Le Rav du Kotel se tient seul dans les profondeurs d’un tunnel obscur sous le Mont du Temple, pistolet au poing, face à une foule en colère armée de barres de fer, de gourdins et d’outils de terrassement. Un instant de plus, et l’affrontement risque de dégénérer. Ainsi s’est achevée, en plein cœur de Jérusalem, l’une des tentatives les plus fascinantes jamais entreprises pour localiser l’Arche d’Alliance.
De la Tunisie à la libération de Jérusalem
Pour comprendre l’intensité de cet instant dramatique, il faut se pencher sur l’homme qu’était le Rav Meïr Yehouda Guez. Né en 1924 en Tunisie, il y acquiert une solide formation rabbinique avant de monter en Israël avec sa famille en 1949. D’abord installé en Galilée, il incarne l’idéal du pionnier, travaillant à la fois comme rabbin de communauté, agriculteur et officier dans l’armée israélienne.
Mais c’est une immense tragédie personnelle qui va sceller son destin et son lien mystique absolu avec le Mur Occidental (le Kotel). Pendant la Guerre des Six Jours en 1967, son fils Avner, un parachutiste, tombe au combat lors de la bataille pour la libération de la Vieille Ville.
Poussé par le souvenir de son fils, le Rav Guez s’installe dans le Quartier Juif. En 1968, il est officiellement nommé Rav du Mur Occidental et des Lieux Saints d’Israël. Dès lors, il ne quittera presque plus ce lieu, se considérant comme le gardien infatigable de la Maison de Dieu.
Le Kabbaliste et la « Porte des Cohanim »
Le Rav Guez n’était pas seulement un administrateur ; il était l’un des plus grands kabbalistes de sa génération et dirigeait la célèbre Yéchiva Beit El. Vêtu de blanc, symbole de pureté, il passait ses nuits à réciter le *Tikoun ‘Hatsot* (la prière pleurant la destruction du Temple) dans la pénombre des tunnels souterrains.
Après la guerre, de vastes fouilles débutent le long du Mur Occidental. L’une des découvertes les plus fascinantes est une grande porte de pierre, entièrement murée. Cette découverte bouleverse l’univers du Rav. Après d’innombrables heures passées à étudier la structure du Mont du Temple et les sources de nos Sages, une conclusion s’impose à lui : cette porte est la « Porte des Cohanim ».
Mieux encore, d’après ses calculs, au-delà de cette porte se dissimule le réseau de galeries souterraines dans lequel le roi Yochiyahou (Josias) aurait caché l’Arche d’Alliance à la veille de la destruction du premier Temple.

Le dilemme spirituel et l’avertissement du Rabbi
Une lourde question se pose alors : même s’il a percé le plus ancien mystère du peuple juif, est-il permis de pénétrer dans cet espace d’une sainteté absolue ?
Le Rav Guez décide de soumettre la question au Rabbi de Loubavitch. Dans une lettre détaillée, il décrit ses découvertes et son projet de percer la porte. La réponse du Rabbi est catégorique : il s’oppose fermement à l’idée, espérant « que soit annulé le projet de creuser sous le Beth Hamikdach […] et même d’en douter ». Le Rabbi souligne qu’il ne faut toucher à aucun endroit sur lequel pèse le moindre doute quant à sa sainteté.
Malgré sa déception, le Rav Guez s’incline. Il range son projet et ne tente pas de percer la porte.
L’effondrement inattendu et l’eau révélatrice
Dix ans plus tard, le 20 Tamouz 5741 (1981), le destin s’en mêle. Au cours de travaux d’entretien banals, l’un des murs proches de la porte de Warren s’effondre soudainement. Derrière les gravats apparaît un espace immense, rempli d’eau et de boue, jusqu’alors totalement inconnu.
Appelé en urgence, le Rav Guez peine à dissimuler son bouleversement. Dans son journal, il raconte s’être assis une longue heure dans la boue, en pleurs, avant de rassembler son courage pour s’enfoncer dans le tunnel et y réciter le *Tikoun ‘Hatsot*.
Pour explorer plus loin, il faut pomper d’énormes quantités d’eau. Mais le temps joue contre lui : la rumeur enfle et la presse s’en fait l’écho.
Seul face aux émeutiers : Le dénouement
La réaction ne se fait pas attendre. Des foules commencent à affluer vers le Mont du Temple. À une heure tardive, le Rav Guez est alerté qu’un groupe a réussi à s’introduire dans le tunnel par une ouverture supérieure.
En arrivant sur place, le Rav Guez, homme connu pour sa douceur et sa quête de paix, découvre des dizaines d’émeutiers avançant vers lui, armés. C’est ici que se fige cette image incroyable : seul dans les profondeurs de la terre, il dégaine son arme de poing et leur ordonne de s’arrêter. Ce geste désespéré visait à protéger à la fois sa vie et le plus grand sanctuaire spirituel de son peuple.
Des élèves de Yechiva et les forces de sécurité finissent par arriver, mais la bataille est perdue. Sous les yeux impuissants du Rav, les émeutiers colmatent le passage avec des parpaings et coulent un épais mur de béton. Par crainte de troubles majeurs, le gouvernement israélien décide lui aussi de sceller définitivement le tunnel de son côté.
Un héritage spirituel gravé dans la pierre
Ainsi s’est achevée l’une des tentatives les plus dramatiques pour atteindre l’Arche d’Alliance. Bien que la voie ait semblé s’ouvrir d’elle-même, aucune fouille ne fut finalement menée sous le Mont du Temple. La volonté du Rabbi de Loubavitch, qui avait exigé des années plus tôt de ne pas creuser en ce lieu saint, fut respectée à la lettre, presque par la force des événements.
Le Rav Guez a continué de veiller sur le Kotel jusqu’à son décès en 1995. Aujourd’hui, au cœur des Tunnels du Mur, exactement face à l’endroit le plus proche de l’antique Saint des Saints, se trouve une magnifique salle de prière souterraine : la Synagogue du Rav Guez. Elle se dresse en silence, perpétuant le souvenir de ce père endeuillé, de ce grand kabbaliste, et du secret millénaire qu’il a failli effleurer.















