Figure centrale de l’éducation hassidique en Israël, le Rav Yaakov Goldschmidt incarne une approche innovante de la formation des jeunes. Né en 1969 dans une illustre famille hassidique, ce responsable de la Yechiva Tom’hei Temimim à Kfar Habad et conférencier au séminaire Shoshanat Yerushalayim a marqué plusieurs générations d’étudiants. Son parcours reflète l’évolution du système éducatif Habad face aux défis contemporains, et sa récente initiative du projet « Ich Temimim » témoigne de sa volonté constante d’innover pour préserver l’identité hassidique des nouvelles générations.
Une lignée hassidique prestigieuse
Le Rav Yaakov Goldschmidt est né le 1er Kislev 5729 (1969), fils du Rav Mordechai Yossef Elazar Goldschmidt et petit-fils du Machpia renommé, le Rav Na’houm Goldschmidt. Cette filiation le place au cœur d’une tradition hassidique profonde, où l’éducation et la transmission spirituelle occupent une place centrale.
Son frère, le Rav Its’hak Goldschmidt, sert comme émissaire du Rabbi à Long Island, témoignant de l’engagement familial dans la Chli’hout. Cette dimension familiale de service communautaire a profondément marqué son approche éducative et sa vision du rôle des éducateurs dans le mouvement Habad. Les images du Rav Yaakov dansant avec son frère lors de célébrations familiales illustrent les liens fraternels qui unissent cette famille dédiée au service du mouvement.
Formation à Loubavitch et premières expériences
Dans sa jeunesse, le Rav Goldschmidt a étudié dans les Yechivot Tom’hei Temimim de Lod et de Kfar Habad, institutions phares de l’éducation hassidique en Israël. En 5749 (1989), il part pour son année de Kvoutsa au 770, le quartier général mondial du mouvement Habad à Brooklyn, une expérience formatrice qui marque profondément chaque jeune hassid.
Cette période au 770, aux côtés du Rabbi, constitue un moment crucial dans son développement spirituel et éducatif. L’immersion dans l’atmosphère unique de ce lieu, au contact direct du leadership hassidique, forge sa compréhension du rôle d’éducateur qu’il assumera plus tard. Cette expérience personnelle de la Kvoutsa lui permettra, des décennies plus tard, de comprendre intimement les défis auxquels font face les jeunes à leur retour.
Les débuts d’une carrière d’enseignant
En 5751 (1991), le Rav Goldschmidt est nommé instructeur (Roch Yechiva Metivta) à la Yechiva Tom’hei Temimim de Moscou, dans une Russie post-soviétique où le judaïsme renaît après des décennies de répression. Cette expérience au cœur du renouveau juif russe lui permet de développer une sensibilité particulière aux défis de la transmission dans des contextes difficiles.
Après cette période, il retourne étudier au 770 où il assume la fonction de Nossé Neema (accompagnateur) pour les jeunes de la Kvoutsa, guidant la nouvelle génération dans leur découverte de l’univers hassidique américain. Ce rôle d’accompagnement des jeunes en Kvoutsa lui offre une perspective unique sur cette étape cruciale du parcours éducatif.
Établissement à Kfar Habad et responsabilités croissantes
Après son mariage avec Yonit, fille du Rav Yossef Its’hak Hablin, le Rav Goldschmidt est nommé instructeur à la Yechiva Habad Centre Gouttnik. En 5760 (2000), il prend la direction de l’Institut de formation rabbinique de Kfar Habad, assumant la responsabilité de former la prochaine génération de leaders communautaires et de Chlou’him.
En 5761 (2001), il entre comme instructeur à la Yechiva Tom’hei Temimim de Kfar Habad, l’institution centrale de l’éducation hassidique en Israël. Au fil du temps, il est également nommé Machguia’h Rachi (superviseur principal), cumulant responsabilités pédagogiques et encadrement spirituel. Cette double fonction lui permet de développer une vision globale de l’éducation hassidique, alliant rigueur intellectuelle et développement spirituel.
Évolution du rôle de supervision et direction
En 5772 (2012), le Rav Goldschmidt quitte temporairement la supervision, remplacé par le Rav Efraim Demi’hovskiy, qui servait jusque-là comme superviseur de section. Cette transition reflète la complexité de la gestion d’une grande Yechiva et la nécessité d’adapter constamment les structures d’encadrement aux besoins évolutifs des étudiants.
En 5775 (2015), il revient à la fonction de superviseur général et assume le rôle de Roch Yechiva (directeur de la Yechiva), aux côtés du Rav Eliahou Landa. Cette nomination consacre sa position comme l’une des figures majeures de l’éducation hassidique en Israël. Sa vision pédagogique, forgée par des années d’expérience dans différentes institutions et contextes, influence profondément l’orientation de la Yechiva.
Leadership rabbinique communautaire
En 5763 (2003), le Rav Goldschmidt est nommé rabbin de la communauté Habad à Har Nof, quartier de Jérusalem connu pour sa forte population religieuse. Il occupe cette fonction pendant plusieurs années avant de démissionner de sa propre initiative, tout en continuant à y dispenser des cours réguliers qui attirent un public fidèle.
Cette expérience rabbinique communautaire enrichit sa compréhension des besoins des familles et des défis auxquels font face les jeunes couples. Elle lui offre une perspective précieuse sur la vie après la Yechiva et sur les réalités du terrain, perspective essentielle pour son rôle d’éducateur formant les futurs membres de la communauté.
Au service de l’éducation féminine
Le Rav Goldschmidt est également nommé Machpia (conférencier et guide spirituel) au séminaire pour jeunes filles Shoshanat Yerushalayim Habad, situé dans le quartier Ramat Shlomo de Jérusalem. Cette fonction témoigne de sa capacité à transmettre les enseignements hassidiques à différents publics et de son engagement dans l’éducation globale de la communauté.
Son approche pédagogique, développée au fil des années avec les étudiants de Yechiva, s’adapte aux spécificités de l’enseignement féminin, démontrant sa polyvalence et sa profonde compréhension des besoins éducatifs diversifiés. Ses conférences au séminaire sont particulièrement appréciées pour leur profondeur et leur accessibilité.
Une nouvelle transition en 5779
En 5779 (2019), suite à des changements dans l’équipe de supervision de la Yechiva, le Rav Goldschmidt quitte sa fonction de directeur, remplacé par le Rav Yossef Its’hak Blinov. Ces transitions, fréquentes dans les grandes institutions éducatives, reflètent la dynamique constante d’adaptation et de renouvellement nécessaire pour répondre aux besoins évolutifs des étudiants.
Malgré ces changements de fonction, le Rav Goldschmidt demeure une figure respectée et influente dans le paysage éducatif hassidique. Son expérience accumulée et sa compréhension profonde des enjeux éducatifs contemporains continuent à façonner la formation des jeunes générations.
Le projet Ich Temimim : une réponse innovante
Face au constat d’un vide éducatif crucial dans le parcours hassidique, le Rav Goldschmidt prend l’initiative de lancer le projet « Ich Temimim ». Cette initiative répond à une lacune identifiée depuis longtemps : l’accompagnement des jeunes hommes après leur retour de Kvoutsa et jusqu’au mariage, période pendant laquelle de nombreux jeunes perdent le lien avec leur identité hassidique.
Le projet, fruit de consultations menées avec de nombreux Rabbanim et responsables de Yechivot du monde entier, propose des cours en visioconférence, des farbrenguens et un suivi régulier. L’objectif est clair : maintenir les jeunes hommes connectés pendant cette période transitoire cruciale, leur offrir un sentiment d’appartenance, et préserver l’atmosphère hassidique qui les a formés.
Une vision éducative enracinée dans l’expérience
L’analyse du Rav Goldschmidt sur l’éducation hassidique contemporaine s’appuie sur des décennies d’expérience directe. Il identifie une conception erronée qui s’est progressivement installée dans la communauté : l’idée qu’il existerait un parcours linéaire défini qui s’achèverait avec la Kvoutsa. Cette vision contredit profondément l’essence même de Tom’hei Temimim, institution dont la vocation dépasse le simple cadre scolaire pour constituer une véritable voie de vie.
Il rappelle que l’idéal originel prévoyait que le jeune homme, après son expérience en Kvoutsa, revienne à sa Yechiva-mère pour y poursuivre ses études jusqu’au mariage. Cette continuité garantissait le maintien d’une identité hassidique forte et d’un lien constant avec le Rabbi. Aujourd’hui, cette pratique s’est largement perdue, créant un vide éducatif et spirituel préoccupant.
Comprendre les défis de l’ère moderne
Le Rav Goldschmidt reconnaît que l’ère numérique a introduit des défis inexistants par le passé. Internet, téléphones portables et autres technologies sollicitent constamment l’attention des jeunes, rendant plus difficile la concentration sur l’étude approfondie. Au-delà de l’étude intellectuelle de la Hassidout, le défi consiste à créer un environnement où les jeunes hommes vivent réellement la Hassidout, développant une identité hassidique profonde et authentique.
Sa gestion de la Yechiva Tom’hei Temimim illustre cette approche nuancée : naviguer constamment entre discipline institutionnelle et épanouissement individuel. Des situations complexes se présentent régulièrement, comme lorsque des étudiants organisent un farbrenguent nocturne spontané avant une date significative. L’approche adoptée consiste à reconnaître et valoriser l’élan spirituel tout en expliquant la nécessité du cadre institutionnel.
Une approche relationnelle distinctive
Le Rav Goldschmidt incarne parfaitement la relation éducative spécifique à Habad. L’ambiance à Loubavitch se caractérise par une certaine informalité, où les étudiants appellent généralement leurs enseignants par leurs prénoms plutôt que par des titres formels. Cette familiarité n’implique aucun manque de respect mais reflète une approche relationnelle différente, plus horizontale, facilitant le dialogue et le maintien du contact à long terme.
Il comprend que dans la structure Habad, les jeunes hassidim perçoivent le Rabbi comme figure centrale, relativisant le rôle des éducateurs locaux qui deviennent des intermédiaires plutôt que des autorités ultimes. Cette dynamique particulière demande des éducateurs une humilité et une clarté de vision quant à leur rôle de guides vers une connexion plus profonde avec l’enseignement du Rabbi.
Un engagement pour les standards d’excellence
Fidèle aux directives du Rabbi pour Tom’hei Temimim, le Rav Goldschmidt maintient des standards clairs : vêtements propres représentant dignement le mouvement, écriture soignée sans erreurs, respect des horaires, et évaluations périodiques pour vérifier l’engagement dans l’étude. Ces exigences reflètent une vision où chaque détail exprime l’identité hassidique.
Pour lui, les vêtements propres ne constituent pas une simple question d’apparence mais symbolisent le respect de ce que représente un Temim. De même, le respect des horaires et la qualité de l’écriture témoignent d’une rigueur intellectuelle et d’une discipline personnelle essentielles à la formation hassidique.
Préserver l’identité hassidique pour l’avenir
Le parcours du Rav Yaakov Goldschmidt illustre l’évolution du rôle d’éducateur dans le mouvement Habad contemporain. De Moscou à Kfar Habad, de la Yechiva au séminaire féminin, de l’enseignement à la supervision, il a navigué entre diverses fonctions tout en maintenant une vision cohérente de l’éducation hassidique.
Son expérience directe des transformations du système éducatif au cours des trois dernières décennies lui confère une perspective unique sur les défis actuels. La reconnaissance de ces défis, l’honnêteté face aux lacunes actuelles, et la volonté de créer de nouvelles solutions comme le projet Ich Temimim témoignent de la vitalité de sa vision et de sa capacité d’adaptation.
L’enjeu dépasse la simple organisation éducative : il s’agit de l’identité même du mouvement Habad et de sa capacité à transmettre ses valeurs aux générations futures. Dans un monde en constante évolution, où les distractions se multiplient et où les parcours individuels se diversifient, maintenir la cohésion et l’identité hassidiques constitue un défi permanent que le Rav Goldschmidt s’efforce de relever avec détermination et créativité.
















