Le Rabbi de Loubavitch enseigne que l’argent n’est pas une fin en soi, mais un dépôt sacré confié par D.ieu à chaque individu. À travers cinq thèmes majeurs — du prêt charitable au mystère du demi-sicle — il dévoile une vision profonde où la richesse devient un vecteur d’unité et de générosité. Ce cours, qui s’achève par un hommage poignant à la Rabbanite Haya Mouchka Schneerson, nous invite à repenser notre rapport à l’argent comme un pont entre l’homme et son Créateur.

 

 

 

La vision juive de l’argent

L’argent, dans la perspective de la Torah, ne saurait être réduit à un simple gain personnel. Il constitue une ressource confiée par D.ieu, un dépôt sacré dont chaque être humain est le gardien temporaire. Le Rabbi explique que chaque pièce est dirigée par une « main céleste » et que la Providence divine orchestre minutieusement la circulation des richesses dans le monde. D.ieu, dans Son infinie bonté, nous envoie souvent bien plus que ce dont nous avons besoin pour subvenir à nos propres nécessités. Cette abondance n’est pas le fruit du hasard : elle représente une épreuve, un test destiné à évaluer notre capacité à partager avec autrui et à remplir le monde de bonté et de générosité.

Le prêt : un acte de dignité

Prêter de l’argent est considéré comme un niveau de Tsedaka supérieur au simple don, car cet acte préserve la dignité de celui qui reçoit en lui permettant de se relever par ses propres forces. Plutôt que de placer l’autre dans une position d’assisté, le prêt lui offre un tremplin vers l’autonomie, lui permettant de retrouver sa fierté et son indépendance. La Torah impose à cet égard des règles strictes destinées à protéger l’emprunteur, parmi lesquelles figure l’interdiction formelle de l’intérêt, appelé « Ribit » en hébreu. Les Sages comparent le Ribit à une morsure de serpent : elle semble anodine au premier abord, presque imperceptible, mais le venin finit inexorablement par monter à la tête, causant des dommages considérables. Ainsi, l’intérêt financier, aussi modeste soit-il en apparence, corrompt progressivement la relation entre le prêteur et l’emprunteur, transformant un acte de bienfaisance en instrument d’exploitation.

Devenir le « banquier de D.ieu »

Le Rabbi développe une idée saisissante : l’homme riche n’est pas simplement un individu favorisé par le destin, il est le partenaire de D.ieu sur terre. La richesse n’est pas un privilège, mais une mission. Si une personne gère avec sagesse et intégrité l’argent qui lui est confié, en aidant les autres, en soutenant les œuvres de bienfaisance et en répondant aux besoins de la communauté, alors D.ieu lui accorde en retour davantage de bénédictions et de réussite. Cette dynamique vertueuse crée un cercle de générosité sans fin, où plus l’on donne, plus l’on reçoit. À l’inverse, celui qui thésaurise, qui refuse de partager et qui s’accroche à ses possessions avec avarice, s’expose à un risque redoutable : voir ses ressources retirées et confiées à un autre « banquier » plus généreux, plus digne de la confiance divine. Le message est limpide : la richesse est un mandat, et celui qui faillit à sa mission peut se voir destitué de ses fonctions.

Le mystère du « demi-sicle » (Ma’hatsit Hachekel)

Le Rabbi éclaire d’un jour nouveau l’épisode biblique dans lequel D.ieu montra à Moché Rabbénou une pièce de feu pour illustrer le commandement du demi-sicle. Ce geste divin recèle deux enseignements fondamentaux.

Premièrement, la nature même du feu : tout comme une bougie peut en allumer cent autres sans que sa propre flamme ne diminue d’un iota, de même celui qui donne de son argent ne s’appauvrit pas. Au contraire, la bénédiction divine veille à ce que la générosité ne tarisse jamais la source. Donner ne signifie pas se diminuer, mais se multiplier.

Deuxièmement, la symbolique de la « moitié » : D.ieu demande expressément un demi-sicle, et non un sicle entier, pour rappeler à chaque individu qu’il est, par essence, incomplet lorsqu’il reste seul. Chaque personne n’est qu’une moitié qui a besoin des autres pour former un tout. Cette Mitsva enseigne ainsi l’humilité et la nécessité du lien communautaire : nul ne peut prétendre à la plénitude sans s’unir à son prochain.

Hommage à la Rabbanite Moussia Schneerson

Le cours s’achève sur une note profondément émouvante, à travers des récits consacrés à la Rabbanite ‘Haya Mouchka, l’épouse du Rabbi de Loubavitch, dont on commémore l’anniversaire de la Hilloula (décès). Le Rabbi met en lumière le sacrifice personnel immense et le dévouement total de son épouse envers le peuple juif. La Rabbanite ‘Haya Mouchka incarnait, par son exemple quotidien, la manière de placer le bien-être de la communauté avant ses propres besoins, renonçant à son confort personnel pour que la mission du Rabbi puisse s’accomplir pleinement. Sa vie tout entière fut un témoignage silencieux mais éclatant d’abnégation et d’amour pour le Klal Israël.

En résumé

Le message central qui se dégage de cet enseignement est que l’argent doit être un outil de connexion entre les hommes et D.ieu, un pont reliant le matériel au spirituel, plutôt qu’une source de contrôle, de domination ou de division. Lorsque la richesse est mise au service de la bonté et du partage, elle devient le véhicule par excellence de la volonté divine dans ce monde.