Que demander dans la prière, et comment s’assurer qu’elle soit exaucée ? À travers des lettres, des audiences privées et des interventions publiques, le Rabbi de Loubavitch a livré au fil des années une série d’instructions précises sur le service du cœur. De la définition des requêtes essentielles jusqu’à l’interdiction de parler pendant l’office, en passant par un message de neuf mots qui bouleversa la communauté Habad de Londres, voici un florilège d’enseignements sur la Tefila.

 

 

Rav Mordechai Menashe Laufer

 

 

Prier – mais pour demander quoi ?

Un Juif écrivit un jour au Rabbi qu’il ne savait pas quoi demander dans sa prière. Le Rabbi lui répondit (archives du secrétaire, le Rav Yehouda-Leib Groner – Techoura du 19 Adar I 5765 (2005), p. 26) :

« Voir le Rambam, Lois de la prière, chapitre 1, loi 2 : c’est un commandement positif non lié au temps… l’homme demande les besoins qui lui sont nécessaires (comme le disent nos Sages : les enfants, la vie et la subsistance en abondance), par requête et par supplication.

Ensuite, il rend louange et grâce à D.ieu pour le bien qu’Il lui a prodigué. Dans notre cas : la vie, la santé, une épouse vertueuse, des descendants charmants, la compréhension et la saisie de la Torah (la sagesse de D.ieu), la capacité de faire du bien à un grand nombre d’enfants d’Israël – dont chacun est le fils unique de D.ieu –, de trouver grâce aux yeux des hommes (même des non-Juifs), etc., ainsi que la capacité de diffuser les sources de la ‘Hassidout et de rapprocher la Délivrance de la Présence divine et de tous les enfants d’Israël. »

La prière réussit lorsqu’elle s’accompagne de confiance

Une femme écrivit au Rabbi qu’elle avait prié D.ieu au sujet d’une affaire précise et que sa prière avait été exaucée. Le Rabbi commenta (ce passage provient également des archives du Rav Groner – Techoura citée plus haut) :

« Voilà comment la prière, unie à une confiance solide en D.ieu – précisément dans la joie –, porte ses fruits. »

Prier avec ses élèves

Lors d’une audience privée dans la nuit du 6 Tichri 5721 (1960), le jeune Moché-Aharon Teichman, qui exerçait alors comme éducateur à la Yéchiva Tomhei Temimim de Lod, posa au Rabbi la question suivante (Techoura du 28 Adar 5766 (2006), p. 27) :

Question : faut-il prier avec les élèves dont j’ai la charge, ou bien prier seul, dans la sérénité d’esprit ?

Réponse : il est bon de prier avec les élèves. Mais après la prière, ou avant elle, il convient de méditer sur le sens des mots de la prière.

Un message de neuf mots et une révolution

En pleine journée de travail, le professeur Velvl Green fut convoqué à une réunion d’urgence au Beth Loubavitch de Londres. « C’est très important, nous avons un message du Rabbi. Ta présence est indispensable », lui dit-on.

Au Beth Loubavitch, le spectacle suivant s’offrit à ses yeux : Rav Ben-Tsion Shemtov, qui avait atterri le matin même en provenance de New York, était assis en tête de table, entouré de nombreux ‘Hassidim – mais il ne prononçait pas un mot…

Tous les membres de la communauté avaient quitté leur foyer pour entendre le message du Rabbi, et le Rav Shemtov gardait le silence.

Soudain, Rav Ben-Tsion Shemtov se leva et déclara en yiddish :

« Der Rabbi hot gezogt, az davenen mouz zayn cheyn » – le Rabbi a dit que la prière doit être « belle » – puis il se rassit.

C’était tout. Le message était transmis, la mission accomplie. La réunion était terminée.

Neuf mots seulement, que le Rabbi avait placés dans la bouche du Rav Shemtov – mais leur effet fut immense.

À partir de ce jour, un seul et unique office de prière fut institué, dans lequel priaient tous les membres de la communauté, et où l’on veillait scrupuleusement à éviter toute conversation et toute interruption du déroulement régulier de la prière. De surcroît, l’officiant était choisi avec soin, de même que celui qui lisait la Haftara et les autres fonctions. La communauté vécut une véritable révolution dans la prière, qui devint effectivement une prière « belle » (d’après la Techoura Sheikevitz, 4 Kislev 5772 (2011), p. 140-141).

Un ordre du jour pour les élèves de la Yéchiva

Un des Temimim (élève de la Yéchiva Tomhei Temimim) écrivit au Rabbi pour lui décrire son emploi du temps. Il mentionnait notamment qu’après l’étude de la ‘Hassidout et après l’office du Chabbat en communauté, il commençait à se préparer à la prière et entamait effectivement sa prière vers 13h30.

Le Rabbi réagit :

« Effrayant (même s’il récite certainement le Chema en son temps). Qu’il commence à prier lorsque la communauté commence, même s’il poursuit longtemps après elle. »

Le même élève rendait également compte de sa prière quotidienne : après l’étude de la ‘Hassidout et la préparation à la prière, il priait seul. Le Rabbi trancha :

« Qu’il prie avec la communauté. »

Plus loin, l’élève précisait qu’il mettait les Téfilines de Rabbénou Tam après la session d’étude du Talmud et avant la prière de Min’ha. Le Rabbi répondit :

« Après la prière du matin. »

(Extrait de la Techoura Simpson, veille de Roch ‘Hodech Elloul 5771 (2011), p. 11.)

Les chemins de la méditation

Le Rabbi adressa une série d’instructions détaillées sur la prière au jeune Israël Yossef Zalmanov (qui réside aujourd’hui à Peta’h Tikva), dans une lettre du 5 Kislev 5721 (1960) (Iguerot Kodech, vol. 20, p. 52 et suivantes). Voici les deux premières :

« a) La manière de prier dans sa situation : les jours de Chabbat et de fête, il pourra prolonger sa prière (au début, un peu), et les jours de semaine, pour le moment, il se contentera de la signification des mots, puisqu’il est lié aux horaires de la Yéchiva. Voir également à ce sujet le Kountrass HaTefila.

b) La manière de méditer avant la prière, en particulier afin de pouvoir prolonger la prière comme indiqué plus haut : puisqu’il s’agit ici de méditation (et non d’étude ni d’acquisition de connaissances nouvelles), il est préférable de méditer sur un sujet qu’on a étudié à plusieurs reprises et qu’on connaît. La méditation consistera soit à approfondir davantage, soit à réviser la connaissance acquise et à l’élargir quant à ses conséquences pratiques, ou quant aux sentiments, etc. Sur ce point, les natures humaines diffèrent : chez certains, la méditation s’imprime mieux lorsqu’ils reprennent le sujet avec les mots du maître ; chez d’autres, au contraire, lorsqu’ils reprennent le contenu et non les mots… »

Renforcer la prière en communauté

À une certaine occasion, le ‘Hassid Rav ‘Haïm-Dovber (Berke) Chen, de mémoire bénie, demanda au Rabbi s’il devait prier seul ou en communauté. Le Rabbi lui répondit (rapporté par le Machpia Rav Chalom Feldman, de Kfar Habad) :

« Puisqu’il existe dernièrement à… un relâchement dans la prière en communauté (allant jusqu’au mépris ?), il vous appartient, pour renforcer ce domaine, de prier en communauté. »

Le célèbre Machpia Rav Nissan Nemanov entendit lui aussi du Rabbi, lors d’une audience privée, que de la parole de nos Sages « ici, il s’agit de l’individu – là, de la communauté », il ressort que par la prière en communauté, on peut atteindre l’Unique – l’Unique du monde (rapporté par la même source).

La diffusion de la lettre du Rabbi Rachab

« La grande proclamation au sujet de la lecture de la Torah – il va de soi qu’il convient de la publier en plusieurs endroits, selon les conditions locales, car c’est pour être diffusée qu’elle a été écrite. »

Ainsi écrivit le Rabbi en 5726 (1966) au Rav Its’hak Dubov, de mémoire bénie (Iguerot Kodech, vol. 24, p. 68). Il s’agissait de la célèbre lettre du Rabbi Rachab, cinquième Rabbi de Loubavitch, concernant l’interdiction de parler pendant la prière et la lecture de la Torah – publiée dans le recueil de ses lettres (vol. 1, lettre 67).

Une démarche rare

Le 23 Iyar 5739 (1979) (Kfar Habad, n° 991, p. 182-183), le Rabbi s’adressa à une personnalité importante en ces termes :

« J’ai reçu une lettre de plainte de l’un des fidèles de votre synagogue. Bien qu’elle contienne sans doute une part d’exagération, il n’en demeure pas moins que, dans les questions touchant à l’honneur de la synagogue, ce qui importe est la manière dont le public réagit aux phénomènes, et pas tellement l’intention de ceux dont la conduite a suscité la réaction. Dès lors, même si seule une partie du public a réagi ainsi, il est de mon devoir d’attirer l’attention sur ce point.

Il s’agit du fait que, dans la synagogue, certains fidèles parlent pendant la prière, pendant la lecture de la Torah, et ainsi de suite.

Comme je l’ai dit, je présume qu’il y a là de l’exagération. Mais une rumeur qui se répand en public, sur un sujet qui concerne le public, suffit également, et c’est le devoir de chacun de faire tout ce qui dépend de lui pour qu’il n’y ait plus matière à une telle réaction ni à une telle plainte. »

Le Rabbi poursuit :

« Au passage, vous savez certainement que c’est précisément au sujet des conversations et bavardages à la synagogue pendant la prière et la lecture de la Torah que toutes les générations ont multiplié les protestations, par voie d’affiches, de proclamations, d’avertissements, etc. Voir également l’Iguéret HaKodech de l’Admour Hazakène, chapitre 24, ainsi que l’appel imprimé dans le Sidour de l’Admour Haemtsahi aux éditions Kehot – vous l’avez certainement, ou vous pourrez l’obtenir auprès des ‘Hassidim.

Et comme je l’ai dit, je tiens à préciser que je fais référence à la conclusion de cette Iguéret HaKodech de l’Admour Hazakène, concernant « celui qui oublie ou de la bouche duquel s’échappent quelques mots sans intention ». »

Le silence ? c’est aux adultes qu’il faut le demander

Voici la teneur des propos que le Rabbi tint, en guise de parenthèse, lors du Farbrenguen du Chabbat Vayakhel-Pekoudei 5743 (1983) (Hitvaadouyot 5743, vol. 2, p. 1131) :

Un Juif doit savoir que la finalité et le but de sa création sont « je n’ai été créé que pour servir mon Créateur »… Par conséquent, tout ce qui ne touche pas au service de D.ieu ne le concerne en rien !

Un petit enfant sait qu’il vient à la synagogue pour prier D.ieu. Aussi, lorsqu’il entre à la synagogue, il donne une pièce à la Tsedaka (les jours de semaine), prend en main un Sidour et se tient debout pour prier posément. Et plût au Ciel qu’il ne voie pas la conduite des adultes et n’apprenne pas d’eux ! Car lorsqu’il observe la conduite de son père et de son grand-père – que D.ieu nous préserve de ce qu’il y voit !

Ces propos visaient ceux qui, en entrant à la synagogue, racontent à tout le monde ce qu’ils viennent d’entendre dans les médias et donnent les dernières « nouvelles » des quatre coins du monde !

Sur le mur de la synagogue est certes accroché un écriteau : « Il est interdit de parler pendant la prière ». Mais tant il est absorbé (par le récit des « nouvelles »), il n’a évidemment pas le loisir de jeter un regard sur cet écriteau.

Quant à l’usage instauré dernièrement, selon lequel le Gabbaï annonce que l’on demande aux enfants de rester silencieux et de ne pas perturber la prière – en vérité, au lieu de le demander aux enfants, mieux vaudrait le demander aux adultes !

Pourquoi précisément aux adultes ? poursuit le Rabbi dans cette Si’ha. Parce que ce sont justement les adultes qui sont astreints aux commandements (contrairement aux enfants). Et de surcroît, parce que les enfants observent leur conduite – et que D.ieu nous préserve de ce qu’ils y voient…