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Un patrimoine historique juif préservé
À la veille de Pourim, une nouvelle réjouissante est parvenue à la communauté juive de Tomsk en Sibérie : le gouvernement sibérien a décidé de financer la rénovation complète de l’historique synagogue en bois de la ville, un monument d’une importance historique et spirituelle exceptionnelle.
Cette synagogue historique, entièrement construite en bois, représente un témoignage poignant de la résilience juive face à l’oppression. Elle fut érigée il y a environ deux siècles par des « Cantonistes » juifs – de jeunes garçons arrachés à leurs familles par le gouvernement tsariste pour être endoctrinés et enrôlés dans l’armée russe dès leur plus jeune âge. Malgré les tentatives d’effacer leur identité juive, ces soldats maintinrent leur foi et construisirent de leurs propres mains ce lieu de culte orné de sculptures sur bois remarquables.
Un long chemin vers la restitution
Le bâtiment, reconnu comme site du patrimoine national russe, a connu un destin tumultueux. Après avoir servi de lieu de prière pendant de nombreuses années, il fut nationalisé par le régime communiste et transformé en immeuble résidentiel où s’installèrent des familles locales.
Ce n’est qu’après des années de négociations menées par le Rav Levi Kaminetzky, émissaire du mouvement Habad-Loubavitch et dirigeant de la communauté juive de Tomsk, que les autorités ont accepté de restituer l’édifice. Pour faciliter ce processus, le gouverneur a organisé le relogement des 17 familles qui s’étaient établies dans ce bâtiment historique et sacré au fil des ans.
Il y a environ sept ans, lors d’une cérémonie émouvante, les clés du bâtiment furent officiellement remises au Grand Rabbin de Russie, Rav Berel Lazar, symbolisant le retour de la synagogue à la communauté juive. Cependant, un long processus bureaucratique s’ensuivit, qui vient enfin de s’achever avec l’heureuse nouvelle que la rénovation du site sera entièrement prise en charge et financée par le gouvernement sibérien.

Une symbolique particulière
L’annonce de cette rénovation à la veille de Pourim revêt une symbolique particulière. Cette fête commémore la délivrance miraculeuse du peuple juif dans la Perse antique, lorsque le décret d’extermination fut transformé en jour de joie et de célébration. De façon similaire, cette synagogue, construite par des jeunes hommes arrachés à leurs foyers dans le but d’effacer leur identité juive, sera désormais préservée comme témoignage de la persistance de cette même identité.
Cette nouvelle a suscité un grand enthousiasme parmi tous les membres de la communauté de Tomsk, qui comprend aujourd’hui plusieurs institutions éducatives et caritatives. De nombreux fidèles sont attendus pour participer aux événements organisés par la communauté à l’occasion de Pourim, avec une joie redoublée par cette annonce providentielle.
Les Cantonistes : une page douloureuse de l’histoire juive russe
Pour comprendre pleinement l’importance de cette synagogue, il est nécessaire de revenir sur l’histoire des Cantonistes juifs. Entre 1827 et 1856, sous le règne du tsar Nicolas Ier, des milliers d’enfants juifs, parfois âgés d’à peine sept ans, furent enlevés à leurs familles et envoyés dans des écoles militaires appelées « cantons ». Ils y subissaient un entraînement militaire brutal et des pressions intenses pour se convertir au christianisme orthodoxe.
Ces jeunes garçons devaient ensuite servir dans l’armée russe pendant 25 ans. Beaucoup furent envoyés dans les régions les plus reculées de l’empire, comme la Sibérie, où se trouve Tomsk. Malgré ces épreuves terribles, nombre d’entre eux maintinrent secrètement leur pratique du judaïsme.
La synagogue de Tomsk représente donc bien plus qu’un simple bâtiment religieux : elle est le témoignage de la volonté inébranlable de ces jeunes hommes de préserver leur foi et leur identité, même dans les conditions les plus adverses.
Une rénovation qui s’inscrit dans un contexte plus large
Cette décision du gouvernement sibérien s’inscrit dans une tendance plus large de reconnaissance et de préservation du patrimoine juif en Russie. Depuis la chute de l’Union soviétique, de nombreuses synagogues historiques ont été restituées aux communautés juives à travers le pays, souvent avec le soutien des autorités locales et nationales.
La rénovation de la « Synagogue des Cantonistes » de Tomsk témoigne de l’importance croissante accordée à la préservation de la diversité culturelle et religieuse au sein de la Fédération de Russie. Elle représente également une reconnaissance officielle de la contribution des Juifs à l’histoire et à la culture sibériennes.
Pour la communauté juive de Tomsk, dirigée par le Rav Kaminetzky, cette rénovation marque l’aboutissement d’années d’efforts et ouvre de nouvelles perspectives pour la vie juive dans cette région éloignée. Au-delà de sa fonction religieuse, cette synagogue historique pourra également servir de centre culturel et éducatif, permettant de faire connaître l’histoire des Cantonistes et la riche tradition juive de Sibérie.
Alors que les travaux de rénovation vont bientôt commencer, c’est toute une page de l’histoire juive russe qui s’apprête à retrouver son lustre d’antan, préservant pour les générations futures le témoignage poignant de la foi et de la persévérance des Cantonistes juifs de Tomsk.










17 Mars 2025 – 17 Adar 5785
Kharkov est la deuxième plus grande ville d’Ukraine avec environ 1,4 million d’habitants (avant le conflit). Située dans le nord-est du pays, à seulement 40 km de la frontière russe, cette cité fondée en 1654 occupe une position stratégique qui explique sa vulnérabilité particulière depuis le début du conflit russo-ukrainien en 2022.
Historiquement, Kharkov est un centre industriel, scientifique et culturel majeur de l’Ukraine. Elle abrite plusieurs institutions académiques prestigieuses, dont l’Université nationale de Kharkov fondée en 1804. Son architecture diverse témoigne de son riche passé, mélangeant styles constructiviste, moderniste et soviétique.
La ville possède également une communauté juive établie depuis plusieurs siècles, qui maintient activement ses traditions malgré les circonstances difficiles, comme en témoigne la récente célébration de Pourim organisée dans la synagogue locale.
Depuis 2022, Kharkov a subi d’importantes destructions en raison de sa proximité avec la frontière russe. Malgré les défis considérables et le déplacement d’une partie de sa population, la ville continue de fonctionner, ses habitants faisant preuve d’une remarquable résilience face à l’adversité.
La résilience d’une communauté face à l’adversité
Pour la quatrième année consécutive depuis le début du conflit, la communauté juive de Kharkov a célébré Pourim avec une détermination et une joie remarquables. Malgré les circonstances difficiles, des centaines de personnes de tous âges se sont réunies pour participer aux festivités, transformant cette journée en un moment inoubliable de cohésion et d’espérance.
Dès l’entrée de la synagogue où étaient distribués les traditionnels Michloa’h Manot (cadeaux alimentaires échangés pendant Pourim), l’atmosphère annonçait une célébration exceptionnelle. La lecture de la Meguila, le rouleau d’Esther relatant l’histoire de Pourim, a constitué le cœur spirituel de l’événement, rassemblant la communauté autour de ce récit ancestral de survie et de triomphe.
Un thème festif pour transcender la réalité
Cette année, la magnifique synagogue de Kharkov s’est métamorphosée en un ranch du désert sur le thème des cowboys, offrant une évasion bienvenue de la réalité quotidienne. Les organisateurs ont déployé des efforts considérables pour créer un environnement immersif, avec des jeux et des activités pour tous les participants. Les hommes et les garçons ont accompli la mitzva de mettre les tefillin (phylactères), et chacun a pu immortaliser ce moment en prenant une photo au « Shalom Saloon » spécialement aménagé pour l’occasion.
Cette thématique ludique, contrastant avec le contexte de guerre, illustre parfaitement l’esprit de Pourim : la capacité à trouver la joie et à célébrer même dans les moments les plus sombres, rappelant le renversement miraculeux de situation vécu par les Juifs de Perse il y a plus de 2 400 ans.
Un message d’espoir et de persévérance
Le Rav Moché Moskovitz, figure centrale de la communauté juive de Kharkov, a partagé un message particulièrement inspirant lors de l’événement. Il a souligné que la capacité de la communauté à célébrer Pourim malgré la guerre témoigne de la force inébranlable du peuple juif. Établissant un parallèle avec l’histoire originelle de Pourim à Shushan, où les ténèbres se sont soudainement transformées en lumière, le Rav a exprimé sa conviction que cette période difficile prendra fin prochainement et que la communauté connaîtra la Geulah (rédemption).
Cette référence à la rédemption résonne profondément dans le contexte actuel, offrant une perspective spirituelle qui transcende les difficultés immédiates et nourrit l’espérance d’un avenir meilleur.
Une reconnaissance officielle
La présence du maire de Kharkov, Igor Terechov, a ajouté une dimension officielle à la célébration. Visiblement ému par l’importante participation à l’événement, le maire a évoqué le message intemporel de Pourim : le triomphe ultime du bien sur le mal. Cette reconnaissance par les autorités locales témoigne de l’intégration et du respect dont jouit la communauté juive au sein de la société ukrainienne plus large, même en ces temps troublés.
L’intervention du maire souligne également la résonance universelle du message de Pourim, qui dépasse le cadre strictement religieux pour incarner un espoir partagé par tous en ces temps de conflit.
Festin et réjouissances pour clôturer la journée
Fidèle à la tradition, la célébration s’est conclue par un repas festif de Pourim, accompagné de musique et de danses. Ce moment de convivialité a permis à la communauté de renforcer ses liens tout en exprimant sa joie collective, conformément aux préceptes de la fête qui commandent de se réjouir par le partage de nourriture et de boisson.
Les danses et la musique, expressions de joie par excellence, ont transformé ce qui aurait pu être une simple commémoration en une véritable célébration de la vie et de la persévérance, rendant cette édition de Pourim véritablement mémorable pour tous les participants.
Une lumière dans l’obscurité
La célébration de Pourim à Kharkov en 2025 représente bien plus qu’un simple événement religieux. Elle incarne la résilience d’une communauté qui, face à l’adversité, choisit de préserver ses traditions et de célébrer la vie. En maintenant vivante la flamme de leur héritage spirituel et culturel, les Juifs de Kharkov démontrent que même les circonstances les plus difficiles ne peuvent éteindre l’esprit humain lorsqu’il est nourri par la foi et la solidarité communautaire.
Alors que la guerre continue de faire rage, cette célébration de Pourim apparaît comme un puissant témoignage d’espoir et un rappel que, comme l’enseigne l’histoire d’Esther, les situations les plus désespérées peuvent connaître des renversements inattendus. Pour la communauté juive de Kharkov, comme pour leurs ancêtres de Shushan, la foi en des jours meilleurs demeure une force motrice qui traverse les âges et transcende les circonstances présentes.



















































Source : Iguerot Kodesh, vol. 28, p. 30
Selon la décision de nos Sages sur l’importance primordiale de la paix entre un homme et sa femme (comme nous le rappelons chaque jour au début de la journée à la fin des bénédictions du matin), elle doit faire tout ce qui dépend d’elle pour renforcer la paix.
Et, au final, se réalisera ce qui est écrit : « Comme dans un miroir, le visage reflète le visage, ainsi le cœur de l’homme répond à celui de son prochain » – le ressenti d’une personne envers l’autre se reflète en retour et suscite un sentiment similaire. Ainsi, son mari, qu’il vive, changera également pour le mieux.
Parmi les recommandations pour parvenir à cette paix conjugale : éviter entièrement les disputes, et plutôt détourner ou orienter la conversation vers un sujet neutre et apaisant.
Cette lettre du Rabbi de Loubavitch sur la paix conjugale offre une perspective profonde et nuancée sur l’harmonie au sein du couple. Loin d’être simplement un conseil pratique parmi d’autres, cette lettre s’inscrit dans une longue tradition de sagesse juive qui place le Shalom Bayit (la paix dans le foyer) au cœur de la vie familiale et spirituelle. Examinons plus en détail la richesse de cet enseignement et ses implications pour les couples contemporains.
La primauté de la paix conjugale dans la tradition juive
La lettre commence par rappeler que la paix conjugale n’est pas optionnelle mais fondamentale dans la vision judaïque de la vie familiale. Le Rabbi fait référence à la décision des Sages sur « l’importance primordiale de la paix entre un homme et sa femme, » un principe tellement essentiel qu’il est rappelé quotidiennement dans les prières du matin.
Cette insistance sur la récitation quotidienne n’est pas anodine : elle souligne que la paix conjugale n’est pas un état acquis mais un objectif qui nécessite une attention constante et renouvelée. En plaçant ce rappel au début de la journée, la tradition juive invite chacun à faire de l’harmonie familiale une priorité qui oriente toutes les actions quotidiennes.
Le principe du miroir : la psychologie relationnelle
Le cœur de l’enseignement du Rabbi repose sur cette métaphore puissante : « Comme dans un miroir, le visage reflète le visage, ainsi le cœur de l’homme répond à celui de son prochain. » Cette image, tirée du livre des Proverbes (27:19), capture une vérité psychologique profonde sur la nature des relations humaines.
Cette métaphore illustre le principe de réciprocité émotionnelle : nos attitudes, nos émotions et nos comportements tendent à susciter des réponses similaires chez nos interlocuteurs. Dans le contexte conjugal, cela signifie que manifester patience, compréhension et amour crée un environnement propice à recevoir ces mêmes qualités en retour.
Ce principe du miroir suggère également une responsabilité personnelle : plutôt que d’attendre que l’autre change, chacun est invité à initier le changement désiré. Le Rabbi affirme avec confiance que lorsqu’un conjoint s’engage sincèrement dans cette voie, « son mari, qu’il vive, changera également pour le mieux. »
Cette approche contraste avec la tendance moderne à considérer les problèmes conjugaux comme nécessitant des changements mutuels et simultanés. Le Rabbi propose une voie alternative : commencer par changer soi-même, avec confiance que ce changement influencera positivement l’autre.
L’art d’éviter les disputes : une stratégie pratique
Le conseil pratique qui conclut la lettre est remarquable par sa simplicité et son efficacité : « éviter entièrement les disputes, et plutôt détourner ou orienter la conversation vers un sujet neutre et apaisant. »
Cette recommandation reconnaît implicitement plusieurs réalités psychologiques :
La suggestion de rediriger la conversation vers un « sujet neutre et apaisant » est particulièrement astucieuse. Elle permet de :
Applications contemporaines de cette sagesse
Les enseignements du Rabbi, bien qu’enracinés dans la tradition juive, offrent des perspectives précieuses pour tous les couples, indépendamment de leur affiliation religieuse :
Conclusion : Une sagesse intemporelle pour notre époque
Dans une ère caractérisée par l’individualisme et l’affirmation de soi, l’enseignement du Rabbi sur la paix conjugale peut sembler à contre-courant. Pourtant, sa sagesse repose sur une compréhension profonde de la psychologie humaine et des dynamiques relationnelles qui transcendent les époques.
En proposant une voie qui allie responsabilité personnelle, intelligence émotionnelle et stratégies pratiques de communication, cette lettre offre bien plus qu’un simple conseil : elle propose une philosophie de vie conjugale où l’harmonie n’est pas le résultat d’une compatibilité parfaite, mais le fruit d’efforts conscients et quotidiens.
La paix conjugale, telle que l’envisage le Rabbi, n’est pas un état passif mais une création active – un chef-d’œuvre relationnel façonné jour après jour par des choix délibérés de patience, de compréhension et d’amour. Dans un monde où les relations sont souvent mises à l’épreuve par de multiples pressions, cette sagesse intemporelle offre un chemin vers une harmonie durable et profonde.
La cérémonie de lecture a été organisée par l’association des Amis de Loubavitch aux États-Unis, sous la direction du rabbin émissaire Levi Shemtov. Cette organisation est connue pour ses efforts visant à promouvoir la pratique du judaïsme et à maintenir les traditions juives dans divers contextes, y compris au sein des institutions gouvernementales.
La Méguila, ou Livre d’Esther, a été lue par le rabbin Menachem Shemtov, fils de Levi Shemtov. Le jeune rabbin occupe la position d’émissaire du Rabbi au Pentagone et à Georgetown, Washington, poursuivant ainsi la mission de son père d’apporter les traditions juives aux fonctionnaires et au personnel gouvernemental.
Une reconnaissance institutionnelle
Will Scharf, assistant du président Donald Trump et secrétaire du personnel de la Maison Blanche, était présent lors de l’événement et a partagé quelques réflexions sur la signification de Pourim. Sa participation souligne l’importance accordée par l’administration à la diversité religieuse et à l’inclusion des différentes communautés au sein du personnel de la Maison Blanche.
Pourim : une fête de résilience et de joie
Pourim commémore les événements relatés dans le Livre d’Esther, où le peuple juif de l’empire perse fut sauvé d’un plan d’extermination orchestré par Haman, conseiller du roi Assuérus. Grâce à l’intervention courageuse de la reine Esther et de son cousin Mardochée, le décret fut annulé et les Juifs obtinrent le droit de se défendre.
La fête est traditionnellement célébrée par:
Un symbole d’intégration et de reconnaissance
La tenue de cette cérémonie à la Maison Blanche représente bien plus qu’une simple observation religieuse. Elle témoigne de l’intégration des Juifs américains dans les plus hautes sphères du gouvernement et de la reconnaissance officielle de leurs traditions. À une époque où l’antisémitisme connaît une résurgence dans diverses parties du monde, ce type d’événement revêt une importance symbolique particulière.
Pour les employés juifs de la Maison Blanche, pouvoir observer leurs traditions religieuses sur leur lieu de travail représente également un équilibre important entre leurs responsabilités professionnelles et leur identité culturelle et religieuse.
Une longue tradition d’observance juive à Washington
L’organisation d’événements religieux juifs à la Maison Blanche s’inscrit dans une tradition plus large de reconnaissance des diverses confessions aux États-Unis. Depuis plusieurs décennies, différentes administrations ont accueilli des cérémonies liées aux principales fêtes juives, notamment l’allumage de la Hanoukkia pendant Hanoukka.
Le mouvement Loubavitch, par l’intermédiaire de ses émissaires comme les rabbins Shemtov, continue de jouer un rôle prépondérant dans l’organisation de ces événements, renforçant ainsi les liens entre la communauté juive et les institutions gouvernementales américaines.
La lecture de la Méguila à la Maison Blanche symbolise ainsi la liberté religieuse qui constitue l’un des fondements de la société américaine, tout en rappelant l’importance de la vigilance contre l’intolérance et la persécution, thèmes centraux de l’histoire de Pourim.
À l’approche de Pourim, des milliers d’émissaires Habad à travers le monde se sont préparés aux festivités. Parmi eux, le Rav Yehoshua Rubin se distingue par son rôle unique : il est à la fois Chalia’h Habad et aumônier actif dans la marine américaine, servant une communauté de 25 officiers juifs stationnés à la base navale de Lemoore, en Californie du Nord.
Récemment de retour d’un déploiement à bord du porte-avions USS Abraham Lincoln dans la mer d’Arabie, le Rav Rubin y a dirigé des offices juifs et apporté un soutien spirituel aux soldats.
« Servir en tant que Rav Habad et aumônier militaire présente des défis uniques, mais ils sont insignifiants comparés aux récompenses spirituelles. Chaque jour, j’ai le privilège de me connecter avec des militaires juifs qui, autrement, n’auraient aucune possibilité d’engagement avec leur héritage », confie-t-il.
Habad et l’armée : une mission de longue date
L’engagement de Habad auprès des militaires remonte aux années 1940, sous l’impulsion du Rabbi précédent, qui avait mis en place une division spéciale au sein du Merkos L’Inyonei Chinou’h pour répondre aux besoins religieux des soldats juifs.
Son successeur, le Rabbi, a poursuivi cette mission, soulignant l’importance d’accompagner les militaires juifs et de leur fournir les ressources nécessaires pour célébrer les fêtes. En 1981, il écrivait :
« … Il est essentiel de prendre soin des juifs se trouvant dans des circonstances particulières (service militaire, maisons de retraite, orphelinats, hôpitaux, prisons) et de leur permettre de célébrer pleinement Pourim. »
Cette même année, l’Institut Aleph a été fondé pour offrir un accompagnement spirituel aux juifs en milieu carcéral et militaire.
Aujourd’hui, un nombre croissant de Chlou’him Habad servent en tant qu’aumôniers militaires à plein temps, vivant au sein même des bases militaires. Le Rav ‘Haïm Roome en est un exemple frappant : stationné à Okinawa, au Japon, il apporte un soutien religieux aux militaires juifs parmi les 50 000 soldats répartis sur 13 bases.
« Le personnel militaire est constamment redéployé, ma communauté change sans cesse », explique-t-il. « Mais à tout moment, il y a entre 150 et 200 militaires et civils juifs sur l’île. »
Arrivé en octobre avec sa femme Meira et leurs cinq enfants, il s’adapte aux défis d’une vie juive en Asie, notamment en ce qui concerne l’éducation de ses enfants, qui suivent l’école en ligne des Chlou’him malgré un décalage horaire difficile.
Même après une longue absence due à un entraînement militaire aux États-Unis, Rav Roome n’a pas hésité à organiser un Chabbat pour un Marine en quête de connexion spirituelle.
« Nous sommes là pour le juif qui a besoin de judaïsme, pour le soldat qui a besoin de soutien. »
Pourim sur le terrain
À Okinawa, le Rav Roome parcourra l’île pour atteindre chaque juif possible et organiser des lectures de la Méguila dans plusieurs endroits.
De l’autre côté du Pacifique, en Californie, le Rav Rubin fait de même, assurant que chaque juif sur la base de Lemoore puisse célébrer Pourim, même si leur nombre est réduit.
« Peu importe la taille de notre communauté. Ce qui compte, c’est que personne ne soit laissé de côté », affirme-t-il.
Soutien aux vétérans
L’accompagnement ne s’arrête pas avec la fin du service militaire. Le Rav ‘Hesky Tenenbaum, directeur de JUSA (Jewish Uniformed Service Association Chabad) à Baltimore, veille sur les vétérans et les forces de l’ordre.
Avec des bénévoles, il prépare des Michloa’h Manot pour les vétérans juifs du Maryland, leur rappelant qu’ils sont toujours valorisés et soutenus.
Une mission qui dépasse Pourim
Au-delà des célébrations, les Chlou’him restent aux côtés des soldats juifs tout au long de l’année, dans l’armée, la marine, la garde nationale ou la police.
Durant son récent déploiement, le Rav Rubin a dirigé les prières de Roch Hachana, construit peut-être la première Soucca sur un porte-avions et organisé des repas de Chabbat, tout en vivant de rations et de repas casher expédiés par avion.
« Tant qu’il y aura un juif dans l’armée, nous serons là pour lui, sur terre, en mer ou dans les airs », conclut-il. « C’était la vision du Rabbi, et c’est ce qui nous inspire au quotidien. »
Une présence essentielle pour les soldats
Loin de leurs familles et souvent isolés dans un environnement où la Yiddishkeit est pratiquement absente, les soldats juifs trouvent dans la présence des Chlou’him un soutien inestimable.
Pour de nombreux militaires, ces rencontres avec Habad sont une opportunité rare de se reconnecter avec leur héritage. Que ce soit à travers une simple discussion, un cours de Torah ou une Mitsva accomplie sur une base éloignée, chaque interaction peut avoir un impact profond.
C’est le cas du sergent Aaron B., actuellement en poste à Okinawa. Ayant grandi dans une famille juive traditionnelle mais éloignée de la pratique, il n’avait pas mis les Téfilines depuis sa Bar Mitsva. Lors d’une visite du Rav Roome à sa base, une simple invitation à poser les Téfilines s’est transformée en un moment marquant pour lui.
« J’ai ressenti une connexion immédiate. J’ai réalisé que, même à l’autre bout du monde, mon judaïsme fait toujours partie de moi », raconte-t-il.
Depuis ce jour, Aaron s’efforce de se connecter davantage à son identité juive, profitant des cours et événements organisés par le Rav Roome.
Habad, un pilier spirituel dans l’armée
L’influence des Chlou’him auprès des militaires s’étend bien au-delà de Pourim. Ils interviennent lors des fêtes juives tout au long de l’année, mais aussi lors d’événements personnels marquants, comme les mariages ou les naissances.
Le Rav Rubin se souvient d’un moment particulièrement émouvant lorsqu’un jeune officier juif lui a confié son désir de célébrer son mariage sous une ‘Houppa juive.
« Il n’y avait aucun moyen pour lui de retourner aux États-Unis à ce moment-là. Alors, nous avons organisé la cérémonie sur la base militaire, avec les moyens du bord, mais avec toute la beauté et la solennité d’un mariage juif », explique-t-il.
Grâce à l’engagement des Chlou’him, même dans un cadre militaire strict, la vie juive continue à s’épanouir.
Un avenir prometteur
Alors que de plus en plus de Chlou’him rejoignent les rangs des aumôniers militaires, l’avenir de cette mission semble assuré. Leur présence est une source de force et d’inspiration pour les soldats juifs, qui savent qu’ils ne sont jamais seuls, même dans les circonstances les plus exigeantes.
Que ce soit pour célébrer une fête, offrir une épaule sur laquelle s’appuyer ou simplement rappeler à un soldat qu’il fait partie du peuple juif, les Chlou’him Habad continueront de répondre à l’appel, fidèles à la vision du Rabbi : « Aucun juif ne doit jamais se sentir seul, où qu’il se trouve dans le monde. »





La trêve entre Israël et le Hamas a pris fin alors que l’armée de l’air israélienne a mené des frappes (dans la nuit de lundi à mardi) contre plusieurs cibles dans la bande de Gaza, avec le soutien d’un pilonnage d’artillerie des forces terrestres. Des responsables terroristes de haut rang ont été ciblés.
Les planificateurs militaires avaient développé et compartimenté une stratégie pour la reprise des opérations de combat, garantissant un effet de surprise tactique face à un Hamas non préparé.
Des rapports en provenance de Gaza indiquent qu’un bâtiment a été touché, ainsi que plusieurs autres cibles situées sur l’avenue principale de la ville. Des frappes ont également été signalées à Nuseirat et à Al-Bureij contre des sites affiliés au Hamas. Selon les médias gazaouis, des centaines de personnes ont été tuées et blessées à divers endroits, notamment à Gaza et à Khan Younès. Le vice-ministre de l’Intérieur figurerait parmi les victimes. Dans le nord de Gaza, une école aurait été bombardée. L’armée de l’air israélienne a également frappé Rafah.
Tsahal a ciblé des responsables du bras armé du Hamas, des commandants intermédiaires ainsi que des infrastructures terroristes dans l’ensemble du territoire.
Suite à la reprise des combats, le Commandement du Front intérieur a annulé l’école dans les localités situées à proximité de Gaza. Les consignes restent inchangées pour l’ouest du Néguev et la région occidentale de Lachish, où les activités continuent normalement.
Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a supervisé la reprise des opérations de guerre depuis le bunker du commandement de la Kirya, aux côtés du chef d’état-major de Tsahal et du directeur du Shin Bet, malgré des tensions signalées entre le chef des services de sécurité et la résidence du Premier ministre.
Les États-Unis réagissent
La porte-parole de la Maison-Blanche, Karoline Leavitt, a confirmé qu’Israël avait consulté l’administration américaine concernant les opérations prévues cette nuit à Gaza. Elle a souligné : « Le président Trump a été clair : tous les terroristes au Moyen-Orient – les Houthis, le Hezbollah, le Hamas, les mandataires de l’Iran et l’Iran lui-même – doivent prendre très au sérieux le président lorsqu’il affirme qu’il ne reculera pas dans son soutien à notre ami et allié, Israël. »
Une déclaration du bureau de Netanyahou précise : _ »Le Premier ministre Benjamin Netanyahou et le ministre de la Défense Israël Katz ont ordonné à Tsahal d’agir avec force contre l’organisation terroriste du Hamas dans la bande de Gaza.
« Cette action fait suite au refus répété du Hamas de libérer nos otages et au rejet de toutes les propositions présentées par l’envoyé spécial du président américain, Steve Witkoff, et les médiateurs.
« Tsahal frappe actuellement des cibles terroristes du Hamas dans toute la bande de Gaza, visant à atteindre les objectifs de guerre fixés par la direction politique, y compris la libération de tous nos otages – vivants et décédés. À partir de maintenant, Israël va intensifier sa force militaire contre le Hamas. »
Réponse du Hamas et des Houthis
Le Hamas a réagi à la reprise des hostilités en déclarant : « Netanyahou et Israël portent l’entière responsabilité des conséquences de cette agression perfide contre Gaza. Netanyahou et son gouvernement extrémiste ont décidé de renverser l’accord de cessez-le-feu, exposant les prisonniers (otages) de Gaza à un destin inconnu. Nous demandons aux médiateurs de tenir Netanyahou et Israël pleinement responsables de la violation et de l’annulation de l’accord. »
Alors que les combats reprenaient, un haut responsable houthi, Hazam al-Assad, a posté un message en hébreu sur les réseaux sociaux en réponse aux menaces du président américain Donald Trump contre le gouvernement yéménite, déclarant : « Nous n’abandonnerons pas Gaza. »
Le renouveau du judaïsme en France depuis la fin des années 1960 est indissociable de l’œuvre du Rav Chmouel Azimov et de son épouse, Mme Bassie Azimov. Leur impact, d’une ampleur historique, a transformé le paysage religieux et culturel juif français, créant une renaissance spirituelle dont les effets continuent de résonner à travers les générations. Aujourd’hui, leur héritage se perpétue à travers un réseau impressionnant de 450 émissaires répartis dans 200 centres Habad établis dans 95 villes d’Île-de-France. Leur œuvre a permis à d’innombrables juifs de renouer avec leurs racines et leurs traditions, servant de phare spirituel dans une période de profonde transformation sociale.
Origines et Formation
Jeunesse derrière le Rideau de Fer
Le Rav Chmouel Azimov est né le 1er Elloul 5705 (1945) en Union soviétique, à une époque où pratiquer le judaïsme était particulièrement difficile sous le régime communiste. Fils de Rav Haïm Hillel et Raïcha Azimov, sa famille vivait dans un environnement où la pratique religieuse juive était souvent clandestine. Cette expérience formatrice a sans doute contribué à forger sa détermination à préserver et à promouvoir le judaïsme partout où cela était nécessaire.
L’Évasion et l’Installation en France
Dans un acte de courage remarquable, son père, Rav Haïm Hillel Azimov, parvint à fuir l’Union soviétique avec sa famille, traversant le redoutable « Rideau de fer » qui séparait le bloc communiste du monde occidental. Arrivé en France, il mit immédiatement ses compétences et sa passion au service de la communauté juive en devenant directeur du réseau de Talmud Torah Loubavitch à Paris, établissant ainsi les fondations sur lesquelles son fils bâtirait plus tard.
Formation Spirituelle et Intellectuelle
Le jeune Chmouel a d’abord étudié à la Yéchiva Loubavitch de Brunoy, institution renommée située en région parisienne, où il s’est immergé dans l’étude approfondie des textes sacrés et de la philosophie juive. Poursuivant son parcours d’excellence, il a ensuite rejoint la Yéchiva centrale, familièrement appelée le « 770 » d’après son adresse à Eastern Parkway à Brooklyn, New York. C’est dans ce centre mondial du mouvement Habad-Loubavitch qu’il développa une relation profonde et personnelle avec le Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, septième leader du mouvement Loubavitch et l’une des figures les plus influentes du judaïsme du XXe siècle.
Union et Mission Divine
Un Mariage Béni
Le 18 Adar 5728 (1968) marque un tournant décisif dans la vie du Rav Azimov, avec son mariage avec Bassie, fille du célèbre Hassid Rav Bentsion Shemtov, lui-même émissaire de premier plan du mouvement Loubavitch. Cette union, célébrée selon la tradition hassidique, fut un événement d’importance pour toute la communauté Loubavitch.
La cérémonie, empreinte de joie et de spiritualité, s’est déroulée en présence des grandes figures du mouvement Habad. Elle symbolisait non seulement l’union de deux âmes, mais aussi celle de deux lignées dédiées à la diffusion des enseignements hassidiques. Bassie Shemtov, élevée dans une famille profondément engagée dans l’œuvre du Rabbi, apportait avec elle un héritage spirituel et un dévouement qui allaient s’avérer essentiels dans leur mission commune.
Ce mariage fut honoré d’une distinction exceptionnelle : le Rabbi corrigea personnellement un discours Hassidique (maamar) en l’honneur de leur union, geste rare qui témoignait de l’estime particulière qu’il portait au jeune couple. Cette attention spéciale du Rabbi présageait déjà l’importance de la mission qui allait bientôt leur être confiée.
L’Appel de Paris
Moins de deux mois après leur mariage, le 2 Iyar 5728, jour symbolique marquant l’anniversaire du Rabbi Maharach (Rabbi Chmouel de Loubavitch, quatrième Rabbi de la dynastie Loubavitch), le Rabbi Schneerson prit une décision qui allait transformer non seulement la vie du jeune couple, mais aussi l’avenir du judaïsme français. Il désigna le Rav Chmouel, alors âgé de seulement 23 ans, et son épouse Bassie comme ses émissaires officiels à Paris.
Avant leur départ pour cette mission d’envergure, le Rabbi leur accorda une bénédiction spéciale, leur souhaitant « un succès au-delà de l’imagination » – paroles prophétiques qui allaient se réaliser au-delà de toute attente.
Arrivée dans un Paris en ébullition
Le couple Azimov arriva à Paris à un moment historique particulier : en plein cœur des événements de mai 68, période de contestation sociale et culturelle sans précédent en France. Cette coïncidence temporelle est significative : alors que la société française traversait une profonde remise en question de ses valeurs traditionnelles, les Azimov apportaient avec eux une vision de renouveau spirituel qui allait trouver un écho particulier dans ce contexte de transformation.
Bâtir un empire spirituel
Des débuts modestes
Affectueusement surnommé « Moulé » par tous ceux qui le connaissaient, le Rav Chmouel Azimov se distinguait par son humilité et son affabilité naturelles. Ces qualités personnelles, alliées à une vision claire et à une détermination inébranlable, lui permirent d’entreprendre la construction d’un véritable empire éducatif et spirituel.
Le premier Beth ‘Habad
En 1973, le couple établit à Paris le premier Beth ‘Habad au 8 rue Lamartine 75009 Paris. Cette institution pionnière s’inscrivait dans le prolongement des programmes éducatifs et humanitaires déjà mis en œuvre par le mouvement Loubavitch depuis le début des années 1940, mais marquait le début d’une nouvelle ère d’expansion et d’influence.
Adaptation aux besoins communautaires
Une caractéristique remarquable de l’approche des Azimov fut leur capacité à s’adapter aux évolutions démographiques de la communauté juive parisienne. Dans les années qui suivirent leur arrivée, Paris vit un afflux important de juifs originaires d’Afrique du Nord, notamment après la décolonisation et les tensions croissantes dans ces régions. Reconnaissant les besoins spécifiques de cette nouvelle population, le Rav Azimov et son épouse élargirent stratégiquement leur travail pour y répondre efficacement.
Diversification des Services
Sous leur direction, le réseau Loubavitch se développa pour inclure une gamme complète de services s’adressant à tous les segments de la communauté :
Expansion et Influence
Une croissance exponentielle
À partir de leur institution phare, le Beth Loubavitch de Paris, le Rav Azimov orchestra la création de dizaines de communautés juives à travers la région parisienne et au-delà. Son influence s’étendit à d’innombrables personnes, transformant des vies individuelles tout en façonnant l’avenir collectif du judaïsme français.
Le Complexe Scolaire Beth ‘Haya Mouchka
Le dimanche 21 Hechvan, 19 novembre 2000 restera une date importante pour la communauté juive de France. Ce jour-là était inauguré le nouveau complexe Beth Haya Mouchka dans le 19ème arrondissement, en présence de nombreuses personnalités. Ce complexe scolaire nommé en l’honneur la Rebbetzin Haya Mouchka, épouse du Rabbi. Accueillant aujourd’hui 2 000 enfants, cette institution est devenue la plus grande école juive d’Europe, témoignant de l’ampleur et du succès de la vision du Rav Azimov. et de son épouse
Un Réseau National
L’impact du travail dépasse largement les frontières de Paris. Aujourd’hui, plus de 200 centres Habad et 450 représentants servent la population juive de France, estimée à environ 500 000 personnes, la plus importante d’Europe occidentale. Ce vaste réseau constitue un témoignage vivant de leur dévouement et de leur efficacité.
Le Rav Chmouel Azimov, un leadership inspirant
Les « Farbrengen » : Forge de la Culture Hassidique Française
Au-delà de l’expansion institutionnelle, le Rav Azimov a joué un rôle déterminant dans la formation spirituelle et intellectuelle de la communauté. Ses « Farbrengen », rassemblements informels d’étude et de partage hassidiques, sont devenus le creuset de la culture Hassidique française. Ces rencontres ont formé une génération de Hassidim et de cadres communautaires érudits, inspirés et actifs, qui poursuivent aujourd’hui son œuvre.
Accessibilité et Proximité
Malgré l’ampleur croissante de leurs responsabilités et le développement considérable de leur réseau d’institutions, le Rav Azimov et son épouse ont toujours préservé une remarquable accessibilité. Ils sont restés proches de leurs élèves, ainsi que des enfants et des élèves de leurs élèves, les traitant comme des membres de leur propre famille élargie.
Cette proximité se manifestait notamment par leur présence constante aux célébrations familiales, grandes et petites, même lorsque leur communauté comptait des milliers de familles. Qu’il s’agisse d’une bar-mitsvah dans une famille modeste, d’un mariage ou d’une simple fête de fin d’année scolaire, le couple Azimov faisait l’effort de participer personnellement à ces moments importants, renforçant ainsi le sentiment d’appartenance et de valeur de chacun au sein de la communauté.
Pour beaucoup de familles juives parisiennes, la présence des Azimov à leurs simha (célébrations) représentait bien plus qu’une simple visite de courtoisie – c’était la marque d’une attention sincère et d’un lien authentique qui transcendait la hiérarchie formelle. Le Rav et son épouse avaient le don remarquable de se souvenir des parcours individuels, des situations familiales particulières et des défis personnels que traversaient les membres de leur communauté.
De nombreux témoignages racontent comment, même lors de grandes réceptions où des centaines de personnes étaient présentes, ils parvenaient à consacrer quelques minutes d’attention exclusive à chacun, s’enquérant des nouvelles de la famille avec une sincérité touchante et un intérêt véritable. Ce n’était pas une technique de leadership apprise, mais l’expression naturelle de leur considération profonde pour chaque âme juive.
Cette attention personnelle, maintenue malgré l’échelle grandissante de leur œuvre, illustre parfaitement leur conception du leadership comme un service d’amour et de proximité. Elle incarnait l’essence même de l’approche Habad, fondée sur l’amour inconditionnel (ahavat Israël) et le principe que chaque juif mérite une attention particulière, indépendamment de son niveau d’observance ou de son statut social.
Un dévouement exemplaire
Le dévouement du couple Azimov à l’observance juive était légendaire et se manifestait jusque dans les détails les plus pratiques. Un exemple emblématique est rapporté : à une certaine époque, le Rav Azimov prenait personnellement le train jusqu’à la ville d’Orly pour livrer du lait Chamour (lait surveillé selon les exigences les plus strictes de la cacherout), permettant ainsi à des familles d’observer les lois alimentaires juives au plus haut niveau possible.
Ce type d’engagement personnel, allant bien au-delà de ce qu’exigeait formellement sa position, illustre la profondeur de sa dévotion et son approche du leadership comme un service authentique.
Épreuves et Persévérance
L’Épreuve de la maladie
En 1998 (le 25 Elloul 5758), le Rav Azimov subit un accident vasculaire cérébral invalidant qui bouleversa profondément sa vie et celle de toute la communauté. Cet événement soudain, qui survint alors qu’il était en pleine force de son action, marqua un tournant décisif dans son parcours. Les séquelles neurologiques affectèrent significativement sa mobilité et sa parole, imposant des limites physiques considérables à celui qui avait jusqu’alors déployé une énergie sans bornes au service de sa mission.
Face à cette épreuve dévastatrice, beaucoup auraient choisi de se retirer pour se consacrer exclusivement à leur rétablissement. Pourtant, le Rav Azimov démontra une force intérieure qui inspira tous ceux qui l’entouraient.
Avec le soutien indéfectible de son épouse Bassie, qui redoubla d’efforts pour compenser ses limitations, il entreprit un processus de réadaptation exigeant. Les thérapies physiques et orthophoniques devinrent partie intégrante de son quotidien, mais jamais au détriment de sa mission. Dès les premières semaines suivant son AVC, encore hospitalisé, il recevait déjà ses collaborateurs pour poursuivre la direction de ses institutions.
Les témoins de cette période racontent comment, malgré une parole devenue laborieuse, le Rav continuait à enseigner la Torah avec une profondeur inchangée. Ses cours, désormais plus courts mais non moins intenses, attiraient toujours autant de fidèles, peut-être même davantage qu’avant, tant l’exemple de sa persévérance ajoutait une dimension supplémentaire à ses enseignements. Comme le rapporte l’un de ses proches élèves : « Chaque mot qu’il prononçait avec difficulté valait pour nous mille discours éloquents – c’était la victoire quotidienne de l’esprit sur la matière. »
Le Rabbi de Loubavitch avait enseigné que les épreuves physiques n’affectent pas l’essence de l’âme, et le Rav Azimov incarnait désormais cette vérité de manière éclatante. Sa détermination inflexible à poursuivre sa mission eut un impact profond sur toute la communauté. Des adaptations furent bien sûr nécessaires : les réunions se tenaient désormais souvent à son domicile, les déplacements étaient limités, et une équipe renforcée de collaborateurs dévoués assurait l’exécution des directives qu’il continuait à donner.
Paradoxalement, cette période vit une expansion encore plus remarquable du réseau Loubavitch en France. Comme si l’adversité avait galvanisé les énergies, de nouveaux projets virent le jour et le budget global des institutions continua de croître substantiellement chaque année, atteignant plusieurs millions d’euros. Sous sa supervision attentive, malgré les contraintes physiques, l’administration de ce vaste réseau se poursuivait avec une efficacité impressionnante.
Son fils, le Rav Mendel Azimov, prit progressivement plus de responsabilités opérationnelles, mais toujours sous la direction stratégique de son père qui, malgré ses limitations, conservait une vision claire et précise des orientations à prendre. Cette transmission progressive permit d’assurer la continuité tout en bénéficiant de la sagesse et de l’expérience du Rav Azimov.
Cette persévérance face à l’adversité physique témoigne non seulement de sa force de caractère personnelle, mais aussi de la profondeur de son engagement envers sa mission divine, qu’il considérait comme transcendant ses limitations personnelles. Pour la communauté, cette période devint une puissante leçon vivante sur la manière dont les obstacles peuvent être transformés en opportunités de grandeur spirituelle.
Comme l’exprime un autre émissaire formé par le Rav Azimov : « Avant son AVC, nous admirions ce qu’il faisait ; après, nous avons été transformés par ce qu’il était. Sa maladie nous a enseigné que servir ne dépend pas des circonstances extérieures mais de la décision intérieure de se consacrer entièrement à sa mission divine. »
Héritage et Continuité
Un Double Départ
Mme Bassie Azimov est décédée le lundi 14 novembre 2011 (17 Hechevan 5772) à l’âge de 67 ans, laissant derrière elle un héritage d’amour, de dévouement et de service à la communauté. Le Rav Chmouel Azimov l’a rejointe trois ans plus tard, s’éteignant le mercredi 5 novembre 2014 (12 Hechvan 5775) à l’âge de 69 ans.
Une Œuvre Qui Perdure
Des Bâtisseurs d’Âmes
Le couple Azimov incarne parfaitement la notion exprimée dans la Torah au sujet d’Abraham (Genèse 12:5) : « Vé-eth hanefech acher assou beharan » – « et les âmes qu’ils ont fait à Haran ». Cette expression énigmatique a intrigué les commentateurs bibliques pendant des siècles. Comment peut-on « faire » des âmes?
Selon l’interprétation traditionnelle de Rachi, l’un des plus éminents commentateurs de la Torah, Abraham et Sarah ne se contentaient pas de transmettre un enseignement abstrait – ils transformaient profondément ceux qu’ils rencontraient, au point que ces personnes étaient considérées comme « nouvellement créées ». En les guidant vers la connaissance du Divin, ils ne changeaient pas simplement leurs opinions, mais leur essence même.
Cette métaphore puissante s’applique parfaitement à l’œuvre du Rav Chmouel et de Mme Bassie Azimov. Tout comme le patriarche Abraham et son épouse Sarah ont « fait des âmes » en rapprochant leurs contemporains de la connaissance du Divin, les Azimov ont consacré leur vie entière à la communauté juive, « faisant des âmes » en ramenant d’innombrables juifs à leur héritage spirituel.
Les parallèles entre le couple biblique et les émissaires Loubavitch sont frappants. Abraham et Sarah vivaient dans un monde largement idolâtre et introduisirent la connaissance du Dieu unique. De même, les Azimov œuvrèrent dans une société française de plus en plus sécularisée, où de nombreux juifs s’étaient éloignés de leurs racines spirituelles. Abraham et Sarah ouvraient leur tente aux voyageurs de tous horizons, offrant non seulement le confort matériel mais aussi la nourriture spirituelle. De même, la maison des Azimov était constamment ouverte, accueillant juifs pratiquants et non-pratiquants autour de leur table chabbatique légendaire.
Une Approche Transformatrice
L’influence des Azimov allait bien au-delà de l’enseignement doctrinal ou de l’observance rituelle. Leur approche, profondément ancrée dans la philosophie hassidique, visait à révéler la dimension divine présente en chaque juif, indépendamment de son niveau de pratique ou de connaissance.
De nombreux témoignages illustrent cette dimension transformatrice de leur influence. Un professeur d’université, initialement hostile à toute forme de pratique religieuse, raconte: « Ma première rencontre avec le Rav Azimov devait durer dix minutes, par simple politesse. Nous avons parlé deux heures. Je suis reparti ébranlé, non pas par des arguments théologiques, mais par la rencontre avec un homme qui incarnait une authenticité et une profondeur que je n’avais jamais connues. C’était comme si une partie de moi-même, dont j’ignorais l’existence, venait d’être révélée. »
Une femme issue d’une famille assimilée témoigne: « Quand j’ai rencontré Madame Azimov pour la première fois, j’étais complètement étrangère au judaïsme, malgré mes origines. Elle ne m’a pas parlé de religion, mais m’a invitée à préparer le repas de Chabbat avec elle. Dans sa cuisine, en pétrissant la pâte de la ‘halla, j’ai senti une connexion viscérale avec des générations de femmes juives avant moi. Ce n’était pas une conversion intellectuelle, mais une reconnexion de l’âme avec sa source. »
Ces témoignages, parmi des centaines d’autres, illustrent la façon dont les Azimov, à l’image d’Abraham et Sarah, ne se contentaient pas d’enseigner ou de convaincre, mais réveillaient l’étincelle divine déjà présente en chacun – littéralement « faisant des âmes » en révélant leur véritable nature.
L’Héritage Multigénérationnel
La comparaison avec les patriarches bibliques s’étend également à l’aspect multigénérationnel de leur influence. Tout comme Abraham est devenu « Avraham Avinou » – Abraham notre père, fondateur d’une lignée spirituelle qui perdure depuis des millénaires, l’impact des Azimov transcende leur propre génération.
Leurs trois enfants poursuivent aujourd’hui leur mission avec le même dévouement, mais leur descendance spirituelle est bien plus vaste. Les centaines d’émissaires qu’ils ont formés et inspirés, et qui dirigent maintenant leurs propres centres communautaires à travers la France, représentent la continuité directe de leur vision. Ces « enfants spirituels » ont à leur tour influencé des milliers d’autres personnes, créant un effet d’onde qui continue de s’étendre.
Un Chalia’h formé par les Azimov dans les années 1980, qui dirige aujourd’hui une communauté florissante, exprime cette filiation spirituelle: « Tout ce que j’enseigne, même si je le formule avec mes propres mots, est imprégné de leur influence. Je me surprends parfois à utiliser leurs expressions, leurs métaphores, leur façon unique d’expliquer les concepts les plus complexes avec simplicité et profondeur. Ce n’est pas simplement que j’ai appris d’eux – ils ont façonné ma façon même de penser et de ressentir le judaïsme. »
Un Héritage vivant
Contrairement à un héritage matériel qui se divise quand il est partagé, l’héritage spirituel des Azimov s’est multiplié à mesure qu’il a été transmis. Chaque personne qu’ils ont influencée est devenue, à des degrés divers, un vecteur de transmission de leurs enseignements et de leur approche.
Dans les écoles qu’ils ont fondées, des générations d’enfants qui n’ont jamais connu personnellement les Azimov grandissent néanmoins imprégnées de leur vision. Les méthodes pédagogiques qu’ils ont développées, adaptant les principes traditionnels du ‘Hinnoukh (éducation juive) aux réalités de la France contemporaine, continuent d’être appliquées et perfectionnées.
Les institutions qu’ils ont créées ne sont pas simplement des monuments à leur mémoire, mais des organismes vivants qui évoluent et s’adaptent, tout en restant fidèles à l’esprit de leurs fondateurs. Comme l’exprime un membre du conseil d’administration du Beth Loubavitch: « Nous nous demandons souvent, face à de nouveaux défis: ‘Comment le Rav Azimov aurait-il abordé cette situation?’ Sa sagesse continue de nous guider, non comme un ensemble rigide de règles, mais comme une approche vivante qui peut s’adapter aux circonstances changeantes. »
Ainsi, tout comme l’influence d’Abraham et Sarah se fait encore sentir aujourd’hui à travers le peuple juif tout entier, l’œuvre du Rav Chmouel et de Mme Bassie Azimov continue de façonner la vie juive française bien au-delà de leur présence physique. Ils ont véritablement « fait des âmes » qui, à leur tour, perpétuent leur vision et leurs valeurs.
La Nouvelle Génération
Aujourd’hui, l’œuvre des Azimov se perpétue à travers leurs trois enfants et les nombreux émissaires qu’ils ont formés et inspirés. Cette continuité témoigne de la solidité des fondations qu’ils ont établies et de la puissance de la vision qu’ils ont incarnée tout au long de leur vie. Ce qui caractérise cette transmission, c’est la fidélité absolue à l’esprit initial de leur mission : chaque nouvelle génération d’émissaires poursuit l’œuvre avec la même soumission totale aux directives du Rabbi, créant ainsi une chaîne ininterrompue de dévouement qui transcende le temps.
Cette soumission au Rabbi n’était pas pour les Azimov une simple allégeance formelle, mais l’essence même de leur mission. « Nous ne sommes que les instruments du Rabbi, » répétait souvent le Rav Azimov. « La réussite dans la mission dépend du Bitoul, l’annulation totale au Rabbi. » Cette humilité profonde, loin d’être une limitation, constituait paradoxalement la source de leur audace et de leur créativité. En se considérant comme de simples canaux pour transmettre la sagesse et la vision du Rabbi, ils se libéraient des contraintes de l’ego et pouvaient ainsi accomplir l’impossible.
Le Rav Chmouel Azimov et son épouse Bassie représentent un exemple extraordinaire de leadership spirituel, d’engagement communautaire et de dévouement à une cause transcendante. Leur impact sur le judaïsme français est si profond qu’il est pratiquement impossible d’imaginer ce que serait aujourd’hui la communauté juive de France sans leur influence transformatrice. Et cet impact extraordinaire est le fruit direct de leur abnégation et de leur soumission constante aux directives de leur maître spirituel, faisant d’eux les parfaits « chlou’him » – émissaires au sens le plus noble du terme.
Leur héritage perdure non seulement dans les institutions qu’ils ont bâties, mais aussi dans les vies qu’ils ont touchées, les âmes qu’ils ont élevées, et la renaissance spirituelle qu’ils ont catalysée. Comme l’exprime la tradition juive, leur œuvre se poursuivra « jusqu’à la venue du Machia’h très prochainement », contribuant à la rédemption ultime que le judaïsme attend avec espérance. La bénédiction initiale du Rabbi, leur promettant « un succès au-delà de l’imagination », continue de se réaliser jour après jour, témoignage vivant de la puissance d’une mission accomplie dans l’esprit de soumission totale et joyeuse à la volonté du chef de notre génération jusqu’à la venue imminente du Machia’h.