Lors du grand rassemblement de Youd-Teth Kislev 5786 organisé par Tsamah, le Rav Berel Lazar, Grand Rabbin de Russie et émissaire en chef du Rabbi dans les pays de la CEI, a prononcé un discours d’une rare intensité sur la dimension intérieure de chaque Juif. À travers des récits bouleversants, des histoires de téchouva spectaculaires et une conversation mémorable avec le président Poutine, il a dévoilé comment la ‘Hassidout éclaire les âmes et métamorphose les existences.
Un Juif en quête d’un Tsadik
On raconte l’histoire d’un Juif totalement éloigné du judaïsme qui franchit un jour le seuil d’une synagogue, sans doute pour la toute première fois de sa vie. Il s’approcha du Gabbaï et lui confia : «Je voudrais voir à quoi ressemble un Tsadik. On m’a dit qu’il existe de tels hommes. Pourriez-vous m’en montrer un ?»
Le Gabbaï le toisa avec stupéfaction : «Tu as perdu la tête ? Tu imagines que la synagogue est un musée ? On vient ici pour prier, pour étudier, pas pour contempler des Tsadikim comme des bêtes curieuses !» Et il le mit dehors sans ménagement.
Le cœur en miettes, ce Juif adressa une lettre au Rabbi, lui relatant toute la scène dans ses moindres détails. Il demandait : «Y a-t-il quelque vérité dans les paroles de cet homme ?»
La réponse du Rabbi, écrite de sa propre main, fut lumineuse. Il ratura le mot «Y a-t-il» pour le remplacer par «Il y a», puis ajouta : «Il y a un enseignement capital dans ce que cet homme t’a dit.» Et le Rabbi de poursuivre en citant la Guémara : «Avant que ton âme ne descende en ce monde, on lui a fait prêter serment : sois un Tsadik ! Tout ce qui te manque, c’est de révéler les forces enfouies au plus profond de toi. Tu découvriras alors qu’on ne vient pas à la synagogue pour observer un Tsadik. C’est toi le Tsadik !»
Seul le Rabbi possédait ce don unique : s’adresser à un Juif simple et meurtri, le relever de terre et lui déclarer avec une conviction absolue : «C’est toi le Tsadik !»
La dimension intérieure d’Israël
Comment une telle chose est-elle possible ? Lors de son tout premier Farbrenguen officiel, le Rabbi enseigna que le Zohar proclame : «Israël, la Torah et le Saint béni soit-Il ne font qu’un.» Trois liens indissolubles unissent le Juif au Créateur à travers la Torah. Or, chacun de ces éléments recèle une dimension extérieure et une dimension intérieure.
Le Rabbi nous dévoile la dimension intérieure de chaque Juif. Lorsque nous posons notre regard sur un Juif, le Rabbi nous interpelle avec force : «Ne t’arrête pas à son apparence ! Plonge ton regard dans son intériorité !»
En entrant ici ce soir, j’ai aperçu une photo de Sasha Troufanov. Son histoire, tout le monde la connaît. Je la résumerai en quelques mots. Lorsque sa mère est sortie de captivité, elle était devenue une tout autre femme. En y entrant, elle n’avait pas le moindre lien avec le judaïsme. Elle en est ressortie avec un livre de prières, récitant chaque jour Cha’harit, Min’ha et Arvit. Deux fois par semaine, elle lit l’intégralité des Téhilim, ce qui lui prend quatre heures et demie. Une véritable Tsadeket !
Quand elle apprit que son fils allait être libéré, elle me confia son angoisse : «J’ai peur. Il va sortir, découvrir ce que je suis devenue, et il va perdre la raison. Dès qu’il me verra, il prendra la fuite !»
Et que s’est-il passé ? Baroukh Hachem, il fut libéré, et lui aussi connut un éveil spirituel. Sa dimension intérieure s’est révélée au grand jour. J’étais à ses côtés quand il posa les Téfiline pour la première fois de son existence. J’étais à ses côtés quand il reçut son nom juif : Yossef Alexander. Plus question de «Sasha Alexander», désormais c’est Yossef Alexander. Car soudain, il a ressenti vibrer en lui son âme, cette parcelle de D.ieu d’En-Haut. Voilà ce qu’est Israël dans son essence.
Une téchouva stupéfiante en Russie
Permettez-moi de vous conter une histoire qui illustre ce que signifie la dimension intérieure de la Torah. Un jour, lors d’un événement de premier plan à Moscou, quelqu’un s’approcha de moi et me glissa : «Connaissez-vous ce Juif là-bas ? Pourquoi n’allez-vous pas lui parler ?»
J’ignorais jusqu’à son identité. On m’expliqua : «C’était un brillant élève de Yéchiva, un érudit d’envergure. Il a complètement sombré. Venez-lui en aide !»
Je m’approchai de lui et nous convînmes d’une visite. Arrivé chez lui, j’aperçus des Téfiline dans un coin de la pièce. Je m’exclamai : «Oh, vous possédez des Téfiline !» Sa réponse fut cinglante : «Un simple souvenir.»
Pour faire court, il avait touché le fond, ces abîmes où nul ne souhaite s’aventurer. Je commençai à tisser un lien avec lui, à l’inviter, à lui rendre visite, à étudier ensemble. L’épilogue ? Le jour de son mariage, ce fut une cérémonie cachère Léméhadrine, avec une épouse observant scrupuleusement la pureté familiale. Une famille ‘hassidique dans toute sa splendeur !
Son frère me raconta que lorsqu’il avait annoncé à sa famille son départ pour la Russie, après tout ce qui s’était passé, ce fut la consternation générale. Ils se lamentaient : «Non seulement il est tombé si bas, mais en plus la Russie ! Que va-t-il devenir là-bas ?»
Ils se demandaient que faire. Il fallait appeler quelqu’un. Mais qui ? Habad ! Pourtant, comment oser décrocher le téléphone pour appeler Habad ? Ils savaient ce qu’était Habad ! Plusieurs fois, ils tentèrent de soulever le combiné, en vain. Impossible.
Puis un beau jour, des échos leur parvinrent : il mettait les Téfiline, il observait le Chabbat, il étudiait. Ils lui demandèrent : «Comment est-ce arrivé ?» Il répondit simplement : «Habad est venu à moi.»
Alors ils prirent une décision : entrer dans une librairie juive et acquérir des ouvrages de ‘Hassidout Habad pour percer ce mystère. Ils achetèrent deux livres : le Tanya et le Likouté Torah.
Depuis cette semaine-là, les deux frères s’installent côte à côte et étudient ensemble. Ils fréquentent la synagogue, partagent ce qu’ils ont appris. Autour d’eux, on s’interroge : «D’où jaillit cette lumière ?» Ils répondent évasivement : «Ce sont des livres saints, mais si nous vous révélions lesquels, vous n’en reviendriez pas !»
Aujourd’hui, ils peuvent enfin témoigner : «Nous avons compris que peu importe ce que l’on cherche et où on le cherche, nous réalisions que nous poursuivions le Saint béni soit-Il à travers le Talmud. Nous possédions tout le Cha »s, mais ressentir ce lien vivant avec Hachem, cette connexion entre Israël et le Saint béni soit-Il, voilà ce qui nous faisait cruellement défaut. L’Admour Hazakène nous a ouvert les yeux : il nous a permis de contempler le Saint béni soit-Il au cœur même du Cha »s.»
Voilà ce qu’est la dimension intérieure de la Torah. Ce n’est nullement un domaine séparé. Bien au contraire, elle vient enrichir et vivifier l’étude. Grâce à cette dimension intérieure, nous découvrons une vitalité nouvelle dans l’étude de la Torah, nous percevons sa lumière éclatante.
Aimer D.ieu de tout son être
Et quelle est la dimension intérieure du Saint béni soit-Il ? Chacun de nous prie quotidiennement et proclame deux fois par jour : «Tu aimeras l’Éternel ton D.ieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces.» Mais aimons-nous véritablement le Saint béni soit-Il ? Pouvons-nous honnêtement affirmer que nous brûlons d’un désir ardent pour Hachem ?
«De tout ton cœur» signifie avec tes deux penchants. Est-il concevable d’atteindre un état où nos deux penchants convergent vers l’amour de D.ieu ? «De toute ton âme», comme l’enseigne la Paracha de cette semaine, implique que tous nos désirs soient exclusivement tournés vers Hachem.
Un jour, Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi précédent, se rendit à Londres pour collecter des fonds en faveur de la Yéchiva. Un jeune homme l’accompagnait. Ils allaient de maison en maison. Soudain, le Rabbi aperçut une demeure imposante et comprit qu’un homme fortuné y résidait. Il proposa : «Entrons ici.» Le jeune homme objecta : «Non, pas là.» «Comment cela, pas là ? Il y a certainement un Juif à l’intérieur, tentons notre chance.» Le jeune homme insista : «Ce Juif-là, je ne l’aime vraiment pas.»
Rabbi Yossef Its’hak le fixa intensément et lui dit : «Que tu n’aimes pas quelqu’un, je ne l’approuve pas, mais je peux encore le concevoir. Mais ‘vraiment’ ne pas l’aimer ? Comment un Juif peut-il employer le mot ‘vraiment’ pour quelque chose qui n’a aucun rapport avec le Saint béni soit-Il ? Ton ‘vraiment’ doit être exclusivement réservé à l’amour d’Hachem !»
Si quelqu’un possède un tel feu intérieur, je suis prêt à l’acquérir pour tout l’or du monde ! J’ai cherché inlassablement, et voici ce que j’ai découvert : lorsqu’on étudie la ‘Hassidout, lorsqu’on s’adonne au service du cœur, on commence à entrevoir ce qu’est la dimension intérieure du Saint béni soit-Il, ce que signifie se consacrer entièrement à Hachem.
Le sens profond de «Je suis devenu petit»
Cette semaine précisément, je cherchais à élucider un bref commentaire de Rachi sur le verset «Je suis devenu petit face à tous les bienfaits» (Béréchit 32:11). Rachi explique : «Mes mérites ont diminué.» Mais cette interprétation ne semble pas correspondre au mot «Je suis devenu petit». L’Admour Hazakène, dans la lettre qu’il rédigea à sa sortie de Pétersbourg, nous en dévoile la signification profonde.
Yaakov Avinou proclame : «Le Saint béni soit-Il m’a élevé si haut ! Les bienfaits et les prodiges dont j’ai été témoin m’ont porté à des sommets vertigineux. C’est précisément pour cette raison que je dois cultiver l’humilité. Plus je me rapproche du Saint béni soit-Il, plus je mesure combien je suis insignifiant. Auparavant, je me croyais grand, je me percevais comme un Tsadik. Soudain, grâce aux bienfaits qu’Hachem m’a prodigués, je m’approche de Lui et je réalise que je ne suis rien.»
Tel est l’enseignement de la ‘Hassidout. D’un côté, elle t’élève, te révèle que tu n’es pas un simple Juif, mais un Tsadik. «On t’a fait jurer d’être un Tsadik.» Elle te confère des forces insoupçonnées. Tu es immense, tu es un géant !
Mais c’est précisément cette élévation qui engendre l’humilité, car tout cela ne vient pas de toi. C’est le Saint béni soit-Il qui te l’a accordé. C’est un pur don de Sa grâce.
La révolution de 1991 : «Un étonnement absolu !»
Je voudrais partager avec vous un épisode marquant. En 5751 (1991), chacun s’en souvient, les nouvelles annoncèrent soudain une nouvelle révolution en Russie ! Les bouleversements en Russie, c’est notre lot quotidien, Baroukh Hachem, on ne s’ennuie jamais. Chaque jour apporte son lot de surprises.
À ce moment précis, je me trouvais aux États-Unis, à New York, auprès du Rabbi. Soudain, en pleine nuit, vers huit heures du matin là-bas, mon téléphone sonna. On me criait : «Où es-tu ? Que fais-tu ? Pourquoi n’es-tu pas ici ?»
Je répondis calmement : «Que se passe-t-il ? Je rentre demain.» La réponse fusa : «Demain ?! Et en attendant, que fait-on ? Nous avons des colonies de vacances, des enfants, des moniteurs et des monitrices ! Que devons-nous faire ? Tout le monde fuit le pays. Toutes les organisations juives ont fermé leurs portes. Tout le monde s’est enfui !»
Je leur dis : «Du calme, mes amis. Que fait-on quand on ne sait plus quoi faire ? On écrit au Rabbi ! Je vais bientôt descendre à la prière, je rédigerai une lettre et la remettrai au secrétaire. Dès que le Rabbi aura répondu, nous saurons comment agir.»
Il était cinq heures du matin. Je m’assis et rédigeai soigneusement ma lettre. Un quart d’heure avant le début de la prière, je montai au secrétariat. Le secrétaire me demanda : «Qu’est-ce que c’est ?» Je répondis : «On demande ce qu’il faut faire.» Il s’exclama : «Tu as perdu la raison ? De quelle question parles-tu ? Le président des États-Unis lui-même déclare ignorer ce qui va se passer demain matin ! C’est une révolution, un danger mortel ! Quelle question poses-tu ?»
Je répliquai : «Je suis un petit enfant, je ne comprends rien à rien. On m’a posé la question, je dois retourner en Russie demain. J’ai tout exposé au Rabbi. S’il vous plaît, remettez-lui cette lettre.»
Il finit par accepter. Je descendis prier. Soudain, le Rabbi descendit de son bureau. Le secrétaire m’aperçut, accourut vers moi et me souffla : «Dès la fin de la prière, monte immédiatement et attends-moi là-haut !»
On peut aisément imaginer dans quel état d’esprit je priai ce jour-là… Je montai quatre à quatre et attendis. Il me tendit la réponse du Rabbi. Ces mots, je les reçus avec une stupéfaction totale.
Le Rabbi écrivait : «Un étonnement absolu face à une telle question ! Il va de soi qu’il faut poursuivre tous les programmes, y compris les colonies de vacances, jusqu’à leur terme. Hachem vous accordera la réussite et vous apportera de bonnes nouvelles.»
On pourrait en disserter toute la nuit, mais permettez-moi une simple question : que signifie «un étonnement absolu» ? Le Rabbi ignorait-il ce qui se passait ? N’écoutait-il pas les informations ? On tirait sur les gens, des chars patrouillaient dans les rues ! Pourquoi donc «un étonnement absolu» ?
Il me fallut du temps pour saisir. Le Rabbi avait proclamé cette année-là : «C’est l’année où le Machia’h sera révélé !» Le Rabbi t’annonce l’arrivée imminente du Machia’h, et toi tu poses de telles questions ? Tu ne comprends donc pas que ces événements eux-mêmes sont un signe annonciateur de la Guéoula ?
Bref, j’embarquai dans l’avion sous les regards incrédules de tous. Nous étions ma femme, moi, nos deux fillettes, et une seule autre personne. Un avion entier, un jet privé offert ! Nous nous installâmes en classe affaires, nous fîmes ce que bon nous semblait. Tout l’appareil était à nous.
Tout le monde nous dévisageait comme des fous : «Pourquoi montes-tu dans cet avion ?» Je demandai à l’autre passager ses raisons. Il me répondit : «Ma femme m’a lancé un ultimatum : soit tu rentres immédiatement, soit c’est le divorce !»
Moi, je rentrai avec la certitude absolue que le Rabbi nous avait promis l’arrivée du Machia’h. Aucune raison de s’alarmer, aucune raison de se tourmenter. Le Rabbi nous enseigne à discerner le bien en toute chose. Aucun mal ne descend d’En-Haut. Tout est pour le bien, et plus encore : tout est un signe avant-coureur de la Guéoula !
Youd-Teth Kislev : se reconnaître comme un Tsadik
Youd-Teth Kislev est un jour qui insuffle en chacun de nous cette conviction profonde : se regarder d’abord soi-même et se dire «Je suis un Tsadik, je dois me conduire en Tsadik, je suis un ‘Hassid.» Comment pourrais-je commettre quelque chose de mal ? Je suis un ‘Hassid de l’Admour Hazakène !
Je poserai sur chaque Juif un regard bienveillant, je verrai en toute chose dans ce monde une étincelle de bien.
La question de Poutine sur l’éternité du peuple juif
Tout le monde raffole des anecdotes sur le président Poutine, alors en voici une particulièrement brève. C’était il y a quelques années, la veille de Roch Hachana, une journée chaotique en Russie. Un avion venait de s’écraser, c’était la panique générale.
J’avais néanmoins un rendez-vous avec lui avant Roch Hachana. J’étais persuadé qu’on allait annuler la rencontre. Il répondit que non, la réunion était maintenue. J’arrivai au Kremlin où tous les ministres patientaient, mais comme c’était la veille de Roch Hachana, je devais passer en premier.
Je sentais déjà peser sur moi les regards assassins des ministres, comme si j’étais un dément d’entrer à un tel moment de crise. Je m’entretins avec lui pendant une heure et demie. À un certain moment, je compris qu’on allait m’écharper à ma sortie !
Je hasardai : «Monsieur le Président, je crois que nous avons fait le tour. Nous poursuivrons une prochaine fois.» Il acquiesça : «D’accord, très bien, merci.» Je me levai, me dirigeai vers la porte, il regagna son bureau. Soudain, il se retourna vers moi et me lança :
«Rabbi, pourriez-vous m’éclairer sur le secret de l’éternité du peuple juif ? Ici en Russie, nous avons connu des nations, des peuples qui possédaient tout. Ils disposaient de territoires immenses, d’argent, d’armées, d’une langue, d’une culture, de nourriture, de tout ce qu’ils désiraient. Ils se sont volatilisés. Il n’en subsiste pas même un souvenir.»
«Comment se fait-il que le peuple juif, dépourvu d’État, de langue, d’armée, de culture propre, privé de tout, éparpillé aux quatre coins du monde, comment se fait-il que ce peuple demeure si puissant ? D’où lui vient cette force ?»
Naturellement, je manquais de temps. Je manquais assurément de temps à cet instant précis. Que pouvais-je lui répondre ? Lui développer la signification du «Je crois», ce qu’enseigne la ‘Hassidout, ce que révèle l’Admour Hazakène ? Par où commencer, par où conclure ?
Que fait-on dans une telle situation ? Je me tournai intérieurement vers le Rabbi et implorai : «Rabbi, inspire-moi les mots justes.» Avant chaque entrevue, je sollicite le Rabbi : «Rabbi, peu importe qui je rencontre, Juif ou non-Juif, peu importe. Chaque rencontre est une occasion d’exercer une influence, de transformer un être. Ne gaspille pas cette chance ! Ne lui parle pas de la météo et de banalités. Transforme-le ! Donne-lui quelque chose qu’il emportera au fond de lui.»
Et de ma bouche jaillirent ces mots : «Monsieur le Président, peut-être détenez-vous vous-même la réponse ?»
Il me répondit : «À vrai dire, j’y ai longuement réfléchi. Tous ces peuples, tout ce qu’ils possédaient, l’argent, l’armée, le territoire, la langue, ce sont des biens éphémères qui vont et viennent. Voilà pourquoi ces peuples ont disparu. Le peuple juif, lui, repose sur des fondations éternelles. C’est pourquoi il est un peuple éternel.»
Il poursuivit : «Il y a de l’éternité dans le peuple juif parce qu’il détient la Torah, une valeur éternelle. La famille juive est unique au monde, elle constitue une valeur éternelle. Et les Rabbins, la tradition juive transmise de génération en génération, voilà une valeur éternelle.»
Si l’on aspire à comprendre ce que signifie l’éternité, on vient aujourd’hui à Tsamah. C’est ici que nous étanchons notre soif spirituelle, que nous recevons «lumière et vitalité de notre âme», pour repartir dans le monde et reconnaître en chaque Juif un véritable Tsadik. Il suffit de dévoiler ce qui sommeille dans son intériorité.
Et alors nous découvrirons qu’au sein même de l’exil (Gola) se love la Délivrance (Guéoula). Puissions-nous mériter très prochainement de nous élancer vers la Délivrance véritable et complète, avec le Machia’h Tsidkénou, Amen !
En l’espace de 72 heures, près de 40 000 personnes ont participé aux événements ‘Tsama’ de la Hassidout, au complexe Binyanei Haouma, comprenant des prestations musicales, des Farbrenguen, des cours, une vaste foire de livres et diverses expositions.
Les événements annuels Tsama, qui se tiennent à Binyanei Hauma à Jérusalem, battent actuellement leur plein, attirant des dizaines de milliers de participants venus de tout le pays. Organisé en l’honneur de Youd Teth Kislev – le « Rosh Hashana de la Hassidout » – l’événement en est à sa 16ᵉ édition, sous la direction du Rav Moshe Shilat.
Les records de fréquentation ont été battus dès les premiers jours, avec près de 40 000 visiteurs au complexe durant les premières 72 heures. Le programme comprend des concerts, des Farbrenguen, des shiourim, une grande foire de livres et diverses expositions.
Le point culminant de l’événement a été le concert central, réunissant Avraham Fried, Akiva, Benaia Barabi et Motty Steinmetz. Le spectacle mêlait Nigounim, interventions inspirantes et une production visuelle de haut niveau.
Compte tenu de la situation sécuritaire, le programme incluait également des contenus mettant en parallèle la foi des otages revenus de captivité et les enseignements de la Hassidout.
Les sessions du matin étaient consacrées à la jeunesse, avec des milliers d’élèves issus d’écoles et de yéchivot participant à des programmes éducatifs. Une composante essentielle était le projet « Lev Ladaat», qui évalue les élèves sur leur connaissance des ouvrages de Hassidout.
L’événement accueille également une immense foire du livre, proposant à la vente des centaines de milliers de livres de Hassidout.
Comment un même mot de la Torah peut-il désigner à la fois de modestes récipients oubliés et la transcendance absolue du Créateur ? Cette causerie sur la Paracha Vayichla’h dévoile, à travers les enseignements du Rabbi, le secret du Youd-Teth Kislev et la révolution spirituelle de l’Admour Hazakène. Une méditation sur l’essence qui traverse tous les voiles pour illuminer jusqu’aux confins du monde.
Rav Yaacov Goldshmid
Dans l’atmosphère du Youd-Teth Kislev
Nous voici dans la semaine de la Paracha Vayichla’h, à quelques jours du Youd-Teth Kislev, encore enveloppés de l’atmosphère lumineuse de cette fête. Le Youd-Teth Kislev représente, après tout, un mariage : celui de la ‘Hassidout avec le monde. La célébration eut lieu la nuit du Youd-Teth, c’est-à-dire au soir du quinzième jour. Le Rabbi avait pour coutume de jeûner ce jour-là — tel était son ordre établi.
Un verset aux deux visages
Notre Paracha renferme un verset singulier : «Vayivater Yaakov levado» — «Et Yaakov demeura seul» — suivi de «vayéavek ich imo ad alot hacha’har» — «et un homme lutta avec lui jusqu’à l’aurore». Mais que signifie véritablement ce mot «levado», «seul» ?
Nos Sages nous offrent deux lectures étonnamment divergentes. La première propose : ne lis pas « levado » mais «lekado» — pour ses cruches. Yaakov avait oublié là-bas quelques petits récipients et il retourna les chercher. Une interprétation d’une simplicité désarmante : le mot « levado » évoque, dans un hébreu très prosaïque, de modestes ustensiles. Rien d’héroïque. De simples cruches.
Cette lecture évoque l’histoire de l’Admour Hazakène fuyant les troupes de Napoléon : ayant oublié un petit récipient de lait quelque part sur la route, il fit demi-tour pour le récupérer. Pour un simple récipient, il courut.
Mais nos Sages proposent une seconde interprétation, vertigineusement différente : «Vayivater Yaakov levado» fait écho au verset «Vénisguav Hachem levado» — «Et D.ieu sera exalté, Lui seul ». Ce chant que nous entonnons témoigne d’un «levado» qui désigne les sommets les plus inaccessibles de la divinité.
Le paradoxe d’un mot unique
Comment concilier ces deux lectures ? Comment un même terme peut-il désigner tantôt une humble cruche, tantôt la solitude transcendante du Maître du monde ?
Le Rabbi rattache cette énigme à la signification profonde du Youd-Teth Kislev. Dans une Si’ha d’une grande densité, longuement construite et fondamentale, il développe une réponse dont voici l’essentiel.
Le mystère d’un dévoilement tardif
Le Rabbi observe un phénomène remarquable concernant le dévoilement de la ‘Hassidout. Une question se pose avec acuité : si la Torah de la ‘Hassidout est authentique, si sans elle l’âme juive ne peut atteindre sa plénitude, pourquoi ne fut-elle révélée qu’au cours des trois derniers siècles ?
Cette interrogation traverse les générations.
Deux réponses s’affrontent, apparemment inconciliables.
Selon la première, le monde ne pouvait tout simplement plus survivre sans la ‘Hassidout. Après les massacres de Ta’h veTat (1648-1649), après les décrets et les épreuves spirituelles accumulées, le monde gisait dans un état de syncope. Le peuple juif, évanoui, avait besoin d’être réveillé. La ‘Hassidout surgit parce que nous avions touché le fond, et qu’il fallait remonter.
Mais une explication diamétralement opposée existe : le Machia’h approche, et l’on commence déjà à goûter aux délices de l’ère messianique ! Comme le vendredi après-midi, quelques instants avant l’entrée du Chabbat, lorsque les effluves du Tcholent sur la plaque chauffante emplissent déjà la maison — nous commençons naturellement à savourer les mets du Chabbat avant même qu’il ne débute.
Voilà le paradoxe dans toute sa crudité : d’un côté, nous serions la génération la plus basse spirituellement ; de l’autre, la plus élevée. Comment ces deux vérités coexistent-elles ?
Le secret de «Yafoutsou Maynotekha ‘Houtsa»
La clé, enseigne le Rabbi, réside dans le ‘Hidouch — l’innovation fondamentale — de l’Admour Hazakène, contenue dans cette phrase : «Yafoutsou Maynotekha ‘Houtsa» — «Que tes sources se répandent à l’extérieur».
Mais quel est précisément ce ‘Hidouch ? Posons la question avec candeur : si « Yafoutsou » signifie « que cela se répande », pourquoi ajouter «’Houtsa», «à l’extérieur» ? Répandre, n’est-ce pas par définition vers l’extérieur ? Existe-t-il une diffusion «vers l’intérieur» ?
En vérité, on peut répandre sans « ‘Houtsa ». Quelqu’un peut déverser sans fin, mais sans que le réceptacle soit adapté à ce qu’il reçoit. Celui qui parle sans se soucier de son auditeur verse, déverse, répand — mais à quoi bon ?
Le mot «’Houtsa» nous enseigne ceci : que l’extérieur lui-même devienne réceptacle ! Que la source parvienne au dehors, certes, mais que ce dehors soit apte à la recevoir, selon ses propres critères. N’oublie jamais vers qui tu diffuses. En classe de deuxième, on s’exprime d’une certaine manière ; en huitième, autrement. L’adaptation est la condition de la transmission.
Le péril de la dilution
Mais si tel est l’objectif, une difficulté surgit : on ne peut diffuser la même eau partout. Certaines eaux conviennent aux élèves avancés, d’autres aux débutants. Ce ne sont pas les mêmes eaux.
Plus grave encore : si l’on veut atteindre le «’Houtsa» le plus éloigné, ne risque-t-on pas de diluer l’essence jusqu’à la dissoudre ? Car enfin, à force de descendre, on arrive forcément à un point où l’on n’a plus rien à dire.
Imagine-toi dans un jardin d’enfants. Que vas-tu leur raconter ? Que le Rabbi fut emprisonné ? L’essence s’est évaporée ! La ‘Hassidout semble intransmissible à ce niveau.
Alors comment fonctionne «Yafoutsou Maynotekha ‘Houtsa» ? La réponse se trouve dans le mot central : «Maynotekha» — tes sources.
La source et non les eaux
« Maynotekha » recèle lui-même un ‘Hidouch. Le texte ne dit pas «Yafoutsou Mimeikha» — que tes eaux se répandent — mais «Maynotekha» — tes sources. On ne diffuse pas les eaux de la source ; on diffuse la source elle-même. La syntaxe, apparemment incorrecte, est en réalité d’une précision absolue.
Quelle différence y a-t-il entre une source et ses eaux ? Selon la Torah et la Halakha, les eaux qui s’écoulent d’une source perdent leur statut de «source». Une source possède sa propre définition juridique : elle désigne une eau jaillissante, vivante.
Les eaux qui s’éloignent de leur origine requièrent quarante Séa, doivent remplir certaines conditions — ce qu’on appelle « eaux vives » à la source ne l’est plus à distance. Cependant, si la source s’étend sur des kilomètres tout en demeurant connectée à son point d’émergence, elle conserve son statut de source en chaque point de son cours. Aussi loin qu’elle s’étende, tant qu’elle reste reliée, elle demeure source partout.
L’essence traverse tous les voiles
Le Rabbi explicite : la source symbolise l’essence. Les manifestations, elles, se dégradent à mesure qu’elles descendent — plus elles se révèlent à l’extérieur, plus elles s’affaiblissent. Mais lorsque l’essence elle-même réside dans la manifestation, tout change : l’essence ne se modifie pas selon l’endroit où elle se trouve. Elle atteint chaque recoin du monde dans son intégralité.
Telle est la réponse à «Yafoutsou Maynotekha ‘Houtsa».
Voilà, affirme le Rabbi, le ‘Hidouch du Youd-Teth Kislev. L’Admour Hazakène n’a pas seulement trouvé le moyen de transmettre la ‘Hassidout — d’apporter la divinité dans le monde le plus bas, dans chaque coin et recoin. Il a révélé l’essence même de la Torah. Et l’essence, par définition, ne connaît pas de frontières.
Le Rabbi présent en chaque lieu
Le Rabbi enseigne que ce principe de «Yafoutsou Maynotekha ‘Houtsa» se manifeste dans tous les domaines de la Torah et d’Israël. Arrêtons-nous sur un point particulier.
Le concept de Rav et de Talmid, ou même de Rabbi et de ‘Hassid, existait bien avant le Baal Chem Tov. Qu’a donc innové ce dernier ? Traduisons la question autrement : qu’a innové le Rabbi ?
Le chapitre 2 du Tanya enseigne que sans les « têtes » des Bnei Israël, on ne peut vivre. Tout le monde connaît cet enseignement, développé également au chapitre 42.
Mais affirmer que la tête influence tout le corps ne signifie pas que la tête se trouve dans le pied. La tête demeure en haut ; elle influence le pied de là où elle est. Autrement dit : les eaux de la source parviennent au pied — mais ce ne sont que les eaux.
Le chapitre 2 du Tanya correspond donc à «Yafoutsou Mimeikha ‘Houtsa» — que tes eaux se répandent à l’extérieur. Le ‘Hidouch du Youd-Teth Kislev va plus loin : le Rabbi ne se contente pas d’influencer le monde entier — il s’y trouve présent.
Les Chlou’him incarnent cette vérité, mais pas seulement eux : chacun d’entre nous porte le Rabbi en lui lorsqu’il sort dans la rue.
Celui qui part aux Mivtsaïm en sachant qu’il n’y va pas pour transmettre l’influence du Rabbi au monde, mais qu’il est lui-même Batèl — annulé dans le Rabbi — et qu’il apporte le Rabbi avec lui, celui-là apporte le Machia’h en chaque lieu et fait entrer le Machia’h dans sa propre vie.
L’unité retrouvée des deux lectures
Nous pouvons désormais comprendre comment un même mot contient «levado» et «lekado». Précisément parce que l’on apporte l’essence, «Vénisguav Chemo Levado» — «Son Nom sera exalté, Lui seul» — peut venir habiter une cruche, une toute petite cruche.
Un document historique inédit révèle qu’il y a exactement cent ans, le Rabbi de Loubavitch avait reçu une autorisation officielle d’immigration pour la Terre d’Israël. Cette découverte majeure, mise au jour par une maison de ventes aux enchères, apporte un éclairage nouveau sur un chapitre méconnu de la jeunesse du Rabbi. Les circonstances entourant ce projet demeurent entourées de mystère.
Une révélation inattendue
Une découverte historique de première importance a été dévoilée ces derniers jours, révélant l’existence d’un projet potentiel de visite du Rabbi en Terre Sainte il y a un siècle. Un document jusqu’alors inconnu, actuellement proposé par la maison Moreshet Auction House dans le cadre de sa vingtième vente aux enchères Habad, atteste que le Rabbi avait obtenu l’autorisation du département de l’immigration pour s’établir en Terre d’Israël.
Daté du 21 Tevet 5686 (1926), soit presque exactement cent ans auparavant, ce document apporte un éclairage inédit sur une période méconnue de la jeunesse du Rabbi.
Le contenu du document
La lettre dactylographiée, enrichie d’annotations manuscrites, fut adressée à Reb Israël Asher Leiba, de mémoire bénie, un proche parent du Rabbi, éminent ‘hassid Habad à Jérusalem et membre de la direction du Kollel Habad.
Le document, émanant du département de l’immigration Mizra’hi, désigne le Rabbi comme le neveu de Reb Israël Asher, une présentation vraisemblablement adoptée pour faciliter l’obtention du visa. Il stipule textuellement :
« Conformément à sa demande, nous avons inscrit le nom du fils de sa sœur, Schneerson Mendel d’Ekaterinoslav (Russie) [aujourd’hui Dnipro, dans la région de Dnipropetrovsk en Ukraine, ville natale et lieu de résidence du Rabbi à l’époque], sur la liste des immigrants invités par leurs proches en Terre d’Israël et l’administration sioniste.
Un permis d’entrée a déjà été transmis au consul britannique à Moscou. Le fils de sa sœur devra présenter le permis officiel, accompagné de cette lettre, au consul afin d’obtenir un visa pour immigrer en Terre d’Israël. »
Une position bien établie
La position du Rabbi concernant un éventuel déménagement ou même une simple visite en Terre d’Israël est bien connue et a été évoquée par le Rabbi à maintes reprises. Jusqu’à présent, aucune trace n’existait de projets concrets du Rabbi pour se rendre en Terre Sainte.
De nombreuses questions en suspens
De multiples interrogations demeurent sans réponse : le Rabbi a-t-il personnellement sollicité cette autorisation par l’intermédiaire de Reb Israël Asher ? Ce dernier a-t-il agi de sa propre initiative ? A-t-il peut-être été sollicité par un tiers ? Et dans cette hypothèse, quelle était la raison motivant ce voyage du Rabbi ?
Il reste également difficile de comprendre pourquoi le Rabbi n’a finalement jamais utilisé ce permis.
Il est remarquable que cette lettre précède de près de trois années le mariage du Rabbi, bien que celui-ci fût déjà profondément lié au Rabbi précédent. Il convient également de souligner que Reb Israël Asher Leiba avait réussi à obtenir des permis d’entrée pour les parents du Rabbi, le Rav Levi Its’hak et la Rabbanit ‘Hana, en Tamouz 5680 (1920). Cependant, pour des raisons encore inexpliquées, ce permis, à l’instar de celui du Rabbi, ne fut jamais utilisé.
Un trésor pour les historiens
Ce document nouvellement mis au jour offre un aperçu fascinant d’un chapitre peu connu de la jeunesse du Rabbi, fournissant aux historiens et aux ‘Hassidim une perspective nouvelle sur ce qui a pu se produire durant ces années.
Alors que la tension publique autour de la loi sur la conscription ne cesse de croître, Menahem Aviv Hertzman, un Ba’hour Loubavitch actuellement emprisonné par l’armée pour avoir évité le service militaire, a reçu des lettres d’encouragement du Rav Yehouda Yeruslavsky et du mashpia Reb ‘Haïm Chalom Deutsch.
Au milieu de la tension publique grandissante autour de la loi sur la conscription, le Rav Yits’hak Yehouda Yeruslavsky, membre du Beit Din Rabbanei ‘Habad et Rav de la communauté Na’halat Har ‘Habad à Kiryat Malakhi, a envoyé une lettre spéciale d’encouragement à Menahem Aviv Hertzman, un Ba’hour Loubavitch actuellement en prison militaire pour avoir refusé de servir.
Hertzman fait partie de plus de onze Ba’hourim de yéchiva Loubavitch arrêtés à l’aéroport Ben Gourion puis transférés en détention militaire pour interrogatoire et jugement après avoir terminé leur programme de kvoutza au 770. La plupart ont été libérés après peu de temps, mais Menahem Aviv Hertzman reste encore en prison.
Une autre lettre d’encouragement a été envoyée par le célèbre mashpia Reb ‘Haïm Chalom Deutsch, rosh kollel de Tsema’h Tsedek à Jérusalem.
« Ashre’ha, ashre’ha », a écrit le Rav Deutsch. « Tu es loué pour avoir fait un Kiddouch Hachem public et pour avoir suivi la Torah sans craindre les punitions que tu pourrais recevoir. » Il écrit que Menahem Aviv Hertzman agit dans le même esprit que le précédent Rabbi de Loubavitch sous la Russie communiste.
Ces dernières semaines, le débat public – qui divise le pays – autour de la loi israélienne sur la conscription des Ba’hourim de yéchiva s’est intensifié, alors que les législateurs se précipitent pour adopter un projet de loi avant l’échéance fixée par la Cour suprême dans quelques semaines, laquelle exige un nouveau plan mettant fin aux exemptions massives pour les étudiants des yéchivot.
Le Beit Din Rabbanei ‘Habad a également publié une lettre publique appelant tous les Ba’hourim à rester fermes face aux tentatives de remettre en cause l’arrangement de longue date permettant aux étudiants ‘Habad de se consacrer à l’étude de la Torah et à la hafatsat hamaayanot avant le service militaire. Malgré de multiples efforts, les discussions entre ‘Habad en Terre d’Israël et Tsahal ont échoué il y a plusieurs mois, l’armée refusant de faire des compromis sur les quatre propositions visant à renouveler « l’arrangement ‘Habad ».
Depuis 5776 (2016), les étudiants des yéchivot ‘Habad pouvaient reporter leur service militaire jusqu’à leur milieu de vingtaine, faisant de ‘Habad le plus grand groupe ‘haredi à s’enrôler, avec plus d’un millier de participants. Cependant, la loi permettant cet arrangement a été abrogée il y a deux ans, et les tentatives d’établir un nouveau cadre ont continuellement échoué.
Texte de la lettre du Rav Yeruslavsky
À Hatamim Menahem Aviv Hertzman, cheyihié
Salutations et bénédictions !
Je t’écris pour renforcer ton esprit à la lumière de ton arrestation et de ton emprisonnement pour l’étude de la Torah. Malheureusement – et à notre grande douleur – cela s’est produit dans notre sainte terre, qu’elle soit rapidement reconstruite et restaurée. Dans l’esprit des paroles et des lettres du Rabbi, les Ba’hourim de yéchiva défendent la Terre d’Israël par une étude de la Torah dévouée et assidue, et à tRavers cela, ils donnent également de la force aux soldats pour combattre.
Ne laisse pas ton cœur se décourager ; sois fort et courageux. La force de nos Rabbeim, qui ont donné leur vie pour l’étude de la Torah – et qui furent eux-mêmes emprisonnés, ainsi que celle des grands hassidim – est accordée aussi à notre génération, dans les pas du Machia’h, et il nous suffit de marcher dans leurs voies.
Dans l’esprit du mois de Kislev, le mois de la délivrance, je prie pour qu’il y ait une grande victoire, qu’une nouvelle fête soit ajoutée en Kislev pour les Témimim et les étudiants de la Torah, et qu’aucune force opposée ne puisse prévaloir contre toi.
Il n’y a pas de mesure à la joie de notre Rabbi en voyant qu’encore aujourd’hui, les Témimim sont emplis de messirout néfech pour l’étude de la Torah et l’accomplissement méticuleux des mitsvot, tout cela provenant de la force illimitée que nous donnent nos Rabbeim et notre Rabbi.
C’est avec une profonde tristesse que nous vous annonçons la disparition de Mme Nehama bat Israël et Haya breïna resnikov 98 ans zal 14 Kislev 5786 (maman de Daniel Sandler שיחי) .
Tehilim jusqu’au vendredi 5 décembre 10h au funérarium de la maison de retraite Rothschild 80 rue Picpus paris 12e (1er sous sol).
-Levé du corps vendredi 5 décembre 10h
-Départ 11h au cimetière de pantin.
-Enterrement 12h a Pantin (rdv entrée principale).
En ce jour du 14 Kislev 5689 (1928), à Varsovie, se célébrait l’union du Rabbi Mena’hem Mendel et de la Rabbanite ‘Haya Mouchka, fille du Rabbi Précédent. Cet événement, qui rassembla les plus grands maîtres et ‘Hassidim de l’époque, marquait bien plus qu’une simple cérémonie nuptiale : c’était la naissance d’un couple dont l’œuvre allait révolutionner le monde juif pour les générations à venir. Retour sur les moments forts de cette journée historique où, sous la ‘Houpa dressée dans la cour de la Yechiva Tom’hei Temimim, se scellait l’avenir du mouvement Loubavitch.
Un événement historique dans l’histoire de Loubavitch
Le mariage du Rabbi et de la Rabbanite constitua, sans nul doute, un événement marquant dans l’histoire de Loubavitch. Organisé à Varsovie, il rassembla tous les ‘Hassidim et les amis de la maison du Rabbi ainsi que les maîtres, les sages et les justes de la ville et, plus largement, de toute la Pologne.
Avec le recul, on n’a guère de difficultés à percevoir toute l’importance de l’événement. Mais, même alors, ce fut là un sentiment partagé par tous bien que nul n’ait pu envisager qu’ici se mettait en place l’avenir de Loubavitch et des actions qui, bien des années plus tard, allaient révolutionner le monde juif.
Cette dimension historique venait aussi d’un autre fait. L’année 5689 (1928/29) fut une année de reconstruction de Loubavitch sous la direction du Rabbi Précédent, après toutes les tribulations vécues et tous les coups reçus, avec tous les Juifs d’URSS, de la Yevseksia, la section juive du parti communiste, acharnée à détruire l’héritage spirituel ancestral. Le Rabbi Précédent avait donc entrepris cette reconstruction, cette fois hors de Russie. Une des expressions les plus fortes de cette véritable renaissance était l’ouverture de la Yechiva Tom’hei Temimim à Varsovie et ce mariage renforçait encore le sentiment d’une joie et d’une liberté retrouvées. Du reste, c’est dans la cour de la Yechiva que le mariage proprement dit devait se dérouler.
Les Tenaïm à Riga
Les Tenaïm se déroulèrent à Riga la veille au soir du 6 Kislev 5689 (1928). La fiancée, la Rabbanite ‘Haya Mouchka, se trouvant déjà à Varsovie pour préparer le mariage, son père, le Rabbi Précédent, lui fit savoir par une lettre datée de ce même 6 Kislev dans la journée que la cérémonie avait eu lieu :
« …Mazal Tov à toi, ma chère fille, Mazal Tov. Hier soir, nous avons fait les Tenaïm en un moment bon et propice en présence de quelques personnes seulement. Que D.ieu béni soit-Il aide que cela soit avec Mazal dans tous les sens, matériellement et spirituellement, et que le mariage soit le jour fixé en un moment bon et de réussite avec beaucoup de bonheur et de satisfaction dans tous les détails, du bonheur en tout… »
La date et le lieu du mariage furent fixés seulement un mois environ avant la cérémonie, donc assez peu de temps auparavant. La raison en était l’espoir que les parents du Rabbi, Rav Lévi Its’hak et la Rabbanite ‘Hanna, réussiraient à obtenir des autorités soviétiques la permission de sortir du territoire pour assister au mariage de leur fils. On avait donc attendu leur réponse avant toute décision définitive. C’est devant le refus absolu qui avait été opposé à cette demande que la date avait finalement été choisie.
Les ‘Hassidim racontent que, dans la maison des Rabbis de Loubavitch, on avait l’habitude de poser trois conditions aux fiancés : ne pas dormir la nuit de jeudi à vendredi (la nuit précédant le Chabbat), ne pas dormir la nuit de Chabbat et ne pas avoir recours à des fausses dents. Pour le Rabbi, les deux premières conditions n’étaient pas une nouveauté, c’était ainsi que son père l’avait éduqué : étudier la Torah pendant ces nuits-là sans dormir.
Les invitations au mariage
À l’approche du mariage, le Rabbi Précédent envoya plusieurs types de cartes d’invitation, différentes par leur forme comme par leur contenu.
Une invitation, formulée de façon spéciale, fut envoyée aux ‘Hassidim qui se trouvaient encore en URSS. Ces derniers n’avaient aucune possibilité de sortir du territoire pour assister au mariage ni même d’envoyer un télégramme de Mazal Tov malgré toute leur volonté et leurs efforts.
À Riga, où demeurait le Rabbi Précédent, trois types d’invitation furent envoyés ; leur contenu était identique mais leur forme différait. Les ‘Hassidim mariés reçurent une carte imprimée, les anciens élèves de la Yechiva Tom’hei Temimim en reçurent une imprimée à partir d’un texte manuscrit du Rabbi Précédent avec le nom du destinataire sur l’enveloppe tandis que les vieux ‘Hassidim en reçurent une semblable mais le Rabbi Précédent y avait ajouté, de sa main, le nom du destinataire ainsi que sa signature.
La montée à la Torah du fiancé
La montée à la Torah du Rabbi avant son mariage eut lieu le 11 Kislev 5689 (1928), le Chabbat Parachat Vayétsé. Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz raconta, dans une lettre adressée à sa famille restée en Russie, tout ce qu’il lui fut donné de voir :
« La montée à la Torah a eu lieu dans la maison du Rabbi avec largesse et abondance ainsi qu’avec beaucoup d’ordre. Après la prière du matin, vers une heure, à l’étage inférieur, la Rabbanite Chterna Sarah (la femme du Rabbi Rachab, grand-mère de la fiancée) avait préparé un grand Kidouch chez elle pour tous les présents, environ dix Minyanim.
En tête de table, était assis le Rabbi (Précédent) avec le fiancé. Tous les présents étaient assis sur les côtés de la table dans un grand silence avec des verres de vin pleins. Et chacun bénit le Rabbi (Précédent) avec un grand amour du profond du cœur. À ce moment, chacun fut béni par le Rabbi (Précédent) en particulier, également du plus profond de son cœur pur…
Après le Kidouch qui dura environ une heure et demie, uniquement dans des chants du cœur et avec une joie profonde, on fit la prière de Min’ha et les présents, joyeux et contents, montèrent à l’étage pour le repas de Chabbat. Là, dans la maison du Rabbi (Précédent), il y avait une table mise pour tous les invités au repas, environ sept Minyanim…
Au milieu du repas, entre le poisson et la viande, le Rabbi (Précédent) dit un Maamar « Ve’hol Banaï’h… – tous tes enfants seront les disciples de D.ieu », un discours extraordinaire, compréhension intellectuelle et service de D.ieu et la grandeur de la sainteté des lettres de la Torah Écrite comme elles sont… et c’est pour cela qu’on appelle le fiancé à la Torah le Chabbat avant son mariage…
Ce repas dans toute sa beauté devant le Rabbi (Précédent) et ses ‘Hassidim dura jusqu’à une heure avancée de la nuit. Seule l’obligation de se préparer pour le voyage du dimanche suivant à Varsovie conduisit à terminer avant minuit… »
Lorsque le fiancé monta à la Torah ce Chabbat-là et qu’ensuite on le bénit d’un « Mi Chébéra’h », à la demande de son père, Rav Lévi Its’hak, exprimée dans une lettre, on utilisa la formule particulière suivante : « …pour le fait que son père et sa mère ont donné la Tsedaka pour lui et ont ordonné de le bénir etc. Amen. »
Le Chabbat terminé, le Rabbi Précédent envoya un télégramme à Varsovie pour qu’on prépare un repas spécial le soir précédant le mariage pour les étudiants de la Yechiva.
De Riga à Varsovie
C’est le dimanche 12 Kislev à 13h que le Rabbi Précédent et son entourage quittèrent Riga, en Lettonie, pour Varsovie, en Pologne. Les journaux locaux ayant annoncé les horaires de départ et d’arrivée du Rabbi et de sa famille, c’est une foule très nombreuse qui se pressa à la gare de Riga pour le saluer à son départ. Dans le wagon où se trouvait le Rabbi Précédent voyageaient également le fiancé, la Rabbanite Chterna Sarah, le gendre du Rabbi Précédent, Rav Chmaryahou Gurary, avec sa femme et son fils, et la jeune fille du Rabbi, Cheina.
La femme du Rabbi et la fiancée les avaient précédés à Varsovie pour veiller aux préparatifs du mariage. Parmi les ‘Hassidim qui vivaient à Riga, seule une dizaine put se rendre à Varsovie. À cette époque, même une « petite » frontière comme celle entre la Lettonie et la Pologne était difficile à franchir et plusieurs ‘Hassidim se virent interdire son passage.
Le voyage déroula des instants d’émotion inoubliables à chacun de ses arrêts. C’est ainsi que, le train s’arrêtant à Dvinsk pour un court instant, une foule nombreuse y attendit le Rabbi. La frontière polonaise se trouvait à trois quarts d’heure de là, c’est à cet endroit que ceux qui n’avaient pas eu l’autorisation d’entrer en Pologne quittèrent le train. Celui-ci continua ensuite jusqu’à Vilna où l’importance de la foule venue bénir les voyageurs et recevoir les bénédictions du Rabbi fut telle qu’elle laissa une marque sur chacun.
Le train entra en gare de Varsovie le lundi 13 Kislev à sept heures du matin. Des milliers de personnes – hommes, femmes, enfants – avec les étudiants de la Yechiva étaient venus accueillir le Rabbi Précédent.
La foule était si grande et si pressante que les ‘Hassidim qui avaient voyagé dans ce train se trouvèrent dans l’impossibilité d’en sortir. Sur l’ordre du Rabbi Précédent, le fiancé vint trouver Rav Althoiz pour lui demander de l’aider à rejoindre son hôtel. Ensemble, ils parvinrent à fendre la foule en dissimulant l’identité du fiancé que tous recherchaient pour lui souhaiter Mazal Tov.
Les lettres de Rav Lévi Its’hak à son fils
Comme il a été déjà dit, le père du fiancé, Rav Lévi Its’hak ne pouvait être présent au mariage mais il écrivit à son fils à plusieurs reprises. Dans une première lettre, après avoir souligné la grandeur du mois de Kislev, du chiffre 14 – date du mariage – et de la Paracha lue cette semaine-là et en bénissant son fils, sa fiancée et le foyer qu’ils allaient fonder, il dit :
« …Donc mon fils, précieux au profond de mon cœur et de mon âme, je te donne ma bénédiction, la bénédiction d’un Juif en tous cas, qui sort de la vérité de mon cœur. N’aie pas de souci que nous, ton père et ta mère, ne soyons pas avec toi matériellement à ton mariage. Nous sommes avec toi dans notre cœur et notre âme. Aucun éloignement ne peut nous séparer. Nous sommes avec toi, ensemble vraiment. Et nous donnons notre bénédiction à toi et à la fiancée dont D.ieu t’a béni… Réjouissez-vous donc le jour de votre mariage pour un Mazal Tov, en une heure bonne et propice éternellement. Vos parents, ton père et ta mère, qui te sont attachés dans leur âme vraiment, verront tout cela et ils se réjouiront avec vous ici dans cette grande fête et dans cette grande joie… »
Puis, dans une nouvelle lettre, Rav Lévi Its’hak lui transmit des directives :
« …Le jour du mariage, trempe-toi au Mikvé avec attention et, tout de suite après le milieu de la journée, étudie le chapitre 25 du Tanya avec une très grande concentration (pas en approfondissant, seulement avec concentration etc.). Immédiatement après cela, fais la prière de Min’ha avec Al ‘Hèt avec la grande concentration nécessaire et celui qui pleure davantage en ce jeûne considéré comme Yom Kippour, c’est mieux.
Sous la ‘Houpa, mets un Kitel neuf sur le vêtement, un Sirtouk en soie… et, tout de suite après la ‘Houpa, si tu le désires, tu pourras mettre un autre vêtement. Te tenant sous la ‘Houpa, pense constamment à la crainte de D.ieu… et que tu aies des enfants qui craignent D.ieu, une génération de justes qui sera bénie, de ta fiancée dont D.ieu t’a béni. …Après le mariage, fais toutes les prières (ainsi que les bénédictions du matin) avec un Gartel. »
La journée du mariage : avant la cérémonie
Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz, qui accompagnait le Rabbi en ce jour du mariage jusqu’au moment de la cérémonie, raconte comment il perçut ce dont il fut témoin en ces instants :
« …Le mardi, jour du mariage, le matin avant la prière, nous sommes allés au Mikvé. Après la prière, il étudie et je mange. Quand l’heure de la prière de l’après-midi arrive, le fiancé se lève pour faire le dernier Min’ha avant le mariage et dire ses fautes devant Celui Qui connaît tous les secrets, le grand Vidouï, avec une grande concentration et un épanchement de l’âme dans le silence. Cette vision et cette image bouleversantes et effrayantes, il n’y a personne que moi et lui, très, très loin l’un de l’autre, aussi loin que l’est de l’ouest, car ses pensées ne sont pas mes pensées…
Et je me suis dit dans mon cœur que je dois louer et remercier D.ieu pour ce que mes yeux voient.
Le passé et le présent me suffisent, devant moi se tient Mendel fils de Levik, connu de tous comme né et éduqué dans la pureté, la sainteté et que la crainte de D.ieu est sur lui tout le jour et, comme en ce jour, seule la crainte de D.ieu est son trésor.
J’ai recherché dans ses actes, à l’intérieur et à l’extérieur. Grâce à D.ieu, je n’ai trouvé aucune tache ni faille. Il est entier dans tous les degrés de son âme, il a son étude dans la main avec les actes de ses pères craignant D.ieu… »
Dans le même sens, Rav Leïb Raskin, qui habitait Varsovie à cette époque, retraça le déroulement de cette journée dans une lettre à son frère. Il souligne : « L’homme qui accompagnait le Rabbi en cette journée raconta qu’il avait essayé d’observer constamment ses comportements, son attention extraordinaire portée à l’accomplissement de chaque Mitsva. Mais lui se « dissimulait » de telle sorte qu’il ne laissa apparaître presque rien de « nouveau ». Pourtant, quand il observa la prière de Min’ha du Rabbi – qu’il fit seul à l’hôtel – et en particulier la prière de Al ‘Hèt, il eut la certitude que le fiancé ne pourrait pas se cacher des ‘Hassidim… Ils verraient tout de suite que c’était un homme au-dessus du commun. »
Rav Eliahou ‘Haïm Althoiz continue son récit : « Après avoir terminé de prier, il se retourna du mur vers moi. J’ai regardé son visage blanc comme de la chaux et son corps faible du fait du jeûne et de l’immense effort spirituel de la journée. J’ai éprouvé beaucoup de miséricorde pour lui et je lui ai demandé d’aller se reposer un peu. Mais il ne m’a rien répondu car, toute la journée, il ne m’avait pas dit ne serait-ce qu’un mot profane… Il ouvrit le livre Réchit ‘Ho’hma et se mit à étudier. »
Puis le téléphone sonna et on fit savoir que le moment était venu de se préparer. Le Rabbi alla s’habiller pour le mariage et, quelques instants plus tard, le premier gendre du Rabbi Précédent, Rav Chmaryahou Gurary, et son oncle, Rav Moché Orenstein, vinrent le chercher.
La Ketouba ne fut pas rédigée juste avant la cérémonie mais alors qu’il faisait encore jour.
La Kabbalat Panim
Devant la porte de la cour de la Yechiva, des policiers montaient la garde, chargés de filtrer les entrées. Seuls le pouvaient ceux qui étaient en possession d’une carte spéciale portant le tampon de la Yechiva.
La salle de la Yechiva était comble. On pouvait remarquer la présence de nombreux Rabbis ‘hassidiques, de Rabbanim et d’érudits de grand renom ainsi que de tous les responsables et les notables communautaires. Des correspondants de tous les journaux juifs, très lus à l’époque, étaient là pour rendre compte de l’événement.
C’est à six heures que le Rabbi Précédent fit son entrée, accompagné des Rabbis de Radzin, de Zlotpolna et de Novominsk ainsi que du Rav Zemba, du Rav de Pieterkov etc.
Un silence absolu se fit dans la salle. Ils s’installèrent derrière une table sur laquelle étaient disposées des bougies, une ‘Halla et une tarte mais, conformément à la tradition, personne n’y toucha. La nombreuse assistance chantait.
Subitement, le visage du Rabbi Précédent changea, devenant d’une blancheur totale tandis que de ses yeux, des étincelles de lumière semblaient s’échapper. Il prononça alors les mots suivants :
« On sait que, au moment de la joie d’un mariage, les âmes des ancêtres viennent du monde de vérité. Jusqu’à trois générations en arrière, c’est pour tous les Juifs et il y en a certains pour qui bien plus viennent ; il y a ici des degrés différents. En tant qu’invitation aux âmes des Justes, nos saints ancêtres et Rabbis qui vont venir au mariage et vont bénir le couple, on dira maintenant un discours ‘hassidique dont une partie est de l’Admour Hazakène, une partie de l’Admour Haèmtsaï, une partie du père de mon grand-père, une partie de mon grand-père, l’arrière-grand-père de la fiancée, une partie de l’arrière-arrière-grand-père du fiancé, une partie de mon père, le grand-père de la fiancée. Celui qui dit ce qu’il a entendu au nom de son auteur le verra comme s’il se tenait devant lui. »
Puis le Rabbi Précédent prononça le discours ‘hassidique introduit par la phrase « Lé’ha Dodi Likrat Kala » qui dura environ une demi-heure.
En 5713 (1953), le Rabbi souligna qu’il convient que, « dans tout mariage Loubavitch, de ceux qui y sont attachés et ont un rapport etc., avant la ‘Houpa, on répète le discours ‘hassidique « Lé’ha Dodi » où se trouve une partie de tous nos Rabbis, nos maîtres. »
Recouvrir le visage de la fiancée
Après le discours ‘hassidique, tous se levèrent et le fiancé, avec ses accompagnateurs, se dirigèrent vers la seconde salle où, entourée de toutes les femmes, la fiancée attendait.
En chemin, le Rabbi Précédent entra avec le fiancé dans une petite pièce, non loin du lieu où se tenait la fiancée. Il lui mit personnellement le Kitel qui avait été fait à partir d’une chemise du Rabbi Rachab ainsi que le Gartel de soie qu’il lui avait préparé. Avant de l’en ceindre, il lui dit : « En réalité, j’aurais voulu dire la bénédiction « Qui ceint Israël de force » mais, puisque je l’ai déjà dite aujourd’hui, je ne vais pas la répéter. » Puis il mit le Gartel au Rabbi et lui déclara : « Je t’attache à moi dans ce monde et dans l’autre. » Ensuite il lui donna la bénédiction d’un père à son enfant quand celui-ci va se marier. Tous les Rabbis qui étaient présents furent également invités par le Rabbi Précédent à venir bénir le fiancé. Ils se conformèrent à sa demande. Après toutes ces bénédictions, le fiancé et ses accompagnateurs entrèrent dans la salle de la fiancée et le Rabbi lui recouvrit le visage.
La ‘Houpa
Les accompagnateurs – le Rabbi Précédent et Rav Moché Orenstein – conduisirent alors le Rabbi sous la ‘Houpa tandis que, comme le veut la coutume, s’élevait le Nigoun de l’Admour Hazakène appelé « chant en quatre mouvements ». Laissant le fiancé sous la ‘Houpa, ils allèrent ensuite chercher la fiancée qui arriva accompagnée par sa mère et la femme de Rav Orenstein. Tous ensemble, avec la grand-mère de la fiancée, ils firent les sept tours traditionnels autour du fiancé.
C’est le Rabbi Précédent lui-même qui procéda au mariage et qui fit ensuite les sept bénédictions dans leur intégralité. Il les dit d’une voix forte mais en même temps si douce et si pleine d’une intense concentration, où s’entendait l’union absolue avec D.ieu, que cela émut profondément tous les présents. L’anneau qui fut utilisé pour le mariage était en or et le Rabbi Précédent avait veillé à ce qu’il soit parfaitement lisse, au point qu’il avait même demandé qu’on efface le poinçon qui s’y trouvait.
Après que les mariés aient goûté du verre sur lequel les bénédictions avaient été dites, on donna à une autre personne le soin de le finir et c’est ce même verre que le marié cassa sous la ‘Houpa.
Un grand tumulte éclata alors tant les souhaits de Mazal Tov qui montaient de la foule étaient nombreux. Puis la musique s’éleva et des danses enthousiastes commencèrent devant les jeunes mariés…
La pièce prévue pour l’isolement des jeunes mariés se trouvait dans une des chambres de la Yechiva tandis que la ‘Houpa avait été organisée dans la cour, à ciel ouvert.
Sur le seuil de cette pièce, une cuillère en argent avait été posée. L’ordre fut donné de ne pas la piétiner mais uniquement de l’enjamber. Bien que cette pièce soit dénommée « pièce d’isolement », les parents entrèrent également puis, sur les indications du Rabbi Précédent, ils en sortirent l’un après l’autre. Le Rabbi Précédent lui-même servit aux jeunes mariés un verre de thé à chacun pour casser le jeûne dans lequel ils se trouvaient puis il quitta la pièce à son tour.
Le banquet
Pendant ce temps, la foule qui avait assisté à la ‘Houpa se rendit à la salle où le banquet du mariage avait été préparé. Le Rabbi, les parents, les proches arrivèrent environ une heure plus tard. À son arrivée, le Rabbi Précédent demanda qu’on installe un siège pour son père, le Rabbi Rachab. Puis il fit le tour des nombreuses tables, distribuant à chacun un peu de Lé’haïm et donnant sa bénédiction. Lorsqu’il parvint à l’endroit où avaient été installés les élèves de la Yechiva, il ordonna au surveillant, Rav El’hanan Sim’hovitch, de distribuer à chaque élève du Lé’haïm. Il s’adressa alors directement à eux :
« Temimim ! …L’accomplissement de la Torah vient par l’effort, l’étude de la Torah vient par l’effort… Étudiez la Torah avec effort, également son aspect révélé. De même étudiez les enseignements ‘hassidiques et pas que cela reste de la compréhension intellectuelle seulement mais que cela se traduise concrètement… Alors je vous bénis que vous soyez sauvés dans tout ce qui vous est nécessaire et que vous ayez de longs jours et de longues années etc. »
Puis le Rabbi Précédent dansa avec les responsables de la Yechiva. Un peu plus tard, il s’assit et commença à dire le discours ‘hassidique introduit par la phrase « Acher Bara Sasson Vésim’ha » qu’il interrompit au milieu pour danser avec les Rabbis polonais présents, faisant une ronde à la manière polonaise.
Quand les différents Rabbis se rassirent pour se reposer, le Rabbi Précédent prit son gendre et dansa avec lui à la manière russe, la main sur l’épaule. Les Rabbis polonais partirent alors et le Rabbi Précédent s’assit, entouré par les ‘Hassidim qui chantèrent pendant une demi-heure. Puis il continua le discours ‘hassidique interrompu. Il n’avait pas encore fini quand arriva dans la salle le Rabbi de Mamchinov. Le Rabbi Précédent s’interrompit encore pour l’accueillir puis, s’excusant, il poursuivit et conclut le discours.
Tout cela se termina vers minuit, c’est seulement après que les invités allèrent se laver les mains pour le repas.
Au milieu du repas, le Rabbi Précédent dit à un des étudiants de la Yechiva de distribuer de sa part, à chacun des convives, un cadeau-souvenir particulier. Celui-ci était constitué d’une photocopie d’une lettre manuscrite de l’Admour Hazakène et de quelques mots de la main du Rabbi Précédent où il expliquait en particulier qu’il offrait cette lettre à l’occasion du mariage de sa fille.
La rencontre avec Rav Méir Shapira de Lublin
Nombreux furent les Rabbanim, les érudits et les maîtres du temps qui participèrent à la joie de ce mariage. Le Rabbi lui-même en parla à quelques reprises plus tard. C’est ainsi qu’il cita Rav Méir Shapira, le Rav de Lublin, qui lui offrit son livre « Or Haméir », indiquant que son beau-père l’aimait beaucoup et qu’il avait parlé de Torah avec lui. Le ‘Hassid, Rav Chmouel Zalmanov, alors jeune étudiant à la Yechiva, participa au mariage. Il raconte à ce sujet :
« J’ai eu le mérite de prendre part à la joie du mariage et, plus encore, j’ai eu le mérite d’être chargé de la responsabilité de la table d’honneur où étaient assis le jeune marié, son beau-père le Rabbi (Précédent) et, à leurs côtés, les Rabbis et les Rabbanim importants de Varsovie en ce temps-là.
En tant que jeune étudiant, il n’était pas poli que je reste près de la table. Mais, dans mes fonctions de responsable, je m’en suis approché plusieurs fois et j’ai pu voir comment le Rabbi (Précédent) a suggéré au célèbre érudit, Rav Méir Shapira, le Rav de Lublin, de parler de Torah avec le jeune marié. Rav Shapira s’est donc adressé au Rabbi et lui a dit : « Alors, dis quelque chose. »
Entretemps je me suis écarté de la table par politesse mais j’ai continué à regarder de loin ce qui se passait. Et j’ai vu comment, pendant une grande heure, le Rabbi a parlé à Rav Shapira. Le Rabbi parlait tranquillement et, tout ce temps, Rav Shapira écoutait avec attention…
À la fin, Rav Shapira s’est retourné vers le Rabbi (Précédent) et lui a dit : « Rabbi de Loubavitch, vous avez pris un jeune marié qui est un géant. »
Ensuite, Rav Shapira demanda encore au Rabbi de continuer et de lui faire entendre des nouvelles paroles de Torah. Mais le Rabbi refusa avec délicatesse en disant : « Jusqu’à présent, j’avais reçu un ordre et je l’exécutais mais, si je continue, ce sera de ma propre initiative… »
Le lendemain du mariage, j’avais été désigné pour accompagner le jeune marié et j’étais donc à l’hôtel où demeurait le Rabbi. J’ai été témoin de la visite de Rav Shapira qui vint apporter son livre « Or Haméir » en cadeau au Rabbi. Il demanda encore une fois à discuter avec le Rabbi et celui-ci ne refusa pas. Ils allèrent dans une pièce à part et y restèrent plusieurs heures. Quand Rav Shapira sortit, il n’essaya même pas de dissimuler son émerveillement… »
La fin du banquet et la fête à Yekatrinoslav
Le mariage se poursuivit dans la plus grande joie. Les ‘Hassidim chantèrent beaucoup, accompagnés par l’orchestre et le banquet continua jusqu’à sept heures du matin, au milieu des chants et des danses. Le Birkat Hamazon fut dit à haute voix par le Rabbi de Sokolov qui l’introduisit par « Avec l’autorisation de notre maître, notre guide et notre Rabbi » en référence au Rabbi Précédent.
Pendant ce temps, les parents du Rabbi, qui n’avaient pas pu quitter Yekatrinoslav, firent une fête en l’honneur du mariage et, malgré la distance, y participèrent de toute leur âme avec tous les Juifs présents auprès d’eux, le père encourageant son fils par-delà les kilomètres et les frontières :
« Ne te fais pas de souci que nous, ton père et ta mère, ne sommes pas avec toi à l’endroit matériel de ton mariage. Nous sommes avec toi dans notre cœur et notre âme. Aucun éloignement de l’espace ne peut séparer en cela. Nous sommes vraiment avec toi… »
B’H Après un vendredi bien rempli de mivtsaïm et une visite sur la tombe du grand génie de la Torah, le Chaagat Aryé, nous avons accueilli Chabbat avec un Kabbalat Chabbat particulièrement joyeux, dans une section réservée de la synagogue. Le délicieux repas de Chabbat s’est prolongé par un farbrenguène animé par le Rav Atlan, à l’occasion du 9-10 Kislev.
Le deuxième repas de Chabbat s’est déroulé en présence du Grand Rabbin Fizon, qui nous a permis de découvrir la passionnante histoire juive de Metz et du monde ashkénaze.
Nous avons ensuite visité la grande synagogue du XVIIIᵉ siècle, puis la « synagogue polonaise », avant d’explorer les vestiges d’une ancienne yéchiva remontant à l’époque des Guéonim !!
À la sortie de Chabbat, les jeunes filles du Séminaire ont illuminé la communauté féminine de Metz grâce à un spectacle, un atelier, un dvar Torah et des danses. Une soirée particulièrement chaleureuse.
Le dimanche, nous avons franchi les frontières et poursuivi notre immersion au cœur des kehilot Choum, en Allemagne, berceau du judaïsme ashkénaze. Nous avons pu visiter à Spire un mikvé datant de 1185, véritable trésor médiéval, puis, à Worms, marcher sur les traces de Rachi. Ce périple spirituel s’est conclu par un moment de recueillement émouvant sur les tombes du Maharam de Rothenburg et du Maharil, deux géants de notre tradition dont l’héritage continue d’éclairer le monde juif.
Merci au Rav et à Madame Celnik pour l’organisation et les cours. Merci aux Chlou’him, Rav et Madame Atlan, pour leur merveilleux dévouement. Merci Beth Rivkah !!
Même après quatre décennies, il n’est jamais trop tard pour rétablir la vérité. La date du 13 Kislev est communément associée à une décision du tribunal fédéral américain qui aurait exempté le Rabbi de témoigner dans l’affaire des livres. Or, cette version des faits ne correspond pas à la réalité historique.
Le 13 Kislev est présentée partout comme le jour où le tribunal fédéral des États-Unis aurait statué que le Rabbi était dispensé de venir témoigner devant la cour dans l’affaire des livres. Cette version n’a jamais existé, pas même sous forme allégorique : le tribunal fédéral n’a jamais rendu de décision établissant que le Rabbi n’est pas tenu de témoigner.
Ce qui s’est réellement passé
En réalité, après des négociations entre l’avocat du Rabbi et celui de la partie adverse, un accord fut trouvé : la partie adverse retirerait sa demande de faire témoigner le Rabbi. C’est effectivement ce qui se produisit, et les deux parties déposèrent une requête conjointe auprès du tribunal, renonçant à la déposition du Rabbi.
La raison de ce revirement est la suivante : lorsque la partie adverse apprit que l’Agoudat Hassidei Habad souhaitait convoquer le père du plaignant, Rav Chemouel Gourary, à la barre des témoins, elle accepta de renoncer au témoignage du Rabbi. Cette concession ouvrit la voie à l’accord procédural.
Le tribunal ne s’est jamais prononcé
En définitive, le tribunal n’a jamais été saisi de cette question et n’a certainement jamais tranché que le Rabbi n’est pas tenu de témoigner, c’est-à-dire que le Rabbi n’avait pas à comparaître devant la cour concernant l’affaire des livres. D’ailleurs, le Rav Chemouel Loubecki, auteur de l’ouvrage Didane Natsa’h, a corrigé ce point dans sa nouvelle édition, précisant que la partie adverse avait accepté cet arrangement procédural.
La formulation correcte
La désignation exacte du 13 Kislev devrait être : le jour où l’on apprit que le Rabbi n’aurait pas à témoigner. Comme chacun le sait, la perspective de devoir témoigner pesait considérablement sur le Rabbi. Le témoignage aurait dû se dérouler dans la salle de la bibliothèque, spécialement préparée à cet effet pour le 13 Kislev, et non au tribunal, de la même manière que le témoignage de la Rabbanit avait été recueilli à son domicile. La joie que cette nouvelle procura au Rabbi et aux Hassidim, lorsqu’ils apprirent qu’il n’aurait pas à témoigner, fut immense.
Une citation souvent mal interprétée
En marge de ces précisions, la formule fréquemment citée selon laquelle, conformément à la Halakha du Rambam, le Rabbi n’est pas tenu de témoigner et l’on ne témoigne pas contre lui, n’est pas non plus exacte dans ce contexte.
La source de cette loi se trouve dans le Talmud de Babylone, traité Sanhédrine, page 19b : Rav Yossef enseigna que cette règle ne s’applique qu’aux rois d’Israël, mais concernant les rois de la maison de David, ils jugent et sont jugés, comme il est écrit : Maison de David, ainsi parle l’Éternel, rendez la justice dès le matin. La Guemara explique ensuite pourquoi les rois d’Israël ne témoignent pas, en raison d’un incident déshonorant qui s’était produit. Cependant, le Kessef Michné, chapitre 3 des lois sur les rois, halakha 7, précise que si un Rabbi de la maison de David peut être jugé, il n’est pas tenu de témoigner en raison de son honneur.
L’origine de cette confusion
Il est probable que cette citation fut associée au 13 Kislev par les rédacteurs des journaux de l’époque au 770. Lorsque j’ai discuté avec l’un d’entre eux, il m’a confié : Tu as raison… j’avais bu pas mal de Le’haïm ce soir-là…