La Lumière Cachée de Pourim – Rav Mihael Taieb

La Lumière Cachée de Pourim – Rav Mihael Taieb

À Pourim, l’essence divine se manifeste directement dans le monde matériel – y compris dans le festin et la joie. Cette révélation unique nous permet de maintenir nos activités quotidiennes tout en accédant à une lumière spirituelle habituellement accessible uniquement par le détachement complet.

 

Rav Mihael Taieb

Il y a près de 20 ans vivait encore parmi nous un homme nommé le Machpia Shalom Feldman, que la paix soit sur lui. Ceux qui ont eu le privilège d’entendre ses nombreuses histoires témoignent de sa sagesse profonde. Durant une année de travail commun à la Yeshiva Habad de Holon, chaque trajet nocturne offrait l’occasion d’entendre de véritables perles de sagesse de sa bouche.

Une fois, il a partagé cette réflexion : même si quelqu’un prend beaucoup de « Lé’haïm » (boissons alcoolisées) – alors que généralement l’alcool délie les langues selon l’adage « le vin entre, le secret sort » – un secret vraiment profond, qu’une personne ne veut absolument pas révéler, restera gardé même après tous les « Lé’haïm » du monde.

Cette observation fait écho à l’enseignement de la Michna qui stipule : « L’homme est toujours responsable [mouad] ». Une personne demeure entièrement responsable de ses actes et ne peut jamais prétendre « c’était une erreur ». Plus surprenant encore, la Michna affirme que cette responsabilité s’étend même au sommeil.

Comment comprendre cette responsabilité pendant le sommeil ? La Hassidout l’explique ainsi : notre cerveau subconscient fonctionne de telle façon que si, pendant la journée, il était absolument certain pour nous qu’une certaine chose n’arriverait pas pendant notre sommeil, alors elle n’arriverait pas. Si quelque chose se produit pendant notre sommeil, c’est le signe que pendant la journée, ce n’était pas totalement exclu dans notre esprit.

De même pour l’alcool : si certains comportements émergent sous son influence, on ne peut se défendre en disant « ce n’était pas ma faute, j’avais bu ». Ces actes révèlent des tendances qui auraient pu se manifester même sans alcool ; l’ébriété a simplement abaissé les barrières du contrôle.

Le Rav Leibel Groner, de mémoire bénie, racontait qu’un Chabbat Mevar’him Iyar, le Rabbi avait déclaré que ce Chabbat représentait l’alliance de tous les mois d’été à venir. Après Pessah commence l’été, et le Rabbi enseignait que tout commencement doit se faire dans la joie, car la joie brise les barrières. Ayant demandé aux Hassidim d’entonner un air joyeux, le Rabbi s’est alors levé et a commencé à danser avec une intensité extraordinaire. La foule l’a rejoint dans cette danse exultante.

Après quelques minutes, le Rabbi s’est rassis, essoufflé par l’effort. Le Rav Groner, se tenant à ses côtés, l’a entendu murmurer : « Que produira tout cela dans la pensée, la parole et l’action ? » Cette anecdote nous enseigne qu’à Pourim, même dans la joie des « Lé’haïm », il faut garder à l’esprit que D.ieu se tient au-dessus de nous.

La Meguila dit : « Les Juifs eurent la lumière, la joie, l’allégresse et l’honneur. » Nos Sages interprètent : « la lumière » représente la Torah, « l’allégresse » symbolise le festin. La halakha recommande d’étudier la Torah avant de participer au festin de Pourim.

L’essence de Pourim, selon la Hassidout, surpasse celle des autres jours de fête (yom tov). Lors des jours de fête ordinaires, le travail est interdit, des vêtements spéciaux sont requis, et à Yom Kippour, même manger est prohibé – un détachement complet du monde matériel est exigé. Pourquoi ces restrictions ? Parce qu’une lumière divine particulière descend dans le monde ces jours-là. Cette révélation divine ne peut résider que dans un réceptacle approprié, capable de la contenir.

Si quelqu’un ne se détache pas des activités mondaines durant ces fêtes, ne porte pas les vêtements appropriés, n’assiste pas aux offices – alors il ne s’est pas positionné, physiquement et spirituellement, là où la révélation se manifeste. Par conséquent, bien que la révélation soit présente, il ne la reçoit pas. Plus la révélation est élevée, plus grand doit être notre détachement des affaires mondaines.

À Pourim, cependant, le travail est permis. La tradition Hassidique explique qu’à Pourim, ce n’est pas simplement une révélation divine qui se manifeste, mais l’essence même de D.ieu.

Cette essence transcende toutes les catégories. Dire de D.ieu qu’Il est « sans limites » est à la fois vrai et faux, car cette définition elle-même constitue une limitation. De même, Le décrire comme « limité » est également vrai et faux. La vérité est que D.ieu échappe à toute définition. Dans le langage de la Hassidout, Il est simultanément sans limites et limité, au-delà de ces catégories mêmes. L’ouvrage kabbalistique « Avodat Hakodesh » affirme que « l’Infini, béni soit-Il, est la perfection de tout » – et si l’on dit de Lui qu’Il est sans limites mais pas limité, on L’a déjà limité, diminuant Sa perfection.

De là découle l’expression Hassidique que D.ieu « porte les contraires en Lui-même ». L’infini et le fini sont contradictoires, normalement incompatibles, mais en D.ieu ils coexistent harmonieusement. D.ieu, qui transcende à la fois l’infini et le fini, peut les unir parfaitement. C’est l’essence de Pourim.

Cette révélation de l’Essence divine peut donc nous atteindre même si nous continuons nos activités quotidiennes – conduire, cuisiner, téléphoner. Bien qu’il soit préférable de ne pas travailler ce jour-là, Pourim n’exige pas le détachement complet imposé par Yom Kippour.

Le miracle, comme l’enseignait le Rabbi dans son discours de Pourim 5716, est que cette révélation de l’Essence divine se manifeste spécifiquement dans le festin de Pourim. Les femmes qui préparent la nourriture pour ce festin doivent savoir que leurs plats serviront de réceptacle à la révélation de D.ieu Lui-même.

Le festin de Pourim n’est donc pas une simple occasion de réjouissance, mais une joie imprégnée de sainteté et de pureté. Une joie de repentir dans l’allégresse. Une joie qui brise les barrières et révèle l’Essence divine.

C’est pourquoi « les Juifs eurent la lumière et la joie. » Pour aborder ce repas dans l’esprit approprié, il convient d’étudier préalablement un sujet de Torah – un midrash sur Pourim, un passage de la Guemara du traité Meguila, un discours Hassidique, un chapitre du Tanya – de réciter quelques psaumes, de se purifier les mains, puis de se réjouir sans limites. Mais à chaque verre de « Lé’haïm », il faut se rappeler : « Que produira tout cela dans ma pensée, ma parole et mon action ? »

La halakha prescrit une bénédiction spéciale – « Béni sois-Tu, Éternel notre D.ieu, Roi de l’univers, qui est bon et qui fait le bien » – lorsqu’on boit un vin de qualité supérieure au premier. Cette bénédiction fut instituée après que les Romains eurent finalement permis d’enterrer les martyrs de Beitar. Pourquoi prononcer cette bénédiction en buvant du vin ? Pour se rappeler, même dans le plaisir, les tragédies passées et éviter les comportements qui pourraient provoquer de nouvelles destructions. Cette prescription révèle la profonde compréhension psychologique des Sages.

Dans son fameux discours de Pourim 5718, lors d’une hitvaadout mémorable qui dura de 21h30 jusqu’à 6h du matin, le Rabbi expliqua le sens profond de l’injonction de boire jusqu’à « ne plus distinguer entre ‘maudit soit Haman’ et ‘béni soit Morde’haï' ». L’intention n’est pas d’atteindre un état d’ivresse où l’on confondrait réellement le bien et le mal. Au contraire, il s’agit d’arriver à un niveau transcendant l’intellect où, même dans cet état de « Ad DéLo Yada, ne pas savoir », demeure une clarté fondamentale sur ce qui est béni et son contraire.

La tradition raconte que certains justes, comme le Rama, parcouraient les maisons après le festin de Pourim pour rappeler aux gens de prier la prière du soir. Cette conduite exemplifie l’attitude juive authentique : même dans l’état de « Ad Délo Yada » (jusqu’à ne plus savoir), conserver une conscience claire de ce qui est béni et et son contraire.

La Hassidout met en garde contre « l’absorption des forces extérieures ». L’Admour Hazaken emploie cette parabole : un voleur cible naturellement les endroits où il y a des richesses à dérober. De même, les forces négatives (klipot) cherchent à détourner l’énergie divine. D.ieu accorde à ces forces une vitalité minimale, « par l’arrière », sans générosité ni désir – contrairement à la sainteté qu’Il alimente abondamment.

Ces forces négatives, tels des voleurs rusés, tentent constamment de s’infiltrer pour détourner l’énergie spirituelle : transformer la crainte divine en colère, l’amour de D.ieu en passions matérielles, ou l’exaltation de l’étude en orgueil. Ces subtiles incursions requièrent un discernement aiguisé pour être détectées.

Une histoire illustre ce concept : Rabbi Menahem Nahoum Twerski de Tchernobyl, (né en 1730, Garinsk, Volhynie – mort en 1797, Tchernobyl, en Ukraine), reçut un don considérable d’un visiteur, au moment même où un de ses fidèles avait besoin exactement de cette somme pour marier sa fille. Il remit donc l’argent à ce Hassid nécessiteux. Mais ensuite, un doute l’assaillit : n’aurait-il pas été préférable de répartir cette somme entre plusieurs familles ? Il finit par reconnaître que sa première impulsion venait de l’âme divine, tandis que le second raisonnement émanait de l’âme animale.

Le Baal Shem Tov enseignait que la Hassidout n’est pas venue pour rendre les gens plus religieux – la religion peut parfois transformer la dévotion en colère contre ceux qui perturbent la prière, ou en irritation envers les enfants qui ne se comportent pas comme souhaité. On peut être religieux et rester un « naval birshut haTorah » (un scélérat avec la permission de la Torah). La Hassidout vise plutôt à développer la perspicacité spirituelle, à affiner les sens pour discerner les ruses du mauvais penchant.

Une anecdote révélatrice raconte comment le Rabbi Rachab, 5e Rabbi de Loubavitch,  lors d’un Farbrenguen, remarqua un Hassid qui, tout en écoutant attentivement son enseignement, mangeait distraitement du sarrasin. Le Rabbi l’interpella : « N’oublie pas que tu manges du kasha. » Son fils, le Rabbi précédent, expliqua plus tard que le plaisir spirituel que ce Hassid ressentait en écoutant la Hassidout était subtilement détourné vers le plaisir matériel de la nourriture. Le Rabbi l’avertissait de cette infiltration du mauvais penchant.

Cette vigilance constante s’enracine dans la conscience que « D.ieu se tient au-dessus de nous et toute la terre est remplie de Sa gloire, Il nous regarde et examine nos reins et notre cœur, pour voir si nous Le servons comme il convient. »

Depuis la destruction du Temple, où D.ieu réside-t-Il ? « D.ieu n’a dans Son monde que les quatre coudées de la halakha. » L’Admour Hazaken explique que chaque fois qu’un Juif étudie la Torah dans la sainteté et la pureté, D.ieu réside en lui. Étudier la Torah, c’est inviter D.ieu chez soi – devenir Son hôte (ouchpizikhin). De même, quand nous célébrons le festin de Pourim avec des paroles de Torah, des chants spirituels, en nous élevant dans la sainteté, nous invitons D.ieu à notre table.

Le Rabbi Rachab notait que dans la tradition Habad, on n’écrit pas sur le pupitre de l’officiant « Sache devant qui tu te tiens », car cette conscience doit être gravée dans l’esprit, non sur un meuble. La présence divine devant laquelle on se tient doit être une réalité intérieure constante.

Une histoire illustre parfaitement cette idée. Un riche homme d’affaires, Hassid de l’Admour Hazaken, avait souvent l’occasion de rencontrer le Tsar russe lors de réceptions. Étant Hassid, il n’était pas impressionné par cette royauté terrestre – il se levait par respect protocolaire, mais sans manifester la révérence admirative des non-juifs. Le Tsar, remarquant cette attitude, lui envoya une convocation officielle.

Inquiet, l’homme se présenta au palais. Conduit de salle en salle, il finit par se retrouver devant le Tsar, complètement terrifié. L’empereur lui dit alors : « Tu vois comment tu te tiens maintenant ? C’est ainsi que je veux que tu te tiennes chaque fois que tu me vois. Maintenant tu as compris ? Tu peux partir. »

Cette leçon s’applique au festin de Pourim. Même en disant « Lé’haïm » et en se réjouissant, il faut garder à l’esprit que « D.ieu se tient au-dessus de nous, examine nos reins et notre cœur ». Cette conscience doit nous accompagner : « Que produira tout cela dans ma pensée, ma parole et mon action ? »

Le Choul’han Arou’h (Code de loi juive) stipule qu’à Pourim, « quiconque tend la main, on lui donne » – obligation de répondre à toute demande de charité. Selon le principe « Il déclare à Jacob Ses statuts et Ses lois à Israël » – ce que D.ieu ordonne à Israël de faire, Il le fait Lui-même – D.ieu s’engage en ce jour à exaucer toutes nos requêtes.

En ce jour béni, prions pour le retour de tous les otages, la protection des soldats et de tous les Juifs du monde entier, et surtout pour la venue du Machia’h, afin que nous nous réjouissions tous ensemble dans le troisième Temple reconstruit, d’une joie véritable et éternelle.

 

200 jeunes d’Europe célèbrent leur Bar-Mitsvah à la grotte de Sédécias à Jérusalem

200 jeunes d’Europe célèbrent leur Bar-Mitsvah à la grotte de Sédécias à Jérusalem

Deux cents adolescents de communautés juives à travers l’Europe ont célébré leur Bar-Mitsvah lors d’une cérémonie historique à la grotte de Sédécias à Jérusalem, organisée par le Centre des Rabbins d’Europe. Pour beaucoup, qui n’avaient jamais eu l’occasion de marquer ce rite de passage, ce voyage en Israël représente une réponse forte à l’antisémitisme croissant et un moment décisif de connexion avec leur héritage juif.

Dans un lieu chargé d’histoire millénaire, caché sous les rues de la Vieille Ville de Jérusalem, s’est déroulée une célébration exceptionnelle qui restera gravée dans la mémoire de 200 jeunes juifs européens. La grotte de Sédécias, également connue sous le nom de « carrière de Salomon », a servi de cadre majestueux à cette cérémonie collective de Bar-Mitsvah organisée par le Centre des Rabbins d’Europe.

Un lieu symbolique au cœur de Jérusalem

Nichée sous le Quartier musulman de la Vieille Ville, cette immense caverne artificielle de 20 000 m² représente bien plus qu’une simple grotte. C’est de cette carrière monumentale que fut extraite la pierre de Jérusalem, ce calcaire doré qui a servi à la construction de la ville sainte à travers les âges. La tradition associe ce lieu au roi Sédécias, dernier souverain du royaume de Juda avant la destruction du Premier Temple, qui aurait tenté d’y fuir lors de la conquête babylonienne.

Choisir cet endroit pour une célébration de Bar-Mitsvah revêt une symbolique particulièrement forte : ces jeunes adolescents franchissent le seuil de la maturité religieuse dans un lieu qui incarne la continuité historique du peuple juif et son attachement à Jérusalem. Les mêmes pierres qui ont construit la cité de David et les deux Temples témoignent aujourd’hui de l’engagement d’une nouvelle génération envers leur héritage.

Un voyage initiatique en temps de crise

Le parcours qui a mené ces 200 jeunes jusqu’à Jérusalem n’a pas été sans obstacles. Initialement prévu l’année précédente, ce voyage a dû être reporté en raison de la guerre déclenchée par l’attaque du 7 octobre. Malgré les tensions persistantes et les restrictions de vol, les organisateurs ont tenu à maintenir cet événement, conscients de son importance cruciale pour ces jeunes dont beaucoup n’avaient jamais eu l’occasion de célébrer leur Bar-Mitsvah.

Venus des quatre coins de l’Europe – France, Allemagne, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Slovaquie, Russie, Ukraine, Azerbaïdjan, Pologne, Monténégro – et même d’Ouganda, ces adolescents ont commencé leur périple par la Galilée, explorant Tibériade et Safed, hauts lieux de la spiritualité juive. Pour la plupart d’entre eux, il s’agissait d’une première découverte d’Israël, un baptême culturel et spirituel qui prend une résonance particulière dans le contexte actuel de montée de l’antisémitisme en Europe.

Le Rav Aryeh Goldberg, directeur général du Centre des Rabbins d’Europe, a d’ailleurs souligné cette dimension : « Particulièrement en ces temps où l’antisémitisme relève la tête, c’est la réponse la plus décisive que de renforcer l’identité juive partout. » Cette affirmation identitaire collective constitue en effet une puissante réponse aux hostilités croissantes que rencontrent les communautés juives européennes.

Une cérémonie entre tradition et émotion contemporaine

Le moment central du voyage s’est déroulé en deux temps symboliquement forts. D’abord, une montée collective à la Torah au Mur Occidental, dernier vestige du Second Temple et lieu le plus sacré du judaïsme actuel. Puis, la célébration principale dans la grotte de Sédécias, où ces jeunes ont été accueillis par plusieurs personnalités éminentes : le Grand Rabbin d’Israël Kalman Bar, le ministre de Jérusalem et des Traditions d’Israël Meir Porush, le ministre de la Diaspora Amichai Chikli, et le maire de Jérusalem Moshe Leon.

L’événement a pris une tournure particulièrement émouvante lors de la rencontre avec Danny Miran, père d’Omri Miran, l’un des otages encore retenus à Gaza. Danny Miran, qui faisait partie des soldats ayant libéré le Mur Occidental en 1967, a partagé son histoire personnelle et a demandé aux jeunes de s’unir dans la prière pour la libération de son fils. Ce moment a créé un pont saisissant entre l’histoire ancienne représentée par le lieu et les défis contemporains d’Israël.

Un impact durable sur les jeunes participants

Les témoignages recueillis auprès des participants et des responsables communautaires témoignent de l’impact profond de cette expérience. « Je n’avais jamais réalisé qu’il y avait tant de Juifs dans le monde, » a confié l’un des adolescents, révélant ainsi la prise de conscience que peut générer un tel rassemblement pour des jeunes souvent isolés dans leurs communautés d’origine.

Le Rav Levi Hefer de Düsseldorf (Allemagne) a souligné l’exceptionnalité de cette initiative : « Ce n’est pas la première fois que nous participons à ce voyage, mais ce n’est toujours pas quelque chose que nous tenons pour acquis, et cela suscite l’admiration chaque fois. Le fait que tant d’argent, de temps, de réflexion et d’efforts soient investis dans les adolescents d’Europe est spécial et émouvant. »

De son côté, le Rav Moshe Raskin d’Ouganda a évoqué les amitiés qui se sont nouées : « C’était réjouissant de voir les nouvelles amitiés qui se sont formées entre les enfants. Des enfants qui ne disent pas un mot ont trouvé des amis selon leur cœur et se sont ouverts. »

Un pont entre les générations et les communautés

Cette cérémonie collective de Bar-Mitsvah, au-delà de sa dimension religieuse traditionnelle, représente un puissant vecteur de transmission et de continuité pour le judaïsme européen. Dans des pays où les communautés juives sont parfois réduites et fragiles, offrir à ces jeunes l’opportunité de vivre ce moment fondateur dans un cadre aussi significatif que Jérusalem constitue un investissement dans l’avenir du peuple juif.

La diversité des origines des participants – de l’Europe occidentale à l’Azerbaïdjan en passant par l’Ouganda – témoigne également de la richesse et de la pluralité du judaïsme contemporain. Cette mosaïque de cultures et d’histoires réunies sous les voûtes millénaires de la grotte de Sédécias incarne parfaitement le caractère à la fois universel et particulier de l’identité juive.

Ainsi, entre les pierres ancestrales qui ont bâti Jérusalem et une nouvelle génération qui affirme son attachement au judaïsme, s’est tissé un lien précieux qui transcende le temps et l’espace. Dans cette carrière souterraine d’où ont été extraites les pierres de la Ville Sainte, ces jeunes ont à leur tour extrait quelque chose d’infiniment précieux : un sentiment d’appartenance et de continuité qui les accompagnera toute leur vie.

 

Le Gaon de Rogatchov et sa méthode en Halakha –   Par Moché Grossberg

Le Gaon de Rogatchov et sa méthode en Halakha – Par Moché Grossberg

Rav Yossef Razin, le Gaon de Rogatchov (1858-1936), a révolutionné l’étude de la Halakha en fusionnant philosophie maïmonidienne et analyse talmudique. Son approche unique, puisant directement aux sources originelles tout en ignorant les commentateurs intermédiaires, examine chaque question juridique comme manifestation d’un concept philosophique abstrait, créant ainsi une méthodologie aussi brillante qu’énigmatique.

Les livres de notre maître Rav Yossef Razin, le Gaon de Rogatchov (1858-1936), qu’il a intitulés « Tsafnat Pa’aneach » – bien qu’ils soient venus déchiffrer des points obscurs, sont restés comme une énigme dans le domaine de la Halakha ; car, à première vue, on ne voit pas en eux ses paroles comme une explication et à plus forte raison on n’y voit pas sa méthode en Halakha.

Les autres Gaonim ont une méthode directe et leurs paroles sont établies sur les fondements de leurs prédécesseurs, tandis que la particularité du Gaon de Rogatchov réside dans son originalité absolue, tant dans sa méthode d’étude que dans ses conclusions.

Sa méthode d’étude est semblable à celle des premiers sages, puisant directement à la source tout en ignorant complètement les générations de commentateurs qui l’ont précédé ; et selon ses paroles : « Nous n’avons pas à ajouter aux paroles de nos maîtres de la Guemara, du Talmud de Jérusalem et de la Tosefta, mais seulement à comprendre leurs paroles, et nous ne faisons pas preuve de partialité envers quiconque au monde » « mais je ne fais que clarifier et conclure selon l’approche du Talmud et du Talmud de Jérusalem selon mon opinion » (Responsa Ts. P. Varsovie, p. 74).

Parmi tous ses prédécesseurs, seul le Rambam avait de l’importance à ses yeux, celui qu’il considérait comme son maître éminent ; ici et là, il marchait dans sa chambre en serrant ses livres contre son cœur et s’exclamait : voici mon maître !

Sa connaissance était extraordinaire, comme si toute la Torah était déployée devant lui comme un parchemin – aucun secret ne lui échappait et sa pensée s’étendait et descendait dans les profondeurs.

Par cette voie libérée des conventions de ses prédécesseurs, tout en voyant toute la Torah devant ses yeux, celle-ci lui apparaissait naturellement comme un point unique et comme un seul sujet ; selon leur parole dans la Tosefta : « Celui qui pose une question hors sujet doit dire ‘j’ai posé une question hors sujet’, paroles de Rabbi Meïr ; les Sages disent qu’il n’a pas besoin, car toute la Torah est un seul sujet » (Tosefta Sanhédrin chapitre 7).

La combinaison exceptionnelle de toutes ces qualités, qui se sont unies à la fois chez cet homme unique, a créé un nouveau monde de pensée – le monde de la pensée rogatchovienne.

Le monde de la pensée rogatchovienne est un monde de philosophie, qu’il a connu à travers le « Guide des Perplexes » du Rambam, et cette pensée a trouvé son chemin vers le monde de la Halakha [voir l’article « Nombre et compte » expliquant la loi de « bal tosif » (ne pas ajouter) comme un concept philosophique trouvé dans le « Guide » sur la question du nécessaire – s’il est intentionnel ou mixte].

Il a discerné la ligne de pensée qui unit le Rambam homme de Halakha avec le Rambam homme de philosophie, ainsi ses paroles semblent abstraites, des choses qui ne concernent pas du tout la Halakha. Cependant, chose intéressante, malgré sa divergence des méthodes d’étude traditionnelles, il arrive aux mêmes conclusions en Halakha que les décisionnaires, et il n’y a entre lui et eux qu’une différence d’approche : tandis qu’ils sont arrivés à leurs décisions par une approche halakhique directe sur la question discutée, le Rogatchover a vu, dans la question halakhique discutée, non seulement le problème à sa place, mais le concept abstrait dans son ensemble.

Ainsi, la question a été posée dans la maison d’étude des décisionnaires : quel est le statut d’un mineur qui a atteint sa majorité le jour de Kippour – selon l’opinion « que nous comptons les années de majorité de moment à moment » – est-il obligé de terminer le jeûne ? Les décisionnaires ont trouvé que, puisqu’il est autorisé à manger une partie de la journée, il n’y a plus de jeûne du soir au soir. Cependant, le Rogatchover, qui est arrivé à la même conclusion, n’a pas vu la question uniquement à sa place, mais l’a transférée et l’a intégrée dans la problématique du concept de temps. C’est-à-dire si le temps est un point indivisible ou s’il est cumulatif. (Voir l’article sur les concepts de temps page 19).

Son attachement à la philosophie du Rambam l’a amené à utiliser des termes empruntés au « Guide » pour expliquer la Halakha, comme : les deux opinions dans le « Guide » sur la question « si l’absence d’un attribut est l’existence d’une qualité ou non », le Rav s’en est servi pour expliquer la controverse entre le Talmud de Babylone et le Talmud de Jérusalem concernant la règle des « pauvres connus » (voir l’article Attribut et Essence).

De même, il a utilisé d’autres termes du « Guide » comme : point – partie qui n’est pas divisible (voir Guide des Perplexes, partie I, chapitre 73 et chapitre 76 là-bas) ; composition mixte et composition adjacente (Guide des Perplexes, partie II, chapitre 22 et voir aussi là-bas chapitre 1, deuxième étude. Et voir l’article Cloisons et Domaines).

Plusieurs idées fondamentales traversent la pensée du Rogatchover, par exemple, les quatre premiers articles : temps ; nombre et compte ; mesure et dimension ; lettres et mots, qui sont tous unis par une seule idée : « combinaison ou point », s’inspirent d’une autre pensée philosophique centrale – « général et particulier ».

Comment fonctionne « général et particulier » ? Le général est-il un groupe d’objets, de détails qui existent ensemble, une sorte de composition adjacente, de sorte que même dans le général, le détail ne perd pas son caractère ? Ou bien avec la division du général, des individus sont créés, car le général est une sorte de composition mixte, de sorte que dans le général, le détail n’a pas d’existence propre ?

Dans ses termes : « si dans le général il y a aussi une définition de détails » (Mah. T. page 6) « si le tout se divise en détails ou si des détails forment un tout » (ibid. page 12) « si l’existence se divise en détails ou si les détails sont inclus dans le général » (ibid. page 10).

Cette idée fondamentale se reflète dans la Halakha de plusieurs façons :

a. L’interdiction d’un membre d’un animal vivant (ever min ha’chai), comment cela fonctionne-t-il ? Si quelqu’un a mangé un être vivant entier, l’interdiction d’ever min ha’chai s’applique-t-elle, puisque l’être vivant est composé de nombreux membres formant un corps, et il s’avère que les membres apparaissent par eux-mêmes, par conséquent, bien qu’il ait mangé tout l’être vivant, il a également inclus la consommation des membres d’un être vivant ? Ou bien le membre n’a aucune identité propre, et il se fond avec tout le corps, et le membre n’est qu’une partie du tout, et quand il a mangé tout l’être vivant, il n’a pas mangé des membres mais un seul corps vivant ? Et en effet, sur cette question, il y a une controverse entre Tannaïm, dans le traité Houlin 102b : « Il a pris un oiseau qui ne fait pas la taille d’une olive et l’a mangé, Rabbi l’exempte, et Rabbi Éliézer fils de Rabbi Shimon le rend responsable. » Rachi explique : « Rabbi Éliézer fils de Rabbi Shimon le rend responsable car il pense qu’un [être] entier, il n’y a pas de membre d’un être vivant plus grand que cela, et pour un membre, il n’est pas nécessaire qu’il fasse la taille d’une olive. »

(Et voir dans Zevahim 104b : « Rabbi Éléazar a demandé : concernant les taureaux qui sont brûlés et les boucs qui sont brûlés dont la moitié est sortie dans la majorité d’un membre », s’il y a sur lui la loi de sortie par le fait que la majorité du membre est sortie, et voir aussi dans Houlin 70a : « Rava a demandé : suit-on pour les membres la majorité, comme dans le cas où la moitié de lui est sortie et la majorité d’un membre »).

b. L’impureté de la nidda et de la zava, est-ce que l’impureté s’applique à chaque membre et membre – le membre ayant une existence propre – et tout le corps est une combinaison de nombreux membres, ou est-ce que l’impureté s’applique à l’ensemble du corps de la femme car le détail n’a pas d’essence propre. Différence pratique : un membre d’une femme nidda qui s’est détaché d’elle, rend-il impur comme une nidda ou non ? C’est une guemara dans Shabbat 82b : « Ce qui fait que la nidda n’est pas [divisée] par membres ». Selon l’explication de Rachi là-bas : « Si un membre a été coupé d’elle, il rend impur par contact ou par recouvrement à cause de la loi d’un membre d’un être vivant, mais pas à cause de la loi d’un membre d’une nidda, et la différence pratique est qu’il ne rend pas impur par ‘pierre qui bouge' », et ainsi ont expliqué les Tossefot dans Kritout 13a, début du discours « Rava a dit », [dans le sujet « la nidda n’est pas [divisée] par membres », l’interprétation du Rambam et du Raavad est différente dans les lois de l’impureté du lit et du siège, chapitre 9, halakha 4].

c. Ce problème se trouve également dans le sujet du meurtre d’une personne ; est-ce que dans son meurtre, outre qu’il y a dans cette mort la prise de la vie de la personne, y a-t-il aussi des actions de destruction et de dommage dans chaque membre et membre, puisqu’il a aveuglé ses yeux, assourdi ses oreilles, coupé ses mains et ses pieds, etc., ou dans le langage du Talmud de Jérusalem : « y a-t-il des dommages dans le tout » (Talmud de Jérusalem Baba Kama chapitre 4, halakha 6) concernant l’obligation de rançon dans le cas où un bœuf tue, et il y a le cas où le premier a frappé un coup qui peut causer la mort et un second est venu et a accéléré sa mort. On peut dire, de même qu’il y a une obligation de paiement pour des dommages partiels, il en est de même « il y a des dommages dans le tout », c’est-à-dire que s’il l’a tué, il y a aussi une loi de dommages, car il a effectué des actions de dommage sur chaque membre et membre, ou « il n’y a pas de dommages dans le tout » car il n’y a ici qu’une action de meurtre et non des actions de dommage, (voir le Talmud de Babylone Baba Kama 43a, et voir dans « Noam Yeroushalmi » et « Netivot Yeroushalayim ») ; car le membre est comme un détail en soi et il s’avère que dans l’acte de son meurtre, il a retiré à chaque membre et membre sa fonction, ou que le membre n’apparaît pas comme un détail en soi mais comme une partie du corps humain, donc dans son meurtre, il n’y a pas de dommage aux membres eux-mêmes.

D’ailleurs, à partir de cette question qui se trouve dans son livre dans la deuxième édition, on peut voir l’évolution de sa pensée, car dans son livre dans la première édition (dans Ts. P. Maakhalot Assourot chapitre 5, halakha 1), le Rogatchover construit cette question d’une autre manière. Il demande : comment fonctionne la vie ? Est-ce que la vie d’une personne est dans chaque membre et membre, et par conséquent le retrait de la vie est également de chaque membre et membre, ou est-ce que la vie est dans le cœur, et de lui vivent tous les membres, et par conséquent le retrait de la vie n’est qu’à un seul endroit, et ainsi s’expliquent les paroles du Talmud de Jérusalem « il y a des dommages dans le tout ». [Et voir Yevamot 79b : « Rava a dit : si c’est ainsi, il n’y a pas de femme qui soit apte au lévirat, car son mari n’est pas devenu eunuque par la chaleur une heure avant sa mort », car même avant sa mort, il y a déjà la mort du membre].

En fin de compte, les concepts du Rogatchover ne constituent pas une doctrine ordonnée, ce sont des étincelles de pensée dispersées dans tous ses livres.

Le rassemblement de ces étincelles a été pour moi comme une ligne et un niveau. Le désir de rassembler les fragments dispersés de ses pensées en une doctrine claire m’a guidé sur le chemin difficile – celui de donner un arrière-plan halakhique qui convient aux concepts et les éclaire.

Ainsi, ses recherches abstraites ont été insérées dans le cadre de concepts, avec les halakhot qui leur sont liées devenant un centre pour eux ; ce faisant, les « yeux » ont pris chair et se sont revêtus d’une forme.

Ce livre est basé sur les livres du Rogatchover : Tsafnat Pa’aneach partie 1 (1903), Ts. P. sur le livre Haflaah du Rambam (1903) ; Ts. P. Kilayim et Matnot Aniyim (1905) ; Ts. P. Terumot (1908) ; Ts. P. Études de diverses halakhot dans le Talmud, qui est un fascicule complémentaire à la quatrième partie ; Ts. P. Deuxième édition (1930) ; Ts. P. Questions et Réponses 3 parties Varsovie (1935) ; Ts. P. Questions et Réponses, parties 1-2 Dvinsk (1940-1941) ; Lettres de Torah – échange de lettres entre le Rogatchover et le Rabbin Mordechai Kalina (1937), et à partir d’eux ont été créés les concepts qui sont « les secrets du Rogatchover ».

Ma reconnaissance va à mon parent Nachum Arieli qui a révisé avec moi le livre pour le styliser, à l’exception de cet article et des deux derniers articles sur lesquels mon ami Eliezer Ben Yoetz a passé sa plume et qu’il soit béni pour cela.

Avec l’aide de D.ieu, Marheshvan 5718

Moché Grossberg

Alerte au milieu du repas de Pourim : tout le monde a couru rapidement vers le 770

Alerte au milieu du repas de Pourim : tout le monde a couru rapidement vers le 770

Quand une alerte soudaine interrompt un festin de Pourim, c’est toute une communauté qui se précipite vers le 770 Eastern Parkway. Le Rav Eliyahou Shvicha nous livre un témoignage émouvant sur ce moment extraordinaire de 1989, où le Rabbi transforma une fin de fête en explosion de joie spirituelle, nous enseignant au passage l’importance de saisir chaque opportunité de faire le bien sans délai.

Shvicha, Eliyahou

La fête de Pourim est pour moi un jour très spécial, j’ai eu le mérite d’être auprès du Rabbi. J’étais certes un bébé, âgé de 7 mois seulement et je ne m’en souviens évidemment pas, mais j’ai beaucoup entendu les souvenirs de mes parents de ce Pourim exaltant, j’ai acquis auprès de JEM les extraits vidéo des distributions de dollars et de l’audience générale à laquelle j’ai eu le mérite de participer, et j’ai eu le privilège d’écouter les enregistrements des discours sacrés prononcés alors pendant les jours de semaine. Je vais présenter ici ces impressions et souvenirs.

Mois d’Adar II 5749, nous sommes partis chez le Rabbi depuis la Terre Sainte, mes parents et moi. Nous sommes restés deux semaines auprès du Rabbi, deux semaines pleines d’expériences spirituelles. Distributions de dollars, discours et Farbrenguen les Chabbat, pièces que le Rabbi m’a données plusieurs fois, audiences pour les visiteurs, et bien sûr la fête de Pourim.

À notre arrivée, le Rabbi priait encore dans la maison du RaShag (Rabbi Shemaryahu Gurary), son beau-frère, comme le Rabbi avait l’habitude de faire depuis son décès le 6 Adar I. Ce n’est que pour la prière de Minha du jeûne d’Esther, veille de Pourim, que le Rabbi est revenu prier au 770 en bas, et c’est ainsi que cela est resté.

Pourim 5749-1989, tout le monde pensait qu’il y aurait un rassemblement un jour de semaine, car c’était la première fête après la fin de l’année de deuil pour la Rebbetzin Haya Mouchka, puis on a appris que le Rabbi ne ferait pas de Farbrenguen. Les émissaires du monde entier ont écrit au Rabbi un Pan (note de demande) pour qu’il y ait un Farbrenguen à Pourim, mais le Rabbi a répondu qu’il y aurait un discours, pas un Farbrenguen.

Après Minha, le Rabbi a prononcé un discours très particulier, sur les commandements de Pourim en général. Le Rabbi a expliqué le verset « Les Juifs eurent la lumière, la joie, l’allégresse et l’honneur », chaque élément séparément, et après le discours, le Rabbi a distribué des dollars.

L’ambiance était encore ordinaire. Mais ce qui s’est passé ensuite était très particulier. Nous sommes allés au repas de Pourim chez le Rav Moshe Kotlarsky, l’atmosphère était spéciale, beaucoup de bienfaiteurs proches de lui sont venus, et il a placé un jeune homme marié à côté de chaque bienfaiteur, et une femme à côté de chaque épouse de bienfaiteur. Ainsi, mes parents étaient assis et conversaient quand soudain, une alerte.

Quand il y a une alerte à Crown Heights, cela signifie que le Rabbi va donner un discours ou distribuer des dollars de façon inattendue.

Tout le repas s’est dispersé en un instant, nous avons tous couru vers le 770, ma mère courait tout en fermant la fermeture éclair de mon manteau sur moi, petit, et nous sommes arrivés au 770. Le Rabbi a prononcé un discours très spécial.

Le Rabbi a parlé dans son discours du fait que même à la fin de Pourim, on peut encore compléter la joie de Pourim, car il y a des endroits comme Jérusalem, qui est l’endroit le plus essentiel et complet au monde, où Pourim ne fait que commencer, et cela agit sur le monde entier. Aussi parce que dans les questions de sainteté, la nuit suit le jour, et donc nous devons faire la joie jusqu’à ne plus savoir, au-delà de toute mesure et limite, littéralement, ne pas s’acquitter de l’obligation en dormant, mais se réjouir littéralement sans chercher de permissions.

Et le Rabbi a ajouté que celui qui accomplit ainsi le commandement, heureux est son sort et grande est sa vertu, et puissent les gens le voir et faire de même.

En un instant, l’ambiance est devenue exaltée et si joyeuse.

Après le discours, le Rabbi a distribué des dollars, wow, quelle distribution inoubliable ce fut.

Le Rabbi distribuait tout en illuminant son visage pour tous, avec un si large sourire. C’était un plaisir de voir cela.

Quand je suis passé devant le Rabbi, dans les bras de ma mère, le Rabbi nous a donné, à elle et à moi, des dollars et nous a souri d’un sourire si large, et a continué à nous accompagner de son sourire jusqu’à ce que nous passions et sortions du chemin. Nous avons la vidéo de cela, et c’est simplement émouvant de voir la quantité de ‘visages rayonnants’ que le Rabbi a alors accordés à tous. C’était spécial et inhabituel.

Mes parents sont retournés au rassemblement du repas de Pourim avec une joie immense.

À propos d’un autre moment personnel que nous avons eu avec le Rabbi, ma mère a raconté dans sa chronique dans le supplément pour filles du magazine Kfar Habad:

« Plusieurs fois durant ces deux semaines, je me suis tenue avec mon petit fils à côté de moi, et avec d’autres femmes, nous nous tenions dans la salle d’entrée du 770, entre le bureau du Rabbi et le secrétariat, attendant que le Rabbi sorte pour la prière et distribue des pièces de Tsédaka aux enfants. Le Rabbi s’arrêtait devant chaque enfant et donnait à chaque enfant dans sa petite main ».

« J’étais prête, et chaque fois que le Rabbi donnait à mon fils, je prenais la pièce, la mettais dans le petit compartiment de mon porte-monnaie, puis je prenais une autre pièce et la donnais à mon fils pour qu’il la donne à la Tsédaka ».

« Mais une fois, c’était différent. Le Rabbi a donné une pièce à mon fils, et a continué d’attendre en le regardant. J’ai pris la pièce que j’avais reçue du Rabbi et j’allais la mettre dans mon porte-monnaie comme toujours, mais le Rabbi a fait signe de sa main de mettre cette pièce dans la boîte de Tsédaka fixée au mur du 770 entre le secrétariat et la petite Shoul.

« Je n’ai pas compris au début l’intention du Rabbi, et le Rabbi le regarde et fait signe à nouveau. Maintenant j’ai compris, il m’était difficile de renoncer à la pièce du Rabbi et j’ai cherché rapidement une pièce de rechange à donner à mon fils pour qu’il la mette, mais je n’en ai pas trouvé. Le Rabbi a continué d’attendre et a fait signe de sa main sacrée pour la troisième fois de mettre la pièce. Les femmes derrière étaient déjà stressées, mais le Rabbi avait pour nous tout le temps du monde. Tout cela a pris quelques secondes mais semblait une éternité.

« Bien sûr, je n’ai plus attendu, le temps sacré du Rabbi est plus sacré que tout, j’ai pris la main de mon fils bébé et il a mis la pièce dans la boîte de Tsédaka.

« Le Rabbi voulait voir comment le bébé donne  la Tsédaka. Le Rabbi a continué et a distribué à tout le monde. Au début, il m’était difficile d’avoir manqué une pièce de monaie sacrée du Rabbi parce que je n’étais pas prête avec une pièce de monaie de rechange immédiatement, mais au fil des années, j’en ai tiré un message énorme. Le Rabbi nous enseigne, non seulement à ne négliger aucun enfant, le Rabbi nous enseigne aussi à ne pas négliger le temps, à ne pas repousser un commandement, à accomplir le commandement le plus rapidement possible, ‘ne laisse pas passer un commandement qui se présente à toi’, il est possible de donner la Tsédaka plus tard, et il est possible de donner maintenant – nous devons donner maintenant.

Quand Mordehaï le Juif a demandé à la reine Esther d’aller voir le roi Assuérus, elle lui dit: ‘Et moi, je n’ai pas été appelée à venir chez le roi depuis trente jours’. Les commentateurs expliquent qu’Esther a argumenté auprès de Mordehaï: ‘Quelle est l’urgence, puisque la date d’exécution du décret est dans presque un an, il ne m’a pas appelée depuis un mois, mais il va sûrement m’appeler, ce n’est pas urgent, on peut attendre un peu.’ Mais Mordehaï lui répond ‘Qui sait’, aujourd’hui tu peux accomplir le commandement, tu es reine, qui sait si demain tu le pourras et ce que tu seras demain? Nous ne devons pas reporter une bonne action, si tu as la possibilité de faire, fais maintenant, pas demain ni plus tard.

Ne négliger aucune personne, et ne négliger aucune bonne action.

C’est ainsi que nous éclairerons le monde et le préparerons pour la rédemption.

 

 

Mercredi 12 mars à 20h00 – 12 Adar, Yortzeit de Rav Eliezer Nisilevitch zal : Les secrets d’une éducation dans la joie

Mercredi 12 mars à 20h00 – 12 Adar, Yortzeit de Rav Eliezer Nisilevitch zal : Les secrets d’une éducation dans la joie

L’héritage pédagogique de Rav Eliezer Nisilevitch zal sera célébré lors d’une conférence exceptionnelle réunissant ses sept fils, tous devenus éducateurs, pour partager sa vision unique d’une éducation fondée sur la joie.

Une soirée exceptionnelle pour honorer un grand pédagogue

À l’approche du joyeux mois d’Adar, les Institutions Chneor d’Aubervilliers s’apprêtent à organiser un événement d’exception dans le cadre de l’École des Parents. Le mercredi 12 mars 2025 (12 Adar), une conférence spéciale se tiendra en l’honneur de le Yortzeit de Rav Eliezer Nisilevitch zal, fondateur et président des Institutions Chneor, dont l’héritage éducatif continue d’inspirer parents et enseignants.

La soirée, intitulée « Les secrets d’une éducation dans la joie : L’héritage d’un modèle inspirant », promet d’être un moment particulièrement enrichissant pour tous les participants. Pour la première fois, les sept fils de Rav Eliezer Nisilevitch se réuniront pour partager les enseignements et la vision éducative de leur père, transmettant ainsi son précieux héritage à une nouvelle génération de parents et d’éducateurs.

Une vision éducative unique

Rav Eliezer Nisilevitch zal n’était pas seulement un éducateur talentueux, mais également un visionnaire qui a compris très tôt l’importance fondamentale de la joie dans le processus éducatif. À une époque où la discipline stricte prévalait souvent dans les systèmes éducatifs, il osait affirmer que l’apprentissage véritable ne pouvait s’épanouir que dans un environnement empreint de joie et de bienveillance.

Sa philosophie éducative reposait sur plusieurs principes fondamentaux qu’il a mis en pratique tout au long de sa carrière en tant que Chaliah (émissaire) et président des Institutions Chneor :

  • La joie comme catalyseur d’apprentissage : Rav Nisilevitch considérait que la joie n’était pas simplement un état émotionnel souhaitable, mais un outil pédagogique essentiel qui ouvre l’esprit et le cœur à l’acquisition de connaissances.
  • Le respect de l’individualité de chaque enfant : Il préconisait une approche personnalisée de l’éducation, reconnaissant que chaque enfant possède des talents et des défis uniques.
  • L’équilibre entre fermeté et bienveillance : Sa méthode démontrait qu’il est possible de maintenir une discipline constructive tout en créant une atmosphère chaleureuse et positive.
  • L’importance de l’exemple personnel : Rav Nisilevitch incarnait lui-même les valeurs qu’il enseignait, démontrant par sa propre conduite l’importance de la cohérence entre les paroles et les actes dans l’éducation.

Sept perspectives sur un héritage commun

Ce qui rend cette conférence particulièrement unique est la participation des sept fils de Rav Eliezer Nisilevitch, tous devenus eux-mêmes des éducateurs respectés dans différentes communautés :

  • Rav Yossef Nisilevitch (Brunoy)
  • Rav Itsmah Nisilevitch (Marseille)
  • Rav Chneor Nisilevitch (Israël)
  • Rav Yachpi Nisilevitch (Aubervilliers)
  • Rav Arie Nisilevitch (Drancy)
  • Rav Ouziel Nisilevitch (Lyon)
  • Rav Koussi Nisilevitch (La Courneuve)

Chacun apportera sa perspective unique sur les enseignements de leur père, enrichie par leurs propres expériences en tant qu’éducateurs dans des contextes différents. Cette diversité de points de vue promet d’offrir aux participants un tableau complet et nuancé des principes éducatifs de Rav Eliezer Nisilevitch.

Une soirée de célébration et d’apprentissage

Au-delà de son aspect éducatif, cette soirée sera également l’occasion de célébrer la mémoire de Rav Eliezer Nisilevitch dans l’esprit joyeux du mois d’Adar. La conférence se clôturera par des chants et des danses traditionnels de cette période festive, avec une animation musicale assurée par Yossef Its’hak Presman.

Cette combinaison d’enseignements profonds et de célébration joyeuse reflète parfaitement la philosophie même de Rav Nisilevitch, pour qui l’apprentissage et la joie étaient indissociables. Les participants auront ainsi l’opportunité non seulement d’entendre parler de cette approche éducative, mais de l’expérimenter directement.

Informations pratiques

  • Date : Mercredi 12 Mars 2025 (12 Adar)
  • Heure : À partir de 20h00
  • Lieu : Dans les salons de l’école ChnéOr, 17 Rue Clos Benard, 93300 Aubervilliers
  • Entrée : Libre, mais réservation obligatoire
  • Réservations : Par SMS ou via le formulaire Google avant le 9 Mars

Cette conférence, organisée dans le cadre de l’École des Parents des Institutions Chneor, s’inscrit dans la volonté de l’établissement de fournir aux parents les outils nécessaires pour relever les défis éducatifs contemporains tout en restant fidèles aux valeurs traditionnelles.

Les organisateurs encouragent tous les parents, grands-parents, éducateurs et personnes intéressées par les questions éducatives à participer à cet événement exceptionnel. La sagesse et les méthodes de Rav Eliezer Nisilevitch, transmises par ses fils qui perpétuent son héritage, offriront sans aucun doute des perspectives précieuses et applicables à tous ceux qui ont à cœur l’éducation des enfants.

 

Entre les lignes de la Meguila d’Esther : la tentative de coup d’État d’Haman – par le Rav Chmouel Rabinovitch

Entre les lignes de la Meguila d’Esther : la tentative de coup d’État d’Haman – par le Rav Chmouel Rabinovitch

Cette analyse pénétrante du Livre d’Esther par le Rav Chmouel Rabinovitch, Rosh Kollel au 770 de Ramat Shlomo,  révèle brillamment son double niveau de lecture – intrigue politique sophistiquée et transformation spirituelle profonde. Cette interprétation éclaire admirablement la pérennité unique de Pourim dans la tradition juive.

 

Rav Chmouel Rabinovitch

 

Les Intrigues de Palais dans le Livre d’Esther : Une Relecture Politique

1. La stratégie de Morde’haï : Une audace calculée

Lorsque Morde’haï apprend le décret d’extermination des Juifs, sa réaction est remarquable. Il ne se contente pas de demander à Esther d’intercéder auprès du roi – il lui enjoint d’adopter une posture radicalement différente de celle attendue d’un sujet face à son souverain.

Le texte rapporte qu’Esther hésite, rappelant à Morde’haï la loi implacable : quiconque se présente devant le roi sans être convoqué risque la mort, à moins que le roi ne lui tende son sceptre d’or. Elle n’a pas été appelée depuis trente jours, suggérant un possible refroidissement de sa relation avec Assuérus.

Dans l’interprétation traditionnelle, Morde’haï l’exhorte simplement à prendre ce risque pour sauver son peuple. Mais selon le Rav Rabinovitch, Morde’haï fait bien plus : il élabore une stratégie politique complexe, fondée sur le précédent de Vashti.

Morde’haï rappelle à Esther l’incident de Vashti et ses conséquences. Quand Vashti a refusé de se présenter devant le roi, ce n’est pas sa simple désobéissance qui a causé sa chute, mais la crainte qu’une telle insubordination ne devienne un exemple pour toutes les femmes du royaume. Le pouvoir d’une reine à établir des précédents était reconnu comme immense – suffisant pour ébranler l’ordre social de 127 provinces.

En évoquant ce précédent, Morde’haï ne suggère pas à Esther de supplier, mais de commander. « Tu n’entres pas en demandant audience, » lui dit-il en substance, « tu ouvres la porte et tu lui dis ‘maintenant, tu viens me voir !’. » Il ne s’agit pas de demander une faveur, mais d’exercer une autorité.

Cette stratégie audacieuse repose sur la compréhension profonde de la psychologie du roi et des dynamiques de pouvoir à la cour. Morde’haï sait que le roi respecte la force et l’autorité – qualités qu’il avait admirées chez Vashti avant que sa désobéissance ne le contrarie. En affichant ces mêmes qualités mais en les dirigeant pour servir le roi (plutôt que contre lui), Esther pourrait accomplir ce qu’aucune supplication ne pourrait obtenir.

2. Le plan d’Esther : L’ambiguïté stratégique

Suivant la stratégie élaborée par Morde’haï, Esther fait preuve d’une intelligence politique remarquable. Son approche dépasse la simple requête pour devenir une manœuvre d’une subtilité extraordinaire.

Après trois jours de jeûne, Esther se présente non convoquée devant le roi – acte déjà audacieux qui aurait pu lui coûter la vie. Mais ce n’est que le début de son plan. Lorsque le roi, visiblement charmé, lui offre « jusqu’à la moitié du royaume », elle ne formule pas immédiatement sa requête. Au lieu de cela, elle invite le roi et Haman à un banquet.

Cette invitation conjointe est déjà significative. En plaçant Haman au même niveau que le roi, elle crée une ambiguïté sur la hiérarchie. Plus important encore, en invitant spécifiquement ces deux hommes, elle alimente les spéculations sur ses intentions – tant chez le roi que chez Haman.

Au premier banquet, quand le roi réitère son offre généreuse, Esther repousse encore sa requête et propose un second banquet pour le lendemain. Cette temporisation n’est pas de la nervosité, mais une tactique délibérée pour intensifier la tension et la curiosité.

L’aspect le plus subtil de son plan, selon cette interprétation, se trouve dans les signaux non verbaux qu’elle adresse à Haman pendant ce premier banquet. Le texte ne les mentionne pas explicitement, mais le comportement ultérieur de Haman suggère qu’Esther a réussi à lui faire croire qu’elle le favorisait d’une façon particulière que seul Haman pouvait remarquer ou interpréter.

Cette ambiguïté calculée sert plusieurs objectifs : elle maintient le roi dans l’incertitude, rendant sa curiosité plus forte que son impatience ; elle encourage Haman à révéler ses véritables ambitions ; et elle crée les conditions pour que le piège se referme au moment optimal.

3. L’ambition d’Haman : L’illusion du trône

L’ambition démesurée d’Haman constitue le pivot central de cette intrigue de palais. Grand vizir, second après le roi, Haman jouit déjà d’un pouvoir considérable. Pourtant, son orgueil blessé par Morde’haï révèle un homme pour qui aucune position n’est suffisante tant qu’elle n’est pas la première.

Lorsqu’Esther l’invite au banquet avec le roi, Haman interprète ce geste d’une manière révélatrice. Le texte nous dit qu’il sort « joyeux et le cœur content » – une réaction disproportionnée pour une simple invitation à dîner, même venant de la reine. Sa joie excessive trahit ses espoirs secrets.

Selon cette lecture, Haman perçoit l’invitation d’Esther non comme une simple faveur, mais comme une proposition tacite d’alliance. Il comprend – ou croit comprendre – qu’Esther, lasse d’Assuérus ou ambitieuse elle-même, cherche un partenaire pour une transition de pouvoir. Qui mieux qu’Haman, déjà bien placé dans la hiérarchie, pourrait remplir ce rôle?

Cette interprétation éclaire un passage autrement énigmatique. Quand Haman rentre chez lui après le premier banquet, il se vante auprès de sa femme et de ses amis non seulement de sa richesse et de son statut, mais spécifiquement du fait « qu’Esther n’a invité que moi, avec le roi » et qu’il est « encore invité pour demain ». Cette insistance sur l’exclusivité de l’invitation et sa répétition suggère qu’Haman y voit plus qu’une simple faveur sociale – il y voit les prémices d’un nouveau chapitre politique.

Sa conviction d’être sur le point d’accéder au trône explique pourquoi, à ce moment précis, l’affront de Morde’haï lui devient soudain intolérable. Ce n’est plus simplement une question d’honneur personnel, mais un obstacle potentiel à son ascension imminente. Un prétendant au trône ne peut tolérer qu’un sujet refuse de s’incliner devant lui – cela créerait un dangereux précédent au moment même où il doit consolider son autorité.

4. La potence pour Morde’haï : Éliminer l’obstacle au coup d’État

La décision d’Haman de faire exécuter Morde’haï prend une dimension nouvelle dans cette perspective politique. Ce n’est pas simplement la manifestation d’une haine personnelle, mais une manœuvre stratégique dans un plan de coup d’État en formation.

Après le premier banquet avec Esther et le roi, Haman convoque un conseil urgent comprenant sa femme Zéresh et ses proches conseillers. Cette convocation nocturne d’un « cabinet de crise » souligne l’importance du moment. Haman ne cherche pas simplement à se vanter de ses honneurs – il planifie les prochaines étapes d’une prise de pouvoir qu’il croit imminente.

Dans ce contexte, Morde’haï représente bien plus qu’une épine dans le pied d’Haman. Il incarne la résistance potentielle à son autorité. Un homme qui refuse de s’incliner devant le grand vizir refusera certainement de reconnaître son autorité comme roi. Plus important encore, en tant que figure respectée de la communauté juive et ancien sauveur du roi (ayant déjoué un complot d’assassinat), Morde’haï possède le capital moral et politique pour s’opposer légitimement à une transition de pouvoir irrégulière.

La recommandation des conseillers d’Haman est révélatrice : « Qu’on dresse une potence haute de cinquante coudées. » Cette hauteur extraordinaire – environ 25 mètres – n’est pas nécessaire pour une simple pendaison. Elle sert un objectif politique : rendre l’exécution visible dans toute la ville, transformant un acte de vengeance personnelle en démonstration publique de pouvoir. Le message est clair : voici le sort qui attend quiconque résisterait au nouvel ordre politique.

L’urgence avec laquelle Haman fait construire cette potence – travaillant apparemment toute la nuit pour qu’elle soit prête dès l’aube – souligne sa conviction que son accession au trône est imminente. Il veut éliminer Morde’haï avant le second banquet, anticipant que ce sera le moment où sa nouvelle position sera formalisée.

Cette précipitation éclaire également pourquoi Haman se présente si tôt le matin au palais. Dans la lecture traditionnelle, cette hâte semble excessive pour une simple requête. Mais s’il prépare un coup d’État pour ce jour même, l’élimination préalable de Morde’haï devient une priorité urgente.

5. Les soupçons du roi : L’insomnie révélatrice

L’insomnie du roi Assuérus la nuit précédant le second banquet est traditionnellement attribuée à l’intervention divine. Sans nier cette dimension, l’interprétation politique y voit également la manifestation des soupçons croissants du monarque.

Le comportement d’Esther – son approche audacieuse suivie d’invitations répétées incluant systématiquement Haman – a éveillé la méfiance du roi. Pourquoi sa reine, après avoir risqué sa vie pour le voir, reporte-t-elle sa requête? Pourquoi insiste-t-elle pour que Haman soit présent? Ces questions troublent suffisamment Assuérus pour lui voler son sommeil.

Le remède que choisit le roi pour son insomnie est particulièrement révélateur : il demande qu’on lui lise les chroniques du royaume. Ce n’est pas un divertissement qu’il cherche, mais des informations. Face à des soupçons de complot, Assuérus adopte une démarche d’investigation, explorant les réseaux de loyauté et de trahison potentiels à sa cour.

La « découverte » que Morde’haï n’a jamais été récompensé pour avoir déjoué un complot contre le roi prend alors une signification stratégique. Dans un moment où le roi doute de la loyauté de son entourage immédiat, y compris potentiellement de sa reine et de son premier ministre, l’existence d’un sujet ayant prouvé sa fidélité absolue devient une information précieuse.

Ce passage suggère qu’Assuérus, loin d’être le roi insouciant et manipulable souvent dépeint, possède une certaine perspicacité politique. Il perçoit que quelque chose d’inhabituel se trame et prend des mesures proactives pour comprendre la situation et identifier ses véritables alliés.

6. L’humiliation d’Haman : Le test révélateur

Lorsque Haman se présente au palais à l’aube, sa hâte confirme les soupçons du roi. Quel vizir vient consulter son souverain à une heure si matinale, sinon pour une affaire d’une urgence inhabituelle?

La question qu’Assuérus pose à Haman – « Que devrait-on faire pour l’homme que le roi désire honorer? » – n’est pas une simple coïncidence narrative. C’est un test délibéré, conçu pour sonder les ambitions de Haman.

Un vizir loyal aurait suggéré des honneurs appropriés mais modestes. La réponse d’Haman révèle ses véritables aspirations : « Qu’on apporte le vêtement royal dont le roi se couvre, et le cheval que le roi monte, sur la tête duquel est posée une couronne royale. » Ces demandes franchissent la ligne rouge de la symbolique royale. Dans les monarchies anciennes, les attributs royaux – particulièrement la couronne et les vêtements – étaient sacrés et exclusifs au souverain. Suggérer qu’un sujet puisse les porter, même temporairement, frôle la lèse-majesté.

Le texte nous dit explicitement qu’Haman pense à lui-même en formulant cette réponse. Ce passage, souvent interprété comme une simple manifestation d’orgueil, révèle en réalité ses aspirations monarchiques. Haman ne veut pas simplement être honoré – il veut une répétition générale de son couronnement.

La réaction du roi est calculée. En ordonnant à Haman d’accorder précisément ces honneurs à Morde’haï, il accomplit plusieurs objectifs simultanément :

  • Il humilie Haman, confirmant que ses suspicions étaient fondées
  • Il élève publiquement Morde’haï, préparant un contrepoids à l’influence d’Haman
  • Il envoie un message codé à sa cour : le roi est conscient des ambitions de son vizir et n’est pas aussi manipulable qu’on pourrait le croire

C’est un chef-d’œuvre de contre-intelligence politique, déguisé en caprice royal.

7. La révélation finale : Le démasquage du complot

Le second banquet représente le point culminant de cette intrigue politique complexe. Tous les protagonistes y arrivent avec des agendas cachés : Esther prête à dévoiler le complot contre son peuple, Haman anticipant une possible annonce de transition de pouvoir, et le roi désormais en alerte contre les ambitions de son vizir.

La requête d’Esther est formulée avec une précision politique remarquable. Elle ne se contente pas de demander la grâce pour son peuple – elle expose Haman comme une menace directe pour la couronne. Sa phrase « si nous avions été vendus comme esclaves et servantes, j’aurais gardé le silence, car l’adversaire ne compenserait pas le dommage fait au roi » est particulièrement significative.

En apparence, Esther suggère que l’esclavage des Juifs aurait au moins généré des revenus pour le trésor royal. Mais à un niveau plus profond, elle communique au roi qu’Haman ne se soucie pas des intérêts financiers de la couronne – une façon indirecte mais claire d’insinuer que ses motivations vont bien au-delà de simples considérations administratives ou pécuniaires.

La fureur immédiate du roi et sa sortie brusque dans les jardins du palais montrent qu’il a parfaitement compris le message implicite d’Esther. Sa colère n’est pas simplement celle d’un monarque trompé sur une question politique, mais celle d’un souverain qui réalise l’ampleur du complot tissé contre lui.

Pendant l’absence du roi, Haman se jette aux pieds d’Esther pour implorer sa grâce. Cette action, désespérée mais révélatrice, confirme qu’il avait bien interprété les signes d’Esther comme une proposition d’alliance. Son geste suggère qu’il tente une dernière fois de rappeler à la reine leur « accord tacite », espérant qu’elle pourrait encore intercéder en sa faveur.

Le retour du roi et son interprétation de la scène – « Veut-il encore faire violence à la reine, chez moi, dans le palais? » – n’est pas une simple méprise, mais la confirmation finale de ses soupçons. Il comprend désormais que son vizir avait non seulement planifié l’extermination d’un peuple entier, mais convoitait également son trône et peut-être même sa reine.

8. La preuve du complot : L’échafaud révélateur

La mention par Harbona, l’un des eunuques du roi, de la potence préparée par Haman pour Morde’haï constitue le coup de grâce de cette intrigue politique. Ce n’est pas simplement une information supplémentaire, mais la preuve tangible qui transforme les soupçons en certitude.

Dans les systèmes juridiques anciens, l’exécution d’un sujet – particulièrement quelqu’un qui avait sauvé la vie du roi – nécessitait une autorisation royale explicite. Préparer une potence avant cette autorisation représentait donc une usurpation de l’autorité souveraine, un acte pratiquement séditieux.

La hauteur excessive de cette potence – cinquante coudées – prend maintenant tout son sens pour le roi. Ce n’était pas simplement un instrument d’exécution, mais un symbole politique, une démonstration de pouvoir alternatif conçue pour impressionner la population et préparer le terrain à un nouveau régime.

La décision immédiate d’Assuérus d’y faire pendre Haman lui-même n’est pas simplement poétique justice, mais une réappropriation symbolique de l’autorité. Le roi retourne l’instrument du coup d’État contre son instigateur, transformant ce qui devait être une démonstration de l’autorité d’Haman en affirmation du pouvoir royal légitime.

Le fait que cette potence ait été construite si rapidement, en une nuit, suggère également l’existence d’un réseau de soutien à Haman – suffisamment important pour mobiliser des ressources considérables à court préavis. En exécutant Haman publiquement sur sa propre potence, Assuérus envoie un message clair à ces partisans potentiels : le complot a échoué, la légitimité royale est réaffirmée.

La formule biblique « et la colère du roi s’apaisa » qui suit cette exécution n’indique pas simplement la satisfaction d’une vengeance personnelle, mais la résolution d’une crise d’État majeure. L’ordre politique a été préservé, la menace contre la couronne neutralisée, et la légitimité du souverain réaffirmée.

La Dimension Spirituelle de Pourim : Une Nouvelle Relation avec le Divin

Au-delà de l’intrigue politique fascinante que dévoile le Livre d’Esther, le Rav Rabinovitch propose une lecture encore plus profonde : celle d’une transformation fondamentale dans la relation entre le peuple juif et D.ieu. Cette dimension spirituelle explique pourquoi Pourim occupe une place si particulière dans le calendrier juif – une fête destinée à perdurer même lorsque toutes les autres auront disparu.

1. Le Paradigme Traditionnel : La Révélation Descendante

Pour comprendre la révolution spirituelle de Pourim, il faut d’abord saisir le paradigme qui dominait jusqu’alors la relation entre D.ieu et Israël.

Depuis la révélation du Mont Sinaï, cette relation était principalement caractérisée par un mouvement descendant : D.ieu se révèle, commande, et Israël reçoit et obéit. Le Talmud illustre cette dynamique par une image saisissante : au Sinaï, D.ieu aurait « suspendu la montagne au-dessus des Israélites comme un tonneau » (Shabbat 88a), leur signifiant qu’accepter la Torah n’était pas véritablement un choix — « Si vous l’acceptez, c’est bien ; sinon, ce sera votre tombeau. »

Cette métaphore puissante suggère une acceptation sous contrainte, un « כפה עליהם הר כגיגית » (Il a suspendu la montagne sur eux comme un baquet). Dans ce paradigme, l’initiative vient exclusivement d’en haut, et l’homme est essentiellement réceptif, obéissant à une autorité transcendante qui dicte ses termes.

Ce modèle a façonné la conscience religieuse juive pendant des siècles : D.ieu parle, l’homme écoute ; D.ieu commande, l’homme obéit ; D.ieu sauve, l’homme est sauvé. L’homme est certes un participant actif à l’alliance, mais dans une position fondamentalement réactive, répondant à l’initiative divine plutôt qu’en prenant lui-même l’initiative.

2. L’Innovation de Morde’haï : L’Initiative Ascendante

Dans ce contexte, l’approche de Morde’haï représente une innovation théologique radicale. Face à la menace d’annihilation, il n’attend pas passivement une intervention divine miraculeuse. Il ne se contente pas non plus de prier pour la délivrance. Au contraire, il élabore une stratégie proactive et encourage Esther à prendre une initiative audacieuse.

L’instruction qu’il donne à Esther est révolutionnaire : elle ne doit pas attendre d’être convoquée, elle ne doit pas simplement implorer — elle doit agir avec autorité, prendre l’initiative, même face au pouvoir suprême. « Tu n’entres pas en demandant audience, » lui dit-il en substance, « tu ouvres la porte et tu lui dis ‘maintenant, tu viens avec moi’. »

Cette approche représente un renversement complet de la dynamique traditionnelle. Pour la première fois, un leader spirituel juif propose un modèle où l’initiative vient d’en bas, où l’homme n’attend pas que D.ieu agisse d’abord, mais où il prend lui-même les devants, avec assurance et détermination.

Bien sûr, Morde’haï ne suggère pas qu’Esther agisse sans foi en D.ieu ou indépendamment de la Providence divine. Son jeûne de trois jours témoigne de sa conscience que le succès ultime dépend de l’aide divine. Mais il introduit néanmoins une nouvelle dynamique où la foi s’exprime non par l’attente passive, mais par l’action décisive.

3. Kiymu v’Kiblu : L’Acceptation Volontaire de la Torah

Cette innovation théologique atteint son point culminant dans un verset souvent cité du Livre d’Esther (9:27) : « קִיְּמוּ וְקִבְּלוּ הַיְּהוּדִים » (Les Juifs établirent et acceptèrent). Le Talmud (Shabbat 88a) interprète ce verset de manière frappante : « Ils établirent en haut ce qu’ils avaient déjà accepté en bas » — ou, selon une autre lecture, « ils acceptèrent volontairement [à l’époque de Pourim] ce qu’ils avaient déjà accepté sous contrainte [au Mont Sinaï]. »

Cette interprétation suggère qu’à l’époque de Pourim, le peuple juif a réaffirmé son engagement envers la Torah, mais cette fois dans un contexte radicalement différent : non plus sous la contrainte d’une montagne suspendue au-dessus de leurs têtes, mais par un choix libre et joyeux.

Ce qui rend cette acceptation si significative, c’est précisément le contexte qui l’a précédée. Le peuple juif venait de faire l’expérience d’un salut qui n’était pas venu par une intervention divine spectaculaire comme la séparation de la Mer Rouge, mais par l’initiative courageuse d’Esther et Morde’haï. Ils avaient découvert qu’ils pouvaient être des agents actifs de leur propre salut, en partenariat avec D.ieu.

Cette expérience transforma leur compréhension de l’alliance elle-même : la Torah n’était plus un décret imposé d’en haut, mais un engagement librement choisi par un peuple conscient de sa propre agentivité spirituelle.

4. L’Autonomisation Spirituelle : Un Nouveau Modèle de Relation

Cette transformation représente bien plus qu’un simple épisode historique — elle marque l’émergence d’un nouveau modèle de relation entre l’humain et le divin, caractérisé par ce que nous pourrions appeler une « autonomisation spirituelle. »

Dans ce modèle, l’être humain n’est pas simplement un réceptacle passif de la révélation divine ou un bénéficiaire de l’intervention divine. Il est un partenaire actif, capable d’initiative, investi d’une autorité spirituelle propre. Le croyant n’attend pas seulement que D.ieu agisse, mais prend lui-même l’initiative d’agir, avec la conscience que D.ieu accompagne et soutient cette initiative.

Cette autonomisation spirituelle ne diminue en rien la souveraineté divine ou l’importance de la foi. Au contraire, elle représente une forme plus mature de foi, où la confiance en D.ieu s’exprime non par la passivité, mais par une action courageuse inspirée par les valeurs divines.

Ce modèle transforme également la compréhension de la Providence divine. Au lieu de chercher D.ieu principalement dans des interventions miraculeuses qui interrompent le cours naturel des événements, on apprend à discerner l’action divine dans les coïncidences apparentes, les opportunités inattendues, et le courage qui surgit dans les moments critiques — exactement comme dans l’histoire d’Esther, où le nom de D.ieu n’apparaît jamais explicitement, mais où Sa présence est implicite dans chaque tournant de l’intrigue.

5. La Pérennité de Pourim : Une Transformation Fondamentale

C’est cette transformation fondamentale qui explique la place unique de Pourim dans la tradition juive. Selon un enseignement midrachique souvent cité, « Toutes les fêtes seront abolies [dans le monde à venir], mais les jours de Pourim ne seront jamais abolis » (Midrash Mishle 9).

Cette pérennité exceptionnelle s’explique précisément par ce que Pourim représente : non pas simplement la commémoration d’un salut historique particulier, mais la célébration d’une transformation permanente dans la conscience religieuse juive — la découverte que l’homme peut prendre l’initiative dans sa relation avec D.ieu.

Contrairement à d’autres fêtes qui commémorent principalement des interventions divines spectaculaires (comme Pessa’h) ou des révélations divines directes (comme Shavouot), Pourim célèbre la découverte du pouvoir humain d’agir avec autorité spirituelle, même quand le divin semble caché — comme indiqué par l’absence même du nom de D.ieu dans le texte.

Cette leçon possède une pertinence éternelle, transcendant les circonstances historiques particulières. Elle enseigne que même dans les périodes où D.ieu semble absent ou silencieux, l’être humain conserve sa capacité d’initiative spirituelle et sa responsabilité d’agir avec courage et détermination.

Conclusion : Un Double Niveau de Lecture

L’interprétation du Rav Rabinovitch nous invite donc à lire le Livre d’Esther à deux niveaux simultanément :

Au niveau politique, c’est le récit d’une intrigue de cour complexe, où une reine juive et son cousin déjouent le complot d’un vizir ambitieux, sauvant leur peuple de l’extermination tout en démasquant une tentative de coup d’État.

Au niveau spirituel, c’est le récit d’une transformation théologique profonde, où un peuple découvre sa capacité d’initiative dans sa relation avec D.ieu, passant d’une acceptation sous contrainte à un engagement librement choisi, d’une attente passive de l’intervention divine à une participation active au plan divin.

Ces deux niveaux ne sont pas disjoints, mais profondément interconnectés. L’audace politique d’Esther et de Morde’haï est précisément le véhicule par lequel s’accomplit la transformation spirituelle. Et c’est cette transformation qui donne à leur courage politique sa signification la plus profonde.

Cette double lecture explique pourquoi le Livre d’Esther, malgré l’absence explicite du nom divin, est reconnu comme l’un des textes les plus profondément théologiques de la tradition juive — un texte qui a transformé fondamentalement la compréhension de ce que signifie vivre en alliance avec D.ieu.

La leçon ultime de Pourim, selon cette interprétation, est que la relation la plus authentique avec le divin n’est pas caractérisée par la soumission passive à une autorité extérieure, mais par l’initiative courageuse d’un partenaire qui a intériorisé les valeurs divines et agit à partir d’elles avec assurance et détermination. C’est cette leçon intemporelle qui assure la pérennité de Pourim dans la conscience juive.

 

 

 

 

 

Découverte : Les annotations du Rabbi sur le livre ‘Tzafnat HaRogatshovi’ du Rav Yossef Rozen, le Gaon de Rogatchov

Découverte : Les annotations du Rabbi sur le livre ‘Tzafnat HaRogatshovi’ du Rav Yossef Rozen, le Gaon de Rogatchov

Découverte significative dans les archives hassidiques : des annotations manuscrites du Rabbi de Loubavitch sur l’ouvrage « Tzafnat HaRogatshovi » ont été récemment mises au jour. Ces notes marginales, rédigées de la main même du Rabbi, témoignent de son intérêt profond pour l’œuvre du Gaon de Rogatchov, penseur hors norme dont le Rabbi admirait particulièrement la méthode d’étude qui transcendait les frontières traditionnelles entre halakha et philosophie juive.

 

Yaïr Boro’hov  

À l’occasion du 11 Adar, jour de l’Hilloula du Gaon de Rogatchov zatsal, le chercheur sur sa vie, le Rav Yaïr Boro’hov, révèle des annotations du Rabbi sur le livre ‘Tsfonot HaRogatshovi’ et reconstitue une rencontre spéciale lors d’un ‘kos shel bra’ha’ entre le Rabbi et le Rav Moshe Grossberg, auteur du livre.

Aujourd’hui, 11 Adar, marque le jour du décès de Rabbi Yossef Rozin zatsal, connu sous le nom du Gaon de Rogatchov. Comme on le sait, notre Rabbi, le leader de notre génération, était l’un des plus grands penseurs de l’enseignement du Rogatchovi, et s’est même exprimé sur lui-même dans l’une de ses lettres : « Peut-être connaît-il ma méthode [personnelle d’étude]… – selon la voie que le Gaon de Rogatchov a mise en évidence et soulignée. »

Au fil des années, certains se sont consacrés à l’étude de l’enseignement du Gaon et l’ont rendu accessible au public. L’un des premiers et des plus remarquables d’entre eux est le Gaon Rabbi Moshe Grossberg, de mémoire bénie, auteur des livres : « Tsfonot HaRogatshovi », « Tsafnat Paneakh – HaEmek Iyoun » tomes I-II, « Réponses du Gaon de Rogatchov – HaEmek Teshouva ».

Le Rav Grossberg est né en 5679 (1919), a étudié à la Yeshiva Merkaz HaRav et à l’Institut Harry Fischel. Après la création de l’État, il a enseigné au Canada et en Australie. Il a participé à la rédaction des volumes de l’Encyclopédie Talmudique. Il est décédé le 23 Tishrei 5760 (1999).

En 5719 (1959), après l’impression de son livre ‘Tsfonot HaRogatshovi’, le Rabbi a envoyé une lettre au Rav Grossberg. Dans cette lettre, le Rabbi s’exprime sur le Rogatchover avec des expressions très rares, et voici ce qu’écrit le Rabbi :

« …זה מזמן רב היתה תועלת הכי גדולה בפרסום תורתו של הגאון הרגצובי, אשר בצדק י »ל עליו, חד מן קמאי במעוף הסברא שלו לא פחות מאשר בבקיאותו ».

« …Depuis longtemps, il y avait un très grand intérêt à diffuser l’enseignement du Gaon de Rogatchov, dont on peut dire à juste titre qu’il est l’un des grands anciens dans l’envol de son raisonnement, pas moins que dans son érudition ».

Le Rabbi poursuit et se plaint du fait que l’enseignement du Gaon n’est pas connu parmi les étudiants de la Torah :

« וחבל אשר גם עתה עדיין אין ידוע בתוככי לומדי תורה בעיון, הון העצום הגנוז בספריו ובמכתביו מאירות עינים ופותחין דרכים נתיבות ושבילים להבנת עניני תורה… ».

« Et c’est dommage que même maintenant, l’immense trésor caché dans ses livres et ses lettres qui éclairent les yeux et ouvrent des chemins, des voies et des sentiers pour comprendre les sujets de la Torah, ne soit toujours pas connu parmi les étudiants de la Torah qui étudient en profondeur… ».

Le Rabbi ajoute et souligne un point supplémentaire dans l’enseignement du Rogatchover:

« ונקודה מיוחדת, אשר ביטל המחיצה שהעמידו בתורה אחת שלנו בין הענינים שבהלכה לשאר חלקי התורה, נוסף על המחיצה בין הנגלה דתורה והפנימיות דתורה… ».

« Et un point particulier, c’est qu’il a supprimé la barrière qu’on avait établie dans notre Torah unique entre les sujets de la hala’ha et les autres parties de la Torah, en plus de la barrière entre la partie révélée de la Torah et la partie profonde de la Torah… ».

Suite à ces paroles, il convient de mentionner ce que le Rav Grossberg a raconté sur sa rencontre avec le Rabbi : « Lorsque je suis entré une fois chez le Rabbi et que je lui ai apporté mes lettres sur le Rogatchovi (je crois que c’était en 5722/1962), j’ai osé lui dire que l’on ne trouve pas chez les grands d’Israël une combinaison du niglé (la partie révélée) et de la philosophie de la Torah comme chez le Rogatchovi, qui a pour habitude de les combiner au point d’intégrer des concepts philosophiques dans la Torah…

Le Rabbi a réagi en disant : Il y a déjà eu quelqu’un avant le Rogatchover l’Admour le ‘Tsema’h Tsedek’ dans son livre ‘Derekh Mitsvotekha’. J’ai dit au Rabbi : Je n’ai pas vu ce livre du ‘Tsemakh Tsedek’, mais j’ai remarqué ce point dans les sihot (causeries) du Rabbi, où l’on voit la combinaison du niglé et du nistar (révélé et caché). Le Rabbi a répondu : Je porte le nom du ‘Tsema’h Tsedek’ et donc je m’efforce de suivre ses voies. »


Page de titre de ‘Tsfonot HaRogatshovi’ avec le tampon de la bibliothèque du Rabbi, ainsi qu’une page du livre, sur laquelle le Rabbi a fait deux annotations de sa sainte main

 

Dans le livre ‘HaEmek Iyoun’ tome I du Rav Grossberg, publié en 5738 (1978), figure une longue lettre du Rabbi, contenant des remarques sur des pages du livre qu’il avait envoyées au Rabbi un an auparavant.

Dans sa lettre au Rav Grossberg, le Rabbi écrit :

« ותשואות חן על הנחת רוח מהראי’ הכללית – בההערות וציונים לתורתו של הגאון הרגצבי שמכין להוציא לאור בקרוב ממש, וזכות הרבים מסייעת, וגם להזירוז בכל האפשרי ».

« Et merci pour la satisfaction de la vision générale – dans les notes et références à l’enseignement du Gaon de Rogatchov que vous préparez pour publier très prochainement, et le mérite du public vous aidera, ainsi qu’à accélérer tout ce qui est possible ».

À la fin de la lettre, le Rabbi a écrit de sa sainte main : « Ci-joint – participation à la publication », faisant référence à une somme d’argent que le Rabbi a jointe à la lettre, comme participation aux frais de publication du livre.

Il est intéressant de voir que dans le livre « Tsfonot HaRogatshovi » qui se trouve dans la bibliothèque du Rabbi, il y a des marques de la sainte main du Rabbi dans les marges, où le Rabbi corrige des références aux sources que l’auteur a écrites (ces erreurs ont été corrigées dans la deuxième édition).

Selon la rumeur – dont je n’ai pas pu vérifier la fiabilité – le Rav Grossberg a également rendu visite au Rabbi lors d’une distribution de ‘kos shel bra’ha’ (coupe de bénédiction) une certaine année. Le Rabbi a parlé avec le Rav Grossberg pendant plusieurs minutes (tout en continuant entretemps la distribution du kos shel bra’ha) sur certains sujets écrits dans son livre et a dit (les mots ne sont pas exacts) :

« Je ne suis pas d’accord avec plusieurs sujets et conclusions qu’il a écrits dans son livre. (Ici le Rabbi a élevé sa sainte voix) Il est écrit explicitement le contraire dans les livres du ‘Tsema’h Tsedek’. Et il est mon grand-père, donc je dois prendre son parti. »

Concernant l’une des conclusions du livre, le Rabbi a dit : « Chaque chose chez le Rogatchovi est conforme à ‘sa méthode’, et cette conclusion n’est pas conforme à ‘sa méthode’ dans l’enseignement du Rogatchovi ! »

11 Adar : Yortzeit du Rav Yossef Rozen, le  « Rogatchover »

11 Adar : Yortzeit du Rav Yossef Rozen, le « Rogatchover »

 

Le Rav Yossef Rozen (connu sous le nom de Gaon de Rogatchov) est né en 1858 à Rogatchov, en Biélorussie, dans une famille de Hassidim de la lignée Habad. Son père, Rav Ephraïm Fishel, était un érudit et un hassid Habad, tandis que sa mère était la petite-fille de Rav Gershon, l’un des premiers hassidim du Admour Hazaken à Rogatchov.

 

Le jeune YossefRozen a été amené par son père auprès du Tsema’h Tsedek pour recevoir sa bénédiction. À cette occasion, le fils du Admour, Rav Yehouda Leib Schneersohn, qui deviendra plus tard le premier Admour de Kapust, a posé ses mains sur lui.

Le Rav Yossef Rozen s’est distingué dès son jeune âge par sa vivacité d’esprit et son extraordinaire mémoire. À huit ans, il connaissait déjà par cœur l’intégralité de l’ordre Nezikin de la Mishna. À treize ans, son père l’a emmené étudier à Saloutch avec le Gaon Rav Yossef Dov HaLevy Soloveitchik, dit « le Beit HaLevy ». Il y a étudié avec le fils de Rav Soloveitchik, Rav Haïm Soloveitchik.

Le Rav Yossef Rozen a ensuite étudié auprès de Rav Yehoshua Leib Diskin à Shklov et a fréquenté Rabbi Shlomo Schneur Zalman Schneersohn, l’Admour de Kapust. Avant son mariage, il s’est rendu chez lui et est devenu un adepte du Hassidisme Habad.

À l’âge de 18 ans, Rav Yossef Rozen épousa la fille du Rav Moshe Gurfinkel de Varsovie. Peu de temps après leur mariage, sa femme décéda et, sur demande de son beau-père, il épousa sa deuxième fille. Pendant huit ans, il se consacra uniquement à l’étude de la Torah, son beau-père assurant son soutien financier.

En 1909, Rav Yossef Rozen fut nommé rabbin de la ville de Dvinsk par Rav Shlomo Zalman Schneersohn. Il servit également en tant que rabbin de la communauté hassidique de la ville pendant dix ans, avant de retourner à Dvinsk.

Le Rogatchover était exceptionnel dans sa persévérance dans l’étude de la Torah. Ses talents de logique et de génie étaient rares et peu d’érudits pouvaient rivaliser avec lui. Ses œuvres, «  »Tzafnat Paneach » », sur la Torah, le Talmud et le Rambam, sont profondes et ne peuvent être comprises que par quelques initiés. Pour aider à déchiffrer ses écrits, l’institut «  »Tzafnat Paneach » » a été créé aux États-Unis par la Yechiva Rabbeinou Yitzhak Elhanan.

Le Rav Shlomo Yossef Zevin a écrit à propos du Rogatchover :

« Le Rogatchover était unique en son genre, ni dans le sens d’une métaphore ni dans le sens d’une banalité. On ne trouve pas son égal dans notre génération, et même dans les générations bien avant et après la sienne, en termes de connaissance et d’expertise étonnantes de l’ensemble de la Torah, dans ses aspects généraux et particuliers, dans ses détails et ses subtilités, dans ses chambres les plus profondes et ses mystères les plus cachés… Le Gaon de Rogatchov connaissait sa propre valeur, ne se cachant pas de lui-même. Il ne considérait pas du tout… même les premiers des Acharonim. Il ne les mentionne pas et ne les cite pas du tout. Et même les Rishonim (Rashi, Tossefot, le Rash, etc.) qu’il cite à sa manière, et nous montre des merveilles dans leurs paroles, même ces Rishonim, il ne les accepte pas de manière absolue. »

Le Rogatchover est resté dans les mémoires comme un érudit hors pair et un personnage marquant de l’histoire du judaïsme. Ses écrits continuent d’inspirer et de défier les étudiants et les érudits de la Torah, témoignant de sa grandeur intellectuelle et spirituelle.

De nombreuses légendes sont liées à son génie, parmi lesquelles : alors qu’il marchait avec sa fille dans la rue, ils virent une pancarte écrite dans une langue étrangère, et il dit à sa fille qu’il pouvait apprendre n’importe quelle langue en 8 heures.

Le 11 Adar de l’année 1936, il est décédé à Vienne et repose en paix dans sa ville de rabbinat, Dvinsk. Après sa mort, une branche de la Yeshiva Tomchei Tmimim a été créée en son nom, « Zichron Yossef », à Dvinsk.

Ses liens avec le mouvement Habad :

L’Admour Hazaken

Le Rogatchover avait une grande estime pour l’Admour Hazaken. Dans son livre « Tzafnat Paneach », il l’appelle « le véritable génie ». À propos du « dernier débat » du Admour Hazaken dans le Choul’han Arou’h, il a dit un jour : « Il faut de tels nerfs dans le cerveau pour dire les raisonnements du dernier débat ». Lorsqu’il a étudié le « dernier débat » sur les lois de l’étude de la Torah, il a couru d’excitation et a dit : « Il est comme l’un des Richonim, il est comme l’un des Richonim ! ».

Le Rogatchover a décrit la grandeur de la Torah du Gaon de Vilna, et à la fin de ses paroles, il a dit : « Mais pour savoir étudier – cela, l’Admour Hazaken le savait ! »

Lors d’une occasion, il a dit à propos du Admour Hazaken :

« Depuis la signature du Talmud, il y a eu des milliers de génies et de pieux, mais seulement deux d’entre eux ont atteint la fin de l’esprit des sages du Talmud, et ils sont le Rambam et l’Admour Hazaken.

L’Admour Haemtsai

Rav Eliezer Nanes a entendu cela du Rogatchover : Avant que les écrits du Admour Haemtsai ne soient imprimés, il a dit qu’en examinant les livres de Hassidout et en particulier le livre « Emrei Binah », on pouvait voir qu’il était « le génie des génies » même dans le domaine profane.

Le Tsemah Tsedek

Il lui a rendu visite dans son enfance et a reçu sa bénédiction, voir ci-dessus dans le paragraphe Histoire de la vie.

Le Rabbi Rachab

Le Rav Yossef Rozen était en relation amicale avec les Rebbeim Habad de son époque (le Rabbi Rachab, le Rabbi précédent et le Rabbi). Il a également correspondu avec le Rabbi Rachab. Le Rav Yaakov Landau, un membre de la maison du Rabbi Rachab, a raconté qu’à chaque réception d’une lettre du Rav Yossef Rozen, il y avait une grande excitation et « toute la maison se remplissait de lumière ». En 1927, le Rabbi Rachab a visité Leningrad et était de bonne humeur. Lorsqu’on lui a demandé ce qui avait provoqué son humeur, il a répondu : « Aujourd’hui, j’ai reçu une bénédiction du Gaon de Rogatchov, qui m’a dit : ‘Je vous bénis avec la force de ma Torah, que vous réussissiez dans toutes vos affaires' ».

Dans l’une de ses lettres, le Rabbi Rachab écrit à propos de lui :

« Mon ami supérieur et l’ami de mon âme, le grand Rav célèbre dans tous les coins du monde, la crainte de D.ieu est son trésor ».

En réponse, le Rav Yossef Rozen a écrit :

« Lorsque l’honorable sainteté de votre éminence se tient toujours dans la brèche et dans la clôture du vignoble qui a été brisée, on lui dit de construire, et lorsque, grâce à D.ieu, ses paroles sont entendues partout, je viens réveiller l’honorable sainteté de votre éminence pour examiner cela… »

Le Rogatchover a également rencontré le Rabbi Rachab, et lors de leur rencontre, ils ont discuté des sujets « l’air de la Terre d’Israël » et « la première sainteté sanctifie pour son temps et sanctifie pour l’avenir », s’excusant de ne pas parler de Hassidout et de Kabbale, car le Tsemah Tsedek l’avait béni pour étudier la Torah révélée. Le Rabbi précédent a ensuite décrit la réunion et a déclaré qu’il y avait « une atmosphère de paradis » à l’endroit de la réunion.

Lorsque le Rogatchover était à Saint-Pétersbourg, le Rabbi Rachab lui a proposé une aide financière, mais le Rav Yossef Rozen a refusé l’offre et a répondu qu' »il y avait toujours une jarre de manne dans le Saint des Saints ».

À côté du Rogatchover à Dvinsk, vivait un couple sans enfant depuis dix ans après leur mariage. Ils sont allés voir le Rav Yossef Rozen pour lui demander s’ils devaient divorcer, comme l’exige la loi juive. Il les a orientés vers le Rabbi Rachab, qui leur a dit de ne pas divorcer et que « changer de lieu change le Mazal », leur conseillant de déménager en Amérique et les bénissant pour qu’ils aient des enfants et une longue vie là-bas.

En 1920, après le décès du Rabbi Rachab, le Rav Yehoshua Nimotin a envoyé une lettre au Rav Yossef Rozen dans laquelle il lui racontait le décès du Rabbi Rachab. En entendant cette nouvelle, le Rogatchover a réagi en disant : « La mort des justes est égale à la destruction de la Maison de D.ieu… Tant qu’elle est détruite, il y a une nouvelle destruction à chaque instant… Et chaque instant est une destruction. »

Lors de la fête de Chavouot en 1932, le Rav Simcha Gorodetzky et le Rav Chmouel Michal Trainin ont rendu visite au Rogatchover et ont posé une question concernant le tabagisme pendant les jours de fête. le Rav Chmouel Michal Trainin a souligné que le Rabbi Rachab avait l’habitude de fumer discrètement pendant les jours de fête. Le Rogatchover a répondu : « Il est un juste suprême, et son tabagisme est une affaire complètement différente. »

À une occasion, le Rogatchover a expliqué aux étudiants de la Yeshiva Tomchei Tmimim ce qu’est un Rabbi :

« Chaque soir, le Rabbi examine le monde entier, et s’il voit qu’un jeune homme se trouve dans une situation matérielle difficile à l’autre bout du monde, il adresse une plainte au Maître de l’Univers pour qu’il soulage ses soucis matériels et promet ‘Testez-moi maintenant’, et en faisant cela, il s’élèvera certainement aussi spirituellement. C’est pourquoi le juste est appelé « les yeux de l’assemblée » en raison de sa vision de tous les aspects de la vie de son peuple ».

À cette occasion, il a également exprimé son admiration pour les étudiants de Tomchei Tmimim, que le Rabbi Rachab avait élevés pour être dévoués corps et âme.

Le Rabbi précédent

Le Rabbi précédent et le Rogatchover étaient en relations amicales et d’admiration mutuelle. En 1926, peu après la disparition du Rabbi Rachab, le Rabbi précédent est tombé malade avec la typhoïde et a demandé qu’une demande de guérison (« Pidyon Nefesh ») soit envoyée au Rogatchover, qui a répondu dans une lettre commençant par les mots:

« Prince d’Israël, champion de Juda, lignée de Tarshish ». Dans le corps de la lettre, il explique que le Rabbi précédent avait à la fois la couronne de la Torah et la couronne de la royauté, et il les a léguées à ses fils. Pour passer de la couronne de la Torah à la couronne de la royauté, il faut une « transition » et c’est l’explication de la maladie. Il termine la lettre en disant : « Je décrète par la puissance de la Torah qu’il guérira ». À d’autres occasions, le Rabbi précédent a demandé au Rav Yossef Rozen de donner la « bénédiction de la Torah ».

Dans l’une de ses lettres, le Rabbi précédent écrit au Rogatchover : « Honneur au chef de la Torah, fidèle dans la Maison de D.ieu, Prince d’Israël, dont la splendeur et la beauté sont connues dans tous les coins du monde, Géant parmi les serviteurs du D.ieu d’Abraham dont les actes nobles sont loués, la crainte du Seigneur est son trésor, la gloire de son nom est sa beauté, notre Maître et notre enseignant Yossef, que la paix soit sur lui ». Le Rabbi précédent l’a également soutenu financièrement de manière personnelle, comme il ressort de sa lettre : « Pour les besoins personnels de Sa Haute Grandeur ».

En 1928, les persécutions contre la diffusion de la Torah et du judaïsme à Rostov se sont intensifiées et le Rabbi précédent voulait déménager à Leningrad. Avant cela, il a envoyé trois hassidim pour demander la permission du Rogatchover, qui était alors rabbin à Leningrad, s’il pouvait venir dans la ville. Les hassidim sont allés voir le Rogatchover et ont osé lui proposer de retourner à Dvinsk. Le Rav Yossef Rozen a souri et n’a pas répondu. Lorsque le Rabbi précédent a appris ce qu’ils avaient dit au Rogatchover, il leur a envoyé un message disant qu’ils jouaient avec le feu et qu’ils devaient immédiatement aller voir le Gaon et lui demander pardon. L’un d’entre eux s’est approché et a dit au Rogatchover que le Rabbi lui avait ordonné de demander pardon. Le Rogatchover a répondu : « C’est un vrai hassid… Il demande pardon seulement parce que le Rabbi lui a ordonné… Une telle conduite m’est si chère que c’est seulement grâce à elle que je pardonne de tout cœur ». Les deux autres n’ont pas demandé pardon et l’un d’entre eux a été tué par les communistes et l’autre est devenu fou.

Au mois de Sivan 1924, le Rabbi précédent arriva à Leningrad et se rendit avec le Rav Chmouel Nemotin pour rendre visite au Rogatchover. Le Rav Chmouel Nemotin décrivit plus tard que le Rabbi précédent se prépara pour la réunion comme s’il rencontrait un roi. Le Rav Chmouel entra chez le Rogatchover et annonça que le Rabbi était arrivé, et celui-ci sortit pour l’accueillir. La réunion dura environ deux heures. À une autre occasion, le Rav Nemotin fut envoyé par le Rabbi précédent pour appeler le Rogatchover, qui s’exclama en entendant l’appel : « Le Nassi appelle ! » Il demanda immédiatement son manteau et se précipita pour partir. Lorsque sa femme entendit cela, elle dit qu’il n’avait pas encore mangé ce jour-là et plaça devant lui des sardines, un gâteau et une tasse de lait. Le grand rabbin goûta un peu de poisson, prit une gorgée de lait, et dit : « Il faut se dépêcher, le Nassi attend. »

Lorsque le Rogatchover tomba malade, le Rabbi précédent lui écrivit qu’il était peiné par son état de santé et que tous les hassidim de Habad priaient pour sa guérison. Il le bénit pour un rétablissement complet et demanda qu’il lui donne des nouvelles positives.

En 1925, le Rav Simcha Gorodetsky revint à Saint-Pétersbourg et le Rogatchover lui demanda : « Es-tu allé voir le Rabbi à Leningrad ? » Le Rav Simcha répondit : « Oui, je suis allé à Leningrad pour voir le Rabbi. » Le Rogatchover demanda à nouveau : « Es-tu allé à Leningrad pour voir le Rabbi, ou est-ce que le Rabbi est allé à Leningrad ? » Il souligna immédiatement qu’il y avait dix-sept conséquences halakhiques entre les deux manières. Pendant le séjour du Rogatchover à Leningrad, il étudia en partenariat avec le Rav Menachem Mendel Golombobitz, qui était un hassid du Rabbi Rachab et du Rabbi précédent.

Lorsqu’on demanda au Rogatchover pourquoi il conseillait aux Juifs de quitter la Russie alors que le Rabbi précédent y résidait, il répondit : « Il est un Tsaddik suprême et nous ne devrions pas nous comparer à lui. »

Le Rabbi

Selon le témoignage de la Rabbanit Hanna, les relations entre le Rabbi et le Rogatchover ont commencé lorsque le Rabbi avait environ 16 ans.

En 1922, lorsque le Rabbi avait 20 ans, il rendait souvent visite au Rogatchover et ils discutaient ensemble de sujets de Torah. Plus tard, le Rogatchover accorda au Rabbi la « Semi’ha » (ordination rabbinique).

Ils étaient également en contact par correspondance. Dans une lettre datée du 15 Tevet 1925, le Rabbi répond à une lettre du Rogatchover et, entre autres choses, ils discutent d’un « trou dans un animal » qui a été guéri par un médecin, que le Rogatchover soutient n’est pas considéré comme casher. Le Rabbi cite dans la lettre plus de quarante sources du Talmud et du Rambam pour prouver que l’animal est considéré comme casher après la guérison. Dans une lettre datée du 22 Chevat 1928, le Rabbi écrit un autre texte érudit qui commence par les mots : « Honneur au grand Rav célèbre, expert en sagesse, maître des Lois de la Torah, trésor de la connaissance, ordonné et érudit, etc. etc. Maharary Rozen shlita. » Deux jours plus tard, le 24 Chevat, une longue réponse du Rogatchover fut reçue.

Certaines des lettres du Rabbi au Rav Yossef Rozen ont été trouvées entre les pages de trois traités du Talmud du Rogatchover, dans lesquels il avait également l’habitude de noter ses innovations dans les marges du Talmud.

La première lettre dans le recueil des « Igrot Kodesh » (lettres sacrées) du Rabbi est adressée au Rogatchover.

Lors d’un farbrenguen du Rabbi, il a demandé à clarifier la coutume du Rogatchover concernant la consommation des quatre coupes de vin lors de la fête de Pessa’h, en raison de son statut de Nazir [source requise].

Le Rabbi et la méthode de Rogatchover

Le Rav Menachem Mendel Kasher, qui travaillait avec son fils, R. Moshe, pour améliorer les écrits du Rogatchover, a déclaré que « le Rabbi est le plus grand connaisseur et le plus grand diffuseur de la Torah du Rogatchover ». Des propos similaires ont été tenus par le Rav Shlomo Yossef Zevin à l’égard du Rav Michael Halperin : « Il n’y a personne comme le Rabbi pour comprendre les paroles du Rogatchover ». Dans la collection « MeBeit HaGnazim », une lettre du Rav Kasher est publiée, dans laquelle il remercie le Rabbi d’avoir veillé à ce que le Joint soutienne son travail sur la Torah du Rogatchover.

En 1970, le Rav Moshe Haïm Ephraim Bloch a publié un livre intitulé « Dovev Sfatayim Yeshanim » contenant des lettres contre le sionisme, attribuées au Rogatchover. Il a envoyé une copie du livre au Rabbi, qui lui a répondu : « Après avoir demandé pardon, je suis désolé que certaines lettres aient été attribuées au Gaon Rav Yossef Rozen – et quiconque connaît son style verra immédiatement que ce n’est pas le cas ». Lorsqu’il a essayé de contester cette affirmation, le Rabbi lui a de nouveau écrit : « Des milliers de lettres, de questions et de réponses, et des pages de nouveautés dans la Torah proviennent du Gaon Rav Yossef Rozen, et elles s’étendent sur une période de plusieurs dizaines d’années. Et l’aspect commun à toutes ces lettres, questions et réponses, et nouveautés de la Torah, sans exception, est son style unique, que chacun reconnaîtra, et reconnaîtra également ce qui ne lui appartient absolument pas. Et les lettres imprimées dans le livre « Dovev Sfatayim Yeshanim » sont d’un style diamétralement opposé et absolument différent du style du Rav Yossef Rozen… (et non seulement cela, mais si le Rav Yossef Rozen venait et témoignait qu’il avait écrit les lettres, on ne le croirait pas et on n’écouterait pas sa voix) ».

Le Rabbi a défini la méthode du Rogatchover dans la Torah comme un événement spécial que D.ieu a révélé à l’époque précédant la venue du Machia’h. Dans une lettre au Rav Shlomo Treshansky, qui a publié les innovations du Rogatchover sur le Guide des Égarés de Maïmonide, le Rabbi écrit : « En vérité, le terme « innovations » ne leur convient pas et ne les contient pas, car ses innovations sont sans commune mesure avec le sens ordinaire du mot « innovation ». Et dans le style des termes de la doctrine hassidique, ils sont pleins de la lumière qui remplit le récipient, et encore plus de la lumière qui ne peut être contenue dans le récipient et qui l’entoure d’en haut ». Bien que le monde soit impressionné par sa mémoire extraordinaire – dit le Rabbi – qui n’a pas été égalée depuis des centaines d’années, sa plus grande qualité est sa capacité à trouver le dénominateur commun entre les nombreux sujets de la Torah.

La méthode du Rogatchover dans la Torah consistait à trouver, dans tous les sujets et les controverses de toutes les parties de la Torah, le point commun entre eux. Comme le Rabbi l’écrit : « Il avait une manière merveilleuse d’étudier la Torah, il y avait beaucoup d’experts, mais sa méthode était de trouver pour chaque sujet de la Torah – un principe général, ou de révéler un sujet général « selon son opinion », qui n’avait pas été vu depuis cent cinquante – deux cents ans ». Dans le hassidisme – nous le trouvons également chez le Tsemah Tsedek. Et encore : « Dans la manière dont le génie Rav Yossef Rozen a mis en évidence et souligné, pour trouver le point commun entre un sujet particulier de la Torah et d’autres sujets, le principe général et la définition unificateurs. Et il est évident que les profondeurs, et plus encore les expansions, qui en résultent. » Le Rabbi a également déclaré que sa propre méthode d’étude était similaire à celle du Rogatchover.

Le Rav Moshe Grosberg, auteur du livre « Ha’amek Ayun » sur le «  »Tzafnat Paneach » » du Rogatchover, raconte que lorsqu’il était en audience privée avec le Rabbi, il a exprimé son admiration pour la combinaison rare de révélation et d’intériorité chez le Rogatchover. Dans ce contexte, le Rabbi a mentionné le livre « Derech Mitzvote’ha » du Tsemah Tsedek et a ajouté qu’il était nommé d’après lui (Menachem Mendel) et qu’il s’efforçait donc de suivre ses voies.

Le Rabbi a raconté qu’il avait entendu parler d’un Juif qui était présent lorsque l’un des livres du Rogatchover était imprimé de son vivant et que l’imprimeur avait sonné et lui avait dit qu’il restait deux pages vides. Le Rogatchover a dit : « Attendez, attendez, voici, voici, j’apporte encore quelque chose ».

Liste des œuvres du Rogatchover et des travaux connexes 

  • Tsfonot Panea’h – Deux volumes de commentaires sur le Rambam.
  • Un traité sur le Guide des égarés.
  • Tsfonot Paneach – Commentaire sur la Torah (trois volumes).
  • Tsfonot Paneach sur le Talmud (Babylonien, Jérusalem, Tossefta, Rif et Rosh) sur Bava Kama, Bava Metzia, Sanhedrin, Horayot, Eduyot et les petits traités.
  • Shlomot Yossef – (publié en 1957) Correspondance entre le Rogatchover et le Rav Shlomo Sobol.
  • Lettres de Torah – (publié en 1937) Correspondance entre le Rogatchover et le Rav Mordechai Klin.
  • Tsfonot Paneach – Responsa sur divers sujets (son livre le plus célèbre), édité avant la Seconde Guerre mondiale. Les responsa ont été publiées en deux éditions : Édition Dvinsk et Édition Varsovie.

Travaux sur les écrits du Rogatchover 

Mafaneach Tsfonot – Explication des sujets fondamentaux de l’enseignement du Rogatchover. Rav M. Kasher.
Razin de-Oraïta – 200 articles sur l’enseignement du Rogatchover avec les explications du Rav Yossef Rozen. Institut pour l’enseignement et la jurisprudence à Beitar Illit (2008).

Sa famille 


Son gendre, Rav Abba David Goldfein
Son gendre, Rav Israel Abba Citron
Sa sœur, mariée au Rav Yaakov Moshe de Michovska