La Paracha Tetsavé recèle l’un des secrets les plus profonds de la Torah : le nom de Moïse n’y apparaît nulle part, une énigme que les sages ont scrutée à travers les siècles. Loin d’être un simple oubli, cette absence révèle la grandeur absolue du Tsaddik, dont l’essence dépasse toute désignation. À travers la guématria, le symbolisme et la pensée ‘hassidique, le Rabbi éclaire ce mystère avec une profondeur saisissante.

 

Likoutei Si’hot vol. 26, Tetsavé, 4 Adar
 D’après les Si’hot de la Paracha Tetsavé 5741-5743 (1981-1983) —

 

 

מדוע נרמזת פטירתו של משה רבנו בהשמטת שמו מפרשת תצווה – והרי בפטירתו של צדיק מסתלק מהעולם רק גופו, ואילו שמו וזכרו עומדים לעד?

Pourquoi la mort de notre maître Moïse est-elle suggérée par l’omission de son nom dans la Paracha Tetsavé — alors que lors du décès d’un Tsaddik, seul son corps quitte le monde, tandis que son nom et sa mémoire demeurent pour toujours ?

מדוע דווקא פרשה זו, שממנה הושמט שמו של משה, גדושה בציווים ובהתייחסויות רבות אליו?

Pourquoi cette paracha précisément, d’où le nom de Moïse a été omis, est-elle pourtant riche en commandements et en références nombreuses à sa personne ?

פטירת צדיק – הסתלקות הגילוי והופעת העצמיות

Le décès du Tsaddik — la disparition de la révélation et l’apparition de l’essence.

 

א. ז׳ אדר, יום פטירת משה רבנו, חל (ברוב השנים) בסמיכות לפרשת תצווה; ואיתא בספרים שיש רמז לכך בפרשה זו: פרשת תצווה היא הפרשה היחידה בתורה (« משנולד משה ») ועד משנה תורה שבה לא נזכר שמו של משה.

A. Le 7 Adar, jour du décès de notre maître Moïse, tombe (la plupart des années) près de la Paracha Tetsavé ; et il est mentionné dans les livres qu’il y a là une allusion : la Paracha Tetsavé est la seule paracha de la Torah (depuis la naissance de Moïse) et jusqu’au Deutéronome où le nom de Moïse n’est pas mentionné.

ולכאורה אינו מחוור: הלא רק השם משה לא נזכר בפרשה זו, אבל יש בה ריבוי פסוקים העוסקים במשה ומתייחסים אליו – החל מהתחלת הפרשה ממש, « ואתה (משה) תצווה », ולכן בעוד כמה וכמה ציווים למשה.

Or, la chose n’est pas claire à première vue : seul le nom « Moïse» n’est pas mentionné dans cette paracha, mais elle contient de nombreux versets qui traitent de Moïse et lui sont adressés — depuis le début même de la paracha : « Et toi (Moïse) tu ordonneras», et encore dans de nombreux commandements adressés à Moïse.

ועוד: אי הזכרת הצדיק הרי היא ההיפך מענין הסתלקותם של צדיקים, שכן, בשעה שהצדיק מסתלק מן העולם אין הדבר פוגע בשמו ובפעולותיו, והם נשארים לעד ואינם משתכחים חו’ח; רק גופו של הצדיק מסתלק מן העולם.

De plus, ne pas mentionner le Tsaddik est l’opposé même du sens du décès des Tsaddikim : car lorsque le Tsaddik quitte ce monde, cela n’affecte nullement son nom ni ses actions, qui demeurent à jamais sans être oubliés, à D.ieu ne plaise ; seul le corps du Tsaddik se détache du monde.

ואם כן, איך אפשר לומר שהסתלקות משה רבנו נרמזת דווקא על-ידי אי הזכרת שמו?

Dès lors, comment peut-on dire que le décès de Moïse notre maître est suggéré précisément par la non-mention de son nom ?

יתר על כן: הציווים למשה בפרשת תצווה נאמרו למשה בלשון נוכח – « תצווה », « ועשית », « ולקחת » וכיוצא בזה – בעוד בריבוי מקומות שבהם נזכר משמו (ובסמיכות לפרשתנו) – בסוף פרשת משפטים – הרי זה רק באופן של דיבור אחרות של משה – (כאילו) שלא בפניו!

Qui plus est : les commandements adressés à Moïse dans la Paracha Tetsavé lui sont formulés à la deuxième personne — « tu ordonneras», « et tu feras», « et tu prendras» et ainsi de suite — alors que dans les nombreux endroits où il est mentionné par son nom (et près de notre paracha) — à la fin de la Paracha Michpatim — c’est uniquement sous la forme d’un discours sur Moïse — comme si cela se disait en son absence !

 

ב. ויש לומר הביאור בזה: איתא בזהר ד »צדיקא דאתפטר אשתכח בכלהו עלמין יתיר מבחיוהי », היינו שהצדיק לאחר פטירתו נמצא בכל העולמות, כולל העולם הזה, יותר מבחיוהי.

B. Voici l’explication : il est dit dans le Zohar que « le Tsaddik après son décès se trouve dans tous les mondes davantage qu’il ne l’était de son vivant», c’est-à-dire que le Tsaddik après son décès se trouve dans tous les mondes, y compris ce monde-ci, davantage qu’il ne l’était de son vivant.

ופירוש « יותר מבחיוהי » (לא יתרון שלא יתרון סתם, אלא) שכן (כביאור רבינו הזקן):

Et l’explication de « davantage qu’il ne l’était de son vivant» (non pas un avantage ordinaire, mais) comme l’a expliqué notre maître le Rav ancien :

א) « בהיות הצדיק חי על פני האדמה » היו « חיי הצדיק » מלובשים ב »כלי ולבוש » (ואזי היה ניתן לקבל רק הארה כו’), משא’כ לאחר פטירתו אין הם « בתוך כלי » (ולכן ניתן לקבל « מבחינת רוח .. העצמיות » של הצדיק).

a) « Lorsque le Tsaddik était vivant sur la surface de la terre», ses « vies de Tsaddik» étaient revêtues d’un « récipient et d’un vêtement» (et l’on ne pouvait alors recevoir qu’un rayonnement, etc.), ce qui n’est plus le cas après son décès car ils ne sont plus « à l’intérieur d’un récipient» (et l’on peut donc recevoir « depuis l’aspect de l’esprit… de l’essence» du Tsaddik).

ב) פטירתו של צדיק היא « עליית רוחו ונשמתו למקור חוצבו », ואזי אף מדריגה זו של הצדיק (כפי שהוא ב »מקור חוצבו ») נמצאת (« אשתכח ») כאן למטה.

b) Le décès du Tsaddik est « l’élévation de son esprit et de son âme vers leur source d’origine», et alors même ce degré du Tsaddik (tel qu’il est dans « sa source d’origine») se trouve (« ashta’hach») ici en bas.

ונמצא, שהסתלקותם של צדיקים – שני קצוות יש בה: הסתלקותו של הצדיק בגשמיות מביאה עמה הסתלקות והעלאת הצדיק ברוחניות – הוא עולה בעילוי אחר עילוי, עד לשרשו ומקורו הראשון, ל »עצמיות » שלו, ל »גילוי » לגמרי (ולכן הצדיק אינינו בעולם באופן גלוי); אבל מאידך, בזמן זה (לאחר פטירתו) – כל ה »עצמיות » זו של הצדיק היא באופן שה »אשתכח בכולהו עלמין » (עד לעולם הזה), ומטעם זה ניתן לקבל ממנו « יתיר מבחיוהי ».

Il résulte donc que le décès des Tsaddikim comporte deux extrêmes : la disparition du Tsaddik dans le monde physique entraîne la disparition et l’élévation du Tsaddik dans le monde spirituel — il monte d’élévation en élévation, jusqu’à sa racine et sa source première, jusqu’à son « essence», jusqu’à la « révélation» totale (c’est pourquoi le Tsaddik n’est plus présent dans le monde de manière visible) ; mais d’un autre côté, à ce moment-là (après son décès) — toute cette « essence» du Tsaddik est de telle sorte qu’elle « se trouve dans tous les mondes» (jusqu’à ce monde-ci), et c’est pour cette raison que l’on peut recevoir de lui « davantage qu’il ne l’était de son vivant».

ג. על-פי זה יובן הטעם שהסתלקותו של משה רבנו מרומזת דווקא על-ידי אי הזכרת שמו (בפרשת תצווה):

C. À la lumière de cela, on comprend pourquoi le décès de Moïse notre maître est suggéré précisément par la non-mention de son nom (dans la Paracha Tetsavé) :

שמו של אדם אינו עצם מציאותו (כדי שאדם אחר יוכל להשתמש בו, השם נדרש עבור הזולת, שכן הפניה לאדם היא לעצמות, לכללות האדם).

Le nom d’une personne n’est pas son être essentiel (puisque le nom est nécessaire pour autrui — la désignation s’adresse à l’autre, à l’essence, à la totalité de la personne).

ועל-ידרך-זה הוא הנוגע למשה: השם « משה » ניתן לו משך זמן לידתו, ועוד זאת, שבפשטות שם זה (« משה ») ניתן לו לא על-ידי הוריו, אלא על-ידי בת פרעה – « כי מן המים משיתיהו ».

Et c’est ce qui concerne Moïse : le nom « Moïse» lui a été donné après sa naissance, et qui plus est, selon le sens littéral, ce nom (« Moïse») lui fut donné non par ses parents, mais par la fille de Pharaon — « car je l’ai tiré des eaux».

וזהו הרמז בפרשת תצווה להסתלקותו של משה:

Voilà donc l’allusion dans la Paracha Tetsavé au décès de Moïse :

בשעת הסתלקותו, התעלה משה לעצמיותו שלמעלה מן השם – ולפיכך, אין הוא מוזכר בשמו בפרשת תצווה, אבל משה « נמצא » בפרשת תצווה כאן עומד ומשמש ואדרבה – בכל עצמיותו (כפי שהוא « נמצא » בפרשת תצווה) – הדיבור אליו הוא בלשון נוכח, « ואתה תצווה », המורה על קירבה ומגע רב.

Au moment de son élévation suprême, Moïse s’est élevé vers son essence qui est au-delà du nom — c’est pourquoi il n’est pas mentionné par son nom dans la Paracha Tetsavé, mais Moïse « se trouve» dans la Paracha Tetsavé, présent et actif, et au contraire — dans toute son essence (tel qu’il « se trouve» dans la Paracha Tetsavé) — le discours qui lui est adressé est à la deuxième personne, « Et toi tu ordonneras», ce qui indique une proximité et un contact profonds.

ד. והנה, כיון ששמו של משה אינו מוזכר בפרשה כולה, מובן שתוכנה של (כל) פרשת תצווה קשור ל »עצם » שלו (שלמעלה משם משה).

D. Puisque le nom de Moïse n’est pas mentionné dans toute la paracha, il est clair que le contenu de (toute) la Paracha Tetsavé est lié à son « essence» (qui est au-delà du nom Moïse).

ועל-פי הידוע שתוכנה של כל פרשה מרומז בשמה (כפי שנתבאר כמה פעמים), צריך לומר שענין זה במשה הוא מרומז בשמה של הפרשה – « תצווה ».

Et selon ce que l’on sait que le contenu de chaque paracha est suggéré dans son nom (comme cela a été expliqué plusieurs fois), il faut dire que ce sujet concernant Moïse est allusion dans le nom de la paracha — « Tetsavé».

ויש לומר הביאור בזה: אע’פ שמארבעת אופני לימוד התורה הכולל את ענין הגימטריאות – מכל מקום, מובן שאין זה « שדה פרוצה » לכל אחד להמציא גימטריאות משלו, אלא כל גימטריא זקוקה למקור.

On peut en donner l’explication suivante : bien que parmi les quatre modes d’étude de la Torah figure l’étude des guémétrioth — il est clair que ce n’est pas « un champ ouvert à tous» pour que chacun invente ses propres guémétrioth, car chaque guématria a besoin d’une source.

כאשר לשתי הסיפרות יש גימטריא אחת – עדיין אין הכרח שייכות פנימית בניניהן; אלא שכאשר יש לכן תוכן משותף, אזי הדבר בא לידי ביטוי (בתוך סימן והוכחה) בהשתוות הגימטריא שלהן.

Lorsque deux nombres ont une même guématria — il n’y a pas encore nécessairement de lien intérieur entre eux ; mais lorsqu’ils ont un contenu commun, cela s’exprime alors (comme signe et preuve) dans l’égalité de leur guématria.

 

ה. הגימטריא של « תצווה » היא – תק’א. ובמספר זה היותר על חמש מאות – נרמזת מדריגת ה »עצם » שלמעלה מ »שם ».

E. La guématria de « Tetsavé» est 501 (תק’א). Et dans ce nombre, qui dépasse de un les cinq cents — est suggéré le degré de l’«essence» qui est au-delà du « nom».

והביאור בזה: אמרו חז »ל הקב »ה הלך מהלך חמש מאות שנה, ומבואר על כך: כללות העולם (« סדר ההשתלשלות ») הוא בשיעור « חמש מאות שנה » – גילוי שם של הקב »ה בעולם, ועי »ז ש »הלך » – לקנות לו שם ».

Voici l’explication : nos Sages ont dit que le Saint béni soit-Il « marche d’une marche de cinq cents ans» ; l’ensemble du monde (le « seder HaHishtalshelout») correspond à une mesure de « cinq cents ans» — la révélation du Nom du Saint béni soit-Il dans le monde, et par ce « marcher» — il « acquiert un nom».

אמנם, המספר תק’א – אחד היותר על « חמש מאות », ה »עצם » שלמעלה מסדר ההשתלשלות, הוא מגדיר לזולת, הוא מציאות נוספת הקורא לו שם.

Cependant, le nombre 501 — un de plus que « cinq cents», l’« essence» qui est au-delà de l’ordre d’enchaînement, est ce qui définit l’autre, c’est une réalité supplémentaire, c’est Celui qui lui donne un nom.

[ויש לומר גם הסבר לגימטריא בספרים: ש »אשר » בגימטריא תק’א, ש »אשר » – מלשון אושר – מורה על תענוג, הענין הנעלה ביותר באדם, הקשור בעצמיותו, וכמאמר: אין למעלה מענג.]

[Et l’on peut également expliquer la guématria dans les livres : « Acher» en guématria donne 501, et « Acher» — du mot bonheur — désigne le plaisir, la dimension la plus élevée chez l’être humain, liée à son essence, et comme il est dit : il n’y a rien de plus élevé que le plaisir.]

ועל-ידרך-זה הוא גם בנפש האדם:

Et c’est également ainsi dans l’âme de l’être humain :

 

ו. הענין הנ’ל בפרשת תצווה – שתוכנה שלמעלה מרומז גם במספר הפסוקים – ק’א, מיכא »ל סימן:

F. Le sujet mentionné ci-dessus concernant la Paracha Tetsavé — que son contenu supérieur est également suggéré dans le nombre de ses versets — 101, signe de Michaël :

בלקוטי-תורה מבאר רבינו הזקן החילוק בין המספרים ק’ וק’א: המספר ק’ מורה על השלימות של סדר ההשתלשלות, וק’א – על « חד ולא בחושבן » [ומביא את מדברי המהרש’א] « אינו דומה שונה פרקו מאה פעמים לשונה פרקו מאה ואחת ».

Dans Likoutei Torah, notre maître le Rav ancien explique la différence entre les nombres 100 et 101 : le nombre 100 indique la complétude de l’ordre d’enchaînement, et 101 — correspond à « l’Un qui est au-delà du nombre» [et il cite les paroles du Maharcha] : « celui qui répète son chapitre cent fois n’est pas comparable à celui qui le répète cent et une fois».

מאחר שאנו עוסקים כאן ב »עצם » שלמעלה מגדר גימטריא, שהיא ה »בחינה אחרונה » של תוכן הדבר (כנ’ל בארוכה), ודווקא ב »עולם » זה של ה »בחינה אחרונה » – מספר התיבה – נמצאת ה »עצם » שלמעלה מגילוי.

Puisque nous nous occupons ici de l’« essence» qui est au-delà de la catégorie de guématria, qui est l’« aspect final» du contenu de la chose (comme expliqué ci-dessus en détail), et c’est précisément dans ce « monde» de l’« aspect final» — le nombre de la boîte — que se trouve l’« essence» qui est au-delà de la révélation.

 

ז. על-פי המבואר לעיל (סעיף ד) אודות תוכן עניין הגימטריאות – יש לבאר גם כן את הטעם שהשייכות לנושא הנ’ל מרומזת (רק) בשמה של הפרשה (תצווה) – במספר הפסוקים שבפרשה:

G. À la lumière de ce qui a été expliqué ci-dessus (paragraphe D) concernant le contenu du sujet des guémétrioth — il faut également expliquer pourquoi le lien avec ce sujet — est suggéré (uniquement) dans le nom de la paracha (Tetsavé) — dans le nombre des versets de la paracha :

מאחר שאנו עוסקים כאן ב »עצם » שלמעלה מגדר גימטריא, שהיא ה »בחינה אחרונה » של כל « גילוי » שאין בה כלל « גילוי » (כנ’ל בארוכה), ודווקא ב »עולם » זה של ה »בחינה אחרונה » – מספר התיבה – נמצאת ה »עצם » שלמעלה מגילוי.

Puisque nous nous occupons ici de l’« essence» qui est au-delà de la catégorie de guématria, qui est l’« aspect final» de toute « révélation» en laquelle il n’y a aucune « révélation» (comme expliqué ci-dessus en détail), et c’est précisément dans ce « monde» de l’« aspect final» — le nombre de la boîte — que se trouve l’« essence» qui est au-delà de la révélation.