Dès leur arrivée en Terre sainte, les enfants juifs du Yémen ont été la proie des services d’immigration, qui se sont employés « à leur faire oublier Ta Torah et à leur faire transgresser les Décrets de Ta Volonté », selon l’expression du rituel de la fête de ‘Hanouka.

Traduit par le Rav Haim Mellul

Sous l’impulsion du Rabbi, les ‘Hassidim et les élèves de la Yechiva se rendirent alors dans les Maabarot, ces villages préfabriqués dans lesquels les nouveaux immigrants étaient alors installés. Ils réunirent les parents et ils parvinrent à les convaincre d’envoyer leurs enfants au ‘Héder et à la Yechiva, conformément à la Tradition qui leur était si chère. Bien souvent, il en résulta des tensions avec la police et même des arrestations, mais les ‘Hassidim puisèrent la force dans l’affirmation du Rabbi selon laquelle il fallait agir à tout prix.

La position tranchée du Rabbi et l’abnégation des ‘Hassidim portèrent leurs fruits. La Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch de Lod – Kfar ‘Habad était, à l’époque, la seule au monde qui avait inscrit sur son papier à en-tête : « Yechiva pour les élèves originaires de Russie et du Yémen ». Hormis le Rabbi, nul n’aurait eu la force de s’opposer à David Ben Gouryon, qui dirigeait personnellement l’intégration de ces enfants.

En l’occurrence, le papier à en-tête de la Yechiva raconte ici une très longue histoire, celle du sauvetage spirituel des enfants du Yémen par le Rabbi. Comme on le sait, il n’y eut pas d’action directe du Rabbi au Yémen. En revanche, il intervint personnellement quand les enfants de ce pays arrivèrent en Terre sainte et qu’on voulut les orienter vers un système éducatif qui n’était pas en accord avec les valeurs traditionnelles de cette communauté.
Les ‘Hassidim d’origine yéménite sont actuellement partie intégrante de la communauté ‘Habad. La première génération, arrivée de « là-bas » sait décrire l’abnégation impressionnante des ‘Hassidim ‘Habad, à l’époque de la Alya du Yémen.

Les anciens se rappellent du célèbre guide spirituel, le Rav Avraham Mayor Dreizin, qui, au cours d’une réunion ‘hassidique avec quelques jeunes gens d’origine yéménite, à la Yechiva de Lod, s’écria, tard dans la nuit et avec un sanglot :
« Peut-être la Alya des Juifs du Yémen se justifie-t-elle uniquement pour que vous vous trouviez à la Yechiva Tom’heï Temimim ! ».

Ceux qui étaient présents furent profondément marqués par cette phrase et ils s’en souviennent encore, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées, depuis lors. L’un d’entre eux déclara :
« Rav Avraham a eu raison. Quand on observe les familles ‘hassidiques que nous avons constituées par la suite, on découvre à ses propos une signification et une profondeur toutes particulières ».

Le Rav Chalom Dov Ber Lipchitz se rappelle de l’action menée par les élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch pour sauver les enfants du Yémen et d’autres exils encore :

« J’ai mené une première action et j’ai ensuite été suivi par des dizaines d’autres élèves de la Yechiva. Nous creusions des passages sous les clôtures des Maabarot, nous entrions et nous repartions avec les enfants, après avoir obtenu l’accord des parents. Ces enfants passaient la première nuit à la Yechiva, puis ils étaient répartis entre les écoles ‘Habad.

Le danger était certain. L’intrusion de jeunes gens à l’apparence religieuse entraînait une réaction menaçante, parfois même violente, de la part des gardes de ces camps. Les policiers ont effectué des perquisitions à la Yechiva et certains jeunes gens ont même été arrêtés. Mais, les élèves ont tenu bon, ils ont visité la totalité des Maabarot et ils ont sauvé des milliers d’enfants.

Les parents nous accueillaient toujours avec joie. Euxmêmes se mettaient en danger et ils cachaient les élèves des Yechivot sous les lits, quand ceux-ci ne pouvaient pas repartir immédiatement. De la sorte, les enfants yéménites sont devenus les élèves de toutes les écoles ‘Habad de Terre sainte. Quand ils ont grandi, nombre d’entre eux ont constitué des familles ‘Habad, essentiellement en Erets Israël ».

C’était en 5709 (1949), un an après la création de l’état d’Israël. Cinquante mille Juifs, venant des villes et villages du Yémen arrivèrent en Erets Israël dans le cadre d’une opération de sauvetage qui avait été appelée : « tapis volant ». Un cordon aérien avait permis leur venue et le bonheur était évident sur le visage de tous. A l’aéroport, nombre d’entre eux embrassèrent le sol, quand ils descendirent de l’avion.

Ces immigrants avaient une foi pure en la Terre des Patriarches, la Terre sainte, mais les services de l’immigration, qui les prirent en charge, s’employèrent d’emblée à tempérer leur foi brûlante.

La majeure partie de ces immigrants était des enfants. Leur Péot furent coupées, « pour des raisons d’hygiène, afin de prévenir la multiplication des poux ». Nombre d’entre eux furent placés dans des écoles éloignées de toute pratique juive et dans des Kibboutzim où la transgression du Chabbat
était la règle, où la Cacherout alimentaire était absente. L’objectif déclaré était de leur faire oublier la Torah et les Mitsvot. De fait, beaucoup s’égarèrent, mais, D.ieu merci, nombreux furent aussi ceux qui ont été sauvés.

Le Rabbi lança lui-même ces opérations de sauvetage. Toutes les Maabarot furent systématiquement visitées. D’une manière discrète, de nombreux enfants furent transférés, à l’époque, avec l’accord des parents, vers un ‘Héder ou une Yechiva.

Le Rav Lipchitz forma une association, les Peïlim, « ceux qui agissent », chargée de gérer cette action et les élèves de la Yechiva intervinrent eux-mêmes dans ce cadre. Par la suite, les Peïlim devinrent Yad Le A’him, « la main tendue aux frères », une organisation qui, encore de nos jours, lutte contre toute tentative d’affaiblissement de l’identité juive.

Parfois, il y eut des heurts avec la police et des arrestations, mais les ‘Hassidim savaient que le Rabbi avait demandé de mener cette action à tout prix. Dans l’une de ses causeries, le Rabbi avait, en effet, déclaré :

Lorsque l’on peut emprunter des voies pacifiques, c’est préférable. Si ce n’est pas possible, il faut protester et si même la protestation ne sert à rien, il faut menacer. Si la menace est elle-même sans effet, sachez qu’il s’agit, en l’occurrence, d’un cas de force majeure, le sauvetage d’âmes de la destruction morale, ce qu’à D.ieu ne plaise. Il faut donc appliquer, en la matière, le principe selon lequel un cas de force majeure repousse toute autre considération.

Le Rav Lipchitz et d’autres ‘Hassidim ‘Habad menèrent donc une action déterminante, pour sauver ces enfants, d’abord sous l’étiquette des Peïlim, puis sous celle de Yad Le A’him. La position tranchée du Rabbi, l’action emplie d’abnégation des ‘Hassidim et des élèves de la Yechiva portèrent leurs fruits. Et, de nombreux enfants juifs retrouvèrent la voie de la Torah et des Mitsvot de cette façon.

De nombreux témoignages des immigrants du Yémen montrent comment le Rabbi fut la cheville ouvrière de leur salut moral. Nous rapporterons ici ceux du Rav Yaakov Zohar et du Rav Moché Hillel, qui présentent le parcours suivi par de nombreux enfants, venus en Terre sainte du Yémen et sauvés par les émissaires du Rabbi. Le Rav Zohar raconte :

« Etant enfant, au Yémen, je connaissais par cœur de nombreuses Hala’hot, dont je me souviens encore à ce jour. Tous les enfants savaient commenter la Torah, depuis leur plus jeune âge. Quand il y avait un mariage dans la communauté, on interrompait les danses, à un certain moment et les enfants s’asseyaient au milieu, en demi-cercle. Ils citaient alors, par cœur, des passages du Eïn Yaakov. Il y avait, en quelque sorte, une compétition entre eux. C’était le ‘sport national’ des enfants yéménites.

En chaque génération, nous nous sommes toujours appliqués à l’étude de la Torah. Jusqu’à la Alya, les Juifs du Yémen, de façon générale, vivaient dans des petites villes et des villages, au milieu de la population locale. Je suis né moi-même dans l’un de ces petits villages, éloigné de toutes les grandes cités. La moitié de sa population était musulmane, très pieuse et l’autre était juive, également très pratiquante et qui avait une vie relativement autonome.

Je vous donnerai un exemple. Lorsque quelqu’un était malade, le Chabbat, dans notre village, ses proches demandaient au Rav s’ils pouvaient cueillir les herbes qui permettraient
de confectionner des médicaments. Nul n’imaginait de transgresser le Chabbat, ni les adultes, ni les enfants, ni les jeunes gens.

Tous les hommes du village, sans la moindre exception, avaient une barbe et de longues Péot, dès l’âge de treize ou quatorze ans. Celui qui se coupait la barbe prenait le risque d’être excommunié. Et, chez les Juifs du Yémen, une excommunication était toujours suivie à la lettre, sans le moindre allègement.

Tous les Chabbats, les Juifs se réunissaient pour étudier la Torah avec les érudits de la communauté. Et, les enfants écoutaient aussi. A chaque fête, on étudiait les Lois de la fête. Le principe selon lequel on étudie les Lois de la fête pendant les trente jours qui la précèdent était, chez nous, immuable. Puis, nous sommes arrivés en Erets Israël et tout cela a changé ».

Le Rav Yossef Hillel décrit également la vie de tous les jours, au Yémen :

« Avant la Alya du Yémen, j’enseignais la Torah aux enfants. Je me rappelle de ce qu’ils étudiaient et du niveau des études. Chacun vivait au rythme de la Torah et des Mitsvot. L’étude était une activité centrale, depuis le plus jeune âge. Les hommes et les femmes mettaient en pratique les Mitsvot, de la meilleure façon possible, avec la plus grande abnégation, même s’ils devaient, pour cela, payer un lourd tribut, en termes de prospérité économique et sécuritaire.

C’est l’héritage que les enfants du Yémen apportaient avec eux, quand ils parvinrent en Erets Israël. Il est difficile de décrire tout cela. Et, c’est ce que les services d’immigration ont voulu faire disparaître.

De nos jours, cela paraît difficile à admettre, mais c’est toujours de cette façon que nous avons vécu. Comment expliquer que la vie quotidienne, au Yémen, était faite uniquement de la Lumière de la Torah, de la foi, de l’amour de D.ieu ? Les Juifs du Yémen étaient comme ceux qui se nourrissaient de la manne. Ils attendaient le salut de D.ieu en permanence ».

Avant de décrire l’action du Rabbi, nous prendrons connaissance de la description faite par ces deux ‘Hassidim de leur arrivée en Terre sainte. Le Rav Moché Hillel explique :

« L’arrivée des Juifs du Yémen en Erets Israël fut une succession de miracles. Le plus grand de ces miracles fut la possibilité de quitter le Yémen. Je suis moi-même originaire de la région de Haven. Or, pas un seul Juif n’est resté là-bas, bien que le régime ait été autoritaire.

En Erets Israël, on avait connaissance de la situation et ils ont envoyé un Juif qui s’appelait Yossef Tsadok, avec un chèque en blanc pour convaincre le roi de Haven, obtenir son accord de nous laisser partir. Un miracle s’est alors produit. Ce roi était un homme très dur et tous avaient peur de lui, Juifs et non Juifs. Quand on venait le voir, on se prosternait devant lui, tant on le craignait.

Je ne sais pas comment le miracle s’est produit, mais, c’est un fait, malgré sa dureté et sa méchanceté, il a immédiatement donné son accord de libérer les Juifs. Et, l’argent qu’il a reçu ne justifie pas, rationnellement, qu’il ait donné son accord ».
Le Rav Yaakov Zohar se rappelle également :

« Nous avons dû affronter de grandes difficultés. Lorsque nous avons été autorisés à quitter notre village, après avoir payé ce qu’ils appelaient : ‘l’impôt par tête’, nous étions persuadés qu’il y aurait un revirement de dernière minute, que les autorités reviendraient sur leur accord. Nous nous sommes donc enfuis de notre village.

Autant que je m’en souvienne, il nous a fallu une semaine de marche pour arriver à Hachi, le camp de la Alya qui se trouvait près d’Eden. Nous y sommes restés pendant une semaine et nous sommes ensuite allés en Erets Israël, en avion. »

Le Rav Moché Hillel déclare aussi :

« Nous sommes arrivés dans le camp qui se trouvait près d’Eden. Il me semble qu’il s’appelait Hachad. C’est là que nous avons eu notre première rencontre avec les hommes de l’agence juive. Nous avons été vaccinés et nous avons répondu à leurs questions. Il y a eu aussitôt des tensions entre ces hommes et les originaires de Haven à propos de la pratique juive.

Les hommes de l’agence juive étaient, pour la plupart, des Juifs yéménites qui s’étaient écartés de la pratique juive, en Erets Israël. Nous avons dû leur rappeler que nous mangions uniquement cacher et que, s’il n’y avait pas de viande cachère, nous nous contenterions de fruits. »

Le Rav Zohar ajoute :

« Il est très difficile de décrire les attentes d’un jeune enfant qui monte en Erets Israël. Mon émotion, quand ce moment vint, était intense. Je me rappelle que nous sommes arrivés en Erets Israël le jour de Tichea Be Av 5709 (1949). En descendant de l’avion, nous nous sommes tous prosternés et nous avons embrassé le sol, les jeunes et les vieux, les femmes et les enfants.

Imaginez-vous notre déception quand nous avons vu ceux qui étaient chargés de nous accueillir, des hommes qui n’avaient pas la tête couverte, qui parlaient la Langue sacrée, celle de notre prière, comme n’importe quelle autre langue. Nous étions profondément déçus, mais ce n’était qu’un début.

Je vous rapporterai un fait intéressant et effrayant à la fois. En 5709 (1949), le pays n’était pas encore totalement pacifié et les immigrants étaient logés dans les Maabarot. Ma famille a été placée dans un grand camp, à Atlit, dans lequel il y avait une école que je fréquentais. Je suis entré dans la classe et j’ai pensé que j’étudierai la Torah, comme je le faisais d’habitude, mais le nouvel enseignant, qui venait d’arriver le jour-même, nous a dit :
‘Découvrez-vous la tête !’.

Moi-même et tous les enfants de la classe, nous en avons été abasourdis. J’étais saisi jusqu’au plus profond de moi-même et j’ai décidé de montrer à ce professeur qu’il se trompait. Je suis sorti, en courant, par la porte qui se trouvait à l’arrière de la baraque servant d’école, je suis rentré à la maison, j’ai pris un livre de Hala’hot, je suis retourné à l’école et j’ai dit au professeur, avec tout mon enthousiasme juvénile : ‘Regardez, la Hala’ha dit clairement que l’on ne peut pas mentionner le Nom de D.ieu si l’on n’a pas la tête couverte’.

Le professeur a éclaté de rire et il a dit :
‘Cette Hala’ha s’applique uniquement au Yémen. Israël est un autre endroit, avec d’autres coutumes et ces bêtises ne concernent pas ce pays. D’ailleurs, les Péot sont inutiles également’.
D.ieu merci, je ne suis resté que peu de temps, dans cette école. Le camp d’Atlit a été fermé. Ma mère et moi, avec d’autres familles, nous avons été transférés à Roch Ha Aïn ».

Le Rav Hillel dit encore :

« Par la suite, la situation n’a fait que se détériorer. Les Juifs de Haven sont arrivés en Erets Israël en Tichri 5711 (1950) et nous avons été placés dans le camp d’Eïn Chemer. Nous avons été installés dans des tentes et il n’y avait rien du tout à manger. Nous avons consommé tous les aliments que nous avions apportés du Yémen et, par la suite, il a bien fallu se nourrir de ceux que l’on nous apportait.

Les hommes de l’agence juive nous ont affirmé que leurs plats étaient cachers, mais nous ne leur faisions pas confiance. Nous avons observé le Cho’het, pendant son travail et nous avons pu vérifier aussitôt que sa Che’hita n’était pas conforme à la Hala’ha, qu’il ne connaissait pas les Lois les plus élémentaires.

Il y a alors eu des disputes entre les responsables de l’immigration et nous. Nous leur avons dit que cette viande était Taref et nous avons détruit toutes celles qui se trouvaient dans le camp. Nous ne transigions pas. Les Juifs de Haven ne pouvaient pas passer de telles pratiques sous silence.

Par la suite, le calme est revenu et l’on nous a donné l’assurance que le Cho’het qu’on nous enverrait serait digne de confiance. C’est effectivement ce qui se passa. Ce Cho’het avait été désigné parmi les membres de notre communauté ».

Le Rabbi a considéré, d’emblée, que ces enfants étaient en danger et qu’il fallait les sauver, par tous les moyens. Il adres-
sa donc des lettres de soutien au Rav Lipchitz et à d’autres personnes encore. En outre, il délégua des émissaires en Terre sainte, chargés de lui rendre compte de la situation des immigrants et de leurs enfants, sans travestir la vérité.

Parmi ces émissaires, il y avait le journaliste orthodoxe Moché Prager, le Rav Chalom Haskind, qui rencontra plusieurs Rabbanim et quelques responsables publics, afin de leur faire prendre conscience du problème. Le Rabbi tenta de convaincre des personnalités de Terre sainte de se mobiliser pour cette cause. Comme le rapporte ses Iguerot Kodech, tome 4, à la page 121, le Rabbi écrivit au Rav Aryé Leïb Gilman :

Il est inutile d’attirer votre attention sur la situation de l’éducation des enfants et des jeunes gens immigrant en notre Terre sainte, puisse-t-elle être restaurée et rebâtie. Une immense peine et un grand danger sont liés à ce problème.

A n’en pas douter, vous le ressentez vous-même, en votre cœur. A n’en pas douter, il ne vous échappe pas non plus qu’aussi mauvaise qu’ait pu être la situation, de par le passé, le transfert de ces enfants dans les Maabarot l’a considérablement détérioré.

Le Rabbi énumère ensuite toutes les difficultés soulevées, puis il conclut :

Différents problèmes se posent et certains sont même récurrents. Néanmoins, celui de l’éducation est prioritaire, car il concerne la pérennité de notre peuple, lié à son état religieux et moral. Car, la moralité elle-même trouve son origine dans la religion. Il en est ainsi non seulement pour notre génération, mais aussi pour toutes les générations suivantes.

Six mois avant de prendre officiellement la direction des ‘Hassidim ‘Habad, le 1er Sivan 5710 (1950), le Rabbi écrivit la lettre suivante :

Aux dirigeants du Talmud Torah

Par la grâce de D.ieu, 1er Sivan 5710,

et de la Yechiva pour les immigrants de Russie,
en notre Terre sainte, puisse-t-elle être restaurée et rebâtie, que D.ieu vous accorde longue vie,

Je vous salue et vous bénis,

J’ai bien reçu votre lettre du 16 Iyar et je vous en remercie. La liste des élèves y était jointe. J’ai pris connaissance, avec plaisir, du compte-rendu décrivant le développement de votre action. Il est une très bonne initiative de réaliser des actions concrètes pour la bonne éducation des enfants du Yémen.

Sans doute vous renforcerez-vous et redoublerez-vous d’ardeur, en la matière, conformément à la demande permanente de mon beau père et maître, le Rabbi, selon laquelle : « demain doit être complètement différent ».

A n’en pas douter, vous vous efforcez également d’élargir, dans toute la mesure du possible, le cercle de ceux qui vous viennent en aide, dans votre œuvre matérielle et spirituelle. Il est clair que, plus l’on renforcera son engagement et sa volonté de se purifier, de même que de purifier les autres, comme l’explique le Likouteï Torah, dans le discours ‘hassidique intitulé : « Que D.ieu soit avec moi pour ceux qui me viennent en aide », au chapitre 5, plus s’accomplira la promesse selon laquelle : « on lui vient en aide ».

J’ai demandé au ‘Hassid, Rav H. M. A. ‘Hadakov de vous adresser quelques propositions pour le programme d’étude. Sa lettre vous
parviendra sûrement dans quelques jours. En souhaitant à chacun de recevoir la Torah avec joie et profondément,

Rav Mena’hem Schneerson,

 

Un peu plus d’un an plus tard, après qu’il ait déjà pris la direction des ‘Hassidim, le Rabbi adressa une seconde lettre à la direction de la Yechiva, à Lod, pour demander que les élèves originaires du Yémen soient formés à l’action au sein même de leur communauté :

Aux dirigeants de la Yechiva pour les immigrants de Russie, à Lod,
Par la grâce de D.ieu, 16 Elloul 5711, Brooklyn, New York,

Je vous salue et vous bénis,

Vous m’avez fait savoir que vous avez l’intention d’organiser, le 18 Elloul, qui approche, pour nous, pour le bien, une fête à l’occasion de l’ouverture des nouveaux bâtiments et vous me demandez une lettre, à ce propos. Le temps ne permet pas de le faire et j’enverrai donc un télégramme, à l’occasion de votre fête.

Il est dommage que vous ne m’ayez pas communiqué les détails : cette réunion sera-t-elle nationale et des représentants des autres communautés y participeront-ils également ?

Vous avez sûrement reçu ma lettre pour le début de l’année scolaire, de même que l’extrait du la causerie du Chabbat qui bénit le Roch ‘Hodech Elloul. Je vous joins la traduction de cet extrait
dans la Langue sacrée. Il serait bon de le diffuser, de la manière qui convient, dans les cercles les plus larges.

Concernant votre question sur l’envoi de délégués de votre Yechiva dans différents endroits, vous me dites que vous êtes limités pour ce qui est des pays dans lesquels il est possible de les envoyer. Il ne s’agissait pas pour moi d’exclure le moindre pays. Je disais uniquement qu’à mon avis, dans l’intérêt de cette action, il serait bon de se concerter avec les institutions ‘hassidiques qui envoient aussi de tels délégués.

En effet, de deux choses l’une, ou bien ces délégués font une collecte commune, ou bien ils organisent leurs voyages respectifs de telle façon qu’il n’y ait pas de compétition entre les différentes institutions.

J’attire votre attention sur la nécessité de former ceux qui sont aptes à cela, parmi les élèves de votre Yechiva originaires du Yémen, afin qu’ils deviennent rapidement des guides et des formateurs parmi leurs frères, les immigrants du Yémen.

Il est sans doute inutile d’expliquer longuement à quel point tout cela est important et utile, de même que les espoirs que l’on peut placer en une telle action. Avec ma bénédiction afin que vous soyez inscrits et scellés pour une bonne et douce année,

M. Schneerson,

 

Un peu plus de quatre ans plus tard, le Rabbi adressa une troisième lettre à la direction de la Yechiva pour encourager la poursuite du travail et multiplier le nombre des élèves originaires du Yémen :

Aux dirigeants de la Yechiva Tom’heï Temimim, à Lod,
Par la grâce de D.ieu,
11 Tamouz 5714, Brooklyn,

que D.ieu vous accorde longue vie, Je vous salue et vous bénis,

Je fais réponse à votre lettre du 23 Sivan, concernant le rassemblement des originaires du Yémen. Vous envisagez, en effet, de fonder une Yechiva qui regrouperait tous les élèves venant du Yémen, car ils sont éparpillés dans les différentes Yechivot. Vous me demandez si cela est envisageable. En fait,

je ne crois pas que ce projet pourra se réaliser sous cette forme, car certaines Yechivot s’y opposeront sûrement, puisque la meilleure partie des élèves est constituée de ceux qui sont originaires du Yémen. Cela est vrai, a fortiori, pour les Yechivot dans lesquelles ils sont majoritaires,

en dehors de cette raison, on peut penser que certains verront dans ce projet une intention sous-jacente, surtout s’il s’agit d’une institution qui existe déjà. A mon sens, vous devez donc poursuivre votre action en multipliant, quantitativement et qualitativement, le nombre des élèves, y compris parmi ceux qui sont originaires du Yémen, au-delà de ce qui a été fait jusqu’à maintenant, dans la Yechiva Tom’heï Temimim de Lod.

Conformément à votre demande, je mentionnerai le nom de madame Rivka Barzilaï près du tombeau de mon beau-père et maître, le Rabbi, dont la mémoire est une bénédiction, dont l’âme est en Eden et dont le mérite nous protègera. J’attends de bonnes nouvelles, en la matière. Avec ma bénédiction,

M. Schneerson,

Le Rav Moché Hillel décrit ce que furent ses premiers contacts avec ‘Habad :

« J’ai consacré beaucoup de temps, pendant toutes ces années, à l’éducation des enfants du Yémen. Je peux donc affirmer, en connaissance de cause que, dans les endroits en lesquels le mouvement ‘Habad n’est pas arrivé, les autres cercles n’ont connu aucune réussite.

C’est un fait incontestable. Les hommes de ‘Habad ont ouvert une école à Zarnoga. Ils ont enseigné la Torah aux enfants yéménites et ils les ont envoyés à Kfar ‘Habad. De nos jours, tous admettent, certains publiquement, d’autres uniquement en cercles privés, que, sans l’intervention du mouvement ‘Habad, le Judaïsme du Yémen n’aurait pas pu se perpétuer. C’est une certitude absolue. »

Le Rav Yaakov Zohar ajoute :

« Une fois, j’ai évoqué ce sujet avec quelqu’un et j’ai dit à mon interlocuteur :
‘Je peux te démontrer simplement la réussite de ‘Habad auprès des Juifs du Yémen. Prends l’annuaire des ‘Hassidim ‘Habad et compte le nombre de noms de famille d’origine yéménite qui s’y trouve. Et, c’est sans compter ceux qui, après avoir été sauvés par ‘Habad d’un abandon de la Tradition, se sont ensuite dirigés vers d’autres Yechivot. Ceux-là conservent également beaucoup de sympathie envers le mouvement ‘Habad’.

Il faut ajouter un point très important. Lors de la Alya du Yémen, alors que l’état venait d’être créé et devait encore être renforcé, le Rabbi a créé le réseau des écoles Ohaleï Yossef Its’hak Loubavitch dans de nombreux endroits du pays en lesquels personne d’autre que les hommes de ‘Habad n’est parvenu, comme, par exemple, Taana’h, Zarnoga, le quartier de Melé’ha, à Jérusalem et même Kfar Saba et Rehovot.

Dans ces endroits, il y avait de très nombreuses familles originaires du Yémen et plusieurs jeunes sont arrivés à la Yechiva Tom’heï Temimim par l’intermédiaire des écoles de ce réseau. Je dois mentionner, tout particulièrement, l’abnégation du ‘partisan’, le Rav Zoucha Vilimovski, celle du Rav David ‘Hanzin, de Richon Le Tsion, qui se rendaient dans tous les camps d’immigrants et, à l’époque, on ne se déplaçait pas en taxi, comme on le fait de nos jours !

Après que les hommes de ‘Habad aient fait sortir les enfants des Maabarot, leur action suivante a été la construction de synagogues, là où il n’y avait aucune éducation religieuse ».

Le Rav Hillel poursuit :

« J’ai commencé à recevoir mon éducation ‘Habad chez Rav Zoucha, le partisan. Un matin, quelques semaines après notre Alya, il est arrivé dans notre camp et il s’est adressé à nous avec enthousiasme. Il nous a expliqué qu’il fallait immédiatement créer une école basée sur les valeurs sacrées et, avant qu’il quitte l’endroit, nous avons réservé une tente pour cette école. Par la suite, il a envoyé des professeurs.

Ce fut notre premier contact avec ‘Habad. Les hommes de l’agence juive poursuivaient leurs efforts pour nous envoyer dans les écoles non religieuses. Dans certains cas, ils ont eu recours à la contrainte.

Un jour, un autocar est arrivé à Zarnoga pour conduire les enfants dans un Kibboutz. Alors, est intervenue la Rabbanit, l’épouse du vieux Rav, qui agissait en collaboration avec le Rav Israël Leibov, le directeur des jeunes de l’association
‘Habad. Les hommes de l’agence juive, tentaient de nous convaincre d’aller au Kibboutz. La Rabbanit est alors arrivée et elle nous a dit que nous devions aller à Kfar ‘Habad. L’autocar de l’agence juive est resté vide.

La Rabbanit s’est procurée un autre autocar et elle a prévenu Kfar ‘Habad de notre arrivée. Nous étions environ quatrevingts enfants. L’autocar a fait deux voyages, d’abord les petits de neuf ou dix ans, puis nous les ‘grands’, qui avions douze ans.

Nous sommes arrivés à Kfar ‘Habad vers vingt-deux heures. Le Rav Chmouel Greenberg nous attendait et il nous a accueillis, avec une grande chaleur. C’était un homme d’une grande finesse, auquel nous nous sommes tout de suite attachés. Depuis, nous n’avons plus jamais quitté ‘Habad, D.ieu merci.

Les quatre-vingts enfants ont reçu leur éducation dans les écoles ‘Habad et ils ont construit des familles ‘Habad. Ils ont actuellement plusieurs centaines de descendants. Faites le compte, chacun de ces descendants a rapproché du Judaïsme des dizaines, des centaines de Juifs, comme chaque ‘Hassid ‘Habad. Ce sont donc des milliers de familles qui ont été approchées de la pratique de la Torah et des Mitsvot, de la ‘Hassidout, grâce à un autocar qui a conduit quatre-vingts enfants à Kfar ‘Habad, cette nuit-là.

Or, cet autocar était le fruit d’une seule action des ‘Hassidim ‘Habad à Zarnoga, à l’époque, dans le cadre de ce combat pour éviter la perte spirituelle des enfants issus des communautés orientales, à la demande du Rabbi. La totalité de cette action a donc permis de rapprocher plusieurs dizaines de milliers de personnes ».

Le Rav Yaakov Zohar poursuit son récit :

« J’ai commencé mes études dans une Yechiva lituanienne, à Bneï Brak, mais je n’y ai pas trouvé ma place et, par la suite, je suis arrivé à ‘Habad. Nous habitions, à l’époque, à Roch Ha Aïn et il y avait là-bas un groupe de jeunes gens, originaires du Yémen, qui recevaient une éducation orthodoxe grâce à ‘Habad. C’est de cette façon que j’ai été influencé.

Ma mère travaillait à Bneï Brak, pour assurer la subsistance de la famille et c’est elle qui me conduisait dans cette Yechiva lituanienne. J’avais des difficultés d’adaptation et, pendant les premières semaines, j’ai beaucoup pleuré. Personne ne s’intéressait personnellement à moi. En outre, ma situation matérielle était très difficile. Tout cela m’a conduit à avoir des doutes, dans ma foi et j’ai passé une période réellement pénible.

J’ai parlé de mes difficultés à la Yechiva et l’on m’a conseillé d’apprendre une Michna par cœur avant d’aller dormir, mais cela n’était pas suffisant. Je cherchais sans savoir moimême quel était l’objet de ma recherche. Puis, à la Yechiva de Novardok, j’ai trouvé une vieille édition du Tanya, imprimée à Vilna. Le livre avait perdu sa couverture et je ne suis pas parvenu à déterminer le nom de l’ouvrage.

J’ai ouvert ce livre et j’ai étudié le début de Chaar Ha I’houd Ve Ha Emouna, ‘la porte de l’unification et de la foi’. Je n’en ai pas compris grand-chose, mais ce que j’ai lu a soulevé en moi de nombreuses questions. J’étais attiré par ce livre comme le fer par un aimant.

L’un des enseignants de la Yechiva était le Rav Eliméle’h Tacher, un ‘Hassid de Wichnitz intransigeant, qui nous formait avec beaucoup de rigueur. Quand il m’a vu avec un Tanya, il s’est littéralement enflammé et il m’a dit, comme s’il me confiait un secret :

‘Que fais-tu dans cette Yechiva ? Il n’y a ici ni spiritualité, ni matérialité ! Dernièrement, des ‘Hassidim ‘Habad sont arrivés à Lod. Dans le domaine de l’abnégation, nul ne leur est comparable. Ils sont inspirés d’une profonde joie ‘hassidique. Et, ils ont ouvert une Yechiva à Lod. Va les voir et poursuis tes études chez eux !’.

J’ai pris ce qu’il m’a dit à la lettre. J’étais réellement attiré par le Tanya. Un matin, je me suis levé et je suis allé à Lod. J’ai dormi à la Yechiva et, le lendemain, j’ai passé un examen chez le Rav Moché Holtzberg, de Roch Pina, qui avait la réputation de savoir bien expliquer. Ses cours, à la Yechiva, étaient d’un certain niveau.

J’ai été accepté à la Yechiva, mais, très vite, je me suis aperçu que j’avais encore des difficultés d’adaptation, bien plus, qu’elles étaient, cette fois-ci, beaucoup plus sévères, d’une autre sorte. Je suis arrivé à Lod avec toute la ‘fierté’ de Bneï Brak, celle d’un élève de Yechiva qui a une haute opinion de sa propre personne et les élèves de la Yechiva ont aussitôt décidé de me débarrasser de ce grave défaut.

Après quelques jours à la Yechiva, au cours d’une récréation, un bon ami, qui avait une profonde connaissance de la ‘Hassidout et priait avec ferveur, m’a dit :
‘Yaakov, le Rabbi Rachab a choisi toutes les âmes pouvant devenir des élèves de la Yechiva Tom’heï Temimim Loubavitch. Tu n’as pas ta place ici. Tu es trop superficiel’.
Il a ajouté quelques autres qualificatifs encore et il a conclu : ‘Il est préférable que tu retournes à Bneï Brak’.

J’en ai parlé à des amis qui se trouvaient alors à la Yechiva, au Rav Na’hman Sudak, qui devint par la suite l’émissaire du Rabbi en Grande-Bretagne, au Rav Yaakov Kats, qui devint par la suite le recteur de la Yechiva de Kfar ‘Habad, aux frères Lipsh et à d’autres jeunes gens encore. Ils m’ont expliqué que j’avais acquis, à Bneï Brak, un certain orgueil, une manière d’être satisfait de ma propre personne, que je devais à tout prix perdre ce défaut et que c’était sans doute là ce que ce garçon avait voulu me dire.

Dans un premier temps, j’ai pensé que je devais réellement retourner à Bneï Brak, puis l’on m’a expliqué l’importance de la Yechiva Tom’heï Temimim. Quelques jours plus tard, mon ami Na’hman Sudak m’a proposé d’étudier avec lui, après la prière d’Arvit la séquence de discours ‘hassidiques du Rabbi Rachab de 5643 (1883), qui explique, par le détail, ce qu’est la création à partir du néant.

Peu à peu, j’ai commencé à comprendre ce qu’était l’obscurité transformée en lumière. J’ai commencé, à la Yechiva de Lod, à ressentir la Lumière bienfaisante, mais ce n’était effectivement qu’un commencement. J’ai perçu la Divinité qui s’exprime dans la ‘Hassidout. Et, ceci m’a enfoncé dans la ‘Hassidout ‘Habad, comme un pieu dans le sol.

Un autre élève de cette Yechiva, Sim’ha Silberstrom, qui, par la suite, fut assassiné lors de l’incursion terroriste à Kfar ‘Habad, se consacrait à guider les jeunes gens et il s’est occupé également de moi. Bien entendu, il y avait aussi les réunions ’hassidiques avec le ‘Hassid, Rav Avraham Mayor Dreizin.

Tout cela a fait que nous autres, élèves d’origine yéménite, qui étions très nombreux dans cette Yechiva, nous nous sommes attachés profondément à cet endroit qui nous avait largement ouvert ses portes ».
Le Rav Moché Hillel se souvient encore :

« Depuis le premier jour, j’ai été attiré vers ‘Habad par le grand enthousiasme que suscite l’amour du prochain. Lorsque nous sommes arrivés à Kfar ‘Habad, nous étions quatre-vingts enfants, comme je l’ai dit et nous avons été répartis entre les familles du village, pour passer la nuit.

Toutes ces familles vivaient dans des conditions matérielles très difficiles, mais j’ai ressenti l’enthousiasme, l’amour du prochain en leur cœur. J’en ai été saisi. Imaginez-vous qu’ils se disputaient pour nous accueillir !

Il y avait, à l’époque, une seule synagogue à Kfar ‘Habad. Le lendemain, par manque de place dans les familles, des lits ont été disposés dans la synagogue et quelqu’un a apporté de vieux matelas. Les lits emplissaient la synagogue, mais ceux qui venaient prier avaient un large sourire aux lèvres, en observant qu’ils mettaient en pratique la Mitsva de l’hospitalité.

Nous mangions dans les familles. J’ai eu le mérite de manger, pendant un an et demi, chez le guide spirituel de la Yechiva, le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman. D’autres allaient chez le Rav Yossef Rivkin. Dans la chambre où je dormais, il y avait des poussins et des vaches, mais cela m’importait peu. Ma vie avait un goût spirituel nouveau.

Tous les jeunes gens originaires du Yémen achevaient vite le repas du Chabbat et ils se rendaient chez Rav Chlomo ‘Haïm. Celui-ci nous faisait asseoir autour de lui et il nous demandait de chanter des mélodies yéménites. Nous chantions et il nous enlaçait. Il était réellement un père pour nous.

Mon maître était le Rav Israël Its’hak Halperin. C’est de lui que j’ai reçu la majeure partie de mes connaissances. J’ai étudié également avec le Rav Abba Lewin, avec le Rav Avraham Lieder et avec d’autres encore. Les études avaient lieu dans la synagogue et dans la pièce qui lui faisait face. Au final, ils se sont dit que prendre les repas dans les familles n’était pas la solution et ils ont décidé de mettre en place une structure.

Le ‘Hassid, Rav Aharon Gopin s’est engagé à diriger tout ce qui nous concernait, matériellement et spirituellement. Il s’est acquitté de cette tâche avec un cœur empli de chaleur. Le vendredi soir, il ne restait que peu d’élèves qui devaient être répartis entre les familles et nous avons vu, régulièrement, les ‘Hassidim se disputer pour avoir le mérite de les inviter.

La Yechiva fut ensuite transférée dans le bâtiment de Kfar ‘Habad qui est appelé aujourd’hui Beth Chazar et qui est le siège des jeunes de l’association ‘Habad. Nous avons dormi là-bas, étudié là-bas pendant deux ans. Nous étions le premier noyau.

Nous avons ensuite été rejoints par les jeunes gens, originaires du Yémen, qui venaient de Bareket et de Zarnoga. Leurs parents sont venus visiter la Yechiva et ils ont vu que nous étions satisfaits. La structure et l’éducation de la ‘Hassidout ‘Habad leur convenaient. Le contact entre nos parents et les habitants du Kfar était favorable, au point que ceux-ci les invitaient chez eux, pour les fêtes.

Par la suite, fut adoptée la règle selon laquelle chaque élève qui terminait ses études à Kfar ‘Habad allait ensuite les poursuivre à la Yechiva de Lod. C’est ce que nous avons fait, mes amis et moi-même, en 5712 (1952). Nous avons découvert le guide spirituel de la Yechiva, le Rav Chlomo ‘Haïm Kasselman. Le recteur de la Yechiva était alors le Rav Barou’h Chimeon Schneersohn et le ‘Hassid, Rav Avraham Mayor Dreizin organisait des réunions ‘hassidiques spécifiquement pour ceux qui étaient originaires du Yémen, en général jusqu’à trois heures du matin. C’était un homme très émotif, qui pleurait facilement. Il a rapproché de la ‘Hassidout tous les jeunes gens qui lui ont été confiés. C’est par son mérite que nous sommes tous des ‘Hassidim ‘Habad ».

Le Rabbi fut à l’origine de toute l’action de sauvetage des Juifs yéménites. Il demanda lui-même la création de l’organisation Yad Le A’him, qui dut affronter les représentants de l’agence juive et les autorités du pays, imaginant, à l’époque, une population du pays plus clairement détachée des valeurs traditionnelles. Les Juifs yéménites avaient-ils conscience, à l’époque, de ce que le Rabbi faisait pour eux ? Le Rav Moché Hillel répond :

« Notre attachement profond au Rabbi, chef de notre génération, est, à mon sens, un sujet spécifique, qui mérite d’être traité de façon indépendante. Pour ma part, j’ai ressenti cet attachement, pour la première fois, étant enfant, à Kfar ‘Habad, grâce au ‘Hassid, Rav Avraham Paris. Ses propos chaleureux émanaient de son cœur et nous en avons tous été profondément influencés, au-delà de toute mesure.

Lorsque nous étions enfants, nous assistions aux mariages qui étaient célébrés à Kfar ‘Habad. Je me rappelle que chaque mariage était une réunion ‘hassidique. On servait, en tout et pour tout, du poisson salé. Lorsque l’on entendait un enregistrement des propos du Rabbi, nous nous élevions jusqu’à l’extase. Nous ne comprenions pas encore les mots du Rabbi, mais nous les ressentions profondément et ceci a implanté en nous un attachement indéfectible au Rabbi, un désir profond de le voir, d’être proche de lui ».
Le Rav Yaakov Zohar conclut :

« Nous nous sommes attachés au Rabbi également parce que, dès notre arrivée à la Yechiva, il nous a demandé de ne pas abandonner les autres immigrants yéménites, d’exercer sur eux une influence positive et de faire en sorte que leurs enfants reçoivent une éducation religieuse. Le Rabbi nous a précisé que cette action devait être menée pendant les nuits, après les programmes d’étude de la Yechiva.

Le Rabbi nous a écrit qu’il avait conscience de notre désir de poursuivre notre étude de la Torah, après le temps qui lui était imparti à la Yechiva, mais qu’il y avait là une situation de danger, justifiant notre intervention. Il nous a donné l’assurance que notre avancement dans la connaissance de la Torah n’en serait pas affecté et il a ajouté, dans la même lettre, que, selon une promesse faite par l’Admour Hazaken, celui qui influence les autres et leur apporte une Tsedaka morale a ‘un cerveau et un cœur mille fois plus affinés’.

Et, de fait, nous avons pu observer qu’il en était bien ainsi. A l’époque, nous nous rendions dans les camps d’immigrants, pendant les heures tardives de la nuit et, D.ieu merci, nous avons rapproché de nombreux jeunes de la Torah et du Judaïsme. Nous seulement notre ardeur à l’étude de la Torah n’en a pas été remise en cause, mais, bien plus, nous avons alors progressé au-delà de toute mesure.

Si nous voulons résumer ce qui s’est passé lors de l’Alya du Yémen, pendant l’opération ‘tapis volant’, on ne peut pas dire uniquement que le mouvement ‘Habad a été plus actif que toutes les autres organisations. Concrètement, le mouvement ‘Habad a sauvé les enfants du Yémen qui étaient en danger de perdre leur identité morale.
A l’époque, personne d’autre que le Rabbi n’aurait osé affronter directement David Ben Gouryon, qui avait personnellement approuvé tout le programme établi pour nous. Ben Gouryon venait, avec des chanteuses yéménites, qui chantaient devant nous : ‘David, roi d’Israël est vivant et il existe’. Il se servait des chants traditionnels yéménites, mais, simultanément, les hommes des services d’immigration venaient dans les camps et ils coupaient les Péot.

Je me trouvais moi-même à Atlit quand ces hommes sont venus et, D.ieu merci, quand ils ont voulu couper les Péot, je suis parvenu à m’enfuir. Le Rabbi a alors écrit à Ben Gouryon et il l’a mis en garde, en lui disant qu’il le tenait pour personnellement responsable de l’éducation des enfants yéménites pour les trente ans à venir.

Il n’est pas fortuit que seul le Rabbi se soit réellement préoccupé de nous et il est douloureux de constater que des partis politiques ou des organisations orthodoxes qui avaient la possibilité d’intégrer les Juifs du Yémen n’ont rien fait du tout et je pèse mes mots. Ils ne voulaient rien faire. Cela ne les intéressait pas.

Je possède une lettre dans laquelle le Rabbi demande de supprimer les différents courants, au sein du système éducatif religieux. Lorsque l’Agoudat Israël a fondé son réseau scolaire indépendant, le Rabbi a écrit une longue lettre, de onze pages, au Rav Ouryel Zimmer, dans laquelle il indiquait, notamment, qu’une certaine personnalité lui avait écrit que, chaque fois qu’un enfant juif, parmi les immigrants, ne connaît pas le Chema Israël et ne fréquente pas une école religieuse, il faut incriminer ceux qui avaient le moyen d’agir et qui, délibérément, ont décidé de ne pas le faire. Il faut bien comprendre la gravité de ce qui s’est passé, à l’époque ».

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