Image du haut: portrait de Kirk Douglas peint par le Rav Yaacov Abergel

 

 

 

L’ancienne légende de Hollywood s’est éteint paisiblement dans sa résidence de Beverly Hills dans la nuit de ce mercredi 5 février 2020, à l’âge de 103 ans. Parmi tous les films dans lesquels a joué Kirk Douglas, il y en a un en particulier dont le célèbre Acteur était particulièrement ‘fier’, il s’agit de « la vie passionnée de Vincent Van Gogh ».

Kirk Douglas a déclaré lors d’une interview qu’il donna à l’occasion de la sortie de son livre autobiographique « Le fils du chiffonnier », que le personnage de Vincent Van Gogh l’avait touché tout particulièrement. Cela à tel point, que peu de temps après la fin du tournage, alors qu’il entrait dans une pièce dont l’un des murs était décoré par une reproduction du peintre hollandais, il pensa un court instant que c’est lui-même qui l’avait peint. Cette pensée fit très vite place à la raison, et Kirk Douglas se dit alors que quelque chose ne tournait pas rond. Il s’était tellement investit dans le rôle de Van Gogh qu’il finit par mélanger sa propre vie à celle du Peintre.

Kirk Douglas en racontant cette histoire avoua que ce fut la seule fois qu’une telle chose lui arriva. Pendant toute sa carrière d’Acteur, il sut toujours faire la différence entre lui-même et les personnages qu’il incarnait.

Il parvenait tellement bien à avoir une telle distance entre lui-même et ses personnages, qu’il ressentit un jour le besoin d’écrire un livre dans lequel il se raconterait. Un livre qui parlerait de sa vie, de sa propre vie. Apparemment, et à l’évidence, si Kirk Douglas désirait se raconter, c’est que tous les rôles qu’il jouait n’exprimaient jamais ce qu’il était vraiment.

Il savait jouer le personnage qu’il incarnait, sans y ajouter ce qu’il était. Comme un véritable Peintre, qui fait le portrait de son modèle sans le transformer, sans jamais lui prêter ses propres traits, mais en le peignant tel qu’il est, Kirk Douglas jouait ses personnages tels qu’ils étaient. L’Acteur savait s’effacer derrière sa composition.

Puis un jour, il eut envie de jouer son propre rôle. Alors, il prend sa plume et s’assied devant plus de ‘cinq mille pages’ et il écrit l’histoire de sa vie. Son histoire. Il écrit ce qu’il n’a jamais montré dans ses nombreux films. Il écrit ce qu’il a toujours été, ce qu’il est et ce qu’il sera toujours : Juif.

Kirk Douglas est Juif, il s’appelle Issur Daniélovitch. Il commence son livre en écrivant :

« Je suis arrivé sur terre dans une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent….C’est ainsi que je naquis. Je sais que c’est vrai parce que c’est ma mère qui me l’a dit ».

En lisant ces quelques lignes, nous ne serons pas étonnés que Issur Danielovitch-Demsky a quitté ce monde le jour de Youd-Chevat 5780, car ‘Je suis arrivé sur terre’ ressemble étrangement aux premiers mots du dernier Discours ‘hassidique du Rabbi Rayats : ‘Je suis venu dans mon jardin’, et le Rabbi Rayats et Issur Daniélovitch ont quitté ce monde le même jour.

En y regardant de près, cette ‘magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent’ n’est pas sans nous rappeler que l’âme Juive est comparée dans le livre du Tanya, à une corde composée de 613 fils dont l’extrémité arrive jusqu’au ciel et l’autre extrémité jusqu’à la terre. De fait, l’Admour Hazaken explique qu’Hachem a choisi le corps des enfants d’Israël. Le corps d’un Juif est précieux, il est tel ‘une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés’ et l’âme ‘est suspendue au ciel par de fins rubans d’argent’.

Bien sûr, le fait que Issur Daniélovitch ait quitté ce monde à l’âge de 103 ans est certainement lié au fait qu’il distribua très largement la Tsédaka , tout au long de sa vie, ainsi que la Torah nous l’enseigne : ‘la Tsédaka sauve de la mort’. Cependant, sa vie et son Art expriment aussi avec force le contenu profond d’une déclaration de Rabbi Zushé Mi Anipoli. Rabbi Zushé a dit un jour ‘qu’il n’avait pas peur d’arriver au ciel, le jour où il allait quitter ce monde, et qu’on lui demande des comptes sur le fait qu’il n’avait pas été Moché Rabbénou ! Non, ce qui faisait peur a Rabbi Zushé c’est qu’on lui demande pourquoi il n’avait pas été lui-même ! ‘.

L’Acteur Kirk Douglas avait un très profond respect pour l’Etre humain, il était capable de s’investir totalement pour se fondre dans son personnage. En fait, il prenait la chose très au sérieux, il ne jouait pas !

On peut dès-lors se demander si nous-mêmes nous agissons de la sorte. Savons-nous prendre au sérieux notre propre rôle ?

Pour répondre à cette question on pourrait citer ce que Van Gogh a dit lui-même quand on le questionna sur la peur du Peintre de la toile blanche. Van Gogh répondit : « C’est la toile blanche qui doit avoir peur du peintre ! »

De la même façon, nous apprenons de l’Acteur Kirk Douglas et de l’homme Issur Daniélovitch, que nous ne devons pas avoir peur lorsqu’il s’agit de jouer notre propre rôle, de nous conduire comme un Juif, dans toutes nos pensées, nos paroles et nos actes…

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