par hassidout | 27 Août, 2026 – 14 Elul 5786 | Rav Ofen Yossef Itshak, MAGAZINE |
Comment concevoir que le Créateur, infiniment élevé au-dessus de toute sagesse, ne fasse qu’un avec Ses propres attributs ? Le Tanya répond par une image lumineuse, celle du rayon de soleil qui, tant qu’il demeure dans le corps de l’astre, n’a plus ni nom ni existence propre. À travers les chapitres neuf et dix, cette étude dévoile comment les Sefirot deviennent les instruments mêmes par lesquels D.ieu crée, anime et dirige les mondes.
Rav Yossef Itshak Ofen
Chaar Hayehoud Vehaémouna,
fin du ch. 9 et début du ch. 10
L’unité insaisissable du Créateur et de Sa sagesse
Lorsque le Rambam affirme que « Lui et Sa connaissance sont un », il enseigne qu’en vérité tous les attributs du Créateur, la Sagesse, la Volonté, la Bonté et la Miséricorde, forment une unité simple avec le Saint Béni Soit-Il. Une telle réalité échappe pourtant à l’entendement humain, car l’homme ne conçoit les choses qu’à la mesure de ce qu’il porte en lui, et rien de tel n’existe en lui. L’âme humaine est composée, si bien que la notion d’unité simple ne saurait lui être appliquée : elle n’appartient qu’au Saint Béni Soit-Il seul.
Chez les créatures, le degré le plus élevé est la Sagesse, dont découlent la Compréhension et la Connaissance, puis les sentiments, ou Middot, et enfin la pensée, la parole et l’action. L’action occupe le rang le plus bas et la Sagesse le rang le plus haut, cinq degrés seulement les séparant. Le Saint Béni Soit-Il, en revanche, s’élève au-dessus de la Sagesse de milliers et de myriades de degrés, sans aucune limite. Aussi, lorsque nous disons que la Sagesse est, à Son égard, comparable à une simple action, nous voulons signifier qu’il n’y a pas même lieu de Lui attribuer le concept de Sagesse. Le dire, fût-ce par la négation, en affirmant qu’il est impossible de Le saisir, reviendrait à prétendre d’une pensée profonde qu’on ne peut la toucher de la main, ce qui prête à sourire tant les deux ordres sont étrangers l’un à l’autre. Le Saint Béni Soit-Il n’est tout simplement pas de l’ordre de l’appréhension.
Pourquoi, dès lors, L’appelle-t-on véritablement « Sage » ? Parce qu’Il est la source de la Sagesse. Il en va de même pour Ses autres attributs : on Le nomme Bon et Miséricordieux parce qu’Il est la source de la miséricorde, et cette source se déploie par le moyen des contractions, ou Tsimtsoum. Il y eut d’abord la contraction au sein de l’Infini, puis d’autres contractions successives. C’est seulement après avoir ainsi opéré ces contractions que le Saint Béni Soit-Il se revêt de Ses attributs et de Sa sagesse, et que l’on peut alors affirmer qu’Il est un avec elle. Tel qu’Il est avant les contractions, en revanche, Il se tient au-delà de toute définition de la Sagesse.
Ce qui nous est révélé et que nous devons croire
Nous n’avons pas affaire aux choses cachées, les Nistarot, qui se situent au-dessus de la Sagesse. Mais les choses révélées, elles, nous appartiennent, afin que nous y croyions d’une foi parfaite : le Créateur et Ses attributs sont Un. La Volonté de l’Infini, Sa Sagesse, Sa Compréhension et Sa Connaissance sont unies à Son Essence seule, laquelle est exaltée à l’infini au-dessus des notions de Sagesse, d’Intellect et de Saisie. Après que le Créateur S’est contracté Lui-même, comme il a été expliqué, Il se revêt de Sagesse et d’attributs, et ceux-ci s’unissent à Lui pour ne plus former avec Lui qu’une seule et même réalité.
Or, puisque le Saint Béni Soit-Il demeure infiniment au-dessus de la Sagesse, de l’intellect et de la saisie, l’union même par laquelle les attributs de l’Infini s’unissent à Lui échappe elle aussi à notre compréhension. Comment le Sans-Limite véritable pourrait-il s’unir à la limite ? C’est là un prodige que nous ne pouvons saisir, mais que nous devons tenir pour vrai. Voilà pourquoi les attributs de l’Infini sont nommés dans le saint Zohar le Secret de la Foi, cette foi qui se situe au-delà de tout entendement.
La Torah parle le langage des hommes
Le dixième chapitre poursuit en rappelant que la Torah s’est exprimée dans le langage des hommes, afin d’apaiser l’oreille par ce qu’elle est capable d’entendre. C’est pourquoi la permission a été donnée aux sages de la vérité de parler des Sefirot sous forme de métaphore. Nous savons en effet que la Torah emploie des tournures humaines : elle évoque « les yeux de D.ieu » ou « les oreilles de D.ieu », alors que le Créateur n’a rien de ces réalités corporelles. C’est Lui qui a doté l’homme de la vue par le moyen des yeux, tandis que Sa force propre se passe entièrement d’un tel organe. En parlant de la sorte, la Torah cherche seulement à nous faire concevoir comment le Saint Béni Soit-Il voit et connaît toute chose.
Il en va identiquement des Sefirot. Pour que nous entrevoyions un tant soit peu comment elles s’unissent au Créateur au point de ne faire qu’un avec Lui, les sages de la Kabbale les ont appelées des lumières. Cette image doit nous ouvrir un accès, si modeste soit-il, au mystère de l’unité du Saint Béni Soit-Il avec Ses attributs.
La métaphore du soleil et de son luminaire
La comparaison est celle du soleil et de son corps, le globe solaire, que l’on nomme le luminaire, ou Maor. Le rayonnement et l’étincelle qui s’en diffusent portent, eux, le nom de lumière, ou Or, ainsi qu’il est écrit à propos du grand luminaire. La lumière se trouve d’abord à l’intérieur du luminaire, avant de s’en échapper pour se révéler au-dehors. Il en est de même du Créateur et des Sefirot : les Sefirot sont les lumières, et le Créateur est le luminaire qui en constitue la racine, comme le foyer d’où jaillit toute clarté.
Tant que la lumière du soleil demeure au sein du luminaire, elle ne compte pas, ne vaut rien comme réalité distincte et ne fait qu’un avec lui. Ainsi les Sefirot, en tant que lumières logées à l’intérieur du luminaire qu’est le Créateur, ne forment avec Lui qu’une seule chose. C’est d’ailleurs de ce rayonnement qu’il est écrit : « Et D.ieu appela la lumière Jour », car le jour n’est autre que la clarté émanée du luminaire.
La lumière dans sa source n’a pas de nom propre
Lorsque la lumière est à sa source, dans le corps même du soleil, elle lui est unie d’une unité absolue. C’est en s’en éloignant qu’elle acquiert une réalité, car elle se déploie alors là où l’astre ne se trouve pas, et nous en percevons la clarté sur la terre. Le soleil se tient dans le ciel, tandis que sa lumière voyage jusqu’à nous pour nous éclairer. Mais en sa source, elle n’a aucune existence qui lui soit propre : on n’y voit que le luminaire seul, sans que la lumière s’y distingue en rien. Il n’y a là d’existence que celle de son origine, le corps du luminaire éclairant, car le rayonnement et son foyer sont littéralement d’une seule et même essence.
Ainsi en va-t-il, et bien davantage encore, des attributs de l’Infini, de Sa Volonté et de Sa Sagesse dans le monde de l’Émanation, ou Atsilout, avec Son Essence qui s’y revêt et s’unit à eux de façon absolue, puisqu’ils ont été tirés et émanés de Lui à l’image de la lumière qui se diffuse du soleil. Il faut toutefois préciser que cette union ne se réalise pas littéralement de cette manière, mais selon un décret divin et un prodige inaccessible à l’intellect, car Ses voies sont infiniment plus hautes que les nôtres. Et de même que la lumière du soleil, unie et annulée dans sa source, ne porte aucun nom propre mais seulement celui de son origine, de même tous les attributs de l’Infini, Sa Volonté et Sa Sagesse, ne sont nullement désignés par ces noms au regard du Créateur suprême.
Les Sefirot, vitalité et instruments de la conduite des mondes
Pourquoi, dès lors, parlons-nous de Sagesse, de Volonté et d’attributs ? C’est uniquement au regard des créatures. Celles-ci ne reçoivent pas directement de l’Infini, mais de la Sagesse et des attributs qui s’y trouvent, si bien que ces noms leur sont donnés relativement à nous. Ces attributs constituent en effet l’existence et la vitalité des créatures supérieures comme inférieures, et c’est par leur intermédiaire que le Saint Béni Soit-Il les crée, les maintient en vie et les dirige. Les créatures étant limitées et l’Infini sans limite, aucune vitalité ne saurait leur parvenir directement de Lui. Voilà pourquoi le Créateur a émané les Sefirot, déjà revêtues d’une mesure, afin que les mondes reçoivent d’elles leurs lumières et que, par elles, tout soit créé, animé et conduit.
Le Midrash l’énonce ainsi : le monde a été créé par dix paroles, par la Sagesse, la Compréhension et la Connaissance. « L’Éternel par la Sagesse a fondé la terre ; Il a affermi les cieux par la Compréhension ; par Sa Connaissance les abîmes se sont fendus. » Et telle est aussi la formule d’Eliyahou, que nous récitons le vendredi soir : « Tu as fait émaner dix corrections, les Tikkounim, que nous appelons dix Sefirot, pour diriger par elles les mondes cachés et les mondes révélés. » Les mondes se répartissent en effet en deux ordres, les mondes voilés, Alma d’Itkasya, et les mondes manifestes, Alma d’Itgalya. C’est ce que nous exprimons en bénissant l’Éternel « depuis le monde et jusqu’au monde », pour faire savoir que la création se divise ainsi.
C’est encore par ces mondes que le Saint Béni Soit-Il Se dissimule aux créatures, car le mot monde, Olam, procède de la racine de la dissimulation, Helem. Si nous ne percevons pas la divinité, c’est que le monde la recouvre, et cela pour les besoins mêmes de notre travail spirituel : il nous revient d’écarter ce voile et cette occultation par l’étude de la Torah et l’accomplissement des Mitsvot, jusqu’à révéler la présence divine.
Le premier jour et la révélation de la Bonté
Le monde fut créé en sept jours, correspondant aux sept attributs. Le premier jour se révéla la mesure de Bonté, le Hessed, qui englobe tous les autres attributs, car il existe une bonté dans la bonté comme une rigueur dans la bonté, le tout demeurant contenu au sein de la bonté. La Sagesse et la Volonté s’y revêtirent également. De cet attribut découla la parole « Que la lumière soit », car la Bonté est révélation et clarté, si bien que la parole créatrice du premier jour en fut le fruit naturel. Cette lumière se diffuse d’un bout du monde à l’autre, à la mesure de la Bonté.
Encore fallait-il que cette clarté fût tempérée. La Bonté inclut aussi la mesure de Rigueur, la Guevoura, qui la contracte pour qu’elle ne demeure pas trop élevée et que le monde puisse la recevoir. Sans cela, la lumière serait restée purement spirituelle et ne nous eût été d’aucune utilité, car dans un tel éclat nous ne verrions rien. Pour distinguer la table, le livre ou les visages qui nous entourent, il nous faut une lumière matérielle. Cette matérialisation d’une lumière qui, à son origine, vient du Créateur spirituel, s’opère précisément par la Rigueur. Aussi la lumière s’est-elle revêtue dans ce monde de limite et de finitude, celui dont nos Sages enseignent qu’un parcours de cinq cents ans sépare la terre du firmament. Un homme parcourt en une journée quarante parsa’ot, et une parsa équivalant à quatre kilomètres, il franchit ainsi cent soixante kilomètres par jour ; en multipliant cette distance par les trois cent soixante-cinq jours de l’année, puis par cinq cents, l’on mesure l’immensité, pourtant finie, qui nous en sépare. L’épaisseur même du firmament représente encore cinq cents ans de marche, tout comme l’espace qui va d’un firmament au suivant. Voilà bien une limite, celle qu’a instaurée la Rigueur incluse dans la Bonté.
Le deuxième jour et la mesure de Rigueur
Le deuxième jour se révéla la mesure de Rigueur, la Guevoura, qui à son tour renferme tous les attributs, la bonté aussi bien que les autres, et non la seule rigueur. La Volonté du Saint Béni Soit-Il s’y trouvait incluse, avec Sa Sagesse, Sa Compréhension et Sa Connaissance. De cet attribut émana le firmament, par la parole « Qu’il y ait un firmament au milieu des eaux, et qu’il sépare les eaux des eaux ». Cette séparation relève du concept de contraction et de rigueur. Il est en effet connu qu’en instaurant le firmament, le Créateur sépara les eaux supérieures, qui sont d’essence spirituelle et que nous ne voyons pas, des eaux inférieures, qui sont matérielles.
Avant cette séparation, tout n’était qu’« eau dans l’eau », sans nulle différence entre les eaux supérieures et les eaux inférieures, tout étant également spirituel. Mais en séparant les unes des autres, le Créateur voila les eaux supérieures aux yeux des eaux inférieures, lesquelles se matérialisèrent du fait même de leur séparation d’avec les eaux spirituelles. C’est le firmament qui opère ce partage, firmament lui-même issu de la mesure de Rigueur du Saint Béni Soit-Il.
par hassidout | 27 Août, 2026 – 14 Elul 5786 | INTERNATIONAL |
À quelques semaines des fêtes de Tichri, la grande synagogue du 770 Eastern Parkway a fait l’objet d’importants travaux de modernisation. Deux nouveaux climatiseurs et de nouvelles portes y ont été installés cette semaine. Ces aménagements font suite aux violentes inondations qui avaient submergé le bâtiment à la mi-Elloul.
Des inondations à l’origine des travaux
Le mercredi 20 août 2026 (7 Elloul 5786), de fortes pluies et de violents orages s’étaient abattus sur Brooklyn, provoquant des inondations dans de nombreux sous-sols d’habitations et de commerces. À Crown Heights, des photographies et des vidéos avaient montré l’eau envahissant l’intérieur même de la grande synagogue du 770, le système d’évacuation ayant été débordé par l’ampleur des précipitations.
Ce soir-là, les services météorologiques américains avaient émis une alerte aux crues soudaines pour Brooklyn et Manhattan, tandis qu’une partie de New York demeurait sous surveillance jusqu’au cœur de la nuit. Les responsables municipaux avaient mis en garde contre la montée rapide des eaux dans les rues, les passages souterrains et les niveaux inférieurs des bâtiments.
Deux nouveaux climatiseurs installés à l’aube
Deux nouveaux climatiseurs ont été installés ce mardi au 770 Eastern Parkway, remplaçant des appareils qui avaient desservi la grande synagogue durant des décennies.
Les travaux ont débuté tôt mardi matin. Une imposante grue est arrivée à l’angle de Kingston Avenue et d’Union Street aux alentours de six heures du matin. Les équipes ont ensuite retiré les anciens appareils avant de hisser les nouveaux à leur emplacement.
Un chantier de plus de 250 000 dollars
Selon les gabbaïm du 770, ce chantier représente un coût de plus de 250 000 dollars.
Cette même semaine, de nouvelles portes ont également été posées à l’entrée de la grande synagogue, achevant une série de réfections destinées à préparer le lieu à l’affluence des fêtes.
Le 770, cœur du monde Loubavitch
Reconnaissable à sa façade de brique rouge et à ses trois pignons, l’édifice du 770 Eastern Parkway compte parmi les bâtiments juifs les plus célèbres au monde. Il est, depuis 1940, le siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch, et des répliques fidèles en ont été édifiées d’Israël à l’Australie, en passant par l’Italie et la Californie.
C’est précisément durant le mois de Tichri, avec ses grandes fêtes, que des milliers de fidèles et de visiteurs affluent au 770 des quatre coins du monde. Les travaux menés cette semaine, à l’approche de cette période, visaient ainsi à remettre en état la grande synagogue après les dégâts des eaux et à l’apprêter pour accueillir cette foule.






















par hassidout | 26 Août, 2026 – 13 Elul 5786 | MAGAZINE |
Directeur du Kolel Habad depuis près d’un demi-siècle, Rav Cholom Douchman est de passage en Terre sainte, et il accepte pour la première fois de dérouler le fil de sa mémoire, dans un podcast avec le Rav Binyamin Lifkin. Du premier groupe de jeunes ‘Hassidim envoyés par le Rabbi en Erets Israël jusqu’aux centaines de milliers de repas distribués aujourd’hui aux plus démunis, il retrace un parcours tout entier tendu vers un seul but. Derrière chaque projet, chaque boîte de Tsedaka et chaque immeuble, une même intention l’anime: apporter de l’honneur au Rabbi.
C’est un invité peu ordinaire que reçoit le Rav Binyamin Lifkin dans son podcast « Lebinyamin Amar ». Rav Cholom Douchman, président du Kolel Habad en Terre sainte, se trouve en Israël, et le Rav Binyamin Lifkin commence par le remercier d’avoir accepté cette rencontre. L’homme prévient d’emblée, à plusieurs reprises au fil de l’entretien, que beaucoup de ce qu’il va raconter tient de la mémoire, qu’il ne peut jurer de l’exactitude des dates ni des détails, et qu’il vaudrait souvent mieux vérifier auprès de ceux qui tiennent la chronologie précise. Cette prudence, loin d’affaiblir son récit, en dit long sur l’honnêteté d’un homme qui refuse d’embellir.
Un invité venu pour une simcha
S’il a fait le voyage, explique-t-il, c’est pour prendre part à la joie d’un ami proche et fidèle partenaire, un Juif de New York associé à de très nombreux projets du Kolel Habad. La famille est remarquable, dit-il, et la simcha, un mariage, fut tout simplement hors du commun, un véritable Kiddouch HaChem. Ce qui l’a le plus frappé, c’est de voir affluer des gens de tous les milieux et de toutes les couches de la société, y compris de cercles très éloignés du sien, et jusque dans le monde Habad, dans toute sa diversité. Il n’aime pas, précise-t-il, parler de courants séparés, D.ieu préserve, mais il est vrai que les sensibilités et les approches diffèrent, et que tous, ce jour-là, se sont retrouvés côte à côte, réunis autour d’un seul homme. Voir cet ami rapprocher chacun, y compris des jeunes gens qui, il y a peu encore, se trouvaient presque à la rue, et l’attention qu’il accorde à chaque personne, fut pour lui la véritable révélation de cette fête.
L’art de tisser des liens
Interrogé sur ce don très particulier qui est le sien, cette capacité non seulement à mobiliser des donateurs pour toutes sortes de projets, mais à devenir véritablement leur ami, Rav Douchman se dérobe modestement. Il ne sait pas, dit-il, s’il faut vraiment parler d’amitié. Lorsqu’un Juif possède de telles qualités, il devient aisé de se lier à lui. Sa méthode, s’il en a une, tient en peu de choses: partout où il le peut, il fait un Farbrenguen avec ses partenaires, il étudie la Torah avec eux, et chaque veille de Chabbat il prend le temps de leur transmettre un mot sur la Paracha de la semaine. Il met un point d’honneur, ajoute-t-il, à se rendre à leurs simchot, et plus encore, D.ieu préserve, dans les moments douloureux: là, il veut absolument être présent, et il fait tout pour l’être.
Quand le bailleur veut aussi décider
le Rav Binyamin Lifkin soulève une tension bien connue: il arrive qu’un donateur, une fois qu’il soutient un projet, veuille aussi en fixer les règles, s’immiscer dans les critères ou dans la manière de conduire l’opération. Rav Douchman le reconnaît: il y a de tout, des uns et des autres. Comment gérer cela? Lorsque la demande est raisonnable, dit-il, on l’accepte. Mais il rappelle un principe qui le guide: personne ne leur doit rien. Ce sont eux, au contraire, qui s’engagent envers leurs partenaires; à partir du moment où une promesse est faite, ils travaillent pour l’honorer et accomplir ce qui a été convenu.
Il y a cinquante ans, le premier groupe
Rav Douchman n’est pas un simple visiteur en Israël. Il faisait partie, rappelle le Rav Binyamin Lifkin, du tout premier groupe de Chlou’him envoyés en Erets Israël, arrivé alors qu’il était encore un jeune homme. C’était il y a exactement cinquante ans, autour de l’année 5735 (1975), aux abords de la Paracha de Tsav, peu avant Pessa’h. Le groupe qui gagna Jérusalem comptait onze jeunes gens; à Tsfat, ce sont des Avrékhim qui furent envoyés. À Jérusalem, ils s’installèrent, étudièrent et prirent leurs repas à la Yéchiva Torat Emet, et étudièrent aussi au Tséma’h Tsédek, dans la Vieille Ville.
Une mission sans définition
Quelle était leur mission précise? Aucune, au fond. La consigne du Rabbi tenait en une phrase: vivre en Erets Israël, tout simplement y résider, en ‘Hassid, et faire ce que le Rabbi souhaite. Il n’y avait ni fonction déterminée ni tâche particulière assignée. Ils répétaient les Si’hot du Rabbi dans les synagogues, faisaient des Mivtsa’im, allaient à la rencontre des gens. Le Rabbi, se souvient-il, exprimait alors le vif désir de voir une présence ‘Habad enracinée en différents points du pays, à Tsfat, à Jérusalem, des envoyés qui s’y établiraient durablement. Puis, un Chabbat ou deux plus tard, le Rabbi précisa les conditions pour se porter volontaire: il ne s’agissait pas de jeunes gens en attente de mariage, mais de couples déjà mariés, ayant dépassé la première année de vie conjugale, qui pouvaient présenter leur candidature.
C’est là, dit-il, qu’il eut le mérite de recevoir la mission de sa vie. Il évoque la bénédiction reçue par l’intermédiaire de l’un des secrétaires du Rabbi. Savait-il, à l’époque, que cette Chli’hout était limitée à une année? Nullement, répond-il: rien n’était défini, ni la durée, ni la portée. Auprès du Rabbi, ajoute-t-il, tout n’a pas à être défini, et sur ce point, assurément, aucune limite n’avait été posée.
Le Rabbi: je l’ai envoyé moi-même
Vient alors l’un des récits les plus émouvants de l’entretien, que Rav Douchman présente avec une extrême réserve, insistant sur le fait qu’il n’y était pas présent et qu’il rapporte les choses telles qu’il se les rappelle. À l’approche de Pessa’h, son père se rendit auprès du Rabbi pour recevoir, comme il est d’usage, de la Matsa destinée à son fils. Le Rabbi lui aurait répondu, en substance: ton fils est mon Chalia’h, je l’ai envoyé moi-même, je n’ai pas besoin d’intermédiaires. Rav Douchman répète qu’il ne peut garantir l’exactitude des mots, mais que la teneur de l’échange lui paraît juste.
Ce Pessa’h, précise-t-il, coïncida avec un moment fort: le grand rassemblement organisé à Kfar Habad. C’était, à sa connaissance, la première fois qu’une telle chose se produisait ainsi, avec la venue de responsables et de figures officielles; le lien avec le monde ‘Habad était alors très étroit, et il eut le mérite d’être parmi ceux qui prirent part à l’organisation de cet événement.
Le mariage et la permission du Rabbi
Un an et demi environ après son arrivée, Rav Douchman se maria. Il raconte avoir écrit au Rabbi pour demander quand se marier, et l’autorisation de se rendre en Amérique à cette fin. La réponse du Rabbi, telle qu’il la rapporte, renvoyait la question à un moment déterminé et la reliait à une échéance précise. Puis vint la question des candidates, à laquelle le Rabbi répondit d’une manière qui l’étonne encore.
Il glisse ici une anecdote savoureuse. Parmi les possibilités qu’il avait présentées, le Rabbi choisit précisément la plus lointaine, la plus difficile d’accès, celle qui rendait presque impossible la tenue du mariage. Il évoque un lieu de réception à New York, dans un quartier alors bien connu et aujourd’hui transformé en immeubles d’habitation, et une neige qui rendait l’accès quasi impraticable. Ce qui aurait pu passer pour un obstacle, sourit-il, se révéla providentiel.
La Ye’hidout et l’entrée au Kolel Habad
C’est aussi à cette période que le Kolel Habad entra dans sa vie, par un enchaînement qu’il juge lui-même remarquable. Il décrit une Ye’hidout d’un genre un peu particulier: le Rabbi était assis à une petite table étroite, et l’audience, tout en étant personnelle, se tenait dans un cadre où d’autres personnes n’étaient pas loin. Le Rabbi lui aurait demandé, en yiddish, ce qu’il faisait là, et l’aurait aussitôt renvoyé vers les secrétaires pour un entretien à part.
C’est l’un des secrétaires, Rav ‘Hodakov, qui le convoqua ensuite, en compagnie d’un autre jeune homme du groupe de Chlou’him. Le Rabbi souhaitait leur proposer quelque chose. La nature exacte de la mission n’était pas encore parfaitement claire, mais il devenait évident qu’il s’agissait d’une Chli’hout en Terre sainte, à Jérusalem. Rav ‘Hodakov lui demanda s’il était prêt; il répondit sans hésiter par l’affirmative. Le secrétaire lui rappela alors qu’il avait une épouse, qu’il devait la consulter, et qu’il ne pourrait donner sa réponse qu’après un délai de vingt-quatre heures.
Sur les dates précises, Rav Douchman s’en remet, en souriant, à ceux qui les connaissent par cœur, citant nommément ‘Haïm Chour, capable de dire exactement quand et comment les choses se sont déroulées. Il croit se souvenir que la Ye’hidout eut lieu un vendredi, très tôt le matin, peu avant son mariage. Le Rabbi sortit et s’entretint avec eux quelques minutes, sur le seuil de sa chambre. Lors de cet échange, le Rabbi parla longuement du Kolel Habad, de l’ouverture d’un nouveau Beth Habad à Jérusalem, et insista avec force pour que tout se fasse dans la voie de la paix, sans le moindre conflit, D.ieu préserve.
Retour à Jérusalem
Après le mariage, le jeune couple s’installe à Jérusalem, où siégeaient les responsables du Kolel Habad. Deux jeunes gens tout juste mariés se présentant aux dirigeants: comment furent-ils accueillis? Fort bien, assure-t-il, avec beaucoup de bienveillance. Il évoque le grand Rav qui dirigeait alors l’institution et qui devait s’éteindre peu de temps après. Ils commencèrent à développer le travail à partir de presque rien, dans un contexte où bien peu de choses étaient en place.
New York, et la douleur du Rabbi
À un certain stade, la conclusion s’imposa: pour lever les fonds nécessaires, mieux valait qu’il soit présent à New York. Ce n’était pas une décision personnelle, souligne-t-il, mais une orientation venue du Rabbi, suggérée par Rav ‘Hodakov, qui l’invita à écrire au Rabbi sur ce point.
Il se rendit auprès du Rabbi pour Pessa’h, après un passage par l’Europe, puis eut une Ye’hidout autour de ‘Haï Nissan (18 Nissan), au milieu des années 5730 (années 1970). Le Rabbi parla alors, avec une douleur immense, de l’état du Kolel Habad en Amérique. Des centaines de milliers de courriers étaient envoyés, dit-il, et la plupart des destinataires ne savaient même pas de quoi il s’agissait. Le Rabbi se dit profondément déçu, et exprima sa peine sans détour: si l’on mettait de l’ordre dans tout cela, ce serait une bonne chose; sinon, la situation resterait pénible. Puis, dans un geste que Rav Douchman présente comme le signe d’une force extraordinaire, le Rabbi offrit lui-même son aide, jusqu’à proposer de tenir un Farbrenguen, et laissa entendre que tout l’appui possible serait là, pour peu que l’on se mette en route.
Bâtir une organisation
Rav Douchman comptait au départ rester en Israël, où il résidait à Jérusalem et s’était déjà tissé quelques liens, notamment avec des cercles officiels. Mais il comprit vite que, pour réussir, il fallait une présence physique à New York, un homme sur place et un bureau. À une époque où l’on ne pouvait pas, comme aujourd’hui, piloter une organisation depuis n’importe quel point du globe, cette présence était indispensable.
Il se mit donc en quête de la bonne personne et écrivit au Rabbi. La réponse fut porteuse d’une leçon qu’il n’a jamais oubliée: il est capital, lui répondit le Rabbi en substance, de ne pas confier l’institution à quelqu’un avant d’être certain qu’il convient et qu’il réussit, et seulement après une véritable période d’essai. Le Rabbi insista aussi sur la manière d’entrer en relation avec ceux qui se trouvent en dehors des cercles ‘Habad. Rav Douchman finit par trouver un jeune homme, récemment marié, jugé apte par plusieurs personnes de confiance réunies pour l’évaluer, et transmit son nom au Rabbi. Ainsi se mit en place, progressivement, la structure new-yorkaise.
La pouchké devenue institution
C’est de cette époque que date le développement d’un instrument devenu emblématique: la boîte de Tsedaka, la pouchké. Le lien noué avec un certain Mendy, jeune homme énergique, permit de la déployer à grande échelle. À un moment donné, l’organisation gérait quelque 25 000 boîtes réparties un peu partout, avec sept ou huit personnes chargées de les relever. Rav Douchman rapporte avoir écrit au Rabbi au sujet de cette vaste entreprise, et la réponse du Rabbi ajouta une dimension nouvelle: au-delà de la collecte elle-même, ces boîtes constituent aussi une forme de Pirsoum, de diffusion et de mise en lumière. Fait remarquable, la même intuition traverse aujourd’hui le travail de ses enfants: leur pouchké s’est faite virtuelle, avec des milliers d’utilisateurs, et des montants nettement plus significatifs qu’une simple pièce glissée dans une tirelire.
Le secret d’une réussite
On le présente volontiers comme l’un des plus grands collecteurs de fonds du monde juif. Y a-t-il un secret? Rav Douchman le récuse fermement. Ce n’est pas la réussite d’un homme, répète-t-il, mais celle du Kolel Habad et de sa mission, la réussite du Rabbi. Lorsqu’un donateur potentiel lui dit peut-être, il tient déjà la chose pour acquise; et lorsqu’un donateur accepte d’emblée, il se demande, non sans humour, pourquoi il n’a pas demandé davantage. Tout, dit-il, revient à la bénédiction et à la force de la Chli’hout, et non aux mérites des personnes.
Un immeuble à Jérusalem
Le Kolel Habad bâtit actuellement un immeuble de dix étages au cœur de Jérusalem, après avoir obtenu de la municipalité les autorisations nécessaires. Sa vocation sera multiple: une cuisine, une synagogue, un espace destiné aux personnes en situation de handicap, des logements pour des soldats seuls, et le déploiement de nombreuses activités déjà menées par l’organisation. Ce lieu, précise Rav Douchman, sera aussi étroitement associé au projet Torat Levi Its’hak.
Torat Levi Its’hak, quarante ans après
Ce projet, consacré à l’étude, prend de l’ampleur d’année en année. Voilà quarante ans, rappelle-t-il, que le Rabbi exprima le vif désir de voir naître une telle initiative, et la voici enfin réalisée. Il y a peu, Rav Douchman eut le mérite d’animer un rassemblement de plus de 2000 personnes, dont beaucoup auraient pu se contenter de rester chez elles et qui ont trouvé là une véritable lumière dans leur vie; c’est, dit-il, la vision du Rabbi qui se concrétise.
Il rapporte que le Rabbi parlait de ce sujet d’une manière personnelle, comme d’une chose qui le touchait profondément. Le Rabbi aurait déclaré ne vouloir désigner personne pour en prendre la direction, précisément parce que les bénédictions attachées à cette étude, en matière d’enfants, de santé et de Parnassa, sont si fortes que quiconque en assume la charge en bénéficie. C’est pourquoi le Rabbi ne fixait pas qui devait diriger et qui non: cela appartient à chacun. Le Rabbi énuméra d’ailleurs tous les cercles concernés, sans exception, du Litvak au ‘Hassid, dans leur pleine diversité, et insista avec une grande force. Pourquoi cela prit-il tant de temps? Il y eut d’abord un partenaire pour porter le projet, puis d’autres qui s’y engagèrent pleinement. Cette semaine encore, vingt nouveaux kollelim ont été ouverts. L’organisation en compte aujourd’hui environ 240, avec l’espoir d’atteindre le chiffre de 300 d’ici la fin de l’année. Le Rabbi souhaitait que chaque cadre réunisse au moins un Minyane et repose sur un programme d’étude structuré, et c’est cette exigence que l’on s’efforce de respecter.
Partenaire de l’État d’Israël
Le Kolel Habad est aujourd’hui partenaire du gouvernement israélien dans toute une série de programmes sociaux: aide sociale, cartes alimentaires, budgets importants auxquels l’organisation ajoute sa propre part. Qui influence qui, demande le Rav Binyamin Lifkin, le Kolel Habad l’État, ou l’inverse? La réponse de Rav Douchman est sans ambiguïté: c’est le Kolel Habad qui influence l’État. Il rappelle que, voici une vingtaine d’années, le gouvernement s’opposait par principe à la distribution alimentaire, au motif qu’elle créerait une dépendance et qu’il manquait des critères clairs. Aujourd’hui, l’organisation est devenue une référence, reconnue jusqu’aux plus hauts niveaux de l’administration, et ce sont ses propres critères qui se sont imposés. Cet ascendant, souligne-t-il, s’exerce au bénéfice de tous les secteurs de la population, y compris de Juifs et de non-Juifs, et tous reconnaissent le sérieux de son action; c’est, dit-il, ce que voulait le Rabbi: aider chacun, avec le cœur.
Il évoque à ce propos une parole que le Rabbi aurait adressée à Rav Mordekhaï Eliyahou, lors de sa dernière Ye’hidout, au sujet du Kolel Habad: donner le pain selon le besoin, venir en aide à chaque Juif, sans distinction, l’argent servant à secourir tout un chacun.
Les veuves et les orphelins
Parmi les chantiers les plus importants figure l’accompagnement des veuves et des orphelins, un domaine que le Rav Binyamin Lifkin dit avoir appris à connaître de près. Rav Douchman tient à mentionner ici son beau-frère, Its’hak Marton, qui fut une pièce maîtresse de cette activité, veillant à l’éducation et à la scolarité des orphelins et les faisant progresser d’une manière exceptionnelle. Il se souvient d’avoir assisté, année après année, aux Bar Mitsva de ces enfants, et d’avoir vu les éducateurs les connaître un par un, par leur nom, leur caractère et leurs besoins. Aujourd’hui, avec quelque 2000 enfants pris en charge, un tel suivi individuel serait impossible sans structure: six travailleurs sociaux s’en occupent, avec des directives précises, épaulés par des outils de gestion perfectionnés adoptés pour le seul bien des enfants.
L’organisation accompagne aussi environ 250 veuves de la guerre de ‘Harvot Barzel (Épées de fer), réparties en plusieurs cercles à travers le pays. Tous les trois mois, elle prend en charge ces mères durant vingt-quatre heures, sans les enfants, dans un lieu où elles trouvent enfin un peu de calme; les enfants, de leur côté, bénéficient de journées qui leur sont propres. Rav Douchman raconte s’être trouvé, le jour même d’une conférence, en présence de 86 enfants qui entraient pour la première fois à l’école sans père, leur père étant tombé à la guerre. On organisa pour toutes ces familles une grande journée, un barbecue, et chaque enfant reçut son cartable et ses affaires, entouré d’une attention telle que chacun, dit-il, se sentait traité comme un prince. Il insiste: son beau-frère mène tout cela loin des projecteurs, sans la moindre publicité, et lui en voudrait presque d’en parler; il salue aussi le dévouement d’une véritable Echet ‘Haïl, une femme de vaillance, dont l’action force l’admiration.
Consulter avant de décider
Du temps où le Rabbi était physiquement présent, une question de poids se réglait par un courrier et une réponse. Que fait aujourd’hui un homme dans sa position lorsqu’une question se présente? Il a un Rav, répond-il aussitôt, et il ne décide rien par lui-même: il n’émet aucun chèque, ne prend aucune décision sans consulter ce Rav, un Talmid ‘Hakham en toute matière.
Ce mot de chèque lui rappelle deux souvenirs. Le premier tient de l’émerveillement: avant chaque visite au Ohel, le Rabbi avait coutume d’écrire un chèque au Kolel Habad, un don qui faisait partie de sa préparation, une somme de 100 dollars. Le second est plus savoureux encore. Lorsqu’un des secrétaires lui demanda, un jour, de rapporter au Rabbi un reçu pour son don, à une époque où il n’existait ni informatique ni système, il rédigea le reçu à la main. Le Rabbi s’inquiéta de savoir si le fisc américain le reconnaîtrait comme conforme, et fit référence à une disposition précise du code des impôts, la section 46. Que le Rabbi ait eu à l’esprit un tel détail administratif laissa Rav Douchman stupéfait.
Dire non à un donateur
Lui est-il arrivé de refuser un don? Oui, reconnaît-il. Un donateur voulait voir son nom personnel apposé sur un bâtiment, et il lui répondit qu’il ne le pouvait pas. Il refuse d’y voir une méthode arrêtée, mais il pose une règle: certains organismes peuvent tout à fait être partenaires à titre privé, sans que leur nom, ni celui de quiconque, ne soit inscrit à la place qui revient à d’autres. Il faut, dit-il, savoir regarder les gens en face et leur dire clairement les choses.
Les grands rabbins et l’honneur du Rabbi
Au fil du temps, les Grands Rabbins d’Israël sont naturellement devenus des invités permanents, une partie indissociable de chaque événement du Kolel Habad. Chaque nouveau Grand Rabbin, dès son entrée en fonction, ressent ce lien comme allant de soi. Pourquoi investir tant de temps et de réflexion dans cette dimension? Parce que tout cela, répond Rav Douchman, ne se fait pas pour lui-même mais pour l’honneur du Rabbi. Ce n’est pas à lui que revient cet honneur: il appartient au Rabbi, et c’est comme une Mitsva qu’il l’accomplit.
La relève
Plusieurs de ses enfants et descendants se trouvent aujourd’hui en Chli’hout, y compris dans des lieux tels que les Émirats ou le Maroc. Cela lui donne-t-il le sentiment que la mission se poursuit? Assurément, répond-il, avec gratitude. Trois de ses enfants travaillent d’ailleurs directement à ses côtés, et ce sont eux qui ont mené, notamment autour des boîtes de Tsedaka, une véritable révolution, en Amérique en particulier.
Tout pour l’honneur du Rabbi
Reste-t-il des objectifs qu’il vise encore? Beaucoup, dit-il: des donateurs, des projets, des besoins humanitaires auxquels il demeure toujours ouvert. L’organisation ouvre en ce moment plusieurs nouveaux points de distribution alimentaire, et il s’est personnellement engagé sur un volume de 100 000 repas. Mais tout cela, insiste-t-il une dernière fois, n’est qu’un moyen au service d’une fin unique: rehausser l’honneur du Rabbi. Il ne se considère ni comme un philanthrope ni comme celui qui décide de la marche des choses; sa tâche, la seule, est d’apporter de l’honneur au Rabbi, et lorsqu’on lui demande comment tout cela se répartit, il s’en remet à ce que le Rabbi, lui, comprend parfaitement.
Au terme de l’entretien, il confie encore redouter deux catégories de personnes, celles qui disposent de temps et de liberté et n’ont de comptes à rendre à personne, et il dit tout le plaisir qu’il a eu à s’asseoir ainsi pour évoquer des souvenirs qu’il ne convoque pas toujours. Il rappelle enfin cette parole du Rabbi selon laquelle la question même des boîtes de Tsedaka relève du Pirsoum, de la mise en lumière: c’est là, dit-il, l’essentiel de sa fonction. le Rav Binyamin Lifkin remercie son invité pour le temps qu’il a consacré à cette rencontre, salue l’équipe technique et le directeur du site producteur, et donne rendez-vous pour un prochain épisode.
par hassidout | 26 Août, 2026 – 13 Elul 5786 | INTERNATIONAL |
Un ingénieur de haut niveau spécialisé dans l’intelligence artificielle et un Rav Chalia’h du Rabbi établi à Vancouver ont uni leurs forces pour écrire un ouvrage destiné à la jeunesse en quête de sens. Intitulé « Your Calling » (« Ta vocation »), le livre a conquis la seconde place des ventes d’Amazon en moins de vingt-quatre heures après sa mise en ligne. Surnommé « remède pour les jeunes » au sein de plusieurs communautés, il propose des outils concrets pour révéler la mission unique de chaque personne.
Your Calling: Moving Forward from Here and Now
Dans un monde saturé de réseaux sociaux, débordant de possibilités et gagné par une solitude croissante, la génération Z cherche désespérément un point d’ancrage porteur de sens. Rares sont pourtant ceux qui auraient deviné que la réponse viendrait d’une rencontre aussi inattendue : celle d’un ingénieur chevronné, homme de la haute technologie issu du domaine de l’intelligence artificielle, et d’un Rav de communauté, Chalia’h Habad au Canada.
Une ascension fulgurante en tête des ventes
Daniel Friedmann et le Rav Chemouel Yechayahou, de Vancouver, ont transformé une étude en ‘havrouta hebdomadaire et régulière en un livre au retentissement considérable, baptisé « Your Calling » (« Ta vocation »). L’ouvrage, que différentes communautés ont d’emblée qualifié sans détour de « remède pour les jeunes », a accompli l’invraisemblable : moins de vingt-quatre heures après sa parution, il s’est hissé au sommet des classements de ventes du géant du commerce Amazon, décrochant la première place dans deux catégories distinctes.
Alors que le marché des ouvrages de développement personnel regorge de clichés spirituels ou de manuels purement théoriques, « Your Calling » apporte une approche radicalement différente. Le livre ne se contente pas de poser la question du sens de la vie : il la décompose en outils nécessaires pour y parvenir concrètement, pas à pas.
Une génération talentueuse mais fragilisée
« Au fil de mes années de Chli’hout, et surtout à travers mes nombreuses rencontres avec des jeunes, raconte le Rav Yechayahou, je perçois une immense recherche de sens. La jeune génération veut savoir non seulement quel métier exercer ou comment réussir, mais pourquoi elle vit, quelle est sa mission unique et comment laisser une empreinte véritable sur le monde. »
Le Rav Yechayahou poursuit : « À côté des talents, de la créativité et de la grande ouverture d’esprit de cette génération, celle-ci est aussi plus exposée et plus fragile. Non pas que les jeunes soient faibles, mais parce qu’ils vivent sous une pression qui n’existait presque pas dans les générations précédentes. Les réseaux sociaux encouragent une comparaison incessante, et un flot immense d’informations, d’opinions et d’attentes les submerge chaque jour. Au lieu de créer de la clarté, cette abondance engendre souvent la confusion, la solitude et le sentiment de ne pas être à la hauteur ou de ne pas savoir où l’on a sa place. »
Le sens, plus décisif que le seul talent
« Je rencontre des jeunes très doués qui peinent à avancer parce qu’ils n’ont pas de sentiment clair de leur finalité, explique le Rav. À l’inverse, je vois des personnes qui ne sont peut-être pas les plus talentueuses de la salle, mais qui, parce qu’elles savent pour quoi elles vivent et où elles veulent aller, réussissent bien au-delà de ce que d’autres attendaient d’elles. Le sens confère à l’homme une direction, une résilience et la force d’affronter les difficultés. Lorsqu’une personne est reliée à sa mission, un obstacle ne devient pas nécessairement une raison de s’arrêter : il peut faire partie du chemin. »
C’est de cette compréhension qu’est né le livre « Your Calling : avancer d’ici et maintenant ». « J’étudie avec mon coauteur, Daniel Friedmann, plusieurs fois par semaine, ajoute le Rav Yechayahou. Daniel est un homme profondément animé par le sens et par la mission, et grâce à son expérience du monde des affaires, de la science et du leadership, il est aussi connecté aux défis du monde au sens large. Lui aussi observe cette recherche chez les Juifs comme chez les non-Juifs : des personnes peuvent afficher une grande réussite extérieure et ressentir malgré tout l’absence d’une direction intérieure. »
Des outils concrets et non de simples idées
La singularité centrale de l’ouvrage tient à ce qu’il ne s’arrête pas à la question « qu’est-ce que le sens ? », mais se concentre sur une interrogation tout aussi essentielle : comment y parvient-on ? « Ce n’est pas seulement un livre d’idées et d’inspiration, souligne le Rav Yechayahou. Il propose des outils pratiques pour identifier les talents, les circonstances, les défis et les opportunités susceptibles de révéler la mission propre de chaque personne. Il n’est pas nécessaire d’attendre que tout le chemin soit clair. Comme nous l’écrivons dans le livre : même si tu ne peux pas encore voir comment tout s’assemble ou aboutit, ton pas a de l’importance. »
Pour Daniel Friedmann, le point de départ se situe précisément là où chacun se trouve maintenant. « Sers-toi de ce qui t’a déjà été donné et fais le premier pas, dit-il. De l’action naît la clarté, et de la clarté se révèle la finalité. L’imperfection n’est pas un défaut : c’est un appel. C’est une invitation ouverte à chacun de nous à s’engager pour rendre les choses meilleures. Chaque personne a une mission que seule elle peut accomplir, en deux volets : s’améliorer soi-même et améliorer le monde. »
Une sagesse de la Torah ouverte à tous
Les deux auteurs ont compris qu’il manquait un livre capable de rendre accessible la sagesse profonde de la Torah même à ceux qui n’ont aucune connaissance préalable du judaïsme. « Le livre s’adresse aux Juifs de tous niveaux de lien et de savoir, mais aussi aux personnes non juives, afin qu’elles puissent elles aussi bénéficier de la sagesse de la Torah et découvrir grâce à elle une vie de bonheur véritable, de sens et de responsabilité », précise le Rav Yechayahou.
L’ouvrage s’attache ainsi à développer la résilience et l’intelligence émotionnelle, à traverser l’incertitude et les grandes transitions de l’existence, à prendre des décisions intentionnelles et à apprendre à avancer sans attendre d’avoir en main une feuille de route complète. À la suite de ce succès phénoménal sur Amazon, le livre suscite déjà un vif intérêt non seulement auprès des éducateurs, mais aussi auprès de professionnels de la santé mentale et de l’accompagnement, qui y voient un outil efficace pour affronter ce sentiment d’enlisement caractéristique de la génération actuelle.
Le Rav Chemouel Yechayahou, un Chalia’h au service de la jeunesse
Né en Erets Israël, le Rav Chemouel Yechayahou a reçu son ordination rabbinique du Grand Rabbinat d’Israël. Il a d’abord œuvré en Argentine et au Chili, où il enseignait les techniques de diffusion du judaïsme et préparait des candidats à la Semikha, l’ordination rabbinique. Depuis l’an 2000, il exerce comme Rav à Vancouver, au Canada, au sein du Kollel communautaire Ohel Yaakov. Il y assure un accompagnement personnel, un soutien, des offices religieux, des cours et des sessions d’étude, et il conçoit et anime des programmes juifs destinés en particulier à des jeunes adultes éloignés de la vie communautaire.
Reconnu pour son style vivant et expressif, le Rav Yechayahou propose chaque année, à plus de 600 jeunes adultes, étudiants et familles, des Séder de Pessa’h et des offices de fêtes empreints d’humour, de profondeur et d’accessibilité. Tout au long de l’année, il relie des centaines de jeunes les uns aux autres à travers des programmes créatifs et porteurs de sens. Sa réputation tient avant tout à sa capacité de rendre la spiritualité pertinente pour toutes les personnes, quel que soit leur milieu, et tout spécialement pour les jeunes adultes. « Your Calling » constitue d’ailleurs le deuxième livre qu’il signe avec Daniel Friedmann, après un premier ouvrage consacré à l’application de la sagesse de la Torah au monde des affaires, « An MBA from Heaven », premier volet d’une série intitulée « The Impact Mastery Series ».
Daniel Friedmann, de la haute technologie à l’étude de la Torah
Coauteur du livre, Daniel Friedmann apporte au projet des décennies d’expérience dans les affaires, l’ingénierie et la technologie. Il préside aujourd’hui aux destinées de la société Sanctuary AI, dont il est président-directeur général, une entreprise qui développe une intelligence artificielle générale destinée aux robots. Jusqu’en 2024, il a dirigé Carbon Engineering comme président-directeur général, après avoir été durant 20 ans président et directeur général de MDA, groupe international de communications et d’information. Fort de 37 années d’expérience dans le secteur spatial, il a été distingué en 2016 par une médaille du doyen de la Faculté des sciences appliquées de l’Université de Colombie-Britannique.
Étudiant assidu des textes depuis de longues années, il fréquente depuis près de deux décennies le centre d’étude du Kollel de Vancouver, où s’est nouée sa ‘havrouta avec le Rav Yechayahou. Lauréat d’un prix littéraire international, il conjugue dans ses écrits son bagage scientifique et entrepreneurial avec les enseignements de la Torah sur le leadership et la vocation. « De l’action naît la clarté », résume-t-il, une formule qui pourrait tenir lieu de fil conducteur à un ouvrage désormais présenté, dans plusieurs communautés, comme un authentique remède pour une génération en quête de repères.
par hassidout | 26 Août, 2026 – 13 Elul 5786 | MAGAZINE |
Appelé dans la chambre du Tséma’h Tsédek pour y recopier un Maamar, Reb Meïr der Shreiber ne parvint à en tracer que quelques lignes. Fasciné, il passa la nuit entière à observer le Rabbi plongé dans son étude, jusqu’à ce qu’on le renvoie enfin chez lui. Ce dont il avait été le témoin, les fils du Rabbi le tenaient pourtant pour la chose la plus naturelle du monde.
Un copiste d’exception à Loubavitch
Reb Chemouel Rabinovitch, décédé en 5675 (1915), connu sous les noms de Reb Chemouel Sofer ou de Reb Chemouel der Shreiber (le copiste), vivait à Loubavitch, où il gagnait sa vie en recopiant les Maamarim du Rabbi Maharach, à l’image de son père, Reb Meïr, avant lui. Il faut se représenter ce qu’était alors la transmission de la ‘Hassidout : à cette époque, les Maamarim des Rabbiim n’étaient pas imprimés, mais circulaient parmi les ‘Hassidim sous forme de copies manuscrites, patiemment recopiées à la main, feuillet après feuillet, puis prêtées, transmises et recopiées de nouveau. Un mot mal lu, une lettre ajoutée ou omise, et c’était le sens même de l’enseignement du Rabbi qui risquait de se trouver altéré : le copiste portait donc une responsabilité considérable, celle de préserver intacte la parole reçue.
C’est dire quelle réputation entourait Reb Chemouel. Il passait pour le copiste par excellence, tant sa précision et la netteté de son écriture faisaient autorité, et les Rabbiim faisaient sans cesse appel à ses services. La qualité de son travail était telle que, jusqu’à une époque récente, nombre des Maamarim du Rabbi Maharach n’étaient encore disponibles que sous forme de photocopies de son écriture. Mais avant que le fils ne devienne ce maître reconnu, il y avait eu le père, Reb Meïr, copiste lui aussi, et c’est autour de lui que se noue le récit qui suit.
Une copie demandée dans l’urgence
Le ‘Hassid Reb Leib Moninsohn venait de passer Chabbat auprès du Tséma’h Tsédek. Comme il devait impérativement quitter la ville dès le lendemain, il demanda au Rabbi s’il pouvait obtenir sans délai une copie du Maamar qu’il venait d’entendre, afin de ne pas repartir les mains vides et de pouvoir, plus tard, l’étudier et le transmettre à son tour. Le Rabbi accepta et lui demanda d’aller chercher Reb Meïr der Shreiber.
Lorsque Reb Meïr arriva, le Rabbi lui indiqua où s’asseoir et quel passage recopier à partir d’un manuscrit. La tâche, pour un homme de son métier, n’avait rien d’inhabituel : il s’installa, disposa ses feuillets et sa plume, et se prépara à travailler dans le calme de la chambre. Il ignorait encore que la nuit qui commençait n’aurait pour lui rien d’ordinaire.
Une nuit d’étude et de ferveur
Pendant que Reb Meïr s’apprêtait à écrire, le Tséma’h Tsédek s’installa à une autre table, dans la même pièce, et se mit à étudier la Guemara à voix haute, en la chantant. Ce qui se déploya alors dépassait de loin une simple révision. Après avoir étudié la Sougya selon le commentaire de Rachi, s’exclamant « ceci est selon Rachi », il l’aborda selon les Tossefot. Il l’étudia ensuite selon le Roch, puis selon le Rif et le Ran, précisant chaque fois de quel commentaire il s’agissait, comme s’il faisait comparaître devant lui, l’un après l’autre, les grands maîtres du Talmud pour confronter leurs lectures. Enfin, le Tséma’h Tsédek énuméra toutes les Halakhot que l’on pouvait déduire de la Sougya, puis en dévoila le sens selon la Kabbale, faisant se rejoindre en une même veillée la Torah révélée et la Torah cachée.
À mesure qu’il avançait, l’étude débordait les limites de la table. Manquant bientôt de place, le Rabbi disposa d’autres Sefarim sur une surface posée à même le sol. Une bougie à la main, il allait et venait au milieu de ses livres, se penchant sur l’un, revenant à l’autre, clarifiant les uns après les autres les différents avis et les différentes Halakhot, jusqu’à ce que la Sougya lui apparaisse dans sa pleine clarté. Alors, cette clarté se mua en joie : la Sougya entièrement élucidée, le Rabbi entonna le Niggoun de l’Admour Hazakène et se mit à danser, comme si l’aboutissement de l’étude appelait naturellement la ferveur du corps tout entier.
Ce que révélèrent ses fils
Pendant tout ce temps, Reb Meïr était demeuré assis, la plume presque immobile, saisi d’émerveillement, à contempler le Tséma’h Tsédek toute la nuit. Comment aurait-il pu écrire, quand se déployait sous ses yeux un spectacle dont il pressentait qu’il n’en reverrait sans doute jamais de semblable ? Lorsque le Tséma’h Tsédek acheva sa danse, il s’approcha de lui pour voir où en était son travail et découvrit qu’il n’avait tracé que quelques lignes. « Petach, sot ! » lui dit le Rabbi, « tu peux rentrer chez toi. »
Reb Meïr repartit, la mémoire pleine de ce qu’il avait vu. Persuadé d’avoir été le témoin d’une nuit hors du commun, il rapporta la scène aux fils du Tséma’h Tsédek. Mais ceux-ci n’en furent nullement surpris. « Notre père agit ainsi chaque nuit », lui répondirent-ils.
Une assiduité attestée par le Hayom Yom
Ce que Reb Meïr avait cru être l’exception d’une seule nuit, les enseignements du Hayom Yom le confirment comme une constante de la vie du Tséma’h Tsédek. L’ouvrage met en lumière deux facettes de cette étude sans relâche : une assiduité personnelle proprement phénoménale, et les sessions intensives que le Rabbi partageait avec son fils et successeur, le Rabbi Maharach.
Le Hayom Yom du vingt-neuf Tamouz rapporte la découverte d’un billet écrit de la main du Tséma’h Tsédek. Il y avait pris l’engagement d’étudier chaque nuit, six heures durant et entièrement debout, le Talmud et la Halakha. Grâce à cette rigueur, il parvint à réviser en profondeur l’ensemble du Talmud de Babylone, du Talmud de Jérusalem et des quatre parties du Choul’han Aroukh.
Le Hayom Yom du dix-neuf Sivan décrit, quant à lui, un cycle d’étude tout particulier que le Tséma’h Tsédek instaura avec le Rabbi Maharach. Ce cours quotidien durait deux heures et demie : en hiver, il débutait à vingt-deux heures ; en été, il commençait dès quatre heures du matin. Pendant les deux premières années, le père et le fils étudièrent la Kabbale éclairée à la lumière de la ‘Hassidout ; par la suite, et jusqu’en 5616 (1856), ils se plongèrent dans les grands textes de la philosophie et de l’éthique juives classiques, le Kouzari, le Guide des Égarés de Maïmonide et les écrits de Rav Saadia Gaon, revisités eux aussi à travers le prisme de la pensée hassidique.
Ainsi se dévoile le véritable sens du récit de Reb Meïr. Le prodige n’est pas qu’un homme ait, une fois, étudié de la sorte, mais que ce sommet fût, pour le Tséma’h Tsédek, le simple ordinaire de ses nuits : une discipline tenue avec constance, année après année, debout dans le silence, jusqu’à embrasser la Torah tout entière, de la loi révélée aux secrets de la Kabbale..
par hassidout | 26 Août, 2026 – 13 Elul 5786 | ISRAEL |
À quelques heures de Roch Hachana, l’association Loubavitch « Léha’hayot » a réuni des centaines d’enfants aux besoins particuliers et leurs familles pour une soirée d’une rare intensité. Le Rishon LeTsion et Grand Rabbin séfarade d’Israël, le Gaon Rav David Yossef, y a pris la parole, tandis que les plus grandes voix de la musique ‘hassidique embrasaient la salle. Portée par une vidéo du Rabbi projetée sur écran géant, la rencontre a insufflé aux enfants comme à leurs proches un puissant élan spirituel à l’orée de la nouvelle année.
Le moment le plus bouleversant de la soirée est survenu dès l’ouverture. Alors que les lumières de la salle s’éteignaient doucement, les écrans géants se sont illuminés pour diffuser une vidéo exceptionnelle du Rabbi de Loubavitch. Dans un silence recueilli, l’assistance a écouté ses paroles, empreintes d’une force peu commune.
Les paroles du Rabbi sur la grandeur des enfants d’exception
Sur l’écran, le Rabbi évoquait la valeur sacrée et l’élévation particulière des enfants aux besoins spécifiques, ainsi que les forces immenses accordées à leurs familles pour les accompagner. Ce message, adressé à des parents qui portent au quotidien un défi hors du commun, a résonné avec une acuité toute particulière. Beaucoup, dans la salle, n’ont pu retenir leur émotion : les mots du Rabbi transformaient l’épreuve en mission, et la difficulté en privilège.
Le Grand Rabbin d’Israël salue le dévouement des parents
La rencontre a été honorée par la présence du Rishon LeTsion et Grand Rabbin séfarade d’Israël, le Gaon Rav David Yossef, qui a prononcé une allocution émue. Devant les familles rassemblées, il a rendu hommage au dévouement quotidien des parents, saluant leur abnégation et leur foi inébranlable. Le Rav a également remercié les responsables de l’association ainsi que l’ensemble des bénévoles pour la mise sur pied d’un projet aussi porteur de sens, à la veille des Yamim Noraïm.
Puis vint le temps de la musique, qui a insufflé à la soirée une énergie hors du commun. Sur scène, les artistes se sont succédé pour offrir aux enfants un spectacle taillé sur mesure, où chacun d’eux était placé au centre de l’attention.
Chants et danses : les grandes voix de la musique ‘hassidique
Le célèbre chanteur Yaakov Shwekey a livré une prestation complète avant de descendre au milieu du public pour danser directement avec les enfants d’exception, transformant la scène en une immense ronde de joie. L’artiste Motti Weisel l’a ensuite rejoint dans un pot-pourri bouleversant des mélodies des Yamim Noraïm, ces airs de prière qui accompagnent Roch Hachana et Yom Kippour. Les chanteurs Shuki Salomon et Srouli Klatzkin, accompagnés de la chorale Pir’hei Yeroushalayim, ont porté le chant et l’allégresse à leur comble, entraînant l’assistance dans de larges cercles de danse.
« Léha’hayot » : plusieurs années au service des familles
Fondée et dirigée par le Chalia’h Rav Mendy Lebel, l’association « Léha’hayot » œuvre depuis plusieurs années auprès des enfants porteurs de handicap et de leurs familles, en Eretz Israël. Tout au long de l’année, elle multiplie les initiatives — soirées de Roch Hachana, fêtes de ‘Hanoucca, célébrations de Pourim — et a récemment inauguré à Jérusalem un club de ‘hessed dédié, doté d’espaces adaptés, d’une salle de musique et de moments de répit pensés pour les enfants comme pour leurs parents. À chaque rendez-vous, la même intention : offrir à ces familles un espace de dignité, de chaleur et de reconnaissance.
Vers la fin de l’événement, le directeur de l’association, le Rav Mendy Lebel, est monté sur scène. Entouré de centaines d’enfants et de bénévoles, il n’a pu contenir ses larmes d’émotion. Il a remercié les parents pour le grand privilège accordé à l’association : celui de donner, d’aider et de réjouir leurs enfants.
Les familles ont quitté cette soirée si soigneusement préparée avec des forces renouvelées, la joie au cœur et une espérance immense à l’approche de la nouvelle année.
par hassidout | 26 Août, 2026 – 13 Elul 5786 | MAGAZINE |
‘Haï Elloul, jour anniversaire des luminaires de la ‘Hassidout, le Baal Chem Tov et l’Admour Hazakène, est l’occasion de se pencher sur une question qui habite bien des cœurs. Quel est le grand message du Tanya, et qu’apporte son étude aux centaines de milliers de Juifs de tous horizons ? Le Tanya dresse une échelle qui s’élève jusqu’aux cieux sans jamais fausser la réalité.
Rav Schneor Ashkenazi
Il est des livres que l’on lit, et il en est d’autres qui nous lisent. Le Tanya appartient à cette seconde catégorie. Sa lecture donne à celui qui l’étudie le sentiment étrange et bouleversant que l’on parle de lui, que l’on le connaît tel qu’il est, dans toute sa complexité, sans complaisance mais aussi sans jugement. Et c’est précisément parce qu’il refuse de nous flatter que le livre peut ensuite nous remplir d’une immense espérance : une fois posé le tableau exact de ce que nous sommes, il montre que seul le ciel est notre limite.
Le jour où la ‘Hassidout est entrée dans le monde
Le choix de ‘Haï Elloul pour poser cette question n’a rien de fortuit. C’est en ce jour que naquit le Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, puis, quelques décennies plus tard, l’Admour Hazakène, Rabbi Chnéour Zalman de Liadi, auteur du Tanya. Le mot hébreu ‘haï, dont la valeur numérique est dix-huit, signifie « vivant » : ce n’est pas un hasard si ce jour, qui insuffle la vie et la vitalité au service divin du mois d’Elloul, est aussi celui où descendit dans le monde l’enseignement chargé de rendre cette vie intérieure accessible à chacun. Le Tanya est le livre qui a traduit les sommets de la pensée ‘hassidique en un chemin praticable, ordonné, offert non pas à une élite de justes, mais à l’homme ordinaire.
C’est d’ailleurs pourquoi son auteur l’a intitulé Sefer chel Beinonim, le « Livre des hommes intermédiaires ». Le héros du Tanya n’est pas le tsaddik parfait, débarrassé de tout mauvais penchant, mais le beinoni, l’homme du milieu, celui qui ressent en lui l’affrontement permanent et qui, malgré tout, gouverne ses actes. En plaçant cet homme au centre, le livre affirme d’emblée qu’il ne s’adresse pas à ceux qui n’ont plus de combat à mener, mais précisément à ceux qui luttent.
La terre plus proche que le ciel
La détresse de l’homme qui sert D.ieu tient à ce que la terre lui est plus proche que le firmament. D.ieu se trouve, pour ainsi dire, dans les livres, tandis que ce monde-ci se tient sous ses yeux, palpable, insistant, exigeant. L’homme aspire à mener une vie de l’esprit, mais il lui faut manger, boire et gagner sa subsistance, et il découvre alors que ses grands rêves se sont estompés au fil des obligations quotidiennes.
Cette distance n’est pas une simple faiblesse morale que l’on pourrait corriger par un surcroît de volonté. Elle est inscrite dans la condition même de l’homme placé dans un monde matériel. Le spirituel demeure une abstraction, une idée que l’on connaît sans la sentir, tandis que le concret s’impose de lui-même, sans effort. Voilà le paradoxe : ce qui est le plus vrai nous semble le plus lointain, et ce qui est le plus provisoire nous paraît le plus réel.
Même celui qui vit sous la tente de la Torah reconnaît que le socle risque d’être le « moi ». Telle est la voie que l’homme a choisie selon son tempérament, celle qui le fait progresser et lui confère un statut, une reconnaissance, une place. Mais il est difficile d’atteindre ce point de vérité où le Saint béni soit-Il se tient réellement au centre, où tout n’est accompli que pour l’amour du Ciel et non pour l’image que l’on se renvoie de soi-même. Ce serait, par exemple, consacrer une heure, après une journée entière d’étude, à apprendre avec un autre Juif d’un niveau moindre que le sien, sans en retirer ni prestige ni satisfaction personnelle.
As-tu fait le bien aujourd’hui ?
Face à cette détresse, deux manières de réagir se sont dessinées au fil des générations. La première est positive et rassurante. Elle affirme : nous te rappellerons que tu es bon, laissons de côté les problèmes et réveillons la sainteté naturelle qui sommeille en toi. La seconde emprunte le chemin inverse. Elle proclame : nous te rappellerons à quel point tu es misérable, nous te placerons face à ta part matérielle jusqu’à ce que la honte te saisisse et te pousse à te corriger.
Or aucune de ces deux voies n’apaise véritablement l’inquiétude, et pour une raison profonde : la première te fait des concessions, tandis que la seconde renonce à toi. Dire à un homme qu’il est bon, sans réserve, c’est déformer la réalité, et il le sent bien. Celui à qui il faut sans cesse répéter qu’il est bon devine qu’une part de lui ne l’est pas ; le remède sonne faux, et le mensonge, même bienveillant, ne construit rien de durable. À l’inverse, se concentrer sur le mal, s’appesantir sur ses fautes et sur sa bassesse, ne mène pas à l’élévation mais au découragement, et le découragement, en matière de service divin, est une paralysie. Un homme accablé par le sentiment de sa propre médiocrité n’a plus la force d’agir.
Le génie de l’Admour Hazakène consiste précisément à offrir une échelle sans avoir à aplatir la réalité pour la dresser. Le Tanya ne choisit ni la flatterie ni l’accusation. Il propose une troisième voie, qui repose sur une description exacte de l’homme, et cette description engendre une complexité saine, qui n’est pas un désordre mais la vie elle-même. L’homme, enseigne le Tanya, n’est pas un bloc unique tiraillé entre le bien et le mal : il est composé de deux âmes parallèles, distinctes, dont chacune possède sa logique propre.
Deux âmes, deux logiques
La première est l’âme animale, la néfech habahamit. Elle n’est pas le mal en personne, mais le siège des instincts fondamentaux, ceux qui assurent la survie. Lorsqu’un homme ouvre les yeux au matin, sa première pensée n’est pas tournée vers son Créateur mais vers lui-même : qu’ai-je devant moi aujourd’hui, ai-je la force de me lever ou n’en ai-je pas la force ? Avant même de penser au Saint béni soit-Il, il pense à son corps, à ses besoins, à son confort. Cette âme parle la langue de l’immédiat, et sa voix est la première que l’on entend.
L’auteur présente alors la seconde âme, l’âme divine, la néfech haélokit, qu’il définit par une expression saisissante : « une part de D.ieu d’en haut, véritablement ». Ce ne sont pas là des mots de piété vagues. Une part de nous est littéralement un fragment de divinité, et de cette affirmation découle une conséquence vertigineuse : chaque être humain est le plus grand des miracles qui soient. Malgré tous les reproches que l’homme s’adresse, la vérité est que, vingt-trois heures et cinquante minutes par jour, un Juif mène une vie de valeurs. Le déséquilibre de notre regard sur nous-mêmes est frappant : si l’on demande à un Juif en quoi il a fauté aujourd’hui, il saura répondre sans hésiter ; mais si on lui demande quel bien il a accompli, il se troublera, non parce qu’il n’a rien fait de bon, mais parce que le bien est devenu si naturel qu’il ne le remarque même plus. C’est exactement ce qu’il a fait toute la journée.
Le bien triomphe
Ces deux âmes ne combattent pas à armes égales, et le Tanya nous apprend à connaître leurs forces respectives. L’âme animale excelle dans les courses de vitesse, dans les décisions à court terme. Puissante et impulsive, elle sait emporter les petites batailles, celles du moment, de l’envie soudaine, de la fatigue passagère. Mais l’âme divine, elle, brille dans les marathons, dans les décisions grandes et essentielles, celles qui engagent une vie. Là, sur la durée, nulle confusion n’est possible, et nous finissons par choisir juste. C’est pourquoi un homme peut succomber à mille petites faiblesses et cependant demeurer, dans les choix qui comptent vraiment, fidèle à ce qu’il est au plus profond.
Après avoir bâti le sol sur lequel nous nous tenons, l’auteur y dresse enfin l’échelle qui s’élève vers la demeure de D.ieu. Le Tanya exprime une foi immense dans la capacité de l’âme divine à triompher, non par la contrainte ni par la culpabilité, mais par un travail patient qui s’attache au bien et non au mal. On ne chasse pas l’obscurité en la combattant : on l’écarte en apportant de la lumière.
L’âme divine jouit d’ailleurs d’un avantage décisif : la vérité est de son côté. Elle reflète la justice et ce qui est droit, si bien que sa force surpasse par nature celle de sa rivale. L’âme animale, en fin de compte, repose sur le vide. Elle ne promet rien d’autre qu’une vie de confort, une succession de satisfactions qui s’épuisent aussitôt obtenues. Elle relève de ce que l’on pourrait appeler le cerveau rapide, celui qui réclame une gratification immédiate ; mais cette voie, aussi séduisante soit-elle sur l’instant, ne produit jamais de bonheur durable. À l’opposé, l’âme divine rappelle sans cesse ce qui est vrai, et lorsque le vrai est mis en lumière, le bien l’emporte de lui-même.
Un mode d’emploi pour l’âme
Reste à savoir comment donner à l’âme divine les moyens de sa victoire, et c’est ici que le Tanya se révèle éminemment pratique. Il ne se contente pas de décrire, il indique la marche à suivre. Cette âme, enseigne-t-il, siège dans l’intellect. La raison est la clé qui permet à l’homme de se tenir face au Saint béni soit-Il chaque matin, car c’est par la pensée que l’on prend prise sur les émotions et sur les actes.
L’outil concret de ce travail porte un nom dans la tradition ‘hassidique : la hitbonénout, la méditation contemplative. Lorsqu’un homme ouvre sa journée en s’immergeant dans les ouvrages de la ‘Hassidout, en s’arrêtant longuement sur la présence du Créateur, sur les mondes qu’Il a formés et sur l’ordre d’enchaînement (Séder HaHichtalchout) qu’Il a établi depuis les cieux les plus élevés jusqu’à notre terre ; lorsqu’il occupe réellement son esprit de ces méditations divines, quelque chose bascule. Le temps de cette étude, il se trouve là-haut et non ici-bas. Sa conscience change de lieu.
Telle est, en définitive, la grande nouvelle du Tanya. La distance entre la terre et le ciel, qui semblait une fatalité de la condition humaine, n’est pas infranchissable. Par le travail de l’intellect nourri chaque matin, la dimension spirituelle cesse d’être une abstraction lointaine pour devenir plus tangible que le terrestre. L’homme n’a plus besoin de fuir le monde pour trouver D.ieu, ni de se mentir sur ce qu’il est pour s’élever. Il monte l’échelle sans quitter le sol, et alors, comme dans la vision de Yaakov, les cieux descendent vers la terre.
par hassidout | 25 Août, 2026 – 12 Elul 5786 | MAGAZINE |
Pendant plus de trois décennies, sous la terreur communiste, Reb Berke Chein incarna le don de soi (Mesirout Nefech) d’un ‘Hassid qui refusa d’abandonner la Torah, fût-ce au prix de sa liberté. Fugitif traqué par le KGB, Melamed clandestin, homme de prière dont l’avoda brûlait comme un brasier, il fut l’une des grandes figures spirituelles de sa génération. Son itinéraire, de Nevel à Kfar Habad, raconte l’histoire d’une foi (émouna) que rien, ni la peur ni l’exil, ne parvint jamais à briser.
Un héritier des grands ‘Hassidim
Reb ‘Haïm Dov Ber Chein, que tous appelaient affectueusement Berke, naquit à Nevel en 5668 (1908), au sein d’une famille profondément enracinée dans le ‘Hassidisme Habad. Il était le fils de Reb Perets Chein et de son épouse ‘Hana Frieda Devora. Le prénom ‘Haïm ne lui fut ajouté que bien plus tard, au cours d’une grave maladie, selon la coutume qui voit dans cet ajout une Segoula, une faveur propice à la guérison. Il reçut son éducation ‘hassidique de son père et de son grand-père, Reb Meïr Sim’ha Chein, l’une des grandes figures ‘hassidiques de son temps et un notable fortuné.
Enfant encore, il fut mené par son grand-père auprès du Rabbi précédent, Rabbi Rayats. Lorsque Reb Meïr Sim’ha entra en Ye’hidout, le jeune Berke l’accompagna. Tandis que le Rabbi s’entretenait avec l’aïeul, l’enfant, submergé par l’émotion, se dissimula derrière son grand-père. Le Rabbi tourna alors la tête vers lui et lui adressa ces mots en yiddish : « Dou zolst lernen, veïl dou darfst lernen » (tu dois étudier, parce que tu as besoin d’étudier). Ces paroles, reçues dans la crainte, allaient orienter toute une vie.
Formé dans les Yechivot clandestines
Dans sa jeunesse, Reb Berke étudia dans les antennes clandestines de la Yechiva Tom’hei Temimim. Non content d’y consacrer sa propre jeunesse, il veilla à ce que ses frères, Reb Avraham Aharon, Reb David Leib et Reb Feïvich, y étudient également, et cela à l’insu de leurs parents, de crainte que ceux-ci ne fussent inquiétés par les autorités. Entre 5685 et 5691 (1925-1931), il fréquenta la Yechiva Tom’hei Temimim de Nevel.
La persécution ne tarda pas à frapper la famille. Chassés de Nevel, leurs biens confisqués, les Chein trouvèrent refuge à Krementchoug, où vivaient de nombreux ‘Hassidim. Quelques années plus tard, ils s’installèrent à Moscou, où le père de Berke gagna péniblement sa vie en confectionnant chez lui des pâtisseries, précisément afin de n’avoir jamais à profaner le Chabbat. C’est ainsi qu’il parvint, dans la gêne, à nourrir ses sept enfants.
Le mariage et les années près de Leningrad
En 5693 (1933), Reb Berke épousa Faiga, fille du ‘Hassid Reb Chnéour Zalman Kalmenson, de Vitebsk. Le couple s’établit d’abord à Vitebsk, où naquit leur fils aîné, Reb Meïr Sim’ha. Quelques années plus tard, ils vinrent habiter auprès du beau-père, à Detskoïe Selo (Pouchkine), dans la banlieue de Leningrad, où subsistait une petite communauté Habad. Attiré par le commerce, Reb Berke consacrait alors l’essentiel de ses journées aux affaires.
C’est durant cette période qu’il contracta une maladie grave. Son épouse Faiga le soigna avec un dévouement sans faille tout au long de son mal ; lorsque son état empira au point que les médecins renoncèrent à le sauver, ses proches et ses amis prièrent pour son rétablissement et lui ajoutèrent le prénom ‘Haïm, en guise de Segoula. Il finit par se relever, même si les séquelles de la maladie ne le quittèrent jamais jusqu’à son dernier jour. Sur ordre des médecins, il partit se refaire une santé dans les forêts de pins, dont l’air pur devait soulager ses poumons, et séjourna quelque temps à Yalta, en Crimée.
La fuite devant la guerre
En 5701 (1941), lorsque la Seconde Guerre mondiale s’abattit sur la région, Reb Berke fuit Pouchkine avec sa famille, celle de son beau-père Reb Zalman Kalmenson et un groupe de ‘Hassidim Habad. Ils montèrent dans un train et s’éloignèrent du front au prix d’un long périple : après trois jours de route, le convoi atteignit la ville de Iaroslavl. De là, le groupe embarqua sur le vapeur « Sofia Perovskaïa », qui remontait la Volga, avant de passer sur une embarcation plus petite s’engageant dans un affluent du fleuve, jusqu’à un haut promontoire dominant les eaux, au sommet duquel se dressait un modeste kolkhoze du nom de Bortiouk. Le trajet entier dura près de trois semaines, et le groupe de ‘Hassidim, Reb Berke et les siens parmi eux, y demeura environ deux ans.
Au début de l’année 5703 (1943), une lettre parvint à l’une des femmes du groupe, Mme Myriam Klein, de la part de son frère Reb Israël ‘Houssidov : il se trouvait à Tachkent, en Ouzbékistan, avec de nombreux ‘Hassidim Habad réfugiés là durant la guerre, et invitait la famille à l’y rejoindre le temps que passât la tourmente. Un groupe se forma pour gagner Tachkent, tandis que d’autres, dont Reb Berke et sa famille, poursuivirent vers la ville voisine de Samarcande. À peine arrivé, Reb Berke fut chargé d’enseigner la Torah aux enfants des ‘Hassidim, dans le cadre d’une antenne de Tom’hei Temimim. La guerre achevée, il reprit la route avec un groupe de ‘Hassidim en direction de Tchernovtsy.
L’arrestation et le bagne
Peu après, Reb Berke apprit que de nombreux ‘Hassidim s’organisaient pour franchir clandestinement la frontière par la ville de Lvov, grâce à de faux passeports polonais, lors de ce que la mémoire ‘hassidique appelle la « sortie de Russie » de 5706 (1946). Il s’y rendit avec sa famille, logea d’abord chez son frère Reb David Leib Chein, arrivé quelques mois plus tôt, puis trouva un autre logement où il attendit les documents et les billets censés lui permettre de quitter l’Union soviétique. Mais au moment même où il tentait de sortir du pays, il fut arrêté par les autorités.
Conduit dans les caves d’interrogatoire, il fut longuement questionné et torturé. Au terme de ces épreuves, une condamnation à mort fut prononcée contre lui, avant d’être commuée en dix-huit ans de travaux forcés, puis réduite à dix ans de détention. Son épouse Faiga parvint à soudoyer l’administration, et après trois années de souffrances, Reb Berke sortit de prison. Certains responsables avaient prêté la main à cette libération ; officiellement, pourtant, il n’avait jamais été libéré : dépourvu de tout papier d’identité, il était désormais considéré comme un prisonnier évadé.
Le photographe de Lvov
Reb Berke continua de vivre à Lvov, où il ne restait presque plus de ‘Hassidim, hormis ses deux frères et quelques rares fidèles. Il y apprit le métier de photographe et fit l’acquisition d’un appareil professionnel. Installant son matériel au centre de la ville, non loin des bureaux de l’administration, il photographiait ceux qui devaient joindre une photographie d’identité à leurs formulaires officiels. Il n’était certes pas le seul à exercer ce métier, mais celui-ci lui permettait de vivre dignement. C’est en ces années que naquit leur fille, prénommée ‘Hana Frieda Devora, du nom de sa mère.
Le combat pour sortir de Russie
Depuis Lvov, Reb Berke correspondait avec le Rabbi par l’intermédiaire de ‘Hassidim établis en Terre sainte. À maintes reprises, il rédigeait un Pidyon Nefech, ce billet de requête que l’on adresse au Rabbi, et le glissait à l’intérieur d’un livre du Tanya. ‘Hassid du Rabbi précédent, Rabbi Rayats, il n’avait jamais rencontré en personne le nouveau Rabbi ; il gardait pourtant en lui une foi entière et sereine dans sa direction.
Après la mort de Staline, Reb Berke changea de nom, puis reçut du Rabbi l’instruction de solliciter un permis de sortie pour toute la famille. L’un de ses fils, qui étudiait à la Yechiva centrale Tom’hei Temimim, au 770, demanda au Rabbi si sa mère devait déposer seule la demande de départ. Le Rabbi répondit que le père devait présenter la requête pour la famille entière, et que D.ieu les assisterait ; il ajouta ces mots en yiddish : « Zeï vélen zi’h nit khapn » (ils ne devineront pas de qui il s’agit). Se conformant à cette parole, Reb Berke remplit le formulaire de demande dans ses moindres détails.
Un an et demi plus tard, en 5721 (1961), la réponse des autorités arriva : sa requête était acceptée, et il lui fallait venir retirer le passeport muni de l’autorisation de sortie. Reb Berke se présenta au ministère de l’Intérieur, où le fonctionnaire lui remit effectivement le précieux document. Il prit alors la route de Moscou avec les siens, puis s’envola avec son épouse et sa fille vers Vienne, et de là vers la Terre sainte.
Le Melamed de Kfar Habad
À Kfar Habad, où il s’établit aussitôt, Reb Berke reprit le métier qui avait toujours été le sien et devint Melamed Dardaké, instituteur des tout-petits. Il chérissait ses élèves, et cet amour lui était rendu. Pour lui, enseigner n’était pas transmettre des mots, mais façonner des âmes.
Un détail résume à lui seul son dévouement. Lorsqu’il voulait apprendre aux enfants la manière juste de s’incliner durant la Amida, il ne se contentait pas de l’expliquer : il montait sur une chaise, puis sur une table, et de là leur montrait, de tout son corps, comment accomplir correctement ce geste. Rien, dans le service de D.ieu, ne lui semblait trop exigeant pour être enseigné dans sa perfection.
Une prière semblable à un brasier
Ceux qui l’ont vu prier n’ont jamais oublié le spectacle. Sa prière était semblable à une flamme, un feu qui embrasait tout son être. Son emploi du temps quotidien témoignait d’un ordre spirituel d’une rigueur absolue.
Le matin, après s’être immergé au Mikvé, il récitait mot après mot l’intégralité des Tehilim, prenait une légère collation, puis étudiait la ‘Hassidout jusqu’à dix heures. La prière du matin, à elle seule, lui prenait deux heures, jusqu’à midi. Il revêtait ensuite une seconde paire de Téfilines, selon l’avis de Rabbénou Tam. Pour lui, poser les Téfilines relevait déjà d’une véritable entreprise, tant il tenait à ce que l’accomplissement de la Mitsva atteignît le plus haut degré possible ; s’il remarquait chez autrui des Téfilines de meilleure facture que les siens, il n’hésitait pas à les emprunter afin de ne rien céder à la perfection du commandement.
Dans la lumière du Rabbi
Quelques mois seulement après son arrivée en Terre sainte, à l’approche du mois de Tichri 5722 (1961), Reb Berke put voyager pour la première fois auprès du Rabbi et fut reçu en Ye’hidout. Deux ans plus tard, il refit le voyage, et dès lors il veilla à se rendre auprès du Rabbi au moins une fois l’an, parfois deux. Le Rabbi le rapprocha de manière singulière : à Roch Hachana, lors des sonneries du Choffar, il demanda que Reb Berke se tînt sur l’estrade de lecture, la Bima, tout près de lui.
La confiance du Rabbi se traduisit aussi par une responsabilité concrète. Au mois d’Elloul 5728 (1968), après la disparition de Reb Avraham Pariz, qui était chargé de collecter les fonds du Maamad, de la Koupat Rabbénou et du Keren HaChana, le Rabbi annonça aux habitants de Kfar Habad qu’il confiait désormais ces caisses à Reb Berke. Dans les premières années qui suivirent son arrivée, celui-ci parcourait par ailleurs, au moins une fois par semaine, les kibboutzim et les mochavim du pays, afin de diffuser les sources de la ‘Hassidout dans tous les milieux, dans l’esprit du mot d’ordre Oufaratsta, « tu te répandras ».
Disparition et transmission
Durant la dernière demi-année de sa vie, Reb Berke fut malade et endura de vives douleurs. Le Chabbat qui précéda Chavouot 5750 (1990), il fut transporté d’urgence à l’hôpital, où les médecins annoncèrent que la fin était proche. Le matin de son décès, il eut encore la force de mettre les Téfilines. Quelques heures plus tard, ses douleurs redoublèrent, ses yeux se fermèrent et il sombra dans une conscience partielle ; ses lèvres, pourtant, ne cessaient de murmurer des versets de Tehilim et du Tanya. Au cours de l’après-midi, les médecins résolurent, après bien des hésitations, de tenter une opération qui pourrait le sauver, mais au cœur même des préparatifs, le 4 Sivan 5750 (1990), il rendit son âme au Créateur, âgé de quatre-vingt-deux ans.
Dans la nuit de la veille de Chavouot, des funérailles rassemblant une foule nombreuse s’ébranlèrent depuis Kfar Habad, et Reb Berke fut inhumé dans la section Habad du mont des Oliviers, à Jérusalem. Son épouse Faiga, qui l’avait secondé avec un dévouement sans borne durant près de soixante années, lui survécut de longues années et s’éteignit le 12 ‘Hechvan 5764 (2003). Aujourd’hui encore, dans les cercles ‘hassidiques, on se transmet les récits du don de soi et de l’amour du prochain (Ahavat Israël) de Berke Chein : celui d’un homme dont la prière brûlait comme un brasier et dont la foi, plus forte que la peur et que le bagne, traversa les ténèbres soviétiques sans jamais vaciller.
par hassidout | 25 Août, 2026 – 12 Elul 5786 | ANNONCE |
Les femmes et filles de Habad francophones de Jérusalem convient la communauté à une grande soirée Haï Elloul, dimanche 30 août 2026, au salon Yad Sarah. La date du 18 Elloul commémore la naissance de deux géants du ‘hassidisme, le Baal Chem Tov et l’Admour Hazaken, séparés par près d’un demi-siècle mais réunis par un même jour. Entre étude, tirage d’un voyage au Ohel, vente aux enchères d’une pièce du Rabbi, musique et repas traiteur, l’événement promet un moment de lumière à l’approche de Roch Hachana.
C’est un rendez-vous devenu incontournable du calendrier communautaire que proposent, cette année encore, les Nechei Oubnot Habad francophones de Jérusalem. Le dimanche 30 août 2026, à 20h00, le salon Yad Sarah, Shderot Herzl 124 à Jerusalem, accueillera une grande soirée dédiée à Haï Elloul, ce jour singulier où la ‘Hassidout puise une part essentielle de sa vitalité. Pensée pour le public féminin francophone de la ville et de ses environs, la rencontre entend allier profondeur spirituelle, chaleur communautaire et convivialité, dans l’atmosphère particulière du mois d’Elloul.
Le choix de la date n’a rien d’anodin. À quelques jours de Roch Hachana, alors que l’âme juive entre dans les préparatifs de la nouvelle année, Haï Elloul vient insuffler une énergie renouvelée à ce temps d’introspection et de retour vers D.ieu.
Deux luminaires nés le même jour
Le 18 Elloul — que l’on désigne par l’expression « Haï Elloul », les lettres hébraïques du nombre 18 formant le mot ‘haï, « vivant » — occupe une place à part dans le calendrier ‘hassidique. C’est en ce jour, en 1698, que naquit Rabbi Israël Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique. Trente-six ans plus tard, un 18 Elloul également, il commença à révéler et à diffuser publiquement ses enseignements, lui qui avait longtemps dissimulé sa grandeur sous les traits d’un simple aubergiste, connu seulement d’un cercle restreint de mystiques.
Ce même jour, en 1745, vit naître Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’Admour Hazaken, fondateur de la ‘Hassidout Habad. Se considérant volontiers comme le « petit-fils spirituel » du Baal Chem Tov, il donna au mouvement une orientation propre, fondée sur l’étude approfondie et la contemplation comme voie d’accès à une vie intérieure vivifiée, de la pensée la plus élevée jusqu’à l’acte le plus concret. La tradition les nomme ainsi « les deux grands luminaires » : deux figures qui, à un demi-siècle de distance, éclairèrent le judaïsme d’une lumière nouvelle. Célébrer Haï Elloul, c’est donc renouer avec cette source de vie qui donne son sens à chacun des jours qui mènent à Roch Hachana.
Un programme dense, entre ‘hassidout et convivialité
La soirée réunira plusieurs intervenants attendus de la communauté francophone. Le Rav Yossef Bitton et le Rav Avi Assouline y prendront la parole, tandis que Sarah Taïéb proposera une intervention alliant accompagnement personnel et enseignements de la ‘Hassidout. Des nigounim et une animation musicale viendront ponctuer la rencontre, dans l’esprit joyeux qui caractérise les farbrenguen ‘hassidiques.
Plusieurs temps forts rythmeront la soirée. Un goral — un tirage au sort — mettra en jeu un voyage auprès du Rabbi, au Ohel ; une pièce ayant appartenu au Rabbi sera par ailleurs proposée lors d’une vente aux enchères. Une projection surprise, un repas traiteur ainsi que de nombreux cadeaux compléteront ce programme, conçu pour que chacune reparte le cœur et l’esprit nourris.
Informations pratiques
La soirée se tiendra le dimanche 30 août 2026 à partir de 20h00, au salon Yad Sarah, Shderot Herzl 124 à Jerusalem.
La participation aux frais est fixée à 60 nis pour les personnes inscrites et ayant réglé à l’avance, et à 80 nis sans inscription préalable.
Les renseignements et les inscriptions se font au 055-8404-0994.
Puisse le mérite de ces deux luminaires, nés un même ‘Haï Elloul, illuminer l’année qui s’ouvre et hâter la venue de Machia’h.


par hassidout | 25 Août, 2026 – 12 Elul 5786 | MAGAZINE |
Durant les quarante années où il servit le Rabbi en qualité de secrétaire, le Rav Groner fut le témoin direct d’innombrables instants où la parole du Rabbi tranchait là où la médecine hésitait. Parmi eux, cette scène saisissante où un ophtalmologue réputé de Manhattan vint plaider en personne, dans le bureau du Rabbi, la cause d’une patiente menacée de perdre la vue. Face au praticien qui ne voyait qu’une seule issue, le Rabbi opposa un refus que rien ne parvint à fléchir.
Un témoin des quarante années
Pendant quatre décennies, le Rav Groner se tint aux côtés du Rabbi, au cœur du secrétariat d’où rayonnait, vers les communautés du monde entier, une correspondance et une direction spirituelle sans équivalent. De cette place privilégiée, il recueillit une multitude de scènes vécues, dont beaucoup touchaient à la santé de ceux qui sollicitaient une bénédiction ou un conseil. Sur la question des lentilles de contact, la position du Rabbi était connue et constante : à plusieurs femmes et jeunes filles qui l’interrogeaient, il répondait que cela n’en valait pas la peine, qu’il était préférable de s’en abstenir, et que son opinion en la matière ne faisait aucun mystère. Le récit que rapportait le Rav Groner illustre jusqu’où allait cette fermeté, y compris lorsqu’un homme de l’art venait la contester avec toute son autorité scientifique.
La visite d’un ophtalmologue de renom
Une femme souffrait d’un trouble de la vue particulièrement grave. Elle consulta à Manhattan un spécialiste de premier plan, un médecin dont le Rabbi lui-même appréciait la compétence au point de recourir à ses services. Après examen, le praticien se voulut catégorique. Il connaissait, dit-il, les réticences du Rabbi à l’égard des lentilles de contact, mais dans le cas précis de cette patiente, sauver la vue passait selon lui par ce seul moyen. Il invita donc la femme à écrire au Rabbi pour lui rapporter fidèlement son verdict, en précisant qu’il avait soumis les résultats à ses confrères et que tous, sans exception, étaient parvenus à la même conclusion. Entre-temps, la réponse du Rabbi à cette femme était déjà parvenue, sans ambiguïté : en aucun cas il n’approuverait le recours aux lentilles.
Lorsque ce médecin fut reçu par le Rabbi, il demanda l’autorisation d’exposer la situation particulière de sa patiente et les raisons pour lesquelles il sollicitait une exception. Le Rav Groner se trouvait présent et écoutait. Le praticien présenta le cas dans le détail, puis répéta, une fois son exposé achevé, qu’il n’existait à ses yeux nul autre moyen de préserver la vue de cette femme.
Les mots exacts du Rabbi
La réponse du Rabbi, prononcée en anglais, resta gravée dans la mémoire du Rav Groner, qui la rapportait telle quelle. « Docteur, vous ne m’avez pas convaincu. Je ne l’accepterai pas, c’est un danger, et si elle me le demande de nouveau, je lui répondrai encore non. Je n’accepterai les lentilles de contact sous aucune condition, car elles pourraient faire plus de mal que de bien. » Nul argument médical, si étayé fût-il, ne fit céder cette conviction. Là où le spécialiste ne discernait qu’une issue technique, le Rabbi percevait un péril qu’aucune expertise ne pouvait à ses yeux dissiper.
Une lettre retrouvée à Manchester
Bien plus tard, le Rav Groner se trouvait à Manchester, en Angleterre, où il s’adressait aux élèves d’un séminaire de jeunes filles. L’une d’elles souleva une question qui revenait souvent : existait-il une différence, au regard de la position du Rabbi, entre les lentilles rigides et les lentilles souples ? La directrice de l’établissement demanda alors un instant. Elle fouilla dans son tiroir et en tira une lettre qu’elle avait précisément reçue du Rabbi sur ce sujet. La réponse y figurait, nette et sans détour : quant à la distinction entre lentilles rigides et lentilles souples, il n’y en avait aucune, les unes comme les autres étant dangereuses ; aussi le Rabbi ne se contentait-il pas d’écarter les rigides, il écartait pareillement les souples. La directrice montra la lettre aux jeunes filles, comme pour clore le débat par l’écriture même du Rabbi : aucune différence.
Une conviction que le temps vint confirmer
Ce refus obstiné ne relevait pas d’une simple prévention. À une autre occasion, le Rabbi montra à ce même secrétaire un article paru dans un journal israélien, qui relatait deux cas où l’usage de lentilles de contact avait entraîné de sérieuses complications médicales. Après que le Rav Groner en eut achevé la lecture, le Rabbi lui fit observer que ces exemples confirmaient le bien-fondé de ses réserves. Quant à la femme dont le médecin avait annoncé qu’elle perdrait la vue sans les lentilles, l’histoire connut son épilogue : ayant appris que le Rabbi désapprouvait ce recours, elle y renonça, et sa vue s’améliora sans qu’elle en eût jamais fait usage.
Au fil de ces épisodes, c’est une même leçon qui se dégage du témoignage du Rav Groner. Là où l’évidence médicale semblait ne laisser aucune alternative, la direction du Rabbi ouvrait un chemin que la raison seule n’apercevait pas, et le temps, souvent, vint lui donner raison.