Le 28 mars 2025, un tribunal des Émirats arabes unis a condamné à mort les meurtriers du Rav Zvi Kogan, émissaire Habad, enlevé et assassiné en novembre 2024. Ce crime, attribué à des Ouzbeks agissant sous ordres iraniens, a bouleversé le monde juif et mis en lumière les défis d’une communauté en plein essor dans le Golfe.
Une sentence historique a été rendue le 28 mars 2025 par un tribunal des Émirats arabes unis : la peine de mort a été prononcée contre les assassins du Rav Zvi Kogan, de mémoire bénie (z »l), émissaire Habad dans ce pays du Golfe. Ce jeune Rav, enlevé et assassiné au cours du mois de Heshvan 5785 (novembre 2024), a été victime d’un crime odieux qui, selon les conclusions de l’enquête, aurait été commandité par l’Iran et exécuté par des ressortissants ouzbeks. L’annonce de ce verdict a résonné comme un coup de tonnerre, plongeant le monde juif dans un deuil profond tout en provoquant une indignation internationale face à cet acte de violence ciblée.
Une vie dédiée à la mission Chabad
Le Rav Zvi Kogan était un homme d’une énergie et d’un dévouement rares. Né en Israël dans une famille imprégnée des valeurs du mouvement Loubavitch, il avait choisi dès son jeune âge de consacrer sa vie à la mission des émissaires Chabad, ces ambassadeurs spirituels envoyés par le Rabbi de Loubavitch pour raviver la flamme juive aux quatre coins du monde. Aux Émirats arabes unis, il travaillait sous la direction du Rav Levi Yitzchak Duchman, le Rav en chef de la communauté juive locale, un pionnier qui avait bâti une infrastructure religieuse dans cette nation autrefois dépourvue de présence juive organisée.
Zvi Kogan était bien plus qu’un assistant : il gérait avec soin un restaurant casher à Dubaï, certifié selon les normes les plus strictes (glatt kosher), qui servait de point de rencontre pour les Juifs résidents et les nombreux visiteurs attirés par le dynamisme économique des Émirats. Il organisait également des cours de Torah, des offices de prières et des événements communautaires, offrant un refuge spirituel dans un pays où la vie juive était encore en pleine émergence, notamment depuis les accords d’Abraham signés en 2020.
Avant son mariage, il avait déjà passé plusieurs années dans cette mission solitaire, s’adaptant à une culture étrangère avec un mélange d’audace et de douceur. Puis, il était revenu aux Émirats avec son épouse, une femme dont les racines familiales portaient elles-mêmes une histoire tragique : elle était la nièce du Rav Gavriel et de Rivky Holtzberg (z »l), émissaires Habad assassinés lors de l’attaque terroriste de Bombay en 2008. Ce lien semblait renforcer leur détermination à transformer les ténèbres en lumière, un idéal au cœur de la philosophie Chabad.
Un drame qui a secoué la communauté
Le drame a débuté le jeudi 21 novembre 2024, lorsque le Rav Kogan a soudainement disparu. Ce jour-là, il avait quitté son domicile pour une journée de travail ordinaire, mais il n’est jamais rentré. Sa famille et ses collègues, inquiets, ont alerté les autorités locales. Pendant trois jours, une recherche intense a mobilisé les forces de sécurité émiraties, tandis que des appels à la prière étaient lancés dans les communautés juives du monde entier.
Le dimanche 24 novembre (23 Heshvan 5785), les services de renseignement des Émirats ont fait une annonce déchirante : le corps sans vie de Zvi Kogan avait été retrouvé dans la ville d’Al-Aïn, à environ 150 kilomètres de Dubaï. La découverte était macabre : des marques de coups et de strangulation couvraient son corps, et son véhicule, abandonné non loin, portait des traces évidentes d’une lutte désespérée. Les enquêteurs ont rapidement conclu à un enlèvement suivi d’un assassinat prémédité.
Une enquête révélatrice
Les investigations menées par les autorités émiraties, avec le soutien d’experts internationaux, ont permis d’identifier les coupables : trois hommes originaires d’Ouzbékistan, connus pour leurs antécédents criminels. Selon les conclusions, ces individus n’auraient pas agi de leur propre chef, mais sous les ordres directs de l’Iran, une puissance régionale souvent accusée de financer des opérations clandestines contre des cibles juives ou israéliennes. Les assassins auraient surveillé les déplacements du Rav pendant des semaines, profitant de sa routine pour planifier leur attaque.
Après le meurtre, les suspects ont tenté de fuir vers la Turquie, un pays connu pour être une plaque tournante pour les réseaux criminels en transit. Cependant, grâce à une coopération rapide entre les Émirats, Interpol et les autorités turques, ils ont été appréhendés et extradés vers Abou Dabi pour y être jugés. Les preuves, incluant des enregistrements téléphoniques et des témoignages, ont établi leur culpabilité sans l’ombre d’un doute.
Le verdict et ses échos
Le 28 mars 2025, après un procès suivi de près par la communauté internationale, le tribunal émirati a prononcé la peine capitale contre les trois meurtriers. Ce verdict a été validé par les plus hautes instances judiciaires des Émirats, un pays où la peine de mort, bien que rarement appliquée, reste en vigueur pour les crimes les plus graves. Lors de l’audience, un moment inattendu a marqué les esprits : les accusés, jusque-là impassibles, auraient fondu en larmes à l’annonce de leur sort, un geste interprété par certains comme des « larmes de crocodile », dénuées de véritable repentir.
Une tragédie qui unit et interpelle
L’assassinat du Rav Zvi Kogan a eu un impact profond, bien au-delà des frontières des Émirats. En Israël, le Premier ministre a qualifié cet acte de « nouvelle preuve de la haine antisémite orchestrée par l’Iran », promettant de travailler avec les alliés pour contrer cette menace. À New York, au siège mondial Habad, des milliers de personnes se sont rassemblées pour une veillée en son honneur, tandis que des prières spéciales, notamment le récital des Tehilim (Psaumes), ont été organisées dans les synagogues du mouvement à travers le globe.
Aux Émirats, où la communauté juive reste modeste mais croissante, la perte de Zvi Kogan est un coup dur. Il incarnait l’esprit des accords d’Abraham, qui ont ouvert une ère de coexistence entre Juifs et Arabes dans la région. Son restaurant casher, aujourd’hui fermé temporairement, était un symbole de cette harmonie. Pourtant, son meurtre rappelle aussi les défis persistants, notamment la menace de forces extérieures cherchant à déstabiliser cette paix fragile.
Un héritage de lumière
Malgré la douleur, l’héritage du Rav Zvi Kogan perdure. Sa famille, ses collègues et ses élèves se sont engagés à poursuivre son œuvre, avec des projets pour rouvrir le restaurant et renforcer la présence juive aux Émirats. « Zvi nous a appris à ne jamais abandonner, même face à l’adversité », a déclaré un proche lors d’une cérémonie commémorative. Dans un monde marqué par les conflits, son histoire est un appel à la résilience et à l’espoir, des valeurs qu’il portait jusqu’à son dernier souffle.
Et si chacun de vos gestes quotidiens pouvait accélérer la venue du Messie? La Hassidout révèle comment nos actions les plus ordinaires possèdent une dimension cosmique insoupçonnée
« Un Juif doit étudier la Torah et accomplir les mitsvot avec acceptation du joug divin, parce que D.ieu l’a ordonné. La question de savoir quelle est l’intention de D.ieu dans sa mission et son service ne devrait créer aucune différence dans l’intensité de son service – et par conséquent, cela ne fait aucune différence pour lui si ce service est accompli pendant l’époque du Temple, pendant l’exil en général, ou pendant la période précédant immédiatement la venue du Messie. La manière d’accomplir son service est avec une intention et un but uniques : accomplir l’ordre et la mission de D.ieu ».
« Cependant, en sachant que nous nous trouvons dans ‘les talons du Messie’, et que ‘cet accomplissement ultime de l’ère messianique et de la résurrection des morts, qui est la révélation de la Lumière Divine infinie dans ce monde matériel, dépend de nos actions et de notre service pendant toute la durée de l’exil’ – cette conscience elle-même doit être ressentie dans son service ».
« Comme nous le voyons dans la pratique, lorsqu’un Juif ressent que l’accomplissement de la Torah et des mitsvot ‘accélère’ et amène la venue du Messie et la construction du Temple… Cela signifie que son service apporte le monde et tout l’ordre de la création à sa finalité, ‘pour laquelle il a été créé dès le commencement’ – devenir une ‘demeure pour D.ieu dans les mondes inférieurs’ – alors son service divin est animé d’une vitalité complètement différente et d’une mesure bien plus grande de perfection.. ».
« Et lorsque le service est accompli de cette manière, son désir et sa demande pour la révélation du Messie sont d’une nature complètement différente, au point qu’il exige pratiquement ‘Nous voulons Machia’h maintenant!' »
« Et cela même accélère et hâte davantage encore la rédemption de chaque membre du peuple juif, ainsi que de la Présence Divine (qui se trouve) en exil, et ‘immédiatement ils seront délivrés’, vraiment immédiatement – rapidement et de nos jours. »
Likouteï Si’hot, vol. 21, p.18
L’enseignement fondamental du Tanya
Le Tanya, œuvre fondamentale du Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur du mouvement ‘Habad, nous livre au chapitre 37 un enseignement d’une portée immense : « Cet accomplissement ultime du temps de Machia’h et de la résurrection des morts, qui est la révélation de la Lumière Divine infinie dans ce monde, dépend de nos actions et de notre travail pendant tout le temps de l’exil ».
Cette affirmation transforme radicalement notre conception du rôle de l’humanité dans le processus cosmique. Elle place entre nos mains la responsabilité de l’aboutissement du plan divin – non pas comme simple spectateurs ou bénéficiaires passifs d’une rédemption accordée d’en haut, mais comme acteurs essentiels et indispensables de cette transformation universelle.
Les « talons de Machia’h » : comprendre notre époque
Nous vivons aujourd’hui ce que la Hassidout appelle les « talons de Machia’h » (Ikveta deMeshiha), cette période qui précède immédiatement la venue du Messie. Cette métaphore anatomique est particulièrement parlante : les talons représentent la partie la plus basse du corps, tout comme notre génération constitue le dernier maillon d’une longue chaîne historique.
Cependant, ce sont précisément ces talons qui permettent à tout le corps de se déplacer et d’avancer. De même, notre génération, malgré – ou peut-être grâce à – ses défis spirituels uniques, possède le pouvoir de faire entrer l’humanité dans l’ère messianique. Cette période ultime de l’histoire humaine est caractérisée par d’intenses bouleversements et épreuves, comme nous pouvons l’observer autour de nous.
La conscience transformatrice de notre rôle
L’enseignement du Tanya nous invite à intégrer profondément cette conscience dans notre service divin quotidien. Cette prise de conscience ne doit pas rester intellectuelle ou abstraite mais imprégner chacun de nos actes et pensées. Lorsque nous accomplissons une mitsva, étudions la Torah ou réalisons un acte de bonté, nous ne le faisons pas uniquement pour notre bénéfice personnel ou même communautaire.
Nous participons littéralement à la transformation cosmique du monde, au processus par lequel la réalité matérielle devient progressivement capable de recevoir et d’exprimer la lumière divine infinie. Cette perspective change radicalement la valeur que nous accordons à chaque action, même apparemment insignifiante.
L’effet d’une conscience élevée sur nos actions
Quand nous réalisons pleinement que « l’effort que l’on fait, la Torah que l’on étudie hâtent la venue de la Délivrance », notre motivation et notre engagement prennent une dimension entièrement nouvelle. Cette conscience transforme l’observance des commandements d’une routine religieuse en participation active au dévoilement de la présence divine dans le monde.
Imaginez la différence entre un ouvrier qui déplace des pierres et celui qui sait qu’il construit un grand édifice. De même, comprendre que nos actions quotidiennes contribuent à faire de ce monde « la résidence de D.ieu ici-bas » génère un enthousiasme (hitlaavout) et une joie profonde qui transcendent les difficultés et les obstacles.
La dimension collective de la responsabilité messianique
Si chaque individu porte cette responsabilité, le processus reste néanmoins collectif. La tradition enseigne que chaque Juif possède une « lettre » particulière dans le « rouleau de la Torah » cosmique. De même, chaque être humain contribue avec son unicité au processus rédempteur.
Cette dimension collective nous rappelle l’importance de l’unité et de la responsabilité mutuelle (arevout). Nous ne pouvons accomplir pleinement notre mission individuelle sans nous préoccuper de celle des autres. L’ère messianique elle-même est caractérisée par l’harmonie universelle, où chaque élément de la création trouve sa place dans un ensemble parfaitement orchestré.
Les mitsvot comme canaux de transformation
Comment nos actions concrètes peuvent-elles avoir un impact aussi cosmique ? La ‘Hassidout explique que chaque mitsva établit un « canal » (tsinor) entre les mondes supérieurs et notre réalité terrestre. Par ces canaux circule l’énergie divine qui transforme progressivement la matérialité.
La mise des tefilin connecte notre intellect et nos émotions à la sagesse divine. L’allumage des bougies de chabbat introduit la lumière spirituelle dans la dimension temporelle. La cacherout élève l’acte matériel de manger en connexion spirituelle. Chaque commandement, dans sa spécificité, transforme un aspect particulier de notre réalité.
Les défis particuliers de notre génération
Notre époque présente des défis uniques mais aussi des opportunités sans précédent. D’un côté, la matérialité et les distractions n’ont jamais été aussi intenses, rendant parfois difficile la concentration sur l’essentiel. De l’autre, nous disposons d’outils de communication et de diffusion du savoir inimaginables pour les générations précédentes.
Ces défis ne sont pas accidentels mais précisément adaptés à la mission de notre génération. Si nous sommes confrontés à une intensification des forces matérialistes, c’est parce que notre rôle est de transformer cette matérialité même en véhicule de spiritualité. La profondeur de l’obscurité est proportionnelle à la lumière que nous sommes appelés à y révéler.
L’accélération du temps et l’urgence de l’action
Un phénomène caractéristique de notre époque est l’accélération du temps. Les événements se succèdent à un rythme toujours plus rapide, les innovations technologiques bouleversent notre monde à une vitesse vertigineuse. Cette accélération n’est pas uniquement un phénomène sociologique mais reflète la compression spirituelle qui précède la transformation messianique.
Cette accélération nous communique un sentiment d’urgence. Comme l’enseigne le Rabbi de Loubavitch, chaque action peut être « celle qui fait pencher la balance » et déclenche la rédemption finale. Cette conscience doit nous inciter à « redoubler d’enthousiasme afin de mener le processus à son terme aussi vite que possible ».
La joie comme catalyseur de la rédemption
Face à cette responsabilité immense, on pourrait ressentir une pression écrasante. Pourtant, la Hassidout insiste sur l’importance cruciale de la joie (simha) dans le service divin. « On ne sert pas D.ieu dans la tristesse », rappelle constamment la ‘Hassidout.
Cette joie n’est pas superficielle ou naïve, mais naît de la conscience profonde du privilège que nous avons de participer au processus rédempteur. C’est une joie qui coexiste avec le sérieux de notre mission, une joie qui devient elle-même un outil de transformation, car elle brise les limitations et libère nos capacités latentes.
La dimension personnelle de la rédemption
Si la rédemption est un processus cosmique et collectif, elle possède également une dimension profondément personnelle. Chaque individu doit vivre sa propre « sortie d’Égypte », sa libération des limitations et conditionnements qui l’empêchent d’exprimer pleinement son potentiel divin.
Cette dimension personnelle nous rappelle que la transformation globale commence par notre propre transformation. Nous ne pouvons contribuer efficacement à l’avènement de l’ère messianique si nous restons nous-mêmes prisonniers de nos « Égyptes » intérieures – nos habitudes limitantes, nos peurs, nos attachements excessifs à la matérialité.
Vivre dès maintenant dans la conscience messianique
Une des perspectives les plus révolutionnaires du ‘Hassidisme est l’invitation à vivre dès maintenant dans la conscience messianique. Sans attendre passivement un changement futur, nous sommes appelés à percevoir et à révéler la dimension divine déjà présente mais cachée dans notre réalité actuelle.
Cette approche transforme notre rapport au temps. Le futur messianique n’est plus une réalité lointaine et séparée, mais une dimension que nous faisons progressivement émerger par nos actions présentes. En ce sens, nous ne nous contentons pas de « hâter » la venue du Machia’h – nous participons activement à sa manifestation progressive dans le tissu même de notre réalité.
Conclusion : L’ultime responsabilité et le privilège de notre génération
L’enseignement du Tanya nous place face à une responsabilité immense mais aussi face à un privilège extraordinaire. Après des millénaires d’efforts cumulés de toutes les générations qui nous ont précédés, nous sommes celle qui peut achever le processus et voir l’aboutissement du plan divin dans sa pleine manifestation.
Cette conscience doit nous inspirer un engagement renouvelé dans chacune de nos actions, grandes ou petites, et nous rappeler constamment que « tout est entre nos mains ». Chaque étude, chaque prière, chaque acte de bonté compte infiniment dans l’économie cosmique et rapproche le monde de sa perfection ultime.
Puissions-nous mériter, par nos efforts concertés et notre conscience élevée, de voir très bientôt la réalisation complète de la prophétie : « La terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent le fond des mers » (Isaïe 11:9), avec la venue immédiate du Machia’h, rapidement et de nos jours.
Dans notre ère hyperconnectée où les notifications incessantes fragmentent notre attention, une sagesse millénaire offre des solutions étonnamment modernes. La philosophie hassidique propose une approche radicale du temps qui pourrait bien révolutionner votre quotidien. Au cœur de cette méthode : un secret transmis par le Baal Shem Tov et mis en pratique par les plus grands maîtres spirituels. Apprenez comment des rabbins accomplissaient l’impossible en jonglant entre enseignement, médecine et responsabilités communautaires – tout en préservant leur équilibre personnel.
Par le Rav Asher Farkash
Le paradoxe de notre époque : technologie et temps perdu
L’un des défis les plus importants de notre époque, dont toute l’humanité discute et prend conscience, est la question du temps : sa valeur et son utilisation. Nous vivons un étrange paradoxe : malgré les développements technologiques censés nous faire gagner du temps, cette ressource la plus précieuse est devenue la plus volatile, s’échappant de nos mains avec une facilité déconcertante.
Précisément à cause de ces avancées et de la facilité d’accès à tout, nous nous retrouvons soudain à perdre des heures en temps gaspillé. Cette expérience vous est certainement familière : « Je voulais accomplir une tâche précise, puis j’ai été emporté par diverses fenêtres, applications, sites web et autres distractions inutiles. » Ce gaspillage constant constitue l’un des plus grands défis contemporains.
La sagesse du Rabbi : comprendre notre mission par nos défis
Le Rabbi de Loubavitch nous a enseigné une perspective profonde : pour comprendre notre mission à une époque donnée, nous devons observer les défis particuliers qui s’y présentent. Ce n’est pas un hasard si certaines difficultés surgissent à certains moments – souvent, lorsqu’une mission spécifique doit être accomplie, les forces destructrices s’attaquent précisément aux aspects les plus essentiels pour cette période.
Dans ses derniers discours (1991-1992), le Rabbi insistait particulièrement sur l’importance du temps. Il déclarait que nous vivons maintenant dans le « temps culminant », cette période extraordinaire où toute l’histoire du peuple juif, depuis la création du monde, converge vers l’ère messianique.
Une période charnière : préparation à la rédemption
Cette période précédant l’ère messianique, comme le Talmud le mentionne, est caractérisée par d’intenses transformations et d’épreuves significatives – réalité dont nous sommes tous témoins quotidiennement. C’est précisément parce que ce temps est si précieux que les forces d’obscurité tentent de nous distraire et de nous faire gaspiller ces moments cruciaux.
Cette compréhension prend une résonance particulière alors que nous entrons dans le mois de Nissan, traditionnellement appelé « le mois de la rédemption ».
Le premier commandement : sanctifier le temps
Il est profondément révélateur que le premier commandement donné au peuple juif dans la Torah concerne précisément le temps : « Ce mois sera pour vous le premier des mois » – l’obligation de sanctifier la nouvelle lune. Comme Rachi le souligne dans son premier commentaire de la Genèse, la Torah aurait logiquement dû commencer par ce commandement, puisqu’il constitue la première mitzva collective adressée au peuple.
Pourquoi cette primauté accordée au temps, alors qu’il existe tant d’autres commandements fondamentaux ? Cet ordonnancement nous enseigne que le temps représente le premier don que l’Éternel nous a fait, et qu’avec ce cadre temporel, nous devons accomplir toutes les autres mitzvot. Avant tout, il nous faut valoriser le temps, le sanctifier, puis l’utiliser pour accomplir la volonté divine.
L’enseignement hassidique : libérez-vous du passé et de l’avenir
L’une des perspectives les plus précieuses que nous enseigne la Hassidout est comment éviter deux pièges temporels majeurs : rester bloqué dans le passé ou être trop préoccupé par l’avenir, au point de gaspiller le présent. Comme l’expriment nos sages : « Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore, et le présent est fugace. »
Le Baal Shem Tov, fondateur du mouvement hassidique, nous a transmis un secret fondamental qui transforme notre relation au temps : Dieu renouvelle la création à chaque instant. Ce n’est pas simplement une belle métaphore spirituelle ; c’est une réalité littérale et concrète. À chaque moment, le monde est créé à nouveau, fraîchement, par la volonté divine.
La révolution de la conscience du présent
Cette compréhension profonde nous offre une perspective entièrement nouvelle sur le temps. Lorsque nous intégrons véritablement que le monde se renouvelle à chaque instant, nous pouvons nous concentrer pleinement sur le moment présent, libérés du poids du passé et de l’anxiété de l’avenir.
Le présent devient alors une création nouvelle et fraîche, un espace de possibilités infinies plutôt qu’un simple point fugace entre passé et futur. Cette conscience transforme radicalement notre relation au temps et à nos activités quotidiennes.
L’art de « réussir avec le temps » : une histoire révélatrice
Le Rabbi a illustré cette approche par une histoire personnelle saisissante. Peu avant un voyage complexe et important avec le Rabbi précédent (son beau-père), alors que la maison entière était plongée dans le chaos des préparatifs, il a trouvé ce dernier parfaitement concentré, rédigeant un profond essai hassidique comme si rien d’autre n’existait autour de lui.
Stupéfait par cette capacité de concentration dans des circonstances aussi tumultueuses, il lui demanda comment un tel miracle était possible. Le Rabbi précédent lui expliqua alors le concept de « réussir avec le temps », illustré par l’exemple du Rashba (Rabbi Shlomo ben Aderet).
Le secret du Rashba : vivre pleinement chaque moment
Ce grand sage médiéval, malgré ses innombrables responsabilités comme rabbin de communauté, directeur de yeshiva, médecin réputé et répondant à d’innombrables questions halakhiques provenant de toute l’Europe, trouvait encore quotidiennement le temps de se promener pour préserver sa santé.
Son secret ? Une présence totale dans chaque activité. Lorsqu’il s’engageait dans une tâche, rien d’autre n’existait pour lui. Quand vous êtes pleinement engagé dans ce que vous faites maintenant, ce que vous avez fait avant n’existe plus, et ce que vous ferez après n’existe pas encore. Cette immersion complète dans l’instant présent permet une efficacité extraordinaire et une qualité d’attention incomparable.
Le renouvellement divin : clé d’une présence authentique
Cette capacité de présence totale n’est pas simplement une technique de concentration – elle découle naturellement de la conscience que Dieu renouvelle tout à chaque instant. Chaque moment étant neuf et unique, vous pouvez vous y consacrer entièrement, sans être distrait par le passé ou l’avenir.
Ce n’est peut-être pas un hasard si le Shabbat dont nous parlons est appelé « Parashat HaHodesh » – le mot « Hodesh » (mois) étant étymologiquement lié à « hidush » (renouvellement). Quand nous intégrons que le temps lui-même est constamment renouvelé par la volonté divine, nous pouvons véritablement le valoriser et l’utiliser pour qu’il soit rempli de sens et de contenu significatif.
Notre génération : l’urgence d’une conscience temporelle
Si le temps doit toujours être considéré comme précieux, combien plus dans notre génération, que le Rabbi a décrite comme les derniers moments avant la rédemption ! Les actions que nous accomplissons maintenant portent une valeur particulière car elles préparent directement l’avènement messianique tant attendu.
Dans cette perspective, chaque minute prend une dimension sacrée, chaque action ordinaire peut devenir extraordinaire par l’intention qui l’accompagne et la conscience qui l’habite.
Conclusion : transformer notre relation au temps
Puissions-nous développer cette sagesse dans notre utilisation du temps, particulièrement alors que nous entrons dans le mois de Nissan. Que chaque moment soit consciemment vécu et utilisé pour accomplir une autre mitzva, étudier un autre verset de Torah, ou rapprocher un autre être humain de son essence véritable.
En cultivant cette présence authentique et cette conscience du renouvellement constant, nous ne transformons pas seulement notre rapport au temps – nous transformons la qualité même de notre existence. Et peut-être, par cet effort collectif de conscience élevée, mériterons-nous bientôt de voir la véritable et complète rédemption, rapidement et de nos jours.
Le ma’amar « HaHodesh » prononcé le 25 Adar 5735 (19875) commence par une citation profonde du Midrash: Rabbi Yitzchak affirme que la Torah aurait dû commencer non pas par le récit de la Création (Bereshit), mais par le premier commandement donné au peuple juif concernant le calendrier: « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois » (Exode 12:2).
Cette affirmation peut sembler surprenante, mais elle reflète une vérité profonde. Même si extérieurement la Torah commence par Bereshit, intérieurement, au niveau de son essence, elle commence par « HaHodesh ». C’est l’enseignement de l’Admour Rashab qui explique que ce passage est « l’essentiel du commencement de la Torah. »
Cette dualité entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’essence et la manifestation, devient un thème central tout au long du ma’amar, appliqué à plusieurs concepts: la création du monde, la rédemption, et le service divin.
2: La double chronologie de la Création
Une discussion talmudique célèbre concernant la date de création du monde est ensuite abordée. Deux opinions s’affrontent:
Rabbi Eliezer soutient que le monde fut créé en Tishrei (plus précisément le 25 Eloul)
Rabbi Yehoshua affirme que le monde fut créé en Nissan (le 25 Adar)
Au lieu de considérer ces opinions comme contradictoires, une harmonisation fascinante est proposée: la pensée divine de créer le monde existait en Nissan, tandis que l’acte effectif de création s’est produit en Tishrei. Cette distinction reflète un principe kabbalistique fondamental: Nissan représente l’intériorité, l’intention et la pensée divine, tandis que Tishrei représente l’extériorité et la manifestation concrète.
Cette dualité fait écho à la dualité mentionnée précédemment concernant le commencement de la Torah. Tout comme la Torah commence extérieurement par Bereshit mais intérieurement par HaHodesh, le monde commence extérieurement en Tishrei mais intérieurement en Nissan.
3: La rédemption – entre initiative humaine et intervention divine
Les mêmes Sages expriment des opinions parallèles concernant la rédemption:
Rabbi Eliezer: La rédemption viendra en Tishrei
Rabbi Yehoshua: La rédemption viendra en Nissan
Ces positions reflètent des conceptions profondes de la nature de la rédemption. Selon Rabbi Eliezer, la rédemption dépendra principalement de la techouva (repentir) des Juifs – une initiative venant d’en bas. Selon Rabbi Yehoshua, elle viendra par une révélation divine – une initiative venant d’en haut.
Un contraste est établi avec la sortie d’Égypte, qui s’est produite en Nissan. À ce moment-là, les Juifs étaient tellement submergés dans l’impureté qu’ils ne pouvaient pas se libérer par eux-mêmes. La rédemption est donc venue d’en haut, par révélation divine. Cette première rédemption est comparée à une « femelle » (pouvant être suivie d’un autre exil), tandis que la rédemption future sera comme un « mâle » (permanente).
4: Harmonisation des perspectives halakhiques
Une apparente contradiction dans les sources halakhiques est ensuite abordée:
Le Rambam statue que « Israël ne sera racheté que par la techouva »
Plusieurs sources hassidiques concluent qu' »en Nissan ils seront rachetés »
Une solution profonde est proposée: la techouva que les Juifs feront à la fin de l’exil puisera sa force dans l’illumination divine de Nissan. C’est-à-dire que même si la rédemption nécessite notre initiative (techouva), cette initiative elle-même est rendue possible par une force divine.
Cette conciliation montre comment les aspects « d’en haut » (Nissan) et « d’en bas » (techouva) collaborent dans le processus de rédemption. La techouva humaine est l’instrument qui révèle et actualise un potentiel divin déjà présent.
5: La relation entre la techouva et la rédemption
Ce développe davantage la relation entre la techouva et la rédemption. Il explique que lorsque les Juifs font techouva à la fin de l’exil, ils sont immédiatement rachetés. Cette techouva de la fin de l’exil n’est pas simplement une initiative humaine ordinaire, mais une techouva inspirée et rendue possible par la force divine de Nissan.
La techouva ordinaire suit généralement un processus graduel, mais la techouva finale qui précède la rédemption transcende ces limitations et permet une libération immédiate et totale de l’exil.
6: Les trois niveaux de relation avec Dieu
Un midrash est cité décrivant un roi qui aimait tant sa fille qu’il l’appelait successivement « ma fille » (biti), « ma sœur » (achoti), et « ma mère » (imi). Ces trois appellations correspondent à trois niveaux de relation entre Dieu et Israël, associés aux trois fêtes de pèlerinage:
« Ma fille » (Pessah) – Israël comme récepteur passif de la révélation divine.
« Ma sœur » (Shavuot) – Par le don de la Torah, Israël s’élève à un niveau de partenariat et d’union avec Dieu.
« Ma mère » (Yom Kippour/Souccot) – Par la techouva, Israël atteint un niveau où il peut « influencer » Dieu.
7: Le paradoxe de la rédemption future
Bien que les niveaux semblent progresser de « fille » à « sœur » puis à « mère », la rédemption future sera précisément au niveau de « ma fille » (biti). Ce paradoxe s’explique par la compréhension profonde du « bitul » (l’annulation de soi). Le niveau de « biti » représente un bitul total – n’ayant rien de soi-même et recevant tout d’en haut.
Cette position de réceptivité absolue permet paradoxalement d’accéder à l’essence divine infinie (Ein Sof) d’une manière impossible aux autres niveaux. C’est pourquoi le Messie est décrit comme « humble, monté sur un âne » – cette humilité radicale est précisément ce qui permet la révélation de l’essence divine.
8: La valeur unique du service divin en exil
Les révélations futures dépendent spécifiquement de nos actes pendant l’exil. À l’époque du Temple, la présence divine était plus manifeste, mais cette clarté même faisait que la personne restait consciente de sa propre existence distincte.
Pendant l’exil, particulièrement à l’époque précédant immédiatement le Messie (ikveta demeshiha), les défis spirituels sont tels que le service divin ne peut venir que d’un bitul total. C’est précisément cette absence d’ego qui caractérise le service divin en exil et qui lui confère sa valeur unique pour la rédemption future.
9: La synthèse finale – « koh » et « zeh »
Deux concepts kabbalistiques sont introduits: « koh » (ainsi) et « zeh » (ceci). « Koh » représente une perception divine distante, tandis que « zeh » représente une perception directe et immédiate.
La création initiale du monde le 25 Eloul était au niveau de « koh ». Avec la création d’Adam le premier jour de Tishrei, une révélation divine plus immédiate (niveau « zeh ») est entrée dans le monde.
La rédemption future combinera ces dimensions: la techouva à la fin de l’exil révélera d’abord l’aspect « zeh », puis s’approfondira jusqu’au niveau de « koh », révélant l’essence divine au sein même de la création. Ainsi s’accomplira l’intention divine ultime: faire de ce monde physique une demeure pour l’essence divine illimitée.
Cette synthèse parfaite entre le fini et l’infini, entre l’initiative humaine et la révélation divine, entre Tishrei et Nissan, constituera la rédemption complète et véritable qui viendra bientôt par le Messie.
Âgé de seulement 20 ans, Shneor Zalman Cohen était l’un des neuf enfants de Zeev et Dina Cohen, une famille Habad établie dans la communauté de Yitzhar en Samarie. Avant son service militaire, il avait étudié à la yeshiva locale et s’était déjà engagé comme volontaire dans l’équipe d’intervention d’urgence, révélant très tôt son esprit de service et de dévouement.
Dans un acte de reconnaissance émotionnelle, Tsahal a finalement officialisé son statut de soldat tombé au combat pendant l’opération « Épées de Fer » à Gaza.
« Shneor était une personne d’une grande noblesse intérieure qui rayonnait à l’extérieur », a témoigné Yossi Dagan, président du Conseil régional de Samarie. « Il incarnait à la fois l’étude de la Torah et l’engagement du combattant. »
L’histoire familiale des Cohen est elle-même un récit de résilience. Ses parents, Zeev et Dina, s’étaient installés à Sha’ar Negev au plus fort de la seconde Intifada, choisissant de renforcer les communautés du nord de la Samarie. Le père de Shneor sert d’ailleurs comme réserviste dans la région depuis le 7 octobre, illustrant l’engagement familial au service d’Israël.
Les circonstances de sa mort, survenue le 31 décembre 2023 lors d’une opération militaire à Jabaliya, sont restées longtemps obscures. Selon le journaliste militaire Mendi Rizel, un problème technique avec une grenade aurait été identifié deux semaines avant le drame, compliquant l’établissement des faits.
Pendant de longs mois, la famille a mené un combat administratif acharné. Bien que le site officiel « Yizkor » le mentionnait comme « tombé en service », Tsahal hésitait à le reconnaître officiellement comme soldat mort au combat. Les investigations de la police militaire, potentiellement longues, semblaient devoir retarder cette reconnaissance.
Les camarades de Shneor ont témoigné de son engagement total. Combattant du bataillon ‘Tomer’, il était le 25ème soldat de la région de Shomron à tomber durant ce conflit. Son histoire personnelle – d’un jeune homme issu d’une communauté religieuse engagé dans un conflit complexe – symbolise le sacrifice d’une génération.
Finalement, Tsahal a cédé. Le nom de Shneor a été ajouté au mémorial officiel, et il a été promu caporal à titre posthume. Son inscription mémorielle le décrit simplement : « Caporal Shneor Zalman Cohen, fils de Dina et Haïm Zev. Né le 15 Sivan 5764 à Yitzhar. Engagé le 31 décembre 2023 dans la brigade Givati. Tombé en service le 1er Heshvan 5784, à l’âge de 20 ans. »
Au-delà des détails administratifs, c’est un récit de résilience qui transparaît : celui d’une famille et d’une communauté qui se battent pour honorer la mémoire de leur fils, de leur frère, de leur camarade.
Pour les proches de Shneor, cette reconnaissance officielle est plus qu’une simple mention administrative. C’est la reconnaissance du sacrifice ultime, du service et du dévouement d’un jeune homme qui a donné sa vie pour son pays.
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Pekoudé – Précision infinie : le compte de Moché Source : Likouté Si’hot volume 26, deuxième Si’ha sur Pekoudé
1. Les comptes du Tabernacle
Le texte commence par analyser les versets de Pekoudei 38:21 qui décrivent les comptes du Tabernacle établis par Moché, et la mention de Betsalel et Aholiav comme maîtres d’œuvre. La paracha détaille les comptes précis des matériaux utilisés pour le Tabernacle.
2. Question sur le décompte de l’or
Le document soulève une interrogation: pourquoi Moché n’a-t-il pas présenté le décompte des dépenses d’or? D’après le Kli Yakar, Moché ne pouvait pas encore comptabiliser l’or car une partie servait aux vêtements sacerdotaux qui n’étaient pas terminés. Le Midrach rapporte également que lorsque Moché voulut rendre compte de l’argent, il manquait 1775 sicles, jusqu’à ce qu’une voix divine confirme leur utilisation pour les crochets, prouvant ainsi l’honnêteté de Moché.
3. La répétition des maîtres d’œuvre
L’analyse explique pourquoi le texte mentionne à nouveau Betsalel et Aholiav. Selon Rachi, le verset souligne que Betsalel exécuta « tout ce que D.ieu ordonna à Moché » – même ce que Moché ne lui avait pas explicitement communiqué.
4. La propriété collective du Tabernacle
Un point fondamental est soulevé: le Tabernacle devait appartenir entièrement à la communauté d’Israël. Rachi explique qu’il servait de « témoignage pour Israël que D.ieu avait renoncé à les punir pour la faute du veau d’or ». Tous les matériaux devaient donc devenir la propriété collective, sans rester liés aux individus qui les avaient donnés. Ce transfert s’effectuait en apportant tous les matériaux à Moché, chef de tout Israël.
5. Le statut des maîtres d’œuvre
D’après le Tsafnat Panea’h, les maîtres d’œuvre ne recevaient aucun salaire et apportaient donc quelque chose de leur propre bien. Cela exigeait d’être formellement remis à la communauté, car tant que leur nom restait associé aux objets, le transfert n’était pas complet.
6. Exception pour les vêtements sacerdotaux
Les vêtements sacerdotaux n’étaient pas soumis à la même exigence de « transfert de propriété » car ils n’étaient confectionnés qu’après l’achèvement du Tabernacle et ne faisaient pas partie de sa structure.
7. Le rôle unique de Moché
Deux raisons supplémentaires sont données pour expliquer pourquoi le « transfert de propriété » devait passer par Moché:
Moché était le seul à n’avoir aucune association avec la faute du veau d’or
Le Tabernacle avait une dimension éternelle parce qu’il était l’œuvre de Moché
8. La pérennité par l’union avec Moché
Le terme « Pekoudé » (comptes) est lié étymologiquement au terme talmudique « Lifkod » (s’unir à sa femme). Le fait que le Tabernacle soit « compté » par Moché établit une union entre Moché et le Tabernacle, créant une seule réalité.
9. L’unification du fini et de l’infini
L’enseignement profond révélé est que le Tabernacle avait pour fonction d’unifier des éléments limités avec l’infini divin. La Guemara Yoma 21a mentionne que « l’Arche Sainte n’occupe pas de place » – illustrant comment l’infini peut résider dans le fini. C’est précisément cette unification du limité et de l’illimité, de la précision comptable et de l’union spirituelle, qui constitue l’essence du Tabernacle.
La justice doit non seulement être rendue, mais aussi être vue de tous. Moïse, bien qu’étant « l’homme de D.ieu », a instauré un système de transparence financière avec Itamar pour la gestion des dons du Tabernacle. Ce modèle de gouvernance nous enseigne qu’un leader doit maintenir une réputation irréprochable au-delà de sa propre conscience. « Vous serez innocents devant l’Éternel et devant Israël » reste le principe fondamental qui guide notre comportement en société.
Que pensent-ils de moi ? La justice doit non seulement être rendue, mais aussi être vue, c’est pourquoi nous devons nous éloigner autant que possible du soupçon et des apparences.
L’un des dilemmes de la vie est : dans quelle mesure dois-je tenir compte de l’opinion des autres ? Lorsque je connais la réalité telle qu’elle est, dois-je m’inquiéter des soupçons que les autres pourraient avoir ?
Par exemple, si je suis invité à une réunion d’affaires dans un restaurant non casher et que je n’ai pas l’intention de manger quoi que ce soit, puis-je m’y asseoir pour la réunion ? Qu’en est-il de commander du thé nature ou du café pur (qui généralement ne nécessitent pas de certification casher), mais un observateur extérieur ne sait pas ce qui se trouve dans la tasse et pourrait penser que je ne respecte pas les lois de la cacherout ? Ou suffit-il que D.ieu et moi connaissions la vérité, et le reste n’importe pas ?
Notre Paracha donne une réponse claire. La Paracha « Pekoudei », comme son nom l’indique, est la Paracha des données numériques de l’œuvre du Michkan (Tabernacle). À la fin du long voyage de construction de la maison de D.ieu, la Paracha fournit un rapport détaillé des revenus et dépenses des dons recueillis, et des destinations auxquelles l’argent et le cuivre remis aux collecteurs de dons ont été affectés. La Paracha mentionne également un personnage que nous n’avions pas rencontré jusqu’à présent : « Le service des Lévites sous la direction d’Itamar, fils d’Aaron le Cohen. »
Quel est le rôle d’Itamar ?
Quel est le rôle d' »Itamar, fils d’Aaron le Cohen » ? Et quel est l’objectif de ce rapport ? La réponse est impressionnante : Moïse, « l’homme de D.ieu », n’a pas accepté d’être seul responsable de la caisse. Il a exigé un superviseur à ses côtés pour surveiller la réception et la distribution appropriée des fonds. Itamar a été appelé à cette mission, pour être le second signataire autorisé avec Moïse et pour superviser la gestion des fonds.
C’est moi que vous soupçonnez ?!
Moïse et Itamar ne se sont pas contentés d’une responsabilité partagée, mais ont fait preuve de transparence publique dans la gestion des fonds. À la fin du processus de construction, ils ont présenté un rapport détaillé sur les sommes entrées et sorties, afin que chacun puisse emporter le rapport chez lui et l’examiner par lui-même.
Moïse aurait pu affirmer que D.ieu lui faisait confiance et qu’il n’avait pas besoin d’approbation des hommes. Mais Moïse savait que les gens sont méfiants par nature. Les gens projettent leurs propres faiblesses sur les autres, et s’ils sont avides sans limites et capables de détourner de l’argent sacré – ils projettent cela même sur « l’homme de D.ieu ». Ainsi, le niveau spirituel de Moïse et à quel point il est éloigné de toute possibilité de vol, que D.ieu nous en préserve, n’a aucune importance. La seule question est le niveau du public qui l’entoure et qui projette sur lui ses propres faiblesses.
Pire encore. Les gens apprennent du leader et imitent son comportement. Ce qui leur semble être un péché de Moïse devient une loi permise pour tous. Ce qui chez lui semble être une fissure devient un déluge chez les autres. Par conséquent, la responsabilité du leader est d’exiger de lui-même une prudence supplémentaire, au-delà de ce qui est requis par la loi, et si chez lui la possibilité de malversation n’est même pas envisagée, chez le public, ce sera un événement à éviter.
Être irréprochable
Moïse le résume en quatre mots dans la Paracha Matot : « Vous serez innocents devant l’Éternel et devant Israël. » Il s’adresse aux fils de Gad et Reuben et leur demande d’être justes aux yeux du peuple et pas seulement aux yeux de D.ieu. Car nous sommes des êtres sociaux qui apprenons les uns des autres, et ouvrir une brèche chez l’un devient une violation massive des limites chez les autres.
En pratique, la Mishna dans le traité Shekalim (3/2) stipule : « Le trésorier du Temple n’entre pas avec un vêtement à plis ni avec des chaussures ou des sandales (où il pourrait cacher de l’argent), de peur qu’il ne s’enrichisse et qu’on dise qu’il s’est enrichi grâce aux dons du Temple, car l’homme doit être irréprochable aux yeux des hommes comme il doit l’être aux yeux de D.ieu, comme il est dit : ‘Vous serez innocents devant l’Éternel et devant Israël’. »
Concernant les questions posées au début, à savoir s’il est permis de boire une boisson casher dans un restaurant non casher, le Gaon Rabbi Moshe Feinstein le permet en cas de détresse, mais recommande de l’éviter autant que possible (Igrot Moshe Orach Chaim 2, section 40) : « Peut-on entrer dans un restaurant sans certification casher quand on a très faim et qu’on veut manger quelque chose qui ne pose pas de problème ? On peut y entrer et manger discrètement, car en cas de souffrance et de perte, les Sages n’ont pas décrété d’interdiction. Et s’il y a des connaissances présentes, il faut dire qu’on souffre beaucoup et qu’on a pris quelque chose sans problème. Mais sans grande souffrance – il ne faut pas y entrer du tout. »
Récit : Et pourtant les soupçons…
Meir Anschel était un simple serviteur chez le Rav Tzvi Hirsh Horowitz de Tchortkiv (père des tsadikim Rabbi Shmuel Shmelka et Rabbi Pinhas, auteur du Hafla’ah). Meir faisait son travail discrètement et bénéficiait d’un accès libre aux pièces de la maison. Avec le temps, il se maria et alla vivre dans une autre ville.
Vint la nuit de la recherche du hametz, le Rav Tzvi Hirsh Horowitz ouvrit les tiroirs et poussa un cri. Dans l’un des tiroirs, il avait caché un trésor – 500 pièces d’or qu’il avait économisées toute sa vie pour marier sa fille aînée, et voilà que l’argent avait disparu. Le soupçon tomba naturellement sur le serviteur, et le Rav Tzvi Hirsh décida de lui parler directement.
Il se rendit chez lui et dit avec délicatesse qu’il ne pouvait supporter la douleur de sa fille aînée et demandait donc si le serviteur avait vu l’argent. Meir Anschel baissa la tête et avoua le vol. Il s’excusa de ne pas avoir l’argent en main mais promit de tout rembourser progressivement. Au fil du temps, il envoyait un peu plus, jusqu’à ce qu’il ait tout rendu.
Des années passèrent et l’un des fermiers de la ville commença à fréquenter souvent la taverne, dépensant de grosses sommes pour boire. Le propriétaire de l’établissement s’enquit de la source de cet argent, et sous l’effet de l’ivresse, le fermier raconta que sa femme travaillait chez le Rav Tzvi Hirsh Horowitz et avait volé un grand trésor.
Ces propos parvinrent aux oreilles de Rabbi Tzvi Hirsh, qui en fut bouleversé. Il se rendit chez Meir Anschel et s’excusa d’avoir soupçonné un innocent. Il promit bien sûr de lui rendre tout l’argent, mais demanda seulement de comprendre pourquoi ce serviteur juste avait avoué une faute qu’il n’avait pas commise.
Meir Anschel répondit : « Je ne pouvais pas voir la souffrance du Rabbi, et je pensais aussi qu’on ne me croirait pas de toute façon. Si je laissais le soupçon planer, je serais considéré comme un menteur aux yeux des membres de la maison, et il valait mieux pour moi avouer ce que je n’avais pas fait et en finir rapidement avec le soupçon qui pesait sur moi. »
Des larmes coulèrent sur les joues du Rav Tzvi Hirsh Horowitz, et il le bénit de richesse et de succès dans toutes ses entreprises. Meir Anschel ouvrit une boutique d’antiquités et devint très riche. Il est le fondateur de la légendaire famille de banquiers Rothschild.
À travers l’énigme de la répétition du mot « Tabernacle » dans la Paracha Pekoudei se dévoile une profonde sagesse. Ce texte explore comment le sanctuaire biblique représentait non seulement un lieu physique pour le culte, mais aussi un modèle cosmique reliant les dimensions visibles et invisibles de la réalité divine.
Au cœur de la tradition hassidique se trouve un enseignement fascinant tiré du Likoutei Torah de Rabbi Shneur Zalman de Liadi qui ouvre une fenêtre extraordinaire sur la compréhension de la relation entre le divin et le matériel. En analysant le verset d’ouverture de la paracha Pékoudei – « Voici les comptes du Tabernacle, Tabernacle du témoignage » – cette exégèse dévoile une cosmologie profonde qui explique la raison d’être de notre existence et la mission spirituelle de l’humanité.
L’énigme textuelle comme porte d’entrée vers le mystique
Le point de départ de cette étude réside dans les anomalies textuelles du verset d’Exode 38:21. Pourquoi la Torah répète-t-elle le mot « Mishkan » (Tabernacle)? Pourquoi utilise-t-elle l’expression passive « qui furent établis sur l’ordre de Moïse » plutôt qu’une formulation plus directe? Et pourquoi mentionner spécifiquement « l’œuvre des Lévites » et la supervision d’Itamar sans évoquer celle d’Éléazar?
Dans la tradition herméneutique juive, et particulièrement dans l’approche hassidique, ces « difficultés » ne sont jamais considérées comme des imperfections ou des redondances stylistiques. Elles sont plutôt perçues comme des indices délibérément placés par la sagesse divine pour signaler des couches de signification plus profondes. Le texte biblique fonctionne comme un système de codes multidimensionnel où chaque anomalie apparente constitue une invitation à explorer au-delà du sens littéral.
La demeure dans les mondes inférieurs : le paradoxe cosmique
L’explication commence par un principe fondamental de la pensée hassidique, formulé dans le Midrash Tanhuma : « L’Éternel a désiré avoir une demeure dans les mondes inférieurs. » Cette affirmation, d’une simplicité trompeuse, contient en réalité un paradoxe cosmique vertigineux. Si, comme l’affirme le prophète Jérémie, « le ciel et la terre, Je les remplis », quelle signification peut avoir la création d’une « demeure » pour le divin?
Suivant l’enseignement du Baal HaTanya, ce paradoxe se résout par une distinction cruciale entre l’omniprésence divine et sa révélation manifeste. L’Infini (Ein Sof) imprègne effectivement toute réalité, mais cette présence demeure cachée, imperceptible aux créatures qui habitent les mondes. La « demeure dans les mondes inférieurs » ne concerne pas l’existence divine en soi, mais sa révélation, sa manifestation perceptible au sein de la réalité finie.
Plus révolutionnaire encore est la précision que les « mondes inférieurs » ne désignent pas une localisation spatiale, mais un niveau de conscience spirituelle. Le Divin transcende l’espace et le temps, qui sont eux-mêmes ses créations. Comme le souligne le midrash cité dans l’enseignement : « Il est le lieu du monde, mais le monde n’est pas Son lieu. » Dans cette perspective, notre monde matériel est qualifié d' »inférieur » non par sa position dans un hypothétique système cosmique vertical, mais par son opacité spirituelle, par la densité du voile qui y masque la présence divine.
La dialectique obscurité-lumière au cœur du projet divin
L’une des contributions les plus profondes de la philosophie hassidique réside dans sa reconceptualisation radicale de la relation entre lumière et ténèbres spirituelles. Contrairement aux systèmes dualistes qui perçoivent l’obscurité comme une force antagoniste autonome, la hassidout la comprend comme partie intégrante d’un dessein divin cohérent.
L’enseignement affirme que c’est précisément dans « ce monde de ténèbres » que Dieu désire établir sa demeure, « pour illuminer l’obscurité spécifiquement ». Cette formulation suggère que l’obscurité n’est pas un accident cosmique regrettable, mais une condition préalable nécessaire à l’accomplissement du projet divin. Sans ténèbres, la révélation de la lumière perdrait sa raison d’être.
Cette dialectique offre une perspective profondément optimiste sur la condition humaine. L’expérience même de la distance spirituelle, du sentiment d’absence divine qui caractérise notre monde, devient le théâtre privilégié d’une révélation potentielle sans égale. C’est pourquoi, selon l’enseignement cité des Pirké Avot, « une heure de repentir et de bonnes actions dans ce monde vaut mieux que toute la vie du monde à venir » – car c’est uniquement dans l’obscurité relative de notre existence terrestre que peut s’opérer la transformation la plus significative.
L’abaissement comme prélude à l’élévation : la dynamique d’Itkafia et Ithaf’ha
Le mécanisme de cette transformation est décrit à travers deux concepts fondamentaux: « Itkafia » (soumission) et « Ithaf’ha » (transformation). Citant le Zohar, l’enseignement affirme que « lorsque le côté obscur est soumis, la gloire du Saint, béni soit-Il, s’élève au-dessus de tout. »
Cette perspective révolutionnaire, élaborée par le fondateur du mouvement Habad, propose une compréhension nouvelle de la confrontation spirituelle. La « soumission du côté obscur » ne vise pas l’annihilation d’une force intrinsèquement mauvaise, mais plutôt la révélation de sa fonction cachée au sein du plan divin. En termes contemporains, on pourrait parler d’une intégration consciente des forces de résistance spirituelle.
Le processus commence par « Itkafia » – la discipline spirituelle qui consiste à refréner les impulsions négatives, décrite comme active dans « tous les cinq sens ». Cette première étape de maîtrise de soi, symbolisée par le concept de « Kadesh atsme’ha bamoutar la’h » (sanctifie-toi même dans ce qui t’est permis), prépare le terrain pour la transformation plus profonde appelée « Ithaf’ha » – la conversion de l’obscurité en lumière, de l’amertume en douceur.
Ce processus ne concerne pas uniquement des comportements extérieurs, mais engage l’être humain dans toutes ses dimensions – intellectuelle, émotionnelle et pratique. La transformation visée n’est pas superficielle mais ontologique, touchant à la nature même de notre rapport au réel.
La hiérarchie paradoxale des commandements : pourquoi les interdits surpassent les obligations
L’un des aspects les plus contre-intuitifs de cet enseignement concerne le statut respectif des commandements positifs et négatifs. S’appuyant sur une interprétation kabbalistique du verset « Voici Mon nom pour toujours, et voici Mon souvenir de génération en génération » (Exode 3:15), l’explication établit que les 365 interdits (Mitsvot lo ta’asé) dérivent des deux premières lettres du nom divin (Youd-Hé), tandis que les 248 commandements positifs (Mitsvot asé) sont associés aux deux dernières (Vav-Hé).
Cette association révèle une hiérarchie spirituelle inattendue: les commandements négatifs, qui semblent de prime abord moins « productifs » que les positifs, sont en réalité ancrés dans une source divine plus élevée. Cette perspective renverse la conception commune selon laquelle l’action positive serait spirituellement supérieure à l’abstention.
Cette approche hassidique explique ce paradoxe en introduisant une analogie profonde avec la structure du corps humain. Les commandements positifs correspondent aux « organes externes » qui accomplissent des actions visibles, tandis que les commandements négatifs sont analogues aux « organes internes » où la vie est plus intensément présente. Cette distinction est illustrée par le fait qu’une blessure minime à un organe interne peut être fatale, alors que même l’amputation d’un membre externe n’est généralement pas mortelle.
Sur le plan spirituel, cette différence s’explique par le fait que les commandements négatifs sont enracinés dans un niveau de divinité tellement transcendant qu’il ne peut être canalisé dans une action positive concrète. Ils restent donc exprimés uniquement sous forme d’abstention. Cette explication profonde transforme notre compréhension de la « passivité » apparente des interdits en révélant qu’ils constituent en réalité des points de contact avec les dimensions les plus élevées de la réalité divine.
La métaphore du désert : « une terre non ensemencée »
Pour illustrer cette dimension transcendante des commandements négatifs, l’enseignement interprète de façon originale le verset de Jérémie évoquant « ta marche après Moi dans le désert, dans une terre non ensemencée. » Dans cette lecture, l’expression « terre non ensemencée » (eretz lo zéroua) est comprise comme signifiant une terre ensemencée avec le « non » – c’est-à-dire avec la dimension spirituelle des interdits.
Cette interprétation audacieuse transforme le désert, traditionnellement symbole de privation et d’austérité, en lieu privilégié de révélation spirituelle. La « terre non ensemencée » devient ainsi supérieure à la « terre où habite l’homme » – cette dernière symbolisant le domaine des commandements positifs, associés à la figure de l’Adam (l’humain) et aux 248 « membres du Roi ».
Le séjour d’Israël dans le désert après l’Exode n’apparaît plus comme une simple période de transition ou d’épreuve, mais comme une immersion dans une dimension spirituelle plus élevée, précisément caractérisée par l’absence de production matérielle et par la proximité avec la dimension du « non ».
Torah et Mitsvot : organes internes et externes du corps cosmique
L’enseignement développe ensuite une analogie particulièrement éclairante entre la structure du corps humain et la relation entre l’étude de la Torah et la pratique des commandements. L’étude de la Torah est comparée aux « organes internes » où la vitalité est plus concentrée, tandis que les commandements pratiques sont assimilés aux « organes externes » qui exécutent des actions visibles.
Cette analogie s’appuie sur plusieurs principes fondamentaux. D’abord, l’affirmation que « la Torah émane de la Sagesse », illustrée par le verset « la sagesse de l’homme illumine son visage ». L’anecdote talmudique concernant Rabbi Abbahou, dont le visage rayonnait après avoir découvert une nouvelle interprétation de la Torah, illustre physiquement cette illumination intérieure.
Plus profondément encore, l’enseignement établit que lorsqu’une personne étudie la Torah, le Saint, béni soit-Il, « étudie en face d’elle » – créant ainsi une connexion directe entre l’intelligence humaine et la Sagesse divine. Cette interaction représente « la manifestation de la Lumière infinie dans la Sagesse supérieure », un niveau de révélation qui dépasse radicalement ce qui peut être accompli par les actions concrètes des commandements.
Comme le cerveau dans le corps humain, la Torah ne se contente pas d’une fonction spécifique isolée, mais constitue le centre nerveux qui coordonne, anime et donne sens à l’ensemble de la vie religieuse. C’est pourquoi, selon l’expression talmudique citée, « l’étude de la Torah équivaut à tous [les autres commandements] ».
La dynamique du Nom divin: révélation et dissimulation
La dernière partie de l’enseignement explore la structure du Nom divin (le Tétragramme) comme modèle cosmique de l’interaction entre le caché et le révélé. Les deux premières lettres (Youd-Hé) représentent les aspects transcendants, « cachés pour l’Éternel notre Dieu », tandis que les deux dernières (Vav-Hé) correspondent aux dimensions manifestées, « révélées à nous et nos enfants ».
Cette structure reflète exactement la relation entre les commandements négatifs (enracinés dans le transcendant) et positifs (expressions de la divinité dans l’immanence). L’analyse précise que la lettre Vav correspond spécifiquement à l’étude de la Torah, tandis que le Hé final représente la pratique des commandements.
L’accomplissement des Mitsvot positives réalise ainsi une unification (Yihoud) des dimensions transcendantes et immanentes du divin, permettant à la lumière supérieure de pénétrer et d’illuminer la réalité quotidienne. Cette unification est symbolisée par le mot « Amen » (dont la valeur numérique 91 correspond à la somme des valeurs numériques des noms YHVH et Adonaï), qui exprime la rencontre entre l’essence divine transcendante et sa manifestation comme « Seigneur du monde ».
Au-delà de la lettre: implications contemporaines
Cet enseignement hassidique fondamental ouvre des perspectives profondes sur des questions existentielles contemporaines. Si le projet divin consiste à établir une « demeure dans les mondes inférieurs », chaque être humain participe à cette entreprise cosmique en transformant sa propre existence et son environnement en espaces de révélation divine.
La distinction entre « Itkafia » et « Ithaf’ha » offre un modèle sophistiqué pour aborder les défis psychologiques et spirituels. La première étape consiste à contenir et maîtriser les impulsions négatives; la seconde, plus ambitieuse, vise à les transformer en forces positives. Ce paradigme, qui rejette l’idée d’une « destruction » du mal au profit de sa transformation, résonne profondément avec certaines approches psychologiques modernes.
La valorisation surprenante des commandements négatifs suggère une réévaluation de ce que nous percevons souvent comme des « limitations ». Dans un monde contemporain qui célèbre l’action, la production et la transformation visible, cet enseignement rappelle que la retenue, la discipline et même le non-agir peuvent constituer des expressions spirituelles d’un ordre supérieur.
Enfin, la compréhension du désert comme « terre ensemencée avec le non » propose une lecture spirituelle profonde des périodes de sécheresse, de retrait ou d’apparente stérilité dans la vie religieuse. Ces moments, souvent perçus comme des échecs ou des épreuves, pourraient en réalité constituer des espaces privilégiés de contact avec les dimensions les plus élevées de la révélation divine.
Conclusion: la symphonie du visible et de l’invisible
Cette étude du Maamar « Élé Pékoudei HaMishkan » nous conduit finalement à percevoir l’existence comme une symphonie complexe où les dimensions visibles et invisibles, actives et passives, manifestées et cachées jouent chacune un rôle indispensable.
Le Tabernacle historique, avec sa structure minutieusement détaillée, ses rituels précis et ses objets sacrés, représentait la cristallisation physique de cette symphonie cosmique. Sa réplique contemporaine ne se construit plus en acacia et en or, mais dans la conscience humaine transformée par l’étude et par l’observance des commandements.
Dans cette perspective, chaque être humain devient un artisan du Tabernacle cosmique, contribuant à travers sa discipline personnelle (Itkafia) et sa transformation intérieure (Ithaf’ha) à l’établissement progressif de cette « demeure divine dans les mondes inférieurs » qui constitue, selon l’enseignement hassidique, l’objectif ultime de la création.
Cette vision vertigineuse, où l’action la plus humble peut acquérir une signification cosmique et où les limitations apparentes révèlent des potentialités spirituelles insoupçonnées, continue d’inspirer et d’éclairer ceux qui s’engagent dans l’exploration des dimensions profondes de la sagesse juive traditionnelle.
À travers la lumière de cet enseignement hassidique, les abstractions métaphysiques deviennent des guides pratiques pour la vie spirituelle, permettant à chacun de participer consciemment à l’aventure cosmique de la création d’une demeure pour le divin « dans les mondes inférieurs ».