L’histoire extraordinaire de Max (Mena’hem Mendel Zussel) Lubecki, l’un des premiers Baalé Techouva du mouvement Loubavitch en France, dont le destin fut scellé par une rencontre mystérieuse dans une forêt polonaise. Un récit où la Providence divine tisse des liens invisibles à travers les décennies, reliant le ‘Hafets ‘Haïm au Rabbi de Loubavitch.
Article paru dans le magazine Kfar Habad et publié à l’occasion du mariage de Morde’hai et Iscah Sarah Lubecki
Une rencontre dans la forêt
Mon père, David, naquit en 1905 en Lituanie. Durant son enfance, ses parents s’installèrent dans les provinces du sud-ouest de la Pologne, dans la ville de Sosnowitz, située à une vingtaine de kilomètres d’une autre cité dont le nom fait désormais frémir chaque Juif : Auschwitz.
La famille observait les Mitsvot et était fière de ses racines qui remontaient au Tosfot Yom Tov. Bien avant la Seconde Guerre mondiale, mon père effectuait son service militaire obligatoire dans l’armée polonaise. C’était un homme grand et robuste et, pour cette raison, on lui confiait souvent les travaux les plus pénibles.
Un jour, au cours de cette période militaire, il se retrouva non loin de la ville de Radine. Celle-ci avait appartenu à la Biélorussie mais, en 1931, après la guerre soviéto-polonaise, elle était revenue à la Pologne. Le récit qui suit se produisit apparemment entre 1926 et 1930.
Ce jour-là, mon père se trouvait dans la forêt — sans doute celle au fond de laquelle se cachèrent les partisans juifs sous la direction des célèbres frères Bielski pendant les terribles années de la Shoah. Soudain, il remarqua un vieux Juif au visage noble qui ramassait du bois qu’il entassait péniblement sur une charrette. Il était évident que cet homme n’était pas habitué à ce genre de travail épuisant.
Mon père comprit qu’il s’agissait d’une personnalité et, impressionné, s’approcha de l’homme pour lui proposer son aide. Étant solide et vigoureux, il eut tôt fait de l’aider à couper et ramasser le bois, puis à le charger sur la charrette.
Lorsqu’il eut terminé, le vieil homme voulut lui « donner quelque chose » pour le remercier de son aide, mais mon père demanda plutôt une bénédiction. « De quelle bénédiction as-tu besoin ? » lui demanda le vieillard. Mon père répondit qu’il souhaitait terminer vivant son service militaire.
Il faut savoir que les conditions dans l’armée polonaise étaient extrêmement rudes. Le froid était si intense qu’un des camarades de mon père, un jour, porta la main à son oreille et se retrouva avec un morceau d’oreille dans la main ! À cette époque, nul ne pouvait imaginer que ces difficultés n’étaient rien comparées aux horreurs qui allaient s’abattre sur notre peuple quelques années plus tard.
« Non seulement tu sortiras vivant, mais de plus, tu mériteras d’avoir des enfants Bné Torah », lui promit, profondément ému, ce vieux Juif. Mon père répondit Amen, et c’est ainsi que s’acheva cet épisode peu commun. Terminé, mais pas complètement. Mon père s’en souvint très clairement toute sa vie. Justement du fait qu’il ignorait l’identité de cet homme, cette rencontre dans la forêt avait quelque chose de surréaliste, comme venue d’un autre monde.
Un fils, un frère — que D.ieu venge son sang
Mon père dut affronter de terribles épreuves. Lors de cet épisode dans la forêt, il ne pouvait imaginer ce qui lui arriverait par la suite. Dans son cœur, il attribua toujours sa survie miraculeuse à cette rencontre providentielle et à la bénédiction de ce Juif « mystérieux ».
En août 1939, quelques semaines avant que n’éclate la Seconde Guerre mondiale, mes parents se marièrent. Ma mère, Ida-Yehoudit Heller, était née dans la ville de Bendjine en Pologne, et c’est là qu’eut lieu le mariage. Ils avaient de grands projets, mais il s’avéra que d’autres en avaient décidé autrement, hélas.
Ce n’est qu’après leur mort, en rangeant leurs papiers, que nous avons découvert qu’un fils leur était né pendant la guerre et qu’il fut assassiné par les nazis — que leurs noms soient effacés. Jamais ils ne nous avaient parlé de ce malheureux frère dont nous ignorerons toujours le nom, la date de naissance et de mort. Sans doute leur peine avait été si grande qu’ils n’avaient pas trouvé les mots pour en parler et l’avaient refoulée.
La moitié des habitants de Bendjine étaient juifs, au point que même l’adjoint au maire était juif. Dès le début de la guerre, les nazis conquirent cette région et, dès le premier jour de l’occupation, des centaines de Juifs de la ville furent obligés de se rassembler dans la grande synagogue où ils furent brûlés vifs par les Allemands. Ce jour-là et les jours suivants, près de six cents Juifs furent assassinés — que D.ieu venge leur sang.
C’est dans ce contexte que mon père décida de retourner avec sa jeune épouse vers la ville voisine qu’il connaissait bien, Sosnowitz. De fait, les deux villes connurent le même sort. Après Pessa’h 1942, les nazis entreprirent de déporter les habitants de ces deux villes à Auschwitz.
En Tamouz de cette année, il y eut une « Aktsia ». Tous les Juifs de ces villes durent se rassembler dans un endroit afin qu’on vérifie leurs papiers. Durant trois jours, ils restèrent là dans un champ, sans eau ni nourriture. Certains restèrent dans la ville, certains furent déportés dans des camps de travail, d’autres dans les camps d’extermination d’Auschwitz. Certains tentèrent de fuir mais furent vite rattrapés et exécutés sur place. De fait, cinq mille Juifs furent déportés à Auschwitz, et parmi eux, mon père et ma mère.
On ne peut que supposer que c’est au cours de cette « Aktsia » que mes parents perdirent leur bébé, ce frère dont ils ne m’ont jamais parlé.
Mon père n’eut que le temps de suggérer à ma mère que, s’ils s’en sortaient vivants, ils se retrouveraient à Paris. Affolée, ma mère eut juste la présence d’esprit de demander : « Où, à Paris ? C’est une grande ville ! » Et mon père répondit : « Dans le nord de Paris ! » Ce fut leur dernière conversation.
La mort en face
Mon père a vu la mort en face d’innombrables fois. Mais à chaque fois, la mort sautait par-dessus lui. Ses histoires étaient incroyables ; certaines, il ne nous les a racontées que vers la fin de sa vie, et d’autres, nous ne les avons apprises qu’après sa mort. Il n’en parlait pas beaucoup.
De fait, il ne parlait pas. Quand il parlait à voix basse à ma mère, nous savions qu’ils échangeaient des souvenirs de cette période, mais la douleur qu’ils portaient était trop insupportable pour être mise en mots.
Mon père tenta de s’enfuir d’Auschwitz et réussit même. Il avait pour cela deux avantages : d’une part, il était fort et solide ; d’autre part, il connaissait comme sa poche la région de cette ville maudite, parlait la langue et connaissait des voisins. Il guettait le moment propice : quand un détenu n’en pouvait plus et décidait de mettre fin à ses jours en se jetant contre les fils barbelés électrifiés. Dès que les SS s’en apercevaient, ils coupaient l’électricité et il y avait de l’agitation. Mon père en profita pour s’enfuir à Sosnowitz, où il connaissait toutes les rues et ruelles.
Mais il fut repris et à nouveau déporté à Auschwitz. Il tenta encore une fois de s’évader, mais quand les nazis s’en aperçurent, il fut frappé avec cruauté — je vous épargne les détails de l’humiliation et de la torture qu’il subit. Ce fut un véritable miracle qu’il ne fût pas fusillé sur place.
Les faussaires
Le jour de Pourim 1944, mon père fut brusquement sélectionné avec huit autres détenus et interné en quarantaine pendant un mois pour s’assurer qu’ils n’étaient pas malades ni contagieux. Mais ils ignoraient absolument ce qui leur valait ce « traitement de faveur ».
À Pessa’h, six soldats SS arrivèrent de Berlin et emmenèrent ces prisonniers à la gare. De là, ils les conduisirent à l’effroyable camp de concentration de Sachsenhausen, à trente-cinq kilomètres au nord de Berlin.
C’est là qu’on leur révéla ce qui devait s’appeler « l’Opération Bernhard » (d’après le nom de l’officier SS qui la mit en œuvre), à laquelle les nazis accordaient une importance capitale. Il s’agissait de la plus grande opération de fabrication de fausse monnaie de l’histoire, supervisée par les plus hautes autorités du Reich et sous la menace constante de mise à mort. Des millions de fausses coupures anglaises et américaines devaient être fabriquées afin de déstabiliser et même de ruiner l’économie du Royaume-Uni et des États-Unis.
Par chance, mon père s’était spécialisé avant la guerre dans l’imprimerie, et les nazis virent en cela une « bénédiction ». Dans ce camp de Sachsenhausen, il rejoignit une équipe d’imprimeurs : il était considéré comme un élément vital par les nazis et jouissait d’un statut particulier. Par la suite, j’ai entendu de nombreuses histoires quant aux bienfaits qu’il fut ainsi capable de dispenser à d’autres détenus.
Bien entendu, les nazis avaient prévu de tuer ces neuf détenus une fois leur mission accomplie, mais D.ieu avait d’autres projets pour eux.
Des années après la guerre, Adolphe Burger — l’un de ces neuf déportés juifs — écrivit un livre intitulé « Les Faussaires », qui fut adapté au cinéma et même primé aux Oscars. Le nom de mon père y est mentionné. Dans ce livre, on apprend également comment ces neuf faussaires tentèrent de saboter leur mission afin de nuire aux nazis.
C’est ainsi que mon père survécut miraculeusement à la Shoah. À la fin de la guerre, il se retrouva au camp de Bergen-Belsen qui, après la guerre, fut transformé en un immense camp pour les « personnes déplacées », comme on appelait pudiquement les survivants et réfugiés. Mon père était blessé et très affaibli ; il resta dans ce camp jusqu’en 1947.
Ma mère
Ma mère survécut dans des circonstances moins spectaculaires mais néanmoins miraculeuses. Elle fut déportée en tant que citoyenne polonaise (comme si elle n’était pas juive, car elle était blonde), et c’est ce qui la sauva. Elle fut détenue au camp d’Auschwitz, mais non dans la partie réservée aux Juifs.
Autour d’Auschwitz, les nazis avaient érigé des dizaines de camps ; certains étaient réservés aux citoyens polonais. Eux aussi survivaient dans des conditions déplorables : faim, froid, travaux épuisants — mais sans la menace constante de la chambre à gaz. Ma mère avait l’apparence de la Polonaise classique et, durant toute la guerre, personne ne soupçonna qu’elle était juive.
Avant la guerre, elle avait travaillé comme assistante dentaire et fut donc considérée par les nazis comme prisonnière essentielle à la bonne marche du camp. Elle put ainsi bénéficier de conditions plus favorables que les autres, qu’elle essaya d’aider elle aussi.
Mon oncle, le regretté Herman Heller (frère de ma mère), avait lui aussi l’apparence d’un noble allemand. De plus, c’était un homme d’affaires prospère qui possédait de solides relations sociales et parlait plusieurs langues. Dès la fin de la guerre, il loua les services d’une ambulance et put retrouver des survivants de la famille.
D.ieu merci, il trouva des rescapés : d’abord ma mère, puis sa sœur Malka avec sa fille (ma cousine). Par contre, le mari de ma tante ainsi que son jeune fils avaient été assassinés par les nazis. Plus tard, ma tante se remaria avec un survivant, le regretté Touvia Meitlis, originaire de Sosnowitz, dont un neveu, Yechayaou Meitlis, est actuellement Rav à Naharya.
Mon oncle Herman accéda à la demande de ma mère et lui loua un petit appartement dans le nord de Paris. Bien qu’elle n’eût aucune raison de croire que mon père avait survécu, elle continuait d’espérer, même deux ans après la fin de la guerre.
Une rencontre de légende
« Même s’il est encore en vie, pensait-elle, comment me retrouverait-il dans le nord de Paris ? Rien que dans le nord de la capitale vivait un demi-million de personnes… sans compter les autres quartiers… »
Et pourtant, un matin, elle descendit comme d’habitude chercher son courrier. Peut-être une lettre officielle, un signe de vie de son mari ? C’est alors qu’elle l’aperçut, là, tandis qu’il demandait à la concierge s’il y avait un appartement libre…
Ils ne s’étaient pas vus depuis cinq horribles années. Chacun d’eux ignorait si l’autre était encore en vie. Il est impossible de décrire l’émotion de leurs retrouvailles.
Quant à mon père, il ignorait si elle avait survécu ; il était même persuadé que non, mais gardait encore un peu d’espoir au plus profond de son cœur. Ce jour-là, il avait encore cherché un appartement, mais l’antisémitisme était très fort à Paris à cette époque, et les gens préféraient garder un appartement vide plutôt que de le louer à un Juif. Ce matin-là, il avait encore tenté sa chance, et un nouveau miracle était venu s’ajouter à toute la chaîne de miracles qui l’avait constamment protégé durant toutes ces années.
Mon père était bien conscient qu’il ne s’agissait pas de simples coïncidences. La mort n’avait cessé de rôder autour de lui et, assurément, la main de D.ieu l’avait sauvé à chaque fois. Six millions de Juifs ont péri durant la Shoah, et très peu de couples ont pu se retrouver après, surtout parmi les Juifs de Pologne qui avaient été les premiers à subir l’occupation nazie.
Leur rencontre était vraiment un événement très rare, et ils en étaient bien conscients : il ne pouvait y avoir aucune explication logique. Mon père gardait toujours à l’esprit sa rencontre avec le vieux Juif dans la forêt. Il savait au fond de lui que tout cela était lié.
Des relations compliquées avec la Torah
Un an après leurs retrouvailles, ma sœur naquit, puis deux ans plus tard, en 1950, ce fut mon tour. Mes parents entretenaient une relation singulière avec la Torah et les Mitsvot. Mon père était un Juif fier qui manifestait son identité juive et n’entendait pas la cacher.
Il se faisait même un point d’honneur de lire dans le métro le journal en yiddish qui paraissait alors à Paris, « Unser Wort », afin de démontrer qu’il y avait encore des Juifs et qu’il n’avait pas peur. Et il parlait en yiddish à voix haute avec ma mère, dans la rue et dans le métro. Il récitait le Kidouch vendredi soir, m’emmenait à la synagogue pour les fêtes, et ma mère cachérisait la viande.
Mais par ailleurs, mon père entretenait au fond de lui une certaine animosité envers les gens pratiquants et les institutions religieuses : c’était sans doute l’une des conséquences de tout ce qu’il avait vécu pendant la guerre.
Un vendredi soir, ma sœur remarqua par la fenêtre qu’une dame allumait elle aussi les bougies de Chabbat dans un appartement en face du nôtre. C’était la regrettée Mme Gracia Mergui (mère et grand-mère de nombreux Chlou’him du Rabbi à Paris et ailleurs dans le monde). Madame Mergui avait déjà en elle le sens de la Chli’hout et, quand elle discuta avec ma mère — l’une du Maroc, l’autre de Pologne —, elles sympathisèrent. Mme Mergui persuada ma mère de m’inscrire à l’école juive Yavné, en promettant que son fils aîné m’accompagnerait tous les jours en métro.
Pour moi, ce fut le déclic. Voyez la puissance d’une petite action en faveur de l’éducation juive…
Tempête dans la famille
Par la suite, je fus influencé par les regrettés Rav Pin’has Pachter, Rav Chalom Mendel Kalmenson et Rav Chemouel (Moulé) Azimov. Je profitais de mon temps libre le dimanche : Rav Pachter m’emmenait en voiture pour étudier avec les ‘Hassidim à la Yechiva Tom’hé Tmimim à Brunoy, surtout avec Rav Moulé.
De semaine en semaine, je me renforçai dans la pratique du judaïsme, mais cela occasionna de grands conflits dans la famille. Mon père n’acceptait à aucun prix que j’étudie à la Yechiva, même pas le dimanche. Et quand je tentai d’introduire des changements dans la Cacherout de la cuisine, l’atmosphère devint de plus en plus irrespirable, pour m’exprimer poliment.
Sur le conseil de Rav Azimov, j’écrivis au Rabbi pour exposer mes problèmes à la maison. La situation avait tellement empiré que je n’indiquai pas dans mes lettres l’adresse de mes parents, car sinon, mon père aurait pu cacher les lettres du Rabbi ou même les déchirer avant que je puisse les lire. Je crains d’ailleurs jusqu’à aujourd’hui que certaines lettres aient disparu à jamais. J’indiquais donc à chaque fois l’adresse de Rav Azimov, Rav Kalmenson ou Rav Pachter.
Chaque année depuis 1966, j’avais pris l’habitude, avant mon anniversaire hébraïque, d’écrire au Rabbi. En 1967, avant mes dix-sept ans, j’en profitai pour décrire mes difficultés à la maison. De fait, je me demandai si, dans cette situation si sensible, il n’y avait pas lieu d’alléger ma pratique religieuse. Cette fois, j’indiquai l’adresse de Rav Pachter, car il me semble que Rav Azimov se trouvait alors à New York.
Aix-les-Bains
Peu avant Pessa’h, Rav Pachter m’invita chez lui. Il m’expliqua solennellement que j’avais reçu une réponse du Rabbi. Ensemble, nous avons ouvert la lettre et avons eu la surprise de découvrir, après les bénédictions habituelles que le Rabbi envoyait alors à l’occasion de l’anniversaire, deux paragraphes supplémentaires — le dernier étant totalement inattendu et stupéfiant.
Au début de la lettre, le Rabbi — comme à son habitude — insistait sur les coutumes de l’anniversaire et me bénissait pour « une année de réussite dans l’étude de la Torah et la pratique des Mitsvot Behidour, de la meilleure façon possible ». Puis venait la deuxième partie : « En réponse à ses questions, il est évident qu’il doit s’arranger pour ne manger que des aliments Cacher. »
Puis venait la troisième partie, surprenante : « Il serait bien qu’il parte étudier dans la Yechiva d’Aix-les-Bains ou dans l’une des Yechivot en Erets Israël. » Le nom de la ville « Aix-les-Bains » avait été écrit au stylo, à la main, en lettres latines !
Cette Yechiva est bien connue dans le monde entier, et en tous cas en France, d’après le nom de la ville située dans le sud-est du pays (une ville d’eau et de cures thermales). En fait, les fondateurs l’avaient appelée Yechivat Ha’hmé Tsarfat. Pour nous, ce fut une surprise totale : je n’avais pas du tout demandé si je devais aller ou non en Yechiva, donc cette proposition émanait « d’en-haut », c’est-à-dire du Rabbi lui-même !
En quoi ai-je fauté ?
J’avais de bonnes raisons de ne pas évoquer la possibilité d’aller en Yechiva : personnellement, je n’étais pas encore mûr pour cela, mais surtout, connaissant la situation à la maison, je savais qu’il n’y avait aucune possibilité pour que mon père accepte. Du fait de mon jeune âge, du point de vue légal, je n’avais pas le droit d’aller étudier dans une institution quelle qu’elle soit sans l’autorisation de mes parents.
Et il y avait encore un autre aspect étonnant, complètement surréaliste. D’accord, aller dans une Yechiva — mais pourquoi une Yechiva « lituanienne » et non ‘Hassidique ? En quoi avais-je fauté ? En quoi étais-je coupable ? Je voulais devenir un ‘Hassid !
Dans ma lettre précédente, et sans doute aussi dans ma dernière lettre, j’avais mentionné au Rabbi que je me rendais souvent à la Yechiva de Brunoy. Il aurait donc été beaucoup plus simple de m’envoyer dans une Yechiva que je connaissais déjà et où j’avais étudié plusieurs fois !
De plus, je me sentais très attaché à Habad, rien que Habad. C’était Loubavitch qui m’avait enseigné le judaïsme ; Rav Azimov avait insufflé en nous un attachement très fort au Rabbi et à la ‘Hassidout. Alors pourquoi m’envoyer dans une Yechiva lituanienne ?
Et il y avait encore un autre problème : Brunoy était relativement proche de Paris tandis qu’Aix-les-Bains était située à l’autre bout de la France — à l’époque, à sept ou huit heures de train ! Non seulement je n’aurais pas la permission de mes parents d’aller en Yechiva, mais si, en plus, ils apprenaient que je m’éloignais jusqu’à Aix-les-Bains, cela les bouleverserait complètement. C’était hors de question.
Rav Moulé Azimov regarda encore une fois la lettre et décida : « Tu n’as pas le choix ! Tu dois aller étudier à Aix-les-Bains ! C’est tout ! »
Il est vrai que le Rabbi avait proposé une autre possibilité : « une des Yechivot en Erets Israël », mais trancha Rav Moulé : puisque le Rabbi avait mentionné d’abord Aix-les-Bains et qu’en plus, ce nom avait été écrit à la main, c’est que telle était sa volonté.
Tu n’as pas le droit de protester
Par ailleurs, l’option Erets Israël n’était pas du tout réalisable car, pour cela, j’avais besoin d’un passeport et, jusqu’à l’âge de la majorité (vingt et un ans à l’époque), je ne pouvais l’obtenir qu’avec l’approbation de mes parents. Rav Moulé avoua que tout cela l’étonnait vraiment : pourquoi Aix-les-Bains et non la Yechiva Loubavitch de Brunoy ? Mais telle était la volonté du Rabbi ! Je n’avais pas le droit de protester !
Reb Tsvi Leïb Lévine
Maintenant, il s’agissait de mettre tout ceci en pratique. Normalement, c’est le père qui contacte la Yechiva et demande à ce qu’on y accepte son fils — sauf dans le cas d’un orphelin, D.ieu préserve. Dans mon cas, j’avais D.ieu merci mon père, mais il n’y avait aucune possibilité de lui demander de contacter la Yechiva pour m’inscrire : il y était opposé de toutes ses forces.
À ce stade de ma vie, il était déjà évident pour moi qu’il fallait mettre tout en œuvre pour réaliser la volonté du Rabbi. Cependant, il était tout aussi évident que si je contactais moi-même la Yechiva, je n’avais aucune chance d’être accepté.
J’avais aussi absorbé beaucoup de judaïsme auprès du ‘Hassid Reb Tsvi Leïb Lévine, qui habitait alors en France, non loin de chez mes parents. Quand il apprit la directive stupéfiante du Rabbi à mon propos, il prit l’affaire en main.
La Yechiva d’Aix-les-Bains était dirigée par Rav ‘Haïm Its’hak ‘Haikin, un disciple de Rav Israël Méir Kogan, celui qu’on appelait du nom d’un de ses livres : le ‘Hafetz ‘Haïm. Reb Tsvi Leïb téléphona à Rav ‘Haikin et demanda à ce que je sois accepté à la Yechiva.
« Mais pourquoi son père ne me contacte-t-il pas ? » s’étonna Rav ‘Haikin. Reb Tsvi Leïb expliqua la situation : mon père s’opposait à ma décision, mais moi, personnellement, je voulais vraiment aller à la Yechiva.
« Pas question ! trancha Rav ‘Haikin. Ce n’est pas légal et le père risque d’alerter la police pour détournement de mineur ! Cela sonnera la fin de la Yechiva ! »
Mais Reb Tsvi Leïb insista ! Il se battait réellement pour moi. Il décrivit devant le directeur de la Yechiva comment les ‘Hassidim s’étaient battus en Union soviétique pour maintenir l’étude de la Torah malgré le communisme ambiant : « Là-bas, nous étions vraiment en danger et nous risquions la mort ! Ici, au pire des cas, ce sera un moment un peu désagréable, peut-être une amende ou de la prison tout au plus… »
Avec sa fougue ‘Hassidique, Reb Tsvi Leïb l’avait presque convaincu. Cependant, Rav ‘Haikin ne comprenait toujours pas : « S’il veut vraiment étudier, pourquoi n’irait-il pas à la Yechiva Habad à côté de Paris ? »
Apparemment, Reb Tsvi Leïb ne lui avait pas révélé que c’était le Rabbi qui était à l’origine de tout cela. Mais, d’une manière ou d’une autre, il avait plaidé ma cause avec tant de sincérité — les paroles qui sortent du cœur entrent dans le cœur — et je fus accepté à Aix-les-Bains.
Avec grand bruit
Effectivement, au début de l’année scolaire 1969, je franchis les portes de la Yechiva d’Aix-les-Bains. Des ‘Hassidim de Paris m’avaient aidé à m’organiser pour le voyage et le séjour. Ma mère m’avait même accompagné à la gare.
En accord avec des amis au courant de la situation, il avait été décidé de ne rien dévoiler à mon père tant que je ne serais pas arrivé à la Yechiva. C’est ce que je fis. Il est difficile de décrire la colère de mon père, qui prit toute cette affaire comme un affront terrible.
Comme je l’ai déjà dit, c’était un long voyage et il lui fallut plusieurs jours pour s’organiser. « Ils vont m’entendre là-bas ! » promit-il d’un ton menaçant. Quand je le vis arriver à la Yechiva, j’étais très angoissé de ce qui allait se passer.
Et il arriva. En criant d’une voix de stentor : « Qui est le directeur ? Où est-il ? » Il exigea de rencontrer immédiatement l’homme qui avait « kidnappé » son fils. Le directeur arriva et se présenta : « Je suis le directeur ! Je m’appelle ‘Haïm Its’hak ‘Haikin ! »
Quant à moi, je ne savais plus où me mettre. Je sentais mon cœur battre à tout rompre. On me conseilla d’aller dans ma chambre… tandis que mon père continuait de crier : « Sachez que la police est en route ! J’ai déjà prévenu les autorités, vous avez transgressé la loi, vous avez kidnappé mon fils, c’est du détournement de mineur, c’est une faute très grave ! Vous risquez la prison ! »
Silence soudain
J’aurais voulu me cacher dans un trou de souris. Ce qui arrivait, c’était justement ce que craignait Rav ‘Haikin, mais il n’en montra rien. Au début, il écouta mon père et le laissa déverser sa colère puis, en yiddish lituanien (ce qui plut beaucoup à mon père qui le parlait aussi), lui proposa d’entrer dans son bureau pour se calmer. Mon père entra et je restai à l’extérieur.
À ma grande surprise, dès que mon père entra dans le bureau du Rav, il y eut un grand silence. D’un coup, plus de cris, plus de bruit. Je n’y comprenais rien.
Quelques minutes plus tard, mon père sortit du bureau, accompagné par Rav ‘Haikin, et il me dit : « Max ! Tu peux rester là et tu deviendras un Ben Torah ! » Imaginez ma surprise : je ne savais plus quoi répondre, j’étais complètement sidéré.
Mon père ne m’a pas raconté ce qui s’était passé dans le bureau, ni comment il avait changé d’avis à cent quatre-vingts degrés. Mais quelques jours plus tard, c’est Rav ‘Haikin lui-même qui me révéla ce qui s’était passé.
Il me convoqua dans son bureau : « Quand ton père est entré, alors qu’il était encore très en colère, il a soudain remarqué sur le mur ceci — et Rav ‘Haikin pointa du doigt le portrait du ‘Hafetz ‘Haïm — et il m’a demandé : Qui est cet homme ? Pourquoi son portrait est-il accroché ici ? »
« Rav ‘Haikin constatait qu’il était bouleversé et répondit : C’est mon maître, Rabbi Israël Méir Kogan, le saint ‘Hafetz ‘Haïm. »
« Est-ce qu’il habitait près de Radine ? »
« Exact ! »
« Ton père s’est effondré sur une chaise et m’a raconté son histoire : comment il avait rencontré dans la forêt près de Radine un vieux Juif qui coupait du bois, qu’il l’avait aidé à charger sa charrette, et que ce Juif — il s’avérait maintenant qu’il s’agissait du ‘Hafetz ‘Haïm — l’avait béni qu’il survivrait et aurait des enfants Bné Torah. »
« Ton père était très ému. Le portrait avait fait remonter en lui des souvenirs profondément enfouis à cause de toutes ses souffrances, et il a murmuré : Max restera dans cette Yechiva et deviendra un Ben Torah ! »
Seul et sans aide
L’auteur de l’article avoue que lorsqu’il entendit ce récit, il fut très étonné : un Grand du peuple juif, que tous évoquent avec un grand respect dans le monde entier, se trouvait seul dans la forêt et était obligé de couper et porter lui-même du bois, sans doute pour se chauffer ? Comment était-il possible que personne ne l’accompagne pour l’aider ? Le ‘Hafetz ‘Haïm était déjà très âgé à cette époque !
Il se renseigna auprès de deux amis d’enfance, d’obédience lituanienne, et ils confirmèrent que cela était tout à fait possible. Il consulta également ce qu’avait écrit le fils du ‘Hafetz ‘Haïm, Rav Arié Leïb, dans un livret intitulé « Kountrass Toldot Ha’Hafetz ‘Haïm ». Il en ressort, page après page, que c’était tout à fait normal et plausible.
Ce document rapporte de nombreux exemples d’une vie simple, d’un homme qui effectuait lui-même de nombreuses tâches domestiques, même celles qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’il délègue à des aides ou des disciples — comme par exemple accrocher des prospectus ou surveiller des marchandises de peur qu’elles ne s’abîment.
Il cite en particulier un épisode qui revenait sans cesse, à propos de la vente de ses livres dans différentes villes : « Ses voyages avec ses livres… étaient très pénibles. Il voyageait seul, sans être accompagné, sans personne qui porte ses bagages. C’était lui-même qui chargeait ses livres (qui étaient très lourds) dans le train puis dans les charrettes sur les routes, mais jamais il ne se plaignait… »
Seul. Sans personne pour l’accompagner.
Et voici encore une phrase de ce livret qui explique pourquoi le ‘Hafetz ‘Haïm était seul dans la forêt : « Il allait souvent méditer seul dans les champs et établissait un ‘Hechbone Néfech, un bilan spirituel de ses actions au jour le jour… »
Il fut rassuré : la rencontre dans la forêt était effectivement tout à fait plausible !
« Oui, ce serait bien… »
Soudain, tout devenait clair ! « Oui, ce serait bien qu’il parte étudier à la Yechiva d’Aix-les-Bains. »
À ce stade, mon père ne m’avait rien raconté. À cette époque, la distance entre parents et enfants était grande, surtout chez les rescapés de la Shoah. Mais à partir de cette visite de mon père dans le bureau de Rav ‘Haikin, tous les points de friction entre nous disparurent comme s’ils n’avaient jamais existé. Sa relation avec moi connut un changement complet et la vie à la maison devint plus agréable.
Ce n’est que des années plus tard que mon père me répéta encore et encore cette histoire si particulière.
Aux yeux de l’auteur de l’article, cette histoire révèle une association extraordinaire et unique entre le Rabbi et le ‘Hafetz ‘Haïm. Nous savions qu’il existait des liens d’amitié entre le Rabbi Rachab (Rabbi Chalom Dov Ber) et le ‘Hafetz ‘Haïm, ainsi qu’entre Rabbi Yossef Its’hak et le ‘Hafetz ‘Haïm. Avec cette histoire, nous constatons que notre Rabbi aussi avait un lien avec le ‘Hafetz ‘Haïm.
Personnellement, je ressens que, plus encore que mon bien-être, le Rabbi se souciait du bien-être de mon père. À sa façon unique, le Rabbi avait percé jusqu’au fond de l’âme de mon père, avait atteint son Pintele Yid — cette étincelle juive qui avait été allumée quelque part dans la forêt près de Radine et qui l’avait accompagné pendant plus de quarante ans.
Un épisode qui n’avait duré peut-être que quelques minutes, mais qu’il avait préservé dans son cœur jusqu’à sa mort, survenue pendant la fête de Souccot 1992.
Lors du grand banquet du Kinous Hachlouhim 5786, le Rav Yehouda Krinsky a délivré un message puissant aux émissaires du Rabbi rassemblés au siège mondial de Habad Loubavitch. Face aux temps difficiles que traverse le peuple juif, il a mis en lumière un phénomène extraordinaire : un réveil spirituel sans précédent depuis le 7 octobre. Un discours empreint de fierté, d’espoir et d’appel à l’unité.
La chaleur d’un foyer retrouvé
Bienvenue, chers Chlou’him. J’ai confiance que ces journées passées ici, lors du Kinous des Rabbanim, vous ont apporté la chaleur du cœur et le sentiment d’être chez vous. Pour moi, comme pour tant de New-Yorkais, voir les émissaires du Rabbi auprès du peuple juif à travers le monde se rassembler ici, au siège mondial de Habad Loubavitch, en ces temps si éprouvants, est profondément réconfortant.
Un message de force pour nos communautés
Je sais que vous entendez les craintes et les inquiétudes de vos communautés. Des gens ébranlés par la haine et l’hostilité qui se répandent comme une traînée de poudre. Qu’ils voient votre présence ici ce soir ! Malgré toutes les tentatives de nous isoler, de nous faire sentir seuls, rejetés ou méprisés, regardez autour de vous. Nous sommes là, debout. Un microcosme du Am Israël, du peuple juif. Forts, unis et confiants. Partagez cela avec vos communautés.
Le phénomène des « Juifs du 8 octobre »
Certes, nous traversons des temps difficiles. Mais tournons plutôt notre regard vers quelque chose d’incroyable qui s’est déployé sous nos yeux. Un phénomène que certains appellent les « Juifs du 8 octobre ». Depuis l’horreur du 7 octobre, quelque chose d’extraordinaire s’est produit. Au lieu de se détourner de leur judéité, les Juifs partout dans le monde s’en sont rapprochés.
Nos ennemis espéraient faire de notre identité un fardeau. Mais au contraire, ils ont déclenché un réveil spirituel qui a déferlé sur le monde juif tout entier. Des Juifs qui n’avaient jamais observé le Chabbat, qui n’avaient jamais mis les Tefiline, qui n’avaient jamais ouvert un Sidour, se sont soudain tournés vers la Torah et les Mitsvot comme si leur vie en dépendait véritablement. Et c’est le cas. Voilà qui sont les Juifs du 8 octobre : des Juifs qui, face à des ténèbres indescriptibles, découvrent leur Etséme Hanéfech, leur âme juive dans toute sa profondeur.
Un rapprochement universel avec la Yiddishkeit
Fait remarquable : au lendemain de ce jour fatidique, il n’existe pas un seul Juif au monde qui ne se soit rapproché, d’une manière ou d’une autre, de sa Yiddishkeit, de son identité juive. Et vous, chers Chlou’him, vous étiez prêts pour ce moment. Vous aviez déjà posé les fondations de ce phénomène.
L’impact inégalé du mouvement Habad Loubavitch
Une étude récente de la Jewish Federation a décrit l’essor de l’engagement juif après le 7 octobre. Selon leurs propres termes, et non les miens, la plus forte augmentation de l’engagement juif s’est manifestée parmi ceux qui sont liés au mouvement Habad Loubavitch, dépassant toutes les autres dénominations ainsi que les Juifs non affiliés. Voilà quel est votre impact sur le monde juif ! Quel témoignage de la puissance de votre action et de la vision prophétique du Rabbi, qui vous a préparés pour ce moment, vous dotant des moyens, des outils et de la force nécessaires pour aider les Juifs partout dans le monde à se tenir droits et fiers, à faire face à nos ennemis avec la force de votre Yiddishkeit.
Bénédictions et vœux de protection
Mes vœux les plus chaleureux à chacun d’entre vous. Puissiez-vous tous rentrer chez vous, dans vos lieux de Chlikhout, en toute sécurité, revigorés, fortifiés et ressourcés. Que D.ieu Tout-Puissant vous protège, vous, vos épouses, vos enfants, vos familles et vos communautés. Et puissiez-vous voir les bénédictions du Rabbi se réaliser dans vos vies et dans votre mission, avec la venue du Machia’h très bientôt !
Ils ont tracé un chemin là où aucune route n’existait. Armés de leur seule foi et des bénédictions du Rabbi, ces jeunes couples ont bâti un empire de lumière à travers le monde. Retour sur l’épopée des premiers émissaires qui ont transformé l’histoire du judaïsme contemporain.
Un sentier jamais foulé
Les pionniers de la Cheli’hout ont emprunté un chemin qui n’avait jamais été tracé. Il n’existait aucune carte, aucun guide, seulement une détermination inébranlable et une foi absolue. Une poignée de jeunes couples, répondant à l’appel du Rabbi, s’aventurèrent dans des mondes qu’ils n’avaient jamais connus. Des contrées où des Rabbanim barbus coiffés de chapeaux noirs constituaient un spectacle que bien peu avaient jamais contemplé.
Ils ont tout construit à partir de rien. Une âme après l’autre, un foyer après l’autre, une Mitsva après l’autre. Ce fut le commencement d’un nouveau chapitre qui, aujourd’hui, embrasse le monde entier.
L’appel du Rabbi pour le Mexique
Cet été-là, il se rendit au Mexique. Là-bas, on lui apprit que la communauté Ashkénaze avait besoin d’un Rav. Le Rav Abrados l’envoya donc me consulter, au nom du Rabbi, pour savoir si j’accepterais de partir comme émissaire. Je répondis que j’étais prêt. Mais pourquoi le Rabbi me voulait-il, moi ?
Le Rabbi envoyait une part de lui-même
Le Rabbi ne se contentait pas d’envoyer des émissaires. Il n’envoyait pas simplement d’autres personnes. Il envoyait une part de lui-même. Des âmes liées à sa mission. Chaque Chalia’h était une bougie allumée à la même flamme.
Lorsque je reçus la réponse du Rabbi, elle n’était ni affirmative ni négative. Le Rabbi n’avait dit ni oui ni non. En fait, il avait écrit trois ou quatre lignes, des directives plutôt, destinées à m’éduquer. Je me disais en moi-même : voilà ce que je dois suivre. Je ne suis pas un individu isolé. Je dois me souvenir de Celui que je représente.
Guider depuis l’intérieur
Telle était la manière du Rabbi : diriger non pas de loin, mais de l’intérieur. Élever ses Chlou’him lorsque la route s’obscurcissait, illuminer leur chemin, les guider, les encourager, les inspirer et les motiver sans relâche.
L’été 1969 : le départ en mission
« C’était l’été 1969. Je venais de terminer une année au Kollel du Rabbi. Le moment était venu de nous lancer dans notre mission de vie. Le Rabbi leva les yeux vers nous. Son sourire, ce sourire radieux qu’il arborait, était comme le soleil qui brille au zénith. Il leva la main au-dessus de son épaule et nous dit : « Je pars avec vous. » »
Des sanctuaires érigés dans le silence
Ils ont emprunté une route que personne n’avait encore osé fouler. Armés uniquement des paroles du Rabbi et de la flamme de leur conviction, ils ont érigé des sanctuaires là où régnait le silence. Ils ont allumé des lampes dans la nuit, et cette lumière est devenue une aurore.
De quelques foyers, ils sont passés à des milliers de centres. D’une poignée de Chlou’him, ils sont devenus une armée de lumière. Tous porteurs de la même mission : achever ce que le Rabbi a commencé, préparer le monde et hâter la venue du Machia’h. Transformer le monde en un sanctuaire où la Présence divine réside ouvertement.
Une rencontre fortuite dans une aire de jeux de Zagreb a conduit Vladamira à redécouvrir ses racines juives. Grâce au Beth Habad de Croatie, elle participe désormais activement à la renaissance de la vie juive dans un pays marqué par les traumatismes de la Shoah.
Une rencontre qui bouleverse une vie
La vie de Vladamira a basculé un jour ordinaire, dans une aire de jeux de Zagreb. Elle surveillait ses jeunes enfants lorsqu’elle remarqua une présence inhabituelle : un homme visiblement juif, barbu et coiffé d’une kippa, observant lui aussi ses enfants courir et s’amuser dans le même parc.
« Je n’avais jamais vu de Rav de ma vie », se souvient Vladamira. « Le temps s’est comme arrêté. J’aurais tellement voulu aller lui parler, lui dire que j’étais juive moi aussi. Mais j’étais paralysée par la peur. »
Vladamira appartient à cette génération de Juifs croates encore hantée par le traumatisme de la Shoah. Sa mère n’avait que trois ans lorsque toute sa famille fut assassinée par les nazis. Elle survécut uniquement parce que son père non-juif lui procura de faux papiers d’identité. Vladamira fut baptisée enfant, et les paroles de sa mère résonnaient sans cesse dans sa mémoire : « Ne dis jamais à personne que tu es juive. On ne sait jamais ce qui peut arriver. L’antisémitisme n’a pas disparu. »
Vladamira aurait peut-être gardé son secret toute sa vie si elle n’avait pas aperçu le Rav Pini Zaklas, directeur du Beth Habad de Croatie, ce jour-là dans le parc. De retour chez elle, cette rencontre ne cessait de l’obséder. Elle rechercha le Rav Zaklas sur Facebook et lui envoya une demande d’amitié. Il lui fallut une année entière pour rassembler le courage de le rencontrer en personne.
« Je lui ai dit que je ne savais pas ce que signifiait être juive », raconte Vladamira. « J’avais peur de commettre une erreur, de me ridiculiser ou d’offenser quelqu’un. »
Le Rav Zaklas la rassura : elle n’avait pas besoin d’être autre chose qu’elle-même. Les portes du Beth Habad de Croatie, qu’il dirige avec son épouse Raizy, lui seraient toujours ouvertes, et elle pourrait venir quand elle se sentirait prête.
Progressivement, Vladamira commença à participer aux dîners de Chabbat, à assister aux cours de Torah et à renouer avec son identité juive. Aujourd’hui, elle travaille comme assistante administrative au Beth Habad, contribuant de toutes ses forces à la renaissance de la vie juive en Croatie.
« Je mets la main à la pâte selon les besoins. Cette semaine, la cuisinière est absente, alors j’aide Raizy à préparer le repas de Chabbat », explique Vladamira. « Ce que j’apprécie le plus ici, c’est que cet endroit fonctionne comme une grande famille. Quand je vais travailler, j’ai l’impression de rentrer chez moi. »
Enraciner la présence juive
Le Rav Pini et Raizy Zaklas se sont installés en Croatie en 2004 pour établir le premier centre Habad sur « la terre aux mille îles ». Venant d’Israël, où les Juifs constituent la majorité et non une infime minorité, il leur fallut du temps pour appréhender la peur et le secret qui caractérisaient la communauté juive locale.
« Nous avons passé la première décennie simplement à gagner leur confiance », explique Raizy. « Nous avons dû mettre de côté nos grandes ambitions et adopter une approche individualisée, tissant des relations lors de rencontres en tête-à-tête dans des cafés. Parfois, nous étions découragés par la lenteur de notre progression et nous craignions de ne pas avancer. Mais je réalise avec le recul que nous étions en train de planter des racines : ce n’est pas parce qu’elles sont invisibles qu’elles ne grandissent pas. »
Après douze années de dévouement constant envers la communauté juive, le Beth Habad de Croatie était florissant. La table des Zaklas ne comptait plus assez de places pour tous ceux qui souhaitaient participer au dîner de Chabbat. Les offices des fêtes ne tenaient plus dans leur appartement, les obligeant à louer un hôtel local. La nécessité de s’agrandir devenait évidente.
En 2016, les Zaklas acquirent un immeuble de cinq étages au centre de Zagreb. Depuis lors, ce lieu est devenu le cœur spirituel de la vie juive du pays. C’est un endroit où des centaines de mariages, de Brith Milot, de Bar et Bat Mitsva et de programmes de fêtes se déroulent chaque année. C’est un lieu où plus de trois mille Juifs croates, hommes, femmes et enfants, trouvent une connexion avec D.ieu, leur héritage et les uns avec les autres. C’est aussi un lieu que des milliers de touristes visitent chaque année pour participer au dîner de Chabbat, prier à la synagogue et rencontrer d’autres voyageurs juifs.
Par-dessus tout, c’est un endroit où les Juifs croates ne se cachent plus, mais peuvent être forts, fiers et sans crainte.
La protection du Mikvé
En 2019, le Beth Habad de Croatie franchit une étape historique dans la revitalisation de la vie juive du pays en construisant le premier Mikvé depuis la Shoah. Zagreb étant une ville bâtie sur une nappe phréatique élevée avec d’importantes sources d’eau souterraines, ce projet n’était pas une mince affaire. « Pour creuser un puits naturel sans compromettre l’intégrité du bâtiment, il a fallu renforcer l’ensemble des fondations », explique le Rav Zaklas. « Mais nous avons estimé que c’était un investissement justifié. »
Cet investissement s’avéra bien plus précieux encore.
À peine un an après la construction du Mikvé, un tremblement de terre de magnitude 5,3 frappa Zagreb. Des bâtiments s’effondrèrent, des milliers de personnes perdirent leur logement, et le maire déclara l’état de catastrophe naturelle. Fort heureusement, le Beth Habad du centre de Zagreb fut épargné et devint un refuge, un abri temporaire pour de nombreuses personnes ayant tout perdu.
Quelques semaines plus tard, lorsqu’un inspecteur municipal vint examiner le centre, il constata que la structure du bâtiment était extrêmement solide. Le Rav Zaklas lui expliqua que lors de la construction du Mikvé, ils avaient dû renforcer les fondations. « Rav, ce « spa » a empêché votre bâtiment de s’effondrer ! », s’exclama l’inspecteur.
Un avenir prometteur
« Lorsque nous sommes arrivés ici, notre priorité était la génération des aînés : prendre soin des survivants de la Shoah et de leurs enfants », raconte Raizy. « Aujourd’hui, une jeune génération de Juifs est en plein essor. Nous avons des enfants au Talmud Torah. De jeunes mamans participent aux événements féminins. Des étudiants assistent aux cours de Torah. Nous nous adaptons constamment pour répondre à leurs besoins, et grâce à D.ieu, l’avenir s’annonce radieux. »
Malgré la croissance fulgurante et la transformation radicale de leur communauté au cours des deux dernières décennies, les Zaklas sont restés fidèles à leur approche éprouvée : construire des relations authentiques, une personne à la fois.
Dan Levy est un étudiant en médecine de Tel-Aviv qui poursuit ses études à Zagreb. « Quand je suis arrivé en Croatie, je ne connaissais personne », raconte-t-il. « La première semaine, je n’ai rien fait d’autre qu’assister aux cours et broyer du noir. J’ai appelé ma mère, et elle m’a dit : « Et le Habad ? » Alors j’ai immédiatement cherché sur internet et trouvé le Beth Habad de Croatie. »
Dan envoya un message au Rav Zaklas et reçut une réponse moins d’une minute plus tard : « Voici mon numéro. Appelle-moi. » Ils se parlèrent au téléphone et se rencontrèrent le lendemain.
« À partir de ce moment, je n’ai plus jamais été seul », confie Dan. « Le Rav Zaklas m’a dit : « Je suis là pour toi, quand tu veux, où tu veux, comme tu veux. » Et c’est exactement ce qui s’est passé. Il est devenu comme un second père pour moi. »
L’épreuve du 7 octobre
Le 7 octobre 2023, Dan se trouvait chez lui à Tel-Aviv pendant une pause universitaire. Le lendemain matin, il reçut un appel de l’hôpital de Beer-Sheva demandant à toute personne ayant une formation médicale de venir aider. « C’est une scène que je n’oublierai jamais », témoigne-t-il. « Du sang partout. Des familles hurlant. Des victimes blessées et des terroristes. Quand on porte une blouse médicale, les gens vous regardent comme si vous deviez savoir quoi faire. Mais rien au monde ne peut vous préparer à cela. »
Dan passa les deux semaines suivantes à faire des allers-retours à l’hôpital pour soigner les blessés. Lorsqu’il retourna à Zagreb, il se sentait transformé. « D’une certaine manière, j’étais déprimé, et je traverse encore cette période sombre. En même temps, je n’ai jamais ressenti aussi clairement ce que signifie être juif. »
Les Zaklas perçurent ce changement chez Dan et chez de nombreux autres étudiants israéliens en médecine présents en Croatie. Ils cherchèrent quelque chose à faire qui apporterait du réconfort aux étudiants tout en honorant la mémoire des victimes de l’attaque.
Le Rav Zaklas appela Dan quelques mois après le 7 octobre. « Nous voulons dédier un espace dans le Beth Habad aux étudiants juifs et le nommer Be’eri », lui dit-il. « Dan, peux-tu nous aider à réaliser ce projet ? »
La réponse de Dan fut immédiate et sans équivoque : « Oui. »
Ainsi naquit le Centre d’études Be’eri, fruit d’une collaboration entre les étudiants et les Zaklas. Le sous-sol du Beth Habad de Zagreb fut transformé en café, avec des murs tapissés d’étagères de livres, de grandes tables d’étude et de nombreuses prises pour recharger les ordinateurs portables. « J’en reviens justement à l’instant », dit Dan au téléphone. « C’est toujours plein. Il faut envoyer un message à un ami avant pour savoir s’il y a une place libre. Parfois, entre les révisions et les devoirs, on monte à l’étage pour passer à la synagogue et prier. Cela nous donne de l’espoir. »
Lors du grand banquet du Kinous Hachlouhim 5786, un moment d’une intensité rare a captivé les milliers de Chlou’him présents. Zalmi Feldman, jeune garçon ayant perdu ses deux jambes suite à une infection foudroyante alors qu’il n’était qu’un nourrisson, est monté sur scène pour délivrer un message de foi et de détermination. Son témoignage, empreint de maturité et de conviction, a arraché des larmes et des applaudissements à l’ensemble de l’assistance.
« Je ne me souviens pas du jour où j’ai perdu mes jambes »
Zalmi Feldman a ouvert son discours par ces mots simples mais puissants : « Je ne me souviens pas vraiment du jour où j’ai perdu mes jambes. J’étais un bébé. Mais je me souviens du moment où j’ai compris que ce n’était pas la fin de quoi que ce soit. C’était simplement le début de quelque chose d’autre. »
Cette introduction a immédiatement installé le ton de son intervention : celui d’un jeune homme qui refuse de se définir par ce qui lui manque, mais plutôt par ce qu’il possède et ce qu’il peut accomplir.
Une éducation tournée vers l’action
Décrivant l’atmosphère qui règne dans son foyer, Zalmi a expliqué : « Dans notre maison, personne ne parle de ce qui manque. Ça n’intéresse personne. On parle de ce qu’on a et de ce qu’on peut faire avec. »
Cette philosophie de vie, transmise par ses parents le Rav Mena’hem Feldman et son épouse, Chlou’him à Ness Tsiona en Israël, constitue le socle sur lequel Zalmi a bâti sa force intérieure. « Mon père me dit toujours : Zalmi, tu es un soldat du Rabbi, un soldat dans l’armée de D.ieu. Et un soldat n’attend pas qu’on lui donne de la force. Il avance, tout simplement. »
« Alors j’avance »
Avec une simplicité désarmante, Zalmi a poursuivi : « Alors j’avance. Parfois c’est difficile. Parfois je tombe. Parfois ça fait mal. Mais je sais que je suis un Chalia’h du Rabbi, et c’est ça qui me donne la force de me relever et de continuer à marcher. »
Cette déclaration a été accueillie par une salve d’applaudissements nourris, l’assemblée reconnaissant dans ces paroles l’essence même de la Chli’hout : persévérer malgré les obstacles, avancer avec joie et foi.
« Et chaque pas que je fais, même sur mes prothèses, c’est un pas avec le Rabbi », a-t-il ajouté, provoquant une nouvelle vague d’émotion dans la salle.
Un regard des autres transformé en force
Abordant la perception que les gens peuvent avoir de lui, Zalmi a confié : « Les gens me regardent parfois et me disent : Zalmi, tu es tellement fort ! C’est vrai qu’il y a quelque chose de vrai là-dedans, mais c’est seulement parce que j’essaie simplement de faire ce qu’il faut faire. Marcher avec joie, marcher avec foi, marcher comme un Chalia’h du Rabbi doit marcher. »
Un hommage vibrant à ses parents
Le moment le plus émouvant de son discours fut sans doute lorsque Zalmi s’est tourné vers son père : « Merci Papa. Merci à toi et à Maman de nous élever dans une maison de don, une maison de ‘Hessed, de fraternité, une maison de Chli’hout. Papa, tu ne nous racontes pas seulement le Rabbi. Tu nous montres comment vivre avec le Rabbi, comment donner, comment aider, comment croire, et surtout comment toujours, toujours avancer. »
« Grâce à toi, Papa, je ne ressens jamais qu’il me manque quelque chose. Au contraire, je sens que je fais partie de quelque chose de grand et que j’ai un rôle. Un rôle que moi seul peux accomplir. Et merci Papa de m’avoir appris comment continuer à marcher, même quand ce n’est pas facile. »
Vers la Guéoula
Zalmi a conclu son intervention par une prière collective : « Et ensemble, nous mériterons tous de marcher ensemble pour accueillir le Machia’h Tsidkénou ! »
Un hommage au Rav Liraz Zeira
Avant de quitter la scène, Zalmi a tenu à rendre hommage à une autre figure inspirante : le Rav Liraz Zeira, Chalia’h auprès des étudiants à Jérusalem, qui a perdu ses deux jambes après avoir marché sur une grenade lors de son service militaire en Tichri dernier.
« Je veux parler de quelqu’un de très spécial. Quelqu’un qui a déjà touché beaucoup de gens, et même s’il ne me connaît pas du tout, nous avons beaucoup en commun. Je parle du Rav Liraz Zeira, qui œuvre auprès des étudiants sur le campus de Jérusalem et qui, par sa manière unique, rapproche les jeunes du Rabbi. »
Zalmi a raconté comment, quelques heures seulement après son opération, le Rav Zeira avait demandé à se lever pour danser, illustrant ainsi « ce qu’est la volonté d’un véritable ‘Hassid ».
« Rav Liraz, au nom de tous les Chlou’him et de tout le peuple d’Israël, je te souhaite une Réfoua Chléma et je t’encourage à continuer ton travail sacré pour répandre la lumière, la foi et la joie partout et auprès de chaque Juif que tu rencontres. »
Le président Donald Trump a signé vendredi un décret exécutif exemptant de manière inattendue plusieurs articles religieux juifs de son nouveau programme de tarifs réciproques. Cette décision, fruit de mois de plaidoyer par des organisations rabbiniques, permettra à des millions de Juifs américains de célébrer Souccot et Pessa’h sans surcoûts prohibitifs sur les Etroguim, les Arba Minim et les Matsot.
Des exemptions inattendues pour des articles essentiels
Vendredi dernier, de nombreux observateurs ont été surpris lorsque le président Donald Trump a signé un décret exécutif exemptant plusieurs articles de son nouveau programme de tarifs réciproques. Parmi les produits protégés des droits supplémentaires figurent les Etroguim, les branches de palmier-dattier, les branches de myrte, ainsi que le pain, les pâtisseries, gâteaux, biscuits et produits de boulangerie similaires destinés exclusivement à des fins religieuses.
Pour des millions de Juifs qui se préparent chaque année pour Souccot et Pessa’h, ces articles sont absolument essentiels. Sans cette exemption, la nouvelle structure tarifaire aurait considérablement augmenté les coûts pour des millions de Juifs américains dépendant de ces importations pour les Yamim Tovim.
Un plaidoyer intensif des organisations rabbiniques
Cette issue favorable fait suite à des mois de plaidoyer de la part d’organisations préoccupées par l’impact du système de tarifs réciproques sur les articles religieux. Plus tôt cette année, l’Alliance Rabbinique d’Amérique – Igoud HaRabbanim, représentant plus de 950 Rabbanim à travers les États-Unis, avait lancé un appel public à l’administration pour protéger la Matsa et d’autres articles religieux essentiels des nouveaux droits de douane.
Dans sa déclaration, l’Igoud avait souligné le caractère central de la Matsa pour Pessa’h et la dépendance de nombreuses familles aux importations d’Erets Israël. L’organisation avait averti que les nouveaux tarifs sur les produits israéliens augmenteraient significativement le coût de la Matsa, imposant un fardeau financier aux familles et aux institutions religieuses qui s’efforcent de maintenir leurs traditions. L’Alliance avait exhorté l’administration à reconnaître la signification religieuse unique de la Matsa, des Tefilines, des rouleaux de Mezouza et d’autres articles religieux essentiels.
Le Rav Mendy Mirocznik, vice-président exécutif de l’Igoud HaRabbanim, avait déclaré : « Nous apprécions profondément l’amitié de longue date du président Trump avec la communauté juive, son soutien sans équivoque à Israël et son engagement indéfectible envers la liberté religieuse. Alors que Pessa’h approche, nous faisons appel à son administration pour accorder une exemption pour la Matsa et d’autres articles religieux afin que les familles juives puissent observer cette fête sacrée et toutes leurs pratiques religieuses conformément à leur foi. »
Réactions positives des organisations juives
L’Agoudath Israël d’Amérique a salué la décision de vendredi. Le Rav A.D. Motzen, directeur national des affaires gouvernementales de l’Agoudath Israël, a déclaré : « Merci à l’administration Trump d’avoir une fois de plus accommodé les pratiques religieuses et de faciliter la célébration des fêtes par les familles juives. Nous apprécions que la Maison Blanche ait pris la question au sérieux lorsque nous et d’autres avons soulevé ces problèmes, et qu’elle ait travaillé avec les agences concernées pour trouver une solution. »
Contexte de la politique tarifaire
Cette nouvelle exemption intervient dans le contexte d’une politique tarifaire réciproque de grande envergure lancée plus tôt cette année. Le programme a imposé un tarif de base de 10 pour cent sur tous les produits étrangers, plus des taux supplémentaires spécifiques à chaque pays, présentés comme une réponse aux déficits commerciaux persistants des États-Unis. Israël, avec un excédent commercial notable, a reçu un taux supplémentaire qui a poussé les droits sur de nombreuses importations bien au-dessus du niveau de base.
Bien que la politique soit de portée mondiale et ne vise pas spécifiquement Israël, sa structure large signifiait que les articles utilisés par la communauté religieuse pour les Yamim Tovim étaient initialement inclus.
L’exemption des articles religieux s’inscrit également dans un schéma plus large de mesures prises par l’administration en matière d’accommodement religieux. Plus tôt cette année, une note du Bureau américain de gestion du personnel a encouragé les agences fédérales à adopter une approche généreuse pour approuver les accommodements religieux, incluant une flexibilité autour des arrangements de travail liés aux jours de signification religieuse.
Avec l’exemption tarifaire désormais en place, les familles qui se préparent pour Souccot et Pessa’h seront épargnées d’une nouvelle couche de coûts supplémentaires sur des articles fondamentaux pour leurs Yamim Tovim.
Le Badatz de Crown Heights dévoile son guide exhaustif des lois et coutumes pour la période du Roch Hodech au 23 Kislev 5786. Rédigé par le Rav Yossef Yechaya Braun, membre du Beth Din rabbinique de Crown Heights, ce document de référence accompagne les fidèles jour après jour à travers les observances quotidiennes, les prières spécifiques, les événements historiques et les célébrations ‘hassidiques majeures de cette période exceptionnelle.
Vendredi, Roch Hodech Kislev : l’étincelle du Machia’h
Le mois de Kislev débute cette année un vendredi, date qui revêt une signification particulière pour le mouvement Habad-Loubavitch. Après l’incident médical de Chemini Atséret 5738, le Rabbi est rentré chez lui depuis le 770 pour la première fois le jeudi soir de Roch Hodech Kislev.
À Roch Hodech, chaque Juif expérimente la révélation de l’étincelle du Machia’h en lui-même, la Ye’hida de son âme qui constitue une étincelle de la Ye’hida générale, l’âme du Machia’h. Cette révélation affecte un renouvellement de tout son être et de toutes ses activités, car il devient imprégné de la Ye’hida. Plus important encore, cela accélère la révélation et la venue du Machia’h Tsidkeinou également dans le sens littéral, en tant que personne vivante et véritable roi de la dynastie davidique.
Pour la prière de Cha’harit, le Chema peut être récité jusqu’à 9h14. On ajoute Yaalé Veyavo à la Amida et on récite le demi-Hallel après la répétition du ‘hazan. Durant le Hallel, deux passages sont répétés par l’assemblée suivant la direction du ‘hazan : après que le ‘hazan dit « Hodou LaHachem » la première fois, l’assemblée répète « Hodou LaHachem » avec l’ajout du premier « Yomar na », puis le ‘hazan annonce « Yomar… » et ils répondent « Hodou… ». Les versets « Ana Hachem » sont également récités en refrain, chaque phrase étant dite collectivement quatre fois.
Une personne qui prie sans minyan doit répéter « Hodou » après chacune des trois phrases suivantes, seule. Il ne faut pas interrompre verbalement la récitation du Hallel pour parler d’autres sujets, sauf pour les éléments autorisés entre les bénédictions du Chema.
Le Hallel est suivi de « Veavraham zaken », Kaddich Tiskabel, Chir chel Yom (Chichi bechabbat), Hochiénou, Bar’hi nafchi et Kaddich Yatom, puis de la lecture de la Torah.
Lecture de la Torah et Moussaf de Roch Hodech
Quatre montées sont lues dans la lecture de Roch Hodech : Cohen jusqu’à « ola tamid », Lévi relit le verset « Veamarta lahem » jusqu’à « revit hahin », Chelichi jusqu’à « veniska », et Revii « Ouverochei ‘hodcheikhem » jusqu’à « venisko ».
La lecture de la Torah est suivie du ‘hatsi-Kaddich, hagba et guelila, Achrei et Ouva Letsion. Le ‘hazan ne conclut pas Ouva Letsion à voix haute. Vient ensuite Yehalélou et le retour de la Torah à l’arche. Les Tefilines sont alors retirées, les Tefilines de Rabbeinou Tam sont mises puis enlevées avant de continuer avec Moussaf.
Le ‘hazan doit réciter un chapitre de Tehilim avant de commencer le ‘hatsi-Kaddich pour Moussaf. Les lois concernant une erreur dans le Moussaf se trouvent dans le tableau à la fin du guide.
Concernant la loi de la Rédemption : chaque Roch Hodech, on offre le Moussaf suivant au Beth Hamikdach en l’honneur de Roch Hodech : deux taureaux, un bélier, sept agneaux en holocaustes, et un bouc pour l’offrande expiatoire, en plus du Korban Tamid régulièrement prévu. Nous monterons tous au Beth Hamikdach à Jérusalem, non seulement trois fois par an pour Pessa’h, Chavouot et Souccot, mais aussi chaque Chabbat et chaque Roch Hodech, comme il est dit dans les Prophètes.
Observances et études de Roch Hodech
C’est une mitsva d’améliorer la qualité de nos repas à Roch Hodech. On a coutume de ne pas se couper les cheveux à Roch Hodech, selon le testament de Rabbi Yehouda Ha’hassid. Le testament mentionne également de ne pas se couper les ongles, ce qui nécessite des précisions supplémentaires.
Concernant l’étude de Roch Hodech, il existe une ancienne coutume d’étudier chaque Roch Hodech un verset du chapitre de Tehilim correspondant à l’année de vie actuelle de la personne. Le verset doit être étudié avec le commentaire de Rachi, et d’autres commentaires peuvent être ajoutés. Si le chapitre actuel contient moins de douze versets, ou lors d’une année embolismique où il y a plus de douze mois, les versets étudiés lors d’un Roch Hodech précédent doivent être étudiés une seconde fois. De même, si le chapitre actuel contient de nombreux versets, deux ou trois versets doivent être étudiés ensemble chaque Roch Hodech de l’année.
Vendredi après-midi et préparatifs du Chabbat
Le Choul’han Arou’h stipule que bien qu’une personne entende la Torah entière lue à la synagogue le Chabbat matin, elle doit également la lire elle-même chaque semaine selon la méthode du « Chnayim Mikra Vee’had Targoum » (réciter chaque verset deux fois et le commentaire d’Onkelos une fois). La coutume est de le faire le vendredi après ‘hatsot (midi). Il est préférable de s’assurer que la lecture est achevée avant de commencer le repas du Chabbat matin, et de préférence même avant le début de Cha’harit. Ce vendredi, on lit le Chnayim Mikra pour la Paracha Toldot.
Voici l’ordre pour Min’ha : Hodou, Pata’h Eliyahou, Korbanot, suivis de Min’ha d’un jour de semaine. On inclut Yaalé Veyavo dans la Amida. Vérifiez vos poches avant l’entrée du Chabbat.
Chabbat Paracha Toldot, 2 Kislev : Didan Notsah
Ce jour-là, en 5748 (1987), les livres sacrés furent restitués au 770 après une longue bataille juridique. Cet événement historique, célébré sous le nom de « Didan Notsah » (« Notre côté a vaincu »), marque la victoire définitive dans l’affaire des livres de la bibliothèque du Rabbi précédent.
Jeudi 7 Kislev et vendredi 8 Kislev
Concernant la fête de Thanksgiving aux États-Unis, des précisions halakhiques sont disponibles. Les soldes du Black Friday peuvent être utilisées, indépendamment de leur lien avec une fête non-juive.
Le vendredi 8 Kislev, on lit le Chnayim Mikra pour la Paracha Vayetsé. Vérifiez vos poches avant l’entrée du Chabbat.
Chabbat Paracha Vayetsé, 9 Kislev : anniversaire et Yahrtzeit du Rabbi Mitteler
Ce jour est l’anniversaire de naissance du Rabbi Mitteler en 5534 (1773) et le jour de son décès en 5588 (1827). Il est enterré à Niezhin. Le Rabbi a parlé du lien entre cette date et la paracha dans ses discours.
La Haftara de ce Chabbat commence par le mot « Veami » jusqu’à « talmei sadai », puis continue avec « Vayivra’h Yaakov » jusqu’à « ouveicha chamar », suivi de « Ouvenavi heela » et se terminant par « ouvenavi nichmar ».
On dit « Av Hara’hamim ». On ne dit pas « Tsidkats’ha tsedek » à Min’ha.
Dimanche 10 Kislev : ‘Hag Hageoula du Rabbi Mitteler
Ce jour-là, en 5587 (1826), également un dimanche comme cette année, le Rabbi Mitteler fut libéré de son emprisonnement dans la ville de Vitebsk. Le Ta’hanoun n’est pas récité.
Dans le discours du Chabbat Paracha Vayetsé 5747, le Rabbi a cité le Likoutei Dibourim qui affirme que le 10 Kislev est l’anniversaire d’un ‘Hassid et que « la naissance d’un ‘Hassid est un Farbrenguen ‘hassidique ». Le Rabbi a expliqué : « À la naissance, une personne est révélée au monde extérieur (n’étant plus un fœtus dans le ventre de sa mère). C’est aussi l’idée d’un Farbrenguen : une révélation (de Torah et d’inspiration) au public. »
Jeudi 14 Kislev : anniversaire de mariage du Rabbi et de la Rabbanit
Ce jour-là, en 5689 (1928), le Rabbi épousa la Rabbanit ‘Haya Mouchka, fille du Rabbi précédent. La ‘Houpa eut lieu dans la cour de la Yechiva Tomkhei Temimim à Varsovie, en Pologne.
Lors du Farbrenguen du 14 Kislev 5714, le Rabbi proclama : « C’est le jour où je me suis lié à vous et où vous vous êtes liés à moi. Ensemble, nous poursuivrons exhaustivement et accomplirons la vraie et complète Gueoula. »
Les membres de la ‘Hevra Kadicha doivent idéalement accepter sur eux-mêmes le jeûne du lendemain durant la Min’ha d’aujourd’hui.
Jeudi soir, veille du 15 Kislev : la demande de pluie
Cette nuit marque soixante jours depuis le début de la Tekoufat Tichri (saison d’automne). Par conséquent, en dehors d’Erets Israël, nous commençons à réciter la prière hivernale « Véten Tal Oumatar Livra’ha » dans la bénédiction de « Barekh Aleinou » durant la Amida de Maariv. Cette phrase remplace « Véten Bera’ha » récité durant les mois d’été. La formulation hivernale continuera d’être récitée tous les jours de semaine jusqu’à (et y compris) le service de Min’ha de la veille de Pessa’h.
Le Gabbaï ne doit pas faire d’annonce entre la bénédiction de Hachkiveinou et le début de la Amida pour rappeler à l’assemblée de dire Tal Oumatar. Il existe plusieurs lois qui s’appliquent si « Véten Tal Oumatar » (ou même juste le mot « oumatar ») n’a pas été dit, comme indiqué dans le tableau à la fin du guide.
Veille du Chabbat Paracha Vayichla’h, 15 Kislev
Ce jour est un jeûne universel pour les membres de la ‘Hevra Kadicha. Seuls les membres actifs qui effectuent les enterrements et s’occupent des Taharot des défunts jeûnent. Selon certaines autorités halakhiques, les rigueurs d’un jeûne communautaire s’appliquent, donc se rincer la bouche est interdit. Le jeûne a lieu normalement même si c’est la veille du Chabbat.
On lit le Chnayim Mikra pour la Paracha Vayichla’h. Vérifiez vos poches avant l’entrée du Chabbat.
Chabbat Paracha Vayichla’h, 16 Kislev
La Haftara de ce Chabbat est « ‘Hazon Ovadia ».
Lundi 18 Kislev : veille de Youd-Teth Kislev
Ce jour est le Yahrtzeit du Tsaddik Rabbi Yossef Its’hak d’Avrutch, arrière-arrière-grand-père du Rabbi précédent.
L’entrée de ce jour dans le Hayom Yom est la dernière du cycle, suivie d’un vœu festif : « Gut Yom Tov ! Que tu sois inscrit et scellé pour une bonne année dans l’étude de la ‘Hassidout et dans la pratique des voies de la ‘Hassidout ! »
Dans de nombreux discours, le Rabbi discute de l’extension de ce vœu au singulier en hébreu (« tikaseiv », et non « tikaseivou ») lorsqu’on s’adresse à un individu.
Ce jour-là, nous achevons le cycle annuel du livre du Tanya dans le cadre de l’étude quotidienne du ‘Hitat. Le Ta’hanoun est omis à Min’ha.
Dans le discours du Chabbat de la Paracha Chemot 5713, le Rabbi a dit : « Chacun doit achever les traités qu’il a pris sur lui ; il reste du temps jusqu’à demain soir (sortie des étoiles). »
Le Rabbi précédent a dit : « Les ‘Hassidim de Habad ont une coutume remontant aux ‘Hassidim de l’Admour Hazaken : avant et après Maariv de Youd-Teth Kislev, nous nous souhaitons mutuellement un ‘Gut Yom Tov’. Il en va de même tout au long des vingt-quatre heures de Youd-Teth Kislev, chaque fois que des ‘Hassidim se rencontrent à la synagogue ou dans la rue. »
Dans Igrot Kodech (et de même dans de nombreuses autres sources), le Rabbi déclare : « Je suggère que la première nuit, la veille de Youd-Teth Kislev, vous organisiez des Farbrenguen en de nombreux endroits différents. Informez les gens lors de ces événements du grand Farbrenguen du lendemain. Puis, le soir suivant, la veille du 20 Kislev, rassemblez-vous en un seul lieu pour un grand Farbrenguen. »
Le Lou’ah Kolel Habad note : « Dans chaque ville, les Anash se rassemblent dans la fête et la joie, remerciant D.ieu pour ce grand miracle. Ce jour est également commémoré par la conclusion du Talmud dans chaque communauté de ‘Hassidim et la répartition de son étude pour l’année suivante. L’intention est que chaque personne prenne la résolution d’étudier un traité du Talmud avec l’intention de le terminer pour Youd-Teth Kislev de l’année suivante. C’est aussi le jour où le cycle annuel de l’étude du Tanya, ordonné par le Rabbi précédent, recommence. »
Une céréale sacrée
Le Rabbi précédent a relaté : « À Youd-Teth Kislev, on mangeait le fameux kasha (gruau de sarrasin) comme c’est la coutume. » Selon les mots du Rabbi, dans le discours de Youd-Teth Kislev 5718 : « La coutume, depuis de nombreuses années, est qu’à Youd-Teth Kislev on mange du kasha de sarrasin. »
Mardi 19 Kislev : ‘Hag Hageoula et Roch Hachana de la ‘Hassidout
Ce jour est le Yahrtzeit du Maguid de Mezritch. Il est décédé un mardi de la semaine de la Paracha Vayechev, le 19 Kislev 5533 (1772), exactement la même configuration calendaire que cette année. Il est enterré à Anipoli.
Ce jour est l’anniversaire de la libération de l’Admour Hazaken de sa première incarcération. Il fut libéré un mardi de la semaine de la Paracha Vayechev (comme cette année), vers le soir du 19 Kislev 5559 (1798), il y a 227 ans.
Ce jour est également l’anniversaire du sauvetage du fils de l’Admour Hazaken, le Rav Moché. Il fut sauvé la veille du 19 Kislev 5576 (1815).
Dans le discours de la Paracha Vayichla’h 5752, le Rabbi a mentionné l’avantage de la configuration calendaire de cette année, en plus du fait qu’elle est identique à celle du Youd-Teth Kislev original du ‘Hag Hageoula (en 5559).
Le Ta’hanoun est omis ce jour-là. Le Rabbi précédent mentionne comment les ‘Hassidim ont l’habitude d’aller au Mikvé avant Cha’harit de Youd-Teth Kislev, de la même manière que la coutume prédominante des premiers ‘Hassidim qui allaient au Mikvé la veille de Chabbat et Yom Tov, ainsi que le matin de Chabbat et Yom Tov, selon leur Rabbi, le Baal Chem Tov.
Youd-Teth Kislev est un jour de Farbrenguen et de prise de bonnes résolutions pour fixer des temps d’étude publique de Torah et de ‘Hassidout, et pour renforcer l’observance des voies de la ‘Hassidout, dans un esprit de vraie fraternité et amitié.
« Il est évident que l’étude d’aujourd’hui doit commencer par des sujets d’actualité », a instruit le Rabbi la veille de Youd-Teth Kislev 5749, « des enseignements qui expliquent le concept de ce jour (les lois du jour, pour ainsi dire). Commencez par les paroles du Rabbi qui sont imprimées dans l’introduction du Hayom Yom. »
L’introduction du Hayom Yom
L’introduction du Hayom Yom se lit comme suit :
« Youd-Teth Kislev est la fête où ‘Il a racheté notre âme dans la paix’, et la lumière et la vitalité de nos âmes nous ont été accordées. Ce jour est le Roch Hachana pour les enseignements de la ‘Hassidout, que nos saints ancêtres nous ont légués, c’est-à-dire les enseignements du Baal Chem Tov.
‘Ce jour est le commencement de Tes œuvres’, l’accomplissement de l’intention divine sous-jacente à la création de l’homme dans ce monde : faire émerger une révélation de la lumière de la dimension la plus intérieure de notre sainte Torah.
En ce jour, cette lumière est révélée de manière globale pour toute l’année. C’est notre devoir en ce jour d’éveiller nos cœurs, le cœur même de nos cœurs, avec un désir et une volonté intérieurs et fondamentaux : que D.ieu illumine nos âmes avec la lumière de la dimension la plus intérieure (mystique) de Sa Torah.
‘Des profondeurs je T’ai appelé, Hachem’, pour faire émerger les profondeurs et l’intériorité de Sa Torah et de Ses mitsvot depuis l’intériorité et l’essence de la Lumière Infinie, afin qu’elle illumine les recoins les plus intimes de nos âmes. Tout notre être (c’est-à-dire notre existence totale, comprenant son essence et ses extensions) sera ainsi dévoué à Lui seul, bannissant de nous tout trait naturel mauvais ou méprisable. Au contraire, toutes nos actions et affaires (tant dans notre avoda, c’est-à-dire la prière et la Torah et les mitsvot, que dans les entreprises mondaines nécessaires au maintien du corps) seront sincèrement motivées par la cause du Ciel, comme D.ieu le souhaite.
Que D.ieu le Père Miséricordieux nous montre Sa compassion et nous guide sur le chemin bon et droit, et ainsi ‘les justes contempleront Sa Face’. »
Farbrenguen personnels
Le Chabbat Paracha Vayichla’h 5752, le Rabbi a instruit : « Afin de souligner fortement que chaque personne est aussi un Machpia (personne d’influence), il convient que chacun organise son propre Farbrenguen. Qu’il fasse un Farbrenguen avec lui-même, avec les dix facultés de son âme. Qu’il fasse un Farbrenguen avec sa famille. Et qu’il fasse un Farbrenguen avec ses amis et connaissances. Comme il est dit (concernant la Rédemption) : ‘Il ramènera le cœur des pères vers les fils et le cœur des fils vers leurs pères.’… Idéalement, chaque personne devrait participer à trois Farbrenguen (établissant une ‘Hazaka). Elle devrait personnellement assister à un Farbrenguen et avoir des représentants assister à deux autres, si les trois ont lieu simultanément. »
Nouveau cycle du Tanya : nous commençons le nouveau cycle annuel de l’étude de la portion quotidienne du Tanya du ‘Hitat. Ce Youd-Teth Kislev, nous utilisons la division du cycle désignée pour une année non embolismique (chana pechouta).
Min’ha : commencez par Korbanot, après quoi nous récitons l’intégralité de la prière de Min’ha d’un jour de semaine (et le Ta’hanoun n’est pas dit).
Mardi soir et mercredi 20 Kislev : prolongation du ‘Hag Hageoula
Dans de nombreux discours, le Rabbi affirme que les principaux Farbrenguen et événements à grande échelle doivent avoir lieu la nuit suivant Youd-Teth Kislev, c’est-à-dire la veille du 20 Kislev.
Souvent, le Rabbi relatait comment une date spéciale est liée à sa configuration calendaire unique (le jour de la semaine, la paracha, les événements proches, etc.). Les discours de Youd-Teth et 20 Kislev prononcés lorsque le calendrier partageait des caractéristiques avec cette année sont : 5711, 5712, 5715, 5725, 5729, 5732, 5735, 5738, 5739, 5742, 5749 et 5752.
Le Farbrenguen de ce soir au 770 commence à 21h00.
Le Livre d’Ezra rapporte qu’au début de l’ère du Second Beth Hamikdach, « le vingtième jour du neuvième mois » — le 20 Kislev de l’an 3414 — lors du retour des Juifs exilés à Babylone vers Erets Israël, « tout le peuple de Yehouda et Binyamin s’assembla ». Lors de cette grande assemblée (Farbrenguen), Ezra Hassofer inspira le peuple à revenir vers Hachem par une téchouva sincère.
Ce jour est l’anniversaire de la première impression du Tanya, survenue le mardi 20 Kislev 5557 (1796) à l’imprimerie de Slavita.
Le Ta’hanoun est omis ce jour-là.
Le Rabbi précédent a révélé dans une lettre qu’en l’an 5558, l’Admour Hazaken a instruit les ‘Hassidim de s’appliquer avec diligence à l’étude du Tanya, et que le Chabbat coïncidant avec le 20 Kislev, chaque communauté d’Anash doit étudier deux chapitres de la première partie du Tanya et un chapitre de sa seconde partie. Le Rabbi précédent conclut que cela était une énigme (vayhi léfélé) aux yeux des ‘Hassidim.
Le Chema peut être récité jusqu’à 9h28.
Jeudi 21 Kislev
Il est rapporté que du temps de Chimon Hatsaddik, le 21 Kislev est le jour où le Mont Gerizim, forteresse de la tribu samaritaine (qui causa de nombreux troubles aux Juifs de l’ère du Second Temple), fut labouré. Pour commémorer ce jour comme une célébration mineure, les éloges funèbres n’étaient pas prononcés. Le Rabbi parle de la signification des différents récits de l’événement et de ses leçons.
Veille du Chabbat Paracha Vayechev, 22 Kislev
On lit le Chnayim Mikra pour la Paracha Vayechev. Vérifiez vos poches avant l’entrée du Chabbat, surtout car elles ont été portées en l’honneur de Youd-Teth et 20 Kislev plus tôt cette semaine.
Tôt le matin du Chabbat, on lit l’intégralité du livre des Tehilim.
Après la lecture de la Torah, la bénédiction du mois à venir de Tevet est récitée. Ce mois, le Molad aura lieu vendredi soir, à 2h22 et 10/18 de minute.
Roch Hodech Tevet sera le Chabbat et le dimanche suivant. Dans la bénédiction, nous disons : « Beyom hachabbat kodech oulema’harato beyom harichon, haba aleinou letova. »
« Av Hara’hamim » n’est pas récité avant Moussaf.
Farbrenguen : c’est un jour pour faire un Farbrenguen.
Le Tanya aborde une question fondamentale : si la création tout entière est constamment maintenue par la force divine qui l’anime, pourquoi ne percevons-nous pas cette réalité ? Pourquoi le monde nous apparaît-il comme une existence indépendante alors qu’il est en vérité totalement annulé face à sa source divine ? Cette étude approfondie du chapitre 4 de la Porte de l’Unité et de la Foi révèle le secret du voile qui nous permet d’exister.
Rav Yossef Its’hak Ofen
Le paradoxe de l’existence apparente
Deux raisons expliquent pourquoi la spiritualité est considérée comme néant absolu. Premièrement, puisque la spiritualité constitue son essence même, elle est considérée comme un néant en elle-même. L’Admour Hazaken apporte alors l’analogie du soleil : la lumière qui brille sur la terre et dans le monde existe aussi dans le corps du soleil lui-même. Seulement, là-bas, elle est considérée comme néant et vide, car elle est annulée face au corps du soleil.
Même si le corps du soleil n’est pas présent physiquement ici, en vérité c’est une existence réelle, mais dans sa source elle est néant. Il en va de même pour les créations face à la Divinité qui les crée. Les créations sont comme un rayonnement qui se propage de l’influence divine. Autrement dit, la création est le rayonnement de la Parole divine qui la maintient en existence.
C’est pourquoi elle est annulée dans son existence réelle. Dans la source, là où la création se trouve, la source s’y trouve également. Elle est donc annulée face à la source. Il en va de même pour les créations : elles ne sont pas une existence réelle, seulement aux yeux de chair, car nous ne voyons pas la source.
Les limites de l’analogie du soleil
C’est exactement comme le rayonnement qui se trouve à l’extérieur du soleil : là, il constitue une existence. Nous sommes donc ici à la fin du chapitre 3, page 156. Cependant, en cela l’analogie ne correspond pas complètement au sujet pour expliquer cette chose. L’analogie semble correspondre au sujet. Pourquoi ?
Dans l’analogie, la source du rayonnement n’existe pas du tout sur terre et dans le monde, comme si la source se trouvait à l’extérieur. Mais toutes les créations sont dans leur source, seulement la source n’est pas visible en elle-même.
Dans l’analogie, où le rayonnement est-il visible comme existant ? Là où le soleil ne se trouve pas. Là où le soleil se trouve, il est néant et vide. Cela, c’est dans l’analogie. Mais dans le sujet lui-même, les créations sont constamment dans leur source. Il n’y a aucune situation où elles seraient en dehors de la source, car D.ieu les maintient constamment en existence. Elles se trouvent donc en Lui.
Une question qui demeure
Il en résulte que la création se trouve constamment dans sa source. Seulement, la source n’est pas visible aux yeux de chair, mais elle s’y trouve. La question se pose alors : pourquoi ne sont-elles pas annulées dans leur existence face à leur source ? Car dans la source, elles sont néant et vide, elles sont annulées. Et dans le sujet, elles sont véritablement dans leur source.
Alors pourquoi sont-elles véritablement perçues comme existantes ? Elles auraient dû être annulées dans leur existence puisqu’elles se trouvent dans leur source. L’Admour Hazaken reste avec cette question à la fin de ce chapitre et dit : mais pour comprendre cela, il faut expliquer le chapitre 4. C’est-à-dire que dans le chapitre suivant, il y aura une réponse à cette question : pourquoi les créations ne sont-elles pas annulées dans leur existence ?
Une approche pédagogique audacieuse
Il y a quelque chose de très intéressant ici : l’Admour Hazaken reste avec une question à la fin du chapitre. On sait que dans le Guide des Égarés du Rambam, il y a également des questions et des réponses. Mais on aurait dû étudier les réponses avant les questions. Pourquoi ? Parce qu’il est possible que nous comprenions bien la question mais pas la réponse, et alors nous aurons des doutes dans notre foi.
On aurait donc dû étudier la réponse d’abord, puis descendre vers la question. Et ici nous voyons que l’Admour Hazaken ne craint pas cela. Il reste avec une question, et la réponse peut attendre jusqu’au chapitre suivant.
Comment se fait-il que l’Admour Hazaken nous laisse avec une question ? Il y a une différence énorme entre les questions qui se trouvent dans les livres de philosophie et cette question de l’Admour Hazaken. Les questions qui se trouvent dans les livres de philosophie portent sur la Divinité. Et s’il y a une question sur la Divinité, il peut y avoir une situation où une personne aura des doutes.
Ici, la question porte sur les créations. Puisque la Divinité se trouve constamment dans les créations et les maintient en existence, elles sont donc néant absolu, annulées dans leur existence face à leur source. Alors pourquoi ne voyons-nous pas cela ? Nous voyons que la création est une existence réelle. La question porte donc sur la création.
Que la Divinité la maintienne en existence est une chose claire, il n’y a aucune question là-dessus. Par conséquent, si en résultat du fait que le Créateur maintient constamment les créations en existence, et que donc la création se trouve dans sa source, elle est annulée dans son existence, c’est également quelque chose de compréhensible.
Une question que chacun doit se poser
Ce qui n’est pas compréhensible, c’est pourquoi cela nous apparaît comme une existence. Cette question, même après que nous ayons la réponse, chaque personne doit se poser cette question : pourquoi est-ce que je me sens comme une existence alors que selon la vérité, je me trouve dans la source et donc je suis annulé dans mon existence ?
C’est une question qu’on peut laisser, car en vérité la personne doit se poser constamment cette question : pourquoi a-t-elle des désirs étrangers ? Pourquoi a-t-elle des désirs personnels ? Si elle est annulée dans son existence, alors elle n’existe pas. Pourquoi donc se sent-elle comme une existence séparée ? C’est la question.
Alors que dois-je faire, m’annuler complètement ? Mais alors pourquoi suis-je ici ? Tu es ici pour que tu arrives à la conscience que tu es annulé. Le Saint, béni soit-Il, a fait en sorte que tu te sentes comme une existence, et tu dois travailler sur toi-même pour arriver à ressentir la vérité.
Le travail de l’homme dans ce monde
C’est ce que la personne doit faire dans le monde : ressentir la vérité. Elle vit dans un monde de mensonge. Le mensonge se présente lui-même comme une existence de vérité. Il faut arriver à la conclusion de ce qu’est la vérité véritable. Et cela demande un travail.
Par la Torah et les Mitsvot, on y arrive. Par la prière, on y arrive. Par la méditation et la réflexion, on y arrive. C’est le travail de l’homme. L’âme connaît la vérité, il faut que l’âme animale soit également d’accord. L’âme est véritable car elle est une partie de D.ieu, elle n’est donc pas séparée, elle est unie avec le Créateur.
Le bouclier protecteur du nom divin
Il continue au chapitre 4 : car voici, il est écrit que le soleil est un bouclier. L’explication de bouclier : c’est un étui pour le soleil, pour protéger afin que les créations puissent supporter les rayons. À l’avenir, le Saint, béni soit-Il, sortira le soleil de son étui, et les impies seront jugés par lui.
C’est un étui pour le soleil, et cela s’appelle un bouclier parce qu’il est fait pour protéger, afin qu’ils puissent supporter la lumière du soleil qui est trop forte. C’est pourquoi il y a un bouclier qui arrête la force de la lumière pour qu’elle ne brille pas trop.
À l’avenir, il est écrit que le Saint, béni soit-Il, sortira le soleil de son étui, et les impies seront jugés par lui car ils ne pourront pas supporter la lumière et la chaleur du soleil. En tout cas, le soleil a un bouclier, et la fonction du bouclier est d’arrêter la force de la lumière du soleil pour qu’elle ne brille pas trop.
Le nom Elokim protège le nom Havaya
Et de même que l’étui protège le soleil, de même le nom Elokim protège le nom Havaya, béni soit-Il. C’est ce que dit le verset : car le soleil est un bouclier. Le soleil a un bouclier qui protège afin qu’on puisse supporter la lumière du soleil. De même, le nom Elokim protège le nom Havaya.
C’est-à-dire que le nom Havaya est une révélation divine à un niveau très élevé. Et il y a un voile sur le nom Havaya. C’est pour qu’on puisse supporter la révélation et ne pas s’annuler dans l’existence. Et c’est ce qui serait arrivé sans le bouclier du nom Elokim : toutes les créations auraient été annulées dans leur existence.
C’est en vérité la réponse à la question : pourquoi ne sommes-nous pas annulés dans notre existence ? À cause du bouclier du nom Elokim qui dissimule la révélation du nom Havaya. C’est pourquoi nous ne ressentons pas la révélation divine qui nous maintient en existence et nous anime.
Le désir divin d’une demeure dans les mondes inférieurs
Si nous ressentions, alors nous serions véritablement annulés dans notre existence. Le Créateur veut que nous nous sentions comme une existence, car le Créateur veut une demeure dans les mondes inférieurs. Qu’est-ce qu’un monde inférieur ? C’est le concept du voile.
Qu’il y ait un voile. Le monde vient du mot dissimulation et voile, qui cache et dissimule la Divinité. L’âme se revêt dans un corps et une âme animale qui cachent et dissimulent la lumière divine. Et par le travail de révéler ce voile.
C’est le concept : le Saint, béni soit-Il, a créé le monde avec un bouclier et un étui. C’est ce qu’il dit : de même que l’étui protège le soleil, de même le nom Elokim protège le nom Havaya.
Le nom Elokim, c’est le Créateur, et Havaya, c’est aussi le Créateur. Seulement, il y a des noms différents selon les attributs du Créateur, selon les actions.
Les noms divins selon les actions
En fait, le Midrash raconte que Moché Rabbénou voulait connaître le nom du Saint, béni soit-Il, et a dit : dis-moi quel est Ton nom, que leur dirai-je ? Le Midrash dit que le Saint, béni soit-Il, a répondu à Moché Rabbénou : Moché, tu demandes à connaître Mon nom ? Selon Mes actions, Je suis appelé.
Quand Je juge Mes créations, Je suis appelé Elokim. Quand Je fais miséricorde à Mes créations, Je suis appelé Havaya. Quand Je combats les impies, Je suis appelé Tsevaot. Ainsi pour tous les noms.
Le nom Elokim, c’est le jugement. Le jugement, c’est le voile. Havaya, c’est la miséricorde. C’est la révélation. Le nom Elokim protège le nom Havaya. Il explique donc ce qu’est le concept du nom Havaya et pourquoi il faut protéger le nom Havaya.
La signification du nom Havaya
Il explique : le nom Havaya signifie qu’Il maintient en existence du néant vers l’être, du verbe maintenir. Le Youd au début du nom Havaya indique l’action continue au présent. Cela indique qu’Il maintient constamment, comme l’explique Rachi sur le verset : Sa force fait cela tout le jour.
Rachi explique : faire n’est pas au futur mais au présent, le Youd indique le présent, qu’Il faisait ainsi tous les jours. De même ici, Il maintient constamment tous les jours. C’est ce que nous avons appris précédemment : constamment, le Créateur doit maintenir la création en existence, et c’est la vitalité qui s’écoule à chaque instant dans toutes les créations, absolument du néant vers l’être à chaque instant.
À chaque instant, la vitalité s’écoule de la Parole de Havaya et maintient les créations à chaque instant du néant vers l’être. C’est-à-dire, même après que le Créateur ait créé les créations du néant, il faut encore les maintenir en existence pour qu’elles soient une existence réelle. Sinon, elles ne continueraient pas d’exister après leur création initiale lors des six jours de la Création.
La grandeur divine : la Bonté infinie
Ce qui a été créé lors des six jours de la Création ne suffit pas pour qu’elles continuent d’exister maintenant. Il faut constamment que le Créateur les maintienne en existence. C’est pourquoi le nom Havaya a le Youd au début, qui fait allusion à l’action continue au présent.
Et voici, dans la Amida du Saint, béni soit-Il, il est écrit : le Grand, le Puissant. L’explication de la Grandeur : c’est l’attribut de Bonté et de l’expansion en général des créations jusqu’à l’infini, pour maintenir en existence du néant vers l’être. Et aujourd’hui, avec bonté gratuite.
Dans la Amida, nous disons : le Grand, le Puissant. C’est parce que cela est dit dans la Torah : le Grand, le Puissant et le Redoutable. Quelle est la signification du Grand ? En quoi cela se manifeste-t-il ?
Il dit que le Grand, c’est l’attribut de Bonté. La Bonté du Créateur, c’est qu’Il donne la vitalité aux mondes et aux créations. Il maintient en existence des créations sans fin ni limite. Il y a des créations à l’infini, il y a des mondes à l’infini.
L’infinité de la création
Nos Sages commentent le verset : et des jeunes filles sans nombre. Ne lis pas jeunes filles mais mondes. Il y a des mondes à l’infini. Les anges aussi sont en nombre infini. Le Talmud dit dans le traité Haguiga qu’un verset dit : mille milliers me servent et des myriades de myriades se tiennent devant Lui.
Mille milliers, c’est un million, et des myriades de myriades, c’est 100 millions qui se tiennent devant Lui. Un autre verset dit : et pour Ses troupes, il n’y a pas de nombre. Le Talmud répond : mille milliers et myriades de myriades, c’est le nombre d’une seule troupe. Pour les troupes, il n’y a pas de nombre.
Il en résulte qu’il y a des anges sans nombre, des mondes sans nombre. Même dans ce monde, il y a une multitude énorme. Certes, ce monde est limité, mais il y a une multitude énorme. En tout cas, l’expansion de la Grandeur du Créateur est sans fin ni limite.
La Bonté gratuite divine
L’attribut de Grandeur est l’attribut de Bonté, de maintenir en existence les créations du néant vers l’être. Et elles existent par bonté gratuite. Ce n’est pas qu’elles l’ont mérité par leur service, mais le Créateur leur donne la bonté en leur donnant la vitalité et leur existence.
Bonté gratuite. Et la Bonté est appelée Grandeur, car c’est aussi écrit dans le verset : À Toi, Havaya, la Grandeur, la Puissance et la Splendeur. Qu’est-ce que la Grandeur ? C’est l’attribut de Bonté.
Pourquoi la Bonté est-elle appelée Grandeur ? Car en elle se manifeste la Grandeur du Saint, béni soit-Il, dans Son essence même. La Bonté provient de la Grandeur du Créateur. Comme le Grand, Sa Grandeur est insondable. Puisque le Créateur est Grand, et Sa Grandeur est insondable.
La nature du Bien est de faire le bien
La Grandeur du Créateur est illimitée. C’est pourquoi, à cause de cela, Il déverse également vitalité et influence du néant vers l’être sans fin ni limite. Puisque la Grandeur du Créateur est illimitée, Il déverse donc une vitalité illimitée, Il crée des mondes sans limite, sans fin.
La nature du Bien est de faire le bien. C’est-à-dire que le Créateur est bon, c’est pourquoi Il fait la Bonté. La nature de quelqu’un de bon est de faire le bien. Et puisque Sa Grandeur, Sa Bonté est illimitée, Il déverse une vitalité illimitée aux mondes et aux créations.
C’est la signification de ce que nous disons dans la Amida : le Grand.
Une louange exclusive au Créateur
Et voici, de même que Son attribut est une louange exclusive du Saint, béni soit-Il, c’est une louange exclusive du Créateur, c’est-à-dire qu’aucune création au monde n’a la capacité de maintenir en vie cette Grandeur. Que le Saint, béni soit-Il, crée des créations infinies et les maintienne en vie, c’est une Grandeur exclusive du Créateur. C’est pourquoi nous Le louons pour cela, car c’est Sa louange exclusive.
Aucune création n’a la capacité de créer l’être du néant. Le Midrash dit : si tous les sages du monde se rassemblaient, ils ne pourraient pas créer même l’aile d’un moustique et y insuffler une âme.
L’homme peut faire beaucoup d’actions, mais tout est de l’être à partir de l’être dans ce qu’il fait. Il construit des bâtiments, il a de la matière première, il a des pierres, du bois, etc. Et de cela, il peut faire un bâtiment. Une table : il a du bois dont il fait une table.
L’incapacité totale de créer du néant
Mais du rien absolu du néant, qu’il fasse quelque chose, cela s’appelle création. Créer du néant. Même l’aile d’un moustique, tous les sages du monde ne pourraient pas la créer. C’est seulement le pouvoir du Créateur.
Et aussi, non seulement aucune création n’a la capacité de créer, mais aussi Son attribut est totalement au-dessus de l’intelligence des créations et de leur compréhension. Qu’aucun intellect d’aucune création ne peut atteindre et comprendre Son attribut et Sa capacité de créer l’être du néant et de maintenir en vie.
Non seulement aucune création n’a la capacité de créer, mais aussi aucun intellect de création n’est capable de comprendre et d’atteindre comment se fait la création de l’être du néant. Nous voyons que c’est un fait sur le terrain, mais comment ? Nous n’avons aucune possibilité de comprendre, d’intellectualiser et d’atteindre cela.
Au-delà de toute compréhension créée
Car créer l’être du néant est quelque chose qui est totalement au-dessus de l’intellect des créations. C’est quelque chose qui est au-dessus de l’intellect d’une création, car c’est de l’attribut de Grandeur du Saint, béni soit-Il. Et le Saint, béni soit-Il, est beaucoup trop élevé comme il est écrit dans le Zohar : que dans l’essence, Il et Ses vêtements sont un, et de même qu’aucun intellect de création ne peut L’atteindre, de même on ne peut atteindre Ses attributs.
Il explique pourquoi aucune création ne peut comprendre comment se fait la création de l’être du néant. Car cela vient de l’attribut de Grandeur du Créateur, et le Créateur et Ses attributs sont une seule chose. Et de même qu’il est impossible d’atteindre le Créateur Lui-même, de même il est impossible d’atteindre Ses attributs, car Lui et Ses attributs sont une seule chose.
C’est ce que le Zohar dit : Lui et Ses membres sont un. Lui, c’est l’Essence, Ses membres, ce sont les attributs. Un, c’est une seule chose. C’est donc une unité simple. Et puisqu’il est impossible d’atteindre le Créateur, il est impossible d’atteindre les attributs, car Lui et les attributs sont une seule chose.
L’attribut de Puissance : le Tsimtsoum
C’est pourquoi nous ne pouvons pas atteindre et intellectualiser comment il est possible qu’il y ait création de l’être du néant. C’est donc une louange exclusive du Créateur, que seul le Créateur peut, et nous ne pouvons pas. Non seulement nous ne pouvons pas, mais aussi il est impossible de comprendre et d’atteindre, d’intellectualiser.
Et de même, et de même qu’aucun intellect d’aucune création ne peut atteindre l’attribut de Grandeur qui est la capacité de créer l’être du néant, comme il est écrit : le monde est construit par la Bonté, de même il n’y a aucune capacité d’atteindre l’attribut de Puissance du Saint, béni soit-Il, qui est le Tsimtsoum et le retrait de la grande lumière sur les mondes pour qu’ils existent dans leur propre espace avec dissimulation.
Tout comme il est impossible d’atteindre l’attribut de Grandeur, car c’est une unité avec le Créateur Lui-même et il est impossible d’atteindre le Créateur, de même il est impossible d’atteindre l’attribut de Puissance du Créateur. Qu’en est-il de l’attribut de Puissance ?
L’attribut de Grandeur, c’est la capacité de créer l’être du néant et de le maintenir en vie. C’est ce que dit le verset : le monde est construit par la Bonté, il est construit par l’attribut de Bonté.
Le mystère du voile divin
L’attribut de Puissance, c’est l’attribut du Tsimtsoum, comme nous l’avons dit précédemment : nous ne voyons pas la Divinité qui nous maintient en existence et nous anime. Nous vivons certes et existons de la Divinité, qui est la Parole divine qui nous maintient constamment en existence. Mais c’est avec dissimulation du visage.
C’est-à-dire que la vitalité se dissimule dans la création, et il nous apparaît que la création est une existence en soi, alors qu’en vérité c’est l’expansion de la Divinité. Mais le Créateur est tout-puissant. Le Créateur peut contracter la spiritualité et la dissimuler.
Et c’est pour que les créations ne s’annulent pas dans leur existence. Cela aussi, nous ne pouvons pas le comprendre. Comment peut-il être que toute l’existence de la création soit la Divinité qui la maintient en existence ? Et malgré cela, la création n’en est pas du tout consciente. Il lui semble qu’elle est une existence en soi.
Nous ne pouvons donc pas comprendre comment cela se produit si toute l’existence de la création est la Parole divine. Comment se fait-il que la création pense qu’elle est une existence en soi ? Elle n’est pas consciente de la responsabilité, du pouvoir divin qui la maintient en existence et l’anime. Mais c’est le pouvoir du Créateur, et cela s’appelle le Puissant. Le Puissant, c’est l’attribut de Puissance, qui est l’attribut du Tsimtsoum et du voile qui dissimule.
La dissimulation qui permet l’existence
Alors, s’Il dissimule pour qu’il n’y ait aucune vitalité, d’accord ? Tout comme on peut déverser, on peut arrêter l’influence. Mais non, l’influence continue, seulement de manière dissimulée, pour que la création pense qu’elle est quelque chose en soi, malgré le fait que toute son existence est la vitalité du Créateur qui la maintient en existence et l’anime à chaque instant.
Pourquoi le premier enfant juif de l’histoire a-t-il reçu un nom qui signifie « il rira » ? Et quel rapport peut-il y avoir entre le rire et la réussite d’un couple ? À travers l’histoire d’Its’hak et Rivka, le Rav Y. Y. Jacobson nous révèle un secret profond : le rire n’est pas seulement une réaction à l’humour, mais l’essence même de notre vocation humaine et la clé d’une vie conjugale épanouie.
Par Rav Y. YJACOBSON
Un jeune garçon qui préparait son discours de bar-mitsva demanda à sa mère de lui parler de leurs ancêtres.
La mère se lança dans le récit de sa prestigieuse lignée, remontant jusqu’à Avraham, Its’hak et Yaakov.
« Et eux, d’où venaient-ils ? »
« D’Adam et ‘Hava. »
« Et eux ? »
« D.ieu les a créés. »
Le garçon nota tout cela, puis alla voir son père :
« Papa, d’où venons-nous ? »
« Ah, nous, nous venons des singes. Après des millions d’années d’évolution, nous avons évolué vers l’être humain. »
Le garçon, complètement perdu, revient en courant chez sa mère :
« Maman, tu as dit que nous venons d’Adam, ‘Hava et D.ieu. Papa dit que nous venons des singes… »
« Aucune contradiction, mon fils, répondit-elle. Moi, je te parlais de mon côté de la famille. Lui, il te parlait du sien. »
Uncouple qui plaisante
La paracha de la semaine, Toldot[1], rapporte un épisode où Its’hak, en voyage avec son épouse à travers le pays des Philistins, prétend devant les habitants qu’ils sont frère et sœur. Il craint que, s’ils savaient qu’il est son mari, ils le tuent pour lui prendre sa belle femme.
La ruse fonctionne jusqu’à ce que le roi des Philistins, Avimélekh, décide de jeter un œil à leur logis.
וַיְהִ֗יכִּֽי־הֶאֱרִ֤יךְלּוֹ֙שָׁ֔םהַיָּמִ֑יםוַיַּשְׁקֵ֣ףאֲבִימֶ֣לֶךְמֶֽלֶךְ־פְּלִשְׁתִּ֗יםבְּעַד֙הַחַלּ֔וֹןוַיַּ֗רְאוְהִנֵּ֤היִצְחָק֙מְצַחֵ֔קאֵ֖תרִבְקָ֣האִשְׁתּֽוֹ׃
AVIMÉLEKH, ROI DES PHILISTINS, REGARDA PAR LA FENÊTRE, ET VOILÀ : ITS’HAK « PLAISANTAIT » AVEC RIVKA, SA FEMME. (Genèse 26:8)
« Avimélekh convoqua Its’hak et lui dit : “C’est bien ta femme ! Comment as-tu pu dire : ‘C’est ma sœur’ ?” »
De toute évidence, plaisanter avec sa sœur n’est pas forcément chose inconnue… Alors, comment Avimélekh a-t-il compris, simplement en voyant Its’hak « plaisanter » avec Rivka, qu’ils étaient mari et femme et non frère et sœur ?
Il ressort donc que le mot « plaisanter », « rire », utilisé ici par la Torah est un euphémisme pour désigner l’intimité conjugale, chose évidemment impossible entre frère et sœur et naturelle seulement entre époux.[2]
Cela demande réflexion : pourquoi, parmi tous les autres termes beaucoup plus explicites dont la Torah dispose pour décrire l’union intime, choisit-elle précisément ici de définir la relation entre Its’hak et Rivka par le mot rire ou plaisanter ?
En réalité, ce terme étrange révèle « l’ingrédient secret » qui nourrissait la relation Its’hak–Rivka, une relation qui, humainement, aurait facilement pu s’éroder.
Qu’est-ce qui a donné à ce mariage – et peut donner à chacun de nos mariages – sa force intérieure, son élan ? Le rire.
Le rire et les bœufs
En 1809, le Chabbat précédant le mariage de son petit-fils, le grand maître Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (1745-1812), fondateur de la ‘Hassidout ‘Habad, répondit précisément à ces questions.[3]
Ce qui suit est un résumé de son discours, présenté avec mes mots.
Le nom Its’hak, en hébreu Yits’hak, signifie littéralement « il rira », « rire ». En effet, il fut appelé ainsi parce que sa naissance apporta joie et rire à sa mère Sarah, longtemps stérile.[4]
וַיִּקְרָ֣אאַבְרָהָ֗םאֶת־שֶׁם־בְּנ֛וֹהַנּוֹלָ֥דלוֹ֙אֲשֶׁר־יָלְדָ֣הלּ֔וֹשָׂרָ֖היִצְחָֽק׃
AVRAHAM DONNA AU FILS QUI LUI ÉTAIT NÉ, QUE SARAH LUI AVAIT ENFANTÉ, LE NOM D’ITS’HAK. (Genèse 21:3)
וַתֹּ֣אמֶרשָׂרָ֗הצְח֣וֹקעָשָׂ֤הלִי֙אֱלֹקִ֔יםכׇּל־הַשֹּׁמֵ֖עַיִצְחַ֥קלִֽי׃
ET SARAH DIT : « ELokIM M’A DONNÉ UN RIRE ; QUICONQUE L’ENTENDRA RIRA AVEC MOI. » (Genèse 21:6)
Le nom Rivka, lui, vient d’un terme qui désigne « un attelage de bœufs pour le labour ».
Quand on attache des bêtes ensemble et qu’on les relie pour faire un travail productif, cette équipe d’animaux est appelée rivka.[5]
Comment ces deux notions se rencontrent-elles : Rivka, l’attelage, et Yits’hak, le rire ?
Quel lien y a-t-il entre le rire et des bêtes liées ensemble pour travailler ?
Sais-tu vraiment rire ?
Qu’est-ce qui provoque le rire ? Qu’est-ce qui nous fait le plus rire ?
Qu’est-ce qui nous arrache nos plus grands éclats de rire ?
Réponse : la réalité qui se dépasse elle-même, la rencontre de deux choses contradictoires.
Qu’est-ce qui fait une bonne blague ? Une chute imprévisible. L’histoire semble aller dans une certaine direction, tout est logique, puis soudain, la chute te prend à contre-pied – et tu éclates de rire.
C’est aussi l’art de tout bon comédien : mettre ensemble des éléments qui, normalement, ne vont pas ensemble.
Qu’est-ce qu’un « sens de l’humour » ?
La capacité de regarder les choses habituelles d’une manière inhabituelle.
L’imprévisible, l’inhabituel, l’anormal – c’est cela qui touche en nous la corde du rire.
Tu vois un enfant se comporter comme un enfant : rien de spécial.
Tu vois un enfant se comporter comme un adulte : tu souris.
Et, inversement, tu vois un adulte se comporter comme un enfant : cela te fait rire.
Tu entends un être humain parler : ce n’est pas étonnant.
Tu entends un perroquet parler – une capacité qui ne « devrait » pas appartenir à un oiseau – tu es stupéfait.
Au contraire, voir un oiseau sur un fil électrique ne surprend personne ; mais voir un être humain qui marche sur ce fil, tu n’arrives plus à détacher ton regard.
Imagine que le soleil ne se lève qu’une fois tous les soixante-dix ans.
Le jour où cela arriverait, nous serions envahis d’extase devant un tel spectacle.
Mais comme le soleil se lève tous les matins… nous avons tendance à dormir pendant le lever de soleil.
La plus grande plaisanterie
Alors, quelle est la plus grande « blague » de toutes ?
Quel est le phénomène le plus surprenant et le plus inattendu au monde ?
La transcendance humaine.
L’être humain, par nature, est animal et centré sur lui-même.
Chaque acte, pensée, parole et désir est, spontanément, motivé par la recherche de la préservation de soi et de la gratification personnelle.
L’égoïsme, la recherche d’auto-promotion et le « moi, moi, moi » sont inscrits dans notre nature.
Et maintenant, voilà que cet être humain, avec sa nature bestiale, dit « non » à lui-même, à ses instincts, pour une vérité plus haute. Là, l’homme crée la plus grande comédie de tous les temps !
Quand un ange est spirituel et saint, rien de plus normal : c’est l’histoire du chien qui mord l’homme – aucun journal n’en fait un titre.
Mais quand un être humain – écrasé par la pression matérielle et psychologique, tiré vers le bas par les exigences incessantes de sa « bête intérieure » – dompte cette nature, dépasse ses penchants et proclame : « D.ieu est Un », là, c’est l’histoire de l’homme qui mord le chien, l’événement inattendu qui provoque, pour ainsi dire, un rire profond chez le Créateur et dans l’histoire.
Le but de la création
Pourquoi un D.ieu parfait a-t-Il créé un monde imparfait ?
Pourquoi un D.ieu parfait a-t-Il créé un monde tout court ?
Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi donne la réponse :
D.ieu avait désiré… le rire.[7]
La perfection et la sainteté de D.ieu sont prévisibles, stables, fixes, naturelles.
Ce qui provoque « le rire » d’En-Haut, c’est la sainteté, la noblesse, l’idéal qui jaillissent d’un cœur humain – un cœur traversé par des faiblesses, des contradictions – et qui, malgré tout, produit du divin.
Le but de la création n’était pas que des gens saints fassent des choses saintes.
Le but, c’était que des gens non saints fassent des choses saintes.[8]
Nous avons été créés pour produire le miracle de la transformation : prendre notre nature matérielle et égocentrique et la sublimer.
Si tu te sens aujourd’hui lourd, centré sur toi-même, « animal », ne te décourage pas : ce n’est pas une preuve que tu es perdu.
Au contraire, c’est l’occasion.
À cet instant précis, si tu domptes ta bête et accomplis un acte saint, tu offres à D.ieu Son plus grand éclat de rire.
C’est pourquoi le premier enfant né juif a reçu le nom de Yits’hak, « il rira ».
C’est l’essence même du judaïsme : la conviction que l’être humain peut être saint et doit tendre à la sainteté.
Et c’est là la plus grande « plaisanterie » jamais racontée.
C’est aussi la raison pour laquelle le nom Yits’hak est au futur : « il rira ».
Comme pour une bonne blague, on ne rit vraiment qu’à la fin, quand on comprend toute la chute.
De même pour la vie humaine : ce n’est qu’à la fin de l’histoire, lorsque Machia’h viendra, que nous « comprendrons » vraiment, et que le grand rire pourra éclater.[8*]
Synthèse de deux mondes
Its’hak et Rivka viennent de deux univers radicalement opposés :
Its’hak est né et a grandi chez des parents saints, probablement les personnes les plus désintéressées de leur génération.
Lui-même a accepté de devenir une offrande pour D.ieu. Il a été posé sur l’autel, et, d’une certaine façon, il n’en est jamais vraiment descendu.
Il ne connaît ni corruption, ni tromperie, ni même égoïsme.
Rien que la sainteté n’a enveloppé sa vie.[9]
La vraie joie d’Its’hak, pourtant, lui vient de Rivka.
Rivka est une jeune femme élevée dans un milieu moralement dépravé, dans une famille connue pour sa bassesse et sa malhonnêteté, dans une société de paganisme et de promiscuité.[10]
Que tu croies à la « nature » ou au « conditionnement », tout indique que Rivka aurait dû rester grossière, « animale ».
Mais Rivka avait un sens de l’humour extraordinaire : elle a compris que la vocation de l’homme est de défier la nature et de transformer la réalité.
Et elle a choisi d’incarner cela.
Ainsi, Rivka est devenue, comme le dit le Midrash, une « rose parmi les épines ».[11]
D’un simple être centré sur lui-même, elle est devenue une Rivka, une âme reliée aux autres dans la bonté et l’amour, s’efforçant de « labourer » le monde matériel et de le transformer en verger divin.[12]
Rivka représente l’animal humain qui s’élève au-dessus de sa boue naturelle pour entrer dans les eaux vives de la source de vie, et qui partage cette eau avec les autres – même avec ceux qui restent encore au niveau de l’ »animal » (les chameaux).
C’est précisément ce que le serviteur d’Avraham a observé et qui lui a fait comprendre qu’elle était la femme idéale pour Its’hak.[13]
Le secretd’un mariage réussi
« Its’hak plaisantait avec Rivka, sa femme. »
Voilà le secret de leur mariage.
La Torah raconte qu’Its’hak et Rivka ont connu des désaccords, parfois très profonds ; certains de leurs débats ont eu des conséquences historiques.
Mais jamais ces divergences n’ont brisé leur couple.
Jamais Its’hak et Rivka n’ont perdu leur fidélité ni leur confiance réciproque.
Pourquoi ?
Parce qu’ils n’oubliaient jamais que le but de la vie – et du mariage – était… de rire.
De rendre possible ce qui, naturellement, ne devrait pas l’être.
D’unir deux personnes qui, par nature, devraient rester séparées.
Il en va de même pour nos mariages.
Quand tu traverses un moment de tension avec ton conjoint, et que, selon toute logique, la dispute semble inévitable, rappelle-toi : le but du mariage est le rire, c’est-à-dire la capacité à surprendre la nature.
« Naturellement, nous devrions nous disputer ; mais surprenons-nous, trouvons une manière de dépasser notre nature et de faire fonctionner notre relation. »
Et lorsque tu vois chez ton conjoint des défauts qui exigent beaucoup de travail, au lieu de sombrer dans la frustration et le ressentiment, souviens-toi : c’est précisément ce schéma – une rose qui surgit au milieu de nombreuses épines – qui donne à un mariage une joie profonde.
Le rire naît toujours de la transformation.
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NOTES
[1] Genèse 26:7-11. [2] Beréchit Rabba 64:5 ; Rachi sur Genèse 26:8. [3] Imprimé dans Torah Or, Toldot 17d ; Maamaré Admour Hazakène 5569 p. 1. [4] Genèse 21:3, 6. [5] Michna Érouvin 3:2 (17b) (voir Rambam et Mélekhèt Chelomo sur place) ; Talmud Pessa’him 26a (cf. Rachi) ; Guittin 53a. Le terme apparaît déjà dans la Bible, I Samuel 28:24 et Amos 6. Certains commentaires y expliquent néanmoins le mot différemment (comme désignant le lieu où les animaux mangent). [6] Torah Or, Toldot 18a ; Likouteï Torah, Chabbath Chouva 67b. [7] Pourquoi D.ieu a désiré « rire », nous ne le savons pas. Nous savons seulement que telle fut Sa volonté. [8] C’est l’un des principes fondamentaux de la vision de la vie selon Rabbi Chnéour Zalman, développée notamment dans le Tanya, chapitres 36 à 38. [8*] Talmud Berakhot 31a. [9] Beréchit Rabba 64:3 ; Rachi sur Genèse 26:2. Cf. Yerouchalmi Ta’anit 2:1. [10] Yevamot 64a ; cité par Rachi sur Genèse 25:21. Beréchit Rabba 60:7, 12 ; cité par Rachi sur Genèse 24:31, 55 et 24:50. [11] Chir Hachirim Rabba 2:2. Cf. Likouteï Si’hot, vol. 1, p. 35-36. [12] Cela explique aussi pourquoi Its’hak voulait donner ses bénédictions à son fils aîné et plus « animal », Essav, tandis que Rivka veillait à ce qu’elles reviennent à Yaakov, plus raffiné. Its’hak aspirait à sublimer l’animal ; Rivka comprenait le processus nécessaire pour accomplir ce travail. [13] Genèse, chapitre 24.
Tragique dénouement à Koh Phangan : Shagaï Mor, touriste israélien de 40 ans, a disparu hier après-midi après avoir courageusement sauvé son fils emporté par de puissants courants marins. Le Rav Dov Ber Deutsch, émissaire du Rabbi à Koh Phangan, a coordonné avec dévouement les opérations de recherche aux côtés des autorités locales, mais le corps a été retrouvé ce matin sans vie.
Un acte de bravoure aux conséquences tragiques
L’incident s’est produit vers 14h30 sur la plage de Chaloklum, située au nord de l’île de Koh Phangan. La famille israélienne profitait d’une journée de détente lorsque le drame a éclaté. Le fils, soudainement tombé à l’eau, s’est retrouvé emporté avec violence par une vague puissante et un courant dangereux.
Sans hésitation, Shagaï s’est jeté à l’eau pour porter secours à son enfant. Il a réussi à l’atteindre et à le ramener en sécurité vers le rivage. Cependant, alors qu’il tentait de regagner la terre ferme, la mer déchaînée l’a emporté au large. Il a crié à son épouse qu’il essaierait d’atteindre les rochers près du pont, mais une nouvelle vague l’a englouti.
L’émissaire du Rabbi au cœur des opérations de sauvetage
Dès l’alerte lancée, le Rav Dov Ber Deutsch, émissaire du Rabbi sur l’île de Koh Phangan en Thaïlande, s’est immédiatement mobilisé pour participer activement aux efforts de recherche. En étroite collaboration avec les forces de secours et la police locale, il a mis en place un quartier général de coordination des opérations. Son implication a été déterminante pour organiser les recherches qui se sont déployées avec des drones et des jets-ski ratissant méthodiquement la zone.
Au Beth Habad, transformé en centre de soutien et de prières, le Rav Deutsch a accueilli les Israéliens présents sur l’île qui se sont rassemblés pour réciter des Tehilim avec ferveur, implorant D.ieu pour un miracle. L’émissaire du Rabbi a assuré un accompagnement constant de la famille éprouvée tout au long de cette épreuve déchirante.
Des conditions maritimes particulièrement dangereuses
Les autorités locales ont précisé que la mer était particulièrement agitée ce jour-là dans la baie, et des avertissements avaient été émis aux baigneurs. La police touristique de Koh Phangan a intensifié les recherches durant la soirée, avec des survols par drones, des patrouilles en jets-ski dans la zone où le père avait été emporté, et des équipes parcourant le littoral.
Soutien diplomatique et assistance d’urgence
L’ambassade d’Israël à Bangkok a été alertée immédiatement et a transmis les informations aux autorités thaïlandaises. La société d’assurance Michlol, auprès de laquelle le touriste était assuré, a activé son unité « Magen recherche et sauvetage » dès réception de l’alerte. Une équipe d’urgence a été dépêchée depuis Israël pour effectuer des recherches maritimes et aériennes, en coordination avec le ministère des Affaires étrangères, le consulat à Bangkok et les autorités locales.
Une issue tragique malgré tous les efforts
Ce matin, après une nuit d’angoisse et d’espoir, les recherches coordonnées par le Rav Deutsch aux côtés des équipes de secours se sont terminées de manière tragique. Le corps de Shagaï a été retrouvé sans vie, mettant fin aux espoirs de la famille et de la communauté qui priaient pour son retour sain et sauf.
Cette tragédie rappelle les dangers des courants marins, même pour les nageurs expérimentés, et souligne le courage ultime d’un père prêt à tout pour sauver son enfant, au péril de sa propre vie. Elle met également en lumière le rôle essentiel des émissaires du Rabbi à travers le monde, qui se tiennent aux côtés des Juifs en détresse, où qu’ils se trouvent.