1: L’essence cachée de la Torah
Le ma’amar « HaHodesh » prononcé le 25 Adar 5735 (19875) commence par une citation profonde du Midrash: Rabbi Yitzchak affirme que la Torah aurait dû commencer non pas par le récit de la Création (Bereshit), mais par le premier commandement donné au peuple juif concernant le calendrier: « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois » (Exode 12:2).
Cette affirmation peut sembler surprenante, mais elle reflète une vérité profonde. Même si extérieurement la Torah commence par Bereshit, intérieurement, au niveau de son essence, elle commence par « HaHodesh ». C’est l’enseignement de l’Admour Rashab qui explique que ce passage est « l’essentiel du commencement de la Torah. »
Cette dualité entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’essence et la manifestation, devient un thème central tout au long du ma’amar, appliqué à plusieurs concepts: la création du monde, la rédemption, et le service divin.
2: La double chronologie de la Création
Une discussion talmudique célèbre concernant la date de création du monde est ensuite abordée. Deux opinions s’affrontent:
- Rabbi Eliezer soutient que le monde fut créé en Tishrei (plus précisément le 25 Eloul)
- Rabbi Yehoshua affirme que le monde fut créé en Nissan (le 25 Adar)
Au lieu de considérer ces opinions comme contradictoires, une harmonisation fascinante est proposée: la pensée divine de créer le monde existait en Nissan, tandis que l’acte effectif de création s’est produit en Tishrei. Cette distinction reflète un principe kabbalistique fondamental: Nissan représente l’intériorité, l’intention et la pensée divine, tandis que Tishrei représente l’extériorité et la manifestation concrète.
Cette dualité fait écho à la dualité mentionnée précédemment concernant le commencement de la Torah. Tout comme la Torah commence extérieurement par Bereshit mais intérieurement par HaHodesh, le monde commence extérieurement en Tishrei mais intérieurement en Nissan.
3: La rédemption – entre initiative humaine et intervention divine
Les mêmes Sages expriment des opinions parallèles concernant la rédemption:
- Rabbi Eliezer: La rédemption viendra en Tishrei
- Rabbi Yehoshua: La rédemption viendra en Nissan
Ces positions reflètent des conceptions profondes de la nature de la rédemption. Selon Rabbi Eliezer, la rédemption dépendra principalement de la techouva (repentir) des Juifs – une initiative venant d’en bas. Selon Rabbi Yehoshua, elle viendra par une révélation divine – une initiative venant d’en haut.
Un contraste est établi avec la sortie d’Égypte, qui s’est produite en Nissan. À ce moment-là, les Juifs étaient tellement submergés dans l’impureté qu’ils ne pouvaient pas se libérer par eux-mêmes. La rédemption est donc venue d’en haut, par révélation divine. Cette première rédemption est comparée à une « femelle » (pouvant être suivie d’un autre exil), tandis que la rédemption future sera comme un « mâle » (permanente).
4: Harmonisation des perspectives halakhiques
Une apparente contradiction dans les sources halakhiques est ensuite abordée:
- Le Rambam statue que « Israël ne sera racheté que par la techouva »
- Plusieurs sources hassidiques concluent qu' »en Nissan ils seront rachetés »
Une solution profonde est proposée: la techouva que les Juifs feront à la fin de l’exil puisera sa force dans l’illumination divine de Nissan. C’est-à-dire que même si la rédemption nécessite notre initiative (techouva), cette initiative elle-même est rendue possible par une force divine.
Cette conciliation montre comment les aspects « d’en haut » (Nissan) et « d’en bas » (techouva) collaborent dans le processus de rédemption. La techouva humaine est l’instrument qui révèle et actualise un potentiel divin déjà présent.
5: La relation entre la techouva et la rédemption
Ce développe davantage la relation entre la techouva et la rédemption. Il explique que lorsque les Juifs font techouva à la fin de l’exil, ils sont immédiatement rachetés. Cette techouva de la fin de l’exil n’est pas simplement une initiative humaine ordinaire, mais une techouva inspirée et rendue possible par la force divine de Nissan.
La techouva ordinaire suit généralement un processus graduel, mais la techouva finale qui précède la rédemption transcende ces limitations et permet une libération immédiate et totale de l’exil.
6: Les trois niveaux de relation avec Dieu
Un midrash est cité décrivant un roi qui aimait tant sa fille qu’il l’appelait successivement « ma fille » (biti), « ma sœur » (achoti), et « ma mère » (imi). Ces trois appellations correspondent à trois niveaux de relation entre Dieu et Israël, associés aux trois fêtes de pèlerinage:
- « Ma fille » (Pessah) – Israël comme récepteur passif de la révélation divine.
- « Ma sœur » (Shavuot) – Par le don de la Torah, Israël s’élève à un niveau de partenariat et d’union avec Dieu.
- « Ma mère » (Yom Kippour/Souccot) – Par la techouva, Israël atteint un niveau où il peut « influencer » Dieu.
7: Le paradoxe de la rédemption future
Bien que les niveaux semblent progresser de « fille » à « sœur » puis à « mère », la rédemption future sera précisément au niveau de « ma fille » (biti). Ce paradoxe s’explique par la compréhension profonde du « bitul » (l’annulation de soi). Le niveau de « biti » représente un bitul total – n’ayant rien de soi-même et recevant tout d’en haut.
Cette position de réceptivité absolue permet paradoxalement d’accéder à l’essence divine infinie (Ein Sof) d’une manière impossible aux autres niveaux. C’est pourquoi le Messie est décrit comme « humble, monté sur un âne » – cette humilité radicale est précisément ce qui permet la révélation de l’essence divine.
8: La valeur unique du service divin en exil
Les révélations futures dépendent spécifiquement de nos actes pendant l’exil. À l’époque du Temple, la présence divine était plus manifeste, mais cette clarté même faisait que la personne restait consciente de sa propre existence distincte.
Pendant l’exil, particulièrement à l’époque précédant immédiatement le Messie (ikveta demeshiha), les défis spirituels sont tels que le service divin ne peut venir que d’un bitul total. C’est précisément cette absence d’ego qui caractérise le service divin en exil et qui lui confère sa valeur unique pour la rédemption future.
9: La synthèse finale – « koh » et « zeh »
Deux concepts kabbalistiques sont introduits: « koh » (ainsi) et « zeh » (ceci). « Koh » représente une perception divine distante, tandis que « zeh » représente une perception directe et immédiate.
La création initiale du monde le 25 Eloul était au niveau de « koh ». Avec la création d’Adam le premier jour de Tishrei, une révélation divine plus immédiate (niveau « zeh ») est entrée dans le monde.
La rédemption future combinera ces dimensions: la techouva à la fin de l’exil révélera d’abord l’aspect « zeh », puis s’approfondira jusqu’au niveau de « koh », révélant l’essence divine au sein même de la création. Ainsi s’accomplira l’intention divine ultime: faire de ce monde physique une demeure pour l’essence divine illimitée.
Cette synthèse parfaite entre le fini et l’infini, entre l’initiative humaine et la révélation divine, entre Tishrei et Nissan, constituera la rédemption complète et véritable qui viendra bientôt par le Messie.
















