Dans le monde hassidique, les enseignements traversent parfois les frontières de manière inattendue. C’est ce qui s’est produit avec une pratique énigmatique de Rav Mendel Futerfas. Découvrez comment un simple ajout à une prière a suscité un débat passionnant et comment la solution est venue d’une source improbable.

 

Dans le monde hassidique, les histoires et les enseignements se transmettent souvent de bouche à oreille, traversant les générations et parfois même les frontières entre différentes communautés. C’est précisément ce qui s’est produit avec un enseignement particulier de Rav Mendel Futerfas, un mashpia (guide spirituel) respecté de la communauté Chabad-Lubavitch.

Tout a commencé lorsque le journal Kfar Chabad a publié un article mentionnant une pratique inhabituelle de Rav Mendel. Selon cet article, avant de réciter la prière du matin qui commence par « Hareini Mekabel » « Je prends sur moi le commandement d’aimer mon prochain comme moi-même », Rav Mendel aurait également récité la phrase  « נכון לומר קודם התפילה »  « Il est approprié de dire avant la prière ».

Cette information a suscité un débat parmi les lecteurs. Certains, dont le Rav Shimon Eisenbach, doutaient de l’authenticité de cette pratique. Ils pensaient qu’elle ne correspondait pas à la personnalité de Rav Mendel, connu pour son sérieux et sa profondeur spirituelle.

Le débat aurait pu en rester là, mais c’était sans compter sur une rencontre fortuite qui allait tout éclairer. Le Rav Eliezer Laine, qui avait initialement rapporté cette pratique, a fait une découverte surprenante. Lors d’une conversation avec un hassid de la communauté Satmar, une communauté hassidique distincte de Habad, il a entendu une histoire fascinante.

Ce hassid de Satmar avait assisté, plus de quarante ans auparavant, à une conférence de Rav Mendel à Londres. Pendant cette conférence, Rav Mendel avait effectivement prononcé cette phrase supplémentaire, mais avec une explication qui donnait tout son sens à cette pratique.

Rav Mendel avait posé une question provocante à son auditoire : « Qui es-tu pour dire ‘Hareini, « Je » prends sur moi’ ? » Il expliquait que l’ajout de « נכון לומר קודם התפילה »  « Il est approprié de dire avant la prière » avant la prière servait à nous rappeler notre humilité. Avant de prendre sur nous un engagement aussi important que l’amour du prochain, nous devons reconnaître notre petitesse face à cette grande Mitsva.

Cette explication a jeté une lumière nouvelle sur ce qui semblait être une simple addition de mots. Elle révélait la profondeur de l’enseignement de Rav Mendel sur l’importance de l’humilité et de l’introspection dans notre approche de la prière et de nos relations avec les autres.

L’histoire ne s’arrête pas là. Ce qui est remarquable, c’est que cet enseignement ait survécu pendant plus de quatre décennies dans la mémoire d’un homme qui n’appartenait même pas à la même communauté hassidique que Rav Mendel. Cela témoigne de la puissance des enseignements hassidiques et de leur capacité à toucher les cœurs au-delà des frontières communautaires.

Cette redécouverte nous rappelle l’importance de rester ouverts et curieux, même face à des informations qui semblent initialement douteuses. Elle nous montre aussi comment un simple ajout à une prière peut contenir des leçons profondes sur notre relation à Dieu et à nos semblables.

Enfin, cette histoire souligne l’importance de la transmission orale dans la tradition juive. Des décennies après avoir été prononcées, les paroles de Rav Mendel continuent de résonner, nous invitant à réfléchir sur qui nous sommes vraiment lorsque nous nous tenons devant Dieu en prière.

Reb Menahem Mendel Futerfas (1906-1995), était un célèbre ‘hassid et l’un des meilleurs étudiants de Reb Zalman Moishe HaYitzchaki.
Il a passé 14 ans dans les goulags sibériens pour avoir ouvert clandestinement des écoles juives en URSS. Malgré les terribles conditions de détention, il réussit à ne jamais travailler le Chabbat et à avoir de la Matsa Chmoura à Pessa’h.
Après sa libération, le Rabbi lui demanda de devenir Machpia (guide spirituel) à la Yechiva de Kfar ‘Habad en Israël à partir de 1973. Ses rassemblements ‘hassidiques y étaient très réputés.
Dès le lancement de la campagne des Tefilines par le Rabbi en 1967, il se dévoua corps et âme pour la faire appliquer, malgré son âge et ses difficultés à se déplacer.
Il expliquait sa motivation par le besoin de compenser toutes les fois où il n’avait pu mettre les Tefilines en prison et par le désir de prouver concrètement son attachement au Rabbi.
Son service divin exceptionnel dans les pires conditions et son dévouement absolu aux directives du Rabbi ont fait de lui une figure légendaire et inspirante du ‘hassidisme Loubavitch.
Il est décédé le 4 Tamouz 5755 (2 juillet 1995) et est enterré à Londres.