par hassidout | 25 Août, 2025 – 1 Elul 5785 | MAGAZINE |
Un enseignement profond du Tsema’h Tsedek expliquant pourquoi le peuple d’Israël a eu besoin d’un roi, la différence entre Chaoul et David, et comment à l’époque messianique le Roi Machia’h dirigera Israël malgré leur niveau élevé d’érudition en Torah.
Par le Rav Yossef Itshak Ofen
Le Tsema’h Tsedek pose une question essentielle : Quand les enfants d’Israël ont demandé au prophète Chmouel de leur donner un roi, Chmouel s’est fortement indigné et D.ieu lui a dit que c’était négatif. Pourtant, à l’entrée en Terre d’Israël, ils ont reçu l’ordre d’accomplir trois Mitzvot : la nomination d’un roi, l’extermination d’Amalek et la construction du Beth HaMikdash. Pourquoi cette contradiction apparente ?
Cette question révèle la profondeur de la Mitsva royale et ses implications spirituelles pour chaque génération, culminant avec l’époque messianique où tous les mystères seront élucidés.
Le concept de l’annulation face au roi
Le Tsema’h Tsedek explique la nature véritable de la nomination d’un roi : par son intermédiaire, le peuple sera annulé face au Saint béni soit-Il. Le roi lui-même étant annulé face à D.ieu, comme David qui a déclaré : « Si je ne me suis pas apaisé et calmé » – il était parvenu à un tel niveau d’annulation qu’il était comme inanimé, sans mouvement propre, totalement soumis à la volonté divine.
Le roi constitue un char pour l’attribut de royauté du Créateur. Tout comme un char s’efface devant le cavalier et suit sa direction, le roi est annulé face à la royauté céleste, et Israël devient annulé face à D.ieu par l’intermédiaire du roi. Cette annulation n’est pas une soumission passive, mais une élévation spirituelle qui permet de transcender les limitations de l’ego individuel.
C’est le concept des quatre pieds du char divin : Avraham notre père représente la bonté (Hessed), Its’hak la rigueur (Gevoura), Yaakov l’harmonie (Tiféret), et David la royauté (Mal’hout). Chaque Patriarche nous transmet une force spirituelle particulière : l’amour de D.ieu, la crainte de D.ieu, la miséricorde, et l’acceptation du joug de la royauté céleste.
La nécessité du roi pour les différents niveaux spirituels
Au niveau le plus simple, la Michna enseigne : « Si ce n’était la crainte de la royauté, chacun dévorerait son prochain vivant ». L’autorité royale maintient l’ordre social et empêche l’anarchie. Cependant, cette explication ne suffit pas pour comprendre la profondeur spirituelle de cette Mitsva.
Il existe deux catégories principales en Israël : les érudits en Torah qui possèdent déjà l’annulation par leur sagesse, et les âmes simples qui ont besoin d’un roi pour les guider vers cette annulation. Les érudits en Torah, par leur étude constante, développent naturellement un état d’annulation face à D.ieu, car la sagesse véritable mène à l’humilité et à la reconnaissance de la grandeur divine.
Chmouel le prophète souhaitait que tous atteignent le niveau d’érudits en Torah et n’aient pas besoin d’un roi de chair et de sang, mais plutôt d’un prophète ou d’un juge spirituel. Il voulait élever tout le peuple à un niveau où chacun serait directement connecté à D.ieu par la sagesse de la Torah.
L’indignation de Chmouel et la réalité spirituelle
Mais puisqu’en réalité ils se trouvaient à un niveau inférieur et n’avaient pas tous atteint le niveau d’érudits en Torah, D.ieu a ordonné de leur donner un roi selon leurs besoins spirituels du moment. Cette décision divine ne constitue pas un compromis, mais une adaptation parfaite aux capacités spirituelles réelles du peuple.
L’indignation de Chmouel et de D.ieu venait du fait que le peuple avait les moyens spirituels d’atteindre un niveau supérieur, mais qu’ils n’avaient pas saisi cette opportunité. C’est pourquoi leur demande a été considérée comme un manque de foi en leur potentiel spirituel élevé.
Néanmoins, D.ieu dans Sa miséricorde leur a accordé ce dont ils avaient besoin selon leur niveau actuel, tout en gardant l’espoir qu’ils s’élèveraient progressivement vers l’idéal initial.
La différence fondamentale entre Chaoul et David
Chaoul était un roi temporaire, spécialement choisi pour inaugurer l’institution royale en Israël. Bien qu’il fût spirituellement très élevé, se situant au niveau de Bina (compréhension divine), sa royauté était imprégnée de compréhension intellectuelle plutôt que d’annulation pure.
Le Tsema’h Tsedek explique que Chaoul a été « emprunté » de son niveau spirituel élevé pour descendre créer l’institution royale. Comme tous les commencements sont difficiles, il fallait commencer par un niveau très élevé, similaire à l’inauguration du Temple où l’on consacre des éléments exceptionnels.
David, en revanche, a mérité la couronne éternelle car il était une âme collective, un char véritable pour la royauté d’En-Haut. Sa royauté ne se limitait pas à l’aspect d’annulation, mais incluait la sagesse dans chaque détail de la gouvernance royale. La femme de Tekoua lui a dit : « Mon seigneur est sage comme la sagesse de l’ange de D.ieu ».
La sagesse collective de David
David possédait une caractéristique unique parmi tous les rois : sa sagesse englobait celle de tout Israël. Comme il est écrit concernant Yehochoua : « un homme en qui il y a l’esprit », capable de s’adapter à l’esprit de chacun, David en tant qu’âme collective pouvait comprendre et diriger les 600 000 âmes d’Israël selon leurs besoins particuliers.
Les autres rois, même les plus grands comme Chlomo dont il est dit « il fut plus sage que tout homme », possédaient une sagesse personnelle qui n’éclairait pas spécifiquement leur rôle royal. Leur sagesse et leur royauté constituaient deux aspects séparés de leur personnalité.
Chez David, la sagesse et la royauté étaient parfaitement intégrées. Il dirigeait le peuple comme un berger qui connaît chaque brebis de son troupeau, veillant à son bien-être spirituel et matériel. Il s’occupait aussi bien de l’élévation spirituelle par l’accomplissement des Mitzvot que des besoins matériels comme la subsistance.
Les niveaux de royauté selon le Tsema’h Tsedek
Le Tsema’h Tsedek distingue plusieurs niveaux de royauté : la royauté simple où règne l’ordre sans annulation mutuelle, la royauté d’annulation où le peuple s’annule face au roi qui s’annule face à D.ieu, et la royauté de David où la sagesse divine s’exprime dans chaque aspect de la gouvernance.
Cette progression correspond aux niveaux spirituels : Assiya (action) pour la royauté de base, et Hokhma (sagesse) dans Mal’hout pour la royauté de David. Cette distinction est fondamentale pour comprendre ce que sera la royauté messianique.
David a reçu des Patriarches l’aspect des attributs divins (Midot) et d’Adam HaRichon l’aspect de la sagesse (Hokhma), lui permettant d’être une âme collective capable d’englober toute la diversité d’Israël dans son leadership spirituel.
Le paradoxe de l’époque messianique
La question centrale se pose avec une acuité particulière : à l’époque messianique, quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer » et que « ils n’enseigneront plus chacun son frère », quand tous seront des érudits en Torah au plus haut niveau, pourquoi auront-ils encore besoin d’un roi ?
Cette question révèle un paradoxe apparent dans la Mitsva elle-même : si la Torah s’adresse à tous, y compris aux érudits en Torah, comment peut-on dire qu’ils sont exemptés de la Mitsva royale ? Et si l’époque messianique représente l’apogée de la perfection spirituelle, pourquoi maintenir une institution qui semble destinée aux niveaux spirituels inférieurs ?
Le Tsema’h Tsedek résout ce paradoxe en révélant qu’il existe une royauté supérieure, même pour les plus grands érudits en Torah. Cette royauté ne se base pas sur le manque d’annulation, mais sur la reconnaissance qu’il existe des niveaux de révélation divine qui transcendent même la plus haute compréhension intellectuelle.
La Torah sans limites et la royauté supérieure
Le Tsema’h Tsedek explique que la Torah est sans limite : « Ils iront de force en force », il y a des niveaux infinis dans la saisie de la Torah. À l’époque messianique, il y aura une révélation extraordinaire de la divinité, et les gens saisiront la dimension intérieure de la Torah (Pnimiyout HaTorah) qui est actuellement cachée.
Le Machia’h enseignera cette dimension intérieure à tout le peuple, révélant ce qui est maintenant caché même aux plus grands Maîtres. Cependant, lui-même connaîtra infiniment plus que ce qu’il pourra révéler aux autres. Cette différence qualitative et quantitative dans la connaissance justifie son statut royal.
Même les grands érudits de l’époque messianique, qui comprendront les raisons des Mitzvot et les mystères de la Torah, ne pourront pas saisir tout ce que le Machia’h comprendra. Cette limitation n’est pas due à un défaut de leur part, mais à la nature infinie de la révélation messianique elle-même.
Le Machia’h : Rabbi et Roi simultanément
Le Machia’h sera à la fois Rabbi et Roi, combinant ces deux rôles de manière parfaite. Ce qu’il enseignera et que les gens saisiront constitue l’aspect de Rabbi – l’éducation et la transmission de la sagesse selon la capacité de réception de chacun.
Ce qu’ils ne pourront pas saisir malgré leur niveau élevé nécessite l’aspect royal – l’acceptation et l’annulation face à ce qui dépasse leur compréhension actuelle. Cette annulation ne diminue pas leur grandeur, mais au contraire l’augmente en les connectant à des niveaux encore plus élevés.
La royauté représente l’acceptation de ce qui transcende la compréhension personnelle. Même le plus grand érudit doit reconnaître qu’il existe des dimensions de la vérité divine qui dépassent sa saisie intellectuelle actuelle. Cette reconnaissance constitue la forme la plus élevée d’humilité spirituelle.
L’annulation au-dessus de la sagesse
Quand a-t-on besoin de l’aspect royal, de l’annulation face à l’autorité ? Précisément quand notre intellect ne peut pas saisir la nécessité d’une action ou d’une compréhension particulière. Ce que nous comprenons naturellement par notre propre sagesse, nous l’accomplirons de toute façon par conviction personnelle.
Mais ce qui va au-delà ou même à l’encontre de notre compréhension actuelle requiert une décision royale, un commandement qui transcende la logique immédiate. C’est alors que nous annulons notre volonté personnelle face à la volonté supérieure du roi, reconnaissant que « le cœur des rois ne peut être connu ».
Cette dynamique existe également dans la Torah : il y a des Mitzvot compréhensibles comme les Tefillin (souvenir de la sortie d’Égypte) et des décrets (Houkim) comme la vache rousse que nous ne pouvons pas comprendre rationnellement. À l’époque messianique, les raisons seront révélées, mais il subsistera toujours des niveaux plus profonds accessibles uniquement au Machia’h.
L’élévation extraordinaire du Machia’h
Concernant le Machia’h, il est écrit dans Isaïe : « Voici, Mon serviteur prospérera, il sera élevé, exalté et très haut ». Cette élévation progressive indique des niveaux spirituels qui dépassent même ceux des plus grandes figures de l’histoire.
Le Rabbi cite souvent la promesse divine : « Et Je vous ferai marcher la tête haute » vers notre terre. Cette « tête haute » (Komemiyout) fait référence à la stature spirituelle d’Adam HaRichon. Selon Rabbi Meïr, ce sera 200 coudées, selon Rabbi Yehouda, 100 coudées – des dimensions qui indiquent une connexion parfaite entre la terre et les cieux.
Tandis que tous les Juifs de l’époque messianique atteindront le niveau d’Adam HaRichon après la faute (après sa Techouva), ayant la perfection des Sefirot, le Machia’h atteindra le niveau d’Adam HaRichon avant la faute, et même davantage. Il sera « très haut » (Méod Méod) – un niveau qui dépasse toute limitation.
Les âmes collectives et le niveau du Machia’h
Le concept d’âme collective révèle la hiérarchie spirituelle des dirigeants d’Israël : Adam HaRichon était « Haya collective » (âme collective du niveau le plus élevé), Moché Rabbénou était une « Néchama collective », David le roi était « Néfech collective » (correspondant à Mal’hout), et Élie le prophète est « Rouah collectif ».
Le Machia’h sera « Yéhida collective » – le niveau d’âme le plus élevé, correspondant à l’Eïn Sof. Yéhida représente l’étincelle du Créateur qui s’unit parfaitement avec l’étincelle de la créature, réalisant l’unité absolue entre le divin et l’humain.
Cette élévation explique pourquoi le Machia’h pourra régner même sur les plus grands érudits en Torah de l’époque messianique. Sa source spirituelle transcende tous les niveaux de saisie intellectuelle, même les plus élevés, nécessitant une forme d’annulation qui est en réalité une élévation vers l’infini divin.
La source divine du Machia’h selon la Kabbale
Le Tsema’h Tsedek explique selon la Kabbale que David puisait de Mal’hout d’Atsilout, recevant des Patriarches et d’Adam HaRichon. Mais concernant le Machia’h, il est écrit : « Vie, il T’a demandée, Tu lui as donnée » – indiquant qu’il reçoit directement de l’Eïn Sof lui-même.
Cette différence de source explique la différence de niveau : tandis que David était limité aux révélations d’Atsilout, le Machia’h puisera directement de l’Essence divine infinie, lui permettant de révéler des aspects de la divinité jamais encore manifestés dans les mondes.
Selon la terminologie kabbalistique, les créatures de Briya, Yetsira, Assiya (BYA) ont comme roi l’Atik de Mal’hout d’Atsilout – ce qui dépasse leur compréhension. Les âmes d’Atsilout, appelées « fils » et « frères », ont comme Atik la Mal’hout d’Eïn Sof d’Adam Kadmon. Le Machia’h représente cette Mal’hout d’Eïn Sof elle-même.
L’acceptation du joug et la connexion à l’Essence
Le concept d’acceptation du joug (Kabbalat Ol) révèle la connexion directe à l’Essence divine. Contrairement à l’action basée sur l’intellect, l’acceptation du joug transcende la compréhension rationnelle et connecte directement à la volonté divine essentielle.
L’exemple de Chaoul illustre les limites de l’approche purement intellectuelle : bien qu’ayant parfaitement raison selon la logique, il a échoué face à Amalek parce que cette guerre nécessitait une approche supra-rationnelle. Notre génération, la septième depuis le Rabbi Rachab, correspond à ce niveau d’acceptation du joug qui, bien qu’il semble inférieur à l’intellect, est en réalité enraciné dans ce qui dépasse infiniment l’intellect.
La Mal’hout (royauté) est enracinée dans l’Atsmout (Essence divine), expliquant pourquoi D.ieu désire être roi et avoir une résidence dans les mondes inférieurs. Ces deux désirs – royauté et résidence – constituent en réalité un seul objectif : révéler l’Essence divine à travers l’annulation des créatures.
Notre génération et l’accomplissement final
Le Rabbi a enseigné un point crucial concernant notre génération : nous terminons la mission de toutes les générations précédentes. Citant Rachi sur « si on commence une Mitsva, il faut la terminer », le Rabbi explique que « toute la Mitsva » se réfère à notre génération qui achève l’intention de toutes les générations depuis la création.
Comme les enfants d’Israël ont été appelés sur leur nom pour avoir accompli la Mitsva des ossements de Yossef, notre génération sera appelée sur son nom pour avoir achevé l’œuvre spirituelle de l’histoire.
par hassidout | 24 Août, 2025 – 30 Av 5785 | MAGAZINE |
Photo de couverture : ©Myriam Tangi, Yemen, 1983
Dès leur arrivée en Terre sainte, les enfants juifs du Yémen ont été la proie des services d’immigration, qui se sont employés « à leur faire oublier Ta Torah et à leur faire transgresser les Décrets de Ta Volonté », selon l’expression du rituel de la fête de ‘Hanouka.
Traduit par le Rav Haim Mellul
Sous l’impulsion du Rabbi, les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva se rendirent alors dans les Maabarot, ces villages préfabriqués dans lesquels les nouveaux immigrants étaient alors installés. Ils réunirent les parents et ils parvinrent à les convaincre d’envoyer leurs enfants au ‘Héder et à la Yechiva, conformément à la Tradition qui leur était si chère. Bien souvent, il en résulta des tensions avec la police et même des arrestations, mais les ‘Hassidim puisèrent la force dans l’affirmation du Rabbi selon laquelle il fallait agir à tout prix.
La position tranchée du Rabbi et l’abnégation des ‘Hassidim portèrent leurs fruits. La Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch de Lod – Kfar ‘Habad était, à l’époque, la seule au monde qui avait inscrit sur son papier à en-tête : « Yechiva pour les élèves originaires de Russie et du Yémen ». Hormis le Rabbi, nul n’aurait eu la force de s’opposer à David Ben Gouryon, qui dirigeait personnellement l’intégration de ces enfants.
En l’occurrence, le papier à en-tête de la Yechiva raconte ici une très longue histoire, celle du sauvetage spirituel des enfants du Yémen par le Rabbi. Comme on le sait, il n’y eut pas d’action directe du Rabbi au Yémen. En revanche, il intervint personnellement quand les enfants de ce pays arrivèrent en Terre sainte et qu’on voulut les orienter vers un système éducatif qui n’était pas en accord avec les valeurs traditionnelles de cette communauté.
Les ‘Hassidim d’origine yéménite sont actuellement partie intégrante de la communauté ‘Habad. La première génération, arrivée de « là-bas » sait décrire l’abnégation impressionnante des ‘Hassidim ‘Habad, à l’époque de la Alya du Yémen.
Les anciens se rappellent du célèbre guide spirituel, le Rav Avraham Mayor Dreizin, qui, au cours d’une réunion ‘hassidique avec quelques jeunes gens d’origine yéménite, à la Yechiva de Lod, s’écria, tard dans la nuit et avec un sanglot :
« Peut-être la Alya des Juifs du Yémen se justifie-t-elle uniquement pour que vous vous trouviez à la Yechiva Tom’heï Temimim ! ».
Ceux qui étaient présents furent profondément marqués par cette phrase et ils s’en souviennent encore, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées, depuis lors. L’un d’entre eux déclara :
« Rav Avraham a eu raison. Quand on observe les familles ‘hassidiques que nous avons constituées par la suite, on découvre à ses propos une signification et une profondeur toutes particulières ».
Le Rav Chalom Dov Ber Lipchitz se rappelle de l’action menée par les élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch pour sauver les enfants du Yémen et d’autres exils encore :
« J’ai mené une première action et j’ai ensuite été suivi par des dizaines d’autres élèves de la Yechiva. Nous creusions des passages sous les clôtures des Maabarot, nous entrions et nous repartions avec les enfants, après avoir obtenu l’accord des parents. Ces enfants passaient la première nuit à la Yechiva, puis ils étaient répartis entre les écoles ‘Habad.
Le danger était certain. L’intrusion de jeunes gens à l’apparence religieuse entraînait une réaction menaçante, parfois même violente, de la part des gardes de ces camps. Les policiers ont effectué des perquisitions à la Yechiva et certains jeunes gens ont même été arrêtés. Mais, les élèves ont tenu bon, ils ont visité la totalité des Maabarot et ils ont sauvé des milliers d’enfants.
Les parents nous accueillaient toujours avec joie. Euxmêmes se mettaient en danger et ils cachaient les élèves des Yechivot sous les lits, quand ceux-ci ne pouvaient pas repartir immédiatement. De la sorte, les enfants yéménites sont devenus les élèves de toutes les écoles ‘Habad de Terre sainte. Quand ils ont grandi, nombre d’entre eux ont constitué des familles ‘Habad, essentiellement en Erets Israël ».
C’était en 5709 (1949), un an après la création de l’état d’Israël. Cinquante mille Juifs, venant des villes et villages du Yémen arrivèrent en Erets Israël dans le cadre d’une opération de sauvetage qui avait été appelée : « tapis volant ». Un cordon aérien avait permis leur venue et le bonheur était évident sur le visage de tous. A l’aéroport, nombre d’entre eux embrassèrent le sol, quand ils descendirent de l’avion.
Ces immigrants avaient une foi pure en la Terre des Patriarches, la Terre sainte, mais les services de l’immigration, qui les prirent en charge, s’employèrent d’emblée à tempérer leur foi brûlante.
La majeure partie de ces immigrants était des enfants. Leur Péot furent coupées, « pour des raisons d’hygiène, afin de prévenir la multiplication des poux ». Nombre d’entre eux furent placés dans des écoles éloignées de toute pratique juive et dans des Kibboutzim où la transgression du Chabbat
était la règle, où la Cacherout alimentaire était absente. L’objectif déclaré était de leur faire oublier la Torah et les Mitsvot. De fait, beaucoup s’égarèrent, mais, D.ieu merci, nombreux furent aussi ceux qui ont été sauvés.
Le Rabbi lança lui-même ces opérations de sauvetage. Toutes les Maabarot furent systématiquement visitées. D’une manière discrète, de nombreux enfants furent transférés, à l’époque, avec l’accord des parents, vers un ‘Héder ou une Yechiva.
Le Rav Lipchitz forma une association, les Peïlim, « ceux qui agissent », chargée de gérer cette action et les élèves de la Yechiva intervinrent eux-mêmes dans ce cadre. Par la suite, les Peïlim devinrent Yad Le A’him, « la main tendue aux frères », une organisation qui, encore de nos jours, lutte contre toute tentative d’affaiblissement de l’identité juive.
Parfois, il y eut des heurts avec la police et des arrestations, mais les ‘Hassidim savaient que le Rabbi avait demandé de mener cette action à tout prix. Dans l’une de ses causeries, le Rabbi avait, en effet, déclaré :
Lorsque l’on peut emprunter des voies pacifiques, c’est préférable. Si ce n’est pas possible, il faut protester et si même la protestation ne sert à rien, il faut menacer. Si la menace est elle-même sans effet, sachez qu’il s’agit, en l’occurrence, d’un cas de force majeure, le sauvetage d’âmes de la destruction morale, ce qu’à D.ieu ne plaise. Il faut donc appliquer, en la matière, le principe selon lequel un cas de force majeure repousse toute autre considération.
Le Rav Lipchitz et d’autres ‘Hassidim ‘Habad menèrent donc une action déterminante, pour sauver ces enfants, d’abord sous l’étiquette des Peïlim, puis sous celle de Yad Le A’him. La position tranchée du Rabbi, l’action emplie d’abnégation des ‘Hassidim et des élèves de la Yechiva portèrent leurs fruits. Et, de nombreux enfants juifs retrouvèrent la voie de la Torah et des Mitsvot de cette façon.
De nombreux témoignages des immigrants du Yémen montrent comment le Rabbi fut la cheville ouvrière de leur salut moral. Nous rapporterons ici ceux du Rav Yaakov Zohar et du Rav Moché Hillel, qui présentent le parcours suivi par de nombreux enfants, venus en Terre sainte du Yémen et sauvés par les émissaires du Rabbi. Le Rav Zohar raconte :
« Etant enfant, au Yémen, je connaissais par cœur de nombreuses Hala’hot, dont je me souviens encore à ce jour. Tous les enfants savaient commenter la Torah, depuis leur plus jeune âge. Quand il y avait un mariage dans la communauté, on interrompait les danses, à un certain moment et les enfants s’asseyaient au milieu, en demi-cercle. Ils citaient alors, par cœur, des passages du Eïn Yaakov. Il y avait, en quelque sorte, une compétition entre eux. C’était le ‘sport national’ des enfants yéménites.
En chaque génération, nous nous sommes toujours appliqués à l’étude de la Torah. Jusqu’à la Alya, les Juifs du Yémen, de façon générale, vivaient dans des petites villes et des villages, au milieu de la population locale. Je suis né moi-même dans l’un de ces petits villages, éloigné de toutes les grandes cités. La moitié de sa population était musulmane, très pieuse et l’autre était juive, également très pratiquante et qui avait une vie relativement autonome.
Je vous donnerai un exemple. Lorsque quelqu’un était malade, le Chabbat, dans notre village, ses proches demandaient au Rav s’ils pouvaient cueillir les herbes qui permettraient
de confectionner des médicaments. Nul n’imaginait de transgresser le Chabbat, ni les adultes, ni les enfants, ni les jeunes gens.
Tous les hommes du village, sans la moindre exception, avaient une barbe et de longues Péot, dès l’âge de treize ou quatorze ans. Celui qui se coupait la barbe prenait le risque d’être excommunié. Et, chez les Juifs du Yémen, une excommunication était toujours suivie à la lettre, sans le moindre allègement.
Tous les Chabbats, les Juifs se réunissaient pour étudier la Torah avec les érudits de la communauté. Et, les enfants écoutaient aussi. A chaque fête, on étudiait les Lois de la fête. Le principe selon lequel on étudie les Lois de la fête pendant les trente jours qui la précèdent était, chez nous, immuable. Puis, nous sommes arrivés en Erets Israël et tout cela a changé ».
Le Rav Yossef Hillel décrit également la vie de tous les jours, au Yémen :
« Avant la Alya du Yémen, j’enseignais la Torah aux enfants. Je me rappelle de ce qu’ils étudiaient et du niveau des études. Chacun vivait au rythme de la Torah et des Mitsvot. L’étude était une activité centrale, depuis le plus jeune âge. Les hommes et les femmes mettaient en pratique les Mitsvot, de la meilleure façon possible, avec la plus grande abnégation, même s’ils devaient, pour cela, payer un lourd tribut, en termes de prospérité économique et sécuritaire.
C’est l’héritage que les enfants du Yémen apportaient avec eux, quand ils parvinrent en Erets Israël. Il est difficile de décrire tout cela. Et, c’est ce que les services d’immigration ont voulu faire disparaître.
De nos jours, cela paraît difficile à admettre, mais c’est toujours de cette façon que nous avons vécu. Comment expliquer que la vie quotidienne, au Yémen, était faite uniquement de la Lumière de la Torah, de la foi, de l’amour de D.ieu ? Les Juifs du Yémen étaient comme ceux qui se nourrissaient de la manne. Ils attendaient le salut de D.ieu en permanence ».
Avant de décrire l’action du Rabbi, nous prendrons connaissance de la description faite par ces deux ‘Hassidim de leur arrivée en Terre sainte. Le Rav Moché Hillel explique :
« L’arrivée des Juifs du Yémen en Erets Israël fut une succession de miracles. Le plus grand de ces miracles fut la possibilité de quitter le Yémen. Je suis moi-même originaire de la région de Haven. Or, pas un seul Juif n’est resté là-bas, bien que le régime ait été autoritaire.
En Erets Israël, on avait connaissance de la situation et ils ont envoyé un Juif qui s’appelait Yossef Tsadok, avec un chèque en blanc pour convaincre le roi de Haven, obtenir son accord de nous laisser partir. Un miracle s’est alors produit. Ce roi était un homme très dur et tous avaient peur de lui, Juifs et non Juifs. Quand on venait le voir, on se prosternait devant lui, tant on le craignait.
Je ne sais pas comment le miracle s’est produit, mais, c’est un fait, malgré sa dureté et sa méchanceté, il a immédiatement donné son accord de libérer les Juifs. Et, l’argent qu’il a reçu ne justifie pas, rationnellement, qu’il ait donné son accord ».
Le Rav Yaakov Zohar se rappelle également :
« Nous avons dû affronter de grandes difficultés. Lorsque nous avons été autorisés à quitter notre village, après avoir payé ce qu’ils appelaient : ‘l’impôt par tête’, nous étions persuadés qu’il y aurait un revirement de dernière minute, que les autorités reviendraient sur leur accord. Nous nous sommes donc enfuis de notre village.
Autant que je m’en souvienne, il nous a fallu une semaine de marche pour arriver à Hachi, le camp de la Alya qui se trouvait près d’Eden. Nous y sommes restés pendant une semaine et nous sommes ensuite allés en Erets Israël, en avion. »
Le Rav Moché Hillel déclare aussi :
« Nous sommes arrivés dans le camp qui se trouvait près d’Eden. Il me semble qu’il s’appelait Hachad. C’est là que nous avons eu notre première rencontre avec les hommes de l’agence juive. Nous avons été vaccinés et nous avons répondu à leurs questions. Il y a eu aussitôt des tensions entre ces hommes et les originaires de Haven à propos de la pratique juive.
Les hommes de l’agence juive étaient, pour la plupart, des Juifs yéménites qui s’étaient écartés de la pratique juive, en Erets Israël. Nous avons dû leur rappeler que nous mangions uniquement cacher et que, s’il n’y avait pas de viande cachère, nous nous contenterions de fruits. »
Le Rav Zohar ajoute :
« Il est très difficile de décrire les attentes d’un jeune enfant qui monte en Erets Israël. Mon émotion, quand ce moment vint, était intense. Je me rappelle que nous sommes arrivés en Erets Israël le jour de Tichea Be Av 5709 (1949). En descendant de l’avion, nous nous sommes tous prosternés et nous avons embrassé le sol, les jeunes et les vieux, les femmes et les enfants.
Imaginez-vous notre déception quand nous avons vu ceux qui étaient chargés de nous accueillir, des hommes qui n’avaient pas la tête couverte, qui parlaient la Langue sacrée, celle de notre prière, comme n’importe quelle autre langue. Nous étions profondément déçus, mais ce n’était qu’un début.
Je vous rapporterai un fait intéressant et effrayant à la fois. En 5709 (1949), le pays n’était pas encore totalement pacifié et les immigrants étaient logés dans les Maabarot. Ma famille a été placée dans un grand camp, à Atlit, dans lequel il y avait une école que je fréquentais. Je suis entré dans la classe et j’ai pensé que j’étudierai la Torah, comme je le faisais d’habitude, mais le nouvel enseignant, qui venait d’arriver le jour-même, nous a dit :
‘Découvrez-vous la tête !’.
Moi-même et tous les enfants de la classe, nous en avons été abasourdis. J’étais saisi jusqu’au plus profond de moi-même et j’ai décidé de montrer à ce professeur qu’il se trompait. Je suis sorti, en courant, par la porte qui se trouvait à l’arrière de la baraque servant d’école, je suis rentré à la maison, j’ai pris un livre de Hala’hot, je suis retourné à l’école et j’ai dit au professeur, avec tout mon enthousiasme juvénile : ‘Regardez, la Hala’ha dit clairement que l’on ne peut pas mentionner le Nom de D.ieu si l’on n’a pas la tête couverte’.
Le professeur a éclaté de rire et il a dit :
‘Cette Hala’ha s’applique uniquement au Yémen. Israël est un autre endroit, avec d’autres coutumes et ces bêtises ne concernent pas ce pays. D’ailleurs, les Péot sont inutiles également’.
D.ieu merci, je ne suis resté que peu de temps, dans cette école. Le camp d’Atlit a été fermé. Ma mère et moi, avec d’autres familles, nous avons été transférés à Roch Ha Aïn ».
Le Rav Hillel dit encore :
« Par la suite, la situation n’a fait que se détériorer. Les Juifs de Haven sont arrivés en Erets Israël en Tichri 5711 (1950) et nous avons été placés dans le camp d’Eïn Chemer. Nous avons été installés dans des tentes et il n’y avait rien du tout à manger. Nous avons consommé tous les aliments que nous avions apportés du Yémen et, par la suite, il a bien fallu se nourrir de ceux que l’on nous apportait.
Les hommes de l’agence juive nous ont affirmé que leurs plats étaient cachers, mais nous ne leur faisions pas confiance. Nous avons observé le Cho’het, pendant son travail et nous avons pu vérifier aussitôt que sa Che’hita n’était pas conforme à la Hala’ha, qu’il ne connaissait pas les Lois les plus élémentaires.
Il y a alors eu des disputes entre les responsables de l’immigration et nous. Nous leur avons dit que cette viande était Taref et nous avons détruit toutes celles qui se trouvaient dans le camp. Nous ne transigions pas. Les Juifs de Haven ne pouvaient pas passer de telles pratiques sous silence.
Par la suite, le calme est revenu et l’on nous a donné l’assurance que le Cho’het qu’on nous enverrait serait digne de confiance. C’est effectivement ce qui se passa. Ce Cho’het avait été désigné parmi les membres de notre communauté ».
Le Rabbi a considéré, d’emblée, que ces enfants étaient en danger et qu’il fallait les sauver, par tous les moyens. Il adres-
sa donc des lettres de soutien au Rav Lipchitz et à d’autres personnes encore. En outre, il délégua des émissaires en Terre sainte, chargés de lui rendre compte de la situation des immigrants et de leurs enfants, sans travestir la vérité.
Parmi ces émissaires, il y avait le journaliste orthodoxe Moché Prager, le Rav Chalom Haskind, qui rencontra plusieurs Rabbanim et quelques responsables publics, afin de leur faire prendre conscience du problème. Le Rabbi tenta de convaincre des personnalités de Terre sainte de se mobiliser pour cette cause. Comme le rapporte ses Iguerot Kodech, tome 4, à la page 121, le Rabbi écrivit au Rav Aryé Leïb Gilman :
Il est inutile d’attirer votre attention sur la situation de l’éducation des enfants et des jeunes gens immigrant en notre Terre sainte, puisse-t-elle être restaurée et rebâtie. Une immense peine et un grand danger sont liés à ce problème.
A n’en pas douter, vous le ressentez vous-même, en votre cœur. A n’en pas douter, il ne vous échappe pas non plus qu’aussi mauvaise qu’ait pu être la situation, de par le passé, le transfert de ces enfants dans les Maabarot l’a considérablement détérioré.
Le Rabbi énumère ensuite toutes les difficultés soulevées, puis il conclut :
Différents problèmes se posent et certains sont même récurrents. Néanmoins, celui de l’éducation est prioritaire, car il concerne la pérennité de notre peuple, lié à son état religieux et moral. Car, la moralité elle-même trouve son origine dans la religion. Il en est ainsi non seulement pour notre génération, mais aussi pour toutes les générations suivantes.
Six mois avant de prendre officiellement la direction des ‘Hassidim ‘Habad, le 1er Sivan 5710 (1950), le Rabbi écrivit la lettre suivante :
Aux dirigeants du Talmud Torah
Par la grâce de D.ieu, 1er Sivan 5710,
et de la Yechiva pour les immigrants de Russie,
en notre Terre sainte, puisse-t-elle être restaurée et rebâtie, que D.ieu vous accorde longue vie,
Je vous salue et vous bénis,
J’ai bien reçu votre lettre du 16 Iyar et je vous en remercie. La liste des élèves y était jointe. J’ai pris connaissance, avec plaisir, du compte-rendu décrivant le développement de votre action. Il est une très bonne initiative de réaliser des actions concrètes pour la bonne éducation des enfants du Yémen.
Sans doute vous renforcerez-vous et redoublerez-vous d’ardeur, en la matière, conformément à la demande permanente de mon beau père et maître, le Rabbi, selon laquelle : « demain doit être complètement différent ».
A n’en pas douter, vous vous efforcez également d’élargir, dans toute la mesure du possible, le cercle de ceux qui vous viennent en aide, dans votre œuvre matérielle et spirituelle. Il est clair que, plus l’on renforcera son engagement et sa volonté de se purifier, de même que de purifier les autres, comme l’explique le Likouteï Torah, dans le discours ‘hassidique intitulé : « Que D.ieu soit avec moi pour ceux qui me viennent en aide », au chapitre 5, plus s’accomplira la promesse selon laquelle : « on lui vient en aide ».
J’ai demandé au ‘Hassid, Rav H. M. A. ‘Hadakov de vous adresser quelques propositions pour le programme d’étude. Sa lettre vous
parviendra sûrement dans quelques jours. En souhaitant à chacun de recevoir la Torah avec joie et profondément,
Rav Mena’hem Schneerson,
Un peu plus d’un an plus tard, après qu’il ait déjà pris la direction des ‘Hassidim, le Rabbi adressa une seconde lettre à la direction de la Yechiva, à Lod, pour demander que les élèves originaires du Yémen soient formés à l’action au sein même de leur communauté :
Aux dirigeants de la Yechiva pour les immigrants de Russie, à Lod,
Par la grâce de D.ieu, 16 Elloul 5711, Brooklyn, New York,
Je vous salue et vous bénis,
Vous m’avez fait savoir que vous avez l’intention d’organiser, le 18 Elloul, qui approche, pour nous, pour le bien, une fête à l’occasion de l’ouverture des nouveaux bâtiments et vous me demandez une lettre, à ce propos. Le temps ne permet pas de le faire et j’enverrai donc un télégramme, à l’occasion de votre fête.
Il est dommage que vous ne m’ayez pas communiqué les détails : cette réunion sera-t-elle nationale et des représentants des autres communautés y participeront-ils également ?
Vous avez sûrement reçu ma lettre pour le début de l’année scolaire, de même que l’extrait du la causerie du Chabbat qui bénit le Roch ‘Hodech Elloul. Je vous joins la traduction de cet extrait
dans la Langue sacrée. Il serait bon de le diffuser, de la manière qui convient, dans les cercles les plus larges.
Concernant votre question sur l’envoi de délégués de votre Yechiva dans différents endroits, vous me dites que vous êtes limités pour ce qui est des pays dans lesquels il est possible de les envoyer. Il ne s’agissait pas pour moi d’exclure le moindre pays. Je disais uniquement qu’à mon avis, dans l’intérêt de cette action, il serait bon de se concerter avec les institutions ‘hassidiques qui envoient aussi de tels délégués.
En effet, de deux choses l’une, ou bien ces délégués font une collecte commune, ou bien ils organisent leurs voyages respectifs de telle façon qu’il n’y ait pas de compétition entre les différentes institutions.
J’attire votre attention sur la nécessité de former ceux qui sont aptes à cela, parmi les élèves de votre Yechiva originaires du Yémen, afin qu’ils deviennent rapidement des guides et des formateurs parmi leurs frères, les immigrants du Yémen.
Il est sans doute inutile d’expliquer longuement à quel point tout cela est important et utile, de même que les espoirs que l’on peut placer en une telle action. Avec ma bénédiction afin que vous soyez inscrits et scellés pour une bonne et douce année,
M. Schneerson,
Un peu plus de quatre ans plus tard, le Rabbi adressa une troisième lettre à la direction de la Yechiva pour encourager la poursuite du travail et multiplier le nombre des élèves originaires du Yémen :
Aux dirigeants de la Yechiva Tom’heï Temimim, à Lod,
Par la grâce de D.ieu,
11 Tamouz 5714, Brooklyn,
que D.ieu vous accorde longue vie, Je vous salue et vous bénis,
Je fais réponse à votre lettre du 23 Sivan, concernant le rassemblement des originaires du Yémen. Vous envisagez, en effet, de fonder une Yechiva qui regrouperait tous les élèves venant du Yémen, car ils sont éparpillés dans les différentes Yechivot. Vous me demandez si cela est envisageable. En fait,
je ne crois pas que ce projet pourra se réaliser sous cette forme, car certaines Yechivot s’y opposeront sûrement, puisque la meilleure partie des élèves est constituée de ceux qui sont originaires du Yémen. Cela est vrai, a fortiori, pour les Yechivot dans lesquelles ils sont majoritaires,
en dehors de cette raison, on peut penser que certains verront dans ce projet une intention sous-jacente, surtout s’il s’agit d’une institution qui existe déjà. A mon sens, vous devez donc poursuivre votre action en multipliant, quantitativement et qualitativement, le nombre des élèves, y compris parmi ceux qui sont originaires du Yémen, au-delà de ce qui a été fait jusqu’à maintenant, dans la Yechiva Tom’heï Temimim de Lod.
Conformément à votre demande, je mentionnerai le nom de madame Rivka Barzilaï près du tombeau de mon beau-père et maître, le Rabbi, dont la mémoire est une bénédiction, dont l’âme est en Eden et dont le mérite nous protègera. J’attends de bonnes nouvelles, en la matière. Avec ma bénédiction,
M. Schneerson,
Le Rav Moché Hillel décrit ce que furent ses premiers contacts avec ‘Habad :
« J’ai consacré beaucoup de temps, pendant toutes ces années, à l’éducation des enfants du Yémen. Je peux donc affirmer, en connaissance de cause que, dans les endroits en lesquels le mouvement ‘Habad n’est pas arrivé, les autres cercles n’ont connu aucune réussite.
C’est un fait incontestable. Les hommes de ‘Habad ont ouvert une école à Zarnoga. Ils ont enseigné la Torah aux enfants yéménites et ils les ont envoyés à Kfar ‘Habad. De nos jours, tous admettent, certains publiquement, d’autres uniquement en cercles privés, que, sans l’intervention du mouvement ‘Habad, le Judaïsme du Yémen n’aurait pas pu se perpétuer. C’est une certitude absolue. »
Le Rav Yaakov Zohar ajoute :
« Une fois, j’ai évoqué ce sujet avec quelqu’un et j’ai dit à mon interlocuteur :
‘Je peux te démontrer simplement la réussite de ‘Habad auprès des Juifs du Yémen. Prends l’annuaire des ‘Hassidim ‘Habad et compte le nombre de noms de famille d’origine yéménite qui s’y trouve. Et, c’est sans compter ceux qui, après avoir été sauvés par ‘Habad d’un abandon de la Tradition, se sont ensuite dirigés vers d’autres Yechivot. Ceux-là conservent également beaucoup de sympathie envers le mouvement ‘Habad’.
Il faut ajouter un point très important. Lors de la Alya du Yémen, alors que l’état venait d’être créé et devait encore être renforcé, le Rabbi a créé le réseau des écoles Ohaleï Yossef Its’hak Loubavitch dans de nombreux endroits du pays en lesquels personne d’autre que les hommes de ‘Habad n’est parvenu, comme, par exemple, Taana’h, Zarnoga, le quartier de Melé’ha, à Jérusalem et même Kfar Saba et Rehovot.
Dans ces endroits, il y avait de très nombreuses familles originaires du Yémen et plusieurs jeunes sont arrivés à la Yechiva Tom’heï Temimim par l’intermédiaire des écoles de ce réseau. Je dois mentionner, tout particulièrement, l’abnégation du ‘partisan’, le Rav Zoucha Vilimovski, celle du Rav David ‘Hanzin, de Richon Le Tsion, qui se rendaient dans tous les camps d’immigrants et, à l’époque, on ne se déplaçait pas en taxi, comme on le fait de nos jours !
Après que les hommes de ‘Habad aient fait sortir les enfants des Maabarot, leur action suivante a été la construction de synagogues, là où il n’y avait aucune éducation religieuse ».
Le Rav Hillel poursuit :
« J’ai commencé à recevoir mon éducation ‘Habad chez Rav Zoucha, le partisan. Un matin, quelques semaines après notre Alya, il est arrivé dans notre camp et il s’est adressé à nous avec enthousiasme. Il nous a expliqué qu’il fallait immédiatement créer une école basée sur les valeurs sacrées et, avant qu’il quitte l’endroit, nous avons réservé une tente pour cette école. Par la suite, il a envoyé des professeurs.
Ce fut notre premier contact avec ‘Habad. Les hommes de l’agence juive poursuivaient leurs efforts pour nous envoyer dans les écoles non religieuses. Dans certains cas, ils ont eu recours à la contrainte.
Un jour, un autocar est arrivé à Zarnoga pour conduire les enfants dans un Kibboutz. Alors, est intervenue la Rabbanit, l’épouse du vieux Rav, qui agissait en collaboration avec le Rav Israël Leibov, le directeur des jeunes de l’association
‘Habad. Les hommes de l’agence juive, tentaient de nous convaincre d’aller au Kibboutz. La Rabbanit est alors arrivée et elle nous a dit que nous devions aller à Kfar ‘Habad. L’autocar de l’agence juive est resté vide.
La Rabbanit s’est procurée un autre autocar et elle a prévenu Kfar ‘Habad de notre arrivée. Nous étions environ quatrevingts enfants. L’autocar a fait deux voyages, d’abord les petits de neuf ou dix ans, puis nous les ‘grands’, qui avions douze ans.
Nous sommes arrivés à Kfar ‘Habad vers vingt-deux heures. Le Rav Chmouel Greenberg nous attendait et il nous a accueillis, avec une grande chaleur. C’était un homme d’une grande finesse, auquel nous nous sommes tout de suite attachés. Depuis, nous n’avons plus jamais quitté ‘Habad, D.ieu merci.
Les quatre-vingts enfants ont reçu leur éducation dans les écoles ‘Habad et ils ont construit des familles ‘Habad. Ils ont actuellement plusieurs centaines de descendants. Faites le compte, chacun de ces descendants a rapproché du Judaïsme des dizaines, des centaines de Juifs, comme chaque ‘Hassid ‘Habad. Ce sont donc des milliers de familles qui ont été approchées de la pratique de la Torah et des Mitsvot, de la ‘Hassidout, grâce à un autocar qui a conduit quatre-vingts enfants à Kfar ‘Habad, cette nuit-là.
Or, cet autocar était le fruit d’une seule action des ‘Hassidim ‘Habad à Zarnoga, à l’époque, dans le cadre de ce combat pour éviter la perte spirituelle des enfants issus des communautés orientales, à la demande du Rabbi. La totalité de cette action a donc permis de rapprocher plusieurs dizaines de milliers de personnes ».
Le Rav Yaakov Zohar poursuit son récit :
« J’ai commencé mes études dans une Yechiva lituanienne, à Bneï Brak, mais je n’y ai pas trouvé ma place et, par la suite, je suis arrivé à ‘Habad. Nous habitions, à l’époque, à Roch Ha Aïn et il y avait là-bas un groupe de jeunes gens, originaires du Yémen, qui recevaient une éducation orthodoxe grâce à ‘Habad. C’est de cette façon que j’ai été influencé.
Ma mère travaillait à Bneï Brak, pour assurer la subsistance de la famille et c’est elle qui me conduisait dans cette Yechiva lituanienne. J’avais des difficultés d’adaptation et, pendant les premières semaines, j’ai beaucoup pleuré. Personne ne s’intéressait personnellement à moi. En outre, ma situation matérielle était très difficile. Tout cela m’a conduit à avoir des doutes, dans ma foi et j’ai passé une période réellement pénible.
J’ai parlé de mes difficultés à la Yechiva et l’on m’a conseillé d’apprendre une Michna par cœur avant d’aller dormir, mais cela n’était pas suffisant. Je cherchais sans savoir moimême quel était l’objet de ma recherche. Puis, à la Yechiva de Novardok, j’ai trouvé une vieille édition du Tanya, imprimée à Vilna. Le livre avait perdu sa couverture et je ne suis pas parvenu à déterminer le nom de l’ouvrage.
J’ai ouvert ce livre et j’ai étudié le début de Chaar Ha I’houd Ve Ha Emouna, ‘la porte de l’unification et de la foi’. Je n’en ai pas compris grand-chose, mais ce que j’ai lu a soulevé en moi de nombreuses questions. J’étais attiré par ce livre comme le fer par un aimant.
L’un des enseignants de la Yechiva était le Rav Eliméle’h Tacher, un ‘Hassid de Wichnitz intransigeant, qui nous formait avec beaucoup de rigueur. Quand il m’a vu avec un Tanya, il s’est littéralement enflammé et il m’a dit, comme s’il me confiait un secret :
‘Que fais-tu dans cette Yechiva ? Il n’y a ici ni spiritualité, ni matérialité ! Dernièrement, des ‘Hassidim ‘Habad sont arrivés à Lod. Dans le domaine de l’abnégation, nul ne leur est comparable. Ils sont inspirés d’une profonde joie ‘hassidique. Et, ils ont ouvert une Yechiva à Lod. Va les voir et poursuis tes études chez eux !’.
J’ai pris ce qu’il m’a dit à la lettre. J’étais réellement attiré par le Tanya. Un matin, je me suis levé et je suis allé à Lod. J’ai dormi à la Yechiva et, le lendemain, j’ai passé un examen chez le Rav Moché Holtzberg, de Roch Pina, qui avait la réputation de savoir bien expliquer. Ses cours, à la Yechiva, étaient d’un certain niveau.
J’ai été accepté à la Yechiva, mais, très vite, je me suis aperçu que j’avais encore des difficultés d’adaptation, bien plus, qu’elles étaient, cette fois-ci, beaucoup plus sévères, d’une autre sorte. Je suis arrivé à Lod avec toute la ‘fierté’ de Bneï Brak, celle d’un élève de Yechiva qui a une haute opinion de sa propre personne et les élèves de la Yechiva ont aussitôt décidé de me débarrasser de ce grave défaut.
Après quelques jours à la Yechiva, au cours d’une récréation, un bon ami, qui avait une profonde connaissance de la ‘Hassidout et priait avec ferveur, m’a dit :
‘Yaakov, le Rabbi Rachab a choisi toutes les âmes pouvant devenir des élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch. Tu n’as pas ta place ici. Tu es trop superficiel’.
Il a ajouté quelques autres qualificatifs encore et il a conclu : ‘Il est préférable que tu retournes à Bneï Brak’.
J’en ai parlé à des amis qui se trouvaient alors à la Yechiva, au Rav Na’hman Sudak, qui devint par la suite l’émissaire du Rabbi en Grande-Bretagne, au Rav Yaakov Kats, qui devint par la suite le recteur de la Yechiva de Kfar ‘Habad, aux frères Lipsh et à d’autres jeunes gens encore. Ils m’ont expliqué que j’avais acquis, à Bneï Brak, un certain orgueil, une manière d’être satisfait de ma propre personne, que je devais à tout prix perdre ce défaut et que c’était sans doute là ce que ce garçon avait voulu me dire.
Dans un premier temps, j’ai pensé que je devais réellement retourner à Bneï Brak, puis l’on m’a expliqué l’importance de la Yechiva Tom’heï Temimim. Quelques jours plus tard, mon ami Na’hman Sudak m’a proposé d’étudier avec lui, après la prière d’Arvit la séquence de discours ‘hassidiques du Rabbi Rachab de 5643 (1883), qui explique, par le détail, ce qu’est la création à partir du néant.
Peu à peu, j’ai commencé à comprendre ce qu’était l’obscurité transformée en lumière. J’ai commencé, à la Yechiva de Lod, à ressentir la Lumière bienfaisante, mais ce n’était effectivement qu’un commencement. J’ai perçu la Divinité qui s’exprime dans la ‘Hassidout. Et, ceci m’a enfoncé dans la ‘Hassidout ‘Habad, comme un pieu dans le sol.
Un autre élève de cette Yechiva, Sim’ha Silberstrom, qui, par la suite, fut assassiné lors de l’incursion terroriste à Kfar ‘Habad, se consacrait à guider les jeunes gens et il s’est occupé également de moi. Bien entendu, il y avait aussi les réunions ’hassidiques avec le ‘Hassid, Rav Avraham Mayor Dreizin.
Tout cela a fait que nous autres, élèves d’origine yéménite, qui étions très nombreux dans cette Yechiva, nous nous sommes attachés profondément à cet endroit qui nous avait largement ouvert ses portes ».
Le Rav Moché Hillel se souvient encore :
« Depuis le premier jour, j’ai été attiré vers ‘Habad par le grand enthousiasme que suscite l’amour du prochain. Lorsque nous sommes arrivés à Kfar ‘Habad, nous étions quatre-vingts enfants, comme je l’ai dit et nous avons été répartis entre les familles du village, pour passer la nuit.
Toutes ces familles vivaient dans des conditions matérielles très difficiles, mais j’ai ressenti l’enthousiasme, l’amour du prochain en leur cœur. J’en ai été saisi. Imaginez-vous qu’ils se disputaient pour nous accueillir !
Il y avait, à l’époque, une seule synagogue à Kfar ‘Habad. Le lendemain, par manque de place dans les familles, des lits ont été disposés dans la synagogue et quelqu’un a apporté de vieux matelas. Les lits emplissaient la synagogue, mais ceux qui venaient prier avaient un large sourire aux lèvres, en observant qu’ils mettaient en pratique la Mitsva de l’hospitalité.
Nous mangions dans les familles. J’ai eu le mérite de manger, pendant un an et demi, chez le guide spirituel de la Yechiva, le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman. D’autres allaient chez le Rav Yossef Rivkin. Dans la chambre où je dormais, il y avait des poussins et des vaches, mais cela m’importait peu. Ma vie avait un goût spirituel nouveau.
Tous les jeunes gens originaires du Yémen achevaient vite le repas du Chabbat et ils se rendaient chez Rav Chlomo ‘Haïm. Celui-ci nous faisait asseoir autour de lui et il nous demandait de chanter des mélodies yéménites. Nous chantions et il nous enlaçait. Il était réellement un père pour nous.
Mon maître était le Rav Israël Its’hak Halperin. C’est de lui que j’ai reçu la majeure partie de mes connaissances. J’ai étudié également avec le Rav Abba Lewin, avec le Rav Avraham Lieder et avec d’autres encore. Les études avaient lieu dans la synagogue et dans la pièce qui lui faisait face. Au final, ils se sont dit que prendre les repas dans les familles n’était pas la solution et ils ont décidé de mettre en place une structure.
Le ‘Hassid, Rav Aharon Gopin s’est engagé à diriger tout ce qui nous concernait, matériellement et spirituellement. Il s’est acquitté de cette tâche avec un cœur empli de chaleur. Le vendredi soir, il ne restait que peu d’élèves qui devaient être répartis entre les familles et nous avons vu, régulièrement, les ‘Hassidim se disputer pour avoir le mérite de les inviter.
La Yechiva fut ensuite transférée dans le bâtiment de Kfar ‘Habad qui est appelé aujourd’hui Beth Chazar et qui est le siège des jeunes de l’association ‘Habad. Nous avons dormi là-bas, étudié là-bas pendant deux ans. Nous étions le premier noyau.
Nous avons ensuite été rejoints par les jeunes gens, originaires du Yémen, qui venaient de Bareket et de Zarnoga. Leurs parents sont venus visiter la Yechiva et ils ont vu que nous étions satisfaits. La structure et l’éducation de la ‘Hassidout ‘Habad leur convenaient. Le contact entre nos parents et les habitants du Kfar était favorable, au point que ceux-ci les invitaient chez eux, pour les fêtes.
Par la suite, fut adoptée la règle selon laquelle chaque élève qui terminait ses études à Kfar ‘Habad allait ensuite les poursuivre à la Yechiva de Lod. C’est ce que nous avons fait, mes amis et moi-même, en 5712 (1952). Nous avons découvert le guide spirituel de la Yechiva, le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman. Le recteur de la Yechiva était alors le Rav Barou’h Chimeon Schneersohn et le ‘Hassid, Rav Avraham Mayor Dreizin organisait des réunions ‘hassidiques spécifiquement pour ceux qui étaient originaires du Yémen, en général jusqu’à trois heures du matin. C’était un homme très émotif, qui pleurait facilement. Il a rapproché de la ‘Hassidout tous les jeunes gens qui lui ont été confiés. C’est par son mérite que nous sommes tous des ‘Hassidim ‘Habad ».
Le Rabbi fut à l’origine de toute l’action de sauvetage des Juifs yéménites. Il demanda lui-même la création de l’organisation Yad Le A’him, qui dut affronter les représentants de l’agence juive et les autorités du pays, imaginant, à l’époque, une population du pays plus clairement détachée des valeurs traditionnelles. Les Juifs yéménites avaient-ils conscience, à l’époque, de ce que le Rabbi faisait pour eux ? Le Rav Moché Hillel répond :
« Notre attachement profond au Rabbi, chef de notre génération, est, à mon sens, un sujet spécifique, qui mérite d’être traité de façon indépendante. Pour ma part, j’ai ressenti cet attachement, pour la première fois, étant enfant, à Kfar ‘Habad, grâce au ‘Hassid, Rav Avraham Paris. Ses propos chaleureux émanaient de son cœur et nous en avons tous été profondément influencés, au-delà de toute mesure.
Lorsque nous étions enfants, nous assistions aux mariages qui étaient célébrés à Kfar ‘Habad. Je me rappelle que chaque mariage était une réunion ‘hassidique. On servait, en tout et pour tout, du poisson salé. Lorsque l’on entendait un enregistrement des propos du Rabbi, nous nous élevions jusqu’à l’extase. Nous ne comprenions pas encore les mots du Rabbi, mais nous les ressentions profondément et ceci a implanté en nous un attachement indéfectible au Rabbi, un désir profond de le voir, d’être proche de lui ».
Le Rav Yaakov Zohar conclut :
« Nous nous sommes attachés au Rabbi également parce que, dès notre arrivée à la Yechiva, il nous a demandé de ne pas abandonner les autres immigrants yéménites, d’exercer sur eux une influence positive et de faire en sorte que leurs enfants reçoivent une éducation religieuse. Le Rabbi nous a précisé que cette action devait être menée pendant les nuits, après les programmes d’étude de la Yechiva.
Le Rabbi nous a écrit qu’il avait conscience de notre désir de poursuivre notre étude de la Torah, après le temps qui lui était imparti à la Yechiva, mais qu’il y avait là une situation de danger, justifiant notre intervention. Il nous a donné l’assurance que notre avancement dans la connaissance de la Torah n’en serait pas affecté et il a ajouté, dans la même lettre, que, selon une promesse faite par l’Admour Hazaken, celui qui influence les autres et leur apporte une Tsedaka morale a ‘un cerveau et un cœur mille fois plus affinés’.
Et, de fait, nous avons pu observer qu’il en était bien ainsi. A l’époque, nous nous rendions dans les camps d’immigrants, pendant les heures tardives de la nuit et, D.ieu merci, nous avons rapproché de nombreux jeunes de la Torah et du Judaïsme. Nous seulement notre ardeur à l’étude de la Torah n’en a pas été remise en cause, mais, bien plus, nous avons alors progressé au-delà de toute mesure.
Si nous voulons résumer ce qui s’est passé lors de l’Alya du Yémen, pendant l’opération ‘tapis volant’, on ne peut pas dire uniquement que le mouvement ‘Habad a été plus actif que toutes les autres organisations. Concrètement, le mouvement ‘Habad a sauvé les enfants du Yémen qui étaient en danger de perdre leur identité morale.
A l’époque, personne d’autre que le Rabbi n’aurait osé affronter directement David Ben Gouryon, qui avait personnellement approuvé tout le programme établi pour nous. Ben Gouryon venait, avec des chanteuses yéménites, qui chantaient devant nous : ‘David, roi d’Israël est vivant et il existe’. Il se servait des chants traditionnels yéménites, mais, simultanément, les hommes des services d’immigration venaient dans les camps et ils coupaient les Péot.
Je me trouvais moi-même à Atlit quand ces hommes sont venus et, D.ieu merci, quand ils ont voulu couper les Péot, je suis parvenu à m’enfuir. Le Rabbi a alors écrit à Ben Gouryon et il l’a mis en garde, en lui disant qu’il le tenait pour personnellement responsable de l’éducation des enfants yéménites pour les trente ans à venir.
Il n’est pas fortuit que seul le Rabbi se soit réellement préoccupé de nous et il est douloureux de constater que des partis politiques ou des organisations orthodoxes qui avaient la possibilité d’intégrer les Juifs du Yémen n’ont rien fait du tout et je pèse mes mots. Ils ne voulaient rien faire. Cela ne les intéressait pas.
Je possède une lettre dans laquelle le Rabbi demande de supprimer les différents courants, au sein du système éducatif religieux. Lorsque l’Agoudat Israël a fondé son réseau scolaire indépendant, le Rabbi a écrit une longue lettre, de onze pages, au Rav Ouryel Zimmer, dans laquelle il indiquait, notamment, qu’une certaine personnalité lui avait écrit que, chaque fois qu’un enfant juif, parmi les immigrants, ne connaît pas le Chema Israël et ne fréquente pas une école religieuse, il faut incriminer ceux qui avaient le moyen d’agir et qui, délibérément, ont décidé de ne pas le faire. Il faut bien comprendre la gravité de ce qui s’est passé, à l’époque ».
par hassidout | 23 Août, 2025 – 29 Av 5785 | Elloul, MAGAZINE |
Ceux qui viendront encore
Le prêtre d’un village en Russie ressentit une lassitude et décida de partir en vacances en août. Il chercha quelqu’un pour le remplacer dans la cellule de confession, jusqu’à ce qu’une idée géniale lui vint à l’esprit : proposer le poste au rabbin du village. Ainsi, les membres de sa communauté attendraient avec impatience son retour et ne s’attacheraient pas à son remplaçant. Le rabbin accepta, à condition que les gens viennent chez lui, afin qu’il n’ait pas à entrer dans leur église.
Un dimanche matin, le voleur du village entra chez le rabbin et demanda le pardon pour avoir cédé à sa tentation et cambriolé une bijouterie. Le rabbin demanda : « Combien le prêtre prend-il pour une telle réparation? », et le voleur répondit : « Cent roubles ». « Et combien de fois par an vous arrive-t-il de demander une telle réparation ? », demanda le rabbin, et le voleur répondit : « Dix ». « Dans ce cas, » dit le rabbin, « j’ai une affaire pour vous. Achetez-moi une « carte de pardon » pour dix vols, et je vous la vendrai à un prix spécial de sept cents roubles seulement ». Le voleur accepta avec joie, tout comme les autres pécheurs du village. Ils étaient tous ravis de conclure des affaires et des actes de pardon avec le rabbin.
La mois passa et le prêtre retourna au travail, et à sa grande surprise, personne ne vint se confesser. Tous les criminels bien connus avaient disparu. Il appela le voleur pour une discussion, et ce dernier lui parla des affaires excellentes que le rabbin lui avait proposées. Le prêtre furieux se précipita chez le rabbin et cria : « Qui vous a mis de telles idées en tête ?! ».
« C’est simple », expliqua le rabbin calmement. « C’est exactement la différence entre nous. Vous pensez au péché isolé qui s’est produit. Je pense à l’avenir, aux péchés qui viendront encore »…
Encore un mois d’Elloul, encore une fois, nous nous lèverons tôt le matin et implorerons le pardon pour nos péchés et chanterons de tout notre cœur : « Nous avons péché devant Toi, prends pitié de nous ». Mais dans la même mesure, il est probable que ce seront les mêmes péchés pour lesquels nous avons demandé pardon l’année dernière. Chaque année, nous nous retrouvons dans la même situation, regrettant les mêmes échecs : la même médisance, la même jalousie et haine, et malheureusement, la même addiction aux désirs du cœur.
Et la question est : comment arrêter la routine et trouver un vrai chemin vers le changement ? Comment faire en sorte que l’année prochaine soit meilleure que les précédentes ? Comment résoudre une fois pour toutes nos dilemmes spirituels ? Comment rendre la repentance différente ?
« Je vous l’ai dit » ?!
Pour cela, nous examinerons le fondement des fondements du repentir, en examinant un dialogue fascinant entre les fils de Yaakov Avinou, les tribus sacrées.
Ils entrèrent en Égypte avec innocence pour chercher de la nourriture, voulant seulement nourrir leur vieux père et le sauver de la famine en terre d’Israël. Mais le dirigeant égyptien (Yossef) précipita sur eux et les maltraita. Il les arrêta brutalement et leur imposa une grave accusation d’espionnage contre l’Égypte. Il les emprisonna pendant trois jours, et lorsqu’il les libéra, il déclara que Chimon resterait en prison comme garantie pour qu’ils reviennent avec leur frère cadet.
Ce moment les brisa. Soudainement, tout leur revint. Soudain, ils comprirent qu’ils devraient à nouveau rentrer chez eux sans un frère et à nouveau raconter à leur père des histoires sur ce qui lui était arrivé et où il était. La blessure qui avait été dormante pendant vingt-deux ans se rouvrit, et pour la première fois, ils reparlèrent de cette nuit terrible. Ils se dirent l’un à l’autre : « Mais nous sommes coupables envers notre frère, car nous avons vu l’angoisse de son âme lorsqu’il nous suppliait, et nous n’avons pas écouté, c’est pourquoi cette détresse nous est venue. »
Puis quelque chose d’étrange se produisit. Réouven, l’aîné des frères, fit quelque chose qui ressemblait à jeter du sel sur les blessures, pour ne pas dire, D.ieu nous en préserve, danser sur le sang. Au lieu de se comporter avec la responsabilité d’un frère aîné et de poser une main réconfortante sur l’épaule, il fit apparemment le contraire. « Réouven leur répondit, en disant : Ne vous ai-je pas dit de ne pas pécher contre l’enfant, et vous n’avez pas écouté ? Et voilà, son sang est exigé. » Et en bref : « Je vous l’avais dit ! », je vous avais prévenus que c’était ce qui allait arriver…
Et la question se pose : il n’y a rien de plus inapproprié et de plus dégradant que de dire « je t’avais prévenu », surtout lorsqu’une personne est prise au dépourvu et en temps de crise. Tout le monde connaît ces situations. La famille se dépêche d’arriver à temps pour le mariage d’un proche, mais après tout le stress, ils finissent par être en retard, tout le monde est énervé et déçu, et puis le donneur de leçons se lève et dit : « Je vous avais dit que c’était ce qui allait arriver ! Qui a besoin de toutes ces coiffures ? »…
Qu’est-ce qui pousse Réouven à agir ainsi ? Est-ce vraiment le moment de leur faire la morale et de dire « Je vous l’avais dit » ?!
N’offensez point !
Le Rabbi de Loubavitch propose une explication profonde pour la conversation entre les frères, qui nous donne le fondement premier et nécessaire pour faire Téchouva (repentance).
Dans le cri des frères se cache une vérité simple : ils ne prennent pas de responsabilité. Ils ne se blâment pas eux-mêmes pour ce qui est arrivé, mais continuent à blâmer Yossef pour ce qu’ils lui ont fait. « Mais nous sommes coupables, » disent-ils, mais de quoi ? « Nous avons vu la détresse de son âme quand il nous suppliait, et nous ne l’avons pas écouté. » Pas parce qu’ils l’ont blessé, mais parce qu’ils ne l’ont pas pris en pitié et ne l’ont pas sauvé malgré tout, bien qu’il l’ai mérité.
Ils n’ont pas exprimé de regret pour l’acte lui-même de verser du sang innocent et avoir presque tué leur frère innocent. Ils croyaient encore que la responsabilité était sur les épaules de Yossef. C’est lui qui les a poussés à bout, c’est lui qui a rapporté sur eux à Yaakov et a provoqué sa colère contre eux – et cela, ils ont pensé, ne leur laissait pas d’autre choix. Personne n’aurait pu se contrôler face à la tension que Yossef créait à la maison.
Et contre cela s’est levé Réouven. Il a dit : « N’ai-je pas dit de ne pas pécher contre l’enfant, et vous n’avez pas écouté. » Je vous ai dit dès le départ que vous péchiez dans toute votre pensée, j’ai soutenu dès le début qu’il vous était interdit d’être à la fois juges et plaignants. Réouven ne veut pas humilier ses frères, mais leur apprendre comment commencer à se repentir. Avant tout, il leur dit, vous devez prendre la responsabilité de ce qui s’est passé et cesser de vous échapper et de trouver des excuses, des apologies, et d’autres coupables.
Réouven lui-même est un exemple de prise de responsabilité comme une porte à la Téchouva. Comme le dit le Midrash : « Réouven a commencé la Téchouva en premier » – car Réouven est le premier personnage de l’histoire à prendre la responsabilité. Il est le premier à ne blâmer personne pour son péché, seulement lui-même. Il a profané le lit de son père, et de sa propre initiative, il s’est tourné et a dirigé les flèches contre lui-même. Et c’est la condition de base pour la Téchouva.
Une blague triste dit que la formule de confession est formulée au pluriel : « Nous avons péché, nous avons trahi, » et non au singulier : « J’ai péché, j’ai trahi » – afin qu’à la fin, nous puissions pointer le doigt accusateur vers « les autres ». Tout le monde est coupable – sauf moi. Ils sont les pécheurs, mais moi, je suis toujours bien…
Tout dépend seulement de moi.
Cette prise de conscience est l’essence de la repentance (Téchouva).
Le Rambam parle longuement du sujet du « libre arbitre », et choisit de le faire précisément au milieu des lois de la repentance (Hil’hot Téchouva). Il explique qu’à chaque personne est donné le libre arbitre d’être un juste comme Moché notre maître ou un méchant comme Yeravam ben Névat.
Ceci est bien sûr un fait très étrange : après tout, le sujet du « libre arbitre » concerne toutes les Mitsvot, pas seulement le commandement de la repentance. En fait, tout le concept des Mitsvot est basé sur l’hypothèse qu’une personne a le choix de quoi faire et quoi ne pas faire. Ce sujet ne devrait-il pas apparaître au début du livre « Mishné Torah » ? Pourquoi est-il lié à la repentance ?
Et la réponse : la perception du libre arbitre est l’essence de la repentance. Sans elle, il n’y a pas de Téchouva. Lorsqu’un Juif se repent, il doit d’abord comprendre qu’il a fait ce qu’il a fait avec un libre arbitre total. Il avait toutes les forces et possibilités de se contrôler et d’éviter le péché, et donc la transgression est imputée uniquement à lui. Ce n’est qu’à partir de cette compréhension, de l’acceptation totale de la responsabilité, qu’il peut vraiment revenir en repentance, avec la compréhension complète : aussi, tout dépend maintenant de moi. S’il décide seulement d’arrêter tout et de se réparer, il aura toutes les forces pour le faire.
Prenons donc la responsabilité de nous-mêmes, sachons comprendre que nous avons toutes les forces pour surmonter les défis spirituels et les réparer, et ainsi nous mériterons la rédemption complète très bientôt.
Le Rav Yonatan Sacks, ancien grand rabbin de Grande-Bretagne, est l’une des voix juives les plus influentes dans le monde. Le Rav Sacks a souvent parlé du moment qui l’a fait ce qu’il est.
Il était alors un jeune étudiant qui avait terminé ses études de philosophie à l’Université de Cambridge et ressentait une confusion dans sa foi. Les professeurs là-bas étaient les plus grands athées du monde, et rien n’était clair ni convaincant.
Des amis lui ont conseillé de se rendre en Amérique pour consulter de grands Rabbanim. Le jeune étudiant a rencontré de grands penseurs religieux, mais il sentait que les questions urgentes n’étaient pas résolues. Jusqu’à ce qu’il ait une réunion avec le Rabbi de Loubavitch.
Il était déjà habitué à poser des questions et attendre des réponses, mais le Rabbi l’a surpris. Il a interrompu ses questions et a changé la nature de la conversation. Soudain, le Rabbi a commencé à lui poser des questions : « Combien d’étudiants juifs étudient à Cambridge ? Que savent-ils de leur judaïsme ? Que faites-vous pour qu’ils en sachent plus ? ».
Le Rav Sacks était abasourdi. Selon lui, « J’ai fait ce que les gens font dans ce cas. Ils répondent par des réponses compliquées pour continuer à ne rien faire »… Il a répondu au Rabbi que « dans la situation où je me trouve, je ne suis pas libre de me concentrer sur de telles tâches ».
Mais le Rabbi l’a interrompu à nouveau et a dit : « Vous ne vous trouvez pas dans cette situation. Vous vous êtes mis dans cette situation, et comme vous y êtes entré, vous pouvez en sortir et choisir d’entrer dans une autre »…