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La Paracha Tetsavé est la seule section de la Torah — depuis la naissance de Moïse — où son nom n’apparaît pas, et les livres y voient une allusion à sa disparition, qui tombe généralement à la même période (le 7 Adar). Mais cela soulève une difficulté : le décès d’un Tsaddik n’efface pas son nom, bien au contraire.
Le Rabbi résout cette apparente contradiction à l’aide d’un enseignement du Zohar : après sa disparition, le Tsaddik est présent dans tous les mondes davantage qu’il ne l’était de son vivant, car son âme, libérée de l’enveloppe corporelle, remonte jusqu’à son essence la plus profonde — une présence qui dépasse tout nom et toute désignation.
C’est précisément là le message de la paracha : Moïse n’y est pas nommé parce qu’il s’est élevé au-delà de son nom, vers son essence pure. Et paradoxalement, c’est dans cette même paracha que D.ieu s’adresse à lui avec la plus grande intimité — « Et toi, tu ordonneras » — à la deuxième personne, signe d’une proximité totale.
Cette idée est ensuite confirmée par la guématria du mot Tetsavé (501), qui dépasse de un le chiffre 500 — symbole de l’ordre du monde et de la révélation divine — pointant ainsi vers ce qui est au-delà de tout nom, vers l’essence absolue. Le nombre de versets de la paracha (101) renforce le même message : 101, comme celui qui répète son étude cent et une fois, transcende l’ordre ordinaire.
La Paracha Tetsavé recèle l’un des secrets les plus profonds de la Torah : le nom de Moïse n’y apparaît nulle part, une énigme que les sages ont scrutée à travers les siècles. Loin d’être un simple oubli, cette absence révèle la grandeur absolue du Tsaddik, dont l’essence dépasse toute désignation. À travers la guématria, le symbolisme et la pensée ‘hassidique, le Rabbi éclaire ce mystère avec une profondeur saisissante.
מדוע נרמזת פטירתו של משה רבנו בהשמטת שמו מפרשת תצווה – והרי בפטירתו של צדיק מסתלק מהעולם רק גופו, ואילו שמו וזכרו עומדים לעד?
Pourquoi la mort de notre maître Moïse est-elle suggérée par l’omission de son nom dans la Paracha Tetsavé — alors que lors du décès d’un Tsaddik, seul son corps quitte le monde, tandis que son nom et sa mémoire demeurent pour toujours ?
מדוע דווקא פרשה זו, שממנה הושמט שמו של משה, גדושה בציווים ובהתייחסויות רבות אליו?
Pourquoi cette paracha précisément, d’où le nom de Moïse a été omis, est-elle pourtant riche en commandements et en références nombreuses à sa personne ?
פטירת צדיק – הסתלקות הגילוי והופעת העצמיות
Le décès du Tsaddik — la disparition de la révélation et l’apparition de l’essence.
א. ז׳ אדר, יום פטירת משה רבנו, חל (ברוב השנים) בסמיכות לפרשת תצווה; ואיתא בספרים שיש רמז לכך בפרשה זו: פרשת תצווה היא הפרשה היחידה בתורה (« משנולד משה ») ועד משנה תורה שבה לא נזכר שמו של משה.
A. Le 7 Adar, jour du décès de notre maître Moïse, tombe (la plupart des années) près de la Paracha Tetsavé ; et il est mentionné dans les livres qu’il y a là une allusion : la Paracha Tetsavé est la seule paracha de la Torah (depuis la naissance de Moïse) et jusqu’au Deutéronome où le nom de Moïse n’est pas mentionné.
ולכאורה אינו מחוור: הלא רק השם משה לא נזכר בפרשה זו, אבל יש בה ריבוי פסוקים העוסקים במשה ומתייחסים אליו – החל מהתחלת הפרשה ממש, « ואתה (משה) תצווה », ולכן בעוד כמה וכמה ציווים למשה.
Or, la chose n’est pas claire à première vue : seul le nom « Moïse» n’est pas mentionné dans cette paracha, mais elle contient de nombreux versets qui traitent de Moïse et lui sont adressés — depuis le début même de la paracha : « Et toi (Moïse) tu ordonneras», et encore dans de nombreux commandements adressés à Moïse.
ועוד: אי הזכרת הצדיק הרי היא ההיפך מענין הסתלקותם של צדיקים, שכן, בשעה שהצדיק מסתלק מן העולם אין הדבר פוגע בשמו ובפעולותיו, והם נשארים לעד ואינם משתכחים חו’ח; רק גופו של הצדיק מסתלק מן העולם.
De plus, ne pas mentionner le Tsaddik est l’opposé même du sens du décès des Tsaddikim : car lorsque le Tsaddik quitte ce monde, cela n’affecte nullement son nom ni ses actions, qui demeurent à jamais sans être oubliés, à D.ieu ne plaise ; seul le corps du Tsaddik se détache du monde.
ואם כן, איך אפשר לומר שהסתלקות משה רבנו נרמזת דווקא על-ידי אי הזכרת שמו?
Dès lors, comment peut-on dire que le décès de Moïse notre maître est suggéré précisément par la non-mention de son nom ?
יתר על כן: הציווים למשה בפרשת תצווה נאמרו למשה בלשון נוכח – « תצווה », « ועשית », « ולקחת » וכיוצא בזה – בעוד בריבוי מקומות שבהם נזכר משמו (ובסמיכות לפרשתנו) – בסוף פרשת משפטים – הרי זה רק באופן של דיבור אחרות של משה – (כאילו) שלא בפניו!
Qui plus est : les commandements adressés à Moïse dans la Paracha Tetsavé lui sont formulés à la deuxième personne — « tu ordonneras», « et tu feras», « et tu prendras» et ainsi de suite — alors que dans les nombreux endroits où il est mentionné par son nom (et près de notre paracha) — à la fin de la Paracha Michpatim — c’est uniquement sous la forme d’un discours sur Moïse — comme si cela se disait en son absence !
ב. ויש לומר הביאור בזה: איתא בזהר ד »צדיקא דאתפטר אשתכח בכלהו עלמין יתיר מבחיוהי », היינו שהצדיק לאחר פטירתו נמצא בכל העולמות, כולל העולם הזה, יותר מבחיוהי.
B. Voici l’explication : il est dit dans le Zohar que « le Tsaddik après son décès se trouve dans tous les mondes davantage qu’il ne l’était de son vivant», c’est-à-dire que le Tsaddik après son décès se trouve dans tous les mondes, y compris ce monde-ci, davantage qu’il ne l’était de son vivant.
ופירוש « יותר מבחיוהי » (לא יתרון שלא יתרון סתם, אלא) שכן (כביאור רבינו הזקן):
Et l’explication de « davantage qu’il ne l’était de son vivant» (non pas un avantage ordinaire, mais) comme l’a expliqué notre maître le Rav ancien :
א) « בהיות הצדיק חי על פני האדמה » היו « חיי הצדיק » מלובשים ב »כלי ולבוש » (ואזי היה ניתן לקבל רק הארה כו’), משא’כ לאחר פטירתו אין הם « בתוך כלי » (ולכן ניתן לקבל « מבחינת רוח .. העצמיות » של הצדיק).
a) « Lorsque le Tsaddik était vivant sur la surface de la terre», ses « vies de Tsaddik» étaient revêtues d’un « récipient et d’un vêtement» (et l’on ne pouvait alors recevoir qu’un rayonnement, etc.), ce qui n’est plus le cas après son décès car ils ne sont plus « à l’intérieur d’un récipient» (et l’on peut donc recevoir « depuis l’aspect de l’esprit… de l’essence» du Tsaddik).
ב) פטירתו של צדיק היא « עליית רוחו ונשמתו למקור חוצבו », ואזי אף מדריגה זו של הצדיק (כפי שהוא ב »מקור חוצבו ») נמצאת (« אשתכח ») כאן למטה.
b) Le décès du Tsaddik est « l’élévation de son esprit et de son âme vers leur source d’origine», et alors même ce degré du Tsaddik (tel qu’il est dans « sa source d’origine») se trouve (« ashta’hach») ici en bas.
ונמצא, שהסתלקותם של צדיקים – שני קצוות יש בה: הסתלקותו של הצדיק בגשמיות מביאה עמה הסתלקות והעלאת הצדיק ברוחניות – הוא עולה בעילוי אחר עילוי, עד לשרשו ומקורו הראשון, ל »עצמיות » שלו, ל »גילוי » לגמרי (ולכן הצדיק אינינו בעולם באופן גלוי); אבל מאידך, בזמן זה (לאחר פטירתו) – כל ה »עצמיות » זו של הצדיק היא באופן שה »אשתכח בכולהו עלמין » (עד לעולם הזה), ומטעם זה ניתן לקבל ממנו « יתיר מבחיוהי ».
Il résulte donc que le décès des Tsaddikim comporte deux extrêmes : la disparition du Tsaddik dans le monde physique entraîne la disparition et l’élévation du Tsaddik dans le monde spirituel — il monte d’élévation en élévation, jusqu’à sa racine et sa source première, jusqu’à son « essence», jusqu’à la « révélation» totale (c’est pourquoi le Tsaddik n’est plus présent dans le monde de manière visible) ; mais d’un autre côté, à ce moment-là (après son décès) — toute cette « essence» du Tsaddik est de telle sorte qu’elle « se trouve dans tous les mondes» (jusqu’à ce monde-ci), et c’est pour cette raison que l’on peut recevoir de lui « davantage qu’il ne l’était de son vivant».
ג. על-פי זה יובן הטעם שהסתלקותו של משה רבנו מרומזת דווקא על-ידי אי הזכרת שמו (בפרשת תצווה):
C. À la lumière de cela, on comprend pourquoi le décès de Moïse notre maître est suggéré précisément par la non-mention de son nom (dans la Paracha Tetsavé) :
שמו של אדם אינו עצם מציאותו (כדי שאדם אחר יוכל להשתמש בו, השם נדרש עבור הזולת, שכן הפניה לאדם היא לעצמות, לכללות האדם).
Le nom d’une personne n’est pas son être essentiel (puisque le nom est nécessaire pour autrui — la désignation s’adresse à l’autre, à l’essence, à la totalité de la personne).
ועל-ידרך-זה הוא הנוגע למשה: השם « משה » ניתן לו משך זמן לידתו, ועוד זאת, שבפשטות שם זה (« משה ») ניתן לו לא על-ידי הוריו, אלא על-ידי בת פרעה – « כי מן המים משיתיהו ».
Et c’est ce qui concerne Moïse : le nom « Moïse» lui a été donné après sa naissance, et qui plus est, selon le sens littéral, ce nom (« Moïse») lui fut donné non par ses parents, mais par la fille de Pharaon — « car je l’ai tiré des eaux».
וזהו הרמז בפרשת תצווה להסתלקותו של משה:
Voilà donc l’allusion dans la Paracha Tetsavé au décès de Moïse :
בשעת הסתלקותו, התעלה משה לעצמיותו שלמעלה מן השם – ולפיכך, אין הוא מוזכר בשמו בפרשת תצווה, אבל משה « נמצא » בפרשת תצווה כאן עומד ומשמש ואדרבה – בכל עצמיותו (כפי שהוא « נמצא » בפרשת תצווה) – הדיבור אליו הוא בלשון נוכח, « ואתה תצווה », המורה על קירבה ומגע רב.
Au moment de son élévation suprême, Moïse s’est élevé vers son essence qui est au-delà du nom — c’est pourquoi il n’est pas mentionné par son nom dans la Paracha Tetsavé, mais Moïse « se trouve» dans la Paracha Tetsavé, présent et actif, et au contraire — dans toute son essence (tel qu’il « se trouve» dans la Paracha Tetsavé) — le discours qui lui est adressé est à la deuxième personne, « Et toi tu ordonneras», ce qui indique une proximité et un contact profonds.
ד. והנה, כיון ששמו של משה אינו מוזכר בפרשה כולה, מובן שתוכנה של (כל) פרשת תצווה קשור ל »עצם » שלו (שלמעלה משם משה).
D. Puisque le nom de Moïse n’est pas mentionné dans toute la paracha, il est clair que le contenu de (toute) la Paracha Tetsavé est lié à son « essence» (qui est au-delà du nom Moïse).
ועל-פי הידוע שתוכנה של כל פרשה מרומז בשמה (כפי שנתבאר כמה פעמים), צריך לומר שענין זה במשה הוא מרומז בשמה של הפרשה – « תצווה ».
Et selon ce que l’on sait que le contenu de chaque paracha est suggéré dans son nom (comme cela a été expliqué plusieurs fois), il faut dire que ce sujet concernant Moïse est allusion dans le nom de la paracha — « Tetsavé».
ויש לומר הביאור בזה: אע’פ שמארבעת אופני לימוד התורה הכולל את ענין הגימטריאות – מכל מקום, מובן שאין זה « שדה פרוצה » לכל אחד להמציא גימטריאות משלו, אלא כל גימטריא זקוקה למקור.
On peut en donner l’explication suivante : bien que parmi les quatre modes d’étude de la Torah figure l’étude des guémétrioth — il est clair que ce n’est pas « un champ ouvert à tous» pour que chacun invente ses propres guémétrioth, car chaque guématria a besoin d’une source.
כאשר לשתי הסיפרות יש גימטריא אחת – עדיין אין הכרח שייכות פנימית בניניהן; אלא שכאשר יש לכן תוכן משותף, אזי הדבר בא לידי ביטוי (בתוך סימן והוכחה) בהשתוות הגימטריא שלהן.
Lorsque deux nombres ont une même guématria — il n’y a pas encore nécessairement de lien intérieur entre eux ; mais lorsqu’ils ont un contenu commun, cela s’exprime alors (comme signe et preuve) dans l’égalité de leur guématria.
ה. הגימטריא של « תצווה » היא – תק’א. ובמספר זה היותר על חמש מאות – נרמזת מדריגת ה »עצם » שלמעלה מ »שם ».
E. La guématria de « Tetsavé» est 501 (תק’א). Et dans ce nombre, qui dépasse de un les cinq cents — est suggéré le degré de l’«essence» qui est au-delà du « nom».
והביאור בזה: אמרו חז »ל הקב »ה הלך מהלך חמש מאות שנה, ומבואר על כך: כללות העולם (« סדר ההשתלשלות ») הוא בשיעור « חמש מאות שנה » – גילוי שם של הקב »ה בעולם, ועי »ז ש »הלך » – לקנות לו שם ».
Voici l’explication : nos Sages ont dit que le Saint béni soit-Il « marche d’une marche de cinq cents ans» ; l’ensemble du monde (le « seder HaHishtalshelout») correspond à une mesure de « cinq cents ans» — la révélation du Nom du Saint béni soit-Il dans le monde, et par ce « marcher» — il « acquiert un nom».
אמנם, המספר תק’א – אחד היותר על « חמש מאות », ה »עצם » שלמעלה מסדר ההשתלשלות, הוא מגדיר לזולת, הוא מציאות נוספת הקורא לו שם.
Cependant, le nombre 501 — un de plus que « cinq cents», l’« essence» qui est au-delà de l’ordre d’enchaînement, est ce qui définit l’autre, c’est une réalité supplémentaire, c’est Celui qui lui donne un nom.
[ויש לומר גם הסבר לגימטריא בספרים: ש »אשר » בגימטריא תק’א, ש »אשר » – מלשון אושר – מורה על תענוג, הענין הנעלה ביותר באדם, הקשור בעצמיותו, וכמאמר: אין למעלה מענג.]
[Et l’on peut également expliquer la guématria dans les livres : « Acher» en guématria donne 501, et « Acher» — du mot bonheur — désigne le plaisir, la dimension la plus élevée chez l’être humain, liée à son essence, et comme il est dit : il n’y a rien de plus élevé que le plaisir.]
ועל-ידרך-זה הוא גם בנפש האדם:
Et c’est également ainsi dans l’âme de l’être humain :
ו. הענין הנ’ל בפרשת תצווה – שתוכנה שלמעלה מרומז גם במספר הפסוקים – ק’א, מיכא »ל סימן:
F. Le sujet mentionné ci-dessus concernant la Paracha Tetsavé — que son contenu supérieur est également suggéré dans le nombre de ses versets — 101, signe de Michaël :
בלקוטי-תורה מבאר רבינו הזקן החילוק בין המספרים ק’ וק’א: המספר ק’ מורה על השלימות של סדר ההשתלשלות, וק’א – על « חד ולא בחושבן » [ומביא את מדברי המהרש’א] « אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים לשונה פרקו מאה ואחת ».
Dans Likoutei Torah, notre maître le Rav ancien explique la différence entre les nombres 100 et 101 : le nombre 100 indique la complétude de l’ordre d’enchaînement, et 101 — correspond à « l’Un qui est au-delà du nombre» [et il cite les paroles du Maharcha] : « celui qui répète son chapitre cent fois n’est pas comparable à celui qui le répète cent et une fois».
מאחר שאנו עוסקים כאן ב »עצם » שלמעלה מגדר גימטריא, שהיא ה »בחינה אחרונה » של תוכן הדבר (כנ’ל בארוכה), ודווקא ב »עולם » זה של ה »בחינה אחרונה » – מספר התיבה – נמצאת ה »עצם » שלמעלה מגילוי.
Puisque nous nous occupons ici de l’« essence» qui est au-delà de la catégorie de guématria, qui est l’« aspect final» du contenu de la chose (comme expliqué ci-dessus en détail), et c’est précisément dans ce « monde» de l’« aspect final» — le nombre de la boîte — que se trouve l’« essence» qui est au-delà de la révélation.
ז. על-פי המבואר לעיל (סעיף ד) אודות תוכן עניין הגימטריאות – יש לבאר גם כן את הטעם שהשייכות לנושא הנ’ל מרומזת (רק) בשמה של הפרשה (תצווה) – במספר הפסוקים שבפרשה:
G. À la lumière de ce qui a été expliqué ci-dessus (paragraphe D) concernant le contenu du sujet des guémétrioth — il faut également expliquer pourquoi le lien avec ce sujet — est suggéré (uniquement) dans le nom de la paracha (Tetsavé) — dans le nombre des versets de la paracha :
מאחר שאנו עוסקים כאן ב »עצם » שלמעלה מגדר גימטריא, שהיא ה »בחינה אחרונה » של כל « גילוי » שאין בה כלל « גילוי » (כנ’ל בארוכה), ודווקא ב »עולם » זה של ה »בחינה אחרונה » – מספר התיבה – נמצאת ה »עצם » שלמעלה מגילוי.
Puisque nous nous occupons ici de l’« essence» qui est au-delà de la catégorie de guématria, qui est l’« aspect final» de toute « révélation» en laquelle il n’y a aucune « révélation» (comme expliqué ci-dessus en détail), et c’est précisément dans ce « monde» de l’« aspect final» — le nombre de la boîte — que se trouve l’« essence» qui est au-delà de la révélation.
Joseph Weismann, survivant de la Shoah, livre un témoignage d’une rare profondeur sur la foi, la mémoire et l’humanité. Entre le souvenir douloureux de la rafle du Vél’ d’Hiv et la chaleur inattendue de bénévoles qui l’ont touché au plus profond de lui-même, cet homme au parcours tragique nous offre une leçon de vie universelle. Un message à transmettre de toute urgence aux générations futures.
Le Merkaz Chlou’him : quand la Chlihout prend tout son sens
Derrière ce clip se cache bien plus qu’un simple témoignage — c’est toute la valeur et la portée de l’action du Merkaz Chlou’him qui y est illustrée. Dans le cadre de leurs visites à travers les provinces françaises, de jeunes bénévoles dévoués ont eu la chance de rencontrer Joseph Weismann, rescapé des camps de la mort et co-auteur du célèbre film La Rafle. Touchés par sa personnalité hors du commun, ils lui ont proposé, pour la toute première fois en France, de porter son témoignage directement devant des enfants juifs. Une initiative aussi audacieuse qu’essentielle. Le projet a ensuite été soumis aux institutions Beth Rivka, qui ont immédiatement répondu présentes et accepté d’accompagner cette démarche avec enthousiasme. Ce clip retrace l’intégralité de ce voyage mémorable — du Mans jusqu’aux portes de l’école juive — et capte avec une émotion rare ce que cette rencontre et ce récit ont éveillé dans les cœurs.
L’histoire de Joseph : un enfant, une mère et un rabbin à la veille du chaos
La vidéo donne la parole à Joseph Weismann, rescapé de la Shoah, dont le récit plonge le spectateur dans les heures sombres de l’Occupation. Il se souvient d’un moment empreint de tendresse et de normalité : en juin 1942, sa mère, femme profondément croyante et pratiquante, l’avait conduit chez un Rav pour préparer sa Bar Mitsva. Un geste ordinaire, chargé de l’espoir et de l’amour d’une mère pour son fils. Un mois plus tard, le monde basculait : la rafle du Vél’ d’Hiv frappait Paris, et ses parents étaient assassinés. Joseph, lui, allait traverser l’enfer des camps. À sa sortie, il avait pris une décision irrévocable : tourner le dos à la religion et vivre dans une laïcité totale et assumée.
La question brûlante de la foi après la Shoah
Comment croire en D.ieu après l’extermination de six millions de Juifs, dont un million et demi d’enfants ? C’est la question que Joseph pose avec une franchise sans détour, une question qui résonne comme un cri arraché des profondeurs de l’histoire. Son interlocuteur ne prétend pas y répondre par une explication rationnelle — car il n’en existe pas. Il lui offre plutôt une autre vision de la foi : non pas une réponse au pourquoi de la tragédie, mais une force qui pousse à « allumer une flamme », à se tourner vers l’autre, à soutenir, à continuer de vivre malgré tout. La foi, dans cette perspective, n’est pas une justification du mal, mais un élan vers le bien.
Un message d’humanité pour les générations futures
En tant que survivant, Joseph porte sur ses épaules le poids d’une responsabilité qu’il prend très au sérieux : celle de transmettre. Et le message qu’il choisit d’adresser aux jeunes générations est d’une clarté absolue : « À un moment de votre vie, n’acceptez pas l’inacceptable. » Il refuse d’ériger des clivages religieux ou politiques en critères de jugement. Ce qui compte à ses yeux, c’est l’être humain dans sa vérité : ses qualités réelles, son respect de l’autre, sa capacité à reconnaître la dignité de chacun. Une éthique simple, mais exigeante.
« Ils feraient de moi un juif » : l’émouvante conclusion d’un homme libre
La fin de la vidéo est peut-être son moment le plus émouvant. Joseph se tourne vers les bénévoles de l’association et les enveloppe d’une affection aussi inattendue que sincère. Il les appelle « belles âmes », les décrit comme des personnes généreuses, débordantes d’amour, qu’il considère comme ses frères. Puis, avec un mélange de tendresse et d’humour teinté d’émotion, il lâche cette phrase qui résume tout : « Ils feraient de moi un juif, c’est ça qui m’embête. » Par ces mots, Joseph dit l’essentiel : la chaleur humaine de ces bénévoles est si authentique, si lumineuse, qu’elle parvient presque à le réconcilier avec une religion dont il avait pourtant choisi de s’éloigner. Une conclusion qui touche au cœur et rappelle que c’est toujours l’humain qui, en fin de compte, ouvre les portes que l’on croyait fermées à jamais.
Lee Rav Chneur Z. Oirechman, Chalia’h de Habad de Tallahassee et de l’Université d’État de Floride (FSU), a eu l’honneur de prononcer la prière d’ouverture devant le Sénat de Floride. Portant un message de foi, de responsabilité et de clarté morale, il a rappelé aux élus de l’État que toute réussite véritable trouve sa source dans la générosité et la confiance en D.ieu. Son allocution, empreinte de la pensée du Rabbi de Loubavitch, a laissé une impression profonde dans l’auguste enceinte législative.
Une Tsedaka avant la prière
Dans l’esprit de la directive du Rabbi de Loubavitch — selon laquelle tout rassemblement juif doit commencer par un acte de Tsedaka (charité) — le Rav Oirechman a d’abord sorti une pushka et a encouragé les personnes présentes à donner avant de commencer la prière. Ce geste a rappelé à tous que la bénédiction et le succès commencent par la générosité et par la reconnaissance de D.ieu en tant que Source ultime de toute chose.
Les enseignements de la Torah au cœur du discours législatif
Dans ses propos, le Rav Oirechman a invoqué les enseignements intemporels de la Paracha Michpatim, mettant en lumière le commandement de la Torah de prendre soin de la veuve et de l’orphelin — de ceux qui se sentent seuls et vulnérables. Il a souligné que leurs prières montent directement vers le Ciel, car leur confiance en D.ieu est totale. C’est là, a-t-il expliqué, la leçon plus profonde pour tous : si nous œuvrons au sein des systèmes naturels — gouvernement, commerce, santé, tourisme — la véritable réussite ne coule librement que lorsque nous reconnaissons sa Source. Tout comme l’eau s’écoule d’un lieu élevé vers un lieu plus bas, la bénédiction afflue là où règnent l’humilité et la confiance en D.ieu.
La leçon de Pourim : Esther, modèle de foi et d’action
En évoquant la fête de Pourim qui approche, le Rav Oirechman a cité l’exemple puissant de la reine Esther, qui a jeûné et prié avant de se présenter devant le roi de Perse. Son attitude a démontré que même lorsque nous engageons des dirigeants et des institutions, notre confiance ultime doit demeurer en D.ieu, le Roi des rois.
Des bénédictions pour les élus de Floride
Le Rav Oirechman a offert ses bénédictions sincères au Président du Sénat Ben Albritton et à l’ensemble des honorables sénateurs, priant pour qu’ils soient gratifiés de clarté d’esprit, de force de caractère, d’intégrité et de compassion, et que leur leadership apporte dignité à chaque citoyen et prospérité à l’État de Floride.
Un appel à préparer le monde pour Machia’h
Concluant sur le message du Rabbi de Loubavitch — selon lequel nous nous tenons au seuil de la Rédemption — le Rav Oirechman a encouragé tous les présents à accomplir une Mitsva supplémentaire, un acte de bonté et de bienveillance de plus, afin de « préparer le monde pour Machia’h ». Sur cet appel à l’action, et dans un « Amen » retentissant, l’enceinte du Sénat s’est trouvée élevée par un message de foi, d’unité et de sens.
Il y a soixante ans, le 770 fut le théâtre d’un Pourim d’exception que les témoins de l’époque n’ont jamais oublié. Ce soir-là, le Rabbi franchit toutes les limites de la joie habituelle, distribuant de ses propres mains du « machké » à des centaines de hassidim ébahis, opérant des guérisons miraculeuses et lançant, dans un cri retentissant, la proclamation devenue légendaire : « Quiconque tend la main — on lui donne ! »
Un Pourim pas comme les autres
Dans une lettre envoyée en Adar 5726 (1966) à son ami, l’émissaire — le Rav Yehouda Leib Raskin, alors en poste au Maroc — un hassid de la maison du Rabbi écrivait avec une conviction absolue : « Un tel Pourim n’avait encore jamais eu lieu au 770. » Cette affirmation, loin d’être une hyperbole, résume fidèlement ce que vécurent ce soir-là tous ceux qui eurent le mérite d’être présents au 770 Eastern Parkway.
Les Farbrenguen de Pourim avaient toujours été des moments d’intensité spirituelle rare : discours profonds sur la Méguilah dans toutes les dimensions du Pardès de la Torah, joie débordante, atmosphère hors du commun. Mais Pourim 5726 se distingua même par rapport à ces réunions exceptionnelles, tant par l’ampleur des révélations que par l’élan de générosité sans précédent que le Rabbi manifesta en ce soir mémorable.
Le Farbrenguen : quatre heures et demie de révélations
À 20h30, le Rabbi entra dans la salle du Farbrenguen. Durant ces heures intenses, il prononça une série de discours d’une profondeur remarquable : une explication lumineuse sur le « point de judaïsme » qui est égal chez chaque Juif, ce même point qui dérangeait Haman et qui s’est révélé à l’heure du décret de destruction ; la leçon que l’on doit en tirer — qu’il est absolument interdit de désespérer d’un seul Juif, quel que soit son état, car aucun Juif ne désire réellement être séparé de la Divinité.
Le Rabbi développa également une explication bouleversante sur les versets que Mardochée entendit de la bouche des trois enfants sortant de l’école : une éducation qui commence par le sacrifice de soi et une foi simple, capable de vaincre la nature du monde. Il parla du célèbre enseignement sur « ils ont profité du festin de ce misérable », soulignant que le salut du peuple juif ne vient jamais de la diplomatie, mais uniquement de la reconnaissance de l’unité de D.ieu et de son intériorisation profonde.
Il évoqua aussi le sens profond du nom « Pourim » en persan, qui enseigne que même au cœur des occupations les plus mondaines, on reconnaît qu’un Juif reste un Juif, et que la lumière de la Torah éclaire jusque dans les ténèbres les plus épaisses. Il prononça un discours magistral sur le verset « Lorsque Moïse levait la main, Israël l’emportait », expliquant que l’unique remède contre Amalek est précisément le service de la prière, qui prime même sur l’étude de la Torah. Et il termina par une analyse spirituelle d’une grande subtilité sur l’intériorité de la faute du Veau d’Or, expliquant qu’il ne s’agissait nullement d’idolâtrie — les enfants d’Israël croyaient en D.ieu avec une foi intacte — mais que le doute avait germé quant à Moïse lui-même, car « nous ne savons pas ce qu’il est devenu » (ce discours fut par la suite corrigé et publié dans Likkoutei Si’hot, vol. 11, p. 139 et suivantes).
Un témoin de la soirée raconte avec stupéfaction : « Entre les discours, le Rabbi remplissait sa coupe encore et encore — la moitié à partir des bouteilles que des hassidim lui tendaient, l’autre moitié versée par le directeur de la Yéchiva, le Rav Mentlik, qui servait régulièrement d’échanson lors des Farbrenguen. C’était inconcevable : le Rabbi but de nombreuses coupes pleines de vin et d’eau-de-vie, et continua à délivrer des discours d’une clarté et d’une profondeur absolues. Les enseignements de ce seul Farbrenguen s’étalent dans le Torat Menahem sur soixante-dix pages ! »
« Fais le Kiddouch sur du 95 % »
Après plus de quatre heures et demie de Farbrenguen, passé minuit, le Rabbi s’écria soudain : « Puisque nous sommes déjà après minuit — nous voilà plus près de la fin du Farbrenguen que de son début — et jusqu’à présent on ne voit pas une seule personne accomplir le ‘ad d’lo yada’ au sens littéral. Peut-être que quelqu’un ferait preuve d’abnégation et l’accomplirait réellement ? »
Le Rav Na’houm Zevin se trouvait parmi l’assemblée. Il témoigne : « Le Rabbi dit : ‘Le petit-fils du Rav Zevin est ici. Qu’il dise L’haïm pour son grand-père.’ Je m’approchai avec un petit verre. Le Rabbi ordonna immédiatement qu’on m’en apporte un grand, et dit : ‘Avant de dire pour le grand-père, prends d’abord pour toi-même.’ Il me versa… Je tendis mon verre presque plein… mais le Rabbi dit : ‘Tu ne peux pas mélanger le tien et celui de ton grand-père.’ J’avais compris — je devais boire la coupe entière. Le Rabbi m’en versa alors une deuxième pour le grand-père, en m’ordonnant de la terminer également. Je voulus prendre un peu de mezonot, et le Rabbi dit avec un sourire : ‘Ton grand-père fait le Kiddouch sur du 95 et n’a pas besoin de mezonot.’ Il me tendit lui-même des mezonot du plateau posé près de lui et me souhaita : ‘L’haïm ve’vracha !’ »
Une grande effervescence s’empara de la salle. R’ Zalman Duchman se porta volontaire pour accomplir le « ad d’lo yada ». Le Rabbi lui versa à boire et lui donna même quelques morceaux de mezonot. Puis il demanda, l’air étonné : « C’est ça que l’on appelle ‘ad d’lo yada’ ?! » Il lui ordonna de dire L’haïm sur une autre coupe pleine. Quand R’ Zalman fut bien enivré et commença à parler à voix haute, le Rabbi dit avec un sourire malicieux : « Essayez de toucher sa cravate — vous verrez comment il va dégriser… »
Le Rabbi appela ensuite : « R’ Chaïm Asher Kahanov ! Il est Cohen, est-il là ? » R’ Chaïm Asher s’avança ; le Rabbi lui versa une coupe pleine et le bénit pour une « année large ». R’ Chaïm Asher implora une bénédiction pour la spiritualité, pour un vrai repentir. Le Rabbi répondit : « Amen ! Joie et bonté de cœur ! » Or, à cette époque, R’ Chaïm Asher souffrait d’un ulcère sévère. Le lendemain, à l’hôpital, les médecins constatèrent avec stupéfaction que l’ulcère avait disparu comme s’il n’avait jamais existé. Ce fut un miracle à part entière.
« Quiconque tend la main — on lui donne ! »
Le Rabbi appela différentes personnes par leur nom et les invita à dire L’haïm. Au directeur de la Yéchiva, le Rav Mordekhaï Mentlik, il s’adressa avec un large sourire : « Faites-moi une faveur… et dites L’haïm. » Le Rav Mentlik, qui s’était tenu à la droite du Rabbi tout au long de la soirée, reçut un verre plein d’alcool à 95 % qu’il vida jusqu’à la dernière goutte. À la fin du Farbrenguen, au moment où le Rabbi quitta la synagogue, il s’effondra sur le sol.
R’ Leib Motzkin s’approcha et demanda un L’haïm. Le Rabbi lui proposa un marché : il étudierait chaque semaine les discours hassidiques sur la paracha. Devant son hésitation, le Rabbi dit fermement : « Fait-on l’affaire ou pas ? » R’ Leib accepta. Le Rabbi lui tendit un verre plein et conclut : « Coupe pleine et étude complète. »
Vers la fin de la réunion, le Rabbi s’arrêta soudain au milieu de son discours et s’exclama avec un air étonné : « Il reste encore du machké sur la table ?! Qu’on le finisse ! » Il ajouta avec humour : « Je ne dis pas de le verser — c’est simplement que le Choul’han Arou’h interdit de transgresser le ‘Bal Tach’hit’ (ne pas gaspiller). Et qui plus est, en année de Chemita… Là où il y a un récipient qui n’est pas encore vide — qu’on le vide ! »
Puis, à l’issue du dernier discours, le Rabbi s’écria d’une voix puissante : « Quiconque tend la main — on lui donne ! » En un instant, le 770 fut en ébullition. Des centaines de hassidim se précipitèrent vers la place du Rabbi, dans des bousculades colossales. Des chapeaux, des chaussures, des paires de lunettes volaient dans les airs. Un pied de la chaise du Rabbi se brisa sous la pression. Un peu de vin se renversa sur le Siddour du Rabbi ; il le posa, ouvrit le Siddour, prononça la bénédiction finale et se dirigea vers la sortie tandis que l’assemblée entonnait Ki Besimlah Tetsou.
À l’extérieur du 770, la foule immense se rua vers le Rabbi. Une témoin, Mme Dvora Bootman, se souvient : « J’entendis le Rabbi crier : ‘Pense à un autre Juif ! Pense à un deuxième Juif !’ » Les bousculades étaient si violentes que lorsque le Rabbi voulut monter dans son véhicule, la portière fut arrachée de sa place, et le toit de la voiture s’enfonça sous le poids des hassidim qui s’y étaient hissés pour tendre leurs verres. Le Rabbi continua à distribuer du machké près de la voiture, en précisant que celui qui avait déjà reçu ne devait pas reprendre.
Miracles et merveilles
Beaucoup n’avaient pas réussi à s’approcher. Le jeune Natan Gurary, incapable de traverser la foule, attendit le Rabbi le lendemain matin et lui dit qu’il n’avait pas reçu de L’haïm et que c’était son anniversaire. Le Rabbi le fit entrer dans son bureau et lui versa de son propre gobelet.
Le philanthrope R’ Berel Weiss n’avait pas pu s’approcher non plus — mais son jeune fils, Moshe Aharon, y était parvenu. Le Rabbi lui dit en anglais avec douceur : « Don’t be scared » (N’aie pas peur). Un mois avant le Pourim de l’année suivante, l’enfant fut miraculeusement préservé d’un accident de voiture causé par un véhicule lancé à toute vitesse.
Le Rav Chaïm Paro, quant à lui, avait glissé sur la glace quelques jours auparavant et s’était gravement fracturé la jambe. Les meilleurs spécialistes de New York étaient unanimes : une opération avec prothèse métallique était indispensable. Malgré la douleur, il assista au Farbrenguen avec un plâtre spécial, sans chirurgie. Le Rabbi l’appela, lui donna des mezonot et du machké et le bénit pour une « guérison complète et proche ». Six semaines plus tard, il marchait sans plâtre. Le Rabbi avait tracé un mot sur sa jambe avec un crayon, et toutes ses douleurs s’étaient évanouies. Les médecins n’en croyaient pas leurs yeux.
L’un des miracles les plus émouvants fut celui du Rav David Moshe Klein, marié depuis onze ans sans enfants. Il réussit à se frayer un chemin jusqu’au Rabbi. Celui-ci lui versa de l’eau-de-vie et lui dit d’une voix forte et distincte : « Et ces jours de Pourim — ne cesseront pas de leur descendance. » L’année suivante, exactement à la période de Pourim, leur premier fils vit le jour.
Un « remède avant la plaie » — la guerre des Six Jours
Une lecture spirituelle des événements de ce Pourim hors du commun fut proposée dans les cercles hassidiques. Dans l’un des discours prononcés ce soir-là, le Rabbi avait expliqué comment annuler spirituellement la pensée malveillante des nations du monde. Or, à cette époque précise — exactement un an avant la guerre des Six Jours — les dirigeants arabes entourant Israël élaboraient des plans d’attaque pour anéantir le peuple juif. Il est possible que ce Farbrenguen d’exception ait constitué un « adoucissement des rigueurs » célestes qui neutralisa leurs desseins. Le Rabbi anticipait souvent les dangers qui pesaient sur son peuple, préparant, selon l’expression hassidique, le « remède avant la plaie ».
Compte rendu du Farbrenguen de Pourim 5726
La fête de Pourim n’est pas un simple souvenir historique : c’est une vérité vivante qui se renouvelle à chaque génération, portant en son cœur le message indestructible de l’unité du peuple juif. Du plus jeune au plus âgé, de l’homme instruit à l’enfant innocen, chaque Juif est porteur d’une étincelle divine que nul décret, nulle oppression ne peut éteindre. Comprendre Pourim, c’est comprendre l’essence même du judaïsme.
Le décret de Haman et la réponse divine : d’une menace à une fête éternelle
La Guezérat Haman (décret de Haman) est survenue parce que Haman accusait les Juifs de toujours célébrer, de dire « Chabbat aujourd’hui » ou « Yom Tov (fête) aujourd’hui ». D.ieu répondit qu’Il ferait tomber Haman et ajouterait une fête aux Juifs. Puisque le décret de Haman visait l’ensemble du peuple juif — « du jeune au vieux, enfants et femmes » — la fête de Pourim qui en résulte doit elle aussi réunir tous ces niveaux.
L’unité à Pourim se manifeste dans le fait que, contrairement à la lecture de la Meguila ou aux dons de mishloach manot et matanot la’evyonim (cadeaux aux pauvres), qui dépendent des capacités de chacun, l’interdiction des lamentations et du jeûne, ainsi que le commandement de la fête et de la joie (mishteh ve’simchah), sont universels pour tous. Puisque la Torah est vérité, l’interdiction des lamentations et du jeûne signifie qu’il n’existe objectivement aucune raison au chagrin ni au jeûne. La joie de Pourim, à travers le mishteh ve’simchah, permet d’atteindre un niveau où le jeûne n’est plus nécessaire pour l’expiation ou la purification — comme l’enseigne le Rav Chneur Zalman de Liadi, le Baal HaTanya.
L’unité englobe même les enfants (taf) qui ne sont pas encore en âge de comprendre. La joie doit atteindre le niveau de « jusqu’à ce qu’il ne sache pas » (ad delo yada), même pour le vieil homme — une joie qui dépasse toute compréhension et toute perception. Le point culminant de Pourim est le festin (seudat Pourim), où l’obligation principale est de s’enivrer « jusqu’à ce qu’il ne sache pas ». C’est l’unité de tous les Juifs dans la joie de la Mitsva, une joie qui transcende la raison et la connaissance, et qui se prolonge tout au long de l’année.
L’essence de Haman face à l’essence du Juif : « ne pas s’incliner »
La raison pour laquelle le décret de Haman visait tous les Juifs « du jeune au vieux, enfants et femmes » est que ce qui dérangeait Haman chez Mardochée était précisément le point en lequel Mardochée était égal à tout Juif. Haman avait compris que l’attitude de Mardochée — « ne pas s’incliner et ne pas se prosterner » — n’était pas une exception individuelle, mais l’essence même de l' »am Mordechai » (le peuple de Mardochée) tout entier.
Ce point de « ne pas s’incliner et ne pas se prosterner » est l’essence du judaïsme : un Juif « n’est pas séparé de la Divinité (Elokout) ». Cela s’applique à tous les niveaux, « du jeune au vieux, enfants et femmes ». Même le corps d’un Juif ne peut être séparé de la Divinité, même par un acte physique comme se prosterner devant une idole si cela contredit la foi en D.ieu. L’essence de Haman était le « culot sans couronne » (chutzpah belo taga) — une existence pure et brute incapable de tolérer qu’existe dans le monde un point ne reconnaissant pas son autorité. Son décret visait donc tous les Juifs, expression de la « part de D.ieu d’en haut vraiment » (chelek Elokah mi’maal mamash).
La joie de Pourim et son caractère unique parmi toutes les fêtes
La joie de Pourim est unique, car elle atteint le niveau de « jusqu’à ce qu’il ne sache pas » (ad delo yada), contrairement aux autres fêtes — même celles qui sont des commandements positifs de la Torah. La raison en est que Pourim engage l’âme et le corps dans le principe de « ne pas s’incliner et ne pas se prosterner », qui est le point du judaïsme situé au-dessus même de la Torah. Cela vaut également pour les enfants (taf), qui furent les premiers à apporter de « bonnes nouvelles » (béourot tovot) de la rédemption à Mardochée.
Le récit midrachique évoque la joie de Mardochée lorsqu’il entendit trois versets récités par trois enfants revenant de l’école : « Ne crains pas… » (Al tira), « Faites un plan, et il sera annulé… » (Outsouo etsa), « Jusqu’à la vieillesse… » (Ve’ad zikna). Ces trois versets représentent trois niveaux d’éducation, allant de l’état de l’homme sauvage (ir pera) jusqu’à la conviction que le plan du mal sera annulé par la seule présence de D.ieu.
La brit mila, fondement du mésirout nefech et début de l’éducation juive
Avant ces trois niveaux d’éducation se trouve la brit mila (circoncision), expression du mésirout nefech (abnégation). Le peuple juif, étant « le moins nombreux de tous les peuples » (ha’me’at mikol ha’amim), a toujours eu besoin d’être ancré dans le principe du mésirout nefech. La brit mila, qui constitue une situation de danger pour la vie (sakkanat nefachot) selon le Rambam, est pourtant le début de la vie d’un enfant juif, établissant une alliance éternelle (brit olam) avec D.ieu.
Après la brit mila vient l’éducation.
Le premier niveau est « Ne crains pas », qui est la foi sans raisonnement face à la domination des méchants dans le monde.
Le deuxième niveau consiste à utiliser l’intellect pour contrecarrer les mauvais plans : « Faites un plan, et il sera annulé ».
Le troisième niveau est la réalisation que les lois de la nature — symbolisées par la « vieillesse et les cheveux gris » (zikna ve’séiva) — n’ont aucun pouvoir sur le Juif qui a reçu une éducation juive.
La joie de Mardochée en entendant ces versets venait du fait que les enfants étaient pénétrés de foi et de confiance. Haman l’avait compris : la vraie bataille était avec ces enfants, et sans les éliminer en premier, son décret n’aurait aucun effet.
La leçon éternelle : garantir l’éducation des enfants pour conjurer les décrets
La leçon pour toutes les générations est que même lorsque tout va bien, les Juifs demeurent « le moins nombreux de tous les peuples ». La seule façon de prévenir les décrets est de veiller au comportement des enfants revenant de l’école — qu’ils ne soient pas impressionnés par le monde et qu’ils sachent qu’ils ont le pouvoir de vaincre la nature. Cela engendre une grande joie et entraîne l’annulation de tout mauvais décret.
La Torah et tous ses sujets sont vérité, et le judaïsme est l’union des extrêmes : la Kabbale (sod) et le sens simple (péchat) se rejoignent. La Halakha (loi juive) et le Drouch (exégèse homilétique) ont chacun leurs règles, et le Drouch doit être vérité.
L’explication kabbalistique et ‘hassidique des trois versets est la suivante : « Ne crains pas » (Al tira) concerne les midot (attributs) du cœur ; « Faites un plan » (Outsouo etsa) concerne le mo’hin (intellect) ; le niveau supérieur du mo’hin est appelé « vieillesse » et « cheveux gris », conduisant au niveau le plus élevé : « C’est Moi qui ai fait, Je porterai, J’endurerai et Je sauverai. »
Aucun Juif n’est perdu : l’interdiction du désespoir
Le point essentiel est que chaque Juif — « du jeune au vieux, enfants et femmes » — se trouve en position de « ne pas s’incliner et ne pas se prosterner », car il est une « part de D.ieu d’en haut vraiment » (chelek Elokah mi’maal mamash). Même ceux qui avaient « profité du festin de ce méchant » ou qui s’étaient « prosternés devant l’idole » firent téchouva (repentir) et se montrèrent prêts au mésirout nefech lorsque le décret fut promulgué. L’histoire de la Choah prouve que même un Juif ayant péché reste Juif et ne peut être séparé de D.ieu. Par conséquent, il est absolument interdit de désespérer d’un Juif.
Le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Ve’ahavta le’réa’ha kamocha) s’applique à chaque Juif, car même celui qui ne vit pas selon la Torah ne fait qu’une erreur et finira par choisir de « ne pas s’incliner et ne pas se prosterner ». En rapprochant un Juif de D.ieu, on n’ajoute pas seulement une Mitsva, mais une fête à toutes les fêtes qui existaient déjà. Un talmid ‘hakham (érudit de la Torah) est appelé Chabbat, et en révélant le judaïsme de chacun, on ajoute une fête.
La Meguila, instruction pour tous les temps — lire l’histoire comme un présent
Le principe de « l’œuvre des pères est un signe pour les fils » (ma’assé avot siman labanim) signifie que chaque récit de la Torah est une instruction pour la vie quotidienne. La Meguila doit donc être lue non pas comme une histoire passée — ce qui revient à « lire la Meguila à l’envers » et annule le commandement — mais comme un événement se produisant maintenant.
Les fêtes de Pourim et de ‘Hanoukka sont particulières : elles correspondent aux séfirot de Netsah’ (éternité) et Hod (splendeur), qui sont « en dehors du corps » (le’bar migufa). Elles ont été établies alors que les Juifs n’étaient pas maîtres d’eux-mêmes. ‘Hanoukka s’est déroulée en Terre d’Israël sous le joug grec. Pourim, en revanche, s’est produit en Galout (exil), alors que les Juifs étaient « dispersés et séparés parmi les peuples » (méfouzar ouméforad bein ha’amim).
Le festin de ce méchant : quand la proximité avec les nations met Israël en danger
Avant le décret de Haman, le royaume était bienveillant envers les Juifs, et Mardochée « siégeait à la porte du roi », où il avait établi une Yéchiva avec le Sanhédrin (la haute cour). Comment un décret a-t-il pu survenir dans une telle situation, avec des Juifs occupant de hautes fonctions ?
Le problème était que des Juifs « profitaient du festin de ce méchant » (néhounou mis’oudato chel oto racha), se sentant inférieurs et cherchant l’approbation du roi. Malgré leur position élevée au sein du royaume, leur désir de se fondre parmi les nations a mis en péril l’existence même du peuple d’Israël.
La source des difficultés vient lorsque les Juifs s’associent aux méchants et que le mal commence à « s’apitoyer » sur les enfants juifs — comme la plainte de Haman concernant la brit mila à huit jours, et sa protestation contre l’observance du Chabbat et de la Shmita (année sabbatique), qui nuisaient selon lui à l’économie du royaume.
L’annulation du décret : la téchouva avant l’action naturelle
L’annulation du décret ne vint pas par des moyens naturels — la diplomatie ou l’intercession auprès du roi — mais par la téchouva (repentir) et le jeûne. Mardochée, chef du Sanhédrin, continua d’étudier les lois relatives au Temple (Halakhot Kémitsa) même en temps de danger. L’action dans la voie naturelle n’intervint qu’après le renforcement du lien avec D.ieu.
La Meguila est une instruction pour tous les temps, même en temps de paix. Il y a toujours ceux que dérange le fait que les Juifs « ne s’inclinent pas et ne se prosternent pas ». Les Juifs doivent se comporter en peuple à part, sans honte — et c’est précisément cela qui les élève.
L’attitude de Mardochée et d’Esther à la cour du roi montre qu’ils ont maintenu leur mode de vie juif (observance du Chabbat, de la Cacherout). Le respect d’Assuérus pour Esther ne fit que croître lorsqu’il sut qu’elle était liée à Mardochée. La leçon : la quantité (être « le moins nombreux de tous les peuples ») est compensée par la qualité.
La leçon morale (Moussar Haskel) de la Meguila est de ne pas se laisser séduire par ceux qui « profitent du festin de ce méchant ». Mardochée savait que le décret ne venait pas de Haman ni d’Assuérus, mais d’un décret céleste (Beit Din chel Ma’ala) à cause de nos péchés. Le changement d’attitude des non-Juifs ne suffisait pas à l’annuler. L’annulation du décret céleste n’eut lieu qu’après le jeûne de trois jours de l’ensemble du peuple.
La leçon pratique : dans la vie quotidienne, il faut d’abord obtenir l’approbation de D.ieu en annulant les péchés, et seulement ensuite agir par des voies naturelles. Ouvrir son commerce plus tôt n’est pas le moyen de « soudoyer » D.ieu ; l’étude de la Torah et la prière le sont.
Le nom de Pourim et le concept du hester : l’identité juive même dans la dissimulation
Le nom « Pourim » en persan (pour — sort) et l’absence du Nom de D.ieu dans la Meguila enseignent qu’un Juif doit être « reconnu » comme Juif même lorsqu’il traite d’affaires mondaines et parle d’autres langues. L’essence du nom « Pourim » est chargée de sens, et l’absence du Nom divin signifie que même dans un lieu impur, le Juif est au-dessus de la nature.
Le nom « Pourim » et le fait que la Meguila ait été rédigée par Esther soulignent l’importance du concept de « הסתר » (hester — dissimulation), voire du double hester (hester astir — dissimulation dissimulée). La grandeur d’Esther réside dans le fait que même étant reine, elle « faisait ce que disait Mardochée » (et ma’amar Mordekhai Esther ossa). Cela enseigne que la femme juive, akeret habayit (maîtresse du foyer), a le pouvoir d’établir des générations de « postérité bénie de D.ieu » (zéra baroukh Hachem).
L’observance du Chabbat et du Yom Tov par les Juifs n’est pas seulement bénéfique pour eux — elle est condition de survie pour le pays tout entier.
Kfar Habad et la distinction entre village et ville : l’élan (chtoure’mm) dans la diffusion du judaïsme
La distinction halakhique de Pourim entre les villages (kéfarim), les grandes villes (ayarot guédolot) et les villes entourées de murs (moukafot ‘homa) est liée à la signification du nom de Kfar Habad. L’habitant du village (ben kéfar) est plus ému et s’émerveille davantage devant le roi que l’habitant de la grande ville (ben karakh), habitué à ces spectacles. Cela signifie qu’il faut agir avec chtoure’mm (élan, enthousiasme) pour répandre le judaïsme — ce qui a plus d’effet que la simple compréhension intellectuelle.
Nizkarim et na’assim : la compréhension qui se transforme immédiatement en action
Le fait que Pourim tombait le dimanche cette année-là (en 1966 / 5726) crée une connexion particulière entre « Se souvenir » (nizkarim — lecture de Parchat Zakhor le Chabbat) et « Être accompli » (na’assim — actions de Pourim le dimanche). Cela signifie que l’élimination d’Amalek (et de Haman) se produit immédiatement, et conduit à la rédemption. La compréhension intellectuelle (nizkarim) doit se transformer sans délai en action pratique (na’assim).
La séquence des sections de la Torah lues à Pourim (Ki Tissa) est reliée au concept que D.ieu « envoie la guérison avant la maladie » (makdim réfoua lamaka). Le problème du veau d’or était superficiel, tout comme la prosternation des Juifs devant l’idole au temps d’Assuérus.
Le Tsémah’ Tsédek (troisième Rabbi de Loubavitch) explique que la bénédiction « Qui ne nous a pas livrés en proie à leurs dents » (chélo nétannou téref léchiné’hem) fait référence à la lettre chin (ch), la petite parcelle de bien dans le mal (racha), racine du Tohou (chaos). En ôtant le chin (les dents), il ne reste plus que le ra (le mal pur). En agissant par la Torah et les Mitsvot, le Juif est capable de vaincre ce mal.
L’acceptation de la Torah à Pourim : « ils ont maintenu et accepté »
À Pourim, les Juifs « ont maintenu et accepté » (kiyémou vékibélou) ce qu’ils avaient reçu au mont Sinaï. L’essence de Pourim est la réaffirmation de cette acceptation de la Torah — non pas sous la contrainte comme au Sinaï (« la montagne suspendue au-dessus d’eux »), mais librement, par amour et par joie.
Les différences d’ordre entre la Shmita (année sabbatique) et le Yovél (jubilé) dans le Targum Chéni et l’Aggadat Esther reflètent deux opinions halakhiques. La leçon spirituelle est qu’il existe deux approches : d’une part, le Yovél (compréhension, étude — Bina) suit la Shmita (acceptation du joug — Malkhout), voie pour la majorité des gens (Halakha du Talmud de Babylone) ; d’autre part, le Yovél précède la Shmita, voie des individus exceptionnels (Halakha du Talmud de Jérusalem).
La Tsedaka à Pourim : donner « jusqu’à ce qu’il ne sache pas »
Le commandement de la Tsedaka (charité) à Pourim doit être accompli de manière « jusqu’à ce qu’il ne sache pas » (ad delo yada), car D.ieu ne reste jamais débiteur : la Tsedaka est une garantie de bénédictions matérielles.
Le but de chaque Juif est de travailler dans son environnement avec l’ensemble des Juifs — « du jeune au vieux, enfants et femmes » — afin que la joie de Pourim demeure éternellement et mène à la Rédemption imminente.
Le 9 Adar II 5700 (1940), le Rabbi Précédent débarquait au port de New York après une fuite miraculeuse de la Pologne sous occupation nazie, marquant à jamais le transfert du centre mondial du Hassidisme Habad vers le sol américain. Après douze jours d’une traversée éprouvante, il arrivait avec la ferme intention de s’y établir définitivement et d’y jeter les bases d’un renouveau juif sans précédent. Ce jour historique est resté gravé dans la mémoire de Habad comme le moment où la sainteté du mouvement fut transplantée — intacte et vivante — dans le « bas du monde », ainsi que le Rabbi désignait l’Amérique.
Une arrivée miraculeuse au cœur de la tourmente
Le 9 Adar II 5700 (1940), le Rabbi Précédent — le Frierdiker Rebbe — foula pour la première fois le sol américain en débarquant au port de New York. Cette arrivée couronnait une délivrance miraculeuse : il avait été sauvé de la Pologne alors que celle-ci était sous le joug de l’occupation nazie, au péril de sa vie. Après douze jours d’une traversée périlleuse sur l’océan, il touchait enfin les rives de l’Amérique avec la volonté d’en faire sa demeure permanente et le nouveau foyer du Hassidisme Habad.
La fondation de Tomchei Tmimim aux États-Unis
Le jour même de son arrivée, sans délai et sans hésitation, le Rabbi Précédent posa un acte fondateur : il établit la Yechiva Tomchei Tmimim aux États-Unis. Ce geste symbolique et concret à la fois témoignait de sa conviction profonde que la Torah et le Hassidisme devaient être transmis sur cette nouvelle terre, avec la même rigueur et la même ferveur qu’en Europe. Ce n’était pas un exil — c’était une transplantation volontaire, portée par une vision prophétique de l’avenir du peuple juif.
« L’Amérique, c’est pareil » — une déclaration historique
C’est au Rabbi Précédent que l’on doit la célèbre proclamation : « America iz nisht andersh » — l’Amérique, c’est pareil. Par ces mots, il signifiait que la vie juive authentique, la pratique des Mitsvot, l’étude de la Torah et la chaleur du Hassidisme n’étaient nullement incompatibles avec le contexte américain. Il se consacra alors entièrement à l’œuvre urgente de « faire fondre la glace de la communauté juive américaine », c’est-à-dire réveiller les consciences et raviver la flamme juive dans un milieu souvent tiède ou assimilé.
Les paroles du Rabbi lors du Farbrenguen de Tèt Adar 5750 (1990)
À l’occasion d’un Farbrenguen le 9 Adar 5750 (1990), le Rabbi — Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, zatsal — évoqua la portée spirituelle de ce jour en ces termes : « Il convient que des Farbrenguen ‘hassidiques soient organisés à l’occasion du 9 Adar, et que cette célébration se prolonge dans les jours suivants, y compris Chabbat et Pourim. Cela s’applique tout particulièrement ici à Brooklyn, la « capitale » du Rabbi Précédent, où il vécut les dix dernières années de sa vie. La sainteté ne se déplace pas de son emplacement ; bien au contraire, elle croît d’année en année — et plus encore cette année, la quarantième année après le départ du Rabbi Précédent, l’année où « un homme acquiert la pleine maîtrise de la sagesse de son maître ». »
Brooklyn, capitale spirituelle de Habad
Ces paroles du Rabbi soulignent la dimension unique de Brooklyn dans la géographie spirituelle du monde Habad. C’est là que le Rabbi Précédent vécut, enseigna et rayonna pendant la dernière décennie de sa vie terrestre. C’est là que fut fondé le 770 Eastern Parkway — le Beth Habad central, devenu le cœur battant du mouvement Loubavitch dans le monde entier. Chaque année, à l’occasion du 9 Adar, des communautés Habad à travers le monde commémorent cet anniversaire historique par des Farbrenguen empreints de gratitude et de renouvellement.
UN RABBI CÉLÈBRE AUX ÉTATS-UNIS New York – 22 mars 1940 – Le rabbin Joseph Isaac Schneersohn, chef du mouvement Habad pour la préservation de l’orthodoxie de la foi juive, est arrivé à New York en provenance d’Europe. En tant que chef religieux juif en Russie en 1920, il avait été condamné à mort, puis exilé en Sibérie à la place. Lors de l’invasion nazie de la Pologne, il passa six semaines dans une cave à Varsovie, et quitta le bâtiment juste avant qu’il ne soit démoli par une bombe. (C.P.)
Le troisième round de négociations entre Washington et Téhéran, considéré comme décisif, a marqué une pause temporaire ce jeudi à Genève après trois heures d’intenses discussions. Si des signaux d’ouverture ont été envoyés des deux côtés, des responsables iraniens ont opposé un refus catégorique aux exigences américaines les plus dures, posant des lignes rouges claires sur leur programme nucléaire et leur arsenal balistique. En toile de fond, le porte-avions américain Gerald Ford prend cap sur Israël, et des conseillers de Trump envisageraient en privé un scénario militaire où Israël frapperait en premier.
Chanel 14
Genève, dernier espoir d’une percée diplomatique ?
Le troisième round de pourparlers entre l’Iran et les États-Unis a débuté ce jeudi à Genève, alors que les désaccords entre les deux parties sur les missiles balistiques et la question nucléaire demeurent entiers. Malgré ces divergences, le ministre des Affaires étrangères omanais Badr Al-Busaidi, qui joue le rôle de médiateur, s’est voulu optimiste, évoquant des efforts intenses menés dans un esprit constructif et soulignant une ouverture sans précédent des deux parties à des idées et solutions nouvelles, en vue de créer les conditions favorables à un accord équitable. Un haut responsable omanais a également confié à la chaîne israélienne Channel 14 que Mascate se montrait optimiste quant à une solution diplomatique, les deux parties manifestant une réelle volonté de conclure un accord.
Les négociations ont ensuite été interrompues temporairement après environ trois heures. Les délégations se sont retirées pour des consultations internes avant de reprendre les discussions en fin d’après-midi — selon le quotidien libanais Al-Mayadeen, proche du Hezbollah, la reprise était prévue à 17h30, heure d’Israël.
Un conseiller de Khamenei envoie un signal fort… en hébreu
Ali Shamkhani, conseiller principal du Guide suprême iranien Ali Khamenei, a pris la parole de manière remarquée en rédigeant un message directement en hébreu : « Si la question centrale des négociations est l’incapacité de l’Iran à développer des armes nucléaires, cela est en accord avec la fatwa du Guide et avec la doctrine de défense iranienne — et un accord immédiat est possible. Le ministre des Affaires étrangères Araghchi dispose de suffisamment de soutien et d’autorité pour parvenir à un tel accord. »
Cette déclaration, inhabituelle par sa langue et son ton, a été interprétée comme un signal fort adressé directement à l’opinion publique israélienne et aux milieux diplomatiques occidentaux.
La fatwa comme bouclier diplomatique
Dans une tentative d’atténuer la pression internationale, le président iranien Pezeshkian a réaffirmé que son pays ne souhaitait pas se doter de l’arme atomique : « Nous ne voulons pas posséder d’armes nucléaires et nous sommes engagés envers la fatwa du Guide Suprême à ce sujet. Lorsqu’il émet une telle fatwa, cela signifie clairement que Téhéran ne fabriquera pas d’armes nucléaires. »
En réponse, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a fait savoir que ces déclarations ne suffisaient pas à satisfaire l’administration. Même si l’Iran n’enrichit pas d’uranium à ce stade, il œuvrerait selon lui à acquérir les capacités technologiques nécessaires pour le faire à l’avenir. Rubio a ajouté ce jeudi : « L’Iran construit des missiles capables de transporter des ogives. S’ils souhaitent véritablement un programme d’enrichissement civil pacifique, ils peuvent le faire dans des installations en surface — pas à des dizaines de mètres sous terre. »
Téhéran pose ses lignes rouges : refus catégorique des exigences américaines
Dans des interviews accordées aux chaînes Reuters et Al-Jazeera, des responsables iraniens ont clairement indiqué que Téhéran ne renoncera pas à ses acquis stratégiques. Un haut responsable iranien a déclaré sans ambiguïté sur Al-Jazeera : « Nous rejetons catégoriquement le démantèlement des installations nucléaires, l’enrichissement zéro, le transfert d’uranium enrichi hors de nos frontières, et tout débat sur notre arsenal balistique. »
Ce même responsable a précisé que le principe d’un « enrichissement zéro permanent » était hors de question pour Téhéran. La proposition iranienne actuelle se limite à un enrichissement à faible taux, placé sous la surveillance de l’AIEA, sans démantèlement d’installations ni transfert des réserves d’uranium enrichi à l’étranger.
Parallèlement, une source iranienne a confié à l’agence Reuters que la clé de la progression reposait dans les mains américaines : « Un accord-cadre est possible, à condition que les États-Unis séparent sérieusement les questions nucléaires des questions non nucléaires. » Cette source visait notamment les pressions de Washington pour inclure dans les négociations les activités régionales de l’Iran et son programme de missiles balistiques.
La proposition iranienne : enrichissement limité et surveillance internationale
Selon le New York Times, l’Iran s’apprêterait à soumettre une proposition permettant un certain niveau d’enrichissement, tout en offrant à Donald Trump la possibilité de présenter cela comme une victoire. Quatre sources officielles iraniennes indiquent que Téhéran proposerait une suspension de l’enrichissement d’uranium pour une durée de trois à cinq ans. À l’issue de cette période, l’Iran rejoindrait un consortium régional et maintiendrait des niveaux d’enrichissement minimaux d’environ 1,5 %. L’Iran proposerait également de diluer progressivement ses réserves d’uranium enrichi, tout en autorisant les inspecteurs de l’AIEA à surveiller les opérations et à vérifier l’application de l’accord.
Les exigences américaines : une position intransigeante
Le Wall Street Journal a de son côté révélé les conditions posées par Washington lors des pourparlers de Genève, bien plus exigeantes que ce que Téhéran semble prêt à accepter. Les États-Unis réclameraient la destruction totale des trois sites nucléaires iraniens — Fordow, Natanz et Ispahan —, la remise de l’intégralité de l’uranium enrichi, l’absence de clauses d’extinction permettant des restrictions permanentes contrairement à l’accord de 2015, un enrichissement zéro (à l’exception du réacteur de recherche de Téhéran), et un allègement minimal des sanctions conditionné au strict respect des engagements pris.
Le désaccord du renseignement : le programme a-t-il été reconstitué ?
Un écart significatif entre les évaluations des services de renseignement a été mis en lumière. Des experts et diplomates ont confié au Wall Street Journal que le programme nucléaire iranien n’aurait pas véritablement progressé depuis la guerre avec Israël en juin dernier. David Albright, chercheur spécialisé dans le domaine, a indiqué que sur la base d’images satellites et de la surveillance des installations, aucune preuve de reconstruction d’un programme de développement d’armes n’a été trouvée.
Cependant, au niveau politique américain, le tableau apparaît différent. Le vice-président JD Vance a déclaré que l’administration avait observé des preuves que l’Iran tentait de reconstituer son programme nucléaire, ce qui laisse penser que Washington s’appuie soit sur des informations non encore divulguées, soit sur une interprétation particulièrement stricte des actions de Téhéran.
Le Gerald Ford en route vers Israël : un message musclé
En parallèle des négociations diplomatiques, le plus grand porte-avions du monde, le USS Gerald Ford, a quitté ce matin le port de La Suda en Crète et met cap sur les côtes israéliennes, où il devrait arriver dans les prochaines 24 heures. Ce bâtiment de guerre à propulsion nucléaire représente un renforcement stratégique considérable du dispositif de défense commun israélo-américain dans la région — un signal de puissance envoyé en plein cœur des négociations.
La stratégie de l’ombre : « laisser Israël frapper en premier »
L’aspect le plus inquiétant de ces derniers jours concerne la stratégie militaire qui se dessinerait en coulisses à la Maison Blanche. Selon un rapport du site Politico, des conseillers senior du président Trump expriment en privé leur préférence pour qu’Israël soit le premier à lancer une attaque militaire contre l’Iran, avant toute implication directe des forces américaines.
Selon des sources proches du dossier, une frappe israélienne constituerait le « déclencheur » nécessaire pour mobiliser le soutien de l’opinion publique américaine en faveur d’une opération militaire de grande envergure. Dans l’entourage proche de Trump, une conviction semble aujourd’hui s’être cristallisée : les États-Unis se dirigent vers une frappe contre l’Iran, vraisemblablement dans le cadre d’une opération conjointe avec Israël. Une logique qui, si elle venait à se confirmer, transformerait radicalement la nature de ces négociations — et leur finalité réelle.
Grâce au calendrier d’étude quotidienne du Tanya, cette année embolismique nous permet de nous attarder un peu plus longtemps sur son fameux chapitre 32, qui ne porte pas son numéro 32 par hasard, puisqu’il s’agit précisément de la valeur numérique du mot lev, soit le « cœur ». Ne nous enseigne-t-il pas la valeur suprême d’Ahavat Israël, d’amour du prochain, justement au cœur des enseignements de la ‘Hassidout ?
Par Michel Allouche, Jérusalem
Traduit et adapté de Biour Hatanya du Rav Adin Éven Israël (Steinsaltz)
Il me paraît intéressant d’apporter ici un extrait du commentaire de Rav Adin Éven Israël (Steinsaltz)qui permet sans doute d’enrichir notre lecture quotidienne du Chéma Israël et de mieux percevoir l’importance de l’unité d’Israël.
L’un des messages de cet édifiant chapitre du Tanya nous invite à mettre de côté notre corps et à placer au centre l’âme divine que nous avons en commun. Dès lors, nous devons réaliser, au-delà de nos différences, quelles qu’elles soient, que nous avons tous le même Père et qu’à ce titre nous sommes de véritables frères au sein de Knesset Israël, la Source première où toutes nos âmes ne font plus qu’un auprès de D.ieu.
Selon leRav Adin Éven Israël (Steinsaltz), Chéma Israël, « Écoute Israël, Hashem est notre D.ieu, Hashem est Un » constitue un bel écho à ce message. Il propose en effet d’y lire également trois déclarations :
Chéma Israël (le terme Chéma rappelle en effet un verset de Shmouel I 15:4 : « Saül rassembla (vayichama) le peuple) : l’invitation au rassemblement d’Israël, en d’autres termes, l’invitation à prendre conscience de l’unité d’Israël, de l’amour de notre frère juif, quels que soient ses liens avec le judaïsme, à l’instar de du conseil du Ari zal d’introduire la prière du matin avec cette autre déclaration : « Je prends sur moi d’accomplir le commandement positif : Aime ton prochain comme toi-même ».
Hashem est notre D.ieu : L’acceptation du joug de la Royauté céleste.
Hashem est Un : il n’est point d’autre existence en dehors de Lui.
Les deux dernières déclarations nous conduisent aussi à être prêt au sacrifice de soi, soit à la messirout néfesh et à l’abnégation personnelle, que l’on pourrait apparenter à une offrande apportée à D.ieu au Temple de Jérusalem. Or les animaux qui y étaient offerts en sacrifice devaient être exempts de tout défaut.
Pareillement, il importe que la proclamation de « Hashem est notre D.ieu, Hashem est Un », soit précédée de Chéma Israël, invoquant l’unité absolue d’Israël. Telle est là la condition permettant à notre propre offrande de s’élever jusqu’au Ciel.
Le Farbrenguen de Pourim 5718 (1958) est resté l’un des plus célèbres, marqué par des révélations spirituelles profondes et des moments d’une intensité hors du commun. Dès la veille de la fête, le Rabbi avait lui-même lu la Méguila chez lui. Le Farbrenguen dura neuf heures, du soir jusqu’à l’aube, et s’imposa comme l’un des événements les plus extraordinaires vécus par les Hassidim.
La veille de Pourim — le Rabbi lit la Méguila dans sa demeure
La veille de Pourim, le Rav Yaakov Holtzman rapporta que le Rabbi avait tenu à lire lui-même la Méguila dans sa maison, et ce, en dépit de l’absence de la Rebbetzin ce soir-là. Loin de reporter la lecture, il la accomplit avec la même dévotion, comme pour souligner que la sainteté de la fête ne souffre aucun déloi.
Un Farbrenguen comme le monde n’en avait jamais vu
Ce soir de Pourim 5718 (1958) reste gravé dans la mémoire de tous ceux qui eurent le privilège d’y être présents. Jamais encore un tel Farbrenguen n’avait été organisé : des centaines de personnes se pressaient dans la grande salle de Rutland Road, à Brooklyn — le plus grand rassemblement hassidique que l’on eût connu jusqu’alors.
À 20h30 précises, le Rabbi fit son entrée. Nul ne pouvait alors imaginer que cette assemblée se poursuivrait jusqu’à 5h30 du matin, quand les premiers rayons du soleil commencèrent à effleurer les toits de Brooklyn. Neuf heures de révélations continues, d’enseignements profonds et de joie débordante — un événement qui laissa tous les participants sans voix.
Chants et enseignements — un rythme qui ne s’arrêtait pas
Dès l’ouverture du Farbrenguen, l’atmosphère fut marquée par une joie intense et communicative. Le Rabbi ordonna de chanter des nigoune joyeux, entrecoupant chaque chant d’une Chiha, et chaque Chiha d’un nouveau nigoune — une alternance fluide et vivante qui entraîna l’assemblée dans un élan collectif irrésistible.
Ceux qui observaient le Rabbi ce soir-là remarquèrent qu’il rayonnait d’une allégresse intérieure particulière, différente de celle des autres soirs. On comprend aujourd’hui que ces jours coïncidaient avec l’anniversaire de la fondation de la Yéchiva « Tomkhei Témimim » en Amérique, qui tombait précisément lors de ce Chabbat de Pourim — une date qui tenait une place toute particulière dans le cœur du Rabbi.
Des nigoune qui portent l’âme vers les sommets
Au début de la soirée, alors que l’assemblée commençait à chanter, le Rabbi demanda d’entonner le nigoune « Kaéts mi’houd ». Il précisa avec soin la manière dont il devait être chanté, veillant à ce que chaque inflexion fût juste et conforme à la tradition. Puis il demanda de poursuivre avec le nigoune de « Ta’anit Esther » — un nigoune de joie profonde, propre à Pourim, qui chasse toute mélancolie et élève l’âme.
Le Rabbi lui-même se mit à fredonner, d’une façon inhabituellement animée, comme si la joie de la fête avait pleinement pris possession de son être.
L’enseignement sur la Michké — une profondeur insondable
Dans le courant du Farbrenguen, le Rabbi aborda le sens spirituel de la Michké à Pourim. Il déclara que tout Hassid — tout homme attaché à la Torah — a le devoir de boire à Pourim. Mais ce n’est pas une boisson ordinaire : la Michké, dit-il, est une boisson aux cinq essences profondes — « arbre », « rivière », « Éden », « Aleph Hochma », « intériorité de la sagesse » et « intériorité du désir ». L’exposé du Maamar sur ce sujet fut d’une telle densité et d’une telle richesse qu’il en devint difficile à résumer.
Puis commencèrent les grandes révélations. Le Rabbi nomma un à un les élèves fondateurs de la Yéchiva « Tomkhei Témimim » en Amérique, ainsi que les premières générations de Témimim qui avaient étudié là-bas dix-sept ans auparavant, précisément lors de ce Chabbat de Pourim. Il les bénit chacun par leur nom : Zaav Zèldrowitz, Avraham Barnetzki, Mendel Féldman, Its’hak Kaladni, Yehoua Goodman, et bien d’autres encore. « Aujourd’hui, les Témimim ont fondé la Yéchiva en Amérique », dit-il avec émotion, avant de consacrer de longs développements à l’éloge de cet établissement.
Le Rabbi plonge dans ses profondeurs intérieures
À un moment de la soirée, il devint évident pour tous que le Rabbi était entré dans un état intérieur d’une profondeur particulière. Une source de joie invisible semblait se répandre sur son visage, et les Hassidim, en le contemplant, sentaient qu’ils se trouvaient en présence de quelque chose d’exceptionnel.
Le Rabbi livra alors un enseignement saisissant selon lequel le mouvement hassidique est « Hemên » — la manne — du côté de Mordékhaï, et qu’il en serait ainsi d’année en année.
Avant d’entonner le nigoune « Dérékh », il s’adressa à l’assemblée en ces termes :
« Je ne sais pas si vous connaissez toutes les paroles de ce nigoune — mais nos ancêtres étaient de bonnes gens, et leur nigoune leur ressemble… En toutes circonstances, à chaque instant où l’on ne voit pas encore l’aboutissement de l’acte, les uns et les autres se diront : ‘Le’haïm — à la vie !' »
Un témoignage écrit — la nuit qui n’en finissait pas
Dans une lettre, le Rav Arié Tzimmer décrivit ainsi l’atmosphère de ce Farbrenguen :
« Le Farbrenguen coulait sans interruption, comme on dirait ‘jusqu’à l’aurore’. Il ne révélait que l’intériorité cachée. Tous y étaient présents — car même un seul suffit à faire descendre du Ciel les bontés et les bienfaits — et la Torah de Pourim, dans son essence, est la conduite du Roi. »
Au cœur de cette nuit mémorable, un Hassid répondant au surnom de « Hourbitch » se leva et s’avança. Le Rabbi, amusé, lança aussitôt : « Donnez-lui une coupe de Michké — offrez-lui un cocktail et dites-lui que c’est un ‘Cocktail’ ! » L’assemblée éclata de rire.
L’enseignement sur « Ad délo yada » — jusqu’où peut-on aller ?
Vers la fin du Farbrenguen, le Rabbi aborda avec une rare profondeur la question du « Ad délo yada » — « jusqu’à ce qu’on ne sache plus distinguer » — commandement central de la fête de Pourim :
« Il y a des gens intelligents qui pensent ne jamais pouvoir atteindre cet état, parce qu’ils n’ont jamais bu suffisamment de vin. Mais ce n’est pas là l’essentiel. Ce que l’on doit chercher, c’est l’annulation de l’ego de l’intellect — car c’est lui, véritablement, la Roch — la tête — qu’il faut dissoudre. Et alors, une seule coupe suffit, remplie à ras bord depuis le début, pour atteindre l’état de Lévsommi — l’ivresse intérieure — et parvenir à l’état de ‘d’Arour Aman’ (maudit soit Aman), jusqu’au ‘Ad délo yada’. »
Et il conclut, avec un sourire : « Il n’est donc pas nécessaire de se préparer longuement — inutile de tarder pour dire ‘Le’haïm’. On peut y parvenir d’un seul coup, en une seule fois. »
Aussitôt, le Rabbi donna le signal : l’assemblée entonna un nigoune de danse d’une puissance extraordinaire, et la salle tout entière fut emportée dans un tourbillon de joie et d’allégresse.
Le Farbrenguen s’acheva à 5h30 du matin, à l’heure où l’aube blanchissait le ciel de Brooklyn.