Dans les Likoutei Si’hot Noa’h volumes 1 à 35 des Likouteï Si’hot, le Rabbi développe des enseignements d’une étonnante actualité. L’arche, la colombe, l’arc dans la nuée ou la dispersion de Bavel deviennent sous son regard autant de clés pour le service de D.ieu, l’éducation et le rapport à autrui. Voici, Si’ha par Si’ha, l’intégralité de ces enseignements.
Likoutei Si’hot Noa’h volume 1
Quand les soucis débordent : la leçon de l’arche de Noa’h
Le Déluge ne fut pas uniquement une sanction frappant une génération corrompue ; il fut également un acte de purification. On peut appliquer ce même enseignement aux « eaux abondantes » que représentent les tracas de la Parnassa. Bien qu’ils paraissent semer le trouble et la confusion dans l’esprit de l’homme, ces soucis possèdent en vérité une vertu purificatrice. Car c’est précisément à travers eux que l’homme s’efface de sa propre réalité, qu’il parvient au Bitoul de son existence, et qu’il devient ainsi un réceptacle apte à contenir la sainteté.
Les eaux du Déluge se composaient de deux sources distinctes. Il y avait d’une part « l’abîme immense », Tehom Rabba, qui correspond aux tracas d’ordre purement matériel ; et d’autre part « les écluses des cieux », Aroubot HaChamayim, qui désignent les préoccupations liées à l’activité communautaire et au service public. Ces deux catégories de soucis constituent, elles aussi, un véritable déluge. Pour échapper à ses flots, l’homme doit pénétrer à l’intérieur des Tevot de la Torah et de la prière, ces paroles saintes qui forment autant d’arches protectrices.
Noa’h ne reçut pas l’ordre d’entrer seul dans l’arche : il lui fut commandé d’y faire pénétrer son épouse, ses enfants, ainsi que « tout ce qui vit ». Il ne s’agit donc nullement, pour l’homme, de ne se préoccuper que de son propre salut. Au contraire, il lui incombe de faire entrer dans la Teva son épouse et ses enfants, c’est-à-dire ses disciples qui reçoivent son enseignement. Car c’est justement par ce souci d’autrui qu’il méritera l’assistance d’En Haut, afin que son étude de la Torah et sa prière soient accomplies comme il se doit. Bien plus, l’homme doit également introduire dans la Teva « tout ce qui vit », c’est-à-dire l’ensemble des êtres et des choses avec lesquels la Hachga’ha Pratit, la providence divine, l’a mis en relation, et qui seraient perdus sans l’influence qu’il exerce sur eux.
Il existe un Maamar, un discours ‘hassidique commençant par les mots « Rabbi Akiva dit : Heureux êtes-vous, Israël », qui fut prononcé lors de la Parachat Noa’h, en l’année 5667 (1906). Son lien avec la Parachat Noa’h tient à ceci : les deux expressions « Devant Qui vous purifiez-vous ? » et « Qui vous purifie ? » correspondent à deux degrés de la Techouva. Le premier est le repentir qui efface les fautes ; le second est la Techouva évoquée par le verset « et l’esprit retournera vers D.ieu ». Ces deux degrés représentent le mouvement qui descend d’en haut vers le bas et celui qui s’élève du bas vers le haut, qui sont précisément les deux aspects de l’arche de Noa’h : les Tevot de la Torah et les Tevot de la prière.
Le service divin désigné par « et l’esprit retournera » est celui de la Messirout Nefech, le don de soi, et il concerne chaque Juif sans exception. En effet, toute brisure par laquelle l’homme se brise lui-même relève déjà du don de soi, selon le principe « que m’importe une mise à mort totale ou une mise à mort partielle ». Même l’homme de grande stature doit savoir que, privé du service du don de soi, il ne possède aucun lien avec la sainteté, ainsi qu’il est écrit : « Je réside dans les hauteurs et dans la sainteté, mais aussi auprès du contrit et de l’humble d’esprit ». Enfin, la finalité de cette sortie hors de sa propre réalité est que, même lorsqu’il revient à son existence ordinaire, l’homme en demeure imprégné et que le service accompli auparavant continue de se faire sentir en lui.
Likoutei Si’hot Noa’h volume 3
Se faire un nom et recevoir la récompense de tous
« Et nous nous ferons un nom » doit passer par une réalisation spirituelle, comme la construction d’une Yechiva.
La faute de la génération de la dispersion fut de ne vouloir que « nous nous ferons un nom », sans aucun contenu spirituel dans leur vie. La leçon : en cette génération, après le déluge, il faut bâtir des Yechivot, et c’est ainsi que l’on se fera un nom.
Avraham « reçut la récompense de tous » parce qu’il s’occupa d’élever les hommes de sa génération.
« Dix générations de Noa’h jusqu’à Avraham… jusqu’à ce que vienne Avraham, qui reçut la récompense de tous. » Si Avraham, et non Noa’h, reçut la récompense de toutes les générations qui l’avaient précédé, c’est que la génération de la dispersion méritait une récompense pour l’unité qui régnait entre ses membres. Seulement, elle ne put la recevoir, car elle s’était attaquée au principe même de la foi. Avraham s’étant occupé des hommes de sa génération, il recueillit aussi ces étincelles. La génération de Noa’h, en revanche, n’avait droit à aucune récompense, et même si elle y avait eu droit, Noa’h ne l’aurait pas recueillie, puisqu’il ne s’était pas occupé de ses contemporains. La leçon : en rapprochant les Juifs par la voie de la bonté, on élève toutes les étincelles, y compris celles des générations passées.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 5, Si’ha 1
Parler en bien de son prochain
L’enseignement « puisque le verset le mentionne, il fait son éloge », ou « l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions », n’apparaît qu’ici, et non la première fois que Noa’h est nommé, car il y était mentionné en rapport avec « Voici la descendance d’Adam ». Il nous enseigne que parler en bien de son prochain sert la Paracha et le service de Noa’h.
Rachi commente (6,9) : « Voici la descendance de Noa’h. Noa’h était un homme juste : puisque le verset le mentionne, il fait son éloge, comme il est dit : La mémoire du juste est en bénédiction. Autre explication : pour t’enseigner que l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions. »
La première explication, selon laquelle « descendance » se rapporte à « Noa’h engendra » du verset suivant, tandis que « Noa’h était un homme juste » est dit en passant, « puisque le verset le mentionne », est la principale, car au sens simple « descendance » désigne les enfants. Elle présente cependant une petite difficulté : il est un peu forcé de dire que la Torah interrompt son propos par une incise. Rachi cite donc une seconde explication : « pour t’enseigner que l’essentiel de la descendance des Justes, ce sont les bonnes actions ». Mais cette seconde explication se heurte à la difficulté déjà relevée, puisqu’au sens simple « descendance » signifie les enfants.
Dans les deux explications, il faut comprendre pourquoi « Voici la descendance de Noa’h » n’est pas dit dans la Paracha Béréchit, lorsqu’il est mentionné pour la première fois, ni à propos des autres Justes qui y sont cités. (Quant aux Justes mentionnés plus loin dans la Torah, on peut dire que tel est le sens du mot de Rachi « pour t’enseigner » : pour les autres Justes, on l’apprend de Noa’h.)
L’explication : la Paracha Béréchit traite de « Voici le livre de la descendance d’Adam ». Tous ceux qui y sont énumérés le sont uniquement pour exposer la descendance d’Adam, et il n’y avait donc pas lieu de parler d’eux, car là n’est pas l’essentiel.
Certains commentateurs proposent une troisième lecture, selon laquelle « Noa’h était un homme juste » prolongerait « Et Noa’h trouva grâce aux yeux de D.ieu ». Mais Rachi l’écarte, même comme troisième explication, en citant le mot « Voici », Elé, en tête de son commentaire : Elé ouvre un sujet nouveau, contrairement à Véélé, dont le Vav ajoute à ce qui précède.
Du vin de la Torah : « La médisance tue trois personnes. » Car la parole révèle ce qui était caché dans la pensée, et de même, parler du mal qui se trouve en un homme le fait apparaître. Or « la mesure du bien est plus grande » : parler en bien de quelqu’un donne de la force à son service, et fait apparaître le bien qui est en lui. C’est pourquoi « puisque le verset le mentionne, il fait son éloge » figure dans la Paracha Noa’h, qui parle du service de Noa’h, et non dans la Paracha Béréchit, qui évoque la grâce accordée à Noa’h par un éveil venu d’en haut : « il trouva grâce », car une trouvaille vient d’en haut.
On en tire une leçon sur l’importance de parler en bien de son prochain, d’autant que celui qui parle en reçoit lui aussi une bénédiction, car notre Père ne nous bénit que lorsque « nous tous sommes comme un ».
Likoutei Si’hot Noa’h volume 5, Si’ha 2
Le lion, la peine de Noa’h et la joie de la mission
Selon l’explication « seul Noa’h », on comprend mal pourquoi le verset ne dit pas explicitement « seul Noa’h ». Selon l’explication « il gémissait à cause de la peine que lui donnaient les bêtes », on ne voit pas pourquoi ce manque ne toucha que Noa’h et non ses fils. Et selon l’explication « il tarda à nourrir le lion », la difficulté est que ce lion aurait dû être un Eideler, un lion raffiné. Du vin de la Torah : un manque dans les choses indispensables ne doit pas troubler l’homme, mais il doit tout donner à autrui en son temps.
Sur le verset (7,23) « Il ne resta que Noa’h », Rachi commente : « Seul Noa’h, tel est le sens simple. Selon le Midrach, il gémissait et crachait du sang à cause de la peine que lui donnaient les bêtes et les animaux. Autre explication : il tarda à nourrir le lion, qui le mordit. C’est de lui qu’il est dit : Voici que le juste est rétribué sur la terre. »
La difficulté porte sur les mots Ak Noa’h. Partout où figure le mot Ak, il introduit une nouveauté que l’on ignorerait sans lui. (Par exemple, après que la Torah a dit que « tout animal de la terre vous servira de nourriture », on aurait pu penser que le membre arraché à un animal vivant était permis, et le verset enseigne donc : « Mais, Ak, la chair avec son âme, son sang, vous ne la mangerez pas. ») Or on ne voit pas ce qu’il y a de nouveau à ce que Noa’h soit resté en vie. Rachi explique donc : « seul Noa’h ».
Mais cette explication est difficile : si le sens est « seul Noa’h », on ne comprend pas pourquoi la Torah ne l’écrit pas explicitement. Rachi cite donc le Midrach Aggada, selon lequel Ak est une restriction : Noa’h resta, mais diminué, gémissant et crachant du sang. Les détails du Midrach sont d’ailleurs suggérés par le mot Ak : celui qui gémit pousse un Oï, qui commence par la lettre Aleph, et le mot hébreu pour « cracher du sang » commence par la lettre Kaf. Cela vient en outre à la suite de « Il effaça tous les êtres », ce qui montre que le manque de Noa’h était considérable, et l’on en déduit qu’il « crachait du sang ».
Selon le Midrach Aggada, il reste à comprendre pourquoi seul Noa’h fut atteint de ce Ak, de ce manque, et non ses fils, qui aidaient certainement leur père dans l’arche.
Rachi explique donc : « il tarda à nourrir le lion, qui le mordit ». Le lion étant le roi des animaux, il est logique que ce soit Noa’h en personne qui le nourrissait.
Il en résulte cependant une autre difficulté : le lion sauvé du déluge aurait dû être un Eideler, un lion raffiné, et Noa’h le nourrissait. Il est donc difficile d’admettre qu’il l’ait mordu pour un simple retard de repas. Rachi cite donc le verset « Voici que le juste est rétribué sur la terre ». Toutefois, la difficulté de cette explication est plus grande que celle de la précédente, et c’est pourquoi Rachi place d’abord l’explication « à cause de la peine que lui donnaient les bêtes ». (Une note précise qu’il faudra dire que la peine de Noa’h était plus grande, parce qu’il était plus âgé, et que l’ordre de nourrir les animaux lui avait été adressé à lui personnellement.)
Du vin de la Torah : lorsqu’un Juif a reçu une mission du chef de notre génération, il peut penser que cela démontre son importance et qu’en principe les honneurs lui reviennent. Il affirme alors qu’il renonce aux honneurs, mais demande pourquoi il connaît des soucis. On lui répond que « cela s’est déjà produit dans les temps anciens », chez Noa’h. Il objecte que, lorsqu’il « gémit », il peut accomplir sa mission par acceptation du joug, mais non dans la joie. On lui répond que l’enseignement « il gémissait » se tire de ce que « il ne resta que Noa’h » figure dans le même verset que « Il effaça ». Lorsqu’il considère « l’effacement » de notre génération et qu’il mesure qu’il en a été sauvé, il éprouve la plus grande joie d’avoir échappé au déluge. Et si, pour sa propre personne, un manque même dans les choses indispensables ne doit pas le troubler, envers autrui il doit tout donner en son temps : il lui est interdit de retarder la nourriture du lion.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 1
la fenêtre et la pierre précieuse
Tsohar : selon les uns, une fenêtre, ce qui explique l’expression « tu feras à l’arche » ; selon les autres, une pierre précieuse, que l’on pouvait porter dans toutes les parties de l’arche. Il existe deux manières de révéler la Divinité : ouvrir une fenêtre dans les vêtements de la nature, et faire en sorte que la nature en vienne à briller par elle seule.
Sur le verset (6,16) « Tu feras un Tsohar à l’arche », Rachi commente : « Tsohar : selon les uns, une fenêtre ; selon les autres, une pierre précieuse qui les éclairait. »
Or le mot Tsohar est au singulier, et il faut comprendre comment une seule fenêtre ou une seule pierre précieuse pouvait éclairer toute l’arche, d’autant que l’arche était divisée en étages et en compartiments.
L’explication : il est évident que l’ordre divin de construire l’arche ne détaillait pas tout, et que Noa’h veilla de sa propre initiative à ce qu’il y ait de la lumière dans l’arche, avec de l’huile ou par d’autres moyens. (C’est pourquoi Rachi ne cite pas une troisième explication selon laquelle le Tsohar serait de l’huile : il va de soi que Noa’h en avait emporté.) Il faut donc dire que la Torah, en employant le mot Tsohar au singulier, qui ne suffit pas à éclairer toute l’arche, vise un surcroît de lumière. Rachi en donne deux explications. La première, une fenêtre, est la principale, car elle explique l’expression « tu feras à l’arche » (et non « tu introduiras dans l’arche » ou une formule semblable). Mais elle soulève une difficulté : on ne voit pas à quoi pouvait servir une seule fenêtre pour toute l’arche, divisée en étages et en compartiments.
D’où la seconde explication, « une pierre précieuse », que l’on pouvait porter dans toutes les parties de l’arche.
Du vin de la Torah : il existe deux façons d’éclairer l’arche. Le service commence par l’ouverture d’une fenêtre dans les vêtements de la nature, afin de voir la lumière qui les traverse, à la manière de la Providence individuelle. Mais « selon les autres », ceux qui ont déjà atteint ce degré, il existe une autre voie, « une pierre précieuse qui éclaire » : la pierre brille de sa propre lumière, autrement dit on dévoile la nature et on la transforme en révélation.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 2
Ils ne virent pas la nudité de leur père
Celui qui voit le mal chez son prochain non seulement qu’il doit le corriger, mais il doit y voir le signe que ce mal se trouve dans une certaine mesure aussi en lui. Lorsqu’on voit le mal chez autrui, il ne faut en voir que l’aspect négatif : on a le devoir de corriger son prochain.
Sur le verset (7,8) « De l’animal qui n’est pas pur », la Guémara explique que « le verset a fait un détour » afin d’employer un langage décent. Or, dans le verset (9,23) « Leurs visages étaient tournés en arrière, et la nudité de leur père, ils ne la virent pas », il faut comprendre pourquoi le verset doit préciser « ils ne virent pas la nudité de leur père », après avoir déjà dit « leurs visages étaient tournés en arrière ».
On le comprendra en rappelant l’explication du Baal Chem Tov : lorsqu’un homme voit quelque chose de mauvais chez son prochain, c’est comme un miroir, et on lui montre d’en haut que ce défaut se trouve en lui. A priori, on peut s’étonner et se demander d’où tirer cela, car on pourrait dire que, si on lui montre ce défaut, c’est pour qu’il agisse sur son prochain.
L’explication : « Le Saint, béni soit Il, n’a rien créé en vain », y compris le moindre détail, et chaque détail créé l’a été « pour Sa gloire ». Dès lors, s’il voit le mal qui est chez son prochain, autrement dit s’il voit non seulement qu’il doit agir pour l’aider à corriger, mais aussi le mal en tant que tel, c’est que ce détail lui a été montré d’en haut parce qu’il se trouve également en lui. Tel est le sens de « la nudité de leur père, ils ne la virent pas » : ils ne virent que ce qu’ils devaient faire pour réparer, mais non le mal en tant que tel.
La leçon : lorsqu’on voit un Juif dans une situation regrettable, il ne faut en voir que le côté positif, le devoir de l’aider à corriger la chose. Mais « la nudité de leur père, ils ne la virent pas » : on n’a pas à voir ni à ressentir le mal qui est en autrui.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 10, Si’ha 3
La feuille d’olivier
La feuille d’olivier avait poussé après le déluge sur un arbre qui n’avait pas été effacé, et c’est ainsi que Noa’h sut que « les eaux avaient diminué sur la terre ».
« La colombe revint vers lui… et voici, une feuille d’olivier arrachée était dans son bec » (8,11). Il faut comprendre d’où la colombe prit cette feuille d’olivier, puisque « Il effaça tous les êtres » semble inclure aussi les feuilles d’olivier.
(Les raisons données par le Midrach, selon lesquelles elle l’aurait prise au Gan Éden, ou en Erets Israël, où le déluge ne tomba pas, s’accordent mal avec le sens simple du verset : selon le sens simple, il est impossible d’entrer au Gan Éden, et il faut dire que le déluge tomba aussi en Erets Israël.)
Il faut également comprendre comment Noa’h sut, grâce à la feuille d’olivier, que les eaux avaient diminué sur la terre, puisque cet olivier aurait pu se trouver au sommet d’une haute montagne ou en un lieu semblable.
L’explication : on constate que l’olivier est un arbre particulièrement robuste, et l’on comprend donc que certains oliviers n’aient pas été effacés. La feuille rapportée par la colombe avait poussé après le déluge, et Noa’h comprit que les eaux avaient diminué sur la terre, puisqu’il s’était écoulé assez de temps pour qu’une feuille pousse.
Du vin de la Torah : le Torah Or explique que le déluge était une purification, à la manière d’un Mikvé. Il est donc d’autant plus satisfaisant de dire, conformément au sens simple du verset, que le déluge toucha aussi Erets Israël, puisqu’il en résulte que la purification s’étendit elle aussi à Erets Israël.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 1
cent vingt ans pour bâtir l’arche
Noa’h construisit l’arche de ses propres mains, et c’est pourquoi « il y travailla cent vingt ans » : l’acte de construire faisait partie du commandement, afin d’éveiller ses contemporains à la Techouva.
Rachi : « Il y travailla cent vingt ans. » Il faut comprendre pourquoi Noa’h n’accomplit pas l’ordre de D.ieu avec empressement, d’autant que la Torah atteste à son sujet : « Noa’h fit tout ce que D.ieu lui avait ordonné. »
L’explication : le Rogatchover cite deux conceptions, selon que le commandement consiste en l’acte de construire, ou que « le commandement est le résultat, et non la construction ». Rachi considère que le commandement est l’acte. En effet, l’intention divine en ordonnant de bâtir l’arche était que Noa’h éveille ses contemporains à la Techouva. C’est pourquoi D.ieu lui dit « Fais pour toi » : Noa’h devait construire l’arche en personne, car elle n’était pas seulement destinée à exister une fois bâtie, l’acte de construire faisant partie du commandement. Tel est le sens de la question de Rachi demandant pourquoi D.ieu lui imposa la peine de cette construction, autrement dit pourquoi Il l’ordonna de telle sorte que Noa’h fasse tout seul. La réponse est que l’acte faisait partie du commandement, afin d’éveiller les gens de sa génération à la Techouva, comme on l’a dit.
Ce qui contraint Rachi à cette lecture, c’est l’ordre des versets : il est d’abord dit (6,14) « Fais pour toi une arche », et seulement ensuite (6,17) « Et Moi, voici que J’amène le déluge, des eaux ». On en déduit que l’arche ne servait pas seulement à échapper au déluge, ce qui relève de son existence, mais qu’elle avait une finalité propre : que Noa’h éveille ses contemporains à la Techouva, ce qui relève de l’acte de construire.
L’ordre adressé à Noa’h était « Fais pour toi », et le Rogatchover explique que « pour toi » signifie « à partir de ce qui t’appartient », de ses propres biens. On peut dire que cette explication est liée au fait que Noa’h reçut l’ordre de construire l’arche en personne. Pour le comprendre, rappelons que pour la Mitsva de la Souka aussi il est dit « Tu feras pour toi », car la Souka ressemble par plusieurs points à l’ordre de construire l’arche : l’acte de construire y est une Mitsva, elle doit être « à toi », et toutes deux ont pour but de protéger, du déluge ou du soleil. On relève pourtant deux différences entre l’arche et la Souka : Noa’h devait construire l’arche en personne, et l’arche n’était que pour lui, alors qu’un autre peut construire la Souka pour quelqu’un, et que l’on s’acquitte de son devoir dans une Souka empruntée. L’explication : Noa’h n’implora pas la miséricorde pour ses contemporains, et le salut n’était que pour lui ; il fallait donc qu’elle soit « pour toi », « à toi ». La Souka, elle, exprime l’unité et la paix, si bien que la Souka de son prochain est « vraiment à lui ».
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 2
Les sources de la sagesse et la venue de Machia’h
Le développement des sciences de la nature a pour but qu’on les emploie au service de D.ieu, et la découverte des lois de la nature révèle l’unité de D.ieu dans le monde.
« En l’an six cent de la vie de Noa’h… toutes les sources du grand abîme jaillirent et les écluses du ciel s’ouvrirent » (7,11). Le Zohar enseigne : « En l’an six cent du sixième millénaire, les portes de la sagesse s’ouvriront en haut et les sources de la sagesse en bas, et le monde se préparera à entrer dans le septième. »
Le sens en est le suivant : « Tout ce que le Saint, béni soit Il, a créé, Il ne l’a créé que pour Sa gloire. » Le développement des sciences de la nature a donc pour raison qu’on les emploie pour D.ieu et pour Sa Torah.
C’est là une préparation à la venue de Machia’h, lorsque « toute chair verra » : la chair matérielle verra la Divinité. Les ondes radio et d’autres inventions en offrent une illustration matérielle, un exemple tangible de « l’œil qui voit et l’oreille qui entend ».
L’or a été créé pour le Temple. Il ne suffit donc pas de l’employer pour les choses du monde, dont le service de D.ieu tirerait profit : il faut l’employer pour le service de D.ieu proprement dit. Il en va de même pour les sciences de la nature, et cela se réalise par l’enseignement de la ‘Hassidout à la radio et par d’autres moyens.
Plus profondément, la découverte des sciences, en tant que telle, prépare la venue de Machia’h : plus la science progresse, plus elle révèle l’unité qui existe dans le monde, et cette unité, que mettent au jour les sciences de la nature, découle de l’unité simple de la Divinité.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 3
Ils ne cesseront pas
Un idolâtre qui observe un jour de repos est passible de mort, car le rôle des nations est de maintenir le cadre du monde, tandis que le service des enfants d’Israël consiste à unir les mondes supérieurs, le repos qui dépasse le monde, et les mondes inférieurs, le cadre du monde.
« Ils ne cesseront pas » (8,22). Et la Guémara enseigne : « Un idolâtre qui observe le repos est passible de mort. » Il faut comprendre le lien entre cet enseignement de la Guémara et le sens simple du verset, ainsi que la raison pour laquelle il est interdit aux nations de chômer, alors que le repos semble lié à la création (« Il acheva… Son œuvre qu’Il avait faite, et Il se reposa »), qui concerne le monde entier, y compris les descendants de Noa’h.
L’explication : avant le don de la Torah, il fallait que les mondes supérieurs et les mondes inférieurs existent chacun pour soi, afin que le don de la Torah les unisse. Ce sont les deux époques d’avant et d’après le déluge. Avant le déluge, le monde ne faisait que recevoir de D.ieu : il relevait des mondes supérieurs, d’où la longévité de ses habitants, et lorsqu’ils fautèrent et perdirent leur lien avec D.ieu, ils périrent. Après le déluge, le monde relève des mondes inférieurs : il peut être affiné de l’intérieur, même après la faute, d’où « Je ne recommencerai plus ». C’est pourquoi le signe de l’alliance est l’arc, créé à ce moment, qui traduit l’affinement de la vapeur montant de la terre : cette vapeur est devenue assez « fine » pour refléter les rayons du soleil.
(Ces deux époques, avant et après le déluge, préparent les deux mille ans de Torah, qui réunissent mondes supérieurs et mondes inférieurs. Ainsi, Its’hak naquit après que « les années eurent diminué », ce qui relève des mondes inférieurs, mais il naquit alors qu’Avraham et Sarah étaient âgés, contre l’ordre de la nature, selon l’ordre d’avant le déluge, ce qui relève des mondes supérieurs.)
Le cadre du monde, le temps et l’espace, est mouvement, et le repos dépasse le monde. C’est pourquoi le Chabbat, qui est repos, ne se ressent que dans l’intériorité du monde. Or la tâche et le service des enfants d’Israël consistent à unir mondes supérieurs et mondes inférieurs, à faire descendre la sainteté qui dépasse le monde, celle du repos, dans le monde, qui est mouvement. C’est pourquoi le repos du Chabbat est ressenti de manière manifeste chez les enfants d’Israël, tels qu’ils vivent dans le monde. Quant aux nations, « elles ne cesseront pas », afin que subsiste le cadre du monde, auquel les enfants d’Israël uniront alors les mondes supérieurs.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 4
Les lois des descendants de Noa’h et l’ordre donné à Moché
Les descendants de Noa’h, dont l’âme intellectuelle est marquée par le sentiment de soi, doivent accomplir leurs commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché ; c’est seulement ainsi que leur parvient l’effacement de soi qui vient des enfants d’Israël.
« L’homme est aimé, car il a été créé à l’image ; un amour supplémentaire lui est révélé en ce qu’il a été créé à l’image, comme il est dit : Car à l’image de D.ieu Il a fait l’homme. » Les Tossefot Yom Tov expliquent que « l’homme est aimé » se rapporte aux descendants de Noa’h, et que cela fut dit aux enfants d’Israël parce que Moché Rabbénou ordonna d’amener tous les habitants du monde à accepter ces lois. L’affection portée aux descendants de Noa’h naît de ce que les enfants d’Israël leur disent qu’ils ont été créés à l’image. (En effet, « un amour supplémentaire lui est révélé » vise les enfants d’Israël, et les descendants de Noa’h doivent savoir que leur valeur, « l’homme est aimé, car il a été créé à l’image », leur vient de ce qu’ils reçoivent des enfants d’Israël.)
Il faut toutefois comprendre pourquoi les descendants de Noa’h doivent accomplir leurs commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché au mont Sinaï, et non en vertu de l’ordre donné à Noa’h.
L’explication s’appuie sur une Si’ha du Rabbi précédent : l’âme intellectuelle d’un descendant de Noa’h conduit l’homme au sentiment de soi et à la grossièreté. (Car l’intelligence pure, qui s’élève plus haut que le moi de l’homme, ne s’obtient que par l’effacement de soi ; et toute la compréhension des sciences profanes relevant du sentiment de soi, l’intelligence, elle aussi, en est marquée.) Il en va autrement de l’âme intellectuelle des enfants d’Israël, sur laquelle agit l’âme divine afin qu’une dimension divine s’y attache.
Dès lors, pour que les descendants de Noa’h accomplissent leurs commandements comme il convient, non « par décision de leur raison », qui relève du sentiment de soi et ne fait pas d’eux des « sages » parmi les nations, mais à la manière des « Justes des nations » et de leurs « sages », il faut que l’effacement de soi leur parvienne par l’influence des enfants d’Israël, en qui il réside : ils doivent accomplir les commandements parce que D.ieu les a ordonnés à Moché, ce qui relève de l’effacement de soi.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 15, Si’ha 5
Le Noun inversé de ‘Haran
« Jusqu’à Avraham », et non jusqu’à la mort de Téra’h, car Téra’h fit Techouva. « La colère brûlante, ‘Harone Af, de D.ieu sur le monde » : le Af, le nez, qui dépasse la sagesse, ne se communiquait pas de manière intérieure, et c’est pourquoi les hommes vivaient longtemps. Avraham, lui, incarne la transmission intérieure.
Sur le verset (11,32) « Et Téra’h mourut à ‘Haran », Rachi commente : « À ‘Haran : le Noun est inversé, pour te dire que jusqu’à Avraham, la colère brûlante de D.ieu pesait sur le monde. »
Rachi dit « jusqu’à Avraham » et non jusqu’à la mort de Téra’h, bien que ce soit apparemment le sens simple du verset, car selon lui Téra’h fit Techouva. Il faut donc dire que la colère tenait à l’état du monde dans son ensemble. D’où « jusqu’à Avraham » : le Noun inversé sépare « Téra’h mourut à ‘Haran » du verset suivant, « D.ieu dit à Avraham », moment où la colère cessa. (Il précise « jusqu’à Avraham » et non jusqu’à la mort de Téra’h car, selon Rachi, Téra’h mourut longtemps après l’ordre adressé à Avraham, si bien que la colère cessa avant sa mort.)
Le verset doit préciser que la colère de D.ieu pesait sur le monde aux premières générations, car ces générations vivaient longtemps, et l’on aurait pu croire qu’une qualité qu’elles possédaient avait procuré de la satisfaction à D.ieu.
Selon le vin de la Torah, la longévité des premières générations venait de ce qu’elles étaient nourries par la bonté de D.ieu : du point de vue de la bonté qui dépasse l’enchaînement des mondes, les actes des créatures d’en bas ne comptent guère.
Cela est suggéré par l’expression de Rachi, ‘Harone Af. ‘Harone vient d’une racine signifiant « brûler, dessécher », comme dans « ma gorge est desséchée ». Une gorge desséchée signifie que l’intelligence passe mal vers les émotions par la gorge. Mais le Af, le nez, dépasse la sagesse, car l’odorat atteint un niveau qui dépasse l’enchaînement des mondes. C’est pourquoi Rachi précise « ‘Harone Af dans le monde » : le flux venait alors d’un niveau plus haut que l’ordre de l’enchaînement des mondes. Mais cet ordre ne dura que jusqu’à Avraham, car lorsque commencèrent « les deux mille ans de Torah », et que tout devait se transmettre de manière intérieure, l’influence divine passa par l’intelligence de la Torah.
Cela est suggéré par la forme du Noun inversé : le Noun évoque les cinquante portes de Bina, qui dépassent l’enchaînement des mondes, et le Noun final, droit, exprime la transmission de la lumière de manière intérieure, jusqu’au plus bas.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 1
A quarante ans, Avraham reconnut son Créateur
L’interdit de l’idolâtrie porte sur la pensée de l’intelligence. C’est pourquoi le Rambam souligne que l’idolâtrie est réfutée aussi par la raison, et affirme qu’« à quarante ans », âge de la maturité de l’intelligence, « Avraham reconnut son Créateur ». La « génération d’Avraham » commence lorsqu’il amena ses contemporains à connaître leur Créateur par leur propre intelligence.
Sur le mot « en ses générations » (6,9), Rachi commente que certains l’interprètent en éloge et d’autres en blâme : « S’il avait vécu dans la génération d’Avraham, il n’aurait compté pour rien. »
Il faut comprendre cela, car Avraham avait 58 ans à la mort de Noa’h. Noa’h vécut donc dans la génération d’Avraham, et l’on ne voit pas comment dire « s’il avait vécu dans la génération d’Avraham ».
Le Rambam écrit qu’Avraham avait quarante ans lorsqu’il reconnut son Créateur. Le Raavad le conteste, citant une Aggada selon laquelle il le reconnut à trois ans, avec pour allusion le verset « Parce qu’Avraham a écouté », d’après la valeur numérique du mot Ékev. Il faut comprendre pourquoi le Rambam retient la version de quarante ans, et non 48 ou 50.
On le comprendra en se demandant d’abord pourquoi le Rambam, dans son code de lois, s’étend sur l’histoire du monde, racontant comment « à l’époque d’Énos, les hommes se trompèrent… » et retraçant toute l’évolution de l’idolâtrie, sans mentionner l’essentiel : que l’homme avait reçu l’interdit de l’idolâtrie, et que durant toutes ces années on transgressa l’ordre de D.ieu.
L’explication : si la plupart des commandements portent sur des actes, dans l’interdit de l’idolâtrie l’essentiel est « vous ne vous égarerez pas » par la pensée du cœur et de l’esprit. C’est pourquoi le Rambam souligne que l’idolâtrie est réfutée aussi par la raison, et insiste : « ils se trompèrent… leur raison s’égara… des faux prophètes… des menteurs ». Et c’est pourquoi il retient la version « à quarante ans, Avraham reconnut son Créateur », car à quarante ans l’intelligence atteint sa maturité.
Il faut alors comprendre la suite, où le Rambam explique qu’à l’époque de la descente des enfants d’Israël en Égypte, « le grand principe planté par Avraham fut presque déraciné, jusqu’à ce que, par l’amour de D.ieu pour nous…, Il envoie Moché, le maître de tous les prophètes ». Cela semble souligner le contraire : même chez les enfants d’Israël, ce principe fut déraciné, jusqu’à ce qu’ils reçoivent la prophétie, qui dépasse l’intelligence. L’explication : bien que le rejet de l’idolâtrie s’impose à la raison, l’homme ne peut se fier à sa seule intelligence, et il a besoin d’une foi qui dépasse la raison et la compréhension.
Tel est le sens de « la génération d’Avraham » : le moment où Avraham amena ses contemporains à connaître leur Créateur, non seulement parce qu’« il les avait vaincus par ses preuves », mais par leur propre intelligence. Cela eut lieu après sa venue en Erets Israël, où « il planta dans leur cœur ce grand principe ».
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 2
Les années de Noa’h
Rachi n’a pas besoin d’expliquer que l’année du déluge ne compte pas dans les années de Noa’h, car les comptes d’années de la Torah ne sont pas exacts : l’an 600 de Noa’h, où commença le déluge, peut désigner le début de la 600e année, lorsqu’il avait 599 ans accomplis.
Au sujet des années de Noa’h, le Midrach enseigne que l’année du déluge n’est pas comptée. (En effet, Noa’h avait 600 ans au début du déluge, les eaux « séchèrent » au bout d’un an, et il mourut 350 ans après le déluge, alors que le verset dit qu’il vécut neuf cent cinquante ans, et non neuf cent cinquante et un.)
Il faut comprendre pourquoi Rachi n’explique pas cette difficulté, puisque Noa’h semble avoir vécu 951 ans et non 950. Il faut dire que, pour Rachi, l’explication est si simple qu’il n’est pas nécessaire de la formuler.
L’explication : lorsque la Torah rapporte le nombre des années d’un homme, elle ne vise pas l’exactitude mais un ordre de grandeur, car on se règle sur la majorité. L’an 600 peut donc s’étendre de l’entrée dans la 600e année, à 599 ans accomplis, jusqu’à la fin de l’an 600, au seuil de 601. Au sens simple, Noa’h vécut donc 950 ans seulement.
(Car lorsque la Torah compte les années d’un homme, ce n’est pas pour que nous connaissions son âge avec précision, mais pour que nous sachions quand certains événements se sont produits.)
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 20, Si’ha 3
La rigueur changée en miséricorde
Dans la Paracha Béréchit, on pourrait expliquer « D.ieu dit : J’effacerai » en ce sens que l’attribut de miséricorde, qui vient en premier et domine, a consenti à l’attribut de rigueur. Mais puisque dans notre Paracha il faut nécessairement comprendre « Elokim se souvint » en ce sens que l’attribut de rigueur s’est changé en miséricorde, il est logique de comprendre que « D.ieu dit », avec le Nom de miséricorde, signifie que l’attribut de miséricorde s’est changé en rigueur.
Sur le verset (8,1) « Elokim se souvint de Noa’h », Rachi commente : « Elokim : ce Nom désigne l’attribut de rigueur, qui se changea en attribut de miséricorde par la prière des Justes ; et la méchanceté des impies change l’attribut de miséricorde en rigueur, comme il est dit : D.ieu dit : J’effacerai l’homme, avec le Nom qui désigne l’attribut de miséricorde. »
Il faut comprendre pourquoi Rachi n’explique pas dès la Paracha Béréchit que l’attribut de miséricorde se changea en rigueur, et attend la Paracha Noa’h pour le faire.
L’explication : dans la Paracha Béréchit, une autre lecture est possible. Rachi y écrit : « Il vit que le monde ne pouvait subsister ; Il fit passer d’abord l’attribut de miséricorde et l’associa à l’attribut de rigueur. » « Il fit passer d’abord » signifie que l’attribut de miséricorde l’emporte et prévaut sur celui de rigueur : la rigueur devrait s’appliquer, mais la miséricorde domine. On aurait donc pu comprendre « D.ieu dit : J’effacerai » en ce sens que l’attribut de miséricorde consentit à celui de rigueur, d’où le déluge, car s’il n’y avait pas consenti, le déluge n’aurait pu avoir lieu, puisque la miséricorde a la préséance.
Mais dans notre Paracha, où il est dit « Elokim se souvint », et où il faut nécessairement comprendre que la prière des Justes change la rigueur en miséricorde, il est logique d’expliquer « D.ieu dit : J’effacerai », dans la Paracha Béréchit, en ce sens que la méchanceté des impies change la miséricorde en rigueur.
Et pour que puisse être conclue l’alliance promettant qu’il n’y aurait plus de déluge, il fallait que l’attribut de rigueur y consente lui aussi, en se changeant en miséricorde.
Selon l’intériorité des choses : parmi les versets des Zikhronot de Roch Hachana, on récite « Elokim se souvint de Noa’h », bien qu’à Roch Hachana l’essentiel soit le souvenir des enfants d’Israël et non celui du monde entier. C’est que l’alliance conclue avec Noa’h garantit que le monde soit conforme à l’intention divine, qui est pour Israël.
Cela s’exprime dans l’alliance « ils ne cesseront pas », qui procède de la puissance infinie : les créatures étant limitées, elles devraient changer, et si elles ne changent pas, c’est par la puissance infinie qui est en elles. Autrement dit, la stabilité du monde exprime non un voilement, mais une révélation de la puissance infinie.
On comprend ainsi le Midrach sur le verset « D.ieu sentit l’odeur agréable » : « l’odeur d’Avraham notre père sortant de la fournaise, l’odeur de ‘Hanania, Michaël et Azaria, et l’odeur de la génération de la persécution ». Pour que l’alliance avec le monde soit conclue, les sacrifices de Noa’h ne suffisaient pas : il fallait le don de soi. Le don de soi exprime en effet « Je n’ai pas changé », et cela ne se révèle qu’à travers le voilement et la dissimulation du monde, car c’est précisément en exil que se manifeste le don de soi. Cela concorde avec ce qui précède : la stabilité du monde est une révélation de la puissance infinie.
Tel est le sens du changement de la rigueur en miséricorde : la nature en vient à révéler la Divinité, car par la valeur essentielle des âmes d’Israël, enracinées dans l’Essence infinie, béni soit Il, « qui n’est aucun des attributs », l’attribut de rigueur lui aussi se change en miséricorde.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 21, Si’ha 1
Un blâme qui devient un éloge
« Certains l’interprètent » en blâme : bien que ce ne soit pas un défaut pour Noa’h, pour nous, qui « interprétons » en vue de notre propre conduite, ce n’est pas la conduite qui convient, mais un blâme.
Sur le mot « en ses générations » (6,9), Rachi commente que certains de nos Maîtres l’interprètent en éloge, et que d’autres l’interprètent en blâme. Il faut comprendre comment cela s’accorde avec l’enseignement « Juge tout homme favorablement », et pourquoi le verset dit « en ses générations » si c’est seulement pour faire connaître le défaut de Noa’h.
L’explication : la Torah veut éviter que nous nous trompions en pensant que la conduite de Noa’h était parfaite. Bien que ce ne soit pas un défaut pour Noa’h, puisqu’il ne vivait pas dans la génération d’Avraham, nous, qui « interprétons » en vue de notre conduite, devons savoir que, pour nous, la conduite de Noa’h est un blâme.
Le Zohar rapporte une controverse entre Rabbi Yehouda, qui incarne l’attribut de bonté, et Rabbi Its’hak, qui incarne celui de rigueur. Selon Rabbi Yehouda, si Noa’h ne pria pas pour ses contemporains, c’est qu’il n’avait pas de mérite des Patriarches auquel rattacher sa prière, comme en avait Moché ; selon Rabbi Its’hak, il aurait dû prier pour eux malgré tout. On peut l’expliquer dans le même sens : Rabbi Its’hak veut dire que nous, nous devons prier, contrairement à Noa’h. On peut dire aussi que c’est un éloge pour Noa’h : puisqu’il est écrit « en ses générations », qui est un blâme, et que d’autres apprennent de lui qu’il faut prier pour les gens de sa génération, cela devient un éloge pour Noa’h.
La leçon : même lorsqu’un homme s’est efforcé, comme la Torah le demande, d’agir sur ses contemporains sans y parvenir, il ne peut dire « j’ai sauvé mon âme » : il a le devoir de prier pour les gens de sa génération.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha 2
Quarante jours de pluie
Les quarante jours du déluge forment une seule réalité, et « Il les fit d’abord descendre avec miséricorde » englobe les quarante jours. Ce n’est qu’ensuite que l’eau de chaque jour se changea en déluge.
Sur le verset (7,12) « La pluie tomba sur la terre quarante jours », Rachi commente : « Plus loin il est dit : Le déluge fut. Mais lorsqu’Il les fit descendre, Il les fit d’abord descendre avec miséricorde, afin que, s’ils se repentaient, ce soient des pluies de bénédiction… »
Cela demande explication, car le verset dit « La pluie tomba sur la terre quarante jours » : pendant les quarante jours, ce fut de la pluie et non un déluge.
L’explication : les quarante jours forment une seule réalité. (Le déluge venait réparer le fait qu’ils avaient importuné le Créateur en Lui faisant façonner des enfants illégitimes, et les quarante jours de la formation de l’embryon constituent un seul processus.) Lorsqu’Il les fit descendre, ce fut donc une seule descente, englobant toute l’eau des quarante jours. Et c’est seulement lorsqu’Il vit qu’ils ne se repentaient pas que l’eau de chacun des quarante jours se changea en déluge.
L’explication intérieure : le déluge est « les eaux de Noa’h », un apaisement de l’esprit destiné à purifier le monde, à la manière des quarante Séa du Mikvé, qui forment eux aussi une seule mesure. On peut donc dire que chaque jour du déluge comportait deux aspects : le déluge, pour punir les impies, et la pluie, venue purifier le monde.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha 3
Sors de l’arche
« Sors de l’arche » : il faut sortir de l’état des jours de Machia’h pour faire une demeure dans les mondes inférieurs, ce qui est le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature.
Au sujet du verset (8,16) « Sors de l’arche », il faut comprendre pourquoi un ordre fut nécessaire pour sortir de l’arche, une fois la terre asséchée.
L’explication : l’arche offrait un reflet des jours de Machia’h, et tous les animaux y vivaient en paix. On comprend donc que Noa’h et les animaux n’aient pas voulu sortir, et qu’il ait fallu un ordre particulier.
La raison de cet ordre était que s’accomplisse « Croissez, multipliez et remplissez la terre ». Spirituellement, c’est la révélation de la puissance infinie, qui se manifeste par la faculté d’engendrer, sur la terre, autrement dit la demeure dans les mondes inférieurs : le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature qui régnait dans l’arche.
La leçon : l’homme doit sortir de l’état qui ressemble aux jours de Machia’h, l’étude de l’intériorité de la Torah, pour accomplir « croissez et multipliez », autrement dit agir sur autrui.
Autre leçon : Noa’h accomplit l’ordre « Croissez et multipliez » tout en sachant que ses enfants pourraient fauter, car « les secrets du Miséricordieux ne te regardent pas ». Il ne faut donc pas tenir compte des inquiétudes d’ordre spirituel, ni des inquiétudes d’ordre matériel, qui font de l’homme un être de peu de foi ; il faut accomplir l’ordre divin « Croissez et multipliez ». Au contraire, c’est précisément l’accomplissement de l’ordre divin qui procure la véritable paix de l’âme.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 1
Le déluge, louange de D.ieu
Le déluge est « la louange du Saint, béni soit Il », à l’image de « comme les eaux recouvrent la mer ». Et pourtant « il n’y aura plus de déluge », car l’intention est que « la connaissance de D.ieu » soit ressentie dans la terre proprement dite.
Le Midrach enseigne : « Au commencement de la création du monde, la louange du Saint, béni soit Il, montait des eaux… La génération du déluge se leva et se rebella… Que ces hommes s’en aillent et que reviennent ceux qui occupaient ces lieux auparavant. C’est ce qui est écrit : La pluie tomba sur la terre… » Autrement dit, les eaux du déluge étaient en essence une chose sainte, « la louange du Saint, béni soit Il ».
On le comprendra en rappelant l’enseignement des Sages selon lequel « la Torah a précédé le monde ». Dès lors, même si « un verset ne sort pas de son sens simple », il faut dire qu’en haut, dans la Torah qui a précédé le monde, « le mal ne séjourne pas auprès de Toi », et que tout ce qui est dans la Torah est désirable.
L’explication : le fait que le monde entier fut recouvert d’eau représente l’immersion dans les eaux de la connaissance pure, selon le verset « La terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer ».
Et pourtant D.ieu dit « Il n’y aura plus de déluge… », car l’intention suprême est que ce soit « comme les eaux recouvrent la mer » seulement au sens de la comparaison, que « la connaissance de D.ieu » soit ressentie dans la terre proprement dite, et non que la terre soit détruite et anéantie.
C’est ce que Rachi suggère en écrivant que, lorsque « la terre fut sèche », elle devint « sèche comme il convient », Kehilkhata : lorsque la Torah descendit sur la terre naquit la Halakha, la révélation de la parole de D.ieu dans les voies du monde, dans la terre proprement dite.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 2
Comme s’il avait bâti un monde
Selon le Rambam, le devoir rabbinique de croître et multiplier prolonge le commandement de la Torah. C’est pourquoi il écrit « comme s’il avait bâti un monde », ce qui est le contenu même du commandement de la Torah.
Le Rambam écrit (lois du mariage, chapitre 15, loi 16) : « Bien qu’un homme ait accompli la Mitsva de croître et multiplier, il lui est ordonné par les Scribes de ne pas cesser de procréer tant qu’il en a la force, car quiconque ajoute une âme d’Israël est comme s’il avait bâti un monde. »
On objecte que la Guémara (Yevamot 62b) donne une autre raison : « Rabbi Yehochoua dit : s’il a eu des enfants dans sa jeunesse, qu’il en ait dans sa vieillesse, car il est dit : Le matin sème ta semence, et le soir ne laisse pas reposer ta main, car tu ne sais pas lequel réussira, l’un ou l’autre, ou si les deux seront également bons. » Il faut donc comprendre pourquoi le Rambam s’en écarte et avance une autre raison.
Pour le comprendre, rappelons que l’on peut lire de deux façons la règle « qu’il en ait dans sa vieillesse » : soit c’est, dans le prolongement de l’obligation de la Torah, une obligation rabbinique de poursuivre la Mitsva de croître et multiplier ; soit c’est une loi et une obligation rabbinique distincte.
On peut dire que le Rambam retient la première lecture, et qu’il s’écarte de la formulation de la Guémara pour souligner que l’obligation tirée du verset « Le matin… », cité par la Guémara, prolonge la loi de la Torah. C’est pourquoi il écrit « quiconque ajoute… est comme s’il avait bâti un monde » : tout ajout dans la Mitsva de croître et multiplier fait partie de « bâtir un monde », qui est le contenu de la Mitsva de la Torah. Cela ressort de notre Paracha, où D.ieu dit à Noa’h, et pas seulement à ses fils, « Croissez et multipliez », bien qu’il eût déjà des fils.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 30, Si’ha 3
Je verrai le signe et Je Me souviendrai
Elokim ne désigne pas nécessairement l’attribut de rigueur, car ce Nom peut signifier « autorité ». C’est seulement dans ce verset, qui s’écarte de l’expression « entre Moi » employée auparavant, qu’il faut l’entendre comme l’attribut de rigueur : il s’agit d’une alliance supplémentaire, selon laquelle même lorsqu’une accusation inhabituelle s’élève, « Je vois le signe et Je Me souviens ».
Sur le verset (9,16) « L’arc sera dans la nuée, Je le verrai pour Me souvenir de l’alliance éternelle entre Elokim et toute âme vivante », Rachi commente : « Entre Elokim et toute âme vivante : entre l’attribut de rigueur d’en haut et vous. Il aurait dû écrire : entre Moi et toute âme vivante. Mais voici son interprétation : lorsque l’attribut de rigueur viendra vous accuser, Je verrai le signe et Je Me souviendrai. »
Il faut le comprendre, car les versets s’expriment couramment ainsi, disant « entre Elokim » au lieu de « entre Moi », et l’on ne voit pas d’où tirer qu’Elokim désigne ici l’attribut de rigueur. Il faut comprendre aussi la longueur de l’expression de Rachi, ainsi que plusieurs autres précisions.
L’explication : la difficulté de ce verset est qu’il semble entièrement superflu, tous ses détails ayant déjà été exposés dans les versets précédents.
Rachi explique donc que le verset vise une alliance supplémentaire : la première alliance était conclue entre Elokim et la terre, et dans notre verset, « entre Elokim et toute âme vivante », l’alliance est conclue avec l’attribut de rigueur.
Mais le Nom Elokim figure aussi dans les versets précédents, et la difficulté revient : on ne voit pas ce qu’ajoute notre verset. Rachi explique donc : « Il aurait dû écrire : entre Moi », comme dans le verset précédent ; si le verset change d’expression, c’est qu’il s’agit d’un ajout, comme on l’a dit.
L’explication : Elokim signifie « autorité », et ce Nom ne désigne donc pas partout l’attribut de rigueur ; parfois il signifie que D.ieu est le maître du monde. C’est seulement dans ce verset, qui change d’expression par rapport au précédent, qu’il faut l’entendre comme l’attribut de rigueur.
Cette seconde alliance est nécessaire parce qu’il arrive qu’une accusation inhabituelle s’élève, à la manière de « le Satan accuse à l’heure du danger ». C’est pour cela qu’est conclue l’alliance avec l’attribut de rigueur, « Je vois le signe et Je Me souviens » : l’attribut de rigueur se change en bonté, à la manière de « Elokim se souvint de Noa’h », où la prière des Justes change la rigueur en miséricorde.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 1
Les générations d’Avraham, de Moché et de David
« La génération d’Avraham, la génération de Moché et la génération de David » correspondent à « Israël », qui n’est pas impressionné par le monde, à la « Torah », qui affermit la création, et à la « royauté », achèvement de l’élévation obtenue par le service divin. Le service de Noa’h n’était qu’une préparation à l’accomplissement de la Torah et des Mitsvot.
Sur le verset (6,9) « Noa’h était un homme juste, intègre en ses générations », le Zohar dit : « Mais dans d’autres générations, il n’aurait compté pour rien, comme la génération d’Avraham, la génération de Moché et la génération de David. »
Si le Zohar cite précisément ces trois générations, c’est qu’elles constituent l’accomplissement du but de la création du monde, créé pour Israël, Avraham, pour la Torah, Moché, et pour la royauté, inaugurée par David.
Dans le service de l’homme : le niveau d’Avraham consiste à ne pas être impressionné par le monde. Moché incarne la Torah : le service de l’homme assure la stabilité et l’affermissement de la création, selon l’enseignement des Sages sur le verset « La terre eut peur, puis s’apaisa ». La génération de David, achèvement de la royauté par Machia’h, est l’élévation que le service de l’homme opère dans le monde.
On trouve chez Noa’h une forme de ces trois services : il ne se laissa pas impressionner par le monde, c’est par lui que le monde subsista, et dans l’arche régnait un reflet des temps futurs. Pourtant « il n’aurait compté pour rien », car tout cela relevait de l’éducation. Le propre de l’éducation est que l’accomplissement des Mitsvot n’y est pas une fin en soi, mais une préparation à autre chose : leur accomplissement à l’âge adulte. Il en va de même pour Noa’h, qui accomplit surtout les Mitsvot entre l’homme et son prochain, selon le verset « Il l’a formée pour être habitée » ; au regard des Mitsvot entre l’homme et D.ieu, ce n’était qu’une préparation à l’essentiel de leur accomplissement.
Plus profondément, selon l’explication du père du Rabbi, Avraham, Moché et David correspondent aux trois couronnes : la Torah, la prêtrise et la royauté. La couronne se pose plus haut que la tête : le service de Noa’h était lié à l’achèvement du monde, alors que les trois couronnes opèrent un achèvement et une élévation qui dépassent le monde.
La leçon : ces trois services ne doivent pas découler seulement de la compréhension humaine, sans quoi « ils ne comptent pour rien », mais de la couronne, l’ordre de D.ieu, qui dépasse le monde.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 2
La perfection du sacrifice
La perfection d’un sacrifice comporte plusieurs degrés, et le sacrifice des enfants d’Israël doit atteindre une perfection plus élevée que ceux des descendants de Noa’h. Une tache blanche dans l’œil n’est pas un défaut pour les descendants de Noa’h, car ils n’ont pas accès à la vision de la Divinité.
Le traité Zeva’him enseigne que les descendants de Noa’h peuvent offrir sur un autel privé un animal atteint d’un défaut, pourvu qu’il ne lui manque pas de membre. Il en va de même, après le don de la Torah, du sacrifice d’oiseau, que le défaut ne rend pas impropre.
L’explication : le défaut et le membre manquant relèvent de la même règle, l’exigence que le sacrifice soit entier. Mais l’intégrité comporte plusieurs degrés, et les sacrifices d’animaux des enfants d’Israël exigent une intégrité plus élevée que ceux des descendants de Noa’h. Le sacrifice d’oiseau est celui du pauvre, et n’a donc pas à atteindre l’intégrité requise pour le sacrifice du riche.
On peut ainsi résoudre la difficulté des Tossafot : dans le traité Zeva’him, Rabbi Akiva dit qu’un animal présentant une tache blanche dans l’œil, « s’il est monté sur l’autel, n’en descend pas », et les Tossafot demandent pourquoi il a choisi précisément ce défaut. L’explication intérieure : le sacrifice, Korban, consiste à rapprocher les forces et les sens. Les descendants de Noa’h n’ont pas besoin de l’intégrité de l’œil, qui représente la vision de la Divinité, car leur lien à la Divinité passe seulement par la compréhension, qui est de l’ordre de l’ouïe. Il en va de même au début du service divin, le sacrifice du pauvre, qui n’exige pas la perfection de la vision. Mais le sacrifice des enfants d’Israël, qui portent en eux une parcelle divine d’en haut, exige la perfection de la vision de la Divinité.
La vision de la Divinité commença au don de la Torah, comme il est écrit : « Tu as été rendu témoin pour savoir. » Depuis, chacun doit atteindre la perfection de la vision de la Divinité. Il en va de même de la compréhension de la Divinité : dans les dernières générations a été révélée une explication plus intérieure de l’unité de D.ieu, à savoir qu’il n’existe rien en dehors de Lui. Maintenant que cela a été révélé, chacun est tenu de le comprendre, d’y croire et d’atteindre cette perfection.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 35, Si’ha 3
Les générations qui n’eurent pas besoin de l’arc
L’arc fait que D.ieu ne détruise pas, même une partie du monde, car après le déluge, même la punition est une réparation. C’est pourquoi, selon Rachi, plus de deux générations n’eurent pas besoin de l’arc, contrairement au Midrach, selon lequel seules deux générations, où le Juste protégeait toute une génération d’impies, n’en eurent pas besoin : lorsque tous les hommes d’une génération sont des Justes, il n’y a aucune pensée de détruire le monde.
Rachi commente (9,12) : « Pour des générations éternelles : le mot est écrit en forme défective, car il y eut des générations qui n’eurent pas besoin du signe, parce qu’elles étaient formées de Justes parfaits, comme la génération de ‘Hizkiyahou, roi de Yehouda, et celle de Rabbi Chimon bar Yo’haï. » Rachi s’écarte du Midrach : le Midrach laisse entendre qu’il n’y eut que deux générations, alors que Rachi écrit « comme », ces deux générations n’étant qu’un exemple.
La différence entre Rachi et le Midrach tient à ceci : Rachi considère que « ils étaient des Justes parfaits » se rapporte à tous les hommes de la génération, et qu’il y eut de nombreuses générations entièrement composées de Justes, qui n’eurent donc pas besoin de l’arc. Le Midrach, lui, considère que les générations qui n’eurent pas besoin de l’arc étaient entièrement composées d’impies, mais qu’il s’y trouvait un Juste parfait protégeant toute la génération, même si tous ses membres étaient impies, si bien qu’elles n’eurent pas besoin de l’arc ; et une telle justice n’exista qu’en deux générations.
Le fond de leur controverse est la définition du besoin du signe de l’arc. Il faut d’abord soulever une question considérable : on ne voit pas comment dire que, chaque fois qu’apparaît l’arc, c’est que D.ieu veut amener un déluge sur le monde. Au sens simple, l’arc est un signe permanent, rappelant que, si D.ieu en venait à vouloir amener un déluge, Il Se souviendrait grâce au signe de l’arc. Mais chez Rachi, cette lecture est impossible, car sur le verset (9,14) « Lorsque J’amasserai des nuées sur la terre », il commente : « lorsqu’il Me viendra à l’esprit d’amener l’obscurité et la destruction sur le monde », ce qui conduit à « l’arc apparaîtra dans la nuée ». Or on ne voit pas comment dire qu’en dehors de quelques rares générations qui n’eurent pas besoin de l’arc, D.ieu voulut amener un déluge sur le monde entier.
L’explication : « l’obscurité et la destruction », et l’action du signe de l’arc, concernent aussi une petite partie du monde. La punition du déluge fut un « effacement », et non une réparation, venue d’un regret portant sur la création dans son ensemble. Depuis le déluge, l’expression « J’effacerai » n’est plus employée, pas même pour Sodome et Gomorrhe, car la punition est infligée pour un bien et non pour détruire. Tel est le sens de « lorsqu’il Me viendra à l’esprit… » : seules ces deux générations ne comptèrent même pas une petite partie du monde que D.ieu voulût effacer. Dans toutes les autres générations, s’il n’y eut évidemment aucune pensée d’effacer le monde entier, il y eut une pensée d’effacer une partie du monde, « l’obscurité et la destruction » pour une partie du monde.
C’est pourquoi Rachi considère que ces deux générations ne sont qu’un exemple : il y eut de nombreuses générations où la conduite de tous les enfants d’Israël fut telle qu’il convient, et où ils ne méritaient nullement, à D.ieu ne plaise, la punition du déluge.
L’opinion du Midrach, selon laquelle seules deux générations n’eurent pas besoin de l’arc, s’explique selon l’intériorité des choses : le déluge devait produire un monde nouveau. Si précisément les générations de ‘Hizkiyahou et de Rabbi Chimon bar Yo’haï n’eurent pas besoin de l’arc, c’est que toutes deux sont liées à Machia’h, qui renouvelle le monde.
Likoutei Si’hot Noa’h
volume 25, Si’ha du 7 Mar’hechvan
De là, D.ieu les dispersa
La perfection du service consistant à faire une demeure dans les mondes inférieurs ne s’atteint que dans le plus bas des niveaux, sous lequel il n’existe plus rien. C’est le lien entre le 7 Mar’hechvan, jour où le dernier des Juifs rentrait chez lui, à l’endroit le plus éloigné de Jérusalem, et « De là, D.ieu les dispersa » : D.ieu les dispersa afin qu’ils préparent le monde entier au service des enfants d’Israël.
Le 7 Mar’hechvan tombe dans la semaine qui suit la Paracha Noa’h, et il faut donc dire qu’il existe un lien entre eux. Pour le comprendre, rappelons que, puisque « l’on monte en sainteté », le retour des enfants d’Israël à l’état de « chacun sous sa vigne » comporte une qualité supérieure au temps du pèlerinage. En effet, c’est précisément à leur retour du pèlerinage qu’ils se consacraient au service consistant à faire une demeure dans les mondes inférieurs, par lequel on atteint le plaisir du Créateur, plus élevé que le plaisir de la créature.
Cette qualité existait chez la plupart des enfants d’Israël avant même le 7 ‘Hechvan, date à laquelle le dernier d’entre eux rentrait chez lui. Mais l’essentiel de la demeure dans les mondes inférieurs se réalise dans le plus bas des niveaux, sous lequel il n’existe plus rien, dans le lieu le plus éloigné de Jérusalem. De plus, la demeure établie dans le lieu le plus bas ajoute une perfection à tous les autres lieux, à l’image de la demeure d’un homme, qui n’est parfaite que lorsqu’il est maître de toutes ses pièces, non seulement de celles où il vit principalement, mais aussi des pièces secondaires.
Il en va de même pour l’ensemble des enfants d’Israël : la perfection est atteinte lorsque chacun se trouve à sa place et accomplit son service propre, et non lorsque tous se trouvent à Jérusalem. Cela a même une portée halakhique : plusieurs Mitsvot liées à la terre ne s’appliquent que lorsque « tous ses habitants y résident », et sans être mêlés, chaque tribu se trouvant dans sa région.
C’est le lien avec la fin de la Paracha Noa’h, qui raconte que les hommes de la génération de la dispersion voulaient tous habiter ensemble, contrairement à l’intention divine, qui veut que l’homme remplisse la terre et la soumette. C’est pourquoi « de là, D.ieu les dispersa » : afin que, par leur service, l’accomplissement des sept lois des enfants de Noa’h, ils préparent le monde au service des enfants d’Israël.
Après près de deux décennies passées au parquet et plus d’un million de voix obtenues aux élections, Binyamin « Benny » Forer a prêté serment cette semaine et est entré dans l’histoire. Élu en juin dernier par plus de 1,16 million d’habitants du comté de Los Angeles, il devient juge à la Cour supérieure du comté. Il est ainsi le premier ‘HassidHabad à exercer la fonction de juge aux États-Unis.
une cérémonie chargée d’émotion
La salle du tribunal, au centre de Los Angeles, s’est remplie de juges, de procureurs, d’avocats de la défense, d’étudiants, de proches et de membres de la communauté, tous venus assister à un moment peu ordinaire : la prestation de serment de Binyamin « Benny » Forer, désormais juge à la Cour supérieure du comté de Los Angeles. Le mois de juin dernier, plus de 1,16 million de résidents du comté lui avaient accordé leur confiance en l’élisant pour ce mandat.
une carrière consacrée à la justice
Derrière lui, près de vingt années de carrière juridique. Depuis 2006, il exerçait comme procureur au sein du parquet du comté de Los Angeles, où il a traité au fil des ans une longue liste de dossiers. Parallèlement, depuis 2014, il enseignait à l’école d’ingénierie de l’université de Californie du Sud (USC), notamment dans les domaines du droit du numérique et de la protection des données. Nombre de ses anciens étudiants avaient tenu à assister à la cérémonie.
les enseignements du Rabbi en toile de fond
Dans le discours qu’il a prononcé après sa prestation de serment, Benny Forer est revenu sur des idées puisées dans l’enseignement du Rabbi, évoquant la justice, la responsabilité et le privilège que représente le fait de siéger sur le banc d’un tribunal.
une amitié qui dépasse les frontières
Parmi les personnes présentes se trouvaient des juges en exercice, des procureurs et des avocats de premier plan, des personnalités publiques, des membres de la communauté juive, ainsi que de nombreux collègues de Benny Forer côtoyés au fil des années. L’un des principaux intervenants fut son collègue de longue date Tal Valbouana, musulman né au Pakistan, qui a raconté la profonde amitié née entre eux malgré des parcours et des convictions très différents.
un juge ‘hassid, une première aux états-unis
Au terme de la cérémonie, Benny Forer a revêtu la toge et pris place sur le banc du tribunal, devenant ainsi le premier ‘HassidHabad à exercer la fonction de juge aux États-Unis.
À l’occasion du 6 Tichri (1964), jour de la Hilloula de la Rabbanite Hanna, le Beth Menahem de Strasbourg organise un Farbrenguen exceptionnel animé par le Rav El’hanan Marasow, Chalia’h du Rabbi à Paris 5ème. Cette soirée s’inscrit dans le cycle « Hassidic Guest Series », consacré à la transmission de l’enseignement ‘hassidique à travers des intervenants venus de toute la France. Ouverte à tout le public masculin, elle sera également retransmise en direct sur YouTube.
Chaque année, le 6 Tichri marque un jour particulier dans le calendrier ‘hassidique : celui de la Hilloula de la Rabbanite Hanna Schneersohn, mère du Rabbi de Loubavitch. Décédée un Chabbat, le 6 Tichri 5725 (1964), après une vie marquée par l’exil, la clandestinité soviétique, la Rabbanite Hanna repose au cimetière des Rabbanites, non loin du Ohel de son père le Rabbi Rayats et de son fils le Rabbi à Queens. Chaque année, des milliers de ‘hassidim se rendent sur sa tombe pour cette date, et des évènements lui sont dédiés dans les communautés Habad du monde entier.
un invité de marque pour cette soirée
C’est pour marquer cette date que le Beth Menahem de Strasbourg reçoit le Rav El’hanan Marasow. Chalia’h du Rabbi actif à Paris 5, où il co-dirige notamment le Beth Habad destiné aux étudiants, le Rav Marasow est une figure reconnue du milieu ‘hassidique francilien. Il est également Maguid Shiour à la Yéchiva de Brunoy. Son intervention au Beth Loubavitch de Strasbourg s’inscrit dans le cadre de la « Hassidic Guest Series », un cycle de rencontres qui invite des Rabbanim venus d’autres villes à venir partager leur enseignement et leur vécu de la Chli’hout avec les ‘hassidim de la région.
Le Farbrenguen, moment central de la vie ‘hassidique, mêlera enseignements ‘hassidiques, souvenirs et réflexions autour de la personnalité de la Rabbanite Hanna, dont la vie continue d’inspirer des générations de femmes et d’hommes engagés dans le mouvement Habad.
une soirée ouverte à tous les hommes
L’entrée est libre et l’événement est ouvert à tout le public masculin souhaitant se joindre à cette soirée de partage et d’élévation. Pour ceux qui ne pourraient se déplacer, une diffusion en direct sera assurée sur YouTube, permettant de suivre le Farbrenguen à distance.
Intervenant : Rav El’hanan Marasow, Chalia’h du Rabbi à Paris 5ème Date et heure : Jeudi 17 septembre à 20h30 Lieu : Beth Menahem – 7 rue Gloxin, 67000 Strasbourg Public : Masculin, entrée libre Diffusion en direct : Suivre le Live YouTube
Puisse cette soirée de Farbrenguen, à la mémoire de la Rabbanite Hanna, susciter chez chacun un renforcement dans l’étude et les Mitsvot, à l’approche des jours redoutables.
Rabbi Menahem Mendel Schneerson, septième Rabbi de Habad-Loubavitch, ne fut pas seulement la plus grande figure du judaïsme contemporain : il fut aussi un enfant de la terre juive d’Ukraine. De Nikolaïev, où il vit le jour en 1902, à Ekaterinoslav, où mûrit sa vocation, jusqu’à New York d’où il rayonna sur le monde entier, son parcours relie une géographie très concrète à une mission universelle. Aujourd’hui, l’Ukraine se souvient de lui à la fois comme d’un fils et comme d’un maître, tandis que le réseau mondial qu’il a bâti est revenu s’enraciner sur la terre même de son enfance.
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« Chaque Juif est un envoyé du Tout-Puissant, chargé de renouer le lien du peuple d’Israël avec sa tradition et ses racines. C’est là le devoir de chacun, quel que soit son niveau personnel de connaissance de la Torah. Même si ton savoir n’est pas immense, va vers l’autre et partage-le avec celui qui ne l’a pas encore reçu. » Cette parole résume à elle seule la vision d’un homme qui transforma un courant hassidique relativement modeste en un mouvement présent sur tous les continents.
Pour le lecteur israélien comme pour les Juifs du monde entier, un fait demeure essentiel dans l’histoire du Rabbi : son lien avec l’Ukraine n’est pas une note décorative en bas de page, mais le point de départ de toute sa biographie. Le Rabbi de Loubavitch naquit le 18 avril 1902 à Nikolaïev, grandit à Ekaterinoslav, l’actuelle Dnipro, et venait d’une famille profondément intégrée à la direction spirituelle du judaïsme du sud de l’Ukraine, avant de passer par Varsovie, Berlin, Paris et New York pour devenir le septième Rabbi de Habad et l’une des personnalités les plus influentes du judaïsme de notre temps.
Un parcours qui se lit depuis son commencement
Lorsqu’on regarde cette vie non par sa fin mais par son commencement, l’itinéraire se révèle d’une remarquable précision. Le 18 avril 1902, naissance à Nikolaïev. En 1909, la famille s’installe à Ekaterinoslav après la nomination du père, le Rav Levi Its’hak Schneerson, comme Rav de la ville. En Nisan 5675, mars 1915, le jeune Menahem Mendel célèbre sa Bar Mitsva à Ekaterinoslav. Le 14 Kislev 5689, 27 novembre 1928), mariage à Varsovie ; 1933, installation à Paris ; 28 Sivan 5701, 23 juin 1941, arrivée à New York ; 10 Chevat 5711, 17 janvier 1951, acceptation officielle de la charge de septième Rabbi ; 3 Tamouz 5754, 12 juin 1994, fin de sa vie terrestre.
Cette séquence ne vaut pas seulement pour ses dates. Elle montre que le « Rabbi américain » a grandi à partir d’un espace juif ukrainien parfaitement concret.
Des racines bien plus profondes qu’un simple lieu de naissance
Nikolaïev n’est pas, dans cette biographie, une ville prise au hasard sur un acte d’état civil. Du côté maternel, le grand-père du Rabbi, le Rav Meir Chlomo Yanovsky, était le Grand Rabbin de Nikolaïev. Du côté paternel, son père, le Rav Levi Its’hak Schneerson, devint en 1909 le Rav d’Ekaterinoslav, puis le Grand Rabbin de la ville, où il servit pendant des décennies. Le futur Rabbi grandit ainsi non seulement dans une famille pratiquante, mais dans une maison qui se trouvait au cœur même de la vie juive urbaine ukrainienne du début du vingtième siècle.
L’Ukraine ne fut donc pas pour lui la seule géographie de la naissance, mais aussi sa première école de responsabilité communautaire. Chabad.org rattache directement son enfance à l’installation de la famille dans la grande ville ukrainienne d’Ekaterinoslav, où son père devint le guide spirituel de la communauté locale. Dès sa Bar Mitsva de 1915, Menahem Mendel était réputé pour son érudition et sa piété, dans un environnement familial qui associait la fidélité stricte à la tradition, le sens de la responsabilité communautaire et une véritable ouverture intellectuelle.
Il existe aussi une ligne ukrainienne plus dramatique. Dans les premières années soviétiques, ce fut le père du Rabbi qui devint l’une des figures religieuses les plus en vue du judaïsme d’URSS. Après le départ du sixième Rabbi hors du pays en 1927, le Rav Levi Its’hak apparut de fait comme l’héritier le plus visible des premiers Rebbeim de Habad sur le sol soviétique, jusqu’à son arrestation en 1939. Le Rabbi évoqua plus tard son père comme celui qui avait pris sur ses épaules la responsabilité de diffuser le judaïsme dans ce pays. Pour le sujet ukrainien, ce point est fondamental : la maison des Schneerson à Dnipro n’était pas seulement une maison de savants, mais une maison de résistance à l’anéantissement spirituel de la vie juive.
Un autre trait ukrainien, plus fort encore quoique moins connu, touche à la famille durant les années de guerre. Les archives de la communauté juive de Dnipro mentionnent explicitement que Dov-Ber Schneerson, frère du Rabbi et deuxième fils du Rav Levi Its’hak, figura parmi les victimes des nazis sur le terrain de l’hôpital psychiatrique d’Igren, près de Dnipro. L’Ukraine ne fut donc pas seulement, dans l’histoire des Schneerson, une patrie et une communauté : elle fut aussi le lieu d’une tragédie familiale intime.
D’Ekaterinoslav à New York
Passée l’étape ukrainienne, la biographie de Schneerson s’élargit à l’échelle européenne, puis mondiale. En novembre 1928, il épousa à Varsovie Haya Moussia, fille du sixième Rabbi de Loubavitch, Yossef Its’hak Schneerson. Il vécut et étudia ensuite à Berlin, avant de s’installer à Paris en 1933. Cette phase européenne compte autant que l’ukrainienne : elle explique pourquoi, dans la personnalité du Rabbi, la profondeur hassidique s’alliait à l’intérêt pour les sciences, la technique, la culture moderne et les langues.
Il quitta l’Europe déjà happée par la catastrophe. Le 12 juin 1941, il embarqua avec son épouse sur le navire Serpa Pinto à Lisbonne, et le 28 Sivan 5701 (23 juin 1941), il arriva à New York. Presque aussitôt, son beau-père, le sixième Rabbi, le plaça à la tête des programmes sociaux et éducatifs de Habad. Ce n’était pas encore la charge formelle de chef du mouvement, mais c’est là que commença sa révolution organisationnelle.
Le leadership officiel vint plus tard. Après le rappel à D.ieu du sixième Rabbi en 1950, le Rabbi résista longtemps à l’idée d’endosser le titre, avant de devenir, le 17 janvier 1951, le septième Rabbi de Habad-Loubavitch. Les sources concordent sur l’essentiel : c’est à partir de 1951 que Habad, d’un milieu hassidique relativement restreint, se mua en un système mondial, et que le Rabbi devint une figure centrale pour des centaines de milliers de fidèles et pour des millions de personnes qui reconnaissaient en lui une autorité spirituelle bien au-delà du seul cercle habadique.
Comment le Rabbi organisa Habad, et pas seulement l’élargit
Il serait réducteur de s’en tenir à la formule générale d’un homme qui aurait « fait de Habad un mouvement mondial ». Le mécanisme fut en réalité très concret. Dès son arrivée aux États-Unis, le Rabbi fut chargé de piloter le volet éducatif et social du mouvement, à travers trois institutions complémentaires : Merkos L’Inyonei Chinuch, centre éducatif ; Machne Israel, structure de mobilisation communautaire et religieuse ; et Kehot, maison d’édition. Le Rabbi lui-même racontait, dès le début des années 1950, que son beau-père l’avait « choisi » pour accomplir les missions de Merkos et de Machne Israel, et que ces institutions ne devaient en rien être affaiblies. Sous sa direction, Habad devint donc non seulement une école de pensée, mais un système d’institutions.
Le deuxième pilier fut l’éducation. Dès ses premières lettres et allocutions autour de Merkos, l’accent revient constamment sur les écoles, y compris pour les filles, sur les cercles de jeunes, sur la littérature, sur l’enseignement adressé non seulement « aux siens » mais au public juif le plus large possible. Avant même son accession à la charge de Rabbi, la logique était déjà claire : bâtir un réseau vivant d’écoles et de lieux d’étude, plutôt que d’attendre passivement que les gens reviennent d’eux-mêmes à la tradition.
Le troisième pilier fut la Chlihout, le système des émissaires. Le Rabbi ne construisit pas une pyramide centralisée depuis Brooklyn : il tissa un réseau de familles envoyées dans des villes et des pays précis pour y ouvrir des centres locaux. Le Beth Habad est le centre nerveux de tous les programmes éducatifs et communautaires du Chalia’h, et le Rabbi ne cessait d’exiger que l’on développe les centres existants et que l’on en ouvre de nouveaux partout où vivent des Juifs. Le réseau se déploya ainsi non comme une marque abstraite, mais comme des milliers de maisons locales, d’écoles, de synagogues, de cantines, de programmes pour la jeunesse et d’aide en temps de crise.
Le quatrième pilier fut la capacité à traduire la tradition hassidique dans le langage du monde moderne. Après 1951, le Rabbi parlait de la place du judaïsme américain, de la responsabilité personnelle, de la mission historique, sans jamais limiter son action à un seul pays. Ses premiers efforts pour renforcer le réseau en Afrique du Nord, puis le déploiement mondial qui suivit, montrent qu’il concevait Habad non comme une communauté repliée « sur les siens », mais comme une infrastructure mondiale de présence juive.
Le résultat est connu et mesurable. Selon Chabad.org, 4 900 familles d’émissaires travaillent aujourd’hui au sein de 3 500 institutions réparties dans 100 pays et territoires. Et le Congrès des États-Unis, dans la loi de 1994 attribuant la Médaille d’or, évoquait directement un réseau de « plus de 2 000 institutions éducatives, sociales et de réhabilitation » né de son œuvre. Le maillage mondial de Habad n’est pas une métaphore, mais un fait institutionnel.
Ce dont l’Ukraine se souvient aujourd’hui
La mémoire ukrainienne du Rabbi ne repose pas sur des publications de hasard, mais sur des documents, sur la toponymie urbaine, sur des éditions d’archives et sur une pratique communautaire vivante. L’Ukraine se souvient de lui non seulement comme d’un Rabbi mondial, mais aussi comme d’un enfant du pays, dont la biographie commence à Nikolaïev et se poursuit à Ekaterinoslav, l’actuelle Dnipro. Cette mémoire est aujourd’hui particulièrement visible dans ces deux villes, où elle s’enracine chacune à sa manière.
Le premier niveau de mémoire est archivistique. Les Archives d’État de la région de Nikolaïev ont publié un registre des livres métriques indiquant que le livre de la synagogue de Nikolaïev, contenant les actes de naissance des années 1902 et 1903, est conservé sous la cote fonds 484, inventaire 1, dossier 1486. Ce n’est pas encore l’acte de naissance publié de Schneerson lui-même, mais c’est un jalon archivistique précis qui y conduit. L’Ukraine conserve ainsi non seulement le souvenir du Rabbi, mais aussi le tissu documentaire de son origine.
Le deuxième niveau est commémoratif et savant. En 2019, les Archives d’État de la région de Nikolaïev ont présenté l’ouvrage « Notre compatriote Rabbi Menahem Mendel Schneerson. Histoire de la famille Lavut-Yanovsky-Schneerson à Nikolaïev ». La page officielle des archives précise que le livre retrace les biographies de trois générations d’une famille « dont les destins furent étroitement liés à Nikolaïev », et offre un aperçu de la vie et de l’action spirituelle du septième Rabbi de Loubavitch. Il ne s’agit pas d’une brochure privée d’enthousiastes, mais d’une publication qu’une institution archivistique d’État inscrit dans l’espace public : l’Ukraine intègre Schneerson comme une part de sa propre histoire locale.
Le troisième niveau est la toponymie, c’est-à-dire la mémoire inscrite non sur une étagère d’archives mais sur la carte quotidienne du pays. À Nikolaïev, la rue Schneerson existe comme adresse urbaine active, ainsi que l’attestent les documents officiels du département de l’éducation du conseil municipal, où figure la mention « vul. Chneersona (Karl Liebknecht) ». Le renommage, formalisé par un arrêté municipal, date du 19 février 2016. Le nom du Rabbi est ainsi devenu une réalité urbaine ordinaire, non un intitulé extérieur, mais un nom local, de Nikolaïev.
Si Nikolaïev conserve avant tout le lieu de naissance et la trace archivistique, Dnipro entretient aujourd’hui une mémoire vivante et agissante. Le Musée de l’histoire de Dnipro consacre une page à la rue Menahem Mendel Schneerson, renommée le 26 novembre 2015, avec une notice biographique détaillée : naissance à Nikolaïev, installation de la famille à Ekaterinoslav, service de son père dans la ville, début de sa direction de Habad en 1951 et rôle décisif dans la création de l’institution des émissaires. Ce n’est plus seulement une mémoire religieuse interne, mais une partie de la navigation historique urbaine officiellement accessible.
Plus significatif encore, le nom de Schneerson n’existe pas à Dnipro comme une simple plaque de musée, mais comme un élément de l’infrastructure juive active. Le lycée juif numéro 144, qui porte le nom du Rav Levi Its’hak Schneerson, a pour adresse le 1, rue Menahem-Mendel Schneerson, et rappelle que l’école s’y est installée dès 1993, lorsque l’ancienne rue Minina reçut son nouveau nom. Le nom de Schneerson est ainsi intégré à la vie éducative quotidienne de la communauté juive de Dnipro, non comme une formule commémorative, mais comme l’adresse réelle de l’école.
Le quatrième niveau est celui de la mémoire communautaire, et Dnipro y est particulièrement éloquente. En avril 2025, un Farbrenguen s’est tenu à la synagogue Alter Shul pour le 123e anniversaire de la naissance du septième Rabbi de Loubavitch. À cette occasion, le Rav Adam Smiliansky a rappelé que c’est grâce au Rabbi que son émissaire personnel à Dnipro fut le Rav Chemouel Kaminetsky, fondateur de la communauté moderne de la ville. En janvier 2026, Dnipro a marqué cette mémoire de façon plus ample encore : au centre Menorah, un grand Farbrenguen a été consacré à Youd Chevat, pour le 75e anniversaire du jour où le Rabbi prit la direction du peuple juif et le titre de Rabbi de Loubavitch (Youd Chevat 5711/1951). Le Grand Rabbin de Dnipro, le Rav Chemouel Kaminetsky, y a raconté comment il était arrivé dans la ville en 1990, sur l’ordre direct du Rabbi, pour la renaissance de la vie juive.
Il existe enfin un niveau éducatif. Le 1er février 2026, des activités spéciales ont eu lieu au lycée juif de Dnipro pour Youd Chevat, rappelant aux élèves que cette date commémore le sixième Rabbi de Loubavitch et célèbre le début de la direction du septième, « dont l’enseignement continue aujourd’hui d’inspirer le peuple juif dans le monde entier ». La mémoire du Rabbi se transmet ainsi non seulement par les adultes et les archivistes, mais aussi par l’école, devenant une part de l’éducation d’une nouvelle génération de Juifs ukrainiens.
Il est donc plus juste de dire que l’Ukraine se souvient aujourd’hui de Schneerson sur plusieurs registres à la fois. Nikolaïev le conserve comme un fait d’archives, une histoire familiale et un nom de rue. Dnipro le garde comme une part de sa carte urbaine, de son infrastructure éducative active et de sa mémoire religieuse vivante. Cette mémoire ne se réduit ni à une plaque unique ni à une seule référence archivistique : elle vit simultanément dans les documents, dans les livres, sur la carte de la ville, dans les noms de rues, dans les adresses des écoles, dans les Farbrenguen, dans les programmes scolaires et dans le langage de la communauté d’aujourd’hui.
Habad dans l’Ukraine moderne
Le Habad d’aujourd’hui en Ukraine n’est pas un centre unique ni un nom célèbre isolé, mais un réseau ramifié de communautés, d’écoles, de synagogues, de projets humanitaires et de Rabbanim émissaires qui commencèrent à arriver dans le pays aussitôt après la dissolution de l’URSS. Ce fut dans les années 1990 que les émissaires du Rabbi gagnèrent l’Ukraine les uns après les autres, ouvrant non seulement à « la renaissance de la vie religieuse », mais à la reconstruction systématique de l’infrastructure juive, des jardins d’enfants et des écoles aux centres communautaires, aux Yéchivot, aux programmes d’aide aux personnes âgées et de soutien aux familles. Le modèle habadique de Schneerson ne resta donc pas une histoire américaine ou israélienne : il revint littéralement sur la terre de son enfance et de sa jeunesse.
Le principal point d’appui de ce réseau fut Dnipro. C’est là qu’en 1990 le Rabbi envoya le Rav Chemouel Kaminetsky et son épouse Hana comme ses émissaires. Depuis, le Rav Kaminetsky s’est imposé comme l’une des figures centrales de la renaissance juive en Ukraine : son arrivée à Dnipropetrovsk ouvrit une ère nouvelle pour la communauté, et autour de lui se construisit une vaste structure institutionnelle qui fit de Dnipro l’un des plus solides centres de Habad en Europe de l’Est, véritable nœud de coordination éducatif et humanitaire.
Une ligne nord-est se dessina simultanément. À Kharkiv, le Rav Moché Moskowitz vit et sert depuis septembre 1990, son arrivée coïncidant avec le retour de la synagogue chorale et la restauration de l’infrastructure scolaire et communautaire. À Jytomyr, en 1992, en même temps que le retour de la synagogue, arriva la famille du jeune Rav Chlomo Wilhelm ; la ville devint avec le temps l’un des principaux centres de l’espace juif de l’ouest et du centre du pays. Ces deux lignes montrent bien que Habad ne s’est pas construit uniquement autour de la capitale ou de Dnipro, mais d’emblée comme un réseau de fortes communautés régionales.
Kiev occupe une place particulière, où se croisent plusieurs figures et directions. La Fédération des communautés juives d’Ukraine indique que le Rav Raphael Rutman devint émissaire du Rabbi en Ukraine en 1993 et participa, dans la capitale, à la création de deux écoles et d’un collège rabbinique junior, socle de la base éducative habadique de Kiev dès les premières années postsoviétiques. La capitale abrite aussi la communauté Kedem, dirigée par le Rav Pin’has Vyshedsky, précédemment actif à Donetsk. Kiev n’est donc pas un centre unique, mais un carrefour où se rencontrent plusieurs lignes et dirigeants habadiques.
La direction sud et centrale du réseau se forma elle aussi par étapes. À Zaporijia, le Rav Na’houm Erentroy, après avoir œuvré à Minsk et à Dnipro, fut nommé Grand Rabbin de la région en 1997. À Kremenchuk, le Rav Chlomo Salamon arriva en 1998 et devint Rav de la ville. À Odessa, l’un des leaders clés du sud fut le Rav Avraham Wolf : Rav de Kherson de 1992 à août 1998, il prit alors la tête de la communauté juive unifiée d’Odessa. Ce parcours illustre non la fixité, mais le mouvement au sein du réseau ukrainien, où les émissaires passaient d’une ville à l’autre pour renforcer des centres plus importants.
Le réseau continua de s’étendre au début des années 2000. À Poltava, le Rav Yossef Segal vit et sert depuis le 4 juillet 2001. À Kryvyi Rih, le Rav Leron Ederi travaille depuis 2002. À Chernivtsi, le Rav Menahem Mendel Glitschtein fut envoyé en Bucovine en 2003 comme Grand Rabbin de la région et organisa, dès 2004, la constitution de la communauté et la restauration de la synagogue. À Soumy, le Rav Ye’hiel Levitan s’installa en 2004 et devint Grand Rabbin de la ville. Au début des années 2000, Habad en Ukraine n’était déjà plus une série de missions isolées, mais un système national de présence stable.
L’est du pays ne fut pas oublié. À Lougansk, le Rav Chalom Gopin arriva en 1999, ouvrant ensuite une école, un jardin d’enfants et divers programmes dans la région. Habad réussit ainsi à s’enraciner jusque dans des zones qui se retrouvèrent plus tard au cœur de la guerre et de l’occupation. La carte moderne de Habad en Ukraine n’est donc pas seulement celle des synagogues actives, mais aussi celle des centres perdus, évacués ou détruits, derrière lesquels se tiennent des familles d’émissaires bien réelles et des décennies de travail.
Vue d’ensemble, l’image est nette. Habad s’est construit en Ukraine par vagues successives : 1990 à 1992 firent naître les premières villes clés, Dnipro, Kharkiv et Jytomyr ; 1993 à 1999 renforcèrent Kiev, Zaporijia, Kremenchuk, Odessa et Lougansk ; 2001 à 2004 élargirent la présence à Poltava, Kryvyi Rih, Chernivtsi et Soumy. À côté de cette large carte régionale se détache la figure singulière du Rav Moché Asman, à Kiev, qui incarne déjà non un simple centre urbain, mais le visage public d’une part importante du judaïsme ukrainien en temps de guerre. Dans le cas ukrainien, Habad est avant tout un réseau d’émissaires concrets, venus dans des villes concrètes reconstruire, des années durant, la vie juive.
Kiev et le Rav Moché Asman, une ligne à part
Si Dnipro constitue le principal centre institutionnel de Habad en Ukraine, Kiev et le Rav Moché Reouven Asman relèvent d’un tout autre registre. Asman n’importe pas seulement comme Rav de la capitale ou comme responsable de la synagogue Brodsky : il est devenu l’une des figures publiques les plus visibles du judaïsme ukrainien, sur les plans religieux, humanitaire, médiatique et, en partie, diplomatique. On ne saurait donc le réduire au rang de « un Rav de Kiev parmi d’autres ».
Sa biographie explique ce qui le distingue. Selon son bureau officiel, le Rav Moché Asman est né en 1966 à Leningrad ; jeune, il fut lié au mouvement des refuzniks soviétiques, et la presse d’État le désigna même, à l’adolescence, comme « ennemi du pouvoir soviétique ». En 1987, il put émigrer en Israël, où il étudia dans une Yéchiva habadique, servit comme aumônier dans Tsahal et travailla avec le projet Children of Chernobyl, au service des enfants de la zone de Tchernobyl. Pour le lecteur israélien, ce point est essentiel : Asman n’est pas seulement un Rav ukrainien, mais un homme doté d’une expérience israélienne, revenu ensuite dans l’espace de l’ex-URSS comme dirigeant religieux et organisateur.
La date décisive pour l’Ukraine est 1995. C’est alors, selon sa biographie officielle, qu’Asman fut envoyé à Kiev pour rendre à la communauté juive la synagogue historique Brodsky et reconstruire autour d’elle une vie communautaire complète. Édifiée en 1898, perdue pour le culte à l’époque soviétique, la synagogue devint, après la chute de l’URSS, l’objet d’une lutte pour son retour à la communauté. Asman n’arriva pas sur un terrain préparé : un théâtre occupait encore le bâtiment, l’infrastructure communautaire faisait défaut, et l’enjeu n’était pas seulement d’« ouvrir une synagogue », mais d’en faire un véritable centre religieux et communautaire de Kiev.
Dans son cas, la synagogue Brodsky n’est pas un simple lieu de prière : c’est son projet majeur et son symbole. Après le départ du théâtre en 1997, Asman dirigea les travaux de restauration, et la synagogue rouvrit trois ans plus tard. Il l’expliquait sans détour : il ne voulait pas d’une « synagogue-musée européenne », mais d’une maison juive et d’un centre communautaire vivant, capable de rassembler les gens, de leur rendre un lien pratique avec le judaïsme et de bâtir un système d’entraide, d’éducation et d’identité.
Autour de la synagogue Brodsky grandit ainsi, sous sa direction, un environnement à la fois cultuel et social. Depuis 1995, avec sa famille, il a œuvré à la renaissance de la vie juive de Kiev par des programmes communautaires, l’enseignement scolaire, l’aide alimentaire aux nécessiteux, les services religieux et les dispositifs de secours. Les médias indépendants confirment la direction générale : la synagogue Brodsky est devenue, sous Asman, non un simple lieu de culte, mais un centre complet de la communauté juive de Kiev, selon la logique typique de Habad, qui réunit en un même point le Rav, la synagogue et l’action sociale.
Après 2014, son rôle s’élargit encore. À la suite de l’annexion de la Crimée et du déclenchement de la guerre du Donbass, Asman fonda près de Kiev la localité d’Anatevka, destinée aux familles juives devenues déplacées internes. Le nom, emprunté au célèbre shtetl de l’univers de Cholem Aleichem, ne relevait pas de la décoration littéraire, mais d’une réponse concrète à la vague de déplacements forcés : maisons, synagogue en bois, écoles et espace pour des centaines de personnes y virent le jour. Asman n’était donc pas seulement le Rav d’une synagogue urbaine, mais aussi le créateur d’une localité communautaire pour des Juifs chassés par la guerre de leur vie ordinaire.
Après le début de l’invasion russe à grande échelle en 2022, c’est précisément cette aptitude à transformer rapidement la communauté religieuse en dispositif de sauvetage d’urgence qui fit de lui l’une des figures les plus visibles du judaïsme ukrainien. La synagogue Brodsky, au service de la communauté Habad-Loubavitch de Kiev, devint un point de transit pour les Juifs fuyant les zones de combat, et Asman fut l’homme qui portait les efforts d’évacuation. Son bureau officiel affirme aujourd’hui que la structure placée sous sa direction a contribué à évacuer plus de 40 000 personnes et poursuit un vaste travail humanitaire ; ce chiffre relève de l’estimation de son bureau, mais la réalité d’une activité d’évacuation et d’aide de grande ampleur est confirmée par des publications indépendantes.
C’est durant cette période qu’Asman dépassa le cadre du seul dirigeant religieux pour devenir le visage médiatique d’une part importante du judaïsme ukrainien. En trois décennies, il conduisit d’abord la communauté de Kiev, puis s’imposa à l’échelle nationale ; pendant la guerre, il se rendit au front, lança des appels internationaux, se déplaça jusqu’à Washington et à l’étranger pour porter la question de l’agression russe contre l’Ukraine. Ses visites sur le front, ses vidéos de soutien largement diffusées et son rôle d’homme ayant fait de sa communauté un centre d’aide, pour les Juifs mais aussi pour les structures civiles et les nécessiteux en général, le distinguent nettement d’un administrateur communautaire ordinaire : c’est un dirigeant de terrain, à la fois humanitaire et public.
Un dernier aspect mérite d’être relevé : sa place dans le dispositif de représentation militaire et publique. En avril 2023, la cérémonie de nomination du Rav David Milman comme aumônier des militaires juifs d’Ukraine se déroula précisément dans son bureau, à la synagogue Brodsky. Le symbole est fort : la plateforme kiévienne d’Asman n’est pas seulement un lieu de prière et de secours aux réfugiés, mais aussi un point où la vie religieuse juive entre en contact avec l’armée ukrainienne et le service militaire de l’État.
Il convient donc d’écrire sur le Rav Moché Asman non en une ligne, mais comme un phénomène à part entière. Il cumule plusieurs rôles : Rav habadique par origine et par formation, restaurateur de la synagogue Brodsky, fondateur du centre communautaire de Kiev, initiateur d’Anatevka, organisateur de l’évacuation et de l’aide humanitaire pendant la guerre, et l’une des voix internationales les plus audibles du judaïsme ukrainien. Si Dnipro donne à Habad en Ukraine sa colonne vertébrale institutionnelle, la ligne d’Asman lui offre un visage, à la fois capital, public et profondément humain.
Pourquoi cette histoire compte aujourd’hui
Pour Israël et pour le judaïsme mondial, l’histoire de Schneerson n’est pas seulement celle d’un génie, mais celle de la manière dont la vie juive sait renaître d’un anéantissement presque total. Nikolaïev, Ekaterinoslav, les persécutions soviétiques, la guerre, l’exil, l’émigration : tout cela aurait pu ne demeurer que le récit tragique d’un monde perdu. Or, dans le cas de Schneerson, il advint autre chose. De l’expérience juive ukrainienne émergea un réseau religieux mondial, et, des décennies plus tard, ce réseau revint lui-même en Ukraine, sous la forme de Rabbanim, d’écoles, de communautés et d’un travail de mémoire.
La formule peut donc être nette et ferme. Rabbi Menahem Mendel Schneerson ne fut pas seulement un grand dirigeant juif né sur le territoire de l’actuelle Ukraine. Il fut un homme dont toute la biographie familiale, spirituelle et communautaire des origines grandit à partir de l’espace juif ukrainien ; et son héritage est aujourd’hui de nouveau présent en Ukraine, à la fois comme mémoire et comme réseau institutionnel vivant.
Un vol de routine s’est transformé en moment de spiritualité inattendu au-dessus de l’Europe. En montant à bord de son avion, le Rav Naftali Deutsch, Chalia’h du Rabbi en Roumanie, a découvert que le commandant de bord n’était autre que l’un de ses fidèles. Avant le décollage, les deux hommes ont partagé un instant de prière, dans le cockpit même de l’appareil.
C’est une rencontre que ni l’un ni l’autre n’avait anticipée. Habitué à sillonner la Roumanie pour rendre visite aux communautés juives, le Rav Naftali Deutsch s’apprêtait à embarquer sur un vol comme il en prend régulièrement. Rien ne laissait présager que cette traversée serait différente des autres.
Une reconnaissance mutuelle
En franchissant la porte de l’avion, le Rav aperçoit un visage familier aux commandes : celui de Yossef Steinmetz, membre de sa communauté et pilote de ligne de profession. La surprise est totale des deux côtés. « Je ne m’attendais pas à retrouver l’un des miens aux commandes de mon vol », aurait confié le Rav à son entourage, encore ému par cette coïncidence.
Pour Steinmetz, croiser son Rav à bord représentait une occasion rare de conjuguer sa vie professionnelle et son attachement à la tradition. Loin des synagogues et des lieux d’étude, c’est dans l’habitacle de son avion qu’il allait pouvoir accomplir un devoir spirituel.
Un moment de prière avant le décollage
Profitant des instants précédant le décollage, le Rav Deutsch a aidé le commandant à prier directement dans le cockpit. Un geste simple, mais chargé de sens : au cœur d’un environnement technique et exigeant, la spiritualité trouvait pleinement sa place.
Ce type de rencontre illustre la mission que se donnent les Chlou’him du Habad à travers le monde : aller à la rencontre de chaque Juif, où qu’il se trouve, jusque dans les endroits les plus inattendus. Que ce soit dans une ville reculée ou à plusieurs milliers de mètres d’altitude, l’objectif demeure identique.
Le symbole d’une présence juive partout
L’anecdote, aussitôt relayée, a touché de nombreux membres de la communauté. Elle rappelle combien la vie juive peut s’exprimer dans tous les contextes, y compris les plus modernes. Pour le Habad de Roumanie, cette scène incarne l’esprit d’un travail de terrain mené sans relâche, avec la conviction que chaque instant peut devenir une occasion de rapprochement avec D.ieu.
Le décollage a finalement eu lieu comme prévu. Mais pour le Rav Deutsch et son fidèle pilote, ce vol restera bien plus qu’un simple trajet entre deux villes.
Depuis plusieurs semaines, un Cybertruck à l’habillage éclatant parcourt les États-Unis et fait surgir des Juifs là où nul ne les attendait. Né d’un drame, ce projet ambitionne de traverser les cinquante États pour aller à la rencontre de chaque Juif, écouter son histoire et accomplir des Mitsvot en chemin. Derrière le volant, un journaliste religieux a fait de ce périple un hommage vivant à un Chalia’h assassiné.
Un véhicule qui ne passe pas inaperçu
Depuis quelques semaines, un Cybertruck à l’habillage éclatant sillonne les routes américaines, faisant tourner les têtes et faisant surgir des Juifs là où nul ne les attendait. Depuis son lancement, le véhicule a déjà provoqué des rencontres inespérées avec des Juifs qui n’avaient aucun lien avec une communauté organisée, certains ignorant jusqu’à leur propre judéité.
Ce projet est l’œuvre de Shloime Zionce, journaliste religieux qui compte parcourir les cinquante États américains, Alaska et Hawaï compris, au cours des deux prochaines années et demie. Son but est d’aller à la rencontre de Juifs de tous horizons, de recueillir et de partager leurs histoires, et d’accomplir des Mitsvot et de bonnes actions tout au long de la route.
Une idée née d’un drame
L’idée a germé dans la douleur. Zionce avait fait la connaissance du Chalia’h Rav Zvi Kogan, que D.ieu venge son sang, lors d’un séjour à Dubaï durant l’été 2021, et il le retrouvait régulièrement au fil de ses voyages aux Émirats arabes unis. Les deux hommes n’étaient pas des amis proches, mais leurs rencontres fréquentes avaient laissé chez le journaliste une empreinte durable.
« Je me souviens avoir rencontré un jeune Rav du nom de Zvi Kogan, raconte Zionce. Zvi marquait les esprits. Il avait un très beau sourire, il était d’une grande amabilité, et l’on sentait que, quoi qu’il traverse dans sa propre vie, il était toujours prêt à aider et à secourir autrui. »
Un soir de Chabbat, Zionce apprit qu’un Rav des Émirats avait disparu, et il devint vite évident qu’il s’agissait de Rav Kogan. « Cela ne ressemblait pas à Zvi, confie-t-il. Zvi était quelqu’un de très stable, une personne sur qui l’on pouvait toujours compter. S’il disait qu’il serait quelque part, il y était. »
Quelques heures plus tard, la terrible vérité éclata : Rav Kogan avait été enlevé et assassiné parce qu’il était juif. « Parfois, on ne mesure la grandeur de quelqu’un qu’une fois qu’il n’est plus là, dit Zionce. Ce fut le cas avec Zvi. J’ai compris que nous avions perdu un géant. »
L’étincelle australienne
Quelques semaines plus tard, alors qu’il effectuait une tournée de conférences en Australie consacrée à la fierté et à la résilience juives après le 7 octobre, Zionce prit part à des visites organisées par le Habad de RARA, une initiative qui se rend dans les régions reculées du pays pour renouer le lien avec les Juifs éloignés de toute communauté établie. L’effet de ces visites sur des Juifs isolés le marqua profondément.
« Constater qu’ils ne sont pas seuls, que quelqu’un se soucie d’eux, qu’ils font partie d’une grande famille juive : cela a eu sur moi un immense impact », explique-t-il.
C’est alors que l’idée prit forme. La plus belle manière d’honorer la mémoire de Rav Kogan serait de perpétuer ce qu’il n’avait cessé de faire : aller vers les autres et venir en aide à ses frères juifs.
Du Tank Mitsva au Cybertruck
Zionce envisagea d’abord d’utiliser un camping-car semblable à un Tank Mitsva traditionnel, mais ces véhicules coûtent cher, sont difficiles à conduire et exigent, en bien des endroits, un permis spécial. Il opta finalement pour un Cybertruck de Tesla, un véhicule qui se remarque tout en restant plus maniable sur de longues distances. Avant de se lancer, il se rendit sur la tombe de Rav Kogan en Eretz Israël et fit part de son projet à la famille.
En collaboration avec le graphiste Moishe Milstein, il conçut un habillage à l’effigie de Rav Kogan, orné de motifs de Téfilines et de la parole Ve’ahavta lereakha kamokha, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Le visuel évoque également un rescapé de la Choah, rappelant que les Mitsvot et les bonnes actions peuvent faire jaillir la lumière jusque dans les ténèbres. Le véhicule transporte des Téfilines, des bougies de Chabbat, de la nourriture, des tentes et d’autres fournitures destinées aux Mivtsa’im et aux visites à travers le pays.
« Ce camion n’a rien à voir avec un simple véhicule, affirme Zionce. Il s’agit d’une mission. Nous allons rencontrer des Juifs de tous horizons. Nous allons écouter leurs histoires. Nous allons les partager. Et nous allons accomplir des Mitsvot et de bonnes actions. »
Une première rencontre providentielle
Sur la route de Washington, lors de l’un des premiers déplacements du camion — Zionce comptait y réaliser un reportage depuis la Maison-Blanche —, il avoue avoir été submergé par le doute. Comment mener de front ces voyages et un travail à plein temps ? Comment trouverait-il les Juifs qu’il espérait atteindre ? Comment financerait-il l’entreprise ?
Dès le soir venu, l’une de ces questions trouva d’elle-même sa réponse.
Zionce avait garé le camion avant de partir dîner à Washington lorsqu’un jeune homme à vélo, passant devant la Bibliothèque du Congrès, l’aperçut, fit demi-tour et s’arrêta à sa hauteur. « Un camion Mitsva ! s’exclama-t-il. Il faut absolument que j’en prenne une photo. »
Zionce lui demanda s’il était juif. Le jeune homme répondit qu’il était un chrétien évangélique, et le journaliste crut l’affaire entendue. « Mais ma mère est juive », ajouta le cycliste. « Cela veut dire que tu es juif toi aussi », lui répondit Zionce.
Le jeune homme glissa la main sous sa chemise et en sortit un pendentif en forme de Maguen David jusque-là dissimulé. En quelques instants, sa manche était retroussée : Zionce l’aidait à poser les Téfilines, lui prêtait une kippa, l’accompagnait dans les Berakhot et priait à ses côtés, avant que les deux hommes n’échangent leurs coordonnées et ne se séparent. « Je suis resté là, souriant, agréablement surpris par ce qui venait de se produire », raconta-t-il ensuite.
Continuer à relier les gens
« Je ne sais toujours pas comment je vais atteindre mes objectifs avec le camion Mitsva, confie Zionce, mais j’ai confiance : Hachem me guidera vers les bons endroits et conduira vers moi les bonnes personnes. »
Après le pendentif, les Téfilines et le trajet paisible du retour ce soir-là, Zionce en revint à la pensée qui avait tout déclenché. « La plus belle façon d’honorer un homme qui a consacré sa vie à relier les gens les uns aux autres, conclut-il, c’est de continuer à relier les gens. »
Plus de trente ans après l’attentat meurtrier commis sur le pont de Brooklyn, où le jeune Ari Halberstam הי’ד trouva la mort, le département américain de la Justice le reconnaît officiellement dans une lettre historique. L’administration admet que l’agression aurait dû être instruite et qualifiée, dès le premier jour, de crime de haine fédéral et de violation caractérisée des droits civiques. Ce revirement met un terme à des décennies de combat mené sans relâche par la mère de la victime.
Une reconnaissance officielle après trois décennies
La boucle est enfin bouclée. Plus de trois décennies après que du sang innocent eut été versé sur le pont de Brooklyn, le département de la Justice des États-Unis reconnaît officiellement que l’assassinat abject du jeune Ari Halberstam הי’ד, survenu en 5754 (1994), constituait sans ambiguïté un crime de haine fédéral. Cette reconnaissance vient couronner des dizaines d’années d’un combat acharné mené par sa mère, Devora Halberstam תחי’, qui n’a connu ni repos ni répit jusqu’à ce que l’administration fédérale admît enfin cette amère vérité.
Le drame du pont de Brooklyn
L’événement tragique, à jamais gravé dans la mémoire du monde Habad, se produisit alors que le jeune Ari הי’ד, âgé d’à peine seize ans, regagnait son domicile au retour de l’hôpital, en compagnie d’un groupe de Temimim de la Yechiva qui s’étaient rendus auprès du Rabbi. Un chauffeur de taxi d’origine libanaise, Rashid Baz, prit en filature le véhicule où avaient pris place les jeunes gens et ouvrit sur eux un feu meurtrier en plein cœur du pont de Brooklyn. Grièvement atteint, Ari rendit peu après son âme à son Créateur, dans un authentique Kiddouch Hachem.
Un refus prolongé de qualifier l’attentat
Bien que le terroriste eût été appréhendé puis condamné à cent quarante et un ans de réclusion, peine qu’il purgeait encore lors de son décès en détention, voici environ trois ans, les autorités américaines refusèrent durant des années de reconnaître l’agression comme un acte de terrorisme ou comme un crime de haine antisémite, la réduisant à un simple fait divers criminel de portée locale.
Le combat d’une mère
Depuis ces jours effroyables, Devora Halberstam s’est assigné une véritable mission de vie : perpétuer la mémoire de son fils, combattre l’antisémitisme et réclamer justice, sur les plans juridique comme moral, jusqu’aux plus hauts échelons de l’administration. C’est dans cet esprit qu’elle a fondé le Musée juif des enfants, le Jewish Children’s Museum, dans le quartier de Crown Heights, avant de devenir une figure de référence dans la formation des forces de l’ordre américaines à la lutte contre le terrorisme.
Une lettre qui referme le cercle
C’est ainsi que la boucle s’est refermée lorsqu’elle reçut une lettre officielle du procureur fédéral sortant, Jay Clayton, rédigée quelques jours seulement avant sa nomination à la tête du Renseignement national. « Il ne fait aucun doute que si le meurtre de votre fils, Ari Halberstam, s’était produit aujourd’hui, nous l’aurions instruit et aurions traduit son auteur en justice au titre d’un crime de haine fédéral », écrivait-il. Le magistrat précisait avoir longuement évoqué la question avec son successeur, Jamie McDonald, et soulignait que tous deux partageaient pleinement cette position. Ces déclarations faisaient suite à une rencontre personnelle que la mère d’Ari avait eue avec le procureur fédéral, au sein même du Musée juif des enfants, à Brooklyn.
Pont de Brooklyn, 1994 : l’attentat antisémite qui emporta le jeune Ari Halberstam
Le 1er mars 1994, sur la rampe d’accès du pont de Brooklyn, un homme ouvrit le feu sur une camionnette transportant quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch. L’attaque coûta la vie à Ari Halberstam, âgé de seize ans, et fit trois autres blessés. D’abord tenue pour un accès de fureur au volant, elle ne fut requalifiée en attentat terroriste que six ans plus tard.
Le déroulement de l’attaque
Le 1er mars 1994, Rashid Baz, né au Liban, prit pour cible une camionnette à bord de laquelle quinze étudiants juifs orthodoxes du mouvement Habad-Loubavitch traversaient le pont de Brooklyn, à New York. Il arrosa le véhicule au moyen d’un pistolet mitrailleur Cobray MAC-11, puis fit feu sur les jeunes gens avec un pistolet semi-automatique Glock 17 de 9 mm. Un fusil à pompe Armsel Striker de calibre 12 se trouvait en outre dans son coffre.
Quatre étudiants furent atteints. Les deux plus grièvement touchés étaient Ari Halberstam, seize ans, qui succomba cinq jours plus tard à une blessure à la tête, et Na’houm Sasonkin, né en Israël, lui aussi blessé à la tête et qui conserva de graves et définitifs troubles de l’élocution.
De la rage au volant à l’attentat
Amir Abudaif, un mécanicien automobile, alerta la police. Lors de son arrestation, Baz fut trouvé en possession de littérature antijuive, d’un pistolet semi-automatique de calibre .380, d’un pistolet paralysant, d’un gilet pare-balles et de deux chargeurs de cinquante balles. Il affirma d’abord qu’une altercation routière l’avait poussé à agir, et le Federal Bureau of Investigation classa dans un premier temps l’affaire comme un simple accès de fureur au volant. Des témoins rapportèrent pourtant que, le jour même de la fusillade, Baz avait assisté à un violent sermon antisémite à la Société islamique de Bay Ridge. Ce n’est qu’en novembre 2000 que l’attaque fut officiellement requalifiée en attentat terroriste.
Le procès et la condamnation
Baz plaida non coupable pour cause de démence. Sa défense avança par ailleurs la thèse d’une réaction aux événements du Proche-Orient, et notamment à l’attaque perpétrée moins d’une semaine plus tôt contre le Caveau des Patriarches, à ‘Hévron, par un colon israélien extrémiste. Le jury écarta l’une et l’autre de ces défenses. Le 1er décembre 1994, Baz fut reconnu coupable de meurtre au deuxième degré et de quatorze chefs supplémentaires de tentative de meurtre par la Cour suprême de l’État de New York. Il fut condamné à une peine allant de cent quarante et un ans de réclusion à la perpétuité.
Ari Halberstam, la victime
Ari Halberstam, étudiant de Yéchiva, était le fils de Devora et David Halberstam, issus de familles éminentes liées au mouvement Habad-Loubavitch. Il fut élevé sous la supervision personnelle du septième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson. La famille Halberstam entretenait des liens étroits avec le Rabbi, le père d’Ari, le Rav ‘Hessed Halberstam (1951-2025), l’ayant servi en qualité de majordome et d’intendant personnel. Elle descend du Rav ‘Haïm Halberstam, fondateur de la dynastie hassidique de Sanz.
Les circonstances du drame
Le 1er mars 1994, Ari Halberstam était venu rendre visite au Rabbi souffrant, hospitalisé au Manhattan Eye, Ear and Throat Hospital, et regagnait son domicile de Brooklyn par le pont. Sur la rampe d’accès, Rashid Baz ouvrit le feu sur la camionnette, qui transportait plus d’une douzaine d’étudiants hassidiques. Armé d’un pistolet mitrailleur, de deux armes de 9 mm et d’un fusil à pompe surnommé « street sweeper », il poursuivit le véhicule à travers le pont en tirant trois rafales distinctes, criblant les deux flancs de la camionnette avant de se fondre dans la circulation. Pendant sa course meurtrière, l’assaillant aurait crié en arabe « Tuez les Juifs », clamant sa volonté de venger le massacre de vingt-neuf fidèles musulmans commis quatre jours plus tôt au Caveau des Patriarches de ‘Hévron par Baroukh Goldstein. L’attaque blessa grièvement deux des jeunes gens et en atteignit deux autres.
Transporté d’urgence à l’hôpital St. Vincent, Halberstam, le plus gravement touché, avait reçu une balle dans la tête. Victime de lésions cérébrales massives, il s’éteignit le 6 mars, cinq jours après la fusillade.
Des funérailles suivies par des milliers de personnes
Le cortège funèbre s’ébranla sur Eastern Parkway, devant la synagogue centrale de Loubavitch, au 770 Eastern Parkway, en présence de quelque dix mille personnes venues rendre un dernier hommage. Plus de deux cent cinquante policiers avaient été déployés pour assurer la sécurité. Ari Halberstam fut inhumé au cimetière de Montefiore, dans le Queens.
D’après l’article « 1994 Brooklyn Bridge shooting » de Wikipédia.
D’éminents Rabbanim et Roché Yéchiva américains, parmi lesquels le Rav Reouven Feinstein et l’Admour de Bobov-45, ont été émerveillés par le niveau d’étude des élèves de la Yéchiva Ketana centrale de Moscou. Venus à New York après une année d’étude intensive couronnée d’examens rigoureux, ces jeunes Temimim ont démontré l’ampleur de la renaissance de la Torah dans la Russie d’aujourd’hui. Un périple historique qui fait écho, cinquante-cinq ans plus tard, à la visite des Bahourim envoyés par le Rabbi auprès du Rav Moché Feinstein.
Avec la clôture de l’année académique dans les Yéchivot Tom’hei Temimim, alors que les journées d’été offrent une pause dans la routine quotidienne des bancs d’étude, les élèves de la Yéchiva Ketana centrale de Moscou ont récolté les fruits de leur labeur. Après de longs mois d’une campagne d’étude intensive et de préparation spirituelle, et après avoir passé avec succès des examens particulièrement exigeants, les élèves les plus brillants ont mérité de réaliser leur aspiration ultime : un voyage exaltant auprès du Rabbi.
Une Yéchiva d’été aux abords du Ohel
Dès leur arrivée à New York, les élèves ont intégré un programme unique de Yéchivat Kaïts, une Yéchiva d’été établie à proximité du saint Ohel, dans le quartier du Queens. Les sessions d’étude se sont ouvertes par un cours approfondi et captivant du Roch Yéchiva, le Rav Moché Lerman, qui a accompagné le voyage avec un dévouement exemplaire. S’en est suivie une prière de Cha’harit pleine d’élévation, au cours de laquelle le Grand Rabbin de Migdal HaEmek, le Rav Its’hak David Grossman, a officié en tant que Chalia’h Tsibour, avant de prodiguer aux Temimim des paroles d’encouragement enflammées. Tout au long des dix jours de leur séjour aux États-Unis, les élèves ont maintenu leur assiduité et leur dévouement, participant chaque jour à des cours de Torah dispensés par d’éminents Rabbanim et Machpiim.
L’initiative du Grand Rabbin de Russie
En amont du voyage, le fondateur de la Yéchiva, le Grand Rabbin de Russie, le Rav Berel Lazar, avait suggéré d’y intégrer des visites exceptionnelles aux demeures d’Admourim et de Rabbanim à travers les États-Unis. L’objectif était double : encourager les Temimim à poursuivre leurs études assidues et à récolter les fruits de leurs efforts, mais aussi montrer aux grands Maîtres de la Torah l’ampleur extraordinaire de la révolution juive qui s’opère actuellement en Russie.
La boucle bouclée, cinquante-cinq ans plus tard
Cette initiative a constitué un moment historique où la boucle s’est bouclée, faisant écho à la célèbre visite d’il y a cinquante-cinq ans, lorsque le Rabbi avait envoyé un groupe de Bahourim ayant quitté la Russie se faire examiner par le Rav Moché Feinstein, de mémoire bénie. Et voici que des décennies plus tard, ce lundi, les élèves de la Yéchiva de Moscou ont été accueillis au domicile de son petit-fils, le Roch Yéchiva de Tifereth Jérusalem, le Rav Reouven Feinstein. Le Roch Yéchiva fut profondément ému de voir ces jeunes érudits répondre avec précision sur les traités Chabbat et Baba Batra, et impressionné de constater qu’ils perpétuent fièrement l’héritage de Messirout Néfech pour la Torah légué par leurs aînés.
Qui est le Rav Reouven Feinstein ?
Le Rav Chalom Reouven Feinstein est né le 1er août 1937 aux États-Unis, benjamin des quatre enfants du Rav Moché Feinstein, le plus grand décisionnaire halakhique de l’Amérique d’après-guerre, et le seul à être né sur le sol américain. Sa famille avait fui quelques mois plus tôt la ville de Liouban, en Russie soviétique, où son père officiait comme Rav, sous la pression croissante du régime stalinien qui persécutait les Rabbanim — un parcours qui fait singulièrement écho à celui des élèves de Moscou venus se présenter devant lui. Après avoir étudié à la Yéchiva Tifereth Jérusalem du Lower East Side, dirigée par son père, il poursuivit sa formation à la Yéchiva de Telshe, dans l’Ohio, puis à Lakewood auprès du Rav Aharon Kotler. En 5726 (1966), il fonda aux côtés de son père la Yéchiva de Staten Island, branche de Tifereth Jérusalem, qu’il dirige depuis lors en qualité de Roch Yéchiva, s’efforçant d’y allier, selon ses propres termes, la rigueur de Telshe et la flamme d’étude de Lakewood. Son frère aîné, le Rav David Feinstein, dirigea quant à lui la Yéchiva mère de Manhattan jusqu’à son décès en 5781 (2020).
Chez l’Admour de Bobov-45 et le Rav Gavriel Zinner
Le mardi, ce prestigieux périple de Torah s’est poursuivi dans le quartier de Boro Park, où l’Admour de Bobov-45 a chaleureusement reçu les élèves dans son bureau privé, au sein de son grand Beth Midrach. L’Admour a interrogé les Temimim, exprimé sa grande admiration pour la finesse de leur caractère et leur assiduité manifeste, et accordé avec chaleur une bénédiction personnelle à chacun d’entre eux.
Qui est l’Admour de Bobov-45 ?
L’Admour de Bobov-45, le Rav Morde’haï David Unger, est né en 1954 à New York, fils du Rav Yaakov Its’hak Unger, Admour de Dombrov en Amérique, descendant d’une illustre dynastie ‘hassidique polonaise fondée au début du XIXe siècle. Il est le gendre du Rav Naftali Tsvi Halberstam, quatrième Admour de Bobov, lui-même fils du Rav Chlomo Halberstam qui reconstruisit la ‘hassidout de Bobov en Amérique après la Choah. Au décès de son beau-père, le 12 Adar 5765 (23 mars 2005), qui ne laissait pas de fils, une partie importante des ‘hassidim de Bobov le choisit comme Admour, tandis qu’une autre partie suivit le demi-frère du défunt, le Rav Ben Tsion Aryeh Leibich Halberstam. Sa communauté prit alors le nom de « Bobov-45 », en référence à la 45e rue de Boro Park, à Brooklyn, où se trouve le centre de sa communauté, et son beau-frère, le Rav Yehochoua Rubin, y exerce la fonction de Rav et Dayan. L’Admour de Bobov-45 dirige aujourd’hui une communauté florissante comptant plusieurs milliers de familles, avec ses institutions d’éducation, ses Yéchivot et son Beth Midrach, et il est l’auteur de l’ouvrage Cheira D’bei Rav.
Le lendemain, les élèves, accompagnés de leur dévouée équipe éducative, ont été reçus à la résidence du Rav Gavriel Zinner, auteur de la célèbre série halakhique Nitei Gavriel. Durant deux heures entières, les élèves furent interrogés sur leurs études talmudiques, suscitant une profonde considération pour l’étendue de leurs connaissances et leur labeur dans la Torah au sein de la Yéchiva de Moscou.
Les élèves, qui sont les fils de Rabbanim et de Chlou’him de Russie et des pays voisins, ont été présentés aux grands Maîtres de la Torah par les membres de l’équipe éducative accompagnant ces visites, conduite par le Machpia de la Yéchiva, le Rav Mena’hem Mendel Wilansky, et son directeur, le Rav ‘Haïm Moché Weber.
Un ressourcement spirituel avant le retour à Moscou
Ce voyage historique vers les parvis de sainteté et ces rencontres exceptionnelles avec les grands Maîtres de la Torah d’Amérique, rendus possibles grâce au soutien de la fondation 770 Russia dirigée par le Rav Yehouda Davidov, ont couronné une année académique dense et enrichissante. Les expériences spirituelles, les Farbrenguen prolongés jusque tard dans la nuit, ainsi que les longues heures d’étude et de prière auprès du Ohel, ont procuré aux élèves un formidable renforcement spirituel. Nul doute qu’avec l’aide de D.ieu, ils reviendront à Moscou pour la prochaine année académique fortifiés et animés d’un sens de la mission et d’une fierté ‘hassidique, afin de poursuivre leurs études assidues qui mènent à l’action.
Que demander dans la prière, et comment s’assurer qu’elle soit exaucée ? À travers des lettres, des audiences privées et des interventions publiques, le Rabbi de Loubavitch a livré au fil des années une série d’instructions précises sur le service du cœur. De la définition des requêtes essentielles jusqu’à l’interdiction de parler pendant l’office, en passant par un message de neuf mots qui bouleversa la communauté Habad de Londres, voici un florilège d’enseignements sur la Tefila.
Rav Mordechai Menashe Laufer
Prier – mais pour demander quoi ?
Un Juif écrivit un jour au Rabbi qu’il ne savait pas quoi demander dans sa prière. Le Rabbi lui répondit (archives du secrétaire, le Rav Yehouda-Leib Groner – Techoura du 19 Adar I 5765 (2005), p. 26) :
« Voir le Rambam, Lois de la prière, chapitre 1, loi 2 : c’est un commandement positif non lié au temps… l’homme demande les besoins qui lui sont nécessaires (comme le disent nos Sages : les enfants, la vie et la subsistance en abondance), par requête et par supplication.
Ensuite, il rend louange et grâce à D.ieu pour le bien qu’Il lui a prodigué. Dans notre cas : la vie, la santé, une épouse vertueuse, des descendants charmants, la compréhension et la saisie de la Torah (la sagesse de D.ieu), la capacité de faire du bien à un grand nombre d’enfants d’Israël – dont chacun est le fils unique de D.ieu –, de trouver grâce aux yeux des hommes (même des non-Juifs), etc., ainsi que la capacité de diffuser les sources de la ‘Hassidout et de rapprocher la Délivrance de la Présence divine et de tous les enfants d’Israël. »
La prière réussit lorsqu’elle s’accompagne de confiance
Une femme écrivit au Rabbi qu’elle avait prié D.ieu au sujet d’une affaire précise et que sa prière avait été exaucée. Le Rabbi commenta (ce passage provient également des archives du Rav Groner – Techoura citée plus haut) :
« Voilà comment la prière, unie à une confiance solide en D.ieu – précisément dans la joie –, porte ses fruits. »
Prier avec ses élèves
Lors d’une audience privée dans la nuit du 6 Tichri 5721 (1960), le jeune Moché-Aharon Teichman, qui exerçait alors comme éducateur à la Yéchiva Tomhei Temimim de Lod, posa au Rabbi la question suivante (Techoura du 28 Adar 5766 (2006), p. 27) :
Question : faut-il prier avec les élèves dont j’ai la charge, ou bien prier seul, dans la sérénité d’esprit ?
Réponse : il est bon de prier avec les élèves. Mais après la prière, ou avant elle, il convient de méditer sur le sens des mots de la prière.
Un message de neuf mots et une révolution
En pleine journée de travail, le professeur Velvl Green fut convoqué à une réunion d’urgence au Beth Loubavitch de Londres. « C’est très important, nous avons un message du Rabbi. Ta présence est indispensable », lui dit-on.
Au Beth Loubavitch, le spectacle suivant s’offrit à ses yeux : Rav Ben-Tsion Shemtov, qui avait atterri le matin même en provenance de New York, était assis en tête de table, entouré de nombreux ‘Hassidim – mais il ne prononçait pas un mot…
Tous les membres de la communauté avaient quitté leur foyer pour entendre le message du Rabbi, et le Rav Shemtov gardait le silence.
Soudain, Rav Ben-Tsion Shemtov se leva et déclara en yiddish :
« Der Rabbi hot gezogt, az davenen mouz zayn cheyn » – le Rabbi a dit que la prière doit être « belle » – puis il se rassit.
C’était tout. Le message était transmis, la mission accomplie. La réunion était terminée.
Neuf mots seulement, que le Rabbi avait placés dans la bouche du Rav Shemtov – mais leur effet fut immense.
À partir de ce jour, un seul et unique office de prière fut institué, dans lequel priaient tous les membres de la communauté, et où l’on veillait scrupuleusement à éviter toute conversation et toute interruption du déroulement régulier de la prière. De surcroît, l’officiant était choisi avec soin, de même que celui qui lisait la Haftara et les autres fonctions. La communauté vécut une véritable révolution dans la prière, qui devint effectivement une prière « belle » (d’après la Techoura Sheikevitz, 4 Kislev 5772 (2011), p. 140-141).
Un ordre du jour pour les élèves de la Yéchiva
Un des Temimim (élève de la Yéchiva Tomhei Temimim) écrivit au Rabbi pour lui décrire son emploi du temps. Il mentionnait notamment qu’après l’étude de la ‘Hassidout et après l’office du Chabbat en communauté, il commençait à se préparer à la prière et entamait effectivement sa prière vers 13h30.
Le Rabbi réagit :
« Effrayant (même s’il récite certainement le Chema en son temps). Qu’il commence à prier lorsque la communauté commence, même s’il poursuit longtemps après elle. »
Le même élève rendait également compte de sa prière quotidienne : après l’étude de la ‘Hassidout et la préparation à la prière, il priait seul. Le Rabbi trancha :
« Qu’il prie avec la communauté. »
Plus loin, l’élève précisait qu’il mettait les Téfilines de Rabbénou Tam après la session d’étude du Talmud et avant la prière de Min’ha. Le Rabbi répondit :
« Après la prière du matin. »
(Extrait de la Techoura Simpson, veille de Roch ‘Hodech Elloul 5771 (2011), p. 11.)
Les chemins de la méditation
Le Rabbi adressa une série d’instructions détaillées sur la prière au jeune Israël Yossef Zalmanov (qui réside aujourd’hui à Peta’h Tikva), dans une lettre du 5 Kislev 5721 (1960) (Iguerot Kodech, vol. 20, p. 52 et suivantes). Voici les deux premières :
« a) La manière de prier dans sa situation : les jours de Chabbat et de fête, il pourra prolonger sa prière (au début, un peu), et les jours de semaine, pour le moment, il se contentera de la signification des mots, puisqu’il est lié aux horaires de la Yéchiva. Voir également à ce sujet le Kountrass HaTefila.
b) La manière de méditer avant la prière, en particulier afin de pouvoir prolonger la prière comme indiqué plus haut : puisqu’il s’agit ici de méditation (et non d’étude ni d’acquisition de connaissances nouvelles), il est préférable de méditer sur un sujet qu’on a étudié à plusieurs reprises et qu’on connaît. La méditation consistera soit à approfondir davantage, soit à réviser la connaissance acquise et à l’élargir quant à ses conséquences pratiques, ou quant aux sentiments, etc. Sur ce point, les natures humaines diffèrent : chez certains, la méditation s’imprime mieux lorsqu’ils reprennent le sujet avec les mots du maître ; chez d’autres, au contraire, lorsqu’ils reprennent le contenu et non les mots… »
Renforcer la prière en communauté
À une certaine occasion, le ‘Hassid Rav ‘Haïm-Dovber (Berke) Chen, de mémoire bénie, demanda au Rabbi s’il devait prier seul ou en communauté. Le Rabbi lui répondit (rapporté par le Machpia Rav Chalom Feldman, de Kfar Habad) :
« Puisqu’il existe dernièrement à… un relâchement dans la prière en communauté (allant jusqu’au mépris ?), il vous appartient, pour renforcer ce domaine, de prier en communauté. »
Le célèbre Machpia Rav Nissan Nemanov entendit lui aussi du Rabbi, lors d’une audience privée, que de la parole de nos Sages « ici, il s’agit de l’individu – là, de la communauté », il ressort que par la prière en communauté, on peut atteindre l’Unique – l’Unique du monde (rapporté par la même source).
La diffusion de la lettre du Rabbi Rachab
« La grande proclamation au sujet de la lecture de la Torah – il va de soi qu’il convient de la publier en plusieurs endroits, selon les conditions locales, car c’est pour être diffusée qu’elle a été écrite. »
Ainsi écrivit le Rabbi en 5726 (1966) au Rav Its’hak Dubov, de mémoire bénie (Iguerot Kodech, vol. 24, p. 68). Il s’agissait de la célèbre lettre du Rabbi Rachab, cinquième Rabbi de Loubavitch, concernant l’interdiction de parler pendant la prière et la lecture de la Torah – publiée dans le recueil de ses lettres (vol. 1, lettre 67).
Une démarche rare
Le 23 Iyar 5739 (1979) (Kfar Habad, n° 991, p. 182-183), le Rabbi s’adressa à une personnalité importante en ces termes :
« J’ai reçu une lettre de plainte de l’un des fidèles de votre synagogue. Bien qu’elle contienne sans doute une part d’exagération, il n’en demeure pas moins que, dans les questions touchant à l’honneur de la synagogue, ce qui importe est la manière dont le public réagit aux phénomènes, et pas tellement l’intention de ceux dont la conduite a suscité la réaction. Dès lors, même si seule une partie du public a réagi ainsi, il est de mon devoir d’attirer l’attention sur ce point.
Il s’agit du fait que, dans la synagogue, certains fidèles parlent pendant la prière, pendant la lecture de la Torah, et ainsi de suite.
Comme je l’ai dit, je présume qu’il y a là de l’exagération. Mais une rumeur qui se répand en public, sur un sujet qui concerne le public, suffit également, et c’est le devoir de chacun de faire tout ce qui dépend de lui pour qu’il n’y ait plus matière à une telle réaction ni à une telle plainte. »
Le Rabbi poursuit :
« Au passage, vous savez certainement que c’est précisément au sujet des conversations et bavardages à la synagogue pendant la prière et la lecture de la Torah que toutes les générations ont multiplié les protestations, par voie d’affiches, de proclamations, d’avertissements, etc. Voir également l’Iguéret HaKodech de l’Admour Hazakène, chapitre 24, ainsi que l’appel imprimé dans le Sidour de l’Admour Haemtsahi aux éditions Kehot – vous l’avez certainement, ou vous pourrez l’obtenir auprès des ‘Hassidim.
Et comme je l’ai dit, je tiens à préciser que je fais référence à la conclusion de cette Iguéret HaKodech de l’Admour Hazakène, concernant « celui qui oublie ou de la bouche duquel s’échappent quelques mots sans intention ». »
Le silence ? c’est aux adultes qu’il faut le demander
Voici la teneur des propos que le Rabbi tint, en guise de parenthèse, lors du Farbrenguen du Chabbat Vayakhel-Pekoudei 5743 (1983) (Hitvaadouyot 5743, vol. 2, p. 1131) :
Un Juif doit savoir que la finalité et le but de sa création sont « je n’ai été créé que pour servir mon Créateur »… Par conséquent, tout ce qui ne touche pas au service de D.ieu ne le concerne en rien !
Un petit enfant sait qu’il vient à la synagogue pour prier D.ieu. Aussi, lorsqu’il entre à la synagogue, il donne une pièce à la Tsedaka (les jours de semaine), prend en main un Sidour et se tient debout pour prier posément. Et plût au Ciel qu’il ne voie pas la conduite des adultes et n’apprenne pas d’eux ! Car lorsqu’il observe la conduite de son père et de son grand-père – que D.ieu nous préserve de ce qu’il y voit !
Ces propos visaient ceux qui, en entrant à la synagogue, racontent à tout le monde ce qu’ils viennent d’entendre dans les médias et donnent les dernières « nouvelles » des quatre coins du monde !
Sur le mur de la synagogue est certes accroché un écriteau : « Il est interdit de parler pendant la prière ». Mais tant il est absorbé (par le récit des « nouvelles »), il n’a évidemment pas le loisir de jeter un regard sur cet écriteau.
Quant à l’usage instauré dernièrement, selon lequel le Gabbaï annonce que l’on demande aux enfants de rester silencieux et de ne pas perturber la prière – en vérité, au lieu de le demander aux enfants, mieux vaudrait le demander aux adultes !
Pourquoi précisément aux adultes ? poursuit le Rabbi dans cette Si’ha. Parce que ce sont justement les adultes qui sont astreints aux commandements (contrairement aux enfants). Et de surcroît, parce que les enfants observent leur conduite – et que D.ieu nous préserve de ce qu’ils y voient…
Une attaque par balles d’une ampleur inhabituelle a frappé ce dimanche la région du Sharon et la ligne de démarcation, lorsque des terroristes armés à bord d’un véhicule ont ouvert le feu sur quatre sites distincts. Le bilan s’établit à un mort et cinq blessés, dans un état critique, moyen et léger. Le terroriste a été neutralisé et d’importantes forces de sécurité ont été déployées sur les lieux.
Le déroulé d’une attaque mobile
Un homme a été tué et cinq autres blessés ce dimanche, dans un état critique, moyen et léger, lors d’une fusillade qui s’est déroulée dans la région du Sharon et le long de la ligne de démarcation. Aux alentours de 10h34, des appels d’urgence affolés sont parvenus aux centres de secours, signalant qu’une cellule de terroristes ouvrait le feu depuis un véhicule en mouvement sur quatre sites distincts : Kochav Yair, Tsour Its’hak, Tsour Natan et la localité de Salit.
Selon les premiers éléments médicaux, quatre personnes souffraient de graves blessures par balles, tandis que le terroriste et le véhicule attaquant n’avaient pas encore été interceptés. Les forces de Tsahal, la police et les combattants de la police des frontières, déployés sur l’ensemble du secteur, ont bloqué les axes en direction de Qalqilya et mené une traque ciblée.
Les premières scènes de l’attaque
L’événement sécuritaire a débuté sur le premier site à 10h34, lorsqu’un véhicule transportant des hommes armés a ouvert le feu sur les personnes présentes avant de prendre aussitôt la fuite. Les ambulanciers et paramédics du Magen David Adom, dépêchés sur place, ont prodigué les premiers soins à deux hommes d’une trentaine d’années, tous deux atteints de blessures pénétrantes.
Pendant que la police s’efforçait d’identifier la direction de fuite, la vague de terreur s’est poursuivie vers les points suivants. À 10h37, un appel est parvenu au centre 101 du Magen David Adom, dans le secteur du Yarkon, faisant état d’un homme blessé à l’entrée de Tsour Its’hak : un homme de 31 ans, dans un état moyen et présentant une blessure pénétrante, a été évacué vers l’hôpital Beilinson. Au même endroit, dans le prolongement de Kochav Yair, un vigile a été touché à la main ; blessé légèrement, il a été transporté vers l’hôpital Meir de Kfar Saba.
Peu après, une équipe a localisé deux autres victimes dans un état critique sur la route reliant Tsour Its’hak à Tsour Natan, dont l’une inconsciente. Les secouristes ont ensuite constaté le décès d’un homme d’une trentaine d’années, sans signe de vie et porteur de blessures pénétrantes, tandis qu’un homme d’une quarantaine d’années, dans un état grave et instable, était évacué vers l’hôpital Meir.
Les témoignages des secouristes
Un paramédic du Magen David Adom a raconté avoir reçu au centre 101 plusieurs signalements de blessés sur des sites différents, dont des personnes touchées par des tirs. Sur la scène d’une station-service proche de Kochav Yair, les secours ont commencé à soigner un homme d’une cinquantaine d’années grièvement atteint et un autre d’une trentaine d’années dans un état moyen. Sur un autre site, à Tsour Its’hak, ils ont pris en charge un homme blessé à la main, tandis que sur la route 5533, ils intervenaient auprès d’un homme dans un état critique et d’un autre blessé grave en cours d’évacuation. Les équipes poursuivaient leurs soins sur l’ensemble des scènes.
Un second paramédic a décrit la même réalité difficile : les équipes, dépêchées en nombre et avec rapidité vers les différents lieux, ont rejoint les blessés sur chacune des scènes et entrepris aussitôt de les soigner afin de stabiliser leur état, poursuivant leur action sur place auprès des victimes.
La réaction des forces de sécurité
Selon les comptes rendus actualisés des forces de sécurité, il s’agissait d’une fusillade mobile bien plus étendue, les terroristes ayant continué de tirer sur des positions et des civils en deux points supplémentaires, à Tsour Natan et dans la localité de Salit. Au total, les équipes médicales sont intervenues sur ces quatre sites auprès de quatre blessés confirmés, atteints de blessures par balles pénétrantes. De nombreux policiers du district central, parmi lesquels ceux du commissariat de Tira et des combattants de la police des frontières, ont recueilli des indices médico-légaux sur les lieux.
La police a précisé que ses forces, menant des ratissages à la suite des premiers signalements de tirs visant des passants à une station-service à l’entrée de Kochav Yair, avaient localisé et neutralisé le véhicule suspecté d’être impliqué, ainsi que le terroriste soupçonné d’avoir pris part à l’attentat. Selon les sources médicales, quatre civils ont été blessés — trois dans un état moyen et un dans un état grave — et pris en charge. Le commandant du district central faisait route vers les lieux, tandis que le public était invité à faire preuve de vigilance, à se conformer aux consignes des policiers et à signaler tout événement ou individu suspect.
Tsahal a indiqué que ses forces, en coordination avec les forces de sécurité, s’étaient rendues peu auparavant à Salit et à Tsour Its’hak à la suite de signalements de plusieurs tirs dans le secteur. Le terroriste a été neutralisé sur place. Les forces, avec le renfort de moyens médicaux supplémentaires, ont entamé de vastes ratissages à la recherche d’éventuels autres assaillants tout en prodiguant des soins aux blessés ; d’autres unités faisaient route vers les lieux.
Le bilan dans les hôpitaux
L’hôpital Beilinson, du groupe Clalit, a fait savoir que deux blessés de l’attaque de Kochav Yair étaient parvenus jusqu’à présent dans son service de traumatologie. Les deux victimes étaient toutes deux considérées comme dans un état moyen.
Le 17 Sivan marque l’anniversaire de la disparition de Reb Israël Jacobson, l’un des ‘hassidim Habad les plus influents qu’ait connus l’Amérique. Renforcement du judaïsme, sauvetage de ‘hassidim d’Europe et de Russie, fondation d’institutions : son œuvre a façonné tout un continent. À travers sa chaleur, sa sincérité et son attachement indéfectible au Rabbi, il a inspiré des générations de jeunes étudiants.
Par Hershel Rosenbluh
Le 17 Sivan marque l’anniversaire de la disparition de Reb Israël Jacobson, l’une des figures les plus marquantes du ‘hassidisme Habad en Amérique. On lui doit le renforcement de la vie juive, le sauvetage de nombreux ‘hassidim d’Europe et de Russie, la création d’institutions et l’inspiration transmise à des générations de jeunes gens grâce à sa chaleur, sa sincérité et son attachement profond au Rabbi.
Une rencontre qui change un destin
Né à Zuravitz en 5656 (1895), Reb Israël Jacobson, dont le nom de naissance était Paretzkin, n’avait que dix ans lorsqu’il arriva à Loubavitch. Sa ville natale ne disposait pas de melamdim dignes de ce nom, et un Juif du lieu avait convaincu son père de l’envoyer à la Yéchiva du Rav Reines, à Lida.
C’est alors que la providence divine en décida autrement. Sur la route de Lida, l’enfant et son père croisèrent un vieux mitnaged qui leur demanda où ils se rendaient. « Je suis moi-même un mitnaged, leur confia le vieil homme, mais si vous souhaitez que votre fils demeure un Juif intègre, envoyez-le à Loubavitch. »
Cette rencontre allait bouleverser le cours de sa vie. Reb Israël passa la décennie suivante à étudier à Tom’hei Temimim, d’abord au ‘héder, puis à la Yéchiva, s’imprégnant profondément des voies de la ‘Hassidout et de l’enseignement des Rabbeïm.
Les premières années et le mariage
En 5680 (1920), il épousa Shaïna Levin, fille de Reb Yehochoua Hechel Levin. La sœur de son épouse était mariée au ‘hassid renommé Reb Aharon Lazer Zeitlin, qui fut plus tard assassiné par le KGB. Le jeune couple s’installa à Homel, où il passa les premières années de sa vie conjugale.
En 5685 (1925), Reb Israël fut choisi par les Anach pour se rendre en Amérique et y obtenir des documents d’immigration en faveur des ‘hassidim cherchant à fuir la Russie soviétique. Avant son départ, il rencontra ses compagnons et s’engagea à tout mettre en œuvre pour aider ceux qui demeuraient au pays.
À son arrivée à New York, il devint le Rav de la communauté Anshei Babruisk, une synagogue de rite Noussa’h Ari située à Brownsville, dans le quartier de Brooklyn. Parallèlement à ses fonctions rabbiniques, il se consacra aussitôt au travail communautaire, renforçant la vie juive et envoyant en Russie des fonds dont on avait cruellement besoin.
Au service de la libération du Rabbi précédent
En 5687 (1927), Reb Israël joua un rôle de premier plan dans les efforts entrepris pour obtenir la libération du Rabbi précédent, alors emprisonné par les Soviétiques. Mettant à profit ses relations avec des responsables gouvernementaux et des hommes politiques influents, il contribua à faire pression sur les autorités soviétiques, participant ainsi à la libération du Rabbi précédent et à son départ d’Union soviétique pour Riga, en Lettonie.
Le souci des etroguim
Lorsque la fête de Souccot approcha durant ces premières années américaines, Reb Israël comprit qu’il ne pourrait se procurer d’etroguim de Yanover, chose impensable pour un ‘hassid de Loubavitch. Refusant tout compromis, il fit acheminer des etroguim depuis l’Europe.
En 5715 (1955), il commença à se rendre personnellement en Italie afin de superviser la découpe et l’exportation des etroguim. Cette œuvre fut ensuite poursuivie par son gendre, le Rav Mottel Altein, et demeure aujourd’hui entre les mains de son petit-fils, le Rav Leibel Altein, de Crown Heights.
Le cœur de l’activité Habad aux États-Unis
Du milieu des années 1920 jusqu’à l’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, en 5700 (1940), Reb Israël fut l’adresse centrale de presque toutes les activités de Loubavitch aux États-Unis. Les affaires liées à l’Agoudat Habad, les cours de ‘Hassidout, les collectes du Ma’amad et l’ensemble des activités communautaires Habad passaient toutes par lui.
Une influence décisive sur la jeunesse
L’un de ses apports les plus considérables concerna les jeunes gens d’Amérique. À une époque où Tom’hei Temimim n’avait pas encore été fondée aux États-Unis, Reb Israël tenait des Farbrenguen et enseignait la ‘Hassidout aux étudiants de Yéchivot telles que Torah Vodaas et ‘Haïm Berlin. Les jeunes gens étaient captivés par sa sincérité et par son ardent attachement au Rabbi. Il leur décrivait la grandeur du Rabbi et l’immense mérite que représente le fait de lui être lié.
Nombre de ces élèves se rendirent par la suite à Tom’hei Temimim, à Otwock, en Pologne, où ils devinrent d’éminents ‘hassidim, Rabbanim, machpiïm et Chlou’him. Parmi eux figuraient le Rav Chlomo Zalman Hecht et le Rav Mottel Altein, paix à leur âme, qui épousèrent plus tard ses filles. Le Rav Avrohom Hecht, le Rav Avrohom Barnetzky et le Rav Berel Levy comptaient également parmi ses élèves partis à Otwock à son instigation.
Sauver des vies et obtenir des visas
Reb Israël joua aussi un rôle déterminant dans l’obtention de visas pour le Rabbi précédent et sa famille, dont le Rabbi et la Rabbanit ‘Haya Mouchka. Il obtint de même des visas pour Reb Mendel et la Rabbanit Sheindel Horenstein, qui, tragiquement, ne purent jamais en faire usage.
Plusieurs grands ‘hassidim pour lesquels il avait obtenu des visas, parmi lesquels Reb Itche der Masmid, Reb Chatshe Feigin et Reb Mordché Cheifetz, ne parvinrent finalement pas à échapper à la Lettonie occupée par les nazis et furent assassinés al Kiddouch Hachem.
Un bâtisseur infatigable
Après l’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, l’étendue exceptionnelle des talents de Reb Israël et son dévouement inlassable se manifestèrent plus clairement encore. Il était difficile de trouver une grande initiative de Loubavitch à laquelle il ne fût pas étroitement associé.
Peu après la fondation de Tom’hei Temimim en Amérique, au mois d’Adar Chéni 5700 (1940), il fut nommé machpia aux côtés de Reb Chemouel Levitin. Parmi ses nombreuses responsabilités figuraient la mise en place de la ‘Hevra Kadicha, la création des écoles Beth Rivka, la construction de mikvaot et le renforcement de l’observance du Chabbat dans l’ensemble des communautés.
Son action touchait toutes les catégories de Juifs. Il fut le machpia des jeunes gens comme des jeunes couples, fonda des groupes féminins et des cercles A’hot Temimim, et s’employa sans relâche à diffuser le judaïsme parmi les Juifs éloignés de la pratique.
Encourager le Rabbi à accepter la direction
À la suite du décès du Rabbi précédent, Reb Israël fut parmi ceux qui pressèrent aussitôt le Rabbi d’accepter la direction du mouvement. Il adressa des lettres aux ‘hassidim et aux machpiïm du monde entier, les exhortant à se lier au plus jeune gendre du Rabbi précédent, le Rabbi.
En 5718 (1958), il joua un rôle clé dans la fondation de la Yéchiva de Newark, dans le New Jersey, qui fut ensuite transférée à Morristown, où il exerça également la fonction de machpia.
Roch Yéchiva à Hadar Hatorah
Dans les années 1960, peu après la fondation de la Yéchiva Hadar Hatorah, Reb Israël fut nommé Roch Yéchiva. Par cette fonction, il rapprocha des centaines de personnes du judaïsme. Bien que son approche fût ferme et sans concession, chaque élève ressentait la sollicitude sincère qu’il éprouvait à son égard.
Les candidats comprenaient clairement qu’entrer à la Yéchiva signifiait accepter ses exigences. Il n’existait aucun raccourci. Pourtant, des décennies plus tard, ses élèves continuaient de parler de lui avec une affection et une nostalgie profondes. Pour beaucoup, il devint la figure paternelle qui leur avait fait défaut.
Jusqu’au dernier souffle
Durant les dernières semaines de sa vie, Reb Israël tomba malade et fut hospitalisé. Reb Heishke Dubrawski rapporta plus tard une observation remarquable. Malgré tout ce que Reb Israël avait accompli au fil de plus de cinquante années d’avoda incessante, il restait concentré sur ce qui demeurait encore à faire. Alors même que ses forces physiques déclinaient, son âme brûlait d’énergie et de détermination.
Reb Israël Jacobson s’éteignit à l’âge de quatre-vingts ans, le 17 Sivan 5735 (1975). Il laissa derrière lui des générations de ‘hassidim, de Chlou’him et de Rabbanim poursuivant la voie tracée par le Rabbi.
Ses mémoires, publiés à l’origine dans les années 1960 et 1970 dans la revue Di Yiddishe Heim, furent ensuite rassemblés dans l’ouvrage Zikaron Livnei Israël. Ils demeurent une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à l’histoire de Habad ou se trouve inspiré par la vie d’un ‘hassid qui consacra chaque parcelle de son être à la mission du Rabbi, jusqu’à son dernier souffle.
Dans les jours qui précédèrent le don de la Torah au mont Sinaï, chaque journée fut marquée par une instruction de Moché au peuple d’Israël, selon un ordre précis et progressif rapporté par le Talmud. Une question surgit alors, aussi simple qu’intrigante : pourquoi les enfants d’Israël étaient-ils si épuisés en chemin, eux qui reposaient sous la protection des sept nuées de gloire et n’avaient marché qu’un seul jour après le Chabbat ? La clé de cette énigme réside dans un miracle silencieux — celui d’une unité sans précédent, qui se produisit à la veille de la plus grande révélation de l’histoire.
(D’après Le Likoutei Si’hot, vol. 28, p. 10 et suivantes)
La semaine au pied du Sinaï
Le Talmud décrit avec précision les événements de la semaine qui précéda le don de la Torah au mont Sinaï. Le premier jour, qui coïncidait avec le premier de Roch Hodech Sivan (mai-juin), Moché ne dit rien au peuple — une pause chargée de sens, prélude au message royal qui allait suivre. Le deuxième jour, il leur transmit la parole divine : « Vous serez pour Moi un royaume de cohanim. » Le troisième jour, il leur annonça les Hagbalot — les limites à observer autour de la montagne sacrée. Le quatrième jour vint la Mitsva de la séparation conjugale, marquant le début des trois jours de pureté qui devaient préparer le peuple à se présenter, dans un état de sainteté totale, devant D.ieu — Lui qui choisit de révéler Sa Torah précisément un Chabbat Qodech.
La question se pose alors avec force : pourquoi les enfants d’Israël s’étaient-ils autant affaiblis en chemin ? Le Chabbat, ils s’étaient bien reposés, et après tout, ils n’avaient marché qu’une seule journée. De surcroît, ils avançaient entourés des sept nuées de gloire, qui aplanissaient les routes et créaient autour d’eux un climat agréable. Quelle faiblesse, quelle excuse pouvait donc retarder l’annonce bouleversante : « Vous serez pour Moi un royaume de cohanim et une nation sainte » ? D.ieu Lui-même les avait choisis pour être Son peuple éternel — et ils seraient trop épuisés pour entendre la Bonne Nouvelle, qui serait ainsi repoussée au lendemain ?!
Alignement des attentes
L’explication tient à un événement extraordinaire survenu ce même jour. La Torah emploie un terme singulier : « Vayichan shâm Israël » — « Israël campa là » — et non le pluriel vayachanu. Les Sages soulignent cette précision linguistique : le peuple était « comme un seul homme, d’un seul cœur. » Mais ils ajoutent aussitôt que toutes les autres étapes avaient été, elles, marquées par des disputes et des tensions.
Un miracle s’était produit lors de cette halte : le prodige de l’unité. Un peuple qui n’arrête pas de se quereller avait, pour une journée entière, posé les armes. Là où le moindre désaccord entre Juifs dégénère en polémique et en divisions, cette étape fut un modèle éclatant d’amour d’Israël.
Lorsque deux Juifs se rencontrent, l’un salue l’autre avec « Chalom Aleikhem », et l’autre lui répond à l’inverse : « Aleikhem Chalom ». Pourquoi cet ordre inversé ? J’ai dit « la paix soit sur vous » et la réponse est la même chose, retournée ? C’est là tout le génie de la rencontre juive : lorsque deux Juifs se croisent, ils commencent par aligner leurs attentes. Je pense le contraire de toi — et maintenant, parlons-en en bons amis.
Cette unité miraculeuse naît précisément de l’épuisement du chemin et du silence instructif de Moché. La fatigue de la route avait effacé, en chacun, le sentiment de sa propre singularité. L’émotion immense de s’apprêter à recevoir la Torah — après avoir compté quarante-neuf jours — les avait élevés au-dessus de leur individualité et avait révélé leur mission commune : fils de D.ieu, debout comme une seule armée, prêts à accomplir la vocation de la création — préparer le monde à la Guéoula complète.
Le silence absolu
La dispute est un phénomène tout à fait naturel. « Toutes les autres étapes étaient dans la discorde » — et c’est bien ainsi. Nous sommes différents, et nos opinions le sont aussi. Les Juifs n’ont jamais dissimulé leurs désaccords ; c’est même cette culture du débat qui a engendré la littérature talmudique, permettant à chacun d’apporter sa propre lecture de la Torah, selon le principe que « ces opinions et celles-là sont les paroles du D.ieu vivant. »
Mais la dispute peut aussi déraper et devenir une guerre de personnes, où l’autre est perçu comme une menace, où celui qui pense différemment perd toute légitimité. C’est pourquoi un silence absolu est d’abord nécessaire — une journée pour revenir au point de départ, pour se réimprégner des fondements qui nous sont communs à tous.
Le 12 Iyar marque le jour du Yahrtzeit de Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz, ‘hassid du Tsema’h Tsedek et du Rabbi Maharach, qui servit comme Rav de Moscou avant de s’établir à New York, où il devint l’une des figures rabbiniques les plus marquantes de son époque. Infatigable défenseur de la vie juive traditionnelle dans une Amérique en pleine effervescence, il consacra ses forces au renforcement de la cacheroute et à la construction des micvaoths. Son génie, son wit légendaire et son influence profonde lui valurent une renommée qui dépassa largement les frontières de sa communauté.
Une jeunesse prodige à l’ombre du Tsema’h Tsedek
Rav ‘Haïm Yaakov Vidrevitz naquit à Dobromisla, dans le gouvernorat de Mohilev, le 8 Kislev 5596 (1835). Fils de Reb Binyamin, il maîtrisa très jeune l’ensemble du Talmud et des Poskim, révélant dès l’enfance un génie hors du commun. Issu d’un milieu non ‘hassidique, c’est sur les conseils d’un ami qu’il se rendit à Loubavitch pour rejoindre les yoshvim du Tsema’h Tsedek — ces jeunes hommes studieux qui venaient s’y établir pour de longues périodes d’étude, pris en charge par le Rabbi lui-même.
Après son mariage avec Tamara, il fut nommé Rav dans plusieurs bourgades de Russie Blanche. En 5636 (1876), le Rabbi Maharach l’envoya à Moscou pour y assumer la fonction de Rav ‘hassidique, poste qu’il occupa pendant quinze ans, lui valant le titre de « Moskver Rov ».
Le rayonnement du « Rav de Moscou »
À Moscou, sa réputation de grand Gaon et de Posek éminent se répandit dans tout l’Empire russe et au-delà. Les enfants du Tsema’h Tsedek lui confièrent la mission d’organiser les manuscrits et de préparer l’édition des responsa de leur père — un travail colossal qu’il mena à bien sur deux ans, et sans lequel ces écrits fondamentaux ne nous seraient pas parvenus.
Farouche adversaire des Maskilim qui cherchaient à transformer le mode de vie juif traditionnel, il se battit sans relâche pour préserver l’intégrité de la Halakha. C’est également le Rabbi Rachab qui l’appela à superviser la rénovation de la mikveh de Loubavitch, tombée en désuétude après le décès du Rabbi Maharach.
L’exil américain : un nouveau théâtre d’action
En 5651 (1891), dans le sillage des turbulences politiques qui secouèrent la Russie et de l’attentat contre le tsar, une grande partie des Juifs de Moscou fut expulsée. Rav Vidrevitz décida alors de prendre le chemin des rives américaines. Il fut nommé Rav de la synagogue Loubavitcher-Nyezhiner, sise sur Henry Street, dans le quartier de l’East Side de New York. Quatre ans plus tard, il eut la joie de retrouver l’éminent ‘hassid Reb Avraham ‘Haïm Rosenbaum, qui avait correspondu avec lui avant son départ et reçu l’assurance qu’il l’aiderait à s’établir à son arrivée.
À New York, son étoile brilla d’un éclat nouveau. Il accomplit une œuvre considérable pour renforcer la vie juive dans cette « medineh treyfa », s’attaquant tout particulièrement aux questions de cacheroute et de micvaoths. Il travailla aussi bien de manière indépendante qu’aux côtés du « Rav Hakolel », Rav Yaakov Yossef, pour instaurer un ordre là où régnait le chaos.
L’esprit, le verbe et la célébrité
Malgré un trouble de la parole, les gens venaient de loin pour entendre ses drashot et lui soumettre leurs litiges. Son esprit acéré et son génie juridique lui valurent une renommée dans toute la presse judéo-américaine en langue yiddish.
On raconte qu’un jour, un associé en affaires l’accusa publiquement de malhonnêteté. Sans se démonter, le Rav répondit à son contradicteur : « Moi, je suis un menteur, et toi, tu bégaies ! » L’autre, interloqué, répliqua : « C’est toi qui bégaies ! » — « Oui, dit le Rav, mais si tu m’accuses de tes propres défauts, je t’accuserai des miens ! »
Il porta à diverses reprises le titre de « Grand Rabbin d’Amérique », titre que ses détracteurs lui contestèrent. Lorsqu’on lui demanda qui l’avait nommé à ce poste, il répondit avec humour : « Le peintre en lettres ! »
Les tensions avec l’Agoudas HoRabbanim
Après le décès de Rav Yaakov Yossef — le Rav Hakolel — en 5662 (1902), la plupart des Rabbanim se regroupèrent pour former l’Agoudas HoRabbanim. Pour des raisons qui nous échappent, Rav Vidrevitz refusa d’y adhérer et entra même en opposition avec cette institution.
Lorsque l’Agoudas HoRabbanim déclara que seuls ses propres cacherout et ché’hita méritaient confiance, Rav Vidrevitz rétorqua publiquement que cette déclaration, quoique bien intentionnée, constituait un ‘Hilloul Hachem, car elle discréditait de nombreux Rabbanim pieux et compétents qui n’avaient pas rejoint l’organisation, dont les hechsherim étaient tout aussi fiables, voire supérieurs.
Ses adversaires — principalement des figures du monde lituanien — tentèrent de le dépeindre comme irrespectueux envers le Rav Hakolel et négligent en matière de Halakha. En réalité, c’est tout le contraire : il fut l’un de ceux qui se tint aux côtés de Rav Yossef, tandis que ses principaux opposants étaient deux éminents Rabbanim lituaniens.
Il prit également part au comité chargé de recruter Rav Yaakov Dovid Wilowski de Slutsk — le Ridvaz — pour succéder au Rav Hakolel, témoignant ainsi de son souci profond de l’unité et de la qualité du leadership rabbinique en Amérique.
La polémique Hirshenson
Rav Vidrevitz s’opposa avec vigueur à un Rav controversé récemment arrivé aux États-Unis, établi à Hoboken dans le New Jersey : le Rav ‘Haïm Hirshenson. Celui-ci, alarmé par l’état déplorable de la vie juive en Amérique, avait rédigé avec de bonnes intentions un ouvrage intitulé Halichot Olam, visant à introduire des assouplissements halakhiques pour les masses. Rav Vidrevitz publia de nombreux articles contre lui et ses écrits dans la revue Hamitspah, défendant l’intégrité du droit rabbinique traditionnel.
Une mort soudaine, une ville sous le choc
Rav Vidrevitz, qui résidait au 222 Henry Street, avait été reconnu depuis le décès de Rav Yaakov Yossef comme le Grand Rabbin de la ville. Depuis six mois déjà, sa santé déclinait, mais c’est une semaine avant sa mort que son état devint véritablement alarmant. Il s’éteignit brusquement tôt le matin du 12 Iyar 5671 (1911), et c’est à la demande expresse de sa famille que la levayah fut organisée dès l’après-midi même. La nouvelle de sa disparition se répandit comme une onde de choc dans tout l’East Side, causant une surprise et une douleur immenses. Il avait 75 ans.
Tout au long de ses années new-yorkaises, il avait été l’arbitre incontesté d’innombrables litiges familiaux dans le quartier. Homme de Torah autant qu’homme du monde, il recevait aussi bien les érudits que les simples gens, les industriels et les hommes d’affaires qui venaient soumettre leurs différends à sa sagesse.
Une levayah hors du commun : la ville s’arrête
Le cortège funèbre fut à la mesure de l’homme : long de près d’un kilomètre, il s’étira sur tout le parcours, même après que les piétons eurent finalement abandonné la marche, ne laissant plus que les calèches poursuivre leur route. La foule massée sur les trottoirs était si dense et si émue que des incidents éclatèrent lorsqu’un cocher tenta de forcer le passage à travers le cortège. Des voix s’élevèrent : « Faites-le reculer ! » Les uns frappaient les chevaux, d’autres s’agrippaient à la voiture pour la tirer en arrière, entraînant les bêtes avec elle. Le cocher résista d’abord, mais l’arrivée des policiers, qui lui ordonnèrent de cesser de vouloir s’imposer, finit par rétablir l’ordre.
Le convoi franchit finalement le pont de Williamsburg pour rejoindre le cimetière de Bayside, où Rav Vidrevitz fut inhumé auprès de son fils Yossef Tsvi, qui l’avait précédé dans la mort. Une grande matséva fut érigée sur leurs deux tombes.
Un hommage de la presse et une œuvre impérissable
Le Morgen-Journal, grand quotidien yiddish de l’époque, lui rendit cet hommage : il fut l’un des plus grands géonim de son temps, versé non seulement dans la Torah, mais aussi dans les affaires du monde ; de grands industriels et hommes d’affaires venaient le consulter pour trancher leurs litiges. Ses propres écrits ne furent jamais publiés en recueil, mais son souvenir demeure vivant dans les textes du Tsema’h Tsedek qu’il compila avec tant de soin, ainsi que dans ses contributions éparses à diverses publications et archives rabbiniques.
Des milliers de fidèles envahissent les rues de New York pour rendre un dernier hommage au Grand Rabbin Weiderowitz
Source : The New York Times, 11 mai 1911
La disparition du Grand Rabbin Yaakov Weiderowitz a plongé l’ensemble de la communauté juive du Lower East Side dans le deuil. Plus de cinq mille fidèles ont suivi le cortège funèbre à travers les artères animées de Manhattan, transformant une simple procession en un témoignage populaire d’une ampleur sans précédent. La cérémonie, marquée par les chants liturgiques des chœurs de six synagogues, restera gravée dans la mémoire collective comme les plus grandes funérailles jamais organisées dans ce quartier depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef.
Un cortège d’un kilomètre traverse le Lower East Side
Le jeudi 11 mai 1911, plus de cinq mille membres des congrégations du Lower East Side ont accompagné la dépouille du Grand Rabbin Yaakov Weiderowitz le long de Henry Street, Pike Street, East Broadway et Hester Street, en direction du pont de Williamsburg. Le cortège a emprunté un itinéraire solennel, longeant six synagogues et trois institutions caritatives juives, devant lesquelles des chœurs stationnés sur le parvis entonnaient des élégies funèbres tandis que des officiants récitaient des prières pour le repos de l’âme du Grand Rabbin. Il s’agissait là des plus grandes funérailles organisées dans ce quartier depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef, neuf ans auparavant.
Afin d’éviter que ne se reproduisent les scènes de désordre et d’émeute qui avaient accompagné ce précédent enterrement, une vingtaine de policiers avaient été dépêchés pour encadrer le convoi, maintenir le calme et empêcher toute interruption de la circulation durant le passage de la procession. Néanmoins, lorsqu’un cocher d’une voiture à cheval tenta de forcer le passage à travers le cortège au moment où les chants funèbres retentissaient devant l’école de Torah de East Broadway, des membres de la foule se précipitèrent sur l’attelage, saisirent les chevaux et repoussèrent le véhicule. Le conducteur résista, mais fut contraint de renoncer sous la pression des émeutiers ; il fallut l’intervention des forces de l’ordre pour le dégager et le mettre à l’abri.
La procession, longue de près d’un kilomètre, a progressé solennellement — même après que ceux qui la suivaient à pied se furent dispersés — et a finalement franchi le pont de Williamsburg en direction du cimetière de Bayside, à Brooklyn.
Biographie d’un grand serviteur de la communauté
Le Grand Rabbin Weiderowitz résidait au 222 Hester Street. Il était devenu la figure religieuse la plus éminente du Lower East Side depuis la mort du Grand Rabbin Yaakov Yossef, dont il avait été reconnu comme le successeur à la tête du rabbinat de la communauté. Son décès est survenu de manière soudaine, tôt dans la matinée du mercredi, alors qu’il avait souffert d’une santé déclinante durant les six derniers mois ; son état s’était considérablement aggravé au cours de la semaine précédente, au point que la nouvelle de sa mort, bien que redoutée, causa une grande consternation dans le quartier.
Né aux environs de Moscou voici soixante-dix ans, il était devenu Rav à l’âge de seize ans, après avoir étudié la loi talmudique. Il exerça ensuite ses fonctions rabbiniques à Moscou pendant vingt ans avant d’immigrer aux États-Unis en 1876, où il s’installa sur le Lower East Side, au cœur de la vie juive new-yorkaise. Son autorité religieuse, sa rigueur halakhique et sa proximité avec les fidèles lui valurent une réputation exceptionnelle, qui transparut dans l’ampleur populaire des funérailles qui lui furent consacrées.
Une erreur de presse concernant la veuve du général Hancock
Une dépêche en provenance de Memphis, Tennessee, publiée dans le Times du 8 mai, avait semblé annoncer le décès de Mme Winfield Scott Hancock, veuve du général et candidat à la présidence contre Garfield en 1880. Cette information était inexacte : c’est en réalité la veuve de Russell Hancock, fils du général, qui venait de mourir. La défunte, qui avait conservé le nom de Mme Hancock après s’être séparée de son second mari, Ellerton Dorr de Boston, résidait depuis vingt ans dans un domaine situé près de Brookdale, dans le Mississippi. Elle est survécue par un fils, le capitaine Winfield Scott Hancock Jr., en poste à Fort Constitution, dans le New Hampshire. C’est Oliver de Bois Roelker, du 303 West First Street, unique frère de la véritable veuve du général, qui a signalé cette erreur à la rédaction du Times. La première Mme Hancock, pour sa part, est décédée dans cette ville il y a plus de dix-sept ans.
Nécrologie : le contre-amiral William Campbell Gibson
Le contre-amiral William Campbell Gibson, officier en retraite de la Marine des États-Unis, est décédé hier à son domicile du 1412 Pacific Street, à Brooklyn. Né à Albany en 1838, il s’engagea dans le service volontaire au début de la guerre de Sécession. Il fut notamment commandant du vapeur affrété City of Peking et de l’Olympia en 1898, navire qui transporta le Premier régiment de volontaires de Californie jusqu’à Manille. En 1900, il prit le commandement du cuirassé Texas ; le 23 juillet de cette même année, jour de son soixante-deuxième anniversaire, il fut promu au rang de contre-amiral. Il avait épousé, à l’été 1875, Aurelia A. Holbrook. Il laisse dans le deuil son épouse et trois enfants.
Plus de 150 Rabbanim venus de toute l’Europe ont convergé vers Berlin pour la Conférence européenne annuelle sur la Cacherout, trois jours de Torah, de débats halachiques et d’échanges institutionnels de haut niveau. L’événement a été marqué par une invitation officielle au Bundestag, un discours remarquable du Chancelier Friedrich Merz, et un moment de foi collective devant la porte de Brandebourg. Une rencontre qui affirme avec force la vitalité du judaïsme européen et la solidarité des instances politiques allemandes envers les communautés juives du continent.
Une conférence au cœur de la capitale allemande
Cette semaine, Berlin a été le théâtre d’un geste exceptionnel de solidarité envers les communautés juives d’Europe et le peuple juif dans son ensemble. La direction du Parlement allemand a adressé une invitation officielle à une large délégation de Rabbanim européens pour une visite du bâtiment du Bundestag. Cette visite s’est déroulée en parallèle de la Conférence européenne sur la Cacherout, qui rassemblait environ 150 Rabbanim ainsi que des personnalités dirigeantes du Centre rabbinique d’Europe et d’autres représentants de la vie publique juive.
La conférence de cette année s’est tenue au Campus juif de Berlin, sous la conduite du Rav de la ville et Chalia’h Habad, le Rav Yehouda Teichtal. Répartie sur trois jours, la rencontre a comporté une série de sessions professionnelles et de discussions halachiques portant sur les enjeux contemporains en matière de Cacherout.
Les grands thèmes halachiques à l’ordre du jour
Parmi les sujets abordés figuraient les défis pratiques liés à la supervision moderne de la Cacherout : l’inspection des treifot dans la volaille et le bétail, l’utilisation d’ingrédients alimentaires spécifiques pour Pessa’h, la mise en conformité des cuisines industrielles dans les hôtels et restaurants, ainsi que des questions halachiques émergentes telles que l’usage de la cigarette électronique durant Pessa’h et la préparation des fours et réfrigérateurs pour Chabbat.
En est à sa sixième édition, la conférence est organisée par le Centre rabbinique d’Europe (RCE), l’organe central représentant le leadership rabbinique sur l’ensemble du continent. L’organisation œuvre au renforcement des communautés juives et au soutien des Rabbanim locaux — en particulier dans les communautés plus petites ou géographiquement isolées — pour faire face aux défis tant halachiques que communautaires.
Une visite au Bundestag, symbole de solidarité
Dans le cadre du programme de la conférence, la délégation rabbinique s’est rendue au Parlement allemand (Bundestag) en une puissante expression de solidarité et de soutien envers les communautés juives, dans le contexte de la guerre en cours et de la recrudescence des incidents antisémites à travers l’Europe.
Parmi les participants à cette visite figuraient des membres du Conseil rabbinique des rabbins européens, environ 150 Rabbanim communautaires représentant tout le continent, le président du RCE Rav Menahem Margolin, le directeur général Rav Arie Goldberg, le vice-président Rav Yossef Bainhaker, ainsi que le secrétaire du Conseil rabbinique, le Rav Avraham Aba Torezki.
Ani Ma’amin devant la porte de Brandebourg
À l’issue de la visite du Bundestag, les Rabbanim se sont rassemblés devant la porte de Brandebourg — l’un des monuments les plus emblématiques de Berlin — où ils ont entonné ensemble le Ani Ma’amin avec une profonde émotion. Ce chant millénaire, affirmation indéfectible de la foi juive, résonnait ainsi dans ce lieu chargé d’histoire comme un témoignage vivant de la continuité du peuple juif à travers ses épreuves les plus sombres.
Le discours remarqué du Chancelier Merz
Le Chancelier fédéral Friedrich Merz a prononcé une déclaration d’un soutien inhabituellement ferme, affirmant lors d’une rencontre politique que son gouvernement se tient résolument aux côtés d’Israël et s’engage à lutter contre l’antisémitisme. Il a réaffirmé la responsabilité historique de l’Allemagne de garantir aux Juifs la possibilité de vivre dans le pays en toute sécurité et dans toute leur identité.
Face aux tentatives de militants pro-palestiniens de perturber son allocution, le Chancelier a déclaré que si les organisations terroristes déposaient les armes, le conflit pourrait être résolu rapidement. Ses propos ont suscité une large approbation et un écho considérable au sein de la communauté juive locale.
La réponse chaleureuse du Rav Teichtal
Le Rav Yehouda Teichtal de Berlin a adressé au Chancelier une lettre formelle de gratitude, écrivant : « En ce moment critique, vous avez montré ce que signifie une véritable amitié envers Israël et le peuple juif. » Il a par ailleurs qualifié cette déclaration de « phare de vérité au milieu d’un paysage de mensonges diplomatiques ».
Le Rav Teichtal a souligné que la position claire adoptée par la direction allemande exerce un impact significatif sur le sentiment de sécurité des communautés juives et renforce les efforts pour combattre l’antisémitisme. Il a également mis en lumière la relation croissante entre le Chancelier et la communauté juive de Berlin, notant que ce dernier a reçu des représentants communautaires à plusieurs reprises et souligne constamment la responsabilité historique de l’Allemagne envers le peuple juif.
Un rendez-vous essentiel pour le judaïsme européen
La Conférence européenne sur la Cacherout continue de constituer une plateforme indispensable pour renforcer la coopération entre les Rabbanim du continent, approfondir le débat halachique et élaborer des réponses communes aux défis croissants auxquels fait face le judaïsme européen aujourd’hui.
Au 27e Kinous Hachlouhim de France, le Rav Mendel Azimov, directeur du Beth Loubavitch de Paris, a prononcé un discours qui a profondément marqué l’assemblée. Avec une chaleur et une authenticité qui lui sont propres, il a évoqué cinquante-huit ans de Chli’hout à Paris, des anecdotes édifiantes sur l’entraide au sein du mouvement Loubavitch et une histoire personnelle saisissante sur le sauvetage d’une école en péril. Son message central résonne comme une profession de foi : lorsque D.ieu nous offre la possibilité d’aider un autre Chalia’h ou un autre juif, nous ne sommes que le canal des bénédictions du Rabbi — la journée ne nous appartient pas, elle Lui appartient.
Remerciements liminaires : une soirée qui ne s’improvise pas
Le Rav Mendel Azimov a ouvert son discours en adressant ses remerciements au comité du Kinous pour l’organisation de cette édition annuelle. Il a souligné combien la tâche est ardue : entre les contraintes liées aux Fêtes de Pessa’h et les multiples sessions qui s’enchaînent sans relâche durant vingt-quatre heures, tenir les délais et maintenir la qualité de l’événement relève d’un véritable tour de force. « On essaie toujours de respecter la date (le 2 Iyar) », a-t-il dit avec le sourire qui le caractérise, avant de préciser que cette soirée coïncidait avec un anniversaire personnel significatif : cinquante-huit ans, jour pour jour, depuis que ses parents, le Rav Chmouel et Bassie Azimov, avaient posé leurs valises à Paris pour y entreprendre leur mission de Chlou’him.
Il a ensuite remercié chaleureusement Philippe Besnainou, président de la communauté de Neuilly et vice-président du Consistoire, pour ses paroles d’encouragement et pour l’exemple qu’il ne cesse de donner, veillant à ce que la collaboration entre le Consistoire et le Beth Loubavitch se poursuive dans la meilleure harmonie possible. Ses remerciements se sont également étendus à Raphaël et à toute son équipe pour la parfaite organisation de la restauration tout au long de la journée, des trois repas inclus.
Un livre né d’une amitié : le le Rav Albert Guigui, Grand Rabbin de Bruxelles et le Rav Chabtaï Slavatitsky
Le Rav Azimov a ouvert une parenthèse chaleureuse autour d’un projet éditorial qui lui tient à cœur. Un jour,le Rav Chabtaï Slavatitsky d’Anvers lui avait demandé le nom d’une maison d’édition. Il lui en avait indiqué plusieurs, sans en savoir davantage. Il apprit peu après que cet ami s’apprêtait à publier un ouvrage en collaboration avec le Grand Rabbin de Bruxelles, le Rav Albert Guigui. Un donateur providentiel avait alors proposé de financer l’impression du livre, dont les éditeurs sont le Rav Slavatitsky et le Grand Rabbin de Bruxelles. L’ouvrage, agrémenté de la photographie du Rabbi en couverture, rassemble des récits bien connus et peut être acquis en librairie.
Le Rav Azimov a également remercié la famille Zetoun, qui offre chaque année un livre aux participants du Kinous. Cette année, on a offert un « Tanya Hachalem » de la part du Rav Shusterman qui avait traversé une épreuve terrible quarante ans auparavant en perdant son épouse, laissant ses enfants derrière lui. Cet homme avait néanmoins continué à avancer, à construire, et avait finalement rédigé un livre en anglais, distribué ce soir-là à l’ensemble des participants. Le Rav Azimov lui a adressé, à distance, toute sa gratitude.
L’esprit du Kinous : aider celui qui aide
Abordant le fond du Kinous, le Rav Azimov a salué l’élan remarquable qui a caractérisé cette année, avec l’inauguration et la rénovation de plusieurs Beth Habad à travers région parissenne. Il a rendu grâce au Rabbi pour tout ce qu’il continue d’accorder aux Chlou’him et à leurs communautés.
Le fil conducteur de la journée, a-t-il rappelé, était l’idée fondatrice de la solidarité entre Chlou’him : un Chalia’h qui aide un autre Chalia’h, une femme qui vient en aide à une autre, un juif qui tend la main à un autre juif. « En réalité, chacun et chacune ici a des histoires qu’il peut raconter », a-t-il observé, « et en racontant ces histoires, elles nous donnent une force immense. »
Il a alors évoqué un constat paradoxal, bien connu des directeurs de communautés : la grande majorité des charges d’un Beth Habad sont couvertes par des donateurs qui n’en franchissent jamais le seuil. Ce sont souvent des gens de l’extérieur qui soutiennent l’œuvre, tandis que ceux qui en bénéficient quotidiennement participent rarement aux frais. Son père lui avait donné la clef de lecture de ce mystère : « Aider à un juif ne coûte pas d’argent. Si tu ne reçois pas de lui en retour, ce n’est pas ton problème. Le Rabbi ouvrira des portes afin que d’autres juifs puissent aider ».
Le Rav Mendel Azimov a invité l’assemblée à s’inspirer de l’attitude du Rabbi lui-même. Peu importait que la personne qui s’adressait à lui lui soit inconnue, peu importait qu’elle n’ait jamais rien fait pour lui : le Rabbi répondait à chacun. Il le conseillait, l’accompagnait, lui accordait une bénédiction, faisait tout ce qui était en son pouvoir pour que ce juif obtienne ce dont il avait besoin. C’est cette disponibilité absolue, cette générosité sans calcul, qui doit guider chaque Chalia’h dans son service quotidien.
L’histoire du chèque qui a sauvé une école
Puis le Rav Azimov a partagé avec l’assemblée une histoire « peu connue, surtout des jeunes », une histoire qui lui a laissé une trace indélébile dans la vie.
Il y a environ vingt-cinq ans, alors que le complexe scolaire Haya Mouchka de la rue Petit était en plein chantier, une autre école Habad, à proximité, traversait d’immenses difficultés financières. Ses dirigeants avaient rédigé une lettre et l’avaient transmise à mon oncle le Rav Moché Kotlarsky a’h. Celui-ci avait regretté de ne pouvoir agir directement, mais avait conseillé de faire parvenir cette lettre à une autre personne. Sans en connaître tous les tenants et aboutissants, le Rav Mendel Azimov était chargé d’inspecter les comptes de l’école et d’en faire un rapport détaillé.
« J’avais vraiment pas la tête pour ça », reconnaît-il. Il s’est néanmoins acquitté de cette mission avec une rigueur exemplaire, produisant un compte rendu documenté qu’il conserve encore dans ses archives. Il transmit ce rapport à son oncle, le Rav Kotlarsky, qui le fit parvenir au donateur. La réponse fut foudroyante : le donateur s’engagea à verser la somme nécessaire pour sauver l’école — 850 000 à 900 000 euros, il y a vingt-cinq ans.
Le choc fut double. D’abord, l’ampleur de la somme. Ensuite, le fait que la confiance reposait entièrement sur lui : il était caution, celui dont la parole engageait l’ensemble de l’opération. Il appela le Rav Kotlarsky pour lui confier son malaise : « Je ne me sens pas à l’aise de me porter caution pour une affaire pareille. » La réponse de son oncle fut nette : « Ce n’est pas toi. C’est le Rabbi qui fait en sorte. »
La suite tint du prodige logistique autant que spirituel. Il fallut trouver une banque disposée à faire entrer les fonds le matin même pour les restituer l’après-midi sous forme de chèque de banque. Le Rav Mendel Azimov se rendit personnellement à Créteil pour remettre ce chèque au juge, apposant sa signature en caution sur les documents officiels. Son père, pour sa part, refusa catégoriquement de percevoir le moindre pourcentage sur la transaction — alors même que leur propre établissement manquait d’argent chaque jour.
La leçon gravée dans la mémoire
« Qu’ai-je appris de cette histoire ? » a demandé le Rav Azimov, avant de répondre lui-même. Lorsque D.ieu donne la possibilité d’aider un autre Chalia’h, lorsque D.ieu donne la possibilité d’aider un autre juif, lorsque D.ieu donne la possibilité d’être là — ce n’est pas nous. C’est quelque chose de difficile à intégrer, quelque chose qui dépasse nos forces humaines. Mais c’est précisément là que réside la grandeur de l’engagement du Chalia’h.
« La journée ne nous appartient pas. La journée appartient au Rabbi. » Chaque matin, au réveil, on dit la prière, et l’on aspire à ce que chaque heure, chaque moment de la journée soit rempli d’une mission accomplie. « On est un keli », un récipient, pour faire passer les bénédictions du Rabbi.
Les débuts héroïques : quand le cacher n’existait pas encore
Le Rav Azimov a conclu par une évocation nostalgique et émouvante des premières années de la présence Loubavitch à Paris, quand la nourriture cachère était encore une denrée rare. Il se rappelle avoir vu, tout enfant de cinq ou six ans, dans le couloir de chez ses parents, du beurre distribué aux familles qui en avaient besoin. Il se souvient d’expéditions jusqu’à Armentières pour y trouver des produits cachères, ou d’approvisionnements ramenés d’Angleterre, faute de magasins suffisamment fournis en France à l’époque.
Ces souvenirs témoignent du chemin parcouru, de la transformation accomplie par des générations de Chlou’him qui ont bâti, pierre après pierre, l’infrastructure de la vie juive en France. Que D.ieu fasse, a-t-il conclu, que nous puissions continuer ce travail ensemble, que la force du mouvement Loubavitch-Loubavitch — celle de travailler tous dans le même direction, avec le même objectif — ne se dément jamais, et que nous méritions tous une bonne année, poursuivant notre mission jusqu’à l’avènement de la Guéoula véritable et complète, avec le Rabbi à notre tête.
Rabbi Menahem Mendel de Vitebsk (1730?-1788), également connu sous le nom de Menahem Mendel de Horodok, était l’un des premiers dirigeants du mouvement hassidique quitta ce monde. Il était le principal disciple du Maguid de Mezeritch et a contribué à répandre le hassidisme à travers la Biélorussie à partir de sa base à Minsk.
En 1772, il a voyagé avec Rabbi Chnéour Zalman de Liadi pour rencontrer le Gaon de Vilna, dans l’espoir de convaincre ce dernier d’annuler son interdiction du hassidisme, mais sans succès.
Après la mort du Maguid, Rabbi Menahem Mendel et son collègue, Rabbi Abraham Kalisker, se sont établis à Horodok. En 1777, ils ont émigré avec 300 Hassidim en Eretz Israël et se sont installés à Safed, en Syrie ottomane. En 1783, ils ont été contraints de quitter Safed et se sont déplacés à Tibériade, où ils ont construit une synagogue qui existe toujours aujourd’hui.
Le Rav Menahem Mendel était très humble, et il signait ses lettres avec les mots « השפל באמת, véritablement humble ».
Avant sa mort, il a ordonné à ceux qui se tenaient près de lui de quitter la pièce, disant : « Car voici que l’Éternel se tient sur moi ». Une heure plus tard, son âme est sortie dans la sainteté et il a été enterré à Tibériade.
1er Iyar 5736-1975
Le Rabbi a choisi six versets et dictons des Sages pour être répétés par les enfants d’Israël.
Le Rabbi a ajouté six autres versets lors de la fête de Lag Baomer.
Le Rabbi a demandé à chaque enfant juif de réciter les douze versets par cœur et de les répéter à tout moment, et a expliqué l’importance de ces versets également pour leur pouvoir de protéger le peuple d’Israël.
2e Iyar 5594-1834
Rabbi Chmouel Shneersohn, 4ème Rabbi de Loubavitch, naquit dans le village de Loubavitch, le 2 Iyar 1834 (Tiférèt de Tiférèt). Le Tséma’h Tsédèk lui donna le nom d’un Tsadik caché, qui était porteur d’eau dans la ville de Polotsk. Le Tséma’h Tsédek eut sept fils et deux filles. Rabbi Chmouel est le cadet des fils.
Dans son jeûne âge, il se distingua par sa mémoire et son intelligence prodigieuse. Ses étude furent particulièrement fructueuses. En 1848, il épousa, en première noce, la Rabbanit Sterna, fille de son frère, Rabbi ‘Haim Chnéor Zalman, le Rabbi de Lyadi. Mais la Rabbanit tomba malade et quitta ce monde trois mois après son mariage. En 1849, il épousa la Rabbanit Rivka.
C’est en 1855 qu’il se consacra, sur l’ordre de son père, aux besoins de la communauté. Son activité le conduisit également à rencontrer les responsables communautaires d’autres pays. C’est pour cela qu’il se rendit en Italie (1858), en Allemagne (1859) et en France (1868).
C’est en Nissan 1866 qu’il prit la tête des ‘hassidim ‘Habad. Des le début de l’année, son père l’avait chargé de commenter publiquement la ‘Hassidout et avait dit aux ‘hassidim: « Vous l’écouterez comme vous m’avez écouté. » A la fin de l’année 1882, il tomba malade et quitta ce monde dans la nuit du mardi 13 Tichri 1882. Il fut enterré à Loubavitch, près de son père.
On ne sait, somme toute peu de choses de la vie du Rabbi Maharach, qui ne dura que 48 ans et demi. Même ses interventions communautaires restèrent secrètes et, pour la plupart, ne furent pas révélées. Par ailleurs il fut malade et faible tout au long de sa vie et ses multiples activités l’empêchèrent de recouvrer pleinement la santé.
Il eut quatre fils et deux filles: Rabbi Chnéor Zalman, le Razo, Rabbi Chalom Dov ber, le Rabbi Rachab qui allait lui succéder, Rabbi Avraham Sender, qui décéda à l’âge de huit ans. Doué de capacités hors du commun, il avait l’âme de l’Admour Hazaken. Le quatrième fils fut Rabbi Mena’hem Mendel qui est enterré à Tsfat. Les filles du Rabbi Maharach furent la Rabbanit Devora Léa et la Rabbanit ‘Haya Mouchka.
2 Iyar 5702-1952
La rédaction secrète d’un Sefer Torah pour l’avènement du Messie a commencé. Sa conclusion a été retardée de nombreuses années, jusqu’au 9 Chevat 1970.
2 Iyar 5716-1956
Un massacre horrible a eu lieu dans l’école de travail du village de Kfar Habad.
Une biographie de plus de 300 pages retrace le parcours exceptionnel du ‘Hassid Rav Na’houm Goldschmid, figure vénérée du mouvement Habad dont le nom était prononcé avec admiration par toute une génération. Le Rav Shimon Eisenbach, Rav du quartier Ha-Cha’hmon à Eilat, a dévoré cet ouvrage d’une traite pendant la fête de Pessa’h, et en livre ici une chronique passionnée. Une lecture qu’il recommande sans réserve à quiconque aspire à s’imprégner de crainte du Ciel et d’amour de la ‘Hassidout.
Rav Shimon Eisenbach, Rav du quartier Ha-Sha’hmon à Eilat
Un livre longtemps différé, enfin ouvert
L’expression bien connue « le temps dérobe ce que le cœur convoite » illustre parfaitement ce sentiment de frustration que l’on éprouve faute de pouvoir lire tout ce que l’on souhaiterait. Une pile de livres nouveaux s’accumule devant moi, elle ne cesse de grandir, et je n’arrive pas à m’en venir à bout.
L’un de ces ouvrages est un livre paru il y a quelques mois. Je dois préciser, par souci de transparence, qu’il a été publié à l’occasion du mariage de ma fille, Mme Yafa, avec le ‘Hassid Rav M.M. Goldschmid, célébrés en bonne heure le 14 Kislev de cette année. Ce livre s’intitule « Rav Na’houm Goldschmid » et a été rédigé par le frère de mon gendre, le Rav Avraham Goldschmid ; tous deux sont des arrière-petits-fils du grand homme dont il est question dans cet ouvrage.
Ce livre est resté un temps parmi d’autres que j’avais mis de côté, dans l’espoir de trouver le moment de les lire. Et voilà que, pour une raison que je ne saurais expliquer, c’est lui que j’ai saisi pendant la dernière fête de Pessa’h. Je l’ai lu avec avidité, du début à la fin, sans jamais regretter d’avoir choisi celui-là parmi tous les autres.
Un portrait d’une plénitude rare
L’ouvrage compte plus de 300 pages denses et riches, qui relatent la vie du célèbre ‘Hassid Rav Na’houm Goldschmid, de mémoire bénie, une figure qui faisait autorité parmi les ‘Hassidim Habad de la génération précédente. Depuis ma plus tendre jeunesse, j’ai entendu ce nom porté avec fierté sur les lèvres des ‘Hassidim qui en parlaient avec vénération et estime. Mon père, de mémoire bénie, le Rav Tsvi Eisenbach, l’évoquait lui aussi fréquemment, surtout comme celui qui avait su expliquer la doctrine de la ‘Hassidout à des milliers et des dizaines de milliers de personnes d’une manière unique, sans équivalent.
C’est ainsi que j’ai passé la fête de Pessa’h en compagnie de ce personnage exceptionnel. J’ai prié avec lui, étudié avec lui et, bien entendu, participé à ses Farbrengouenim pendant les jours de fête et de ‘Hol HaMoed, au fil d’anecdotes enchaînées les unes aux autres, de descriptions qui se succèdent, et de récits qui ont dessiné devant moi le portrait d’un homme hors du commun. Tout au long de la lecture, le sentiment dominant était celui du regret de ne pas l’avoir connu de près ni bénéficié de son ombre.
Un titre qui dit tout
Il m’est difficile de prodiguer des éloges à cet auteur talentueux pour son tRavail remarquable — car on ne fait pas l’éloge d’un homme en sa présence, et je crains que cette chronique lui parvienne un jour — mais la vérité mérite d’être dite : il a accompli un travail admirable et a rapproché les lecteurs au plus près du légendaire Rav Goldschmid.
Ce qui m’a touché plus que tout, c’est le titre du livre : « Rav Na’houm Goldschmid ». Alors que tout auteur cherche habituellement un titre grandiloquent pour son livre, qui donne au lecteur l’impression que le héros est à l’égal d’un ange ou d’un être d’élévation suprême, l’auteur a ici choisi de donner à son ouvrage simplement le nom de l’homme, sans titre exalté. Car c’était précisément toute la grandeur du Rav Goldschmid : il se comportait avec une telle simplicité, et c’est dans cette simplicité même qu’il était parvenu à concentrer les contenus les plus profonds de la doctrine ‘Hassidique.
Des racines ‘Hassidiques et une jeunesse à Ekaterinosslav
Le livre s’ouvre sur un panorama des racines ‘Hassidiques du Rav Goldschmid, qui appartenait d’abord à la ‘Hassidout en général, avant de se rapprocher progressivement du mouvement Habad et de son enseignement lorsqu’il est allé étudier à Tomkhei Temimim. Dans son enfance, il a grandi dans la ville d’Ekaterinoslav et y a étudié aux côtés des fils du Gaon Rabbi Lévi Its’hak Schneersohn — parmi lesquels le Rabbi lui-même, avec ses frères Berel et Leibel. Ces récits vivants révèlent beaucoup sur la ville d’Ekaterinoslav et sur l’intense vie ‘Hassidique qui y régnait. Dans cette ville de son enfance, il a noué des liens profonds avec toute la famille du Rav Lévi Its’hak Schneersohn, et bien sûr avec le Rabbi.
Fait remarquable : après son arrivée en Terre Sainte, Rav Na’houm n’a pas réussi, pour une raison ou une autre, à se rendre auprès du Rabbi. La première fois qu’ils se sont retrouvés en tête-à-tête après des décennies de séparation, c’était en 5728 (1967-1968), soit dix-sept ans après le début de la necsiaout du Rabbi. Des Temimim qui étudiaient alors au 770 racontent son effacement total devant le Rabbi, en véritable ‘Hassid, et les sanglots qui l’ont secoué pendant la prière en présence du Rabbi. On rapporte également comment il a demandé au Rabbi, lors de cette audience, d’être accepté comme un ‘Hassid ordinaire, et non d’être traité en ami d’enfance.
L’errance et l’exil à travers la Russie soviétique
De nombreuses pérégrinations ont été le lot de ce Tamim qui a erré de ville en ville à travers la Russie, fuyant les persécutions du régime contre tout ce qui relevait de la sainteté. Il a commencé à Rostov, avant de passer par Kharkov, puis Nevel, puis Vitebsk, puis Bakou, puis Moscou, jusqu’à ce qu’il soit contraint, sans autre issue, de fuir l’Union soviétique à tout prix.
En 5695 (1935), il a accosté en sécurité au port de Jaffa et s’est installé depuis lors à Tel-Aviv, qui débutait alors sa vie comme ville juive. Dans le Tel-Aviv de cette époque, la communauté Habad s’était formée et développée au point de devenir un phare de Torah et de ‘Hassidout, d’où l’enseignement ‘Hassidique a rayonné à travers toute la Terre Sainte. Au sein de cette communauté ‘Hassidique de Tel-Aviv, les ‘Hassidim étaient liés les uns aux autres par des liens d’amour profond, et les chapitres du livre dépeignent avec brio, sous la plume de l’auteur, la vie ‘Hassidique de Tel-Aviv de l’époque. On y apprend, entre autres, que Rav Na’houm s’est rendu un jour au domicile d’un ami, et que son fils, le Rav Mordekhaï, l’a surpris en pleurs — c’était après qu’il avait rendu visite à son ami le Rav David Brouman hospitalisé, dont il n’avait pu supporter de voir les souffrances sans fondre en larmes.
La voix de la ‘Hassidout à Tel-Aviv
C’est là, à Tel-Aviv, que sa stature s’est affirmée, notamment après l’affaiblissement du mashpia Rabbi Zalman Mochè Haïtsaki. Rav Na’houm est alors devenu le principal orateur et commentateur lors de chaque rencontre et Farbrenguen. Il donnait des cours de ‘Hassidout à toute heure, et des dizaines de personnes venaient boire ses paroles. Nombreux sont ceux qui témoignent aussi de la longueur de ses prières, auxquelles il consacrait des heures entières, y engageant toutes ses forces jusqu’à l’épuisement de son âme. Il se plongeait longuement dans la méditation ‘Hassidique et, par moments, éclatait en sanglots — et nul ne pouvait rester indifférent face à sa personnalité rayonnante. Les jeunes qui l’écoutaient et étudiaient la ‘Hassidout sous sa direction témoignent que la ‘Hassidout imprégnait chaque fibre de son être. Il pouvait s’asseoir sur un banc du boulevard Allenby, en plein été, et s’immerger pendant des heures dans l’étude de la doctrine ‘Hassidique. Le bruit de la rue ne le perturbait nullement, tant sa concentration le coupait totalement du monde extérieur, au point qu’il ne remarquait même plus ses amis et élèves qui passaient à proximité.
Saisir l’essence, non la surface
Un passage choisi du livre rapporte l’importance que Rav Na’houm accordait à saisir l’essence des choses, et non leurs seuls aspects extérieurs. Le Rav ‘Hassid Rabbi Chalom Douvber Boutman en témoigne par une anecdote savoureuse : à une certaine époque, il étudiait les ma’amarim de ‘Hassidout de l’année 5703 (1942-1943) et en parlait parfois avec Rav Na’houm. Il se retrouva un jour bloqué sur un passage et posa la question à l’un des membres de la communauté, mais la réponse qu’il reçut ne le satisfit pas. Lorsqu’il rencontra ensuite Rav Na’houm et lui soumit la question avec l’explication qu’il avait entendue, Rav Na’houm lui répondit : « Imagine que tu aies devant toi une charrette et un avion. Si on te demande quelle est la différence entre les deux, tu répondras : la charrette est en bois et l’avion en métal. En réalité, dans les faits, c’est une réponse exacte. Mais réfléchis-y — est-ce vraiment là la différence entre une charrette et un avion ?… »
Par cette courte réponse, Rav Na’houm exprimait sa conception unique de l’étude et de l’enseignement : ne pas se contenter de différences techniques, ne pas s’arrêter à la surface des idées, mais toujours aspirer à en comprendre la racine, la profondeur intérieure, l’essence qui se cache derrière les choses. Rav Na’houm cherchait toujours à toucher le cœur même des sujets — à atteindre l’essence, sans se satisfaire de la couche extérieure du concept.
Le Rav ‘Hassid Rabbi Ye’hezkel Sofer, qui avait étudié à la Yéchiva de Brisk avant de se rapprocher du monde ‘Hassidique, a décrit une conversation inoubliable qu’il a eue avec Rav Na’houm : « Un jour, alors que je revenais d’une visite à la Yéchiva de Tomkhei Temimim à Kfar Habad et me trouvais à Bné Brak, Rav Na’houm Goldschmid s’approcha de moi et me demanda : « Il est connu que chaque courant possède un point intérieur unique dont découlent tous les détails particuliers — quel est, selon toi, le point intérieur du livre du Tanya ? » J’ai tenté de répondre, de proposer différentes pistes, mais il ne fut satisfait d’aucune. Il me dit finalement : « Un homme peut se trouver au niveau du ‘Beinoni’ du Tanya, ‘n’ayant jamais commis de faute de sa vie’, et pourtant l’essence de sa nefech habahami — son âme animale — n’a pas changé d’un iota ! C’est là une très grande nouveauté : le Tanya exige du Juif d’être intérieur. Il ne suffit pas d’être ‘un Juif du Choulhan Aroukh’ et d’accomplir tous ses devoirs en acte, en parole et en pensée — il faut aussi transformer son monde intérieur. » »
Les émissions de radio et l’enseignement du Tanya
De larges chapitres du livre sont consacrés aux émissions de radio dans lesquelles Rav Na’houm dispensait des cours de Tanya à l’ensemble des habitants de la Terre Sainte — émissions qui parvenaient également jusqu’en Union soviétique, où les gardiens de la braise ‘Hassidique les écoutaient et en abreuvaient leur âme assoiffée. Maintenir ces émissions n’était guère aisé : des opposants ont tenté d’y mettre fin, et des militants se sont mobilisés pour en assurer la pérennité.
Un vaste chapitre retrace également les cours qu’il a dispensés aux élèves de Beth Rivka, transformant cet établissement de fond en comble : grâce à lui, de nombreux foyers ‘Hassidiques enracinés ont vu le jour.
Un livre riche en enseignements, malgré quelques imperfections
Le livre, comme indiqué, regorge de nombreuses perles qui chacune éclaire et illumine. L’une d’elles est l’évocation du Rav Efraïm Na’houm Bordiansky, qui connaissait, comme beaucoup dans le monde lituanien, le Rav Na’houm Goldschmid. Il déclare à son sujet que « la profondeur de son explication et sa capacité à rendre accessibles des idées sublimes découlaient d’un amour profond du peuple juif qui ne lui permettait pas de garder quoi que ce soit pour lui-même ».
En guise de conclusion, je me dois de préciser que ces quelques lignes ne sauraient remplacer la lecture du livre, car seule sa lecture intégrale permet d’appréhender cet homme grand et immense — et même après l’avoir lu, le sentiment demeure que l’on n’a pas encore réussi à le connaître tel qu’il était vraiment.
Je suis certain que l’auteur éditera une nouvelle version enrichie du livre, dans laquelle il ajoutera encore davantage de matière.
Pour ma part, il m’a manqué un index des noms qui aurait facilité la recherche d’une anecdote précise dont on se souvient. Par ailleurs, quelques erreurs et fautes de frappe se sont glissées dans l’ouvrage : ainsi, le nom du ‘Hassid Rabbi ‘Haïm Zalman Kozliner est orthographié par erreur « Klauzner » à plusieurs reprises ; de même, un récit du Rav Ganzburg qui avait entendu de Rav Na’houm est reproduit deux fois par mégarde, en page 190 et en page 251. Ces quelques corrections trahissent l’écriture dans la hâte et l’urgence d’avoir l’ouvrage prêt pour le mariage.
À la hauteur de la figure sublime de l’un des premiers ‘Hassidim, le grand Rav Na’houm Goldschmid, il conviendrait de rééditer ce livre afin que tout homme de savoir puisse s’y plonger et en retirer une ample portion de crainte du Ciel authentique et de fidélité à la doctrine ‘Hassidique.
Muhammad Shahzeb Khan, citoyen pakistanais de 21 ans, a plaidé coupable devant la justice américaine pour avoir minutieusement préparé un attentat jihadiste contre le 770 Eastern Parkway, siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch à Brooklyn. Le complot, inspiré par Daech et conçu pour coïncider avec le premier anniversaire du massacre du 7 octobre, visait à perpétrer ce que Khan lui-même qualifiait de « la plus grande attaque sur le sol américain depuis le 11 septembre ». Sa condamnation définitive, attendue le 12 août 2026, pourrait lui valoir la réclusion à perpétuité.
Un complot jihadiste visant le cœur de la communauté juive mondiale
Le Département de la Justice américain a annoncé mercredi que Muhammad Shahzeb Khan, également connu sous le pseudonyme de « Shahzeb Jadoon », a plaidé coupable de tentative d’actes terroristes transcendant les frontières nationales. L’acte de culpabilité a été enregistré devant le juge fédéral Paul G. Gardephe du District Sud de New York.
Selon les documents officiels de mise en accusation, Khan a commencé à diffuser de la propagande de l’État islamique dès novembre 2023, avant d’entreprendre rapidement la planification d’un attentat terroriste sur le sol américain. Il communiquait ses intentions à deux individus qu’il croyait être des complices — mais qui étaient en réalité des agents infiltrés des forces de l’ordre. À ces derniers, il donnait des instructions répétées pour se procurer des fusils d’assaut de type AR, des munitions et des couteaux de chasse, afin, selon ses propres termes, de « leur trancher la gorge ».
Du vague projet à la cible précise : le 770 dans le viseur
Si Khan envisageait initialement de frapper des « Habads juifs israéliens » répartis dans une autre ville américaine, il a recentré son projet sur Brooklyn dès août 2024. Il aurait confié aux agents infiltrés que New York constituait le cadre « parfait » en raison de sa forte concentration de population juive, affirmant avec cynisme que « même sans viser un événement particulier, on pourrait facilement tuer beaucoup de juifs ».
Il a ensuite transmis aux enquêteurs une photographie de l’espace intérieur précis du 770 où il comptait perpétrer le massacre, se vantant qu’une telle attaque serait « la plus grande attaque sur le sol américain depuis le 11 septembre ».
Le 770 Eastern Parkway — connu simplement sous le nom de « 770 » dans la communauté — est le siège mondial du mouvement Habad-Loubavitch. Ce bâtiment emblématique de Crown Heights, Brooklyn, attire des milliers de fidèles et de visiteurs du monde entier, notamment lors des grandes fêtes juives. Pour des centaines de milliers de ‘hassidim, il représente bien plus qu’un lieu de prière : c’est le centre spirituel d’un mouvement qui compte des émissaires — des Chlou’him — dans plus de cent pays.
Interpellé à vingt kilomètres de la frontière, extradé un an plus tard
Le complot meurtrier a finalement été déjoué le 4 septembre 2024. Khan a été intercepté près d’Ormstown, au Canada, à environ vingt kilomètres de la frontière américaine, alors qu’il tentait de la franchir clandestinement avec l’aide d’un passeur. Arrêté sur-le-champ, il a fait l’objet d’une procédure d’extradition vers les États-Unis, qui a abouti en juin 2025.
Cette extradition a été rendue possible grâce à l’action conjointe du Bureau des affaires internationales du Département de la Justice américain, de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Groupe d’assistance internationale du ministère de la Justice canadien. Le dossier est instruit par l’Unité de sécurité nationale et des stupéfiants internationaux du District Sud de New York, sous la conduite des procureurs adjoints Kaylan E. Lasky et David J. Robles, avec l’assistance de l’avocat Kevin Nunnally de la section antiterroriste de la Division de la sécurité nationale.
Une mobilisation au sommet de l’État américain
Les déclarations des plus hauts responsables américains de la sécurité nationale ont été unanimes dans leur fermeté. John A. Eisenberg, procureur général adjoint chargé de la sécurité nationale, a affirmé que Khan avait planifié l’attentat « dans le but explicite de tuer le plus grand nombre possible de juifs », ajoutant que « la Division de la sécurité nationale œuvrera sans relâche pour que des terroristes comme Khan affrontent le plein poids de la loi américaine ».
Jay Clayton, procureur fédéral pour le District Sud de New York, a qualifié le projet de « terrible attaque contre un centre juif vénéré », rendant hommage au travail de la Joint Terrorism Task Force du FBI de New York, dont l’action a permis de neutraliser Khan avant même qu’il n’atteigne le territoire américain. « Le terrorisme et les violences fondées sur la haine n’ont aucune place à New York, a-t-il martelé. Nous continuerons à garantir la sécurité des groupes religieux qui ont le droit fondamental de se rassembler pacifiquement et sans crainte. »
Coult Markovsky, directeur adjoint par intérim de la division antiterroriste du FBI, a souligné que ce plaidoyer de culpabilité permettra à Khan « d’assumer les conséquences de la planification d’une fusillade de masse à New York, qui aurait pu tuer ou blesser de nombreuses personnes ». James C. Barnacle Jr., directeur adjoint chargé du bureau de New York du FBI, a précisé que Khan « avait prévu d’infliger des pertes considérables et de semer la terreur avant d’être intercepté à 20 kilomètres de notre frontière nord ».
La commissaire du NYPD, Jessica S. Tisch, a conclu : « Le NYPD, en étroite coordination avec ses partenaires fédéraux, a réussi à arrêter ce dangereux complot avant qu’il ne devienne une attaque dévastatrice. Cette affaire illustre une fois de plus le travail sophistiqué que réalise le NYPD pour protéger nos communautés. »
Quand un document fédéral explique ce qu’est Habad au grand public américain
Un détail du communiqué officiel du Département de la Justice n’a pas manqué d’être remarqué : le document comporte une note de bas de page explicitement destinée au grand public américain, définissant ce qu’est Habad. Il y est précisé que « Habad est une branche du judaïsme ‘hassidique, ainsi qu’un mouvement qui gère des institutions religieuses et éducatives juives dans le monde entier ».
Cette précision, inhabituelle dans un document judiciaire fédéral, témoigne de la portée symbolique de cette affaire, qui dépasse largement le cadre communautaire pour interpeller l’ensemble de la société américaine face à la montée des actes antisémites à motivation jihadiste.
En ce mois de Nissan, mois des miracles par excellence, le Rav Simon Jacobson invite à contempler les événements qui secouent le Moyen-Orient à travers le prisme de la sortie d’Égypte — non comme une métaphore lointaine, mais comme une réalité vivante qui se déploie sous nos yeux. Car Mitsraïm, l’Égypte, n’est pas seulement un lieu géographique : c’est l’archétype de toute oppression, de tout rétrécissement, de toute entrave à la lumière divine. Et la Perse — l’Iran d’aujourd’hui — s’inscrit dans cette même lignée millénaire que les sages avaient déjà entrevue et décrite.
Rav Simon Jacobson
Nissan : le mois des miracles superposés
Le mois de Nissan porte en lui-même sa promesse. Son nom, dérivé du mot hébreu ness — miracle —, se présente avec deux nuns, l’une au début, l’autre à la fin : miracles sur miracles, miracles redoublés. Ce n’est pas un hasard si c’est précisément dans ce mois que se concentrent les bouleversements les plus décisifs de l’histoire juive. Tout comme le peuple d’Israël fut racheté en Nissan, la tradition enseigne qu’il le sera à nouveau en Nissan : « Je vous montrerai des merveilles, comme au jour de votre sortie d’Égypte. »
Les miracles eux-mêmes se présentent à différents niveaux de révélation. Certains sont voilés dans le cours naturel des événements — comme ceux de Pourim, où la main divine ne se perçoit qu’en reliant les points. D’autres sont éclatants, comme les plaies d’Égypte, suspensions manifestes des lois de la nature. La Guéoula, la Délivrance finale, est associée aux miracles les plus révélés. Car voir la main de D.ieu dans le monde, c’est déjà commencer à vivre la délivrance : le mot golouss — exil — ne se distingue du mot guéoula — rédemption — que par la présence de l’aleph, symbole du divin. Révéler cet aleph dans l’exil, c’est le transformer en délivrance.
Mitsraïm, l’archétype de toute oppression
Le Midrach enseigne que l’Égypte — Mitsraïm — est la racine de tous les exils, la matrice de toutes les formes d’oppression et de dissimulation du divin à travers l’histoire. Son nom même l’atteste : metsarim signifie « détroits », « contraintes », « étroitesses ». Car l’essence même de la vie est d’être libre — libre dans ses mouvements, libre dans sa pensée, libre dans son rapport à D.ieu. Tout ce qui comprime, rétrécit ou opprime est une forme de Mitsraïm. C’est pourquoi, dans toutes les générations, quel que soit le nom de l’ennemi, les sages l’appellent du même nom.
À l’aube des temps, lorsque D.ieu montra à Avraham la vision des générations à venir, il lui révéla que ses enfants seraient esclaves dans un pays qui n’est pas le leur pendant quatre cents ans. Cette prophétie inaugurale contenait en germe tous les exils ultérieurs : Babylone, Perse, Grèce, Rome — chacun représentant une dimension différente du spectre de l’histoire et du cosmos, chacun œuvrant à l’affinement d’une parcelle du monde. Et aujourd’hui, nous nous trouvons à la conclusion de ce grand processus.
L’Iran, la Perse et la prophétie ancienne
Il n’est pas anodin que les événements actuels se jouent dans la même région géographique que les grands récits bibliques — ce Moyen-Orient qui fut le berceau de l’humanité, au bord de l’Euphrate et du Tigre, là même où se trouvait le jardin d’Éden. L’Iran est la Perse. Et la prophétie du Midrach Yalkout Chimoni — que le Rabbi citait fréquemment dès 1990 — est d’une précision saisissante : « Un roi de Perse terrorisera l’Arabie. » Aujourd’hui, sous nos yeux, l’Iran sème la terreur dans tout le monde arabe, de l’Arabie Saoudite aux pays du Golfe. Ce n’est pas une coïncidence. C’est l’histoire qui s’accomplit.
Le Rabbi avait alors ajouté les paroles que D.ieu adressera à Son peuple dans ces moments d’inquiétude : « Mes enfants, ne craignez pas. Tout ce que J’ai fait, Je l’ai fait pour vous. L’heure de votre délivrance est arrivée. » Ce texte, que le Rabbi citait à la fin des années 1980 et au début des années 1990, décrit avec une exactitude troublante la situation d’aujourd’hui : le monde arabe qui s’interroge, les nations qui s’agitent, et les Juifs qui demandent : « Qu’est-ce qui va se passer ? »
Rappelons que le Rabbi avait également prédit, lors de la guerre du Golfe de 1991, la chute de Saddam Hussein — en précisant de ne pas encore le publier car l’information n’était pas encore confirmée. Ce qui s’est produit exactement par la suite. On rapporte qu’il avait aussi évoqué la chute de l’Iran, sans que ce détail soit alors rendu public.
Le détroit d’Ormuz comme métaphore moderne
Un auditeur pose la question avec une belle acuité : le détroit d’Ormuz — ce goulet d’étranglement par lequel transite vingt à vingt-cinq pour cent du pétrole mondial, que l’Iran utilise comme instrument de chantage économique — pourrait-il être une incarnation moderne de Mitsraïm, le « détroit » par excellence ? La question est pertinente. Le détroit est une forme de contrainte imposée au flux des nations, une mainmise de l’ennemi sur l’énergie du monde. Libérer ce détroit, c’est libérer cette énergie.
Mais l’enseignement va plus loin. La Hassidout enseigne que chaque rétrécissement — chaque metsarim — a aussi sa dimension intérieure. Le plus intime de ces goulets est la gorge elle-même, ce passage étroit entre l’intellect et le cœur. Pourquoi une belle idée sur D.ieu ne se transforme-t-elle pas immédiatement en amour ardent pour D.ieu ? Parce qu’il existe un rétrécissement entre la pensée et l’émotion, un mitsraïm intérieur que chacun doit traverser. La sortie d’Égypte est donc aussi une traversée personnelle — psychologique, émotionnelle, spirituelle — que nous accomplissons chaque jour. Et le Seder de Pessa’h est l’occasion rêvée pour vivre cela en famille, à la lumière des événements qui se déroulent sous nos yeux.
Les parallèles entre la sortie d’Égypte et la guerre d’aujourd’hui
La Haggadah nous enseigne que chaque génération est tenue de se voir elle-même comme si elle sortait d’Égypte. Ce n’est pas une simple métaphore pédagogique. C’est une réalité ontologique : la sortie de Mitsraïm est un processus continu, toujours en cours, physiquement, spirituellement, collectivement. C’est pourquoi la Torah emploie le pluriel — « les jours de ta sortie d’Égypte » — et non le singulier : parce qu’on ne finit jamais de sortir de l’étroitesse.
Cette année, à la veille de Pessa’h, les parallèles avec la sortie d’Égypte se lisent à ciel ouvert. L’ennemi prend une nouvelle forme, mais appelle toujours à la destruction du peuple juif. La période entre Pourim — la victoire sur la Perse antique — et Pessa’h voit se dérouler la confrontation avec la Perse moderne. On peut même se demander si certaines des plaies ne se rejouent pas, au moins figurativement, dans les événements contemporains. Pas besoin de chercher des leçons difficiles à trouver : il suffit de regarder les nouvelles.
Comment réagir à la guerre en cours
Le Rambam l’enseigne clairement : rien ne se produit par accident. Face à une catastrophe, la réaction juste n’est ni la résignation, ni la panique, mais l’introspection — non pour se culpabiliser, mais pour entendre le message. Les épreuves sont des appels à l’éveil.
Comment réagir concrètement ? En priant pour nos frères en Terre sainte. En accomplissant les Mitsvot particulièrement associées à la protection — Téfilines, Mezouza, Tsedaka. En partageant avec nos familles, nos amis, nos communautés, la conscience que la Guéoula est en marche. En renforçant notre engagement personnel, car l’organisme collectif est plus fort quand chacune de ses cellules est forte. Et surtout, en ne laissant pas les revers temporaires obscurcir la vision d’ensemble : les derniers soubresauts d’un empire en décomposition ressemblent toujours à des convulsions désespérées — c’est précisément le signe de sa fin imminente.
Cette Pessa’h devrait être une Pessa’h sans précédent — non seulement dans nos prières et nos inquiétudes, mais encore davantage dans notre conviction que nous sommes à l’aube de la Guéoula. Le Rabbi déclarait en 1991, alors que les Scuds de Saddam Hussein tombaient sur Israël, que le pays demeurait l’endroit le plus sûr pour les Juifs. Sa position n’aurait pas changé aujourd’hui. Non par aveuglement, mais parce que la protection divine opère à un niveau que les statistiques ordinaires ne peuvent saisir.
Israël, l’endroit le plus sûr ?
La question revient souvent, et avec une acuité douloureuse : comment concilier l’affirmation du Rabbi selon laquelle Israël est l’endroit le plus sûr pour les Juifs avec la réalité des attaques et des victimes ? Le Rabbi lui-même avait été interrogé sur ce point en 1990-1991, alors que les missiles irakiens s’abattaient sur Tel Aviv. Sa réponse avait été ferme : cette position ne vient pas de lui, elle est ancrée dans la Torah elle-même. Il n’y a nulle part sur cette terre de sécurité absolue pour quiconque. Mais la promesse divine sur la Terre d’Israël est réelle, et elle opère à l’échelle du peuple dans son ensemble, à travers l’histoire.
Regarder le tableau d’ensemble : sur huit milliards d’habitants de la planète, le peuple juif est là, debout, après des millénaires de persécutions, alors que tous les empires qui ont voulu l’anéantir ont disparu. Cela ne minimise en rien chaque deuil particulier — mais cela donne la mesure de ce qu’est la protection divine dans l’histoire.
Danser pour remercier D.ieu : un acte cosmique
Un auditeur d’upstate New York rapporte qu’un Chabbat récent, avant la lecture de la Torah, le Rav de sa synagogue a évoqué l’épisode du roi Its’hak qui, averti par le prophète d’un miracle imminent, s’endormit tranquillement — et se retrouva au matin avec l’armée ennemie décimée par une épidémie. Mais la tradition rapporte que D.ieu avait alors voulu faire de Its’hak le Machia’h, et s’en était abstenu parce que ce dernier n’avait pas entonné de chant de louange pour le miracle.
Forte de ce récit, la congrégation décida spontanément, avant la lecture du Sefer Torah, de chanter et de danser cinq minutes autour de la bima en remerciement pour les miracles accomplis dans la guerre contre l’Iran. Le Rav avait donné son accord. La question posée au Rav Jacobson : a-t-on bien agi ? Cela peut-il peser sur la balance cosmique et rapprocher le Machia’h ?
La réponse est sans hésitation affirmative. Reconnaître les miracles et en remercier D.ieu n’est pas une question de niveau spirituel — c’est une obligation élémentaire. Et cet acte a incontestablement un effet cosmique, psychologique et émotionnel. Faut-il encourager d’autres communautés à faire de même ? Absolument. Que ce soit en dansant dans les synagogues, dans les rues ou dans les maisons — l’essentiel est de reconnaître la main de D.ieu et d’exprimer sa gratitude, tout en restant conscient des défis qui subsistent.
Pourquoi se souviendra-t-on encore de la sortie d’Égypte après la rédemption finale ?
La tradition enseigne que même après la venue du Machia’h, nous continuerons à mentionner la sortie d’Égypte, bien que la Guéoula finale soit incomparablement plus grande. Pourquoi ? Parce que Mitsraïm est la racine de toutes les exils, comme la Guéoula d’Égypte est la racine de toutes les délivrances. Ce n’est pas une concurrence entre différentes rédemptions — c’est un seul et même processus. De plus, la sortie d’Égypte contient en elle l’essence même de toute libération : briser les contraintes intérieures, traverser le goulet entre l’intellect et le cœur, entre la parole et l’action. Même dans la rédemption ultime, cet archétype reste fondateur.
Conclusion : nous sommes la génération de la Guéoula
Nous vivons des temps extraordinaires, sans précédent dans l’histoire. C’est le début du mois de Nissan, et tous les événements qui se sont déroulés depuis l’aube de l’humanité semblent converger vers leur conclusion. Le pire, nous l’avons traversé au fil des millénaires — mais des traces subsistent encore, un travail reste à accomplir.
Le Rabbi, après la guerre des Six Jours, insistait : « Faites-le bien. » Menez la chose jusqu’à son terme. Ne laissez pas à l’ennemi même l’ombre d’un espoir de reprendre sa marche destructrice. Ceux qui souhaitent sincèrement se repentir et se transformer — donnez-leur cette possibilité. Mais n’interrompez pas l’élan.
Nous sommes la septième génération depuis le premier Rabbi de Loubavitch — la dernière génération de l’exil et la première génération de la Guéoula. Nous avons un rôle à jouer dans ce drame cosmique. Chaque Mitsva accomplie, chaque bonne parole prononcée, chaque pensée juste entretenue fait pencher la balance — pour soi et pour le monde entier. La rédemption personnelle et la rédemption universelle ne font qu’un.
Que ce mois de Nissan soit un mois de miracles révélés. Que tous ces combats s’achèvent. Que cette région du monde soit transformée — comme Avraham notre patriarche en avait la vision, même si c’est à travers les épreuves que ce monde nouveau devait advenir. Un monde de lumière, de paix et de Guéoula véritable.
À l’approche de Pessa’h 5786 (2026), chaque communauté juive de France est appelée à respecter scrupuleusement les horaires halakhiques liés à la suppression du ‘Hamets. La Bedikat ‘Hamets — la vérification du levain — doit être effectuée le mardi 31 mars 2026 dès l’apparition des étoiles, tandis que les limites de consommation et de possession du ‘Hamets s’appliquent le mercredi 1er avril 2026, veille de Pessa’h. Ce tableau détaillé, établi par R. Stioui pour l’année 5786 (2026), recense les horaires précis pour l’ensemble des villes de France métropolitaine et des territoires d’outre-mer.
Yosseph Stioui
Comprendre les cinq colonnes du tableau
Le tableau ci-dessous comporte cinq colonnes essentielles à connaître avant Pessa’h. La première indique l’heure de la Bedikat ‘Hamets (mardi 31 mars), soit la vérification nocturne du ‘Hamets effectuée à la tombée de la nuit. La deuxième et la troisième colonnes précisent, pour le mercredi 1er avril, les limites respectivement pour consommer puis pour posséder du ‘Hamets — deux échéances distinctes qu’il convient de ne pas confondre. La quatrième colonne correspond à la fin de la neuvième heure halakhique (Matsa Achira), et la cinquième indique l’heure à partir de laquelle commence la Mitsva de manger de la Matsa, soit l’entrée de Pessa’h le mercredi soir.
Tableau des horaires du ‘Hamets — Pessa’h 5786 (2026)
Ville
Bedikat ‘Hamets
(Mardi 31 mars)
Limite pour
consommer
du ‘Hamets
(Mercredi 1er avril)
Limite pour
posséder
du ‘Hamets
(Mercredi 1er avril)
Fin 9e heure
(Matsa Achira)
(Mercredi 1er avril)
Mitsva de Matsa
à partir de
(Mercredi 1er avril)
Paris (75)
20:59
10:54
12:09
17:08
21:07
Marseille (13)
20:39
10:49
12:02
16:53
20:46
Lyon (69)
20:45
10:48
12:03
16:56
20:51
Toulouse (31)
20:55
11:04
12:18
17:09
21:02
Nice (06)
20:32
10:41
11:55
16:46
20:39
Strasbourg (67)
20:37
10:32
11:48
16:46
20:45
Montpellier (34)
20:45
10:54
12:08
16:59
20:52
Bordeaux (33)
21:05
11:11
12:25
17:18
21:12
Grenoble (38)
20:40
10:45
12:00
16:53
20:47
Dijon (21)
20:46
10:45
12:00
16:56
20:53
Abbeville (80)
21:03
10:54
12:10
17:10
21:11
Agen (47)
20:59
11:07
12:21
17:13
21:06
Aix-en-Provence (13)
20:39
10:48
12:02
16:53
20:46
Aix-les-Bains (73)
20:40
10:44
11:58
16:52
20:47
Ajaccio (20)
20:24
10:37
11:50
16:40
20:30
Albertville (73)
20:38
10:42
11:56
16:50
20:45
Albi (81)
20:53
11:01
12:15
17:06
20:59
Alençon (61)
21:08
11:03
12:19
17:17
21:15
Alès (30)
20:45
10:53
12:07
16:59
20:52
Alpe d’Huez (38)
20:39
10:44
11:58
16:51
20:45
Amiens (80)
21:01
10:52
12:08
17:08
21:09
Angers (49)
21:09
11:07
12:22
17:19
21:16
Angoulême (16)
21:03
11:07
12:21
17:15
21:10
Annecy (74)
20:40
10:43
11:57
16:51
20:46
Annemasse (74)
20:39
10:42
11:56
16:51
20:46
Annonay (07)
20:44
10:49
12:04
16:57
20:51
Antibes (06)
20:32
10:41
11:55
16:46
20:39
Arcachon (33)
21:07
11:13
12:27
17:20
21:14
Argentan (61)
21:08
11:03
12:19
17:17
21:16
Arles (13)
20:42
10:51
12:05
16:56
20:49
Arles-Pyrénées
20:49
11:00
12:14
17:04
20:55
Armentières-en-B. (77)
20:57
10:51
12:07
17:05
21:04
Arpajon
20:59
10:54
12:10
17:08
21:06
Arras (62)
21:00
10:50
12:06
17:07
21:08
Aubagne (13)
20:38
10:48
12:01
16:52
20:45
Aubenas (07)
20:45
10:51
12:05
16:58
20:51
Auch (32)
20:59
11:07
12:21
17:13
21:05
Aurillac (15)
20:53
10:59
12:13
17:06
21:00
Auxerre (89)
20:53
10:50
12:06
17:02
21:00
Avallon (89)
20:51
10:49
12:05
17:01
20:58
Avignon (84)
20:42
10:50
12:04
16:56
20:49
Ax-les-Thermes
20:53
11:03
12:17
17:07
20:59
Barcarès
20:48
10:59
12:12
17:03
20:54
Barcelonnette
20:35
10:42
11:56
16:49
20:42
Bar-le-Duc (55)
20:48
10:42
11:58
16:56
20:55
Bastia (20)
20:22
10:33
11:46
16:37
20:28
Bayonne (64)
21:07
11:16
12:30
17:21
21:13
Beaune (21)
20:46
10:46
12:01
16:57
20:53
Beaurepaire
20:43
10:48
12:02
16:55
20:50
Beausoleil
20:31
10:40
11:54
16:45
20:38
Beauvais (60)
21:01
10:54
12:10
17:09
21:09
Belfort (90)
20:39
10:37
11:53
16:49
20:46
Bellegarde
20:57
10:55
12:10
17:07
21:05
Belleville
20:45
10:48
12:03
16:57
20:52
Bellevue
21:05
11:11
12:25
17:18
21:12
Bergerac (24)
21:01
11:06
12:21
17:13
21:07
Besançon (25)
20:42
10:41
11:56
16:52
20:49
Béziers (34)
20:48
10:57
12:11
17:02
20:54
Biarritz (64)
21:07
11:16
12:30
17:21
21:13
Bischheim (67)
20:37
10:32
11:48
16:46
20:44
Blois (41)
21:01
10:59
12:15
17:11
21:08
Boulogne-sur-Mer (62)
21:05
10:54
12:10
17:12
21:13
Bourg-d’Oisans
20:39
10:44
11:58
16:51
20:46
Bourg-en-Bresse (01)
20:44
10:46
12:01
16:55
20:51
Bourges (18)
20:56
10:56
12:11
17:07
21:03
Bourg-Saint-Maurice (73)
20:37
10:40
11:55
16:49
20:43
Brest (29)
21:26
11:22
12:37
17:35
21:33
Briançon (05)
20:36
10:42
11:56
16:49
20:43
Brioude (43)
20:50
10:54
12:09
17:02
20:56
Brive-la-Gaillarde (19)
20:57
11:02
12:16
17:09
21:04
Brunoy
20:58
10:53
12:09
17:07
21:06
Caen (14)
21:11
11:04
12:20
17:19
21:18
Cagnes-sur-Mer (06)
20:32
10:41
11:55
16:46
20:39
Cahors (46)
20:56
11:03
12:17
17:09
21:03
Calais (62)
21:04
10:52
12:09
17:10
21:12
Caluire-et-Cuire
20:45
10:48
12:03
16:56
20:51
Calvi (20)
20:25
10:36
11:50
16:40
20:31
Cannes (06)
20:33
10:42
11:56
16:47
20:39
Carcans
21:07
11:12
12:27
17:20
21:14
Carcassonne (11)
20:51
11:01
12:15
17:05
20:58
Carpentras (84)
20:41
10:49
12:03
16:55
20:48
Châlons-en-Champagne (51)
20:51
10:45
12:01
17:00
20:59
Chalon-sur-Saône (71)
20:46
10:47
12:02
16:57
20:53
Chambéry (73)
20:40
10:44
11:58
16:52
20:47
Chamonix-Mont-Blanc
20:37
10:40
11:54
16:48
20:44
Chantilly
20:59
10:53
12:08
17:07
21:07
Charleville-Mézières (08)
20:51
10:43
11:59
16:59
20:59
Chartres (28)
21:02
10:58
12:13
17:11
21:09
Châteaudun
21:02
10:59
12:14
17:11
21:09
Châteauroux (36)
20:59
10:59
12:14
17:09
21:06
Châtelguyon (63)
20:52
10:55
12:09
17:04
20:59
Châtellerault (86)
21:03
11:04
12:19
17:14
21:10
Chaumont (52)
20:47
10:44
11:59
16:56
20:54
Cherbourg (50)
21:17
11:08
12:25
17:24
21:24
Cholet (49)
21:09
11:09
12:24
17:20
21:16
Clermont-Ferrand (63)
20:52
10:55
12:10
17:03
20:58
Cluses (74)
20:38
10:41
11:55
16:50
20:45
Cognac (16)
21:05
11:09
12:23
17:17
21:12
Colmar (68)
20:38
10:35
11:50
16:47
20:45
Compiègne (60)
20:58
10:51
12:07
17:06
21:06
Corse (général)
20:23
10:35
11:49
16:38
20:29
Corte (20)
20:23
10:34
11:48
16:38
20:29
Courchevel (Alpes)
20:37
10:41
11:56
16:49
20:44
Creil (60)
20:59
10:52
12:08
17:07
21:07
Créteil
20:59
10:53
12:09
17:07
21:06
Dax (40)
21:05
11:14
12:28
17:19
21:12
Deauville (14)
21:09
11:02
12:18
17:17
21:17
Delle (90)
20:38
10:37
11:52
16:48
20:45
Denain
20:58
10:47
12:04
17:04
21:05
Dieppe (76)
21:06
10:57
12:13
17:13
21:14
Digne-les-Bains (04)
20:37
10:44
11:59
16:50
20:43
Dinan (22)
20:16
10:12
11:27
16:25
20:23
Dinard (35)
20:17
10:12
11:27
16:25
20:24
Dole (39)
20:44
10:43
11:59
16:54
20:51
Douai
20:59
10:48
12:05
17:05
21:07
Draguignan
20:35
10:44
11:58
16:49
20:41
Dreux (28)
21:03
10:58
12:13
17:12
21:10
Dunkerque (59)
21:03
10:50
12:07
17:09
21:11
Échirolles (38)
20:40
10:45
11:59
16:53
20:47
Élancourt
21:01
10:55
12:11
17:09
21:08
Embrun (05)
20:36
10:43
11:57
16:49
20:43
Épernay (51)
20:53
10:47
12:03
17:01
21:00
Épernon
21:01
10:57
12:12
17:10
21:09
Épinal (88)
20:42
10:38
11:54
16:51
20:49
Épinay-sur-Seine
20:59
10:54
12:09
17:08
21:07
Étretat
21:09
11:01
12:17
17:17
21:17
Évian (74)
20:38
10:40
11:55
16:50
20:45
Évreux (27)
21:04
10:58
12:14
17:13
21:12
Eymoutiers
20:57
11:00
12:15
17:09
21:04
Fontainebleau (77)
20:57
10:53
12:09
17:06
21:04
Fos-sur-Mer
20:41
10:50
12:04
16:55
20:47
Fréjus – Saint-Raphaël (83)
20:34
10:43
11:57
16:48
20:40
Gap (05)
20:38
10:44
11:59
16:51
20:45
Garges-lès-Gonesse
20:59
10:53
12:09
17:07
21:06
Grasse (06)
20:33
10:42
11:56
16:47
20:40
Guadeloupe
18:46
09:33
10:42
15:15
18:50
Guéret (23)
20:57
10:59
12:14
17:09
21:04
Guyane française
19:06
10:01
11:09
15:38
19:10
Haguenau (67)
20:37
10:32
11:48
16:46
20:45
Hendaye (64)
21:08
11:17
12:31
17:22
21:14
Hyères (83)
20:36
10:46
12:00
16:50
20:42
Istres (13)
20:41
10:50
12:04
16:55
20:47
Joué-les-Tours (37)
21:04
11:02
12:18
17:14
21:11
Juan-les-Pins
20:32
10:41
11:55
16:46
20:39
La Baule
21:00
10:58
12:13
17:10
21:07
La Ciotat
20:38
10:48
12:02
16:52
20:44
La Grande-Motte
20:45
10:53
12:07
16:59
20:51
La Rochelle (17)
21:09
11:11
12:26
17:21
21:16
La Roche-sur-Yon (85)
21:11
11:12
12:27
17:22
21:18
La Seyne-sur-Mer (83)
20:37
10:47
12:01
16:51
20:43
Lannion (22)
21:22
11:17
12:33
17:31
21:30
Laval (53)
21:10
11:07
12:23
17:20
21:18
Le Creusot (71)
20:48
10:48
12:03
16:59
20:55
Le Havre (76)
21:09
11:02
12:18
17:17
21:17
Le Mans (72)
21:05
11:05
12:20
17:16
21:12
Le Monêtier-les-Bains
20:37
10:42
11:56
16:49
20:43
Lens (62)
21:00
10:49
12:06
17:06
21:08
Les Arcs (Alpes)
20:36
10:40
11:55
16:49
20:43
Libourne
21:04
11:09
12:24
17:16
21:10
Lille (59)
20:59
10:48
12:04
17:06
21:07
Limoges (87)
20:59
11:02
12:17
17:11
21:06
Limours
21:00
10:55
12:11
17:09
21:07
Lisieux (14)
21:08
11:02
12:18
17:16
21:16
Lons-le-Saunier (39)
20:43
10:44
11:59
16:54
20:50
Lorient (56)
21:20
11:18
12:33
17:30
21:27
Lourdes (65)
21:01
11:11
12:24
17:15
21:07
Lunéville (54)
20:42
10:37
11:53
16:51
20:49
Mâcon (71)
20:45
10:47
12:02
16:57
20:52
Manosque (04)
20:38
10:46
12:00
16:52
20:45
Mantes-la-Jolie
21:02
10:56
12:12
17:10
21:09
Marcq-en-Baroeul
20:59
10:48
12:04
17:06
21:07
Martigues (13)
20:40
10:50
12:04
16:55
20:47
Maubeuge
20:55
10:45
12:01
17:02
21:03
Mayenne (53)
21:10
11:06
12:22
17:19
21:18
Meaux (77)
20:57
10:51
12:07
17:06
21:05
Melun (77)
20:57
10:53
12:09
17:06
21:05
Mende (48)
20:48
10:55
12:09
17:01
20:55
Menton (06)
20:31
10:40
11:54
16:45
20:38
Metz (57)
20:44
10:38
11:54
16:53
20:52
Modane (73)
20:36
10:41
11:56
16:49
20:43
Monaco
20:31
10:40
11:54
16:45
20:38
Montargis (45)
20:56
10:53
12:09
17:06
21:04
Montauban (82)
20:56
11:04
12:18
17:10
21:03
Montbéliard (25)
20:39
10:38
11:53
16:49
20:46
Mont-de-Marsan (40)
21:03
11:11
12:26
17:17
21:10
Montélimar (26)
20:43
10:50
12:04
16:56
20:50
Montluçon (03)
20:54
10:56
12:11
17:06
21:01
Montmélian
20:39
10:43
11:58
16:51
20:46
Morzine
20:38
10:40
11:55
16:49
20:45
Moulins (03)
20:52
10:53
12:08
17:03
20:59
Mulhouse (68)
20:37
10:35
11:51
16:47
20:45
Nancy (54)
20:44
10:39
11:54
16:52
20:51
Nantes (44)
21:12
11:12
12:27
17:23
21:19
Nantua
20:42
10:44
11:59
16:54
20:49
Narbonne (11)
20:48
10:58
12:12
17:03
20:55
Nemours
20:57
10:53
12:09
17:06
21:04
Nevers (58)
20:53
10:53
12:08
17:04
21:00
Nîmes (30)
20:44
10:52
12:06
16:58
20:50
Niort (79)
21:07
11:08
12:23
17:18
21:14
Nouvelle-Calédonie
18:23
09:24
10:31
14:56
18:26
Obernai
20:38
10:34
11:49
16:47
20:45
Oisans
20:38
10:44
11:58
16:51
20:45
Orange (84)
20:43
10:50
12:04
16:56
20:49
Orléans (45)
20:59
10:57
12:12
17:09
21:07
Pamiers (09)
20:54
11:04
12:17
17:08
21:00
Pau (64)
21:02
11:12
12:25
17:16
21:09
Périgueux (24)
21:00
11:05
12:20
17:13
21:07
Perpignan (66)
20:48
10:59
12:13
17:03
20:55
Poitiers (86)
21:04
11:05
12:20
17:15
21:11
Pons
21:06
11:10
12:24
17:18
21:13
Pontarlier (25)
20:40
10:40
11:55
16:51
20:47
Pontoise
21:01
10:54
12:10
17:09
21:08
Porto-Vecchio (20)
20:21
10:35
11:48
16:37
20:28
Provence (général)
20:38
10:47
12:01
16:52
20:44
Provins
20:55
10:50
12:06
17:04
21:02
Quimper (29)
21:24
11:21
12:36
17:33
21:31
Reims (51)
20:53
10:46
12:02
17:01
21:01
Rennes (35)
21:14
11:11
12:26
17:23
21:21
Riom (63)
20:52
10:55
12:09
17:03
20:58
Roanne (42)
20:48
10:51
12:05
17:00
20:55
Rochefort (17)
21:08
11:11
12:25
17:20
21:15
Rodez (12)
20:52
10:59
12:13
17:05
20:58
Romorantin-Lanthenay (41)
20:59
10:58
12:13
17:09
21:06
Roubaix (59)
20:59
10:47
12:04
17:05
21:07
Rouen (76)
21:05
10:58
12:14
17:13
21:13
Royan (17)
21:08
11:12
12:26
17:20
21:15
Sallanches
20:38
10:41
11:55
16:49
20:44
Sarcelles
20:59
10:53
12:09
17:08
21:07
Sarrebourg
20:40
10:35
11:51
16:49
20:47
Saverne
20:39
10:34
11:50
16:48
20:46
Sélestat (67)
20:38
10:34
11:50
16:47
20:45
Selonnet (Alpes)
20:37
10:44
11:58
16:50
20:43
Sens (89)
20:54
10:51
12:06
17:04
21:02
Sète
20:46
10:55
12:09
17:00
20:52
Seyssel
20:41
10:44
11:58
16:52
20:48
Sisteron (04)
20:38
10:45
11:59
16:51
20:45
Sochaux
20:39
10:38
11:53
16:49
20:46
Soissons (02)
20:56
10:49
12:05
17:04
21:04
Solenzara
20:21
10:34
11:47
16:37
20:28
Saint-Brieuc (22)
20:19
10:14
11:30
16:28
20:26
Saint-Denis – La Réunion
18:47
09:48
10:55
15:20
18:50
Saint-Dié (88)
19:40
09:36
10:52
15:49
19:47
Saint-Dizier (52)
19:48
09:44
10:59
15:57
19:56
Saint-Étienne (42)
19:46
09:50
11:05
15:58
19:53
Saint-Gervais-les-Bains
20:37
10:40
11:55
16:49
20:44
Saint-Laurent-du-Var
20:32
10:41
11:55
16:46
20:39
Saint-Lô (50)
20:13
10:07
11:23
16:22
20:21
Saint-Louis (68)
20:36
10:35
11:50
16:46
20:43
Saint-Malo (35)
21:16
11:11
12:27
17:25
21:24
Saint-Nazaire (44)
21:15
11:14
12:29
17:25
21:22
Saint-Pierre-et-Miquelon
19:52
09:51
11:06
16:02
19:59
Saint-Quentin (02)
20:57
10:48
12:05
17:04
21:05
Saint-Raphaël
20:34
10:43
11:57
16:48
20:40
Saint-Tropez
20:34
10:44
11:57
16:48
20:40
Tancarville
21:08
11:00
12:16
17:15
21:15
Tarascon
20:43
10:51
12:05
16:56
20:49
Tarbes (65)
21:00
11:10
12:24
17:15
21:07
Thionville (57)
20:45
10:38
11:54
16:53
20:52
Thollon
20:40
10:42
11:57
16:52
20:47
Thonon-les-Bains (74)
20:39
10:41
11:55
16:50
20:46
Tignes
20:36
10:40
11:55
16:48
20:43
Tonnerre
20:51
10:49
12:04
17:01
20:58
Toul (54)
20:45
10:40
11:55
16:53
20:52
Toulon (83)
20:37
10:47
12:00
16:51
20:43
Tourcoing (59)
20:59
10:47
12:04
17:05
21:07
Tournus
20:45
10:47
12:01
16:56
20:52
Tours (37)
21:04
11:02
12:18
17:14
21:11
Trappes
21:00
10:55
12:11
17:09
21:08
Trélazé
21:08
11:07
12:22
17:18
21:15
Le Tréport
21:05
10:56
12:12
17:12
21:13
Troyes (10)
20:51
10:48
12:03
17:01
20:59
Tulle (19)
20:56
11:01
12:15
17:08
21:03
Ussel (19)
20:54
10:58
12:13
17:06
21:01
Valence (26)
20:43
10:49
12:03
16:56
20:50
Valence (82)
20:58
11:06
12:20
17:12
21:05
Valenciennes
20:57
10:47
12:03
17:04
21:05
Vannes (56)
21:18
11:16
12:31
17:28
21:25
Vénissieux (69)
20:44
10:48
12:02
16:56
20:51
Verdun (55)
20:47
10:41
11:57
16:56
20:55
Vernon (27)
21:03
10:57
12:13
17:11
21:10
Versailles
21:00
10:55
12:10
17:09
21:07
Vesoul (70)
20:42
10:40
11:55
16:52
20:49
Vichy (03)
20:51
10:53
12:08
17:02
20:58
Vierzon (18)
20:58
10:57
12:12
17:08
21:05
Villard-de-Lans
20:41
10:46
12:00
16:53
20:47
Villefranche
20:58
11:07
12:21
17:12
21:04
Villeurbanne (69)
20:44
10:48
12:02
16:56
20:51
Vitry-le-François (51)
20:50
10:45
12:01
16:59
20:57
Vittel
20:44
10:40
11:56
16:53
20:51
Wasselonne
20:38
10:34
11:49
16:47
20:46
Note importante sur les horaires
Les horaires indiqués sont calculés selon la halakha et peuvent varier légèrement selon les autorités rabbiniques locales. Il est recommandé de consulter le Rav de sa communauté en cas de doute. Les horaires des territoires d’outre-mer (Guadeloupe, Guyane française, La Réunion, Nouvelle-Calédonie, Saint-Pierre-et-Miquelon) reflètent les décalages horaires propres à chaque région. Tableau établi par R. Stioui pour l’année 5786 (2026).