Des milliers de disparus au Népal : le Beth Habad de Katmandou en première ligne

Des milliers de disparus au Népal : le Beth Habad de Katmandou en première ligne

 

Une catastrophe naturelle d’une ampleur inouïe a frappé le Népal, laissant des milliers de familles à la recherche de leurs proches, disparus ou injoignables. Les bilans provisoires font déjà état de centaines de morts, et le nombre ne cesse d’augmenter. À Katmandou, les Chlou’him du Rabbi, le Rav ‘Hezki et la Rabbanit ‘Hani Lifschitz, mènent une course contre la montre pour localiser les juifs dont on a perdu la trace et ramener les défunts juifs à une sépulture selon la loi juive.

 

 

Le mercredi 26 août 2026 au matin, une série de crues soudaines a dévasté le poste-frontière de Gyirong, sur la frontière sino-népalaise, avant de déferler sur des dizaines de localités le long d’un tronçon de 72 kilomètres de la rivière Trishuli. Selon les scientifiques, le désastre a été déclenché par l’effondrement d’un glacier situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Katmandou : un pan de glace de 600 mètres de large s’est détaché de la montagne et a chuté de plus de 1 200 mètres, libérant un torrent d’eau, de glace et de débris. Par endroits, le niveau de la Trishuli est monté de 9 mètres en 30 minutes à peine, emportant maisons, ponts et véhicules.

Le bilan, encore provisoire, ne cesse de s’alourdir : les autorités népalaises font état de plus de 900 morts et de plus de 4 000 disparus, auxquels s’ajoutent des victimes du côté tibétain de la frontière. La Croix-Rouge estime qu’environ 90 000 personnes ont été touchées. Les hôpitaux et les morgues des régions sinistrées étant saturés, et faute de chambres froides en nombre suffisant, de nombreux corps non identifiés ont dû être inhumés provisoirement, en attendant de pouvoir leur rendre un nom.

Une centrale d’information née dans l’urgence

Depuis les premières heures du drame, le Beth Habad de Katmandou s’est transformé en véritable centrale d’information. Dans un message bouleversant publié sur les réseaux sociaux, la Rabbanit ‘Hani Lifschitz a livré son épuisement et son inquiétude.

« Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. ‘Hezki était au téléphone avec le monde entier, et moi, une seule pensée ne me quittait pas : combien il est important d’amener chaque juif à une sépulture juive. Dans la situation qui règne ici, même cette chose élémentaire et sacrée n’a plus rien d’évident. »

Des corps que l’on peine à identifier

« Les corps que l’on parvient à dégager après plusieurs jours passés sous la boue sont dans l’état le plus terrible qui soit, un état qui rend l’identification extrêmement difficile, poursuit-elle. Hier, une centaine de corps non identifiés ont été enterrés, et aujourd’hui on s’attend à l’inhumation collective de cent cinquante autres, dont personne ne sait qui ils sont. »

Les difficultés qu’elle décrit recoupent celles que rapportent les équipes de secours sur le terrain : le manque de chambres froides et la décomposition des corps compliquent chaque jour davantage le travail d’identification. Une équipe indienne de spécialistes de l’analyse ADN a d’ailleurs été dépêchée à Katmandou pour aider la police népalaise à mettre un nom sur les victimes.

Un disparu israélien et des familles juives dans l’attente

« Il y a des milliers de disparus dans cette catastrophe, souligne la Rabbanit Lifschitz, et parmi tous ces chiffres se trouve aussi un disparu israélien, ainsi que, bien sûr, des disparus juifs dont nous sommes en contact avec les familles. Des familles qui attendent un appel. Une information. Quelque chose à quoi se raccrocher. »

La ligne ténue entre un nom et un chiffre

« Ces derniers jours, j’ai compris à nouveau à quel point est mince la frontière entre un être humain qui a un nom, une maison et une famille, et un simple numéro au milieu d’une catastrophe. Il y a tant d’impuissance dans cette situation. Et soudain, les mots que nous répétons chaque année pendant les Jours redoutables résonnent autrement : qui par l’eau et qui par le feu. Ces mots ont toujours été de grands mots. Lointains. Presque abstraits. Jusqu’à ce que l’eau devienne un fleuve qui emporte des vies entières. Jusqu’à ce qu’il y ait des gens sous la boue. Jusqu’à ce que quelqu’un, à l’autre bout du monde, attende de savoir si l’être qu’il aime reviendra encore. »

Ces mots sont ceux de la prière Ounetane Tokef, récitée à Roch Hachana et à Yom Kippour, à quelques semaines seulement de Roch Hachana 5787 (2026).

Un couple d’émissaires au chevet du Népal depuis des années

Le Rav ‘Hezki et la Rabbanit ‘Hani Lifschitz dirigent le Beth Habad de Katmandou, un lieu connu dans le monde entier pour accueillir le plus grand Séder de Pessa’h de la planète et pour veiller, année après année, sur les milliers de jeunes Israéliens qui viennent parcourir les sentiers de l’Himalaya. Ce n’est pas la première fois que ce couple se retrouve en première ligne d’une tragédie. En 5775 (2015), lorsqu’un séisme de magnitude 7,8 avait fait plus de 5 000 morts dans le pays, les Chlou’him du Rabbi avaient mené des opérations de sauvetage, héliporté des routards isolés, préparé des repas pour les rescapés népalais et recherché, parmi les victimes, les défunts juifs afin de leur assurer une sépulture selon la loi d’Israël. Aujourd’hui, face aux flots, le même engagement se répète.

Continuer à chercher, continuer à prier

Depuis le Népal, le Beth Habad poursuit sa mission sans relâche. « Nous continuons à nous renseigner. Nous continuons à parler avec les familles et les communautés. Nous continuons à faire tout ce qui est possible pour que chaque personne ait un nom, et que chaque famille obtienne une réponse. Et nous continuons à prier. Pour les vivants. Pour les disparus. Pour les familles qui attendent, juives et non juives. Nous prions pour que, même du fond de toutes ces ténèbres, de bonnes nouvelles finissent encore par arriver. »

 

EN DIRECT 20h30 : Farbrenguen inspirant du 18 Elloul  5786 à Jérusalem avec le Rav Yechiel Kotzer

EN DIRECT 20h30 : Farbrenguen inspirant du 18 Elloul 5786 à Jérusalem avec le Rav Yechiel Kotzer

À l’approche de la fin de l’année et en préparation spirituelle du mois de Tichri, la communauté Habad Loubavitch convie le grand public à un rassemblement hassidique d’exception. Un grand Farbrenguen festif se tiendra à l’occasion du 18 Elloul, le ‘Haï Elloul, une date à la portée profonde et puissante dans le monde juif. L’invité d’honneur en sera le Rav Yechiel Kotzer, Chalia’h du Rabbi à Har Chemouel, réputé pour ses talents d’orateur et sa vitalité hassidique communicative.

 

 

En cette fin d’année, alors que débute la préparation spirituelle au mois de Tichri, la communauté Habad Loubavitch ouvre ses portes à tous ceux qui souhaitent puiser une inspiration nouvelle. Un grand Farbrenguen festif est organisé pour le 18 Elloul, une date qui constitue un véritable jalon dans le calendrier hassidique.

La signification du 18 Elloul : les deux luminaires

Le 18 Elloul est une date historique qui représente un authentique sommet spirituel. Ce jour marque en effet l’anniversaire de deux géants de la Hassidout qui ont illuminé le monde. Le premier est le Baal Chem Tov, le Becht, fondateur du mouvement hassidique dans son ensemble, qui a ouvert une voie nouvelle pour servir D.ieu dans la joie et dans l’amour d’Israël. Le second est l’Admour Hazaken, fondateur de la voie hassidique Habad et auteur du célèbre Tanya, qui a prolongé ce chemin en rendant les enseignements hassidiques accessibles grâce à une compréhension intellectuelle et approfondie. Les hassidim ont coutume de dire que, dès ce jour, on commence à ressentir la vitalité particulière du mois d’Elloul ; c’est un temps propice à l’éveil et à une introspection positive, empreinte de joie et de gratitude.

L’invité d’honneur : le Rav Yechiel Kotzer

Le point d’orgue du Farbrenguen de cette année, dans le quartier de Ramat Shlomo, est la participation d’un invité aussi captivant qu’attendu : le Rav Yechiel Kotzer. Chalia’h du Rabbi à Har Chemouel, le Rav Kotzer est reconnu pour ses talents d’orateur exceptionnels et pour sa vitalité hassidique communicative. Le rassemblement qu’il animera mêlera des enseignements profonds de la Torah, des récits hassidiques inspirants et des mélodies, des Niggounim, qui élèvent l’âme et ouvrent les cœurs. Les participants y recevront des outils concrets, à la fois pratiques et spirituels, pour se préparer dignement aux Yamim Noraïm, les Jours redoutables qui approchent.

Les détails de l’événement

Le Farbrenguen est organisé par la synagogue et le Beth Hamidrach Habad Loubavitch, et il est ouvert à tout le public désireux de s’inspirer. Il se tiendra le dimanche soir, veille du 18 Elloul, à 20h30, dans la salle des Farbrenguen de la synagogue. L’adresse en est « Beth Rabbeinou 770 », dans le quartier de Ramat Shlomo, à Jérusalem.

Venez faire une pause dans le rythme du quotidien, vous relier à l’héritage hassidique et aborder la nouvelle année 5787 (2026-2027) dans une atmosphère lumineuse et exaltante.

 

 

Vaincre la solitude d’une génération : les leçons intemporelles de ‘Haï Elloul – Rav Chmouel Bitton

Vaincre la solitude d’une génération : les leçons intemporelles de ‘Haï Elloul – Rav Chmouel Bitton

 

Dans un monde saturé de connexions mais rongé par l’isolement, où trouver un ancrage spirituel véritable ? Lors d’une farbrenguen consacrée à ‘Haï Elloul, le Rav Chmouel Bitton puise dans les profondeurs de la Hassidout Habad des outils d’une actualité saisissante. Du refus de la peur enseigné par le Baal Chem Tov au regard sans jugement de l’Admour Hazakène, ce sont les racines d’un véritable souffle d’espoir pour notre génération.

 

 

 

Dans un monde hyperconnecté où les défis éducatifs, technologiques et personnels semblent se multiplier de façon exponentielle, comment trouver un point d’ancrage spirituel ? C’est la question, d’une urgence brûlante, qui a traversé cette émouvante Farbrenguen (réunion hassidique) consacrée à ‘Haï Elloul, le dix-huitième jour du mois d’Elloul, avec pour invité le Rav Chmouel Bitton.

À travers ses enseignements, la philosophie du mouvement Habad se déploie pour livrer des outils psychologiques et spirituels d’une pertinence étonnante. Car ce jour n’est pas qu’une date anniversaire : c’est un carrefour énergétique, une boussole pour une génération en quête de sens.

La constellation de ‘Haï Elloul : un calendrier saturé de lumière

Le 18 Elloul n’est pas une date ordinaire. Comme l’explique le Rav Bitton, c’est un jour exceptionnellement saturé d’événements lumineux, à rebours d’autres dates du calendrier juif, tel le 17 Tamouz ou le 9 Av, qui concentrent au contraire les tragédies. La Providence divine a choisi de condenser une abondance de grâces sur ce seul fuseau annuel.

Parmi les événements majeurs qui s’y superposent figure d’abord la disparition du Maharal de Prague, dont les écrits résonnent profondément dans le Tanya. Vient ensuite la naissance du Baal Chem Tov, en 5458 (1698), fondateur du mouvement hassidique, venu insuffler apaisement et vitalité nouvelle à un peuple juif meurtri. Ce même jour se produisit la révélation du prophète A’hiya HaChiloni, qui se dévoila au Baal Chem Tov pour devenir son maître spirituel, puis, plus tard, le dévoilement public de ce dernier, en 5494 (1734), lorsqu’il passa du statut de Tsadik caché à celui de maître opérant ouvertement des délivrances.

Le 18 Elloul vit également naître l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, fondateur de la Hassidout Habad, en 5505 (1745). C’est encore à cette date que l’Admour Haemtsahi s’établit à Loubavitch, en 5573 (1813), après les bouleversements de la guerre contre Napoléon, et que fut fondée la Yéchiva Tom’hei Temimim, institution phare du mouvement, en 5657 (1897). Le Baal Chem Tov qualifiait ce jour de moment où « une lumière nouvelle descend dans le monde ». Mais que signifie concrètement cette lumière pour nous, aujourd’hui, face à nos luttes intérieures et à nos angoisses parentales ?

L’essence de la Farbrenguen : la force du collectif et de l’unité

Avant même d’aborder la théorie, le Rav Bitton insiste sur l’outil thérapeutique premier du monde hassidique : la Farbrenguen. Se réunir n’est pas seulement une occasion d’écouter des discours éloquents ; c’est avant tout l’acte de s’asseoir ensemble et d’unir des parcours de vie hétéroclites.

« Le concept de la Farbrenguen, c’est que des âmes pures s’assoient ensemble et parviennent à s’apaiser les unes les autres. »

Pour illustrer cette puissance, le Rav rapporte un épisode des débuts du hassidisme. L’épouse du Baal Chem Tov s’inquiétait de voir les disciples consommer tout le vin, craignant qu’il n’en reste plus pour le Kiddouch. Lorsqu’elle descendit à la synagogue pour les interrompre, elle fut pétrifiée : les disciples dansaient en un cercle si uni, si vibrant, qu’un feu spirituel s’était littéralement formé autour d’eux. Bouleversée, elle redescendit à la cave pour leur offrir tout ce qui restait.

Il cite également une observation touchante du Rav Adin Steinsaltz, de regrettée mémoire, qui vit un jour les disciples de l’Admour de Belz, épuisés d’avoir veillé tard dans la nuit, s’endormir en posant la tête sur l’épaule de leur voisin. Un millionnaire pouvait ainsi servir d’oreiller à un homme démuni. L’essentiel de la Farbrenguen réside dans cette fraternité. Tenter de résoudre seul les tourments de son âme individuelle est une illusion : c’est dans la connexion à l’âme collective d’Israël, la Knesset Israël, que se trouve la guérison.

Le Baal Chem Tov, antidote absolu à la peur

Le cœur de la révolution du Baal Chem Tov tient en une phrase fondatrice, celle que son père, le Rav Eliézer, lui murmura sur son lit de mort : « Ne crains rien ni personne, n’aie peur que de D.ieu seul, et aime chaque Juif du plus profond de ton cœur. »

Nous vivons dans ce que le Rav Bitton appelle « la génération de l’anxiété ». Les parents tremblent devant les défis technologiques auxquels sont confrontés leurs enfants, les jeunes sont terrorisés par l’avenir et les adultes ploient sous la pression du quotidien. La réponse du Baal Chem Tov n’est pas d’invoquer un courage stoïque, mais d’ancrer une conscience divine absolue.

L’anecdote de l’Admour Hazakène, qui recopia une note secrète trouvée chez le Tséma’h Tsédek, est révélatrice. On y apprend que le Baal Chem Tov, à peine âgé de trois ans, marchait seul dans la forêt. Il y rencontra des entités démoniaques qui tentèrent de l’effrayer : « Petit garçon, n’as-tu pas peur ? Es-tu prêt à admettre que D.ieu a abandonné la terre ? » L’enfant répondit avec aplomb, chassant ces forces obscures par sa seule foi. Aujourd’hui, ces démons portent le masque du cynisme, du désespoir et du sentiment d’abandon. L’enseignement est limpide : dès lors que l’on intègre que le Maître du monde orchestre chaque détail, la Hachga’ha Pratit, la peur s’évapore.

L’Admour Hazakène : la guérison par la nouvelle âme

Si le Baal Chem Tov a éveillé le peuple juif, l’Admour Hazakène, né le même jour des décennies plus tard, a transformé ce réveil en une architecture intellectuelle et pratique. Le matin de sa naissance, le Baal Chem Tov célébra l’office sans réciter les prières de supplication, le Ta’hanoun, irradiant de joie, annonçant qu’une nouvelle âme venait de descendre sur terre pour enseigner la dimension cachée de la Torah.

Qu’est-ce qu’une nouvelle âme ? Le Rav Bitton l’explique : c’est une âme non usée, sans stigmates, vierge de tout biais. Dans nos relations, nous jugeons souvent les autres à travers le prisme de nos propres blessures. L’Admour Hazakène, à travers son œuvre majeure, le Tanya, regarde l’être humain avec une pureté absolue.

Le Tanya n’est pas un simple livre : c’est une Ye’hidout, une audience privée, intemporelle. Contrairement à certaines approches qui culpabilisent, l’Admour Hazakène normalise la condition humaine. En décrivant minutieusement l’âme animale, ses pulsions et ses égoïsmes, il nous dit en substance : ce n’est pas de ta faute, D.ieu t’a créé ainsi pour que tu relèves le défi. Il neutralise le poison de la culpabilité destructrice sans pour autant abaisser ses exigences morales, offrant une thérapie magistrale et équilibrée.

Le Rabbi de Loubavitch et la valeur de l’instant présent

Dans la continuité de ces maîtres, le Rabbi a insufflé à la génération de l’après-guerre une audace sans précédent. Il a tiré le judaïsme de sa torpeur pour le manifester fièrement dans l’espace public, notamment lors des grandes parades de Lag Ba’Omer.

Le Rav Bitton partage un souvenir d’enfance poignant, lui qui a grandi comme fils d’émissaires, de Chlou’him, en France. Lors d’un voyage chez le Rabbi, une distribution de dollars fut annoncée, mais strictement réservée aux enfants membres de l’organisation Tsivot Hachem. Les adultes n’avaient rien à recevoir ce soir-là. Le message éducatif du Rabbi était colossal : l’enfant n’est pas simplement un adulte en devenir ou un être en salle d’attente. Son action, sa prière et son stade de vie présent revêtent une importance cosmique immédiate. Inculquer ce sentiment d’utilité et de valeur intrinsèque est le premier antidote contre la dévalorisation de soi.

Le mal du siècle : vaincre la solitude

L’un des moments les plus percutants de l’intervention est l’analyse clinique de la détresse contemporaine. Les études des services sociaux montrent que la toute première source de détresse chez les jeunes, avant même les addictions ou les conflits familiaux, c’est la solitude.

La philosophie hassidique combat ce fléau par une injonction : « Aime chaque Juif du plus profond de ton cœur. » Le pouvoir de briser la solitude d’autrui est un pouvoir divin placé entre nos mains. Le Baal Chem Tov parcourait les villages pour trouver de simples cordonniers et leur révéler que leurs prières faisaient vibrer les mondes supérieurs. De la même manière, nous avons la capacité, par un simple regard, un sourire ou une main tendue, d’arracher un être à son isolement destructeur.

Le mois d’Elloul : le temps de l’action et des nouvelles habitudes

La réflexion culmine sur le sens pratique du mois d’Elloul. Le Rav Bitton s’appuie sur une analyse profonde du Rabbi concernant les trois périodes de quarante jours passées par Moïse sur le mont Sinaï.

Après la faute du Veau d’Or, Moïse consacre la deuxième période de quarante jours à pleurer et à implorer le pardon. D.ieu accepte, et au début de la troisième période, qui correspond au mois d’Elloul, Il lui ordonne : « Taille pour toi (Pessol Lé’ha) deux tables de pierre comme les premières. »

D.ieu demande à Moïse de passer à l’action. Il ne sert à rien de demeurer éternellement dans la posture de la victime repentante, noyée dans l’auto-flagellation. Elloul est le moment du Pessol Lé’ha : le moment de tailler de nouvelles habitudes. L’Admour Hazakène enseigne que l’habitude devient une seconde nature. Si les mauvaises habitudes et les addictions se sont installées par la répétition, créant une seconde nature, le remède est identique. Nous avons le pouvoir de forger une troisième nature, sainte, en imposant de nouvelles routines constructives : étudier la Hassidout dix minutes par jour, instaurer une véritable discussion hebdomadaire avec son conjoint, agir concrètement au lieu de simplement regretter.

Un souffle d’espoir vers la Guéoula

Le message de ‘Haï Elloul, magnifiquement transmis par le Rav Chmouel Bitton, est un souffle d’espoir pur. En adoptant le refus de la peur du Baal Chem Tov et le regard sans jugement de l’Admour Hazakène, nous sommes invités à redonner une épaisseur divine à chaque geste du quotidien. L’élévation spirituelle n’est pas destinée à demeurer dans les sphères célestes : elle doit descendre dans la matière pour réinventer nos foyers, guérir nos solitudes et paver la voie de la Guéoula finale.

La voix venue du ciel : l’histoire d’un pilote de ligne et d’un Chalia’h

La voix venue du ciel : l’histoire d’un pilote de ligne et d’un Chalia’h

Il y a des rencontres que rien ne laisse présager, et qui pourtant semblaient écrites d’avance. En route vers le mariage de la famille Liberov, Chlou’him à Barranquilla, le Rav Levi Ouanounou, Chalia’h du Rabbi à Medellín, montait à bord d’un vol intérieur colombien comme on prend n’importe quel avion, sans imaginer un instant ce qui l’attendait. Car à des milliers de mètres au-dessus des nuages, une simple voix dans les haut-parleurs allait tout changer.

 

 

 

Une voix venue du ciel

Le vol LATAM 4328 s’était élevé sans histoire au-dessus de la Colombie. Les moteurs ronronnaient, les passagers somnolaient, et le Rav Ouanounou voyageait paisiblement avec sa famille, l’esprit tourné vers la fête qui l’attendait. Puis, soudain, la voix du commandant de bord emplit la cabine : « Bonjour, ici votre commandant de bord. Je m’appelle Elad Levi. »

Un prénom. Un nom. Et dans le cœur du Chalia’h, une petite étincelle.

Le doute d’un instant

Il se tourna vers son épouse, presque incrédule. « Quelles sont les chances que, sur un vol intérieur au fin fond de la Colombie, le pilote soit juif ? » lui glissa-t-il. « Nous avons sûrement mal entendu. » La raison lui soufflait d’oublier, de se rendormir au bercement de l’appareil. Mais quelque chose, en lui, refusait de laisser filer ce nom.

Deux mots devant le poste de pilotage

L’avion touchait à peine la piste que le Rav Ouanounou s’était déjà levé. Il s’avança jusqu’à la porte du cockpit, le cœur battant, et posa la seule question qui comptait : « Elad Levi ? » La réponse tomba, limpide, dans un hébreu parfait : « Oui. » Le commandant de bord était bel et bien juif. L’étincelle venait de devenir flamme.

Des Téfilines entre ciel et terre

Un Chalia’h ne laisse jamais passer un tel instant. Là, à peine descendu des nuages, le Rav Ouanounou veilla à ce que le pilote accomplisse la Mitsva de la pose des Téfilines. Les lanières s’enroulèrent, les mots antiques furent murmurés, et l’espace d’un moment, l’aéroport tout entier sembla s’effacer.

Ce qui n’était qu’un vol de routine s’était mué en rendez-vous du ciel. Sur la route d’un mariage, un Juif de plus avait renoué avec ses racines.

Car pour un Chalia’h, aucune altitude n’est trop haute, aucun hasard n’est vraiment un hasard : chaque vol, chaque rencontre, est une occasion d’atteindre encore une âme.

La justice tranche : le 770 appartient à l’Agoudat ‘Hassidei Habad

La justice tranche : le 770 appartient à l’Agoudat ‘Hassidei Habad

 

La cour d’appel de New York a rejeté la demande des représentants des Gabbaïm sollicitant l’autorisation de contester le jugement relatif à la possession du 770. Cette décision confirme que l’Agoudat ‘Hassidei Habad et le Merkaz Le’Inyonei ‘Hinoukh sont les détenteurs des droits et de la possession des biens. La cour a précisé que la procédure portait uniquement sur la question de la propriété et de la possession matérielle, sans se prononcer sur le maintien de la fonction religieuse des Gabbaïm au sein de la synagogue.

 

 

La propriété du 770 et la nouvelle décision

Vendredi 28 août 2026, la cour d’appel de New York a rejeté la demande de Zalman Lipsker, Avraham Holtzberg et Cholom Ber Kaiman visant à obtenir l’autorisation de poursuivre leur appel dans le cadre de la longue procédure judiciaire entourant le 770 Eastern Parkway.

Le point central qui ressort de cette procédure est la question de la propriété et de la possession des biens. Le 770 Eastern Parkway appartient à l’Agoudat ‘Hassidei Habad des États-Unis. Le Merkaz Le’Inyonei ‘Hinoukh est propriétaire du 784-788 Eastern Parkway, ainsi que du 302-304 Kingston Avenue, où se trouvait un bureau utilisé par les Gabbaïm et qui faisait lui aussi partie de la procédure.

La nouvelle décision

Dans une décision rendue vendredi, la cour d’appel, deuxième chambre de la Cour suprême de l’État de New York, a rejeté la demande de Lipsker, Holtzberg et Kaiman sollicitant l’autorisation de faire appel d’une décision antérieure.

Dans ce bref arrêt, signé par quatre juges, il est écrit : « La demande est rejetée. » La cour n’a fourni aucune motivation supplémentaire.

Ce qui avait été établi lors de la procédure précédente

La procédure judiciaire relative à ces biens s’est étendue sur plus de deux décennies. À l’issue d’un procès tenu sans jury, le tribunal civil de la ville de New York avait établi que l’Agoudat ‘Hassidei Habad et le Merkaz Le’Inyonei ‘Hinoukh avaient droit à des jugements leur accordant la possession des biens.

Les jugements définitifs ont été rendus le 6 janvier 2022, et les Gabbaïm ont interjeté appel.

En janvier 2024, la juridiction d’appel précédente a rendu une décision qui a modifié certaines parties de ces jugements. Entre autres, les demandes de possession concernant le 770 et le 784-788 ont été rejetées sur le fondement de l’autorité de la chose jugée, après qu’il eut été établi que l’organisation avait déjà été évincée de ces biens lors d’une procédure antérieure.

Toutefois, les jugements relatifs à la possession des biens à l’encontre de Lipsker, Holtzberg et Kaiman ont été maintenus. La cour a établi qu’ils n’avaient pas démontré de droits sur les biens supérieurs à ceux de l’Agoudat ‘Hassidei Habad et du Merkaz Le’Inyonei ‘Hinoukh.

Le jugement concernant le bureau des Gabbaïm au 302-304 Kingston Avenue a également été confirmé.

La décision porte-t-elle sur la fonction des Gabbaïm ?

Un point important de la décision précédente résidait dans la distinction entre la question de la possession des biens et celle de la fonction religieuse des Gabbaïm.

La cour d’appel a explicitement souligné que la procédure ne détermine pas si les Gabbaïm peuvent continuer à exercer leurs fonctions religieuses au sein de la synagogue. La cour a précisé que cette question ne lui était pas soumise dans le cadre de la procédure.

Après la décision de janvier 2024, les appelants avaient demandé à la cour de réexaminer l’appel ou, à défaut, de les autoriser à faire appel devant la cour d’appel. Leur demande a été rejetée en juin 2024.

Par la suite, Lipsker, Holtzberg et Kaiman se sont adressés directement à la cour d’appel afin d’obtenir l’autorisation de contester la décision de janvier 2024.

Cette demande vient elle aussi d’être rejetée.

La portée de la procédure

Selon les décisions décrites dans le cadre de cette procédure, le 770 Eastern Parkway appartient à l’Agoudat ‘Hassidei Habad des États-Unis, et le débat judiciaire s’est concentré sur les droits de possession des biens.

La nouvelle décision ne porte pas sur la question du maintien de la fonction religieuse des Gabbaïm, mais rejette leur demande d’autorisation de poursuivre l’appel contre la décision judiciaire précédente.

« HIllel Omer » Parachat Ki Tavo : Le petit fruit qui fait pencher le monde !

« HIllel Omer » Parachat Ki Tavo : Le petit fruit qui fait pencher le monde !

 

La Paracha Ki Tavo s’ouvre sur la Mitsva des Bikourim, ces premiers fruits que l’on apporte au Temple dès l’installation en Terre d’Israël. Derrière ce geste en apparence modeste se dissimule un enseignement d’une grande profondeur : tout commencement consacré au Ciel sanctifie l’ensemble de ce qui lui succède. À travers l’image d’une balance maintenue en parfait équilibre, le Rav Chemouel Rabinowitz révèle comment un unique petit fruit, offert dans la joie, peut faire basculer le destin du monde entier.

 

 

 

Rav Chmouel Rabinovitch

 

Les prémices, un commencement chargé de sens

La Paracha s’ouvre par ces mots : « Et ce sera lorsque tu entreras dans le pays… tu prendras des prémices de tous les fruits de la terre. » Moïse s’apprête à quitter ce monde et, avant l’entrée du peuple d’Israël en Terre sainte, il lui prescrit une priorité : dès qu’il s’y sera établi et commencera à jouir de ses fruits, sa toute première démarche sera d’apporter au Temple les Bikourim, les premiers fruits de la récolte. Une question surgit aussitôt : pourquoi la Torah insiste-t-elle sur ce « lorsque tu entreras dans le pays » ? Pourquoi entourer cette Mitsva d’autant de préparatifs ?

Toute la force réside dans le commencement

L’importance accordée au commencement révèle un principe spirituel fondamental. Deux manières d’aborder les choses s’offrent à l’homme : placer l’accent sur la fin — le but et le résultat — ou le placer sur le commencement. Le judaïsme enseigne que c’est le commencement, le Réchit, qui est décisif. De même que, le soir du 14 Nissan, à la veille de Pessa’h, on inaugure les préparatifs par la recherche du ‘Hamets, ici encore, avant même de profiter de la terre, le tout premier geste doit être tourné vers D.ieu. Tous les commencements doivent être reliés à Lui — ainsi ouvrons-nous chaque matinée par le Modé Ani. Lorsqu’un commencement est dédié au Ciel et accompli avec une intention droite, il entraîne et sanctifie tout le processus qui lui fait suite.

Une préparation à la mesure du don

Pour recevoir ce qui porte une grande signification, une préparation immense est requise. L’exil d’Égypte et l’oppression qui l’accompagna constituèrent une telle préparation, sans laquelle les Hébreux n’auraient pu recevoir la Torah : il fallait descendre dans le lieu le plus bas et le plus impur pour en élever les étincelles et se rendre dignes de la recevoir. La Terre d’Israël, quant à elle, est le véritable lieu du Birour, le raffinement des étincelles. Alors qu’au désert ou en Égypte le lien avec la sainteté revêtait une autre forme, la Terre d’Israël exige une connexion authentique entre la matérialité — le travail du sol — et la sainteté. Les quarante années d’errance dans le désert furent en réalité une vaste préparation à cette entrée dans le pays ; ceux qui n’y étaient pas prêts, la génération de la faute, n’eurent pas le mérite d’y pénétrer.

Le petit fruit qui fait pencher la balance

Lorsqu’une personne dépose ses Bikourim dans une corbeille — le Téné — entre les mains du Cohen, au Temple, elle n’apporte finalement qu’une petite quantité de fruits. Comment un fruit si modeste peut-il revêtir une signification aussi considérable ? Le Rav l’explique à la lumière d’une parabole de Maïmonide, le Rambam : l’homme doit toujours se représenter, lui-même et le monde entier, comme suspendus en parfait équilibre sur une balance — moitié mérites, moitié fautes. Dans une telle situation, une seule action, si petite soit-elle, bonne ou mauvaise, peut faire pencher la balance pour le monde tout entier. Les Bikourim incarnent précisément cette « petite » action : un unique geste de dévouement, la consécration des prémices à D.ieu, qui décide et sanctifie tout le champ et toute l’activité agricole à venir. En apportant ce fruit minuscule, l’homme reconnaît et proclame : « Je déclare aujourd’hui à l’Éternel ton D.ieu. » Il relie ainsi ce petit geste à l’immense chaîne de l’histoire, depuis la sortie d’Égypte, conférant à ce fruit une puissance et une valeur insoupçonnées.

La joie, clé du service divin

Le dernier point, et le plus essentiel, touche à la manière d’apporter les Bikourim — et, plus largement, de servir D.ieu. Le Or Ha’Haïm Hakadoch relève une nuance dans le mot « Véhaya », qui évoque la joie : on doit apporter les prémices dans une joie profonde. Rachi précise que l’obligation des Bikourim ne s’applique qu’après la conquête et le partage complets du pays, soit environ quatorze ans après l’entrée en Terre d’Israël. Pourquoi ? Parce que ce n’est que lorsque la joie est pleine et l’héritage achevé que l’on peut apporter les prémices comme il convient. On ne saurait servir D.ieu dans l’angoisse, la contrainte ou la tiédeur : D.ieu attend un service accompli dans la joie et la plénitude du cœur. Lorsqu’un homme consacre ses premiers fruits avec joie, il ne le fait pas pour lui seul ; il porte avec lui le mérite des Patriarches, la sortie d’Égypte et toute l’histoire juive, qu’il exprime par une reconnaissance parfaite.

L’essentiel en quelques mots

La Mitsva des Bikourim dépasse de loin la simple offrande d’un fruit. Elle enseigne la nécessité de consacrer le commencement à la sainteté, la conscience que chaque petite action peut faire pencher la balance du monde, et l’exigence que tout service divin soit accompli dans une joie intérieure, pénétré du privilège immense d’appartenir au peuple d’Israël et à sa Terre.

Le 18 Elloul 1760, la ‘Hassidout est enfin révélée au monde, afin de le préparer à la venue du Machia’h

Le 18 Elloul 1760, la ‘Hassidout est enfin révélée au monde, afin de le préparer à la venue du Machia’h

 

Le 18 Elloul vit naître deux géants du ‘Hassidisme, Rabbi Israël Baal Chem Tov et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi. C’est aussi la date à laquelle les Rabbis de Habad redonnèrent au jour anniversaire toute sa portée spirituelle, négligée pendant des siècles d’exil. À travers le regard de la Torah sur la naissance, ce jour dévoile une vérité profonde : la différence entre une vie qui nous est imposée et une vie que nous incarnons pleinement.

 

 

 

Deux luminaires nés le 18 Elloul

Le 18 Elloul marque l’anniversaire de deux grands luminaires de l’histoire du ‘Hassidisme. En ce jour naquirent le fondateur du mouvement ‘hassidique, Rabbi Israël Baal Chem Tov (1698-1760), et le fondateur de la branche ‘hassidique Habad, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (1745-1812).

Il est frappant de constater que ce n’est que dans les générations récentes, sous l’influence du ‘Hassidisme Habad, que le jour anniversaire a commencé à être marqué comme une occasion spirituelle significative de la vie juive.

Bien que la Torah accorde une place particulière à la date de naissance, les Juifs, au fil des derniers siècles, ne lui ont guère prêté d’importance. Les dates de décès des grands Sages et dirigeants du peuple juif sont soulignées dans le calendrier hébraïque, tandis que leurs dates de naissance demeurent le plus souvent inconnues.

Les Rabbis de Habad ont pourtant restitué à l’anniversaire toute sa valeur, en établissant d’abord le 18 Elloul comme une fête ‘hassidique. Ils ont souligné que le jour anniversaire d’un Sage est particulièrement propice à suivre son exemple et à poursuivre l’œuvre de sa vie. Ils ont également enseigné que notre propre jour anniversaire est un jour de force accrue, une occasion unique de lancer de nouveaux projets et de nous atteler à de nouveaux accomplissements. Le 18 Elloul peut ainsi être considéré comme l’anniversaire de l’anniversaire juif.

Pourquoi célébrer une naissance ?

Mais pourquoi la date de naissance devrait-elle être tenue pour plus significative que n’importe quelle autre ? La société, en tant qu’entité, célèbre les anniversaires ; existe-t-il pour autant un véritable fondement à ces célébrations ? La date du décès, surtout celle d’un homme qui a mené une vie pleine et féconde, peut être considérée comme le sommet de son impact sur le monde : ce jour-là, les effets accumulés de tout ce qu’il a produit atteignent leur point culminant.

Qu’en est-il, en revanche, du jour de la naissance ? Bien avant de quitter le sein maternel, le fœtus est déjà un organisme vivant, doté d’un cerveau qui fonctionne, d’un cœur et de membres qui renferment le potentiel de tous les développements à venir. Or, si c’est la réalisation du potentiel qui nous importe, le moment de la naissance est loin de marquer la maturité et la perfection. À bien des égards, l’enfant d’un jour est même plus vulnérable qu’il ne l’était dans l’environnement protégé du sein maternel. Il faudra encore de longues années avant qu’il ne soit en mesure d’actualiser son potentiel à un degré significatif. Alors, une fois encore, pourquoi la naissance devrait-elle être un événement que l’on commémore ou que l’on célèbre ?

Vivant, ou une vie ?

Pour saisir la signification du jour anniversaire, il nous faut examiner la manière dont la Hala’ha (la loi de la Torah) considère l’événement de la naissance. À première vue, la Hala’ha est un code de lois et de conduites qui traite avant tout des aspects pratiques de l’existence. Mais un regard plus profond y révèle une philosophie et une vision qui apportent des réponses idéologiques et spirituelles aux questions de l’âme humaine.

Selon la loi de la Torah, l’enfant qui n’est pas encore né est considéré comme « un membre de sa mère ». C’est pourquoi, si le fœtus venait à mettre en danger la vie de sa mère, la grossesse pourrait être interrompue, car « tant qu’il n’a pas émergé dans le monde, il n’est pas considéré comme une âme ».

Autrement dit, le fœtus ne constitue pas une vie indépendante, mais une extension — vivante, certes — de l’être de sa mère, animée par l’âme de celle-ci. Contrairement à un corps doté de sa propre âme, qui possède la vie comme un état intrinsèque, le fœtus ne fait que réagir à une force de vitalité extérieure, un peu comme une machine réagit au flux d’énergie qu’on lui insuffle. Une machine peut être conçue pour présenter des caractéristiques de la vie : la chaleur, le mouvement, la croissance ; elle peut même être programmée pour accomplir des fonctions relevant de l’intelligence et de l’émotion. Mais la machine n’est pas chaude, elle est chauffée ; elle ne bouge pas, on la fait bouger. Son corps demeure intrinsèquement inanimé et résiste au mouvement qu’on lui impose. De même, le fœtus, n’ayant pas encore scellé sa fusion avec sa propre âme, réagit à l’énergie vitale générée par l’âme de sa mère, sans être, de façon autonome, pleinement vivant.

Le moment de la naissance marque le point où un corps animé mais, par essence, dépourvu de vie autonome, devient un être vivant. Un « membre » de la mère devient un être à part entière : une « âme ».

Le fœtus spirituel

La vie humaine, si elle doit se distinguer de la vie animale, comporte une dimension spirituelle, un ensemble de valeurs morales et d’aspirations transcendantes. C’est pourquoi le Talmud enseigne : « Les méchants, même de leur vivant, sont considérés comme morts. » Une âme n’est pleinement vivante que si elle est reliée à sa source, attachée à son dessein et fidèle à sa mission.

Mais la vie, on l’a dit, peut être soit un état intrinsèque, soit un phénomène simplement surimposé. Il en va de même pour la vie spirituelle : un individu peut mener une existence morale et sainte tout en demeurant un fœtus spirituel, un être dont la vie spirituelle ne fait pas partie intégrante de lui-même, mais lui est imposée de l’extérieur.

Une vie spirituelle, dans son sens ultime, est celle de l’être dont la spiritualité émane de son identité même, de la conscience que c’est dans son lien avec D.ieu que résident l’essence et la finalité de son existence. On peut pourtant mener une vie juste et spirituelle par simple habitude, par contrainte, par crainte du châtiment divin ou dans l’attente de la récompense, par sens du devoir, au titre de sa « contribution » de bon citoyen du monde de D.ieu. Le point commun de tous ces cas est que la personne et son entité spirituelle demeurent deux réalités distinctes : l’être de la personne n’est pas défini par ses aspirations spirituelles, mais par ses besoins et ses désirs matériels, en marge desquels elle « possède » aussi une vie spirituelle, imposée à l’être physique par des forces qui le dépassent.

Un tel individu n’a pas d’anniversaire, car il ne possède la vie qu’au niveau fœtal. Il est spirituellement vivant, il sert le but pour lequel il a été créé, mais sa vie spirituelle lui est « fournie » par une source extérieure. Il n’a pas suffisamment grandi pour atteindre l’état de vie intrinsèque et accomplie, hors du sein maternel.

Un avant-goût du futur

C’est pourquoi nos Sages comparent l’état du Galout (l’exil) présent à celui de la grossesse, et la venue du Machia’h au moment de notre « naissance » et de notre émergence dans une vie pleine. Car le Galout est bien plus que l’exil d’un peuple loin de sa terre : c’est un état de déplacement spirituel, une obstruction de la vérité, un renversement des priorités, une aliénation de son essence et de sa source. Dans le Galout, nous ne pouvons voir D.ieu, et nous sommes donc étrangers à notre véritable être.

Dans le Galout, nous ne pouvons faire l’expérience de la vie véritable, de l’identification authentique à notre moi le plus profond et à notre finalité essentielle. Au mieux, nous ne pouvons atteindre qu’un lien fœtal à la source de vitalité, en nous soumettant à une vie plus grande que nous-mêmes — une vie que nous aspirons à traduire dans notre conduite quotidienne, sans pouvoir espérer l’intérioriser ni l’intégrer à notre propre existence.

Voilà pourquoi la célébration des anniversaires ne fut pas, durant bien des générations, une priorité de la vie juive. Au fil des siècles d’exil, la portée spirituelle de l’anniversaire — le passage d’une vie imposée de l’extérieur, celle d’une âme pas encore née, à l’état postnatal d’une vie pleinement endossée et assumée — ne fut l’apanage que d’un petit nombre de géants spirituels.

Et puis, le 18 Elloul, l’anniversaire renaquit

Les enseignements du ‘Hassidisme, révélés dans les dernières heures de l’exil comme un avant-goût de l’ère du Machia’h, percèrent le voile du Galout et nous réunirent à notre propre essence. Ils vinrent transformer notre vie spirituelle, la faisant passer d’une « religion » — c’est-à-dire d’une soumission et d’une réaction à quelque chose de plus grand et d’au-delà du moi — à quelque chose qui se saisit, s’éprouve et s’intériorise comme l’essence même de ce que nous sommes.

Notre naissance véritable et ultime attend la venue du Machia’h, quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer », et quand « l’étincelle de Divinité » au cœur de l’âme humaine s’affirmera comme le siège de notre identité et l’essence de notre vie. Mais les premiers mouvements de cette naissance ont déjà commencé, enclenchés par deux grands Maîtres nés le 18 Elloul, dont les enseignements nous offrent un aperçu de la vie hors du sein maternel.

Tom’hei Temimim, le flambeau que le Rabbi Rachab alluma le 15 Elloul

Tom’hei Temimim, le flambeau que le Rabbi Rachab alluma le 15 Elloul

 

Le 15 Elloul 5657 (1897), lors du mariage de son fils, le Rabbi Rachab réunit une cinquantaine de ‘Hassidim pour annoncer la fondation d’une Yéchiva d’un genre nouveau. Il y forgea un enseignement inédit, où la rigueur analytique du Talmud et la ferveur de la ‘Hassidout ne font plus qu’un. De la Russie soviétique aux grandes métropoles occidentales, cette citadelle spirituelle a traversé les persécutions pour former, aujourd’hui encore, les Chlou’him du Rabbi à travers le monde entier.

 

 

 

 

Aux origines d’un nom

«Tom’hei Temimim» est le nom générique des Yéchivot Loubavitch à travers le monde. Il fut donné par le cinquième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn, connu sous l’acronyme de «Rabbi Rachab», lors du repas de mariage de son fils, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le 15 Elloul 5657 (1897).

À cette occasion, le Rabbi Rachab réunit un comité d’une cinquantaine de ‘Hassidim, comptant parmi les plus éminents Rabbanim et donateurs venus à Loubavitch pour honorer le mariage de son fils. Il ouvrit la séance en annonçant qu’il avait décidé de fonder une Yéchiva où les jeunes étudiants du Talmud pourraient également s’adonner à l’étude de la ‘Hassidout. Le nom de l’institution, «Tom’hei Temimim», comme celui donné à ses étudiants, les «Temimim», découlent de ce projet : que les jeunes gens étudient, selon les termes du verset, la Torah Temima, la Torah dans sa plénitude, en associant sa partie dite «révélée», le Talmud et ses commentaires, à sa partie ésotérique enseignée dans la ‘Hassidout Habad-Loubavitch.

Deux jours plus tard, le 17 Elloul, le Rabbi Rachab choisit dix-huit jeunes gens pour former la première promotion de la Yéchiva et confia au ‘Hassid Rav Chemouel Gronem Esterman le soin de les guider dans l’étude de la ‘Hassidout.

L’ordre de mission

Le lendemain, mercredi 18 Elloul, coïncidait avec l’anniversaire de la naissance de Rabbi Israël Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, et de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’Admour Hazakène, fondateur du ‘Hassidisme Habad-Loubavitch.

En ce jour faste pour les ‘Hassidim se tint, dans l’après-midi, un repas festif de Chéva Berakhot, les sept bénédictions récitées en l’honneur des mariés à l’issue du repas. C’est alors que le Rabbi Rachab transmit son «ordre de mission» relatif à la fondation de la Yéchiva, au nom de ses pères, les Rabbis.

Dans ses mémoires, son fils, Rabbi Yossef Its’hak, décrivit l’événement en ces termes :

À deux heures de l’après-midi se tint le repas de Chéva Berakhot. Mon père était particulièrement radieux et déclara :

«Les Juifs du monde entier savent que, le quatrième jour de la Création, le mercredi, les luminaires célestes furent suspendus. Les premier, deuxième et troisième jours, il y avait déjà le jour et la nuit ; pourtant, les luminaires ne furent placés que le quatrième jour. Aujourd’hui, le ‘Haï (18) Elloul, jour lumineux de la naissance de l’Admour Hazakène et de notre maître le Baal Chem Tov, en ce saint jour, je fonde une Yéchiva sur l’ordre et avec la bénédiction de mes saints pères, nos Rabbis. Une Yéchiva qui formera des élèves empreints de Messirout néfèch, d’abnégation, dans l’étude de la Torah, le service de D.ieu et les voies de la ‘Hassidout Habad.»

Le Rabbi Rachab prononça alors un Maamar, un profond exposé de ‘Hassidout, commentant l’enseignement des Sages selon lequel la lumière créée le premier jour permettait à Adam de voir d’un bout à l’autre de l’univers.

Le visage lumineux, il ajouta :

«Puisse la Présence divine résider dans l’œuvre de nos mains. Le quatrième jour de la Création, les luminaires célestes furent suspendus. En ce jour de ‘Haï Elloul, saint anniversaire de la naissance de notre maître le Baal Chem Tov il y a cent quatre-vingt-dix-neuf ans, à l’orée du fonctionnement de la Yéchiva, j’allume les flambeaux que notre maître le Baal Chem Tov et nos Rabbis nous ont légués, afin que s’accomplisse la promesse « Tes sources jailliront au dehors » et que se concrétise la venue du Machia’h.»

L’objectif

C’est dans le but déclaré de faire face aux bouleversements induits par les mentalités «nouvelles» qui commençaient à marquer la Russie de la fin du dix-neuvième siècle que le Rabbi Rachab fonda la Yéchiva Loubavitch en 1897, matrice du futur réseau des Yéchivot Tom’hei Temimim à travers le monde.

Le nom de l’institution reflète la volonté de son fondateur : ne pas se contenter d’enseigner et d’éduquer, mais aussi purifier et affiner le caractère, les Midoth, renforcer la volonté et élever l’âme. En un mot, former un homme intègre, sans fracture intérieure ni dispersion de soi : un Tamim.

Cette époque vit la fondation de nombreuses Yéchivot célèbres : Slobodka, Mir, Slotsk ou Telz. L’étude de la Torah se structura alors en de grands centres qui se développèrent en Lituanie et constituèrent le vaste réservoir d’érudits appelé à fournir au peuple juif ses Rabbanim.

La Yéchiva Tom’hei Temimim fut à la fois semblable aux Yéchivot lituaniennes et différente d’elles. Elle leur ressembla en adoptant la méthode analytique de l’étude talmudique en vigueur en Lituanie, mais elle s’en distingua de plusieurs manières.

Dans la vision du Rabbi Rachab, la Yéchiva Tom’hei Temimim constitue une citadelle appelée à protéger non seulement ses propres élèves, mais toute la région, toute la communauté, et jusqu’au peuple juif tout entier. Aussi ses élèves devaient-ils être prêts à mener tous les combats pour la défense de la religion juive, jusqu’au sacrifice suprême s’il le fallait. Pour être à la hauteur d’une telle mission, ils devaient être unis par une discipline intérieure, attachés les uns aux autres et tous ensemble attachés à leur maître, le Rabbi.

En 5661 (1901), cinq ans après la fondation de la Yéchiva, le Rabbi Rachab convoqua les élèves et leurs enseignants pour leur dire :

«Je contracte avec vous une alliance, avec les élèves de la Yéchiva Tom’hei Temimim qui étudient aujourd’hui dans toutes ses classes, et avec tous ceux qui y étudieront à l’avenir. Avec ceux qui sont ici présents comme avec ceux qui ne le sont pas encore, je contracte une alliance de coopération dans le dévouement absolu à l’étude d’une Torah empreinte de crainte de D.ieu et au travail du cœur, la prière, sans renoncement ni concession ; le jugement de la Torah sera souverain.»

Dès 1903, les élèves essaimaient dans la région et fondaient des annexes de la Yéchiva Tom’hei Temimim centrale. Quelques années plus tard, on trouvait des branches de Tom’hei Temimim dans toutes les régions de Russie, jusque dans des contrées reculées comme la Géorgie, l’Ouzbékistan et l’Asie mineure russe.

Depuis sa fondation, le fils et futur successeur du Rabbi Rachab, Rabbi Yossef Its’hak, en assura la direction. Investi de cette charge par son père, il supervisait l’ensemble du déroulement des études et de la vie des élèves, et l’esprit qu’il insuffla au fonctionnement des Yéchivot leur permit de croître en quantité comme en qualité.

L’esprit

Comme nous l’avons dit, là où les autres Yéchivot avaient pour objectif d’enseigner et, tout au plus, d’éduquer, les Yéchivot Tom’hei Temimim entendaient former des élèves capables de mener tous les combats pour la Torah et la foi juive, afin de protéger le peuple juif des dangers qui le menaçaient à l’époque de leur fondation, et plus encore des périls ultérieurs que les Rabbis de Loubavitch avaient pressentis.

Une autre qualité caractérise l’enseignement de Tom’hei Temimim : l’abolition de la séparation entre l’érudition, la Lomdout, et la piété, la ‘Hassidout. Dans l’optique de la ‘Hassidout Habad-Loubavitch, ce sont là deux faces d’une même médaille. Bien plus, Habad fit entrer la piété dans l’étude, afin que celle-ci ne soit pas seulement une construction intellectuelle, mais qu’elle soit aussi empreinte de sentiment ; de même, elle fit pénétrer l’étude dans la piété, de sorte que le ‘Hassidisme n’est pas uniquement un esprit et un mode de vie, mais un enseignement structuré et intelligible, aussi profond que rationnel.

L’étude de la ‘Hassidout est ainsi devenue une discipline requérant, à l’image de l’étude du Talmud, réflexion, approfondissement, remise en question, intuition et analyse. S’écartant en cela de l’étude du Moussar, la morale juive, la ‘Hassidout s’enseigne en cours sur texte et donne lieu à des débats comparables à ceux qui émaillent l’étude d’ouvrages halakhiques tels que le Ktsot Ha’hochène.

Une autre nouveauté de Tom’hei Temimim fut d’exiger une connaissance étendue de toute la Torah Orale, en plus, bien sûr, de la Torah Écrite, vécue et ressentie comme une part du service de D.ieu, dans la ferveur et l’attachement au Créateur.

Ainsi, à Tom’hei Temimim, chaque chose a sa place, mais il n’existe aucun fossé entre la prière et l’étude, entre l’étude et la ferveur, entre un cours de Choul’hane Aroukh et le chant des Nigounim. Habad est le pont qui relie l’étude analytique et rationnelle à la chaleur du cœur et à l’élévation de l’âme.

La méthode

Une telle démarche comportait pourtant un risque : que le cœur voile la pensée et que la ferveur brouille la logique. L’étude de la Halakha, la loi, exige en effet une réflexion claire et précise, propre à mener une analyse détachée et objective. Comment concilier cette rigueur avec une approche ‘hassidique qui semble lui être opposée ?

Les fondateurs de la Yéchiva Tom’hei Temimim eurent conscience de ce danger et surent le prévenir. C’est ainsi qu’ils choisirent précisément la méthode d’étude analytique en vigueur dans les Yéchivot lituaniennes : affronter la difficulté du texte, en chercher le sens véritable, étudier en profondeur l’approche des Sages du Talmud sur un sujet et s’efforcer d’en percer l’intention et l’esprit ; et, à l’inverse, rejeter toute discussion stérile, toute polémique inutile qui s’écarte de la recherche de la vérité.

Cet effacement total, conjugué à la recherche de la plénitude, propre à Habad-Loubavitch, a permis aux élèves de Tom’hei Temimim d’éviter le piège des «éclairs de génie» sans lendemain, des intuitions fallacieuses et des constructions intellectuelles hasardeuses, dénuées des fondements logiques d’un esprit honnête et rigoureux.

Ces principes ont guidé le déroulement des études à Tom’hei Temimim, sous la surveillance vigilante de ses fondateurs. Voici ce qu’écrivait le Rabbi Rachab dans le Kountress Ets ‘Haïm, publié en 5664 (1904) à l’adresse des élèves :

«L’essentiel est de s’approfondir en chaque sujet. Ainsi, chaque sentence des Sages, chacun de leurs arguments ne doivent jamais être réduits à la compréhension superficielle qu’on peut en avoir, car ils recèlent des profondeurs redoublées et exigent de grands efforts, intellectuels et physiques, ainsi qu’un esprit droit, un engagement résolu et, plus que tout, l’aspiration à la seule vérité.

Lorsque vous aurez achevé l’étude d’un sujet et que la discussion talmudique vous apparaîtra claire et ordonnée, approfondissez-en le thème général, puis analysez-le avec rigueur et vérifiez que chaque détail s’accorde à l’ensemble.

Soyez particulièrement méticuleux dans votre approche du commentaire de Rachi. Un Pilpoul menant à la vérité ne peut se faire que si l’on connaît au préalable la Halakha de façon claire et structurée. C’est à cette seule condition que ceux à qui D.ieu a donné un esprit puissant et vaste pourront débattre d’un sujet, car le débat sera alors fondé et construit, au point de permettre l’établissement de la Halakha là où elle n’avait pas encore été explicitée.»

L’étude chez Habad ne s’écarte pas seulement des débats sans fondement dans la vérité et qui n’y conduisent pas : elle rejette aussi l’étude superficielle, la simple accumulation de connaissances dépourvue de sens. Autant que l’étude des sujets eux-mêmes, leur intégration à la fois intellectuelle et émotionnelle est tenue pour fondamentale. Il existait certes des cours destinés à élargir les connaissances générales dans le Talmud, la Guirsa, mais l’essentiel résidait dans les cours d’analyse et d’approfondissement, l’Iyoun, comme dans les Yéchivot lituaniennes.

À l’inverse, l’approche ‘hassidique a permis de se prémunir contre un rapport exclusivement intellectuel aux enseignements de la Torah, dont le risque est de perdre de vue qu’ils sont ancrés dans le réel. Les ‘Hassidim Habad tiennent en effet que, si l’homme est appelé à découvrir de nouvelles profondeurs dans la Torah, la Torah, en retour, est appelée à révéler d’autant plus de profondeurs dans l’homme qui l’étudie. De là découle l’exigence de ne pas se contenter du savoir, mais de s’attacher à le mettre en pratique, aussi bien dans le domaine de la loi juive, la Halakha, que dans celui de l’intégrité du comportement, la ‘Hassidout.

L’éducation dispensée à Tom’hei Temimim était individuelle, fondée sur les aptitudes propres de chaque élève. Les Machpiim, maîtres dans l’art de sonder l’âme humaine, savaient déceler et révéler chez l’élève ses capacités, puis lui proposer un programme pour les développer dans l’esprit ‘hassidique. Ils accordaient à chaque individu autant d’égard qu’à la communauté tout entière, car chaque individu peut, et doit, exercer une influence sur elle.

Telle est l’origine de la chaleur, de la ferveur et de l’abnégation qui caractérisent l’enseignement de la Torah dans les Yéchivot Loubavitch, depuis la Russie soviétique qui leur livrait une guerre ouverte jusqu’aux grandes métropoles occidentales bercées de matérialisme, en passant par les villages arides d’Afrique du Nord.

Les temps difficiles

Durant les années noires de la Première Guerre mondiale, les ‘Hassidim Habad continuèrent de fonder des branches de la Yéchiva Tom’hei Temimim dans différentes villes. Cette entreprise se poursuivit après la prise du pouvoir par les bolcheviques en 1917. Bientôt, la sinistre Yevsektsya, la section juive du parti communiste qui s’était donné pour but de détruire la religion juive en Russie, se mit à persécuter les Yéchivot, notamment au moyen d’espions juifs. Les ‘Hassidim entrèrent alors dans la clandestinité et continuèrent de faire fonctionner les Yéchivot existantes comme d’en fonder de nouvelles, dont les lieux demeuraient secrets.

En ce temps-là, le «Joint» américain eut à cœur de soutenir les Yéchivot Tom’hei Temimim dans leur détresse, allouant, à l’initiative du Dr I. Rosen, 50 000 dollars par an aux institutions religieuses dirigées par le Rabbi de Loubavitch, somme considérable pour l’époque.

Lorsque Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn quitta ce monde en 1920, son fils Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi précédent, lui succéda, à une époque où la Yevsektsya déployait tous ses efforts pour combattre le judaïsme. Sous sa direction, l’œuvre éducative de Loubavitch s’amplifia et s’étendit à toutes les couches de la communauté juive, y compris les Juifs les plus éloignés de l’étude et de la pratique, ajoutant à l’enseignement du Talmud aux adolescents l’éducation des jeunes enfants.

Rabbi Yossef Its’hak et ses ‘Hassidim fondèrent des dizaines de ‘Hadarim clandestins, dont les maîtres étaient les aînés parmi les élèves des Yéchivot. L’étude se déroulait souvent dans des caves ou des entrepôts. Maîtres et élèves préféraient risquer la prison, le Goulag, voire leur vie, plutôt que de se soumettre, et le gouvernement bolchevique le savait. Grâce à leurs efforts, les sept années allant de 1920 à 1927 furent, contre toute attente, des années fastes pour l’éducation juive en Russie.

En 1927, toutefois, les dirigeants de la Yevsektsya décidèrent d’éradiquer totalement et définitivement l’éducation religieuse en Russie. Sachant que Rabbi Yossef Its’hak était à la tête de cette entreprise, ils firent savoir à la police secrète du régime, la G.P.U., qu’il se livrait à des activités «contre-révolutionnaires». Rabbi Yossef Its’hak fut ainsi arrêté et condamné à la peine capitale. Mais un grand miracle, manifeste aux yeux du monde entier, se produisit : ceux-là mêmes qui l’avaient arrêté furent contraints de le libérer.

Rabbi Yossef Its’hak dut alors quitter la Russie pour la Lettonie, puis la Pologne, avant de gagner, dix ans plus tard, l’Amérique. Tout en établissant de nouvelles branches de Tom’hei Temimim en Europe et en Amérique, il continua de diriger depuis l’étranger le réseau clandestin d’Union soviétique, qui poursuivit son œuvre jusqu’à la chute du régime communiste totalitaire.

Tom’hei Temimim aujourd’hui

Aujourd’hui, des dizaines de branches de Tom’hei Temimim, à travers le monde entier, enseignent le Talmud et la ‘Hassidout et forment les futurs Chlou’him du Rabbi.

Comment David Mintz, le fondateur de Tofutti, prospéra grâce aux conseils du Rabbi de Loubavitch

Comment David Mintz, le fondateur de Tofutti, prospéra grâce aux conseils du Rabbi de Loubavitch

 

Fondateur de la célèbre marque Tofutti, David Mintz ne songeait au départ qu’à ouvrir un modeste restaurant cachère à Manhattan. À chaque tournant décisif de son parcours, il consulta le Rabbi de Loubavitch, dont les conseils allaient bouleverser le cours de son entreprise. Voici, dans ses propres mots, le récit d’une réussite née de la confiance et de la fidélité à une bénédiction.

 

 

 

Une bénédiction pour un restaurant cachère

David Mintz, fondateur de la société Tofutti, raconte.

À la fin des années soixante-dix, je demandai au Rabbi sa bénédiction pour ouvrir un restaurant cachère, le Mintz’s Buffet, dans le quartier de l’Upper East Side, à Manhattan. À cette époque, on n’y trouvait pratiquement rien de véritablement cachère : tout au plus proposait-on des plats « de style cachère ». Le seul établissement réellement fiable était le Meal Mart, situé dans l’ouest de la ville ; en dehors de lui, un Juif observant n’avait nulle part où se restaurer.

Le Rabbi m’accorda une magnifique bénédiction. Il insista sur un point : je réussirais à condition de veiller scrupuleusement à la cacherout des produits que j’utiliserais. Lorsque j’ouvris mes portes et que les clients aperçurent l’enseigne glatt cachère, puis remarquèrent la kippa que je portais, certains me lancèrent : « Jeune homme, vous perdez votre temps et votre argent ici. Votre place est dans le Lower East Side. » Je leur répondais : « Je vous remercie de votre sollicitude et de vos conseils, mais la réussite d’une entreprise dépend de D.ieu. »

Le restaurant connut un immense succès. Je développai considérablement la vente à emporter et le service de traiteur. Les clients me réclamaient souvent de la crème glacée, ce à quoi je répondais qu’au cours d’un même repas carné, il m’était impossible de servir des produits laitiers. « Qu’à cela ne tienne, disaient-ils, nous apporterons notre propre glace. »

La naissance d’une idée

C’est ainsi que germa dans mon esprit une idée nouvelle. Je me mis à mener des recherches et résolus finalement de créer une crème glacée parvé, dépourvue du moindre produit laitier, que je pourrais proposer à l’issue d’un repas de viande. J’avais lu un article consacré au tofou. J’en ignorais alors jusqu’à la nature ; je me rendis à Chinatown pour m’en procurer.

Je commençai mes expériences, mais les débuts furent décevants : quoi que j’entreprenne, je me heurtais à l’échec. Durant cette période, chaque fois que je rencontrais le Rabbi, je lui faisais part de mes travaux, et il me répétait : « Il faut avoir la foi. Celui qui a foi en D.ieu peut accomplir des merveilles. » Je persévérai donc.

Pendant ce temps, mon activité de restauration prospérait. Je possédais désormais un Mintz’s Buffet sur la 3e Avenue, à Manhattan, et un autre à Flatbush, dans Brooklyn. Une occasion se présenta bientôt d’ouvrir un établissement sur Madison Avenue. Je demandai au Rabbi si je devais la saisir ; sa réponse fut : « Soyez prudent. » Je n’en compris pas le sens : il s’agissait de Madison Avenue, une chance inouïe. J’ouvris malgré tout le restaurant, mais ce fut un échec. Peu après, mon établissement de la 3e Avenue dut fermer à son tour, Donald Trump ayant racheté tout le pâté de maisons et rasé les immeubles.

Un refus catégorique

C’est alors que le Rav Chlomo Riskin, fondateur de la synagogue de Lincoln Square, dans l’Upper West Side, vint me trouver. « Je sais que vous devez quitter vos locaux à cause de Donald Trump, me dit-il. Pourquoi ne viendriez-vous pas chez nous, dans l’ouest de la ville ? Ouvrez un Mintz’s Buffet et nous vous soutiendrons sans réserve. Toute ma communauté fréquentera votre établissement. »

J’étais enthousiaste, d’autant qu’un ami du Rav Riskin m’avait déniché l’emplacement idéal, à l’angle de la 72e Rue et de Broadway. Quelle aubaine !

Comme toujours, je sollicitai l’avis du Rabbi, et la réponse me parvint aussitôt. Le jour même, quelques heures plus tard, le secrétaire du Rabbi, le Rav Leibel Groner, m’appela : « Écoutez-moi attentivement. Prenez un crayon et une feuille, et notez bien ceci, car c’est de la plus haute importance. » J’exultais : voici enfin la réponse que j’espérais.

Il me dicta alors : « Le Rabbi dit : « Absolument pas. Be’choum oïfen nicht. Absolument pas. Be’choum oïfen nicht. » » Il répéta la formule à deux reprises.

Abasourdi, je demandai : « Mais pourquoi ? »

Le Rav Groner poursuivit : « Le Rabbi dit que vous devez continuer vos expériences de crème glacée parvé, et que D.ieu vous fera réussir. Vos produits deviendront si populaires et si recherchés qu’ils se vendront dans le monde entier. »

Cela tenait de la chimère. Et pendant ce temps, j’avais le sentiment de laisser filer une occasion en or, à l’angle de la 72e Rue et de Broadway.

Mais j’écoutai le Rabbi ; pour moi, il ne pouvait en être autrement. Quelqu’un d’autre ouvrit le restaurant et n’y récolta que des déboires : difficultés avec les services de l’urbanisme, ennuis avec les services sanitaires. Malgré des dépenses considérables, cet homme ne parvint jamais vraiment à s’imposer.

Le pari du tofou

Je décidai alors de me consacrer pleinement à mes expériences. Je vendis le restaurant de Brooklyn, dont le quartier avait changé, et je m’engageai tout entier dans la fabrication de cette glace parvé à base de tofou. Je la baptisai d’abord Tofu Time, avant de lui donner le nom de Tofutti.

En 1981, je distribuais des échantillons. Vint alors ma première véritable chance. Le propriétaire d’un magasin d’alimentation naturelle de Manhattan, le Health Nuts, m’appela : « J’ai entendu parler d’un produit que vous fabriquez, une crème glacée au tofou. J’aimerais l’essayer. »

Je lui apportai un seau de cinq gallons. À peine étais-je rentré de Manhattan à Brooklyn que l’homme me rappelait : « Monsieur Mintz, monsieur Mintz, il m’en faut davantage, apportez-m’en encore, je vous en prie ! »

Les premiers grands clients

Il fut mon premier client important. Vint ensuite Zabar’s, la quintessence de l’épicerie fine new-yorkaise, puis Bloomingdale’s, qui finit par distribuer le produit à mesure que les clients entraient dans le magasin, et le proposa jusque dans sa cafétéria.

Je compris dès lors que le petit atelier où je travaillais ne suffirait jamais à répondre à la demande. Il me fallait passer à une production commerciale et franchir un cap.

Le passage à l’échelle industrielle

De nouveau, je me rendis auprès du Rabbi : « De grâce, accordez-moi votre bénédiction. J’ai trouvé une usine disposée à fabriquer mon produit. » Le Rabbi répondit : « Les débuts seront difficiles, mais vous devez avoir confiance en D.ieu. »

Et de fait, ce fut ardu. Dans mon laboratoire de Brooklyn, nous travaillions avec de petites bouilloires ; à l’usine, les cuves contenaient cent, voire deux cents gallons. Je dus tout reformuler. J’y parvins néanmoins, et Tofutti prit son essor. Nous en produisîmes bientôt près de dix mille gallons par semaine, en collaboration avec la société Wells Farms.

Le Rabbi me mit alors en garde : « Des gens viendront vous faire toutes sortes de propositions financières. Ne vous laissez pas séduire par leurs offres et demeurez très prudent. Poursuivez simplement ce que vous faites. »

Lorsque cela se produisit, je suivis son conseil à la lettre.

L’entrée en bourse

Quelque temps plus tard, je lui demandai néanmoins s’il me fallait ouvrir le capital de mon entreprise. Jusque-là privée, elle me semblait pouvoir tirer profit d’une cotation en bourse. La réponse du Rabbi fut : « C’est une excellente idée. »

C’est ce que je fis. Cette décision plaça Tofutti sur le devant de la scène : nous nous mîmes à traiter avec les plus grandes marques, tel Häagen-Dazs. Et tout cela parce que le Rabbi m’avait accordé sa bénédiction, et parce que ses conseils m’avaient, à chaque fois, préservé du faux pas.