Pessah – « Quand l’âne se met à écrire » par le Rav Chmouel Lewin
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Pessa’h – «Hommes, femmes et enfants»
Source: Mi’htav Klali (lettre du Rabbi adressée à l’ensemble du peuple juif), 11 Nissan 5727 (1967)
1 – Introduction: L’état d’esprit de l’homme influe sur la qualité de ses actes
Introduction: «L’ambiance» de l’être humain affecte son vécu et sa perception de la réalité.
Mi’htav Klali: Il est connu qu’une ambiance adéquate intensifie l’impact d’un événement sur l’être humain: ainsi, celui qui est joyeux accueille chaque situation réjouissante avec une motivation accrue. A l’opposé, celui qui se trouve dans un état d’esprit déprimé, lorsqu’il est confronté à un événement indésirable, il en sera encore plus déprimé. Il en est de même dans le domaine physique: lorsque le corps est en bonne santé, tout ce qui est sain le renforce encore plus; par contre, lorsque le corps est affaibli, même un élément indésirable extrêmement léger peut affecter la santé de l’homme. Un principe hala’hique [dans la Cacherout] exprime cette idée: «Lorsqu’un élément rencontre un autre élément similaire, cela le met « en éveil »» (voir Guemara Avoda Zara 73a).
Guemara Ara’hine 11b: On confère un mérite à un jour [qui est déjà] propice (c’est le mois de Nissan [que les enfants d’Israël] ont été libérés et c’est en Nissan qu’ils le seront [à nouveau] – Rachi).
2 – L’état d’esprit particulier du «Hakhel»: «l’année du rassemblement»
«Hakhel»: rassembler «hommes, femmes et enfants».
Devarim 31, 10: …A la fin de chaque septième année, à [l’issue] de l’année de la Chemita, .rassemble le peuple: hommes, femmes et enfants, ainsi que l’étranger qui est dans tes murs, afin qu’ils entendent et s’instruisent, et révèrent D.ieu et s’appliquent à pratiquer toutes les paroles de cette Torah.
3 – Le lien profond entre le concept du «Hakhel» et celui de la sortie d’Egypte
La libération d’Egypte concerne l’intégralité du peuple juif, qui se prépare à recevoir la Torah !
Mi’htav Klali: La sortie [et libération] d’Egypte, qui est la cause et le contenu de la fête de Pessa’h, est différente des [libérations des] autres exils (Babel, Mède, Perse et Grèce). En effet, dans ces derniers exils, la «sortie» n’était pas intégrale, [certains Juifs restèrent en exil], alors qu’en Egypte, tous les enfants d’Israël, du plus petit au plus grand, sortirent d’Egypte ! «Nos jeunes gens et nos vieillards, nos fils et nos filles» (Chemot 10, 9) sortirent dans un but précis: «Lorsque tu feras sortir ce peuple d’Egypte, vous servirez D.ieu sur cette montagne» (Chemot 3, 12), l’objectif était d’être les serviteurs de D.ieu et de recevoir la Torah au mont Sinaï.
Chemot 10, 8: Moché et Aharon furent rappelés auprès de Pharaon, qui leur dit: «Allez servir l’Éternel votre D.ieu; quels sont ceux qui iront ?». Moché répondit: «Nous irons jeunes gens et vieillards; nous irons avec nos fils et nos filles, avec nos brebis et nos bœufs, car nous avons à fêter l’Éternel».
4 – Cela explique l’obligation des femmes à prendre part aux Mitsvot de Pessa’h
Les femmes sont assujetties équitablement aux Mitsvot de Pessa’h.
Choul’han Arou’h Admour Hazakène, Ora’h ‘Haïm 472, 25: …Il est de même pour toutes les autres Mitsvot de cette nuit [du Séder]: il n’y a pas de différence [sur le degré d’obligation] entre les hommes et les femmes. Bien [qu’en règle générale] les femmes sont exemptées des Mitsvot positives, bibliques ou rabbiniques, qui dépendent du temps – néanmoins, les Sages les ont assujetties à toutes les choses instaurées en cette nuit, car elles étaient également [présentes et faisaient partie] du miracle de la sortie d’Egypte.
5 – L’attention majeure et centrale portée aux enfants autour de la table du Séder
Les enfants sont au centre du Séder: tous les enfants ! On leur rappellera que D.ieu nous a libérés afin qu’on puisse Le servir.
Choul’han Arou’h Admour Hazakène, Ora’h ‘Haïm 472, 1: La table sera dressée alors qu’il fait encore jour, afin de pouvoir commencer le Séder dès qu’il fait nuit. Et même l’on se trouve à la maison d’étude, il faudra se lever immédiatement dès qu’il fait nuit, car il est une Mitsva de s’empresser pour commencer le Séder, afin que les enfants en bas âge ne s’endorment pas, étant donné que Torah a dit: «Et tu diras alors à ton fils: « C’est pour cela que D.ieu a agi en ma faveur, quand je sortis de l’Égypte »» (Chemot 13, 8).
Mi’htav Klali: Le Séder ne s’adresse pas uniquement aux enfants «Sages». Il est conçu pour toutes les catégories, depuis le «Sage» jusqu’à celui «qui ne sait pas poser de questions». A tous, il faut enseigner que c’est bien «pour cela» que D.ieu nous a fait quitter l’Egypte: afin que nous mettions en pratique les Mitsvot.
6 – La délivrance finale sera également une libération intégrale, comme en Egypte
La délivrance finale sera à l’image de la libération d’Egypte, intégrale !
Michée 7, 15: Comme aux jours de ta sortie d’Egypte, Je te montrerai des merveilles [à la délivrance finale].
Ezéchiel 36, 27: Je mettrai en vous Mon esprit et Je ferai en sorte que vous suiviez Mes statuts et que vous observiez et pratiquiez Mes lois. Vous demeurerez dans le pays que J’ai donné à vos pères, vous serez pour Moi un peuple, et Moi, Je serai pour vous un D.ieu.
7 – Annexe: La différence entre le Hakhel, l’agneau pascal et la délivrance finale
Le «Hakhel» et l’agneau pascal: un avant-goût du grand rassemblement de l’ère messianique.
Mi’htav Klali: Une libération aussi absolue que celle de l’exil d’Egypte ne se reproduisit pas dans les exils ultérieurs. C’est pourquoi, même dans la Mitsva de Hakhel, une petite minorité de personnes en sont dispensés (voir Guemara ‘Haguiga 2a). Pour le Séder aussi, l’obligation de participation des enfants ne démarre que lorsqu’ils sont en âge d’éducation. En effet, depuis la faute du veau d’or, la perfection a disparu de ce monde et elle ne réapparaîtra que dans le monde futur. Ainsi, le Hakhel et la fête de Pessa’h ne font que «préfigurer» cette perfection; en revanche, lors de la délivrance véritable, même «l’aveugle et le boiteux» seront inclus.
Jérémie 31, 7: Je vais les ramener de la région du Nord, les rassembler des extrémités de la terre; l’aveugle, le boiteux, la femme enceinte et l’accouchée – tous ensemble: en grande foule, ils reviendront ici.
8 – Enseignement: Comment se préparer activement à la délivrance finale ?
Enseignement: Faire preuve de «don de soi», comme à l’époque, en se débarrassant des «idéaux modernes» qui nous asservissent, pour retrouver la liberté de la Torah !
Mi’htav Klali: Tout comme, en Egypte, la délivrance ne devint possible que lorsque les enfants d’Israël rejetèrent, avec abnégation, l’idolâtrie de l’Egypte et qu’ils exprimèrent leur désir et leur impatience à recevoir la Torah; aussi, on doit se préparer de la même façon à notre délivrance, en nous débarrassant entièrement des différentes formes d’idolâtrie introduites par notre époque. Ainsi, «nos jeunes gens et nos vieillards, nos fils et nos filles» – chacun se libèrera, avec son épouse et ses enfants, du statut de «serviteur du Pharaon», des idéaux qui dominent le monde extérieur, pour devenir le «serviteur de D.ieu» et Lui être totalement soumis. C’est ainsi que l’on parviendra à la liberté véritable, celle d’une vie quotidienne de Torah et de Mitsvot.
Michna Pirké Avot 6, 2: …Tu n’as d’homme libre que celui qui se consacre à l’étude de la Torah.
9 – «Messirout Néfèch»: Le «don de soi» des enfants d’Israël, en Egypte
Un exemple pour nous: le «don de soi» exceptionnel des enfants d’Israël, en Egypte.
Commentaire des Tossafistes sur Chemot 12, 13: Il est écrit dans le Midrach que lorsqu’on prit [en Egypte] l’agneau pascal, le 10 [Nissan], c’était un Chabbat. En effet, le Pessa’h en Egypte était un jeudi (15 Nissan), le 10 était donc le Chabbat précédent. Lorsque les Egyptiens virent les enfants d’Israël prendre le Pessa’h pour le sacrifier, ils se liguèrent contre eux pour les tuer, car les animaux étaient l’idole des égyptiens; D.ieu leur fit un miracle et les sauva. C’est pourquoi ce Chabbat est appelé «le grand Chabbat», du fait de ce grand miracle.
10 – «Impatience»: Le désir des enfants d’Israël pour recevoir la Torah !
L’impatience des enfants d’Israël à recevoir la Torah doit nous inspirer de l’impatience pour Machia’h !
Ran sur le Rif, Pessa’him 28a: …Il est également raconté dans la Haggada (Midrach) que lorsque Moché avait annoncé aux enfants d’Israël: «vous servirez D.ieu sur cette montagne» (Chemot 3, 12), ils lui demandèrent: «Moché notre maître ! Quand ce service aura-t-il lieu ?» et il leur répondit: «au bout de cinquante jours». Alors, les enfants d’Israël se mirent à compter [les jours], chacun pour soi [par impatience au Don de la Torah]. C’est pour cela que les Sages ont fixé le compte du Omer, surtout de nos jours où il n’y a plus l’offrande du Omer: nous comptons cinquante jours pour la joie de la Torah, comme le peuple d’Israël le fit à l’époque.
11 – «Serviteurs de D.ieu»: L’acceptation du joug divin commença en Egypte !
La véritable «liberté»: comme en Egypte, il faut accepter la souveraineté de D.ieu et Ses idéaux.
Talmud de Jérusalem, Pessa’him chapitre 5, Hala’ha 5: Rabbi Lévi dit: de même qu’une puissance fut accordée à la voix de Moché, elle fut également accordée à celle de Pharaon. La voix de ce dernier traversait tout le pays d’Egypte, sur une distance de quarante jours de marche; et que disait cette vois ? « »Levez-vous ! Sortez de mon peuple ! » (Chemot 12, 35), auparavant vous étiez les esclaves du Pharaon, à partir de maintenant vous êtes les serviteurs d’Hachem !». Au même moment, les enfants d’Israël disaient: «Allélouka ! Louez, serviteurs de l’Eternel» (Psaumes 113, 1) – [qui ne sont pas les] «serviteurs du Pharaon»…
12 – L’enseignement spécifique de la fête de Pessa’h dans une année de Hakhel !
Enseignements du «Hakhel»: Action concrète, soumission à D.ieu et acceptation de l’authenticité de toute la Torah. Ce qui nous rapprochera au «grand Hakhel» avec Machia’h !
Mi’htav Klali: Puisse D.ieu faire que cette fête qui arrive, en cette année de «Hakhel», se déroule avec une motivation particulière, comme on l’a expliqué précédemment. Cette motivation s’exprimera pendant les jours de la fête, puis au cours des jours suivants, dans l’esprit de ce qui a été ordonné pour le «Hakhel»:
Et tout ceci hâtera la délivrance véritable et complète, par notre juste Machia’h, très prochainement.
Avec ma bénédiction pour une fête de Pessa’h cachère et joyeuse.
(Signature du Rabbi)
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Vayikra – La conscience du Prince
Source : Likouté Si’hot volume 17, cinquième Si’ha sur Vayikra
MEKOROT
1 – Dans notre Paracha : Les expiatoires du Cohen Gadol, du peuple et du Prince
Vayikra 4, 3-24 : Si c’est le Cohen-oint (Gadol) qui a péché, au détriment du peuple, il offrira à D.ieu, pour le péché qu’il a commis, un jeune taureau sans défaut, comme expiatoire.
…Si toute la communauté d’Israël commet une erreur : qu’un devoir se trouve méconnu par l’assemblée, que celle-ci transgresse un commandement négatif et se rende ainsi coupable – lorsqu’on aura connaissance du péché, l’assemblée offrira un jeune taureau comme expiatoire … c’est l’expiatoire de la communauté.
Quand (acher) un Prince péchera en faisant, par inadvertance, quelqu’une des choses que l’Eternel son D.ieu défend de faire, et se trouve ainsi en faute ; s’il vient à connaître le péché qu’il a commis, il apportera pour offrande un bouc mâle sans défaut … c’est un expiatoire.
Rachi : Quand (acher) un Prince péchera. Le mot acher (« quand ») est apparenté à achrei (« heureux ») : heureuse est la génération dont le Prince prend à cœur de présenter une kappara (une demande de pardon) pour ses fautes commises par mégarde, à plus forte raison [qu’une telle personne] regrette ses fautes délibérées !
2 – Analyse (a) : Qui doit s’estimer « heureux » : le Prince ou « sa génération » ?
Guemara Horayot 10b : « Quand (acher) un Prince péchera » : …heureuse (achrei) est la génération dont le Prince apporte un sacrifice pour ses fautes commises par mégarde ; si son chef apporte un sacrifice, combien en sera-t-il pour les hommes simples (si le roi qui n’a pas le cœur courbé, ressent sa faute et apporte un sacrifice, à plus forte raison que les hommes simples, au cœur courbé, en feront de même ! – Rachi).
Likouté Si’hot : (a) D’où voit-on que le « bonheur (achrei) » se réfère à la « génération » et pas au Prince même ? (b) Quel bonheur la génération tire-t-elle du fait que le Prince apporte une kappara ? (c) Pourquoi Rachi modifie-t-il les termes de la Guemara, en évoquant les notions de « prendre à cœur » et de « kappara » ?
3 – Analyse (b) : Le préfixe « Acher » : la prolongation d’un sujet en cours
Likouté Si’hot : Le sens simple du mot « Acher (quand) » signifie que nous sommes en plein milieu d’un sujet. La question se pose donc : quel est le lien entre les termes « c’est l’expiatoire de la communauté » et « quand un Prince péchera » ? Rachi en conclut donc que le « Achrei (bonheur) » du prince n’est pas lié à son sacrifice mais plutôt à sa faute, au fait que le Prince « prenne à cœur d’apporter une kappara etc. »
4 – Développement : Le peuple est-il responsable des erreurs de ses dirigeants ?
Rachi sur Vayikra 4, 13 : [Si toute] la communauté d’Israël [commet une erreur]. Il s’agit du Sanhedrin, qui autorisèrent par erreur une faute passible de retranchement, et que la communauté a suivi ses directives.
5 – Explication : La prise de conscience exceptionnelle d’un Prince d’Israël
Likouté Si’hot : Lorsqu’un Prince commet une faute par inadvertance : il ne se contente pas d’accomplir le commandement d’apporter un sacrifice pour expier son péché, mais il ressent également le défaut et la gravité de la faute même ! Il « prend à cœur de présenter une kappara pour ses fautes commises par mégarde, à plus forte raison qu’il regrette ses fautes délibérées ! ». La génération d’un tel Prince est heureuse, car ce dernier les éveille directement sur la gravité d’une faute et la vigilance à avoir pour ne pas transgresser involontairement.
6 – Annexe : La différence entre l’expiatoire du Cohen Gadol et celui du Prince
Likouté Si’hot : Le rôle du Cohen Gadol est d’apporter des sacrifices pour expier l’ensemble du peuple juif. Lorsque les gens de sa génération le voient apporter un sacrifice pour une faute involontaire, cela leur fait ressentir qu’il n’y a pas de honte à apporter un sacrifice et à réparer ses fautes. Le rôle du Prince est de diriger la génération, le royaume et le pays etc. Lorsqu’un tel homme « prend à cœur d’apporter une kappara », il ressent et fait ressentir à tous la gravité d’une faute, au point de s’empêcher de fauter, d’emblée ; une telle génération est « heureuse » !
7 – Approfondissement : Le « Cohen Gadol » et le « Prince » dans le service divin
Michna Horayot 10a : Qui est le Prince ? C’est le roi, qui n’a que « l’Eternel son D.ieu » au-dessus de lui.
Likouté Si’hot : Le Cohen Gadol inspire aux enfants d’Israël l’amour divin – un amour puissant, alors que le Roi leur inspire la soumission et la crainte divine. L’amour est la base de toutes les 248 Mitsvot positives (y compris la Mitsva d’apporter un sacrifice), alors que la crainte est la base des 365 Mitsvot négatives, il s’agit bien de « la crainte de se rebeller contre le Roi des rois des rois, l’Eternel » (voir Tanya ch. 4).
8 – La conscience du « Prince » : La faute par inadvertance existe-t-elle vraiment ?
Igueret Hakodèch ch. 28 : Le fait même qu’un homme ait pu trébucher involontairement sur un péché est une preuve que sa situation n’est pas comme il faut, car cette faute provient du renforcement de l’âme animale issue [des forces du mal de] Noga, du renforcement de l’existence essentielle et de l’égo de l’homme.
9 – Enseignement : « Prendre à cœur » : le bonheur de ne pas fauter, d’emblée !
Likouté Si’hot : L’univers est appelé « un grand corps » et l’homme est comparé à « un petit monde ». De même que le monde possède un chef de la génération, un roi, aussi le corps humain possède son roi : l’intellect qui domine l’intégralité du corps. C’est cela l’enseignement : « Heureuse est la génération », l’homme est heureux lorsque « son chef prend à cœur », qu’il domine ses pulsions pour s’empêcher de fauter, d’emblée.
Lorsque l’homme comprend la gravité de faire un acte contre la Volonté Divine, cela soumet son cœur qui sera brisé. Ainsi, non seulement sa faute est pardonnée, mais aussi l’esprit du mal disparait et l’âme animale se brise et se soumet. C’est cela qui produira la venue de Machia’h, où la royauté divine se dévoilera !
Le Prince « prend à cœur » la gravité de la faute au point d’inspirer au peuple la « crainte de la faute ».
Le Cohen Gadol inspire l’envie de se faire pardonner ; le Prince inspire la gravité de la faute : « heureuse » est la génération qui ne faute pas !
Le Cohen Gadol : l’amour divin des Mitsvot positives.
Le Prince : la crainte divine des Mitsvot négatives.
L’inadvertance est liée à un problème profond.
Enseignement : « Heureux » est l’homme dont le cerveau (le chef) domine le cœur, pour réaliser d’emblée la gravité d’une faute et nous conduire vers le dévoilement messianique !
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Vayakhel – Construction individuelle et collective
Source : Likouté Si’hot volume 26, seconde Si’ha sur Vayakhel
MEKOROT
1 – Dans notre Paracha : Moché transmet l’Injonction de construire le Tabernacle
La Paracha Vayakhel évoque un nouveau type de don : celui « de bonne volonté ». Pourquoi n’est-il pas cité dans la Paracha Terouma ?
Vayakhel 35, 4 : Moché parla en ces termes à toute la communauté d’Israël : « Voici ce que D.ieu m’a ordonné de vous dire : « prenez, parmi vous, une offrande pour D.ieu ; que toute personne de bonne volonté l’apporte, ce tribut pour D.ieu : de l’or, de l’argent et du cuivre… » ».
Keli Yakar : Au début, le texte dit « prenez », ce qui implique que l’on prenne le don contre le gré du donateur, puis le texte dit ensuite : « que toute personne l’apporte », ce qui signifie qu’il l’amènera seul. Dans la Paracha Terouma également, le terme « prendre » est employé. En fait, deux types d’offrandessont traitées : une offrande obligatoire à valeur fixe pour chacun, puis une offrande libre, sans aucune obligation, au bon vouloir de chacun
2 – Tous les membres du Peuple juif étaient§ils concernés par ce dons?
Dans la Paracha Terouma, seuls les percepteurs sont cités et pas toute l’assemblée. Pourquoi ?
Terouma 25, 1 : « Invite les enfants d’Israël à prendre pour Moi un prélèvement (une offrande) » – [Je désire que des percepteurs encaissent pour Moi, un prélèvement – Sforno].
Vayakhel 35, 1 : Moché rassembla toute l’assemblée des enfants d’Israël et leur dit : « …que toute personne de bonne volonté l’apporte, ce tribut pour D.ieu » – [Les percepteurs n’iront pas pour l’encaisser par la force – Sforno].
3 – Développement : Quel était l’objectif de la construction du Tabernacle ?
En construisant le Tabernacle, le zèle du veau d’or fut remplacé par celui du Tabernacle – ce que produit le pardon divin.
Rachi Pekoudé 38, 21 : [Le Tabernacle est un] témoignage pour [le peuple] d’Israël que D.ieu a renoncé à le punir pour l’affaire du veau d’or, puisqu’Il a fait résider Sa Che’hina (présence divine) parmi eux.
Midrach Rabba Vayakhel 48 : D.ieu dit à Moché : « Teste-les par le Tabernacle. Avec quoi ont-ils fauté ? En donnant leurs « pendants d’or » ? Ils donnèrent également leurs « pendants d’or » pour la construction du Tabernacle ! ». Avec les « pendants d’or » ils fautèrent, avec les « pendants d’or » D.ieu accepta leur pardon.
Vayakhel 36, 5 : …Le peuple fit surabondamment d’offrandes, au-delà de ce que D.ieu avait ordonné de faire.
4 – Le profond regret ne peux s’exprimer par un don « imposé »
Seul un don libre et facultatif pouvait exprimer le regret profond et durable du peuple d’Israël
Likouté Si’hot : C’est précisément lorsqu’un don n’est pas obligatoire, qu’il n’a pas de montant fixe et qu’il est donné par chacun tel qu’il le ressent –que s’exprime le regret parfait, la volonté sincère de faire résider la Che’hina (à l’opposé de la faute du veau d’or). Voilà pourquoi D.ieu n’ordonne pas le don de cette offrande !
UNE SPONTANÉITÉ INDISPENSABLE POUR FAIRE RÉSIDER DURABLEMENT LA CHE’HINA
Maamar Vayered Hachem 5643 (Le Rabbi Rachab) : Bien que les enfants d’Israël furent témoins au don de la Torah de choses extraordinairement élevées, il trébuchèrent peu après par la faute du veau d’or. En effet, le dévoilement du don de la Torah provenait « d’en Haut » et n’était pas le produit de leurs propres efforts.
5 – Cela explique une autre nuance sur l’identité des donateurs du Tabernacle
« Emetteur » et « récepteur » : la Paracha Vayakhel inclut les femmes, qui servent D.ieu plus naturellement que les hommes.
Terouma 25, 2 : …De tout homme au cœur inspiré, vous prendrez Mon prélèvement.
Na’hmanide sur Vayakhel 35, 1 : « Toute l’assemblée d’Israël » : les hommes et les femmes, car tout le monde était volontaire pour le travail [de la construction] du Tabernacle.
Vayakhel 35, 22 : Les hommes, [avec leurs] femmes accoururent (pour apporter l’offrande)…
Likouté Si’hot : L’homme et la femme font aussi référence à l’émetteur et au récepteur, à D.ieu et au peuple d’Israël. De ce fait, les femmes ont un avantage : elles « réceptionnent » D.ieu et Le servent plus naturellement que les hommes, elles ont moins besoin d’être stimulées. La croyance éclaire en elles et leur crainte divine dépasse celle des hommes. C’est pourquoi elles sont citées dans notre Paracha, [celle du « don naturel »].
6- Approfondissement : Un commentaire énigmatique du Zohar sur notre Paracha
Le Zohar compare le Vayakhel au Hakhel de six cent mille personnes.
Zohar Vayakhel 195a : « Moché rassembla (Vayakhel) ». Rabbi Abba commenta : « [Il est dit à propos du Hakhel], « rassemble le peuple – hommes, femmes et enfants » (Vayélè’h 31, 12) : de même que toute l’assemblée d’Israël était présente au Hakhel, là aussi, Moché rassembla (Vayakhel) tout le peuple. Qui sont-ils ? Six cent mille.
Bo 12, 37 : Environ six cent mille hommes [voyagèrent depuis l’Egypte], sans compter les enfants.
7 – Les femmes et les enfants ne font-il pas partie des 600 000 personnes?
L’innovation de Vayakhel : les femmes et les enfants ont leur part individuelle, en plus de leur part « familiale ».
Likouté Si’hot : Au don de la Torah, le dévoilement provenait « d’en Haut », on ressentait « l’émetteur » plus que le « récepteur » ; c’est pourquoi les femmes n’étaient pas comptées séparément, car elles étaient incluses [par leur mari] avec les six cent mille hommes. Dans Vayakhel, les femmes et enfants ont leur part individuelle.
Guemara ‘Haguiga 3a : Les hommes viennent (au Hakhel) pour étudier, les femmes viennent pour entendre [et s’inspirer]. Les enfants, pourquoi viennent-ils ? Pour apporter un mérite à ceux qui les ont emmenés.
8 – Construire un Tabernacle en rapprochant les juifs à la Torah
Enseignement : Le véritable « Hakhel » : avoir un impact sur chaque membre de la famille, pour se rassembler tous autour de D.ieu !
Likouté Si’hot : Chacun a le devoir et le mérite de faire en sorte que la Che’hina réside durablement dans le foyer, que la famille entière et l’intégralité du foyer deviennent un « Tabernacle » pour D.ieu. Cela n’est possible que lorsqu’on ne se contente pas d’influencer le mari et chef de la maison, mais qu’un effort est fourni pour influencer également la femme, le pilier de la maison (de façon cachère et permise), ainsi qu’en s’occupant activement des enfants [en s’adaptant à leur niveau] et en fournissant des efforts pour y parvenir.
Mala’hie 3, 24 : [D.ieu] ramènera le cœur des pères à leurs enfants. (Les parents reviendront par leurs enfants – Rachi)
Jérémie 31, 7 : Je vais les ramener de la région du Nord, les rassembler des extrémités de la terre ; l’aveugle, le boiteux, la femme enceinte et l’accouchée – tous ensemble : en grande foule, ils reviendront ici.
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Ki-Tissa – L’enseignement du Kyor
Source: Likouté Si’hot volume 6, première Si’ha sur Ki-Tissa
MEKOROT
1 – Dans notre Paracha: L’injonction de fabriquer le Kyor (bassin d’ablution)
Ki-Tissa 30, 17: D.ieu parla ainsi à Moché: « Tu feras un bassin de cuivre, avec son support en cuivre, pour les ablutions ; tu le placeras entre la Tente d’assignation et l’autel et tu y mettras de l’eau. Aharon et ses fils y laveront leurs mains et leurs pieds ».
Maïmonide, lois de la maison d’élection 1, 5: Voici les éléments essentiels de l’édification du Temple: on y construit le Kodèch (le Saint), le Kodèch HaKodachim (le Saint des Saints) … le Kyor (bassin d’ablution) et son socle, avec lequel les Cohanim se sanctifiaient les mains et les pieds pour le service du Temple.
2 – Analyse: Pourquoi l’injonction du Kyor est-elle séparée des autres ustensiles ?
L’usage du Kyor ne fait pas partie du service, il sert de préliminaire.
‘Hizkouni Ki-Tissa 30, 18: Etant donné que le Kyor ne servait qu’à la préparation de la Mitsva, l’injonction de sa fabrication n’est pas citée plus tôt (dans les Parachiot précédentes) avec les autres ustensiles.
Rachi Ki-Tissa 30, 18: Le Kyor n’était pas devant la tente d’assignation. Il était légèrement décalé vers le sud.
3 – Analyse: Quelles étaient les dimensions du Kyor et à qui était-il destiné ?
Le Kyor devait contenir de quoi sanctifier quatre personnes.
Guemara Zva’him 19b: Un Kyor ne pouvant [contenir assez d’eau pour] sanctifier quatre Cohanim, ne peut être utilisé, car il est écrit (Pekoudé 40, 31): « Moché, Aharon et ses fils s’y laveront » (« Moché et Aharon »: cela fait deux personnes, « ses fils »: encore deux personnes. Car Moché était également Cohen durant les sept jours d’inauguration – Rachi).
4 – Pourquoi inclure Moché alors qu’il n’était en service que pour l’inauguration ?
Le paradoxe du Kyor: un acte préliminaire au service, mais qui inclut Moché, rendant cet acte plus important que le service même.
Likouté Si’hot: Les jours d’inauguration étaient une préparation à l’ensemble du service d’Aharon et de ses fils. Ainsi, puisque le Kyor aussi servait de préparation au service quotidien, sa quantité devait inclure également Moché qui s’en servit durant l’inauguration, la période de préparation. Le Kyor possédait donc une qualité particulière, par laquelle il se distinguait de tous les autres ustensiles du Tabernacle: on y fait mention à Moché qui est plus grand qu’Aharon, et bien plus: à la présence de Moché avec tous les Cohanim de cette génération.
5 – On retrouve ce paradoxe dans la fabrication atypique du Kyor, par Moché
Autre paradoxe du Kyor: un ustensile construit avec des miroirs que Moché refusa au départ, mais que D.ieu trouva « plus chers que tout »…
Vayakhel 38, 8: Il fabriqua le Kyor en cuivre et son support, au moyen des miroirs des [femmes qui s’étaient] attroupées à l’entrée de la Tente d’assignation.
Rachi: Avec les miroirs des attroupées (תֹואבְ ֹוצּ הַ ). Les femmes d’Israël possédaient des miroirs dans lesquels elles se regardaient pour se maquiller. Et même ces miroirs, elles n’ont pas hésité à les offrir pour le Tabernacle. Moché répugnait à les accepter, car ils servaient au mauvais penchant. D.ieu lui dit: « Accepte-les ! Ils me sont plus chers que tout, c’est grâce à eux que les femmes ont donné le jour à des armées (תוֹ אבָ צְ ) d’enfants en Egypte ! ».
6 – Développement: Ces miroirs étaient-ils indispensables pour le Tabernacle ?
L’objectif du Tabernacle: même les éléments les plus « bas » contribuent à la « demeure divine ici-bas ».
Likouté Si’hot: L’innovation de l’injonction divine de: « construire un sanctuaire dans lequel D.ieu résidera » (Terouma 25, 8) est que les enfants d’Israël prennent des objets matériels pour en faire un sanctuaire pour D.ieu. Ainsi sera achevé le but: « D.ieu désire avoir une demeure ici-bas », « ici-bas » désignant même un objet « le plus bas possible ». Voilà pourquoi il fallait avoir, dans le Tabernacle, les miroirs qui servent « au mauvais penchant »: afin que même cet objet désignant la bassesse devienne lui-même une « demeure pour D.ieu ».
7 – Alors pourquoi, initialement, « Moché répugnait-il à accepter ces miroirs » ?
Moché estimait qu’il ne fallait pas descendre aussi « bas », il voulait élever le peuple d’Israël à « Zé » – l’Essence Divine !
Rachi sur Matot 30, 2: Les prophètes commencent leurs prophéties par la formule: « Ainsi (‘Ko’) a parlé D.ieu… » ; Moché les dépasse par le fait qu’il prophétise par la formule: « Ceci (‘Zé’) est la chose… ».
Guemara Yevamot 49b: Tous les prophètes observaient [le Divin] par une « vitre non transparente » [qui reflète la lumière (comme un miroir)], alors que Moché observait par une « vitre transparente », [directement].
Likouté Si’hot: Moché observait l’Essence même du divin [et pas que son reflet], voilà pourquoi il désirait que l’émanation Divine résultant du Tabernacle soit également une émanation liée à cette Essence divine (« ceci – ‘Zé’ »). Bien que l’objectif divin est de construire une demeure divine ici-bas, Moché estimait qu’à son niveau (auquel il désirait élever tout Israël), les autres matériaux de la collecte du Tabernacle (et surtout le « cuivre » et ce qu’il représente) – étaient suffisamment « bas » pour réaliser cet objectif divin…
8 – La réponse de D.ieu à Moché: le Tabernacle a besoin de ces « miroirs » !
D.ieu répond que la soumission d’un homme pour ne pas écouter le mauvais penchant est « plus chère que tout » !
Likouté Si’hot: D.ieu répondit à Moché que dans un Tabernacle il faut aussi un élément aussi « bas » qu’un objet « suscitant le mauvais penchant ». Bien au contraire: lorsqu’on se sert d’un objet aussi bas pour ériger « les armées de D.ieu », l’armée désignant l’effort de la soumission à D.ieu, un effort qui s’apprécie surtout lorsque le mauvais penchant s’exprime…, alors D.ieu affirme: ces éléments « me sont plus chers que tout ! ».
9 – Enseignement: Le « nettoyage spirituel » d’un juif est « plus cher que tout » !
Le nettoyage spirituel de l’être humain, en « préparation » au service divin, est plus précieux que le service même ! Cette soumission à D.ieu exprime la qualité de Moché, combinée à celle d’Aharon et de tous les Cohanim.
Likouté Si’hot: Bien que le Kyor ne soit qu’un acte préliminaire au service, ce qui le rend inférieur aux autres ustensiles de service (ce qui son injonction dans une Paracha distincte) – cependant, puisque cette préparation sert à « se laver les mains et pieds », au fait qu’un juif se nettoie des éléments indésirables – cette préparation est plus chère à D.ieu que le service divin qui suivra sur l’autel ou dans la Tente d’assignation !
En effet, c’est spécifiquement dans ce nettoyage que l’on retrouve l’objectif de « repousser le mal », à l’image des « armées de D.ieu » qui résultèrent des « miroirs des attroupées ». Voilà pourquoi, c’est justement dans l’ustensile du Kyor qu’il est fait allusion à Moché (et à tous les Cohanim), car le fait de repousser le mal et de se soumettre à D.ieu exprime l’effacement authentique et absolu devant D.ieu, ce qui constitue la qualité de Moché, associée aux qualités d’Aharon et de tous les Cohanim, exprimant également la discrétion et la soumission à D.ieu: « Aharon fut distingué pour être éminemment saint, lui et ses fils » (Chroniques I 23, 13).
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Pourim – Tetsavé – Za’hor – Du 11 au 15 Adar
Source : Likouté Si’hot volume 21, Si’ha sur Pourim-Tetsavé
MEKOROT
1 – La Michna traite divers scénarios concernant les jours de lecture de la Meguila
Pour accommoder les « villageois », la Meguila pouvait être lue à partir du 11 Adar, voire même depuis le début du mois.
Michna Meguila 1, 1 : La Meguila est lue le 11, le 12, le 13, le 14 et le 15 [Adar], ni avant et ni après. Les forteresses entourées de murailles depuis l’époque de Yehochoua – liront le 15. Les villages et les grandes villes liront le 14, sauf que les villageois avanceront leur lecture aux jours de marché (les lundis et jeudis).
Guemara (4b) : Les Sages ont fait cette facilité aux villageois parce qu’ils fournissent l’eau et la nourriture à leurs frères des grandes villes (cet aménagement est un salaire aux villageois, pour leur approvisionnement – Rachi).
Talmud de Jérusalem, Meguila 1, 1 : On enseigna au nom de Rabbi Nathan : tout le mois d’Adar est apte à
la lecture de la Meguila, car il écrit : « le mois qui leur fut transformé de tristesse en joie etc. » (Esther 9, 22).
2 – Analyse Hala’hique : Peut-on, de nos jours, lire la Meguila avant Pourim ?
La Hala’ha l’autorise aussi de nos jours, dans des cas particuliers.
Choul’han Arou’h, Ora’h ‘Haïm 688, 7 : Celui qui s’apprête à voyager en mer ou pour un long parcours et ne trouve pas de Meguila à emporter avec lui, il la lira le 13, le 12 ou le 11 Adar, sans Bera’ha. Et s’il ne peut attendre [jusqu’au 11 Adar], certains affirment qu’il pourra même lire dès le début du mois d’Adar. Note du Rama : La coutume est ainsi (d’autoriser dès le début du mois). Néanmoins, s’il trouve plus tard une Meguila, il la relira le 14 Adar.
3 – Développement : « La Meguila est lue » : lecture « classique » ou « prématurée » ?
« La Meguila est lue » : la lecture à partir du 11 Adar n’est pas un « rattrapage » !
Une lecture atypique, à dates multiples, qui rappelle le caractère atypique de la Meguila et sa sainteté éternelle.
Likouté Si’hot : La Michna commence volontairement la série des jours par le 11ème jour (et non par les 14ème et 15ème) pour préciser que la lecture du Meguila du 11 au 13 Adar n’est pas qu’un aménagement pour que les villageois puissent accomplir la Mitsva qui leur incombe, mais c’est aussi une lecture valide, en tant que telle.
C’est là le sens de la formulation « la Meguila est lue » (et pas « on lira la Meguila ») pour indiquer que c’est le moment de la Meguila : ce n’est pas un jour de rattrapage, mais bien comme un jour de lecture « classique ».
Guemara Meguila 2a : D’où sait-on que la Meguila est lue dès le 11 Adar ? Car le verset dit : « pour accomplir
lesjours de Pourim en leur temps » (Esther 9, 31) – de nombreuses dates furent instaurées, d’emblée, par les Sages.
4 – Cette lecture à « dates multiples » correspond à l’aspect atypique de la Meguila
C’est le « temps » de la Meguila.
Likouté Si’hot : Le processus d’écriture de la Meguila ne ressemble pas aux autres livres de la bible : les Sages étaient partagés sur le sujet (Guemara Meguila 7a). Néanmoins, une fois écrite, la Meguila fait partie des Livres Saints, elle est aussi sainte que les autres hagiographes de la Bible, voire même plus ! Comme l’affirme Maïmonide (lois de la Meguila 2, 8) : « [La lecture] de tous les livres de prophètes et des hagiographes sera annulée lorsque Machia’h viendra, sauf la Meguila d’Esther [qui sera lue] comme les cinq livres de la Torah ».
5 – Un autre aspect atypique de la Meguila : le Nom de D.ieu n’y figure pas !
Si le Nom de D.ieu ne figure pas dans la Meguila, c’est pour évoquer son lien avec un niveau divin essentiel et « indéfinissable ».
Likouté Si’hot : Selon le sens simple, l’absence du Nom de D.ieu indique un niveau de sainteté plus bas, d’un livre qui ne possèderait pas en lui la sainteté du Nom de D.ieu. Et pourtant, en approfondissant le sujet, cette « absence divine » fait allusion au fait que la Meguila est liée à un niveau de Divinité ne pouvant être « saisi » ou défini par un nom, un niveau essentiel transcendant les Saints Noms : « Je suis Celui que Je suis ».
Guemara ‘Houline 139b : Esther est allusionnée dans le verset : « Moi, Je Me cacherai (Astir) » (Vayélè’h 31, 18).
6 – Approfondissement : La Forteresse, la Cité et le Village dans la service divin
La « Forteresse » : un service divin intellectuel et impénétrable. La « Cité » : un service divin avec les sentiments innés. Le « Village » : la soumission à D.ieu pour « labourer » ce monde et le faire « pousser » !
Likouté Si’hot : La « Forteresse » : L’homme au service divin « protégé », qui ne laisse entrer aucun ennemi. Cela fait référence à un service divin intellectuel, lié au plaisir de la réflexion et de la compréhension du divin.
La « Cité » : L’homme qui, comme l’habitant d’une cité, ne « laboure » pas et ne travaille pas les matières premières, il utilise des éléments préexistants pour construire une Cité divine, installer la divinité dans le monde. Cela fait référence à un service divin émotionnel, lié à l’amour et à la crainte de D.ieu [préexistants chez le Juif].
Le « Village » : L’homme qui doit « labourer » le sol inculte, l’occultation de ce monde, pour y rendre possible la « plantation » productive. Cela fait référence au service divin dans ce monde, avec la soumission profonde liée à la « reconnaissance ». La Michna commence par la lecture du 11ème jour, celle des villageois, liée à l’Essence divine.
7 – Le lien avec la Paracha Tetsavé : la présence « essentielle » de Moché
Le lien avec la Paracha Tetsavé : l’absence du nom de Moché qui indique en fait une présence essentielle
et hors-normes…
Ba’al Hatourim, Tetsavé 27, 20 : Le nom de Moché n’est pas cité dans cette Paracha, alors qu’il est cité dans chaque Paracha du reste de la Torah (depuis sa naissance). En effet, Moché affirma : « [Et sinon], efface-moi de Ton Livre » (Ki-Tissa 32, 32) ; or, la malédiction d’un Sage, même conditionnée, doit se réaliser d’une certaine façon.
Likouté Si’hot : Superficiellement, cela n’a pas l’air positif. Cependant, puisqu’on sait que « même un animal impur, la Torah ne blâme pas » (Guemara Baba Batra 123a), il est clair que cette absence du nom de Moché est liée à une qualité, à la perfection. En effet : la Paracha entière est appelée « Tetsavé (tu ordonneras) » faisant référence à l’essence même de Moché, transcendant son prénom et tous les surnoms de l’âme. Et c’est justement cette essence qui attacha (« Tsavta ») tous les enfants d’Israël, même ceux qui firent le veau d’or, avec l’Essence divine.
8 – Le lien avec la Paracha Za’hor : Comment éradiquer notre propre « Amalek » ?
Enseignement : Amalek cherche à « détacher » les acquis intellectuels et émotionnels du comportement de l’homme. La seule solution : la soumission absolue à D.ieu !
Chné Lou’hot Habrit, Tetsavé : Le chiffre « 11 » à la même valeur numérique que les deux dernières lettres du tétragramme, le chiffre « 15 » – celle des deux premières lettres ; et c’est Amalek qui les sépare.
Likouté Si’hot : L’objectif d’Amalek est de faire en sorte que la connaissance de l’intellect et l’émotion du cœur (le « 15 ») n’impactent pas sur les pensées, paroles et actions de l’homme, dans la Torah et les Mitsvot (le « 11 »). Il faut donc introduire la soumission dans le service divin, comme les « Villageois », pour arriver à la qualité intellectuelle de la « Cité », alors le Nom de D.ieu sera entier, très rapidement et de nos jours !
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Terouma – Les cèdres de notre ancêtre Ya’akov
Source : Likouté Si’hot volume 31, seconde Si’ha sur Terouma
MEKOROT
1 – Dans notre Paracha : Les matériaux sélectionnés par D.ieu pour le Tabernacle
Les cèdres utilisés pour le Tabernacle furent plantés par Ya’akov en Egypte et emportés à la sortie d’Egypte.
Terouma 25, 3 : Et voici l’offrande que vous recevrez d’eux : Or, argent et cuivre ; étoffes d’azur, de pourpre, d’écarlate, de fin lin et de poil de chèvre ; peaux de bélier teintes en rouge, peaux de Ta’hach et bois de Chittim.
Rachi : Et des bois de Chittim. D’où en avaient-ils dans le désert ? Rabbi Tan’houma a expliqué : notre ancêtre Jacob avait prévu, par inspiration divine, que le peuple d’Israël construirait un jour un Tabernacle dans le désert. Il introduit des cèdres en Egypte, qu’il planta, puis il ordonna à ses enfants de les emporter en sortant d’Egypte.
2 – Analyse : Pourquoi fallait-il emporter tant de cèdres, depuis l’Egypte ?!
Ne pouvaient-ils pas obtenir ces cèdres d’une autre façon ?!
Divré David du Taz : Ne pouvaient-ils pas acheter les cèdres dans d’autres pays, comme les aliments complémentaires qu’ils achetaient chez les commerçants des nations (qui passaient par le désert) ?
Ibn Ezra : Logiquement, il aurait été plus simple d’expliquer qu’il y avait pas loin du Mont Sinaï une forêt de cèdres et qu’ils coupèrent tous les arbres de cette forêt [pour construire le Michkan].
3 – Développement : Analyse de l’injonction divine pour la collecte des matériaux
Le texte fait allusion au fait que les matériaux du Tabernacle étaient déjà en possession du peuple d’Israël.
Terouma 25, 1 : D.ieu parla à Moché en ces termes : « Invite les enfants d’Israël à prendre pour Moi un prélèvement (une offrande). De quiconque qui sera porté par son cœur, vous prendrez Mon prélèvement. Et voici le prélèvement que vous prendrez d’eux : Or, argent et cuivre etc. (suite de la liste dans la référence n° 1).
Likouté Si’hot : A priori, le texte aurait dû employer le terme « donner » (ou « emmener »), qui indique l’action du donateur. Pourtant, le texte emploie le terme « recevoir », qui indique l’action des percepteurs récupérant le don ? De là nous comprenons que les éléments cités dans le texte, pour l’offrande du Tabernacle, étaient déjà en possession des enfants d’Israël ; il ne manquait plus que l’action de leur « récupération ».
4 – Cela explique la précision d’un autre commentaire de Rachi dans notre Paracha
Rachi commente également les autres matériaux, la raison pour laquelle ils étaient en leur possession dans le désert.
Rachi Terouma 25, 4 : D’azur. De la laine teinte du sang du ‘Hilazon, de couleur verte. Et de pourpre. De la laine teinte d’une couleur appelée « Argamane ». Et du lin (« Shesh »). C’est du lin.
Likouté Si’hot : L’intention de Rachi n’est pas d’expliquer quels étaient ces matériaux, mais plutôt de répondre à la question générale « D’où avaient-ils dans le désert » ces matériaux ? Pourquoi auraient-ils emporté avec eux des pots de peinture ?! Voilà pourquoi Rachi explique : c’était « de la laine teinte » etc.
Bo 10, 9 : Moché dit : « …Nous irons avec nos brebis et nos boeufs »
Rachi Berechit 2, 11 : Pichone. C’est le Nil, le fleuve de l’Egypte… le Pichozne fait pousser le lin (Pichtan).
5 – Pourquoi Ya’akov dut planter des cèdres en Egypte, 200 ans auparavant ?!
En Egypte, ces cèdres furent une source de grande consolation pour le peuple d’Israël !
Likouté Si’hot : Rachi y répond par allusion, en indiquant le nom de l’auteur « Rabbi Tan’houma », qui signifie étymologiquement « le consolateur » : ainsi, lorsque les enfants d’Israël étaient durement asservis dans l’exil Egyptien, tout en se rappelant de la promesse divine qu’ils allaient s’en sortir, ils « puisaient » de la consolation, tout au long de l’exil, en voyant de leurs propres yeux, les cèdres que Ya’akov avait planté en Egypte, cèdres qu’il « ordonna à ses enfants (qui transmettront à leurs enfants), de les emporter avec eux en sortant d’Egypte ».
6 – Le sens de la précision de Rachi : « Ya’akov introduit des cèdres en Egypte »
La provenance de ces cèdres – la terre d’Israël – accentua la consolation !
Be’er Maïm ‘Haïm (frère du Maharal de Prague) : Ya’akov emmena les cèdres de la terre d’Israël.
Likouté Si’hot : Ce détail (« il introduit ») est important pour la consolation : le fait de voir physiquement des cèdres importés de la Terre d’Israël, rappelant la délivrance, souligne davantage le fait qu’ils ne sont pas entièrement sous l’emprise de l’Egypte, qu’ils finiront par y sortir pour se rendre (avec ces cèdres) en Israël.
7 – Approfondissement : Le message de « Rabbi Tan’houma » est d’actualité !
L’exil actuel a également pour but de « construire un Tabernacle dans le désert ».
Rabbenou Be’hayé sur Massé : L’histoire des [quarante-deux] « voyages » (étapes) fait aussi allusion au futur. Tout comme, lors de la première délivrance, les enfants d’Israël sortirent de l’Egypte vers le désert ; ainsi en sera-t-il pour la dernière délivrance : de nombreux Juifs sortiront vers le « désert ».
Likouté Si’hot : Le but de ce voyage est de « construire un Tabernacle dans le désert » : de faire du désert, un lieu négatif et vide de toute sainteté, un Sanctuaire pour D.ieu ! Puis, à l’issue de ce travail, on pourra construire, au sens littéral, le troisième Temple dans lequel se dévoilera également le Tabernacle de Moché.
8 – Enseignement : Où peut-on trouver les forces dans un exil aussi obscur ?!
Notre consolation passe par les « cèdres », les Tsadikim que Ya’akov planta au fil des générations pour nous conduire jusqu’à Machia’h
Kli Yakar sur Terouma 26, 15 : Ces « cèdres » font allusion au verset : « Le Juste fleurit comme le palmier ; comme le cèdre du Liban, il est élancé » (Psaume 92).
Megalé ‘Amoukote : Le mot « Nassi (chef) » constitue les initiales de : « l’étincelle de Ya’akov notre père ».
Tanya, Igueret Hakodèch 7 : « La beauté de Ya’akov évoque celle d’Adam, le premier homme » (Guemara Sanhedrin 84a), car c’est lui qui répara sa faute. Son âme portait donc également en elle toutes les âmes d’Israël, d’un monde à l’autre (du monde caché vers le monde révélé).
Likouté Si’hot : Ceci est la consolation d’Israël dans le « désert des nations » : ils ont avec eux les « cèdres », les Justes que Ya’akov notre ancêtre planta dans chaque génération, qui transcendent l’exil. Ils encouragent tout le peuple d’Israël à ne pas être impressionné par l’obscurité de l’exil, mais au contraire, à surmonter cet exil – allant même jusqu’à construire un « Tabernacle » dans le « désert » ! Ainsi, nous mériterons la consolation parfaite – l’unique consolation possible après ce dernier exil qui a tant duré : la délivrance réelle et parfaite !