Le principe talmudique selon lequel : « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue » va bien au-delà de son sens simple. Il implique un effort particulier et de nombreuses précautions. C’est de cette façon qu’une proximité véritable s’instaure entre le Rabbi et celui qu’il délègue. Le Rabbi éprouve une affection et un amour profond pour ses émissaires. Il multiplie pour eux les bénédictions, les forces morales. Il accompagne chacun là où s’exerce sa mission. Le souvenir de l’attention que porte le Rabbi à tous les besoins spirituels et matériels de chaque Juif suffit pour inspirer à l’émissaire une passion pour sa mission.
Ce lien unique entre le Rabbi et son émissaire est source de joie et d’énergie morale. En cette génération orpheline, notamment, alors que le monde évolue dans la pénombre, l’abnégation d’un émissaire du Rabbi reste une source d’inspiration et de lumière pour tout son entourage. La relation privilégiée qu’il entretient avec chaque Juif révèle l’étincelle de Divinité au sein du monde matériel.
Le Rabbi a affirmé que la présente époque est la plus propice pour la révélation messianique. Tous les yeux sont tournés vers ceux qui appartiennent à l’armée du Rabbi, déployée sur le monde entier, ceux qui ont pour unique objectif de mener leur mission à bien et de préparer le monde pour la venue du Machia’h. Si les derniers instants de l’exil sont utilisés de la manière qui a été définie par le Rabbi, si chacun sert D.ieu avec joie et inspiration, il ne fait pas de doute que la délivrance sera immédiate, comme le Rabbi en a fait la promesse.
Etre l’émissaire du Rabbi est incontestablement un titre honorifique, un grand mérite, une immense responsabilité, d’incroyables capacités. Comment s’exprime ce principe selon lequel : « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue » et comment intervient-il dans les multiples fonctions d’un émissaire du Rabbi ?
Les derniers Sages s’interrogent sur l’application de ce principe. Signifie-t-il que l’action de l’émissaire doit être attribuée à celui qui le mandate ou bien que cet émissaire est une émanation de son maître ? Le Rabbi considère que l’unité entre lui et ses émissaires, est totale. Dans une causerie du 12 Tamouz 5716 (1956), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 17, à la page 66, il explique :
Concernant l’application du principe selon lequel : « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue », on peut distinguer plusieurs niveaux. Le plus inférieur est celui de l’émissaire qui offre son action concrète, acquittant ainsi celui qui le délègue de son obligation. Le plus haut est celui en lequel l’homme qui délègue agit lui-même par l’intermédiaire des membres du corps d’une autre personne. On connaît les longs développements définissant ces différents niveaux et les preuves qui sont cités, dans tous les sens.
Néanmoins, les ‘Hassidim ne sont pas limités par les conclusions de la partie révélée de la Torah, quand elles n’ont pas d’incidence sur l’action concrète. Il en est ainsi pour l’exégèse de la Torah. Ainsi, Rachi, commentant le traité Avot, donne une interprétation différente de celle figurant dans les Avot de Rabbi Nathan. De même, dans son commentaire de la Torah, il précise qu’il y a des explications de nos Sages, dont la mémoire est une bénédiction, puis il introduit sa propre lecture.
Cela veut dire que, quand il s’agit d’action concrète, « tout l’assemblée, vous aurez une Loi unique » et : « la Hala’ha est tranchée en son sens », selon un seul avis. Il n’en est pas de même, en revanche, dans les domaines spirituels, ou même en ce qui peut avoir une incidence concrète, tant que la Hala’ha n’a pas été tranchée, « l’un et l’autre expriment les Paroles du D.ieu de vie ». Bien plus, la Torah affirme elle-même qu’un fleuve a des affluents, s’étendant vers des directions opposées et : « chaque tribu avance sur son propre chemin ».
Il en est donc de même pour ce qui fait l’objet de notre propos. Quelle que soit la conclusion adoptée par la partie révélée de la Torah, concernant la mission confiée, selon la Hala’ha concrètement applicable, dans les domaines matériels et même grossiers, la mission, dans sa dimension morale et le principe selon lequel : « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue » peuvent s’entendre à un stade beaucoup plus haut.
Cela veut dire que celui qui confie le mandat effectue lui-même le voyage, mais il le fait selon les termes du verset : « elle envoya sa servante », de sorte que : « sa main s’allongea de nombreuses coudées », d’une centaine de coudées, ainsi qu’il est dit : « Je vous conduirai la tête haute ». Et, ces cent coudées tirèrent Moché, notre maître de l’eau. Or, « le premier libérateur sera le dernier libérateur ».
C’est précisément le sens de ce voyage. Tous effectuent le voyage avec celui qui est délégué, mais ils le font de telle façon que leur main s’allonge et ils sont eux-mêmes totalement présents, en cet allongement. De cette façon, ils ont eux-mêmes le mérite de se trouver en cet endroit.
Il y a ici des personnes effectuant un tel voyage et un dixième les rejoindra en chemin. Ils vont effectuer une mission au nom de toute la communauté, plusieurs dizaines de Juifs qui se consacrent à la Torah et aux Mitsvot. Ils emportent avec eux la Lumière et le Luminaire. De la sorte, non seulement ils repoussent l’obscurité, mais, en outre, ils la transforment en lumière.
Le lien entre le Rabbi et son émissaire n’est pas une simple source d’énergie et de capacité. C’est, en réalité, l’identité profonde de cet émissaire, bien qu’un effort particulier soit nécessaire pour s’en pénétrer et l’intégrer à son existence quotidienne. C’est ce que le Rabbi explique, dans une causerie du Chabbat Parchat Chemini 5718 (1958), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 22, à la page 295 :
De fait, quand est-il possible de déléguer quelqu’un ? Précisément lorsque son attachement à celui qui le délègue est sincère. En revanche, quand il commence à mener sa propre réflexion… Même s’il admet le principe de ce voyage, il n’y aura là qu’un raisonnement personnel, faisant la preuve d’un manque d’attachement.
Il est alors inconcevable de l’envoyer, car lorsque manque l’attachement à Moché, Son serviteur, l’attachement à D.ieu manque aussi et il est, dès lors, impossible de déterminer s’il saura exercer une influence positive sur son entourage. Peut-être le contraire sera-t-il vrai, ce qu’à D.ieu ne plaise. Non seulement il n’aura pas d’influence, mais, bien plus, il sera lui-même influencé par son entourage.
Lorsqu’il est attaché au Rabbi de la manière qui convient, il n’y a pas de risque, car il est également attaché là-haut. Selon le dicton bien connu, quand on est attaché là-haut, on ne tombe pas en bas ». Cela veut dire que, même s’il sert D.ieu d’une façon qui pourrait justifier une chute vers le bas, il est certain, malgré cela, qu’il ne tombera pas et qu’il ne glissera pas, car il est attaché là-haut.
En pareil cas, ce n’est pas lui qui avance sur le chemin, c’est celui qui le mandate, comme si sa main s’allongeait pour faire venir le sauveur d’Israël. A l’inverse, en l’absence de cet attachement, le risque que l’on a dit existe effectivement.
Pour appartenir aux soldats de la maison de David, il est nécessaire que l’attachement soit parfait. Bien entendu, un attachement purement verbal n’est en aucune façon suffisant, ainsi qu’il est dit : « Il le séduisent par leur bouche, mais, par leur langue, ils lui mentent et leur cœur n’est pas en accord avec lui. Ils ne sont pas fidèles à son alliance ». Or, cette alliance est précisément l’attachement.
Il est donc indispensable que l’attachement soit effectif, car c’est avant tout l’action concrète qui importe. Par la suite, on peut également parler. En revanche, se contenter de la parole ne permet pas de s’acquitter de son obligation.
La mission confiée conditionne pleinement l’existence de celui à qui elle revient et qui l’assume pleinement. Le Rabbi lui-même l’établit clairement, notamment dans la causerie du Chabbat Parchat Vayakhel 5741 (1981) :
Il doit savoir qu’il est l’émissaire du Rabbi, que cette mission est sa raison d’être, que : « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue ». Sa mission peut être définie par l’identification entre l’existence de celui qui est délégué et de celui qui le délègue.
Ainsi, sa tête, son cœur, tous ses deux cent quarante-huit membres et ses trois cent soixante-cinq artères deviennent l’existence du Rabbi qui le délègue et il lui appartient d’atteindre l’objectif de la mission qui lui est confiée.
Il existe pour rapprocher tous les Juifs de la Torah, y compris les nourrissons, ceux qui viennent de naître.
Bien plus, le Rabbi souligne qu’il accompagne personnellement ceux qui assument la mission qu’il confie, comme on l’a indiqué. Il prend ainsi lui-même en charge les difficultés auxquelles ceux-ci pourraient être confrontés. De la sorte, l’objectif à atteindre peut être leur seule et unique préoccupation. Dans une causerie prononcée le 12 Tamouz 5710 (1950), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 1, à la page 138, le Rabbi explique :
Tous ceux qui prennent part à une mission confiée par le Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h doivent savoir que le Rabbi les accompagne. Je ne veux pas dire uniquement une partie du Rabbi, car l’essence ne se segmente pas. Je dis que le Rabbi, dans sa totalité, accompagne chacun.
Il faut donc avoir conscience de l’immense responsabilité qui en découle. D’une part, on dérange le Rabbi, si l’on peut s’exprimer ainsi, en faisant en sorte d’être accompagné par lui, en tout endroit où l’on se rend. D’autre part, on doit avoir conscience que, lorsque le Rabbi accompagne quelqu’un, il surveille personnellement chacun de ses mouvements, il vérifie ses efforts pour mener à bien la mission qui lui est confiée. Il est alors nécessaire d’assumer cette mission, de la meilleure façon qui soit.
Le Rabbi montre également que la relation entre le Rabbi et son émissaire transcende le temps et l’espace. Elle existe en chaque époque, quelles que soient les conditions. Dans une causerie de la veille de Sim’hat Torah 5727 (1966), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 48, à la page 140, le Rabbi explique :
Certains étaient au service de mon beau-père et maître, le Rabbi, de son vivant dans ce monde, l’un dans un domaine, le second dans un autre domaine. Et, ils voudraient bien pouvoir continuer à le faire, à l’heure actuelle.
Or, c’est précisément en assumant la mission confiée par le Rabbi que l’on se met à son service. Le Rabbi est alors présent dans chaque endroit où l’on se trouve, y compris dans un pays lointain, dès lors que l’on y mène à bien cette mission confiée par le Rabbi.
Or, « ceci ne t’est pas inaccessible… ce n’est pas dans le ciel ». Bien au contraire, « la chose est proche de toi… pour la faire », d’une manière concrète. Il peut en être ainsi pour chacun, le Rabbi peut se trouver avec chacun. Il est possible de voir le Rabbi, en état d’éveil et, de cette façon, de voir également nos maîtres et chefs.
Le Rabbi explique que le voile de la spiritualité peut occulter la parcelle de Divinité que chacun porte en lui. Ainsi, après que le Rabbi ait quitté ce monde, le 10 Chevat 5710 (1950), le doute a pu se faire jour : y a-t-il lieu de poursuivre l’action ? En fait, ce sont alors les émissaires qui poursuivent l’action de celui qui les délègue et, par leur intermédiaire, le Rabbi est alors encore présent. Dans une causerie du 12 Tamouz 5711 (1951), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 3, à la page 214, le Rabbi explique :
Moché, notre maître, voulut que : « tout soit accompli par mon intermédiaire » et il en est de même pour celui qui est l’équivalent de Moché, en chaque génération. Néanmoins, du point de vue du corps, selon la perception des yeux de chair, la matérialité et la grossièreté du monde, on pourrait penser qu’il y a eu un changement, un affaiblissement, en la matière.
On connaît, en effet, le récit des disciples du Baal Chem Tov, auxquels on expliqua que la présence du corps peut avoir pour effet de remettre en cause le maître, ce qu’à D.ieu ne plaise. Combien plus est-ce donc le cas, en la matière, car on ne peut comparer ce qui est : « accompli par mon intermédiaire », après le 10 Chevat 5710, à ce qui l’était avant cela, quand il était encore physiquement présent dans ce monde.
C’est à ce propos que la précision suivante nous est donnée : il n’y a là qu’une épreuve ! Une épreuve est un voile, une occultation, un obstacle, une barrière. Bien plus, la parcelle de sainteté que renferme cette épreuve n’éclaire pas. Il fait donc obscur, au point que la situation elle-même semble être devenue mauvaise.
Malgré cela, écrit mon beau-père et maître, le Rabbi, dans ce discours ‘hassidique, la force nous est accordée de prendre conscience de la vérité, de comprendre qu’il s’agit uniquement d’une épreuve.
Et, le Rabbi explique que c’est précisément là la supériorité de ce dernier exil, par rapport à celui de l’Egypte. Il est dit, en effet, à propos de l’Egypte, que : « ils n’écoutèrent pas Moché à cause de leur esprit étroit et de l’âpre labeur. Dans ce dernier exil, en revanche, la puissance et la détermination nécessaires pour comprendre la vérité, pour avoir conscience qu’il s’agit uniquement d’une épreuve, sont accordées à chacun. Cette situation ne doit donc pas faire obstacle au service de D.ieu.
Il en est de même également pour ce qui fait l’objet de notre propos. On a conscience qu’il n’y a là qu’un voile, qu’une occultation, qu’un obstacle, qu’une barrière. Néanmoins, il est encore nécessaire de : « entendre Moché », de s’en remettre à celui qui est l’équivalent de Moché en notre génération, mon beau-père et maître, le Rabbi, exactement comme on le faisait au préalable.
Bien plus, il faut tirer de cette épreuve une force accrue pour mettre en éveil sa soumission profonde, mais aussi, parce que cela n’est pas suffisant, sa ferme détermination. De la sorte, on ne s’affectera de rien, on assumera la mission qui nous a été confiée et on la mènera à bien. Puisqu’on le demande, il est certain que l’on a la force de ne pas s’affecter, d’accomplir et de réussir tout ce que le Rabbi attendait de nous.
Même si les accomplissements ne sont pas ce qu’ils auraient été, s’ils avaient été accomplis par le Rabbi lui-même, malgré cela, « l’émissaire d’un homme s’identifie à celui qui le délègue ». En outre, la mission peut être assumée de la manière la plus haute, au-delà même de la définition d’une telle mission. De la sorte, on n’est plus uniquement un émissaire, mais, à proprement parler, celui qui délègue.
Certains manifestent leur volonté de ne pas être des émissaires du Rabbi, parce que ceci aurait pour conséquence de les séparer physiquement de lui. Mais, en réalité, l’inverse est vrai. Le Rabbi accompagne ceux qu’il délègue. Un ‘Hassid comprend qu’il en est bien ainsi, au sens le plus littéral. Dans une causerie prononcée le Chabbat ‘Hol Ha Moéd Soukkot 5728 (1967), figurant dans le Torat Mena’hem, tome 51, à la page 34, le Rabbi explique, à ce sujet :
D’aucuns refusent le principe de recevoir une mission, parce qu’ils ne peuvent pas envisager de se séparer du Rabbi. En fait, la vérité est la suivante. Le Rabbi accompagne ceux qui prennent part à cette mission. S’ils étaient de véritables ‘Hassidim, il serait bien évident pour eux qu’il en est effectivement ainsi.
Grâce à son attachement à celui qui le délègue, l’émissaire du Rabbi reçoit, notamment, toutes les forces nécessaires pour mener à bien ce qui est sa mission essentielle, selon l’affirmation du Rabbi lui-même, la révélation de notre juste Machia’h, lors de la délivrance véritable et complète. Dans une causerie figurant dans le Séfer Itvaadouyot 5752 (1991), tome 1, à la page 296, le Rabbi explique, notamment :
La force de recevoir une telle mission émane, de façon générale, de la première mission qui est présentée par la Torah, celle qu’Avraham confia à Eliézer, le mariage de Its’hak et de Rivka. Lors de cette première mission, Avraham, celui qui déléguait, donna « tout ce qu’il possédait », car c’est uniquement de cette façon que la mission pouvait être menée à bien. Chaque détail devait être pénétré de cette union entre Its’hak et Rivka.
Il en est donc de même, chaque fois qu’un Juif reçoit la mission de servir son Créateur. Celui Qui le délègue, le Saint béni soit-Il lui accorde alors toutes les forces émanant de Son Essence, « tout ce qu’Il possède », si l’on peut s’exprimer ainsi pour que l’âme et le corps s’unissent, dans ce monde matériel.
De cette façon, chaque détail, jusqu’au plus infime, du service de D.ieu du peuple d’Israël, peut être pénétré d’un point unique, le plus central, qui est la finalité ultime, la révélation de notre juste Machia’h, qui marquera la perfection de la mission, l’union totale entre le Saint béni soit-Il et le monde.
Dans la relation qui se tissa entre le Rabbi et les Juifs de Syrie, il est bien évident que ce qui conserve un caractère confidentiel dépasse ce qui peut être révélé. Ainsi, pendant une longue période, une action secrète fut dirigée à partir du bureau des secrétaires du Rabbi.
C’est de cette façon que des objets de culte furent expédiés aux Juifs de Syrie grâce à des relations diplomatiques. Le Rav de la communauté syrienne de New York, dont l’immense synagogue se trouve à Ocean Parkway, relate :
«A l’époque, le Rabbi connaissait les noms de la majeure partie des Juifs de Damas et, pour nombre d’entre eux, il savait aussi quelle était leur situation personnelle».
L’une de ces années, un représentant des Juifs de Syrie passa devant le Rabbi, à la veille de Yom Kippour. Le Rabbi lui emplit les mains de gâteau au miel. Pour chaque part de gâteau qu’il lui tendait, le Rabbi multipliait les bénédictions et disait : « Ceci est pour la Syrie. Ceci est pour les Juifs de Syrie. »
De nos jours, la Syrie ou ce qui en reste évoque le chaos, la destruction, la guerre sanglante, des centaines de milliers de victimes. Dans cet endroit du monde, les vapeurs de gaz sont devenues le quotidien banal, la vie n’a plus aucune valeur. Un nombre incalculable de familles ont perdu tout espoir.
La communauté juive de Syrie, au sommet de sa gloire, comptait plusieurs dizaines de milliers de Juifs, des centaines de Sifreï Torah, se trouvant dans des dizaines de synagogues. De nos jours, il ne reste qu’une poignée de Juifs, quelques dizaines, dans les deux grandes villes du pays, Damas et Alep, à l’issue d’un effondrement démographique.
Selon le témoignage d’un représentant de la petite communauté de Damas, qui fut interviewé par un journaliste israélien, Assaf Guibor, les quelques Juifs de la ville s’efforcent de mettre en pratique la Torah et les Mitsvot.
Ces Juifs parviennent, parfois, à organiser une prière commune dans la grande synagogue de Damas, qui n’a pas été détruite. Il a même pu leur arriver de prier ensemble trois fois par jour et les coutumes des fêtes de l’antique communauté de Damas y sont encore respectées, de nos jours.
A Alep, il ne reste plus que sept femmes juives et pas un seul homme. De nombreux Juifs sont morts dans les bombardements des forces de l’armée syrienne, dans tout le pays et la synagogue Elyahou Ha Navi de Damas, a été entièrement détruite.
Durant l’été 5733 (1973), alors que le Rabbi dirigeait les ‘Hassidim depuis trente-deux ans, il lança la conquête spirituelle du monde par les « tanks de Mitsvot » et les campagnes de diffusion des Mitsvot. C’est alors que le lexique ‘Habad s’est enrichi d’expressions comme : « campagne des Tefillin » ou : « campagne des Mezouzot ».
Les responsables de cette « campagne des Mezouzot », à New York, étaient alors le Rav Lippe Brenan, actuellement l’un des responsables du Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h et le Rav Shraga Zalmanov, actuellement émissaire du Rabbi dans le Queens.
Leur quartier général était installé dans un bureau appartenant aux jeunes de l’association ‘Habad, à Crown Heights. Là, grâce à une campagne dans les médias, des Juifs téléphonaient et ils demandaient que l’on vienne chez eux, vérifier leurs Mezouzot. Les deux jeunes gens leur rendaient ensuite visite.
Se souvenant de cette période, le Rav Lippe Brenan raconte :
« J’arrivais au bureau des jeunes de l’association ‘Habad tous les matins. Je vérifiais les rendez-vous qui avaient été pris la veille. Je les classais selon leur localisation et je me rendais, chaque jour, dans un quartier différent. Par la suite, je rédigeais une carte indiquant ce qui avait été fait dans chaque maison, vérification des Mezouzot, Tefillin mises, discussions avec les personnes.
Mon premier contact avec les Juifs de Syrie a eu lieu, quand je me suis rendu, avec mon ami Elyahou Sufrin, qui était alors un élève de la Yechiva et qui est maintenant un Rav en Angleterre, à Ocean Parkway, un quartier dans lequel est installée une communauté importante, originaire de ce pays. Nous sommes entrés, notamment, dans un magasin de fournitures électriques et électroniques, qui appartenait à Raphaël Bettache, un Juif syrien, pratiquant et portant la Kippa.
Dès mon entrée, j’ai observé qu’il n’y avait pas de Mezouza. Nous nous sommes présentés au propriétaire et nous lui avons demandé si c’était bien lui qui avait demandé une vérification de Mezouzot. Il nous a regardés avec surprise et il a affirmé qu’il ne nous avait pas contactés, à propos de ces Mezouzot.
Nous l’avons remercié poliment et nous nous apprêtions à repartir quand il a dit qu’il avait dernièrement fait l’acquisition de Mezouzot neuves, mais n’avait pas eu le temps de les mettre à leur place. Il nous proposait donc de les vérifier et de les fixer aux portes.
Bien entendu, nous avons accepté. Je me suis dit que nous n’étions pas venus pour rien. Nous avons donc vérifié ces Mezouzot. Certaines n’étaient pas valables et nous les avons remplacés par de bonnes Mezouzot.
Monsieur Bettache nous a dit que notre venue était un effet de la divine Providence. En effet, nous étions arrivés alors qu’il s’apprêtait à fixer ces Mezouzot. Or, certaines d’entre elles n’étaient pas valables.
Par la suite, il nous a demandé de vérifier les Mezouzot, chez lui, chez sa mère et chez ses frères. C’est ainsi qu’un lien s’est créé entre nous. Grâce à tout cela, la communauté syrienne a appris que des jeunes gens du mouvement Loubavitch vérifiaient les Mezouzot dans les maisons. Plusieurs de ses membres nous ont demandé de passer chez eux.
Au cours de ces visites, nous avons eu un échange avec ces personnes à propos de leur pratique juive et c’est de cette façon que nous sommes entrés en contact avec l’ensemble de cette communauté. Par la suite, nous avons fait venir un Sofer dans leur synagogue centrale Chaareï Tsion, à Ocean Parkway.
De nombreux membres de la communauté syrienne ont apporté leurs Mezouzot à ce Sofer pour qu’il les vérifie. C’est ainsi que la campagne des Mezouzot qui avait commencé par un contact imprévu avec Raphaël Bettache s’est étendue à toute la communauté syrienne et a été un immense succès.
Entretemps, notre amitié avec Raphaël Bettache s’est raffermie. Un jour, il m’a expliqué, avec beaucoup de peine, que la communauté syrienne de New York, installée à proximité de la synagogue Chaareï Tsion, s’employait, depuis quelques temps, à envoyer des objets de culte aux Juifs qui étaient restés en Syrie. Or, tous les colis de Tefillin et de livres sacrés qui avaient été expédiés là-bas avaient été restitués aux expéditeurs. Il m’a demandé si le mouvement Loubavitch disposait d’un moyen de faire parvenir ces objets de culte à destination. Je lui ai promis de voir ce que je pourrais faire, à ce propos.
J’ai ensuite rapporté les termes de cet échange à mon ami Shraga Zalmanov, qui était aussi responsable de la campagne des Mezouzot. Il a lui-même fait intervenir ses contacts et c’est de cette façon que tout a commencé. Je n’en sais pas plus ».
Le magazine Kfar ‘Habad a enquêté sur l’intervention du mouvement ‘Habad dans les envois de colis en Syrie. Le Rav Zalmanov, dans un premier temps, préférait garder le silence. C’est uniquement par la suite qu’il a révélé quelques éléments. Néanmoins, l’essentiel de ce qui se passa alors resta caché :
« Le Rabbi intervenait personnellement en tout ce qui était fait et cela n’était pas du tout évident pour nous. Tout d’abord, il fallait vérifier la possibilité d’envoyer des colis et déterminer la manière la plus sure de le faire, afin qu’ils ne soient pas interceptés. Il y avait aussi beaucoup d’autres précautions qui étaient nécessaires.
Après toutes ces vérifications effectuées par le Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h, la branche éducative du mouvement Loubavitch, il fut décidé que le meilleur moyen d’envoyer ces colis était la voie diplomatique et qu’il fallait donc faire intervenir l’ambassade des Etats-Unis à Damas.
A ce stade, le Rav ‘Hadakov, directeur du secrétariat du Rabbi, contacta, au nom du Rabbi, le Rav Avraham Hecht, qui était le rabbin de la communauté des Syriens, à Ocean Parkway. Celui-ci possédait déjà une expérience, en la matière. Il fut chargé d’organiser ces envois et il s’adressa aussitôt aux autorités, à Washington ».
Dans la même période, le Rabbi rédigea la lettre suivante, faisant allusion à l’action menée en faveur des Juifs de Syrie :
Par la grâce de D.ieu, 11 Tamouz 5743 (1983),
Brooklyn, New York,
A madame…, Vancouver, Canada,
Je vous bénis et vous salue,
J’ai reçu votre lettre du 20 mai avec beaucoup de retard. Vous me décrivez ce que vous faites pour le Judaïsme de Syrie et vous me demandez mon avis, à ce sujet. Vous m’écrivez que, pendant les trois dernières années, vous avez œuvré pour cette cause, avec plusieurs autres personnes et différents organismes.
Vous avez sans doute connaissance des efforts de plusieurs groupes menant une action similaire. A mon humble avis, il serait bon que les divers organismes intervenant, dans cette action qui est menée au profit du Judaïsme de Syrie, collaborent dans ce qu’ils accomplissent et mettent en commun les données dont ils disposent, afin d’exercer les pressions les plus larges et d’obtenir des résultats.
De même, je pense que, de façon générale, ce que l’on appelle la diplomatie silencieuse est, bien souvent, efficace pour atteindre les objectifs. En tout état de cause, l’expérience du passé doit permettre de déterminer la voie la plus appropriée, pour l’avenir. C’est aussi la raison pour laquelle l’action doit être menée dans la collaboration. Avec ma bénédiction,
Mena’hem Schneerson,
* * *
On rapporte aussi le récit relatif à la photographie du Rabbi qui circula, à l’époque, en Syrie. Monsieur Salah Louz, l’adjoint de celui qui fut le grand rabbin des Juifs de Syrie, le Rav Avraham Hamara, révéla au magazine Kfar ‘Habad, quelques aspects des contacts établis par le Rabbi avec les Juifs de Syrie :
« A Damas, où je résidais encore il y a quelques années, il n’y avait pas un seul Juif qui ne portait sur lui la photographie du Rabbi. Pour la plupart, ces Juifs avaient aussi, dans la poche se trouvant près du cœur, un dollar du Rabbi, qu’ils étaient parvenus à se procurer on ne sait trop comment. Quand on se déplaçait dans la voiture d’un Juif, on voyait, bien souvent, un dollar du Rabbi, encadré ou bien une photographie.
A l’époque, il n’était pas aisé de se procurer ces photographies et, bien souvent, les Juifs payaient des sommes conséquentes, pour les obtenir. Je me rappelle qu’à certaines périodes, ces photographies se vendaient une trentaine de dollars, soit la somme qui permettait d’assurer sa subsistance pendant trois semaines, une véritable fortune. Et, les Juifs payaient ce prix avec le plus grand enthousiasme !
Je me rappelle qu’une fois, un homme est arrivé de Brooklyn et il a apporté à l’ambassade américaine, à Damas, un grand nombre de photographies du Rabbi, afin qu’elles soient distribuées aux Juifs de la communauté. Il ne leur a pas apporté de l’argent ou des aliments, mais ces photographies, il savait que, chez nous, à Damas, celles-ci étaient le cadeau le plus précieux que l’on pouvait offrir à un Juif.
A l’époque, le contact avec le Rabbi était permanent et toutes les menaces, toutes les poursuites de la part de la Moukhabarat, la force de sécurité d’Assad inspirant l’effroi, n’ont pas permis de l’interrompre ».
Salah Louz, alors qu’il résidait encore à Damas, fut, une fois, sévèrement frappé par un officier de l’armée syrienne, ce qui a considérablement affaibli son acuité visuelle, jusqu’à ce jour. De ce fait, il lui fallut subir une intervention chirurgicale, dans un hôpital de Damas. A l’issue du traitement, les médecins lui dirent qu’il ne retrouverait jamais la vision qu’il avait au préalable et qu’il était même envisageable qu’il la perde complètement et devienne aveugle.
Salah Louz refusa ce verdict et il organisa un voyage aux Etats-Unis, afin d’y subir une seconde intervention chirurgicale. Les autorités autorisèrent son voyage, à la condition que les membres de sa famille restent en Syrie comme otages, conformément à l’usage qui était alors en vigueur. C’est effectivement ce qui se passa.
Les détails de ce récit sont révélés ici pour la première fois. Salah Louz se rendit effectivement en Amérique, mais, de là, il fut conduit en Israël. Il raconte :
« Lorsque je suis allé aux Etats-Unis, avant de subir une seconde opération, je me suis rendu chez le Rabbi afin de solliciter sa bénédiction. Il me l’a accordée, m’a assuré que cette intervention serait un succès et sa bénédiction s’est pleinement réalisée.
En Israël, le professeur Ben Sira est parvenu à restituer à un œil trente pour cent de son acuité, mais le second est resté aveugle. Après l’opération, j’ai été conduit en Italie et c’est de ce pays que je suis rentré en Syrie. On m’a remis des documents officiels selon lesquels l’intervention chirurgicale avait bien eu lieu aux Etats-Unis.
Je suis monté en Israël, avec toute ma famille en 5753 (1993) et j’y réside encore ».
* * *
Il y a de nombreuses années, le Rav Hecht rapporta le récit suivant : « Il y a bien longtemps, le président Assad avait très peur de tout ce qui était susceptible de remettre en cause son pouvoir. Il suffit de rappeler qu’il fit exécuter plus de cinquante mille hommes qu’il suspectait d’être des opposants à son autorité.
Parmi ces suspects, figuraient les Juifs et Assad portait atteinte à leurs libertés de toutes les façons possibles. Tout d’abord, il les isola totalement de leurs frères, les Juifs originaires de Syrie qui s’étaient installés aux Etats-Unis et, plus encore, de ceux qui se trouvaient en Erets Israël. Les contacts téléphoniques n’étaient autorisés que très rarement et ils étaient toujours surveillés. Des écoutes avaient été mises en place pour cela.
Les courriers adressés à l’étranger ou bien reçus de l’étranger devaient subir une censure sévère. Des hommes d’affaires étaient emprisonnés uniquement parce qu’ils étaient juifs. A Damas et à Alep, la police secrète suivait de près les faits et gestes de la communauté et de ses institutions. Bien entendu, l’importation du moindre objet en provenance de ‘l’état sioniste’ était alors formellement interdite.
Assad savait que les Juifs étaient prêts à tout pour fuir le pays. Il les faisait donc surveiller de près. Lorsque, à titre exceptionnel, un Juif était autorisé à quitter le pays, il devait alors laisser un ‘gage’ de son retour, son épouse ou ses enfants et, en outre, payer une taxe de sortie d’un montant exorbitant.
Par la suite, Assad fit marche arrière, jusqu’à un certain point et il annula un bon nombre de restrictions. Il en arriva même à faire garder le ghetto juif pour le protéger des at-
taques de la part des palestiniens et des islamistes. Cependant, à l’époque, la situation était d’ores et déjà devenue insupportable.
A une époque, certains voulurent organiser des manifestations, à New York, pour prendre la défense des Juifs de Syrie. Mais, le Rabbi signifia son opposition à ces manifestations et, bien entendu, je me suis conformé à son avis. Ceux qui tenaient à ces manifestations se sont violemment opposés à moi, mais j’ai maintenu ma position.
Par la suite, il s’est avéré que ces cris et ces protestations avaient eu pour seul effet d’attiser la colère des autorités syriennes, ce qui mettait en danger, à proprement parler, la vie des Juifs de Damas et d’Alep. Les manifestations ont donc été remplacées par deux réunions de prière, au cours desquelles je me suis efforcé qu’aucune critique ne soit émise, en public, contre le gouvernement syrien.
Par la suite, plusieurs actions ont encore été menées en faveur des Juifs de Syrie. Pour la plupart, elles doivent encore rester confidentielles. A l’époque, nous avons multiplié les contacts avec les consulats et les ambassades des pays qui étaient susceptibles d’exercer une quelconque influence sur la Syrie.
Je peux vous révéler que nous avons eu des contacts également avec les dirigeants de l’église et même avec le pape. Nous sommes intervenus largement à Washington. Tout cela est resté secret et les médias n’en ont pas parlé. En dehors de ceux qui étaient directement concernés, nul n’en a eu connaissance.
Nous avons rencontré, à plusieurs reprises, l’ambassadeur de Syrie à Washington. Quand il a pu constater que nous ne manifestions pas d’opposition à son gouvernement, il nous a accordé son appui. Il a compris que nous recherchions uniquement la réunion des familles. Et, ces démarches ont eu de multiples conséquences.
Il ne s’agissait pas de faire sortir les Juifs du pays. A l’époque, c’était un rêve inaccessible. Nous voulions qu’ils aient de meilleures conditions de vie, qu’ils puissent se déplacer à l’étranger comme ils le désiraient, qu’ils aient des contacts téléphoniques avec les autres pays et qu’ils soient protégés par les autorités locales. Certains avaient été emprisonnés uniquement parce qu’ils étaient juifs et, après beaucoup d’efforts, nous sommes parvenus à les faire libérer. Il y a eu d’autres acquis encore, qui doivent rester confidentiels.
Au cours d’une réunion avec l’ambassadeur de Syrie à Washington, nous avons été invités à rendre visite à la communauté juive de Syrie, afin d’observer sa situation de nos propres yeux, de parler à ses membres et de les encourager. J’ai interrogé le Rabbi, sur cette proposition. Il m’a immédiatement répondu que je devais faire ce voyage et qu’il en était très satisfait.
Bien entendu, les préparatifs du voyage ont été extrêmement discrets. Au final, il y a eu des événements imprévus et le voyage n’a pas eu lieu parce que nous l’avons nous-même annulés. Les Syriens faisaient preuve de bonne volonté. Ils nous ont même promis une garde rapprochée, pendant toute la durée du voyage. Jusqu’à ce jour, je regrette amèrement de n’avoir pas fait ce voyage, malgré les évènements impondérables qui l’ont rendu impossible.
Sans faire d’intervention directe, le Rabbi était constamment présent. Il connaissait le moindre détail de ce que je faisais et de mes démarches. En permanence, il me donnait des conseils et des bénédictions. Le Rabbi savait tout ce qui se passait dans la communauté de Damas. Lorsque le Rabbi
m’accordait une audience, au cours de laquelle je demandais une bénédiction pour un Juif de Damas, il répondait aussitôt : ‘Ah ! Celui qui se trouve à tel endroit ?’
Quand on dit qu’il est le Rabbi du monde entier, il faut prendre ces mots véritablement à la lettre. En l’occurrence, je peux témoigner qu’il connaissait la plupart des Juifs de Damas, par leur nom et leur situation particulière. De plus, je sais que le Rabbi a fait d’autres interventions, par différentes voies, pour que les colis puissent être envoyés en Syrie, mais je n’ai pas d’informations plus précises, à ce sujet.
Pour ce qui est de l’envoi d’objets de culte, le Rav ‘Hadakov, directeur de son secrétariat, m’a appelé, une fois et il m’a dit :
‘Ecoute, Avraham, une opportunité se présente maintenant à nous. Des Juifs de Damas se sont adressés au Rabbi pour qu’il leur envoie des objets de culte’.
Dans la suite de la conversation, j’ai compris que ces Juifs s’étaient adressés précisément au Rabbi, que le Rav Hadakov avait été chargé par le Rabbi de me contacter et que, désormais, il m’appartenait d’agir !
Je me suis donc aussitôt mis à l’action. La communauté a réuni un grand nombre d’objets de culte et de livres sacrés. Nous les avons envoyés au Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h, qui s’est chargé de les expédier à bon port. Pour notre part, nous ne savions quelle était exactement la situation, à Damas et nous n’étions pas certains que ces colis attendraient leur destination. Malgré cela, nous avons pris la décision d’essayer.
Il est intéressant de constater que les Juifs de Syrie ont fait le choix du Rabbi, à proprement parler. Ils le connaissaient, lui faisaient confiance, avaient la conviction qu’il pouvait améliorer leur sort. Pendant des années, il a satisfait leurs besoins dans la discrétion la plus totale. Il n’y a pas un coin du monde que le Rabbi ne connaissait pas. Le monde entier lui était familier et il était lui-même familier au monde entier.
Combien de récits découvre-t-on soudain, chaque jour, qui se sont passés en Asie, en Afrique ou dans les coins les plus reculés ? Dans tous ces endroits, on connaissait bien le Rabbi. Nous-mêmes, nous n’avons pas idée de l’influence qu’il exerçait réellement. Il est difficile de comprendre comment le Rabbi pouvait résider à Brooklyn et savoir ce qui se passait dans le monde entier. »
* * *
Le Rav Yom Tov Guindi, qui réside à Kfar ‘Habad, en Erets Israël, est né à Alep, en 5716 (1956). Ses parents lui ont donné une éducation juive traditionnelle. A l’époque, la communauté comptait environ deux cents enfants. Ceux-ci, dès leur plus jeune âge, subissaient les effets d’une législation impitoyable, qui limitait leur étude du Judaïsme à une heure par semaine.
A l’époque, ces enfants fréquentaient donc l’école jusqu’à midi, heure à laquelle les cours se terminaient. Puis, ils rentraient chez eux et ils passaient ensuite l’après-midi dans la grande synagogue de la ville, où ils étaient répartis en classes et ils étudiaient la Torah jusqu’au soir. Le Rav Guindi raconte :
« Nous avions peur de la police secrète et, de ce fait, un élève se trouvait toujours à la porte de la synagogue pour surveiller les allées et venues, notamment l’approche d’un soldat, d’un policier ou de n’importe quel homme suspect.
En cas de doute, il prévenait et tous les enfants entraient vite dans la synagogue, prenaient des livres de Tehilim et se mettaient à les réciter. Nous craignions non seulement les autorités, mais aussi les voisins arabes. Ils nous attendaient à la porte de l’école, nous insultaient, nous attaquaient et nous battaient.
Malgré tout cela, la vie de la Torah était très belle. Je me souviens, en particulier, des merveilleuses célébrations de Sim’hat Torah. De fait, il en est systématiquement ainsi, car, plus l’on se trouve dans l’obscurité, plus l’on recherche la lumière et l’on se rapproche de D.ieu.
Je me rappelle aussi de la fête de Soukkot. Lorsque nous passions dans la rue en portant les grandes branches qui servaient de toiture à la Soukka, ils nous frappaient toujours. Nous savions que nous n’en ressortirions pas indemnes.
Cette vie difficile a conduit de nombreuses familles à tenter de fuir le pays. Il faut préciser que la communauté juive comptait, à l’époque, deux mille personnes et que la police secrète connaissait chacune d’elles par son nom.
Pendant cette période, chaque fois qu’une personne disparaissait pendant une nuit, ses parents devaient se présenter aux autorités dès le lendemain matin pour déclarer sa disparition. En général, ils affirmaient qu’ils ne savaient rien de ce qui avait pu se passer.
Pour ma part, j’ai pris la décision de m’enfuir quand j’avais dix-sept ans, en 5733 (1973). Le jour de la fuite, je me suis rendu à pied, avec mes deux sœurs, qui m’ont accompagné dans mon voyage, à l’endroit qui avait été convenu avec le passeur. Nous étions terrifiés. Nous sommes passés devant le commissariat de police et notre cœur a arrêté de battre. Nous avions parfaitement conscience de ce qui se produirait, si nous étions attrapés. Les tortures syriennes étaient bien connues et célèbres, à l’époque.
Quelques heures plus tard, nous sommes arrivés à la frontière libanaise et le passeur nous a demandé de faire semblant de dormir. La voiture s’est arrêtée pour le contrôle frontalier. Le chauffeur est descendu et il a ouvert le coffre du véhicule, pour l’inspection. Soudain, j’ai senti une lumière aveuglante. C’étaient un projecteur qu’ils avaient dirigé sur mon visage. J’avais très peur et je priais, en silence.
Lorsque nous avons passé la frontière, j’ai remercié D.ieu et j’ai voulu parler au chauffeur, mais il m’a fait signe de me taire. En arrivant à Beyrouth, nous avons eu l’impression de passer de l’obscurité à la lumière. Je me souviens avoir dit à mes sœurs :
‘Vous vous rendez compte ? Nous avons passé la frontière !’.
Par la suite, je n’ai plus jamais eu de contact avec le reste de ma famille. Le lendemain, le passeur s’est approché du magasin de mon père et il lui a fait un signe de la main pour lui indiquer que notre transfert s’était bien passé.
C’est de cette façon que nous sommes arrivés au Liban, pays dans lequel les Juifs avaient la liberté de leurs mouvements. Pourtant, nous ne pouvions nous empêcher de ressentir l’omniprésence de la police secrète syrienne.
Quelques jours plus tard, nous avons pris, à l’aéroport de Beyrouth, un avion pour Paris, puis un second vol nous a conduits en Israël, où je me suis inscrit à l’institut supérieur d’études mathématiques. C’est là que, un jour de ‘Hanouka, des ‘Hassidim ‘Habad sont venus nous réjouir. Dès que je les ai vus, j’ai voulu être comme eux. Ils étaient heureux, joyeux. Ils sont venus avec des instruments de musique et cet instant de bonheur a changé le cours de ma vie.
Par la suite, j’ai fréquenté le Beth ‘Habad de ‘Holon, puis la Yechiva de Kfar ‘Habad, jusqu’à devenir, à mon tour, un ‘Hassid ‘Habad ».
* * *
Quelle est l’autorité de Washington qui fut consultée par le Rav Hecht ? Celui-ci raconte : « Il y avait un membre de la communauté syrienne de New York qui s’appelait Stéphane Chalom. Son père, Its’hak Chalom, était l’un des présidents de la communauté et, à ce titre, il avait des contacts avec les autorités de Washington. Pendant une certaine période, il a également été proche du Rabbi Rayats.
Le fils, Stéphane Chalom, était, à l’époque, l’ami d’un membre du congrès, Stéphane Stolerz. Le congrès l’avait chargé de faire une étude sur les populations en détresse dans différents pays du globe et il devait rendre compte de ses recherches au State Department. Dans le cadre de cette étude, il avait rencontré le président d’Egypte et le shah d’Iran. Il s’était rendu aux Philippines et dans d’autres pays encore.
Les deux amis, Chalom et Stolerz, menèrent ensemble de nombreuses actions, au fil des années, pour faciliter les conditions de vie de la communauté de Syrie. L’ambassadeur d’Amérique à Damas était un ami personnel de Stéphane Stolerz.
Nous les avons donc contactés tous les deux et c’est par leur intermédiaire que nous avons pu avoir un contact avec l’ambassadeur, qui a accepté de recevoir les colis par la valise diplomatique et de les transmettre au Rav Avraham Hamara, qui devint par la suite le grand rabbin de Syrie, de même qu’à un autre Rav qui se trouvait là-bas. Les deux Rabbanim obtenaient donc les objets de culte et certaines sommes d’argent auprès de l’ambassade américaine et ils les répartissaient au sein de la communauté, à Damas et à Alep.
Bien entendu, il y avait là un réel danger, car la police secrète suivait en permanence les membres de la communauté et, a fortiori, les rabbins. A l’époque, Assad mettait un point d’honneur à ce qu’il n’y ait aucun contact entre la communauté juive de Syrie et le monde occidental ».
C’est le Rav Lippe Brenan qui complète ce récit :
« Quand nous avons obtenu le feu vert, nous avons immédiatement fait savoir à la communauté syrienne de Ocean Parkway que les colis qui seraient adressés par l’intermédiaire du mouvement Loubavitch avaient de plus grandes chances d’arriver à bon port. La communauté voulut financer leur envoi, mais la somme qu’elle collecta était insuffisante et la majeure partie des frais fut prise en charge par le Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h.
Nous avons ainsi envoyé plusieurs grosses caisses, je ne me souviens plus de leur nombre, contenant des Mezouzot, des Tefillin, des livres sacrés qui étaient essentiellement des Siddourim, des Ma’hzorim et des livres du ‘Houmach. Dans chaque caisse, se trouvait une lettre indiquant que son contenu était un don de la communauté syrienne de New York à la communauté de Damas. Les destinataires étaient le vieux Rav de la communauté et le Rav Avraham Hamara, qui s’étaient engagés à répartir les envois entre Damas et Alep. »
Le Rav Shraga Zalmanov décrit l’organisation concrète de ces envois :
« Lorsque tout fut réglé auprès des autorités, nous avons commencé à nous occuper des colis proprement dits et de leur
envoi. Il s’agissait surtout de plusieurs dizaines de Mezouzot et de Tefillin. Parfois, un colis pouvait en contenir plus d’une centaine de paires.
Avant Roch Hachana 5735 (1974), nous avons appris que la communauté manquait de Ma’hzorim pour les prières de Roch Hachana et de Yom Kippour. Nous en avons acquis une grande quantité, selon leur rite, en relativement peu de temps. Ce fut une histoire compliquée. Au final, je suis parvenu à trouver ces livres en Alabama et, aussitôt, nous nous sommes organisés pour les envoyer, car les délais étaient courts.
La compagnie de transport qui effectuait les envois pour notre compte appartenait à un israélien qui habitait, à l’époque, à New York. Il se trouve que cet homme était un infirme de Tsahal et qu’il avait lui-même été prisonnier en Syrie, après la guerre de Kippour. J’ai fait livrer les caisses de Ma’hzorim dans son entrepôt et il s’est occupé de tous les aspects techniques. C’est lui qui a organisé l’envoi des colis en Syrie.
Il ne restait que très peu de temps, avant Roch Hachana et, de ce fait, il nous était impossible d’envoyer les colis par l’ambassade américaine de Damas. Tout d’abord, les caisses étaient très nombreuses. En outre, l’ambassade n’était pas capable d’assurer la livraison en un délai aussi restreint. Nous avons donc décider de prendre un risque et, cette fois-là, nous ne sommes pas passés par la valise diplomatique, mais par un envoi courant, à l’aéroport de Damas, au nom du Rav Avraham Hamara.
Nous savions que les autorités pourraient confisquer ces livres et qu’ils seraient alors tous perdus. Il y avait cinq cents Ma’hzorim dans de grandes caisses, très lourdes. Les autres caisses, contenant les Mezouzot et les Tefillin, furent expédiées par la voie habituelle. Avec l’accord de l’ambassadeur, elles ont été envoyées à l’ambassade. C’est là qu’on les a prises pour les distribuer aux membres de la communauté.
Qui est venu chercher ces colis à l’ambassade ? Je ne le sais pas moi-même, mais, le fait est, elles sont parvenues à bon port. Je sais, en revanche, qu’il y avait, à l’ambassade américaine, un homme qui était chargé des contacts avec la communauté juive. C’est vraisemblablement lui qui leur a livré ces caisses.
Il y eut, ainsi, une dizaine d’envois. Tous contenaient des Tefillin et des Mezouzot et, dans l’un d’entre eux, il y avait, en outre ces Ma’hzorim et des Siddourim. Les caisses de Tefillin et de Mezouzot étaient plus petites que celles des Ma’hzorim. Dans chaque colis, il y avait entre cinquante et cent paires de Tefillin, de même que de nombreuses Mezouzot.
L’ensemble de ces envois dura plus d’une année, ce qui est un délai relativement long. En effet, Raphaël Bettache organisait l’envoi suivant uniquement après avoir reçu la confirmation de Damas que le précédent était déjà arrivé à bon port ».
Le Rav Hecht révéla quelques autres détails :
« Le gouvernement syrien accepta l’entrée des Siddourim sur son territoire à la condition que le nom d’Israël n’y soit pas mentionné. Or, certains exemplaires avaient effectivement été imprimés en Israël et nous avons donc systématiquement déchiré la page de garde, indiquant le nom de l’imprimeur et son adresse.
Sur les documents officiels, l’expéditeur de ces colis était le Rav Chmouel Butman, directeur des jeunes de l’association ‘Habad. Peu après, nous avons reçu une lettre de remerciement du Rav Avraham Hamara, rédigée en français, à l’en-
tête de la communauté juive de Syrie. Cette lettre portait aussi un tampon, en arabe, émanant de la censure syrienne ».
Concernant la correspondance entre les Rabbanim de Damas et le mouvement Loubavitch, le Rav Lippe Brenan raconte :
« A chaque caisse était jointe une lettre demandant de confirmer que son contenu avait bien été reçu dans son intégralité et d’indiquer si les autorités avaient fait des difficultés pour distribuer les Mezouzot ou les Ma’hzorim. Nous savions qu’en Syrie, tout était possible. Nous avions la crainte que les Moukhabarat, les forces secrètes d’Assad, permettent au destinataire de recevoir les caisses, mais lui interdisent de les distribuer.
De façon générale, après chaque envoi, nous recevions un accusé de réception du Rav Hamara, confirmant aussi la distribution de son contenu. D’ordinaire, il écrivait deux lettres, l’une à la communauté syrienne, l’autre au mouvement Loubavitch. A l’époque, j’ai vu l’une des lettres qui nous est parvenue. Je ne sais pas où ces lettres se trouvent maintenant. Il écrivait effectivement que tout le contenu avait été distribué.
Ces envois ont également permis de tisser des liens avec les Juifs de Syrie et ceux-ci se sont maintenus l’hiver suivant. Nous avons continué à vérifier les Mezouzot des membres de la communauté, auxquels nous rendions visite tous les vendredis. Ils nous connaissaient bien et notre action a pris des formes multiples.
En Tichri 5735 (1974), j’ai conduit monsieur Bettache chez le Rabbi pour la première fois, afin qu’il recçoive du gâteau au miel, à la veille de Yom Kippour. Nous sommes passés devant son bureau et le Rabbi lui a donné ce gâteau. Le Rav Groner, son secrétaire, indiqua au Rabbi que Raphaël Bettache était celui qui organisait les envois d’objets de culte. J’étais devant le Rabbi et j’ai vu son visage s’éclairer, avec un immense sourire, si particulier.
Le Rabbi donna à monsieur Bettache une autre part de gâteau, puis encore une autre, au point de lui remplir la main. Au total, il lui en donna six ou sept. A chaque fois, il disait : ‘Ceci est pour la Syrie’, ‘Ceci est pour les Juifs de Syrie’, ‘Vous enverrez ceci’, ‘Vous distribuerez ceci ici et là-bas’. Le Rabbi lui donna des bénédictions à profusion.
Dans la communauté syrienne, cet homme était considéré comme un homme ordinaire. Or, le Rabbi le couvrait de bénédictions et l’honorait. Il en fut profondément ému, comme si le Rabbi lui attribuait tout le mérite des colis envoyés. C’était, pour lui, une marque d’honneur au-delà de toute mesure.
Par la suite, monsieur Bettache poursuivit ses actions pour sauver les Juifs de Syrie et venir en aide au mouvement ‘Habad. Chaque fois qu’un besoin se faisait sentir, une relation, une rencontre, une collecte, nous nous adressions à lui et il répondait présent avec bienveillance. Il en fit de même également pour le mouvement Loubavitch, jusqu’à son dernier jour.
De nombreuses années plus tard, nous nous trouvions chez lui et nous évoquions la vérification des Mezouzot dans le quartier, les envois de livres en Syrie. Et, nous nous sommes demandés qui avait bien pu nous adresser la demande de venir vérifier les Mezouzot dans son magasin. Après une longue réflexion, il a dit :
‘C’était sûrement le prophète Elie’. »
Il convient de préciser la responsabilité mutuelle des Juifs, que l’on compare au fait qu’un homme possède une tête et un pied et de la même façon, tous les Juifs sont une seule personne, un seul corps. L’unité des membres du corps peut être envisagée de différentes façons et il en est de même également pour l’unité d’Israël.
Traduit par le Rav Haim Mellul
A) Le corps est entier quand il a tous ses membres, car, s’il en manque un seul, y compris le plus accessoire et inférieur, le corps n’est plus entier.
B) A un stade plus haut, tous les membres se complètent et ils ont besoin l’un de l’autre. C’est pour cela qu’une saignée du pied peut guérir la tête, pour cela également que le pied fait tenir la tête debout et qu’il la conduit. C’est alors le pied qui devient tête et la tête qui devient pied, car, en ce cas, la tête reçoit du pied.
Il en résulte que chaque membre est une « tête » par la qualité spécifique qu’il possède, par laquelle il influence tous les autres membres, au point que : « il n’y a plus de tête et plus de pied ».
Mais, selon ces deux définitions, une différence existe encore entre les membres. C’est bien évident selon la première, puisque l’intégrité du corps suppose la présence de tous ses deux-cent-quarante-huit membres à la fois, lesquels, en outre, doivent être séparés, ce qui veut dire que tous possèdent les deux cent quarante-huit qualités de chaque membre. Tous les membres participent à la constitution de ce grand corps.
C’est vrai aussi selon la seconde définition, dans laquelle la qualité de chaque membre, par rapport aux autres, n’apparaît pas clairement, car tous sont des « têtes ». Malgré cela, la qualité de chaque membre est bien dans son domaine propre, dans ce qui le distingue de tous les autres.
En fait, l’unité véritable, au sein du corps, est réalisée quand chaque membre ressent que son existence essentielle ne réside pas dans ses qualités spécifiques, mais dans le fait qu’il est une partie de l’homme, dans son ensemble. Cet aspect est identique dans tous les membres, qui sont tous une partie du corps, de la même façon et c’est pour cela que l’unité entre eux est totale.
Il en est de même également pour l’unité d’Israël. Tous partagent une responsabilité mutuelle, parce qu’ils forment un corps unique, en lequel on distingue les trois caractères suivants :
A) La perfection du peuple d’Israël suppose la présence de tous ses groupes constitutifs, depuis : « vos chefs de tribu » jusqu’à : « ton puiseur d’eau ».
B) A un stade plus haut, chaque groupe constitutif du peuple d’Israël apporte sa qualité propre à tous les autres, car tous les Juifs ont besoin l’un de l’autre et ils se complètent, au point qu’il n’y ait plus de tête et de pied.
C) L’unité la plus haute est celle en laquelle chaque Juif est partie intégrante du peuple d’Israël. Il en est ainsi de par la pointe de Judaïsme que chacun possède et qui est strictement la même pour tous. C’est la véritable signification de cette responsabilité mutuelle et de cette interdépendance. Il n’y a pas là une répartition entre la tête et le pied. Tous sont comme un point unique).
Période de crise
Vous m’excuserez de vous écrire ce qui suit, mais je pense que cela ne vous surprendra pas. Je dois vous dire que je ne suis pas de votre avis et ma position est inspirée par la grande nécessité de maintenir l’unité de notre peuple. Bien entendu, vous m’accorderez qu’il doit effectivement en être ainsi.
Si, de tous temps, il a été fondamental de préserver l’unité de notre nation, combien plus doit-il en être ainsi en la présente époque, qui est, selon tous les avis, une période de crise et donc de confusion des esprits, des pertes des valeurs. Dans un tel contexte, le danger des compromis et de tout ce qui y ressemble est largement décuplé. C’est aussi ce que démontrent les nombreux avis, les multiples conceptions, qui sont apparus du jour au lendemain.
Comme c’est systématiquement le cas, quand on veut comprendre une certaine conception, on doit en examiner les manifestations les plus extrêmes, y compris quand cet extrémisme a été adopté uniquement par une minorité, qui semble être sans importance. En effet, l’expression extrême met en évidence la direction qui est suivie, la finalité de cette conception, ou, tout au moins, les conséquences possibles qu’elle peut avoir, si l’on ne réagit pas pendant qu’il en est encore temps.
Il découle de tout ce qui vient d’être dit que quiconque accorde de la valeur à l’unité des enfants d’Israël, y compris dans les milieux qui ne sont pas liés à la religion, doit consacrer toute son énergie à la défendre, sans faire de place à l’affaiblissement et au compromis, en la matière.
Bien plus, quiconque analyse la situation objectivement doit admettre que le compromis, par rapport à une certaine conception, n’est pas le moyen d’instaurer la proximité, la paix et l’unité. Bien au contraire, on instaure ainsi un état de frictions permanentes, incessantes, qui se multiplient de plus en plus. (Likouteï Si’hot, tome 24, page 383)
Sans concession
Si, de tout temps, il a été un besoin fondamental de préserver l’unité de notre peuple, combien plus en est-il ainsi à l’époque actuelle, qui est, selon tous les avis, une période de crise et donc de confusion des esprits, de perte des valeurs. Dans une telle situation, le danger des compromis et de tout ce qui leur ressemble est d’autant plus grand. C’est aussi ce que l’on peut dire en observant les multiples opinions, les différentes conceptions qui se sont développées, du jour au lendemain.
Il découle de tout ce qui vient d’être dit que quiconque accorde de la valeur à l’Unité d’Israël, y compris dans les milieux qui sont éloignés de la pratique, doit, en tout état de cause, la défendre, avec toute sa détermination, sans accorder la moindre place à l’affaiblissement et à la concession.
Bien plus, quiconque médite à la situation telle qu’elle est réellement, devra admettre que toute concession, par rapport aux principes, n’est pas un moyen d’instaurer la proximité, la paix et l’unité. Bien au contraire, il en résulte des dissensions permanentes, qui ne cessent pas et qui vont en se développant. (Lettre du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 14, page 383)
«Tous les êtres créés passent devant Toi, comme un troupeau de moutons. Comme un berger examine son troupeau, vous faites passer devant vous toute âme vivante, et vous comptez, comptez et êtes attentifs à l’âme de toute vie. (Unetaneh Tokef – liturgie des grands jours saints)
par le Rav Yehuda Krinsky – Lubavitch.com
Peu de temps avant Rosh Hashanah en 1988, un journaliste du New York Times était venu voir le Rabbi. À l’époque, le Rabbi – en deuil de sa femme décédée plusieurs mois auparavant – avait transféré son bureau d’Eastern Parkway à son domicile, où il est resté pendant toute l’année.
Ce n’était pas une réunion programmée, mais le journaliste, Ari Goldman, préparait un article sur le Nouvel An juif, et il voulait poser au Rabbi des questions connexes. Il était accompagné d’une photographe, Ruby Washington, dont j’ai appris plus tard qu’elle était la première femme photographe afro-américaine pour le New York Times.
M. Goldman est arrivé alors que le Rabbi était sur le point de partir pour l’Ohel, où il a passé de nombreuses heures sur la tombe de son prédécesseur. Tout au long de l’année, le Rabbi recevait d’innombrables pétitions de gens qui cherchaient ses bénédictions, et c’était sa coutume de lire ces pétitions à l’Ohel. Dans les jours précédant Roch Hachana, la quantité de ces lettres augmentait considérablement, de sorte que le Rabbi passait encore plus de temps à l’Ohel.
Alors que le Rabbi émergeait de l’arrière de sa maison et se dirigeait vers la voiture, le journaliste s’est approché de lui. Le Rabbi fit une pause et répondit gracieusement à ses questions. En attendant, le photographe a pris quelques photos. Cela a duré quelques minutes. Avant de partir, le Rabbi a souhaité au journaliste une bonne et douce nouvelle année. Il s’est ensuite tourné vers Mme Washington et lui a offert les mêmes bénédictions.
Dès que nous sommes montés dans la voiture, le Rabbi a exprimé son inquiétude. Le photographe aurait-il été offensé par sa bénédiction? Après tout, a dit le Rabbi, elle n’était pas juive et elle ne célébrerait pas Rosh Hashanah comme son nouvel an. Le Rabbi m’a suggéré d’appeler M. Goldman et de lui demander d’expliquer à Mme Washington que le Nouvel An juif, nous prions pour toute l’humanité.
Pendant que le Rabbi était assis sur le siège du passager avant à côté de moi, j’ai utilisé le téléphone de la voiture pour appeler M. Goldman et relayer le message du Rabbi. Plus tard, M. Goldman me disait que lui et Mme Washington étaient profondément émus par la sensibilité du Rabbi – et que le photographe était très reconnaissant des vœux de nouvel an du Rabbi en premier lieu.
***
Chacun de nous entre dans la nouvelle année avec des prières sincères pour nous-mêmes, pour nos familles et nos amis. Nous prions pour le bien-être du peuple juif partout, et pour la paix et la sécurité sur la terre d’Israël.
Mais il ne suffit pas de prier uniquement pour notre propre communauté et nos propres préoccupations. Le Rabbi a enseigné qu’à Rosh Hashanah, nous commémorons la création de toute l’humanité. Le Nouvel An juif correspond au sixième jour de la création, lorsque D.ieu a formé Adam et Eve, les archétypes et ancêtres de toute l’humanité. Comme la liturgie nous le rappelle, à Roch Hachana, D.ieu compte, se souvient et juge chaque âme.
Alors que nous entamons la nouvelle année, nous devons jeter un filet plus large et prier pour la guérison de notre société profondément fragmentée. En cette ère de cycles d’information de 24 heures et d’Internet, nous ne sommes plus épargnés de savoir à quel point notre monde est douloureusement fracturé, ou à quel point il souffre. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Tout comme D.ieu compte chaque être individuel, nous devons aussi prier pour tous, où qu’ils soient et qui qu’ils soient, pour un monde meilleur.
Que nos prières soient exaucées par les bénédictions de D.ieu: paix, guérison et bonheur. Puissions-nous tous être inscrits et scellés pour une année bénie de toutes les manières – matériellement et spirituellement.
Un auteur juif voulait comprendre l’essence de l’approche Hassidique du judaïsme.
′′Prenons le pain comme métaphore, » répondit le Rabbi. ′′ Même si vous avez tous les ingrédients parfaitement arrangés, et que la pâte pétris à la perfection, à moins qu’elle ne soit placée dans un four allumé pendant un certain temps, les ingrédients resteront juste ça : des ingrédients. Mais vous n’aurez pas de pain ! »
Le Rabbi poursuit : ′′ Il en va de même pour la prière et la pratique des Mitsvot. On est capable de réciter une bénédiction en prononçant simplement les mots, et accomplir une Mitsva machinalement. Cependant, la Hassidout exige que nous devenions « un four » – un espace enflammé d’enthousiasme, de passion et de joie. C’est là que la prière et les Mitsvot prennent vie ! »
« De beaux fruits dans un simple panier » Likouteï Si’hot, tome 29, page 149
La Parchat Tavo est introduite par la Mitsva des prémices, que l’on apportait dans le Temple en les plaçant dans un panier, ainsi qu’il est dit : « Tu les placeras dans un panier… et le Cohen prendra le panier de ta main ».
De façon générale, ces paniers étaient en osier et ils étaient également remis aux Cohanim. Différentes Hala’hot s’appliquent aux prémices et celles-ci permettent d’établir que le don des paniers aux Cohanim est partie intégrante de la Mitsva des prémices.
On peut voir en cela deux éléments opposés. D’une part, les prémices sont sélectionnées parmi les meilleurs fruits, uniquement parmi les sept espèces par lesquelles on prononce l’éloge d’Erets Israël.
Concernant la qualité de ces fruits, il est dit qu’ils ne peuvent pas être prélevés : « ni parmi les dattes des montagnes, ni parmi les fruits des plaines, mais seulement parmi les dattes des plaines et les fruits des montagnes, parce que ce sont les meilleurs ».
Mais, d’autre part, ces fruits doivent nécessairement être apportés dans un panier d’osier, c’est-à-dire fait d’une matière très simple et bon marché, sans valeur spécifique. Comment expliquer ce paradoxe apparent ?
Les âmes divines descendent ici-bas, dans ce monde matériel et inférieur. Elles s’introduisent dans un corps physique, qui devient leur réceptacle, leur « panier ». Or, ce dernier enferme l’âme et rend plus difficile l’expression du lien qui l’attache au Saint béni soit-Il. Il peut même occulter, dissimuler totalement la volonté véritable de cette âme.
Ceci conduit à reformuler la question précédemment posée : pourquoi les prémices, avec toutes leurs qualités, sont-elles placées dans un panier aussi simple ? Pourquoi une âme pure et noble doit-elle descendre ici-bas, s’introduire dans un corps physique, y rester pendant un certain temps, enfermée, limitée?
La réponse à cette question est la suivante : la descente doit se solder par une élévation. La chute vertigineuse de l’âme au sein d’un corps physique doit la hisser vers les hauteurs. En descendant dans ce monde et en étant confrontée à ses difficultés, l’âme révèle sa nature véritable et, de cette façon, elle peut, par la suite, dépasser le niveau qui était le sien avant sa descente.
L’élévation est obtenue grâce aux Mitsvot qui sont mises en pratique, d’une manière concrète, par l’intermédiaire du corps, du « panier ». En effet, l’âme possédait d’ores et déjà, au préalable, avant sa descente, les sentiments les plus hauts, l’amour et la crainte de D.ieu. Le fait nouveau révélé par sa descente dans le monde matériel est la possibilité qui lui est ainsi accordée de mettre en pratique les Mitsvot d’une manière concrète, physiquement.
Onze malédictions (Discours du Rabbi, Chabbat Parchat Tavo 5733-1973)
Les versets disent : « Maudit l’homme qui fera une image sculptée et une idole de métal… Maudit soit celui qui humilie son père et sa mère… Maudit soit celui qui fait de la concurrence déloyale à son prochain… Maudit soit celui qui égare un aveugle sur le chemin… Maudit soit celui qui fait pencher le jugement… Maudit soit celui qui couche avec l’épouse de son père… Maudit soit celui qui couche avec tout animal… Maudit soit celui qui couche avec sa sœur… Maudit soit celui qui couche avec sa belle-mère… Maudit soit celui qui frappe son prochain en secret… Maudit soit celui qui accepte la corruption. »
Rachi explique : « Le mot ‘maudit’ est répété ici à onze reprises, ce qui correspond aux onze tribus. En revanche, le mot ‘maudit’ n’est pas écrit à propos de Chimeon, car Moché n’avait pas l’intention de le bénir, avant sa mort, quand il bénit les autres tribus. Il ne voulait donc pas le maudire non plus. »
Il nous faut comprendre la comparaison qui est faite ici entre les onze malédictions et les onze tribus. En effet, les traits de caractère et les faiblesses de chaque tribu, appelant à la prudence dans certains domaines, étaient déjà bien connues au préalable. Ainsi :
« Maudit l’homme qui fera une image sculptée et une idole de métal » :correspond à la tribu de Dan, qui allait, par la suite, placer, dans la part d’Erets Israël qui lui avait été donnée en partage, un veau pour l’idolâtrie. C’est pour cela que, commentant le verset : « Il le poursuivit jusqu’à Dan », Rachi dit : « Là, il s’affaiblit, car il vit que ses enfants allaient y placer un veau ».
« Maudit celui qui humilie son père et sa mère » :correspond à la tribu d’Acher, duquel il est dit, dans la bénédiction de Yaakov : « Le pain d’Acher est gras et il donnera les mets du roi ». Ses enfants devaient donc avoir une existence d’abondance et d’opulence, dont la conséquence pouvait être une révolte de la jeune génération contre ses parents, comme l’indique la Paracha du « fils indocile et rebelle », dont les parents disent : « ce fils, qui est le nôtre, est indocile et rebelle, il n’écoute pas notre voix, il est glouton et ivrogne ».
« Maudit soit celui qui fait de la concurrence déloyale à son prochain » : correspond à la tribu d’Issa’har, duquel il est dit, dans la bénédiction de Yaakov : « Issa’har est un âne ossu qui se couche entre les frontières », c’est-à-dire : « entre les limites ». Cela veut dire qu’il résidait à proximité des frontières des villes. Et, l’on pouvait donc craindre, de sa part, une concurrence déloyale.
« Maudit soit celui qui égare un aveugle sur le chemin » :en l’occurrence, « celui qui est aveugle dans ce domaine, auquel il donne un mauvais conseil », correspond à la tribu de Binyamin, dont de nombreux membres, cinq familles sur dix, périrent au fil de l’épée à cause d’un mauvais conseil qu’ils donnèrent aux enfants d’Israël en chemin. Ainsi, Rachi explique: « Quand Aharon décéda, les colonnes de nuées disparurent et les Cananéens vinrent combattre les enfants d’Israël, qui pensèrent retourner en Egypte. Les fils de Lévi les poursuivirent pour les faire revenir et ils tuèrent sept familles qui, pour la plupart, appartenaient à la tribu de Binyamin ».
« Maudit soit celui qui fait pencher le jugement » :correspond à la tribu de Yehouda, de laquelle devait émaner des juges, en Israël, comme l’indique la bénédiction de Yaakov: « Le sceptre ne quittera pas la tribu de Yehouda et le législateur d’entre ses pieds ».
« Maudit soit celui qui couche avec l’épouse de son père » :correspond à la tribu de Réouven, duquel il est dit : « Réouven alla et il coucha avec Bilha, la servante de son père ». En effet, « il avait troublé sa couche et la Torah le considère comme s’il avait eu une relation avec elle ».
« Maudit soit celui qui couche avec tout animal » : correspond à la tribu de Gad, duquel le verset dit clairement qu’il possédait : « un large troupeau ».
« Maudit soit celui qui couche avec sa sœur » :correspond à la tribu de Naphtali, qui portait ce nom parce que Ra’hel avait dit : « J’ai soutenu les luttes de D.ieu, avec ma sœur ». En d’autres termes, « je me suis associée avec ma sœur ». Il en résulte qu’il y avait, dans cette tribu, une proximité particulière entre les frères et les sœurs, qui pouvait aisément glisser vers des relations immorales.
« Maudit soit celui qui couche avec sa belle-mère » :correspond à la tribu de Yossef, qui fut mis à l’épreuve par les avances de l’épouse de Putiphar, laquelle, par la suite, devint sa belle-mère, quand il épousa sa fille Ossnat.
« Maudit soit celui qui frappe son prochain en secret » :correspond à la tribu de Lévi qui frappa les habitants de Che’hem et les tua, en compagnie de son frère Chimeon. Yaakov dit, à son propos : « Leurs armes sont des instruments de violence », ce qui veut dire que : « cette habileté au crime est une arme dans leurs mains ». En d’autres termes, ils avaient une tendance naturelle à agir de cette façon et ils ne firent que l’exprimer.
« Maudit soit celui qui accepte la corruption » :correspond à la tribu de Zevouloun, dont les membres devaient devenir des commerçants et faire des affaires, comme l’indique la bénédiction de Yaakov, ce qui veut dire que : « Zevouloun s’occupera de négoce ». Ses affaires peuvent le conduire à causer du tort aux autres pour augmenter ses gains.
Retour en Egypte (Discours du Rabbi, Likouteï Si’hot, tome 19, page 237)
Commentant le verset : « L’Eternel te fera retourner en Egypte dans des bateaux », Rachi explique : « dans des bateaux : sur des navires, en captivité ». Ce commentaire de Rachi soulève les questions suivantes :
Pourquoi Rachi explique-t-il : « dans des bateaux : sur des navires », alors que ce terme est bien connu, puisqu’il apparaît d’ores et déjà dans un verset précédent, sans que Rachi le commente, ce qui veut bien dire que sa signification ne fait pas de doute ?
Pourquoi Rachi réunit-il dans un même commentaire deux explications différentes, d’une part : « bateaux : navires », d’autre part, la façon de retourner en Egypte, « en captivité » ?
L’explication de tout cela est la suivante. Une question se pose ici sur le sens simple du verset : pourquoi la Torah doit-elle préciser que le retour en Egypte s’effectuera dans des bateaux ? Quelle importance peut avoir la manière de ce retour des enfants d’Israël en Egypte?
En conséquence, on aurait pu imaginer qu’il ne s’agisse pas ici de bateaux, mais de peine, comme dans l’expression : « peine et lamentation ». C’est pour écarter cette interprétation que Rachi précise qu’il s’agit bien ici de bateau, selon la signification courante de ce terme.
Pour résoudre cette difficulté sur l’ajout de ce détail par le verset, Rachi ajoute : « en captivité ». Il souligne ainsi qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, d’un simple bateau, mais de celui dans lequel on voyage en état de captivité.
Ainsi, le verset précise que le retour en Egypte s’effectuera sur des bateaux, afin de souligner la dureté des conditions de captivité, à son bord, sous bonne garde, dans un périmètre limité et des bateaux fermés. Une telle forme de captivité est infiniment plus âpre et plus douloureuse qu’un déplacement à pied, dans un espace ouvert.
Vous savez ce qui est dit à propos de la Tsédaka : “ De grâce, mettez-Moi à l’épreuve en ce domaine (1) ”. Il est écrit aussi : “ Prélève la dîme afin de t’enrichir (2) ”. C’est aussi à propos de la Tsédaka qu’il est affirmé : “ Le résultat est à la mesure de l’effort ”(3).
Dès lors, si l’on ne donne pas de la Tsédaka comme il convient, c’est-à-dire au moins un dixième de ses gains et, dans la mesure du possible, plus que cela, comment s’étonner que sa situation financière se dégrade ?
Néanmoins, vous pouvez aussi en déduire que l’issue se trouve entre vos mains. Si vous donnez immédiatement de la Tsédaka, dans la proportion qui vient d’être définie ou même au-delà de celle-ci, vous avez la certitude que D.ieu tiendra la promesse préalablement rappelée.
Mais, l’aide de D.ieu reste toujours nécessaire et vous fixerez donc :
1/ une étude de la partie révélée de la Torah et de la ‘Hassidout,
2/ en plus des trois études quotidiennes, concernant chacun, qui ont été instaurées par mon beau-père, le Rabbi, dont le mérite nous protégera.
Celles-ci sont bien connues et elles portent sur le ‘Houmach, les Tehilim, et le Tanya (4).
Que D.ieu vous accorde la réussite, afin que vous me donniez de bonnes nouvelles, dans tous ces domaines. Puisse-t-Il accorder que ce soit au plus vite.
Avec ma bénédiction,
Lettre N° 2496
(1) Il est permis de donner de la Tsédaka en précisant à D.ieu ce que l’on attend en échange, “ pour que mon fils guérisse ”, par exemple.
(2) Maasser, la dîme, est de la même étymologique que Achir, riche.
(3) Textuellement “ la trace, sur le dos du chameau, dépend du poids du fardeau ”.
(4) Il faut rajouter à cela l’étude du Rambam instaurée par le Rabbi en 1984.
Plusieurs mois après mon retour d’une tournée de concerts avec les Rolling Stones, j’ai rencontré le Rabbi et, grâce à lui et malgré moi, j’ai vécu un réveil spirituel inattendu.
Mes parents avaient survécu aux horreurs de la Shoah en Biélorussie ; moi-même, je suis né dans un camp de « personnes déplacées » juste après la guerre. Mes parents étaient pratiquants et ma langue maternelle fut le yiddish. En 1950, nous avons émigré aux États-Unis : j’étais pratiquant, observais le Chabbat et, à partir de ma Bar Mitsva, je mis les Téfilines chaque jour.
Mais après avoir remarqué des défauts chez les uns et les autres (nul n’est parfait…) et parfois un peu d’hypocrisie, je me suis posé des questions et, au milieu des années 60, j’ai tout rejeté en bloc. Etudiant en droit, je me suis intéressé à la musique avec succès puisque j’ai été remarqué par des vedettes. J’ai même accompagné le groupe des Rolling Stones dans leur tournée d’été en 1972 : cela m’a donné l’occasion d’observer en deux mois plus de conduite dépravée que la plupart des gens pourront en voir durant toute une vie. Tout ceci me dégoûta profondément.
Plusieurs mois après cette tournée, j’ai eu une conversation avec un ami bouddhiste zen qui n’était pas juif. La façon dont il a parlé du bouddhisme zen semblait très intéressante et je me suis retrouvé à me demander: «Comment le judaïsme peut-il avoir raison et le monde entier dans l’erreur?» C’était la question qui n’arrêtait pas de traverser mon esprit.
A l’université de Buffalo, j’avais tissé des liens avec Rav Nathan Gurary, l’émissaire du Rabbi. Je lui posai mes questions en rafale et il conclut : « Il n’y a qu’une personne qui peut vous répondre : c’est le Rabbi ! ». Ce concept de Rabbi – quelqu’un qui comprend votre âme – m’était totalement étranger et pourtant, le même jour, je me rendis à l’adresse indiquée par Rav Gurary : 770 Eastern Parkway à Brooklyn. Je me souviens que c’était un jour glacial de janvier, en 1973.
On m’avait signalé que je pourrais m’approcher du Rabbi et lui parler brièvement quand il reviendrait de sa journée de prières au tombeau de son beau-père, le Rabbi précédent : il entrerait alors au 770 pour la prière de Min’ha. Je l’attendis donc dans le froid. Je portais des bottes en peau de serpent, un jean serré, une chemise en coton et une jaquette en cuir. Je suppose que je me suis fait remarquer avec ma tenue peu conventionnelle et mes cheveux hirsutes qui m’arrivaient aux épaules.
Une limousine s’arrêta et le Rabbi en sortit. Comme le yiddish était ma langue maternelle, je ressentis qu’il serait normal de m’adresser au Rabbi dans cette langue : «Anshuldig, binste der Lubavitcher Rebbe? — Excusez-moi, êtes-vous le Rabbi de Loubavitch ? »
Nos yeux se croisèrent. De toute ma vie, je n’ai jamais vu des yeux pareils. Et soudain je me suis senti comme transporté dans une autre dimension, comme si rien d’autre n’existait autour de nous et que nous étions tous les deux seuls dans le vaste monde. Pour moi, ce fut une expérience spirituelle fabuleuse.
Il ne répondit pas : oui, je suis le Rabbi ou : non, ce n’est pas moi. Il répondit juste : « Comment vous appelez-vous et d’où venez-vous ? ». Je déclinai mon nom, expliquai de quelle ville je venais et d’où venaient mes parents.
« J’ai une question », dis-je.
« Demandez », a-t-il répondu.
« Ah vu iz Gt ? — Où est D.ieu ? »
« Umetum – Partout », m’a-t-il répondu. Mais j’ai persisté, « Ich vays, ubber ah vu? — Je sais, mais où ? »
« Umetum, en alt ; in ah boim, in a shtayn, — Partout, en tout ; dans chaque arbre, dans chaque pierre ».
Mais je n’étais toujours pas satisfait de cette réponse, alors il a dit: « in dayn hartz, oib dos iz vi du fregst – Il est dans votre cœur, si c’est ce que vous demandez. »
Cette réponse me stupéfia. J’avais passé des années à l’école juive dans ma jeunesse mais je n’avais jamais appris que D.ieu pouvait se trouver dans mon cœur.
A ce stade, je demandai la permission de parler en anglais parce que je n’arriverais pas à exprimer en yiddish tout ce que j’avais besoin de comprendre. Il accepta.
– Quand nous disons le Chema : « Écoute Israël, l’Éternel est notre D.ieu, l’Éternel est Un », cela signifie-t-il qu’il existe un seul D.ieu pour tous les êtres humains, qu’ils soient noirs, indiens ou juifs ?
– La mission de l’homme noir est d’être ce qu’il est : un homme noir ; et celle de l’Indien est d’être ce qu’il est : un Indien. Quant au Juif, il est lié à D.ieu par la Torah et ses commandements !
Pour moi, ces mots représentaient une véritable révolution.
En tout, nous avons dû parler une quinzaine de minutes sur les marches du 770, alors que le froid mordant de janvier était insupportable. A la fin de notre conversation, il me confia deux missions : étudier le Kitsour Choul’hane Arou’h (le Code de Lois Juives abrégé) en anglais et mettre chaque jour les Téfiline.
Je me cabrai : étant donné mon style de vie, j’estimai qu’il m’était impossible de m’engager à mettre régulièrement les Téfiline. Mais il persista :
– Vous le pouvez et vous le ferez !
Puis le Rabbi m’expliqua que si j’observais les lois de la Torah, ce serait pour moi une source de bénédictions ; sinon, ce serait différent, « cela vous amènera à être piétiné » comme il le formula.
Pendant tout ce temps, il avait continué de me regarder droit dans les yeux – comme si nos yeux étaient cadenassés et je fus le premier à détourner le regard. C’est alors que je réalisai que des dizaines de jeunes ‘Hassidim se tenaient autour de nous, ébahis, comme se demandant : « A qui le Rabbi parle-t-il si longtemps ? Et qui a l’audace de retenir le Rabbi dans un froid pareil ? ».
A ce point, je me mis à pleurer. Le Rabbi entra dans la synagogue pour la prière de Min’ha.
Je repartis de là en réalisant que je venais de rencontrer un homme poursuivant totalement la vérité, d’une sincérité absolue. Mais il me fallut un certain temps pour que ses paroles imprègnent tout mon être, environ trois mois. C’est alors que je me remis à mettre les Téfilines, ce que je n’avais pas fait depuis des années. Depuis, je peux affirmer que je n’ai jamais arrêté et, comme le dit la Michna : « Une Mitsva amène à une autre Mitsva ». Petit à petit, je repris l’habitude de prier puis un jour, je réfléchis : « Comment les lèvres qui prononcent des paroles sacrées, qui louent D.ieu, peuvent-elles manger des aliments interdits ? ». Petit à petit, je me remis donc à manger cachère. Puis j’étudiai le Kitsour Choul’hane Arou’h comme le Rabbi me l’avait demandé et, au fil des années, mon observance du judaïsme a progressé.
Aujourd’hui, j’ai quatre beaux enfants qui sont tous pratiquants. Et tout ceci, c’est parce qu’un jour d’hiver glacial j’ai parlé avec le Rabbi. Grâce à lui, toute ma vie a changé ainsi que la vie de nombreuses personnes que j’ai pu influencer. Toutes pour le bien. Toutes pour la bénédiction.
Elliot Lasky (entrepreneur) – Monsey (New York) – JEM
En 1971, deux Talmidim-Chlou’him d’Australie ont entendu une rumeur selon laquelle le Rav Isser Kluvgant, un proche parent du Rabbi, possédait des tefillines réputés ayant appartenu au Baal Shem Tov.
Les Tmimim ont parlé avec lui pour le convaincre d’offrir ce trésor à l’unique successeur du Baal Shem Tov, c’est-à-dire le Rabbi. Après un certain temps, il a accepta et envoya les Tefillines avec les Chlou’him qui se rendirent au 770 pour Youd-Alef Nissan, afin de les offrir au Rabbi pour son anniversaire.
Le Rav Isser Kluvgant a posé comme condition aux Ba’hourim, qu’ils devaient donner les Tefilines en mains propres au Rabbi et non à ses secrétaires.
Dès leur arrivée, un des Ba’hour, Heschel Greenberg, a écrit une note au Rabbi dans laquelle il demandait comment et quand donner les Tefillines au Rabbi.
Le Rabbi lui a répondu qu’il fallait les lui donner tout de suite après la prière de Cha’harit et l’attendre devant son bureau.
Ils se sont rendus devant le bureau du Rabbi à l’heure prévue. Le Rabbi a d’abord donné à chacun d’eux une « lettre générale », un extrait d’une Si’ha et un billet de dix dollars.
Ensuite, Heschel Greenberg tandit les Tefilline du Baal Chem Tov au Rabbi. Le Rabbi a tendu les deux mains et a dit : » un grand Yashar Koach ». Puis le Rabbi est entré dans son bureau en fermant la porte du pied.
M. Mottel Feiglin est un promoteur immobilier. Il vit avec sa famille à Melbourne, en Australie, où il a été interviewé en juillet 2016.
Mes ancêtres sont des Hassidim ‘Habad depuis au moins cent cinquante ans, mais comme nous vivions en Australie, nous ne pouvions rendre visite au Rabbi à New York – à l’autre bout du monde – que rarement. J’ai moi-même fait ce voyage pour la première fois en 1971, à l’âge de dix-neuf ans.
J’ai eu la chance d’obtenir une Ye’hidout avec le Rabbi peu de temps après mon arrivée et j’étais très impatient de le rencontrer, notamment parce que je voulais lui demander sa bénédiction pour un problème spécifique que je rencontrais.
Depuis un certain temps, je souffrais de migraines. Parfois, elles apparaissaient une fois par semaine, précédées de flashs lumineux apparaissant devant mes yeux. Lorsque je commençais à ressentir ces flashs, je savais que peu de temps après, j’aurais une migraine. J’avais consulté des médecins spécialistes qui m’avaient prescrit différents médicaments, mais aucun ne m’avait aidé.
J’avais seulement espéré la bénédiction du Rabbi pour guérir de cette maladie, alors on peut imaginer ma surprise lorsque, en plus, le Rabbi m’a donné une prescription médicale. Il m’a dit : « Dès que vous ressentez les premiers signes d’une migraine, lorsque vous avez des éclairs dans les yeux, vous devez immédiatement prendre de l’Anacin ».
L’Anacin n’était pas un médicament que je connaissais à l’époque, car il n’était pas disponible en Australie (et ne l’est toujours pas). J’ai donc répondu : « Je ne sais pas ce que c’est ».
Le Rabbi a alors pris une petite feuille de papier carrée, sur laquelle il a écrit un seul mot au crayon, « ANACIN », et il me l’a tendue.
Le jour suivant, je me suis rendu dans une pharmacie voisine qui appartenait alors à la famille Shpritzer. J’ai dit au pharmacien que je voulais acheter de l’Anacin. Avec mon accent australien, je ne devais pas prononcer le nom correctement, car il ne comprenait pas ce que je voulais. « C’est pour quoi faire ? » a-t-il demandé.
« C’est pour les migraines », ai-je répondu.
« On dirait que vous voulez de l’Anacin, mais ces comprimés ne sont pas assez forts pour soigner les migraines », a-t-il dit.
À ce moment-là, les fils Shpritzer étaient venus m’aider. Ils m’ont même proposé de me donner quelque chose de beaucoup plus fort qui pourrait être plus efficace.
« Mais le Rabbi m’a dit de prendre de l’Anacin pour mes migraines », ai-je protesté, et j’ai fouillé dans mon portefeuille pour leur montrer le morceau de papier sur lequel le Rabbi avait écrit « ANACIN ».
Il n’y a plus eu de discussion après ça. Ils m’ont vendu tous les types d’Anacin qui étaient sur le marché – ordinaire, force minimale, force maximale, etc. – et, grâce à Dieu, avec la bénédiction du Rabbi, l’Anacin a fonctionné.
L’Anacin est sous forme de comprimés ; il combine de l’aspirine avec de la caféine, c’est tout. Mais lorsque je le prenais avant le début d’une migraine – dont les causes sont encore inconnues de la science moderne – il fonctionnait comme par magie pour moi.
Aujourd’hui, près de cinquante ans plus tard, chaque fois que je vais à New York et que les Shpritzers me voient, avant même de me saluer avec, ils disent en souriant : « Anacin. »
Depuis cette audience, je ne sors pas de chez moi sans comprimés d’Anacin, juste au cas où une de ces migraines reviendrait. Je les garde même à ma place à la synagogue. Mais je n’en ai plus que très rarement besoin.
J’ai également donné de l’Anacin à des personnes dont je savais qu’elles souffraient de migraines mais, malheureusement, cela ne les a pas aidé. J’étais convaincu que le Rabbi n’avait prescrit ce médicament que pour moi et qu’il ne fonctionnait donc que pour moi. Mais une quarantaine d’années plus tard, j’ai découvert que ce n’était pas forcément le cas.
Alors que un voyage avec ma femme pour des vacances en Israël il y a environ cinq ans, j’ai reçu un appel d’un homme de Manchester nommé Zalman. Il avait vu une vidéo de mon interview sur JEM – qui avait été publiée dans le cadre de la série hebdomadaire « Living Torah » – et avait été tellement impressionné par mon histoire de la prescription d’Anacin par le Rabbi qu’il voulait venir avec sa femme en Israël pour me rencontrer.
C’est ce qu’ils ont fait. Quelques jours plus tard, au cours d’un repas de Chabbat, Zalman m’a raconté son histoire. Il souffrait terriblement de migraines depuis de nombreuses années. Il dirige une grande entreprise, mais parfois, au milieu de la journée, il devait quitter son bureau pendant une crise de migraine pour rentrer chez lui et s’allonger, car il était incapable de fonctionner. Lorsqu’il a vu la vidéo « Living Torah », il a eu la forte impression qu’il devait suivre aussi la prescription du Rabbi car elle s’appliquerait certainement à lui.
Il a décidé de faire tout ce que j’avais fait à l’époque et a même acheté les pilules dans le même magasin que celui où j’étais allé à New York ! Heureusement, l’Anacin a fonctionné pour Zalman tout aussi bien que pour moi, et il ne pouvait pas me remercier assez d’avoir partagé mon histoire. Il pensait que tout comme le Rabbi m’avait aidé à soulager mes migraines, le Rabbi le ferait également pour lui.
Il s’est avéré qu’il n’était pas le seul.
Des années plus tard, lorsque j’ai appris que ma secrétaire souffrait également de migraines débilitantes, je lui ai suggéré d’essayer Anacin, conformément aux instructions que le Rabbi m’avait données. Étant dévouée au Rabbi, elle a pris cette suggestion très au sérieux et, contrairement aux médicaments qu’elle avait essayés auparavant, Anacin a également fonctionné pour elle.
En plus des conseils médicaux que le Rabbi m’a donnés lors de cette audience, il m’a également donné des conseils concernant mes études, disant que le mérite d’avoir fixé des moments quotidiens pour l’apprentissage de la Torah me vaudrait la bénédiction d’un succès matériel et spirituel.
Aujourd’hui encore, je me rappelle régulièrement de ces bénédictions (ainsi que de nombreuses autres bénédictions que j’ai reçues par la suite du Rabbi). Il n’y a pas de mots pour décrire la gratitude que je ressens envers le Rabbi pour tout le bien que ses bénédictions ont apporté à moi et à ma famille.
Un vêtement, avant d’être porté, est parfaitement propre, repassé en douceur et repose correctement dans une penderie. Après avoir été porté pendant un certain temps, il devient généralement froissé, poussiéreux ou taché. Bien sûr, on ne jette pas le vêtement. Il est plutôt confié à un nettoyeur à sec pour le remettre dans son état d’origine.
Pour traiter le vêtement, le nettoyeur le placera dans une machine puis ajoutera un liquide chaud et divers agents chimiques pour éliminer la saleté et la crasse. Ensuite, il repassera le vêtement en le pressant avec un poids, et le vêtement sera à nouveau «comme neuf».
À partir de ce processus, nous pouvons avoir un aperçu de l’âme (Nechama) d’un juif. Lorsque D.ieu donne une Nechama à un Juif, cette âme est pure, «repassée» et parfaitement ajustée. Comme nous le disons dans nos prières quotidiennes du matin: « L’âme que vous m’avez donnée est pure. »
Avec le temps, cependant, au fur et à mesure que l’âme s’implique dans les affaires du monde, et si elle n’est pas utilisée pour accomplir la volonté de D.ieu, elle aura tendance à se «froisser». La saleté pourra s’y accrocher si la personne négligera une Mitsva ou commentera un acte interdit.
Quoi qu’il en soit, la Torah nous enseigne que nous ne devons pas désespérer de l’état de l’âme et de son aptitude à soutenir la vie spirituelle de l’individu. Pour restaurer l’âme à son état d’origine, nous devons la placer dans un environnement propice et lui insuffler la chaleur de la Torah et des Mitsvot.
La «chaleur» doit aussi être «humide», afin que l’âme s’accroche à tout ce qui est saint. Ceci peut être accompli par une prière sincère, comme il est écrit: «Épanchez votre cœur comme de l’eau», 1 2:19. et par une étude concentrée de la Torah, comme indiqué: «Tous ceux qui ont soif vont chercher de l’eau» 2 et «Il n’y a pas d’eau sauf la Torah. 3 82. Pour terminer le processus de purification spirituelle, d’autres ingrédients doivent être ajoutés, tels que des contributions généreuses à la charité, le respect de la Cacherout et l’observation du Chabbat.
Ensuite, si une personne place le «poids» (comparé à la presse our le vêtement) de l’observance de la Torah sur elle-même, ce qui peut initialement sembler un lourd fardeau, cela s’avérera non pas un obstacle mais un processus qui « aplanira » la Nechamah et la rendra à son état d’origine irréprochable.
Au onzième siècle, apparait l’imprimerie typographique à l’aide de caractères en bois ou en terre cuite. Cette technique est par la suite raffinée par l’utilisation de caractères en plomb par Gutenberg en 1450. Cette innovation est considérée par plusieurs[Qui ?] comme marquant l’émergence de l’industrie du livre.
L’imprimerie est à nouveau fortement influencée lors de l’invention de l’imprimerie rotative, puis de la lithographie à la fin du dix-huitième siècle. La fin du dix-neuvième siècle est quant à elle marquée par l’invention de l’offset.
Plusieurs avancées sont réalisées au cours du vingtième siècle avec l’évolution rapide des procédés d’impression comme l’offset. L’ère numérique amène notamment l’invention de l’imprimante.
Si’ha du Rabbi, Chabbat Parshas Matos-Masei, 5713-1953
Au début de l’invention de l’imprimerie, jusqu’à relativement récemment, des groupements de lettres s’accumulaient sur des plaques, et si les groupements étaient incorrects, la seule solution était de détruire les plaques. Plus tard, avec l’invention du linotype, l’innovation technique a permis à un imprimeur de prendre des séquences de lettres et de les transposer dans de nouvelles combinaisons, sans détruire l’œuvre précédente.
Selon les écrits de la Kabbale, tout ce qui existe tire sa vie des 22 lettres de l’alphabet hébreu. À partir des diverses combinaisons de ces lettres, dans les «dix paroles par lesquelles le monde a été créé» rapportés dans la Genèse, nous pouvons trouver la source de chaque aspect de la création, positif ou négatif.
Dans les générations précédentes, la seule réponse à la négativité et au mal était souvent de «détruire les plaques».
Cependant, ces dernières générations, depuis la révélation du Baal Shem Tov et de la Hassidout, nous est donné le moyen de «réorganiser les lettres», et ainsi transformer le mal en bien.
Puisque la véritable essence de tout ce qui existe est la sainteté, dans notre service à D.ieu nous pouvons révéler le positif et le bien qui se trouve enfouit dans le mal et le négatif, et ainsi le transformer en sainteté, ce qui est le but ultime pour lequel il a été créé.
Je viens d’entendre l’histoire miraculeuse de cette femme autrefois sans enfant, voici ce qui s’est passé avec ses propres mots:
En 1992, mon mari et moi étions mariés depuis 6 ans sans enfants.
Nous avions entendu dire que le Rabbi Loubavitch distribuait des dollars et des bénédictions à plus de 5 000 personnes chaque dimanche. Et un dimanche, un ami nous a emmenés chez le Rabbi pour recevoir une bénédiction pour enfin avoir un enfant.
J’ai demandé au Rabbi une bénédiction pour les enfants, et le Rabbi m’a dit de « réapprendre les lois de la pureté familiale ». Après avoir quitté le Rabbi, mon mari et moi sommes immédiatement allés de l’autre côté de la rue dans une librairie et avons acheté un livre en hébreu / anglais sur les lois sur la pureté familiale. Nous avons commencé à l’apprendre ensemble le soir même.
En plus de ce conseil, le Rabbi nous a également remis 3 dollars (sur la photo ci-dessus). Je ne savais pas grand-chose de la coutume du Rabbi de donner des dollars avec des bénédictions, donc pour le moment, je ne savais pas qu’il était très inhabituel de recevoir 3 dollars.
J’avais totalement confiance et je croyais que la bénédiction fonctionnerait.
B’h, j’ai découvert que j’étais enceinte le mois suivant, et j’ai découvert que c’était des triplés quand j’étais enceinte d’environ deux mois. J’étais tellement ravi. Mon mari s’est presque évanoui.
Malheureusement, le Rabbi a eu un accident vasculaire cérébral six semaines après que nous ayons reçu sa bénédiction. Le secrétaire du Rabbi savait que nous avions été bénis avec des triplés, et je suis sûr que le Rabbi le savait, mais nous ne l’avons jamais revu.
J’avais 33 ans quand j’ai accouché et j’étais tellement ravie d’être enfin mère que toutes les heures passées et le travail acharné ont été une véritable bénédiction. Et B’h, nous avons eu la chance d’avoir une autre fille merveilleuse quand j’ai eu 40 ans.
Aujourd’hui, mes triplés ont 28 ans et ma fille cadette a 21 ans. Tous mes enfants sont très liés au Rabbi.
Mon mari et moi (dans une photo récente ci-dessous) avons également adopté toutes les coutumes Habad comme moyen de redonner à la source de notre bénédiction, envers qui nous ressentons une immense gratitude.
Les correspondances du Rabbi n’ont évidemment commencé d’être publiées qu’avec son accord. Mais alors le rythme de leur publication, selon la volonté clairement exprimée du Rabbi, est devenu de plus en plus soutenu.
Le temps que nous traversons nous fait, hélas, mesurer pleinement l’importance de ce travail d’édition. Avec ces lettres le Rabbi nous parle aujourd’hui, abordant les questions les plus profondes comme les préoccupations les plus quotidiennes.
Au mois d’Adar (février) 1985, un ami de Rav Leibel Zajac le contacta afin qu’il procure à un de ses proches parents de la Matsa Chmoura pour la fête de Pessa’h, comme le font tous les émissaires du Rabbi dans le monde entier. Le problème était que cet homme habitait à Kinshasa, capitale du Zaïre, maintenant République Démocratique du Congo.
En apprenant qu’un Juif habitait dans ce pays lointain et exotique, Rav Leibel Zajac fut le plus heureux des hommes ! En effet, Rav Leibel se consacrait corps et âme à la campagne initiée par le Rabbi de Loubavitch : imprimer partout dans le monde, en compagnie de communautés juives locales, le Tanya, l’œuvre maîtresse de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi. Cette nouvelle signifiait donc qu’il pouvait voyager au Congo et… y faire imprimer le Tanya, l’étudier avec ce Juif et donner ainsi une grande satisfaction au Rabbi.
Apparemment, Rav Leibel Zajac ne se renseigna pas trop sur l’endroit qu’il s’apprêtait à visiter : sinon il aurait compris qu’il s’agissait d’un pays d’Afrique sub-saharienne qui, à l’époque, était considéré comme difficile, même si la situation était calme.
Mais Rav Leibel ne s’attarda pas sur ces «détails». Il écrivit au Rabbi une lettre dans laquelle il exposait son plan de voyage. Le Rabbi approuva ses projets mais lui demanda d’organiser à l’avance où il pourrait imprimer le Tanya et trouver sur place l’imprimeur qui s’occuperait de l’édition etc. L’ami de Rav Leibel prit en charge toutes ces dispositions techniques et Rav Leibel commença ses préparatifs.
Comme il était très proche de la regrettée Rabbanite ‘Haya Mouchka, Rav Leibel lui rendit visite et lui annonça fièrement qu’il s’impliquait à fond dans la campagne initiée par le Rabbi : il allait même faire imprimer le Tanya à Kinshasa. Si Rav Leibel n’était pas très au courant des événements politiques, la Rabbanit, elle était consciente des dangers qu’il encourrait peut-être en se rendant dans ce pays instable. Inquiète, elle lui demanda : «Vous rendez-vous compte où vous allez ? Savez-vous que ce pays n’est pas très sûr ?»
Rav Leibel affirma que, puisqu’il voyageait avec la bénédiction du Rabbi, le Tout Puissant l’aiderait certainement !
En apprenant qu’il avait obtenu la bénédiction du Rabbi, la Rabbanite le bénit elle aussi en lui souhaitant un bon voyage. Cependant, elle s’inquiétait énormément ! Elle lui recommanda instamment de prendre toutes les précautions nécessaires et de lui faire part de son retour le plus rapidement possible.
Avant de partir pour Kinshasa, Rav Leibel reçut la réponse suivante du Rabbi, alors qu’il devait auparavant se rendre dans plusieurs autres pays d’Afrique du sud :
«On a insisté plusieurs fois sur la nécessité d’étudier le Tanya quand il est imprimé dans un endroit, au moins une fois… Il est inclus dans cette réponse de l’argent à remettre à la Tsedaka dans les endroits qu’il visitera. Je le mentionnerai sur le tombeau (du Rabbi précédent)».
Durant son voyage, Rav Leibel fit face à de nombreuses aventures mais, grâce à D.ieu, il surmonta tous les obstacles et parvint à faire imprimer le Tanya à Kinshasa en quelques jours. Il trouva là-bas une petite communauté soudée. Dès sa mission terminée, Rav Leibel s’empressa de quitter le pays, avec quelques exemplaires du Tanya dans ses valises : il avait laissé aux Juifs résidant sur place tous les autres exemplaires, ainsi que des Matsot Chmourot à l’approche de la fête de Pessa’h.
Le vendredi, veille du Chabbat où on bénit le mois de Nissan, Rav Leibel arriva à Brooklyn : dans ses valises, il avait emballé précieusement les Tanya qu’il avait fait imprimer au Brésil et ceux de Kinshasa.
Le lendemain, lors de la réunion ‘hassidique, le Rabbi appela Rav Leibel et lui remit une bouteille de vodka, comme c’était la coutume à cette époque. Le Rabbi lui demanda de se rendre à nouveau dans les endroits où il avait fait imprimer dernièrement le Tanya et d’apporter aux Juifs locaux de la Matsa Chmoura pour Pessa’h. Avec un grand sourire, le Rabbi précisa cependant : «Mais ne retournez pas à Kinshasa !»
Comme la Rabbanite lui avait demandé instamment de revenir et qu’il savait que, jusqu’à la nouvelle de son retour en bonne santé, elle serait inquiète, il lui annonça son retour. La Rabbanite ne cacha pas sa joie de le savoir revenu sain et sauf et, soulagée, lui demanda de venir lui rendre visite en affirmant à son secrétaire : «Aujourd’hui nous aurons la visite de quelqu’un d’important, important parce qu’il revient d’un pays pareil…!»
Quand Rav Leibel entra dans la maison du Rabbi, sur President Street, la Rabbanite lui transmit que le Rabbi avait demandé que le visiteur se rende dans son bureau situé à l’étage. En général, les rares personnes qui rendaient visite à la Rabbanite étaient reçues au rez-de-chaussée et ne se hasardaient pas dans les chambres situées à l’étage. Mais la Rabbanite affirma à Rav Leibel : «Mon mari a déclaré qu’un invité aussi important doit être reçu dans le bureau !»
Quand Rav Leibel quitta la maison, la Rabbanite lui confia : «Vous avez labouré, semé et sué ! Mais bientôt, on enverra là-bas un Chalia’h (émissaire) !»
Effectivement, le Congo Kinshasa est devenu depuis 1991 le lieu de résidence de Rav Chlomo Bentolila qui, avec sa famille et des jeunes gens qui viennent régulièrement le seconder, s’occupent des besoins culturels et cultuels des Juifs d’Afrique sub-saharienne. Le couple qui avait motivé la venue de Rav Leibel en premier lieu a fait construire un Mikvé (bain rituel). De nombreuses autres institutions éducatives et sociales ont été établies par le Rav Bentolila.
Comme l’avait prédit la Rabbanite, une vie juive intense se développe maintenant dans ce pays ! Sa prophétie s’est pleinement réalisée !
INTRODUCTION – WIKIPEDIA – Il y a des Juifs en Syrie depuis l’Antiquité: selon la tradition de la communauté, depuis l’époque du roi David , et certainement depuis le début de l’époque romaine. Les Juifs de cette ancienne communauté étaient connus sous le nom de Musta’arabim («arabisants») pour eux-mêmes, ou de Moriscos pour les séfarades. [dix]
De nombreux séfarades sont arrivés après l’expulsion d’Espagne en 1492 et ont rapidement pris une position de leader dans la communauté. Par exemple, cinq grands rabbins successifs d’Alep étaient issus de la famille Laniado.
Aux XVIIIe et XIXe siècles, certains Juifs d’ Italie et d’ailleurs, connus sous le nom de Señores Francos , se sont installés en Syrie pour des raisons commerciales, tout en conservant leur nationalité européenne.
Les Juifs kurdes, originaires de la région du Kurdistan, représentent un autre sous-groupe de Juifs syriens. Leur présence en Syrie est antérieure à l’arrivée des juifs séfarades à la suite de la reconquista . [11] Les anciennes communautés d’ Urfa et de Çermik faisaient également partie de la communauté syrienne plus large et la communauté d’Alep comprenait des migrants de ces villes.
Aujourd’hui, certaines distinctions entre ces sous-groupes sont préservées, dans le sens où certaines familles ont des traditions sur leurs origines. Cependant, il existe des mariages mixtes considérables entre les groupes et tous se considèrent comme des « séfarades » au sens large. On dit que l’on peut dire aux familles d’Alep d’origine espagnole par le fait qu’elles allument une bougie de Hanoukka supplémentaire . Cette coutume a apparemment été établie en reconnaissance de leur acceptation par la communauté syrienne la plus indigène.
Au 19e siècle, après l’achèvement du canal de Suez en Égypte en 1869, le commerce s’est déplacé vers cette route de la route terrestre à la Syrie, et l’importance commerciale d’Alep et de Damas a connu un déclin marqué. De nombreuses familles ont quitté la Syrie pour l’Égypte (et quelques-unes pour le Liban) au cours des décennies suivantes, et avec une fréquence croissante jusqu’à la Première Guerre mondiale, de nombreux Juifs ont quitté le Moyen-Orient pour les pays occidentaux, principalement la Grande-Bretagne, les États-Unis, le Mexique et l’ Argentine . Une nouvelle émigration, en particulier après la création de l’État d’ Israël en 1948, a suivi.
À partir de la fête de la Pâque de 1992, les 4000 membres restants de la communauté juive de Damas ( arabe Yehud ash-Sham ), ainsi que la communauté d’Alep et les Juifs de Qamishli, ont été autorisés par le gouvernement de Hafez al-Assad à quitter la Syrie à condition qu’ils n’immigrent pas en Israël. En quelques mois, des milliers de Juifs syriens se sont rendus à Brooklyn, et quelques familles ont choisi de se rendre en France et en Turquie. La majorité s’est installée à Brooklyn avec l’aide de leurs proches au sein de la communauté juive syrienne.
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Dans la relation qui se tissa entre le Rabbi et les Juifs de Syrie, il est bien évident que ce qui conserve un caractère confidentiel dépasse ce qui peut être révélé. Ainsi, pendant une longue période, une action secrète fut dirigée à partir du bureau des secrétaires du Rabbi.
C’est de cette façon que des objets de culte furent expédiés aux Juifs de Syrie grâce à des relations diplomatiques. Le Rav de la communauté syrienne de New York, dont l’immense synagogue se trouve à Ocean Parkway, relate : « A l’époque, le Rabbi connaissait les noms de la majeure partie des Juifs de Damas et, pour nombre d’entre eux, il savait aussi quelle était leur situation personnelle ».
L’une de ces années, un représentant des Juifs de Syrie passa devant le Rabbi, à la veille de Yom Kippour. Le Rabbi lui emplit les mains de gâteau au miel. Pour chaque part de gâteau qu’il lui tendait, le Rabbi multipliait les bénédictions et disait : « Ceci est pour la Syrie. Ceci est pour les Juifs de Syrie. »
De nos jours, la Syrie ou ce qui en reste évoque le chaos, la destruction, la guerre sanglante, des centaines de milliers de victimes. Dans cet endroit du monde, les vapeurs de gaz sont devenues le quotidien banal, la vie n’a plus aucune valeur. Un nombre incalculable de familles ont perdu tout espoir.
La communauté juive de Syrie, au sommet de sa gloire, comptait plusieurs dizaines de milliers de Juifs, des centaines de Sifreï Torah, se trouvant dans des dizaines de synagogues. De nos jours, il ne reste qu’une poignée de Juifs, quelques dizaines, dans les deux grandes villes du pays, Damas et Alep, à l’issue d’un effondrement démographique.
Selon le témoignage, rapporté il y a quelques mois, d’un représentant de la petite communauté de Damas, qui fut interviewé par un journaliste israélien, Assaf Guibor, les quelques Juifs de la ville s’efforcent de mettre en pratique la Torah et les Mitsvot.
Ces Juifs parviennent, parfois, à organiser une prière commune dans la grande synagogue de Damas, qui n’a pas été détruite. Il a même pu leur arriver de prier ensemble trois fois par jour et les coutumes des fêtes de l’antique communauté de Damas y sont encore respectées, de nos jours.
A Alep, il ne reste plus que sept femmes juives et pas un seul homme. De nombreux Juifs sont morts dans les bombardements des forces de l’armée syrienne, dans tout le pays et la synagogue Elyahou Ha Navi de Damas, a été entièrement détruite.
Il y a plus de quarante ans, durant l’été 5733 (1973), alors que le Rabbi dirigeait les ‘Hassidim depuis trente-deux ans, il lança la conquête spirituelle du monde par les « tanks de Mitsvot » et les campagnes de diffusion des Mitsvot. C’est alors que le lexique ‘Habad s’est enrichi d’expressions comme : « campagne des Tefillin » ou : « campagne des Mezouzot ».
Les responsables de cette « campagne des Mezouzot », à New York, étaient alors le Rav Lippe Brenan, actuellement l’un des responsables du Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h et le Rav Shraga Zalmanov, actuellement émissaire du Rabbi dans le Queens.
Leur quartier général était installé dans un bureau appartenant aux jeunes de l’association ‘Habad, à Crown Heights. Là, grâce à une campagne dans les médias, des Juifs téléphonaient et ils demandaient que l’on vienne chez eux, vérifier leurs Mezouzot. Les deux jeunes gens leur rendaient ensuite visite.
Se souvenant de cette période, le Rav Lippe Brenan raconte :
« J’arrivais au bureau des jeunes de l’association ‘Habad tous les matins. Je vérifiais les rendez-vous qui avaient été pris la veille. Je les classais selon leur localisation et je me rendais, chaque jour, dans un quartier différent. Par la suite, je rédigeais une carte indiquant ce qui avait été fait dans chaque maison, vérification des Mezouzot, Tefillin mises, discussions avec les personnes.
Mon premier contact avec les Juifs de Syrie a eu lieu, quand je me suis rendu, avec mon ami Elyahou Sufrin, qui était alors un élève de la Yechiva et qui est maintenant un Rav en Angleterre, à Ocean Parkway, un quartier dans lequel est installée une communauté importante, originaire de ce pays. Nous sommes entrés, notamment, dans un magasin de fournitures électriques et électroniques, qui appartenait à Raphaël Bettache, un Juif syrien, pratiquant et portant la Kippa.
Dès mon entrée, j’ai observé qu’il n’y avait pas de Mezouza. Nous nous sommes présentés au propriétaire et nous lui avons demandé si c’était bien lui qui avait demandé une vérification de Mezouzot. Il nous a regardés avec surprise et il a affirmé qu’il ne nous avait pas contactés, à propos de ces Mezouzot.
Nous l’avons remercié poliment et nous nous apprêtions à repartir quand il a dit qu’il avait dernièrement fait l’acquisition de Mezouzot neuves, mais n’avait pas eu le temps de les mettre à leur place. Il nous proposait donc de les vérifier et de les fixer aux portes.
Bien entendu, nous avons accepté. Je me suis dit que nous n’étions pas venus pour rien. Nous avons donc vérifié ces Mezouzot. Certaines n’étaient pas valables et nous les avons remplacés par de bonnes Mezouzot.
Monsieur Bettache nous a dit que notre venue était un effet de la divine Providence. En effet, nous étions arrivés alors qu’il s’apprêtait à fixer ces Mezouzot. Or, certaines d’entre elles n’étaient pas valables.
Par la suite, il nous a demandé de vérifier les Mezouzot, chez lui, chez sa mère et chez ses frères. C’est ainsi qu’un lien s’est créé entre nous. Grâce à tout cela, la communauté syrienne a appris que des jeunes gens du mouvement Loubavitch vérifiaient les Mezouzot dans les maisons. Plusieurs de ses membres nous ont demandé de passer chez eux.
Au cours de ces visites, nous avons eu un échange avec ces personnes à propos de leur pratique juive et c’est de cette façon que nous sommes entrés en contact avec l’ensemble de cette communauté. Par la suite, nous avons fait venir un Sofer dans leur synagogue centrale Chaareï Tsion, à Ocean Parkway.
De nombreux membres de la communauté syrienne ont apporté leurs Mezouzot à ce Sofer pour qu’il les vérifie. C’est ainsi que la campagne des Mezouzot qui avait commencé par un contact imprévu avec Raphaël Bettache s’est étendue à toute la communauté syrienne et a été un immense succès.
Entretemps, notre amitié avec Raphaël Bettache s’est raffermie. Un jour, il m’a expliqué, avec beaucoup de peine, que la communauté syrienne de New York, installée à proximité de la synagogue Chaareï Tsion, s’employait, depuis quelques temps, à envoyer des objets de culte aux Juifs qui étaient restés en Syrie. Or, tous les colis de Tefillin et de livres sacrés qui avaient été expédiés là-bas avaient été restitués aux expéditeurs. Il m’a demandé si le mouvement Loubavitch disposait d’un moyen de faire parvenir ces objets de culte à destination. Je lui ai promis de voir ce que je pourrais faire, à ce propos.
J’ai ensuite rapporté les termes de cet échange à mon ami Shraga Zalmanov, qui était aussi responsable de la campagne des Mezouzot. Il a lui-même fait intervenir ses contacts et c’est de cette façon que tout a commencé. Je n’en sais pas plus ».
Le magazine Kfar ‘Habad a enquêté sur l’intervention du mouvement ‘Habad dans les envois de colis en Syrie. Le Rav Zalmanov, dans un premier temps, préférait garder le silence. C’est uniquement par la suite qu’il a révélé quelques éléments. Néanmoins, l’essentiel de ce qui se passa alors resta caché :
« Le Rabbi intervenait personnellement en tout ce qui était fait et cela n’était pas du tout évident pour nous. Tout d’abord, il fallait vérifier la possibilité d’envoyer des colis et déterminer la manière la plus sure de le faire, afin qu’ils ne soient pas interceptés. Il y avait aussi beaucoup d’autres précautions qui étaient nécessaires.
Après toutes ces vérifications effectuées par le Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h, la branche éducative du mouvement Loubavitch, il fut décidé que le meilleur moyen d’envoyer ces colis était la voie diplomatique et qu’il fallait donc faire intervenir l’ambassade des Etats-Unis à Damas.
A ce stade, le Rav ‘Hadakov, directeur du secrétariat du Rabbi, contacta, au nom du Rabbi, le Rav Avraham Hecht, qui était le rabbin de la communauté des Syriens, à Ocean Parkway. Celui-ci possédait déjà une expérience, en la matière. Il fut chargé d’organiser ces envois et il s’adressa aussitôt aux autorités, à Washington ».
***
Dans la même période, le Rabbi rédigea la lettre suivante, faisant allusion à l’action menée en faveur des Juifs de Syrie :
Par la grâce de D.ieu, 11 Tamouz 5743 (1983), Brooklyn, New York,
A madame…, Vancouver, Canada,
Je vous bénis et vous salue,
J’ai reçu votre lettre du 20 mai avec beaucoup de retard. Vous me décrivez ce que vous faites pour le Judaïsme de Syrie et vous me demandez mon avis, à ce sujet. Vous m’écrivez que, pendant les trois dernières années, vous avez œuvré pour cette cause, avec plusieurs autres personnes et différents organismes.
Vous avez sans doute connaissance des efforts de plusieurs groupes menant une action similaire. A mon humble avis, il serait bon que les divers organismes intervenant, dans cette action qui est menée au profit du Judaïsme de Syrie, collaborent dans ce qu’ils accomplissent et mettent en commun les données dont ils disposent, afin d’exercer les pressions les plus larges et d’obtenir des résultats.
De même, je pense que, de façon générale, ce que l’on appelle la diplomatie silencieuse est, bien souvent, efficace pour atteindre les objectifs. En tout état de cause, l’expérience du passé doit permettre de déterminer la voie la plus appropriée, pour l’avenir. C’est aussi la raison pour laquelle l’action doit être menée dans la collaboration. Avec ma bénédiction,
Mena’hem Schneerson,
***
On rapporte aussi le récit relatif à la photographie du Rabbi qui circula, à l’époque, en Syrie. Monsieur Salah Louz, l’adjoint de celui qui fut le grand rabbin des Juifs de Syrie, le Rav Avraham Hamara, révéla au magazine Kfar ‘Habad, quelques aspects des contacts établis par le Rabbi avec les Juifs de Syrie :
« A Damas, où je résidais encore il y a quelques années, il n’y avait pas un seul Juif qui ne portait sur lui la photographie du Rabbi. Pour la plupart, ces Juifs avaient aussi, dans la poche se trouvant près du cœur, un dollar du Rabbi, qu’ils étaient parvenus à se procurer on ne sait trop comment. Quand on se déplaçait dans la voiture d’un Juif, on voyait, bien souvent, un dollar du Rabbi, encadré ou bien une photographie.
A l’époque, il n’était pas aisé de se procurer ces photographies et, bien souvent, les Juifs payaient des sommes conséquentes, pour les obtenir. Je me rappelle qu’à certaines périodes, ces photographies se vendaient une trentaine de dollars, soit la somme qui permettait d’assurer sa subsistance pendant trois semaines, une véritable fortune. Et, les Juifs payaient ce prix avec le plus grand enthousiasme !
Je me rappelle qu’une fois, un homme est arrivé de Brooklyn et il a apporté à l’ambassade américaine, à Damas, un grand nombre de photographies du Rabbi, afin qu’elles soient distribuées aux Juifs de la communauté. Il ne leur a pas apporté de l’argent ou des aliments, mais ces photographies, il savait que, chez nous, à Damas, celles-ci étaient le cadeau le plus précieux que l’on pouvait offrir à un Juif.
A l’époque, le contact avec le Rabbi était permanent et toutes les menaces, toutes les poursuites de la part de la Moukhabarat, la force de sécurité d’Assad inspirant l’effroi, n’ont pas permis de l’interrompre ».
Salah Louz, alors qu’il résidait encore à Damas, fut, une fois, sévèrement frappé par un officier de l’armée syrienne, ce qui a considérablement affaibli son acuité visuelle, jusqu’à ce jour. De ce fait, il lui fallut subir une intervention chirurgicale, dans un hôpital de Damas. A l’issue du traitement, les médecins lui dirent qu’il ne retrouverait jamais la vision qu’il avait au préalable et qu’il était même envisageable qu’il la perde complètement et devienne aveugle.
Salah Louz refusa ce verdict et il organisa un voyage aux Etats-Unis, afin d’y subir une seconde intervention chirurgicale. Les autorités autorisèrent son voyage, à la condition que les membres de sa famille restent en Syrie comme otages, conformément à l’usage qui était alors en vigueur. C’est effectivement ce qui se passa.
Les détails de ce récit sont révélés ici pour la première fois. Salah Louz se rendit effectivement en Amérique, mais, de là, il fut conduit en Israël. Il raconte :
« Lorsque je suis allé aux Etats-Unis, avant de subir une seconde opération, je me suis rendu chez le Rabbi afin de solliciter sa bénédiction. Il me l’a accordée, m’a assuré que cette intervention serait un succès et sa bénédiction s’est pleinement réalisée.
En Israël, le professeur Ben Sira est parvenu à restituer à un œil trente pour cent de son acuité, mais le second est resté aveugle. Après l’opération, j’ai été conduit en Italie et c’est de ce pays que je suis rentré en Syrie. On m’a remis des documents officiels selon lesquels l’intervention chirurgicale avait bien eu lieu aux Etats-Unis.
Je suis monté en Israël, avec toute ma famille en 5753 (1993) et j’y réside encore ».
***
Il y a de nombreuses années, le Rav Hecht rapporta le récit suivant :
« Il y a bien longtemps, le président Assad avait très peur de tout ce qui était susceptible de remettre en cause son pouvoir. Il suffit de rappeler qu’il fit exécuter plus de cinquante mille hommes qu’il suspectait d’être des opposants à son autorité.
Parmi ces suspects, figuraient les Juifs et Assad portait atteinte à leurs libertés de toutes les façons possibles. Tout d’abord, il les isola totalement de leurs frères, les Juifs originaires de Syrie qui s’étaient installés aux Etats-Unis et, plus encore, de ceux qui se trouvaient en Erets Israël. Les contacts téléphoniques n’étaient autorisés que très rarement et ils étaient toujours surveillés. Des écoutes avaient été mises en place pour cela.
Les courriers adressés à l’étranger ou bien reçus de l’étranger devaient subir une censure sévère. Des hommes d’affaires étaient emprisonnés uniquement parce qu’ils étaient juifs. A Damas et à Alep, la police secrète suivait de près les faits et gestes de la communauté et de ses institutions. Bien entendu, l’importation du moindre objet en provenance de ‘l’état sioniste’ était alors formellement interdite.
Assad savait que les Juifs étaient prêts à tout pour fuir le pays. Il les faisait donc surveiller de près. Lorsque, à titre exceptionnel, un Juif était autorisé à quitter le pays, il devait alors laisser un ‘gage’ de son retour, son épouse ou ses enfants et, en outre, payer une taxe de sortie d’un montant exorbitant.
Par la suite, Assad fit marche arrière, jusqu’à un certain point et il annula un bon nombre de restrictions. Il en arriva même à faire garder le ghetto juif pour le protéger des attaques de la part des palestiniens et des islamistes. Cependant, à l’époque, la situation était d’ores et déjà devenue insupportable.
A une époque, certains voulurent organiser des manifestations, à New York, pour prendre la défense des Juifs de Syrie. Mais, le Rabbi signifia son opposition à ces manifestations et, bien entendu, je me suis conformé à son avis. Ceux qui tenaient à ces manifestations se sont violemment opposés à moi, mais j’ai maintenu ma position.
Par la suite, il s’est avéré que ces cris et ces protestations avaient eu pour seul effet d’attiser la colère des autorités syriennes, ce qui mettait en danger, à proprement parler, la vie des Juifs de Damas et d’Alep. Les manifestations ont donc été remplacées par deux réunions de prière, au cours desquelles je me suis efforcé qu’aucune critique ne soit émise, en public, contre le gouvernement syrien.
Par la suite, plusieurs actions ont encore été menées en faveur des Juifs de Syrie. Pour la plupart, elles doivent encore rester confidentielles. A l’époque, nous avons multiplié les contacts avec les consulats et les ambassades des pays qui étaient susceptibles d’exercer une quelconque influence sur la Syrie.
Je peux vous révéler que nous avons eu des contacts également avec les dirigeants de l’église et même avec le pape. Nous sommes intervenus largement à Washington. Tout cela est resté secret et les médias n’en ont pas parlé. En dehors de ceux qui étaient directement concernés, nul n’en a eu connaissance.
Nous avons rencontré, à plusieurs reprises, l’ambassadeur de Syrie à Washington. Quand il a pu constater que nous ne manifestions pas d’opposition à son gouvernement, il nous a accordé son appui. Il a compris que nous recherchions uniquement la réunion des familles. Et, ces démarches ont eu de multiples conséquences.
Il ne s’agissait pas de faire sortir les Juifs du pays. A l’époque, c’était un rêve inaccessible. Nous voulions qu’ils aient de meilleures conditions de vie, qu’ils puissent se déplacer à l’étranger comme ils le désiraient, qu’ils aient des contacts téléphoniques avec les autres pays et qu’ils soient protégés par les autorités locales. Certains avaient été emprisonnés uniquement parce qu’ils étaient juifs et, après beaucoup d’efforts, nous sommes parvenus à les faire libérer. Il y a eu d’autres acquis encore, qui doivent rester confidentiels.
Au cours d’une réunion avec l’ambassadeur de Syrie à Washington, nous avons été invités à rendre visite à la communauté juive de Syrie, afin d’observer sa situation de nos propres yeux, de parler à ses membres et de les encourager. J’ai interrogé le Rabbi, sur cette proposition. Il m’a immédiatement répondu que je devais faire ce voyage et qu’il en était très satisfait.
Bien entendu, les préparatifs du voyage ont été extrêmement discrets. Au final, il y a eu des événements imprévus et le voyage n’a pas eu lieu parce que nous l’avons nous-même annulés. Les Syriens faisaient preuve de bonne volonté. Ils nous ont même promis une garde rapprochée, pendant toute la durée du voyage. Jusqu’à ce jour, je regrette amèrement de n’avoir pas fait ce voyage, malgré les évènements impondérables qui l’ont rendu impossible.
Sans faire d’intervention directe, le Rabbi était constamment présent. Il connaissait le moindre détail de ce que je faisais et de mes démarches. En permanence, il me donnait des conseils et des bénédictions. Le Rabbi savait tout ce qui se passait dans la communauté de Damas. Lorsque le Rabbi m’accordait une audience, au cours de laquelle je demandais une bénédiction pour un Juif de Damas, il répondait aussitôt :
‘Ah ! Celui qui se trouve à tel endroit ?’
Quand on dit qu’il est le Rabbi du monde entier, il faut prendre ces mots véritablement à la lettre. En l’occurrence, je peux témoigner qu’il connaissait la plupart des Juifs de Damas, par leur nom et leur situation particulière. De plus, je sais que le Rabbi a fait d’autres interventions, par différentes voies, pour que les colis puissent être envoyés en Syrie, mais je n’ai pas d’informations plus précises, à ce sujet.
Pour ce qui est de l’envoi d’objets de culte, le Rav ‘Hadakov, directeur de son secrétariat, m’a appelé, une fois et il m’a dit :
‘Ecoute, Avraham, une opportunité se présente maintenant à nous. Des Juifs de Damas se sont adressés au Rabbi pour qu’il leur envoie des objets de culte’.
Dans la suite de la conversation, j’ai compris que ces Juifs s’étaient adressés précisément au Rabbi, que le Rav Hadakov avait été chargé par le Rabbi de me contacter et que, désormais, il m’appartenait d’agir !
Je me suis donc aussitôt mis à l’action. La communauté a réuni un grand nombre d’objets de culte et de livres sacrés. Nous les avons envoyés au Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h, qui s’est chargé de les expédier à bon port. Pour notre part, nous ne savions quelle était exactement la situation, à Damas et nous n’étions pas certains que ces colis attendraient leur destination. Malgré cela, nous avons pris la décision d’essayer.
Il est intéressant de constater que les Juifs de Syrie ont fait le choix du Rabbi, à proprement parler. Ils le connaissaient, lui faisaient confiance, avaient la conviction qu’il pouvait améliorer leur sort. Pendant des années, il a satisfait leurs besoins dans la discrétion la plus totale. Il n’y a pas un coin du monde que le Rabbi ne connaissait pas. Le monde entier lui était familier et il était lui-même familier au monde entier.
Combien de récits découvre-t-on soudain, chaque jour, qui se sont passés en Asie, en Afrique ou dans les coins les plus reculés ? Dans tous ces endroits, on connaissait bien le Rabbi. Nous-mêmes, nous n’avons pas idée de l’influence qu’il exerçait réellement. Il est difficile de comprendre comment le Rabbi pouvait résider à Brooklyn et savoir ce qui se passait dans le monde entier. »
***
Le Rav Yom Tov Guindi, qui réside à Kfar ‘Habad, en Erets Israël, est né à Alep, en 5716 (1956). Ses parents lui ont donné une éducation juive traditionnelle. A l’époque, la communauté comptait environ deux cents enfants. Ceux-ci, dès leur plus jeune âge, subissaient les effets d’une législation impitoyable, qui limitait leur étude du Judaïsme à une heure par semaine.
A l’époque, ces enfants fréquentaient donc l’école jusqu’à midi, heure à laquelle les cours se terminaient. Puis, ils rentraient chez eux et ils passaient ensuite l’après-midi dans la grande synagogue de la ville, où ils étaient répartis en classes et ils étudiaient la Torah jusqu’au soir. Le Rav Guindi raconte :
« Nous avions peur de la police secrète et, de ce fait, un élève se trouvait toujours à la porte de la synagogue pour surveiller les allées et venues, notamment l’approche d’un soldat, d’un policier ou de n’importe quel homme suspect.
En cas de doute, il prévenait et tous les enfants entraient vite dans la synagogue, prenaient des livres de Tehilim et se mettaient à les réciter. Nous craignions non seulement les autorités, mais aussi les voisins arabes. Ils nous attendaient à la porte de l’école, nous insultaient, nous attaquaient et nous battaient.
Malgré tout cela, la vie de la Torah était très belle. Je me souviens, en particulier, des merveilleuses célébrations de Sim’hat Torah. De fait, il en est systématiquement ainsi, car, plus l’on se trouve dans l’obscurité, plus l’on recherche la lumière et l’on se rapproche de D.ieu.
Je me rappelle aussi de la fête de Soukkot. Lorsque nous passions dans la rue en portant les grandes branches qui servaient de toiture à la Soukka, ils nous frappaient toujours. Nous savions que nous n’en ressortirions pas indemnes.
Cette vie difficile a conduit de nombreuses familles à tenter de fuir le pays. Il faut préciser que la communauté juive comptait, à l’époque, deux mille personnes et que la police secrète connaissait chacune d’elles par son nom.
Pendant cette période, chaque fois qu’une personne disparaissait pendant une nuit, ses parents devaient se présenter aux autorités dès le lendemain matin pour déclarer sa disparition. En général, ils affirmaient qu’ils ne savaient rien de ce qui avait pu se passer.
Pour ma part, j’ai pris la décision de m’enfuir quand j’avais dix-sept ans, en 5733 (1973). Le jour de la fuite, je me suis rendu à pied, avec mes deux sœurs, qui m’ont accompagné dans mon voyage, à l’endroit qui avait été convenu avec le passeur. Nous étions terrifiés. Nous sommes passés devant le commissariat de police et notre cœur a arrêté de battre. Nous avions parfaitement conscience de ce qui se produirait, si nous étions attrapés. Les tortures syriennes étaient bien connues et célèbres, à l’époque.
Quelques heures plus tard, nous sommes arrivés à la frontière libanaise et le passeur nous a demandé de faire semblant de dormir. La voiture s’est arrêtée pour le contrôle frontalier. Le chauffeur est descendu et il a ouvert le coffre du véhicule, pour l’inspection. Soudain, j’ai senti une lumière aveuglante. C’étaient un projecteur qu’ils avaient dirigé sur mon visage. J’avais très peur et je priais, en silence.
Lorsque nous avons passé la frontière, j’ai remercié D.ieu et j’ai voulu parler au chauffeur, mais il m’a fait signe de me taire. En arrivant à Beyrouth, nous avons eu l’impression de passer de l’obscurité à la lumière. Je me souviens avoir dit à mes sœurs :
‘Vous vous rendez compte ? Nous avons passé la frontière !’.
Par la suite, je n’ai plus jamais eu de contact avec le reste de ma famille. Le lendemain, le passeur s’est approché du magasin de mon père et il lui a fait un signe de la main pour lui indiquer que notre transfert s’était bien passé.
C’est de cette façon que nous sommes arrivés au Liban, pays dans lequel les Juifs avaient la liberté de leurs mouvements. Pourtant, nous ne pouvions nous empêcher de ressentir l’omniprésence de la police secrète syrienne.
Quelques jours plus tard, nous avons pris, à l’aéroport de Beyrouth, un avion pour Paris, puis un second vol nous a conduits en Israël, où je me suis inscrit à l’institut supérieur d’études mathématiques. C’est là que, un jour de ‘Hanouka, des ‘Hassidim ‘Habad sont venus nous réjouir. Dès que je les ai vus, j’ai voulu être comme eux. Ils étaient heureux, joyeux. Ils sont venus avec des instruments de musique et cet instant de bonheur a changé le cours de ma vie.
Par la suite, j’ai fréquenté le Beth ‘Habad de ‘Holon, puis la Yechiva de Kfar ‘Habad, jusqu’à devenir, à mon tour, un ‘Hassid ‘Habad ».
***
Quelle est l’autorité de Washington qui fut consultée par le Rav Hecht ? Celui-ci raconte :
« Il y avait un membre de la communauté syrienne de New York qui s’appelait Stéphane Chalom. Son père, Its’hak Chalom, était l’un des présidents de la communauté et, à ce titre, il avait des contacts avec les autorités de Washington. Pendant une certaine période, il a également été proche du Rabbi Rayats.
Le fils, Stéphane Chalom, était, à l’époque, l’ami d’un membre du congrès, Stéphane Stolerz. Le congrès l’avait chargé de faire une étude sur les populations en détresse dans différents pays du globe et il devait rendre compte de ses recherches au State Department. Dans le cadre de cette étude, il avait rencontré le président d’Egypte et le shah d’Iran. Il s’était rendu aux Philippines et dans d’autres pays encore.
Les deux amis, Chalom et Stolerz, menèrent ensemble de nombreuses actions, au fil des années, pour faciliter les conditions de vie de la communauté de Syrie. L’ambassadeur d’Amérique à Damas était un ami personnel de Stéphane Stolerz.
Nous les avons donc contactés tous les deux et c’est par leur intermédiaire que nous avons pu avoir un contact avec l’ambassadeur, qui a accepté de recevoir les colis par la valise diplomatique et de les transmettre au Rav Avraham Hamara, qui devint par la suite le grand rabbin de Syrie, de même qu’à un autre Rav qui se trouvait là-bas. Les deux Rabbanim obtenaient donc les objets de culte et certaines sommes d’argent auprès de l’ambassade américaine et ils les répartissaient au sein de la communauté, à Damas et à Alep.
Bien entendu, il y avait là un réel danger, car la police secrète suivait en permanence les membres de la communauté et, a fortiori, les rabbins. A l’époque, Assad mettait un point d’honneur à ce qu’il n’y ait aucun contact entre la communauté juive de Syrie et le monde occidental ».
C’est le Rav Lippe Brenan qui complète ce récit :
« Quand nous avons obtenu le feu vert, nous avons immédiatement fait savoir à la communauté syrienne de Ocean Parkway que les colis qui seraient adressés par l’intermédiaire du mouvement Loubavitch avaient de plus grandes chances d’arriver à bon port. La communauté voulut financer leur envoi, mais la somme qu’elle collecta était insuffisante et la majeure partie des frais fut prise en charge par le Merkaz Le Inyaneï ‘Hinou’h.
Nous avons ainsi envoyé plusieurs grosses caisses, je ne me souviens plus de leur nombre, contenant des Mezouzot, des Tefillin, des livres sacrés qui étaient essentiellement des Siddourim, des Ma’hzorim et des livres du ‘Houmach. Dans chaque caisse, se trouvait une lettre indiquant que son contenu était un don de la communauté syrienne de New York à la communauté de Damas. Les destinataires étaient le vieux Rav de la communauté et le Rav Avraham Hamara, qui s’étaient engagés à répartir les envois entre Damas et Alep. »
Le Rav Shraga Zalmanov décrit l’organisation concrète de ces envois :
« Lorsque tout fut réglé auprès des autorités, nous avons commencé à nous occuper des colis proprement dits et de leur envoi. Il s’agissait surtout de plusieurs dizaines de Mezouzot et de Tefillin. Parfois, un colis pouvait en contenir plus d’une centaine de paires.
Avant Roch Hachana 5735 (1974), nous avons appris que la communauté manquait de Ma’hzorim pour les prières de Roch Hachana et de Yom Kippour. Nous en avons acquis une grande quantité, selon leur rite, en relativement peu de temps. Ce fut une histoire compliquée. Au final, je suis parvenu à trouver ces livres en Alabama et, aussitôt, nous nous sommes organisés pour les envoyer, car les délais étaient courts.
La compagnie de transport qui effectuait les envois pour notre compte appartenait à un israélien qui habitait, à l’époque, à New York. Il se trouve que cet homme était un infirme de Tsahal et qu’il avait lui-même été prisonnier en Syrie, après la guerre de Kippour. J’ai fait livrer les caisses de Ma’hzorim dans son entrepôt et il s’est occupé de tous les aspects techniques. C’est lui qui a organisé l’envoi des colis en Syrie.
Il ne restait que très peu de temps, avant Roch Hachana et, de ce fait, il nous était impossible d’envoyer les colis par l’ambassade américaine de Damas. Tout d’abord, les caisses étaient très nombreuses. En outre, l’ambassade n’était pas capable d’assurer la livraison en un délai aussi restreint. Nous avons donc décider de prendre un risque et, cette fois-là, nous ne sommes pas passés par la valise diplomatique, mais par un envoi courant, à l’aéroport de Damas, au nom du Rav Avraham Hamara.
Nous savions que les autorités pourraient confisquer ces livres et qu’ils seraient alors tous perdus. Il y avait cinq cents Ma’hzorim dans de grandes caisses, très lourdes. Les autres caisses, contenant les Mezouzot et les Tefillin, furent expédiées par la voie habituelle. Avec l’accord de l’ambassadeur, elles ont été envoyées à l’ambassade. C’est là qu’on les a prises pour les distribuer aux membres de la communauté.
Qui est venu chercher ces colis à l’ambassade ? Je ne le sais pas moi-même, mais, le fait est, elles sont parvenues à bon port. Je sais, en revanche, qu’il y avait, à l’ambassade américaine, un homme qui était chargé des contacts avec la communauté juive. C’est vraisemblablement lui qui leur a livré ces caisses.
Il y eut, ainsi, une dizaine d’envois. Tous contenaient des Tefillin et des Mezouzot et, dans l’un d’entre eux, il y avait, en outre ces Ma’hzorim et des Siddourim. Les caisses de Tefillin et de Mezouzot étaient plus petites que celles des Ma’hzorim. Dans chaque colis, il y avait entre cinquante et cent paires de Tefillin, de même que de nombreuses Mezouzot.
L’ensemble de ces envois dura plus d’une année, ce qui est un délai relativement long. En effet, Raphaël Bettache organisait l’envoi suivant uniquement après avoir reçu la confirmation de Damas que le précédent était déjà arrivé à bon port ».
Le Rav Hecht révéla quelques autres détails :
« Le gouvernement syrien accepta l’entrée des Siddourim sur son territoire à la condition que le nom d’Israël n’y soit pas mentionné. Or, certains exemplaires avaient effectivement été imprimés en Israël et nous avons donc systématiquement déchiré la page de garde, indiquant le nom de l’imprimeur et son adresse.
Sur les documents officiels, l’expéditeur de ces colis était le Rav Chmouel Butman, directeur des jeunes de l’association ‘Habad. Peu après, nous avons reçu une lettre de remerciement du Rav Avraham Hamara, rédigée en français, à l’en-tête de la communauté juive de Syrie. Cette lettre portait aussi un tampon, en arabe, émanant de la censure syrienne ».
Concernant la correspondance entre les Rabbanim de Damas et le mouvement Loubavitch, le Rav Lippe Brenan raconte :
« A chaque caisse était jointe une lettre demandant de confirmer que son contenu avait bien été reçu dans son intégralité et d’indiquer si les autorités avaient fait des difficultés pour distribuer les Mezouzot ou les Ma’hzorim. Nous savions qu’en Syrie, tout était possible. Nous avions la crainte que les Moukhabarat, les forces secrètes d’Assad, permettent au destinataire de recevoir les caisses, mais lui interdisent de les distribuer.
De façon générale, après chaque envoi, nous recevions un accusé de réception du Rav Hamara, confirmant aussi la distribution de son contenu. D’ordinaire, il écrivait deux lettres, l’une à la communauté syrienne, l’autre au mouvement Loubavitch. A l’époque, j’ai vu l’une des lettres qui nous est parvenue. Je ne sais pas où ces lettres se trouvent maintenant. Il écrivait effectivement que tout le contenu avait été distribué.
Ces envois ont également permis de tisser des liens avec les Juifs de Syrie et ceux-ci se sont maintenus l’hiver suivant. Nous avons continué à vérifier les Mezouzot des membres de la communauté, auxquels nous rendions visite tous les vendredis. Ils nous connaissaient bien et notre action a pris des formes multiples.
En Tichri 5735 (1974), j’ai conduit monsieur Bettache chez le Rabbi pour la première fois, afin qu’il recçoive du gâteau au miel, à la veille de Yom Kippour. Nous sommes passés devant son bureau et le Rabbi lui a donné ce gâteau. Le Rav Groner, son secrétaire, indiqua au Rabbi que Raphaël Bettache était celui qui organisait les envois d’objets de culte. J’étais devant le Rabbi et j’ai vu son visage s’éclairer, avec un immense sourire, si particulier.
Le Rabbi donna à monsieur Bettache une autre part de gâteau, puis encore une autre, au point de lui remplir la main. Au total, il lui en donna six ou sept. A chaque fois, il disait :
‘Ceci est pour la Syrie’, ‘Ceci est pour les Juifs de Syrie’, ‘Vous enverrez ceci’, ‘Vous distribuerez ceci ici et là-bas’. Le Rabbi lui donna des bénédictions à profusion.
Dans la communauté syrienne, cet homme était considéré comme un homme ordinaire. Or, le Rabbi le couvrait de bénédictions et l’honorait. Il en fut profondément ému, comme si le Rabbi lui attribuait tout le mérite des colis envoyés. C’était, pour lui, une marque d’honneur au-delà de toute mesure.
Par la suite, monsieur Bettache poursuivit ses actions pour sauver les Juifs de Syrie et venir en aide au mouvement ‘Habad. Chaque fois qu’un besoin se faisait sentir, une relation, une rencontre, une collecte, nous nous adressions à lui et il répondait présent avec bienveillance. Il en fit de même également pour le mouvement Loubavitch, jusqu’à son dernier jour.
De nombreuses années plus tard, nous nous trouvions chez lui et nous évoquions la vérification des Mezouzot dans le quartier, les envois de livres en Syrie. Et, nous nous sommes demandés qui avait bien pu nous adresser la demande de venir vérifier les Mezouzot dans son magasin. Après une longue réflexion, il a dit :
‘C’était sûrement le prophète Elie’. »
L’action du Rabbi de Loubavitch en terre d’Islam / Rav Haim Mellul / Editions du Beth Loubavitch
A. W. raconte l’histoire étonnante suivante qui vient de se produire.
Le beau-frère de ma soeur est Roch Yéchiva dans une Yéchiva lithuanienne en Israel. Sa fille cherche à se marier depuis des années. La semaine dernière, D.ieu merci, elle a enfin célébré ses fiançailles avec sa famille.
Lors des fiançailles, l’heureux père a révélé à sa famille une histoire surprenante:
« Il y a environ un mois, j’ai fait un rêve. Dans le rêve, j’ai vu le Rabbi de Loubavitch venir vers moi et me donner des billets de deux cents dollars. Le Rabbi m’a alors donné une bénédiction « הישועה קרובה – בקרוב ממש » – « Le salut est imminent – très bientôt! »
Quand je me suis réveillé, je me sentais très confus et je n’ai parlé à personne de mon rêve. Pourquoi devrais-je rêver du Rabbi, alors que je ne l’ai jamais rencontré ou même écrit et que je n’ai aucun lien avec ‘Habad et la ‘Hassidout?
Mais maintenant que nous fêtons ce moment tellement attendu, je vous parle de ce rêve extraordinaire. »
La fille, entendant les paroles de son père, pâlit. « Papa, quand a-tu fais ce rêve? » Son père fit quelques calculs rapides et lui donna la date exacte de son rêve.
La fille consulta alors son téléphone, puis se mit à sangloter d’émotion . Elle raconta la suite de l’histoire…
« Papa, il faut que tu saches. Cette même mon amie se trouvait au Ohel du Rabb! En effet, elle avait voyagé avec sa famille à New York et son père, qui est proche de ‘Habad, voulait visiter le Ohel du Rabbi dans le Queens.
Mon amie était restée particulièrement longtemps dans le Ohel pour prier pour que je puisse en fin me marier. En quittant le Ohel, elle m’a envoyé le sms suivant : « Je viens de quitter le Ohel du Rabbi où j’ai prié longtemps pour toi. De bonnes nouvelles! »
C’est cette même nuit, que le Rabbi est venu te voir papa! Il t’a informé que «le salut est proche – très bientôt! »
A. W. continu son récit. Pendant les fiançailles je me trouvais à Crown Heights et la famille m’a alors demandé si je pouvais me rendre au Ohel pour remercier le Rabbi pour ses bénédictions et lui demander également la Siyata Dishmaya, l’aide de D.ieu, à l’avenir, pour la Kallah et toute sa famille.
Il va sans dire que j’ai fait ce que la famille avait demandé. J’ai même envoyé une photos de la demande de bénédiction avant de la déposer sur le tombeau du Rabbi !
Les fiançailles se prolongèrent tard dans la nuit dans une joie indescriptible…
En attendant de rencontrer le Rabbi : Its’hak Rabin (assis au centre), à l’époque ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, attend d’être reçu par le Rabbi à son quartier général de Brooklyn. Assis à droite se trouve le secrétaire du Rabbi, Rav Hodakov. Debout (de gauche à droite) : les rabbins Abraham Shemtov, Shlomo Cunin et Moché Hecht, et l’auteur de cet article, Yéhouda Avner.
Yéhoudah Avner, diplomate israélien, fut l’assistant et le conseiller de quatre premiers ministres israéliens (Golda Méir, Its’hak Rabin, Menahem Begin et Chimon Peres) et ambassadeur d’Israël en Irlande et en Australie.
Itsh’ak Rabin était un agnostique invétéré, et timide à l’excès. C’est pour cela qu’en ce jour de printemps en 1972 où il dut longuement attendre son entrevue avec le Rabbi de Loubavitch au 770 Eastern Parkway à Brooklyn, il était passablement tendu.
Sa gêne était d’autant plus apparente qu’il se tenait parmi une multitude d’hommes barbus qui s’affairaient autour de lui, tous identiquement vêtus de redingotes et de chapeaux noirs et tous pareillement indifférents à la peinture craquelée, au lino fissuré et à l’indéfinissable odeur qui régnait dans cet édifice de style Tudor qui abritait le quartier général du mouvement Loubavitch mondial.
Itsh’ak Rabin était à l’époque ambassadeur d’Israël à Washington et son président, Zalman Shazar, lui avait demandé de transmettre en personne ses vœux au Rabbi de Loubavitch, Rabbi Mena’hem Mendel Schneersohn, à l’occasion de son soixante-dixième anniversaire. Il était donc là, avec sa kippa de bar-mitsva bleue et or précairement perchée sur sa tête qui lui donnait un air de touriste dans un pays exotique.
Lorsqu’il fut enfin introduit dans le sanctuaire, le visage du Rabbi rayonnait. C’était un visage angélique, à moitié recouvert d’une barbe grise et couronné du célèbre Borsalino, qui lui conféraient l’impression d’une citadelle protégeant l’esprit des invasions négatives.
Mais ce qui marqua le plus Rabin, ce furent les yeux du Rabbi. Leur teinte était celle de l’azur des mers profondes, intense et engageante, exhalant sagesse, conscience, bonté et fraternité. Cependant, comme je devais l’apprendre plus tard, ces yeux pouvaient virer au gris menaçant d’un ciel de plomb.
C’étaient là les yeux de quelqu’un qui pouvait voir le mystère à travers l’évidence, la poésie à travers le trivial et les questions capitales dans les petites choses. Des yeux qui fascinaient les croyants au point de susciter en eux le bonheur, la joie, et l’abnégation – choses qui paraissaient folles au très cartésien, l’inébranlable laïc, Itsh’ak Rabin.
Il s’entretint principalement avec le Rabbi des affaires de Washington mais lorsque le sage évoquait des sujets plus célestes comme la Torah, l’éternité et le devenir spirituel, les yeux de l’ambassadeur devenaient vitreux. Ce genre de dogmes était trop impénétrable pour cet austère soldat, ce vétéran du Palmah, pour qui la réalité était un phénomène physique et non une merveille métaphysique.
Il était cependant impressionné. En sortant, il me confia « Cet homme sait mieux ce qui se passe en Israël que la plupart des députés de la Knesset. »
Le président Shazar fut heureux des nouvelles qu’il eut de cette rencontre. Dans sa prime jeunesse, celui-ci avait été élevé dans la tradition Loubavitch et, au crépuscule de sa vie, il exultait de redécouvrir son enchantement de jadis, comme la gemme oubliée d’un joyau brisé.
Lors de ses rares visites à New York, Zalman Shazar, faisant fi du protocole diplomatique, préférait se présenter devant le Rabbi à Brooklyn comme le ferait un disciple, plutôt que de solliciter que ce soit le Rabbi qui lui rende visite au Waldorf Astoria comme il eut été seyant à un chef d’État. Cette attitude souleva la colère de certains membres du gouvernement israélien et de la presse, ce qui exaspéra Zalman Shazar. Ainsi, quand, un soir de Pourim, il roulait en direction du 770 dans sa limousine encadrée par des motards de la police new-yorkaise toutes sirènes hurlantes, il s’exclama « Mais que me veulent-ils au pays ?! Je suis peut-être le président d’Israël, mais je suis aussi un simple ‘hassid qui rend visite à son Rabbi. Qui peut objecter à cela ? »
Quelques temps plus tard, par une douce journée de juillet 1977, Menahem Begin dut affronter la même situation. Un journaliste à l’épaisse tignasse et en costume bouffant lui demanda effrontément « Vous êtes le nouveau premier ministre d’Israël, pourquoi êtes-vous donc venu chez le rabbin Schneersohn ? Le protocole exige certainement que ce soit lui qui vienne vers vous. »
Cette altercation eut lieu sur le seuil du quartier général de Loubavitch où le Rabbi accueillait M. Begin au dans un embrasement de flashes photographiques. « Pourquoi, vraiment ? » commença le premier ministre, l’air détendu. « Une bonne question… »
Et alors, avec un air extrêmement déférent, il poursuivit « Je suis venu ici car je suis en route pour Washington où je vais rencontrer le président Jimmy Carter pour la première fois. Il est donc naturel que je vienne chercher la bénédiction d’un grand sage du peuple juif. Rabbi Schneersohn est l’une des plus importantes personnalités juives de notre temps. Son statut est unique dans notre peuple. Donc, oui, certainement, ses bénédictions me renforceront alors que j’entame une mission de la plus haute importance pour notre futur. »
« M. le rabbin souhaite-t-il commenter cette réponse ? » demanda le reporter.
« Seulement pour réitérer toutes mes bénédictions, répondit le Rabbi. Et pour ajouter que je considère la visite du premier ministre, non pas comme une manifestation d’honneur envers moi, mais comme une marque de reconnaissance de l’œuvre du mouvement Loubavitch en faveur de la diffusion de l’amour de D.ieu et de Sa Torah auprès de nos frères juifs, où qu’ils se trouvent. »
Les deux hommes, amis de longue date, s’enfermèrent pour une bonne heure, au terme de laquelle M. Begin informa Rabbi Schneersohn que je reviendrais à New York après notre séjour à Washington pour l’entretenir des discussions de la Maison Blanche.
Ainsi, c’est cinq jours plus tard que je me retrouvais seul avec le Rabbi dans son bureau lambrissé avec son mobilier simple et d’un autre âge. Des tomes du Talmud et d’autres épais volumes écornés par l’usage s’alignaient sur ses étagères, évoquant des siècles d’érudition et de débats menés par des générations de Juifs en kippa se balançant, psalmodiant et jouant du pouce, habitants d’un monde où les étudiants n’étudient pas et les enseignants n’enseignent pas, car tout le monde apprend.
Nous conversâmes en hébreu. Celui du Rabbi était classique, le mien moderne. Et, à mesure qu’il analysait méthodiquement mon compte-rendu des évènements de Washington, son expression d’autorité naturelle s’approfondissait sur son visage. Elle provenait d’un niveau de l’être qui dépasse l’entendement. C’était en lui : quelque chose qu’il possédait dans son âme, quelque chose qui lui avait été donné sous les châtaigniers et les érables de Brooklyn plutôt que sous les peupliers et les pins de Jérusalem – où, mystérieusement, il n’avait jamais séjourné.
La présentation, l’interrogation et la clarification avaient pris près de trois heures. Il était deux heures du matin passées et j’étais épuisé. Le Rabbi, plein d’entrain et de vigueur, me demanda de transmettre ce message à M. Begin : « En maintenant à la Maison Blanche votre position ferme au sujet d’Erets Israël, vous avez donné de la force à tout le Peuple Juif. Vous avez réussi à sauvegarder l’intégrité d’Erets Israël tout en évitant une confrontation avec les États-unis. C’est là la véritable qualité d’homme d’état juif : direct, courageux, sans prétention, mais jamais sur la défensive. Soyez fort et courageux. »
Il dicta cela d’une voix douce, mais enflammée.
Puis, tout à fait détendu, il fit une tente des ses doigts fins, me regarda droit dans les yeux, et me dit avec un sourire étonnamment doux, « Vous nous rendez visite si souvent et vous êtes manifestement si proches de nous. Pourquoi n’êtes-vous jamais devenu un hassid Loubavitch ? »
Je m’assis au fond de mon siège, abasourdi par cette franchise. C’était vrai. C’était probablement ma troisième ou ma quatrième rencontre avec le Rabbi. Au fil des ans, j’étais devenu un agent de liaison officieux entre plusieurs premiers ministres israéliens et le Rabbi de Loubavitch.
J’ai avalé ma salive et murmuré « C’est peut-être parce que j’ai rencontré tellement de gens qui confèrent au Rabbi des pouvoirs que le Rabbi ne s’attribue pas lui-même. »
Alors même que je parlais, j’ai réalisé que j’avais trop présumé. Je pouvais entendre ma voix s’estomper
Les sourcils du Rabbi se froissèrent et ses yeux bleus et profonds se grisèrent de tristesse. Doucement, il répondit, « yech kanireh anochim hazekoukim lekobayim – Il y a manifestement des gens qui ont besoin de béquilles. »
Un long et prégnant silence s’ensuivit. Peut-être que ses fils secrets de perception et de communication étaient en train de sonder mes pensées, car ce qu’il dit ensuite répondit aux questions que je me posais intérieurement.
Soulevant sa paume dans un geste rassurant et avec un sourire encourageant, il dit « Laissez-moi vous dire ce que j’essaie de faire. Supposez que vous regardiez une bougie. Ce que vous voyez n’est qu’un simple bloc de cire parcouru par une mèche en son milieu. À quel moment la cire et la mèche deviennent-elles une bougie ? Ou, en d’autres termes, quand accomplissent-elles ce pour quoi elles ont été créées ? Lorsque vous mettez une flamme sur la mèche, c’est là que la bougie devient une bougie. »
Alors qu’il parlait, sa voix se marqua d’une cadence à la manière d’un talmudiste qui se plonge dans son texte, si bien que ce qu’il dit ensuite paraissait un chant : « La cire est le corps, et la mèche est l’âme. Allumez l’âme avec le feu de la Torah et quelqu’un accomplira alors le but pour lequel il ou elle a été créé. Et c’est ce que j’essaie de faire : allumer les âmes de notre peuple avec le feu de la Torah. »
Une sonnette avait retenti à intervalles réguliers, indiquant que d’autres attendaient leur entrevue. Alors je me suis levé et j’ai pris congé, m’arrêtant à la porte pour demander : « Ma bougie, le Rabbi l’a-t-il allumée ? »
« Non, répondit-il, serrant ma main. Je vous ai donné l’allumette. Vous seul pouvez allumer votre bougie. »
En 1977, pendant cinq longues semaines, tous les membres du mouvement ‘Habad-Loubavitch, accompagnés de milliers de personnes dans le monde entier, ont prié anxieusement pour la guérison du Rabbi, Rabbi Mena’hem Mendel Schneerson, de mémoire bénie, après que celui-ci fut victime d’une crise cardiaque soudaine, d’une ampleur telle que les médecins doutaient qu’il puisse y survivre.
Le Dr Ira Weiss, un cardiologue basé à Chicago, se rendit à New York peu après cet incident pour devenir l’un des principaux médecins de l’équipe médicale du Rabbi.
Il a souvent déclaré que le retour du Rabbi à la vie publique à peine 38 jours plus tard fut, pour le moins, quelque chose d’extraordinaire.
Plusieurs heures avant une crise cardiaque massive, le Rabbi s’est tenu debout pendant des heures à distribuer du gâteau au miel aux visiteurs et leur souhaitant une douce année (Photos: Levi Freidin/JEM)
« Le Rabbi a eu une crise cardiaque causant des dommages si importants que n’importe quel médecin se serait inquiété de la possibilité de survie dans un cas pareil », a-t-il affirmé dans une interview donnée à Jewish Educational Media (JEM). « On exclurait presque catégoriquement toute possibilité de retour au fonctionnement qui était celui du Rabbi. » Il considère que le rétablissement relativement rapide du Rabbi ne fut rien de moins qu’un miracle.
Le Rabbi eut la crise cardiaque pendant la célébration de Chemini Atséret dans la synagogue Loubavitch centrale, au 770 Eastern Parkway, située dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn. La fête, marquée par des danses festives, a lieu à l’issue des sept jours de la fête de Soukkot et se poursuit avec Sim’hat Torah.
« Tout a commencé à 22h30, a rapporté le quotidien israélien Yediot Aharonot du 9 octobre 1977. Les célébrations ont été stoppées au milieu des danses, lorsque le Rabbi ressentit une vive douleur à la poitrine. »
La synagogue pleine à craquer se vida alors rapidement et certains fidèles brisèrent les fenêtres pour laisser entrer l’air frais.
« Quand la synagogue fut à moitié vide, le Rabbi demanda qu’on lui apporte une Torah, poursuit le récit du Yediot. À la stupéfaction de tous les présents, le Rabbi se mit à danser avec la Torah. »
Un tel comportement était en soi miraculeux, explique Weiss.
Tout au long de l’incident, et même après que le Rabbi soit allé se reposer dans son bureau, il refusa d’être emmené à l’hôpital.
S’exprimant en yiddish, le Rav Binyamine Klein, l’un des secrétaires du Rabbi, affirma que celui-ci tenait absolument à demeurer à Crown Heights.
« Le Rabbi déclara qu’il ne voulait pas aller à l’hôpital, a dit le Rav Klein. Nous ne savions pas grand-chose à ce moment-là, mais nous savions que la moitié du cœur du Rabbi ne fonctionnait pas. »
Une escorte de police
Au cours des premières heures, le Dr Weiss – qui avait été informé de l’infarctus du Rabbi par le Rav Yehouda Krinsky, un autre secrétaire du Rabbi – avait communiqué par téléphone avec l’équipe médicale du Rabbi à New York. Mais après avoir appris que le Rabbi refusait d’être transporté, il proposa de se rendre à New York pour diriger l’équipe.
Les cardiologues Dr Ira Weiss (à droite) et Dr Louis Teichholz s’entretiennent dans le bureau du secrétariat du Rabbi.
« J’ai dit que… nous pourrions mettre en place l’équivalent d’une unité de soins coronariens au 770, explique le Dr Weiss. [Nous] fournirions des soins immédiats [pour lui], avec tout l’équipement d’une unité complète de soins coronariens dans un hôpital ordinaire tel que le New York Hospital ou le Mount Sinaï Hospital de New York. »
Après avoir atterri à New York le lendemain matin, le Dr Weiss, qui avait rédigé un manuel d’analyse du rythme cardiaque, fut escorté par la police au quartier général mondial de Loubavitch.
Il fut accueilli par la Rabbanit ‘Haya Mouchka Schneerson, l’épouse du Rabbi, de mémoire bénie, qui insista pour qu’il ne se rende pas auprès du Rabbi avant d’avoir fait le Kiddouch – la bénédiction traditionnelle sur le vin qui sanctifie une fête juive – et mangé quelque chose.
« Elle fut dès le début très protectrice envers moi », dit le Dr Weiss qui devint plus tard le médecin personnel de la Rabbanit. « J’ai dit à la Rabbanit : “Je suis vraiment venu pour m’assurer que tout va bien pour votre mari.” »
Lorsqu’il est entré dans le bureau du Rabbi, le Dr Weiss avait prévu de ne pas lui dire le pire.
« Il est vraiment inhabituel que quelqu’un survive à ce type de crise cardiaque ou redevienne fonctionnel, car… une grande partie de la force contractile du cœur a été perdue, explique le médecin. Alors j’ai décidé de ne pas dire tout cela au Rabbi, mais je voulais lui dire qu’il avait eu une crise cardiaque. »
Le Rabbi, toutefois, voulait plus d’informations.
« Il voulait savoir ce qui s’était passé, se souvient le Dr Weiss, et j’ai expliqué que l’une de ses principales artères s’était obstruée et que l’ECG avait montré une anomalie significative. »
Des personnes ont fermé le trottoir devant le bureau du Rabbi, qui fut rapidement transformé en chambre d’hôpital miniature entièrement équipée. Lorsque le Rabbi entendit cela, il demanda que les barrières soient retirées afin que les gens puissent passer librement.
Deux jours plus tard, à l’issue de la fête de Sim’hat Torah, le Rabbi fit un discours via microphone depuis son bureau transformé en chambre d’hôpital. Le discours adressé aux personnes réunies dans la synagogue en contrebas fut entendu par voie téléphonique dans le monde entier.
Au cours des semaines suivantes, le Rabbi utilisa ce même dispositif pour prononcer une série de discours le samedi soir.
Retour au travail
Bien que plusieurs semaines allaient s’écouler avant que les médecins ne l’autorisent à rentrer chez lui, le Rabbi avait immédiatement repris la correction de ses discours. Le Rav Yoel Kahn, responsable de la transcription des discours du Rabbi, raconta que son équipe avait d’abord cherché à alléger le travail du Rabbi.
« La première chose que nous avons décidée après la crise cardiaque du Rabbi, raconte le Rav Kahn, s’exprimant en yiddish, fut de rendre [les transcriptions] moins complexes et comportant moins de notes, afin d’éviter une fatigue inutile au Rabbi. »
Cependant, le Rav Kahn relate que lorsque ses collaborateurs se rendirent compte que la complexité et la profondeur des discours du samedi soir du Rabbi n’avaient en rien diminué, ils ont poursuivi leurs compilations sans relâche. Dans sa chambre d’hôpital improvisée, le Rabbi corrigeait les brouillons et ajoutait des notes.
Le Rabbi tint également à continuer de répondre aux lettres personnelles qui lui étaient adressées.
Des milliers de personnes se sont rassemblées pour entendre le Rabbi parler à peine deux jours après sa crise cardiaque. Le Rabbi s’est adressé à eux via un microphone.
« Lorsque nous avons demandé aux médecins si nous avions pris la bonne décision de continuer à soumettre au Rabbi les synthèses de ses discours pour qu’il les corrige, dit le Rav Kahn, ils ont répondu que lorsque le Rabbi travaille dessus, ils ne voient aucune différence dans ses battements de cœur. [Mais] quand le Rabbi lit des lettres personnelles, c’est là que son rythme cardiaque devient anormal. »
Le Rav Klein raconte néanmoins : « Le Rabbi voulait continuer à répondre personnellement aux lettres. Le Rabbi a dit que si on ne les lui apportait pas, il irait prendre le courrier lui-même. »
Au cours de la première année après sa maladie, le Rabbi écrivit de nombreuses lettres. Le Rav ‘Haïm Shaoul Brook, membre de l’équipe de rédaction travaillant actuellement à la publication des discours inédits du Rabbi, a annoncé que ces lettres, allant de réponses concernant la vie personnelle des correspondants à des réflexions érudites et novatrices sur la Torah, seront bientôt publiées par la maison d’édition Kehot.
« La crise cardiaque marque le point de départ d’un regain de vigueur dans les activités du Rabbi qui s’est poursuivi pendant les 15 années suivantes », ajoute le Rav Brook.
Le Dr Weiss dit que le Rabbi n’a pas diminué son activité jusqu’à ce qu’il souffre d’un accident vasculaire cérébral en 1992. À bien des égards, dit-il, le Rabbi semblait être plus énergique après la crise cardiaque qu’avant.
« D’un point de vue médical, il était vraiment comme un géant, comme une personne très forte, comme si la crise cardiaque n’avait pas eu lieu, explique-t-il. C’était au-delà de mes attentes les plus folles. »