‘Fais ici maintenant la Terre d’Israël !’ :

‘Fais ici maintenant la Terre d’Israël !’, c’est ce que répondit le Tséma’h Tsédek à un ‘Hassid qui lui demandait sa Bénédiction pour aller s’installer en Terre sainte. Le contenu profond de cette histoire que le Rabbi entendit du Rabbi précédent est lié à la Paracha Pin’has dans laquelle il est question du partage de la Terre d’Israël entre toutes les tribus d’Israël.

Rachi explique dans son commentaire qu’Eléazar, le prêtre, était revêtu du pectoral avec les ‘Ourim’ et les ‘Toumim’ et qu’il disait avec l’inspiration Sainte : ‘Si telle tribu est tirée dans le tirage au sort, c’est tel terrain qui lui sera attribué’.

On écrivait les noms des tribus sur douze billets et sur douze autres billets, douze délimitations de terrains. On mélangeait tous les billets dans une urne, et le prince de chaque tribu introduisait sa main à l’intérieur, et prenait deux billets. Il se trouve que sur les deux billets étaient inscrits le nom de la tribu et le terrain attribué, exactement comme l’avait déclaré auparavant par inspiration divine le prêtre Eléazar.
Plus encore que cela, le sort lui-même (le billet) criait et disait : ‘Moi le sort, j’ai désigné telle frontière pour telle tribu’, comme il est dit (verset 56) : ‘Par la bouche du sort’.

De manière générale la prière correspond à la pensée, l’étude de la Torah à la parole, et l’accomplissement des Commandements divins à l’action. Par ailleurs, il existe des Mitsvoth que l’on accomplit sans avoir une intention particulière. Par exemple, nous sommes quittes de la Mitsvah de la Tsédaka uniquement par l’action de donner de l’argent à une personne nécessiteuse, et nous ne sommes pas obligés d’avoir une pensée particulière dans ce cas (‘Cavanna’ : ‘intention’). Cependant le Rabbi nous enseigne que la perfection est atteinte lorsque nous accomplissons cette Mitsvah au moyen de la pensée, de la parole, et de l’action. Ainsi la perfection de la Mitsvah de la Tsédaka nécessite d’associer à notre acte une bonne pensée, en donnant cet argent avec un visage bienveillant.
Le Rabbi explique donc que ‘le sort qui parle’ exprime cette idée. En effet, le Goral inclut en lui-même les trois éléments de la pensée, de la parole et de l’action. La pensée et l’action, par le fait que l’on pensait et que l’on écrivait chaque nom sur un billet, et la parole par le fait que le billet lui-même parlait et désignait ‘telle tribu et tel territoire’.

Le Rabbi souligne ici que l’enseignement selon lequel on atteint la perfection d’une Mitsvah lorsque nous l’accomplissons au moyen de la pensée, de la parole et de l’action ne se limite pas seulement à son accomplissement, mais également à sa préparation. C’est la raison pour laquelle le Goral rassemblait les trois éléments que sont la pensée, la parole et l’action, car même si le Goral n’était qu’une préparation à l’acquisition de la Terre d’Israël, il devait néanmoins être parfait. A travers l’exemple du Goral le Rabbi démontre que toutes les choses qui appartiennent au domaine de la Sainteté, même celles qui nous semble être les plus secondaires, ont toutes une importance.

Le Rabbi élargit encore un peu plus notre vision lorsqu’il déclare que nous devons accorder de l’importance pour chaque instant qu’il nous est donné de vivre. Nous devons considérer chaque instant, chaque situation et rien ne doit être laissé pour compte. Même ce qui semble être à nos yeux comme un simple détail possède en réalité un contenu qui mérite qu’on lui accorde toute notre attention, que l’on investisse tout notre être. C’est à ce sujet que le Rabbi Rachab a déclaré que ‘l’homme profond est celui qui s’engage totalement dans tout ce qu’il fait’ et que ‘là où nous sommes nous devons être vraiment !’.

‘Faire ici la Terre d’Israël’ implique donc forcément de faire maintenant la Terre d’Israël. Il s’agit de faire de l’endroit où l’on se trouve et à tous les moments de notre existence, la Terre d’Israël.
‘Faire ici et maintenant la Terre d’Israël’ signifie d’après l’enseignement du Rabbi que chaque Juif doit s’habituer à la Guéoulah. Il doit ressentir un sentiment de Guéoulah par le fait de transformer ses journées en se libérant lui-même et en faisant de son endroit personnel la Terre d’Israël. Il accomplit son travail à chaque moment de son existence et à tout endroit où il se trouve, au moyen de ses pensées, de ses paroles et ses actes qui ont eux-mêmes atteint la perfection : le niveau de la Terre d’Israël.

Le Rabbi Rachab nous enseigne par exemple que nous devons laver les vêtements des Mitsvoth avec ‘l’eau de la ‘Ho’hmah’. La qualité de ‘Ho’hmah c’est le ‘Bitoul’, la soumission la plus totale. Il n’est pas suffisant d’accomplir les Commandements divins, mais il faut aussi laver les Mitsvoth afin qu’elles soient imprégnées de soumission. Un Juif lave ses Mitsvoth quand il médite et ressent pendant sa Téfila que tous les mondes sont soumis à la Parole divine qui les crée et les maintient en vie à chaque instant. Nous pouvons aussi prendre ici l’exemple de la prière de Nétilat-Yadaïm. ‘L’eau de ‘Hohmah’ représente le travail des Mo’hin et les mains représentent les Midot, ainsi, Nétilat-Yadaïm représente le fait d’attirer le ‘Bitoul de ‘Ho’hmah’ dans les Midot. Atteindre le niveau de la Terre d’Israël représente donc aussi le fait de laver les vêtements de l’âme afin que ceux-ci soient imprégnées de la qualité de ‘Ho’hmah, qu’ils soient tous consacrés au projet divin de faire de ce monde matériel une demeure pour l’Essence divine.

Le Rabbi souligne également que le fait de se libérer soi-même provoque la Délivrance de notre entourage, et chacun se doit de parler, à l’exemple du Goral, aux membres de sa famille, à ses proches et à ses élèves de l’action de Faire ici la Terre d’Israël. Aussi, du fait que les paroles dites avec le cœur pénètrent dans le cœur et y font leur effet et que la personne qui les prononce est elle-même un exemple vivant, la personne qui les entend les prononcera à son tour

Bien que cela ne soit pas mentionné dans la Si’ha du Dvar Mal’hout nous pouvons ici établir un lien avec notre travail qui consiste à nous préparer à recevoir le Rabbi et ses enseignements. Cela signifie que nous devons nous préparer au dévoilement du Machia’h, lequel n’est autre que le dévoilement de l’Essence divine. Or, du fait que nous sommes tous, de manière générale, noyés dans la matérialité (qu’il s’agisse de la matérialité de ce monde physique ou qu’il s’agisse de la matérialité de notre âme animale) nous ne sommes pas des réceptacles capables de recevoir, de percevoir et de ressentir de manière profonde, l’Essence des choses. L’étude de la ‘Hassidout nous habitue à l’abstraction des concepts divins spirituels très élevés. Comprendre et ressentir par exemple que la Parole divine crée et maintient en vie à chaque instant la matière de ce monde. A l’évidence, c’est en purifiant le corps et l’esprit que l’on parvient à découvrir le Divin qui est caché par ‘l’écorce’ de la matière. Aussi, c’est donc en affinant notre corps et notre esprit, au moyen de l’étude et de la prière que l’on efface la matière pour découvrir le Divin abstrait qui vit en elle. Dans ce cas nous faisons la Terre d’Israël dans notre corps lui-même et dans les 4 coudées qui nous entourent, et nous nous préparons à vivre la Délivrance finale et à voir la Parole de D.ieu qui crée et anime à chaque instant toute la Création.

L’obstiné se comporte d’une façon irrationnelle, sa volonté est bien plus forte que celle de l’homme qui s’appuie sur la raison :

Le Rav ‘Hadakov, qui fut le secrétaire du Rabbi, déclara qu’il était stupéfait par la capacité du Rabbi à bouleverser et à changer, si cela s’avérait nécessaire, le programme de sa journée. Nullement soumis aux situations et aux imprévus qui se présentaient à lui, le Rabbi savait briser les limites que nous imposent ce monde.
Le Rabbi lui-même enseigna qu’à l’exemple du saumon, qui pour survivre remonte le courant des rivières pour aller pondre dans le fleuve où il est né, un juif doit parfois savoir ‘remonter le courant’ c’est à dire s’élever au-dessus de la réalité pour avoir un champ de vision plus large, un nouvel angle de vue qui, une fois découvert, lui permet d’agir contre toute attente. L’exemple de Pin’has convient a notre propos :

Zimri avait péché, et tous ignoraient le ‘din’, la loi qu’il convenait de suivre. Moché Aaron et tous les Anciens ne savaient que faire.
Le jeune Pin’has vit l’action de Zimri et se souvenant de la loi que Moché avait oubliée, il lui dit : -J’ai appris de toi que dans un tel cas la Hala’ha est que Zimri doit-etre tué !
Moché lui répondit alors :
-Tu t’es souvenu de cette loi, tu mérites donc de l’appliquer !
Immédiatement Pin’has « prit un javelot dans sa main » (Sanhédrine 82a).

Le Rabbi explique que Pin’has ne s’est pas dit : ‘de quoi devrais-je m’inquiéter ? Il y a ici des Tsadikim, des grands du peuple d’Israël qui sont plus sages que moi. Ils sauront bien quoi faire ! Pour quelle raison devrais-je intervenir ?’.
Au contraire Pin’has se leva immédiatement et dit à Moché ce qu’il convenait de faire d’aprés la loi de D.ieu. Pin’has mérita pour cela de recevoir la prêtrise.

Son attitude est un exemple pour chaque juif. Il y a parfois des sujets qui ne sont pas abordés par les grands de notre génération. Ce n’est pas une raison pour ne pas agir nous-même. Il nous est interdit de penser que si tel grand n’a pas donné d’ordre et si tel autre n’a pas agi, alors nous-mêmes sommes dispensés d’agir. Il ne convient pas de nous justifier, ni d’échapper à nos responsabilités. Si D.ieu nous donne l’occasion d’agir, si nous savons que nous avons les moyens d’agir, alors cela devient une obligation. Si D.ieu nous donne une mission à accomplir alors Il nous donne en même temps les forces nécessaires pour la réaliser, et pour réussir.

Comme pour Pin’has qui avait une mission et trouva la force de l’accomplir sans être intimidé par la présence de tous les Grands d’Israël, nous même possédons notre part dans la Torah et les Mitsvoth, et avons l’obligation d’agir quelque soient les circonstances.

Cet enseignement du Rabbi est précieux, il sous-entend que l’humilité n’exclut pas l’audace et l’obstination. Dans son ouvrage intitulé ‘la Source’ (27ième discours, chapitre 1) le Rabbi Rachab donne l’explication suivante du verset (Chémoth, 34, 9) : ‘Car c’est un peuple au cou raide !’ :Ce ‘cou raide’ n’est pas péjoratif, au contraire c’est la qualité des enfants d’Israël, leur vertu. C’est la détermination inébranlable qu’ils possèdent à se détourner du mal et faire le bien sans aucune argumentation rationnelle ni discussion. L’obstiné se comporte d’une façon irrationnelle, sa volonté est bien plus forte que celle de l’homme qui s’appuie sur la raison. L’intellect affaiblit le désir et lui impose des limites tandis que la volonté, l’aspiration résolue que l’intellect ne gouverne pas, sont sans bornes. C’est pourquoi la détermination de l’obstiné est solide et ferme ».

Chaque juif possède ‘cette obstination irréductible dans sa quête de la sainteté’, elle lui donne la force de remonter le courant des rivières, de faire face à tous les obstacles, de mener à bien sa mission.

‘L’homme profond est celui qui s’engage totalement dans tout ce qu’il fait et là où nous sommes nous devons être vraiment !’ (Rabbi Rachab) :
‘Celui qui est profond sait qu’il est inutile de demander une bénédiction pour le service de D.ieu. Il faut que ‘l’effort pèse sur les hommes’.

Ce proverbe du Tséma’h Tsédek qui est rapporté dans le Hayom-Yom du 24 Tamouz 5703, s’accorde à la déclaration du Rabbi Rachab selon laquelle ‘L’homme profond est celui qui s’engage totalement dans tout ce qu’il fait’.

A la lumière de ces enseignements, le Rabbi souligne dans le Dvar Mal’hout sur la Paracha Pin’has, l’importance que nous devons donner à chaque instant de notre vie et à chaque situation que nous vivons. Rien ne doit être laissé pour compte. Même ce qui semble être à nos yeux comme un simple détail, s’inscrit de manière profonde dans notre vie, car il possède en réalité un contenu qui mérite qu’on lui accorde toute notre attention, que l’on investisse tout notre être, pour mener à bien notre mission sacrée.

‘Là où nous sommes nous devons être vraiment !’.