Une catastrophe naturelle d’une ampleur inouïe a frappé le Népal, laissant des milliers de familles à la recherche de leurs proches, disparus ou injoignables. Les bilans provisoires font déjà état de centaines de morts, et le nombre ne cesse d’augmenter. À Katmandou, les Chlou’him du Rabbi, le Rav ‘Hezki et la Rabbanit ‘Hani Lifschitz, mènent une course contre la montre pour localiser les juifs dont on a perdu la trace et ramener les défunts juifs à une sépulture selon la loi juive.

 

 

Le mercredi 26 août 2026 au matin, une série de crues soudaines a dévasté le poste-frontière de Gyirong, sur la frontière sino-népalaise, avant de déferler sur des dizaines de localités le long d’un tronçon de 72 kilomètres de la rivière Trishuli. Selon les scientifiques, le désastre a été déclenché par l’effondrement d’un glacier situé à une soixantaine de kilomètres au nord de Katmandou : un pan de glace de 600 mètres de large s’est détaché de la montagne et a chuté de plus de 1 200 mètres, libérant un torrent d’eau, de glace et de débris. Par endroits, le niveau de la Trishuli est monté de 9 mètres en 30 minutes à peine, emportant maisons, ponts et véhicules.

Le bilan, encore provisoire, ne cesse de s’alourdir : les autorités népalaises font état de plus de 900 morts et de plus de 4 000 disparus, auxquels s’ajoutent des victimes du côté tibétain de la frontière. La Croix-Rouge estime qu’environ 90 000 personnes ont été touchées. Les hôpitaux et les morgues des régions sinistrées étant saturés, et faute de chambres froides en nombre suffisant, de nombreux corps non identifiés ont dû être inhumés provisoirement, en attendant de pouvoir leur rendre un nom.

Une centrale d’information née dans l’urgence

Depuis les premières heures du drame, le Beth Habad de Katmandou s’est transformé en véritable centrale d’information. Dans un message bouleversant publié sur les réseaux sociaux, la Rabbanit ‘Hani Lifschitz a livré son épuisement et son inquiétude.

« Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. ‘Hezki était au téléphone avec le monde entier, et moi, une seule pensée ne me quittait pas : combien il est important d’amener chaque juif à une sépulture juive. Dans la situation qui règne ici, même cette chose élémentaire et sacrée n’a plus rien d’évident. »

Des corps que l’on peine à identifier

« Les corps que l’on parvient à dégager après plusieurs jours passés sous la boue sont dans l’état le plus terrible qui soit, un état qui rend l’identification extrêmement difficile, poursuit-elle. Hier, une centaine de corps non identifiés ont été enterrés, et aujourd’hui on s’attend à l’inhumation collective de cent cinquante autres, dont personne ne sait qui ils sont. »

Les difficultés qu’elle décrit recoupent celles que rapportent les équipes de secours sur le terrain : le manque de chambres froides et la décomposition des corps compliquent chaque jour davantage le travail d’identification. Une équipe indienne de spécialistes de l’analyse ADN a d’ailleurs été dépêchée à Katmandou pour aider la police népalaise à mettre un nom sur les victimes.

Un disparu israélien et des familles juives dans l’attente

« Il y a des milliers de disparus dans cette catastrophe, souligne la Rabbanit Lifschitz, et parmi tous ces chiffres se trouve aussi un disparu israélien, ainsi que, bien sûr, des disparus juifs dont nous sommes en contact avec les familles. Des familles qui attendent un appel. Une information. Quelque chose à quoi se raccrocher. »

La ligne ténue entre un nom et un chiffre

« Ces derniers jours, j’ai compris à nouveau à quel point est mince la frontière entre un être humain qui a un nom, une maison et une famille, et un simple numéro au milieu d’une catastrophe. Il y a tant d’impuissance dans cette situation. Et soudain, les mots que nous répétons chaque année pendant les Jours redoutables résonnent autrement : qui par l’eau et qui par le feu. Ces mots ont toujours été de grands mots. Lointains. Presque abstraits. Jusqu’à ce que l’eau devienne un fleuve qui emporte des vies entières. Jusqu’à ce qu’il y ait des gens sous la boue. Jusqu’à ce que quelqu’un, à l’autre bout du monde, attende de savoir si l’être qu’il aime reviendra encore. »

Ces mots sont ceux de la prière Ounetane Tokef, récitée à Roch Hachana et à Yom Kippour, à quelques semaines seulement de Roch Hachana 5787 (2026).

Un couple d’émissaires au chevet du Népal depuis des années

Le Rav ‘Hezki et la Rabbanit ‘Hani Lifschitz dirigent le Beth Habad de Katmandou, un lieu connu dans le monde entier pour accueillir le plus grand Séder de Pessa’h de la planète et pour veiller, année après année, sur les milliers de jeunes Israéliens qui viennent parcourir les sentiers de l’Himalaya. Ce n’est pas la première fois que ce couple se retrouve en première ligne d’une tragédie. En 5775 (2015), lorsqu’un séisme de magnitude 7,8 avait fait plus de 5 000 morts dans le pays, les Chlou’him du Rabbi avaient mené des opérations de sauvetage, héliporté des routards isolés, préparé des repas pour les rescapés népalais et recherché, parmi les victimes, les défunts juifs afin de leur assurer une sépulture selon la loi d’Israël. Aujourd’hui, face aux flots, le même engagement se répète.

Continuer à chercher, continuer à prier

Depuis le Népal, le Beth Habad poursuit sa mission sans relâche. « Nous continuons à nous renseigner. Nous continuons à parler avec les familles et les communautés. Nous continuons à faire tout ce qui est possible pour que chaque personne ait un nom, et que chaque famille obtienne une réponse. Et nous continuons à prier. Pour les vivants. Pour les disparus. Pour les familles qui attendent, juives et non juives. Nous prions pour que, même du fond de toutes ces ténèbres, de bonnes nouvelles finissent encore par arriver. »