PDF à télécharger : Recueil des lois et coutumes de la Fête de Pessa’h











































































































































































































Vous pouvez consulter le document complet en cliquant ce lien : Etude des 3 chapitres
Chapitre Premier – Principes fondamentaux du repos des jours de fête (24 lois)
Chapitre Deux – Lois du mouktsé durant les jours de fête (18 lois)
Chapitre Trois – Travaux permis et interdits les jours de fête (17 lois)
Le 11 Nissan, le Beth Loubavitch a organisé un Farbrenguen des plus spéciaux pour marquer le 122ème anniversaire de naissance du Rabbi Menahem Mendel Schneerson, septième Rabbi de la dynastie Habad-Loubavitch. Cet événement majeur du calendrier hassidique a rassemblé des centaines de fidèles dans une ambiance à la fois solennelle et conviviale.
C’est dans les prestigieux salons « Haya Mouchka » au 49 rue Petit, dans le 19ème arrondissement de Paris, que s’est tenue cette célébration d’envergure. Dès 20h30, les participants ont pu se mettre dans l’ambiance grâce à la diffusion d’une vidéo retraçant le parcours et l’héritage exceptionnel du Rabbi.
Puis à 21h précises, le Farbrenguen proprement dit a débuté, animé par trois éminentes figures du mouvement Habad en Ile-de-France : le Rav Mendel Azimov, le Rav El’hanan Marozov et le Rav Moshé Vishedski. Tour à tour, ils ont pris la parole pour rappeler les enseignements fondamentaux et la vision du Rabbi, insistant sur des concepts clés comme l’amour du prochain, l’étude de la Torah ou encore la joie de vivre selon les préceptes.
Entre chants hassidiques entraînants, discours inspirants et service de rafraîchissements traditionnels, l’assistance n’a eu de cesse de réaffirmer son attachement indéfectible aux idéaux incarnés par le Rabbi durant ses décennies de mandat spirituel auprès de la communauté loubavitch mondiale.
Dans cette atmosphère empreinte de chaleur et de fraternité, les participants ont savouré chaque instant de ce Farbrenguen exceptionnel. Bien plus qu’une simple commémoration, c’était une véritable immersion dans l’héritage toujours vivace du Rabbi qui a consacré sa vie à l’éducation juive, à l’unité du peuple et au strict respect des mitsvot.
C’est ainsi que, par cette célébration solennelle et joyeuse à la fois, la flamme du Rabbi, allumée il y a plus d’un siècle, continue année après année de briller intensément, rappelant à toutes et à tous la voie à suivre vers un judaïsme épanoui, engagé et tourné vers la venue imminente du Machia’h.
Photos et vidéos : Mordehai Lubecki
L’Anniversaire du Rabbi
‘Quand il naquit toute la maison s’est emplit de lumière (Sotah, 12a)’
Le jour d’un anniversaire est un jour de joie car il rappelle le jour de la naissance, lorsqu’ une nouvelle âme naît dans ce monde, et qu’alors peut commencer le début du service divin. De fait, chaque Juif, le jour de son anniversaire, se doit de méditer à la promesse qu’il fit à l’Eternel avant de descendre dans ce monde : ‘Sois un Juste et ne sois pas un méchant, et même si tout le monde te dit que tu es un Juste, tu seras à tes yeux comme un méchant’.
La ‘Hassidout souligne qu’au moment de cette promesse, l’Eternel rassasie l’âme des forces dont elle aura besoin pour assumer sa mission, mais il est évident que l’homme doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour ‘nourrir’ son âme tout au long de son existence. Aussi, l’étude de la ‘Hassidout est indispensable à chaque juif pour mener la mission qui lui est confiée de faire de ce monde matériel une demeure spirituelle pour D.ieu.
Il apparaît à l’évidence que le jour de l’anniversaire d’un Juste est un jour particulièrement lumineux, car le monde et l’Assemblée d’Israël reposent sur ce Juste, et ‘le Juste est le fondement du monde’.
Rachi écrit au sujet de la naissance de Moché (Chemoth 2, 2) que ‘quand il naquit toute la maison s’emplit de lumière’ (Sotah, 12a).
La ‘maison’ qui ‘s’emplit de lumière’ ne désigne pas seulement la maison où Moché naquit, mais elle représente aussi la ‘maison d’Israël’ car Moché éclaire tous les enfants d’Israël. Il est lui-même la ‘tête’ et les enfants d’Israël sont les ‘pieds’ de Moché. Comme la tête dirige et illumine chaque membre du corps, à chaque génération il y a un Moché qui guide et illumine l’âme du Peuple d’Israël. Aussi, le jour de la venue du Machia’h, très bientôt et de nos jours avec l’aide D.ieu, est une naissance, car en ce jour le monde entier s’emplira de lumière, ainsi qu’il est dit (Iguéreth HaKodech du Rabbi Yossef Itz’hak, lettre 274) :
‘Sais-tu qui est le Machia’h ? C’est celui qui révèlera l’enseignement caché de la Torah dans toute sa profondeur, de sorte que tous en ressentent la clarté.’
Par ailleurs, l’Admour Haemtsaeï écrit au sujet du Machia’h (Droucheï ‘Hatouna, Tome 2, page 522) :
‘Il agira pour celui qui l’attend’, c’est-à-dire que le Machia’h révèlera le plaisir infini à ceux qui l’attendent et souhaîtent sa venue, ainsi qu’il est dit : ‘S’il tarde, sois patient’. Cette attente doit s’emplir d’espoir en sa venue ainsi qu’il est écrit : ‘Voici, c’est notre D.ieu, nous avons placé notre espoir en Lui’ et ‘notre âme l’attend’. On évoque également ‘Ceux qui placent leur espoir en D.ieu’.
‘Machia’h agira pour celui qui l’attend’ ne signifie pas (seulement) que nous devons être patients. Bien au contraire, nous devons aussi être impatients. En effet, l’Admour-Haemtsaeï définit ici l’attente comme un désir. Certes, l’attente inclut en elle ‘l’espoir de sa venue’, mais ce qu’elle exprime par-dessus tout c’est le ‘désir de sa venue’, lequel est en fait l’expression du lien le plus profond de l’âme juive avec D.ieu : ‘Kécher atsmi’ : le niveau de Yé’hida.
A la lumière de ce qu’il vient d’être dit, le verset que rapporte Rachi au sujet de la naissance de Moché : (Chemoth 2, 2)’Quand il naquit toute la maison s’emplit de lumière’ (Sotah, 12a) peut être expliqué de la manière suivante.
‘Quand il naquit’, la naissance de Moché, peut tout aussi bien faire allusion à la naissance du Rabbi, qui est lui-même l’équivalent de Moché dans notre génération (‘Hitpachtouta dé Moché’).
Le Rabbi représente l’Essence de l’âme d’Israël, car son âme est une âme collective, et il possède de ce fait la force de révéler l’Essence de l’âme de chaque Juif. Or, du fait que l’âme est comparable à une maison (l’Eternel déclare en effet : ‘Faites-Moi un sanctuaire et Je résiderais parmi vous’, et la ‘Hassidout explique que le ‘sanctuaire’ n’est autre que notre âme), nous pouvons expliquer que ‘Quand il naquit toute la maison s’emplit de lumière’ est une allusion à la Lumière de l’Essence de l’âme qui se révèle dans le corps.
La ‘maison’ désigne en fait la partie de l’âme qui s’habille dans le corps, et ‘Quand il naquit’ est une allusion à la naissance du Rabbi, laquelle représente la révélation de l’Essence de l’âme de chaque Juif.
Dans son discours intitulé ‘Vé Ata Tétsavé’, le Rabbi explique que le niveau supérieur de la révélation de Yé’hida, l’Essence de l’âme, est atteint lorsque la Lumière de l’Essence divine s’unit véritablement aux forces de l’âme (l’intellect et les sentiments). Dans ce cas, le caractère divin et immuable qui ne change pas, ainsi que dit L’Eternel : ‘Je n’ai pas changé’, s’unit aux forces limitées de l’âme qui s’habillent dans le corps (l’intellect, les émotions, la vie du corps).
L’homme parvient alors à la perception véritable du divin. L’infini divin s’unit aux forces limitées de son âme. Telle est la mission du Rabbi. Il est celui qui permet l’union de l’infini avec le fini. Celui par l’intermédiaire de qui, l’âme d’un juif devient un feu perpétuel, car il unit l’Essence de l’âme avec l’âme qui s’habille dans le corps.
C’est cela ‘la maison qui s’emplit de lumière’, lorsque la Lumière de l’Essence divine éclaire l’âme et le corps d’un Juif.
Ainsi, c’est peut-être au sujet de cette union que l’Admour Haemtsaeï déclare que ‘le Machia’h révèlera le plaisir infini à ceux qui l’attendent et souhaitent sa venue’, car le plaisir dont il est ici question n’est autre que celui de la révélation de l’Essence de l’âme, ‘l’infini divin’, dans le corps (‘la maison’)
Dès-lors, il est aisé de réaliser l’importance de ce jour du 11 Nissan, lequel précède notre sortie de l’Egypte et de toutes les limites de ce monde matériel, le soir du Séder. Ce jour contient la force de l’Essence divine, le ‘plaisir infini’, qui est sur le point de se dévoiler, avec l’aide de D.ieu, de manière véritable avec la venue de notre Juste Machia’h, lors de la délivrance finale.
Le Maharal de Prague nous a enseigné que le Machia’h est appelé ‘le lépreux’, car de même que ceux qui sont atteints par la lèpre sont séparés du reste du monde, le Machia’h est lui-même séparé du monde matériel. Il est intéressant d’établir la comparaison avec le Rabbi qui d’un côté est séparé de ce monde matériel du fait qu’il étudie constamment la Torah, mais d’un autre côté il demeure proche de chaque Juif et agit constamment dans ce monde matériel. Cette qualité procède de l’Essence divine car elle-seule est capable d’unir deux choses opposées.
De fait, le Rabbi unit ‘Or ein-sof ‘avec les enfants d’Israël :
Dans le Séfer-ha-Si’hot (5752, ‘Hélek Alef, page 106), le Rabbi écrit que ‘le Machia’h représente l’union entre Ban et Mah car d’un côté il est un homme de chair et de sang (Ban) et d’un côté il est comme le Saint béni soit-Il (Mah) car il est l’envoyé du Saint-béni-soit-Il et ‘l’envoyé est vraiment considéré comme celui qui l’envoie ».
A l’évidence, l’exemple du Rabbi est l’expression du lien de l’esprit avec la matière. Il est celui qui enseigne la ‘Torah ‘Hadacha’, ‘l’Essence de la Torah », dont le pouvoir est d’apporter la plus grande chaleur à la froideur de l’intellect.
C’est grâce aux enseignements du Rabbi qu’un homme éveille sa perception du Divin et qu’il parvient à voir et à ressentir la spiritualité qui vit en lui-même et dans ce monde matériel. Le Rabbi parvient à unir l’âme de la Torah au corps des enfants d’Israël car il est celui qui élève nos perceptions et nos sensations, vers la sensibilité du Divin.
Aussi, du fait que le Rabbi est uni à chaque Juif, le jour de son anniversaire est du même coup l’anniversaire de chaque Juif, et chacun peut ressentir en ce jour la joie, unique, d’être lié au Rabbi, et par son intermédiaire d’être uni à D.ieu, comme un fils est uni à son père.
Chabbat Ha Gadol
Dans le Dvar Mal’hout (Paracha Tsav), le Rabbi déclare que le contenu profond du mois de Nissan est celui de la Délivrance. Ce mois est le mois de la fête de Pessa’h ‘le temps de notre liberté’ et cela s’exprime plus particulièrement pendant le Chabbat avant Pessa’h, Chabbat Ha Gadol.
L’Admour Hazaken rapporte dans son Choul’hane Aroukh le miracle qui fut à l’origine de ce nom : le Grand Chabbat.
Les Egyptiens qui furent avertis par les Juifs que l’Eternel s’apprêtait à frapper l’Egypte de la plaie des premiers-nés allèrent se plaindre à Pharaon de son refus de laisser partir les enfants d’Israël. Pharaon demeura insensible à cette plainte et les premiers-nés d’Egypte entreprirent alors une guerre contre son armée. Parmi les nombreux égyptiens qui furent tués, il y avait ceux qui commirent des atrocités aux enfants d’Israël. Le Rabbi explique que la raison pour laquelle cette guerre fut appelée grand miracle et aussi le début des miracles de la Délivrance est qu’elle résulte d’un très haut dévoilement divin qui est lui-même allusionné par la lettre Kouf du mot Tsaddik.
Le pied de la lettre Kouf descend très bas et évoque donc de ce fait la force de l’Essence divine qui, Elle seule, a le pouvoir de descendre ici-bas pour transformer l’obscurité de l’exil en un réceptacle capable de recevoir les lumières les plus élevées. Plus encore, au sujet de la lettre Tsaddik, le Rabbi rapporte le Téhilim 90 (’90’ comme la valeur numérique de la lettre Tsaddik), dans lequel il est dit (90, 17) : ‘Que le plaisir de mon Maître notre D.ieu soit avec nous, établis pour nous l’action de nos mains, et que l’accomplissement de nos mains soit établi’.
Selon le Midrach les versets de ce Téhilim furent rédigés par Moché et le Roi David les intégra dans son livre. Après avoir édifié le Michkan (le Temple portatif), Moché pria afin que l’Eternel S’y révèle. Rachi explique que Moché dit deux fois ‘établis l’action de nos mains’ :
Une fois pour implorer D.ieu de Se révéler dans le Michkan, et une fois pour révéler Sa grande Lumière infinie dans les actes du Peuple d’Israël.
Le Rabbi souligne que l’action de Moché détient le pouvoir d’attirer la lumière d’Or-Sovev (la lumière qui entoure les mondes) afin que celle-ci Se dévoile et réside dans le Michkan.
C’est aussi l’action de Moché qui permet à la lumière d’Or-Sovev de se révéler dans le monde et dans les actions des enfants d’Israël.
De fait, Moché est l’intermédiaire qui unit les enfants d’Israël avec le Saint béni soit-il. D’un côté, il est celui qui reçoit les plus hauts Dévoilements divins et d’un autre côté il est celui qui transmet ces Dévoilements aux enfants d’Israël.
Il est essentiel de comprendre que tous les bienfaits matériels et spirituels nous parviennent de D.ieu par l’intermédiaire de Moché. Aussi, en ces derniers moments de l’exil, nous devons réaliser que la réussite de toutes nos actions dépend de la valeur que nous donnons à notre attachement au Moché de notre génération, le Rabbi.
Parachat Metsora
L’un des points essentiels de l’enseignement de la ‘Hassidout sur la lèpre, est que, bien qu’elle soit fixée par la Torah et par l’intermédiaire des Cohanim comme un signe d’impureté, la lèpre cache en réalité une très grande lumière. Le Rabbi rapporte à ce sujet l’enseignement de son père, Rabbi Lévi-Itz’hak, selon lequel la valeur numérique de l’expression Ha Metsora, le lépreux, est égale à 411, comme la valeur numérique du nom ‘Tohou’ dont les lumières sont d’une très grande puissance.
Dans le même ordre d’idée, la ‘Hassidout nous enseigne que les lettres de Néga, ‘la tache de lèpre’, sont les mêmes que celles de Oneg, ‘le plaisir’. De fait, la lumière spirituelle de la lèpre (‘Néga’) est liée au ‘plaisir supérieur’ de D’Hachem : ‘Oneg Ha Elion’.
Il nous est donné ici à comprendre que la lumière spirituelle de la lèpre est tellement élevée qu’elle ne peut trouver ici-bas un réceptacle capable de la contenir. De ce fait, lorsque cette lumière s’échappe du réceptacle au moment où il se brise, car il n’est pas assez solide pour supporter son intensité, la lumière est alors détournée vers l’autre côté de la Sainteté, et finalement utilisée par les forces du mal. Ainsi, ce que l’on appelle ‘l’obscurité’, ‘la lèpre’, résulte du fait qu’une lumière excessivement élevée n’a pas trouvé de réceptacle capable de la supporter de la contenir et de la garder.
Le Rabbi nous donne un exemple concret. Lorsqu’un Juif ressent durant sa prière un amour très fort pour D.ieu et que son âme est alors attirée vers sa source, à tel point qu’elle serait prête à quitter le corps, ‘Ratso’, il est alors essentiel de faire descendre, après la prière, la lumière de cet amour pour D.ieu dans le réceptacle de l’étude de la Torah, ou dans celui de l’accomplissement des Commandements divins, ‘Chov’. S’il n’agit pas ainsi, les signes de la lèpre apparaîtront alors sur sa peau. C’est-à-dire que si la lumière de cet amour pour D.ieu ne s’habille pas dans le réceptacle de l’étude, ou dans celui de l’action concrète, alors cette lumière ‘excessivement élevée qui n’a pas trouvé de réceptacle capable de contenir son intensité, sera finalement détournée vers l’autre côté de la Sainteté et finalement utilisée par les forces du mal’, ainsi qu’il a été expliqué précédemment. De fait, le Rabbi enseigne à ce sujet que celui qui n’étudie pas, ou qui n’accomplit pas une Mitsva après sa prière, ressentira une vive intolérance vis-à-vis de son prochain, et tombera facilement dans la colère, ce qu’à D.ieu ne plaise.
D’après l’enseignement du Rabbi, Chov, le retour de l’âme dans le corps, représente la solution, le remède et la guérison de la lèpre. Chov est lié à la faculté du Bitoul, c’est-à-dire à la soumission la plus totale vis-à-vis de D.ieu et de Sa Volonté bénie.
Par cette soumission, un Juif ajoutera dans son étude de la Torah, et dans son accomplissement des Commandements divins. Grâce à cela son action aura finalement pour effet d’unir les Lumières les plus élevées à des réceptacles capables de les contenir.
‘Machia’h s’asseoit parmi les pauvres’ :
Cette déclaration des Sages n’exprime pas seulement le fait que le Machia’h est capable de se mettre à la portée de chaque Juif, même du moins érudit, mais plus encore, cette déclaration reflète aussi l’enseignement du Rabbi du Dvar Mal’hout sur notre Paracha.
En effet, Machia’h représente la lumière de la Délivrance, laquelle ‘s’asseoit’, c’est à dire ‘descend’ des cimes les plus élevées pour finalement s’habiller de manière profonde en nous-même et dans ce monde matériel.
La Séfira de Mal’hout est définie par l’Admour Hazaken comme étant ‘la bouche de L’Eternel’, au moyen de laquelle Hachem insuffle la vitalité aux mondes et à tout ce qu’ils contiennent. Or, du fait que Mal’hout reçoit toute sa lumière des Séfiroth qui sont au-dessus d’elle et qu’elle-même ne possède pas sa propre lumière, elle est appelée ‘pauvre’.
‘Machia’h s’asseoit parmi les pauvres’ signifie alors que la plus haute lumière, la lumière du Machia’h, descend de manière profonde, ‘s’asseoit’, dans la Séfira de Mal’hout, pour insuffler au monde la vitalité nouvelle de l’Essence divine, la vitalité de la Délivrance finale.
Par ailleurs, les Sages ont comparé Machia’h au léopard. La peau du léopard est recouverte de tâches, et la peau du Machia’h est aussi recouverte de tâches, des tâches de lèpre. Cette comparaison, physique, possède aussi un contenu spirituel qui est lié à leurs forces respectives.
En effet, il est dit que le léopard attaque sa proie de manière foudroyante et n’abandonne jamais. A l’évidence, chaque Juif qui possède une étincelle du Machia’h, a la capacité de poursuivre sa proie : la Délivrance finale sans jamais renoncer, et en investissant toujours ses forces les plus profondes.
A l’image du léopard qui mange sa proie, perché sur la branche d’un arbre pour ne rien laisser aux autres prédateurs, un Juif ‘mange sa proie’ sans rien laisser aux forces du mal, ainsi qu’il a été expliqué au nom du Rabbi. Il fait descendre les plus hautes lumières qu’il a obtenu pendant la prière dans le réceptacle de l’étude de la Torah. Dans ce cas, la lumière s’habille dans le réceptacle de manière profonde car l’homme et le monde deviennent des réceptacles capables de contenir les plus hautes lumières sans jamais rien laisser aux ‘prédateurs’. Des réceptacles capables de recevoir le dévoilement de l’Essence divine, lors de la venue du Machia’h, très bientôt et de nos jours, avec l’aide de D.ieu.
Couverture : Le Rabbi saluant chaleureusement le Rav lors d’un Farbrenguen auquel ce dernier a assisté en l’honneur du trentième anniversaire de la Nessiout du Rabbi en tant que Rabbi de Loubavitch, le 10 Chevat 5740, 28 janvier 1980.
Le Rav était un descendant de la septième génération du Rav ‘Haïm Volozhiner, le fondateur de la Volozhin Yeshiva, le modèle de toutes les Yéchivot lituaniennes. Le Rav ‘Haïm Volozhiner était aussi le disciple éminent du Gaon de Vilna, le chef de l’opposition au hassidisme. Le père, le grand-père et l’arrière-grand-père du Rav étaient tous des rabbins de premier plan dans le moule lituanien, sans une once de hassidisme.entre eux. Le Rav Haïm Soloveitchik (Reb Haïm Brisker), le grand-père du Rav, était l’innovateur du « Brisker Dereh « , une méthode d’étude talmudique qui cherche à découvrir les concepts sous-jacents à la Halaha, mais qui ne s’aventure jamais au-delà de la Halaha dans le domaine du mysticisme ou philosophie. Le talmudisme intellectuel et parfois austère des ancêtres du Rav est dépeint dans son ouvrage Halahic Man,
L’approche de la réalité de l’homme alahique est, au départ, dépourvue de tout élément de transcendance…. A qui peut-il être comparé ? A un mathématicien qui façonne un monde idéal et l’utilise ensuite dans le but d’établir une relation entre celui-ci et le monde réel…. Lorsque l’homme halahique rencontre une source qui bouillonne tranquillement, il possède déjà une relation fixe, a priori, avec ce phénomène réel, l’ensemble des lois concernant la construction halahique d’une source…. Lorsque l’homme halahique regarde vers l’horizon occidental et voit les rayons déclinants du soleil couchant ou vers l’horizon oriental et voit les premières lueurs de l’aube et les rayons rougeoyants du soleil levant, il sait que ce coucher ou ce lever de soleil lui impose de nouvelles obligations et commandements.
En revanche, le Rabbi de Loubavitch était le chef de la septième génération de la dynastie ‘Habad ‘hassidique. Le fondateur de la dynastie, le Rav Shneour Zalman de Liadi, connu sous le nom de Baal HaTanya, a porté le poids de l’opposition au hassidisme par les adeptes du Gaon de Vilna. Alors que la dynastie Soloveitchik s’est concentrée sur l’étude de la halaha, en particulier telle que formulée par le rationaliste Maïmonide, les hassidim, et en particulier ‘Habad, ont mis l’accent sur l’étude des textes mystiques et les dimensions spirituelles et émotionnelles du judaïsme. En fait, le Baal HaTanya était également un halahiste. Son Choulhan Arouh HaRav reste à ce jour une source importante de halaha pour les non-hassidim ainsi que pour les hassidim. Mais pour Brisk, le point culminant de l’étude de la Torah consistait à plonger dans les subtilités de la loi, expliquant un différend entre Maïmonide et son principal critique Ravad au sujet de la catégorisation des disqualifications des sacrifices ou de l’impureté des cadavres. Pour Habad, le royaume mystique était à la fois le summum et la condition sine qua non de l’étude de la Torah.
Pourtant, le Rav avait une forte affinité pour Habad, et s’est même qualifié à une occasion de « Habadnik clandestin ». Qu’est-ce qui explique cette affinité pour ‘Habad ? Le Rav a été élevé à Chaslavitch, une ville à forte présence Habad, comme l’a immortalisé la chanson « Fun Chaslavitch biz Loubavitch – De Chaslavitch à Loubavitch », sur le pèlerinage des Hassidim faisaient pour voir leur Rabbi à Loubavitch. Le père du Rav, le Rav Moshe Soloveichik, était le Rav de la ville. Comment une ville ‘Habad en est-elle arrivée à avoir un Soloveitchik et descendant du Rav ‘Haïm Volozhiner comme Rav ?
Le Rav a raconté l’histoire suivante : lorsque Napoléon a envahi la Russie, le Baal Hatanya s’est rangé du côté du tsar. (Il craignait que la politique d’émancipation de Napoléon ne conduise à l’assimilation). Le Baal HaTanya reçut des informations du cartographe de Napoléon, Moshe Meizlish, qu’il transmit aux Russes. L’armée de Napoléon avait fait une recherche maison par maison à Chaslavitch, pour savoir où se cachait le Baal HaTanya. Lorsqu’ils atteignirent la maison du Rav de la ville, le Rav Israël, qui était un étudiant du Gaon de Vilna, le Rav Israël dit aux soldats français que si le Baal HaTanya était caché dans sa maison, il le retournerait volontiers. Le français, apparemment conscient de l’inimitié entre les deux groupes, ,ne fouilla pas la maison où le Baal Hatanya se cachait en fait. Par conséquent, le Baal Hatanya a déclaré que Chaslavitch devrait désormais toujours avoir un Misnaged comme rabbin.

Le Rav et le Rabbi lors d’un dîner pour la Loubavitch Yeshiva en 1942. De gauche à droite : Le Rav, qui a prononcé le discours d’ouverture ce soir-là ; Rabbi Shmaryahu Gurary, beau-frère du Rabbi; Rabbi Yosef Its’hak Schneersohn, beau-père du Rabbi et sixième Rabbi de Loubavitch; et le Rabbi. Avec l’aimable autorisation de JEM
Le professeur de ‘Heder du Rav était un Hassid ‘Habad ‘, qui mettait l’accent sur l’étude du Tanya au détriment du Talmud. Une fois, après que le Rav Haïm ait testé son jeune petit-fils Yoshe Ber, il a demandé que le Rav Moshe soit le tuteur de son fils, ce qu’il fit à partir de ce moment. Néanmoins, le Mélamed ‘Habad du Rav a eu un impact profond sur son élève précoce. Le Rav a évoqué l’influence de son Mélamed sur sa trajectoire de vie dans une lettre qu’il a écrite à son ami et collègue le Rav Moshe Dov-Ber Rivkin, un distingué Loubavitch Talmid ‘Ha’ham et Rosh Yechiva de Torah Vedaat.
Pendant que je parle, je me souviens d’une vision de ma jeunesse, enveloppée d’une innocence enfantine, vêtue d’une splendeur nostalgique…. L’image de mon professeur, le Rav Barouh Yaakov Reisberg, se dresse devant moi. Je vois encore son visage, dégageant calme et sagesse, imagination et ingéniosité. À ce jour, j’entends sa voix dans le silence du crépuscule, empreinte de chagrin et de nostalgie. Ses mots franchissent le gouffre, des mots pleins de passion et d’interrogation sur le temps de sa jeunesse passée à Loubavitch. Je porte encore au plus profond de mon âme l’image du Alter Rebbe qui nous regardait de haut depuis les murs du ‘Heder, ce front large et cette intelligence autoritaire, ces grands yeux qui scrutaient les infinis divins, éternellement captivés par l’émerveillement…. Je vois encore l’image du Tsemah Tsedek, vêtu de blanc, qui, dans notre fantasme d’enfance, s’est métamorphosé en Kohen Gadol, sortant du Saint des Saints…. Je rêve encore des hassidim âgés dansant rapidement autour de mon père la nuit de Chemini Atseret. Ces impressions ne s’effaceront jamais de mon cœur, ils sont profondément enracinés dans les replis de mon être.
Après le décès du Rav Rivkin en 1976, le Rav lui fit un éloge pendant une heure entière après l’un de ses Chiourim réguliers de Gemara dans la synagogue Moriah :
Que sais-je sur Habad ? J’en sais pas mal, puisque enfant j’avais un Mélamed qui était hassid Habad. Au lieu de m’enseigner la Guemara, il m’a appris le Hassidout. Aujourd’hui encore, je connais encore par cœur des sections du Tanya, en particulier le Sha’ar ha-Yihud ve-ha-Emunah, traitant de la foi et des attributs du Tout-Puissant. C’est mon père qui m’a enseigné la Guemara et m’a permis de maîtriser l’idiome rabbinique. Néanmoins, sans mon Mélamed Habad, il me manquerait aujourd’hui toute une dimension du savoir. Beaucoup de mes ébauches sont basées sur les connaissances qui m’ont été transmises par ce Mélamed. Ceux qui aiment mon brouillon lui doivent un merci. Il s’appelait Reb Barouh Yaakov Reisberg, et je me souviens qu’il m’a dit qu’il était un descendant de l’auteur du Tanya, le fondateur de Habad.
Je me souviens très bien comment Reb Barouh enseignait le Tanya. Pendant cette période, mon père visitait les Hadarim à Khaslavitche le jeudi ou le vendredi. Le Mélamed avait des guetteurs qui l’informaient lorsque le Rav était en route. Immédiatement, les volumes de Tanya étaient cachés. Le Tanya était un petit livre et il était facile de le cacher. Nous sortions rapidement les grand Gemarot et criions comme si nous étions profondément impliqués dans l’étude talmudique. D’une manière ou d’une autre, nous avons toujours crié lorsque nous avons étudié la Guemara. Mon père regardait autour de lui et ne remarquait rien d’anormal.
Une fois, cependant, alors que j’accompagnais mon père à un mariage à Brisk, mon grand-père Reb ‘Haïm m’a testé. Au lieu de réciter des portions de Merubah [le septième chapitre de Baba Kama ] que nous étions censés étudier, j’ai récité des sections du Tanya par cœur. Mon père et mon grand-père étaient peut-être en colère, mais j’ai une dette envers le Mélamed. Ses enseignements ont élargi mes horizons dans le judaïsme. Le Mélamed m’a inspiré avec ses descriptions de la Royauté de Dieu et des Sefirot, ou émanations, de la Présence Divine. Le Mélamed avait étudié à la Yechiva de Loubavitch, et sa façon de parler m’a élevé et transformé. À l’époque, j’étais trop jeune pour vraiment comprendre bon nombre de ses enseignements. Ce n’est que plus tard que j’ai compris et apprécié les leçons dans toute leur profondeur. Il m’a appris à prier avec émotion et extase, et m’a donné une appréciation pour les prières du Grand Jour Saint. Je pense souvent à lui à Roch Hachana et à Yom Kippour.
« Faites quelque chose de simple », disait-il, « mais faites-le avec émotion et sentiment. » C’est le message fondamental de Habad. Faites quelque chose de banal et de simple, mais faites-le avec une inspiration et une signification divines ! C’est le message général de la Hassidout et certainement la pierre de touche de Habad.
Le Rav portait une forte affinité pour ‘Habad, et s’est même qualifié à une occasion de « Clandestin « Habadnik ».
Je me souviens quand mon ami, Menahem Kasdan, un camarade de classe du Rav, a visité l’Union soviétique en 1968 et a rencontré le professeur du Rav, le Rav Reisberg. Lorsque Kasdan a rapporté sa rencontre au Rav, le Rav a été sidéré de découvrir que son professeur était toujours en vie. Kasdan a décrit ce qui s’est passé :
Alors que nous marchions dans le couloir, un homme est sorti du Beit Midrach et nous a dit que quelqu’un désirait nous rencontrer. J’étais émerveillé. Je ne connaissais personne en Russie. Qui veut me rencontrer ? Un homme grand et mince est sorti et nous a dit en Yiddish : « J’ai entendu dire que vous avez étudié avec un de mes étudiants ». Je n’avais pas la moindre idée de ce dont parlait cet homme. Il a poursuivi : « Hier, vous avez dit que vous aviez étudié avec le Rav Soloveitchik. » Je me souviens clairement de sa phrase suivante, même si mon Yiddish n’était pas le meilleur. « Er iz geven meiner ah talmid » (C’était mon élève)…. J’ai demandé à l’homme : « Voulez-vous que j’envoie un message au Rav » ? Il a dit : « Envoyez-lui les salutations de Reb Barouh. » « Reb Barouh qui » ? ai-je demandé. Il a dit : « Reb Barouh de Khaslavitchy. Cela suffira ». Bien que j’aie entendu le Rav parler de ce Mélamed à plusieurs reprises, je n’ai jamais entendu mentionner son vrai nom. Maintenant, pour la première fois, j’ai appris qu’il s’appelait Barouh.
De retour à New York, je suis allé voir le Rav après son Chiour pour lui raconter cette expérience. Le Rav était très fatigué après sa conférence. J’ai dit au Rav que j’avais de l’estime pour lui.
« De qui » ? demanda le Rav.
J’ai répondu : « Il ne m’a pas dit son nom complet. Il a juste dit de dire au Rav qu’il a les salutations de Reb Barouh de Khaslavitche ».
En entendant ce nom, il y eut une réponse électrisante de la part du Rav. Son corps tout entier s’anima lorsqu’il s’exclama : « C’est impossible. Ça ne peut pas être. Reb Barouh Reisberg ne peut pas être en vie. Il doit être mort ! »
« Mais, Rav, » dis-je, « vous n’avez jamais mentionné son nom. Je n’aurais pas pu vous dire son nom sans l’entendre de Reb Barouh ».
« D’accord », dit le Rav. « Alors il doit être un très vieil homme ». Par la suite, j’ai entendu dire qu’au cours des années suivantes, lorsque le Rav racontait des histoires sur son Melamed, il mentionnait qu’un de ses élèves avait rencontré le Mélamed en Russie.
Fait intéressant, le Rav aimait citer un enseignement de son Mélamed sur Yossef et ses frères lorsque Yossef a demandé à ses frères s’ils avaient un père (comme indiqué dans Houmach Mesoras HaRav, pp. 328-29):
Je me souviens d’un incident de mon enfance. J’avais sept ou huit ans dans une petite ville de la Russie blanche et, comme tous les garçons juifs, j’ai fréquenté la petite école de ‘Heder. Je me souviens encore de cette morne journée d’hiver de janvier, c’était nuageux et couvert. La portion Torah de la semaine était Vayigash, et Hanoucca venait de se terminer, emportant avec elle l’esprit joyeux des fêtes de notre petite ville. Un hiver long et sombre nous attendait, garçons du Heder. Il fallait se lever quand il faisait encore noir et rentrer à la maison avec une lanterne, car la nuit tombait si tôt. Ce jour-là, nous, les garçons du Heder, étions déprimés, paresseux et apathiques. Nous avons chanté machinalement les premiers versets de Vayigash d’un ton monocorde terne, bourdonnant les mots en hébreu et les traduisant en Yiddish. Un garçon finit de réciter la question de Yossef : « Hayech lahem av, as-tu un père » ? et la réponse : « Yesh lanou av zaken : Oui, nous avons un vieux père.
Puis quelque chose d’inhabituel s’est produit. Notre professeur, un ‘Habadnik, a soudainement sauté sur ses pieds et, avec une lueur dans les yeux, a fait signe au lecteur de s’arrêter. Il se tourna vers moi et m’adressa le mot russe podrabin, signifiant assistant du rabbin. Le professeur m’a demandé : « Quel genre de question Yossef a-t-il posée à ses frères : ‘Hayesh lahem av, avez-vous un père ?’ Bien sûr qu’ils avaient un père, tout le monde a un père ! La seule personne qui n’avait pas de père était Adam, créé par D.ieu. Mais tous les autres nés dans ce monde ont un père. Quel genre de question était-ce ? J’ai essayé d’offrir la réponse : « Yossef voulait simplement savoir si le père était toujours en vie ». « Avez-vous un père ? signifie en réalité : Est-il vivant ou est-il mort » ?
« Si c’est le cas », me tonna notre professeur, « Yossef aurait dû formuler la question différemment : Votre père est-il toujours en vie »? Il était inutile de discuter avec notre professeur. Il ne s’adressait plus seulement à nous, petits garçons. Il se mit à parler de manière rhétorique comme si un mystérieux invité venait d’entrer dans cette chambre froide. « Yossef, disait notre professeur comme du haut d’une chaire, voulait savoir si ses frères étaient encore attachés à leurs racines et à leurs origines. « Êtes-vous, demandait Yossef, enraciné dans votre père ? Le regardez-vous comme les branches ou les fleurs regardent leurs racines ? Considérez-vous votre père comme le fondement de votre existence ? Le voyez-vous comme votre pourvoyeur et votre soutien ? Ou êtes-vous comme des bergers déracinés errant d’un endroit à l’autre, d’un pâturage à l’autre, qui oublient leur origine »? Notre professeur cessa soudain de s’adresser au visiteur invisible et se concentra directement sur nous. Élevant la voix, il nous demanda : « Êtes-vous vraiment humbles ? Regardez-vous avec condescendance votre vieux père comme représentant une tradition archaïque ? Pensez-vous que votre vieux père est également capable de vous dire quelque chose de nouveau ? Quelque chose de difficile? Quelque chose que vous ne saviez pas avant ? Ou êtes vous si arrogants et vaniteux que vous refusez de dépendre de votre père, de sa source ? Notre professeur s’est exclamé : « Hayesh lahem av, As-tu un père » ? désignant mon camarade d’étude Isaac, qui était considéré comme le prodige de la ville. Le professeur s’est tourné vers lui et lui a dit: « Qui en sait plus selon toi ? En sais tu plus parce que tu es versé dans le Talmud, ou ton père, Jacob le forgeron, en sait-il plus, même s’il peut à peine lire l’hébreu ? Es-tu fier de ton père ? Lorsque nous reconnaissons la suprématie de notre père, alors, ipso facto, nous acceptons la suprématie de notre Père Céleste.
Je n’oublierai jamais la nouvelle interprétation de l’histoire de Yossef par notre professeur.
L’attachement du Rav aux enseignements du Baal HaTanya s’est poursuivi tout au long de sa vie. Un été, alors que j’étudiais avec le Rav et un petit groupe d’étudiants à Boston, le Rav nous a dit : « Min ken nisht farshteyn Elul ohn Likkutei Torah – Vous ne pouvez pas comprendre le mois d’Elloul sans étudier l’œuvre du Baal HaTanya, Likkutei Torah ». Il a obtenu des exemplaires du Likoutei Torah pour nous tous, mais il ne l’a enseigné qu’une seule fois. Il pensait que nous, les étudiants, surtout moi, n’étions pas si intéressés, mais en vérité, nous étions complètement innocents de son accusation. A l’époque, il nous racontait l’histoire (fictive) de YL Peretz sur le Beth HaLevi, arrivé au Beth midrash d’un ancien élève devenu ‘Hassid et était maintenant le Bialer Rebbe. Selon l’histoire, alors que le Bialer Rebbe parlait, l’après-midi hivernal s’est transformé, le soleil a émergé, la neige a fondu et les arbres ont commencé à fleurir. Alors le Beth HaLevi regarda sa montre et dit : « C’est presque le coucher du soleil. Nous devons prier Min’ha », et l’hiver glacial est revenu. Le Rav m’a regardé et m’a dit : « Genack, c’est toi ! (bien qu’encore une fois, j’insiste sur le fait que je n’avais aucune objection à ce qu’il enseigne le Baal HaTanya).
Parmi les camarades étudiants du Maguid de Mezritch, le Baal HaTanya était connu sous le nom de « Der Litvak ». Peut-être que le Rav ressentait une parenté avec son compagnon Litvak. Même si le Rav n’a pas réussi à nous le transmettre, il pensait que le Baal HaTanya était un penseur profond et que ses Sefarim étaient essentiels pour comprendre l’expérience religieuse d’Eloul et de la Yahadout en général.
Le Rav Yehouda Krinsky, qui était alors le secrétaire particulier du Rabbi, écrivit une lettre au Rabbi pour l’informer que le Rav enseignait le Likoutei Torah à ses élèves. Le Rabbi a répondu qu’il serait intéressant de montrer au Rav – en soulignant les mots « pas en mon nom », les commentaires du Tsemah Tsedek sur ces passages du Likoutei Torah.
Après le décès du Rav Moshe Soloveichik, le sixième Rabbi de Loubavitch, le Rav Yosef Its’hak Schneersohn (connu sous le nom de Rabbi Rayats), a écrit une lettre de soutien au Rav assumant le poste de son père à la Yeshiva University. Après que le Rav ait pris le poste, le Rayatz a écrit une lettre de félicitations au Rav, décrivant l’amitié entre son père, le cinquième Rabbi (connu sous le nom de Rashab), et Reb ‘Haïm Brisker, y compris comment ils ont passé la Fête de Chavouot ensemble à Saint-Pétersbourg après la conférence rabbinique de la ville.
Lorsque le Rav était dans l’année de deuil de son père, il visita ‘Habad, où il monta au Amoud comme Chalia’h Tsibour. Le Rayatz lui a rappelé qu’en tant que Chalia’h Tsibour dans un Minyan ‘Habad, il devrait prier le Noussa’h Ari comme la coutume Habad, et ce, même dans la Amida silencieuse. Le Rav a répondu : « Bien sûr. C’est ce que dit le Pe’at Hachoulhan », citant un ouvrage du Rav Israël de Shklov, l’un des principaux étudiants du Gaon de Vilna.
Lorsque la mère du Rav, la Rabbanit Pesia Soloveichik, est décédée, le Rav a appelé le Rav Krinsky, et lui a demandé de trouver des étudiants Loubavitch pour creuser la tombe. Seuls les élèves de Loubavitch étaient admis car ils portaient la barbe et ressemblaient donc à des rabbins, alors que les élèves du Rav eux-mêmes n’avaient pas de barbe.
Voici quelques anecdotes sur les interactions entre le Rav et le Rabbi que je connais soit directement du Rav, soit de seconde main.
Le Rav ‘Haïm Ciment, qui était le Rav Habad de Brookline, dans le Massachusetts, a demandé un jour au Rav de lui parler de son séjour à Berlin avec le Rabbi. Le Rav a dit au Rav Ciment qu’une fois à Pourim à Berlin, le Rabbi a été arrêté après avoir accompli la mitsva de « ad d’lo yada » (que le Rabbi a accomplie par l’ébriété). Le Rav s’est porté garant du Rabbi et l’a fait sortir de prison. A sa libération, le Rav, faisant allusion aux difficultés que les illustres prédécesseurs du Rabbi avaient rencontrées avec les autorités tsaristes, lui dit : « Maintenant que tu as été arrêté, tu es qualifié pour devenir Rabbi ».
Le Rav m’a dit un jour que Yaakov Herzog, le diplomate israélien, lui avait dit au nom d’un haut fonctionnaire du Département d’État que le seul qui savait ce qui se passait en Union soviétique était « un vieux Rav vivant à Brooklyn » c’est-à-dire le Rabbi.
Le Rabbi a également partagé avec le Rav un amour pour le Rambam. Il a institué un programme d’étude quotidienne Michné Torah du Rambam pour ses disciples. Dans les Si’hot du Rabbi, le Rambam est souvent au centre de ses interprétations, d’une manière que même un non- Hassid peut apprécier. En particulier, le Rabbi aimait le Tsofnat Pane’ach du Rav Yossef Rosen, le Gaon Rogatchover, dont le Rabbi avait également reçu sa Smi’ha, ordination rabbinique. Selon la tradition, le Rogatchover et Reb ‘Haïm alors jeunes, ont étudié ensemble avec le père de Reb ‘Haïm, le Beth HaLevi. Bien que l’approche de Rogatchover soit différente de celle de Brisk, les deux considèrent le Rambam comme la principale autorité avec laquelle il faut compter, et les deux cherchent à trouver les fondements conceptuels sous la surface des lois.
Le Rabbi a écrit que sa relation avec le Rav était « beaucoup plus grande que ce que les gens savaient ».
Le Rav a effectué une visite aux Chiva du Rabbi lorsque la mère du Rabbi est décédée en 1964. Au cours de la visite, le Rabbi a fait référence au point de vue du Rambam selon lequel « Aninout », le statut de deuil immédiatement après la mort d’un parent, ne persiste que jusqu’à l’enterrement. Le Rav a répondu que ce n’était pas le point de vue du Rambam. Alors que le Rabbi commençait à se lever de son siège pour prendre un livre du Rambam, le Rav lui assura respectueusement qu’il n’avait pas besoin de s’en soucier car il n’y avait pas un tel enseignement dans le Rambam. Dans une lettre ultérieure au Rav écrite la veille de Souccot, le Rabbi a souligné le commentaire du Rambam sur la Mishna ( Demaï 1: 2) comme source de cette vision du Rambam, mais il note que dans la traduction du commentaire du Rav Kapach, la vision du Rambam est différente, conformément à sa vision ailleurs. (En fait, même dans l’édition standard du commentaire, le Rambam ne dit pas que l’Aninout ne persiste que jusqu’à l’enterrement, et on ne sait pas ce que le Rabbi a vu dans les paroles du Rambam ici.) Le Rabbi a alors écrit au Rabbi Shlomo Yossef Zevin, l’éditeur fondateur de l’Encyclopédie Talmudit et Hassid ‘Habad, demandant pourquoi le point de vue du Rambam dans son commentaire sur Demaï n’est pas mentionné dans l’Encyclopédie.
Lorsque le Rav se rendit au Farbrenguen du Rabbi, le 10 Chevat 5740 (28 janvier 1980), en l’honneur du trentième anniversaire de la direction du Rabbi, le Rabbi montra au Rav un immense respect. Lorsque le Rav s’est levé pour partir, le Rabbi s’est levé et est resté debout jusqu’à ce que le Rav quitte la synagogue. J’ai demandé au Rav, le lendemain si la raison pour laquelle il avait assisté au Farbrenguen du Rabbi était parce que le Rabbi avait accès aux écrits perdus de Reb Haïm. Le Rav a dit que cette rumeur était absolument fausse. Les raisons pour lesquelles il était venu étaient : « C’est mon ami, je l’admire, et ils m’ont demandé d’y aller ».
Le Rav et le Rabbi avaient certains points communs profonds qui l’emportaient sur leurs différences ancestrales. Ces deux descendants de la septième génération de leurs dynasties rabbiniques respectives ont quitté le chemin de leurs ancêtres en se rendant à Berlin pour obtenir une éducation laïque. Par la suite, cette éducation occidentale a permis au Rav et au Rabbi de se connecter aux Juifs du « Nouveau Monde » d’Amérique d’une manière que d’autres ne pouvaient pas. Les sentiments du Rav envers le Rabbi étaient pleinement réciproques. Le Rabbi a écrit que sa relation avec le Rav était « beaucoup plus grande que ce que les gens savaient ». Cela ne veut pas dire qu’ils étaient en contact fréquent — je ne pense pas qu’ils l’étaient, mais ils ressentaient une profonde proximité et un respect mutuel. Le Rav a parlé de la « solitude » de l’homme de foi, et le Rabbi de Loubavitch l’a incarnée dans sa propre vie. Ils étaient tous les deux des individus très privés, des introvertis qui révélaient néanmoins leur moi intérieur devant de grandes foules. Tous deux ont consacré leur vie à transplanter le judaïsme sur un continent étranger, à une époque où la Torah était loin d’être florissante. Et tous deux ont obtenu un grand succès dans leurs missions.
Rav Menahem Genack – PDG de OU Kosher.
Une vidéo du Rav Ciment racontant cette histoire et d’autres sur le Rav et le Rabbi à Berlin
Vous êtes chaleureusement invités à nous rejoindre pour une soirée spéciale à l’occasion de l’anniversaire du Rabbi, qui aura lieu le jeudi 10 Nissan 5784 (18 avril 2024) à partir de 20h30. L’événement se déroulera à Beth Habad Sinai, situé au 2 rue Tristan Tzara, 75018 Paris.
Cette soirée, placée sous le signe de la joie et de la célébration, sera l’occasion idéale de nous rassembler en communauté pour honorer la mémoire et l’héritage du Rabbi. Au programme de cette soirée mémorable, nous aurons le plaisir d’accueillir le Rav Avraham Barou’h Pevzner, qui partagera avec nous des enseignements inspirants et des réflexions profondes sur la vie et l’œuvre du Rabbi.
L’atmosphère conviviale de la soirée sera propice aux échanges, aux rencontres et à la camaraderie entre membres de la communauté. Ce sera également l’occasion de renforcer nos liens et de célébrer ensemble les valeurs et les enseignements qui nous unissent en tant que Juifs.
Nous aurons le plaisir de partager un Farbrenguen, un moment de rassemblement spirituel où nous pourrons nous imprégner de l’énergie positive et de l’inspiration du Rabbi. Ce Farbrenguen sera l’occasion de renforcer notre engagement envers les enseignements du Rabbi et de puiser dans son héritage spirituel pour nourrir notre propre croissance et notre développement personnel.
Nous vous encourageons donc à vous joindre à nous pour cette soirée inoubliable à Beth Habad Sinai. Que cette célébration soit pour nous tous une source de bénédiction, de joie et d’inspiration, et que nous puissions ensemble continuer à marcher sur le chemin tracé par le Rabbi, guidés par sa sagesse et sa vision éclairée.
Nous vous attendons nombreux pour partager ce moment de réjouissance et de connexion spirituelle. Venez célébrer avec nous le 122e anniversaire du Rabbi au Beth Habad Sinai, le jeudi 10 Nissan 5784 à partir de 20h30. Au plaisir de vous retrouver nombreux pour cette occasion spéciale!
Hag Sameah et à bientôt!

Eliezer Wiesel est un écrivain, philosophe et professeur d’université américain contemporain, d’origine roumaine, né le 30 septembre 1928 à Sighetu Marmațieiu Marmației, en Roumanie, et mort le 2 juillet 2016, à New York.
Issu d’une famille hassidique, il est déporté en 1944 dans le cadre de la politique d’extermination systématique des Juifs à Auschwitz puis Buchenwald. Ayant survécu à la Shoah, il est ensuite accueilli en France où il fait des études de littérature et journalisme, produisant une œuvre abondante en langues française, hébraïque, yiddish et anglaise, où les légendes des mondes juifs disparus et la Shoah occupent une part importante, souvent centrale. Émigré à New York, il y fait souche, continuant à écrire et enseigner, participant à la fondation du Mémorial américain de l’Holocauste ainsi qu’à de nombreux débats d’idées sur la conduite de l’humanité, la place des Juifs dans le monde et celle d’Israël dans les nations.
Grand-croix de la Légion d’honneur et commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, ayant reçu aux États-Unis la médaille d’or du Congrès et la médaille présidentielle de la Liberté, fait docteur honoris causa par plus de cent universités parmi lesquelles Harvard, Yale, Stanford, Cambridge, Princeton, Columbia, l’École normale supérieure, Oxford, la Sorbonne et l’université hébraïque de Jérusalem, il reçoit le Prix Nobel de la paix en 1986. Son livre La Nuit est resté sur la liste des meilleures ventes du New York Times, The New York Times bestseller list, pendant neuf semaines d’affilée, un record inégalé pour un livre de non-fiction.
Elie Wiesel, l’une des voix juives les plus passionnées de notre temps, a entretenu une correspondance et une relation personnelle durables avec le Rabbi de Loubavitch. Étudiant passionné, enseignant recherché, survivant d’Auschwitz et de Buchenwald, Wiesel est l’auteur de nombreux livres sur le sujet, dont la Nuit à succès, la première d’une trilogie sur sa vie dans les camps de concentration. Récipiendaire de nombreux prix littéraires et diplômes honorifiques, M. Wiesel, professeur à l’Université de Boston, s’est entretenu avec Baila Olidort en mai 2013.
Vous étiez un étudiant enthousiaste dès votre jeune âge. Avez-vous recherché le caractère moral de vos professeurs?
Absolument. Je ne voudrais pas celui qui utilise la connaissance contre la dimension morale de la vie en tant que professeur. J’ai fait pression dans le monde entier pour plaider en faveur de cours obligatoires d’éthique dans chaque école – médecine, architecture, commerce.
Dans vos mémoires, vous écrivez sur l’étude de la Torah dans votre enfance à Sighetu Marmației, puis sur la façon dont vous avez continué à étudier après la guerre. Que continuez-vous d’étudier aujourd’hui?
J’etudie la Gemara — Bavli et Yeroushalmi, et tous les maîtres Hassidiques.
Vous décrivez vos relations avec plusieurs enseignants qui occupaient une place très importante dans votre vie. Et aujourd’hui, vous êtes enseignant. Avez-vous la même relation avec vos élèves que vos professeurs avaient avec vous?
J’espère. Je peux avoir ce genre de relation parce que je choisis mes élèves, je choisis mes matières.
La relation entre l’enseignant et l’élève est très mystérieuse. Vous savez que selon la Hala’ha, la loi juive, si un père et un enseignant sont kidnappés, nous avons la Mitsva de libérer d’abord l’enseignant. C’est donc très mystérieux. Les étudiants sont là pour recevoir, et je suis là pour donner.
Pensez-vous que ce type de relation intense entre l’élève et l’enseignant est intrinsèquement juif?
Eh bien, les Grecs l’avaient aussi. Socrate et Platon étaient après tout très proches. Mais le nôtre l’est davantage.
Parlez-moi du mystère de votre relation avec le Rabbi.
C’est trop personnel. Mais, quand le Rabbi était seul avec quelqu’un, c’était une ouverture. Il a ouvert des portes à son visiteur, à son élève ou à son ‘Hassid, portes secrètes que nous avons tous. Ce n’était pas une effraction. Ce n’était qu’une invitation. Et c’était vraiment la grandeur du Rabbi. Je pense que le Rabbi avait un grand talent pour cela – l’un des plus grands et des meilleurs que le judaïsme n’ait jamais connu.
Diriez-vous que le ‘Hassid et l’élève sont les mêmes?
Un ‘Hassid vient non seulement pour apprendre du Rabbi, mais plus que cela: pour vivre le Rabbi. Les rencontres, les Farbrenguens avec le Rabbi deviennent des chapitres de la vie d’un ‘Hassid. La partie intéressante est que dans les temps anciens, l’enseignant choisissait l’élève. À l’époque ‘Hassidique, c’est le ‘Hassid qui a choisi le Rabbi. Et à partir du moment où le ‘Hassid a choisi le Rabbi, le Rabbi n’a pas le droit de dire non.
Vous êtes un Vizhnitzer ‘Hassid.
Oui, et j’ai commencé chacune de mes rencontres avec le Rabbi en lui disant cela.
Qu’est-ce qui vous a poussé à vous rapprocher du Rabbi en premier lieu?
Feu Gershon Jacobson – c’était mon collègue. J’écrivais pour Yediot Aharonot en Israël et pour le Yiddish Forward, et il écrivait pour le [Yiddish] Tog Morgan Journal. Nous nous rencontrions souvent et il me disait: «Tu devrais aller voir le Rabbi.» Je lui dirais que je suis un Vizhnitzer. Il a dit, venez en tant que journaliste. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis venu comme journaliste pour la première fois. Et une fois que j’ai rencontré le Rabbi, c’était pour toujours.
Qu’avez-vous emporté des Farbrenguens?
C’est personnel. Mais, une fois, je suis arrivé à un Farbrenguen, je pense que c’était en l’honneur du 70e anniversaire du Rabbi, et il y avait un grand livre [où les invités ont écrit des voeux] et j’ai écrit, « Ashrei hador sheAdmor manhigo ». « Heureuse est la génération qui a le Rabbi comme chef de file. »
Le Rabbi a créé un lien, tout d’abord entre ‘Hassid et ‘Hassid. Cela était vrai pour chaque Rabbi depuis le Ba’al Shem Tov. Lorsqu’un ‘Hassid arrivait au Farbrenguen, il ne s’agissait pas seulement du se lier avec le Rabbi. La Emounat Tsadikim [la foi dans le Tsadik] est une chose. Mais le Dibbouk ‘Haverim [liens entre amis) est autre chose. Et le Rabbi y est parvenu.
Après l’Holocauste, Vizhnitz et la vie ‘Hassidique plus généralement ont été transplantés d’Europe en Israël et en Amérique. Quelque chose a-t-il été perdu dans le processus?
Oui, l’authenticité. Ce que nous avons réussi à faire, c’est de sauver Vizhnitz en transférant la géographie. Vizhnitz est là, mais pas vraiment [comme c’était le cas] – tout est diminué. Le monde est diminué. Nos anciens professeurs disent que nous sommes plus loin du Sinaï.
Beaucoup de jeunes juifs estiment qu’aujourd’hui rien ne nous empêche d’intégrer et d’assimiler pleinement; qu’il est temps de laisser tomber le passé et de passer à autre chose. Comment vous situez-vous à propos de cela?
Je n’ai jamais pensé comme ça. Nous tenons bon, et c’est une bonne chose. Je ne serais pas qui je serais sans mon lien, mon lien ardent avec mon passé, avec mon enfance, avec Israël. J’ai essayé de le transmettre à mon fils, mon petit-fils et même à mes élèves et à mes lecteurs.
Que dites-vous à une jeune génération juive de son endettement envers l’histoire? Six millions de Juifs sont morts al Kiddouch Hachem, pour sanctifier le nom de D.ieu. Alors quoi?
Par conséquent, soyez juif!
Comment pensez-vous que nous pouvons compenser la perte?
Nous ne pouvons pas compenser ce que nous avons perdu. C’est mathématiquement impossible. Les chiffres ne sont pas des chiffres, ce sont des êtres humains. Puis-je recréer ce que j’ai perdu dans Sighetu Marmației? Et pourtant il y a du mouvement, il y a une volonté, il y a des idées créatives.
Vous avez consacré votre vie à faire prendre conscience de l’Holocauste, du mal dont les êtres humains sont capables. Et pourtant, l’antisémitisme continue.
Il y a quelques années, j’ai été invité à prendre la parole devant l’Assemblée générale des Nations Unies. J’ai donné à mon intervention le titre «Le monde apprendra-t-il jamais?» Et je suis rentré à la maison très triste, car le monde ne l’avait pas fait. Et pourtant, nous essayons d’enseigner le monde. Le peuple juif a essayé autant que possible de témoigner. Que peut-on faire d’autre?
En général, il y a une recrudescence d’antisémitisme dans le monde entier. Les intellectuels deviennent de plus en plus extrêmes dans leur condamnation d’Israël. N’est-ce pas démoralisant pour vous?
C’est triste, mais pas démoralisant. Je ne leur accorderais jamais cette victoire. Quoi qu’il en soit, je n’abandonnerai pas. Le principe de l’enseignement est un élément majeur de la survie de notre propre peuple.
Qu’avez-vous retiré de vos rencontres avec le Rabbi?
Tout était tellement personnel. Bien sûr, nous avons parlé de choses qui ne l’étaient pas. Il a lu chacun de mes livres en français. C’était un très bon lecteur. Parfois, nous avons eu des désaccords.
Dans vos mémoires, vous partagez certaines des conversations que vous avez eues avec le Rabbi à propos de D.ieu, et certaines de ces lettres ont été publiées. Il me semble qu’en fin de compte, il n’y a pas eu beaucoup de désaccord entre vous deux à ce sujet.
Oh, mais il y en avait. Le Rabbi a dit que nous ne pouvons pas comprendre. Nous ne sommes pas censés comprendre.
Et vosu avez répondu quoi?
Je veux comprendre.
Et au fil des années, vous êtes-vous rapprochée de la compréhension?
Un des premiers poètes juifs a dit: « Si je le connaissais [D.ieu], je serais Lui ».
Qu’est-ce qui propulse alors la quête?
Je me définis par ma quête, pas par ce que je trouve.
Vous avez mentionné que le Rabbi vous posait souvent des questions sur vos projets de mariage.
Oh oui. Le plus grand bouquet de fleurs que j’ai jamais reçu provenait du Rabbi pour mon mariage. Il me poussait à me marier. J’ai des lettres – une lettre dans laquelle nous parlons de théologie juive – sept, huit pages sur la théologie. À la fin de la lettre il a dit: « Et au fait, quand allez-vous vous marier? » Comme si les deux avaient quelque chose en commun.
Que voulait le Rabbi de vous?
Je ne peux pas te le dire. C’est entre lui et moi.
Que pensez-vous que le Rabbi voudrait voir se produire aujourd’hui?
Je suis sûr qu’il pensait que si le peuple juif savait ce que les Juifs devraient faire pour le Dieu d’Israël et pour le peuple d’Israël, Le Machia’h viendrait. C’était son rêve, préparer le monde à la sa venue.
Pensez-vous qu’il était satisfait de ses réalisations?
Non, mais injustement. Il a toujours senti qu’il n’en avait pas fait assez, et pourtant il en avait fait plus que quiconque que je sache. Il sentait que quelque part, peut-être quelque part au Népal – il n’a pas voyagé mais il savait ce qui se passait – il y a quelqu’un qui a besoin de quelque chose. Une fois que vous ressentez cela, vous ne pouvez pas être heureux. S’il y avait une personne qui, disons, avait faim de yiddishkeit. . .
C’est pourquoi il avait cette grande idée des Shluchim. L’une des plus grandes réalisations du Rabbi est le Shluchim. J’ai une immense affection pour chacun d’entre eux, ainsi que de l’admiration et de la gratitude. Parce qu’ils portent non seulement le message du Rabbi; ils portent la tristesse et la joie du Rabbi et le rêve du Rabbi. Ce sont des porteurs; ils sont les porteurs de sa vision.
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