Le 17 Sivan marque l’anniversaire de la disparition de Reb Israël Jacobson, l’un des ‘hassidim Habad les plus influents qu’ait connus l’Amérique. Renforcement du judaïsme, sauvetage de ‘hassidim d’Europe et de Russie, fondation d’institutions : son œuvre a façonné tout un continent. À travers sa chaleur, sa sincérité et son attachement indéfectible au Rabbi, il a inspiré des générations de jeunes étudiants.
Par Hershel Rosenbluh
Le 17 Sivan marque l’anniversaire de la disparition de Reb Israël Jacobson, l’une des figures les plus marquantes du ‘hassidisme Habad en Amérique. On lui doit le renforcement de la vie juive, le sauvetage de nombreux ‘hassidim d’Europe et de Russie, la création d’institutions et l’inspiration transmise à des générations de jeunes gens grâce à sa chaleur, sa sincérité et son attachement profond au Rabbi.
Une rencontre qui change un destin
Né à Zuravitz en 5656 (1895), Reb Israël Jacobson, dont le nom de naissance était Paretzkin, n’avait que dix ans lorsqu’il arriva à Loubavitch. Sa ville natale ne disposait pas de melamdim dignes de ce nom, et un Juif du lieu avait convaincu son père de l’envoyer à la Yéchiva du Rav Reines, à Lida.
C’est alors que la providence divine en décida autrement. Sur la route de Lida, l’enfant et son père croisèrent un vieux mitnaged qui leur demanda où ils se rendaient. « Je suis moi-même un mitnaged, leur confia le vieil homme, mais si vous souhaitez que votre fils demeure un Juif intègre, envoyez-le à Loubavitch. »
Cette rencontre allait bouleverser le cours de sa vie. Reb Israël passa la décennie suivante à étudier à Tom’hei Temimim, d’abord au ‘héder, puis à la Yéchiva, s’imprégnant profondément des voies de la ‘Hassidout et de l’enseignement des Rabbeïm.
Les premières années et le mariage
En 5680 (1920), il épousa Shaïna Levin, fille de Reb Yehochoua Hechel Levin. La sœur de son épouse était mariée au ‘hassid renommé Reb Aharon Lazer Zeitlin, qui fut plus tard assassiné par le KGB. Le jeune couple s’installa à Homel, où il passa les premières années de sa vie conjugale.
En 5685 (1925), Reb Israël fut choisi par les Anach pour se rendre en Amérique et y obtenir des documents d’immigration en faveur des ‘hassidim cherchant à fuir la Russie soviétique. Avant son départ, il rencontra ses compagnons et s’engagea à tout mettre en œuvre pour aider ceux qui demeuraient au pays.
À son arrivée à New York, il devint le Rav de la communauté Anshei Babruisk, une synagogue de rite Noussa’h Ari située à Brownsville, dans le quartier de Brooklyn. Parallèlement à ses fonctions rabbiniques, il se consacra aussitôt au travail communautaire, renforçant la vie juive et envoyant en Russie des fonds dont on avait cruellement besoin.
Au service de la libération du Rabbi précédent
En 5687 (1927), Reb Israël joua un rôle de premier plan dans les efforts entrepris pour obtenir la libération du Rabbi précédent, alors emprisonné par les Soviétiques. Mettant à profit ses relations avec des responsables gouvernementaux et des hommes politiques influents, il contribua à faire pression sur les autorités soviétiques, participant ainsi à la libération du Rabbi précédent et à son départ d’Union soviétique pour Riga, en Lettonie.
Le souci des etroguim
Lorsque la fête de Souccot approcha durant ces premières années américaines, Reb Israël comprit qu’il ne pourrait se procurer d’etroguim de Yanover, chose impensable pour un ‘hassid de Loubavitch. Refusant tout compromis, il fit acheminer des etroguim depuis l’Europe.
En 5715 (1955), il commença à se rendre personnellement en Italie afin de superviser la découpe et l’exportation des etroguim. Cette œuvre fut ensuite poursuivie par son gendre, le Rav Mottel Altein, et demeure aujourd’hui entre les mains de son petit-fils, le Rav Leibel Altein, de Crown Heights.
Le cœur de l’activité Habad aux États-Unis
Du milieu des années 1920 jusqu’à l’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, en 5700 (1940), Reb Israël fut l’adresse centrale de presque toutes les activités de Loubavitch aux États-Unis. Les affaires liées à l’Agoudat Habad, les cours de ‘Hassidout, les collectes du Ma’amad et l’ensemble des activités communautaires Habad passaient toutes par lui.
Une influence décisive sur la jeunesse
L’un de ses apports les plus considérables concerna les jeunes gens d’Amérique. À une époque où Tom’hei Temimim n’avait pas encore été fondée aux États-Unis, Reb Israël tenait des Farbrenguen et enseignait la ‘Hassidout aux étudiants de Yéchivot telles que Torah Vodaas et ‘Haïm Berlin. Les jeunes gens étaient captivés par sa sincérité et par son ardent attachement au Rabbi. Il leur décrivait la grandeur du Rabbi et l’immense mérite que représente le fait de lui être lié.
Nombre de ces élèves se rendirent par la suite à Tom’hei Temimim, à Otwock, en Pologne, où ils devinrent d’éminents ‘hassidim, Rabbanim, machpiïm et Chlou’him. Parmi eux figuraient le Rav Chlomo Zalman Hecht et le Rav Mottel Altein, paix à leur âme, qui épousèrent plus tard ses filles. Le Rav Avrohom Hecht, le Rav Avrohom Barnetzky et le Rav Berel Levy comptaient également parmi ses élèves partis à Otwock à son instigation.
Sauver des vies et obtenir des visas
Reb Israël joua aussi un rôle déterminant dans l’obtention de visas pour le Rabbi précédent et sa famille, dont le Rabbi et la Rabbanit ‘Haya Mouchka. Il obtint de même des visas pour Reb Mendel et la Rabbanit Sheindel Horenstein, qui, tragiquement, ne purent jamais en faire usage.
Plusieurs grands ‘hassidim pour lesquels il avait obtenu des visas, parmi lesquels Reb Itche der Masmid, Reb Chatshe Feigin et Reb Mordché Cheifetz, ne parvinrent finalement pas à échapper à la Lettonie occupée par les nazis et furent assassinés al Kiddouch Hachem.
Un bâtisseur infatigable
Après l’arrivée du Rabbi précédent en Amérique, l’étendue exceptionnelle des talents de Reb Israël et son dévouement inlassable se manifestèrent plus clairement encore. Il était difficile de trouver une grande initiative de Loubavitch à laquelle il ne fût pas étroitement associé.
Peu après la fondation de Tom’hei Temimim en Amérique, au mois d’Adar Chéni 5700 (1940), il fut nommé machpia aux côtés de Reb Chemouel Levitin. Parmi ses nombreuses responsabilités figuraient la mise en place de la ‘Hevra Kadicha, la création des écoles Beth Rivka, la construction de mikvaot et le renforcement de l’observance du Chabbat dans l’ensemble des communautés.
Son action touchait toutes les catégories de Juifs. Il fut le machpia des jeunes gens comme des jeunes couples, fonda des groupes féminins et des cercles A’hot Temimim, et s’employa sans relâche à diffuser le judaïsme parmi les Juifs éloignés de la pratique.
Encourager le Rabbi à accepter la direction
À la suite du décès du Rabbi précédent, Reb Israël fut parmi ceux qui pressèrent aussitôt le Rabbi d’accepter la direction du mouvement. Il adressa des lettres aux ‘hassidim et aux machpiïm du monde entier, les exhortant à se lier au plus jeune gendre du Rabbi précédent, le Rabbi.
En 5718 (1958), il joua un rôle clé dans la fondation de la Yéchiva de Newark, dans le New Jersey, qui fut ensuite transférée à Morristown, où il exerça également la fonction de machpia.
Roch Yéchiva à Hadar Hatorah
Dans les années 1960, peu après la fondation de la Yéchiva Hadar Hatorah, Reb Israël fut nommé Roch Yéchiva. Par cette fonction, il rapprocha des centaines de personnes du judaïsme. Bien que son approche fût ferme et sans concession, chaque élève ressentait la sollicitude sincère qu’il éprouvait à son égard.
Les candidats comprenaient clairement qu’entrer à la Yéchiva signifiait accepter ses exigences. Il n’existait aucun raccourci. Pourtant, des décennies plus tard, ses élèves continuaient de parler de lui avec une affection et une nostalgie profondes. Pour beaucoup, il devint la figure paternelle qui leur avait fait défaut.
Jusqu’au dernier souffle
Durant les dernières semaines de sa vie, Reb Israël tomba malade et fut hospitalisé. Reb Heishke Dubrawski rapporta plus tard une observation remarquable. Malgré tout ce que Reb Israël avait accompli au fil de plus de cinquante années d’avoda incessante, il restait concentré sur ce qui demeurait encore à faire. Alors même que ses forces physiques déclinaient, son âme brûlait d’énergie et de détermination.
Reb Israël Jacobson s’éteignit à l’âge de quatre-vingts ans, le 17 Sivan 5735 (1975). Il laissa derrière lui des générations de ‘hassidim, de Chlou’him et de Rabbanim poursuivant la voie tracée par le Rabbi.
Ses mémoires, publiés à l’origine dans les années 1960 et 1970 dans la revue Di Yiddishe Heim, furent ensuite rassemblés dans l’ouvrage Zikaron Livnei Israël. Ils demeurent une lecture essentielle pour quiconque s’intéresse à l’histoire de Habad ou se trouve inspiré par la vie d’un ‘hassid qui consacra chaque parcelle de son être à la mission du Rabbi, jusqu’à son dernier souffle.
















