Les Sli’hot sur votre smartphone – Minhag ‘Habad
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Le 18 Elloul vit naître deux géants du ‘Hassidisme, Rabbi Israël Baal Chem Tov et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi. C’est aussi la date à laquelle les Rabbis de Habad redonnèrent au jour anniversaire toute sa portée spirituelle, négligée pendant des siècles d’exil. À travers le regard de la Torah sur la naissance, ce jour dévoile une vérité profonde : la différence entre une vie qui nous est imposée et une vie que nous incarnons pleinement.
Deux luminaires nés le 18 Elloul
Le 18 Elloul marque l’anniversaire de deux grands luminaires de l’histoire du ‘Hassidisme. En ce jour naquirent le fondateur du mouvement ‘hassidique, Rabbi Israël Baal Chem Tov (1698-1760), et le fondateur de la branche ‘hassidique Habad, Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi (1745-1812).
Il est frappant de constater que ce n’est que dans les générations récentes, sous l’influence du ‘Hassidisme Habad, que le jour anniversaire a commencé à être marqué comme une occasion spirituelle significative de la vie juive.
Bien que la Torah accorde une place particulière à la date de naissance, les Juifs, au fil des derniers siècles, ne lui ont guère prêté d’importance. Les dates de décès des grands Sages et dirigeants du peuple juif sont soulignées dans le calendrier hébraïque, tandis que leurs dates de naissance demeurent le plus souvent inconnues.
Les Rabbis de Habad ont pourtant restitué à l’anniversaire toute sa valeur, en établissant d’abord le 18 Elloul comme une fête ‘hassidique. Ils ont souligné que le jour anniversaire d’un Sage est particulièrement propice à suivre son exemple et à poursuivre l’œuvre de sa vie. Ils ont également enseigné que notre propre jour anniversaire est un jour de force accrue, une occasion unique de lancer de nouveaux projets et de nous atteler à de nouveaux accomplissements. Le 18 Elloul peut ainsi être considéré comme l’anniversaire de l’anniversaire juif.
Pourquoi célébrer une naissance ?
Mais pourquoi la date de naissance devrait-elle être tenue pour plus significative que n’importe quelle autre ? La société, en tant qu’entité, célèbre les anniversaires ; existe-t-il pour autant un véritable fondement à ces célébrations ? La date du décès, surtout celle d’un homme qui a mené une vie pleine et féconde, peut être considérée comme le sommet de son impact sur le monde : ce jour-là, les effets accumulés de tout ce qu’il a produit atteignent leur point culminant.
Qu’en est-il, en revanche, du jour de la naissance ? Bien avant de quitter le sein maternel, le fœtus est déjà un organisme vivant, doté d’un cerveau qui fonctionne, d’un cœur et de membres qui renferment le potentiel de tous les développements à venir. Or, si c’est la réalisation du potentiel qui nous importe, le moment de la naissance est loin de marquer la maturité et la perfection. À bien des égards, l’enfant d’un jour est même plus vulnérable qu’il ne l’était dans l’environnement protégé du sein maternel. Il faudra encore de longues années avant qu’il ne soit en mesure d’actualiser son potentiel à un degré significatif. Alors, une fois encore, pourquoi la naissance devrait-elle être un événement que l’on commémore ou que l’on célèbre ?
Vivant, ou une vie ?
Pour saisir la signification du jour anniversaire, il nous faut examiner la manière dont la Hala’ha (la loi de la Torah) considère l’événement de la naissance. À première vue, la Hala’ha est un code de lois et de conduites qui traite avant tout des aspects pratiques de l’existence. Mais un regard plus profond y révèle une philosophie et une vision qui apportent des réponses idéologiques et spirituelles aux questions de l’âme humaine.
Selon la loi de la Torah, l’enfant qui n’est pas encore né est considéré comme « un membre de sa mère ». C’est pourquoi, si le fœtus venait à mettre en danger la vie de sa mère, la grossesse pourrait être interrompue, car « tant qu’il n’a pas émergé dans le monde, il n’est pas considéré comme une âme ».
Autrement dit, le fœtus ne constitue pas une vie indépendante, mais une extension — vivante, certes — de l’être de sa mère, animée par l’âme de celle-ci. Contrairement à un corps doté de sa propre âme, qui possède la vie comme un état intrinsèque, le fœtus ne fait que réagir à une force de vitalité extérieure, un peu comme une machine réagit au flux d’énergie qu’on lui insuffle. Une machine peut être conçue pour présenter des caractéristiques de la vie : la chaleur, le mouvement, la croissance ; elle peut même être programmée pour accomplir des fonctions relevant de l’intelligence et de l’émotion. Mais la machine n’est pas chaude, elle est chauffée ; elle ne bouge pas, on la fait bouger. Son corps demeure intrinsèquement inanimé et résiste au mouvement qu’on lui impose. De même, le fœtus, n’ayant pas encore scellé sa fusion avec sa propre âme, réagit à l’énergie vitale générée par l’âme de sa mère, sans être, de façon autonome, pleinement vivant.
Le moment de la naissance marque le point où un corps animé mais, par essence, dépourvu de vie autonome, devient un être vivant. Un « membre » de la mère devient un être à part entière : une « âme ».
Le fœtus spirituel
La vie humaine, si elle doit se distinguer de la vie animale, comporte une dimension spirituelle, un ensemble de valeurs morales et d’aspirations transcendantes. C’est pourquoi le Talmud enseigne : « Les méchants, même de leur vivant, sont considérés comme morts. » Une âme n’est pleinement vivante que si elle est reliée à sa source, attachée à son dessein et fidèle à sa mission.
Mais la vie, on l’a dit, peut être soit un état intrinsèque, soit un phénomène simplement surimposé. Il en va de même pour la vie spirituelle : un individu peut mener une existence morale et sainte tout en demeurant un fœtus spirituel, un être dont la vie spirituelle ne fait pas partie intégrante de lui-même, mais lui est imposée de l’extérieur.
Une vie spirituelle, dans son sens ultime, est celle de l’être dont la spiritualité émane de son identité même, de la conscience que c’est dans son lien avec D.ieu que résident l’essence et la finalité de son existence. On peut pourtant mener une vie juste et spirituelle par simple habitude, par contrainte, par crainte du châtiment divin ou dans l’attente de la récompense, par sens du devoir, au titre de sa « contribution » de bon citoyen du monde de D.ieu. Le point commun de tous ces cas est que la personne et son entité spirituelle demeurent deux réalités distinctes : l’être de la personne n’est pas défini par ses aspirations spirituelles, mais par ses besoins et ses désirs matériels, en marge desquels elle « possède » aussi une vie spirituelle, imposée à l’être physique par des forces qui le dépassent.
Un tel individu n’a pas d’anniversaire, car il ne possède la vie qu’au niveau fœtal. Il est spirituellement vivant, il sert le but pour lequel il a été créé, mais sa vie spirituelle lui est « fournie » par une source extérieure. Il n’a pas suffisamment grandi pour atteindre l’état de vie intrinsèque et accomplie, hors du sein maternel.
Un avant-goût du futur
C’est pourquoi nos Sages comparent l’état du Galout (l’exil) présent à celui de la grossesse, et la venue du Machia’h au moment de notre « naissance » et de notre émergence dans une vie pleine. Car le Galout est bien plus que l’exil d’un peuple loin de sa terre : c’est un état de déplacement spirituel, une obstruction de la vérité, un renversement des priorités, une aliénation de son essence et de sa source. Dans le Galout, nous ne pouvons voir D.ieu, et nous sommes donc étrangers à notre véritable être.
Dans le Galout, nous ne pouvons faire l’expérience de la vie véritable, de l’identification authentique à notre moi le plus profond et à notre finalité essentielle. Au mieux, nous ne pouvons atteindre qu’un lien fœtal à la source de vitalité, en nous soumettant à une vie plus grande que nous-mêmes — une vie que nous aspirons à traduire dans notre conduite quotidienne, sans pouvoir espérer l’intérioriser ni l’intégrer à notre propre existence.
Voilà pourquoi la célébration des anniversaires ne fut pas, durant bien des générations, une priorité de la vie juive. Au fil des siècles d’exil, la portée spirituelle de l’anniversaire — le passage d’une vie imposée de l’extérieur, celle d’une âme pas encore née, à l’état postnatal d’une vie pleinement endossée et assumée — ne fut l’apanage que d’un petit nombre de géants spirituels.
Et puis, le 18 Elloul, l’anniversaire renaquit
Les enseignements du ‘Hassidisme, révélés dans les dernières heures de l’exil comme un avant-goût de l’ère du Machia’h, percèrent le voile du Galout et nous réunirent à notre propre essence. Ils vinrent transformer notre vie spirituelle, la faisant passer d’une « religion » — c’est-à-dire d’une soumission et d’une réaction à quelque chose de plus grand et d’au-delà du moi — à quelque chose qui se saisit, s’éprouve et s’intériorise comme l’essence même de ce que nous sommes.
Notre naissance véritable et ultime attend la venue du Machia’h, quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu comme les eaux recouvrent la mer », et quand « l’étincelle de Divinité » au cœur de l’âme humaine s’affirmera comme le siège de notre identité et l’essence de notre vie. Mais les premiers mouvements de cette naissance ont déjà commencé, enclenchés par deux grands Maîtres nés le 18 Elloul, dont les enseignements nous offrent un aperçu de la vie hors du sein maternel.
Le 15 Elloul 5657 (1897), lors du mariage de son fils, le Rabbi Rachab réunit une cinquantaine de ‘Hassidim pour annoncer la fondation d’une Yéchiva d’un genre nouveau. Il y forgea un enseignement inédit, où la rigueur analytique du Talmud et la ferveur de la ‘Hassidout ne font plus qu’un. De la Russie soviétique aux grandes métropoles occidentales, cette citadelle spirituelle a traversé les persécutions pour former, aujourd’hui encore, les Chlou’him du Rabbi à travers le monde entier.
Aux origines d’un nom
«Tom’hei Temimim» est le nom générique des Yéchivot Loubavitch à travers le monde. Il fut donné par le cinquième Rabbi de Loubavitch, Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn, connu sous l’acronyme de «Rabbi Rachab», lors du repas de mariage de son fils, Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le 15 Elloul 5657 (1897).
À cette occasion, le Rabbi Rachab réunit un comité d’une cinquantaine de ‘Hassidim, comptant parmi les plus éminents Rabbanim et donateurs venus à Loubavitch pour honorer le mariage de son fils. Il ouvrit la séance en annonçant qu’il avait décidé de fonder une Yéchiva où les jeunes étudiants du Talmud pourraient également s’adonner à l’étude de la ‘Hassidout. Le nom de l’institution, «Tom’hei Temimim», comme celui donné à ses étudiants, les «Temimim», découlent de ce projet : que les jeunes gens étudient, selon les termes du verset, la Torah Temima, la Torah dans sa plénitude, en associant sa partie dite «révélée», le Talmud et ses commentaires, à sa partie ésotérique enseignée dans la ‘Hassidout Habad-Loubavitch.
Deux jours plus tard, le 17 Elloul, le Rabbi Rachab choisit dix-huit jeunes gens pour former la première promotion de la Yéchiva et confia au ‘Hassid Rav Chemouel Gronem Esterman le soin de les guider dans l’étude de la ‘Hassidout.
L’ordre de mission
Le lendemain, mercredi 18 Elloul, coïncidait avec l’anniversaire de la naissance de Rabbi Israël Baal Chem Tov, fondateur du mouvement ‘hassidique, et de Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, l’Admour Hazakène, fondateur du ‘Hassidisme Habad-Loubavitch.
En ce jour faste pour les ‘Hassidim se tint, dans l’après-midi, un repas festif de Chéva Berakhot, les sept bénédictions récitées en l’honneur des mariés à l’issue du repas. C’est alors que le Rabbi Rachab transmit son «ordre de mission» relatif à la fondation de la Yéchiva, au nom de ses pères, les Rabbis.
Dans ses mémoires, son fils, Rabbi Yossef Its’hak, décrivit l’événement en ces termes :
À deux heures de l’après-midi se tint le repas de Chéva Berakhot. Mon père était particulièrement radieux et déclara :
«Les Juifs du monde entier savent que, le quatrième jour de la Création, le mercredi, les luminaires célestes furent suspendus. Les premier, deuxième et troisième jours, il y avait déjà le jour et la nuit ; pourtant, les luminaires ne furent placés que le quatrième jour. Aujourd’hui, le ‘Haï (18) Elloul, jour lumineux de la naissance de l’Admour Hazakène et de notre maître le Baal Chem Tov, en ce saint jour, je fonde une Yéchiva sur l’ordre et avec la bénédiction de mes saints pères, nos Rabbis. Une Yéchiva qui formera des élèves empreints de Messirout néfèch, d’abnégation, dans l’étude de la Torah, le service de D.ieu et les voies de la ‘Hassidout Habad.»
Le Rabbi Rachab prononça alors un Maamar, un profond exposé de ‘Hassidout, commentant l’enseignement des Sages selon lequel la lumière créée le premier jour permettait à Adam de voir d’un bout à l’autre de l’univers.
Le visage lumineux, il ajouta :
«Puisse la Présence divine résider dans l’œuvre de nos mains. Le quatrième jour de la Création, les luminaires célestes furent suspendus. En ce jour de ‘Haï Elloul, saint anniversaire de la naissance de notre maître le Baal Chem Tov il y a cent quatre-vingt-dix-neuf ans, à l’orée du fonctionnement de la Yéchiva, j’allume les flambeaux que notre maître le Baal Chem Tov et nos Rabbis nous ont légués, afin que s’accomplisse la promesse « Tes sources jailliront au dehors » et que se concrétise la venue du Machia’h.»
L’objectif
C’est dans le but déclaré de faire face aux bouleversements induits par les mentalités «nouvelles» qui commençaient à marquer la Russie de la fin du dix-neuvième siècle que le Rabbi Rachab fonda la Yéchiva Loubavitch en 1897, matrice du futur réseau des Yéchivot Tom’hei Temimim à travers le monde.
Le nom de l’institution reflète la volonté de son fondateur : ne pas se contenter d’enseigner et d’éduquer, mais aussi purifier et affiner le caractère, les Midoth, renforcer la volonté et élever l’âme. En un mot, former un homme intègre, sans fracture intérieure ni dispersion de soi : un Tamim.
Cette époque vit la fondation de nombreuses Yéchivot célèbres : Slobodka, Mir, Slotsk ou Telz. L’étude de la Torah se structura alors en de grands centres qui se développèrent en Lituanie et constituèrent le vaste réservoir d’érudits appelé à fournir au peuple juif ses Rabbanim.
La Yéchiva Tom’hei Temimim fut à la fois semblable aux Yéchivot lituaniennes et différente d’elles. Elle leur ressembla en adoptant la méthode analytique de l’étude talmudique en vigueur en Lituanie, mais elle s’en distingua de plusieurs manières.
Dans la vision du Rabbi Rachab, la Yéchiva Tom’hei Temimim constitue une citadelle appelée à protéger non seulement ses propres élèves, mais toute la région, toute la communauté, et jusqu’au peuple juif tout entier. Aussi ses élèves devaient-ils être prêts à mener tous les combats pour la défense de la religion juive, jusqu’au sacrifice suprême s’il le fallait. Pour être à la hauteur d’une telle mission, ils devaient être unis par une discipline intérieure, attachés les uns aux autres et tous ensemble attachés à leur maître, le Rabbi.
En 5661 (1901), cinq ans après la fondation de la Yéchiva, le Rabbi Rachab convoqua les élèves et leurs enseignants pour leur dire :
«Je contracte avec vous une alliance, avec les élèves de la Yéchiva Tom’hei Temimim qui étudient aujourd’hui dans toutes ses classes, et avec tous ceux qui y étudieront à l’avenir. Avec ceux qui sont ici présents comme avec ceux qui ne le sont pas encore, je contracte une alliance de coopération dans le dévouement absolu à l’étude d’une Torah empreinte de crainte de D.ieu et au travail du cœur, la prière, sans renoncement ni concession ; le jugement de la Torah sera souverain.»
Dès 1903, les élèves essaimaient dans la région et fondaient des annexes de la Yéchiva Tom’hei Temimim centrale. Quelques années plus tard, on trouvait des branches de Tom’hei Temimim dans toutes les régions de Russie, jusque dans des contrées reculées comme la Géorgie, l’Ouzbékistan et l’Asie mineure russe.
Depuis sa fondation, le fils et futur successeur du Rabbi Rachab, Rabbi Yossef Its’hak, en assura la direction. Investi de cette charge par son père, il supervisait l’ensemble du déroulement des études et de la vie des élèves, et l’esprit qu’il insuffla au fonctionnement des Yéchivot leur permit de croître en quantité comme en qualité.
L’esprit
Comme nous l’avons dit, là où les autres Yéchivot avaient pour objectif d’enseigner et, tout au plus, d’éduquer, les Yéchivot Tom’hei Temimim entendaient former des élèves capables de mener tous les combats pour la Torah et la foi juive, afin de protéger le peuple juif des dangers qui le menaçaient à l’époque de leur fondation, et plus encore des périls ultérieurs que les Rabbis de Loubavitch avaient pressentis.
Une autre qualité caractérise l’enseignement de Tom’hei Temimim : l’abolition de la séparation entre l’érudition, la Lomdout, et la piété, la ‘Hassidout. Dans l’optique de la ‘Hassidout Habad-Loubavitch, ce sont là deux faces d’une même médaille. Bien plus, Habad fit entrer la piété dans l’étude, afin que celle-ci ne soit pas seulement une construction intellectuelle, mais qu’elle soit aussi empreinte de sentiment ; de même, elle fit pénétrer l’étude dans la piété, de sorte que le ‘Hassidisme n’est pas uniquement un esprit et un mode de vie, mais un enseignement structuré et intelligible, aussi profond que rationnel.
L’étude de la ‘Hassidout est ainsi devenue une discipline requérant, à l’image de l’étude du Talmud, réflexion, approfondissement, remise en question, intuition et analyse. S’écartant en cela de l’étude du Moussar, la morale juive, la ‘Hassidout s’enseigne en cours sur texte et donne lieu à des débats comparables à ceux qui émaillent l’étude d’ouvrages halakhiques tels que le Ktsot Ha’hochène.
Une autre nouveauté de Tom’hei Temimim fut d’exiger une connaissance étendue de toute la Torah Orale, en plus, bien sûr, de la Torah Écrite, vécue et ressentie comme une part du service de D.ieu, dans la ferveur et l’attachement au Créateur.
Ainsi, à Tom’hei Temimim, chaque chose a sa place, mais il n’existe aucun fossé entre la prière et l’étude, entre l’étude et la ferveur, entre un cours de Choul’hane Aroukh et le chant des Nigounim. Habad est le pont qui relie l’étude analytique et rationnelle à la chaleur du cœur et à l’élévation de l’âme.
La méthode
Une telle démarche comportait pourtant un risque : que le cœur voile la pensée et que la ferveur brouille la logique. L’étude de la Halakha, la loi, exige en effet une réflexion claire et précise, propre à mener une analyse détachée et objective. Comment concilier cette rigueur avec une approche ‘hassidique qui semble lui être opposée ?
Les fondateurs de la Yéchiva Tom’hei Temimim eurent conscience de ce danger et surent le prévenir. C’est ainsi qu’ils choisirent précisément la méthode d’étude analytique en vigueur dans les Yéchivot lituaniennes : affronter la difficulté du texte, en chercher le sens véritable, étudier en profondeur l’approche des Sages du Talmud sur un sujet et s’efforcer d’en percer l’intention et l’esprit ; et, à l’inverse, rejeter toute discussion stérile, toute polémique inutile qui s’écarte de la recherche de la vérité.
Cet effacement total, conjugué à la recherche de la plénitude, propre à Habad-Loubavitch, a permis aux élèves de Tom’hei Temimim d’éviter le piège des «éclairs de génie» sans lendemain, des intuitions fallacieuses et des constructions intellectuelles hasardeuses, dénuées des fondements logiques d’un esprit honnête et rigoureux.
Ces principes ont guidé le déroulement des études à Tom’hei Temimim, sous la surveillance vigilante de ses fondateurs. Voici ce qu’écrivait le Rabbi Rachab dans le Kountress Ets ‘Haïm, publié en 5664 (1904) à l’adresse des élèves :
«L’essentiel est de s’approfondir en chaque sujet. Ainsi, chaque sentence des Sages, chacun de leurs arguments ne doivent jamais être réduits à la compréhension superficielle qu’on peut en avoir, car ils recèlent des profondeurs redoublées et exigent de grands efforts, intellectuels et physiques, ainsi qu’un esprit droit, un engagement résolu et, plus que tout, l’aspiration à la seule vérité.
Lorsque vous aurez achevé l’étude d’un sujet et que la discussion talmudique vous apparaîtra claire et ordonnée, approfondissez-en le thème général, puis analysez-le avec rigueur et vérifiez que chaque détail s’accorde à l’ensemble.
Soyez particulièrement méticuleux dans votre approche du commentaire de Rachi. Un Pilpoul menant à la vérité ne peut se faire que si l’on connaît au préalable la Halakha de façon claire et structurée. C’est à cette seule condition que ceux à qui D.ieu a donné un esprit puissant et vaste pourront débattre d’un sujet, car le débat sera alors fondé et construit, au point de permettre l’établissement de la Halakha là où elle n’avait pas encore été explicitée.»
L’étude chez Habad ne s’écarte pas seulement des débats sans fondement dans la vérité et qui n’y conduisent pas : elle rejette aussi l’étude superficielle, la simple accumulation de connaissances dépourvue de sens. Autant que l’étude des sujets eux-mêmes, leur intégration à la fois intellectuelle et émotionnelle est tenue pour fondamentale. Il existait certes des cours destinés à élargir les connaissances générales dans le Talmud, la Guirsa, mais l’essentiel résidait dans les cours d’analyse et d’approfondissement, l’Iyoun, comme dans les Yéchivot lituaniennes.
À l’inverse, l’approche ‘hassidique a permis de se prémunir contre un rapport exclusivement intellectuel aux enseignements de la Torah, dont le risque est de perdre de vue qu’ils sont ancrés dans le réel. Les ‘Hassidim Habad tiennent en effet que, si l’homme est appelé à découvrir de nouvelles profondeurs dans la Torah, la Torah, en retour, est appelée à révéler d’autant plus de profondeurs dans l’homme qui l’étudie. De là découle l’exigence de ne pas se contenter du savoir, mais de s’attacher à le mettre en pratique, aussi bien dans le domaine de la loi juive, la Halakha, que dans celui de l’intégrité du comportement, la ‘Hassidout.
L’éducation dispensée à Tom’hei Temimim était individuelle, fondée sur les aptitudes propres de chaque élève. Les Machpiim, maîtres dans l’art de sonder l’âme humaine, savaient déceler et révéler chez l’élève ses capacités, puis lui proposer un programme pour les développer dans l’esprit ‘hassidique. Ils accordaient à chaque individu autant d’égard qu’à la communauté tout entière, car chaque individu peut, et doit, exercer une influence sur elle.
Telle est l’origine de la chaleur, de la ferveur et de l’abnégation qui caractérisent l’enseignement de la Torah dans les Yéchivot Loubavitch, depuis la Russie soviétique qui leur livrait une guerre ouverte jusqu’aux grandes métropoles occidentales bercées de matérialisme, en passant par les villages arides d’Afrique du Nord.
Les temps difficiles
Durant les années noires de la Première Guerre mondiale, les ‘Hassidim Habad continuèrent de fonder des branches de la Yéchiva Tom’hei Temimim dans différentes villes. Cette entreprise se poursuivit après la prise du pouvoir par les bolcheviques en 1917. Bientôt, la sinistre Yevsektsya, la section juive du parti communiste qui s’était donné pour but de détruire la religion juive en Russie, se mit à persécuter les Yéchivot, notamment au moyen d’espions juifs. Les ‘Hassidim entrèrent alors dans la clandestinité et continuèrent de faire fonctionner les Yéchivot existantes comme d’en fonder de nouvelles, dont les lieux demeuraient secrets.
En ce temps-là, le «Joint» américain eut à cœur de soutenir les Yéchivot Tom’hei Temimim dans leur détresse, allouant, à l’initiative du Dr I. Rosen, 50 000 dollars par an aux institutions religieuses dirigées par le Rabbi de Loubavitch, somme considérable pour l’époque.
Lorsque Rabbi Chalom Dov Ber Schneersohn quitta ce monde en 1920, son fils Rabbi Yossef Its’hak, le Rabbi précédent, lui succéda, à une époque où la Yevsektsya déployait tous ses efforts pour combattre le judaïsme. Sous sa direction, l’œuvre éducative de Loubavitch s’amplifia et s’étendit à toutes les couches de la communauté juive, y compris les Juifs les plus éloignés de l’étude et de la pratique, ajoutant à l’enseignement du Talmud aux adolescents l’éducation des jeunes enfants.
Rabbi Yossef Its’hak et ses ‘Hassidim fondèrent des dizaines de ‘Hadarim clandestins, dont les maîtres étaient les aînés parmi les élèves des Yéchivot. L’étude se déroulait souvent dans des caves ou des entrepôts. Maîtres et élèves préféraient risquer la prison, le Goulag, voire leur vie, plutôt que de se soumettre, et le gouvernement bolchevique le savait. Grâce à leurs efforts, les sept années allant de 1920 à 1927 furent, contre toute attente, des années fastes pour l’éducation juive en Russie.
En 1927, toutefois, les dirigeants de la Yevsektsya décidèrent d’éradiquer totalement et définitivement l’éducation religieuse en Russie. Sachant que Rabbi Yossef Its’hak était à la tête de cette entreprise, ils firent savoir à la police secrète du régime, la G.P.U., qu’il se livrait à des activités «contre-révolutionnaires». Rabbi Yossef Its’hak fut ainsi arrêté et condamné à la peine capitale. Mais un grand miracle, manifeste aux yeux du monde entier, se produisit : ceux-là mêmes qui l’avaient arrêté furent contraints de le libérer.
Rabbi Yossef Its’hak dut alors quitter la Russie pour la Lettonie, puis la Pologne, avant de gagner, dix ans plus tard, l’Amérique. Tout en établissant de nouvelles branches de Tom’hei Temimim en Europe et en Amérique, il continua de diriger depuis l’étranger le réseau clandestin d’Union soviétique, qui poursuivit son œuvre jusqu’à la chute du régime communiste totalitaire.
Tom’hei Temimim aujourd’hui
Aujourd’hui, des dizaines de branches de Tom’hei Temimim, à travers le monde entier, enseignent le Talmud et la ‘Hassidout et forment les futurs Chlou’him du Rabbi.
Le mois d’Elloul ouvre une période singulière où la miséricorde divine se dévoile au cœur même de la vie quotidienne. Par la célèbre métaphore du Roi qui traverse les champs, l’Admour Hazaken enseigne que chacun peut alors s’approcher de D.ieu sans protocole ni barrière. Une lettre du Rabbi adressée à des détenus, et le geste bouleversant de l’un d’eux, révèlent la portée universelle de ce dévoilement.
1 – Le contexte du mois d’Elloul
Bien que le Talmud ne mentionne nulle part de manière explicite la Téchouva, le retour vers D.ieu, à propos du mois d’Elloul, celui-ci n’en demeure pas moins un temps infiniment propice, un Eit Ratson, un moment de pleine bienveillance. D.ieu y révèle Ses treize attributs de miséricorde, un dévoilement aussi puissant que celui qui accompagne les jours les plus solennels de l’année, tel Yom Kippour.
2 – Le paradoxe d’Elloul
Un paradoxe distingue pourtant ce mois de toute autre période sacrée. Le Chabbat comme Yom Kippour exigent que l’on suspende toute activité pour se consacrer entièrement au service divin ; durant Elloul, au contraire, la vie matérielle poursuit son cours ordinaire, sans la moindre interruption. Comment concilier une telle proximité avec le Ciel et le maintien des occupations les plus terrestres ?
3 – La métaphore du Roi dans les champs
Pour éclairer ce paradoxe, l’Admour Hazaken, fondateur du mouvement Habad, recourt à une image devenue célèbre. Avant de regagner son palais — qui figure Roch Hachana et Yom Kippour, où l’accès est strictement encadré —, le roi traverse les champs. Là, chacun peut l’approcher librement, sans cérémonie ni protocole, et le souverain accueille tout un chacun avec un visage rayonnant et un sourire.
4 – Le sens spirituel du dévoilement
Cette parabole porte un enseignement profond : le dévoilement divin est si élevé, si puissant, qu’il peut descendre jusque dans le quotidien le plus matériel. D.ieu accompagne l’homme au sein même de ses travaux profanes, signe que l’essence du Juif, d’Israël, demeure intimement liée à la lumière divine, quelles que soient ses activités terrestres.
5 – Un message pour les prisonniers
En 1977, le Rabbi adressa une lettre à des détenus pour leur rappeler que le « champ » désigne n’importe quel lieu. Même derrière les barreaux, D.ieu est présent, et Il accueille chaque être avec la même bienveillance, sans jamais rien retrancher à Son amour.
6 – L’histoire poignante d’un détenu
Une histoire bouleversante illustre cette vérité. Dans une prison vivait un homme d’une grande violence. Un jour, un bénévole lui proposa de mettre les Téfilines, mais il hésita en apercevant, sur le bras du détenu, un tatouage inconvenant. La semaine suivante, l’homme s’était écorché la peau à vif, la frottant de sel, afin d’effacer ce tatouage par respect pour les Téfilines. Ce geste dit tout : l’âme juive demeure toujours pure, toujours prête au sacrifice, quelle que soit la situation dans laquelle elle se trouve.






Dernier mois de l’année juive, Elloul ouvre le temps du retour à D.ieu, de la miséricorde et de la préparation aux Jours redoutables. Ses usages, hérités du Baal Chem Tov et fixés par des siècles de tradition, en font une période d’une intensité spirituelle unique, vécue pourtant au cœur même du quotidien. Car en Elloul, selon la célèbre image de Rabbi Chnéor Zalman de Liadi, le Roi a quitté son palais : Il est dans les champs.
Les usages du mois
Dès le premier jour de Roch ‘Hodech Elloul, on ajoute le Psaume vingt-sept après la prière du matin et après celle de l’après-midi, et cet ajout se poursuit jusqu’à Hocha’na Rabba inclus.
Le Baal Chem Tov a instauré la coutume de réciter chaque jour du mois d’Elloul trois Tehilim (Psaumes), et ce jusqu’à la veille de Kippour. Le jour de Kippour lui-même, on en dit neuf avant la prière de Kol Nidré, neuf avant de dormir, neuf après la prière de Moussaf et neuf à l’issue de la fête, de manière à achever le livre entier des cent cinquante Psaumes.
À partir du second jour de Roch ‘Hodech Elloul, on sonne du Chofar chaque jour, à l’exception du Chabbat et de la veille de Roch Hachana.
Durant tout ce mois, «le Roi est dans les champs» : D.ieu se tient plus proche que jamais de chacun d’entre nous, et rien ne nous interdit de tout Lui demander. C’est pourquoi il est plus aisé, en cette période, d’opérer un retour sincère vers Lui, en augmentant les dons à la Tsedaka et en approfondissant la ferveur de la prière.
L’usage veut également que l’on fasse vérifier ses Mezouzot et ses Téfilines par un Sofer expérimenté. Enfin, on écrit à ses amis et à ses connaissances pour leur souhaiter d’être inscrits et scellés pour une bonne et douce année.
Elloul dans l’histoire
Elloul est le mois du repentir et de la miséricorde. Ce caractère si particulier n’est pas le fruit d’une simple convention : il plonge ses racines dans un épisode fondateur de l’histoire d’Israël.
Descendant du mont Sinaï et découvrant la faute du veau d’or, Moïse brise les Tables de la Loi. Il passe ensuite quarante jours hors du camp, au pied de la montagne, à implorer le pardon divin, ainsi que le rapporte le Deutéronome au chapitre neuf, versets vingt-cinq à vingt-neuf. C’est le premier jour du mois d’Elloul qu’il entreprend une nouvelle ascension du Sinaï, portant avec lui les Tables brisées.
Auparavant, afin d’éviter que le peuple, se croyant une fois encore abandonné, ne retombe dans la même tragique erreur, il fait sonner du Chofar à tous les carrefours du camp. Il s’agissait d’annoncer clairement qu’il montait au sommet de la montagne et qu’il y demeurerait quarante jours de plus.
Quarante jours plus tard, on est le dix Tichri : c’est Yom Kippour. Moïse redescend avec les nouvelles Tables et avec l’heureuse nouvelle : D.ieu a pardonné. Cet événement inaugural confère à toute la période son caractère essentiel. Elloul est un temps de retour à D.ieu, un temps de pardon durant lequel brillent avec une intensité singulière les Treize attributs de la Miséricorde divine, tels que Rachi les définit dans son commentaire sur l’Exode, chapitre trente-quatre, versets six et sept, où ils sont énoncés.
Le contenu du mois d’Elloul
Ce qui suit est extrait d’une Si’ha du Rabbi prononcée le vingt-trois Elloul 5715 (1955).
Le nom même du mois d’Elloul fait allusion aux trois domaines du service de D.ieu : la Torah, la prière et les bonnes actions. Elloul est ainsi formé par les initiales des mots qui, en hébreu, composent le verset : «D.ieu le fit survenir par Sa main et Je te fixerai un lieu où il pourra se réfugier». Il est fait ici allusion à la Torah, laquelle, comme le disent nos Sages, permet de se protéger des attaques du mauvais penchant.
On retrouve également Elloul dans le verset : «Je suis à mon Bien-Aimé et mon Bien-Aimé est à moi», qui correspond au service de D.ieu par la prière. Elloul est encore formé par les mots du verset : «Des envois de mets, chacun à son ami, et des dons aux pauvres», qui décrit les bonnes actions.
À la base et au commencement de ces différents domaines du service divin se trouve la Techouva, à l’image du Modé Ani récité chaque matin au réveil, qui permet de se lier à D.ieu dès les premiers instants du jour en affirmant d’emblée : «Je rends grâce devant Toi», c’est-à-dire devant l’Essence même de D.ieu, qu’aucun mot ni aucun signe ne saurait décrire. C’est ainsi que l’on peut entrer véritablement dans les trois domaines précédemment évoqués.
Tel est l’effort du mois d’Elloul, celui qui conduit à la délivrance à laquelle fait allusion le verset : «Un Cantique pour D.ieu, et ils dirent ainsi : je chanterai», dont les initiales forment encore une fois Elloul.
C’est de cette manière que se définit le contenu du mois d’Elloul, qui prépare au mois de Tichri. Puisse D.ieu faire que nous commencions la nouvelle année dans la joie, qu’elle soit bonne et douce, et que tous nos besoins y soient comblés.
Le Roi est dans les champs
L’année s’achève. Dernier mois du calendrier, Elloul annonce les «Jours redoutables» de Roch Hachana et de Yom Kippour. Temps d’introspection, donc, et plus encore temps de préparation. Temps par excellence de prière, d’étude et de bonnes actions. Temps d’une sainteté particulière et, pourtant, temps profane.
Au cours de notre traversée du temps, nous rencontrons des jours qui nous placent en retrait du quotidien. Ainsi, chaque Chabbat, cessons-nous tout travail. Mais les semaines d’Elloul ressemblent à cet égard à toutes les autres semaines de l’année : nous sommes dans le monde et nous y travaillons. N’y a-t-il pas là un paradoxe ? Ne devrions-nous pas nous retirer du monde pour nous préparer aux jours solennels dont Elloul est le prélude ?
Rabbi Chnéor Zalman de Liadi nous a enseigné une belle métaphore issue du Zohar. Le roi, nous dit-il, se tient habituellement dans son palais. L’approcher n’est alors pas chose aisée : il faut formuler sa demande auprès d’une bureaucratie sourcilleuse, se rendre au palais et en parcourir les interminables corridors, franchir de nombreuses portes, patienter dans des antichambres, obéir à un strict protocole. Mais il arrive aussi que le roi, ayant quitté son palais, traverse les champs. Le plus humble des paysans peut alors l’approcher, et le roi, en cette circonstance exceptionnelle, l’accueille et lui réserve son plus bienveillant sourire. En Elloul, nous dit Rabbi Chnéor Zalman, «le roi est dans les champs».
Le champ figure ici le pain que nous devons gagner, ces travaux que la sainteté du Chabbat nous interdit d’accomplir. Onze mois durant, le calendrier juif distingue ainsi des temps réservés, comme celui du Chabbat, et le temps profane, celui du labeur. Ce temps profane est pourtant infiniment précieux : notre travail quotidien s’inscrit toujours dans une même perspective, faire de ce monde une demeure pour D.ieu. Le Chabbat et les fêtes sont, quant à eux, des moments d’élévation, ces temps réservés qui nous offrent le recul et le ressourcement grâce auxquels la perspective peut être maintenue ou rétablie. En quelque sorte, nous séjournons le Chabbat au palais après avoir, la semaine durant, œuvré aux champs.
Cette dualité connaît une considérable exception : Elloul. Parce que, dans le temps si élevé de ce mois, ce qui fait l’essence de notre vie et lui donne son horizon devient bien plus sensible, le voile perd de son opacité. Le Roi, Père de la miséricorde, vient alors à notre rencontre, où que nous nous trouvions. Puissions-nous L’accueillir comme il convient.
Qu’est-ce que les Seli’hot ?
Les Seli’hot sont des prières de supplication qui rappellent à l’homme ses besoins, mais aussi sa petitesse et ses faiblesses. En les récitant, le Juif procède à une introspection approfondie qui lui permet d’aborder la nouvelle année avec la crainte et l’humilité requises, mais également avec l’assurance et la joie qui conviennent.
Dans les communautés séfarades, on récite les Seli’hot durant tout le mois d’Elloul. Dans les communautés achkénazes et ‘hassidiques, on commence à les dire à partir du samedi soir précédant Roch Hachana d’au moins quatre jours. On les récite ensuite avant la prière du matin, après avoir au préalable prononcé les «bénédictions du matin» ainsi que les bénédictions de la Torah.
Les usages de la récitation
On ne commence les Seli’hot qu’en présence de dix hommes adultes, âgés de plus de treize ans, afin de pouvoir prononcer le Kaddich.
Si possible, on demeure debout pendant toute la récitation, ou du moins lorsque l’on prononce les «Treize attributs de la Miséricorde» et le «Vidouï», la confession des fautes. Celui qui ne prie pas avec un Minyan ne prononce ni les «Treize attributs» ni les prières en araméen.
L’officiant, pour sa part, s’enveloppe d’un Talit. S’il fait encore nuit, il ne prononcera pas la bénédiction : il serait alors préférable qu’il emprunte un Talit à un ami ou à la synagogue.
Enfin, l’endeuillé, durant les sept premiers jours de son deuil, ne sort pas de chez lui et ne peut donc se rendre à la synagogue pour les Seli’hot. Il fait toutefois exception la veille de Roch Hachana, jour où les Seli’hot sont particulièrement longues.
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Deux naissances historiques qui transformèrent le judaïsme
Commençons par un peu d’histoire : c’est à cette date, respectivement en 1689 et en 1745, que naquirent le Baal Chem Tov, fondateur du hassidisme, et Rabbi Chnéour Zalman de Lyadi, fondateur du hassidisme Habad.
Cette seule constatation aurait suffi à faire du 18 Elloul une journée à part ; ne s’agit-il pas de deux de nos plus grands sages qui ont fondamentalement renouvelé notre manière de vivre le judaïsme ? Cependant, la tradition va beaucoup plus loin quand elle les nomme « les deux grands luminaires ».
Des luminaires spirituels pour éclairer le monde
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : comme un luminaire éclaire ce qui l’entoure, comme il révèle à tous ce qui, jusque là, avait été négligé, comme il crée un lieu de vie où tous se rassemblent, ainsi le Baal Chem Tov et Rabbi Chnéour Zalman furent ceux qui apportèrent au monde bien des éléments qui lui faisaient, en ce temps, si cruellement défaut et que l’histoire regroupa sous le nom de « hassidisme ».
On le sait aujourd’hui : une certaine connaissance des choses, une certaine vision et une certaine compréhension, clés du bonheur d’être juif, y étaient contenues.
Douze jours pour une Techouva authentique
Il a été souvent relevé que, entre le 18 Elloul et Roch Hachana s’écoulent exactement douze jours. Ce n’est, bien sûr, pas un hasard – en existe-t-il un ?
Ces douze jours correspondent, nous dit-on, aux douze mois de l’année car la période est à la Techouva, au plus authentique des retours à D.ieu. Dès lors, ces douze jours sont une chance littéralement prodigieuse de réparer, au fil du temps, mois après mois de l’année écoulée.
Un Elloul vivant pour donner force à notre œuvre spirituelle
Une telle approche pourrait renvoyer à quelque forme de la désespérance ; chacun n’est-il pas conscient de ses propres insuffisances ? Le 18 Elloul se traduit donc, dans son appellation hébraïque, par « Elloul vivant » car il donne vie à toute l’œuvre spirituelle à accomplir.
En ces temps où nos efforts sont tendus dans la préparation intérieure à l’année nouvelle, ce jour est bien précieux, à la fois pour la leçon qu’il nous donne et pour la force dont il nous gratifie. Il faut savoir retenir l’une et l’autre afin que, demain, nous méritions que nous soit accordée la merveilleuse année dont rêvent tous les hommes.



















A partir du 1er jour de Roch ‘Hodech Elloul, on ajoute après la prière du matin et de l’après-midi le Psaume 27, et ce jusqu’à Hochaana Rabba inclus.


1 De David. Le Seigneur est ma lumière et mon salut: de qui aurais-je peur? Le Seigneur est le rempart qui protège ma vie: qui redouterais-je?
2 Quand des malfaiteurs m’approchent pour dévorer ma chair mes adversaires et mes ennemis qui me guettent ce sont eux qui bronchent et tombent.
3 Qu’une armée prenne position contre moi, mon cœur n’éprouve aucune crainte; que la guerre fasse rage contre moi, même alors je garde ma confiance.
4 Il est une chose que je demande au Seigneur, que je réclame instamment, c’est de séjourner dans la maison de l’Eternel tous les jours de ma vie, de contempler la splendeur de l’Eternel et de fréquenter son sanctuaire.
5 Car, au jour du malheur, il m’abriterait sous son pavillon, il me cacherait dans la retraite de sa tente, il me ferait monter sur un rocher.
6 Dès à présent je porte le front haut en face des ennemis qui m’entourent; je vais immoler, dans sa demeure, des sacrifices de triomphe, je vais chanter, célébrer le Seigneur.
7 Ecoute, Seigneur, ma voix qui t’appelle, sois-moi propice et exauce-moi!
8 En ton nom mon cœur dit: « Recherchez ma face! » c’est ta face que je recherche, ô Seigneur!
9 Ne me cache point ta face; ne repousse pas ton serviteur avec colère: tu es mon soutien. Ne me délaisse ni ne m’abandonne, Dieu de mon salut.
10 Car père et mère m’ont laissé là, mais l’Eternel me recueillera.
11 Guide-moi, Eternel, dans tes voies, dirige-moi dans le droit chemin, à cause de ceux qui me regardent de travers.
12 Ne me livre pas à la fureur de mes adversaires, car ils se dressent contre moi, les témoins mensongers, ceux qui soufflent la violence.
13 Ah! si je n’avais la certitude de voir la bonté de Dieu sur la terre des vivants!…
14 Espère en l’Eternel, courage! que ton cœur soit ferme! oui, espère en l’Eternel!















