Rav Nissan Nemanov a’h fut l’une des figures éducatives majeures du mouvement Habad au XXe siècle. Pendant plus de soixante ans, ce mashpia et éducateur d’exception a formé des milliers d’étudiants en Russie, en Allemagne et en France, façonnant une génération entière de ‘Hassidim selon les principes de rigueur et de piété. Son héritage demeure vivant à travers ses écoles, ses enseignements et le témoignage de ceux qui ont connu sa grandeur spirituelle.

 

 

Une vie aux origines de Zhlobin

Rav Nissan Nemanov naquit le 13 Av 1904 (5664) à Zhlobin, petite communauté juive de Russie. Il était le fils de Rav Its’hak et de Madame Shaina Haya Nemanov. Dès sa jeunesse, il témoigna d’une disposition naturelle vers l’étude et l’observance. Il étudia d’abord auprès du Rav Moshé Akslerod, éducateur ‘hassidique de son village, puis, à l’âge de douze ans seulement, il quitta le foyer familial pour poursuivre sa formation à Loubavitch, aux côtés de son beau-frère, Rav Yésha’ya Danebourg.

Rav Nissan arriva à Loubavitch en Tevet (5677) 1916-1917 où il fut admis dans la classe du Roch Yéchiva Rav Shmouel-Ber Nissenbaum. Il étudiera également sous la direction de deux grands mashpiaim, Rav Ye’hezkel Feigin et Rav Zalman Moshé Its’haki, qui reconnurent chez ce jeune étudiant une capacité exceptionnelle pour la compréhension profonde du ‘Hassidout et de ses applications pratiques.

Les années de service en Russie soviétique

En 1925 (5685), alors qu’il n’avait que vingt et un ans, Rav Nissan fut nommé Mashgiah (superviseur spirituel) à la succursale de la Yéchiva Tomkhei Temimim à Kharkov. Quelques années plus tard, au début de 1928 (5688), il prit la responsabilité de Mashgiah ‘Hassidout à la Yéchiva Tomkhei Temimim de Nevel, fonction qu’il occupa jusqu’au 14 Kislev 1928 (5689) quand les autorités communistes fermèrent l’établissement.

Dans les mois qui suivirent, Rav Nissan s’engagea dans un travail souterrain risqué, se transportant secrètement vers Leningrad où il servit comme mashpia de ‘Hassidout. C’est à cette époque, en 1928 (5688), qu’il se maria avec Madame Moïsha Rivka, fille de Rav Moshé Raskin, union bénie qui allait durer plus d’un demi-siècle.

Le régime soviétique, hostile à toute forme d’enseignement religieux, arrêta Rav Nissan le 8 Kislev 1929 (5690). Il fut condamné à trois ans d’exil à Arkhangelsk, crime dont l’unique motif était d’être un éducateur et un transmetteur de Torah — activité strictement interdite par la loi soviétique. Cette épreuve marqua profondément sa vie et renforça sa détermination à préserver la transmission du ‘Hassidout.

L’adieu au Rabbi précédent : une obéissance exemplaire

Le 3 Tamouz (5687) 1927, avant que le Rabbi précédent (Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn) ne quittât Leningrad en train pour son exil à Kostroma — où il était condamné à passer trois ans —, il implora ses ‘Hassidim de ne pas venir le reconduire à la gare. Cette consigne visait à les protéger de la surveillance constante du K.G.B. soviétique.

Cependant, malgré cet ordre explicite, les ‘Hassidim se présentèrent en nombre à la gare, sachant pertinemment qu’ils n’auraient naturellement aucune chance de revoir le Rabbi pendant ces trois années d’exil. Rav Nissan, lui, obéit fidèlement à l’instruction et demeura chez lui. Lorsque le Rabbi constata l’immense foule de ‘Hassidim à la gare, il s’enquit auprès de l’un d’eux : « Rav Nissan est-il présent ? » Le ‘hassid répondit : « Mais le Rabbi a ordonné de ne pas venir ! » Le Rabbi sourit alors et rendit cet hommage mémorable en yiddish : « Nissan iz a zisser soldat » (Nissan est un soldat fidèle et doux). Cette phrase, devenue célèbre parmi les ‘Hassidim, illustrait parfaitement la nature de Rav Nissan : une obéissance totale tempérée par une douceur naturelle.

Les années d’Asie centrale : Tachkent et Samarkand

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Rav Nissan s’enfuit vers Tachkent, en Asie centrale. En 1943-1944 (5704), alors qu’il résidait à Tachkent, il fut appelé à servir comme mashpia à la Yéchiva Habad de la ville voisine de Samarkand. Bien qu’il n’eût que quarante ans à peine, il était déjà reconnu comme l’un des administrateurs clés de Tomkhei Temimim, leader de la communauté ‘hassidique locale et une autorité spirituelle à laquelle même les ‘Hassidim bien plus âgés que lui se soumettaient.

Après deux années à Samarkand (1945-1946), il s’échappa clandestinement de l’Union soviétique, franchissant la Pologne jusqu’aux camps de réfugiés de Föhrenwald (Föcking) en Allemagne. Là, il servit comme administrateur et mashpia de la Yéchiva Tomkhei Temimim de Föhrenwald, œuvrant à reconstruire une structure éducative pour les jeunes réfugiés ‘Hassidim dépourvus de foyer.

L’administration de la Yéchiva de Föhrenwald

À la tête de la Yéchiva Tomkhei Temimim de Föhrenwald, Rav Nissan mit en œuvre une vision éducative ambitieuse. Il réussit à réhausser le prestige et la qualité pédagogique de l’établissement, traçant un chemin royal pour ses étudiants. Sa discipline était ferme et sans compromis : il exigeait que les étudiants se présentent à chaque séance d’études du matin et qu’ils restent sur le campus dédié à l’enseignement jusqu’à la conclusion des « Sidarim » (séances d’études) en soirée, comme s’ils étaient entièrement séparés de leurs familles.

En qualité de superviseur général des programmes d’études, Rav Nissan conçut et régissait l’ensemble du cursus pédagogique. Il enseignait lui-même des cours de Tanya et de ‘Hassidout à plusieurs classes. Les examens également relevaient de sa responsabilité directe. Il exigeait une maîtrise approfondie des sujets traités — même lorsqu’il s’agissait de textes considérables, comme le commentaire du verset « et tu ne détruis pas le sel » du Likkoutei Torah. Les étudiants devaient non seulement comprendre ces profondes explications, mais aussi les mémoriser intégralement.

L’établissement de la Yéchiva de Brunoy en France

En 1947-1948 (5708), en réponse à l’instruction du Rabbi précédent, Rav Nissan se rendit en France et s’intégra à la direction de la Yéchiva Habad de Brunoy. Après une brève période d’adaptation, il fut promu administrateur et mashpia principal de l’établissement — responsabilité qu’il conserverait jusqu’à la fin de sa vie.

Sa méthode pédagogique mettait l’accent sur le développement du Bittul (l’annulation du moi) et du Mirtaut (le recul) face aux désirs du monde matériel. L’enseignement était enraciné dans l’Avoudat Hashem (le service de D.ieu) conçu comme l’acceptation totale du Joug du Ciel. Ces principes, issus de la Tanya et des enseignements du ‘Hassidout Habad, façonnèrent une approche éducative exigeante mais nourricière, produisant des générations de jeunes ‘Hassidim attachés aux valeurs essentielles de la tradition.

Les rapports avec le Rabbi : directive et accomplissement

Rav Nissan œuvra intensément à l’acceptation de la Présidence (Neousias) du Rabbi. Après l’intronisation du Rabbi Menachem Mendel Schneersohn (le septième Rabbi de Loubavitch) en tant que leader du mouvement Habad, Rav Nissan devint un ‘hassid entièrement dédié, visitant le Rabbi avec une grande régularité. En sa qualité de directeur de la Yéchiva, il maintint une correspondance constante et reçut du Rabbi des centaines de lettres de guidance spirituelle. Il s’engagea totalement à implémenter les directives qu’il recevait.

Lors d’une visite au siège central du Rabbi au 770 Eastern Parkway de Brooklyn, Rav Nissan farkrengen (causa/parla avec passion) toute la nuit aux étudiants dans le petit hall. Le matin, le Rabbi demanda à son secrétaire, Rav Yehuda Leib Groner, quel avait été le thème du discours. Le secrétaire rapporta que toute la nuit, Rav Nissan avait développé un seul point : comment un jeune étudiant peut-il se tenir en présence du Rabbi quand ses pensées, paroles et actions ne sont pas purifiées ? Le Rabbi réfléchit quelques instants, puis déclara avec conviction : « Il a raison. »

En Chevat (5711) 1950-1951, lors du passage du Rabbi à la distribution traditionnelle des dollars bénédits, un étudiant du groupe de Rav Nissan fut appelé. Le Rabbi le chargea de transmettre cette bénédiction à tous les élèves de Rav Nissan : qu’ils soient fruitful et que « les fruits se multiplient en fruits ».

L’admiration profonde que les ‘Hassidim nourrissaient envers Rav Nissan s’exprima dans la classification de sa personne selon les catégories de la Tanya. On disait de lui qu’il était un « Beinoni » — terme qui, dans la terminologie du Tanya, désigne un individu dont chaque pensée, chaque parole et chaque action sont orientées exclusivement vers D.ieu et répondent aux critères de la Halakha. Cet éloge, venant de ceux qui l’ont côtoyé et observé, attestait de la cohérence absolue de sa vie spirituelle.

L’héritage : vie familiale et continuité

Rav Nissan Nemanov quitta ce monde le 9 Iyar 1984 (5744). Sa vie, longue et fructueuse, avait vu s’accomplir la vision de reconstruire et transmettre l’héritage du ‘Hassidout Habad face aux terreurs du siècle — guerre, communisme, exil, et dispersion.

Rav Nissan et son épouse Rivka ont eu quatre enfants. Sa fille, Madame Rahel Leah, devint l’épouse du Rav Shalom Dov Ber Pevzner, figure importante dans l’impression et la publication des ouvrages de ‘Hassidout par l’imprimerie Balshan.

Son fils, Rav Shalom Dov Ber Nemanov, servit comme Chalia’h (émissaire) du Rabbi en France et quitta ce monde le 18 Chevat (5748) 1988.

Son fils, Rav Moshé Nemanov, devint une personnalité clé de la communauté Habad de Crown Heights, à Brooklyn quitta ce monde le 9 Iyar 2012.

Son fils, Rav Its’hak Nemanov, reprit le rôle de directeur spirituel de la Yéchiva de Brunoy, perpétuant ainsi l’héritage de son père dans l’éducation des nouvelles générations de ‘Hassidim.

Les écrits du Rav Nissan

Ses commentaires sur le Tanya furent édités et publiés par son étudiant Shalom Dov Ber Shanuevich à Brooklyn en 1995 (5756), préservant pour la postérité les fruits de ses décennies d’étude et de méditation sur ce texte fondamental du ‘Hassidout Habad.

La personnalité de Rav Nissan Nemanov incarne, pour les ‘Hassidim d’hier et d’aujourd’hui, le modèle du ‘hassid authentique et de l’éducateur dévoué — un homme dont la vie entière, marquée par l’obéissance fidèle, la discipline de fer et une piété profonde, demeure une lumière spirituelle pour tous ceux qui cherchent à servir D.ieu avec intégrité et totalité.