Ce cours du Rav Yossi Amar, intitulé « Leh Leha : Pourquoi un D.ieu parfait a-t-Il choisi de créer un monde imparfait ? », explore la question fondamentale de la création d’un monde matériel et physique par un Créateur parfait, en lien avec la parasha de la semaine.
Les Idées Clés du Cours :
Le Paradoxe de l’Imperfection : Pourquoi D.ieu demande-t-Il à l’homme de modifier ou de parachever son propre corps (notamment à travers la mitsva de la circoncision, la brit mila) alors que l’être humain a été initialement façonné par Ses mains ?
Approche Philosophique vs. Approche de la Hassidout :
La vision traditionnelle : Certaines approches, comme celle d’Ibn Ezra, suggèrent d’accomplir les décrets divins sans chercher nécessairement à tout rationaliser.
La vision de la Hassidout et de la Kabale : La matière n’est pas ce qu’il y a de plus éloigné de D.ieu. Au contraire, les aspects les plus bas et matériels de notre monde — et de notre corps — proviennent en réalité d’une source spirituelle infiniment élevée.
L’Élévation du Matériel : Le judaïsme ne préconise pas un ascétisme de repli ou de détachement spirituel, mais exige au contraire que l’on prenne des éléments grossiers et matériels (comme la peau, le vin, les parchemins des tefillin, ou l’argent de la tsedaka) pour accomplir les mitsvot concrètes et sanctifier la matière.
La Signification Profonde de la Brit Mila : La circoncision n’est pas seulement une empreinte d’identité irréversible ou un signe distinctif. C’est l’acte par lequel le lien avec D.ieu pénètre la chair elle-même, faisant du corps entier un objet de sainteté pure et ancrant la dimension divine au cœur même de nos pulsions de vie et de perpétuation.
Un modèle accessible : Bien que la Torah qualifie Noa’h de « juste » et « intègre » dans sa génération, les commentaires expliquent qu’il n’était pas un saint parfait. Cela fait de lui un modèle ordinaire et accessible, démontrant que n’importe quel être humain peut résister à la pression sociale et choisir d’agir droitement.
La puissance des encouragements :
Si la Torah insiste sur les qualités de Noa’h au moment où il doit construire l’arche et faire face aux moqueries de ses contemporains, c’est pour lui insuffler le courage et la force psychologique indispensables pour mener sa mission à bien.
Les mots ont un impact direct sur la réalité : à l’inverse des critiques permanentes qui enferment l’individu dans l’échec et le découragement, un compliment sincère met en lumière son potentiel caché et l’encourage à s’élever, que ce soit dans l’éducation des enfants, dans le couple ou dans la société.
Le rôle du leader : Un véritable guide ne cherche pas à rabaisser ou à critiquer durement son prochain, mais l’aide au contraire à grandir en valorisant ses qualités positives.
Le Rav Amar Yossi Amar pose les bases de son cours en abordant la question fondamentale de la transformation personnelle et de l’influence spirituelle à travers l’étude du Tanya (Igueret HaKodech, chapitre 20)
Les thèmes principaux abordés
Lumière intérieure (Or Pnimi) vs Lumière enveloppante (Or Makif) : Le cours explore les deux types d’influences spirituelles et psychologiques qui façonnent l’être humain.
Or Pnimi (Intérieure) : Ce que l’on comprend, assimile et intègre profondément (analogie de la nourriture ou de l’étude réfléchie). Elle transforme l’individu de l’intérieur, bien qu’elle nécessite une adaptation ou une « contraction » (Tsimtsoum) pour être reçue.
Or Makif (Enveloppante) : Ce qui nous entoure de l’extérieur sans traverser de filtre progressif (analogie de la maison ou de l’entourage/société). Elle englobe tout le monde de manière égale, inspirant et éveillant la personne (comme une atmosphère ou un événement fort), et possède un impact indirect puissant.
Où se trouve Dieu ? : Le cours résout la contradiction apparente entre l’idée que Dieu est partout (dans chaque détail) et l’idée qu’Il se trouve là où on Le laisse entrer. La présence divine globale enveloppe tout (Or Makif), mais pour qu’elle devienne vivante et transformatrice au quotidien, il faut l’accueillir consciemment en soi (Or Pnimi).
Le processus de création (Tsimtsoum et Kav) : Explication kabbalistique de la descente de la lumière divine à travers les mondes (Atsilout, Bria, Yetsira, Assia) grâce à des voiles, des contractions et un rayon mesuré (Kav), permettant l’existence d’un monde matériel et d’êtres autonomes.
L’importance de l’équilibre : Pour un véritable changement personnel, il ne suffit pas de ressentir des émotions passagères grâce à une ambiance extérieure (Makif). Il faut combiner l’étude et l’intériorisation des idées (Pnimi) avec un bon entourage.
Chaque année, D.ieu efface nos fautes, et chaque année, l’être humain les répète inlassablement. Le Rav Yossi Amar, Chalia’h du Rabbi en Seine-et-Marne, propose une lecture bouleversante de ce paradoxe, révélant dans le pardon de Yom Kippour non pas la trace d’un système défaillant, mais l’expression d’un amour parental inconditionnel. À travers l’étude d’un verset d’Isaïe et le récit d’une jeune âme égarée retrouvant le chemin du retour, ce cours dévoile la profondeur infinie du lien qui unit D.ieu à chacun de Ses enfants.
un pardon qui semble se répéter sans fin
Le cours s’ouvre sur une question que beaucoup portent en silence, année après année, à l’approche de Yom Kippour. Si D.ieu pardonne nos fautes chaque année, et que nous retombons pourtant, souvent, dans les mêmes travers, à quoi bon ce cycle répété de faute et de pardon ? N’y a-t-il pas là, dans cette répétition, quelque chose qui ressemble à un mécanisme grippé, comme si le pardon divin ne parvenait jamais réellement à nous transformer ? Le Rav Yossi Amar ne fuit pas cette interrogation dérangeante ; il en fait au contraire le point de départ d’une réflexion sur la nature profonde du lien entre l’homme et son Créateur.
l’amour inconditionnel d’un parent envers son enfant
La réponse proposée déplace le regard. Ce n’est pas d’un système de justice qu’il s’agit, avec ses sanctions et ses remises de peine, mais d’une relation d’amour. Même lorsque l’homme faute, D.ieu demeure présent, et Il continue de l’accueillir comme un enfant bien-aimé. Le Rav illustre cette idée par une image simple et parlante : l’amour d’un parent pour un tout jeune enfant ne se mesure jamais à ses actes. Un nourrisson n’a rien à prouver pour être aimé ; il est aimé parce qu’il est l’enfant. C’est seulement en grandissant qu’il devra répondre d’exigences et de responsabilités. Ainsi en est-il, explique le Rav, du rapport de D.ieu à l’humanité : la faute n’entame jamais ce lien fondamental, inconditionnel, qui précède tout mérite.
rechercher D.ieu et L’appeler : deux mouvements de l’âme
Le cours s’appuie ensuite sur un verset du prophète Isaïe (55:6), qui invite à « rechercher D.ieu lorsqu’Il se laisse trouver » et à « L’appeler lorsqu’Il est proche ». Le Rav Yossi Amar distingue avec finesse ces deux mouvements de l’âme, qui ne se confondent pas. Rechercher D.ieu relève de la loyauté : c’est reconnaître qu’Il est là, tout proche, et nourrir le désir sincère de s’améliorer pour l’année à venir. L’appeler, en revanche, relève de l’intimité : c’est se lier à Lui de façon plus profonde encore, à travers l’étude de la Torah, qui constitue selon le Rav la connexion la plus intime que l’homme puisse tisser avec le Divin. Ces deux élans, la loyauté qui recherche et l’intimité qui appelle, se complètent et donnent tout son sens à la démarche de techouva.
un amour qui appelle l’amour en retour
Prendre pleinement conscience de l’immense amour et de la miséricorde que D.ieu témoigne à l’homme, en lui ouvrant Sa porte et en lui pardonnant malgré ses imperfections répétées, produit un effet naturel : cela éveille en retour, chez l’être humain, le désir de L’aimer et de progresser. L’amour, souligne le Rav, est contagieux. Ce n’est donc pas la crainte de la sanction qui doit pousser au changement, mais la gratitude devant un amour qui ne se dément jamais.
l’histoire d’une jeune fille retrouvée
Pour illustrer son propos, le Rav Yossi Amar rapporte le témoignage bouleversant d’une jeune fille, égarée dans un centre de réhabilitation, qui a retrouvé le chemin du retour spirituel après avoir simplement vu une autre jeune fille lire le Mahzor de Kippour. Ce geste, en apparence anodin, a suffi à réveiller en elle quelque chose d’enfoui. Cette histoire vient sceller l’enseignement du cours : aucun Juif, où qu’il se trouve et quel que soit son parcours, n’est jamais exclu ni oublié par D.ieu.
Le mois d’Éloul est considéré par la Hassidout comme une période heureuse offerte pour corriger ses fautes, et non comme un mois redoutable.
Le mot Téchouva signifie littéralement « retour » vers Dieu, soulignant que cette démarche est à la portée de tous.
Il est spirituellement préférable d’accomplir ce retour par amour et gratitude plutôt que par simple crainte d’une punition.
L’Importance de la Responsabilité Personnelle
Réouven est cité comme le premier personnage biblique à avoir assumé pleinement sa faute de sa propre initiative, contrairement à Adam ou Caïn qui ont blâmé autrui ou Dieu.
Se victimiser ou reporter constamment la faute sur les circonstances extérieures enferme l’individu et l’empêche de se réparer.
L’être humain se distingue par son libre arbitre, ce qui implique que reconnaître objectivement son erreur constitue la première étape essentielle de la guérison.
La Maîtrise de la Logique Face à l’Impulsion
Le mauvais penchant s’appuie sur le système émotionnel pour encourager la recherche d’un plaisir immédiat, masquant ainsi les conséquences à long terme.
Selon les enseignements du Tanya, l’intellect a été conçu comme un modérateur naturel qui a la capacité et le devoir de contrôler les pulsions du cœur.
La méthode du « défi de la demi-heure » consiste à retarder volontairement une réaction impulsive pour laisser le temps au cerveau de rétablir la logique et de dissiper l’illusion de l’urgence.
À l’approche de Ticha BeAv, jour le plus sombre du calendrier juif qui commémore la destruction des deux Temples de Jérusalem, une question essentielle s’impose : comment traverser le deuil, l’épreuve et l’obscurité sans céder au désespoir ? Dans cet enseignement, le Rav Yossi Amar explore le sens profond de cette journée et la manière dont les maîtres de la tradition ont affronté la souffrance. Il en dégage une vérité lumineuse : la destruction porte déjà en elle le germe de la délivrance.
Deuil privé et deuil collectif : la lettre du Rabbi à Ariel Sharon
Lorsqu’un proche disparaît, la tradition juive adresse aux endeuillés cette formule de consolation : « Que D.ieu vous console parmi les endeuillés de Sion et de Jérusalem. » Ces mots, loin d’être une simple politesse, révèlent un lien profond entre la peine intime et la blessure du peuple tout entier.
À la suite du décès tragique du jeune fils d’Ariel Sharon, en 1968, le Rabbi de Loubavitch lui fit parvenir une lettre qui éclaire ce lien indissociable entre le deuil individuel et la ruine de Jérusalem. Le Rabbi y développait trois idées maîtresses.
La première tient à la solidarité du corps collectif : la perte qui frappe une famille n’est jamais isolée, car elle affecte l’ensemble du peuple juif, dont chaque membre demeure relié aux autres. La deuxième concerne l’éternité de l’âme : de même que la sainteté du Temple subsiste malgré la destruction matérielle de ses pierres, le lien avec la Néchama, l’âme du disparu, ne se rompt jamais ; l’enveloppe corporelle s’efface, mais l’âme demeure éternelle. La troisième porte sur la promesse de la reconstruction : le troisième Temple sera édifié par D.ieu de manière indestructible et éternelle. Souhaiter d’être consolé « parmi les endeuillés de Sion » rappelle ainsi que la perte personnelle, à l’image de la destruction du Temple, n’est jamais définitive, et qu’elle débouchera sur la résurrection et les retrouvailles.
Deux visions face à l’adversité : Na’houm Ich Gamzou et Rabbi Akiva
La Guémara met en scène deux attitudes spirituelles pour appréhender les moments d’obscurité, incarnées par deux grandes figures.
Na’houm Ich Gamzou est connu pour sa devise : Gam Zou LeTova, « cela aussi est pour le bien ». Chargé un jour d’apporter au roi un coffre rempli de diamants, il se le fait dérober à l’auberge, où l’on remplace son trésor par de la poussière. Sans se laisser ébranler, il répète : « Cela aussi est pour le bien. » Arrivé devant le roi, la poussière se transforme miraculeusement en une arme qui donne la victoire contre les ennemis de l’empire. Pour Na’houm Ich Gamzou, l’événement n’est jamais mauvais en lui-même : le bien y est déjà présent, immédiatement, même dissimulé sous un masque trompeur.
Rabbi Akiva, lui, enseigne : Kol de’avid Ra’hmana le’tav ‘avid, « tout ce que fait le Miséricordieux, Il le fait pour le bien ». Refusé à l’auberge et contraint de dormir dans la forêt, il voit son âne et son coq dévorés, puis sa bougie éteinte par le vent. Or cette succession d’infortunes le sauve : une bande de brigands attaque le village cette nuit-là, tandis que lui, resté à l’écart et dans l’obscurité, échappe au danger. Rabbi Akiva reconnaît la dureté de l’instant présent, mais conserve la certitude que ce mal apparent conduira à un bien plus grand encore.
Le rire de Rabbi Akiva sur le Mont Scopus
L’un des récits les plus saisissants du Talmud, rapporté dans le traité Makot, montre Rabbi Akiva et les Sages contemplant les ruines du Saint des Saints depuis le Mont Scopus. Tandis que ses compagnons fondent en larmes à la vue d’un renard sortant du lieu le plus sacré, Rabbi Akiva, lui, se met à rire.
Il s’en explique aussitôt. La prophétie, rappelle-t-il, comportait deux volets : l’annonce de la destruction de Jérusalem, d’une part, et celle de sa reconstruction, d’autre part. Tant que la première partie ne s’était pas réalisée, il pouvait douter de l’accomplissement de la seconde ; mais maintenant qu’il a vu la destruction de ses propres yeux, il sait avec une certitude absolue que la reconstruction promise s’accomplira à son tour.
Car pour élever un édifice plus vaste et plus solide, il faut parfois commencer par obtenir un permis de démolir. La destruction n’est pas la fin de l’histoire : elle en est la condition préalable, l’étape obligée qui ouvre la voie au renouveau.
Le secret cabalistique : de la larme au rendez-vous
Le Arizal et Rabbi Levi Its’hak mettent en lumière un enseignement puisé dans le traité Moed Katan. La Torah promet en effet que D.ieu « effacera les larmes de tout visage ». Or la Guématria, la valeur numérique des lettres, dévoile ici un secret. Le mot larme, Dim’a, totalise cent dix-neuf ; le mot fête ou rendez-vous, Moed, en totalise cent vingt. En ajoutant à la larme l’unité du mot lui-même, selon le principe du Im HaKolel, on passe précisément de cent dix-neuf à cent vingt.
Ce calcul révèle une vérité fondamentale : la larme porte déjà en elle le germe de la fête à venir. C’est pourquoi Ticha BeAv, bien qu’il soit un jour de jeûne et de deuil, est qualifié par la tradition de Moed, jour d’assignation et de rendez-vous : c’est en lui, précisément, que naît la lumière du Machia’h.
Une invitation à changer de regard
L’enseignement de Ticha BeAv consiste à déplacer notre regard : ne pas s’arrêter à la douleur de l’instant, mais embrasser la trajectoire tout entière du peuple juif. Chaque épreuve, qu’elle soit individuelle ou collective, porte en elle la promesse d’une élévation et d’une joie futures. Ce qui semble une fin n’est, en vérité, que le commencement voilé d’une reconstruction plus grande.
Dans son dernier cours consacré aux parachiot Matot-Massé, le Rav Yossi Amar met en lumière une question qui touche au cœur de la condition humaine : sommes-nous des « partants », prisonniers de la nostalgie, ou des « arrivants », tournés vers ce qui reste à bâtir ? À travers l’énigme des tribus installées hors des frontières d’Israël, il dévoile la différence essentielle entre fuir une difficulté et l’investir d’une mission divine. Une leçon lumineuse qui invite chacun à devenir l’artisan de sa propre existence.
Deux mentalités face à la vie
Le Rav Yossi Amar ouvre son propos en opposant deux attitudes que l’existence nous impose de choisir au quotidien. Il y a d’abord les partants, ces nostalgiques dont le regard demeure obstinément tourné vers le passé. Persuadés que leurs plus belles années sont derrière eux, ils se lamentent sur « l’époque où tout était rose » et vivent chaque épreuve, chaque avancée en âge, comme une chute inexorable. À l’opposé se tiennent les arrivants, les bâtisseurs, qui refusent de pleurer sur le lait renversé. Loin de renier le passé, ils en tirent des leçons pour édifier un avenir meilleur, convaincus que les plus belles opportunités restent à venir.
L’énigme des tribus établies hors d’Israël
Pour illustrer cette dualité, la Torah nous plonge dans un récit saisissant. À la veille de l’entrée en Terre promise, les tribus de Gad et de Réouven, à la tête d’immenses troupeaux, sollicitent de Moché l’autorisation de s’établir hors des frontières d’Israël, en Transjordanie, séduites par la fertilité de ces pâturages. Moché y consent, mais à une condition : qu’ils franchissent d’abord le Jourdain pour combattre aux côtés de leurs frères et prendre part à la conquête du pays.
Les Sages n’en adressent pas moins une critique sévère à Gad et Réouven. Leur reproche ? Avoir privilégié le confort matériel au détriment de l’idéal spirituel, au point de mentionner les enclos de leur bétail avant même les villes destinées à leurs enfants. Ce choix précipité fit d’eux des partants : ils fuyaient l’effort de la conquête et se détachaient de la communauté pour servir des intérêts personnels.
C’est ici que surgit une contradiction apparente. Car Moché impose de son propre chef à une troisième tribu, la moitié de celle de Menaché, de s’installer elle aussi hors d’Israël. Comment ce qui était blâmable pour les deux premières tribus peut-il devenir une mission positive pour Menaché ?
Menaché, un pont vers l’avenir messianique
Toute la différence tient à l’intention et au regard. Contrairement à Gad et Réouven, Menaché n’a rien réclamé. Cette tribu était profondément attachée à la Terre d’Israël, à l’image des filles de Tsélof’had, issues d’elle, qui s’étaient battues pour obtenir leur part d’héritage. En partageant Menaché en deux, une moitié en Israël, l’autre au-delà du Jourdain, Moché ne crée pas une déchirure mais un pont. La vocation de cette tribu n’est pas de fuir Israël, mais d’en rayonner la sainteté au dehors. Ses membres agissent en arrivants : dès l’époque de Moché, ils sèment les graines de l’expansion future des frontières d’Israël, qui s’accomplira pleinement à l’ère messianique, celle de la Guéoula.
Chaque fondement du judaïsme, qu’il s’agisse de la Torah, de la Terre sainte ou de la délivrance ultime, trouve son origine en Moché. En établissant Menaché en Transjordanie, celui-ci anticipe l’avenir et enseigne qu’un lieu en apparence profane ou lointain peut lui aussi être sanctifié, dès lors que l’intention procède du service de D.ieu.
Devenir l’artisan de sa propre existence
Le Rav Yossi Amar referme son enseignement sur une leçon de vie qui résonne pour chacun : ce n’est pas notre situation qui décide de tout, mais le regard que nous portons sur elle. Si nous nous laissons envahir par la nostalgie de nos facilités passées ou par l’attachement exclusif au confort matériel, nous devenons des partants, et notre quotidien se vide de son sens. Mais si nous comprenons que la Providence divine nous place précisément là où une mission unique nous attend, alors nous devenons des arrivants.
Que nous soyons géographiquement isolés, aux prises avec des défis professionnels ou éprouvés par le poids des années, chaque obstacle devient l’occasion de révéler une lumière nouvelle. Nous appartenons à cette génération qui se dresse sur les épaules des géants d’hier ; il nous revient d’achever leur œuvre avec ferveur, l’œil résolument tourné vers l’avenir.
À travers une série de réponses adressées à des personnes en détresse, le Rabbi de Loubavitch dévoile une sagesse capable de bouleverser notre regard sur l’échec, l’angoisse et l’adversité. Chaque conseil renverse une certitude et invite à voir dans l’obstacle non pas un mur, mais un tremplin. Ces enseignements, transmis au fil des rencontres, demeurent d’une actualité saisissante pour quiconque cherche la paix intérieure.
Changer de perspective face aux échecs
Un homme vient se plaindre auprès du Rabbi d’avoir perdu une opportunité professionnelle, qu’un ami lui aurait dérobée. Le Rabbi lui répond avec fermeté : personne ne peut vous enlever ce qui vous est véritablement destiné. Si vous ne l’avez pas obtenu, c’est simplement que cela n’était pas pour vous.
Combattre l’ingratitude et voir le positif
Face à un homme qui se lamente sur ses problèmes alors qu’il jouit d’une famille et de la santé, le Rabbi lui fait remarquer son ingratitude. La nature humaine a tendance à se focaliser sur le point noir, le négatif, au lieu de contempler la feuille blanche, c’est-à-dire les bénédictions. Le Rabbi rappelle que savoir remercier D.ieu pour ce que l’on possède attire d’autres bénédictions.
Les obstacles sont là pour nous renforcer
À une personne qui se heurte à des difficultés, qu’il s’agisse de l’opposition de sa famille ou de son entourage, en cherchant à se rapprocher du judaïsme, le Rabbi explique que rien n’arrive sur un plateau d’argent. D.ieu ne donne que des épreuves que nous sommes capables de surmonter, et ces défis ont pour vocation de nous « vacciner » et de nous rendre plus forts.
Guérir ses propres tourments en s’occupant des autres
Une étudiante qui se sent profondément égoïste, anxieuse et obsédée par ses propres difficultés reçoit du Rabbi un conseil inattendu : se rendre à la cantine, y prendre son plateau-repas et le donner à quelqu’un d’autre. L’enseignement est puissant : le meilleur moyen de retrouver la paix intérieure et de sortir de la déprime consiste à cesser d’être centré sur soi-même et à agir pour autrui.
L’importance de la régularité, même pour cinq minutes
À un étudiant qui prétend ne disposer que de cinq minutes de temps libre et demande s’il peut interrompre son étude quotidienne de la Torah, le Rabbi répond que l’étude n’est pas un service rendu à D.ieu, mais un bienfait pour l’étudiant lui-même. Prendre le temps d’étudier chaque jour devient source de bénédiction dans la gestion même du temps.
L’attitude à adopter lors de la visite au Ohel
En conclusion de son propos, le Rav Yossi Amar explique que lorsqu’on se rend prier sur la tombe du Rabbi, le Ohel, il ne faut pas se contenter d’énumérer ses problèmes pour réclamer des miracles. Il est essentiel de prendre de bonnes résolutions, qu’il s’agisse d’engagements personnels ou de Mitsvot supplémentaires, afin d’accompagner ses requêtes.
Il est courant d’observer un changement radical chez une personne autrefois intègre et de s’exclamer : « On ne l’a pas vu venir ! ». Mais la réalité psychologique et spirituelle est bien différente. Une chute morale ou spirituelle n’est que très rarement le fruit d’un effondrement soudain. Elle est l’aboutissement d’une lente érosion, d’une succession de petits compromis qui, bout à bout, redessinent une trajectoire de vie.
De la transparence à la stratégie : le point de bascule
À l’origine, Moïse sélectionne des hommes d’une grande valeur et d’une intégrité morale irréprochable. Leur mission est claire et transparente : agir en tant que simples « explorateurs » pour constater la bonté de la Terre promise.
Cependant, au lieu de s’en tenir à ce rôle objectif, ces dirigeants opèrent un changement subtil de paradigme. Ils s’arrogent le rôle d’« espions », cherchant les vulnérabilités militaires du terrain. Ce changement de méthode, qui pouvait sembler anodin ou même relever d’une « bonne intention » stratégique, a rompu leur lien de fidélité spirituelle avec Moïse. En déviant de leur mission initiale, ils ont perdu leur protection et ont ouvert la porte au doute, puis à la calomnie, entraînant tout un peuple dans leur chute.
La stratégie du mauvais penchant
Cette dynamique biblique reflète exactement nos combats intérieurs quotidiens. Le Yetzer Hara (le mauvais penchant) n’opère pas en nous poussant brusquement vers une faute grave ou un acte interdit. Sa méthode est bien plus fine :
Le refroidissement : Il commence par atténuer notre enthousiasme pour ce qui est juste et sacré. Il nous suggère de faire les choses avec un peu moins de ferveur ou de rigueur.
La justification : Il brouille ensuite les frontières entre le permis et l’interdit en nous fournissant des excuses parfaitement logiques et rationnelles pour relâcher nos efforts.
La dérive : Une fois la brèche ouverte, un centimètre concédé devient un mètre, puis un kilomètre.
La vigilance comme rempart
Comment se prémunir contre cette lente dérive ? La clé réside dans une auto-évaluation constante et honnête. À chaque jonction importante, il est vital de scruter non seulement nos actions, mais surtout nos motivations profondes.
Parfois, notre propre jugement est biaisé par nos envies du moment. C’est pourquoi s’entourer d’un mentor, d’un maître ou d’un ami objectif est indispensable pour garder un regard clair sur sa propre route. Enfin, comme l’enseignent les sages, le fait de tourner son regard vers l’autre, d’aider son prochain avec générosité et désintéressement, attire une protection divine infaillible.
La vérité ne souffre d’aucun compromis, car c’est précisément dans le détail le plus « innocent » que se joue notre intégrité.
Il existe une frontière invisible entre une vie bien ordonnée et une vie figée dans la répétition mécanique. Le Rav Amar explore cette zone dangereuse où la pratique religieuse, la vie de famille et le travail perdent leur éclat, transformant l’être humain en simple exécutant de lui-même. À travers une leçon de ‘Hassidout d’une rare profondeur, il nous invite à redécouvrir le visage caché de chaque action — celui qui donne à la vie son goût véritable.
Entre stabilité et enfermement : la question que l’on n’ose pas poser
Où s’arrête la vie stable et où commence la vie morte ? C’est par cette interrogation inconfortable que le Rav Amar ouvre son cours. La répétition, qu’elle soit dans les gestes du quotidien ou dans l’accomplissement des Mitsvot, finit par user l’émotion et vider le sens. On continue d’agir, mais quelque chose s’est éteint. On fait ce qu’il faut faire — mais on ne sait plus pourquoi cela comptait.
L’Arche Sainte et la faute du roi David
La Torah est formelle : l’Arche Sainte devait être portée sur les épaules des Lévites, et non transportée sur une charrette. Le roi David, dans un élan de ferveur sincère, oublia cette loi — et cet oubli coûta la vie à l’un de ses compagnons. Le Talmud ne voit pas là une simple distraction. Il y décèle une punition divine, dont la cause remonte à une parole imprudente : David avait un jour qualifié les lois de la Torah de zemirot — des chansons. Ce mot, en apparence bienveillant, révèle une incompréhension fondamentale. Traiter la Torah comme une mélodie qui se répète à l’identique, c’est la réduire à sa surface, lui ôter sa profondeur vivante.
Désir et plaisir : les deux dimensions de l’âme selon la ‘Hassidout
C’est ici que le cours plonge dans les eaux de la Kabbale et de la ‘Hassidout, distinguant deux forces fondamentales de la vie intérieure.
Le premier niveau est le Ratson — le Désir. C’est la volonté d’agir, l’élan qui nous pousse à faire ce qui doit être fait. Force réelle, mais extérieure, le Désir est fonctionnel : il nous met en mouvement sans nécessairement nous habiter. On accomplit, on coche, on avance.
Le second niveau est le Taanoug — le Plaisir. Il n’a rien à voir avec la satisfaction superficielle. C’est une joie profonde et intérieure, celle que l’on ressent lorsque l’on est pleinement présent à ce que l’on fait, lorsque l’action touche quelque chose d’essentiel en nous. Le Plaisir révèle qui nous sommes vraiment. Il ne se répète pas — il se renouvelle. Chaque instant de Taanoug véritable est unique.
Pourquoi comparer la Torah à des chansons était une erreur
En utilisant le mot zemirot, le roi David percevait la Torah comme une mélodie cyclique — belle, certes, mais répétitive par nature. Il n’apercevait que la dimension du Désir : l’exécution fidèle de la volonté de D.ieu. Ce faisant, il manquait l’essentiel : la dimension du Plaisir infini et toujours renouvelé qui se dissimule derrière chaque commandement. Chaque Mitsva n’est pas la répétition d’un geste — elle est une rencontre unique avec l’infini. La réduire à une chanson que l’on fredonnerait machinalement, c’est passer à côté de sa véritable nature.
La métaphore du dos et du visage
Pour rendre cette distinction tangible, le Rav Amar recourt à une image d’une grande force évocatrice. Observez une foule de dos : tous se ressemblent. Les silhouettes s’uniformisent, les individualités s’effacent. C’est l’image de la dimension extérieure — l’accomplissement automatique, la routine accomplie sans conscience, où tout se ressemble parce que l’intérieur est absent.
Tournez-vous maintenant face à cette même foule : chaque visage est unique. Les expressions, les regards, la vie qui transparaît — rien n’est identique. C’est la dimension intérieure, celle du Taanoug, qui donne à chaque personne — et à chaque action — son caractère irremplaçable.
Les Lévites ne portaient pas l’Arche derrière eux, de dos. Ils devaient lui faire face, être pleinement tournés vers elle. Ce positionnement n’était pas un détail rituel : il symbolisait l’alliance nécessaire entre l’acte accompli et la conscience profonde qui l’habite.
Ne pas vivre en automate : la leçon pour aujourd’hui
Le message central de cette leçon est d’une clarté lumineuse : la vie spirituelle, la vie familiale, la vie professionnelle ne doivent pas être vécues comme des checklists à remplir. Prier parce qu’il est l’heure de prier. Aimer parce qu’il le faut. Travailler parce qu’on n’a pas le choix. Cette façon d’exister n’est pas une vie — c’est une imitation de la vie.
Le véritable enjeu est de réinventer et de redécouvrir le plaisir dans nos actions quotidiennes. De se lever chaque matin avec la même fraîcheur, le même émerveillement, la même gratitude, comme si c’était la toute première fois. Chaque Mitsva, chaque geste d’amour, chaque journée de travail honnête mérite d’être vécu de l’intérieur — du côté du visage, jamais du dos.
C’est cela, dit le Rav Amar, la différence entre une vie qui s’use et une vie qui s’approfondit.
Il existe dans la Torah deux dimensions complémentaires et indissociables : celle que l’on voit et applique au quotidien, et celle, infiniment plus profonde, que seule la sagesse intérieure permet de saisir. Un cours magistral explore cette dualité à travers une comparaison saisissante entre la prophétie de Moshé et la compréhension des grands kabbalistes. Au terme de ce voyage entre le visible et l’invisible, une certitude s’impose : les deux dimensions de la Torah sont également nécessaires à la plénitude spirituelle de l’homme.
Moshé et la limite de la vision prophétique
Moshé Rabbénou a atteint le sommet absolu de la prophétie humaine. Aucun être humain avant lui ni après lui n’a contemplé des niveaux divins aussi élevés — ce que la tradition désigne par l’expression « la face postérieure » de D.ieu, c’est-à-dire la dimension du divin que D.ieu lui-même a accepté de dévoiler à son serviteur le plus fidèle. Et pourtant, la vision comporte une limite inhérente : on ne voit que ce qui est montré. L’œil, si aiguisé soit-il, reste tributaire de ce qui lui est présenté. La vision, même prophétique, demeure passive par nature.
C’est là que réside un paradoxe que la tradition hassidique prend le soin de mettre en lumière : Moshé, le plus grand des prophètes, n’a pas nécessairement accédé aux strates les plus secrètes du réel divin. Car voir, même au sommet de la prophétie, n’est pas la même chose que comprendre.
Le sage dépasse le prophète : la primauté de la Hokhmah
Le Talmud avance une affirmation audacieuse en apparence : un sage est supérieur à un prophète. Cette sentence, loin d’être une provocation, exprime une vérité profonde sur la nature de la connaissance spirituelle. Grâce à la Hokhmah — la sagesse —, le sage peut pénétrer des dimensions du divin encore plus élevées que ce que la vision prophétique peut percevoir. Il accède, selon la terminologie mystique, à la « face antérieure » de D.ieu, c’est-à-dire à une intimité encore plus grande avec la source même de toute réalité.
Pour illustrer cette distinction, le cours recourt à une image tirée du monde juridique : le témoin voit le fait, mais c’est le juge qui doit le comprendre dans toute sa profondeur, en démêler les causes, les intentions, les circonstances. Le témoin rapporte ; le juge interprète. Or c’est bien l’interprétation — la compréhension active — qui dévoile la vérité ultime d’un événement.
La Torah dévoilée : la face visible des commandements
La Torah se présente à nous d’abord dans sa dimension exotérique : les lois, les rites, les pratiques quotidiennes. Ce sont les actes concrets que l’on peut accomplir, les commandements que l’on peut toucher de la main — mettre les Téfilines, apposer la Mezouza, observer le Chabbat. Cette dimension correspond à la « face postérieure » : elle est visible, accessible, transmissible de génération en génération. C’est la Halakha, chemin balisé sur lequel le peuple juif marche depuis le Sinaï.
Cette face de la Torah n’est pas inférieure — elle est indispensable. Elle constitue la réalité vivante et incarnée du judaïsme, son ossature, sa respiration quotidienne. Mais elle ne dit pas tout. Elle montre sans toujours expliquer, prescrit sans toujours révéler le pourquoi.
La Torah cachée : le sens invisible derrière les formes
Derrière chaque commandement se cache un univers de sens que la logique ordinaire ne peut atteindre. Pourquoi les Téfilines sont-elles de forme carrée ? Pourquoi certaines lettres de la Torah sont-elles écrites en taille inhabituelle ? Ces questions ne sont pas ornementales : elles pointent vers la dimension ésotérique de la Torah, sa « face antérieure », que seule la Kabbale et la Hassidout permettent d’approcher.
Ces raisons spirituelles échappent souvent à la raison humaine ordinaire. Elles ne relèvent pas de l’irrationnel, mais d’un registre du réel que notre intellect actuel ne peut embrasser qu’imparfaitement. Le mystère n’est pas une lacune — il est un horizon.
Pourquoi étudier ce qui nous dépasse : la promesse de Machi’a’h
On pourrait objecter : à quoi bon étudier des profondeurs que l’on ne peut pleinement saisir ? La réponse du cours est d’une clarté lumineuse. L’étude de la Kabbale et de la Hassidout, même imparfaite, même partielle, prépare l’esprit et l’âme. Elle trace des sillons dans la conscience spirituelle de l’homme, des sillons qui attendent leur heure.
Car à la venue du Machia’h, les mystères seront éclaircis. Ce qui était caché sera révélé, ce qui était obscur deviendra lumineux. Et c’est alors que ceux qui auront étudié, qui auront cheminé patiemment dans les sentiers de la Torah intérieure, pourront s’exclamer avec une joie de reconnaissance : « Ah ! C’est donc ça ! » — non pas la surprise du profane découvrant une vérité étrangère, mais la satisfaction du chercheur qui retrouve enfin ce qu’il avait pressenti depuis longtemps.
Les deux dimensions de la Torah — la dévoilée et la cachée, la Halakha et la Hassidout — ne sont donc pas en concurrence. Elles sont les deux faces d’une même réalité divine, et c’est ensemble qu’elles conduisent l’homme vers sa plénitude.
Le Rabbi de Loubavitch enseigne que l’argent n’est pas une fin en soi, mais un dépôt sacré confié par D.ieu à chaque individu. À travers cinq thèmes majeurs — du prêt charitable au mystère du demi-sicle — il dévoile une vision profonde où la richesse devient un vecteur d’unité et de générosité. Ce cours, qui s’achève par un hommage poignant à la Rabbanite Haya Mouchka Schneerson, nous invite à repenser notre rapport à l’argent comme un pont entre l’homme et son Créateur.
La vision juive de l’argent
L’argent, dans la perspective de la Torah, ne saurait être réduit à un simple gain personnel. Il constitue une ressource confiée par D.ieu, un dépôt sacré dont chaque être humain est le gardien temporaire. Le Rabbi explique que chaque pièce est dirigée par une « main céleste » et que la Providence divine orchestre minutieusement la circulation des richesses dans le monde. D.ieu, dans Son infinie bonté, nous envoie souvent bien plus que ce dont nous avons besoin pour subvenir à nos propres nécessités. Cette abondance n’est pas le fruit du hasard : elle représente une épreuve, un test destiné à évaluer notre capacité à partager avec autrui et à remplir le monde de bonté et de générosité.
Le prêt : un acte de dignité
Prêter de l’argent est considéré comme un niveau de Tsedaka supérieur au simple don, car cet acte préserve la dignité de celui qui reçoit en lui permettant de se relever par ses propres forces. Plutôt que de placer l’autre dans une position d’assisté, le prêt lui offre un tremplin vers l’autonomie, lui permettant de retrouver sa fierté et son indépendance. La Torah impose à cet égard des règles strictes destinées à protéger l’emprunteur, parmi lesquelles figure l’interdiction formelle de l’intérêt, appelé « Ribit » en hébreu. Les Sages comparent le Ribit à une morsure de serpent : elle semble anodine au premier abord, presque imperceptible, mais le venin finit inexorablement par monter à la tête, causant des dommages considérables. Ainsi, l’intérêt financier, aussi modeste soit-il en apparence, corrompt progressivement la relation entre le prêteur et l’emprunteur, transformant un acte de bienfaisance en instrument d’exploitation.
Devenir le « banquier de D.ieu »
Le Rabbi développe une idée saisissante : l’homme riche n’est pas simplement un individu favorisé par le destin, il est le partenaire de D.ieu sur terre. La richesse n’est pas un privilège, mais une mission. Si une personne gère avec sagesse et intégrité l’argent qui lui est confié, en aidant les autres, en soutenant les œuvres de bienfaisance et en répondant aux besoins de la communauté, alors D.ieu lui accorde en retour davantage de bénédictions et de réussite. Cette dynamique vertueuse crée un cercle de générosité sans fin, où plus l’on donne, plus l’on reçoit. À l’inverse, celui qui thésaurise, qui refuse de partager et qui s’accroche à ses possessions avec avarice, s’expose à un risque redoutable : voir ses ressources retirées et confiées à un autre « banquier » plus généreux, plus digne de la confiance divine. Le message est limpide : la richesse est un mandat, et celui qui faillit à sa mission peut se voir destitué de ses fonctions.
Le mystère du « demi-sicle » (Ma’hatsit Hachekel)
Le Rabbi éclaire d’un jour nouveau l’épisode biblique dans lequel D.ieu montra à Moché Rabbénou une pièce de feu pour illustrer le commandement du demi-sicle. Ce geste divin recèle deux enseignements fondamentaux.
Premièrement, la nature même du feu : tout comme une bougie peut en allumer cent autres sans que sa propre flamme ne diminue d’un iota, de même celui qui donne de son argent ne s’appauvrit pas. Au contraire, la bénédiction divine veille à ce que la générosité ne tarisse jamais la source. Donner ne signifie pas se diminuer, mais se multiplier.
Deuxièmement, la symbolique de la « moitié » : D.ieu demande expressément un demi-sicle, et non un sicle entier, pour rappeler à chaque individu qu’il est, par essence, incomplet lorsqu’il reste seul. Chaque personne n’est qu’une moitié qui a besoin des autres pour former un tout. Cette Mitsva enseigne ainsi l’humilité et la nécessité du lien communautaire : nul ne peut prétendre à la plénitude sans s’unir à son prochain.
Hommage à la Rabbanite Moussia Schneerson
Le cours s’achève sur une note profondément émouvante, à travers des récits consacrés à la Rabbanite ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi de Loubavitch, dont on commémore l’anniversaire de la Hilloula (décès). Le Rabbi met en lumière le sacrifice personnel immense et le dévouement total de son épouse envers le peuple juif. La Rabbanite ‘Haya Mouchka incarnait, par son exemple quotidien, la manière de placer le bien-être de la communauté avant ses propres besoins, renonçant à son confort personnel pour que la mission du Rabbi puisse s’accomplir pleinement. Sa vie tout entière fut un témoignage silencieux mais éclatant d’abnégation et d’amour pour le Klal Israël.
En résumé
Le message central qui se dégage de cet enseignement est que l’argent doit être un outil de connexion entre les hommes et D.ieu, un pont reliant le matériel au spirituel, plutôt qu’une source de contrôle, de domination ou de division. Lorsque la richesse est mise au service de la bonté et du partage, elle devient le véhicule par excellence de la volonté divine dans ce monde.