Le rôle joué par le Rabbi de Loubavitch sur les élections historiques à la Knesset en 1988 et sa demanda de se mobiliser pour « Agoudat Israël »

Le rôle joué par le Rabbi de Loubavitch sur les élections historiques à la Knesset en 1988 et sa demanda de se mobiliser pour « Agoudat Israël »

Ce document apporte un éclairage intéressant sur un épisode de tensions internes au monde hassidique et orthodoxe en Israël à la fin des années 80, et sur le rôle joué par le Rabbi de Loubavitch et certains Admorim pour défendre la place du hassidisme Habad face aux attaques dont il faisait l’objet dans ce contexte électoral tendu. Les détails fournis montrent la complexité des relations et des jeux d’alliance entre les différents courants et partis religieux à l’époque.

 

Le Degel HaTorah fut fondé en 1988 par une scission de l’Agoudat Israel. due à des divergences politiques avec les rabbins hassidiques au sein de l’Agoudat Israel. Lors des élections législatives de 1988, le parti remporta deux sièges à la Knesset, occupés par Moshe Gafni et Avraham Ravitz, et rejoint le gouvernement de coalition d’Yitzhak Shamir. Lors des élections de 1992, le parti s’allia avec l’Agoudat Israel sous le nom de Judaïsme unifié de la Torah.
Bien que les deux partis se soient séparés peu avant les élections législatives de 1996, ils se réunirent à nouveau pour le scrutin. Cette alliance est constamment renouvelée depuis.
Le parti a actuellement trois représentants à la Knesset (sur les sept de l’alliance), Moshe Gafni, Uri Maklev et Ya’akov Asher. 

Dans le nouveau livre « Le Rav Ashkenazi » Tome 2, est relatée l’histoire de la création du parti politique « Degel HaTorah » et les développements qui s’ensuivirent autour de Habad. Le message transmis par le secrétariat du Rabbi pour signaler l’opposition de Vizhnitz, et la reconstitution des événements des années plus tard par le Rabbi de Gour.

Le 21 Marcheshvan 5749 (1988) eurent lieu les élections historiques à la Knesset, lors desquelles le Rabbi ordonna de se mobiliser pour le succès d’Agoudat Israël, suite à une scission qui s’était créée entre elle et les détracteurs des enseignements hassidiques. Cette instruction spéciale arriva après qu’une requête fut transmise au Rabbi de la part des grands Admourim en Israël, lui demandant d’accorder son soutien sacré à la liste.

Le Rav Ashkenazi était à la tête de ceux qui œuvraient pour Guimel (Agoudat Israel). Un mois après les élections, lors d’un rassemblement de 19 Kislev à Kfar Habad, il s’exclama :
« Si il y a 190 ans, on pouvait comprendre les craintes de certaines personnes naïves face à la nouvelle voie hassidique inconnue, aujourd’hui, après que les enseignements hassidiques ont fait leurs preuves, et que le dévouement de nos Rebbeim et de leurs Hassidim a maintenu la braise et la flamme du peuple juif dans le monde entier, comment est-il possible que certains veuillent renouveler la discorde et la haine profonde qui régnaient à l’époque du Alter Rebbe ?! »

Le Rav Ashkenazi faisait référence à la terrible polémique qui éclata à cette période, initiée par quelqu’un connu pour sa vieille haine envers le hassidisme Habad. Celui-ci décida soudainement, au mois de Tishri 5749, de briser les liens et de passer d’une opposition sévère à Habad à une guerre sans merci, incluant une exigence absolue de la part de toutes les cours hassidiques de boycotter Habad !

En fait, dès l’hiver 5748, cet homme avait formulé cette revendication, tout en créant divers organismes destinés à combattre Habad, dans le cadre de sa vieille lutte contre eux. Le Rabbi commenta ce dernier point lors d’un rassemblement du Chabbat Vayeshev, 21 Kislev 5748 :

« On prétend être un leader, mais en réalité on s’occupe et on est absorbé par la propagation de la haine entre Juifs. On crée et construit dans un seul but : répandre la haine. On construit des choses et établit de nouveaux sujets dans le seul but d’accroître les dissensions… Tout le monde sait (et ils n’en ont pas honte) que l’unique but de la création de cette nouvelle chose est d’augmenter les disputes ! Et c’est d’autant plus grave quand la haine est dirigée contre des Juifs qu’on ne connaît pas et qu’on n’a jamais vus, visant tout un groupe de Juifs. »

Cependant, suite à une série de discussions qui se tinrent au mois de Chevat 5748 entre les représentants hassidiques et lituaniens au sein d’Agoudat Israël, il semblait que cet homme ait renoncé à sa demande de boycotter Habad – une exigence qu’il avait posée comme condition à la participation d’Agoudat Israel dans son intégralité aux prochaines élections à la Knesset.

Cette unité avait déjà été rompue par lui lors des élections précédentes en 5744 (1984), où il avait soutenu le parti Shass. Mais il était encore resté au sein d’Agoudat Israel, et le conflit de 5744 n’avait pas éclaté suite à une demande de sa part de boycotter Habad.

À la surprise générale, la veille de Yom Kippour 5749, une heure avant l’entrée de la fête, un accord fut signé entre la faction centrale d’Agoudat Israël, à savoir les Hassidim de Gour, et les représentants lituaniens, concernant une liste commune aux élections. Il fut convenu entre eux qu’à la sortie de Yom Kippour, une annexe de compromis serait signée, stipulant :
1. Le journal hassidique Hamodia renoncerait à mentionner Habad, y compris dans les publicités payantes, tandis que le journal lituanien Yated Neeman cesserait d’attaquer Habad.
2. Les rabbins et représentants hassidiques d’Agoudat ne participeraient pas aux événements Habad, tandis que leurs homologues lituaniens n’attaqueraient plus Habad, même verbalement.

Le plan était que même la « Faction Unifiée » au sein d’Agoudat, c’est-à-dire les Hassidim de Vizhnitz, rejoigne l’accord et son annexe.

Du côté de la faction centrale, seuls quelques responsables étaient au courant de l’annexe, qui devait rester secrète jusqu’à la sortie de Kippour. Mais dans l’après-midi de la fête, son existence fut révélée, et les esprits s’échauffèrent au sein de l’Agoudat hassidique. Rabbi Yaakov Alter (l’actuel Rabbi de Gour) et le défunt Rabbi de Vizhnitz annoncèrent après la fête à leurs représentants politiques leur opposition totale à l’annexe, en raison du boycott de Habad.

De l’autre côté de la barricade, des responsables lituaniens de haut rang radicalisèrent leur position, exigeant que leurs rabbins soient autorisés à attaquer Habad au moins verbalement… Les représentants de la faction centrale transmirent cela à Rabbi Pinchas Menachem Alter (qui fut plus tard connu comme du Rabbi de Gour), et il rejeta bien sûr totalement cette idée.

Les responsables de la faction centrale informèrent leurs homologues lituaniens des développements, et l’homme connu pour ses luttes menaça de créer une nouvelle liste. Cela faisait écho aux menaces des Lituaniens les jours précédents, lorsque Hamodia (journal Gour) publiait des annonces sur Habad pendant les négociations des représentants hassidiques avec les Lituaniens, ce qui mit ces derniers hors d’eux.

Parallèlement, l’homme en question annonça soudain que malgré sa demande de boycotter Habad, lui de son côté n’était pas du tout d’accord pour mettre fin à ses attaques et à celles de Yated Neeman contre Habad !

Le lendemain de Yom Kippour, le centre d’Agoudat Israël – composé à l’époque de Hassidim et de Lituaniens – se réunit pour discuter de la question. Le président du centre, Rabbi Pinchas Menachem Alter, boycotta la réunion, refusant de prendre part à des discussions sur l’ostracisme de Habad.

Le responsable lituanien Shlomo Lorincz harangua les membres du centre et « condamna » Habad, demandant aux Hassidim au sujet de Loubavitch: « Préférez-vous cette « secte », qui compte « six cents ou maximum sept cents âmes », aux deux mandats que représente le public lituanien ?! »

Le président d’Agoudat Israël, Rav Moshe Zeev Feldman, attaqua Shlomo Lorincz en réponse, déclarant qu’aucune cour hassidique ou groupe juif n’avait diffusé le judaïsme dans le monde entier comme le mouvement Habad, alors comment pouvait-on en parler ainsi ?!

Un des responsables hassidiques qui avaient poussé à signer l’annexe écrivit un mot à Rav Feldman pendant son discours, lui demandant de ne pas défendre Habad, car cela risquait d’irriter l’homme connu. Mais Rav Feldman réagit au mot depuis la tribune, annonçant : « Je parlerai comme je veux ! Je ne laisserai pas qu’on attaque Habad ainsi ! »

En effet, le centre décida de la composition de la liste d’Agoudat Israël, en laissant la troisième place vacante, afin que si les Lituaniens cédaient sur la question de Habad, ils y soient intégrés.

Le lendemain, vendredi, le journal Yated Neeman annonça en Une que sur instruction de l’homme en question, une nouvelle liste lituanienne serait créée. Ce titre, accompagné d’une lettre de soutien à cette liste de la part de cet homme, visait à intimider l’Agoudat hassidique, mais eut l’effet inverse. Car le samedi soir, les représentants lituaniens demandèrent à leurs homologues de la faction centrale de reprendre leurs discussions communes, mais essuyèrent un refus, au vu de la publication susmentionnée.

Les Lituaniens demandèrent au président de PAI (Poalei Agoudat Israël), Avraham Verdiger, de ne pas s’allier avec Agoudat, mais de se présenter sur une liste séparée, en se désolidarisant de Habad, en échange d’un soutien lituanien aux élections. Verdiger refusa et se présenta sur la liste Guimel d’Agoudat Israel. Les Lituaniens tentèrent alors de s’intégrer à la liste Shass, mais celle-ci aussi refusa de les inclure parmi ses candidats.

C’est ainsi que démarra la course électorale de « Degel HaTorah », et avec elle la terrible discorde des opposants contre les Hassidim, qui incluait même des propos infâmes de la part de cet homme contre le Rabbi, et de vives protestations des grands de la Torah.

Rav Ashkenazi souligna dans ce contexte que la lutte de cet homme n’était pas dirigée seulement contre les Hassidim de Habad, mais visait l’ensemble des enseignements hassidiques, et que l’attitude des différentes cours hassidiques face à cette lutte devait en tenir compte.

Ce fait fut illustré de manière effrayante lors de cette campagne électorale, que ce soit dans les actions et déclarations terribles de cet homme et de ses soldats envers les Admourim et leurs Hassidim, ou dans ses graves propos révélés au sujet des grands du hassidisme à travers les générations, à commencer par la lumière des sept jours, le saint Baal Shem Tov !

En effet, le Rabbi écrivit en ces jours au sujet de ceux qui se joignaient à cet homme (voici le contenu de la réponse en substance) : « Quiconque flatte les méchants finit par tomber entre leurs mains, et il lutte contre le peuple juif, contre le Baal Shem Tov, le Alter Rebbe etc., et contre l’Agoudat. »

Parallèlement, il faut noter que les liens entre les différentes cours hassidiques et le Rabbi se renforcèrent beaucoup suite aux élections de 5749. L’actuel Admor de Gour, qui avait eu une audience privée (Yehidout) avec le Rabbi dès 5737 (1977), eut une nouvelle Yehidout le 6 Adar II 5749. Sept ans plus tard, en 5756 (1996), il dit à Rav Ashkenazi : « Je me souviens très bien du Rabbi! ».

Il faut aussi mentionner que l’opposition susmentionnée du Rabbi de Vizhnitz au boycott de Habad fut rappelée par le Rav Ashkenazi un an et demi plus tard, dans une interview au magazine Kfar Habad du 30 Nissan 5750 (1990). Ses propos dans cette interview lui furent dictés par le secrétariat du Rabbi, qui accompagna aussi le journal dans toutes ses démarches dans les semaines qui suivirent la fameuse « manipulation ».

Le Rav Ashkenazi y décrivit l’amitié et l’estime qui régnaient entre les membres du « Conseil » (des Grands de la Torah) et le Rabbi, ainsi que la ligne susmentionnée du président du Conseil, du Rabbi de Vizhnitz, en 5749.

 

 

Etude du Rambam « 3 chapitres en 5 minutes ! » :  19 Adar 5785 – « Les Lois du Repentir » – chapitres 7, 8 et 9

Etude du Rambam « 3 chapitres en 5 minutes ! » : 19 Adar 5785 – « Les Lois du Repentir » – chapitres 7, 8 et 9

Dans un monde en perpétuelle quête de sens, les enseignements millénaires de Maïmonide sur le repentir nous offrent une cartographie précise du cheminement spirituel. De la transformation intérieure à la promesse du monde futur, ces lois nous dévoilent comment l’être humain, malgré ses faiblesses, peut s’élever au-delà de sa condition et renouer avec sa dimension divine. Un parcours initiatique où la conscience de notre finitude devient paradoxalement le tremplin vers l’éternité.

Chapitre Sept – Le processus du repentir

  1. Le libre arbitre et le repentir : Le fondement du repentir réside dans le libre arbitre accordé à chaque être humain. Puisque l’homme est libre de choisir sa voie, il doit activement rechercher le repentir, confesser verbalement ses fautes et s’en détourner définitivement. Ce processus lui permettra de mourir en état de repentance et de mériter sa place dans le monde futur. C’est par ce retour délibéré vers D.ieu que l’homme transforme sa destinée éternelle.
  2. L’urgence du repentir : L’homme doit vivre comme si sa fin était imminente, conscient qu’il peut mourir à tout moment en état de faute. Cette conscience de notre fragilité doit nous inciter à nous repentir sans délai. Il serait imprudent de remettre cette démarche à plus tard en disant : « Je me repentirai quand je serai vieux », car qui sait s’il vivra jusque-là? Comme l’enseigne le roi Salomon : « Qu’en tout temps, tes vêtements soient blancs », nous invitant à maintenir constamment notre pureté spirituelle.
  3. L’étendue du repentir : Le repentir ne se limite pas aux actions répréhensibles comme la débauche ou le vol. Il concerne également les traits de caractère néfastes : colère, haine, jalousie, moquerie, poursuite excessive des richesses et des honneurs, gloutonnerie. Ces dispositions intérieures sont souvent plus difficiles à corriger que les actions concrètes, car elles sont profondément ancrées dans notre personnalité. « Que le pervers abandonne sa voie, et l’impie ses machinations » – cette injonction souligne la nécessité de transformer tant nos actes que nos pensées.
  4. Le statut élevé du repenti : Celui qui s’est repenti ne doit pas se considérer inférieur au juste parfait. Au contraire, il est aimé du Créateur comme s’il n’avait jamais péché. Sa récompense est même plus grande, car ayant connu la tentation et y ayant succombé, il a ensuite réussi à la vaincre. Les Sages enseignent : « Là où se tiennent les repentis, ne se tiennent pas les justes parfaits » – les repentis atteignent un niveau spirituel supérieur précisément parce qu’ils doivent exercer un plus grand contrôle sur leurs inclinations.
  5. Le repentir et la rédemption nationale : Tous les prophètes ont exhorté au repentir, car c’est uniquement par cette voie que le peuple juif connaîtra sa rédemption finale. La Torah promet qu’à la fin de l’exil, les juifs se repentiront et seront immédiatement délivrés : « Quand te seront survenus tous ces événements… tu retourneras à l’Éternel ton D.ieu… l’Éternel mettra un terme à ton exil et aura pitié de toi. » Le repentir collectif est ainsi la clé de la délivrance nationale.
  6. Le rapprochement avec D.ieu : Le repentir possède cette vertu extraordinaire de rapprocher l’homme de la Présence Divine. « Reviens, Israël, jusqu’à l’Éternel, ton D.ieu » – ce verset indique que par le repentir, celui qui était autrefois odieux aux yeux de D.ieu, abhorré et éloigné, devient aimé, chéri et proche. Cette transformation s’opère tant au niveau individuel que communautaire, comme l’illustre l’exemple du roi Coniahou qui, après s’être repenti dans son exil, voit son fils Zroubavel être honoré par D.ieu.
  7. La transformation de la relation avec D.ieu : Avant le repentir, le pécheur est séparé de l’Éternel comme par une barrière : « Vos méfaits ont mis une barrière entre vous et votre D.ieu. » Ses prières restent sans réponse et ses actes religieux sont rejetés. Après le repentir, il est attaché à la Présence Divine : « Et vous qui êtes attachés à l’Éternel votre D.ieu. » Ses prières reçoivent une réponse immédiate : « Avant qu’ils m’appellent, Moi, Je répondrai. » Ses accomplissements des préceptes sont accueillis avec joie et ardemment désirés par D.ieu.
  8. L’humilité du repenti : Les repentis cultivent naturellement une profonde humilité. Face aux rappels de leurs actions passées, ils doivent rester sereins et même s’en réjouir, car leur embarras face à leur passé constitue un mérite qui les élève spirituellement. À l’inverse, rappeler à un repenti ses actions antérieures pour l’humilier constitue une transgression grave : « Ne vous lésez point l’un l’autre. »

Chapitre Huit – Le monde futur

  1. La nature du monde futur : Le bien ultime réservé aux justes est la vie du monde futur – existence sans mort ni mal. La Torah dit : « De la sorte, tu seras heureux et tu verras se prolonger tes jours » – « tu seras heureux » dans le monde entièrement bienheureux, et « tu verras se prolonger tes jours » dans le monde d’existence éternelle. La punition des méchants est d’en être privés, d’être retranchés et de connaître une mort spirituelle définitive – le véritable sens du « retranchement » mentionné dans la Torah.
  2. La nature incorporelle du monde futur : Dans le monde futur, il n’existe ni corps ni matière, mais uniquement les âmes des justes, semblables aux anges du service divin. En l’absence de matérialité, les besoins physiques comme manger, boire, dormir n’ont plus lieu d’être. Les Sages enseignent : « Dans le monde futur, il n’y aura ni manger, ni boire, ni rapports sexuels ; les justes seront assis avec leurs couronnes sur la tête, et profiteront du rayonnement de la Présence Divine. » L’expression « seront assis » est métaphorique, signifiant que les justes s’y trouveront sans peine ni effort.
  3. L’âme dans le monde futur : L’âme dont il est question diffère de celle qui anime le corps en ce monde. Il s’agit de la « forme de l’âme » – la connaissance pure qui permet d’appréhender le Créateur selon les capacités de chacun. Cette existence, n’étant pas soumise à la mort qui n’affecte que le corps, est appelée « lien de la vie » : « L’âme de mon maître restera liée au lien de la vie. » C’est la récompense suprême, l’accomplissement ultime auquel ont aspiré tous les prophètes.
  4. Les différentes appellations du monde futur : Cette réalité spirituelle a reçu de nombreuses appellations métaphoriques : « la montagne de D.ieu », « Son Saint lieu », « la route sacrée », « les parvis de D.ieu », « l’agrément de D.ieu », « la tente de D.ieu », « le palais de D.ieu », « la maison de D.ieu ». Les Sages y font souvent référence à travers la métaphore du « repas », et l’appellent généralement « le monde futur ». Cette diversité d’appellations reflète les multiples facettes de cette expérience spirituelle transcendante.
  5. La punition ultime : La sanction la plus sévère est d’être retranché et de ne pas mériter la vie éternelle : « Cette âme sera certainement retranchée ; elle portera sa faute. » Cette destruction spirituelle est désignée par diverses appellations : « le puits de la destruction », « la perdition », « Tofet » (le feu), « la sangsue » – toutes évoquant une destruction définitive, sans possibilité de renaissance.
  6. La véritable nature du bien spirituel : On pourrait être tenté de percevoir le monde futur en termes de plaisirs matériels : festins, relations avec de belles femmes, vêtements somptueux, demeures luxueuses. Ces conceptions grossières sont erronées. Les sages comprennent que ces choses n’ont de valeur en ce monde que parce que notre existence est corporelle. Dans le monde futur, où le corps n’existe plus, ces préoccupations disparaissent. Le bien spirituel qui y règne est d’une nature tellement supérieure qu’il est impossible pour nous de le saisir pleinement dans notre état actuel. Comme l’affirme le roi David : « Ah ! Quelle est grande, Ta bonté que Tu tiens en réserve pour ceux qui Te craignent… »
  7. L’inexprimable grandeur du monde futur : Le roi David aspirait ardemment au monde futur : « Ah, si je n’avais la certitude de voir la bonté de D.ieu sur la terre des vivants ! » Les Sages nous avertissent qu’il est au-delà des capacités humaines de comprendre pleinement la nature du bien qui y règne. Seul le Saint, béni soit-Il, en connaît la grandeur, la beauté et l’essence véritable. Les bienfaits annoncés par les prophètes concernent principalement les récompenses terrestres de l’ère messianique. Quant au monde futur, il transcende toute comparaison et n’a pas été explicitement décrit par les prophètes. Comme l’affirme Isaïe : « Aucun œil n’a vu, ô D.ieu, excepté Toi, ce que Tu feras pour ceux qui T’attendent. »
  8. L’existence actuelle du monde futur : Le « monde futur » n’est pas à venir après la destruction de notre monde – il existe déjà et est présent : « Que Tu as dissimulé pour ceux qui Te craignent, que Tu témoignes… » Cette appellation s’explique par le fait que l’homme ne le connaîtra qu’après son existence terrestre, où nous évoluons avec un corps et une âme.

Chapitre Neuf – Récompenses terrestres et ère messianique

  1. La fonction des récompenses terrestres : La Torah promet des bienfaits matériels (abondance, paix, souveraineté) à ceux qui suivent ses commandements, et menace de maux (famine, guerre, exil) les transgresseurs. Ces promesses sont véridiques et se sont déjà réalisées. Cependant, ces bienfaits terrestres ne constituent pas la récompense ultime des commandements. Leur véritable objectif est de faciliter l’accomplissement de la Torah. Lorsque nous observons les commandements avec joie, D.ieu éloigne les obstacles et nous accorde prospérité et tranquillité, afin que nous puissions nous consacrer à l’étude et à la pratique des commandements, méritant ainsi la vie du monde futur. À l’inverse, si nous abandonnons la Torah, D.ieu nous prive de ces bienfaits, nous empêchant d’acquérir le monde futur. L’observance nous fait mériter « deux mondes » : une vie heureuse ici-bas qui conduit à la vie éternelle.
  2. L’aspiration à l’ère messianique : Le peuple juif, ses prophètes et ses sages ont ardemment désiré l’avènement de l’ère messianique non pas principalement pour ses bienfaits matériels, mais pour être libérés de l’oppression qui les empêchait de se consacrer à l’étude de la Torah. Cette époque verra un accroissement extraordinaire de la connaissance divine : « La terre sera remplie de la connaissance de D.ieu » et « Ils n’auront plus besoin de s’instruire mutuellement. » Le roi messianique, descendant de David, sera doté d’une sagesse supérieure à celle de Salomon et enseignera la voie divine à tous. Néanmoins, cette ère messianique appartient encore à ce monde et suit son cours naturel, contrairement au monde futur qui représente une transformation radicale de l’existence. Comme l’ont dit les Sages : « La seule différence entre ce monde et l’époque messianique est la fin de notre assujettissement aux peuples. »

 

le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch, au palais de l’Élysée dans le cadre du 80e anniversaire du CRIF

le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch, au palais de l’Élysée dans le cadre du 80e anniversaire du CRIF

Le lundi 18 mars, le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch, a été reçu par le président français Emmanuel Macron au palais de l’Élysée dans le cadre d’une réception organisée pour célébrer le 80e anniversaire du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF).

Cet événement a rassemblé de nombreuses personnalités politiques, religieuses et de la société civile, mettant en lumière le rôle essentiel joué par le CRIF depuis huit décennies dans la défense des intérêts de la communauté juive et la lutte contre l’antisémitisme en France.

Depuis sa création en 1944, près d’une centaine d’associations, d’institutions, d’organisations et de mouvements sont devenus membres du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF). Parmi eux figure le Beth Loubavitch, qui œuvre quotidiennement pour promouvoir les valeurs du judaïsme et favoriser le rapprochement entre les différentes communautés juives. La présence du Rav Mendel Azimov à cette cérémonie revêtait donc une signification particulière, compte tenu de son engagement actif en faveur du rayonnement du judaïsme et du renforcement des liens entre les communautés juives de France.

Lors de cette rencontre, le Rav Azimov et le président Emmanuel Macron ont échangé quelques mots sur les défis auxquels est confrontée la communauté juive française, ainsi que sur les moyens de promouvoir la tolérance, le respect et la compréhension mutuelle. Ils ont souligné l’importance de transmettre ces valeurs républicaines essentielles que sont la liberté, l’égalité et la fraternité, afin de construire une société plus harmonieuse et inclusive.

Le Rav Azimov a salué l’honneur d’être présent à cette cérémonie aux côtés des plus hautes autorités de l’État français : « Je rends hommage au rôle historique joué par le CRIF pendant quatre-vingts ans, en tant que voix de la communauté juive et défenseur de ses droits et libertés ».

Face à la recrudescence inquiétante des actes antisémites, le Rav Azimov a salué les paroles fermes du discours du président Emmanuel Macron, qui a réaffirmé sa détermination à lutter contre l’intolérance et la haine en France.

 

 

Cette réception à l’Élysée est intervenue dans un contexte marqué par une inquiétante augmentation des actes antisémites en France. Selon un rapport du CRIF, le nombre d’actes antisémites recensés dans le pays avait été multiplié par quatre, passant de 436 en 2022 à 1 676 en 2023, une tendance influencée par le début de la guerre à Gaza à la suite des massacres du 7 octobre sur le territoire israélien.

Face à cette situation préoccupante, le président Macron a prononcé un discours ferme lors de cette cérémonie, réaffirmant la détermination de la France à lutter contre toutes les formes d’antisémitisme et de discrimination. Le président du CRIF, Yonathan Arfi, a également pris la parole pour rappeler l’importance de l’unité et de la vigilance face à la haine.

La présence du Premier ministre Gabriel Attal et du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin témoignait de l’engagement du gouvernement français dans ce combat crucial. Leur participation soulignait la volonté des autorités de protéger la communauté juive et de garantir la sécurité de tous les citoyens, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances.

Cet évènement a ainsi revêtu une dimension symbolique forte. Il a mis en lumière la nécessité de poursuivre les efforts pour bâtir une société française plus tolérante, respectueuse et unie, où chacun puisse vivre et pratiquer sa foi en toute sérénité, dans le respect des valeurs républicaines qui fondent notre nation.

Discours du Président Emmanuel Macron au dîner du CRIF, telle que fournie dans le document 

Monsieur le Président du Sénat, Monsieur le Président de l’Assemblée nationale, Monsieur le Président du Conseil économique, social et environnemental, Messieurs les Premiers ministres, Monsieur le Ministre d’État, Mesdames et Messieurs les ministres,
Madame la Maire de Paris, Madame la Présidente de la Région Île-de-France, Mesdames, Messieurs les parlementaires, Mesdames, Messieurs les ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les responsables des cultes, Monsieur le Président du CRIF, Mesdames, Messieurs,

Comme chacune et chacun, j’aurais souhaité que ce dîner, le deuxième auquel j’ai l’honneur d’assister comme Président de la République, se tienne dans des circonstances plus sereines. Nous aurions évoqué avec émotion Claude Lanzmann, ce qu’il donna à la France, lui qui entra en résistance dès l’âge de 18 ans, ce qu’il offrit au monde avec son monument « Shoah », cette œuvre immortelle contre l’inexorable travail d’oubli du temps.

Nous nous serions souvenu de Marceline Loridan, disparue en septembre, et son inlassable action pour transmettre la mémoire du génocide ; et de son insolence, de Georges Manger, qui nous a quitté en décembre, emportant avec lui une vie d’héroïsme, lui qui sauva près de 400 enfants juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Nous aurions vécu ensemble cette matinée ensoleillée de juillet où le peuple français rassemblé rue Soufflot communia autour des cercueils bleu-blanc-rouge de Simone et Antoine Veil, Simone Veil qui puisa dans l’indicible horreur des camps la force de faire grandir encore, par ses combats pour la mémoire, pour les femmes, pour l’Europe, l’œuvre universel de la France.

Nous serions certainement revenu sur la relation d’amitié de 70 ans liant la France et Israël, que la saison culturelle croisée de 2018 a fait vivre, et que la visite du Président Reuven Rivlin à la mi-janvier est venu sceller. Peut-être même en aurions-nous échangé sur le rôle de René Cassin dans la rédaction de la Déclaration des droits de l’Homme, cette grammaire commune des nations dont nous venons de célébrer le 70ème anniversaire.

Oui, chacune et chacun d’entre-nous aurait aimé évoquer tout cela, cette part juive de l’âme française, cette histoire des Français juifs qui a contribué à faire notre Nation. Elle est grande.

Mais le moment que nous vivons appelle un propos autrement plus grave. Depuis plusieurs années, et la situation s’est encore aggravée ces dernières semaines, notre pays, comme d’ailleurs l’ensemble de l’Europe et la quasi-totalité des démocraties occidentales, est confronté à une résurgence de l’antisémitisme sans doute inédite depuis la Seconde Guerre mondiale.

À nouveau, depuis plusieurs années, l’antisémitisme tue en France. Si bien que les visages peuplant ce soir nos consciences ne sont pas seulement ceux des héros que je viens d’évoquer, mais bien ceux des martyrs récemment assassinés parce qu’ils étaient juifs : Mireille Knoll, cette Parisienne de 85 ans qui survécut aux rafles mais pas à la folie meurtrière de ses bourreaux ; Sarah Halimi, cette mère de trois enfants saisie dans son sommeil, molestée puis défenestrée par son autre meurtrier ; Ilan Halimi, ce jeune homme d’une vingtaine d’années kidnappé, torturé, assassiné.

Et puis, les victimes de l’attentat de l’Hyper Cacher en janvier 2015 : Philippe Braham, Johan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada. Celles de l’école Ozar Hatorah : Jonathan Sandler et ses fils Arieh, Gabriel, et la petite Myriam Monsonégo, abattus à bout portant.

Nous ne les oublions pas.

Le crépuscule du XXème siècle avait pu laisser entrevoir la possibilité d’un repli durable de l’antisémitisme, l’aube du XXIe siècle vient rappeler combien l’histoire est tragique, combien les passions tristes sont à l’œuvre, combien le noir revient. Qu’un fils de déportés juifs polonais, qui aime la France, sa langue, au point de devenir membre de l’Académie française, soit insulté par une foule haineuse en rentrant chez lui. Qu’à Paris, sur une devanture de restaurant, soient peintes, entourées de croix gammées, l’inscription « Juden ». Que sur la mairie du 13ème arrondissement, le visage de Simone Veil soit recouvert des mêmes croix gammées. Qu’en Alsace, des dizaines de tombes juives soient profanées, comme si on avait voulu enlever leur mort à tous ces gens. Que des représentants religieux juifs, des militants de la cause antiraciste, des journalistes soient insultés, menacés. Cher Joël Mergui, cher Ariel Goldmann, cher Philippe Val, cher Manuel Valls, que dans un même lyrisme, une même violence, charriant rejet du sacré et antiparlementarisme, on s’en prenne à des églises, à des élus. Je pourrais poursuivre, malheureusement, cette liste, et dire ce que trop d’anonymes subissent et n’osent même pas dire.

Face à cette inacceptable réalité, il serait faux de dire : « Nous n’avons rien fait. » Nous avons condamné, beaucoup, adopté des plans, souvent, depuis des années et des années. Voté des lois, parfois. Mais nous n’avons pas su agir efficacement. C’est vrai. Et si nous en sommes là aujourd’hui, c’est bien pour cela. Et cette litanie que je viens de reprendre, c’est notre échec. Trop d’indignation, trop de mots… Pas assez de résultats.

Le temps est donc venu des actes tranchants, concrets, parce que je ne veux pas m’habituer à ses mots et à ses indignations. Il y a quelque chose de pire qu’une âme perverse, l’écrivait Péguy : « c’est une âme habituée ». Nous n’avons pas le droit de devenir des hommes habitués.

D’abord, nommer le mal. Oui, l’antisémitisme se cache de plus en plus sous le masque de l’antisionisme. Je l’ai dit lors du 75ème anniversaire de la rafle du Vel d’Hiv : « l’antisionisme est une des formes modernes de l’antisémitisme ». C’est pourquoi je confirme que la France, qui l’a endossé en décembre avec ses partenaires européens, mettra en œuvre la définition de l’antisémitisme adoptée par l’Alliance internationale pour la mémoire de la Shoah. Il ne s’agit pas de modifier le Code pénal, encore moins d’empêcher ceux qui veulent critiquer – comme vous l’avez rappelé Monsieur le Président – la politique israélienne de le faire. Non, ni de revenir sur des sujets que nous connaissons et qui sont ceux de la politique internationale – et sur ce sujet, la position française est connue, et l’année dernière, nous en avions débattu. Il s’agit de préciser et raffermir les pratiques de nos forces de l’ordre, de nos magistrats, de nos enseignants, de leur permettre de mieux lutter contre ceux qui cachent derrière le rejet d’Israël la négation même de l’existence d’Israël, la haine du Juif, la plus primaire.

De la même manière, il n’y aura aucune complaisance à l’égard des pratiques de boycott et du BDS, plusieurs fois condamnées en France.

Regarder ensuite la réalité en face, sans filtre. Oui, à côté, malheureusement, de l’antisémitisme traditionnel, se déploie un antisémitisme fondé sur un islamisme radical. Oui, cette idéologie gangrène certains de nos quartiers, au point d’être contraint un insupportable exode intérieur. Et oui, c’est à une reconquête républicaine de ces territoires que nous devons nous atteler. Ce que nous faisons quand nous créons des postes de policiers et de gendarmes dans 45 d’entre eux, en multipliant l’implication de tous les services de l’Etat, de l’Education nationale, de l’ensemble des fonctionnaires, et en y déployant de manière méthodique un plan de lutte contre la radicalisation. Et en cette matière, ne cédons en rien non plus à l’opposition bloc à bloc dans laquelle certains voudraient enfermer la société française, une religion contre l’autre, une stigmatisation contre l’autre. Non, la République protège tous les citoyens, toutes les consciences, toutes les paroles. Et elle ne peut accepter en aucun cas qu’au nom d’une religion – déformée – ou d’une philosophie, quelle qu’elle soit, le pire soit commis. Parce que c’est la République, parce que c’est notre liberté.

Traquer et punir ceux qui se rendent coupables d’actes antisémites. Rien n’est plus insupportable pour les victimes que l’absence de sanction. Rien n’est plus incompréhensible pour nos concitoyens que le sentiment du « tout est permis » qui anime les semeurs de haine et qui sape l’autorité de l’État. J’appelle pour ce faire, quel que soit parfois la lassitude – je le sais -, toutes les victimes d’actes antisémites à porter plainte dès qu’elles sont insultées ou attaquées. Qu’elles soient assurées que tout est mis en œuvre pour les accompagner dans leurs démarches, depuis la formation de nos policiers et gendarmes pour les accueillir et les écouter, jusqu’à la possibilité de porter plainte en ligne qui vient d’être votée avec l’adoption de la loi justice. Elle doit s’appliquer dans les meilleurs délais. Sur ce sujet, nous étions habitués, il faut bien le dire, à des pratiques incertaines : les plaintes qui n’étaient pas toujours prises, des complexités… les choses ont maintenant été simplifiées dans le droit : elles doivent s’appliquer dans les faits. Elle suppose que rien ne soit accepté et qu’aucune habitude, en quelque sorte, ne soit prise.

Tout est mis en œuvre aussi pour recueillir les preuves : des équipes spécialisées d’enquêteurs et de gendarmes seront créées sur tout le territoire, sur la base de ce qui a été commencé à Aix-en-Provence, en partenariat avec la Fondation du camp des Milles.

Vous avez ensuite, Monsieur le Président, évoqué l’antisémitisme improprement appelé « virtuel ». Il n’a de virtuel que le nom, et il y a dans cette haine sans visage, qui croit vivre en toute impunité, les prémices des haines qui ensuite sortent dans la rue. Et surtout le pire, ce poison lent qui conduit près de deux Français sur cinq, s’informant principalement via les réseaux sociaux, à croire en un « complot sioniste mondial ». Celui-ci aussi, nous devons le combattre avec force et clarté. De premiers travaux ont été engagés avec des plateformes comme Facebook, qui a choisi la France pour lancer un fonds doté d’un million d’euros en faveur du civisme et contre la haine, et qui a accepté la présence en son sein de régulateurs et juristes français pour améliorer ses pratiques.

J’avais dit, l’année dernière devant vous, sur ce sujet, ma volonté de porter un projet exigeant au niveau européen : un travail a été fait pour le rendre possible. Le rapport de Madame Avia et de Messieurs Taieb et Amellal a, à cet égard, proposé des choses concrètes. Le combat européen doit se poursuivre, mais il est trop lent, et nous ne pouvons plus attendre. C’est pourquoi la députée Laetitia Avia déposera dès le mois de mai – c’est-à-dire dès la première fenêtre parlementaire possible – au Parlement, une proposition de loi pour lutter contre la haine sur internet, représentant, reprenant les propositions de ce rapport. Nous devons, à ce titre, nous inspirer de ce que nos voisins allemands ont su faire de manière efficace et pragmatique, apporter des sanctions judiciaires, pénales et pécuniaires, appeler à la responsabilité des individus comme des plateformes. Il s’agira de mettre fin aux stratégies d’éviction déployées par des sites étrangers qui, changeant régulièrement de serveurs, sont aujourd’hui très difficiles à bloquer.

Dans ce contexte, la question de l’anonymat sera évidemment posée. Elle est trop souvent le masque des lâches, et derrière chaque pseudonyme, il y a un nom, un visage, une identité. Faut-il interdire partout, sur Internet, l’anonymat ? Je pense que nous pourrions aller, par certains égards, vers le pire. Il faudra donc y réfléchir à deux fois. Par contre, ce que nous ne pouvons pas accepter, c’est que, parce qu’il y a anonymat, le contenu ne soit pas retiré dans les meilleurs délais, que l’identité ne soit pas recherchée et ne soit pas donnée. Il y a aujourd’hui encore des plateformes – comme Twitter, pour citer les mauvais exemples – qui attendent des mois pour donner les identifiants qui permettent d’aller lancer les procédures judiciaires contre ceux qui ont appelé à la haine, au meurtre ; qui parfois prennent des jours, des semaines pour retirer des contenus ainsi identifiés. Ce que ce texte portera donc, ce sont des dispositions claires imposant les retraits, dans les meilleurs délais, de tous les contenus appelant à la haine et mettant en œuvre toutes les techniques permettant de repérer l’identité dans les meilleurs délais, et enfin, appelant à la responsabilité, y compris sur le plan juridique, desdites plateformes.

Il nous faut adapter nos sanctions à la société numérique, nous donner les moyens aussi de pouvoir interdire la présence sur un réseau social de personnes coupables de propos racistes et antisémites comme on interdit les hooligans dans les stades. Ou à tout le moins, faire en sorte que les condamnations pour actes racistes et antisémites soient publiées pour ceux se rendant coupables. La honte, sur ces sujets d’urgence, doit changer de camp : elle ne doit plus ronger les victimes, elle doit accabler les agresseurs.

Enfin, parce que la période met en cause ce que nous sommes, la France doit aussi tracer de nouvelles lignes rouges. Et nous le ferons, par des mesures concrètes et des décisions que la loi permet aujourd’hui de prendre. C’est pourquoi j’ai aussi demandé au ministre de l’Intérieur d’engager des procédures visant à dissoudre des associations ou groupements qui, par leur comportement, nourrissent la haine, promeuvent la discrimination ou appellent à l’action violente : Bastion social, Blood and Honour Hexagone et Combat 18 pour commencer.

[Applaudissements]

Nommer. Poursuivre. Punir. Mais bien entendu, enfin, aussi éduquer. Il ne faut jamais perdre de vue le temps long de l’éducation, de la culture, de l’élévation morale et spirituelle de tous. Car ce que nous vivons aujourd’hui dans notre société, dans notre pays, dit beaucoup de nos propres échecs passés, de ce que nous avons laissé s’installer subrepticement, de ce que nous n’avons plus voulu dénoncer, de ce que parfois nous avons peut-être oublié de dire. Si l’Histoire a montré que la connaissance n’était jamais un antidote contre la haine, nous savons que l’ignorance, à coup sûr, est un fertile terreau.

Toujours, nos instituteurs, nos professeurs font preuve d’un engagement exemplaire pour enseigner la mémoire de l’Holocauste et sont relayés admirablement par des institutions comme la Fondation pour la Mémoire de la Shoah ou le Mémorial de la Shoah. Le ministre de l’Education nationale s’est tôt engagé dans cette lutte pour lever – vous l’avez rappelé Monsieur le Président – toutes les ambiguïtés qui avaient pu exister, former davantage, être plus exigeant encore. Et à ce titre, l’Etat soutiendra encore davantage qu’il ne le fait le Mémorial de la Shoah, la DILCRAH. La DILCRAH apporte aujourd’hui une aide, elle sera significativement augmentée par le Premier ministre dans les prochaines semaines.

Ces instituteurs, ces professeurs sont encore trop souvent livrés à eux-mêmes, en particulier quand, dans ces quartiers gangrenés par l’islamisme radical évoqué, la Shoah, la situation au Proche-Orient sont devenues des sujets parfois impossibles à évoquer. Ces instituteurs, ces professeurs trouveront toujours la République à leurs côtés. Au niveau national, une équipe de réaction a été mise en place, qui leur apporte une solution en 24 heures dès qu’une difficulté se fait jour. Dans chaque rectorat, des messages clairs ont été passés pour que tout soit dit, le moindre problème dès qu’il est observé.

Mais trop souvent, nous avons vu aussi, dans ces quartiers de la République ces dernières années, des enfants quitter l’école publique, disons-nous les choses franchement, pour aller vers des écoles privées sous contrat, quelle que soit d’ailleurs la confession, pour pouvoir changer de quartier, parce que quelque chose se passait, que l’enfant ou les parents eux-mêmes n’osaient pas dire. C’est pourquoi j’ai demandé au ministre de mettre en place des actions spécifiques et de procéder à un audit de tous les établissements marqués par le phénomène de déscolarisation des enfants de confession juive. Quand une telle déscolarisation se passe, elle dit quelque chose parfois de ce que nous ne voulions, nous ne pouvions voir, de ce qui ne se disait plus. Au-delà, l’école doit jouer à plein son rôle de rempart républicain contre les préjugés et contre la haine, mais aussi contre deux maux qui leur ont fait le lit : l’empire de l’immédiateté, le règne d’une forme de relativisme absolu. L’enseignement de la méthode scientifique, de la méthode historique sera renforcé. Tous les enfants de France seront sensibilisés au temps long des grandes civilisations, ce temps long et serein qui apporte le goût de la tolérance et de l’humanisme. Mais revenir à ses fondamentaux, au cœur de notre éducation, c’est aussi au cœur de l’éducation se redonner les moyens de lutter contre ce qui, subrepticement, s’est installé, le tout se vaut, l’immédiateté absolue, le relativisme qui corrompt tout.

Mes chers amis, ce sont là des actes. Il faudra en rendre compte, et je rendrai compte. C’est pour ça que ce soir, je voulais être devant vous. Parce que l’antisémitisme n’est pas le problème des Juifs : c’est le problème de la République. Parce que ceux qui pensent que l’antisémitisme ne concernerait que quelques-uns, qu’une communauté dans la République, cela, n’oublions jamais notre histoire commune, ce que nous sommes, l’antisémitisme, c’est tout simplement la haine de l’autre ; et d’ailleurs, regardez bien les formes qu’il prend. La haine du Juif est tout à la fois la haine du cosmopolite et du capitaliste, la haine des forces extérieures et de l’ennemi de l’intérieur, toutes les haines additionnées. L’antisémitisme a pris tous les visages, s’est nourri de tous les extrêmes. S’il n’a jamais qu’un visage, c’est celui de l’autre – et qui plus est, un autre qui nous ressemble.

L’antisémitisme, c’est le problème de la République parce qu’il est cette haine d’avant-garde, mais qui s’accompagne toujours du cortège des autres haines auxquelles vous avez fait référence : est dans le temps que nous traversons, ce sont ces autres haines qui, derrière, aussi se réveillent – haine contre les musulmans, racisme sous toutes ses formes, homophobie, toutes les formes de haine se réveillent avec, contre les élus, contre l’autorité, contre le parlementarisme, contre le sacré, les églises et toutes les religions, contre ce qui nous a fait.

Oui, pour toutes ces raisons, l’antisémitisme, c’est la question de la République et de la France. Parce qu’au cœur de nos histoires liées, il y a tous ce qu’ils ne veulent plus voir. Je ne reprendrai pas ici le cortège des grandes figures qui ont fait notre pays, depuis Rachi jusqu’à Bergson ou Proust, de Simone Veil à Robert Badinter. La France doit tant à celles et ceux qui l’ont ainsi construite, par à-coups, un élan vers l’universel, lui ont donné ce visage. Mais ce qu’ignorent encore trop de nos concitoyens dans notre pays, c’est que depuis des siècles et des siècles, des grands Juifs, de grands commentateurs des textes sacrés ont été en France qui ont fait rayonner du temps de ces textes et sont connus à travers le monde ; que les plus grands commentateurs de la Bible et du Talmud juifs ont été dans tous nos villages et ont rendu parfois ces villages célèbres parmi des gens qui n’avaient jamais mis le pied en France. Touques, en Normandie, avec Samuel ben Meir – Rashbam, qui rayonnait ; Falaise, avec Simhah de Vitry ; en Moselle, avec Samson ben Yitzhak de Chinon ; Moïse d’Evreux ; Perez ben Heliyya de Corbeil ; Moïse de Coucy ; Isaac ben Samuel de Dampierre ; Samson de Sens ; Elie Hacking de Salon ; Jacob de Pont-Audemer ; Mattitia d’Avalon ; Salomon de Château-Landon ; Menahem ben Nathan de Melun ; Eliezer ben Samuel de Metz ; Joseph Tobelem Bonfils de Limoges ; Hayyim ben Isaac de la Rochelle ; Menahem ben Solomon Meiri de Perpignan ; Jacob ben Makhir de Montpellier ; Aharon ben Perez d’Avignon ; Abraham ben David de Narbonne. Tossefot en Babylonie, ont fait connaître ces villes à travers le monde parce qu’ils ont dit, parce qu’ils ont écrit quelque chose de la bible, parce qu’ils ont apporté à la connaissance universelle. Ils étaient de ces villages et de ces villes qui sont notre pays.

Alors quand j’entends, comme vous, « nous sommes chez nous », dits par certains qui voudraient que cela n’en soit pas, regardons notre histoire en face dans tout ce qu’elle est. L’histoire de France est belle de cet universel croisé, de ces Juifs venus du bout du monde pour aimer notre pays, tomber pour lui et le faire accéder à l’universel, et de tous ces Français qui ont voulu comprendre, aimer, porter une religion parce qu’on pouvait la porter librement et avec fierté dans notre pays. C’est cela, l’histoire des Juifs et de la France, bien avant la République, bien avant même qu’on commence à parler de la France. C’est cela ce que nous sommes.

Nous sommes chez nous. Hier, à Quatzenheim, j’ai eu honte. J’étais avec les habitants de cette petite commune d’Alsace, et s’il y avait du doute, nous avons regardé ces tombes souillées, et je me suis dit : ce qu’ils veulent, c’est au fond que nul ne puisse reposer en paix. À la honte a succédé la colère, celle de vouloir trouver tout de suite une réponse, de répondre à la haine par une autre haine. Au fond, j’ai dit aux habitants de la commune : c’est vous, le vrai visage de cette commune. Nous allons laver les tombes. Et surtout, leur dire combien ceux qui ont fait cela doivent avoir honte. Ils ne sont pas la France. Nous sommes la France. Les tombes des Français juifs tiennent notre sol comme les arbres plantés pour eux. Ils sont enracinés. Et cet enracinement, c’est notre nation.

Alors oui, je le sais mes amis, il y a dans ces moments-là quelque chose d’ingrat pour la tâche qui est la nôtre. La barbarie a une force immédiate, elle sidère, elle fascine certains, et elle plonge dans la consternation, parfois l’accablement, les autres. Et la barbarie a une force incommensurable par rapport à l’intelligence ou la construction d’une action rationnelle qui est la nôtre. C’est précisément d’ailleurs cette force qu’elle recherche.

Alors nous ne gagnerons pas ce combat en un jour. Mais je veux ce soir vous dire une chose : nous ne nous habituerons jamais. Nous aurons toujours l’exigence de vérité, de liberté, de fraternité et d’intelligence qui est la seule réponse à cette barbarie, l’exigence du courage qui doit être notre mission, celle des républicains que nous sommes. Elle est plus lente, parfois moins visible, parfois nous trébuchons. Mais elle ne cède en rien.

Mes chers amis, vendredi dernier, j’ai reçu dans mon bureau la mère d’Ilan Halimi. Et elle avait face à elle un tableau de Pierre Soulages. Je me suis dit : c’est ça ce que nous avons à vivre. Beaucoup pensaient que le noir n’était pas une couleur, qu’on ne pouvait rien en faire. Et un génie, centenaire cette année, a dit : en travaillant inlassablement le noir au pinceau, au couteau, en y tirant des lignes, en y mettant les formes, j’y ferai vivre le soleil, j’y ferai exister la lumière. Et elle voyait sous ses yeux ce tableau qui prenait vie, et ce noir n’était plus noir, il était l’outrenoir de Soulages.

Nous ne ferons pas le mal de notre société ni par une loi, ni par un discours, ni par un acte. Mais nous devons être, tous ensemble, les combattants de cet outrenoir, de ces lignes de force, de ce courage inlassable, de cette forme d’humanité et d’intelligence que nous devons donner à chaque noir qu’il y a dans notre société. Parce qu’il est là. Mais nous tiendrons. Et à la fin, nous gagnerons.

Vive la République et vive la France !

 

 

Floride : Un homme de 50 ans soupçonné d’avoir incendié le Beth Habad de Fort Lauderdale

Floride : Un homme de 50 ans soupçonné d’avoir incendié le Beth Habad de Fort Lauderdale

Un incendie s’est déclaré le dernier Chabbat dans le Beth Habad Las Olas à Fort Lauderdale, en Floride, gérée par le Rav Haïm Slavaticki. L’incendie a causé d’importants dégâts au bâtiment, mais il n’y a pas eu de blessés. La communauté juive de Miami se mobilise pour aider le Beth Habad à se remettre de l’incendie. La police a arrêté Scott Hanford, 50 ans, qui est accusé d’avoir mis le feu.

 

Le Centre juif Habad de Las Olas en Floride a été ravagé par un incendie criminel tôt samedi matin, causant des dommages à la synagogue, à l’école hébraïque et au centre communautaire, selon les pompiers de Fort Lauderdale, le département de police de Fort Lauderdale et le Beth Habad de Las Olas.

Les images de surveillance ont montré un homme plaçant ce qui semblait être une substance inflammable dans la calandre d’un Van garé devant le centre. L’incendiaire, placé en détention et identifié par le département de police de Fort Lauderdale comme étant Scott Hannaford, 50 ans, avait tenté de mettre le feu à d’autres objets devant le centre, notamment ce qui semblait être un boîtier électrique. Les pompiers ont déclaré samedi sur les réseaux sociaux que le feu s’était propagé du véhicule au bâtiment.

Hannaford était venu préparé avec le matériel nécessaire pour commettre un incendie criminel, et il ne semblait pas s’agir d’un crime d’opportunité mais d’une attaque ciblée, a déclaré lundi le codirecteur du Beth Habad de Las Olas, le Rav Haïm Slavaticki. Sa conviction était basée sur des interactions antérieures avec le présumé incendiaire.

« Ce n’est pas seulement une attaque contre la communauté, c’est une attaque contre toute la ville et le peuple juif », a déclaré le Rav Slavaticki.

Le vendredi soir précédant l’incendie, le présumé incendiaire avait empêché le rabbin et sa femme d’entrer dans une ruelle près de l’établissement lorsqu’ils cherchaient à garer la voiture avant le Chabbat et un dîner familial de l’école hébraïque. Le Rav Slavaticki a déclaré que l’incendiaire avait crié sur lui et levé son majeur.

Le Beth Habad avait eu des interactions négatives avec Hannaford par le passé, mais le Rav Slavaticki a déclaré que si les voisins du centre voyaient Hannaford dans les environs, ils n’avaient pas eu de tels affrontements avec lui. Par conséquent, Rav Slavaticki croyait personnellement que Hannaford ciblait la communauté juive.

La police a déclaré que sur la base des informations dont il disposait à l’époque, l’incendie était un incident isolé et n’était pas considéré comme un crime de haine. Hannaford était un sans-abri souffrant de maladie mentale et a été inculpé d’incendie criminel, de méfaits criminels et de possession de cocaïne.

Slavaticki a déclaré que la police d’État enquêtait toujours sur l’incident et que malgré ses convictions sur l’incendie criminel, il pensait qu’il était important de « laisser les professionnels faire leur travail ». Le Rav Slavaticki a ajouté qu’il était reconnaissant du soutien des autorités et des services de secours pour leur travail.

Le Rav Slavaticki a également remercié les habitants qui ont vu l’incendie et ont appelé le 911, disant que s’ils ne l’avaient pas fait, « tout aurait été brûlé ».

Il y a également eu de petits miracles en jeu, selon le Rav Slavaticki. Le Van a été réduite en débris métalliques, mais miraculeusement un siddour, un livre de prières, a survécu à l’enfer entre deux sièges. L’incendie a également endommagé la cuisine du bâtiment, mais Rav Slavaticki a déclaré que c’était un miracle que les réservoirs de propane n’aient pas explosé.

Le centre juif a déclaré qu’il était attristé que le Beth Habad établi il y a 10 ans ait été endommagé, ne laissant aucun foyer pour ses divers projets communautaires. Lundi, le bâtiment avait subi des dommages dus à la fumée et était encore impropre à l’habitation.

« La perte que nous ressentons en ce moment n’est pas seulement une perte de biens mais une perte pour tous ceux qui comptent sur nous », a déclaré le Beth Habad.

Le Sefer Torah a B »H survécu à l’incendie, mais un spécialiste a été appelé pour réparer les dommages causés par la fumée. Jusqu’à ce que la synagogue soit sûre, les prières se déroulent à l’extérieur, à côté d’un mur aménagé pour ressembler au mur occidental de Jérusalem.

Le Beth Habad a deux projets spéciaux en plus d’une école hébraïque, avec des programmes pour les membres de la communauté ayant des besoins spéciaux et une organisation pour les anciens soldats de Tsahal blessés et traumatisés. Un événement de Pourim devait avoir lieu dans la maison d’un membre de la communauté.

Passer de la célébration d’un dîner du vendredi soir à l’école hébraïque pour les élèves et les familles, qui, selon Le Beth Habad de Las Olas, les remplissait de fierté, à se réveiller samedi matin pour trouver leur synagogue en feu était horrible. Slavaticki a déclaré qu’il avait été réveillé par des gens frappant à la porte pour lui parler de l’incendie.

Pourtant, malgré la perte, le Rav Slavaticki a déclaré qu’ils étaient « déterminés à faire encore plus qu’avant ».

« La communauté s’est vraiment rassemblée », a-t-il déclaré. « Nous sommes unis et forts, et la vie prévaudra toujours. »

« Malgré l’énorme revers que cela va causer, nous reconstruirons notre maison ! », a déclaré le Rav Slavaticki

 

@nbcsouthflorida

A fire at a Jewish community center in Fort Lauderdale caused significant damage Saturday morning and its rabbi says it wasn’t accidental. Police say Scott Hannaford, a transient, tried to light the Las Olas Chabad Jewish Community Center on fire but when he failed, he lit Rabbi Chaim Slavaticki’s van. The flames then spread to the building. Hannaford is now facing two counts of arson, criminal mischief and possession of cocaine. Tap the link in our bio to hear how the community has responded to the attack. #FortLauderdale #florida #arson

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Les Hassidim derrière le Rideau de Fer : L’histoire de Rav Israël Pinsky

Les Hassidim derrière le Rideau de Fer : L’histoire de Rav Israël Pinsky

Dans ce témoignage poignant, Rav Betzalel Schiff, président de l’association Shamir, nous plonge dans la vie des ‘hassidim en Union soviétique durant les années les plus sombres du régime communiste. À travers l’histoire de Rav Israël Pinsky, dédiée à la mémoire de la mère de l’auteur, c’est le portrait d’une famille ‘hassidique sur plusieurs générations qui se dessine, avec son combat incessant pour préserver la flamme du judaïsme malgré l’oppression et les persécutions.
Rav Israël Pinsky, fils et petit-fils de ‘hassidim de Loubavitch, a consacré sa vie, comme son père avant lui, à étudier et enseigner la Torah envers et contre tout. Malgré les arrestations, la terreur stalinienne puis la guerre, la famille Pinsky et ses proches ont tenu bon, organisant cours et offices clandestins, perpétuant les traditions et soutenant les Juifs dans le besoin.
Dans les années 60-70, alors qu’une partie des Juifs pratiquants quittait l’URSS, un renouveau surprenant s’opéra : affluence des jeunes dans les synagogues, émergence d’un mouvement de Baalei Techouva en quête de leurs racines… Cet éveil, auquel contribua Rav Pinsky, était le fruit des efforts de toute une génération de Juifs héroïques qui surent garder le judaïsme vivant en dépit des pires circonstances. Un message d’espoir et de résilience qui résonne encore aujourd’hui.

On dit que le renouveau religieux qui se produit actuellement en Russie est un miracle, survenant alors qu’on ne l’espérait plus. Vraiment ? Je connais de nombreuses familles juives qui ont tenu un front de résistance invisible, luttant contre l’assimilation forcée, pour le respect du Chabbat, de la cacherout, de la pureté familiale, pour faire la Brit Mila à leur nouveau-né, pour avoir de la Matsa à Pessa’h, pour prier en Miniane, pour le droit d’enseigner la Torah à leurs enfants. Chacune de ces familles était un foyer de résistance et d’héroïsme.

Non, la flamme des bougies de Chabbat ne s’est pas éteinte dans les foyers juifs. Je voudrais raconter – ou au moins citer le nom – de gens merveilleux avec lesquels ma vie a été liée. L’histoire de chacun d’eux pourrait être le sujet d’un roman passionnant. J’espère que leurs histoires seront un jour racontées. Mais avant tout, je veux parler de mon père, Rav Chneour Pinsky.

Je suis né en 1931 à Moscou, dans une famille ‘hassidique de Loubavitch depuis des générations. Mon grand-père paternel, Rav Hirsch Pinsky, disciple du Rav Maharach, était cho’het et mohel dans la ville d’Ouzritchi, dans le district de Bobrouïsk de la province de Minsk. Quatre générations de ses ancêtres vivaient à Ouzritchi, d’où il fut lui-même expulsé en 1936 comme « élément socialement dangereux ».

En 1930, mon grand-père fut condamné à trois ans de prison pour avoir fait une Brit Mila à un enfant qui mourut un mois plus tard… d’une pneumonie. Les parents de l’enfant, incités par la Yevsektsia, portèrent plainte contre mon grand-père devant un tribunal. Détail intéressant : lors du procès, il s’avéra que mon grand-père avait circoncis tous les juges, l’enquêteur et le procureur, fait qu’il leur rappela au procès. Au milieu des années 30, les gens qui le jugèrent disparurent, comme les autres activistes du parti, dans le tourbillon des purges staliniennes. Ainsi se termina l’affaire. En 1936, les parents du bébé décédé vinrent demander pardon à mon grand-père : depuis qu’ils l’avaient calomnié, aucun autre enfant né chez eux n’avait survécu. Naturellement, mon grand-père leur pardonna.

Il avait huit fils dont sept étudièrent dans la célèbre Yechiva de Loubavitch. Certains devinrent ensuite Rabbins ou Cho’htim et jouissaient d’une grande réputation dans leurs communautés. L’un des frères de mon père, Rav Moché Mordekhaï Epstein, reçut sa Semikha du Rogatchover Gaon, Rav Yossef Rosen. Pendant plus de 50 ans, il fut le Rav non-officiel de Leningrad, tout en travaillant comme gardien pour gagner sa vie. Pour avoir rempli sa fonction avec dévouement, il fut arrêté en 1950. Rav Epstein est décédé à Jérusalem en 1977.

Un autre frère de mon père, Rav Yehouda Pinsky, aida beaucoup le Rabbi de Loubavitch, Rav Yossef Its’hak, dans son combat pour préserver le mode de vie juif en Asie centrale et en Crimée. Après la guerre, il servit comme Rav à Simferopol. Il dut ensuite fuir de là à cause des persécutions et erra pendant plus de 20 ans entre les villes de Russie et de Biélorussie. Il est enterré dans la ville de Rechitza, dans la province de Gomel.

Un autre de mes oncles, Eliezer Pinsky, étudia dans les Yechivot clandestines de Polotsk et de Kiev et devint un grand érudit, notamment dans la ‘Hassidout. Dans les années 30, il fut parmi les organisateurs d’un réseau clandestin d’éducation religieuse en Ukraine et dirigea aussi les Yechivot de Berditchev et de Jytomyr. Il décéda à Moscou en 1942 à l’âge de 28 ans, mais eut le temps d’acquérir une réputation d’éducateur hors pair et de maître d’une jeune génération de ‘hassidim ‘Habad.

Mon père, Chneour Pinsky, comme ses frères, étudia à la Yechiva Tomkhei Temimim. En 1918, la branche de Loubavitch ferma. Mon père retourna à Ouzritchi et y ouvrit un ‘Heider pour adolescents où il enseignait le Talmud. En 1923, à l’invitation du riche ‘hassid Rav Ne’hemia Ginzbourg, mon père déménagea à Moscou. Il enseigna la Torah à ses enfants, ainsi que dans d’autres familles (notamment celles de Berl Ginzbourg, Mendel Stesin, Israël Chneirov). Il donna aussi des cours de Torah dans des synagogues de Moscou, entre autres dans celle de Zariadie (détruite plus tard).

Mon père était lié d’amitié avec d’importants ‘hassidim de l’époque : Rav Baroukh Chalom Cohen et son fils Rav Refael (Rav Pulia), Rav Yaakov Landau, Roch Yechiva de Tiferet Ba’hourim, Rav Yaakov Moscalick, célèbre pour son amour infini pour chaque Juif et sa disponibilité constante pour aider autrui, Rav Chaoul Brouk, Rav Moché Gourari – un des plus grands enseignants de ‘Hassidout, Rav Berl Levertov et d’autres. Ces hommes eurent une grande influence sur mon père. Tout au long de sa vie il les évoquait avec respect et affection. (Rav Yaakov Moscalick et Berl Levertov périrent plus tard dans les camps de travail de Staline).

Aussi difficiles que fussent les conditions – et elles l’étaient toujours – dans chacun de ses lieux de travail, il continuait d’étudier et d’enseigner la Torah. Mon père avait une bonne tête et des mains en or. Il travailla comme cordonnier, serrurier, électricien, relieur, couvreur, réparateur de machines à coudre, etc. Et le soir, après sa journée de labeur, il s’adonnait à son occupation préférée – enseigner la Torah aux jeunes et aux vieux.

En 1925, mon père épousa sa cousine Sarah Pinsky. Son père aussi était un ‘hassid ‘Habad. Ses quatre frères avaient étudié à la Yechiva de Loubavitch. Je mentionnerai un des frères de ma mère, Rav Nathan Pinsky, qui mourut en martyr – en 1919 des soldats grecs le brûlèrent vif à Kherson. Bien que Rav Nathan soit mort jeune, tous ceux qui le connurent se souvinrent de lui comme d’un excellent professeur et d’un grand connaisseur de la ‘Hassidout. Parmi ses élèves figura Rav Israël Jacobson qui devint plus tard un des fondateurs de la communauté ‘Habad en Amérique.

Un autre frère de ma mère, Rav Na’houm Hillel Pinsky, réussit durant les sombres années de Yejov (1936-1938) à créer un atelier de fabrication de meubles où travaillaient des ‘hassidim ‘Habad. Inutile de préciser que le jour de congé pour les ouvriers de l’atelier était le Chabbat… En 1938, Rav Na’houm fut arrêté. Ses enfants et petits-enfants vivent aujourd’hui en Israël.

Après leur mariage, le jeune couple Pinsky menait une vie de foyer juif ordinaire, bien que mener une vie ordinaire à l’époque n’était pas une chose ordinaire et était difficile: observer le Chabbat, éduquer les enfants dans l’esprit du judaïsme, respecter strictement la cacherout dans une cohabitation avec de nombreuses autres familles…

Mes parents vivaient à Taganka, à une demi-heure de marche de la synagogue centrale de la rue Arkhipov. Leur hospitalité ne connaissait pas de limites. Notre pièce de 9 mètres carrés était constamment remplie de gens de tous âges et de toutes opinions. Il y avait des ‘hassidim, des compatriotes de mon père, des Juifs que nous connaissions et d’autres que nous ne connaissions pas. Chacun trouvait de la chaleur dans notre maison. Chacun avait droit à une tasse de thé et à un morceau de Gefilte fish qu’il mangeait peut-être pour la dernière fois depuis longtemps, dans sa bourgade. Beaucoup d’invités restaient dormir – par terre, sur la table, sur des chaises accolées. Il y avait assez de couvertures et d’oreillers pour tous. Lors des fêtes, jusqu’à 25 personnes se serraient dans notre pièce, et encore plus à Pessa’h. Il n’y avait pas assez de place à table pour tous. Nous les enfants, devions parfois dormir dans le couloir ou chez les voisins, parfois avec quelques invités.

Comme je l’ai déjà dit, les hôtes étaient variés. Souvent éclataient des discussions sur des sujets religieux, le destin du peuple d’Israël, les nouveaux problèmes sociaux et la révolution qui, comme beaucoup le pensaient alors, apportait aux Juifs une véritable libération. Les enfants absorbaient avidement chaque mot prononcé par les adultes. Je me souviens combien mon père s’efforçait de transmettre à ses interlocuteurs sa foi en D.ieu, de les convaincre que seule la foi et l’observance des Mitsvot pouvaient amener une rédemption complète. En même temps, en vrai ‘hassid, il faisait confiance à chaque Juif dans l’espoir qu’un jour il reviendrait à techouva, à la foi de ses pères.

Et cet espoir n’était pas vain. Déjà dans les années 40, beaucoup de Juifs qui avaient vécu les effroyables purges staliniennes puis la guerre, ouvrirent les yeux et revinrent aux sources de la foi. Intéressant est le destin de l’un d’eux. Dans les années 20, Rav Noa’h Borer, avec d’autres jeunes Juifs membres du Komsomol, ferma des synagogues à Ouzritchi. Et dans les années 50, il recommença à mettre les Tefilines, à observer le Chabbat et la cacherout, et dans les années 60 il fit partie de la direction de la synagogue de Minsk. Son retour à techouva commença lorsqu’il vint une fois chez nous pour Chabbat. C’était après la guerre et il occupait déjà un poste assez élevé – directeur adjoint d’un département d’un ministère de Biélorussie. Un autre compatriote de mon père, un ancien lieutenant-colonel devenu proviseur, se mit à mettre les Tefilines et à pratiquer les Mitsvot après avoir renoué contact avec mon père.

Dans les années 30, mon frère et moi-même dûmes aller à l’école. Les premières années, mon frère n’y alla pas les Chabbat et jours de fête, et ma mère portait le lourd fardeau de chercher des excuses à ses absences. On pourrait en général raconter beaucoup sur les mères juives… sur le fait qu’elles risquaient leur santé, leur vie même, pour protéger leurs enfants et leurs maris des regards hostiles, des voisins, des autorités, de toute personne étrangère. Sur le fait qu’il était si dur d’attendre des heures le retour du mari et des enfants du travail, de l’école, de la synagogue, des cours de Torah… Le moindre retard suscitait une grande inquiétude, et ce n’était pas pour rien. Les gens étaient arrêtés non seulement la nuit mais aussi en plein jour, dans la rue, et n’importe quoi pouvait servir de raison d’arrestation – une barbe par exemple. Certains furent arrêtés pour avoir eu chez eux le livre du Tanya. Notre mère avait donc des raisons de s’inquiéter.

En 1939, j’entrai à l’école. Je dus y aller le Chabbat mais pas les jours de fête. En classe, j’enlevais la kippa colorée « boukhariote » que je portais toujours. À l’école, je ne soulignais pas que j’étais religieux. En même temps, je ne me présentais pas comme non-religieux. Et peut-être parce que j’agissais naturellement, je n’avais pas de conflits avec mes camarades ou les enfants des voisins. Le soir, un professeur venait à la maison m’enseigner la Torah.

Quand la guerre éclata, mon père fut mobilisé et nous évacuâmes avec maman au Tatarstan. En 1943, mon frère partit au front. Il se battit, fut blessé et reçut des médailles. Il vit maintenant à Jérusalem.

À notre retour du Tatarstan, je repris l’étude de la Torah. D’abord avec Rav Leizer Zlotnikov. Puis j’entamai l’étude de la Guemara avec Rav Its’hak Yoel Moisseiev. Après un certain temps, il fut remplacé par Rav Zalman Nathan Kisselov qui était l’adjoint du Grand Rabbin de la communauté de Moscou et le Rav de la « Salle hassidique » de la synagogue centrale de Moscou. Il était aussi cho’het, ‘hazan et lecteur de la Torah.

Petit à petit, le cercle d’avant-guerre des connaissances se reconstitua. Bien sûr, ce cercle était plus étroit qu’avant : beaucoup d’amis de mon père étaient partis à Tachkent et Samarcande, certains avaient réussi à quitter l’URSS, d’autres étaient morts ou avaient été tués. Mais malgré tout, les Chabbat et jours de fête la salle ‘hassidique de la synagogue centrale était pleine à craquer.

Impossible de décrire la synagogue de Moscou de cette époque sans évoquer Rav Mordekhaï Dubin, ancien député du parlement letton, un véritable ‘hassid. Après la guerre, il s’installa à Moscou. Rav Mordekhaï était un homme d’une intelligence et d’une modestie hors du commun. Il avait l’habitude de prier longuement et à voix basse – il arrivait souvent à la synagogue à 8 heures et n’en repartait qu’à 16 heures. Il s’asseyait toujours au dernier rang et s’efforçait de ne pas attirer l’attention. Malgré cela, chacun considérait comme un honneur de s’approcher de lui pour lui dire « Chalom ». De l’extérieur, cela ressemblait à une procession : une foule de Juifs de la grande salle, parmi lesquels des Rabbins, des responsables de la synagogue et d’autres personnalités respectées, s’approchaient à tour de rôle de Rav Mordekhaï et lui disaient : « Gut Chabbes ».

 


Le Rav Mordehai Dubin distribue ‘Lé’haim’ lors d’une réunion hassidique

 

Rav Dubin fut un des organisateurs de la sortie clandestine de familles ‘Habad vers la Pologne après la guerre. En plus, il initia l’organisation d’une grande réjouissance à la synagogue à Sim’hat Torah, réjouissance qui devint une tradition. Le Rav Dubin se tenait au milieu de la foule exultante, distribuait à tous de la vodka et un « vort », chantait et dansait. Il aimait beaucoup danser avec les enfants. Pendant des heures, il jouait avec eux et son apparence changeait – il rajeunissait comme de 10-20 ans. À la fin des années 40, Dubin fut arrêté et mourut en prison près de la ville de Toula. Sa dépouille fut transférée au cimetière juif de Malakhovka.

Parmi les ‘hassidim qui priaient à la synagogue centrale, il faut aussi mentionner Rav Bentzion Klugvant, Rav ‘Haïm Eliezer Gourvitch, Rav Chmouel Bortnovski, Rav Mordekhaï Gourari, Rav Moché Dobruskin, Rav Berl Kreinin. Ils furent les amis de mon père pendant de longues années.

Après la guerre, malgré les arrestations quotidiennes, mon père continua d’enseigner la Torah et la ‘Hassidout aux adultes et aux enfants, parfois gratuitement ou pour un prix symbolique. Il ne rentrait pas avant minuit, après une journée de travail et les cours du soir, et à 5 heures du matin il était de nouveau debout. Parmi ses élèves, il y avait des gens d’un certain âge, des quinquagénaires et sexagénaires – Rav Zalman Moché Kivenson, Rav Yossef Gulman, Rav Ziml Krasnik, Rav Alter Choulman, Rav Zalman Frankl. Les Chabbat, ils venaient chez nous étudier. Je me souviens d’un immense « Kiddouch » qu’ils firent chez nous pour célébrer l’achèvement de l’étude du Tanya. Parmi les jeunes élèves de mon père, il faut mentionner Gedalia Mazel, les frères Rozenblit, Yoel Mikhlin, le fils de Rav Gershon Mikhlin, et d’autres.

Dans les années 50, et surtout après la mort de Staline, on observait un éveil de la vie religieuse à Moscou et ses environs. De plus en plus de Juifs commençaient à fréquenter la synagogue centrale de la rue Arkhipov ainsi que d’autres synagogues – à Marina Rochtcha, Tcherkizovo et Malakhovka. Parmi les ‘hassidim qui priaient habituellement dans la « petite » salle de la synagogue centrale, il faut mentionner Rav Zalman Moché Kivenson, Rav Yossef Gulman, Rav Chimchon Sultzovski, Rav Berl Kreinin, Rav Zalman Frankl, Rav Zalman Nathan Kisselov, ainsi que des diplômés des Yechivot des Mitnagdim – Rav Chalom Tubvin, Rav Avraham Leib Bak, Rav Avraham Miller, Rav Avigdor, gendre du précédent Grand Rabbin de Moscou Kalmans décédé en Israël. Les figures marquantes de la synagogue de Malakhovka étaient Rav Yehouda Bartchvili, ses gendres Rav Moché Katznelboigen, Rav Nathan Kanelski, ainsi que Rav Moché Likhtrov, Rav Berl Rikman, Rav ‘Haïm Arbov, Rav Élie Kritchevski, Rav ‘Haïm Gechel et d’autres. À Marina Rochtcha oeuvraient Rav Mendel Samorodinski qui fut un certain temps responsable de la synagogue, Rav Avraham Kuhn, les frères Rav Aïzik et Berl Greinum. Dans la synagogue de Tcherkizovo, on ressentait l’influence du Rabbi de Makhnov. Le long de la route du Nord vivaient Rav Sandler, Rav Chmouel Leib Levine, Rav Yossef Moisseiev, Rav Avraham Israël Mazel, Rav Yaakov Hornstein et bien d’autres. Chacun apporta sa contribution à la vie de la communauté juive de Moscou.

Une mention spéciale méritent Rav Aaron ‘Hazan et Rav Fridman qui s’opposèrent ouvertement aux autorités pour le droit de mener une vie religieuse et d’éduquer les enfants dans l’esprit de la Torah.

Dans différents coins de Moscou et sa banlieue s’organisèrent des Minianim dont certains fonctionnaient non seulement Chabbat et jours de fête mais aussi en semaine. Il y avait des Minianim à Tomilino, Yacovo, Ilianskoïe, Vychniaki, Pravo Pole – le long de la voie ferrée de Kazan ; à Bouchkin, Okhtomka, Perlovka, Bolchevo, Pouchkin, Zgourianka, Mamontovka – le long de la route du Nord ; à Jeleznosorojni, Krasny Stroïtel – le long de la voie ferrée de Koursk… À Moscou même se réunissaient des Minianim à Perovo, Sokol, rue Chtcholkovskaïa, à kountsevo et dans d’autres quartiers. Les autorités fermaient les Minianim mais ils rouvraient ailleurs, dans d’autres rues. Après tout, Moscou est une ville immense et il est difficile d’aller à pied Chabbat et jours de fête des quartiers éloignés jusqu’aux synagogues officielles, et il est interdit d’y aller en transport. Et il y avait une autre raison. Beaucoup de Juifs, relativement jeunes, âgés de 20 à 40 ans, pensaient qu’il était moins dangereux de prier dans une maison privée que de se montrer régulièrement dans une synagogue officielle.

J’ai visité les Minianim de Rav Gershon et Emmanuel Mikhlin à Izmaïlovo (tous deux avaient étudié à la Yechiva Tiferet Ba’hourim), de Rav Its’hak Wolfowitch à Yacovo, ainsi qu’à Ostankino, dans le quartier de « Kouchnkin Log » (ce Miniane fut dispersé par la police en 1972) et de Rav Getzel (Getche) Vilenski rue Na-Bereg. Le Miniane chez Rav Getche fut créé en 1958, dès qu’il reçut son appartement, et exista pendant près de 30 ans. J’eus la chance d’y prier le jour même où il fut créé. La composition de ce Miniane était très intéressante. D’un côté, y venaient des vieillards dont certains avaient encore étudié à Loubavitch. Je peux citer Rav Chalom Feigin, Rav Israël Chneirov, Rav Refael et Rav ‘Hatskel Rafaelovitch, Rav Ye’hiel Mintz, Rav ‘Haïm Eliezer Gourvitch, Rav Moché Dobruskin, Rav Yehochoua Moisseiev, Rav Zalman Moché Kivenson, Rav Tan’houm, Rav Meir Chor, Rav Mendel Moscalick. Venaient aussi des Juifs âgés qui habitaient le quartier. Et d’un autre côté, avec le temps, de jeunes Juifs commencèrent à fréquenter ce Miniane. Dans les années 70-80, Rav Getche devint un guide pour des dizaines de Baalei Techouva avec lesquels il sut rapidement trouver un langage commun et qu’il aida à construire une vie conforme à la Torah.

Au début des années 60, mon père prit sa retraite et se consacra entièrement à l’étude de la Torah. Il organisa de nouveaux cours de Torah et de ‘Hassidout, en plus de ceux qu’il donnait déjà auparavant. Entre autres, il participa quotidiennement à un cours de Guemara de deux heures donné par des érudits renommés comme Zalman Nathan Kisselov, Yaakov Katz, Rav Chalom Tubvin, Rav Berl Kreinin et d’autres. Souvent, mon père donnait lui-même le cours. Dans les années 60 venaient étudier chez Rav Yankel Breslavski, Rav Yudel Bortnovski, Rav ‘Haïm Frankl. À la même époque vint étudier Volodia (Zeev) Rapoport qui dirige actuellement la Yechiva Chamir à Jérusalem. Il avait alors 10 ans.

Les années passaient, les cho’htim, les Rabbins quittaient ce monde… Mon père dut assumer aussi ce travail : si on le lui demandait, il abattait de la volaille, vérifiait et réparait des Tefilines – le tout gratuitement. En 1961-1962, avec Rav Chmouel Vochtchinski de Tachkent, il répara le Mikvé de Moscou. Souvent avaient lieu des Farbrengen chez nous, avec à chaque fois de plus en plus de participants. Dans les années 40, lors de dates importantes pour les ‘hassidim – 12 Tamouz, 24 Tevet, 19 Kislev – se réunissaient chez nous trois à cinq invités, et ce dans le plus grand secret. À la fin des années 60, des dizaines de personnes venaient aux Farbrengen chez nous. Il arriva plus d’une fois que des gens ne sachant pas où aurait lieu le Farbrengen allèrent chez Chneour Pinsky – et ne se trompèrent jamais d’adresse.

L’été, de nombreuses familles juives de Moscou louaient des datcha (maisons d’été) à Oulianka le long de la voie ferrée de « Kazan ». Un Miniane s’y organisa, où l’on étudiait la ‘Hassidout avant la prière, et le soir on donnait des cours de Guemara aux jeunes une ou deux fois par semaine. À ces cours participaient Rav Eja Bisk, Rav Naftali Karbitzky, Rav Leibel ‘Hatsernov.

Chaque année, des émissaires partaient de Moscou vers les tombes des Tsadikim : à Haditch Rav Moché Dobruskin, à Rostov-sur-le-Don Rav Meir Chor. Au milieu des années 60, une délégation spéciale partit de Moscou à Loubavitch. Les membres de la délégation étaient Rav Berl Rikman, Rav Leibel ‘Hatsernov et Rav Levine né à Loubavitch (je ne me souviens malheureusement plus de son prénom). En général, ces voyages étaient financés par un fonds spécial géré par mon père et Rav Bentzion Klugvant. Ce même fonds aidait aussi les Juifs nécessiteux de Moscou et envoyait des colis aux prisonniers.

Mon père était aussi attentif au mouvement des Baalei Techouva. Il commença à enseigner la Guemara à Yehouda Grinblatt. Irmiahou Baranov qui vivait à Riga dormait toujours chez nous quand il venait à Moscou. Mon père lui enseignait la ‘Hassidout.

En 1971, mon père monta en Israël où il continua aussi d’étudier et d’enseigner. Il donna des cours de ‘Hassidout à Kfar ‘Habad, dans les quartiers de Jérusalem Katamon, Guivat Mordekhaï et Ramot. Dans le quartier de Ramot où vivent de nombreux immigrants de Russie, il donna des cours sur le Tanya en russe.

En 1989, Chabbat Zakhor, mon père décéda à l’âge de 91 ans. Un ‘hassid Loubavitch de corps et d’âme, fidèle à la Torah, au peuple d’Israël et à la Terre d’Israël. Il laissa derrière lui un bon souvenir dans le cœur de centaines de personnes.

À la fin des années 60 – début des années 70, les rangs des Juifs pratiquants s’étaient clairsemés, le nombre de fidèles à la synagogue avait diminué, le nombre de Minianim avait baissé, on détruisit la synagogue de Tcherkizovo. Seule la rue Arkhipov, comme par le passé, se remplissait de monde les jours de fête.

Et alors se produit une chose étonnante – les jeunes affluent dans les synagogues, chantent des chants juifs. De nouveaux visages apparaissent. À mon avis, il y avait à cela plusieurs raisons :

L’ancienne génération était partie, et les jeunes devaient naturellement prendre le relais.
Les Juifs de familles traditionnelles religieuses avaient eu le temps de quitter l’URSS au début des années 70. Mais le plus important, c’est qu’au sein de la jeunesse juive de Moscou était né un mouvement de Baalei Techouva – un mouvement de renaissance nationale et religieuse.
Le premier Baal Techouva que j’ai rencontré fut Rav Eliezer Tamrin, c’était à la fin des années 50. Ses enfants étudient aujourd’hui à la Yechiva Tomkhei Temimim. Rav Yossef Its’hak Schneersohn avait vu en son temps ce phénomène. Et voici ce qu’il écrivit : « Une des maladies de notre génération est le rejet de la simplicité et de l’intégrité, lorsqu’on préfère l’érudition et l’étincelle extérieure. Mais les fils et filles d’Israël appartenant aux couches éduquées de la société aspirent maintenant à revenir à la Torah, à sa sagesse profonde qui abreuvera leur âme. Mais un véritable renouveau religieux est impossible sans l’observance des Mitsvot de la Torah – Chabbat, Cacherout, Tefilines, pureté familiale – par amour de D.ieu, amour de la Torah et amour d’Israël. »

Chez la plupart des premiers Baalei Techouva, l’éveil de la conscience nationale commença par l’étude de la Torah. Un de leurs principaux problèmes était le contraste entre l’étude théorique de la Torah et la mise en pratique concrète de ses Mitsvot. Des jeunes Juifs éduqués dans des familles religieuses les aidèrent à sortir de cette impasse. Parmi eux se distinguait par ses connaissances en Guemara, ‘Hassidout et Halakha, Rav Moché Katznelboigen. Né dans une famille ‘Habad depuis des générations, il passa par les prisons et déportations staliniennes, et dans les intervalles entre les détentions, étudia dans les Yechivot clandestines de Samarcande et Koutaïssi. À l’éducation des Baalei Techouva participèrent aussi Rav Nathan Kanelsky, Rav Naftali Karbitzky, Rav Henokh Rapoport – un ‘hassid Loubavitch qui dès son jeune âge étudia dans des Yechivot clandestines et fut pour cela condamné à dix ans de camps de travail – Rav ‘Haïm Frankl, le Dr Yaakov Tzatzkis qui faisait la Brit Mila aux jeunes et aux vieux qui ne faisaient que commencer leur chemin vers le judaïsme. Après le départ de Rav Moché Katznelboigen de Russie, ses amis continuèrent son oeuvre élevée. La question de l’éducation passa aux mains de la génération plus âgée : Rav Chimchon Sultzovski, Rav Getche Vilenski, Rav Berl Kreinin, Rav Berl ‘Haritonov, Rav Yossef ‘Horochou’hine, Rav Noa’h Bugatin et d’autres.

Parmi les premiers Baalei Techouva vivant à Moscou, il faut citer Alik Stern, Yehouda Grinblatt, Karla Malkina, David Kazdan, Tzvi Epstein. Certains commencèrent par l’étude de la Torah, de la ‘Hassidout, de la Halakha, et avec l’élargissement de leurs connaissances grandissait le besoin d’observer les Mitsvot. Apparut un groupe de Baalei Techouva qui enseignaient l’hébreu. En faisaient partie Zeev Chakhnovski, Refael Antinn, Jenia Dvorine, Chmouel Gourovitch, Tzvi Burla. Le mouvement s’élargissait. Tous ces jeunes gens, chacun en son temps, commencèrent à approfondir les problèmes fondamentaux de l’existence, le secret de l’histoire du peuple d’Israël. Dans leur quête de réponses aux questions qui les préoccupaient, ils se tournèrent vers les Juifs religieux survivants de la génération précédente, ainsi que vers les jeunes, ceux qui avaient eu le temps d’étudier le judaïsme auprès de Rav Moché Katznelboigen, Rav Henokh Rapoport, mon père, Rav Avraham Israël Mazel et d’autres.

Sous mes yeux se déroula le développement spirituel des jeunes du cercle de Zeev Chakhnovski. Zeev avait grandi dans une famille assimilée, apprit l’hébreu, commença à l’enseigner et organisa chez lui un séminaire pour professeurs d’hébreu. Chakhnovski fut le premier à lier l’apprentissage de l’hébreu à l’étude de la Torah. Lors de ses cours, on lisait et étudiait non seulement le ‘Houmach mais aussi ses commentaires. Nathan Charansky, élève de Chakhnovski, écrivit en 1975 sur ces cours : « Nous lisons la Torah chez Volodia Chakhnovski avec un retard de quelques Parachiot. Et voici que c’est justement maintenant, avant Pessa’h, que nous lisons sur la sortie d’Égypte. Je ne prétends pas que c’était plus naturel, mais malgré tout tout est lié : la lecture sur la sortie d’Égypte, les événements dramatiques de notre propre sortie d’Égypte et la fête de Pessa’h. » Avec le temps, les nombreux élèves de Zeev Chakhnovski devinrent des professeurs renommés et enseignèrent l’hébreu, la Torah, la Guemara et la ‘Hassidout à un très haut niveau.

À la même époque, en 1972-1973, commencèrent les études chez David Kazdan. On y étudiait la Michna et la ‘Hassidout. Y prenaient part Zeev Chakhnovski, Zeev Wagner, Liova Goudlin, Jenia Dvorine, Nathan Malkine et d’autres. La Michna était enseignée par Yossef ‘Horochou’hine. C’est alors aussi que nous fîmes connaissance avec la famille Tzatzkin – des « refuzniks » pendant de longues années. Dans cette famille, un garçon de treize ans exigea qu’on lui fasse la Brit Mila, qu’on commence à observer la Cacherout, et cessa d’aller à l’école le Chabbat.

Comme je l’ai déjà dit, au début des années 70, de nombreuses familles religieuses quittèrent l’URSS. Mon père aussi partit. Mais moi, je reçus un « refus » et restai à Moscou jusqu’en 1978. Cette période ne fut pas pour moi vide d’action. Je m’efforçai d’aider les Juifs qui revenaient à la religion, d’inculquer à ces jeunes gens des notions de mode de vie juif, de les aider à construire un foyer juif. J’organisai des cours, cherchai des professeurs, aidai à trouver des chirurgiens pouvant pratiquer la Brit Mila, etc. Ces Juifs faisaient la Brit Mila, changeaient leurs prénoms russes pour des prénoms juifs, commençaient à observer la Cacherout, à fréquenter les synagogues en semaine et Chabbat. Une aide concrète leur fut apportée par Rav Getche Valensky, Rav Mordekhaï Libchitz, Rav Avraham Ganin, Rav Yudel Dortnovski, Rav Chimchon Suldovski, Rav Yehochoua Kleinberg, Rav Israël Levine et Rav Chaoul de Malakhovka.

C’est justement à ce moment-là que la synagogue de Marina Rochtcha fut comme rouverte. Les jeunes préféraient y prier car l’atmosphère à Marina Rochtcha était plus familiale, plus chaleureuse. Le Chabbat après Cha’harit, jusqu’à vingt personnes s’asseyaient pour le Kiddouch. En même temps avaient lieu des cours de Torah, de ‘Hassidout, sur le Yad Ha’hazaka de Maïmonide. Après le Kiddouch, tous récitaient le Birkat Hamazone.

À mon avis, le mouvement des Baalei Techouva en Russie dans les années 70 n’est qu’une partie du vaste processus touchant tout le judaïsme mondial : déception des idéologies étrangères, quête de sa propre spiritualité. En Russie, ce processus commença en même temps que l’Alya vers Israël. La génération des années 1970-1971 était prête à partir. L’antisémitisme d’État, l’éducation familiale – sioniste et religieuse – encourageaient le désir de vivre en Israël. Et dès que les portes s’ouvrirent, les gens de cette génération saisirent l’occasion de quitter l’URSS.

Ils laissèrent derrière eux comme un vide. Restèrent des gens qui voyaient dans l’idée du départ une sorte de protestation contre l’oppression et la morosité spirituelle. C’était un sentiment inconscient, une explosion émotionnelle sans véritable fondement, ne s’appuyant pas sur une information précise, sur une évaluation claire de la situation. Le vide créé devait se remplir. Et seul le judaïsme pouvait le remplir, car seule la Torah relie le Juif à la Terre d’Israël et au D.ieu d’Israël. Les gens qui cherchaient les sources de ce lien en arrivèrent à accepter D.ieu et Ses Mitsvot, revinrent à la foi de leurs pères.