L’arc-en-ciel de Noa’h : révéler D.ieu dans la matière du monde

L’arc-en-ciel de Noa’h : révéler D.ieu dans la matière du monde

Après le Chabbat de Berechit, qui contient tout le potentiel de l’homme, s’ouvre la Parachat Noa’h, celle de l’action concrète et accomplie. Le Rabbi y dévoile le lien profond entre Havaya, la lumière divine infinie, et Elokim, le voile de la nature dans lequel cette lumière vient se cacher. À travers l’arc-en-ciel, la lune et l’essence de l’âme juive, c’est un même appel qui résonne : faire de ce monde matériel une demeure pour D.ieu.

 

 

 

Du potentiel à l’action : le passage de Berechit à Noa’h

Le mot Berechit évoque la racine « roche », la tête, et plus précisément la tête de l’année. Comme la tête décide et commande au corps, Berechit renferme toute la force de l’homme, tout ce qu’il peut encore vouloir et accomplir sans l’avoir réalisé. La Parachat Noa’h, qui vient aussitôt après, marque le commencement de l’action véritablement concrète, la mise en œuvre de ce qui n’était que décision. Le premier jour qui suit le Chabbat contient en lui tous les premiers jours de l’année, le deuxième jour tous les deuxièmes, jusqu’au Chabbat qui embrasse tous les Chabbatot de l’année. Le point essentiel que le Rabbi met en lumière est donc celui-ci : ce qui compte le plus dans notre vie, ce sont les actes que nous accomplissons réellement.

Voir le roi derrière les haillons

Un grand sage était emprisonné à Saint-Pétersbourg. Le souverain, ayant entendu parler de ce maître, voulut le rencontrer et se présenta déguisé en mendiant. Mais lorsque le sage le vit entrer, il se leva aussitôt et récita la bénédiction que l’on dit en présence d’un roi. Étonné, le souverain lui demanda comment il avait pu le reconnaître sous ces haillons. Le sage avait cette capacité de voir la vérité dissimulée derrière l’apparence. C’est là toute la clé de ce qui suit : savoir discerner, derrière le vêtement de la matière, la Royauté cachée qui l’anime.

Havaya et Elokim : la lumière et le voile

Le nom Havaya désigne la force créatrice de D.ieu, Celui qui seul fait exister la matière à partir du néant. Il représente une lumière divine qui nous dépasse entièrement, liée à l’essence même. Le nom Elokim, lui, correspond au Tsimtsoum, au voile qui masque l’éclat insoutenable de cette lumière : il est de même valeur numérique que « la nature ». De même qu’on ne peut regarder le soleil en face sans écran protecteur, la lumière infinie doit être tamisée pour que le monde puisse exister. Ce voile transforme la réalité au point que l’homme ne perçoit plus que le monde a été créé : c’est pourquoi celui qui nie ne croit que ce qu’il voit. Pour le juif, au contraire, la matière elle-même est la preuve de la présence divine, puisque seul D.ieu peut créer quelque chose à partir de rien.

Le Rabbi enseigne qu’il existe un lien profond entre ces deux noms, illustré par la parole du patriarche Yaakov : Havaya deviendra pour moi Elokim. Ce qui aujourd’hui nous échappe et demeure « ciel » deviendra demain notre « terre », un domaine connu et maîtrisé. Tel était le sens de la parabole d’un disciple du Baal Chem Tov, apparu en rêve : ton ciel est ma terre, et mon ciel sera la terre de demain. L’inconnaissable d’aujourd’hui est appelé à devenir l’évidence de demain.

L’âme juive précède le monde

Lorsque le Rabbi regardait un juif, il voyait un diamant. Il percevait l’âme telle qu’elle est enracinée dans l’essence divine, bien au-delà du vêtement du corps. Avant de créer le monde, D.ieu s’est entretenu avec les âmes des Tsaddikim : l’âme juive précède donc la création. De là découle une conséquence décisive, que le Rabbi formule comme une conclusion : nous ne devons nullement être impressionnés par le monde, puisque nous le précédons. Face au déchaînement de l’antisémitisme, cette vérité est une force. Plus on étudie la ‘Hassidout, plus on s’attache à sa véritable mission, et moins on se laisse atteindre. Fait remarquable, la racine de l’âme animale, celle qui nous attire vers la matière, est en vérité plus élevée encore que celle de l’âme divine, et c’est précisément ce caractère caché qu’il nous revient de dévoiler.

L’arc-en-ciel, la matière élevée et le secret des couleurs

La Parachat Noa’h donne l’image de l’arc-en-ciel. La lumière du soleil frappe le nuage et y fait naître des couleurs. Or ce nuage s’est d’abord élevé de la mer, gouttelette après gouttelette, montant du bas vers le haut. Il en va de même des Mitsvot : nous prenons un morceau de Klaf, un parchemin, matière profane, et en y inscrivant les lettres selon la volonté divine pour un Sefer Torah ou une Mezouza, nous élevons et purifions cette matière jusqu’à en faire un objet de sainteté. Alors la lumière de D.ieu s’y reflète, comme le soleil dans le nuage.

Les couleurs de l’arc-en-ciel figurent les attributs divins, les Midot. La Torah connaît le blanc, qui évoque le ‘Hessed, le rouge, qui évoque la Guevoura, le vert et le Tekhelet, le bleu. Et la beauté, précisément, naît du mélange des couleurs, jamais d’une teinte isolée. Il en va de même des forces de l’âme : Avraham, pur ‘Hessed, eut Yichmaël, et Its’hak, pure Guevoura, eut Essav. C’est Yaakov, union harmonieuse des deux, la Tiféret, qui engendra une descendance parfaite. La perfection est dans l’alliance des contraires.

La lune, le soleil et la disparition qui révèle l’essence

La lune ne possède pas de lumière propre : elle reçoit tout du soleil et reflète ce qu’elle en reçoit. Le soleil correspond à Havaya, la lune à Elokim. Selon le Midrach, la lune fut diminuée, et avec elle la lumière du monde, ce qui est relié à la faute du premier homme, au Korban de Roch ‘Hodech et à la prière qui lui est associée. Les phases changeantes de la lune correspondent aux différentes combinaisons de Havaya et d’Elokim, aux multiples degrés par lesquels la lumière divine se dévoile, plus ou moins, dans ce monde. Et paradoxalement, le moment le plus élevé n’est pas la pleine lune, mais celui où l’astre disparaît entièrement du ciel : c’est alors que se révèle l’essence même de D.ieu, l’Atsmout, plus haute encore que la lumière de Havaya.

L’essence de l’âme et l’égalité de tous les juifs

Au niveau de l’essence de l’âme, tous les juifs sont égaux : le plus grand des Tsaddikim et le juif le plus simple partagent une même racine, plus élevée encore que le monde d’Atsilout. « Vous vous tenez tous debout devant D.ieu » : c’est de cette essence commune qu’il s’agit. Chaque juif porte en lui ce trésor, l’essence de sa Nechama, dont l’intériorité que nous percevons n’est qu’un reflet. Si D.ieu a enfermé ce niveau le plus haut comme une lumière appelée à filtrer un jour à travers une étroite ouverture, c’est pour laisser à chacun la possibilité de le dévoiler. Et c’est en s’attachant au Rabbi, en demeurant dans ses quatre coudées, que la racine de notre âme se révèle en nous.

Briser les limites : peut-on devenir un tsaddik ?

Le Rabbi affirme clairement que chaque juif détient le potentiel d’atteindre le niveau du Tsaddik, même s’il doit pour cela franchir des étapes. Certains objectent, au nom du Tanya et du travail du Beinoni, qu’on ne deviendra jamais un Tsaddik et qu’il faut donc s’attacher à plus grand que soi. Mais quel mal y a-t-il à vouloir le devenir, surtout en cette fin d’exil où chacun attend la délivrance de manière concrète ? Le véritable travail consiste à ne pas accepter nos propres limites, le Ad Matai, à refuser les frontières que nous imposent la nature, l’habitude, l’éducation et le flot des informations. Il n’y a pas de terme à cet effort : on peut toujours avancer. Cette tension même, où deux grands esprits s’opposent pour le bien, relève de la Ma’hloket au nom du Ciel, du côté de la Kedoucha et non de la Touma, car la Torah possède soixante-dix facettes.

La sim’ha, condition de la demeure pour D.ieu

Durant le mois de Tichri, dans la Souka, nous sommes au-dessus de la réalité, comme enfermés avec D.ieu. Vient ensuite le mois de ‘Hechvan, sans fête, où l’on recommence à dire le Ta’hanoun, mais où nous conservons encore l’empreinte de la Sim’ha des fêtes. Or la joie n’est pas accessoire : elle conditionne l’ensemble du service divin. Révéler Havaya dans Elokim, c’est précisément introduire la Sim’ha dans l’action concrète. Ce n’est pas un hasard si la Parachat s’ouvre par le mot Noa’h répété, le repos de l’âme et le repos du corps : ce repos ne s’obtient pas dans l’oisiveté, mais par l’accomplissement des commandements et l’étude de la Torah, qui répondent aux questions les plus profondes de l’existence. Ainsi marche-t-on, en cette Parachat Noa’h, de la Galout vers la Gueoula. 

 

La glace qui éclaire : faire de ce monde une demeure pour D.ieu

La glace qui éclaire : faire de ce monde une demeure pour D.ieu

 

Donné un 7 octobre, jour qu’il est impossible d’oublier, ce cours du Rav Yaacov Abergel part d’une question intime : comment trouver encore la force de danser à Sim’hat Torah au cœur de l’épreuve. De fil en aiguille, il remonte à la Paracha Beréchit et à ce qu’elle révèle sur le sens même de la création. La réponse tient en une image : même la glace peut éclairer, et c’est précisément le corps, la matière, le monde, qui sont appelés à devenir le palais de D.ieu.

 

 

Un 7 octobre que l’on ne peut effacer

Nous sommes aujourd’hui le 7 octobre, une date que l’on ne peut pas oublier. Avant d’entrer dans l’étude, je voudrais porter quelques noms, pour une bénédiction : ceux qui ont été frappés, les maris, les frères, les sœurs, les proches endeuillés, ainsi que les premiers tombés. Je pense aussi à un homme parti sans laisser d’enfant, pour qui l’on ne peut dire le Kaddich ; qu’il soit, lui aussi, élevé et libéré. Que tous ceux que nous mentionnons soient inscrits pour le bien.

Comment danser à Sim’hat Torah cette année

Cette année, à l’approche de Sim’hat Torah, je me demandais sincèrement comment j’allais faire pour aller danser. Cela me paraissait presque irréel, comme sorti d’un film de science-fiction, tant l’épreuve avait touché ce qu’il y a de plus fondamental. Juste avant la fête, mon épouse m’a fait lire une histoire qui m’a rendu la force.

Un homme dont le fils était gravement malade avait le cœur brisé. Il écrivit au Rabbi et ne reçut pas de réponse. Vint Sim’hat Torah, et il se demanda, lui aussi, comment il pourrait danser avec la Torah. Mais il comprit qu’il avait une responsabilité envers ses élèves, envers ceux qui le connaissaient, et envers l’honneur de la Torah elle-même : il ne pouvait pas ne pas y aller, ne pas danser, quelle qu’en fût la raison. Alors il y alla, et il dansa comme il se doit. Le Rabbi lui dit ensuite : « Ce que moi je n’ai pas réussi à faire, toi, tu l’as accompli en allant danser. »

En lisant cela, j’ai trouvé une véritable motivation. Et sur le chemin de la synagogue, je me suis demandé d’où devait venir cette joie, cette Sim’ha de la fête.

La joie n’est pas de mesurer ce qu’on a atteint

Il m’est alors apparu une chose simple : il suffit de réfléchir à ce que tu étais avant de faire Techouva, et à ce que tu es devenu. La question n’est pas de savoir jusqu’où tu es parvenu, ni de te dire « je suis fort dans tel domaine, j’ai réussi ceci ». Il s’agit seulement de mesurer la différence d’état d’esprit : où tu étais, où tu es aujourd’hui, quelles sont tes pensées, quels sont désormais tes plaisirs.

En y réfléchissant, j’ai mesuré tout ce que le Rabbi et les Rebbeim m’ont donné : en étudiant leur Torah et leurs Maamarim, en regardant des vidéos, en écoutant des témoignages, en passant le Chabbat auprès de ‘Hassidim qui m’accueillaient, en priant à la synagogue, en étudiant avec d’autres. Je me suis rendu compte que toutes mes joies avaient basculé ailleurs, et que cette joie-là est incommensurable. On ne peut ni la quantifier ni la comparer aux plaisirs que tout le monde connaît. Alors je me suis dit : tu n’as qu’à danser, c’est-à-dire mettre un pied devant l’autre avec la Torah.

C’est dans cet état d’esprit que je suis allé. J’avais très mal aux genoux, et je me suis dit que même cela, je ne devais pas le calculer : rien ne peut empêcher un Juif de danser avec la Torah. C’est une joie véritable. En rentrant chez moi, j’ai dit à mon épouse que c’était exactement cette joie de la responsabilité : je ne peux pas m’arrêter de donner des cours, quelle qu’en soit la portée, quand bien même une seule personne les écouterait. Pour une seule personne, cette responsabilité demeure. Il faut toujours ajouter, toujours aller plus haut.

Beréchit, charnière entre tichri et ‘hechvan

La Paracha Beréchit se situe toujours à la toute fin du mois de Tichri, juste avant ‘Hechvan. Elle est la charnière entre les deux. Tichri est un mois de fêtes : de Roch Hachana à Soukkot, on est entièrement du côté du divin, au-delà du monde. ‘Hechvan, lui, est le mois du quotidien, où il ne reste plus rien de cet éclat manifeste.

Or, depuis le début d’Elloul, toute la finalité tend vers ce moment. C’est maintenant que tout se joue. Le but du mois d’Elloul, de l’image du roi dans les champs, de Roch Hachana, de Kippour, de Soukkot : c’est de faire entrer toutes ces lumières, qui sont au-delà du monde, à l’intérieur du monde. Comme on le dit de la conduite de Beréchit : la manière dont on se comporte à Beréchit, on se comporte ainsi toute l’année.

Le ciel ou la terre : qu’a-t-il créé en premier ?

Le verset d’ouverture dit qu’au commencement D.ieu créa le ciel et la terre. Qu’a-t-Il donc créé en premier ? Les Sages en débattent : pour une opinion, le ciel d’abord ; pour l’autre, la terre. Et l’on peut dire que les deux ont raison.

Dans l’ordre de l’action, dans le déploiement du temps et de l’espace, le ciel fut créé d’abord, puis la terre. Mais dans la pensée, c’est la terre qui vient d’abord, puis le ciel. Car ce qui est premier dans la pensée s’accomplit en dernier dans l’action : lorsque je décide de sortir d’une pièce, l’intention de sortir est première, mais le fait de franchir la porte survient en dernier. « La fin de l’action est au commencement de la pensée. » La terre, le monde matériel, est donc le véritable but de toute la chaîne de la création.

D.ieu a choisi le corps du Juif

C’est le même enseignement qui se dit dans la bénédiction : « Tu nous as choisis parmi tous les peuples. » On n’y parle pas seulement de l’âme des enfants d’Israël, mais de leur corps. Le corps même du Juif est d’une immense importance.

Cette idée est au centre de la Torah du Rabbi. On enseigne en effet que, dans les temps futurs, l’âme sera nourrie par le corps. Pour l’instant, c’est l’âme qui vivifie le corps ; mais à l’ère de la délivrance, ce sera le corps qui nourrira l’âme. Toute la valeur de la matière tient à cela : les commandements divins s’accomplissent par le moyen du matériel. Faire de ce monde une demeure pour D.ieu, c’est transformer le matériel en spirituel, c’est dégager l’étincelle divine enfouie dans la matière, comme on révèle la sainteté cachée dans un morceau de pain en prononçant une bénédiction.

Et c’est pourquoi le corps doit être purifié. Une fois purifié, c’est lui qui donne son élan à l’âme et l’élève, au point que l’âme animale elle-même possède une racine plus haute que tout le reste. De là cette question : qu’est-ce qui est le plus élevé, voir une chose de ses yeux physiques, ou la saisir par les yeux de l’intellect ? Les deux sont essentiels. La vision physique ne laisse aucun doute sur la réalité d’une chose, mais elle ne suffit pas sans la compréhension ; et la compréhension, à son niveau le plus profond, peut même dépasser la vision. L’enseignement de la Torah des temps futurs est précisément que nous aurons la faculté de voir le divin de nos yeux physiques, parce que nous aurons purifié les aspects négatifs de l’âme animale. C’est à cela que sert le Tanya : il nous aide à purifier et à mobiliser la force même de l’âme animale.

Devenir un tsadik par ses propres forces

Beréchit signifie « pour Israël » et « pour la Torah » : c’est pour eux que D.ieu créa le monde. Et dire qu’Il a choisi le corps des enfants d’Israël, c’est enseigner que la grandeur d’un Juif ne se mesure pas seulement à son âme, enracinée dans l’essence de D.ieu, mais aussi à son corps, important à l’intérieur même du monde. Israël est la moisson de D.ieu, les prémices de Sa récolte.

Il y a là une différence essentielle entre deux manières d’aimer son prochain. Selon l’Admour Hazakène, lorsque tu regardes un Juif, tu ne dois pas considérer le corps mais l’âme : tu te dis que l’âme de cet homme est liée à D.ieu, et tu ne t’arrêtes ni à ses fautes ni à son extérieur. Le Rabbi, lui, regardait le potentiel et non le passé : il voyait en chacun un diamant. Dire que « le corps est subordonné à l’âme » revient à dire que l’essentiel est l’âme — et c’est déjà une raison d’aimer chaque Juif, quel qu’il soit.

Mais le Rabbi ajoute davantage. Dans le Tanya, il affirme que chacun a la possibilité de devenir un Tsadik. Qu’est-ce qu’un Tsadik ? C’est celui qui transforme son corps au point que son âme animale elle-même devient divine. Non plus un corps simplement soumis, mais un corps qui t’aide à t’élever jusqu’au niveau du juste. Selon l’approche de l’amour du prochain fondée sur la seule raison, on dirait que D.ieu peut accorder à un homme l’aide d’un juste qui l’élèvera. Mais le Rabbi enseigne que chaque Juif peut, par ses propres forces, parvenir lui-même à ce niveau. C’est là, précisément, que se révèle la valeur du corps purifié.

Les larmes et la mince frontière vers la joie

Il existe, au Mur occidental, une histoire célèbre. Un homme pleurait abondamment, entouré d’autres qui pleuraient aussi. On lui demanda pourquoi il pleurait, et il répondit : « Je pleure parce que je ne pleure pas. » Il voyait les autres émus jusqu’aux larmes, et lui ne l’était pas ; il pleurait de ne pas savoir pleurer comme eux. Cela montre quel potentiel sommeille dans le Juif.

Les larmes, d’ailleurs, ne sont pas seulement amertume. On enseigne que la valeur numérique du mot Dim’a, la larme, est de cent dix-neuf ; en ajoutant un pour le terme lui-même, on atteint cent vingt. Si tes larmes sont des larmes de Techouva, alors ce « un » représente l’intention qui les porte, et cent dix-neuf devient cent vingt : les larmes deviennent larmes de joie. La frontière entre l’amertume et la Sim’ha est infime. Lorsqu’au milieu de la nuit tu te brises dans la Techouva, l’amertume se change ensuite en une extase, en une joie proche du ravissement. Ce passage est nécessaire, mais il n’est pas la finalité : le but n’est pas de pleurer, c’est la joie qui conduit à la délivrance. Et il n’est pas indifférent que le mot Nigun, la mélodie, ait lui aussi la valeur de cent dix-neuf, lui dont on dit que le palais se trouve tout près de celui de la Techouva.

Même la glace peut éclairer

Le Baal Chem Tov a dit un jour une chose qui éclaire tout le reste. Un soir, il n’y avait plus de lumière dans la maison d’étude. Il demanda à ses élèves d’aller découper les morceaux de glace qui pendaient du toit. Ils les posèrent sur les tables, et la maison d’étude s’illumina.

Que signifie en profondeur que même la glace puisse éclairer ? La glace, c’est le corps. Et dire que même la glace éclaire, c’est dire que même le corps peut éclairer. Voilà le fondement même de la racine de Malkhout, au commencement de la Paracha : l’élément qui donne la clé de toute l’année. Il faut dévoiler la lumière qui vient du corps lui-même. C’est pourquoi la lumière du corps se dévoile justement là où la lumière de l’âme fait défaut.

L’été et l’hiver, l’âme et le corps

Quand l’âme est-elle la moins manifeste ? En hiver. En été, le soleil règne, le jour s’étire ; or le soleil correspond à l’âme, la Nechama, voilée par le Nom divin et appelée à sortir de son fourreau dans les temps futurs. Spirituellement, l’été offre donc une facilité à dévoiler l’âme et à comprendre par l’intellect : les forces de l’âme rayonnent, et le corps ne masque plus leur lumière. C’est la beauté de l’enseignement : le monde spirituel est le reflet du monde matériel.

En hiver, à l’inverse, la lumière de l’âme se dissimule, les nuits sont plus longues que les jours. Ce qui se dévoile alors avec le plus de facilité, ce sont les Mitsvot actives, l’agir — et cela, c’est le corps. L’accent n’est plus mis sur le dévoilement de l’intellect, mais sur la puissance du corps. Le Rabbi enseigne ainsi que l’essence divine, dont le corps provient, se révèle précisément quand la lumière de l’âme est cachée.

L’exemple est concret : il n’y a pas de cerveau dans le talon. L’intelligence est dévoilée dans la tête, absente du talon, qui n’est que chair grossière et peau dure. La lumière de l’âme y est totalement cachée. Et pourtant, c’est le talon qui peut entrer dans l’eau bouillante, là où la tête en est incapable : la force de l’abnégation, de la Messirout Néfech, se dévoile là où l’âme ne se dévoile pas. En hiver, c’est donc l’essence de D.ieu que l’on révèle dans son service divin plus encore qu’en été. Car dévoiler l’intellect affaiblit la volonté, et dévoiler la lumière de l’âme peut affaiblir la force de son essence. Faire éclairer la glace, c’est révéler le divin là où il semblait totalement absent.

La pauvreté, racine de la royauté

Quand le Baal Chem Tov reçut pour la première fois le Maguid, venu l’observer pour voir s’il pouvait s’attacher à lui, il lui raconta deux histoires fort simples. Dans l’une, un Juif en chemin, dont le cheval était épuisé, achète un peu de foin à un passant pour le nourrir, puis repart. Le Maguid, qui attendait de grandes révélations de Torah, ne perçut aucune profondeur derrière ce récit et se prépara à repartir, déçu.

Au moment de partir, le serviteur du Baal Chem Tov accourut : le maître le rappelait. Le Baal Chem Tov lui demanda s’il savait lire le Zohar, puis lui fit ouvrir un passage au hasard et l’expliquer. « Est-ce là tout ce que tu peux en dire ? », demanda-t-il. « Oui, c’est tout. » Alors le Baal Chem Tov prit le livre, le posa devant lui, et dit : « Ici est écrit le nom de l’ange Gabriel. » Aussitôt, une colonne de feu descendit dans la pièce et l’ange se révéla. « Et là, l’ange Michel » — et de l’autre côté, une seconde colonne de feu. Le Maguid en fut bouleversé. « Voilà, lui dit le maître, comment il faut étudier le Zohar. » Et il décida de rester.

Cette même profondeur se cache lorsque le Baal Chem Tov montait dans sa calèche le soir du Chabbat, emmenant des ‘Hassidim jusqu’au fond d’une forêt, dans la maison d’un pauvre. C’est l’image de l’âme divine qui vient se dévoiler dans le corps, dans la demeure du pauvre. Car la pauvre, c’est Malkhout : elle ne possède rien d’elle-même, toute sa lumière lui vient des attributs qui la dépassent. Et c’est pourtant elle qui désigne la royauté. De même, le roi David, image de Malkhout, tient sa royauté de ce qu’il dispense la lumière à tous les mondes ; sa vitalité procède de l’humilité, de l’abnégation, du Bitoul devant D.ieu. Celui qui se soumet à D.ieu, Son serviteur, devient maître de toute la terre. Ainsi, « une femme de valeur est la couronne de son mari » : elle reçoit sa lumière de lui, mais c’est précisément par cette réception qu’elle s’élèvera, dans les temps futurs, au-dessus de lui. Il en va de même du corps : il reçoit aujourd’hui sa lumière de l’âme, mais demain il la nourrira et s’élèvera au-dessus d’elle.

Non pas une demeure, mais un palais

Reste la question pratique : comment faire descendre concrètement toutes ces lumières dans le quotidien ? La ‘Hassidout répète sans cesse que la mission du Juif est de faire de son matériel une demeure pour D.ieu. L’Admour Rachab donne ici une clé.

Imagine que tu dessines la maison de tes rêves : tu places ici la terrasse, là la piscine, là les colonnes, là les palmiers, là les fleurs. Tout cela relève de la sagesse du plan, de son agencement. Mais d’où vient le plan lui-même, d’où surgit l’idée de la composition, des matériaux, de l’architecture ? Du plaisir. C’est le Taanoug qui engendre l’idée.

Applique ce principe à notre mission. En réalité, ce n’est pas une simple demeure qu’il faut bâtir pour D.ieu, mais un palais — un palais de rêve, qu’Il ait envie d’habiter, érigé dans tes actions. Les matériaux de ce palais sont les Mitsvot, l’amour de D.ieu, l’amour d’Israël. Mais ce qui engendre tout l’édifice, c’est le plaisir. Il ne suffit donc pas d’accomplir les Mitsvot par devoir : il faut éveiller en soi un plaisir véritable, le faire naître. C’est pourquoi, en lisant l’histoire de cet homme au fils malade, je me demandais quel plaisir m’apporte l’accomplissement de la Torah.

Lorsque tu accomplis un commandement en ressentant du plaisir, c’est tout autre chose. Si je joue un morceau de violon en ressentant ce que je joue, celui qui m’écoute perçoit mon émotion ; de même, D.ieu entend le plaisir que tu mets dans tes actes. Car, dit l’Admour Hazakène, D.ieu attend le cœur de l’homme. C’est pour cela qu’on demande un cœur de chair, capable de ressentir.

La joie se construit chaque jour

Trouver ce plaisir n’est pas facile ; c’est un travail. Mais quelle est l’essence même de l’acceptation du joug divin, de la Kabbalat Ol ? Une décision. Tu décides. Et la joie est de même nature : c’est une construction. On la bâtit chaque jour, on pose des fondations, on dresse des piliers. Même si elle ne vient pas d’emblée, à force de construire et de travailler, tu finis par obtenir une Sim’ha solide.

Au sortir des fêtes, c’est ainsi que nous demeurons dans les liens de la Torah. Et il n’est pas fortuit que Sim’ha, la joie, s’écrive des mêmes lettres que la pensée : tout, jusqu’à la réflexion, doit participer au plaisir du service de D.ieu. Amen.

Ekev : Le secret enfoui dans le talon

Ekev : Le secret enfoui dans le talon

La Paracha Ekev tire son nom du mot « talon », par lequel la Torah désigne les commandements que l’on serait tenté de fouler du pied. Pourtant, c’est précisément dans cette partie la plus basse et la plus négligée du corps que se dissimule la lumière divine la plus haute. De la plus modeste Mitsva jusqu’à l’essence même de D.ieu, ce commentaire du Rabbi déploie tout un itinéraire de l’âme.

 

 

 

 

Ne fouler aucun commandement du talon

Le point central de cette Paracha tient à un avertissement discret : ne jamais négliger le moindre des commandements divins. Même ce qui nous apparaît comme une Mitsva facile fait en réalité partie d’un tout. On peut rapprocher cet enseignement de celui du Baal Chem Tov, qui affirme que celui qui saisit un fragment de l’essence saisit l’essence tout entière. En tant que serviteurs de D.ieu, nous sommes tenus à une véritable intégrité : il n’existe pas de commandement que l’on pourrait fouler du talon, comme on écrase distraitement une chose sans valeur. Ce serait une grave erreur, et une profonde incompréhension de ce qu’est le service divin.

La profondeur, c’est habiter pleinement l’instant

Le Rabbi enseigne souvent une définition surprenante de l’homme profond : c’est celui qui s’investit totalement, de toute sa force, dans l’instant présent. Il ne fait aucune différence entre un moment qui lui paraît important et celui qui, plus humblement, ne fait que préparer cet instant. On se souvient de l’histoire de Rabbi Rachab. Ses étudiants s’étaient empressés d’entonner le niggoun que l’on chante avant que le Rabbi ne récite le Maamar. Or le Rabbi s’abstint de dire son Maamar et leur adressa, à la place, une véritable leçon de morale : la préparation au Maamar est aussi importante que le Maamar lui-même. D’une certaine manière, le niggoun fait déjà partie du discours qu’il annonce. Se hâter de franchir l’étape de la préparation, la traiter comme un préliminaire négligeable, c’est précisément fouler du talon ce qui compte.

Le lien entre le Rabbi et le Hassid

Lorsqu’un Hassid se présente devant le Tsadik pour solliciter une bra’ha, la bénédiction qu’il reçoit procède de son propre Bitoul, de sa soumission intérieure. Plus il s’efface devant le Rabbi, plus grande est son Emouna, et plus il suscite lui-même la bénédiction qui lui sera accordée. C’est son attitude et ce qu’il ressent au plus profond de lui qui provoquent la parole du Rabbi. Toute l’histoire se joue là : dans ce rapport où le disciple, en devenant réceptacle, rend possible la lumière qu’il attend.

Moché est la tête, le peuple est le talon

Le Rabbi lui-même relève que l’expression Roch Bné Israël, la tête des enfants d’Israël, forme les initiales du mot Rabbi. Or la tête ne parvient à un endroit que par le concours des pieds, et donc du talon. Moché déclare qu’il se tient au milieu du peuple : le peuple représente les pieds, et Moché la tête. L’ensemble des membres du corps figure la totalité des enfants d’Israël, et la tête, le guide, est reliée à chaque partie de ce corps, jusqu’au talon, la partie la plus basse. On se rappelle l’enseignement rapporté par Rachi et le Malbim : réunis au pied du Sinaï avant de recevoir la Torah, les enfants d’Israël avaient l’interdiction de se disperser, et nul, hormis Moché Rabbénou, n’était autorisé à gravir la montagne. Si un seul Juif avait quitté l’assemblée, tout l’édifice se serait effondré, comme un bâtiment dont on retire une pierre. Chaque Juif porte un rôle et une responsabilité, et l’unité du peuple fait sa force. À plus forte raison l’unité qui relie le Rabbi à l’ensemble d’Israël. Aux yeux de D.ieu, aucune Mitsva n’est plus importante qu’une autre.

La bénédiction cachée dans la malédiction

L’Admour Hazaken enseignait que chaque chose, même une malédiction dont D.ieu nous préserve, dissimule en réalité une bénédiction. On rapporte à ce sujet l’histoire de son fils, l’Admour Haemtsaï. Lorsqu’il entendait son père lire la liste des malédictions de la Torah, il les supportait sans peine. Mais un jour où son père s’était absenté, entendant ces mêmes malédictions de la bouche d’un autre lecteur, il s’évanouit. Car lorsque l’Admour Hazaken lisait, il dévoilait en même temps la bénédiction cachée, et son fils, réceptacle capable de percevoir l’intention profonde de son père, entendait cette bénédiction dissimulée derrière ce qui, extérieurement, se donne pour une malédiction.

Deux fois les Dix Commandements

Pourquoi la Torah rapporte-t-elle deux fois le Décalogue, une première fois dans la Paracha Yitro, une seconde dans la Paracha Vaet’hanan ? La première lecture représente le dévoilement de la parole de D.ieu ; la seconde, le moyen de l’intégrer en profondeur. Lorsque D.ieu parla, une lourde nuée recouvrit la montagne, qui s’effaçait devant cette présence. Il faut voir dans cette image la réalité tout entière qui s’estompe devant la parole divine, celle-là même qui est à l’origine de la création et qui la maintient en vie. Devant un tel dévoilement, l’homme connaît le Bitoul bimetsiout : les âmes des enfants d’Israël s’envolèrent de leur corps, et D.ieu dut recourir à la rosée de la résurrection des morts pour les ranimer. Seul Moché Rabbénou, intermédiaire entre D.ieu et l’assemblée d’Israël, put entendre cette voix. C’est pourquoi le peuple le pria de lui transmettre la parole divine, sans oser l’écouter directement. Là réside le rôle de Moché : mettre à la portée des enfants d’Israël la parole de D.ieu, comme on dresse sur une table des mets prêts à être consommés. Chaque loi doit ainsi être prête à l’usage, c’est-à-dire à être appliquée concrètement.

Dix femmes autour d’un seul four

Une des conditions essentielles pour intégrer la parole de D.ieu est l’amour de D.ieu. On l’illustre par une autre malédiction : dix femmes cuiront leur pain dans un même four. On imagine les disputes qu’une telle promiscuité peut engendrer. Mais la bénédiction cachée est immense : les dix femmes figurent les dix forces de l’âme, le pain représente la Torah, et le four, le feu qui permet de cuire ce pain, n’est autre que l’amour de D.ieu. De même que le pain doit être cuit pour être digéré et assimilé par le corps, de même la Torah a besoin du feu de l’amour de D.ieu pour être « cuite », consommée, digérée et intégrée, jusqu’à devenir une partie de nous-mêmes.

« Ani LeDodi » : le mois d’Elloul et ses deux mouvements

Il existe deux manières de servir D.ieu : l’une va du bas vers le haut, l’autre du haut vers le bas. Ce double service est inscrit dans le mois d’Elloul, mois du bilan moral, dont le nom forme les initiales du verset Ani LeDodi VeDodi Li, « je suis à mon bien-aimé et mon bien-aimé est à moi ». Ani LeDodi désigne le travail de l’homme du bas vers le haut, l’effort qu’il doit accomplir par ses propres forces, forcément limitées. VeDodi Li évoque l’aide du Ciel qui lui répond. Avant même que l’homme n’entreprenne cet effort, il reçoit déjà une assistance : pendant Elloul, le Roi est dans les champs, et les treize attributs de miséricorde brillent tout au long du mois. Trois dimensions se dégagent alors du service divin : le travail de Dodi, du bas vers le haut, qui consiste avant tout à purifier le corps par l’accomplissement des Mitsvot ; le travail de Dodli, dévoilement des forces de l’âme, propre au jour du Chabbat, où D.ieu accorde à chaque Juif une Nechama Yetera, une âme supplémentaire ; et enfin l’union des deux.

Premier et second Temple, Tsadikim et Baalei Techouva

Le Rabbi a consacré une Si’ha à la différence entre les deux Temples. Le premier représente le travail des Tsadikim, un dévoilement de lumière du haut vers le bas. Le second figure le travail du Baal Techouva, du bas vers le haut. Et il insistait sur ce point capital : la Techouva vient de l’homme lui-même, et c’est là ce qui lui confère le pouvoir de transformer réellement sa nature. Un dévoilement venu d’en haut peut nous éveiller, nous inspirer, nous donner l’envie de nous transformer, mais il ne nous transforme pas. Seule l’action qui procède de nous-mêmes pénètre en profondeur et change véritablement nos Midot. C’est pourquoi les secondes Tables, que Moché tailla de sa propre main, ne pouvaient être brisées comme les premières : parce qu’elles provenaient de l’homme lui-même.

Moché et Rabbi Akiva, ou le talon qui enseigne à la tête

Le traité Mena’hot rapporte une scène saisissante. Moché surprit un jour D.ieu en train de dessiner des couronnes, les taguim, sur certaines lettres de la Torah, et Il lui en demanda le sens. D.ieu lui répondit qu’un sage nommé Rabbi Akiva viendrait longtemps après lui et tirerait de chacune de ces couronnes des montagnes de lois. Moché demanda à le voir. D.ieu lui dit de se retourner, et il se retrouva, transporté dans le temps, assis dans la salle où Rabbi Akiva enseignait à ses élèves. Moché ne comprenait rien au contenu du cours et en fut moralement effondré, jusqu’à ce qu’un élève interrogeât le maître sur la source de son enseignement, et que Rabbi Akiva réponde : c’est une loi transmise à Moché au Sinaï. Réconforté, Moché revint devant D.ieu et Lui demanda pourquoi la Torah n’avait pas été donnée par cet homme, tellement plus qualifié que lui. Et D.ieu de répondre : « Tais-toi, tel est Mon dessein. » Rabbi Akiva vient bien après Moché, et pourtant il est capable de l’instruire. Son nom même, Akiva, évoque le mot akev, le talon, la partie la plus basse du corps. Moché Rabbénou représente Roch Bné Israël, la tête ; Rabbi Akiva incarne le Baal Techouva par excellence, lui qui, grâce à son épouse Rachel, s’éleva des profondeurs jusqu’aux sommets. Ainsi le talon recèle une lumière d’une hauteur insoupçonnée. La Sefira de Mal’hout est comparée à la lune : aujourd’hui elle ne fait que recevoir sa lumière du soleil, mais dans les temps futurs elle deviendra aussi grande que lui et rayonnera de sa propre lumière. De même, l’épouse vertueuse reçoit aujourd’hui la lumière de son mari, mais elle deviendra un jour la couronne de son mari.

La génération du talon

Le Rabbi a enseigné que le talon est la partie la plus grossière et la plus insensible du corps. C’est aussi la seule qui puisse pénétrer dans l’eau bouillante là où la tête recule. Cette image désigne notre génération, celle du talon du Machia’h, capable justement de plonger dans l’eau bouillante, c’est-à-dire d’agir avec la force de la Messirout Nefech, le don total de soi.

Servir D.ieu dans la joie

Selon l’enseignement du Rabbi, la nécessité de servir D.ieu dans la joie n’est pas seulement une qualité propre au Hassid. C’est une obligation, un ordre de D.ieu, une Halakha du Rambam, quelque chose d’absolument essentiel. Même lorsque nous sommes confrontés au long labeur de la purification du corps et de l’âme animale, ce travail doit être accompli dans la Simcha. L’ensemble de la Torah et des Mitsvot vise à révéler le grand Nom de D.ieu, dévoilement de l’essence de la lumière infinie ; et pour dévoiler ce grand Nom dans le monde, il faut suivre les voies de D.ieu, ce qui ne peut s’accomplir qu’au moyen de la joie. Tous les dévoilements sont liés à la joie.

L’union des deux : quand l’essence de D.ieu pénètre l’homme

En quoi consiste la perfection ? Elle réside dans l’union de ces deux services, à accomplir chaque jour et simultanément : dévoiler les forces de l’âme par l’étude de la Torah, et purifier le corps par l’action des commandements. La perfection survient lorsque la lumière divine venue d’en haut, qui dépasse totalement l’homme, se dévoile jusqu’au plus profond de lui, au point de ne plus faire qu’un avec lui. Comment une lumière au-delà de toutes les limites peut-elle s’inscrire dans les limites de l’homme ? Tel est le sujet qui, inlassablement, traverse toutes les Si’hot du Dvar Malkhout. Le dévoilement le plus haut, c’est celui du Yech Amiti, l’essence de D.ieu, pénétrant le Yech Nivra, la réalité créée : l’essence divine, éternelle, au-delà du temps et de l’espace, venant se dévoiler dans l’homme au niveau le plus bas de son existence. Et ce dévoilement suprême commence par le alef du mot Ani, et par ces commandements que l’on foule du talon.

Une histoire au tombeau du Baal Chem Tov

Une histoire vécue éclaire tout cet enseignement. À Mézhibouje, sur le kever du Baal Chem Tov, des Juifs prient à toute heure du jour et de la nuit, dans une vitalité si ininterrompue que l’on peine parfois à savoir s’il fait jour ou nuit. Une nuit, un Juif faisant partie d’un groupe de pèlerins pria un compagnon d’approcher et de se faire témoin. Devant la tombe sainte, il prononça un vœu : celui de réciter, chaque fois qu’il sortirait des toilettes, la bénédiction Acher Yatsar. On aurait pu s’attendre, en un tel lieu, à ce qu’un homme implore des enfants ou un mariage. Et voilà qu’un Juif demandait la force et la volonté d’accomplir cette bénédiction en apparence si modeste. C’est exactement ce que le Rabbi enseigne : on atteint les niveaux les plus élevés du dévoilement divin en commençant par le alef du mot Ani, par ces petits commandements que l’on croit moins importants que les autres. Ce Juif était parti d’Israël, avait voyagé des nuits entières pour venir demander la force d’une simple bénédiction, et l’on peut être certain qu’il est allé bien plus loin encore qu’il ne l’imaginait.

Puisse le Machia’h se dévoiler immédiatement.
 

Les murailles de Jérusalem lors de la Gueoulah seront faîtes de pierres précieuses

Les murailles de Jérusalem lors de la Gueoulah seront faîtes de pierres précieuses

 

Le jeûne du 17 Tamouz, qui rappelle la brèche ouverte dans les murailles de Jérusalem, ouvre la voie à une méditation lumineuse sur les remparts futurs de la Ville sainte. À l’ère de la Guéoula, ces murailles ne seront plus de pierre ordinaire, mais serties de pierres précieuses dont l’éclat dévoile un profond enseignement spirituel. Autour de l’Onyx et du Jaspe se dessine tout le secret du service divin : unir le fini à l’infini et transformer le monde par l’audace de l’initiative personnelle.

 

 

 

 

Les murailles de Jérusalem et les pierres précieuses

C’est en évoquant le jeûne du 17 Tamouz que l’orateur ouvre son propos. Cette journée de deuil commémore la brèche ouverte dans les murailles de Jérusalem, prélude à la destruction du Temple. Mais de ce souvenir douloureux naît aussitôt une perspective de lumière : les murailles futures de la Ville sainte, celles qui s’élèveront à l’époque de la Guéoula (la Délivrance), ne seront pas faites de pierre ordinaire. Elles seront serties de pierres précieuses, éclatantes de sainteté. À partir de cette image, le Maamar, ce discours hassidique, s’attarde sur un débat spirituel d’une grande subtilité, celui qui oppose et relie deux gemmes : l’Onyx (Choham) et le Jaspe (Yachpé).

Deux directions de la lumière spirituelle

Ces deux pierres ne sont pas de simples ornements : elles incarnent deux directions opposées de l’énergie spirituelle. L’Onyx représente une lumière qui descend « de haut en bas ». Il figure une énergie divine et infinie, accordée à l’homme comme un don venu d’en haut, sans qu’il ait eu à la mériter par son propre effort. Le Jaspe, à l’inverse, symbolise une lumière qui monte « de bas en haut ». Il incarne l’effort personnel, l’acceptation des limites humaines et le patient labeur par lequel l’homme élève et transforme la matière du monde.

Unir le limité et l’illimité

Là réside le cœur de l’enseignement, et l’objectif fondamental de la Hassidout : unir le « limité » à l’« illimité ». Le limité, c’est la nature, c’est l’action humaine circonscrite par ses bornes ; l’illimité, c’est le divin, sans mesure ni frontière. Comment le fini peut-il alors contenir l’infini ? L’orateur explique que la réponse tient précisément dans le travail qui va « de bas en haut ». En se raffinant lui-même et en élevant son environnement, l’homme se façonne peu à peu en réceptacle (Kéli), un vase capable de recevoir et de contenir la lumière infinie. Ce n’est pas malgré ses limites, mais à travers elles, que l’être humain devient l’écrin du divin.

L’initiative personnelle face aux dirigeants

Le propos se prolonge par une leçon d’action, tirée de l’épisode biblique de Pin’has. En s’appuyant sur cet exemple, l’orateur met en lumière un enseignement du Rabbi : le Juif ne doit jamais se contenter d’attendre passivement que de grands dirigeants, à l’image de Moché, prennent les choses en main. Chacun est appelé à faire preuve d’audace, à prendre des initiatives et à accomplir sa mission avec assurance. Nul ne doit se sous-estimer ni renvoyer à d’autres la responsabilité qui lui incombe. C’est dans cet élan personnel, dans ce courage d’agir sans attendre, que se traduit concrètement le mouvement « de bas en haut » : celui de l’homme qui, par sa propre initiative, hâte la venue de la Guéoula.

Cinq clés hassidiques pour transformer l’exil en lumière

Cinq clés hassidiques pour transformer l’exil en lumière

 

La pensée hassidique enseigne que les situations les plus sombres de l’existence recèlent les potentialités spirituelles les plus élevées. De la brisure intérieure au silence face à l’incompréhensible, chaque état de l’âme devient un tremplin vers le dévoilement du divin. Voici cinq concepts fondamentaux qui éclairent le service de D.ieu au quotidien et préparent le monde à la Guéoula.

 

 

Rav Yaacov Abergel

 

« Catit Lamaor » : la brisure qui fait jaillir la lumière

Le concept de Catit Lamaor, littéralement « l’huile concassée pour le luminaire », symbolise l’état du Juif « brisé » en exil. Loin de constituer une faiblesse ou un échec, cette brisure représente un état spirituel supérieur. De même que l’olive ne livre son huile la plus pure que lorsqu’elle est pressée et concassée, l’âme dévoile son essence la plus profonde précisément lorsqu’elle ressent la douleur de l’éloignement.

Cet enseignement prend une dimension particulière à notre époque : même celui qui mène une vie matérielle confortable peut, et doit, cultiver la conscience du manque de la Guéoula. C’est cette aspiration ardente, ce sentiment que rien n’est complet tant que la Délivrance n’est pas venue, qui permet de faire jaillir la lumière intérieure la plus pure et d’illuminer le monde alentour.

La conquête de la terre, une conquête de soi

La conquête de la terre d’Israël, telle que la relate la Torah, constitue également une métaphore du travail intérieur de chaque Juif : la maîtrise de soi et la sanctification des facultés humaines. Les trois vêtements de l’âme, la pensée, la parole et l’action, sont les territoires que l’homme est appelé à conquérir et à consacrer au service divin.

La perfection spirituelle est atteinte lorsque ces trois dimensions ne fonctionnent plus de manière dispersée, mais se trouvent unifiées dans l’accomplissement des Mitsvot. Alors, l’être tout entier devient un instrument harmonieux de la volonté divine, et la « terre » de son existence personnelle est véritablement conquise pour la sainteté.

La valeur pleine et entière de chaque instant

Chaque moment de la vie possède une valeur intrinsèque et complète. Aucun instant n’est une simple étape préparatoire, un passage obligé vers un accomplissement futur : chaque minute constitue en elle-même un lieu de service divin à part entière.

Cette perspective bouleverse notre rapport au temps. L’effort fourni pour se préparer à une action, l’étude qui précède la pratique, le chemin parcouru vers une Mitsva, tout cela est aussi sacré que l’action elle-même. Le Juif est ainsi invité à vivre chaque instant dans sa plénitude, sans jamais considérer le présent comme un simple vestibule du lendemain.

Le silence comme forme suprême d’élévation

Face à l’incompréhensible, face aux épreuves qui dépassent l’entendement humain, la pensée hassidique propose une voie singulière : le silence. Ce silence n’est pas un renoncement ni une résignation, mais une forme haute de Bitoul, cette humilité profonde par laquelle l’homme s’efface devant son Créateur.

Un tel silence constitue un espace d’attente et d’espoir. Il permet une connexion avec le divin qui transcende les mots et les raisonnements, et il prépare l’esprit à recevoir, le moment venu, une compréhension nouvelle. Se taire devant le mystère, c’est affirmer sa confiance que le sens existe, même lorsqu’il demeure caché.

Faire de la matière une demeure pour D.ieu

La mission fondamentale du peuple juif consiste à transformer le monde physique en une « demeure pour D.ieu », selon l’expression des Sages reprise et développée par la Hassidout. Il ne s’agit pas de fuir la matérialité, mais de l’imprégner de divinité, jusque dans les détails les plus ordinaires de la vie quotidienne.

Chaque repas, chaque transaction, chaque geste peut devenir un réceptacle à la sainteté lorsqu’il est accompli avec l’intention de servir D.ieu. C’est cette affirmation révolutionnaire, selon laquelle aucun élément du monde n’est étranger au divin, qui donne à l’existence juive sa mission cosmique : préparer, geste après geste, la révélation de la Guéoula véritable et complète. 

 

 

Sur le Maamar ‘Ve ata tetsave’. Moshé, Morde’hai, le Rabbi Rayats et le Rabbi

Sur le Maamar ‘Ve ata tetsave’. Moshé, Morde’hai, le Rabbi Rayats et le Rabbi

Au croisement de la foi instinctive et de l’intellect éclairé, la ‘Hassidout trace une voie singulière vers D.ieu — exigeante, profonde, et seule capable de transformer l’être dans son entièreté. À travers des images bibliques et talmudiques d’une rare force, ce cours dévoile comment l’enseignement du Baal Chem Tov a redonné vie à l’âme juive épuisée par l’exil. Car c’est précisément du cœur brisé que jaillit la lumière la plus pure, celle qui prépare la délivrance finale.

 

 

 

Le miracle divin et la part de l’homme

Lorsque Josué arrêta la course du soleil pour achever sa bataille, il ne s’agissait pas d’un simple prodige tombé du ciel sans que l’homme y fût pour rien. Le Rav souligne que lorsque D.ieu initie un miracle au sein même de la nature, Il ouvre à l’homme la possibilité d’y participer. Le surnaturel n’écrase pas l’humain — il l’invite. C’est l’union parfaite entre l’œuvre divine et l’effort, le travail, l’innovation de l’homme : la main de D.ieu et la main de l’homme agissant de concert, chacune amplifiant l’autre.

Le rôle salvateur de la ‘Hassidout

Le Baal Chem Tov a révélé les enseignements de la ‘Hassidout à une époque où le peuple juif était profondément accablé, persécuté, épuisé dans sa chair comme dans son âme. L’image qu’emploie le cours est saisissante : tel un parfum puissant que l’on fait respirer à une personne évanouie, la ‘Hassidout a insufflé une vitalité nouvelle à l’âme juive pour la sortir de sa léthargie spirituelle. Ce n’était pas un enseignement parmi d’autres — c’était un acte de réanimation, une réponse d’urgence à une détresse collective, qui a rouvert l’accès aux sources les plus profondes de la foi.

Le chemin long mais court : la voie de ‘Habad

Une célèbre histoire talmudique met en scène Rabbi Yehocha’hou à la croisée des chemins, hésitant entre deux routes menant à la ville : l’une courte en apparence, l’autre longue. Mais le chemin « court » se révèle impraticable, tandis que le chemin « long » mène réellement à destination. C’est par cette image que le cours illustre deux approches fondamentalement différentes du service divin.

Le chemin « court mais long » représente une foi instinctive, une Émouna naturelle et un don de soi spontané. Cette approche s’éveille rapidement, mais elle demeure superficielle : elle ne transforme pas l’intellect, elle ne pénètre pas jusqu’aux racines de l’être. On arrive vite aux portes de la ville — mais on ne peut pas y entrer.

Le chemin « long mais court », en revanche, est celui que prône la Torah de ‘Habad. Il exige davantage de temps et d’effort intellectuel. Il demande que l’on travaille sa pensée, ses paroles, ses actes — que l’on intègre la foi dans chaque couche de la personnalité. Mais au terme de ce chemin, l’être est véritablement transformé. On entre dans la ville. On y habite.

Les trois niveaux de l’âme juive

Le cours distingue trois niveaux de l’âme, symbolisés par trois noms portés par le patriarche : Yaakov désigne l’âme telle qu’elle est habillée dans le corps, ancrée dans le monde matériel ; Israël représente la racine de l’âme, celle qui perçoit le divin d’en haut avec clarté et sérénité ; Yechouroun désigne l’essence de l’âme, enracinée dans l’essence même de D.ieu, au-delà de toute représentation.

De grands leaders de chaque génération — Moïse, Mardochée, et le Rabbi Rayatz — ont permis de révéler des niveaux de foi toujours plus profonds, adaptés aux besoins de leur époque et à l’intensité de l’obscurité qu’ils avaient à traverser.

L’huile de l’olive concassée : la lumière née de la brisure

La Torah demande d’apporter pour la Ménora « de l’huile pure d’olive concassée » — katit, littéralement broyée, écrasée. Le Rav tire de ce verset une leçon spirituelle d’une profonde beauté : tout comme l’olive doit être brisée pour livrer son huile la plus pure, c’est le cœur meurtri par la douleur de l’exil qui permet au Juif d’extraire l’essence la plus profonde de son âme. La souffrance, lorsqu’elle est traversée avec foi, ne détruit pas — elle révèle. Elle fait jaillir une lumière que nulle autre condition ne pourrait produire, une lumière capable d’éclairer le monde entier.

Vers la délivrance finale

Le message central de cet enseignement est un appel pressant : s’imprégner de ces Si’hot, laisser la ‘Hassidout transformer non seulement les actes mais la nature même de celui qui l’étudie. Car c’est en faisant pénétrer une lumière divine illimitée dans les limites de notre monde quotidien — par l’effort de l’intellect, par la foi intériorisée, par le cœur brisé et relevé — que l’on prépare et que l’on hâte la Guéoula, la délivrance finale.

Rapport entre le discours du Rabbi ‘Ve ata tetsave’ et la Parachat Kora’h

Rapport entre le discours du Rabbi ‘Ve ata tetsave’ et la Parachat Kora’h

 

Le 3 Tamouz, la tradition rappelle le jour où D.ieu suspendit la course du soleil afin que Josué puisse achever sa victoire. Derrière ce prodige se dissimule un enseignement profond sur la manière dont le miracle peut épouser la nature plutôt que la briser. Cette date devient ainsi l’occasion de méditer sur l’essence de l’âme juive, sur le rôle du Rabbi et sur l’action que chacun est appelé à accomplir pour hâter la délivrance.

 

 

Le verset des Psaumes proclame : « Tous mes os diront Ta louange. » La prière véritable n’engage pas seulement les lèvres, mais l’être tout entier. Les os, qui forment l’armature et le fondement du corps, symbolisent l’essence la plus intime de l’individu : c’est cette essence-là, et non la seule parole, qui doit se tourner vers D.ieu. Prier pleinement, c’est donc mobiliser jusqu’au socle le plus profond de soi, afin que l’élan vers le Ciel ne demeure pas en surface mais jaillisse du cœur même de l’existence.

Guimel Tamouz : les miracles qui s’habillent dans la nature

La date de Guimel Tamouz évoque le miracle biblique au cours duquel D.ieu arrêta la course du soleil pour permettre à Josué de remporter la guerre. Deux ordres de miracles se distinguent alors. Les premiers brisent ouvertement les lois de la nature, à l’image de l’ouverture de la mer Rouge, où l’ordre du monde cède devant la volonté divine. Les seconds, au contraire, s’habillent dans la nature et se glissent au cœur de l’ordinaire, comme dans le récit de Pourim, où la main de D.ieu se cache derrière l’enchaînement apparemment naturel des événements. Le soleil immobilisé relève précisément de cette seconde catégorie : loin d’être contrainte de l’extérieur, la nature elle-même consent au prodige et s’y associe, comme si l’ordre créé reconnaissait en lui sa propre vérité la plus haute.

L’exil et la révélation de l’essence de l’âme

En s’appuyant sur un Maamar, un discours du Rabbi, l’enseignement file la métaphore de l’olive concassée, le Catit. De même qu’il faut briser et presser l’olive pour en extraire l’huile pure, celle qui servira à allumer le candélabre, c’est souvent à travers la brisure et les épreuves de l’exil que le peuple juif dévoile l’essence la plus profonde de son âme. Ce qui apparaît d’abord comme un broiement se révèle ainsi la condition même d’une lumière insoupçonnée : l’âme ne livre son huile la plus limpide qu’au prix de l’écrasement, et c’est dans l’obscurité de l’exil que se manifeste sa clarté la plus pure.

Le rôle du Rabbi et l’unité du peuple juif

Le Rabbi a pour mission de dévoiler cette essence enfouie chez chaque Juif. Ce faisant, il unit l’ensemble du peuple d’Israël, car à ce niveau essentiel toutes les âmes puisent à une seule et même source divine. C’est là que prend toute sa portée l’Ahavat Israël, l’amour du prochain, qui ne saurait demeurer abstrait : il commande d’aimer et de respecter l’autre dans son entièreté, corps et âme, jusqu’à reconnaître en lui ce point unique où tous les enfants d’Israël ne forment plus qu’un.

La Emouna et l’action personnelle pour le Machia’h

Une distinction se dégage entre une Emouna superficielle, qui descend d’en haut et nous est offerte, et une foi profonde, qui s’intègre véritablement en nous par le travail que nous accomplissons nous-mêmes. Le point décisif de l’enseignement tient en ceci : le Rabbi donne l’impulsion miraculeuse, mais c’est à chacun qu’il revient d’accomplir le travail concret. Tout comme D.ieu arrêta le soleil tout en laissant Josué mener la bataille, le Rabbi octroie les forces nécessaires mais attend de ses fidèles des actions réelles pour amener la rédemption et la venue du Machia’h. Nourrie par les échanges avec l’auditoire, la conclusion rappelle qu’il faut se préparer activement à la délivrance et la résume d’une formule frappante : « Une seule action vaut mieux que mille plaintes. »

 

 

Dvar-Mal’hout de ‘Nasso’ et ‘Beaalote’ha’ – Rav Yaacov Abergel

Dvar-Mal’hout de ‘Nasso’ et ‘Beaalote’ha’ – Rav Yaacov Abergel

Thèmes principaux abordés :

  • La Torah, le Chabbat et le véritable repos : Le Rav explique que la Torah a été donnée un jour de Chabbat, apportant ainsi le véritable repos (la paix intérieure) au monde. Avant cela, la création n’avait pas d’assise. Sur le plan personnel, trouver le repos ne signifie pas « ne rien faire », mais plutôt prendre conscience de sa mission sur terre (servir Dieu) et l’accomplir [02:03].

  • L’importance du plaisir dans le service divin : Accomplir sa mission par simple devoir ne suffit pas ; il faut y trouver du plaisir (Ta’anoug). Tout comme une œuvre d’art ou l’architecture d’une maison est réussie lorsque le créateur y prend du plaisir, l’étude de la Torah et les Mitsvot doivent être réalisées avec joie pour que le monde devienne pleinement réceptacle de la volonté divine [05:03].

  • Faire de ce monde une demeure pour Dieu : L’un des concepts clés de la Hassidout est de transformer notre monde matériel en une demeure pour le Divin (Dira Bétachtonim). Le Rav illustre cela en expliquant que l’essence d’une personne s’imprègne dans les murs de l’endroit où elle vit [08:32].
    Il raconte l’anecdote d’un appartement parisien où le Rabbi avait vécu, et dont l’influence spirituelle imprégnait encore les lieux des années plus tard [11:06].

  • La relation entre le corps, l’âme et la révélation : Le cours aborde le niveau unique de Moïse (Moché Rabénou) qui pouvait se tenir physiquement devant Dieu, car dans sa racine la plus haute, le corps matériel est paradoxalement plus élevé que l’âme. Le Rav parle également du « baiser divin » qui représente le dévoilement d’une intimité spirituelle et des secrets profonds de la Torah [23:31].

  • La transformation de l’âme animale : S’appuyant sur le Tania, le Rav explique que le but n’est pas seulement que l’âme divine domine l’âme animale (nos instincts matériels et égoïstes). L’élévation suprême se produit lorsque l’on parvient à transformer cette âme animale, en l’habituant d’abord à faire le bien jusqu’à ce que cela devienne une seconde nature [32:36].
    C’est un véritable travail de raffinement (Avoda) où l’âme animale fait elle-même « Téchouva » (repentir/retour), ce qui propulse l’âme divine à un niveau bien plus haut qu’à son origine [39:24].

En conclusion, le message central de ce cours est que l’effort personnel pour élever la matière, transformer nos penchants naturels et accomplir la volonté de Dieu avec un plaisir véritable permet d’illuminer l’ensemble de la création [43:51].

 

 

Dvar Malkhout Chavouot  : ‘L’élévation de l’âme divine’ – Rav Yaacov Abergel

Dvar Malkhout Chavouot : ‘L’élévation de l’âme divine’ – Rav Yaacov Abergel

Cours donné par le Rav Yaacov Abergel sur le Dvar Malkhout  en préparation au don de la Torah (Chavouot) 

 

(Pour l’élévation de l’âme de Neama Daniel Bat Léa Josette)

 

 

1. Le travail sur soi (Avoda) vs. l’Action naturelle (Massé) Le Rav aborde la période de l’Omer comme un travail essentiel de 49 jours sur notre « âme animale ». Il souligne la différence entre faire le bien simplement parce que cela correspond à notre nature (le massé) et accomplir un véritable effort de transformation intérieure (la avoda). Pour qu’il y ait un réel accomplissement, l’homme doit aller au-delà de sa propre nature.

2. Le concept du Hiddouch (Renouvellement) Il est fondamental d’apporter un Hiddouch (une nouveauté/innovation) dans notre vie spirituelle et dans notre étude de la Torah. Le Rav utilise la métaphore hassidique de la graine : pour qu’une plante naisse, la graine doit d’abord se putréfier et passer par un état de « néant ». Spirituellement, cela signifie se défaire de son ego pour laisser naître quelque chose de spirituellement supérieur.

3. Transformer l’âme animale Le but le plus profond de l’âme divine n’est pas seulement de ressentir de l’amour pour Dieu (ce qui est sa nature inhérente), mais de réussir à éveiller ce désir chez l’âme animale. L’élévation suprême survient lorsque nos désirs physiques et matériels se transforment pour rechercher activement le Divin.

4. L’Essence divine et les temps futurs Le monde a été créé par la parole de Dieu, où l’on distingue « 1 parole » (la matière première, liée à l’essence de Dieu) et « 10 paroles » (les détails de la création). Le Rav explique qu’à la venue de Machia’h et lors de la résurrection des morts, des niveaux de lumière divine inédits (Or Ein Sof et Or Hadash) se dévoileront, en récompense des efforts que nous faisons aujourd’hui pour dépasser notre nature.

5. Bamidbar (Le Désert) et le Chabbat

  • Le Désert : Un désert est par définition hostile et inhabitable. La mission du peuple juif est de traverser ce « désert » (l’exil et le monde matériel) pour le sanctifier et le transformer en une demeure pour Dieu.

  • Le Chabbat : Il représente le repos absolu et donne un sens à la Création. Le repos spirituel s’atteint lorsque l’homme comprend qu’il n’a été créé que pour servir son Créateur. Le Chabbat est décrit comme une dimension au-delà du temps et de l’espace.

6. L’Humilité pour recevoir la Torah En conclusion, le Rav analyse la lettre Taf (ת), initiale de la « Torah Nouvelle » des temps messianiques. Elle est formée par l’union de deux lettres : un Dalet (ד, symbolisant le pauvre, l’humilité) et un Noun (נ, représentant la 50ème porte de la sagesse). Le message est que pour recevoir l’immense sagesse divine (le Noun) à Chavouot, l’homme doit d’abord se faire humble et réceptif comme un « pauvre » (le Dalet), vidé de tout orgueil.

 

 

Dvar-Mal’hout Parachat Bamidbar : ‘Un cœur qui bat au rythme divin’

Dvar-Mal’hout Parachat Bamidbar : ‘Un cœur qui bat au rythme divin’

Pour l’élévation de l’âme de Ne’hama-Danielle bat Léa

Dvar-Mal’hout Parachat Bamidbar : ‘Un cœur qui bat au rythme divin’ – Rav Yaacov Abergel

1. La Création : Entre Unité et Diversité [01:22]

Le Rav explique que le monde a été créé à la fois par une parole unique et par dix paroles :

  • Une seule parole : Représente la création ex nihilo (à partir du néant). C’est l’essence même de Dieu qui crée la matière première, identique pour tout ce qui existe [02:32].
  • Dix paroles : Représentent la diversification de la création (formes, couleurs, détails). L’accent est mis ici sur le monde lui-même et sa multiplicité [03:32].

2. Le Repos (Chabbat) et la Torah [07:37]

Le Rav définit le véritable repos non pas comme une absence d’activité physique, mais comme un état spirituel :

  • Le repos est lié à la Torah donnée un Chabbat. Le monde était « suspendu » et agité jusqu’à ce que le peuple juif accepte la Torah, révélant ainsi le but de l’existence [13:39].
  • Le sens de la vie : Le repos vient de la conscience que « je n’ai été créé que pour servir mon Créateur ». Sans ce but, même l’homme le plus riche ne peut connaître la paix intérieure [14:15].

3. L’Union de l’Âme et du Corps [27:04]

Un point central du cours est le travail sur l’âme animale :

  • L’âme divine aspire naturellement à Dieu comme une flamme. Cependant, le but n’est pas de s’évader du monde, mais d’élever l’âme animale (les désirs physiques) [23:32].
  • C’est précisément en allant contre sa nature matérielle pour servir Dieu que l’homme permet à l’essence divine de résider ici-bas.

4. Faire du Monde une « Demeure pour Dieu » [15:56]

Le Rav utilise plusieurs métaphores pour illustrer notre mission :

  • Le Palais : Nous devons transformer chaque élément matériel en un palais pour Dieu [16:40].
  • Le Point et le Palais : La soumission à la volonté de Dieu (le point) doit illuminer tous les détails de notre vie (le palais) [39:38].
  • Le Reflet dans l’eau : Si notre esprit est au repos (calme comme une eau paisible), la volonté divine d’en haut peut se refléter parfaitement dans nos actions d’en bas [44:39].

5. Transformer le Désert [45:44]

Le cours conclut sur la Paracha Bamidbar (dans le désert) :

  • Le désert représente un lieu spirituellement aride ou impur. Notre rôle est de transformer ce « désert » en une terre fertile [47:00].
  • Il rend hommage aux Chlouhim (émissaires) qui quittent leur confort pour aller dans des « déserts spirituels » afin d’aider des Juifs qui ignorent parfois ce qui leur manque [47:39].
Quand la beauté de l’âme transforme le monde : art, exil et délivrance à la lumière de la ‘Hassidout

Quand la beauté de l’âme transforme le monde : art, exil et délivrance à la lumière de la ‘Hassidout

 

Donné lors du jour de Tiferet chebeTiferet — la beauté dans la beauté — au cœur du compte de l’Omer, ce cours explore la nature profonde de la beauté spirituelle et son pouvoir de transfigurer le réel. De l’analyse linguistique du Rabbi à l’expérience intime d’une artiste en chemin de Techouva, une pensée vivante se déploie. Elle révèle que la délivrance n’est pas l’abolition du monde matériel, mais son illumination de l’intérieur.

 

 

Rav Yaacov Abergel

 

1. La Beauté Spirituelle (Tiferet)

  • La beauté véritable n’est pas limitée aux formes extérieures, mais exprime l’intériorité et la lumière divine.

  • À titre d’exemple, la beauté constante de Sarah Imeinu découlait de son lien avec la lumière infinie de Dieu.

  • La lumière spirituelle était également perceptible dans la présence et le bureau du Rabbi Rayatz.

2. De l’Exil à la Délivrance

Le Rav Abergel s’appuie sur une analyse linguistique du Rabbi de Loubavitch pour définir la délivrance:

  • Gola (exil) et Gueoula (délivrance) partagent les mêmes racines, la seule différence étant l’ajout de la lettre Aleph.

  • Ce Aleph symbolise le Maître du Monde (Aloufo shel Olam).

  • La délivrance ne nécessite pas de supprimer la matière ou l’exil, mais d’y injecter une dimension divine.

3. L’Art et l’Engagement Religieux

Le récit intègre l’expérience personnelle d’une artiste peintre en processus de Tshouva:

  • Le Rabbi exhortait les artistes à maintenir leur pratique tout en y intégrant le « Aleph » divin.

  • Selon le Rabbi, l’art consiste à saisir l’essence d’un objet au-delà de ses contours visibles pour révéler une vérité cachée.

  • Une rencontre avec un peintre hassidique au Canada a illustré cette fusion, l’encourageant à peindre tout en portant son Tallit Katane pour unir l’acte créatif et la pratique religieuse.

4. La Transformation de l’Âme

Le compte de l’Omer est présenté comme une période de purification des forces intérieures:

  • L’âme animale ne doit pas être détruite, mais plutôt domptée et canalisée vers la sainteté.

  • L’image du bœuf illustre ce concept : une âme animale puissante, si elle est bien dirigée, permet d’approfondir considérablement le service divin.

En conclusion, chaque talent humain doit être utilisé pour transformer le monde matériel en une « demeure pour Dieu » en y dévoilant l’étincelle divine.

 

Tanya et Dvar-Mal’hout, Paracha Bechala’h

Tanya et Dvar-Mal’hout, Paracha Bechala’h

 

 


Kirk Douglas, le Juif derrière l’Acteur

À l’occasion de son décès le 10 Chevat 5780 – 2020, retour sur l’homme qui, après avoir incarné mille visages, choisit de révéler le sien : celui d’Issur Daniélovitch.

 

Rav Yaacov Abergel

 

L’ancienne légende de Hollywood s’est éteint paisiblement dans sa résidence de Beverly Hills le 5 février 2020, 10 Chevat, à l’âge de 103 ans. Parmi tous les films dans lesquels a joué Kirk Douglas, il y en a un en particulier dont le célèbre Acteur était particulièrement ‘fier’, il s’agit de « la vie passionnée de Vincent Van Gogh ».

Kirk Douglas a déclaré lors d’une interview qu’il donna à l’occasion de la sortie de son livre autobiographique « Le fils du chiffonnier », que le personnage de Vincent Van Gogh l’avait touché tout particulièrement. Cela à tel point, que peu de temps après la fin du tournage, alors qu’il entrait dans une pièce dont l’un des murs était décoré par une reproduction du peintre hollandais, il pensa un court instant que c’est lui-même qui l’avait peint. Cette pensée fit très vite place à la raison, et Kirk Douglas se dit alors que quelque chose ne tournait pas rond. Il s’était tellement investit dans le rôle de Van Gogh qu’il finit par mélanger sa propre vie à celle du Peintre.

Kirk Douglas en racontant cette histoire avoua que ce fut la seule fois qu’une telle chose lui arriva. Pendant toute sa carrière d’Acteur, il sut toujours faire la différence entre lui-même et les personnages qu’il incarnait.

Il parvenait tellement bien à avoir une telle distance entre lui-même et ses personnages, qu’il ressentit un jour le besoin d’écrire un livre dans lequel il se raconterait. Un livre qui parlerait de sa vie, de sa propre vie. Apparemment, et à l’évidence, si Kirk Douglas désirait se raconter, c’est que tous les rôles qu’il jouait n’exprimaient jamais ce qu’il était vraiment.

Il savait jouer le personnage qu’il incarnait, sans y ajouter ce qu’il était. Comme un véritable Peintre, qui fait le portrait de son modèle sans le transformer, sans jamais lui prêter ses propres traits, mais en le peignant tel qu’il est, Kirk Douglas jouait ses personnages tels qu’ils étaient. L’Acteur savait s’effacer derrière sa composition.

Puis un jour, il eut envie de jouer son propre rôle. Alors, il prend sa plume et s’assied devant plus de ‘cinq mille pages’ et il écrit l’histoire de sa vie. Son histoire. Il écrit ce qu’il n’a jamais montré dans ses nombreux films. Il écrit ce qu’il a toujours été, ce qu’il est et ce qu’il sera toujours : Juif.

Kirk Douglas est Juif, il s’appelle Issur Daniélovitch. Il commence son livre en écrivant :

« Je suis arrivé sur terre dans une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent….C’est ainsi que je naquis. Je sais que c’est vrai parce que c’est ma mère qui me l’a dit ».

En lisant ces quelques lignes, nous ne serons pas étonnés que Issur Danielovitch-Demsky a quitté ce monde le jour de Youd-Chevat 5780, car ‘Je suis arrivé sur terre’ ressemble étrangement aux premiers mots du dernier Discours ‘hassidique du Rabbi Rayats : ‘Je suis venu dans mon jardin’, et le Rabbi Rayats et Issur Daniélovitch ont quitté ce monde le même jour.

En y regardant de près, cette ‘magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés, et suspendue au ciel par de fins rubans d’argent’ n’est pas sans nous rappeler que l’âme Juive est comparée dans le livre du Tanya, à une corde composée de 613 fils dont l’extrémité arrive jusqu’au ciel et l’autre extrémité jusqu’à la terre. De fait, l’Admour Hazaken explique qu’Hachem a choisi le corps des enfants d’Israël. Le corps d’un Juif est précieux, il est tel ‘une magnifique boîte en or ornée de fleurs et de fruits délicatement ciselés’ et l’âme ‘est suspendue au ciel par de fins rubans d’argent’.

Bien sûr, le fait que Issur Daniélovitch ait quitté ce monde à l’âge de 103 ans est certainement lié au fait qu’il distribua très largement la Tsédaka , tout au long de sa vie, ainsi que la Torah nous l’enseigne : ‘la Tsédaka sauve de la mort’. Cependant, sa vie et son Art expriment aussi avec force le contenu profond d’une déclaration de Rabbi Zushé Mi Anipoli. Rabbi Zushé a dit un jour ‘qu’il n’avait pas peur d’arriver au ciel, le jour où il allait quitter ce monde, et qu’on lui demande des comptes sur le fait qu’il n’avait pas été Moché Rabbénou ! Non, ce qui faisait peur a Rabbi Zushé c’est qu’on lui demande pourquoi il n’avait pas été lui-même ! ‘.

L’Acteur Kirk Douglas avait un très profond respect pour l’Etre humain, il était capable de s’investir totalement pour se fondre dans son personnage. En fait, il prenait la chose très au sérieux, il ne jouait pas !

On peut dès-lors se demander si nous-mêmes nous agissons de la sorte. Savons-nous prendre au sérieux notre propre rôle ?

Pour répondre à cette question on pourrait citer ce que Van Gogh a dit lui-même quand on le questionna sur la peur du Peintre de la toile blanche. Van Gogh répondit : « C’est la toile blanche qui doit avoir peur du peintre ! »

De la même façon, nous apprenons de l’Acteur Kirk Douglas et de l’homme Issur Daniélovitch, que nous ne devons pas avoir peur lorsqu’il s’agit de jouer notre propre rôle, de nous conduire comme un Juif, dans toutes nos pensées, nos paroles et nos actes…