Chemini: Mieux vaut être imparfait… ou hypocrite ? Peut-on être religieux à moitié ?
Par Binyamin Lifkin – KI Karov
Le nom du Rav Yekoutiel Farkash est bien connu dans les cercles rabbinique et communautaire du monde entier. Autorité halakhique unanimement respectée, il est souvent la référence quasi exclusive pour trancher les questions juridiques les plus complexes, celles que les sages comparent à « des montagnes suspendues à un cheveu ».
Depuis son bureau à Jérusalem, les demandes affluent chaque jour, écrites ou verbales. Sa ligne téléphonique, ouverte quotidiennement pour seulement une heure et demie, ne désemplit pas : des centaines d’interrogations, posées sans relâche, trouvent des réponses concises, précises, souvent formulées dans un style télégraphique qui tranche net. Le reste du temps, ce sont les cas urgents qui parviennent à son attention, transmis par l’intermédiaire de son secrétaire personnel.
Un savoir forgé dans la Hassidout
À la source de cette autorité : une connaissance exceptionnelle, construite sur une vie d’étude intense. Celle-ci s’exprime dans une série d’ouvrages halakhiques devenus indispensables dans les foyers juifs, dont Chabbat Kahalakha, salué dans toutes les Yéchivot, indépendamment des tendances. Trois volumes sont déjà parus, et le quatrième est en cours de rédaction.
Mais au-delà du savant, c’est une âme sensible, profondément poétique, qui se révèle. Entièrement plongée dans la Torah et la Hassidout, elle marie avec éclat émotion, compréhension et rigueur intellectuelle.
C’est dans ce contexte, à l’approche de Pourim — moment où la Hassidout souligne les miracles dissimulés dans la nature — que Ki Karov a eu le privilège de s’entretenir avec le Rav Farkash. Dans cette interview rare, il livre pour la première fois avec autant de détails son itinéraire spirituel vers Loubavitch.
Au fil de ses souvenirs, c’est tout un monde qui resurgit : les figures de justes et de saints, la poussière sacrée de leurs pas, les moments de proximité privilégiée qu’il a partagés avec eux. Le récit, limpide et vivant, coule de sa bouche tel un collier de perles brillantes.
Obtenir ce rendez-vous n’a pas été une mince affaire. Le Rav Farkash termine ses journées aux alentours de cinq heures du matin. Entre les cours qu’il donne, avec une rigueur héritée de son père — « Il ne commençait jamais un cours sans s’y préparer, même après trente ans d’enseignement » — et les nombreuses décisions halakhiques qu’il rend, son emploi du temps est littéralement saturé.
À cela s’ajoute la formation pratique qu’il supervise auprès de futurs rabbanim, venus d’Israël et de l’étranger.
Et pourtant, il trouve encore le temps d’approfondir ses recherches pour son prochain ouvrage. Une étude phénoménale, méthodique, qui ne laisse rien au hasard.
J’avais un lien personnel, ayant partagé les bancs de l’école avec son fils, R. David, philanthrope et hassid au cœur généreux. C’est grâce à lui que j’ai pu obtenir cette entrevue.
Nous avons passé deux heures ensemble, dans un silence rare autour de nous, comme si le monde s’était arrêté pour laisser place à cette parenthèse.
Je suis sorti de sa maison, rue Ali Hacohen à Jérusalem, bien après minuit. Les yeux encore emplis de lumière, le cœur battant. L’impression d’avoir approché une source de clarté.
Avant d’être une autorité halakhique, le Rav Yekoutiel Farkash fut un chercheur – de vérité, de profondeur, de D.ieu. Ce surnom, attribué dans les cercles de craignants de D.ieu, le décrit à merveille.
Et il ne le nie pas. Il reconnaît même avoir hérité ce trait de sa maison paternelle. « Mon père était enseignant dans une école publique religieuse. Tous les matins, à quatre heures, il se levait pour se préparer à la prière. Il priait avec deux minyanim successifs. Il versait des larmes dans le premier, puis rejoignait le second. »
Les souvenirs affluent. Les nuits de Chabbat, son père s’installait, entre le réfrigérateur et le mur, éclairé d’une simple lampe, pour étudier en silence et dialoguer avec le Créateur. « Et les fêtes, c’était encore plus intense. Jusqu’à aujourd’hui, mes enfants savent que le Séder de Pessa’h chez moi est quelque chose d’unique. Une fusion de Sim’hat Torah et de Yom Kippour. »
L’histoire familiale est marquée par la tragédie. La première épouse de son père et leurs deux enfants ont été assassinés par les nazis, yémach chemam. En Israël, son père reconstruit sa vie. Le Rav Farkash est l’aîné de cette seconde union. « Même enfants, nous nous isolions parfois pour nous élever dans notre service divin. »
Il n’a jamais entendu son père raconter ce qu’il avait vécu dans les camps. Mais un Juif de Manchester lui révéla un jour qu’après les journées exténuantes de travaux forcés, son père étudiait la Guemara dans une étable, avec deux compagnons, chaque soir.
Après sa bar-mitsva, le jeune Yekoutiel quitte Bnei Brak pour Jérusalem, direction la Yéchiva de Pressbourg. Il s’y distingue rapidement. À peine six mois plus tard, pendant les vacances de Nissan, il se retrouve à étudier à la Yéchiva Hakhmei Lublin, près de chez lui.
C’est là qu’il croise le Gaon Rav Shmuel Halevi Wosner, auteur du Shevet Halevi. Le décisionnaire n’avait alors ni assistants ni secrétaires. Il répondait avec bienveillance aux questions halakhiques que lui posaient les enfants, dans la cour où se déroulaient les opérations de cachérisation avant Pessa’h.
Le regard du Rav Wosner se pose sur l’adolescent studieux. « Je ne sais pas pourquoi j’ai trouvé grâce à ses yeux, mais il est allé voir mon père et lui a demandé que je vienne étudier dans sa Yéchiva. »
Premier Chabbat de repos du Rav Wosner, les élèves l’accompagnent à l’orphelinat Diskin de Jérusalem. Un vendredi soir, après le repas, un camarade propose d’aller voir un tish : « Allons découvrir les justes de Jérusalem en action. »
Ils arrivent à la maison d’étude de Toldot Aharon. Il décrit la scène : « L’Admour, vêtu de blanc de la tête aux pieds, est assis à la tête de la table. Autour de lui, des jeunes garçons coiffés de shtreimels. J’avais l’impression d’être transporté à l’époque du Baal Shem Tov. C’était envoûtant. »
Ce n’est que le début. Un autre Chabbat, alors qu’il rend visite à son oncle à Jérusalem, ses pas le mènent de nouveau à Toldot Aharon. Sa tenue – veste courte, chapeau haut, papillotes tombantes – le distingue dans le paysage. Mais il est accueilli avec chaleur, et on lui propose même un thé chaud avant la prière.
Et soudain, au milieu de la lecture de la Torah, il est appelé à monter. Surprise totale.
Un ami le suit après l’office. Il tente de le convaincre de rejoindre la yéchiva de Toldot Aharon. Le jeune Yekoutiel résiste. Il explique qu’il étudie déjà auprès du Gaon Wosner. Mais l’ami insiste : « Le Rabbi m’a envoyé vers toi. »
L’émissaire de l’Admour revient plusieurs fois à Bnei Brak, pour convaincre père et fils. Une fois, il lui demande d’apprendre par cœur le chapitre 33 du Tanya, d’y méditer avant la prière. En chemin, il le teste, l’interroge sur le sens des mots de l’Admour Hazaken.
Et dans le regard du jeune homme, on devine que quelque chose a commencé à changer. Une nouvelle voie se dessine. Celle d’un chercheur de D.ieu, qui n’a jamais cessé de creuser, d’explorer, d’aspirer.
Son âme s’attacha à son âme
C’est à la toute fin du mois d’Elloul, dans le calme d’un Chabbat passé chez son oncle au moshav Beit Hilkia, que tout bascula. Ce week-end-là, l’Admour de Toldot Aharon y séjourne également. Une rencontre. Un frisson. Et une âme qui s’attache.
« Au lieu de rentrer à la maison, j’ai décidé de partir pour Roch Hachana dans la cour de Toldot Aharon. »
La décision provoque une onde de choc. À Bnei Brak, la consternation. Le nom de cette cour hassidique évoquait en Roumanie, pays d’origine du père, des souvenirs confus, voire critiques. « Mon père était persuadé que si je m’attachais à cette voie, je romprais tous liens familiaux. »
La réaction ne se fait pas attendre : dès la veille de Roch Hachana, son père monte en urgence à Jérusalem… et le ramène à la maison.
Mais quelque chose a changé. Dans le regard du jeune homme. Dans les silences du père.
« À travers les conversations de mes parents, j’ai compris qu’il n’était pas totalement en paix avec sa décision. À Roch Hachana, j’ai pleuré à chaudes larmes. Mon aspiration avait été stoppée net. »
Le cœur, lui, n’obéit pas toujours à la raison. En plein Hol Hamoed Souccot, sans dire un mot, Yekoutiel fait ses valises et retourne à Jérusalem. L’Admour l’accueille. Et très vite, il devient proche, très proche.
« Il pourvoyait à tous mes besoins – matériels comme spirituels. Chaque semaine, j’entrais chez lui pour lui demander conseil sur ma avodat Hachem. Il m’indiquait quels traits de caractère travailler, comment élever ma prière, et il me prescrivait un programme d’étude. Pas de simples commentaires sur la paracha – des textes profonds de Hassidout. »
Petit à petit, le disciple devient confident. Et même serviteur personnel. « Je l’accompagnais souvent dans ses promenades. En chemin, il me testait. Une fois, il s’est arrêté et m’a interrogé sur le sens littéral du chapitre 33 du Tanya, que j’avais appris par cœur. Ce n’était pas simple… »
L’Admour lui-même fréquentait alors le Rav Moché Yehouda Reichman, célèbre mashpia de la Yéchiva Torat Emet, pour parler de Hassidout en profondeur.
Les liens se resserrent. Les promenades de Chabbat deviennent des discussions à cœur ouvert, jusqu’à l’heure du tish.
Puis vint Pourim.
Le jeune homme franchit alors une étape visible : il revêt l’habit. Le kapote. Le shtreimel.
Il raconte, un sourire au coin des lèvres : « Avant même le tish, j’avais déjà acheté mon shtreimel. Je voulais ressembler à un membre à part entière du groupe. »
Au milieu du repas, il s’approche du Rabbi, humblement. « Je lui ai demandé la permission de changer ma tenue. Il m’a regardé avec bienveillance et m’a donné sa bénédiction. »
Je m’interromps. Ce changement si marqué – extérieur, manifeste – n’a-t-il pas dérangé son père ?
Le Rav répond calmement, sans hésiter :
« Mon père n’était pas du tout dérangé par ces choses. Une fois qu’il a vu que tout cela ne changeait en rien mon respect pour lui ni mon attachement à ma famille, il a levé toute opposition. »
Une question en chemin
Le temps passa, et le Rav Farkash fonda son foyer. Il épousa la fille du Rav Menahem Halevi Gruman, figure de proue de la cour de Toldot Aharon, et gendre du Tsadik Rav Amram Bloï, le célèbre leader de Neturei Karta. Ce mariage scella une alliance entre lignées spirituelles, entre rigueur et dévotion. Avec un sourire teinté d’humour, il raconte :
« Ce fameux Chabbat où j’ai été honoré de monter à la Torah – comme je l’ai raconté plus tôt – c’est mon futur beau-père, alors gabbaï, qui m’a appelé à monter. Plus tard, il m’a confié qu’il avait déjà alors porté son regard sur moi, et que j’avais trouvé grâce à ses yeux. »
Les premiers temps du mariage furent placés sous le signe de l’étude. Une plongée sérieuse et intense dans la Hala’ha. Aux côtés de son havrouta, le futur décisionnaire Rav Y. Yourovitch, il s’investit corps et âme.
« Nous n’étudiions pas pour une semikha (ordination rabbinique). Ce n’était pas l’objectif. Nous étudiions pour comprendre. Vraiment. »
Pendant trois ans, ils explorèrent les lois complexes de Nidda. Puis un an et demi à s’immerger dans les Issouré Bia (mélanges interdits), avec tous les commentaires classiques, et un enthousiasme qui ne faiblissait pas.
Un jour, un nom nouveau entra en scène : Eliyahou Amsel.
« Il m’attendait à la sortie de la maison d’étude. Il m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : “Voulez-vous étudier le Tanya ?” »
Sans hésitation, le Rav Farkash répondit : « Bien sûr. »
C’est ainsi qu’il fut introduit au Rav Asher Lemil Cohen, futur directeur de la Yéchiva Torat Emet, aujourd’hui Rav de la communauté Habad de Beitar Illit.
Les rencontres débutèrent dans la synagogue Habad de Méa Shéarim, avant de se déplacer chez le Rav Cohen, rue Bar Ilan.
« Je venais chaque vendredi soir, et nous étudiions jusqu’à tard dans la nuit. »
Mais cette immersion dans la Hassidout ne s’arrêta pas là. Très vite, le Rav Farkash invita son havrouta, le Rav Yourovitch, à rejoindre un cours donné par son oncle, le Rav Moché Weber – figure lumineuse de la vieille Jérusalem.
Tout semblait se dérouler harmonieusement. Mais une difficulté surgit.
L’étude du Tanya les mena aux concepts profonds du Tsimtsoum et du Kav. Ces notions, issues de la Kabbale lourianique, touchaient à l’essence même de la création. Trop abstraites pour certains, trop audacieuses pour d’autres.
« Mon havrouta fut profondément troublé. Il abandonna l’étude. Et moi aussi, j’en fus affecté. Je continuais… mais avec des hésitations. »
Un jour, alors qu’il déambulait dans une ruelle étroite de Méa Shéarim, le Rav Farkash croisa le regard du Hassid R. Avraham Eisenbach. Ancien étudiant de « 770 », il comptait parmi les « sept branches », ces jeunes prodiges que le monde de la Torah admirait.
Ils se connaissaient de loin, à travers les retransmissions téléphoniques des Farbrenguens du Rabbi dans la Yéchiva Torat Emet.
« Il me salua et me demanda franchement comment j’allais. Je lui ai parlé. De mes doutes. De ma confusion. Il me proposa de l’accompagner à la synagogue Habad toute proche. Pendant quatre heures, il m’a expliqué, ligne à ligne, les concepts qui m’avaient tant troublé. »
Ce moment fut déterminant. Il donna naissance à une étude régulière, fidèle, lumineuse.
« Chaque jour, après le kollel, je posais mon chapeau pour réserver ma place, et je courais à Méa Shéarim-Habad pour étudier avec lui. Je progressais. Lentement. Sûrement. »
Le cœur, cependant, restait partagé. Car son amour pour l’Admour de Toldot Aharon demeurait entier.
« Un jour, alors que j’étais malade, allongé, faible, la porte s’ouvrit : c’était l’Admour. Il était venu me voir. Il resta debout à mon chevet et me donna des directives pour guérir. »
Et puis vint cette entrevue. L’Admour le convoqua et lui posa une question directe :
— « Qu’en est-il de ces réflexions dont nous avons parlé ? »
Un silence. Une lutte intérieure. Puis le jeune homme répondit, d’une voix calme :
— « J’y ai longuement pensé… et je suis arrivé à la conclusion suivante : pourquoi m’attarder sur ces choses, alors que je peux prier, étudier, et vivre dans la sainteté et la pureté ? »
Un sourire apparut sur le visage de l’Admour.
— « C’est exactement ce que je t’ai toujours enseigné. »
Un royaume touche à l’autre
Le Rav Farkash évoque encore aujourd’hui cette première Yéhidout avec le Rabbi comme un moment suspendu dans le temps, une rencontre qui marque une vie.
« J’avais écrit une note, où j’exposais plusieurs questionnements intérieurs qui me rongeaient », se souvient-il. « Le Rabbi l’a lue attentivement, puis, relevant les yeux, a désigné l’une des questions : “Pourquoi avez-vous besoin de me le demander ? Demandez là-bas, à Toldot Aharon.” »
Le choc fut immédiat. Cette réponse, aussi brève que désarmante, le laissa sans voix.
« J’étais figé. Sur le moment, je n’ai pas pu dire un mot. Jusqu’à aujourd’hui, je ne comprends pas comment certains racontent avoir tenu de longs discours au Rabbi pendant une Yéhidout. Moi, je n’ai pas eu la force d’articuler un mot. »
À peine sorti du bureau du Rabbi, il s’assoit, saisit du papier et un stylo, et écrit :
“J’ai parcouru 9000 kilomètres pour entendre de la bouche sainte du Rabbi ce que je dois faire… et non pour être renvoyé à l’endroit d’où je suis venu.”
Mais cette lettre, il la termine différemment. Car ce qu’il écrit, au fond, n’est pas une demande, mais une déclaration : un attachement absolu.
“J’ai écrit une lettre d’attachement, de cœur et d’âme.”
La réponse du Rabbi ne tarda pas. Et elle comprenait des réponses claires aux deux questions essentielles qu’il avait posées. Le lien était scellé.
Ce séjour au 770, qui s’était étendu de la date hautement symbolique du 19 Kislev jusqu’à la fin de ‘Hanoucca, marque un tournant. Pour le Rav Farkash, il s’agissait bien plus qu’un voyage : c’était un passage. Une traversée spirituelle.
Et il était dans la nuée de nuage
Le Rav Farkash, un homme au charisme inaltérable, a souvent été un témoin privilégié des miracles qui se sont déroulés autour de lui, notamment ceux en lien avec l’intervention spirituelle du Rabbi de Loubavitch. Un moment gravé dans sa mémoire se passa lors d’une audience privée avec le Rabbi, alors qu’il était accompagné de sa fille, souffrant d’une maladie maligne. Le Rav raconte :
Le Rabbi lui a donné des bénédictions merveilleuses et lui a même remis deux billets de cinq livres israéliennes, un pour elle, en tant que femme allumant les bougies de Chabbat, et l’autre pour une autre fille qu’elle convaincrait de faire de même. Un geste symbolique qui marquait l’attachement spirituel du Rabbi à chacun de ses fidèles.
Mais le Rav Farkash, avec une émotion palpable dans la voix, ajoute : « Si seulement je pouvais inclure cette histoire dans le livre des miracles que j’ai vécus auprès du Rabbi… Mais elle est décédée. »
Cet événement tragique n’a pas diminué la foi profonde du Rav Farkash, bien au contraire. Un an après, il se rendit à nouveau chez le Rabbi, espérant recevoir une réponse pour sa fille. Il raconte ce moment intense avec une grande lucidité :
« Le Rabbi s’est mis à parcourir des yeux les papiers devant lui sans rien répondre. Lorsque j’ai insisté et supplié à nouveau, le Rabbi a appuyé sur le bouton sous la table. La porte s’est ouverte, et son secrétaire, Rav Leibel Groner, m’a fait sortir. »
Les yeux du Rav s’embuent alors qu’il raconte la suite : « D.ieu m’a fait miséricorde car cela n’a pas provoqué chez moi, même un instant, de doute ou de remise en question. Au contraire, j’ai compris dès ce moment que le Rabbi voyait ce que je ne pouvais pas voir. »
Après la mort de sa fille, un acte de gratitude, bien que teinté de douleur, se fit jour dans l’esprit du Rav Farkash. Il décida de rendre hommage à un médecin de l’hôpital Hadassah qui s’était dévoué corps et âme à sa fille. Ne pouvant lui offrir de compensation financière, il proposa une alternative spirituelle : « Je vous propose que nous étudiions quelque chose ensemble. » Le médecin, intrigué, accepta. Chaque semaine, le Rav Farkash venait lui enseigner le Tanya, ce texte fondamental du hassidisme.
Mais un jour, un événement étrange survint. Le Rav Farkash se rendit chez le médecin et trouva la maison plongée dans l’obscurité. Une inquiétude grandit en lui, et après quelques recherches, la vérité fut révélée : l’épouse du médecin souffrait d’une maladie rare et mystérieuse, provoquant des convulsions violentes à chaque sommeil.
Les médecins se retrouvèrent désemparés. Un professeur neurologue éminent, connu à l’hôpital Hadassah, tenta de diagnostiquer la maladie, mais sans succès.
Le Rav Farkash suggéra d’écrire au Rabbi. La réponse ne tarda pas : le Rabbi leur demanda de prendre sur eux le respect strict de la cacherout. Le médecin, qui se trouvait dans une situation désespérée, répondit : « Si le Rabbi m’avait dit de devenir pieuse, je n’aurais pas accepté. »
Ainsi, leur cuisine devint cachère, et la guérison de la femme fut spectaculaire et instantanée. Un véritable miracle aux yeux du Rav Farkash.
Cependant, comme dans toute histoire de foi, un nouveau défi apparut quelques années plus tard. Une grave maladie intestinale frappa l’épouse du médecin. Les médecins, une fois encore, ne purent apporter de solution. C’est alors que le Rav Farkash, avec son instinct affiné par des années de dévouement, s’adressa à son ami médecin avec urgence : « Pourquoi tergiversez-vous ? Vous savez parfaitement vers qui vous tourner dans ce genre de situation ! »
Sous son conseil, le médecin et sa femme écrivirent une nouvelle fois au Rabbi. La réponse fut claire et pleine de sagesse : « Que son épouse s’engage dans une action qui soit agréable au Ciel et bénéfique aux créatures. »
Le Rav Farkash, inspiré, fit un lien inattendu entre la famille du médecin et une autre famille dans le besoin : ils avaient besoin d’une poussette pour bébé. La malade, depuis son lit, contacta une voisine et lui suggéra d’offrir la poussette en signe de bonne action. Le miracle se produisit ce jour-là même. Sous les yeux émerveillés de sa famille, la femme fut miraculeusement guérie.
Ainsi, au fil des années, le Rav Farkash a été témoin de ces innombrables moments de grâce, des histoires qu’il n’oubliera jamais et qu’il transmet, pour le bénéfice de tous. Les miracles du Rabbi, en plus de leur puissance, ont toujours été portés par un message d’action concrète, de foi inébranlable et de dévouement envers les autres. C’est ce message qu’il a toujours cherché à transmettre à travers son propre exemple.
Le premier livre et l’influence du Rabbi
Le Rav Farkash est un auteur dont les ouvrages ont marqué d’une empreinte indélébile le monde de la halakha et au-delà. Son premier livre, Mahshevet HaTaharah (Pensée de Pureté), est devenu incontournable dans chaque foyer juif. À sa sortie, cet ouvrage bouleversa l’approche traditionnelle des lois de la pureté familiale et de la spiritualité dans le judaïsme.
Lorsqu’il envoya une copie de ce livre au Rabbi, une réponse marquante ne tarda pas à arriver. Le Rabbi, dans son geste généreux, envoya un billet de cent dollars accompagné d’une note manuscrite : « Ci-joint cent dollars de participation aux frais d’impression ». Puis, ajouta-t-il, de sa main sainte : « Cela procure une véritable satisfaction spirituelle ». Ce soutien spirituel et financier du Rabbi conférait à l’ouvrage une valeur particulière, qu’il n’était pas question d’ignorer.
Le Rav Farkash, honoré par cette bénédiction, se rendit lui-même à New York pour offrir un exemplaire du livre au Rabbi, par l’intermédiaire de son secrétariat. Quand la réponse du Rabbi fut publiée, la nouvelle se répandit rapidement. Le texte de la lettre fut affiché dans la librairie de Crown Heights, et en un temps record, tous les exemplaires du livre furent vendus, confirmant son impact immédiat et durable sur le monde juif.
Fort de ce succès, le Rav Farkash se lança dans la rédaction de son prochain ouvrage. Son idée initiale était d’écrire un livre sur les lois de Chabbat, un sujet fondamental et régulièrement exploré dans la littérature juive. Cependant, avant de se lancer, il décida de consulter le Rabbi sur cette question. La réponse du Rabbi fut empreinte de sagesse : plusieurs ouvrages avaient déjà été rédigés sur ce sujet, et il serait plus pertinent de traiter un domaine encore peu exploré. Le Rabbi lui conseilla de consulter des « amis qui ne sont pas concernés par le sujet », une directive qui semble simple mais qui cache une profondeur exceptionnelle. Le Rav Farkash comprend qu’une telle consultation lui permettrait d’obtenir des perspectives nouvelles et d’éviter de s’enfermer dans les préoccupations des spécialistes du domaine.
La première personne qu’il consulta fut l’Admour de Biala, qui vivait à proximité de sa maison d’étude. Après avoir discuté avec lui, l’Admour de Biala lui suggéra de publier un ouvrage sur les lois de Hol HaMoed (les jours intermédiaires des fêtes). À peine avait-il quitté cette rencontre que, dans la rue, il croisa un hassid de Gour. Intrigué, il lui posa la même question et, à sa grande surprise, celui-ci répondit exactement de la même manière, suggérant également de publier un livre sur Hol HaMoed. Ce double conseil le convainquit.
Il se mit alors à travailler sans relâche sur le livre Hol HaMoed Kahalacha (Les jours intermédiaires des fêtes selon la halakha), qui, aujourd’hui encore, est une référence essentielle dans l’étude des lois des jours intermédiaires des fêtes. Ce travail méticuleux reçut de nombreuses approbations, dont celle du « Minchat Itshak », un membre éminent du Beit Din de l’Edah Haredit de l’époque. Dans sa lettre d’approbation, il souligna que depuis des années, il attendait qu’un ouvrage de ce genre soit écrit, un livre qui expliquerait clairement au peuple de D.ieu comment se comporter pendant Hol HaMoed. Il ajouta : « Mon cœur se brise quand je vois comment les gens se comportent pendant ces jours comme s’il s’agissait de jours ordinaires. »
Ce soutien prestigieux et la reconnaissance qui en découla témoignent de l’importance de l’ouvrage du Rav Farkash dans le monde halakhique. La rigueur et la profondeur de ses recherches ont permis de combler un vide dans l’étude des lois du judaïsme, tout en inscrivant le Rav Farkash comme une figure incontournable dans l’univers de la halakha. Ses travaux continuent d’inspirer et de guider de nombreuses générations de Juifs, aujourd’hui comme hier.
Les opportunités et les conseils du Rabbi
Le Rav Farkash, tout en évoquant l’enthousiasme du Minchat Itshak à propos de son ouvrage Hol HaMoed Kahalacha, semble suggérer qu’il y avait une dimension cachée à cette approbation. Selon lui, cette reconnaissance n’était pas seulement liée à la qualité de l’ouvrage, mais aussi à des événements antérieurs qui auraient joué un rôle dans la relation avec le Minchat Itshak.
Le Rav Farkash revient sur un épisode marquant de sa vie : la proposition, plusieurs années auparavant, d’être nommé rabbin de la ville de Beitar, ainsi que la possibilité de devenir décisionnaire rabbinique pour la Edah Haredit. Bien que des efforts aient été déployés, notamment par le militant hassidique Rav Shmuel Freiman, pour le voir occuper ce poste, la nomination ne s’était pas concrétisée. En réalité, le Rav Farkash avait expressément écrit au Rabbi qu’il n’acceptait pas cette proposition, estimant que cela imposerait à sa famille et à lui-même des obligations trop contraignantes, en raison des règles strictes que l’on attendait d’un rabbin dans un tel rôle. À sa grande surprise, le Rabbi lui répondit : « Encourager les efforts en ce sens. » Cependant, cette démarche n’a pas abouti.
Le Rav Farkash a appris plus tard, après le décès du Minchat Itshak, que ce dernier avait souhaité voir cette nomination se concrétiser, mais que des obstacles avaient été placés sur son chemin par certains militants. Il interprète cette situation comme un signe de l’appréciation du Grand Rabbin envers lui. Le livre qu’il avait envoyé aurait servi de levée symbolique de cette dette, une forme de reconnaissance silencieuse.
Ce soutien spirituel allait au-delà des mots. Le Rav Farkash découvre en effet, par plusieurs témoignages, que le Rabbi lui-même étudiait son livre à chaque grande fête juive. Un événement marquant en témoigne : le fils de l’assistant personnel du Rabbi, le hassid R. Berel Junik, avait discrètement fait entrer le fils aîné du Rav Farkash dans la souccah du Rabbi pendant la fête de Souccot, où il avait vu sur la table trois livres : un ouvrage du Rambam, les Likoutei Sichot et, à la grande surprise de l’enfant, Hol HaMoed Kahalacha.
Un autre témoignage émouvant provient de R. Chaim Shaul Brook, directeur du comité des écrits saints, qui se rappelle d’une nuit particulière où, en tant que gardien du Rabbi, il vit ce dernier sortir de la souccah adjacente à son bureau, en pleine nuit de Chabbat de Hol HaMoed Souccot. Le Rabbi portait dans sa main le livre Hol HaMoed Kahalacha. Ce geste, silencieux mais puissant, montre l’importance que le Rabbi accordait à cet ouvrage.
Le Rav Farkash fut également frappé par une révélation plus tardive, lorsqu’il rencontra le Rav Chaim Yehuda Krinsky, secrétaire du Rabbi après le 3 Tamouz (le décès du Rabbi). Ce dernier lui confia que, chaque année, avant Pessah et avant Souccot, le Rabbi demandait qu’on lui apporte de la bibliothèque son livre Hol HaMoed Kahalacha. Ce geste de la part du Rabbi n’était pas simplement une reconnaissance de la qualité du travail, mais une validation profonde de l’importance spirituelle de cet ouvrage dans la vie quotidienne du hassid.
Ces témoignages, recueillis au fil du temps, montrent à quel point le Rabbi portait une attention particulière aux écrits du Rav Farkash, les intégrant dans ses propres études spirituelles et démontrant ainsi la portée spirituelle de ses œuvres. Ces événements reflètent non seulement la profonde humilité du Rav Farkash, mais aussi la confirmation que son travail et sa contribution à la halakha n’étaient pas seulement appréciés, mais qu’ils étaient également soutenus et adoptés par le Rabbi lui-même.
La bouche du juste médite la sagesse
Le Rav Farkash se souvient avec émotion d’une proposition qui aurait pu changer le cours de sa vie : un poste de directeur à la Yeshiva Loubavitch de Montréal. L’idée de déménager semblait séduisante à première vue, et dans un élan d’enthousiasme, il écrivit au Rabbi, s’imaginant qu’une nouvelle porte s’ouvrirait devant lui. Mais la réponse du Rabbi fut d’une clarté frappante. « Pourquoi déménagerait-il de la Terre Sainte ?! » lui écrivit-il, ajoutant que le Rav Farkash réussissait déjà en Terre Sainte et qu’il mentionnerait son nom au Ohel, la tombe du Rabbi précédent. Ce message, pour le Rav Farkash, fut un tournant décisif. « Je me sentais comme un enfant qui se tient à un immense passage piéton devant un carrefour gigantesque et bruyant », confie-t-il. « Et voilà que le Rabbi vient, lui tend la main et l’aide à traverser la rue. »
Cette réponse eut un impact profond sur lui, apaisant ses inquiétudes et orientant ses pas dans une direction spirituellement plus alignée avec sa mission. Quelques temps après, une nouvelle proposition fut faite, cette fois pour diriger un autre centre d’étude, qui allait devenir le Centre Gutnick. Ce centre accueillait des jeunes prodiges parmi les immigrants de l’ex-Union soviétique, et le Rav Farkash devint pour eux un père spirituel, guidant ces jeunes âmes vers la lumière de la Torah.
Un autre moment marquant de son parcours fut la bénédiction du Rabbi lors de la remise de l’édition anglaise de son ouvrage Mahshevet HaTaharah par ses fils. Le Rabbi, qui feuilleta le livre avec attention, demanda à son secrétaire Rav Groner des précisions sur le lien entre le Rav Farkash et la langue anglaise. Lors de cette même rencontre, le fils aîné du Rav, le hassid R. Velvel, demanda une bénédiction pour que son père n’ait plus de soucis financiers. Le Rabbi répondit avec étonnement : « Des soucis ?! Les soucis ne font que gâcher les choses! Qu’il ait plus de confiance et moins de soucis, et ainsi le Tout-Puissant l’aidera. »
Les encouragements reçus au fil des années furent innombrables. Certains, pourtant, ne lui furent révélés que plus tard, après des périodes de lumière et de bénédiction. Par exemple, un souvenir qu’il chérit profondément : la cérémonie de distribution du Kos Chel Braha, la coupe de bénédiction, au cours de laquelle le Rabbi lui remit une bouteille de mashke. Lorsqu’il écouta un enregistrement de ce moment, il entendit la voix du Rabbi, disant : « Far di sforim » (C’est pour les livres). Cette phrase, prononcée de manière discrète, résonna profondément en lui, comme une marque de bénédiction divine sur son travail d’écrivain et d’enseignant.
Ce souvenir fortuit raviva en lui une nouvelle énergie et l’inspira à poursuivre son travail. Aujourd’hui, alors qu’il finalise le dernier chapitre de son ouvrage Chabbat Kahalacha, il se rappelle ce geste du Rabbi comme une source inépuisable de lumière et de force spirituelle, lui donnant la détermination de mener à bien sa mission.
Ce témoignage démontre à quel point les bénédictions et les encouragements du Rabbi ont accompagné le Rav Farkash tout au long de sa vie, renforçant sa foi et son engagement dans la Torah.
« שַׁמַּאי אוֹמֵר: עֲשֵׂה תוֹרָתְךָ קֶבַע, אֱמֹר מְעַט וַעֲשֵׂה הַרְבֵּה, וֶהֱוֵי מְקַבֵּל אֶת כָּל הָאָדָם בְּסֵבֶר פָּנִים יָפוֹת. »
« Fais de l’étude de la Torah ton occupation principale, parle peu et agis beaucoup, et accueille tout homme avec un visage avenant. »
A. Le lien des paroles de Shammaï avec « les pratiques de piété »
« Shammaï dit : Fais de l’étude de la Torah ton occupation principale, parle peu et agis beaucoup, et accueille tout homme avec un visage avenant. »
L’interprétation simple des trois parties de notre Michna (selon les commentateurs) est la suivante : « Fais de l’étude de la Torah ton occupation principale » – l’essentiel de ton occupation durant le jour et la nuit doit être l’étude de la Torah, et lorsque tu es fatigué par l’étude, fais un travail afin que l’essentiel de ton occupation ne soit pas le travail, comme l’ont dit nos Sages : « Fais de ta Torah l’essentiel et de ton travail l’accessoire » ; « Parle peu et agis beaucoup » – c’est-à-dire « promets peu et donne davantage », comme nous le voyons avec Abraham qui a d’abord dit « je vais chercher une miche de pain » et à la fin « il prit un veau tendre et bon » ; « Accueille tout homme avec un visage avenant » – c’est-à-dire « lorsque tu reçois des gens chez toi, ne leur montre pas un visage sévère ».
Selon cette explication, on peut se demander : le traité Avot parle de « pratiques de piété » (c’est-à-dire uniquement de comportements concernant la piété), comme disent nos Sages « celui qui veut être pieux doit respecter les enseignements d’Avot » (B.K. 30a, selon l’opinion de R.Y.) – c’est-à-dire que ce sont des comportements qu’un juif n’est pas obligé d’adopter selon la loi stricte, mais qu’il doit faire « au-delà de la lettre de la loi », par piété (Voir Rambam, Lois des opinions, ch. 1, par. 5. Continuation du Taratz, partie 2, p. 673. L’expression « il le brûle pieux » est connue des Sages (Nidda 17a et Tosafot ibid.) concernant quelqu’un qui se fait du mal – voir Likoutei Sihot, partie 1, p. 258a). Cependant, les trois sujets mentionnés ne semblent pas être à première vue des « pratiques de piété » – l’obligation qu’ils imposent peut être comprise d’elle-même, ou peut être déduite d’autres commandements de la Torah et de la halakha :
a) « Fais de l’étude de la Torah ton occupation principale » – une expression identique se trouve dans les obligations mentionnées par nos Sages et qui ont été codifiées dans la halakha : « Fais de ta Torah l’essentiel et de ton travail l’accessoire » (Rambam, Lois de l’étude de la Torah, ch. 3, par. 7. Choulhan Aroukh (et Admour Hazaken), Orah Haïm, section 156. Lois de l’étude de la Torah d’Admour Hazaken, ch. 3, par. 2. Et dans d’autres endroits) (et si tel est le cas, quelle est la nouveauté ici en matière de piété ?). De même, nous trouvons de nombreux exemples (Voir aussi Kotz de Admour Hazaken, à la fin).
b) « Parle peu » – c’est un commandement de la Torah : « Ne profane pas ta parole » (Matot 30:3), et ce commandement oblige à un comportement de « parle peu » – l’homme doit faire attention à sa parole et ne pas promettre avec certitude quelque chose qu’il n’est pas absolument sûr de pouvoir accomplir (Voir à ce sujet que nous avons été commandés (Kedoshim 19:36) d’avoir des mesures justes, que oui soit oui et que non soit non (B.M. 49a. Voir Choulhan Aroukh Admour Hazaken, Orah Haïm, section 156, par. 2 et les références qui y sont faites)), pour ne pas risquer de transgresser l’interdiction « ne profane pas ta parole » (Voir Nedarim 22a, 77b, et Choulhan Aroukh Yoreh Déah, section 203). Et aussi à la fin de ce verset « ne profane pas ta parole » (Voir aussi Kohélet (5:1) : « Que tes paroles soient peu nombreuses » et les commentateurs à cet endroit).
« Agis beaucoup » – il ne semble pas y avoir ici de nouveauté particulière du point de vue de la piété (Bien qu’on puisse interpréter que la nouveauté est seulement dans « parle peu », que sa parole soit toujours peu par rapport à ses actes. De plus : il faut que chaque homme etc. pèse et examine en lui-même s’il est un serviteur de D.ieu comparé à un combattant courageux etc. dans la catégorie « fais le bien » etc. beaucoup plus que son désir et sa volonté selon sa nature et ses habitudes etc. (voir Tanya ch. 31)).
c) De même, à la fin de la Michna : « Accueille tout homme avec un visage avenant » – il semble que ce comportement est requis par « Tu feras ce qui est bien et droit », un principe de base de la civilité (D’autant plus que d’après « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Kedoshim 19:18), et particulièrement être accueillant avec un visage avenant est moins qu’accueillir avec joie (voir Pirké Moshe ch. 3, Michna 12)) et plus encore – par le commandement « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (ce que tu n’aimes pas pour toi, ne le fais pas à ton prochain (voir Shabbat 31a, et dans un endroit dans le Bahag)), et pas nécessairement du point de vue de la piété (De plus, c’est inclus dans le commandement d’hospitalité selon (Baal HaArokh et autres), qui est une mitzva proprement dite, car (le Baal HaArokh lui-même dit) qu’accueillir avec un visage sévère et baissé, c’est comme si on ne donnait rien du tout. De même concernant la tzedaka, quand on la donne avec visage avenant etc., on préserve son mérite et perd son démérite (Rambam, Lois des dons aux pauvres, ch. 10, par. 4)).
B. Questions supplémentaires dans la Michna
Il faut aussi comprendre (plusieurs autres détails) dans la Michna :
a) Du fait que les trois parties ont été dites ensemble dans le même enseignement – car certainement Shammaï a dit de nombreux autres enseignements sur le comportement humain, et seuls ces trois ont été rapportés comme un seul bloc – cela suggère qu’il existe un lien et une connexion entre leur contenu. Quelle est cette connexion?
b) Pourquoi n’a-t-on pas inclus ici (dans l’enseignement) la conclusion « et ton travail accessoire », par analogie avec « et ton travail accessoire » qui est mentionné dans d’autres enseignements de nos Sages (qui ont été évoqués plus haut)?
c) Comme on l’a souvent dit, il existe aussi une relation entre (le nom de) l’auteur de l’enseignement et son contenu, ce qui ajoute compréhension et emphase au sujet traité dans l’enseignement – en quoi ces trois sujets sont-ils mieux expliqués par le fait que c’est « Shammaï » qui les a dits?
C. La possibilité d’interpréter autrement les « Avot de Rabbi Nathan »
C’est ici l’occasion de faire remarquer : Bien que la source de l’interprétation de la Michna – qui a été présentée ci-dessus au paragraphe A – se trouve dans les « Avot de Rabbi Nathan » (ch. 2), il y a néanmoins lieu de proposer à la Michna une interprétation supplémentaire et différente ; comme nous le trouvons dans de nombreuses Michnas du traité Avot, plusieurs interprétations très différentes données par les grands d’Israël (comme Rachi, Rambam, Mahzor Vitry, etc., jusqu’aux derniers des derniers), qui interprètent différemment (et même de façon opposée) l’interprétation donnée dans les « Avot de Rabbi Nathan », et qui ont également encouragé leurs disciples à approfondir et à innover en ce sens – à condition, bien sûr, que l’innovation soit conforme aux principes essentiels et absolus et aux méthodes d’étude de la Torah, avec beaucoup de prudence et une véritable crainte respectueuse des grands de la Torah – (et naturellement) « ne pas décider » (et « n’acceptez pas mon opinion »), grande prudence de ne pas révéler dans la Torah des aspects qui ne sont pas conformes à la halakha et au jugement, etc.
La chose est semblable aux nombreuses interprétations (dont certaines sont aussi opposées) de la Torah écrite, qui sont toutes incluses dans la définition « des bavardages élégants de Torah » (et correspondant à la définition « soixante-dix facettes à la Torah ») ; et particulièrement puisqu’il y a une obligation d' »ajouter à la Torah » – d’innover dans la Torah autant que possible [et spécialement si selon l’interprétation précédente on rencontre une difficulté chez celui qui étudie – il doit certainement s’efforcer, autant que son intelligence le permet, d’interpréter d’une manière qui résoudra les difficultés, etc., car sans cela il lui manquera la compréhension des choses – et la compréhension est une condition nécessaire à l’étude de la Torah orale].
D. « Fais de ta Torah » – par rapport au travail et à la bienfaisance
Et voici une explication possible à ce sujet :
La Michna (celle de Shammaï) vient à la suite de la Michna au début du chapitre « Le monde repose sur trois choses : sur la Torah, sur le service [divin] et sur les actes de bienfaisance », c’est-à-dire qu’il y a trois piliers, chacun d’eux étant un « pilier » qui soutient le monde. Par conséquent, lorsqu’un homme n’a pas la capacité de s’occuper de tout son cœur et de toute son âme, et avec la même intensité, des trois piliers ensemble, il doit choisir au moins l’un des « piliers » (parmi les trois), dans lequel il investira l’essentiel (La notion de « l’essentiel » ne contredit pas ce qu’on a dit dans le Zohar (voir Zohar, vol. 1, p. 27b, vol. 3, p. 32a, 216a, 223a. Bemidbar Rabba ch. 13, 16. Et comme l’a dit l’Arizal (Shaar Hagilgulim, introduction 17. Et ainsi plusieurs fois dans les écrits du Arizal sur les unifications concernant les tombes des justes, introduction 3 (p. 108b). Voir Likutei Torah, Berakha, p. 94a)), que « l’étude est plus grande » ou « l’action est plus grande » (Kidouchin 40b. Et dans plusieurs endroits) de son existence et de son occupation, les deux autres ayant une importance secondaire (à moins qu’il ne s’agisse d’une question où le temps est déterminant, etc., comme expliqué dans le Choulhan Aroukh, etc.).
C’est en relation à cela que Shammaï dit – conformément à la voie des « pratiques de piété » : « Fais de l’étude de la Torah ton occupation principale » (D’après la Nahalat Avot ici (de même dans les Pirké Mosé de Rambam Alchekh) : « Du fait que les trois piliers qu’a mentionnés Shimon le Juste, Hillel a fait de la Torah l’essentiel etc., et Shammaï a fait l’essentiel des actions, pensant que l’étude est pour l’action etc. (c’est pourquoi il a dit lui-même ‘fais de ta Torah une chose fixe etc.’, pour signaler que l’essentiel est dans l’action et non dans l’étude, etc.) ». Mais il est difficile d’interpréter que la vision de Shammaï était que l’essentiel (fixe) est l’action. Et notons que selon l’interprétation donnée dans le texte (précisément) cela s’accorde avec ce qui est écrit à plusieurs endroits (voir mention d’Admour Hazaken, Tora Or, Vaethanan, p. 50 et suivantes, etc.)) – parmi les trois piliers, il faut choisir la voie de la Torah. Ce qui implique que « ton travail soit accessoire » – parce que l’essentiel doit être l’étude de la Torah, et « ton travail accessoire » n’est pas mentionné ici – car l’intention n’est pas de nier que le « travail » soit « accessoire », mais de souligner et de distinguer le « fixe » de la Torah par rapport aux piliers du « travail » et des « actes de bienfaisance ».
En cela on comprend pourquoi il ne conclut pas – à la suite de l’enseignement « fais de ta Torah une chose fixe » – « et ton travail accessoire » – car l’enseignement vise non pas à nier que le « travail » doive être « accessoire », mais à mettre en valeur le caractère « fixe » de la Torah par rapport aux autres piliers, « le travail » et « les actes de bienfaisance ».
E. Peu de décisions halakhiques, beaucoup d’actions personnelles
Après l’instruction selon laquelle le pilier de la Torah doit être l’essentiel parmi les trois piliers – « fais de ta Torah une chose fixe », Shammaï poursuit en précisant de quelle manière doit être principalement l’étude de la Torah :
Puisque nos Sages ont dit « L’étude est grande car elle conduit à l’action », on pourrait en déduire qu’il faut s’occuper uniquement de l’étude des « extraits qui aboutissent à des décisions halakhiques », c’est-à-dire des sujets qui concernent exclusivement la décision de la loi pratique dans le but précis d’être un décisionnaire en Israël –
C’est pourquoi Shammaï continue immédiatement en clarifiant : « Parle peu » : l’occupation avec la Torah, dans le domaine de « décider des lois », doit être « peu » – l’homme doit faire attention à sa parole pour ne pas décider avec certitude quelque chose dont il n’est pas absolument sûr (Comparer aux nombreux dictons des Sages (Shabbat 114a, Taanit 10b) sur celui qui est un érudit de la Torah, etc., qui examine une chose de halakha, etc. et affirme. Voir Nahalat Avot : car « parler peu » est une expression qui s’applique à l’étude, etc. Mais de ce qu’il a choisi le terme « parler peu » et non « étudier », etc., il est clair que son intention n’est pas d’exclure l’étude elle-même, mais la question du « parler » dans l’étude, c’est-à-dire la décision et l’enseignement à autrui, voir Rashi sur Berakhot 6b.) qu’il peut accomplir sa parole, pour ne pas trébucher dans la faute de « ne profane pas ta parole » (Voir Nedarim 22a, 77b, Shoulhan Aroukh Yoreh Déah, section 203). Et aussi à la fin de ce passage « ne profane pas ta parole » (Voir aussi Kohelet 5:1) : « Que tes paroles soient peu nombreuses » et les commentateurs à cet endroit).
« Agis beaucoup » : même si l’essentiel et la majorité de l’étude doivent être dans l’étude de la Torah pour elle-même, jusqu’au niveau d’étude appelé « qu’il grandisse la Torah et la glorifie » (Yeshaya 42:21, Houlin 66b), « recherche et reçois une récompense » (Sota 44a et autres endroits).
F. Rejet de « l’isolement » de celui qui étudie la Torah
Puisque c’est ainsi, quelqu’un pourrait se tromper à l’autre extrême : étant donné que selon Shammaï, un juif doit principalement se consacrer à l’étude de la Torah pour elle-même, en y accordant une importance « fixe », et « parler peu » – ne rendre des décisions de loi qu’avec parcimonie, il pourrait donc penser que l’étude de la Torah (et la manière de « parler peu ») exigent précisément un comportement d’isolement et de séparation des autres, comme on peut se séparer de la société.
Par conséquent, dans la troisième partie de son enseignement, Shammaï vient nier cela : « Accueille tout homme avec un visage avenant » – même si l’essentiel de ton occupation est l’étude de la Torah d’une manière de « parle peu », cela ne doit pas t’empêcher d’accueillir tout homme, sans distinction, avec un visage avenant. C’est-à-dire, même une personne dont la connaissance et la fréquentation ne t’apporteront aucun bénéfice pour tes affaires (pas seulement dans le domaine de l’étude de la Torah, mais même pas dans le domaine des actes de bienfaisance, etc.), malgré cela, tu dois l’accueillir non pas juste de manière formelle, avec un « visage avenant », pour que la personne voie et sente que tu l’accueilles et t’occupes d’elle avec joie et dévouement.
G. La capacité d’accomplir les trois enseignements, grâce à « Shammaï »
À la lumière de l’explication précédente, une question se pose : comment peut-on réaliser simultanément toutes ces directives, qui constituent une contradiction l’une pour l’autre? D’une part, un comportement de « fais de ta Torah une chose fixe » dont l’essentiel est la compréhension et l’étude de la Torah d’une manière de « parle peu » – et d’autre part : « agis beaucoup » – augmenter l’accomplissement des commandements et encore plus avec beaucoup d’enthousiasme et de ferveur ; et en plus de tout cela – l’exigence « accueille tout homme avec un visage avenant », qui constitue une contradiction encore plus flagrante : alors que la réussite dans « fais de ta Torah une chose fixe » vient précisément par l’isolement, il faut néanmoins s’occuper non seulement des actions des commandements avec abondance, mais aussi avec autrui. Comment peut-on surmonter toutes ces contradictions?
C’est pourquoi la Michna précise et informe que l’auteur de l’enseignement est « Shammaï » : c’est par « Shammaï » (le contenu suggéré par le nom) qu’il est possible de réaliser tous les trois enseignements.
À propos (du nom) « Shammaï », il est dit dans le Likutei Torah que « c’est pourquoi Shammaï est appelé ainsi », parce que les Sages ont dit sur le verset « et là est le chemin », c’est-à-dire que « chaque nom – Dieu évalue ses voies » – et le nom « Shammaï » (qui dérive de l’expression « il évalue ses voies ») – enseigne et indique qu’un juif doit évaluer et mesurer ses voies, son temps et les forces qui lui ont été données.
Et lorsqu’il évaluera et mesurera les forces qui lui ont été données d’en haut, il trouvera qu’il a la capacité d’accomplir le service dans les trois domaines mentionnés plus haut (et particulièrement au moment fixé pour l’étude des Pirké Avot, où des forces spéciales sont données pour accomplir avec succès toutes les directives (des pratiques de piété) qui ont été écrites dans les Pirké Avot) ; et lorsqu’il évaluera et mesurera bien le temps à sa disposition, il verra qu’il est possible de répartir le temps de manière à avoir suffisamment de temps pour s’occuper de chacun des trois enseignements mentionnés plus haut.
H. Dans toutes les directives – un objectif en soi
Et on peut expliquer plus profondément et plus intérieurement le rapport des trois directives mentionnées plus haut au maître de l’enseignement, « Shammaï »,
En préambule, dans les trois directives, il y a un dénominateur commun :
Dans le premier sujet, l’essentiel du « fixe » doit être d’étudier la Torah d’une manière de « pour elle-même » – c’est-à-dire une étude non pas pour « atteindre un autre objectif » (même pas pour accomplir les commandements), mais uniquement pour la Torah elle-même.
De même, dans la seconde directive « agis beaucoup », qui montre que même lorsque sa Torah est « fixe » et « parle peu », il doit augmenter l’accomplissement des commandements (selon les paroles de nos Sages « garde-toi de toute parole mauvaise »), elle démontre que son accomplissement des commandements n’est pas pour la Torah (afin que sa Torah soit « comme il faut »), mais uniquement parce que « Il nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné » (même si sa Torah n’en tirera pas d’avantage (pour qu’elle soit « fixe »)).
De façon similaire, la troisième directive « accueille tout homme avec un visage avenant », qui se rapporte comme expliqué, même à quelqu’un dont il ne tirera aucun bénéfice, même pas la possibilité d’accomplir le commandement de bienfaisance, parce que l’autre ne nécessite aucune faveur de sa part (et dans le cas où l’autre aurait besoin d’une certaine faveur (ne serait-ce que pour l’encourager dans sa déprime spirituelle – par le simple fait de l’accueillir avec un visage avenant, etc.), il est possible que l’homme le fasse pour son propre bénéfice, car il accomplit ainsi le commandement de bienfaisance, etc.), il ressort donc que la directive est d’accueillir tout juif avec un visage avenant – uniquement parce que c’est une mesure de piété.
Et dans le point commun – qu’il s’agisse de l’étude de la Torah ou de l’accomplissement des commandements ou de l’accueil de chaque personne, quand chacun d’eux constitue un objectif et une finalité en soi (et non comme un moyen pour une finalité qui se réalise dans une autre chose) – s’exprime « Israël, la Torah et le Saint, béni soit-Il, ne font qu’un », de sorte que, tout comme on ne peut pas dire que le Saint, béni soit-Il, est un « moyen » pour quelque chose d’autre, de même, on ne peut pas dire cela à propos de Sa Torah et de Ses commandements (et à propos des comportements des enfants) d’Israël.
I. L’accomplissement des paroles de Shammaï – un avant-goût du futur
Ce concept – que la Torah et les commandements d’Israël ne font qu’un avec le Saint, béni soit-Il – sera visible manifestement dans le futur, lorsque la vérité de chaque chose sera révélée, mais dans le temps présent, elle est cachée dans le service de chacun, et c’est pourquoi il existe (et doivent exister) différentes catégories parmi le peuple d’Israël : certains dont l’occupation principale est la Torah – et les commandements et « le peu de leurs jours » est dans les actes de bienfaisance, ou comme il est dit « tout celui qui n’a que la Torah », etc. ; et certains « travailleurs vertueux » – dont l’essentiel est de faire du monde une demeure pour Lui, béni soit-Il, par l’accomplissement des commandements, et tandis que (l’obligation de) l’étude de la Torah est pour eux peu ou juste assez pour qu’ils puissent accomplir les commandements correctement (et de même, il existe cette différence (si l’essentiel est la Torah ou les commandements), entre les différentes générations).
Voilà le lien du maître de l’enseignement « Shammaï » avec les trois directives mentionnées plus haut :
Il est connu que les paroles de l’Arizal, qu’à l’avenir la loi sera comme la maison de Shammaï, c’est-à-dire : la directive des trois sujets mentionnés plus haut est liée principalement à la révélation de la vérité de chaque chose dans le futur.
Et puisque toutes les révélations du futur dépendent de nos actions et de notre service pendant toute la durée de l’exil, et qu’il y a en eux un avant-goût de la révélation future, il est donc évident qu’en pratique dans le temps présent aussi, chaque homme doit avoir en lui l’accomplissement des trois directives, « Shammaï », et par conséquent, il évaluera et mesurera ses forces, sachant qu’il a une attribution de force spéciale pour les accomplir tous.
« Selon la mesure avec laquelle l’homme mesure, on mesure pour lui », par le fait qu’un juif accomplit jusqu’à sa conclusion le commandement de la Michna – « accueille tout homme avec un visage avenant » – il mérite qu’on lui montre d’en haut un « visage avenant », « la lumière de la face du roi », « des visages radieux », jusqu’à la vie éternelle qui sera dans le futur proche, à l’époque de la résurrection des morts, où « tout Israël a une part au monde à venir ».
Un zoo historique et record mondial
Le zoo de Moscou est connu des millions d’habitants de la ville, qui le croisent en passant par le « Koltso » – la ceinture routière intermédiaire de la ville. Depuis sa création il y a environ deux cents ans, ce zoo n’a cessé d’être entretenu et développé, des tsars jusqu’aux dirigeants communistes. Aujourd’hui, il est reconnu comme l’un des zoos les plus anciens au monde et a été distingué cette année comme détenteur du record mondial avec ses 1 253 espèces animales, incluant des spécimens parmi les plus rares.
Une scène inattendue au cœur de la nature
Des milliers de passants qui se promenaient pour leur plaisir dans le célèbre zoo de Moscou ont frotté leurs yeux devant cette scène inhabituelle : face à eux se tenait un grand groupe d’enfants portant des papillotes et des kippas, disposés en demi-cercle près d’un arbre fruitier dont les bourgeons commençaient à éclore et dont les branches ombrageaient les têtes des enfants. Ces derniers étaient excités de voir les rayons du soleil apparaître ce jour-là, après plusieurs semaines de neige tombées en Russie au début du mois printanier.
Tradition et fierté juive au mois de Nissan
Chaque année, au mois de Nissan, les enfants de la synagogue centrale « Marina Roscha » sont invités à participer à la cérémonie de la bénédiction des arbres, organisée par les dévoués responsables communautaires. Ces derniers proposent tout au long de l’année des programmes spéciaux pour les enfants, afin de leur faire aimer la prière collective avec des réponses « Amen » à voix haute, la récitation commune des Psaumes et la participation au programme d’étude « Pères et Fils ». À chaque occasion appropriée, ils organisent des fêtes et des événements pour encourager les enfants, notamment pendant les jours intermédiaires de la fête de Pessah.
Ces événements se tiennent dans des lieux attrayants. Cette année, les responsables ont repéré des arbres fruitiers dans le grand zoo de la ville. La joie des enfants et de leurs parents s’est exprimée par une forte participation, les pères et les fils se tenant ensemble avec une fierté juive manifeste, célébrant ouvertement une coutume d’Israël.
L’enseignement hassidique des merveilles de la création
La cérémonie a débuté par les paroles d’un invité de Jérusalem, l’éducateur Rav Efraïm Fishel Koenig, qui a expliqué avec finesse, selon les enseignements de la Hassidout, la différence entre « combien nombreux sont Tes actes » et « combien grands sont Tes actes », soulignant que les merveilles de la création se manifestent tant en quantité qu’en qualité.
Les enfants au centre de la célébration
Accompagnés des éducateurs Rav Menahem Mendel Markovitch et Rav Avraham Zaks, les enfants ont récité des chapitres des Psaumes et mémorisé les douze versets, comme l’avait instauré le Rav lors de chaque rassemblement d’enfants. Ensuite, ils ont accueilli le délégué et le grand rabbin Rav Lazar. Dans son discours, ce dernier a salué l’organisation réussie de cet événement, où des dizaines d’enfants se tenaient dans la fraternité et l’amitié, leurs visages rayonnants témoignant qu’ils étaient « la semence bénie de D.ieu ».
La signification profonde de la bénédiction au mois de Nissan
Après la récitation de la bénédiction sur les arbres fruitiers plantés autour, et la distribution de prix aux membres distingués du groupe des Psaumes, Rav Lazar a expliqué pourquoi la bénédiction des arbres a lieu précisément au mois de Nissan : ce mois contient deux fois la lettre « noun », symbolisant les « miracles des miracles ». Cela nous enseigne que même la nature est un grand miracle, une succession de merveilles, et c’est pour cela que nous bénissons le Créateur pour Ses miracles et Ses prodiges en tout temps.
Un document d’une valeur historique inestimable a récemment été mis au jour: l’invitation au mariage du Rav Meir Mazouz, envoyée par son père, le Rav Matzliah Mazouz (que son souvenir soit béni), au Rabbi de Loubavitch il y a soixante ans. Cette découverte remarquable témoigne des liens qui unissaient les communautés juives d’Afrique du Nord et le mouvement Habad en Europe de l’Est puis aux États-Unis.
Contexte historique
Le mariage eut lieu à Djerba, en Tunisie, le mercredi 15 Heshvan 5725 (21 octobre 1964). À cette époque, la communauté juive de Djerba était encore florissante, bien que déjà affectée par les vagues d’émigration vers Israël qui suivirent l’indépendance de la Tunisie en 1956.
Le Rav Matzliah Mazouz, père du marié, était un érudit respecté et un leader communautaire important à Djerba. Tragiquement, il fut assassiné quelques années plus tard, d’où la mention « que Dieu venge son sang » (Hy »d) qui accompagne son nom dans le texte.
Le Rav Meir Mazouz
Le Rav Meir Mazouz, dont le mariage est au cœur de cette invitation, est devenu l’un des plus éminents décisionnaires séfarades contemporains. Né à Djerba en 1945, il est aujourd’hui reconnu comme une autorité halakhique majeure, dirigeant la Yeshiva Kisse Rahamim à Bnei Brak et jouissant d’une grande influence dans le monde juif, particulièrement au sein des communautés d’origine tunisienne.
Rav Matslia’h Mazouz s’est révélé comme un prodige dès son plus jeune âge. À seulement 14 ans, il rédigeait déjà des réponses halakhiques d’une profondeur remarquable, impressionnant même les plus grands érudits comme le kabbaliste Rabbi Ovadia Hadaya. Ce dernier, en recevant une lettre du jeune Mazouz traitant d’une question complexe, fut stupéfait par la qualité de l’analyse et la maturité intellectuelle de son auteur, qu’il prit d’abord pour un sage accompli ou un rabbin de communauté.
Une anecdote révélatrice raconte que lorsque Rabbi Ovadia lui demanda de collecter des fonds pour sa yeshiva de Jérusalem, le jeune Mazouz déclina poliment, expliquant qu’il était encore trop jeune, étudiant lui-même dans une yeshiva, et qu’il manquait d’expérience pour cette tâche.
Son œuvre monumentale
Son œuvre majeure, « Ich Matslia’h », est un monument d’érudition halakhique composé de plusieurs volumes:
Ces responsa se distinguent par:
Un exemple notable de son érudition précoce est sa réponse détaillée, écrite à l’âge de 14 ans, concernant un shohet (abatteur rituel) dont les mains tremblaient. Cette analyse rigoureuse lui valut l’approbation totale du Av Beth Din de Tunisie, le gaon Rabbi Moché Chetroug.
Son héritage
Tragiquement, Rav Matslia’h Mazouz fut assassiné par un Arabe, événement survenu environ vingt ans avant la rédaction de ce texte. Son souvenir reste cependant vivace, et son héritage spirituel perdure:
Les travaux de Rav Matslia’h Mazouz continuent d’influencer l’étude de la Torah et ses réponses halakhiques résonnent « d’un bout de la terre à l’autre », témoignant de son impact durable sur la pensée juive.
Par le Rav Haïm Mellul
Recherche du ‘Hamets
Si l’on appliquait strictement la loi, il serait inutile de placer dix morceaux de pain dur en différents endroits de la maison, car la Mitsva consiste à rechercher le ‘Hamets et non à le trouver. De fait, si l’on ne trouve rien du tout, on n’en a pas moins accompli la Mitsva.
Pour autant, la coutume de les placer s’est répandue. Elle est donc devenue partie intégrante de la Torah et ne doit pas être remise en cause. De plus, elle permet de disposer de ‘Hamets que l’on pourra brûler le lendemain, ce qui est également une Mitsva.
On choisit du pain dur, afin qu’il ne s’émiette pas et l’on entoure chacun des dix morceaux avec du papier. L’ensemble de ces dix morceaux doit représenter plus d’un Ka Zaït, soit 25,6 grammes.
La vérification est faite à la lueur d’une bougie de cire, avec une plume de volaille. Celui qui effectue cette vérification dépose le ‘Hamets qu’il trouve dans un sachet de papier.
A la fin de la vérification, on place ce sac, la plume, les restes de la bougie, s’il y en a, dans le creux d’une cuillère en bois, on entoure le tout de papier, à l’exception du manche de la cuillère, qui reste découvert et l’on referme le tout, par un fil enroulé de nombreuses fois puis attaché sur le papier.
La recherche du ‘Hamets a lieu après la prière d’Arvit. En l’absence d’une prière publique fixée, il est arrivé que le précédent Rabbi effectue la recherche entre Min’ha et Arvit, puis dise la prière d’Arvit après la recherche.
On a coutume de consacrer un temps particulièrement long à cette recherche et de l’effectuer jusque dans les fentes du sol. Toutefois, aucune durée spécifique n’a été précisée, à ce propos.
On ne parle pas entre le début de la bénédiction et la recherche, même pour donner une précision en rapport avec la recherche. De fait, il est bon de ne pas parler, pendant la totalité de cette recherche, de ce qui ne la concerne pas.
On placera les membres de sa famille près de soi, afin que tous entendent la bénédiction. Puis, chacun fera la recherche de son côté, en commençant par une pièce voisine de l’endroit où cette bénédiction a été récitée. En revanche, on n’ira pas directement rechercher dans une autre pièce.
Le Rabbi, pendant cette recherche, ne porte pas la ceinture de prière. Il tient la bougie de la main gauche et la plume de la main droite. Le sac est tenu par celui qui l’accompagne dans cette recherche.
On a coutume de placer des morceaux de pain dur en différents endroits, quelques temps avant la recherche, afin que celui qui l’effectue puisse les trouver. D’après la Kabbala, il convient d’en disposer dix morceaux. Avant de commencer la recherche, on récite la bénédiction suivante :
Barou’h ata Ado-naï Elo-hénou mélè’h haolam achère kidéchanou bémitsvotav vétsivanou al biour ‘hamets.
Béni sois-Tu, Eternel, notre D.ieu, Roi de l’univers, Qui nous as sanctifiés par Ses commandements et nous as ordonné d’éliminer le ‘Hamets.
On fera cette recherche, à la lueur d’une bougie, dans tous les endroits cachés, y compris les crevasses du sol. On ne doit pas parler entre la bénédiction et le début de la recherche, pas même de ce qui concerne cette recherche proprement dite. Pendant toute la durée de celle-ci, on ne parlera pas de ce qui ne la concerne pas. Les membres de la famille se tiendront à proximité, afin d’entendre la bénédiction. Puis, chacun effectuera la recherche en son endroit, sans s’interrompre par la moindre parole. On fera en sorte de commencer cette recherche dans la pièce le plus proche du lieu où l’on a entendu la bénédiction. Après celle-ci, on ne se rendra pas tout de suite dans une autre pièce. A l’issue de la recherche, il faudra placer le ‘Hamets conservé pour être mangé ou brûlé au matin, dans un endroit sûr, afin qu’il ne soit pas transporté et émietté par des enfants ou des rongeurs. Après avoir recherché le ‘Hamets, on doit annuler celui que l’on n’aurait pas trouvé, au moyen de la formule suivante :
Kol ‘hamira va’hamia dé-ika virchouti, déla ‘hamité oudéla viarté oudéla yédana lé libatèle véléévé héfkère kéafra déara.
Tout levain et tout ce qui est produit levé qui se trouve en ma possession, que je n’ai pas vu et que je n’ai pas détruit et dont je n’ai pas connaissance, qu’il soit considéré comme nul et sans propriétaire comme poussière de la terre.
L’interdiction du ‘Hamets, à Pessa’h
Il est rare de trouver une substance rejetée par la Torah d’une manière aussi absolue que le ‘Hamets. En l’occurrence, le levain est formellement interdit depuis la seconde moitié du jour du 14 Nissan jusqu’à la fin de la fête. Pendant toute cette période, il ne peut être ni consommé, ni utilisé, ni même présent dans le domaine d’un Juif. Le ‘Hamets est une pâte qui a levé, un mélange de farine et d’eau qui a fermenté et dont le volume a gonflé.
Ainsi, le levain est le symbole de l’égoïsme et de la fierté. Un homme a « levé » lorsque le ferment de son importance personnelle lui faire perdre la juste mesure de la place qu’il occupe, dans le monde de D.ieu. Une telle personne ne se basera que sur son ego démesuré et sur ses passions exacerbées.
C’est précisément pour cela que l’interdiction du ‘Hamets, à Pessa’h, est si sévère, si stricte. Il n’est pas d’autre situation, dans laquelle la Torah interdit non seulement de consommer la plus infime quantité d’une certaine substance, d’en tirer le moindre bénéfice, mais aussi, tout simplement, de la posséder.
Pour autant, cette interdiction si grave n’est en vigueur que huit jours par an. Et, l’on retrouve également cette dualité dans les offrandes qui étaient apportées dans le Temple. Tout au long de l’année, celles-ci ne devaient pas comporter de ‘Hamets. A Chavouot, par contre, on offrait deux pains et la Torah précise que ceux-ci devaient être ‘Hamets.
Pessa’h marque la constitution d’Israël en tant que peuple. D.ieu libéra alors un groupe d’esclaves des quarante neuf portes de l’impureté, du paganisme de l’Egypte. Il leur demanda de se diriger vers le mont Sinaï et, à Chavouot, Il fit d’Israël Sa fiancée éternelle.
Pessa’h et Chavouot sont reliés par le compte des quarante neuf jours de l’Omer. Pendant cette période, nous devons, quotidiennement, compter le nombre de jours qui se sont écoulés depuis l’exode d’Egypte.
Les maîtres de la Kabbala expliquent que le caractère de l’homme est constitué de sept émotions fondamentales, chacune comprenant toutes les autres en elle et formant ainsi, au total, ses quarante neuf attributs sentimentaux. C’est la raison pour laquelle la société profondément dépravée de l’Egypte est définie comme la représentation morale de la quarante neuvième porte de l’impureté.
En parallèle à ces portes de l’impureté, on définit aussi les « quarante neuf portes de la compréhension », par l’intermédiaire desquelles l’homme réalise l’élévation de chaque aspect de son caractère. C’est en combinant ces deux éléments que l’on peut définir les quarante neuf jours séparant Pessa’h de Chavouot.
Le premier jour de Pessa’h libéra physiquement les enfants d’Israël du mal de l’Egypte. Néanmoins, il leur fallait encore se défaire de l’Egypte personnelle qu’ils portaient en eux. Ainsi, chaque jour permit l’exode intérieur d’une « porte de l’impureté » égyptienne et l’entrée dans une nouvelle « porte de la compréhension ». A l’issue des quarante neuf jours, la pureté nécessaire pour obtenir la révélation de Chavouot était atteinte.
La différence entre Pessa’h et Chavouot, pour ce qui concerne le ‘Hamets, est donc la suivante.
Celui dont la personnalité est encore animée par des pulsions négatives se trouve dans l’impossibilité de sublimer le trait de caractère le plus fort et le plus corruptible à la fois, la fierté. C’est la raison pour laquelle, tout de suite après l’exode d’Egypte, le ‘Hamets fut banni.
Par la suite, après avoir atteint l’affinement découlant des quarante neuf compartiments du cœur à la fois, l’homme pourra accomplir une Mitsva, pertinente et souhaitable, en offrant le ‘Hamets à D.ieu. A ce stade, la fierté ne sera plus le ‘Hamets gonflé qui est proscrit, à Pessa’h, mais plutôt le sentiment, dépourvu de tout égoïsme, de l’homme qui a chassé de son cœur tout intérêt personnel, qui se consacre uniquement au service du Créateur.
Une telle fierté n’est pas inspirée par ce que l’on est ou par ce que l’on a accompli. Elle est l’expression de la majesté de Celui Que l’on sert, par chacune de ses pensées, de ses paroles et de ses actions.
Le sens profond de la Mitsva de la Bdikat Hamets
Dans la soirée précédant Pessa’h, Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi, l’Admour Hazaken, dit à ses disciples :
« Nous rechercherons bientôt le ‘Hamets, conformément à l’enseignement de la Michna selon lequel, à la veille du 14 Nissan, on le recherche dans toutes les fissures et les crevasses de la maison, à la lueur d’une bougie ».
Rechercher le ‘Hamets va bien au delà du retrait de chaque particule de levain physique, se trouvant dans la maison d’un Juif. En effet, il faut aussi se départir du ‘Hamets spirituel, de la fierté qui conduit à gonfler sa propre personne. Et, il doit en être ainsi en chaque fissure et en chaque crevasse que peuvent comporter les quatorze éléments qui constituent la personnalité, soit les sept traits de caractère de l’âme animale et les sept de l’âme divine.
Cette recherche doit également être effectuée à la lueur d’une bougie, par la ‘bougie de D.ieu’, qui est ‘l’âme de l’homme’. »
Cette année-là, en 5525 (1765), le 13 Nissan, Rabbi Chnéor Zalman fut absorbé par ses préparatifs à la recherche du ‘Hamets, au point de ne pas manger, toute la journée. Il ne jeûna pas, car il est interdit de le faire, pendant le mois de Nissan. Pour autant, il ne mangea pas non plus. La recherche se poursuivit pendant toute la nuit, alors que Rabbi Chnéor Zalman et son épouse habitaient alors une maison ne comptant qu’une seule pièce.
A l’issue de cette recherche, Rabbi Chnéor Zalman donna une interprétation mystique de la Michna : « A la veille du 14, on recherche le ‘Hamets, à la lueur d’une bougie ». Il dit :
« Le mot E’had, un, a pour valeur numérique treize. Il fait allusion à la connaissance de D.ieu et, de ce fait, il rend inutile toute recherche ».
Le chiffre quatorze correspond aux sept sentiments de l’âme divine et aux sept de l’âme animale. A ce stade, une recherche est effectivement nécessaire et elle doit être effectuée à la lueur d’une bougie, terme qui fait référence à l’âme, ainsi qu’il est dit : ‘La bougie de D.ieu est l’âme de l’homme’.
Et, cette recherche doit porter sur la totalité de son être, tout comme on recherche le ‘Hamets jusque dans les fentes et les crevasses. »
De fait, les mots ‘Hamets et Matsa possèdent deux lettres communes, le Mêm et le Tsaddik. La troisième, en revanche, est différente, Hé pour la Matsa, ‘Heth pour le ‘Hamets. Or, le Hé et le ‘Heth ont des formes similaires. Ils sont constitués de trois traits et ont une ouverture, à la base. Néanmoins, le Hé est également ouvert vers le haut, alors que le ‘Heth est fermé.
L’ouverture à la base fait allusion au verset suivant : ‘La faute guette à la porte’. Mais, l’ouverture en hauteur introduit la possibilité de s’élever, grâce à la Techouva.
Ainsi, l’homme qui est empli de lui-même, comme le ‘Hamets, trébuchera plus aisément devant la faute. Bien plus, il cherchera à justifier rationnellement son mauvais choix.
A l’opposé, celui qui est humble comme la Matsa s’écartera plus résolument de la transgression. S’il agit mal, il le regrettera sincèrement et franchira aussitôt la porte de la Techouva.
L’explication du Ari Zal
Le Zohar dit que « celui qui mange du ‘Hamets, à Pessa’h, est considéré comme s’il servait les idoles ».
Le Ari Zal souligne que celui qui s’efforce de ne pas même consommer la quantité la plus infime de ‘Hamets, à Pessa’h, est assuré de ne pas commettre de fautes, tout au long de l’année.
Cela veut dire qu’il ne commettra pas ces fautes par inadvertance, car, bien évidemment, il n’en perd pas pour autant son libre arbitre.
Or Learbaa Assar : A la lumière du quatorze
La Michna du traité Pessa’him précise qu’il est inutile de rechercher le ‘Hamets dans un endroit où il n’a pas été introduit. De fait, dans la dimension profonde d’un cœur juif, à l’origine de son attachement profond à D.ieu, il ne peut jamais y avoir de ‘Hamets. C’est donc seulement aux stades plus bas de son âme que l’on doit le rechercher.
La Michna, précisant, en outre, que la recherche du ‘Hamets est effectuée à la veille du 14 Nissan, dit : « A la lumière du quatorze ». Elle fait ainsi allusion à l’introduction des sept émotions de l’âme divine dans les sept émotions de l’âme animale, qui est nécessaire pour que cette recherche puisse être effectuée.
Un jeune garçon prend pleinement possession de son bon penchant à l’âge treize ans, c’est-à-dire « à la lumière de quatorze », après l’achèvement de treize années de « pénombre », uniquement livrées à l’âme animale. Dès qu’il a atteint l’âge de treize ans, un jeune Juif est tenu de « rechercher le ‘Hamets ».
Suite au décès du Rav Meïr Mazouz cette semaine, l’équipe d' »Or HaHassidout » publie une photo des mots qu’il a écrits en l’an 5765 (2005) en réponse aux publications éditée par Or HaHassidout sur les enseignements du Rabbi qu’il a reçues :
« Ci-joint un don, sans engagement, et que le mérite du saint Admour (Rabbi) nous protège et protège tout Israël, Amen. »

En l’honneur de
notre honorable maître et enseignant
le Rav Meir Mazouz Shlita
Paix et bénédictions à notre maître et à tous ses proches !
En l’honneur de la Hilloula (jour anniversaire du décès) de l’amoureux d’Israël, l’Admour, le Gaon, le Rabbi Menahem Mendel Schneerson, nous avons l’honneur de vous présenter les paroles de Torah, les discours divins, les sources de la Torah, dans la sainteté, qui élèvent la Torah et fortifient la Torah et le judaïsme dans le service de D.ieu.
Nous savons que le jour de la Hilloula d’un Tsadik (juste) est un jour propice pour se connecter à l’essence de la Torah, et ses disciples continuent à répandre ses enseignements dans le monde. S’ajoute à cela notre conviction que l’étude et la diffusion de la Torah et des sources hassidiques rapprochent et hâtent la venue du Machia’h (Messie) dans la miséricorde, qui rassemblera tous les dispersés et amènera la rédemption complète à Israël.
Nous exprimons nos remerciements et notre grande appréciation pour les encouragements que vous nous accordez en général et pour votre précieux soutien à la diffusion de ses enseignements dans la sainteté, avec l’aide de D.ieu. Et, avec la grâce divine, dans la santé du corps et de l’esprit, et dans un bon état d’esprit et de prospérité – puissiez-vous avoir le mérite de faire le bien dans la joie et le bonheur.
Et l’essentiel est que vienne déjà la rédemption et se réalise la vision de la rédemption complète rapidement et de nos jours, littéralement, et se remplisse la terre de la connaissance de D.ieu, comme les eaux recouvrent la mer.
Avec la bénédiction de la Torah,
Note manuscrite au bas de la lettre signée par le Rav Mazouz:
« Ci-joint un don, sans engagement, et que le mérite du saint Admour (le Rabbi) nous protège et protège tout Israël, Amen. »

Les liens du Rav Meir Nissim Mazouz avec le mouvement Habad
Le Rav Meir Nissim Mazouz est né en Tunisie le 13 Nissan 5705 (1945), fils du Rav Matzliah Mazouz. Il dirigeait la yeshiva « Kisse Rahamim » à Bnei Brak, assumait le rôle de leader spirituel du parti « Yachad ». Il a effectué ses études à la yeshiva « Chevrat HaTalmud » sous la direction du Rav Its’hak Buchanik.
Le 21 Tevet 5731, après l’assassinat de son père par des criminels, le Rav Meir s’est installé en Terre Sainte où il a fondé la yeshiva « Kisse Rahamim » à Bnei Brak, qu’il dirigeait depuis lors.
Depuis 2015, il animait des cours hebdomadaires diffusés sur la radio Kol Berama. Un résumé de chaque cours est distribué dans le bulletin « Beit Ne’eman ».
Relations familiales avec Habad
Le Rav Matzliah Mazouz, père du Rav Meir, entretenait d’excellentes relations avec les émissaires du Rabbi dans son pays et collaborait étroitement avec eux. Il était également en correspondance directe avec le Rabbi.
Suivant l’exemple paternel, le Rav Meir développa également des liens étroits avec la Hassidout Habad et le Rabbi. À l’âge de 17 ans, il commença ses études à la yeshiva Tomchei Tmimim de Tunis, qu’il poursuivit pendant neuf années. Durant cette période, il se lia d’amitié avec le Rav Nissan Pinson, fondateur de la yeshiva de Tunis sur instruction du Rabbi, et participait régulièrement aux rassemblements que ce dernier organisait.
Bénédictions et correspondance
En 1965, alors que le Rav Meir Nissim Mazouz s’apprêtait à se marier, son père, le Rav Matzliah Mazouz, adressa une lettre au Rabbi (le 3 Heshvan 5726) pour l’inviter aux noces. Le Rabbi répondit par une lettre de bénédiction datée du 7 Marheshvan 5726.
Après son mariage, face aux difficultés de conception rencontrées par son épouse, le Rav Pinson transmit, à la demande du Rav Mazouz, une requête au Rabbi afin qu’il prie pour eux. Le Rabbi promit de mentionner son nom sur la tombe de ses beaux-parents la veille de Rosh Hashanah 5727. Neuf mois plus tard, le 26 Sivan 5727, leur premier enfant naquit.
Engagement continu auprès de Habad
Même après son installation en Terre Sainte, le Rav Mazouz maintint des relations amicales avec les hassidim de Habad et soutint leurs efforts pour diffuser le judaïsme. Lorsqu’il apprit la position du Rabbi concernant la forme des Tables de la Loi, affirmant qu’elles n’étaient pas rondes mais carrées, le Rav Mazouz ordonna de modifier la forme des Tables représentées sur le toit de la Yeshiva « Kisse Rahamim » (comme en témoigne la photo du bâtiment figurant sur le papier à en-tête officiel).
En Nissan 5746, lors de la célébration marquant la fin du deuxième cycle d’étude du Rambam quotidien, alors qu’un dirigeant de la communauté lituanienne s’y opposait, le Rav Mazouz rédigea un article démontrant, en s’appuyant sur les textes anciens, les nombreux bienfaits de l’étude méthodique du Rambam.
En 5747, le Rav Mazouz reçut l’ouvrage « Hiddushim U’Biurim B’Shas » (volume 3). Dans sa lettre adressée au Rav Hanania Yossef Aizenbach, il écrivit : « Une lumière éclatante s’est répandue sur nous… J’ai parcouru quelques passages du livre qui ont illuminé mon esprit, particulièrement le commentaire du signe 45 concernant le dessin des coupes dans le Mishneh Torah du Rambam qui, apparemment, sont inversées. Que Dieu les bénisse et les fortifie. Du vin pour celui qui le mérite et de la bonté pour celui qui le savoure en l’honneur de l’éminent érudit qui a édité cet ouvrage avec goût et discernement, la sagesse resplendissant dans un écrin tout aussi resplendissant. Je ne peux qu’exprimer ma gratitude pour ce merveilleux trésor reçu. »
Témoignages de respect mutuel
À l’hiver 5748, le Rabbi écrivit au Rav Shalom Dovber Lipschitz, qui lui avait relaté sa rencontre avec le Rav Mazouz dans le cadre des préparatifs de la conférence des Ravs séfarades organisée par les jeunes de l’Agudat Habad en Terre Sainte : « Il semble que son père était un Habadnik déclaré dans son pays natal et, par la suite, au Maroc et en Tunisie – à cette époque, seul Habad assumait les rôles d’entrepreneurs et de dirigeants dans toutes les affaires publiques, chaque édifice là-bas ayant été construit par Habad. Si l’on y prête attention, Habad en Terre Sainte, avec tout ce que cela implique, a contribué à façonner la situation actuelle du pays. Je mentionnerai que de bonnes nouvelles seront rapportées concernant tout cela et l’entrée (jointe à ceci). »
Expériences personnelles et influence du Rabbi
Le 4 Tishri 5751 (2 octobre 1990), l’épouse du Rav Mazouz fut victime d’une crise cardiaque nécessitant une hospitalisation. Les médecins pronostiquèrent alors qu’elle resterait inconsciente de façon permanente. Un ami se rendit auprès du Rabbi lors de la distribution de dollars et, en évoquant l’état de santé de l’épouse du Rav Mazouz, reçut cette bénédiction : « Beaucoup de succès dans les bonnes nouvelles, une guérison proche ». Effectivement, deux semaines plus tard, elle put quitter l’hôpital. Le 20 novembre 1991, le Rav Mazouz se présenta avec sa famille auprès du Rabbi lors de la distribution de dollars. Le Rabbi lui remit neuf dollars, sans explication apparente. Son épouse vécut exactement neuf années supplémentaires, décédant le 26 novembre 2000, ce qui permit au Rav Mazouz de comprendre la signification prophétique de ce geste.
Dans l’introduction de son livre de Kabbale « Ma’ayan Ha’khma », le Rav Mazouz évoque comment la prophétie du Rabbi concernant la guerre du Golfe l’a soutenu durant ce conflit.
Le Rav Mazouz encourageait ses disciples à écrire au Rabbi par le biais de lettres sacrées et les guide dans cette pratique spirituelle.
Il a participé à de nombreux événements et conférences organisés par Habad et dans les Beth Habad en Israël. Dans ses enseignements, il évoque fréquemment le Rabbi, sa sagesse et les transformations qu’il a apportées au monde juif. Dans un article publié en 1982 pour le magazine Kfar Habad, le Rav Mazouz écrivait à propos du Rabbi :
« Le Rabbi de Loubavitch, Maran Rabbi Menachem Mendel Schneerson, est un homme d’exception qui a élevé le niveau du judaïsme et acquis une renommée sans précédent dans notre génération. À l’instar de Rabbi ‘Hiya, dont il a été dit : « Quels sont les grands actes de Chiya ! » pour avoir empêché la Torah d’être oubliée d’Israël, le Rabbi a également réussi à établir d’importants centres d’étude de la Torah à travers le monde grâce à l’activité intensive de ses disciples présents sur tous les continents. »
Le Centre de réhabilitation Lowenstein : une institution d’excellence au service des blessés
Le Centre médical de réhabilitation Lowenstein, situé à Ra’anana, est l’un des établissements les plus renommés d’Israël dans le domaine de la médecine de réhabilitation. Fondé en 1959, ce centre d’excellence est spécialisé dans la prise en charge des traumatismes neurologiques, des lésions médullaires, des traumatismes crâniens et des blessures complexes nécessitant une réhabilitation intensive.

Reconnu internationalement pour ses approches innovantes et son expertise de pointe, Lowenstein accueille des délégations médicales du monde entier venues étudier ses protocoles et méthodes thérapeutiques. L’établissement dispose d’unités spécialisées pour différents types de traumatismes et propose une approche multidisciplinaire intégrant médecins, infirmiers, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes, psychologues et travailleurs sociaux.
Depuis le début du conflit actuel en octobre 2023, le Centre Lowenstein a vu affluer un nombre sans précédent de soldats blessés, transformant l’établissement en un maillon crucial de la chaîne de soins des victimes de guerre. Sous la direction du Dr Hagaï Amir, l’équipe médicale a dû adapter ses capacités et ses protocoles pour répondre à cette situation exceptionnelle.
Lev Habad : un réseau de soutien spirituel dans les hôpitaux israéliens
Lev Habad (« Le Cœur de Habad ») est une branche spécialisée du mouvement Habad-Loubavitch en Israël, dédiée spécifiquement à l’accompagnement spirituel et au soutien des patients dans les établissements de santé. Fondée sur la vision du Rabbi de Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson, cette organisation déploie des émissaires (shlouhim) dans l’ensemble du réseau hospitalier israélien.

Présente dans plus d’une cinquantaine d’établissements à travers le pays, de l’hôpital Soroka à Beer Sheva jusqu’au Centre médical de Galilée à Nahariya, Lev Habad propose un soutien qui va bien au-delà de l’accompagnement religieux traditionnel. L’organisation met en place des services concrets pour améliorer le quotidien des patients et de leurs familles : distribution de repas, aide à l’accomplissement des rituels religieux, présence et écoute, organisation d’événements pour les fêtes juives, et coordination de réseaux de bénévoles.
Depuis le début du conflit actuel, Lev Habad a considérablement intensifié ses activités, mobilisant des centaines de bénévoles supplémentaires et développant des programmes spécifiques pour les soldats blessés et leurs familles. L’organisation travaille en étroite collaboration avec les équipes médicales et les services sociaux des hôpitaux pour offrir un soutien complémentaire aux soins médicaux.
Une présence constante auprès des blessés de guerre
Dans un entretien accordé récemment, le Rav David Zalmanov, émissaire de l’organisation Lev Habad à Ra’anana et intervenant au Centre médical de réhabilitation de Lowenstein, a livré un témoignage poignant sur son engagement auprès des blessés de guerre et des patients en réhabilitation. Depuis un an et demi, le travail du Rav s’est intensifié en raison du conflit actuel, transformant le quotidien du centre médical en véritable ligne de front d’une autre nature.
Émissaire du Rabbi de Loubavitch, le Rav Zalmanov œuvre quotidiennement pour apporter réconfort et soutien spirituel à ceux qui traversent les épreuves les plus difficiles. Son action s’inscrit dans une démarche globale portée par l’organisation Lev Habad, qui déploie des émissaires dans l’ensemble des centres médicaux d’Israël.
Un Seder de Pessah mémorable au centre Lowenstein
Le Rav Zalmanov vient tout juste d’organiser un Seder de Pessah exceptionnel qui a réuni plus d’une centaine de personnes au Centre médical de Lowenstein. Cette célébration a pu voir le jour grâce au soutien indéfectible de la direction du centre, notamment du Dr Hagai Amir, qui a veillé à ce que l’événement se déroule dans les meilleures conditions possibles malgré le contexte hospitalier.
« La participation a été tellement importante que nous avons dû installer une table supplémentaire à l’extérieur de la salle initialement prévue, » raconte le Rav Zalmanov. L’affluence témoigne du besoin de moments de partage et de spiritualité dans un environnement marqué par la souffrance et les défis de la réhabilitation.
Le centre accueille des patients de tous horizons, de toutes convictions et de tous milieux sociaux. Venus par nécessité et non par choix, ces hommes et ces femmes se retrouvent unis dans l’épreuve. Le Seder a ainsi rassemblé patients, familles et personnel soignant dans une atmosphère de communion qui transcende les clivages habituels de la société israélienne.
L’histoire bouleversante d’un soldat qui retrouve sa voix
Parmi les nombreux moments d’émotion qui ont jalonné son parcours au centre Lowenstein, le Rav Zalmanov relate une histoire particulièrement touchante survenue lors du récent Seder de Pessah. Il s’agit d’un jeune soldat qu’il suit depuis longtemps, et qui figurait selon lui « parmi les blessés les plus graves » accueillis au centre.
« Je me souviens de ma première rencontre avec lui, » confie le Rav. « En le voyant, je me suis dit qu’il faudrait véritablement un miracle pour améliorer son état. » Ce miracle semble s’être produit progressivement. Deux semaines avant le Seder, alors qu’il distribuait des Matsot aux équipes médicales, le père du soldat lui a annoncé une nouvelle encourageante : son fils avait commencé à parler, une étape fondamentale dans son processus de guérison.
Connaissant l’affection particulière de ce jeune homme pour la musique, le Rav a proposé de chanter en son honneur pendant la célébration. C’est alors que s’est produit un moment d’une rare intensité émotionnelle : alors que l’assemblée entonnait un chant traditionnel, le soldat s’est soudainement joint au groupe, se mettant à chanter à son tour. La scène a provoqué une vague d’émotion parmi tous les participants, qui ont éclaté en sanglots – « des larmes de joie, bien sûr, » précise le Rav.
Cet instant symbolique a fait écho dans l’esprit du Rav Zalmanov à la Haggadah de Pessah qui rappelle que « dans chaque génération, ils se lèvent pour nous anéantir. » Une résonance particulière dans le contexte actuel où, comme il le souligne, « certains veulent nous détruire, d’autres retiennent nos frères et sœurs dans des tunnels. » Mais ce moment de grâce lui a également rappelé la suite du texte : « et le Saint, béni soit-Il, nous sauve de leurs mains. »
Lowenstein : un front méconnu dans le conflit actuel
« Le Centre médical de Lowenstein reste relativement méconnu du grand public, » déplore le Rav Zalmanov, « pourtant, il constitue un véritable front dans cette guerre. » Il salue avec admiration le dévouement quotidien de l’équipe médicale et de la direction, qui mènent un combat acharné pour la réhabilitation des patients.
« En un mot, si je devais résumer ce qui caractérise ce lieu, » explique-t-il, « je dirais que chaque patient qui franchit ses portes a immédiatement le sentiment d’intégrer une famille. » Cette dimension humaine et chaleureuse, au-delà de l’excellence médicale reconnue internationalement, fait selon lui la force de l’établissement dans le processus de guérison.
Au cours des dix-huit derniers mois, le centre a accueilli plus de 300 soldats blessés, sans compter les nombreux autres blessés de guerre et patients civils en réhabilitation. Ces chiffres témoignent de l’ampleur des besoins en soins de réhabilitation générés par le conflit actuel.
La mission de Lev Habad : un engagement global envers chaque individu
Pour l’organisation Lev Habad, la mission confiée par le Rabbi de Loubavitch représente à la fois un immense privilège et une responsabilité considérable. « L’exigence fondamentale que nous a transmise le Rabbi, » explique le Rav Zalmanov, « est de garder constamment à l’esprit le bien-être personnel de chaque juif, indépendamment de son âge, de ses opinions ou de son milieu d’origine. »
Cette approche se concrétise particulièrement auprès des personnes hospitalisées, dont les besoins de soutien sont naturellement décuplés par la situation de vulnérabilité. L’organisation des émissaires de Habad en Israël a ainsi développé une section spécifique, Lev Habad, dédiée à l’accompagnement des patients dans l’ensemble du réseau hospitalier israélien.
« Nos émissaires sont présents dans tous les centres médicaux du pays, » détaille le Rav, « depuis Soroka à Beer Sheva et Barzilai, jusqu’à Tel Hashomer et au Centre médical de Galilée à Nahariya. » Pour le seul Seder de Pessah de cette année, les données préliminaires font état de plus de 3000 personnes ayant participé aux célébrations publiques organisées par les émissaires de Habad à travers le pays.
Une approche holistique de la réhabilitation
Face à un soldat gravement blessé, qui ne retrouve pas immédiatement toutes ses fonctions, l’approche du Rav et de son équipe commence par une simple présence attentive. « D’abord, nous venons pour être là, simplement, » explique-t-il. « Nous essayons de comprendre la situation spécifique de chacun. Parfois, c’est la famille qui a le plus besoin de soutien, et tout cela prend du temps. »
Le Rav Zalmanov révèle que face aux nombreuses demandes d’aide qu’ils reçoivent, leur principe d’action est simple mais efficace : dire d’abord « oui », puis réfléchir ensuite à la manière concrète de répondre aux besoins exprimés. « C’est véritablement un privilège, » confie-t-il, « de pouvoir rendre, même de façon modeste, quelque chose à ces personnes qui ont tant sacrifié. »
Au-delà de l’excellence des soins médicaux pour lesquels l’établissement est reconnu internationalement, le Rav souligne l’importance cruciale des facteurs psychologiques et spirituels dans le processus de guérison : la motivation personnelle, le désir de se rétablir, le soutien moral, les encouragements appropriés et l’écoute attentive constituent selon lui des éléments déterminants.
Des initiatives concrètes pour répondre aux besoins quotidiens
Les besoins des patients hospitalisés sont multiples et variés. Certains nécessitent une alimentation particulière, adaptée à leurs contraintes médicales ou à leurs convictions religieuses. D’autres, notamment les personnes pratiquantes, sollicitent de l’aide pour accomplir certains rituels religieux comme la pose des tefilines, rendue impossible par leurs blessures aux mains.
Pour répondre à ces besoins, l’organisation a mis en place plusieurs initiatives concrètes. Des volontaires interviennent régulièrement auprès des patients pour les accompagner dans leurs pratiques religieuses. Par ailleurs, l’organisation dispose dans tous les centres médicaux d’un service mobile baptisé « cafétéria de la bonté », grâce auquel des bénévoles proposent chaque soir des collations et rafraîchissements aux familles qui veillent au chevet des patients.
« Malgré tous les soins médicaux de pointe, » observe le Rav, « les patients se sentent parfois invisibles, insuffisamment considérés dans leur humanité. C’est particulièrement douloureux dans ces moments de grande vulnérabilité. » L’intervention de personnes qui s’adressent d’abord à leur dimension spirituelle et émotionnelle, « qui parlent avec le cœur avant les mots ou les gestes, » fait selon lui une différence considérable dans leur parcours de guérison.
La tradition des Matsot surveillées : un lien avec l’identité spirituelle
Un autre moment significatif évoqué par le Rav Zalmanov concerne la tradition des Matsot surveillées (chimourot), une matza spéciale que les émissaires de Habad distribuent traditionnellement dans le monde entier avant Pessah.
« Certains patients, malgré leur désir profond de participer à cette tradition, » raconte le Rav, « ne pouvaient pas manipuler la matza en raison de leurs blessures aux mains ou de l’amputation de leurs membres supérieurs. » Face à cette situation, le Rav et son équipe ont pris l’initiative de les nourrir eux-mêmes, permettant ainsi à ces patients de prendre part pleinement à la célébration malgré leurs limitations physiques.
« Voir le sourire s’épanouir sur leurs visages à ce moment-là, » confie le Rav avec émotion, « a été pour moi une récompense inestimable, qui donne tout son sens à notre mission. »
Un regard tourné vers l’avenir
En conclusion de son témoignage, le Rav Zalmanov a partagé son espoir pour l’avenir, particulièrement significatif durant le mois de Nissan, période traditionnellement associée aux miracles dans la tradition juive.
« Je souhaite et je prie pour que nous puissions voir des miracles dans notre temps, » a-t-il déclaré, évoquant spécifiquement « le miracle du retour des otages » toujours détenus. Plus largement, il a exprimé son aspiration à « l’avènement du rédempteur à Sion, » une espérance partagée au-delà des clivages qui traversent habituellement la société israélienne.
À travers ce témoignage, le Rav Zalmanov offre un éclairage précieux sur une dimension souvent méconnue des conflits : le long et difficile chemin de la réhabilitation des blessés, et l’importance cruciale du soutien spirituel et communautaire dans ce processus. Son action, comme celle des nombreux autres émissaires de Habad à travers le pays, constitue un maillon essentiel dans la chaîne de solidarité qui permet à la société israélienne de faire face aux défis actuels.
Par Mendel Kalmenson
Rabbin de Beit Baruch et directeur exécutif du Chabad de Belgravia à Londres. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages populaires comme « Seeds of Wisdom », « A Time to Heal », « Positivity Bias » et « People of the Word ».
Le moment de vérité à Vienne
Vienne, 1958. Viktor Frankl, l’auteur et psychiatre mondialement connu, était prêt à déraciner toute sa vie — ses recherches, sa pratique clinique, sa famille — et à déménager en Australie. Ayant survécu aux horreurs inimaginables de l’Holocauste, émergeant des cendres d’Auschwitz avec une théorie audacieuse et non orthodoxe de la psychologie humaine, il ne pouvait plus supporter le dénigrement constant de son travail par ses collègues dans le domaine. La vision de Frankl sur la nature humaine différait sur certains points clés des opinions dominantes qui prévalaient dans la discipline de la psychologie après la guerre, faisant de lui et de son travail une cible constante de ridicule savant public.
C’est cette diminution même de ses convictions les plus profondes concernant la constitution intérieure de l’être humain qui fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Il pouvait survivre aux attaques des nazis sur son corps, mais il ne pouvait plus supporter les attaques de ses pairs sur son âme.
Une voix d’encouragement venue de loin
C’est à ce moment-là que Marguerite Kozenn-Chajes (1909-2000), une chanteuse d’opéra bien connue et descendante des Hassidim de Vizhnitz, frappa à sa porte à Vienne (comme raconté par R. Jacob Biderman, programme Living Torah (JEM) 459, accessible ici). Lorsque le Dr Frankl vint à la porte, il trouva une femme élégamment vêtue qu’il n’avait jamais rencontrée auparavant, debout sur le seuil de sa maison. Elle se présenta comme la porteuse d’un message personnel adressé à lui par un Rabbi hassidique, R. Menachem Mendel Schneerson, de Brooklyn, New York. En entendant cette explication surprenante pour sa visite et en reconnaissant le nom du Rabbi, le Dr Frankl invita promptement Mme Chajes à entrer pour parler en privé.
« Le Rabbi m’a demandé de vous dire, » commença-t-elle, « que vous ne devez pas abandonner. Vous devez être fort. Ne vous laissez pas troubler par ceux qui vous ridiculisent. Vous réussirez et votre travail connaîtra une percée majeure. » En entendant cette voix rassurante venue de loin, le Dr Frankl fondit en larmes. Découragé, il avait récemment commencé à remplir ses papiers d’immigration pour l’Australie. Il avait abandonné — mais les paroles d’encouragement du Rabbi ramenèrent le Dr Frankl à la vie.
Après avoir repris son sang-froid, le Dr Frankl répondit vigoureusement avec un engagement renouvelé à poursuivre son travail de vie. Et, en effet, il le fit. Suite à cette rencontre décisive, le Dr Frankl redoubla d’efforts pour diffuser ses idées uniques et ses approches thérapeutiques pour guérir la psyché humaine. Peu de temps après, son œuvre magistrale, La Quête de sens de l’homme, fut traduite en anglais, suscitant un intérêt populaire immédiat pour son travail et sa vision du monde qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui. Cet ouvrage seul a été traduit en 28 langues et s’est vendu à plus de dix millions d’exemplaires, donnant naissance à tout un genre de littérature d’auto-assistance ainsi qu’au domaine de la logothérapie, la philosophie et la pratique uniques de Frankl en matière de santé et de guérison psychologiques.
L’histoire nous dit que Viktor Frankl est devenu l’un des penseurs les plus influents du XXe siècle ; il a survécu à l’enfer de l’Holocauste et a néanmoins trouvé la force de présenter une vision inspirante de la psyché humaine qui divergeait de manière fondamentale des normes acceptées de son époque. Mais pourquoi le Rabbi était-il si préoccupé par le Dr Frankl et, en particulier, par le sort de son travail ? Il y avait beaucoup de psychologues à l’époque, qu’y avait-il dans la vision de Frankl de la psyché humaine qui a tant piqué l’intérêt du Rabbi et attiré son attention et son soutien personnels ?
La divergence fondamentale avec Freud
Pour répondre à cette question, nous devons creuser plus profondément dans les débuts mêmes de la psychanalyse. Dans les années 1920, Viktor Frankl était un étudiant prisé de Sigmund Freud. En effet, dès la création du domaine de la psychanalyse, Frankl était un adepte précoce et doué des théories et pratiques radicales de Freud. Cependant, après un certain temps, leurs idées sur la forme et la substance de la nature humaine commencèrent à diverger. Dans la pensée freudienne, le soi humain est défini par — et empêtré dans — une lutte perpétuelle pour équilibrer des pulsions et des désirs concurrents, conscients et inconscients. Frankl, en revanche, mettait l’accent sur le potentiel de l’âme à transcender les limitations du soi par une recherche de sens plus profond et des actes de bonté aimante. Ce fossé fondamental entre leurs perspectives ne fit que s’élargir et se prononcer au fil des ans.
L’Holocauste comme creuset d’une nouvelle psychologie
Sigmund Freud, décédé en 1939, n’a jamais été forcé de faire face à l’inhumanité ultime de l’Holocauste ; on ne peut qu’imaginer comment cela aurait pu compliquer ou clarifier ses premières intuitions sur la nature psychique de l’être humain. Viktor Frankl, en revanche, a survécu à Auschwitz. Il a entendu ses sons terribles et vu ses visions sombres ; il a goûté ses eaux putrides et senti ses cadavres en décomposition, mais il a également été témoin d’actes miraculeux d’altruisme et de soin absolus. « Si Freud avait été dans les camps de concentration, » écrivit Frankl (Man’s Search for Meaning, p. 66), « il aurait changé sa position. Au-delà des pulsions et instincts naturels de base des gens, il aurait rencontré la capacité humaine à l’auto-transcendance. Nous qui avons vécu dans les camps de concentration pouvons nous souvenir des hommes qui traversaient les huttes pour réconforter les autres, donnant leur dernier morceau de pain. Ils étaient peut-être peu nombreux, mais ils offrent une preuve suffisante que tout peut être enlevé à un homme sauf une chose : la dernière des libertés humaines — choisir son attitude dans n’importe quel ensemble de circonstances données ; choisir sa propre voie. »
C’est ainsi dans le creuset de ce camp de concentration horrific que Frankl en vint à affiner et à cristalliser ses intuitions antérieures concernant les réalités sous-jacentes de la psychologie humaine. Une fois la guerre terminée, le Dr Frankl ne put éviter la collision inévitable avec les principes fondateurs et les disciples dévoués de son ancien professeur. La question essentielle est de savoir si une essence spirituelle sous-jacente et intégrale — une âme — existe sous tout cela. Sommes-nous définis par les ingrédients circonstanciels limités qui composent notre personnalité particulière, ou y a-t-il quelque chose de plus profond et d’infini dans notre constitution que nous pouvons accéder et activer pour transcender nos propres limitations ?
La quête de sens : au cœur de l’âme humaine
Freud et Frankl, chacun à sa manière, cherchaient à découvrir ce qui se cache dans nos profondeurs psychiques sous les masques que nous montrons au monde. Ils voulaient tous deux savoir ce qui définit et motive vraiment le comportement humain — qui sommes-nous vraiment ? Et, plus important encore, qui pouvons-nous être ? En réponse à ces questions, Freud et Frankl ont tous deux postulé l’existence d’une structure stratifiée de la conscience humaine. Cela signifie que chaque humain contient de multiples niveaux de conscience, y compris, bien sûr, les régions inconscientes de la psyché qui exercent des influences primaires sur notre comportement et s’expriment de manière mystérieuse à travers les rêves et le langage. Le Dr Frankl croyait qu’au-dessous des pulsions variées orientées vers le service de soi ou l’adaptation sociale, il y a quelque chose de plus profond — une essence intérieure, une âme qui transcende et inclut les éléments complexes de la psyché et de l’esprit. Ce niveau de notre être est principalement motivé par une « aspiration à trouver un sens à sa vie », d’où le titre de son best-seller — La Quête de sens de l’homme.
La parabole du Rabbi : au-delà de la boue, les diamants
Cette différence d’opinion fondamentale entre Freud et Frankl concernant ce qui se trouve à la racine de la psyché humaine est magnifiquement encapsulée dans une conversation entre le Rabbi et un professeur bien connu qui se plaignait au Rabbi de la nature tordue des gens : « De mes rencontres dans la vie, j’ai remarqué que les gens peuvent sembler gentils et charmants au début. Ils peuvent exprimer de l’inquiétude pour vous, montrer de l’intérêt pour votre vie, et même admettre ouvertement qu’ils vous aiment ! Mais si l’on creuse un peu plus profondément que la surface extérieure — certains nécessitent plus de creusement que d’autres — au fond, tout le monde est exactement le même — égoïste, arrogant et égocentrique. Pourquoi est-ce la nature de l’humanité ? » Le Rabbi répondit avec une parabole : « Quand on marche dans la rue, les choses semblent souvent si élégantes et attrayantes — de grands arbres fleuris, des maisons luxueuses, des routes pavées et des voitures chères. Mais si l’on prend une pelle et commence à creuser sous la surface, on découvre de la saleté et de la boue, rien de tel que le monde beau mais ‘trompeur’ au-dessus du sol. » À ce stade, le professeur hochait la tête en signe d’accord. « Mais — s’il ne devait pas abandonner, » conclut le Rabbi, « et continuerait à creuser plus profondément, il finirait par rencontrer des minéraux précieux et des diamants. »
Le Rabbi reconnaissait le fait que sous la surface des personnalités extérieures des gens, il y a souvent une réalité psychique beaucoup moins flatteuse. Cependant, le Rabbi souligna davantage qu’au-dessous de toute la « saleté et la boue », il y a quelque chose de plus profond, quelque chose de beau et de saint : il y a une âme.
Un héritage partagé : Frankl et la vision hassidique de l’âme
C’est peut-être pour cela que le Rabbi s’intéressa tant au Dr Frankl et à son travail. La vision de Frankl de la psyché humaine correspondait assez étroitement à celle de la compréhension hassidique : nous avons une âme sous la surface du soi. Cette âme forme le noyau même de notre être et nous relie à d’autres âmes et à un Pouvoir supérieur. L’activation de ce point central à l’intérieur est ce qui nous permet de transcender notre nature inférieure et de devenir une force pour le bien dans le monde.
Tout au long des années suivant son message initial de motivation au Dr Frankl, le Rabbi écrivit avec admiration sur l’approche de Frankl (voir Igrot Kodesh, vol. 22, p. 227) : « Il est évident [que] certains médecins ont aidé et guéri leurs patients de manière droite, surtout depuis qu’un professeur (Frankl) a trouvé le courage dans son âme de déclarer et d’annoncer que, contrairement à l’opinion du célèbre fondateur de la psychanalyse (Freud), la foi en Dieu et une inclination religieuse en général, qui donne un sens à la vie, etc., est l’un des moyens les plus efficaces de guérison. » De plus, le Rabbi continua à soutenir et à endosser son travail, suggérant même à d’autres érudits et psychologues (par exemple, un psychiatre juif religieux, Jacob Greenwald, raconta qu’il fut une fois invité par le Rabbi pour une visite. Le Rabbi voulait savoir s’il était familier avec les écrits de Victor Frankl et s’ils pouvaient être intégrés dans une perspective torahique de la thérapie. Pour en savoir plus, voir l’essai de R. Yosef Yitzchak Jacobson, ici) que le travail de Frankl serait un bon endroit pour trouver et forger d’autres connexions entre les vues de la psychologie et les enseignements du hassidisme.
Qui plus est, malgré le fait que le Dr Frankl s’engageait rarement publiquement avec la communauté juive, il devint un partisan constant du travail de Chabad à Vienne pour le reste de sa vie. Il est clair de toutes les histoires ci-dessus que finalement, malgré l’influence incontestée de Freud dans le domaine de la psychologie, le Rabbi ressentait une parenté envers les idées et l’approche de Frankl pour guérir et motiver l’être humain à devenir plus humain. Le Rabbi était d’accord avec le Dr Frankl que chaque personne a le potentiel d’être bien plus que juste son corps et son ego. En activant leur point intérieur de sens ultime, une personne peut échapper aux sables mouvants des obsessions centrées sur soi et devenir véritablement sainte.
La contradiction fondamentale entre Viktor Frankl et Sigmund Freud réside dans leur conception de la motivation humaine principale et leur vision de la nature humaine.
Motivations humaines fondamentales
Freud : La théorie psychanalytique de Freud repose sur le « principe de plaisir ». Selon lui, l’homme est essentiellement motivé par la recherche du plaisir et l’évitement de la douleur. Les pulsions inconscientes, particulièrement sexuelles (libido) et agressives (thanatos), sont les forces motrices du comportement humain.
Frankl : Pour la logothérapie, la « volonté de sens » est la motivation première. L’être humain n’est pas principalement à la recherche du plaisir ou du pouvoir, mais du sens. Le bonheur n’est pas un but en soi mais la conséquence d’une vie signifiante.
Vision de l’inconscient
Freud : L’inconscient est un réservoir de pulsions refoulées, souvent d’origine sexuelle ou agressive, qui influencent notre comportement à notre insu.
Frankl : Frankl reconnaît l’existence d’un « inconscient spirituel » – une dimension où résident nos aspirations profondes au sens et nos valeurs authentiques.
Déterminisme vs liberté
Freud : Adopte une perspective déterministe – nos comportements actuels sont essentiellement déterminés par notre passé, particulièrement notre enfance.
Frankl : Insiste sur la liberté humaine et la responsabilité – même face aux conditionnements biologiques, psychologiques ou sociaux, l’homme conserve la liberté de choisir son attitude.
Conception de la souffrance
Freud : La souffrance est principalement un symptôme à éliminer, résultant de conflits psychiques inconscients.
Frankl : La souffrance peut avoir un sens et une valeur transformative. Elle devient supportable si elle a un sens.
Approche thérapeutique
Freud : Vise à rendre conscient l’inconscient à travers l’analyse des rêves, des associations libres, etc., pour résoudre les conflits internes.
Frankl : Oriente le patient vers le futur et vers des valeurs et significations à réaliser, plutôt que de se concentrer sur l’analyse du passé.
Frankl lui-même a résumé cette différence en affirmant que tandis que la psychanalyse cherche à rendre conscient l’inconscient, la logothérapie cherche à rendre consciente la dimension spirituelle (ou noétique) de l’existence humaine.
Eliya Cohen, libéré lors de la dernière phase de l’accord avec l’organisation terroriste Hamas, est retourné dimanche à « l’abri de la mort » d’où il avait été enlevé par les terroristes. Avec une émotion palpable, il a récité le « Chema Israël » : « Je répète la même phrase que j’ai prononcée avant mon enlèvement », a-t-il expliqué, visiblement ému.
Dans son premier message publié après son retour de l’enfer de Gaza, il a partagé son histoire de survie – un témoignage vivant de la puissance de l’amour, de l’espoir et de la foi : « Une personne qui a tout perdu en un seul jour ensoleillé et qui pourtant se relève chaque jour, a choisi de se battre même quand tout semblait perdu, comme de la science-fiction, impossible et délirant. »
L’histoire d’Eliya Cohen commence le 7 octobre, lorsqu’il a fui la rave-party Supernova avec sa fiancée Ziv Abud pour se réfugier dans un abri anti-bombes en bord de route, plus tard surnommé le « bunker de la mort ». C’est dans cet abri qu’il a rencontré pour la première fois Alon Ohel, qui fait toujours partie des otages détenus à Gaza.
« Ils ont lancé la première grenade. Quelqu’un a crié : ‘Grenade ! Grenade !’ J’ai sauté sur Ziv… et la première chose qui m’est venue à l’esprit a été : ‘Ziv, je t’aime.’ La grenade a explosé et a tué tout le monde à l’entrée. Ziv m’a répondu : ‘Eliya, je t’aime' », a-t-il témoigné avec émotion.
Cohen raconte ensuite le geste héroïque du sergent Aner Shapiro, qui n’était pas en service ce jour-là. « Nous ne pouvons pas les laisser nous tuer comme ça », a déclaré le soldat avant de saisir une grenade lancée dans l’abri pour la renvoyer à l’extérieur. Malheureusement, Aner a été abattu en tentant de repousser une autre attaque. « Il est tombé à terre et la grenade a explosé avec lui. À ce moment-là, je me suis dit : ‘Non, je n’y crois pas.’ Le type qui nous protégeait est mort », se souvient Cohen.
Pendant que lui et Ziv se cachaient sous des corps pour échapper aux terroristes, sa fiancée lui a murmuré : « Au moins, là-haut, nous serons ensemble. Là-haut, personne ne pourra nous déranger. » C’est à ce moment que Cohen a reçu une balle dans la jambe, perdant progressivement conscience jusqu’à 11 heures du matin.
À son réveil, trois terroristes le filmaient après l’avoir extrait de l’abri. « L’un d’eux avait un sourire fou. Un sourire complètement fou. Je n’oublierai jamais ce sourire de ma vie », raconte-t-il. « Je m’endors avec ce sourire, je le porte en moi. C’est le sourire de mon enlèvement. »
Chargé dans un camion avec d’autres otages, dont Hersh Goldberg-Polin (qui a malheureusement été assassiné l’année dernière à Gaza), Cohen a été témoin d’une scène traumatisante : un otage tentant de s’échapper a été abattu sur place. « Nous lui avons dit : ‘Ne fais pas ça’. Mais durant le trajet, il l’a fait. Ils ont arrêté le camion et l’ont abattu. Nous avons continué comme si de rien n’était », relate-t-il.
Arrivé à Gaza, Cohen a été détenu avec Eli Sharabi, Or Levy et Alon Ohel. Les trois premiers ont finalement été libérés – Sharabi et Levy le 8 février, « dangereusement décharnés », et Cohen le 22 février. Pendant sa captivité, il a été enchaîné dans un tunnel souterrain, ses geôliers ne lui retirant ses chaînes qu’environ tous les deux mois pour se laver.
Mais la privation la plus difficile à supporter était la faim, confie l’ancien otage. « On peut supporter d’être humilié, on peut supporter qu’on nous insulte, on peut supporter d’avoir les jambes enchaînées. La faim est un combat quotidien, car au-delà de la faim, on se bat aussi pour sa vie. Chaque soir, on se couche en se demandant : ‘Qu’est-ce que je vais faire demain pour avoir ce morceau de pita ?' »
Le récit d’Eliya Cohen va bien au-delà de son incroyable histoire personnelle. Son message est également une touchante lettre d’amour adressée à Ziv, sa compagne qui, malgré tout, n’a jamais cessé de se battre pour lui. « Je veux te remercier sur cette plateforme précisément, car c’est cette plateforme que tu as utilisée pour me ramener à la maison », lui a-t-il écrit. « Avec ta détermination et ta créativité, avec un courage et des tripes dignes d’un excellent combattant. Je veux que tout le monde sache qui tu es et combien je t’aime. »
Ce retour symbolique sur les lieux de son enlèvement représente une étape importante dans le processus de guérison d’Eliya Cohen. En récitant le « Chema Israël », la prière juive fondamentale qui affirme l’unicité de Dieu, il renoue avec le moment précis où sa vie a basculé tout en affirmant sa résilience spirituelle.
Les images de ce moment poignant ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, suscitant une vague d’émotion dans tout Israël. Pour beaucoup, ce geste symbolise la force intérieure qui a permis à Eliya de survivre pendant sa captivité.
Les spécialistes en santé mentale qui accompagnent les otages libérés soulignent l’importance de ces rituels de retour dans le processus de guérison. « Revisiter les lieux traumatiques dans un contexte sécurisé peut aider à reprendre le contrôle sur le récit personnel et à transformer l’expérience », expliquent les psychologues spécialisés dans le stress post-traumatique.
Pour Eliya Cohen, ce retour s’inscrit dans une démarche plus large de témoignage. « Je raconte mon histoire non pas pour m’apitoyer, mais pour que personne n’oublie ceux qui sont encore là-bas », a-t-il déclaré, faisant référence aux otages toujours détenus à Gaza, dont Alon Ohel avec qui il a partagé sa captivité.
Cette histoire de résilience et d’amour inconditionnel rappelle que derrière chaque otage libéré se cache un réseau de soutien qui n’a jamais cessé d’espérer et de se battre. Elle souligne également le pouvoir de la foi comme source de force intérieure face à l’adversité la plus extrême.
Pour Eliya et Ziv, le chemin vers la guérison ne fait que commencer, mais leur histoire inspire déjà des milliers de personnes à travers le pays, devenant un symbole d’espoir dans une période particulièrement sombre de l’histoire d’Israël.