Figure emblématique du mouvement Habad, le Rav Menachem Mendel Futerfas (1906-1995) a marqué l’histoire par son courage exceptionnel face à la répression soviétique. Emprisonné quatorze années dans les goulags sibériens pour avoir maintenu l’éducation juive clandestine, ce grand Hassid est devenu une légende vivante de la résistance spirituelle. Son parcours extraordinaire, de la Sibérie aux bancs de la Yechiva de Kfar Habad, témoigne d’une foi inébranlable qui continue d’inspirer les générations.
Le Rav Menachem Mendel Futerfas, surnommé affectueusement Reb Mendel, demeure l’une des figures les plus respectées du mouvement Habad du XXe siècle. Élève du célèbre Mashpia Reb Zalman Moishe HaYitzchaki, il a consacré sa vie à l’enseignement et à la préservation du judaïsme, même dans les conditions les plus extrêmes. Son emprisonnement de quatorze ans dans les camps soviétiques, conséquence directe de ses activités éducatives clandestines, n’a jamais entamé sa détermination. Libéré et autorisé à quitter l’URSS, il a rejoint sa famille à Londres avant de s’installer en Israël, où il a exercé comme Mashpia à la Yechiva Tom’hei Temimim de Kfar Habad dès 1973, marquant profondément ses étudiants par ses enseignements et ses récits extraordinaires.
Un parcours d’exception au service de l’éducation juive
Né en 1906, Menachem Mendel Futerfas grandit dans une époque de bouleversements pour les communautés juives d’Europe de l’Est. Disciple remarqué du Mashpia Reb Zalman Moishe HaYitzchaki, il développe très tôt une passion pour l’enseignement et la transmission des valeurs hassidiques.
C’est cette même passion qui le conduira vers son destin le plus redoutable : l’ouverture d’écoles juives clandestines en Union Soviétique, à une époque où le régime communiste réprime violemment toute expression religieuse. Ces Talmud Torah secrets représentent alors l’unique moyen de perpétuer l’éducation juive traditionnelle dans un contexte d’hostilité systématique.

Quatorze années de calvaire dans les goulags sibériens
L’arrestation de Reb Mendel marque le début d’une épreuve qui aurait brisé les plus solides. Condamné pour ses activités éducatives, il est déporté dans les goulags de Sibérie, où il affronte pendant quatorze longues années des conditions inhumaines : froid glacial, malnutrition chronique, promiscuité avec des criminels endurcis, violences quotidiennes et travail épuisant.
Pourtant, loin de se laisser abattre, Reb Mendel transforme cette épreuve en victoire spirituelle. Avec une détermination qui force l’admiration, il annonce dès son arrivée qu’aucune menace ne le contraindra jamais à travailler le Chabbat. Cette fermeté, exprimée avec une conviction si profonde, lui permet effectivement de respecter ce commandement fondamental tout au long de sa détention.
Plus remarquable encore, il parvient chaque année à se procurer au moins trente grammes de Matsa Chmoura pour Pessah, grâce aux colis alimentaires que sa famille peut lui envoyer. Lorsque la quantité le permet, il partage précieusement cette Matsa avec d’autres détenus juifs ou la conserve pour l’année suivante, témoignant d’une solidarité et d’une prévoyance exceptionnelles.
La libération et la mission en Israël
Après sa libération, Reb Mendel retrouve enfin sa famille à Londres, séparée depuis dix-huit ans. Mais sa véritable renaissance commence lorsque le Rabbi de Loubavitch, Menachem Mendel Schneerson, lui confie une mission particulière : devenir Mashpia à la Yechiva Tom’hei Temimim de Kfar Habad, en Israël.
Son arrivée à l’été 1973 marque le début d’une nouvelle légende. À Kfar Habad, ses Farbrengen deviennent rapidement célèbres. Ces rassemblements spirituels, où Reb Mendel partage ses enseignements et ses récits extraordinaires, attirent des hassidim de tout le pays et même de l’étranger.

L’engagement dans les campagnes du Rabbi
Malgré son âge avancé et ses difficultés physiques, Reb Mendel s’investit pleinement dans les campagnes de Mitsvot lancées par le Rabbi. Lorsque débute en juin 1967 la première campagne pour encourager la mise des Téfilines, il se joint immédiatement aux jeunes étudiants qui se rendent chaque vendredi à Rishon Letsion.
Ses difficultés de déplacement et sa maîtrise limitée de l’hébreu moderne n’entament pas sa détermination. Quand il balbutie avec son accent particulier : « Moi Juif, toi Juif, mets les Téfilines ! », sa sincérité désarme toutes les résistances. Interrogé sur cette obstination qui semble disproportionnée par rapport à ses capacités physiques, Reb Mendel révèle la profondeur de sa motivation.
Une philosophie de la réparation spirituelle
Sa réponse au Rav Cholom Feldman illustre parfaitement sa conception de la vie spirituelle. Il explique d’abord ressentir le besoin de « réparer » toutes les fois où il n’a pas pu mettre les Téfilines en prison : « Cette longue période où je n’avais pas de Téfilines me manque ! Je dois la réparer, et en mettant les Téfilines à d’autres Juifs, cela remplace un peu toutes les fois où je n’ai pas pu les mettre moi-même ! »
Sa seconde motivation révèle une humilité touchante : « Je veux agir, ne serait-ce que symboliquement, pour prouver mon attachement au Rabbi ! Sinon, en quoi pourrais-je prétendre être un Hassid du Rabbi ? » Cette approche concrète de la fidélité spirituelle caractérise toute sa philosophie.

Un maître de la sagesse quotidienne
Les enseignements de Reb Mendel se distinguent par leur ancrage dans l’expérience vécue. Ses récits de prison, qu’il partage avec parcimonie, regorgent de leçons profondes exprimées avec simplicité. L’histoire des cartes cachées dans la poche du gardien illustre parfaitement sa méthode : « Souvent nous cherchons loin ce que nous voulons, alors qu’il se trouve dans notre poche. »
Cette capacité à transformer les situations les plus sombres en enseignements lumineux fait de lui un maître unique, capable de toucher tous les publics par sa sagesse accessible.
Un héritage durable
Le Rav Menachem Mendel Futerfas quitte ce monde le 4 Tamouz 5755 (2 juillet 1995) et repose à Londres. Sa disparition marque la fin d’une époque, mais son influence perdure bien au-delà de sa mort physique.
Figure légendaire de Kfar Habad, Reb Mendel incarne la résistance spirituelle face à l’oppression et la capacité de transformer les épreuves en opportunités de croissance. Son exemple continue d’inspirer les hassidim du monde entier, témoignant que la foi authentique peut triompher des adversités les plus terribles.
Ses Farbrengen, immortalisés par de rares images où on le voit aux côtés d’autres grands hassidim comme le Rav Moshe Vishtaki, le Rav Berke Hein, le professeur Yirmiyahu Branover et le Rav Hershel Rivkin, demeurent des moments d’exception dans l’histoire du mouvement Habad.
L’héritage de Reb Mendel réside dans cette leçon fondamentale : même dans les ténèbres les plus épaisses, la lumière de la foi peut non seulement survivre, mais rayonner avec une intensité qui éclaire le chemin des générations futures.













