrer dans ton étude, tu devrais t’arrêter quelques minutes puis réessayer. »
Les résultats de l’absence d’examens pour les Bo’hourim sont évidents
Dans une longue réponse à la Hanhala de Tomkhei Temimim au 770, le Rabbi écrivit (11 Tichri 5721) :
« Cela fait déjà plusieurs années que j’encourage, demande et supplie qu’ils fassent passer des examens aux Bo’hourim au moins une ou deux fois par an… Quand les Bo’hourim savent qu’ils ne seront jamais examinés, il est évident quels seront les résultats… Plus choquant encore est le fait que personne n’y prête attention, même après plus de cinq ans que je soulève la question. Il conviendrait qu’ils choisissent, parmi les invités, des examinateurs qui testeront tous les Bo’hourim de manière approfondie et sans favoritisme… »
Rencontrer la Kala pendant les fiançailles
En réponse à un ‘Hatan qui avait demandé s’il pouvait rencontrer sa Kala pendant les fiançailles, précisant qu’ils s’étaient déjà vus deux fois, le Rabbi écrivit (19 Iyar 5726) :
« Cela va à l’encontre de ce qui est souhaitable selon la Yirat Chamaïm et certainement selon la ‘Hassidout. Au contraire, les rencontres précédentes étaient elles aussi inappropriées. Le moment est venu — et depuis un bon moment déjà — d’abolir cette pratique. »
Agrandir le 770 pour Tichri
Aux Gabaïm du 770, qui avaient écrit au Rabbi au sujet de leur idée d’abattre un mur dans un coin de la synagogue pour accueillir les foules importantes attendues à Tichri, et d’utiliser l’espace auparavant réservé aux vestiaires et aux Chiourim pour ajouter 80 à 100 places supplémentaires, le Rabbi écrivit (2 Av 5740) :
« De manière à ce qu’un Rav soit d’accord et le permette. »
Le Rabbi a également souligné deux fois ce qu’ils avaient écrit : « que cela soit fait de manière convenable et esthétique. »
Modifier le chant sur le Machia’h
En réponse au chanteur Its’hak Bitton, qui avait partagé avec le Rabbi les paroles d’un chant qu’il avait composé sur le Machia’h, intitulé « Fils du roi David », le Rabbi écrivit (début de Tamouz 5736) :
« S’il est possible d’ajouter facilement [au chant] : et Yehi Ratson que cela soit Bekarov Mamach. »
Ce cours est retransmis par téléphone Tél.: +33159423068
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Moché dans la nuée : quand la fumée du Sinaï révèle le chemin de l’âme
Dans cette Si’ha magistrale, le Rabbi décortique le commentaire de Rachi sur l’entrée de Moché dans la nuée divine, au sommet du mont Sinaï. Ce qui semble être une simple explication littérale recèle en réalité une profondeur spirituelle remarquable, reliant la nature de la fumée à l’élévation de la matière vers le Créateur. De cette analyse émerge un enseignement pratique bouleversant : le Juif ne doit pas fuir le monde matériel, mais y pénétrer pour le transformer en demeure pour D.ieu.
Les questions sur le commentaire de Rachi
Le Rabbi ouvre son analyse en examinant avec une précision chirurgicale le commentaire de Rachi sur le verset « Et Moché entra au milieu de la nuée » (Chemot 24:18). Rachi y avance deux affirmations distinctes : premièrement, « cette nuée est comme une sorte de fumée » ; deuxièmement, « le Saint béni soit-Il a fait pour Moché un sentier à l’intérieur ».
Or, ces deux affirmations soulèvent des difficultés considérables. D’abord, une contradiction de nature s’impose : une nuée, composée d’eau, et de la fumée, produite par le feu, sont deux éléments fondamentalement opposés. Pourquoi donc Rachi définit-il l’une par l’autre, comme si les deux pouvaient être assimilées ?
Ensuite, une question de contexte se pose avec force. Moché est entré dans des nuées à plusieurs reprises au cours de la Torah, que ce soit lors du passage de la mer Rouge ou lors des événements décrits dans la Paracha Yitro. Pourquoi Rachi éprouve-t-il le besoin d’expliquer comment Moché a pu y pénétrer, par le biais d’un sentier miraculeux, uniquement à cet endroit précis ? En temps normal, on peut traverser un brouillard ou une nuée sans qu’un chemin surnaturel soit nécessaire.
L’explication littérale (Pchat)
La clé de l’énigme réside dans le contexte immédiat des versets environnants.
Le verset qui précède (24:17) décrit la gloire de D.ieu comme un « feu dévorant » aux yeux des enfants d’Israël. Or, la conséquence physique est inévitable : puisqu’il y a un feu qui « dévore », c’est-à-dire qui consume la matière, il y a nécessairement production de fumée. C’est précisément pour cette raison que Rachi prend soin de préciser que cette nuée particulière était « comme de la fumée », et non une simple nuée d’eau ordinaire.
Dès lors, la nécessité du sentier s’éclaire d’elle-même. Contrairement à une nuée d’eau, qui demeure relativement inoffensive, la fumée est étouffante et noircit quiconque la traverse. C’est pour cette raison précise, parce que cette nuée avait la nature de la fumée, que D.ieu dut créer un « sentier » afin de protéger Moché, pour qu’il ne soit ni étouffé ni souillé par la suie.
La nuance : pourquoi « comme » de la fumée ?
Un détail textuel mérite toute notre attention. Rachi ne dit pas que c’était de la fumée, mais « comme une sorte de fumée ». Pourquoi cette nuance apparemment subtile ?
L’explication tient à la nature du combustible présent sur les lieux. Le sommet du mont Sinaï est un lieu de pierres et de terre, et non un endroit où poussent des arbres ou toute autre végétation. Or, la fumée habituelle, celle que nous connaissons, provient de la combustion de matériaux organiques comme le bois. Ici, le feu divin consumait la matière minérale, la pierre elle-même. Ce n’était donc pas une fumée ordinaire à proprement parler, mais quelque chose qui y ressemblait par ses propriétés, d’où l’expression prudente et mesurée de Rachi : « comme une sorte de fumée ».
La dimension profonde : le « vin de la Torah »
La Si’ha s’élève ensuite vers un plan spirituel en analysant la différence fondamentale entre la révélation divine lors du Don de la Torah, dans la Paracha Yitro, et celle décrite ici, dans la Paracha Michpatim.
Lors de l’épisode de Yitro, avant et pendant le Don de la Torah, le texte dit : « Le mont Sinaï était tout en fumée. » La révélation divine s’imposait d’en haut sur un monde encore grossier et non raffiné. Le contact brutal entre la sainteté infinie et la matière brute engendra une « combustion » totale, une annulation complète de l’existence matérielle, symbolisée par une fumée dense et épaisse qui enveloppa toute la montagne.
En revanche, dans la Paracha Michpatim, après le Don de la Torah, le texte parle simplement de « la nuée ». Le monde avait déjà été transformé et raffiné par la réception de la Torah. La matière n’était plus aussi grossière, plus aussi résistante à la sainteté. L’annulation devant D.ieu prenait une forme plus subtile, « comme de la fumée » seulement, plus fine et plus légère, et non destructrice comme la fumée épaisse qui avait enveloppé le Sinaï lors du Don de la Torah.
La symbolique de la fumée se révèle alors dans toute sa profondeur : elle représente l’élévation de la matière, du bas vers le haut, consumée et sublimée par le feu divin.
L’enseignement pratique (Hora’a)
De cette analyse se dégage une leçon d’une portée considérable pour la vie quotidienne de chaque Juif.
Certains pourraient être tentés de penser qu’il convient de s’éloigner des choses matérielles, du niveau « inanimé » (Domem) du monde, de peur de se « salir » spirituellement à leur contact. L’enseignement du Rabbi renverse cette perspective : il faut au contraire « entrer dans la nuée », c’est-à-dire s’occuper pleinement des affaires matérielles, mais dans le but de les élever vers D.ieu.
Et voici la promesse lumineuse qui accompagne cet engagement : si l’on agit ainsi pour D.ieu, avec une intention sincère, Il crée un « sentier » protecteur. L’âme divine, le « Moché » qui réside en chacun de nous, demeure préservée et intacte. On peut manipuler la matière, œuvrer dans le monde concret, sans qu’il ne nous affecte négativement, sans être noirci par la suie du matérialisme.
C’est ainsi que l’on parvient naturellement à la Paracha Terouma qui suit : « Ils Me feront un sanctuaire et Je résiderai parmi eux. » En utilisant l’or, l’argent et les matériaux bruts de ce monde, en les consacrant à un but sacré, on fait de cette réalité matérielle elle-même une demeure pour D.ieu.
Pendant des décennies, le record du 1500 m en quatre minutes semblait être une loi immuable de la nature, un mur que nul ne pouvait franchir. Jusqu’au jour où un homme refusa d’y croire — et où tout bascula. Une réflexion inspirée de la Torah sur les limites que nous nous imposons et la foi qui les pulvérise.
L’illusion de l’impossible
Dans les années 1950, le monde de l’athlétisme butait contre une frontière invisible : le 1500 m en quatre minutes. Pendant des décennies, les meilleurs sprinteurs de la planète s’y sont cassé les dents. 4:02, 4:01… mais jamais en dessous.
Ce n’était pas qu’une affaire de chronomètre. C’était une certitude scientifique. Les médecins de l’époque l’affirmaient : le corps humain a ses limites. Ils prédisaient que sous une telle pression, le cœur exploserait, les poumons s’effondreraient et la structure osseuse cèderait. Un véritable mur de verre s’était solidifié dans la conscience collective. On ne remettait pas en question l’impossible ; on l’acceptait comme une loi de la nature.
Le séisme Roger Bannister
Puis vint le 6 mai 1954. Sous une pluie fine et un ciel gris à Oxford, un étudiant en médecine nommé Roger Bannister s’élance. Il n’était pas l’athlète le plus puissant, mais il possédait une arme que les autres n’avaient pas : il avait décidé de ne pas croire les experts.
Il court avec la rage de celui qui refuse les chaînes. Lorsqu’il franchit la ligne, le verdict tombe : 3 minutes, 59 secondes et 4 dixièmes. L’impossible venait de mourir.
Mais le plus fascinant reste la suite. Ce record, qui avait tenu tête à l’humanité pendant des siècles, fut battu à nouveau par un autre coureur à peine six semaines plus tard. L’année suivante, ils étaient des dizaines à franchir la barre. Que s’était-il passé ? Nos muscles avaient-ils muté ? Non. C’est la croyance qui avait basculé. Dès que l’esprit a su que c’était possible, le corps a suivi. Le verrou n’était pas dans les muscles, il était dans la tête.
Le syndrome de la sauterelle
Nous portons tous en nous notre « barrière des quatre minutes ». Ce murmure intérieur qui nous dit : « Je suis trop vieux pour changer », « C’est trop dur d’étudier la Guemara », « Je ne pardonnerai jamais ». Nous traitons ces blocages comme des vérités biologiques, des murs infranchissables.
Cette psychologie du renoncement trouve sa source dans la Torah. Les explorateurs reviennent d’Israël et déclarent : « Nous ne pourrons pas monter… car ce peuple est plus fort que nous. » Mais regardez bien le texte. Leur vrai problème n’était pas la taille des géants en face d’eux. Leur tragédie réside dans cette phrase :
« Nous y avons même vu les Nefilim, les enfants d’Anak, descendants des Nefilim : nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux. »
Leur barrière n’était pas militaire, elle était spirituelle. En se percevant comme insignifiants, ils rendaient la conquête impossible.
La Emouna, la foi comme brise-glace
À l’opposé, Calev et Yehochoua se lèvent. Ils ne nient pas la difficulté, ils refusent simplement la limite mentale. Pour eux, la foi n’est pas une émotion décorative, c’est l’outil qui permet de pulvériser le plafond de verre du « je ne peux pas ».
Nous possédons une « ‘Helek Eloka Mimaal » — une parcelle divine en nous. Par définition, le Divin ne connaît pas de limite. Dans le domaine de l’esprit et de la progression personnelle, l’impossible n’est qu’une illusion d’optique.
La leçon est simple : la prochaine fois que vous sentirez que vous atteignez votre « limite », rappelez-vous que ce sentiment n’est pas un signal d’arrêt, mais le signe que vous êtes sur le point de vivre une percée. Courez à travers ce mur invisible. De l’autre côté, vous vous demanderez comment vous avez pu croire qu’il existait.
Le mystère du Tsimtsoum : l’art divin de l’éclipse
Pour comprendre pourquoi le monde nous semble être un obstacle — à l’image du « mur des quatre minutes » — il faut remonter à l’origine même de l’existence. La ‘Hassidout pose une question vertigineuse : si D.ieu est Infini (Ein Sof) et qu’Il remplit tout, où y a-t-il de la place pour créer un monde ?
Comment le fini peut-il exister au sein de l’Infini sans être instantanément annulé, comme une bougie devant le soleil ? La réponse réside dans le Tsimtsoum.
Le grand retrait (Sillouk)
Imaginez un océan de lumière pure, sans rivage, sans fond, sans début ni fin. C’est le Or Ein Sof (la Lumière Infinie) avant la création. Dans cette plénitude absolue, rien d’autre ne peut exister.
Pour que vous, moi, et le monde physique puissions émerger en tant qu’entités distinctes, D.ieu a dû accomplir un acte d’humilité cosmique. Il a, pour ainsi dire, « retenu Son souffle ». Il a contracté Sa lumière infinie sur les côtés pour créer un ‘Halal Panouï, un « Espace Vide ».
Ce n’est pas un vide géographique, mais conceptuel. C’est un espace où la présence de D.ieu n’est plus évidente. C’est la naissance de la possibilité de l’altérité.
La trace et le rayon (Rechimou et Kav)
Cependant, si D.ieu s’était totalement retiré, le monde n’aurait pas pu être créé, car rien ne peut exister sans source divine. Il a donc laissé deux choses.
Le Rechimou : une « trace », un souvenir de la lumière infinie, comme le parfum qui persiste dans une fiole vide. Le Kav (le Rayon) : D.ieu a fait pénétrer dans ce vide un mince filet de lumière mesurée.
C’est là tout le secret de la « mesure ». Le Kav est une énergie calibrée, précise, qui permet de créer des mondes, des anges, des humains et des atomes, sans les écraser sous la puissance de l’Infini. C’est l’énergie vitale qui s’habille dans la nature.
Le grand paradoxe : le Tsimtsoum « non littéral » (Chélo Kifchouto)
C’est ici que la ‘Hassidout apporte sa touche révolutionnaire, notamment dans le Chaar HaYi’houd VeHaEmouna du Tanya.
On pourrait penser que D.ieu a « bougé » pour nous laisser de la place. C’est faux. D.ieu ne change pas (Ani Hachem Lo Chiniti). Le Tsimtsoum n’est pas un retrait de D.ieu, c’est une dissimulation.
L’analogie du professeur l’illustre parfaitement. Imaginez un génie mathématique — le Maître — qui veut enseigner une équation simple à un enfant — l’Élève. S’il déverse tout son savoir, l’enfant sera noyé. Le Maître doit « contracter » son intelligence, cacher ses idées brillantes, pour ne formuler qu’une phrase simple, adaptée à l’enfant. Le Maître est-il devenu stupide ? Non. Son génie est toujours là, pleinement présent, mais il est caché pour permettre à l’élève de comprendre.
De la même manière, D.ieu est présent dans le monde physique autant qu’avant la création. Le Tsimtsoum est un filtre posé sur nos yeux, pas un changement en Lui. C’est une illusion d’optique divine.
Le Tsimtsoum et le « mur de verre »
Revenons à notre coureur et son mile en quatre minutes. Le Tsimtsoum a créé la Téva (la Nature). Le mot Téva partage la même racine que Tovia (noyé, immergé). La nature est un système où la lumière divine est « noyée », cachée sous des lois physiques rigides : gravité, temps, limites biologiques.
Le piège est le suivant : le monde nous dit « Je suis une réalité indépendante, et voici mes limites — quatre minutes. » C’est l’effet du Tsimtsoum qui fonctionne trop bien. Nous croyons que le voile est le mur.
La mission, en revanche, est tout autre : la foi, la Torah et les Mitsvot servent à percer ce voile. Quand un Juif refuse d’accepter une limite naturelle — que ce soit pour courir, pour étudier malgré la fatigue, ou pour donner plus de Tsedaka qu’il ne le « devrait » — il révèle que le Tsimtsoum n’est qu’un masque.
Le Tsimtsoum est, en définitive, l’acte d’amour par lequel D.ieu se cache pour que nous puissions exister, nous sentir libres de choisir, et finalement, choisir de Le retrouver en déchirant le voile. Il a créé l’obscurité pour que nous puissions la transformer en lumière.
L’amour caché derrière l’éclipse
Car c’est bien d’amour qu’il s’agit, et d’un amour d’une nature que l’esprit humain peine à concevoir. Quel père, par excès de tendresse pour son enfant, accepterait de se rendre invisible à ses yeux pour lui permettre de grandir, de marcher seul, de trébucher et de se relever par ses propres forces ? C’est pourtant exactement ce que D.ieu a fait. Le Tsimtsoum n’est pas un abandon, c’est le sacrifice suprême d’un Créateur qui aime Sa créature au point de lui offrir le plus grand des cadeaux : la liberté de Le chercher.
Sans cette dissimulation, nous serions submergés par l’évidence divine. Nous n’aurions ni choix, ni mérite, ni possibilité de croissance. Nous serions comme des planètes prisonnières de leur orbite, tournant mécaniquement autour d’un soleil trop éclatant pour être regardé en face. L’âme n’aurait aucun espace pour se déployer, aucune épreuve pour se fortifier, aucun doute à surmonter.
Or, c’est précisément dans le doute que réside la grandeur du choix. C’est dans l’obscurité que la flamme d’une Mitsva prend tout son éclat. C’est quand le monde nous crie « D.ieu n’est pas là » que notre décision de L’y trouver acquiert une valeur infinie. Le Rabbi de Loubavitch l’enseignait avec une force particulière : chaque acte de bonté accompli dans ce monde matériel, chaque mot de Torah étudié malgré la fatigue, chaque pièce de Tsedaka donnée malgré la difficulté, ne fait pas qu’éclairer un coin d’obscurité. Il révèle que l’obscurité elle-même n’a jamais été autre chose que de la lumière déguisée.
Transformer l’obscurité en lumière
C’est là toute la différence entre « allumer une bougie dans le noir » et « transformer le noir lui-même en lumière ». La première image est belle, mais partielle. La seconde est le véritable programme de la création. Lorsque nous accomplissons une Mitsva dans le monde matériel, nous ne faisons pas simplement coexister un peu de lumière avec beaucoup de ténèbres. Nous démontrons que les ténèbres elles-mêmes étaient, depuis le commencement, porteuses d’une lumière plus profonde que celle qui existait avant le Tsimtsoum.
Les Maîtres de la ‘Hassidout enseignent que la lumière qui jaillit de l’obscurité surpasse en intensité la lumière originelle. « L’avantage de la lumière vient précisément de l’obscurité » (Yitron HaOr Min Ha’Hochekh), dit le roi Chelomo dans Kohélet. Ce n’est pas malgré le voile du Tsimtsoum que nous révélons D.ieu, c’est grâce à lui. Le diamant ne brille jamais aussi fort que lorsqu’il est posé sur un écrin de velours noir.
Ainsi, chaque fois que nous refusons de nous résigner à nos « quatre minutes », chaque fois que nous choisissons la foi là où la logique nous invite au renoncement, chaque fois que nous donnons quand tout nous pousse à retenir, nous ne faisons pas que courir à travers un mur invisible. Nous accomplissons le dessein même pour lequel le monde a été créé : révéler que derrière chaque voile, derrière chaque limite apparente, derrière chaque silence de D.ieu, bat un cœur infini qui n’a jamais cessé de nous attendre.
Construire une demeure pour D.ieu dans ce monde
C’est ainsi que, pierre après pierre, Mitsva après Mitsva, nous bâtissons ce que les Maîtres de la ‘Hassidout appellent une Dira Beta’htonim — une demeure pour D.ieu dans les mondes inférieurs. Non pas dans les sphères célestes où Sa présence va de soi, non pas parmi les anges qui Le perçoivent sans effort, mais ici-bas, précisément là où Il semble absent, dans l’épaisseur de la matière, dans le tumulte du quotidien, dans la rugosité de ce monde qui prétend être tout ce qui existe.
Car D.ieu n’a pas désiré un palais dans les hauteurs. Il a voulu un foyer dans la profondeur. Le Midrach enseigne que le Saint béni soit-Il a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs (Nit’avé Hakadoch Baroukh Hou Lihyot Lo Dira Beta’htonim). Ce désir, antérieur à la création elle-même, est le moteur secret de toute l’histoire humaine. Chaque bougie de Chabbat allumée, chaque Mezouza fixée sur un chambranle de porte, chaque parole de Torah échangée, chaque geste de Tsedaka tendu vers un inconnu transforme un fragment de ce monde opaque en un lieu où le Divin peut résider à découvert.
Et lorsque cette demeure sera achevée — lorsque suffisamment de voiles auront été levés, suffisamment de murs invisibles traversés, suffisamment d’obscurité transformée en lumière — alors le Tsimtsoum lui-même livrera son secret ultime. Le voile tombera, non pas parce qu’il aura été détruit, mais parce que nous aurons appris à voir à travers lui. Et le monde entier deviendra ce qu’il a toujours été en vérité : la demeure où D.ieu habite parmi nous, avec la venue du Machia’h, très bientôt, de nos jours.